Laurent De MĂ©dicis

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Laurent De MĂ©dicis

Laurent de MĂ©dicis

Laurent le Magnifique par Girolamo Macchietti.

Laurent de MĂ©dicis dit aussi Laurent le Magnifique, (en italien Lorenzo il Magnifico) Lorenzo di Piero de' Medici (Florence, 1er janvier 1449 - Florence, 9 avril 1492) fut un homme d'État florentin et le dirigeant de facto de la rĂ©publique florentine durant la Renaissance italienne. Ses contemporains le surnommĂšrent le Magnifique[1]. Ils ne faisaient pas rĂ©fĂ©rence Ă  une beautĂ© qu'il ne possĂ©dait pas, mais au sens ancien du mot en français, « gĂ©nĂ©reux, prodigue Â». Il a Ă©tĂ© l’un des personnages les plus remarquables de son Ă©poque. Au-delĂ  de ses talents de diplomate et d’homme politique, il a cĂŽtoyĂ© un groupe de brillants Ă©rudits, d’artistes, et de poĂštes et a Ă©galement excellĂ© dans des disciplines aussi variĂ©es que la joute, la chasse, la poĂ©sie, le maniement des armes ou l’athlĂ©tisme : par cet Ă©ventail de talents, il constitue ainsi l’une des plus belles incarnations de l’idĂ©al de l’Homme de la Renaissance. Sa vie coĂŻncida avec la PremiĂšre Renaissance des Arts et il disparut Ă  l’apogĂ©e de la puissance florentine.

Sommaire

Les premiers pas (1449-1469)

Laurent le Magnifique adolescent (Benozzo Gozzoli, chapelle des Mages)

Son Ă©ducation

Laurent le Magnifique est nĂ© le 1er janvier 1449, dans l’une des plus grandes familles florentines, propriĂ©taire de la banque MĂ©dicis ainsi que de ses filiales Ă  travers toute l’Europe. Son grand-pĂšre, Cosme de MĂ©dicis, fut le premier MĂ©dicis Ă  allier la gestion de la banque familiale Ă  la gestion de facto de Florence ainsi qu’à une implication philanthropique, en consacrant une trĂšs grande partie de sa fortune (qui faisait de lui l’un des hommes les plus riches du monde) au service des arts et de la charitĂ©. Le pĂšre de Laurent, Pierre de MĂ©dicis dit le Goutteux, a Ă©galement jouĂ© un rĂŽle central dans les affaires florentines Ă  travers le mĂ©cĂ©nat et le dĂ©veloppement de sa collection personnelle ; cependant, sa constitution valĂ©tudinaire[2] ne lui permit pas de faire rayonner la famille au mĂȘme niveau que son pĂšre ou son fils le firent. Sa mĂšre Lucrezia Tornabuoni, issue d’un vieille famille florentine, fut Ă©galement poĂ©tesse, cĂŽtoyant Luigi Pulci ou Ange Politien.

Laurent reçut une Ă©ducation humaniste. Son prĂ©cepteur, Gentile Becchi[3], l‘initia au latin, aux auteurs classiques comme aux auteurs plus rĂ©cents. Il approfondit ses connaissances sur la littĂ©rature en suivant les cours de Cristoforo Landino dont les commentaires sur Dante devaient faire rĂ©fĂ©rence tout au long de la Renaissance. Laurent fut initiĂ© Ă  la doctrine aristotĂ©licienne par Jean Argyropoulos et Ă  la doctrine platonicienne par Marsile Ficin. Il Ă©tudia aussi la musique (peut-ĂȘtre avec l’organiste Antonio Squarcialupi qu'il admira toute sa vie). Il apprit Ă©galement la danse. Il ne se contenta pas d’ĂȘtre simplement un bon danseur, il fut Ă©galement chorĂ©graphe, comme l’attestent deux des chorĂ©graphies que nous possĂ©dons de lui, l’une intitulĂ©e VĂ©nus, l’autre Lauro. Il fut sans doute initiĂ© Ă  l'architecture, qui fut une des grandes passions de sa vie, par Alberti. Il semble par contre qu'il n'ait pas Ă©tĂ© assez bien prĂ©parĂ© Ă  la gestion de la banque MĂ©dicis, comme devait le montrer plus tard son impuissance Ă  en enrayer la chute.

