Langues en Suisse

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Langues en Suisse
Inscription en suisse allemand sur un lampion lors du carnaval de BĂąle : Friehner isch alles besser gsi! (allemand : FrĂŒher war alles besser! ; français : « Tout Ă©tait mieux auparavant ! Â»)

La question des langues en Suisse est une problĂ©matique culturelle et politique centrale de la Suisse. L’allemand, le français, l'italien et le romanche sont les quatre langues nationales parlĂ©es en Suisse ; les trois premiĂšres Ă©tant en usage officiel pour les rapports Ă  la ConfĂ©dĂ©ration ou aux cantons. Historiquement, les langues pratiquĂ©es en Suisse ont connu des statuts divers. Le plurilinguisme affirmĂ© du pays est Ă  la fois le rĂ©sultat historique de leurs rapports respectifs et celui de la volontĂ© politique qui fonde la ConfĂ©dĂ©ration.

Bien que fort exigu, le territoire helvĂ©tique est dĂ©coupĂ© en quatre zones linguistiques dont la langue majoritaire dĂ©termine la langue en usage. La Constitution fĂ©dĂ©rale fixe quatre principes : l'Ă©galitĂ© des langues, la libertĂ© des citoyens en matiĂšre de langue, la territorialitĂ© des langues et la protection des langues minoritaires.

En vertu du principe de territorialitĂ©, les frontiĂšres linguistiques sont fixĂ©es par les cantons, parmi lesquels plusieurs sont plurilingues. Le dĂ©coupage linguistique actuel est apparu Ă  la fin du XIIIe siĂšcle, et est demeurĂ© presque inchangĂ© depuis. Le Röstigraben est le nom donnĂ© Ă  la frontiĂšre culturelle et linguistique entre l'allemand et le français qui trouve ses racines dans l'histoire.

FondĂ©e par les WaldstĂ€tten en 1291, la ConfĂ©dĂ©ration est totalement germanophone Ă  l'origine, avec de nombreux dialectes suisses allemands, mais dĂšs le XVe siĂšcle, elle connaĂźt une extension de son aire d'influence au sud des Alpes, dans une rĂ©gion italophone, puis Ă  l'ouest, dans une rĂ©gion francophone. L'allemand reste dominant, mais le français est valorisĂ© sous l'Ancien RĂ©gime par le prestige de la culture française et les liens entre la France et la Suisse. Au XIXe siĂšcle, alors que la RĂ©publique helvĂ©tique apporte la reconnaissance formelle de l'Ă©galitĂ© des langues, l'État fĂ©dĂ©ral de 1848 adopte l'allemand, le français et l'italien comme langues nationales.

Aujourd'hui, environ 64 % de la population est germanophone et parle l'un des nombreux dialectes suisses allemands ou SchwyzerdĂŒtsch. Le français, environ 20 % de la population, est parlĂ© majoritairement Ă  l'ouest du pays ; l'italien, reprĂ©sente environ 6 % de la population, essentiellement au sud des Alpes, et le romanche est en rĂ©gression lente (-15 % depuis dix ans) et compte moins de 40 000 locuteurs.

L'italien et le romanche, fortement minoritaires, sont soutenus par l'État fĂ©dĂ©ral. Enfin, en raison d'une forte immigration, environ 9 % de la population rĂ©sidente parle une langue Ă©trangĂšre non nationale comme langue principale.

Sommaire

Historique des langues en Suisse

Origines du clivage linguistique

Burgondes et Alamans avant l'an mil     Burgondes      Alamans

Du Ier siĂšcle av. J.‑C. au IVe siĂšcle, le territoire de l'HelvĂ©tie est sous domination de l'Empire romain. L'usage du latin se gĂ©nĂ©ralise. Tous les Ă©crits (pour la plupart sur des tablettes enduites de cire) retrouvĂ©s sont en effet en latin, une indication que la langue s'est rĂ©pandue non seulement dans l'administration, mais aussi dans la vie de tous les jours[1]. Mais dĂšs la fin du IIIe siĂšcle, les premiĂšres incursions barbares repoussent la population romaine vers le sud, et le territoire est finalement occupĂ© par deux peuples en guerre permanente l'un contre l'autre[2] : les Burgondes Ă  l'ouest et, dĂšs le VIe siĂšcle, les Alamans (ou AlĂ©mans) Ă  l'est[3].

Lors de leur installation en HelvĂ©tie Ă  l'ouest du territoire suisse actuel, vers 443, les Burgondes ont dĂ©jĂ  connaissance du latin : nombre d'entre eux sont bilingues et peuvent s'exprimer en bas latin[4]. Abandonnant leur langue d'origine issue de la branche germanique orientale aujourd'hui Ă©teinte, ils adoptent le latin local, qui Ă©volue peu Ă  peu pour donner le francoprovençal, qui depuis a Ă©tĂ© supplantĂ© par le français, bien qu'on parle encore cette langue dans quelques communes de Romandie.

À l'est du territoire suisse actuel, les langues germaniques du royaume alaman donnent naissance aux dialectes alĂ©maniques[5].

L'archĂ©ologie et la toponymie permettent de suivre la progression des colonies alamanes sur le plateau suisse Ă  partir du VIe siĂšcle. Alors que les langues romanes disparaissent lentement Ă  l'est de l'Aar, les Alamans atteignent au cours du VIIe siĂšcle les terres au sud-est de l'Aar jusqu'aux lacs de Thoune et de Brienz. Ils remontent ensuite les vallĂ©es de l'Oberland bernois (vallĂ©es de la Simme et de la Kander). La limite linguistique dans la rĂ©gion centrale du plateau suisse se fixe ainsi peu Ă  peu : elle longe le pied du jura, suit la ligne Morat – Fribourg ; l'espace compris entre l'Aar et la Sarine devenant dĂšs le VIIe siĂšcle une zone de contact linguistique qui persiste jusqu'Ă  ce jour[dhs 1],[dhs 2].

L'insertion du royaume de Bourgogne dans le Saint Empire en 1032 et la fondation de la ville de Fribourg par les ZĂ€hringen en 1157 favorisent l'allemand. Seuls quelques changements locaux interviennent les siĂšcles suivants comme pendant les guerres de Bourgogne ou la RĂ©forme[6]. La frontiĂšre des langues ainsi fixĂ©e Ă  la fin du XIIIe siĂšcle ne se modifie que peu et correspond au dĂ©coupage linguistique actuel[7],[8].

En Valais, la partie amont de la vallée du RhÎne est occupée vers l'an mil par un groupe d'Alamans venus de l'Oberland bernois, les Walsers. Ainsi la limite des langues sépare le Haut-Valais germanophone du Bas-Valais francophone.

Immigrations en Rhétie. Influence romane et germanique

Les RhĂštes Ă©tablis dans les Grisons actuels, au Tyrol et dans une partie de la Lombardie, sont soumis aux Romains entre 15 av. J.-C. et l'an 400. Au contact du latin, les langue rhĂ©tiques indigĂšnes donnĂšrent naissance Ă  une variante rhĂ©tique du latin vulgaire dite « rhĂ©to-romane Â», les dialectes romanches[9]. L'aire de diffusion du romanche, Ă  l'origine, s'Ă©tend au nord jusqu'au lac de Walenstadt et au lac de Constance. L'arrivĂ©e de peuples germaniques Ă  partir du Moyen Âge vont repousser le romanche dans quelques vallĂ©es des Grisons[dhs 3].

Au Moyen Âge, la RhĂ©tie est au centre de plusieurs mouvements d'immigration ; elle va voir sa population doubler entre les VIe siĂšcle et XIVe siĂšcle. À partir du IXe siĂšcle, sous Charlemagne, la RhĂ©tie fait partie du Saint-Empire. Un comte germanique s'installe Ă  Coire puis l'ÉvĂȘchĂ© de Coire est rattachĂ© Ă  celui de Mayence ce qui renforce la prĂ©sence des langues germaniques. AprĂšs l'incendie de Coire en 1464 et sa reconstruction par les artisans germanophones, la germanisation de la ville et rĂ©gion est complĂšte[9]. Entre le XIIe siĂšcle et le XVe siĂšcle, les Walser, en provenance du Haut-Valais, colonisent les hautes vallĂ©es peu peuplĂ©es du nord et du centre des Grisons amenant leur propre langue alĂ©manique, le « walser Â». Les habitants des vallĂ©es ouvertes au sud des Alpes comme le Val Poschiavo et le Val Mesolcina parlent des dialectes lombards[dhs 4].

Confédération suisse

La croissance de la Confédération (1291 - 1481)

NĂ©e Ă  la fin du XIIIe siĂšcle, la Suisse s'est formĂ©e lentement Ă  partir des WaldstĂ€tten et de la ConfĂ©dĂ©ration des III cantons. Depuis 1291 jusqu'en 1481, la ConfĂ©dĂ©ration s'est dĂ©veloppĂ©e uniquement dans des rĂ©gions germanophones pour former la ConfĂ©dĂ©ration des VIII cantons (avec Lucerne, Zurich, Glaris, Zoug et Berne). Bien qu'Ă©galement germanophone, la ville de Berne est situĂ©e plus Ă  l'ouest en territoire burgonde, entre la zone d'influence des Habsbourgs et celle de la Maison de Savoie. Ville dominant l'ouest du plateau suisse, Berne dispose d'un systĂšme d'alliances avec Bienne, Soleure, Fribourg et NeuchĂątel, et convoite les zones francophones du pays de Vaud afin d'assurer des limites naturelles Ă  son territoire entre Jura et lac LĂ©man[b 1].

Le premier territoire non germanophone est pourtant italophone. Le canton d'Uri, qui contrÎle l'accÚs nord de la route du Gothard, souhaite également en contrÎler l'accÚs sud. En 1403, Uri et le canton d'Obwald profitent d'une rébellion en Léventine contre le duché de Milan, propriétaire de la région, pour conquérir une premiÚre fois la Léventine, qui devient le premier pays sujet des Confédérés. Suivent le Vallemaggia, le Val Verzasca et Bellinzone. Le traité de 1403 avec Uri et Obwald[dhs 5] était rédigé en allemand[b 2].

