Le Chat Noir

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Le Chat Noir

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Théophile-Alexandre Steinlen, Tournée du Chat Noir, 1896, 135,9 × 95,9 cm, The Jane Voorhees Zimmerli Art Museum, Rutgers, The State University of New Jersey

Le Chat noir fut un célèbre cabaret de Montmartre, fondé en novembre 1881 par Rodolphe Salis qui fut aussi à l'origine du journal hebdomadaire éponyme.

Sommaire

Le cabaret du Chat noir

Situ√© au pied de la butte Montmartre, le cabaret du Chat noir fut l'un des grands lieux de rencontre du Tout-Paris et le symbole de la Boh√®me √† la fin du XIXe si√®cle.

Fils d'un limonadier de Ch√Ętellerault, Rodolphe Salis (1851-1897), arriv√© √† Paris en 1872, gagna d'abord m√©diocrement sa vie comme artiste en fabriquant des objets de pi√©t√©, avant de concevoir l'id√©e d'associer art et d√©bit de boisson.

Il imagina de cr√©er un caf√© ¬ę du plus pur style Louis XIII‚Ķ avec un lustre en fer forg√© de l'√©poque byzantine et o√Ļ les gentilshommes, les bourgeois et manants seraient dor√©navant invit√©s √† boire l'absinthe habituelle de Victor Hugo (celle que pr√©f√©rait Garibaldi) et de l'hypocras dans des coupes d'or ¬Ľ.

Le Chat noir,
fin XIXe si√®cle
Rodolphe Salis,

En r√©alit√©, le Chat noir, ouvert en novembre 1881, commen√ßa par servir du mauvais vin dans un d√©cor sommaire, mais d√©j√†, √† la porte, les clients √©taient accueillis par un Suisse splendidement chamarr√©, couvert d'or des pieds √† la t√™te, charg√© de faire entrer les peintres et les po√®tes tout en laissant dehors les ¬ę inf√Ęmes cur√©s et les militaires ¬Ľ. Le premier Chat noir √©tait situ√© dans deux petites pi√®ces boulevard de Rochechouart. Il dut son nom √† un chat noir perdu sur le trottoir que Salis trouva pendant les travaux. Progressivement, le d√©cor fut am√©lior√© pour donner un aspect pseudo-historique √©vocateur de l'√©poque de Rabelais.

Salis avait rencontr√©, quelque temps auparavant, √Čmile Goudeau qu'il avait convaincu de transf√©rer ses Hydropathes, qui se r√©unissaient sur la rive gauche, dans son √©tablissement. Tr√®s rapidement, les po√®tes et les chansonniers qui se produisaient au Chat noir attir√®rent la meilleure client√®le de Paris. On venait avant tout pour les r√©parties spirituelles qui fusaient souvent aux d√©pens des clients, interpell√©s d'un ¬ę Tiens, t'es finalement sorti de prison ? ¬Ľ ou d'un ¬ę Qu'est-ce que t'as fait de ta poule d'hier ? ¬Ľ √† un nouveau client visiblement accompagn√© de sa femme. Un soir, le futur roi √Čdouard VII y fut apostroph√© en ces termes : ¬ę Eh bien regardez-moi celui-l√† : on dirait le Prince de Galles tout piss√© ! ¬Ľ

On trouvait au Chat noir les peintres Willette, Henri Pille, les chansonniers Aristide Bruant, Jules Jouy, Jean Goudezki et son ami l'humoriste Alphonse Allais et les poètes Georges Lorin, Charles Cros, Albert Samain, Maurice Rollinat, Maurice Mac-Nab, Jean Richepin, etc. Léon Bloy fut un habitué. Il publia dans la revue du Chat noir de nombreux articles de critique littéraire repris pour la plupart dans ses Propos d'un entrepreneur de démolitions. Rodolphe Salis eut l'idée d'installer un piano, ce qui était une première dans un cabaret, de sorte que la chanson de cabaret vit véritablement le jour au Chat noir.

Le succ√®s aidant, Salis transf√©ra le cabaret dans un immeuble de trois √©tages situ√© √† proximit√© rue de Laval (aujourd'hui rue Victor-Mass√©). Dans les diff√©rentes salles, il fit r√©aliser des d√©cors pseudo-historiques, sous l'√©gide d'illustrateurs tels que Henri Rivi√®re et Caran d'Ache. Il cr√©a √©galement, avec l'aide d'Henri Rivi√®re, un th√©√Ętre d'ombres en couleurs sur lequel furent donn√©s de v√©ritables petits chefs d'Ňďuvres dont la musique √©tait compos√© par Georges Fragerolle . Il d√©m√©nagea peu apr√®s pour s'installer au 68, boulevard de Clichy.