PremiĂšres missions

Pierre de MĂ©dicis par Mino da Fiesole.

Laurent de MĂ©dicis fit sa premiĂšre apparition publique en 1454 lorsqu’il fut prĂ©sentĂ© au fils du roi RenĂ©, Jean d'Anjou. En 1459, Ă  l’occasion du sĂ©jour Ă  Florence de Galeas-Maria Sforza, douze jeunes gens issus des plus grandes familles florentines dĂ©filĂšrent le long de la via Larga. Le dernier d'entre eux Ă©tait Laurent montĂ© sur un cheval blanc. Le lyrisme des chroniqueurs qui le dĂ©crivent comme un garçon « Ă  l‘air viril (
) jeune par l’ñge, et vieux par le savoir Â» (giovan di tempo e vecchio di sapere[4]) trahit toute l‘espĂ©rance que l‘on met en lui.

Pierre de MĂ©dicis succĂ©da Ă  Cosme l’Ancien en 1464. Laurent se vit confiĂ© certaines missions diplomatiques. C’est ainsi qu’il se rendit Ă  Milan au mariage d’Ippolita Sforza, fille de Francesco Sforza, avec Alphonse d’Aragon, fils aĂźnĂ© de Ferdinand Ier de Naples. Ce fut l’occasion de renforcer l’alliance avec Milan, qui, depuis la paix de Lodi, le 9 avril 1454, constituait le socle de la diplomatie florentine. À la mort de Francesco Sforza, le 8 mars 1466, Laurent de MĂ©dicis fut envoyĂ© Ă  Rome par Pierre de MĂ©dicis. Il s'agissait de dĂ©fendre auprĂšs du Pape la lĂ©gitimitĂ© de Galeas-Maria Sforza Ă  succĂ©der Ă  son pĂšre comme duc de Milan. Une autre partie de sa mission consistait Ă  nĂ©gocier avec le pape l’exploitation des mines d’alun de la Sforza, Il obtint de lui que la production soit dĂ©sormais illimitĂ©e et que les MĂ©dicis puissent l’écouler librement.

Le 27 avril 1469, Laurent Ă©pousa Clarisse Orsini. Les Orsini Ă©taient une des deux grandes familles romaines (ennemie des Colonna). Le soutien des Orsini Ă  Laurent fut sans faille tout au long de sa vie, en particulier au moment du conflit avec Sixte IV.

Le maĂźtre de Florence (1469-1492)

Les premiÚres années

Vue de Prato
Vue de Volterra

Pierre le Goutteux mourut dans la nuit du 2 au 3 dĂ©cembre 1469. Le jeune Laurent fut dĂ©signĂ© par les partisans des MĂ©dicis comme son successeur. Il conforta son autoritĂ©, en faisant preuve d’ « une brutalitĂ© calculĂ©e[5] Â», lorsque l’opposant aux MĂ©dicis, Bernardo Nardi tenta de s’emparer de la petite ville toscane de Prato. Il le fit dĂ©capiter puis fit pendre 14 de ses partisans (et 21 autres plus tard), tout en demandant la destruction des actes du procĂšs. Ainsi les autres complicitĂ©s furent-elles passĂ©es sous silence et Laurent put-il, Ă  bon compte, donner l'image d’un homme magnanime. En 1471, les habitants de Volterra se soulevĂšrent contre les propriĂ©taires d’une de leurs mines, proches des MĂ©dicis. Laurent envoya les troupes florentines, menĂ©es par le condottiere Federico da Montefeltro, qui mirent Ă  sac la ville. Il eut ainsi l’occasion, Ă  la fois d’agrandir le territoire de Florence, en soumettant la citĂ©, et le patrimoine des MĂ©dicis, en s’emparant de ses mines d’alun.