À l'ouest, lors des guerres de Bourgogne en 1475, Bernois et Fribourgeois gagnent pour la premiĂšre fois des territoires francophones en Pays vaudois ; les Haut-Valaisans (alliĂ©s des ConfĂ©dĂ©rĂ©s) s'emparent du Bas-Valais[b 3].

En 1481, la ConfĂ©dĂ©ration s'est considĂ©rablement agrandie et est devenue plurilingue, avec des possessions italophones au sud du Gothard, des liens avec les trois Ligues romanches grisonnes et des possessions francophones avec le Pays de Vaud, le Bas-Valais, mais aussi des territoires dans le Jura dĂ©tenus par Bienne et l'Ă©vĂȘchĂ© de BĂąle[b 4]. Fribourg devient alors le premier canton francophone Ă  entrer dans la ConfĂ©dĂ©ration ; dans ce canton, l'allemand est toutefois la langue officielle des autoritĂ©s dĂšs 1543 et le reste jusqu'Ă  la chute de l'Ancien RĂ©gime lorsque le bilinguisme est rĂ©tabli[10]. La conscience de constituer dorĂ©navant une nation les incite Ă  considĂ©rer le suisse allemand comme seule « langue nationale Â». Ainsi toute la correspondance officielle est rĂ©digĂ©e en suisse allemand[b 5].

L'influence française (1481 - 1798)

Pierre Victor de Besenval de BrĂŒnstatt, baron de Besenval, Ă©crivain, courtisan et militaire suisse au service de la France, peinture de Henri-Pierre Danloux, 1791, huile sur toile, 46,5 x 37 cm, Londres, National Gallery.

De Louis XI Ă  Louis XVI, les mercenaires suisses servent les rois de France. Si Louis XI n'employait que les mercenaires germanophones, par la suite, les Romands deviennent majoritaires. À partir du XVIIe siĂšcle, le français s'impose en Europe et mĂȘme les mercenaires alĂ©maniques se mettent Ă  parler français, ce qui contribue au dĂ©veloppement de l'usage du français en Suisse[b 6].

Aux XVIIe siĂšcle et XVIIIe siĂšcle, les liens entre la France et la Suisse Ă©taient forts et le prestige de la culture française valorisa la Suisse romande[n 1]. Les villes situĂ©es sur la frontiĂšre linguistique cultivaient les relations avec le monde francophone : les bonnes familles bernoises Ă©taient francophiles, on y parlait un mĂ©lange de français et de dialecte bernois, Ă  BĂąle le français est frĂ©quent et Ă  Fribourg, les bonnes familles parlent seulement le français. « Dans les villes de Berne, Fribourg et Soleure, parmi les gens d'un certain rang, la langue française est la plus usitĂ©e Â» raconte un voyageur en 1780. En Suisse centrale, l'influence est restreinte Ă  l'usage de certains mots français tels que « adieu Â» ou « bonjour Â», qui remplacent les mots suisses allemands[b 7].

Au XVIIIe siĂšcle, les Ă©coles privĂ©es, frĂ©quentĂ©es par des Suisses germanophones qui cultivent l'art de vivre Ă  la française, se dĂ©veloppent Ă  GenĂšve, Lausanne et NeuchĂątel. Au XVIIe siĂšcle dĂ©jĂ  s'Ă©taient dĂ©veloppĂ©s des Ă©changes de jeunes entre familles alĂ©maniques et romandes. Des centaines de « Schönfilles Â»[n 2] firent des « Welschlandjahr Â»[11] c'est-Ă -dire un sĂ©jour linguistique d'une annĂ©e en Suisse romande. De nombreux Suisses alĂ©maniques s'installent en Suisse romande[b 8].

Entre égalité des langues et prédominance de l'allemand (1798 - 1848)

Jusqu'Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle, l'allemand est considĂ©rĂ© comme l'unique langue de la ConfĂ©dĂ©ration. La RĂ©publique helvĂ©tique entre 1798 et 1803, apporte la reconnaissance formelle de l'Ă©galitĂ© des langues ainsi que l'Ă©galitĂ© des citoyens. Les sujets vaudois et tessinois voulant rester liĂ©s Ă  la Suisse, ils intĂšgrent la RĂ©publique helvĂ©tique. Le 29 avril 1798, les conseils lĂ©gislatifs publient les lois et dĂ©crets en français et en allemand. En juillet 1798, les cantons italophones de Lugano et de Bellinzone rejoignent la rĂ©publique ; l'italien est Ă©galement reconnu comme langue nationale[b 9].

Avec l'Acte de mĂ©diation, entre 1803 et 1813, la Suisse est soumise Ă  la France et organisĂ©e selon un modĂšle fĂ©dĂ©ral attribuant plus d'autoritĂ© aux cantons. Dix-neuf cantons composent le pays ; seuls Vaud et Tessin ne sont pas germanophones. Lors des DiĂštes, l'allemand domine clairement, les Grisons et les Fribourgeois utilisant cette langue majoritaire[b 10].

Entre 1815 et 1830, la « Restauration Â» voit les 22 cantons souverains liĂ©s par un pacte. Bien que cette nouvelle ConfĂ©dĂ©ration comprenne quelques cantons latins ou multilingues (GenĂšve, Vaud, NeuchĂątel, Fribourg, Berne, Valais, Tessin et Grisons), l'allemand reste la langue privilĂ©giĂ©e du pays, en rĂ©action Ă  la prĂ©pondĂ©rance du français sous l'ancienne RĂ©publique helvĂ©tique. À la DiĂšte, chacun fait usage de la langue de son choix mais les dĂ©cisions sont publiĂ©es uniquement en allemand « le texte allemand faisant foi Â»[b 11].

La crĂ©ation d'institutions militaires fĂ©dĂ©rales, comme l'École militaire de Thoune, ainsi que la crĂ©ation de nombreuses sociĂ©tĂ©s d'Ă©tudiants contribuent Ă  l'Ă©mergence d'un sentiment national et permettent Ă  des personnes provenant des diverses rĂ©gions linguistiques de se cĂŽtoyer. En outre, les Ă©lites de confession protestante des cantons de GenĂšve, Vaud, NeuchĂątel et Jura bernois s'intĂ©ressent Ă  la culture allemande. Le français est introduit dans les programmes scolaires de Suisse allemande, Ă  BĂąle Ă  partir de 1817. La Suisse romande occupe dĂ©sormais une place dans la vie Ă©conomique et culturelle crĂ©ant un certain Ă©quilibre entre AlĂ©maniques et Romands[b 12].

L'État fĂ©dĂ©ral de 1848 plurilingue

En 1847, la guerre civile du Sonderbund oppose cantons catholiques (Tessin exceptĂ©) et protestants. Les cantons romands se rĂ©partissent dans les deux camps selon leur confession et non leur appartenance linguistique ; ainsi les soldats de tout le pays se cĂŽtoient pour la mĂȘme cause, ce qui prĂ©serve la paix des langues. La rapide victoire des forces fĂ©dĂ©rales permet la crĂ©ation d'un État dĂ©mocratique et progressiste[b 13].

Le problĂšme des langues n'est pas un thĂšme central du nouvel État. Selon l'article 109 (adoptĂ© de justesse) de la constitution de 1848, « Les trois principales langues parlĂ©es en Suisse, l'allemand, le français et l'italien sont les langues nationales de la ConfĂ©dĂ©ration Â». Ces trois langues deviennent Ă©galement langues officielles. Il n'y a donc pas coĂŻncidence entre langue et nation en Suisse puisque l'allemand, majoritaire, n'est pas la seule langue nationale. C'est une originalitĂ© dans le contexte europĂ©en des États-nations[dĂŒ 1].

Le premier conseil fĂ©dĂ©ral tient compte des langues car il est composĂ© de cinq AlĂ©maniques, d'un Romand et d'un Tessinois. Toutefois, de par sa structure mĂȘme, l'État fĂ©dĂ©ral de 1848 a rendu les trois langues latines minoritaires : la tendance est Ă  la centralisation des affaires publiques sur le plan national[b 14].

Il faut attendre les annĂ©es 1990 pour voir la question de la sauvegarde de la diversitĂ© linguistique et culturelle s'inscrire dans les textes fondamentaux. Le peuple accepte, en 1996, un nouvel article constitutionnel sur les langues[dĂŒ 2]; la rĂ©vision de la constitution fĂ©dĂ©rale d'avril 1999 contient plusieurs nouveaux articles sur les langues, dont les apports principaux sont : le romanche, langue nationale depuis 1938[dhs 6] est inscrit en tant que langue nationale (article 4), les cantons dĂ©terminent leurs langues officielles en prenant en considĂ©ration les minoritĂ©s autochtones (article 70.2), la ConfĂ©dĂ©ration et les cantons encouragent la comprĂ©hension et les Ă©changes entre communautĂ©s linguistiques (article 70.3), la ConfĂ©dĂ©ration soutient les cantons plurilingues dans leurs tĂąches particuliĂšres (article 70.4) et soutient les mesures pour promouvoir et sauvegarder l'italien et le romanche (article 70.5)[b 15].

Langues nationales et langues officielles

Usage des quatre langues par le « Don suisse Â» sur une « carte de la FĂȘte nationale Â» de 1945.

Au niveau fédéral, on distingue les langues nationales[12] qui sont les langues utilisées en Suisse des langues officielles[13], qui sont celles utilisées pour les rapports à la Confédération ou aux cantons.

Les quatre langues nationales sont l'allemand (et non le suisse allemand[14]), majoritaire, et trois langues romanes minoritaires : le français, l’italien et le romanche[15].

Les langues officielles sont l'allemand, le français et l’italien. Selon l'article 70 de la Constitution fĂ©dĂ©rale de 1999, le romanche est partiellement langue officielle en ce sens qu'il est utilisĂ© pour les rapports que la ConfĂ©dĂ©ration entretient avec les personnes de langue romanche[13] ; c'est donc, depuis cette date, une langue officielle rĂ©gionale[16] car localisĂ©e au seul canton des Grisons.

À l'ONU, la Suisse utilise le français comme langue de travail[17],[18]

Principes

Les quatre grands principes inscrits dans la Constitution fĂ©dĂ©rale sont[5] 
  • l'Ă©galitĂ© des langues ;
  • la libertĂ© des citoyens en matiĂšre de langue ;
  • la territorialitĂ© des langues ;
  • la protection des langues minoritaires.