Le Chat noir fut, selon Laurent Tailhade, ¬ę L'Assommoir et La Divine Com√©die amalgam√©s ¬Ľ et, selon Jean Lorrain, ¬ę l'olla-podrida de tous les styles et de toutes les extravagances, le ‚Äúd√©crochez-moi-√ßa‚ÄĚ de la brocante artiste, de tout un quartier de rapins et de po√®tes, un mus√©e picaresque et baroque de toutes les √©lucubrations de boh√®mes venues s'√©chouer toutes l√† durant vingt ans, de toutes ces √©paves : le mauvais go√Ľt le plus s√Ľr √† c√īt√© de trouvailles exquises ; statuettes polychromes et fresques de Willette ; envol√©es de nudit√©s graciles et perverses, fouett√©es de roses et nimb√©es d'or, et hiboux empaill√©s, fers forg√©s et chats de fa√Įence ; vitraux all√©goriques, √©tourdissants de couleur et de cruelle modernit√©, et bas-reliefs enlumin√©s ; musique de Delmet et chansons de Xanrof‚Ķ Le Chat noir, l'hostellerie artistico-commerciale du gentilhomme Salis, seigneur de Chatnoirville-en-Vexin, o√Ļ d'une main b√©nissante un malin compagnon √† moustaches de re√ģtre d√©bitait des chansons, des sonnets, des pochades, des Ňďufs durs et des bocks assaisonn√©s de gloire dans le d√©cor le plus miraculeusement truqu√©. ¬Ľ

De nombreux cabarets de par le monde ont pris ce nom depuis. En son temps, Le Chat noir connut des imitations dont la plus connue fut L'Abbaye de Th√©l√®me, place Pigalle, cr√©√©e par Jules Roques. Le tr√®s fameux bal qui ouvre chaque ann√©e la saison du Carnaval de Dunkerque porte en l'honneur du cabaret parisien le nom de ¬ę Bal du Chat noir ¬Ľ.

L'enseigne du Chat noir, en t√īle peinte, est aujourd'hui conserv√©e et expos√©e au mus√©e Carnavalet √† Paris.

La revue du Chat noir

Pour assurer la promotion du cabaret, Rodolphe Salis et √Čmile Goudeau cr√©ent la revue hebdomadaire Le Chat Noir, dont 688 num√©ros paraissent du 14 janvier  1882 √† mars 1895 puis 122 dans une seconde s√©rie dont le dernier num√©ro fut publi√© le 30 septembre 1897[1]. Elle incarna l'esprit ¬ę fin de si√®cle ¬Ľ et avait pour collaborateurs les chansonniers et les po√®tes qui se produisaient dans le cabaret ainsi que les artistes qui l'avaient d√©cor√© : Caran d'Ache y donnait des sc√®nes militaires et Willette des Pierrots et des Colombines.

Le Chat noir fut un des premiers à publier de petits articles de Jean Lorrain. On y trouve la signature d’auteurs prestigieux comme Paul Verlaine ou Jean Richepin, le tout magnifiquement illustré par Théophile Alexandre Steinlen.

Jules Roques, qui avait imité le cabaret du Chat noir à l'Abbaye de Thélème, imita également la revue avec le Courrier français.


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Une légende autour du Chat noir

Plus anecdotique mais tout de m√™me r√©v√©lateur, il faut noter l'apparition d'une l√©gende autour du Chat noir. Cette l√©gende a vu le jour dans le milieu √©sot√©rique fran√ßais apr√®s la publication en 1930 des Demeures philosophales de Fulcanelli, le plus c√©l√®bre alchimiste du XXe si√®cle. Pour reprendre les mots m√™mes de Fulcanelli, ce cabaret aurait √©t√© jusqu'√† la mort de Salis ¬ę un centre √©sot√©rique et politique ¬Ľ qui aurait attach√© une grande importance √† toute une s√©rie de symboles soigneusement dissimul√©s.

Apparitions

L'affiche cr√©√©e par Th√©ophile-Alexandre Steinlen en 1896 appara√ģt dans la culture populaire √† quelques reprises :

  • dans le film Gray Matters[2] r√©alis√© par Sue Kramer en 2007 ;
  • dans le film Toutes les filles sont folles r√©alis√© par Pascale Pouzadoux en 2003 (dans l'appartement du personnage principal interpr√©t√© par Barbara Schulz) ;
  • dans le vid√©oclip I Still Remember[3] du groupe musical britannique Bloc Party.
  • On peut apercevoir l'affiche dans le jeu vid√©o Ast√©rix et Ob√©lix XXL 2
  • L'affiche et la revue du Chat Noir apparaissent √©galement dans la s√©rie des jeux vid√©o post-apocalyptique Fallout, et Fallout 2. Une mission consiste a en r√©cup√©rer 10 exemplaires dans le monde d√©vast√©.

Cette affiche fait l'objet de nombreuses reproductions. Elle est ainsi devenue un des symboles parmi tant d'autres du pittoresque parisien, et son image se retrouve dans quantité de produits dérivés vendus dans les boutiques à touristes de la capitale.

Références

Voir aussi

Bibliographie

  • Dix ans de Boh√®me, m√©moires d'Emile Goudeau, 1888 - en cours de retranscription num√©rique.
  • Les Po√®tes du Chat noir, anthologie po√©tique, par Andr√© Velter, Po√©sie/Gallimard (1996) ISBN 2070328988.
  • La L√©gende des sexes, par Edmond Haraucourt, Pr√©sentation de Philippe Martin-Lau (2006).
  • Fulcanelli et le cabaret du Chat noir  : histoire artistique, politique et secr√®te de Montmartre, par Richard Khaitzine, √Čditions Ramuel, 1997, 336 p.

Liens externes

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Le Chat Noir de Wikipédia en français (auteurs)


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