En 1471, Sixte IV succĂ©da Ă  Paul II, bien dĂ©cidĂ© Ă  favoriser la fortune de sa famille. C’est ainsi qu’il entreprit d’acheter la ville d’Imola pour son neveu favori, Girolamo Riario. La Banque MĂ©dicis refusa de lui accorder l’avance nĂ©cessaire pour cela, 40 000 ducats, soit parce que la banque n‘avait pas les fonds nĂ©cessaires, soit parce que Laurent voyait comme une menace l’ambitieux Girolamo. En 1474, les armĂ©es pontificales, sous la conduite du cardinal Giuliano della Rovere, menĂšrent une campagne militaire pour ramener l’ordre Ă  l’intĂ©rieur des États du Pape. AprĂšs avoir soumises les citĂ©s de Lodi et Spoleto, elles assiĂ©gĂšrent Citta di Castello, dont le seigneur, NiccolĂČ Vitelli, Ă©tait un alliĂ© de Laurent de MĂ©dicis. Laurent apporta son soutien diplomatique Ă  NiccolĂČ Vitelli, qui dut malgrĂ© tout se rendre, puis accepta de lui accorder l’asile, ce qui augmenta encore le ressentiment du Pape.

La conjuration des Pazzi

La médaille de la conjuration des Pazzi, par Bertoldo di Giovanni

Laurent Ă©carta tous ceux dont il n’était pas sĂ»r ou qui lui semblaient trop puissants. Ainsi la puissante famille des Pazzi n’obtint-elle pas les charges qui auraient dĂ» lui revenir, et Beatrice Pazzi fut-elle spoliĂ©e de l’hĂ©ritage de son pĂšre par une loi inique[6]. Il fit tout pour freiner la carriĂšre ecclĂ©siastique de Francesco Salviati, en particulier pour l’empĂȘcher de devenir archevĂȘque de Florence, parce que Laurent se mĂ©fiait des Salviati qui Ă©taient liĂšs aux Pazzi. ScandalisĂ©s par ces brimades, les Pazzi et les Salviati s’unirent (avec le soutien de Sixte IV et de son neveu, Girolamo Riario) pour Ă©liminer Laurent et son frĂšre.

Les conjurĂ©s profitĂšrent de la venue Ă  Florence du cardinal Raffaele Sansoni Riario, petit-neveu du Pape Sixte IV, pour agir. Le dimanche 26 avril 1478, le jeune cardinal devait prĂ©sider une messe Ă  Santa Maria del Fiore, en prĂ©sence de Laurent et son frĂšre Julien. À la fin de l’office, les conjurĂ©s frappĂšrent Ă  mort Julien et blessĂšrent Ă  la gorge Laurent qui rĂ©ussit Ă  s’enfuir dans la sacristie, puis Ă  rejoindre son palais. Jacopo Pazzi, le chef de la famille Pazzi, tenta en vain de rallier Ă  sa cause le peuple florentin, qui prit le parti des MĂ©dicis. Francesco Pazzi qui s’était acharnĂ© sur Julien de MĂ©dicis, Francesco Salviati, qui avait tentĂ© d’occuper le Palazzo Vecchio et un de leurs complices furent capturĂ©s, interrogĂ©s et immĂ©diatement pendus aux fenĂȘtres du Palazzo Vecchio, tandis que leurs hommes d'armes Ă©taient dĂ©capitĂ©s. Jacopo Pazzi parvint Ă  fuir, mais il fut reconnu, ramenĂ© Ă  Florence et pendu Ă  son tour aux fenĂȘtres du Palazzo Vecchio le 30 avril 1478. Le cardinal Raffaele Sansoni Riario, quant Ă  lui, fut emprisonnĂ©. Il ne devait ĂȘtre relĂąchĂ© que le 12 juin 1478.