Les trois langues officielles sont donc égales en droit au niveau fédéral depuis 1848[19]. Selon le deuxiÚme principe, les citoyens ont la liberté de choisir leur langue, c'est cependant le principe de territorialité qui est primordial, car il permet de stabiliser les zones linguistiques. Quant au romanche, fortement minoritaire, il voit son territoire se réduire au fil du temps. Par ailleurs, grùce à leur statut de langues régionales et au titre du quatriÚme principe, l'italien et le romanche reçoivent le soutien de la Confédération, qui encourage les mesures prises par les cantons des Grisons et du Tessin.

LĂ©gislation

Le soutien des langues minoritaires est d'abord rĂ©gi par la « loi fĂ©dĂ©rale du 6 octobre 1995 sur les aides financiĂšres pour la sauvegarde et la promotion des langues et des cultures romanche et italienne Â». Cette loi est remplacĂ©e depuis le 1er janvier 2010 par une loi gĂ©nĂ©rale, la « loi fĂ©dĂ©rale du 5 octobre 2007 sur les langues nationales et la comprĂ©hension entre les communautĂ©s linguistiques (Loi sur les langues, LLC) Â»[20]. Son ordonnance d’application entre en application le 1er juillet 2010[21]. La sauvegarde et la promotion des langues minoritaires est reprise par l'ordonnance. De nouveaux points y sont ancrĂ©s : ce sont des mesures d'encouragement aux Ă©changes scolaires, le soutien aux cantons plurilingues, des mesures pour renforcer le plurilinguisme dans l'administration fĂ©dĂ©rale, en instaurant des quotas et, finalement, par la crĂ©ation d'un centre de compĂ©tence du plurilinguisme[22],[23].

La libertĂ© des citoyens en matiĂšre de langue cohabite avec la jurisprudence du Tribunal fĂ©dĂ©ral en matiĂšre de langue maternelle[fh 1],[24]. En effet, le principe de la libertĂ© des citoyens en matiĂšre de langue et celui de la territorialitĂ© des langues peuvent ĂȘtre en concurrence, principalement dans les quelques communes, districts ou cantons officiellement bilingues[dĂŒ 2].

La Suisse et la convention européenne sur les langues minoritaires

Le 25 septembre 1997, la Suisse a ratifiĂ© la charte europĂ©enne des langues rĂ©gionales ou minoritaires du 5 novembre 1992 ; celle-ci est entrĂ©e en vigueur dans le pays le 1er avril 1998 sous la forme de la loi RS 0.441.2[25] prĂ©sentĂ©e par l'office fĂ©dĂ©ral de la Culture qui est responsable de sa mise en Ɠuvre[26]. De par sa situation linguistique spĂ©cifique, la Suisse dĂ©clare alors ne pas avoir de « langue rĂ©gionale ou minoritaire Â» tout en reconnaissant au romanche et Ă  l'italien le statut de « langues officielles moins rĂ©pandues Â» au sens de l'article 3 de la charte[27] et dĂ©clare le yĂ©niche comme « langue sans localisation territoriale Â»[28]. ConformĂ©ment aux dispositions de la charte, la Suisse adresse au secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l'Europe un premier rapport pĂ©riodique le 2 dĂ©cembre 1999 dans lequel sont prĂ©cisĂ©es les dispositions juridiques alors mises en place, l'absence, au sens juridique du terme, de langue rĂ©gionale ou minoritaire ainsi que deux rapports, rĂ©digĂ©s respectivement par les cantons des Grisons et du Tessin sur l'application des paragraphes concernant les mesures recommandĂ©es par la charte[29].

Conformément à l'article 15 de la charte, un rapport d'évaluation rédigé par des experts indépendants est remis tous les trois ans au conseil de l'Europe[28].

En 2001, le comitĂ© des ministres du Conseil de l'Europe adopte, sur proposition d'un comitĂ© d'experts dont le rapport contient huit conclusions gĂ©nĂ©rales, une recommandation en trois points demandant Ă  la Suisse de renforcer la protection de la langue romanche, en particulier devant la justice dans les Grisons et de renforcer l'utilisation du romanche et de l'italien au sein de l'administration fĂ©dĂ©rale[30]. L'annĂ©e suivante, la Suisse produit un second rapport pĂ©riodique[31] dans lequel elle revient largement sur la recommandation de renforcer l'usage des langues minoritaires au sein de l'administration[32] et prĂ©cise en particulier la diffĂ©rence entre l'italien, langue officielle, et le romanche, langue nationale, dont l'adoption comme langue de travail ne serait « pas rĂ©aliste, vu le petit nombre de personnes de langue romanche dans l'administration et le coĂ»t disproportionnĂ© de l'opĂ©ration Â». Le rapport mentionne enfin les dĂ©veloppements des services de traduction italienne, dĂ©cidĂ©s en 1991 et mis en application en 1996 et 1999 lorsque plus de 20 postes de travail ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©s dans ce domaine.

Dans sa seconde publication en 2004, le comitĂ© met en avant deux nouvelles recommandations : l'encouragement de l'utilisation du romanche sur les radios et tĂ©lĂ©visions privĂ©es ainsi que la reconnaissance du yĂ©niche comme langue rĂ©gionale ou minoritaire traditionnellement parlĂ©e et faisant partie du patrimoine culturel et linguistique du pays[33]. Dans le rapport d'experts qui accompagne la recommandation, le cas particulier de la minoritĂ© parlant le walser dans la commune de Bosco-Gurin est Ă©voquĂ© sous la forme d'une indication selon laquelle cette langue serait en train de disparaĂźtre et d'un avis demandant aux autoritĂ©s compĂ©tentes de prendre « des mesures urgentes pour soutenir l'allemand (walser) dans cette commune Â»[34]. Ces diffĂ©rents points sont largement pris en compte et dĂ©taillĂ©s dans le troisiĂšme rapport publiĂ© par la Suisse en 2006[35] oĂč, si le yĂ©niche est officiellement reconnu comme faisant partie intĂ©grante du patrimoine culturel suisse, le canton du Tessin dĂ©clare « qu'Ă  l'image des espĂšces biologiques il existe Ă©galement pour les langues en voie d'extinction une grandeur limite en deçà de laquelle la survie est impossible Â» et que les quelque 30 habitants de la commune parlant encore walser ne justifient pas d'entreprendre des actions de sauvegarde de cette langue.

Le troisiĂšme rapport du comitĂ© d'experts, publiĂ© en 2008, demande de s’assurer que le rumantsch grischun est introduit dans les Ă©coles ; que, dans les communes Ă  majoritĂ© germanophone, le romanche soit utilisĂ© dans les relations avec les locuteurs minoritaires romanches ; et finalement de maintenir le dialogue avec les locuteurs yĂ©niches en vue de l'application de la charte[36].

Équilibre linguistique du conseil fĂ©dĂ©ral

L'organe exécutif de la Confédération est le Conseil fédéral composé de sept membres.

La loi ne fixe que peu de critĂšres sur la reprĂ©sentativitĂ© des membres du Conseil mais l'origine gĂ©ographique cantonale et linguistique des candidats joue un rĂŽle dĂ©terminant dans le choix de ceux-ci. La proportion entre Latins et AlĂ©maniques a de tout temps fait l'objet d'une attention particuliĂšre ainsi, le premier Conseil fĂ©dĂ©ral de 1848 comportait deux Latins (un Vaudois et un Tessinois) et cinq AlĂ©maniques[37], une proportion proche de la rĂ©partition linguistique de la population suisse. La plupart du temps les deux Latins viennent de Suisse romande mais cette proportion ne fut pas constante et, parfois, le Conseil n'eut qu'un Latin (les pĂ©riodes 1913 - 1917, 1934 – 1947 et 1967 - 1970)[38]. La Suisse italienne n'a pas toujours Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©e au Conseil fĂ©dĂ©ral, tout comme les romanchophones. Les quelques conseillers fĂ©dĂ©raux du canton des Grisons parlaient romanche mais un seul, Felix-Louis Calonder, conseiller fĂ©dĂ©ral entre 1913 et 1920, a pleinement reprĂ©sentĂ© la rĂ©gion romanche[39].

La question de la représentativité linguistique au sein du Conseil fédéral est réguliÚrement sujet de débats et spéculations lors des périodes de renouvellement des conseillers fédéraux[40].

Répartition géographique

Sections détaillées dans les articles Canton de Fribourg et Canton du Valais
Population rĂ©sidante selon la langue principale en % de la population totale[41]
année allemand français italien romanche autres
langues[n 3],[42]
1910 69.1 21.1 8.1 1.1 0.6
1920 70.9 21.3 6.1 1.1 0.6
1930 71.9 20.4 6.0 1.1 0.6
1941 72.6 20.7 5.2 1.1 0.4
1950 72.1 20.3 5.9 1.0 0.7
1960 69.3 18.9 9.5 0.9 1.4
1970 64.9 18.1 11.9 0.8 4.3
1980 65.0 18.4 9.8 0.8 6.0
1990 63.6 19.2 7.6 0.6 8.9
2000 63.7 20.4 6.5 0.5 9.0
La répartition des langues en 2000[pls 1]
Source : Office fĂ©dĂ©ral de la statistique (2002)
     Allemand      Français      Italien      Romanche

La Suisse est dĂ©coupĂ©e en quatre zones linguistiques reconnues, en principe unilingues : une zone de langue allemande, une zone de langue française, Ă  l'ouest du pays, une zone de langue italienne, la Suisse italienne reprĂ©sentĂ©e par le canton du Tessin et quelques vallĂ©es mĂ©ridionales des Grisons et une zone de langue romanche situĂ©e aux Grisons.

Si la majorité des cantons sont unilingues, certains ont leur territoire partagé en deux voire trois zones linguistiques.

Sur les 26 cantons que compte le pays, 22 n'ont qu'une langue officielle 
Les cantons partagĂ©s en deux voire trois zones linguistiques sont 
  • trois avec l'allemand et le français comme langues officielles : les cantons de Fribourg, du Valais et Berne ;
  • un avec l'allemand, l'italien et le romanche comme langues officielles : le canton des Grisons. Cependant, le romanche est prĂ©sent seulement dans une petite partie du canton.