La guerre des Pazzi

Laurent le Magnifique en 1480, par Verrocchio

Le Pape Sixte IV fut indignĂ© par la rĂ©pression contre les conjurĂ©s et par l'arrestation de son petit-neveu, le cardinal Raffaele Sansoni Riario. Le 1er juin 1478, il excommunia Laurent de MĂ©dicis et ses partisans, et menaça de jeter l’interdit sur Florence si les coupables ne lui Ă©taient pas livrĂ©s dans les trois semaines. Le 24 juin, l’interdit Ă©tait prononcĂ©, ce qui n‘empĂȘcha pas le clergĂ© florentin de continuer, malgrĂ© tout, Ă  cĂ©lĂ©brer des messes. Une assemblĂ©e de prĂ©lats florentins se rĂ©unit mĂȘme pour rĂ©diger un texte (le Sinodus fiorentina), dans lequel ils condamnaient la conduite du Pape. Sixte IV s’allia avec le Roi Ferdinand Ier de Naples pour en finir par les armes avec la rĂ©sistance de Florence. La campagne militaire tourna au dĂ©savantage des Florentins. DĂšs le mois de juillet 1478, les troupes du duc de Calabre, Alphonse d’Aragon et l’armĂ©e pontificale, conduite par Federico da Montefeltro pĂ©nĂ©traient dans les territoires florentins. Elles s’emparĂšrent de plusieurs localitĂ©s du Chianti comme Radda et Rencine, et, aprĂšs quarante jours de siĂšge, de Castellina. Le 8 novembre 1478, Monte San Savino tomba Ă  son tour. Sixte IV accepta, en janvier 1479, d‘entamer des nĂ©gociations de paix. Les conditions qu’il posa Ă©taient inacceptables pour Laurent : une messe devait ĂȘtre donnĂ©e Ă  Florence en pĂ©nitence pour le meurtre de Francesco Salviati, l‘effigie infamante de celui-ci devait ĂȘtre effacĂ©e des murs du Palazzo Vecchio, les dĂ©penses de la guerre devaient ĂȘtre Ă  la charge de Florence. Les nĂ©gociations furent rompues au mois de mars et la guerre reprit, toujours au dĂ©savantage des Florentins. InstallĂ©es dans la place-forte de Poggio Imperiale, leurs troupes s’enfuirent devant l’avance de l’ennemi le 7 septembre 1479. La petite place de Colle di Val d'Elsa, dernier verrou avant Florence Ă©tait assiĂ©gĂ©e. Laurent obtint l’aide de Ludovic le More pour une mĂ©diation avec le roi de Naples, qui commençait Ă  s’inquiĂ©ter de l’ambition dĂ©mesurĂ©e du neveu du Pape, Girolamo Riario.

Pour finaliser les nĂ©gociations de paix, Laurent prit le risque de se rendre lui-mĂȘme Ă  Naples, le 6 dĂ©cembre 1479. Selon la formule de Machiavel, « parti cĂ©lĂšbre de Florence, Laurent y revint encore plus cĂ©lĂšbre[7]. Â» Pour accepter l’accord de paix signĂ© par les deux parties, le Pape exigea que Laurent vĂźnt Ă  Rome solliciter son pardon. Laurent refusa une telle humiliation. Une circonstance inattendue permit la paix. Une escadre turque, commandĂ©e par Gedik Ahmed Pasha s‘empara d’Otrante, citadelle de Naples. Une alliance gĂ©nĂ©rale fut donc conclue contre les Turcs. A la place de Laurent, ce furent douze ambassadeurs florentins qui vinrent se prosterner devant le Pape.

Le temps des alliances

Médaille représentant Ferdinand Ier de Naples

En 1486, Laurent s’engagea aux cĂŽtĂ©s du roi Ferdinand Ier de Naples dans la guerre qui l’opposait au nouveau Pape, Innocent VIII. Le Pape avait pris le parti des barons de l’Aquila qui s’étaient rĂ©voltĂ©s contre Ferdinand Ier parce qu’il voulait supprimer leurs privilĂšges. AprĂšs une premiĂšre dĂ©faite, le roi retourna la situation, Ă  la bataille de Montario, tandis que des agents florentins provoquaient des soulĂšvements dans les Ă©tats du Pape. Le Pape fut donc contraint Ă  un accord de paix, qui garantissait cependant le pardon du roi aux barons rebelles. Ferdinand Ier invita ceux-ci Ă  un banquet de rĂ©conciliation au Castelnuovo de Naples. En fait, une fois rĂ©unis, il les fit arrĂȘter et exĂ©cuter.

Innocent VIII fut rĂ©voltĂ© par la duplicitĂ© du roi. Il chercha une alliance avec Laurent qui fut scellĂ©e par l’union de son fils illĂ©gitime, Francesco Cibo avec la fille de Laurent Madellena. Il promit Ă©galement le cardinalat au fils de Laurent, Jean (le futur LĂ©on X). Laurent le Magnifique avait ainsi atteint deux de ses buts, obtenir « une base de pouvoir indĂ©pendante des vicissitudes de la vie florentine[8] Â» pour les MĂ©dicis, et tisser une sĂ©rie d’alliances garantissant la paix Ă  Florence.

Les derniÚres années

En 1490, Laurent de MĂ©dicis autorisa le retour Ă  Florence du moine dominicain Savonarole qui retrouva ses fonctions de lecteur au couvent San Marco. Ses commentaires de l’Apocalypse, oĂč il annonçait une punition divine qui allait s'abattre sur Florence, attirĂšrent de plus en plus de monde. Ses prĂȘches Ă  Santa Maria del Fiore pour le carĂȘme 1491, oĂč il se fit l’apĂŽtre des dĂ©shĂ©ritĂ©s et des pauvres contre les riches et les gouvernants accrurent encore sa renommĂ©e. Dans ses sermons, il dĂ©nonçait la corruption de lâ€˜Ă©glise romaine et celle des Ă©lites florentines (y compris Laurent), « avec tellement de fracas qu’il faisait presque trembler la ville Â», comme l’écrivit un de ses partisans[9].

A la fin de l’annĂ©e 1491, la maladie frappa Laurent. DĂšs les premiers jours de 1492, il cessa toute activitĂ©. Il se fit transporter, le 21 mars 1492, dans sa villa de Carreggi. Politien a racontĂ© les derniers moments de Laurent[10]. Il fit venir son fils Pierre Ă  qui il donna ses ultimes conseils, puis il s’entretint une derniĂšre fois avec Politien. Pic de la Mirandole accompagnĂ© de Savonarole fut le dernier visiteur. Le moine dominicain lui donna l’absolution. Les biographes piagnoni[11] , Giovanfrancesco Pico[12] et le Pseudo-Burlamacchi[13] donnĂšrent plus tard une autre version oĂč Savonarole aurait refusĂ© l’absolution Ă  Laurent parce que celui-ci se serait refusĂ©, comme le moine l’exigeait, Ă  rendre la libertĂ© au peuple de Florence. Laurent le Magnifique dĂ©cĂ©da dans la nuit du 8 au 9 avril 1492.

Il fut inhumĂ© dans la Sagrestia Vecchia, la chapelle de la basilique San Lorenzo Ă  Florence, qui servait de nĂ©cropole aux MĂ©dicis. En 1520, Jules de MĂ©decis, futur ClĂ©ment VII, dĂ©cida d’élever Ă  l’intĂ©rieur de l’église une nouvelle chapelle funĂ©raire pour les tombeaux des MĂ©dicis, la Sagrestia Nuova qui devait abriter les tombeaux de Laurent le Magnifique et de son frĂšre Julien , ainsi que ceux de Julien, duc de Nemours (1478-1516) et de Laurent, duc d’Urbino (1492-1519). Michel-Ange fut chargĂ© Ă  la fois de concevoir le plan de la chapelle et de sculpter les tombeaux. Quatre ans plus tard, le projet fut considĂ©rablement rĂ©duit. On renonça aux monuments funĂ©raires prĂ©vus pour Laurent le Magnifique et son frĂšre. Finalement, la dĂ©pouille de Laurent le magnifique fut bien dĂ©placĂ©e Ă  l’intĂ©rieur de la nouvelle chapelle, mais dans un tombeau dĂ©pourvu de toute dĂ©coration[14].