Principe de territorialité

La Confédération n'est pas compétente en matiÚre de répartition des langues. Les frontiÚres linguistiques sont fixées par les cantons, qui déterminent leurs langues officielles et veillent à la répartition territoriale traditionnelle des langues. Dans certains cas, ils peuvent déléguer ce pouvoir aux communes (par exemple pour délimiter la zone de langue romanche dans le canton des Grisons).

Le but du principe de territorialité est le maintien, autant que possible, des zones linguistiques dans leurs limites historiques, qui restent relativement stables. Néanmoins, entre 1860 et 2000, 83 communes ont changé de région linguistique[43] et au cours de l'histoire la frontiÚre entre l'allemand et le français a varié à Fribourg, au Jura et en Valais.

Par exemple en Valais, les villes de Sion et Sierre ont été d'abord de langue française puis, sous l'Ancien Régime, de langue allemande avant de revenir au français. La région romanche diminue réguliÚrement au profit de la région linguistique allemande[8].

Avec le principe de territorialitĂ©, chaque commune a une langue officielle et, par exemple, lorsqu'un germanophone s'Ă©tablit en Suisse romande, il doit accepter la langue officielle de son lieu de rĂ©sidence et, notamment, accepter que l'Ă©cole publique se fasse en français[5]. Une exception partielle Ă  ce principe est admise en ville de Berne, de par sa fonction de ville fĂ©dĂ©rale, oĂč travaillent de nombreux employĂ©s fĂ©dĂ©raux provenant des autres rĂ©gions linguistiques. La ville comporte notamment des Ă©coles en d'autres langues que l'allemand, dont une officielle, en français.

Brassage des langues

À l'intĂ©rieur mĂȘme des quatre rĂ©gions linguistiques, on observe des diffĂ©rences dans la rĂ©partition des langues. Dans la rĂ©gion germanophone, en 2000, l'italien est la deuxiĂšme langue nationale la plus pratiquĂ©e avec 3 % de la population, le français seulement 1,4 %. Dans les autres rĂ©gions linguistiques, l'allemand se place toujours au deuxiĂšme rang, mais Ă  des degrĂ©s divers : 5,1 % en Suisse romande, 8,3 % en Suisse italienne et 25 % en rĂ©gion romanche.

La rĂ©gion romanchophone est la moins homogĂšne avec 68,9 % des rĂ©sidents utilisant la langue officielle. En outre, seule un peu plus de la moitiĂ© de l'ensemble des romanchophones y rĂ©side. En effet, 18 000 locuteurs vivent dans leur propre rĂ©gion linguistique, 9 000 dans le reste du canton des Grisons et 8 000 dans le reste de la Suisse dont 990 Ă  Zurich, qui est la ville suisse (hors Grisons) comptant le plus grand nombre de personnes parlant romanche[pls 2].

RĂ©partition des langues nationales en tant que langues principales selon la rĂ©gion linguistique [en %] (en 2000)[pls 3]
- Allemand Français Italien Romanche Langues non nationales


[n 3],[pls 4]

RĂ©gion germanophone 86,6 1,4 3,0 0,3 8,7
RĂ©gion francophone 5,1 81,6 2,9 0,0 10,4
RĂ©gion italophone 8,3 1,6 83,3 0,1 6,6
RĂ©gion romanchophone 25,0 0,3 1,8 68,9 3,9
Source : Recensement fĂ©dĂ©ral de la population (2000), Office fĂ©dĂ©ral de la statistique

Le brassage des langues est dĂ» Ă  :

  • les Ă©changes le long d'une frontiĂšre linguistique,
  • l'Ă©conomie et les transports,
  • l'immigration et
  • les migrations internes.

Le long des frontiĂšres linguistiques les langues se cĂŽtoient, voire se mĂ©langent, et l'on recense quelques communes bilingues comme Bienne, Fribourg, Sion et Sierre. Alors que les Suisses sont dans leur grande majoritĂ© monolingues, les habitants de ces rĂ©gions sont naturellement bilingues[dĂŒ 3].

Loin des frontiĂšres linguistiques les langues se cĂŽtoient aussi de par l'Ă©conomie. Par exemple, la part de germanophones au Tessin progresse au XXe siĂšcle. Ceci depuis la construction de la ligne de chemin de fer du Gothard par le tunnel du Gothard, ouverte en 1882, suivie par le tunnel routier ouvert en 1980 qui facilitent les Ă©changes, le tourisme et l'Ă©tablissement de nombreux germanophones suisses ou Ă©trangers au Sud des Alpes. En 1980, certaines communes, comme Orselina, ont jusqu'Ă  50 % de germanophones[dĂŒ 4]. Dans les grands centres Ă©conomiques comme GenĂšve ou Zurich, l'anglais est trĂšs prĂ©sent dans les entreprises multinationales. La ville fĂ©dĂ©rale de Berne occupe de nombreux fonctionnaires francophones[dĂŒ 3].

L'immigration d'italophones de l'Ă©tranger dans les annĂ©es 1960 - 1970 fait que le nombre de personnes de langue maternelle italienne a augmentĂ© dans une grande proportion partout en Suisse, et pas seulement en Suisse italienne[8]. Le taux maximal d'italophones en Suisse a atteint 11,9 % en 1970 ; il baisse depuis lors car les descendants de la premiĂšre gĂ©nĂ©ration d'immigrĂ©s adoptent la langue de leur lieu de rĂ©sidence. Parmi ceux-ci, 40 % pratiquent encore l'italien dans le cercle familial[44].

La migration interne. Des Ă©tudiants tessinois qui doivent Ă©tudier Ă  Zurich, des entreprises ouvrant des succursales dans toute la Suisse sont des exemples induisant des dĂ©placement de population d'une rĂ©gion linguistique Ă  l'autre[dĂŒ 3].

Cantons bilingues

Dans les cantons qui comptent deux voire trois zones linguistiques, la ConfĂ©dĂ©ration soutient les cantons plurilingues dans l’exĂ©cution de leurs tĂąches particuliĂšres. La politique linguistique est dĂ©terminĂ©e par chaque canton[dĂŒ 5] au niveau des districts et des communes et le principe de la territorialitĂ© est appliquĂ©.

Ainsi, dans le canton bilingue de Berne, le français est la langue officielle dans le Jura bernois alors que c'est l'allemand dans le reste du canton, sauf la région de Bienne qui est bilingue allemand / français.

Districts et communes bilingues

Plaque indicatrice de rue bilingue Ă  Bienne

Dans certaines agglomĂ©rations situĂ©es sur la frontiĂšre linguistique, le bilinguisme est Ă©galement appliquĂ© au niveau communal. Le bilinguisme communal est cependant trĂšs rare : seules 35 communes sont bilingues français - allemand. Une commune est bilingue si la minoritĂ© linguistique reprĂ©sente au moins 30 % de la population rĂ©sidente[8]. Par exemple, Bienne est bilingue allemand - français et la ville de Fribourg bilingue français - allemand.

Les districts bilingues sont :

Limites de la liberté des langues

Dans les quelques rĂ©gions officiellement bilingues, le principe de la libertĂ© des citoyens en matiĂšre de langue est limitĂ© par celui de la territorialitĂ© des langues. Le principe de la libertĂ© des citoyens en matiĂšre de langue permettrait Ă  une minoritĂ© nationale d'utiliser sa langue dans ses rapports aux autoritĂ©s ou qu'il soit possible de suivre l'Ă©cole publique dans sa langue minoritaire. En fait, le principe de territorialitĂ© exige que seule la langue dĂ©terminĂ©e officiellement soit utilisĂ©e Ă  l'Ă©cole. Par exemple, dans le canton des Grisons, les communes dĂ©terminent leur langue et, en raison de la forte prĂ©sence de germanophones dans les communes romanchophones, les situations varient selon les politiques communales. À Pontresina l'Ă©cole se fait en romanche alors que seul 15 % de la population est romanchophone. Dans la commune voisine de Saint-Moritz, la population romanchophone Ă©galement minoritaire doit accepter que l'Ă©cole se fasse en allemand. Le principe de la territorialitĂ© des langues, parfois remis en question, agit ainsi comme un instrument d'assimilation dans les cantons des Grisons, Fribourg, Valais et Berne ou les villes de Bienne, Fribourg, Sion et Sierre[dĂŒ 6].

L'arrondissement administratif de Bienne, bilingue, restreint le principe de la territorialitĂ© au profit de celui de la libertĂ© des langues ; la population est censĂ©e ĂȘtre polyglotte. L'usage de l'allemand et du français est possible envers les autoritĂ©s. La reprĂ©sentation politique est proportionnelle Ă  la rĂ©partition allemand / français de la population et chacun s'exprime dans sa langue au parlement, sans traduction[dĂŒ 5].

Limites linguistiques

Röstigraben

Article dĂ©taillĂ© : Röstigraben.

Le Röstigraben (en allemand le fossĂ© de röstis, du nom du plat typique de Suisse alĂ©manique) est le nom que l'on donne au clivage linguistique, culturel et politique entre allemand et français. Cette frontiĂšre linguistique remonte au Haut Moyen Âge.

L'Ă©tude des toponymes de localitĂ©s permet de retracer l'Ă©tendue des zones d'influence des diffĂ©rentes langues. Ainsi, les noms de villages se terminant en -ens ou -ence (Ă©quivalent du -ange lorrain et du -inge picard), trĂšs frĂ©quents dans les cantons de Fribourg et de Vaud jusqu'au bord du lac LĂ©man, sont d'origine alamane et montrent ainsi des percĂ©es larges dans le territoire burgonde, les prĂ©fixes Wal- et Walen- (qui signifient Welsch) se trouvent en nombre dans la zone comprise entre l'Aar et la Sarine, qui fixe la frontiĂšre linguistique Ă  partir du VIIIe siĂšcle.