AprĂšs sa mort, son fils Pierre l’InfortunĂ© lui succĂ©da. Son absence de sens politique, sa faiblesse devant Charles VIII, l’influence grandissante de Savonarole et la survivance vivace du sentiment rĂ©publicain causĂšrent sa perte. Il fut banni de Florence en 1494, et mourut neuf ans plus tard.

Le banquier

La situation de la banque MĂ©dicis ne cessa d’empirer pendant l’exercice du pouvoir par Laurent de MĂ©dicis. Si toute lâ€˜Ă©conomie florentine pĂątit de la dĂ©pression Ă©conomique de la fin du XVe siĂšcle, des causes structurelles expliquent la chute de la banque : mauvaise gestion des filiales, manque de coordination entre celles-ci[15], prĂȘts inconsidĂ©rĂ©s consentis aux princes.

La premiĂšre filiale Ă  fermer fut celle de Londres en 1472 quand il s’avĂ©ra que les sommes prĂȘtĂ©es au roi Édouard IV seraient impossibles Ă  recouvrer. Les comptes montrent qu’en 1468, elle avait prĂȘtĂ© 70000 florins Ă  Édouard et Ă  ses barons, et qu’ elle avait empruntĂ© 42000 florins aux autres filiales de la banque. La situation de la filiale de Bruges devint vite prĂ©occupante. D’une part, elle hĂ©rita des dettes de celle de Londres, d’autre part son directeur, Tommaso Portinari consentit des prĂȘts considĂ©rables Ă  Charles le TĂ©mĂ©raire . AprĂšs la mort du duc de Bourgogne en 1477, la banque MĂ©dicis ne put recouvrer son argent auprĂšs de ses hĂ©ritiers[16] . La liquidation de la filiale brugeoise fut dĂ©cidĂ©e en 1481. La filiale de Venise avait connu le mĂȘme sort l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, en raison des avances trop importantes accordĂ©es aux grandes familles vĂ©nitiennes. La filiale lyonnaise, quant Ă  elle, pĂątit de la mauvaise gestion de son directeur Lionetto de Rossi, qui investit son capital dans des tapisseries prĂ©cieuses et des bijoux qu‘on ne put Ă©couler. Quand il s’agit de rendre des comptes Ă  Laurent,il prĂ©senta des comptes truquĂ©s. Il fut emprisonnĂ© quatre mois aux Stinche, la prison pour dettes de Florence en 1485, puis quatre autres mois en 1487.

Si on ne peut directement reprocher Ă  Laurent la mauvaise gestion des filiales de la banque, on peut le tenir responsable de la trop grande libertĂ© accordĂ©e aux directeurs de ces filiales. En outre, il semble probable qu’à un certain moment Laurent de MĂ©dicis ait utilisĂ© des fonds publics pour couvrir ses pertes. En effet, le 30 janvier 1495, la commune de Florence dĂ©posa une rĂ©clamation Ă  propos d’une somme de 74948 florins qui avait Ă©tĂ© versĂ©e Ă  Laurent « en dĂ©pit de toute loi et de toute autoritĂ©, aux dĂ©pens et au prĂ©judice de la commune Â». AprĂšs l’échec de la conspiration des Pazzi en 1478, la situation de la banque s’était fragilisĂ©e : le Roi de Naples avait mis sous sĂ©questre les biens des MĂ©dicis, et le pape Sixte IV avait fait la mĂȘme chose pour les villas de Laurent, tout en renonçant Ă  honorer ses dettes envers la banque MĂ©dicis. De Roover, jugeait qu’ « il Ă©tait probable que la banqueroute avait Ă©tĂ© Ă©vitĂ©e aprĂšs la conspiration , en puisant dans les fonds publics[17]. Â»

Le protecteur des arts

Pucci, Laurent de MĂ©dicis, et Sassetti.