Limite du romanche

Dans le sud et l'est du pays, le processus ne sera pas aussi rapide et la frontiĂšre linguistique changera lentement. Si le romanche est restĂ© pendant longtemps dominant dans les vallĂ©es rhĂ©tiques, il s'Ă©tend, selon certaines sources, encore jusqu'Ă  Einsiedeln au Xe siĂšcle. Glaris est encore bilingue au XIe siĂšcle, Ă  la pĂ©riode oĂč le dialecte germanique commence Ă  se rĂ©pandre dans la vallĂ©e de Conches, puis dans tout le Haut-Valais provoquant la migration des Walser qui vont ensuite rejoindre, au XIIIe siĂšcle, les vallĂ©es grisonnes. DĂšs le XIVe siĂšcle, la majoritĂ© des vallĂ©es et la totalitĂ© du Vorarlberg sont devenus germanophones, la population indigĂšne ayant adoptĂ© la langue de la classe dominante. Les seules enclaves romanches qui rĂ©sistent sont gĂ©ographiquement reliĂ©s par des cols Ă  l'Italie[45].

Limite de l'italien

La limite linguistique entre l'italien et l'allemand est naturelle et sépare, en Suisse, le nord du sud des Alpes. Elle suit les sommets du massif du Gothard l'italien et ses différents dialectes étant parlés au sud de celui-ci, au Tessin, et dans les vallées du canton des Grisons situées au sud des Alpes[8].

Migrations internes

Usages

Écouter les accents suisses et diffĂ©rents dialectes alĂ©maniques et tessinois

Si le pays est quadrilingue, les habitants ne possĂšdent pas tous le mĂȘme rĂ©pertoire et rarement les quatre langues nationales. En majoritĂ©, les Suisses naissent monolingues; 6% sont bilingues au dĂ©but de la scolaritĂ©. La majoritĂ© des Suisses deviennent ainsi plurilingue par l'apprentissage des langues[dĂŒ 7].

L'usage des langues diffĂšre selon les rĂ©gions linguistiques, la proximitĂ© ou non d'une limite linguistique, la nationalitĂ© et le brassage des populations, le profil socio-Ă©conomique ou la branche d'activitĂ©. environ 64 % de la population a l'allemand comme langue principale, le français reprĂ©sente environ 20 % de la population, l'italien environ 6 % , le romanche est en rĂ©gression lente (-15 % depuis dix ans) et compte moins de 40 000 locuteurs et environ 9 % de la population rĂ©sidente parle une langue Ă©trangĂšre non nationale. Dans la pratique, les germanophones parlent en majoritĂ© l'un des nombreux dialectes suisses allemands ou SchwyzerdĂŒtsch. Par rapport Ă  la rĂ©partition des langues principales, les langues parlĂ©es pour un usage familial ou professionnel sont plus fortement reprĂ©sentĂ©es, surtout les langues minoritaires et y compris celles de l'immigration; en moyenne, un adulte parle deux langues Ă©trangĂšres.

Les Suisses alĂ©maniques appellent parfois les Romands, les Welsches[dĂŒ 8] et la Suisse romande, le Welschland. Le mot Welsch signifiant celte en vieil allemand. Il a ensuite Ă©tĂ© repris pour qualifier les peuples de langue romane dans les zones majoritairement francophones comme la Romandie (Welschland) ou encore la Wallonie (sud de la Belgique).

Les Suisses romands appellent parfois les Suisses alĂ©maniques, les totos[dĂŒ 8] ou Bourbines et la Suisse alĂ©manique, Bourbineland.

Langues nationales (les quatre zones linguistiques)

Panneau en quatre langues

La plupart des Suisses parlent plus d’une langue. À l'Ă©cole, l'enseignement d'une autre langue nationale comme langue Ă©trangĂšre est obligatoire et est du ressort de chaque canton. Les Romands ou Tessinois apprenant l'allemand standard Ă  l'Ă©cole, l'usage courant du suisse-allemand en Suisse alĂ©manique est une difficultĂ© supplĂ©mentaire aux Ă©changes culturels ainsi que pour l'accĂšs Ă  des Ă©tudes ou des emplois ou la connaissance et la pratique d'un dialecte alĂ©manique est important[46]. En Suisse alĂ©manique, les Ă©trangers et les Suisses provenant des autres rĂ©gions linguistiques doivent, s'ils veulent pouvoir communiquer avec les habitants de leur lieu de rĂ©sidence, apprendre l'allemand standard et le suisse-allemand local[47].

Les minoritĂ©s italophone et romanche sont particuliĂšrement dĂ©favorisĂ©es : les principales hautes Ă©coles se trouvent soit en Suisse romande ou en Suisse alĂ©manique. Aussi ces minoritĂ©s sont contraintes de parler l'allemand pour dĂ©fendre leur Ă©conomie face Ă  la Suisse allemande.

La plupart des produits commerciaux sont étiquetés en français, en allemand et en italien.

Allemand

Article dĂ©taillĂ© : Suisse allemand.
L'aire de diffusion traditionnelle des signes dialectals d'allemand supĂ©rieur occidental (=alĂ©mannique) aux XIXe et XXe siĂšcles
PremiĂšre parution de la Neue ZĂŒrcher Zeitung en 1780.

Dans l'usage courant des langues et dans la sphĂšre privĂ©e, la population germanophone parle gĂ©nĂ©ralement l'un des nombreux dialectes suisses allemands ou SchwyzerdĂŒtsch[dhs 7], lesquels jouissent d'une grande valorisation sociale, y compris dans les centres urbains, alors que l’usage de l’allemand standard – Hochdeutsch ou « bon allemand Â» – est limitĂ© aux situations les plus formelles.

Le suisse allemand emprunte de nombreux termes Ă©trangers au français, Ă  l'italien ou Ă  l'anglais. Ces emprunts ne sont pas forcĂ©ment les mĂȘmes que ceux de l'allemand[48]. En linguistique, un helvĂ©tisme dĂ©signe une tournure ou expression typiques Ă  la Suisse. Par exemple : Perron, Kondukteur et Billet au lieu de Gleis, Schaffner et Fahrkarte[49].

FormĂ©s entre les XIe siĂšcle et XVe siĂšcle, les dialectes suisses allemands se rĂ©partissent, du nord au sud, en trois groupes : bas alĂ©manique, haut alĂ©manique et alĂ©manique supĂ©rieur.

Seul le dialecte bùlois appartient au bas alémanique. La grande majorité des dialectes sont haut alémaniques et les dialectes pratiqués dans les Alpes sont de l'alémanique supérieur. La prononciation varie fortement du nord au sud et d'une région à l'autre.

L'allemand standard est appris Ă  l'Ă©cole primaire, il est ensuite principalement utilisĂ© pour la forme Ă©crite formelle, les journaux et les magazines. Son usage oral n'est pas apprĂ©ciĂ© de la population alĂ©manique, en effet :

« Le Suisse allemand n'est pas Ă  l'aise quand il parle allemand, conscient qu'il est de s'exprimer de façon bizarre. Ainsi, les Suisses allemands n'ont pas une langue standard orale simplement dĂ©viante, ils n'ont en fait aucun registre oral dans la langue standard dans lequel ils soient Ă  l'aise Â»

— Haas p. 104[fh 2]

À la radio, Ă  la tĂ©lĂ©vision, mais aussi en politique, on parle de prĂ©fĂ©rence le suisse allemand au lieu de l'allemand standard, sauf dans certaines Ă©missions, comme les "nouvelles" et les discussions de fond traĂźtant de la Suisse entiĂšre, oĂč participent des reprĂ©sentants des minoritĂ©s linguistiques. Dans le milieu scolaire, afin d’élever le niveau d’allemand des Ă©lĂšves qui gĂ©nĂ©ralement prĂ©fĂšrent le dialecte, plusieurs cantons alĂ©maniques (dont Zurich, Schwytz, Uri et Zoug) ont imposĂ© l’usage systĂ©matique de l'allemand standard, et les professeurs sont tenus de s’exprimer exclusivement dans cette langue. C'est Ă©galement ce que recommande la confĂ©rence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP)[fh 2].

La considĂ©ration de l'allemand standard par rapport aux dialectes alĂ©maniques a Ă©voluĂ© au cours de l'histoire. Au XVIIIe siĂšcle, les dialectes Ă©taient mal considĂ©rĂ©s et lorsque l'Ă©cole devint obligatoire au dĂ©but du XIXe siĂšcle, l'usage de l'allemand standard augmenta significativement. À la fin du XIXe siĂšcle l'allemand Ă©tait utilisĂ© en public et le dialecte en famille[fh 2]. L'arrivĂ©e grandissante de ressortissants allemands en Suisse fit craindre la disparition des dialectes. Des dictionnaires de rĂ©gionalismes sont alors Ă©ditĂ©s pour sauvegarder ce patrimoine, comme en 1862 le Schweizerische Idiotikon[50]. Au dĂ©but du XXe siĂšcle, aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale, l'allemand standard perdit de son influence et, aprĂšs 1933, l'usage des dialectes fut encouragĂ© afin de se distancer de l'Allemagne[fh 2]. Dans la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle, le suisse allemand devient la langue courante. Dans l'enseignement public le dialecte devient la langue pratiquĂ©e avant de revenir au bon allemand Ă  la fin du XXe siĂšcle[fh 2]. Cependant, le brassage des populations urbaines et les mĂ©dias modernes ont tendance Ă  modifier les dialectes locaux, qui se transforment en un « suisse allemand interrĂ©gional Â» commun Ă  toute la Suisse allemande[dhs 7].

En Suisse romande et italienne, c'est l'allemand standard qui est enseigné à l'école. C'est un handicap pour la communication et la compréhension interrégionale[51].

Français

Article dĂ©taillĂ© : Français de Suisse.
Les dialectes francoprovençaux et d'oïl

ParlĂ© dans l’ouest du pays, le français de Suisse se diffĂ©rencie peu du français de France. Il se caractĂ©rise par quelques termes issus du francoprovençal, par des mots tels que septante, huitante ou nonante, ainsi que, localement, par des mots et expressions empruntĂ©es aux langues germaniques tels que mouttre, witz, ou poutser.

L'usage des dialectes romands ou patois dĂ©cline Ă  partir de la RĂ©forme et le dĂ©clin se poursuit durant la RĂ©volution française. Il se maintien un peu plus dans les cantons catholiques et Ă  la campagne. Au dĂ©but du XIXe siĂšcle, les pĂ©dagogues conseillent aux parents de parler français avec les enfants pour leur faciliter l'apprentissage des matiĂšres scolaires puis, Ă  la fin du XIXe siĂšcle, les dialectes seront finalement interdits Ă  l'Ă©cole sous peine de sanctions[fh 2]. Les dialectes romands se sont Ă©teints au cours du XXe siĂšcle. La commune d'EvolĂšne dans le Val d'HĂ©rens est la seule commune de Suisse romande oĂč le patois local est transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration sans interruption[52]. La pratique locale des patois subsiste, notamment en Valais (6,3 % de locuteurs Ă  la fin du XXe siĂšcle), dans le canton de Fribourg (3,9 %), et celui du Jura (3,1 %), mais ils ont presque totalement disparu dans l’usage quotidien. Ils proviennent tous du francoprovençal exceptĂ© celui du canton du Jura qui est un dialecte d'oĂŻl, le franc-comtois. MalgrĂ© l'appui institutionnel et le fait que le patois est inscrit dans la constitution jurassienne, le dialecte local ne se dĂ©veloppe pas[dhs 8].

La publication d'un glossaire des patois de la Suisse romande débute en 1899 à l'initiative de Louis Gauchat[53].

Les Suisses romands apprennent l'allemand standard. S'ils habitent non loin de la frontiĂšre linguistique, ils apprennent plus facilement le suisse allemand[51].

Italien

Article dĂ©taillĂ© : Tessinois.

En Suisse italienne (le canton du Tessin et quelques vallĂ©es mĂ©ridionales des Grisons : Val Poschiavo, Val Bregaglia, Val Calanca et Val Mesolcina, ainsi que la commune de Bivio, seule commune du versant nord des Alpes dont l'italien est langue officielle), l'on parle un dialecte tessinois, apparentĂ© aux parlers lombards et la langue Ă©crite est l'italien.

Il y a trois sortes d'italiens en usage 
  • un dialecte local qui change d'une vallĂ©e Ă  l'autre et qui est la langue des anciennes gĂ©nĂ©rations,
  • le dialecte tessinois rĂ©gional, qui tend Ă  remplacer les dialectes locaux, est le langage familier le plus couramment utilisĂ© par toutes les couches de population, aussi bien pour un usage dans la sphĂšre privĂ©e qu'en public ;
  • l'italien qui est la langue apprise Ă  l'Ă©cole, utilisĂ©e Ă  l'Ă©crit et pour les situations moins familiĂšres.

Le dialecte est la langue maternelle de la majorité de la population[n 4],[dhs 9]. L'italien est utilisé avec le tessinois dans l'administration, le monde des affaires et les services publics. Les programmes de radio et télévision de la RTSI sont en italien mais certains sont en dialecte.

L'italien de Suisse emprunte des termes du français ou de l'allemand[54] :
Italien standard Italien en Suisse Mot correspondant en français ou allemand
offerta speciale azione action ; Aktion
prenotare/prenotazione riservare / riservazione rĂ©server / rĂ©servation ; reservieren / reservation (empruntĂ© du français)
ordinare comandare commander
istruttore monitore moniteur

La moitiĂ© de la population de l'aire italophone est bilingue[51]. Les principales hautes Ă©coles sont situĂ©es dans d'autres rĂ©gions linguistiques du pays et la plupart des italophones sont donc contraints de parler l'allemand ou le français. À l'inverse, le Tessin est une rĂ©gion touristique frĂ©quentĂ©e par les Suisses alĂ©maniques ou les Allemands. L'usage de l'allemand standard au Tessin augmente et Ă  tendance Ă  devenir courant[8].

Les dialectes locaux, différents selon les vallées et les villages, sont vivaces jusque vers 1950. Les multiples langues, patois local, tessinois et italien, sont utilisése en fonction des besoins car, si les patois locaux révÚlent l'origine du locuteur, il est parfois utile de l'escamoter; dans ce cas, il préfÚrera utilser un dialecte supra-régional. Interdits en classe avant la montée du fascisme en Italie, les patois sont depuis lors de nouveau tolérés au sein de l'école. Si le tessinois supra-régional est encore trÚs répandu les patois locaux, eux, sont en voie de disparition et font l'objet d'études ethnographiques. Des dictionnaires dialectaux sont publiés dans les années 1970[fh 3].

La commune de Bosco/Gurin est l'unique commune traditionnellement germanophone du Tessin. Ce village a été fondé en 1253 par des colons walser venus du Haut-Valais, lesquels ont apporté leur dialecte alémanique[dhs 10]. Aujourd'hui bilingue[55], la majorité de la population du village parle désormais italien[56].

Romanche

Article dĂ©taillĂ© : Romanche.
RĂ©partition des langues aux Grisons
en 1860 et 2000
RĂ©partition officielle en 1860.      Allemand      Romanche      ItalienSource : Office fĂ©dĂ©ral de la statistique, recensement 2000
RĂ©partition officielle en 2000.      Allemand      Romanche      ItalienSource : Office fĂ©dĂ©ral de la statistique, recensement 2000
RĂ©partition effective en 2000.      Allemand      Romanche      Italien Hachures : zone avec langue minoritaire parlĂ©e par au moins 30 % de la population
Source : Office fĂ©dĂ©ral de la statistique, recensement 2000

Le romanche (Rumantsch en romanche) est depuis la votation populaire du 20 fĂ©vrier 1938 l'une des quatre langues nationales de la Suisse, le peuple ayant acceptĂ© d'amender la constitution fĂ©dĂ©rale[dhs 6],[57]; il est considĂ©rĂ©, avec certaines restrictions, comme langue officielle Ă  l'Ă©chelle fĂ©dĂ©rale depuis la votation populaire du 10 mars 1996. ParlĂ© uniquement dans le canton des Grisons, oĂč il a un statut officiel depuis le XIXe siĂšcle, le romanche connaĂźt une lente rĂ©gression (-15 % depuis dix ans, moins de 40 000 locuteurs) et son avenir est incertain.

On distingue cinq langues Ă©crites infra-rĂ©gionales 

Le puter et le vallader forment ensemble le sous-groupe engadinois ou rumantsch ladin. On ne confondra pas ce sous-groupe avec la langue romane parlĂ©e au Tyrol du Sud, Ă©galement appelĂ©e Ladin et qui fait partie du mĂȘme ensemble rhĂ©to-roman.

Ces cinq variĂ©tĂ©s romanches deviennent langues Ă©crites avec la RĂ©forme. On publie des bibles, des textes liturgiques et de la littĂ©rature romanche[fh 3]. La population de cette rĂ©gion non-homogĂšne est dans sa grande majoritĂ© (70 %) bilingue. L'allemand est en effet utilisĂ© aussi bien dans le cercle privĂ© que dans la vie professionnelle et Ă  l'Ă©cole; le romanche Ă©tant essentiellement utilisĂ© dans les cercles familiaux et privĂ©s. Les jeunes gĂ©nĂ©rations utilisent de moins en moins le romanche au profit du suisse-allemand comme langue de communication[fh 4]. Les situations de diglossie sont courantes et multiples : l'on passe d'un dialecte romanche parlĂ© au romanche Ă©crit, du romanche au suisse-allemand puis Ă  l'allemand qui est langue d'enseignement secondaire[fh 3].

Une langue unifiĂ©e a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en 1982 par la Ligue romanche comme langue standard ou langue de compromis. FondĂ©e essentiellement sur trois des cinq variĂ©tĂ©s les plus courantes (le sursilvan, le vallader et le surmiran), cette nouvelle langue Ă©crite, « le Rumantsch grischun Â», est utilisĂ©e comme langue officielle. Les nouveaux manuels scolaires Ă©ditĂ©s par le canton ainsi que les documents administratifs sont dĂ©sormais publiĂ©s seulement dans cette forme unifiĂ©e de la langue, pourtant la grande majoritĂ© des Ă©coles et des administrations communales utilisent encore les cinq langues Ă©crites infra-rĂ©gionales[dhs 11],[51], tout comme les habitants qui ne se reconnaissent pas dans cette langue unifiĂ©e[fh 4].

Usage des langues nationales par la population immigrante

Les Ă©trangers reprĂ©sentent 18 % de la population totale. Parmi ceux-ci, deux tiers des immigrants dĂ©clarent utiliser une des langues nationales comme langue principale, mais leur rĂ©partition est diffĂ©rente de celle de la population suisse. La part des italophones est plus grande : 14,8 % parlent italien soit presque autant que le français (18 %). L'allemand est parlĂ© par prĂšs d'un tiers des Ă©trangers (29,4 %)[pls 6].

RĂ©partition des langues principales selon la nationalitĂ© suisse ou Ă©trangĂšre, en % (en 2000)[pls 7]
- Allemand Français Italien Romanche Langues
non nationales[n 3],[pls 4]
Population totale 63,7 20,4 6,5 0,5 9,0
Population de nationalité suisse 72,5 21,0 4,3 0,6 1,6
Population de nationalité étrangÚre 29,4 18,0 14,8 0,1 37,7
Source : Recensement fĂ©dĂ©ral de la population (2000), Office fĂ©dĂ©ral de la statistique

Langues non nationales

Il y a deux sortes de langues non nationales : premiĂšrement, des langues autochtones qui sont soit trĂšs localisĂ©es, soit trĂšs minoritaires et menacĂ©es de disparition ou sans attache territoriale. DeuxiĂšmement, les langues issues de l'immigration. Seul ce deuxiĂšme groupe est en forte croissance.

Langues régionales suisses

Bavarois

Le bavarois est une langue du groupe Haut allemand ; en Suisse, il est prĂ©sent sous la forme d'un dialecte du Tyrol (bavarois du Sud) et est parlĂ© uniquement dans la commune de Samnaun (Grisons), qui se considĂšre comme la plus petite minoritĂ© linguistique de Suisse[58]. Cette particularitĂ© vient du fait que la commune est gĂ©ographiquement orientĂ©e vers et accessible Ă  partir du Tyrol autrichien. Ce n'est que depuis 1913 qu'une route rejoint le village Ă  partir de la Suisse[dhs 12].