Laurent a Ă©galement brillĂ© dans les domaines intellectuels; il est notamment connu pour avoir frĂ©quentĂ© et soutenu la plupart des grands artistes de son Ă©poque. Son soutien pour des artistes comme Antonio Pollaiuolo, Andrea del Verrocchio, LĂ©onard de Vinci, Sandro Botticelli, Domenico Ghirlandaio, Filippino Lippi ou, bien sĂ»r, Michel-Ange a Ă©normĂ©ment contribuĂ© Ă  faire de Florence la capitale de la PremiĂšre Renaissance. Bien que ses ennuis financiers ne lui ont pas permis de passer lui-mĂȘme toutes les commandes, il a su convaincre nombre de bourgeois de commanditer directement certains artistes. Michel-Ange a vĂ©cu chez Laurent de MĂ©dicis pendant plusieurs annĂ©es et a quasiment fait figure de membre Ă  part entiĂšre de la famille ; le sculpteur n’oubliera jamais ce geste de gĂ©nĂ©rositĂ©.

Par ailleurs, Laurent fut trÚs attaché à agrandir et à ouvrir au public la bibliothÚque familiale initiée par Cosme de Médicis. Il contribua ainsi à retrouver et à rassembler des textes antiques disparus. Laurent de Médicis était également trÚs actif dans le soutien aux humanistes par le biais de la création de cercles de réflexion sur les philosophes grecs. Ces cercles ont permis de jeter les bases d'un courant néo-platonicien comprenant notamment des philosophes comme Pic de la Mirandole, Marsile Ficin ou le poÚte Ange Politien.

Un homme de lettres

On dit souvent de Laurent de MĂ©dicis qu'il fut le protecteur des hommes de lettres de son temps, mais l'on oublie parfois de mentionner qu'il fut lui-mĂȘme rĂ©dacteur d'une littĂ©rature riche et diverse. Il compose d'abord dans le style comico-rĂ©aliste, parodique et caricatural Ă  l'imitation de Luigi Pulci. Parmi ses Ɠuvres appartenant Ă  ce genre on peut citer : L'uccellagione di Starne, description d'une partie de chasse, le Simposio, caricature des Florentins avinĂ©s, la nouvelle Giacopo qui reprend le motif de la beffa cher Ă  Boccace, ou encore le poĂšme rustique La Nencia da Barberino (1470), oĂč le berger Vallera dĂ©clare sa flamme Ă  Bencia, la belle villageoise[18]. Dans la mĂȘme veine il Ă©crivit Ă©galement des poĂšmes aux accents populaires et parfois licencieux : les Canzoni a ballo et les Canti carnascialeschi (destinĂ©s Ă  ĂȘtre chantĂ© pendant le carnaval) dont on ignore les dates de composition.

AprĂšs l'affirmation de sa domination politique, ses Ɠuvres deviennent plus sĂ©rieuses : l'Altercazione (1474) dialogue philosophique en vers oĂč l'on retrouve l'influence nĂ©oplatonicienne de Marsile Ficin, le Comento ad alcuni sonetti d'amore dans lequel on retrouve l'empreinte de Dante, ou encore un Canzoniere (1465-1484) qui s'inscrit dans la lignĂ©e du courant Stil Noviste.

Viennent enfin les poĂšmes d'inspiration classique comme l'Ambra, l'Apollo e Pan ou le Corinto. À la fin de sa vie, il composera mĂȘme une piĂšce de thĂ©Ăątre religieuse : la Rappresentazione di San Giovanni e Paolo qui tĂ©moigne de la polyvalence de cet amoureux des lettres qui s'essaye Ă  tous les genres.

Descendance

Il Ă©pousa le 4 juin 1469 Clarisse Orsini et eut comme enfants :

Nom Naissance Mort Notes
LucrĂšce de MĂ©dicis 1470 1553
Deux jumeaux sans nom 1471 1471 Morts peu de temps aprĂšs la naissance
Pierre II de MĂ©dicis 1472 1503 Seigneur de Florence
Maddalena de MĂ©dicis 1473 1528
Jean de MĂ©dicis 1475 1521 Cardinal, puis pape (LĂ©on X)
Louise de MĂ©dicis 1477 1488 Morte en bas Ăąge
Contessina de MĂ©dicis 1478 1515
Julien de MĂ©dicis 1479 1516 Duc de Nemours

Notes et références

  1. ↑ du latin magnificus « qui fait de grandes choses Â»
  2. ↑ Dont la santĂ© prĂ©caire est souvent altĂ©rĂ©e
  3. ↑ Gentile Becchi servit fidĂ©lement les MĂ©dicis toute sa vie. GrĂące Ă  leur protection de chanoine de Santa Maria del Fiore, il devint evĂȘque d'Arezzo. Il fut le prĂ©cepteur de Laurent le Magnifique, puis celui de son fils, Pierre l'InfortunĂ©.
  4. ↑ Ricordi di Firenze, publiĂ© par G. Volpi, CittĂ  di Castello, 1907.
  5. ↑ AndrĂ© Ronchon, la jeunesse de Laurent le MĂ©dicis, les Belles Lettres, 1963.
  6. ↑ Beatrice Pazzi aurait dĂ» lĂ©gitimement hĂ©riter de son pĂšre Giovanni Borromeo mort intestat et sans hĂ©ritier mĂąle, mais la Seigneurie promulgua, le 20 mars 1477, une loi rĂ©troactive, donnant dans ces cas-lĂ  prioritĂ© dans l’ordre de succession aux autres hĂ©ritiers mĂąles (ici ses neveux) sur les propres filles du dĂ©funt.
  7. ↑ Nicolas Machiavel, Istorie fiorentine, 1532.
  8. ↑ John M. Najemy, A History of Florence 1200-1575, Blackwell Publishing, 2006.
  9. ↑ Simone Filipepi, Cronaca. Simone Filipepi Ă©tait le frĂšre de Botticelli.
  10. ↑ Lettre à Jacopo Antiquario, 18 mai 1492.
  11. ↑ Partisans de Savonarole.
  12. ↑ Giovanfrancesco Pico, Vita Reverendi Patris F. Hieronymi Savonarolae, 1530.
  13. ↑ Pseudo-Burlamacchi, La vita del beato Ieronimo Savonarola. Le manuscrit est postĂ©rieur Ă  celui de Giovanfrancesco Pico.
  14. ↑ Sur le programme conçu pour la chapelle par Michel-Ange, voir, par exemple, Erwin Panofsky, Essais d'iconologie, 1939, Ă©dition française, Gallimard, 1967.
  15. ↑ « La banque MĂ©dicis Ă©tait minĂ©e par les dissensions, et les directeurs de diffĂ©rentes filiales, au lieu de pousser ensemble comme une Ă©quipe, Ă©taient en dĂ©saccord, chacun dĂ©fendant son intĂ©rĂȘt personnel, et se dĂ©sintĂ©ressant de l’intĂ©rĂȘt commun Â» Raymond De Roover, The Rise and Decline of the Medici Bank, 1397-1494, Cambridge (Massachusetts), 1963
  16. ↑ Sa fille, Marie de Bourgogne, et le mari de celle-ci, Maximilien Ier de Habsbourg .
  17. ↑ Raymond De Roover, op. cit.
  18. ↑ Il existe plusieurs versions de la Nencia da Barberino . Une version en 51 octaves (version V), une autre en 20 octaves (version A) , publiĂ©e pour la premiĂšre fois en 1908 et deux autres, (version P et M). De toutes les Ă©tudes consacrĂ©es Ă  la Nencia s’est dĂ©gagĂ© un consensus : la version A est la version littĂ©raire . Les autres versions en sont des altĂ©rations.

Bibliographie

  • Marcel Brion, Laurent le Magnifique, Albin Michel, 1937
  • Ivan Cloulas, Laurent le Magnifique, Fayard 1982
  • Lauro Martines Le sang d'avril - Florence et le complot contre les MĂ©dicis - Albin Michel - Histoire - Paris - 2006


Voir aussi

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  • Laurent de mĂ©dicis — Laurent le Magnifique par Girolamo Macchietti. Laurent de MĂ©dicis dit aussi Laurent le Magnifique, (en italien Lorenzo il Magnifico) Lorenzo di Piero de Medici (Florence, 1er janvier 1449 Florence, 9 avril 1492) fut un homme d État florentin et… 
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  • Laurent de MĂ©dicis — V. MĂ©dicis 
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