Francoprovençal

Le francoprovençal est une langue romane historiquement prĂ©sente dans les cantons francophones, exceptĂ© le canton du Jura, qui a disparu comme langue vivante des cantons de GenĂšve, NeuchĂątel et Vaud. En Valais et Ă  Fribourg (district de la GruyĂšre), il est encore pratiquĂ© trĂšs localement par quelques locuteurs. Mis Ă  part Ă  EvolĂšne oĂč la moitiĂ© de la population de la commune pratique le dialecte[59], il n'est plus transmis[dhs 8]. La langue est considĂ©rĂ©e comme Ă©teinte par les autoritĂ©s suisses[51].

Langue yéniche
YĂ©niches au lac de Lauerz Ă  Schwytz, 1928, collection particuliĂšre.

Le yĂ©niche est le sociolecte ou cryptolecte des YĂ©niches, c'est-Ă -dire de certains groupes marginalisĂ©s qui ont menĂ© depuis plusieurs gĂ©nĂ©rations une vie nomade ou semi-nomade. En Suisse, on compte environ 30 000 YĂ©niches ; ils forment une minoritĂ© autochtone dont 3 500 pratiquent encore le nomadisme. ConsidĂ©rĂ©e comme « langue nationale sans localisation territoriale Â»[60], le yĂ©niche se caractĂ©rise par une grammaire allemande et par un lexique composĂ© qui dĂ©rive ses Ă©lĂ©ments de l'allemand, du hĂ©breu et de la romani, avec un nombre mineur d'emprunts d'autres langues europĂ©ennes (surtout français et italien)[51].

Yiddisch

Le yiddish est une langue juive d'origine germanique proche de l'allemand, avec un apport de vocabulaire hĂ©breu et slave, qui a servi de langue vernaculaire aux communautĂ©s ashkĂ©nazes d'Europe centrale et orientale. AprĂšs son apogĂ©e dans les annĂ©es 1920, cette langue a disparu progressivement mais s'est stabilisĂ©e maintenant. Actuellement, elle est parlĂ©e par une petite communautĂ© de 1 500 personnes[51], en premier lieu par des Juifs ultra-orthodoxes.

Walser

Le « walser Â» est une langue alĂ©manique du groupe alĂ©manique supĂ©rieur originaire de la vallĂ©e de Conches (Goms en allemand), en Haut-Valais. Le peuple walser, formĂ© par des groupes d'Alamans venus de l'Oberland bernois, s'est installĂ© aux environs de l'an mil dans la vallĂ©e de Conches. Le climat doux de l'Ă©poque leur a permis de dĂ©fricher en haute altitude des territoires vierges pour s'y Ă©tablir en permanence. L'accroissement rapide de leur population les ont poussĂ©s Ă  migrer Ă  partir du XIIe siĂšcle et jusqu'au XVe siĂšcle. Ils ont fondĂ©s plus de 150 colonies sur une grande partie de l'arc alpin, de la Savoie jusqu'au Tyrol. Sur le territoire de la Suisse actuelle, ils se sont Ă©tabli Ă  Bosco/Gurin et en de nombreux endroits des alpes rhĂ©tiques (canton des Grisons)[61],[62] mais aussi en Italie (VallĂ©e d'Aoste et au PiĂ©mont), Autriche (Vorarlberg et Tyrol) et Liechtenstein[63]. MenacĂ©e de disparition, cette langue est encore parlĂ©e par environ 10 000 personnes en Suisse et 13 000 en Italie, en Autriche et au Liechtenstein[64].

Langues immigrantes Ă©trangĂšres

Au quadrilinguisme historique des langues nationales se superpose un plurilinguisme d'immigration[65].

L'immigration est en forte augmentation durant le XXe siĂšcle. NĂ©anmoins, la part des langues Ă©trangĂšres non-nationales comme langue principale reste trĂšs faible durant la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle avec moins de 1 %. C'est dans la deuxiĂšme moitiĂ© du siĂšcle que cette part augmente fortement jusqu'Ă  reprĂ©senter 9 % en 2000 en raison de changement de provenance des Ă©trangers[pls 4]. Les principales langues sont, dans l'ordre dĂ©croissant du nombre de locuteurs, le serbe, le croate, l'albanais, le portugais, l'espagnol, l'anglais et le turc[51].

L'anglais est surtout présent dans les principales zones urbaines de Zurich, Zoug, Bùle, la région lémanique GenÚve-Lausanne mais aussi dans le Bas-Valais. Le portugais est fortement représenté dans la région francophone alors que dans la région germanophone prédominent le serbe et le croate, l'albanais et le turc. Le serbe et le croate sont également trÚs présents en Suisse italienne.

RĂ©partition des principales langues non nationales selon les rĂ©gions linguistiques, en % (en 2000)[pls 8]
- En % de la
population totale[pls 4]
En nombre absolu de la
population totale[pls 4]
Part région
germanophone
Part région
francophone
Part région
italophone
Part région
romanchophone
Serbe / croate 1,4 103 350 84,1 10,6 5,1 0,2
Albanais 1,3 94 937 84,4 13,6 1,8 0,1
Portugais 1,2 89 527 46,4 49,3 4,0 0,3
Espagnol 1,1 77 506 57,3 38,6 4,1 0,1
Anglais 1,0 73 425 53,9 43,9 2,1 0,1
Turc 0,6 44 523 88,3 9,7 2,0 0,0
Source : Recensement fĂ©dĂ©ral de la population (2000), Office fĂ©dĂ©ral de la statistique
Anglais
Article dĂ©taillĂ© : Anglais en Suisse.

L'anglais, en Suisse, n'est pas une langue issue des grands courants d'immigration comme le sont l'espagnol, le serbe ou le portugais[66] mais une langue globale[67],[g 1]. L'anglais est enseigné dÚs l'école obligatoire[68] et il est souvent décrit comme plus simple à apprendre que les langues nationales[69].

Historiquement, les pays anglophones tissent des liens avec la Suisse Ă  l'Ă©poque de la RĂ©forme puis au XVIIIe siĂšcle. Des Ă©crivains tels que George Gordon Byron et Mary Shelley visitent l'Oberland bernois ou la rĂ©gion du LĂ©man et publient leurs impressions, contribuant Ă  l'attrait touristique, dĂšs la fin du XIXe siĂšcle pour les Alpes et la Suisse[70]. La premiĂšre chaire d'anglais est crĂ©Ă©e Ă  l'École polytechnique fĂ©dĂ©rale de Zurich, en 1855. En Suisse romande, il faut attendre 1920 pour l'ouverture de chaires aux universitĂ©s de GenĂšve et de Lausanne. Ainsi, durant la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle, l'anglais Ă©tait pratiquĂ© pour les seuls besoins liĂ©s au tourisme et au commerce extĂ©rieur.

Par la suite, l'enseignement de l'anglais comme deuxiĂšme langue Ă©trangĂšre se dĂ©veloppe dans le degrĂ© secondaire, sauf au Tessin. L'influence anglaise et amĂ©ricaine dans les domaines de la musique, de la publicitĂ© et de la terminologie scientifique, bancaire, informatique et aĂ©ronautique contribue Ă  l'insertion de l'anglais comme langue globale dans la vie quotidienne. L'anglais est alors utilisĂ©, dans certains cas (en fonction des rĂ©gions, des groupes socio-culturels ou des professions), pour communiquer entre diffĂ©rentes communautĂ©s linguistiques[dhs 13]. Face Ă  l'invasion d'anglicismes, signe de colonisation culturelle, la chancellerie fĂ©dĂ©rale recommande l'emploi de mots anglais uniquement s'il n'y a pas d'Ă©quivalent dans les langues nationales. Elle dresse une liste d'anglicismes Ă  bannir du vocabulaire officiel pour les relations entre l'État et le citoyen[71],[72].

Langues véhiculaires

Selon le principe de territorialitĂ©, la seule connaissance de la langue du lieu de rĂ©sidence est indispensable aux habitants. NĂ©anmoins, par la proximitĂ© de frontiĂšres linguistiques, les langues nationales servent de langue vĂ©hiculaire. Le bilinguisme, voire le plurilinguisme, s'observe notamment par contact direct entre habitants dans les zones situĂ©es Ă  la frontiĂšre des langues, ou entre des rĂ©gions distantes par les moyens de communication modernes comme, par exemple, dans le cadre de contacts professionnels[dhs 3]. L'allemand, dans ce cas, est la principale langue vĂ©hiculaire[73]. NĂ©anmoins, les Suisses alĂ©maniques parlent des dialectes suisses allemands qui ne sont pas enseignĂ© aux Romands et Tessinois Ă  l'Ă©cole publique; les compĂ©tences en suisse allemand des Romands et Tessinois sont plus faibles que celle de l'allemand. Le « modĂšle Suisse Â» veut que chacun s'exprimant dans sa langue puisse ĂȘtre compris par son interlocuteur parlant une autre langue nationale[g 2],[mb 1]. Ainsi, un Romand et un Suisse alĂ©manique peuvent s'entendre, selon leurs compĂ©tences, en allemand ou en français. Cela suppose que le Suisse alĂ©manique fasse l'effort de s'exprimer en allemand; mais si un Romand est en communication avec plusieurs alĂ©maniques, il est difficile Ă  ceux-ci de maintenir la conversation en allemand; ils auront naturellement tendence Ă  revenir Ă  leur langue parlĂ©e : un dialecte suisse alĂ©manique[g 3].

En moyenne, un adulte parle deux langues Ă©trangĂšres : une autre langue nationale et l'anglais. Deux tiers des personnes dĂ©clarent avoir de bonne voire trĂšs bonnes connaissance de ces langues Ă©trangĂšres[74]. L'apprentissage de ces langues se fait au cours de la scolaritĂ© obligatoire. L'usage et le niveau de maĂźtrise varie en fonction du parcours de vie et de leur frĂ©quence d'utilisation, 35 % dĂ©clarent apprendre des langues Ă©trangĂšres pour des raisons professionnelles[n 5],[75].

L'Ă©tudiant, surtout s'il provient d'une rĂ©gion linguistique minoritaire, est parfois confrontĂ© Ă  la question de la nĂ©cessitĂ© de maitriser une autre langue pour ses Ă©tude. En entreprise, la langue de travail peut parfois diffĂ©rer de celle de l'implantation de l'entreprise. Selon le secteur d'activitĂ© et le "rayon d'action" national ou international de l'entreprise, en fonction de la clientĂšle mais aussi selon les habitudes au sein d'une entreprise, l'usage de l'allemand ou de l'anglais facilite la communication. Ainsi, l’anglais est souvent utilisĂ©e comme langue vĂ©hiculaire dans une entreprise internationale. Pour un Romand, en revanche, la pratique de l'allemand est un avantage sur le marchĂ© du travail, de nombreuses sociĂ©tĂ©s ayant leur siĂšge en Suisse alĂ©manique[73],[76].

Seule une minoritĂ© utilise professionnellement l'anglais[75] et d'autre langues Ă©trangĂšres servent de langue vĂ©hiculaires en Suisse. Dans la branche de la construction ou l'hĂŽtellerie, notamment, on peut entendre des employĂ©s communiquant en italien, portugais ou serbe par exemple, selon les diffĂ©rentes vagues d'immigration. On peut voir sur certains chantiers des panneaux de port du casque en quatre langue, soit : allemand, français, italien et espagnol[77].

Les langues dans l'administration fédérale

À l'AssemblĂ©e fĂ©dĂ©rale, les dĂ©putĂ©s peuvent en principe s'exprimer dans la langue nationale de leur choix. Les germanophones Ă©tant majoritaires, c'est l'allemand qui est le plus souvent utilisĂ©. Les italophones choisissent l'allemand ou le français et les francophones utilisent en principe le français. Le romanche n'est quasiment pas utilisĂ©. Un systĂšme de traduction simultanĂ©e existe pour l'allemand, le français et l'italien[5].

Les textes lĂ©gislatifs fĂ©dĂ©raux sont normalement promulguĂ©s et publiĂ©s simultanĂ©ment en allemand, en français et en italien ; chaque version linguistique est considĂ©rĂ©e comme texte original, ce qui peut parfois provoquer des confusions juridiques[78]. En fait, les textes sont rĂ©digĂ©s dans prĂšs de 80 % des cas en allemand[79] puis traduits en français et en italien. Certaines lois sont Ă©galement traduites en romanche[5].

Le français fédéral désigne le style des textes administratifs, qui, mal traduits, trahissent un substrat germanique[80]. En effet, traduits de l'allemand, les document officiels cherchent à coller à l'original. Il en résulte une rédaction affligée d'un juridisme étroit et mal adaptée à la langue française.

Alors que l'administration de la « Berne fĂ©dĂ©rale Â» est trilingue, voire quadrilingue, et rĂ©pond au citoyen dans la langue nationale utilisĂ©e par celui-ci, l'administration fĂ©dĂ©rale dĂ©centralisĂ©e utilise exclusivement la ou les langues officielles du canton selon le principe de territorialitĂ©[5]. En 2003, le Conseil fĂ©dĂ©ral a Ă©dictĂ© une valeur de rĂ©fĂ©rence de reprĂ©sentation pour chacune des langues nationales, basĂ©e sur « la proportion des langues maternelles parlĂ©es par la population rĂ©sidente de nationalitĂ© suisse Â» ; en se basant sur ces valeurs et en les comparant aux pourcentages d'employĂ©s de l'administration fĂ©dĂ©rale, les chercheurs du programme national de recherche « PNR 56 Â» sur la diversitĂ© des langues et compĂ©tences linguistiques en Suisse[81] ont dĂ©montrĂ© dans leur rapport final une sous-reprĂ©sentation de la Suisse romande (19,9 % des employĂ©s alors que la communautĂ© reprĂ©sente plus de 23 %) et une sur-reprĂ©sentation de la Suisse italienne (6,5 % contre 4,4 % de la communautĂ©)[82]. Cependant, la mĂȘme Ă©tude rĂ©vĂšle que les Suisses allemands sont largement sur-reprĂ©sentĂ©s dans les dĂ©partements fĂ©dĂ©raux de la DĂ©fense et des affaires Ă©trangĂšres oĂč ils reprĂ©sentent respectivement 82 et 80 % du total des employĂ©s et des pourcentages encore plus importants dans les postes dirigeants[83] ou dans des fonctions spĂ©cialisĂ©es comme les finances ou la gestion du personnel[79]. Le rapport conclut sur la proposition faite au Conseil fĂ©dĂ©ral d'imposer des mesures contraignantes, en particulier dans la nouvelle loi sur les langues qui entrera en vigueur en 2010, afin de corriger ces inĂ©galitĂ©s linguistiques[84]. Une association, Helvetia latina, principalement constituĂ©e de parlementaires et d'employĂ©s fĂ©dĂ©raux, fait pression Ă  divers niveaux pour que les minoritĂ©s linguistiques latines soient Ă©quitablement reprĂ©sentĂ©es.

Avec l'entrĂ©e en vigueur le 1er juillet 2010 de l'ordonnance sur les langues, des quotas au sein des employĂ©s dans l'administration fĂ©dĂ©rale vont ĂȘtre appliquĂ©s. Les dĂ©partements et la Chancellerie fĂ©dĂ©rale doivent veiller Ă  employer 70 % de germanophones, 22 % de francophones, 7 % d'italophones et 1 % de romanches. Les cadres devront connaitre activement deux langues officielles et avoir des notions de la troisiĂšme. L'ordonnance veut encourager l'usage des langues maternelles minoritaires, italien et romanche, au sein de l'administration. Les textes des autoritĂ©s doivent ĂȘtre systĂ©matiquement traduits en italien et en romanche. En outre, l'ordonnance sur les langues fixe le cadre de l'utilisation du romanche en tant que langue partiellement officielle de la ConfĂ©dĂ©ration[22],[23].

Les tribunaux fédéraux sont trilingues et les citoyens peuvent utiliser la langue habituelle de leur lieu d'habitation. Mais le tribunal rend ses sentences uniquement dans la langue de la partie défenderesse[85].

Langues parlées dans le cercle familial

L'immigration, les réseaux de communication, les brassages de population font que l'individu, dans le cadre familial ou au sein d'un groupe social, utilise principalement une langue qui n'est pas forcément celle de son lieu de résidence[pls 9].

Lors des deux derniers recensements fĂ©dĂ©raux, ceux de 1990 et de 2000, Ă  la question « Â«Quelle(s)langue(s) parlez-vous habituellement Ă  la maison, avec les proches? Â», les rĂ©ponses possibles, Ă  choix sous forme de cases Ă  cocher, Ă©taient : allemand, français, italien, romanche, dialecte alĂ©manique, patois romand, dialecte tessinois ou italo-grison et anglais. Une derniĂšre possibilitĂ© Ă©tant de rĂ©pondre « autres langues Â»[pls 9], les rĂ©ponses multiples Ă©tant possible[pls 10].

Le résultat, en groupant les dialectes avec les langues nationale, est que la répartition est comparable à la répartition des langues principales et des régions linguistiques avec une sur-représentation des langues minoritaires (allant croissant).

Langue principale et langue parlĂ©e, en % (en 2000)[pls 11]
- Allemand Français Italien Romanche Anglais Autres
[n 3],[pls 4]
Remarques
Langue principale 63,7 20,4 6,5 0,5 1,0 8,0 total : 100 % (un seul choix)
Langue parlée 67,5 23,9 10,4 0,7 4,4 13,2 choix multiples
Source : Recensement fĂ©dĂ©ral de la population (2000), Office fĂ©dĂ©ral de la statistique

Langues parlées dans l'activité professionnelle

Les langues parles au travail diffÚrent fortement selon les régions linguistiques, les catégories socio-professionnelles et les branches d'activité.

Chaque langue nationale a, en l'an 2000 et dans sa rĂ©gion linguistique, une trĂšs forte prĂ©sence et une tendance Ă  progresser par rapport au recensement de 1990[pls 12] :

Langue nationale parlĂ©e dans sa rĂ©gion, en %[pls 12]
- Allemand
en Suisse allemande
Français
en Suisse romande
Italien
en Suisse italienne
Romanche
aux Grisons romanche
Recensement 1990 95,2 95,6 97,6 74,4
Recensement 2000 98,5 97,9 98,6 77,5
Source : Recensements fĂ©dĂ©raux de la population (1990, 2000), Office fĂ©dĂ©ral de la statistique

En raison de l'Ă©volution du monde du travail, la tendance est Ă  l’usage professionnel de plusieurs langues. La progression de l'anglais est le plus marquĂ©. Il correspondrait Ă  l'Ă©volution de l'offre et de la demande, dans certains milieux, pour des personnes plus anglophile. NĂ©anmoins, cette progression ne se fait pas au dĂ©triment de l'allemand ou du français; il s'agit d'un ajout, une diversification de l'usage des langues[pls 12].

allemand, français, italien et anglais parlé au travail
selon les catĂ©gories socio-professionnelles, en % (en 2000)
[pls 13]
- Catégories socio-professionnelles Région Allemand Français Italien Anglais Moyenne nombre de
langues parlée
1 Dirigeants Suisse alémanique 97,8[n 6],[pls 14] 59,8 30,6 13,0 43,0 2 ou presque
2 Professions libérales Suisse alémanique 98,7[n 6],[pls 14] 73,5 41,5 23,3 54,5 plus de 2
3 Autres indépendants Suisse alémanique 99,3[n 6],[pls 14] 37,1 16,9 9,4 20,5
4 Professions intellectuelles et encadrement Suisse alémanique 97,8[n 6],[pls 14] 74,5 35,4 11,2 51,5 >2
5 Professions intermédiaires Suisse alémanique 99,1[n 6],[pls 14] 57,3 24,1 10,6 30,0 presque 2
6 Non manuels qualifiés Suisse alémanique 99,3[n 6],[pls 14] 46,3 22,3 10,9 24,0 presque 2
7 Manuels qualifiés Suisse alémanique 98,5[n 6],[pls 14] 25,9 7,7 7,3 7,1 plus de 1.3
8 Employé / ouvrier non qualifiés Suisse alémanique 94,5[n 6],[pls 14] 34,8 10,0 14,8 8,6 plus de 1.3
9 Actifs non attribuables Suisse alémanique 96,7[n 6],[pls 14] 40,9 15,7 10,9 17,3
10 Total Suisse alémanique 98,0[n 6],[pls 14] 46,4 19,7 11,1 23,4 plus de 1.5
1 Dirigeants Suisse romande 30,1 93,3 8,4 46,1 1.8
2 Professions libérales Suisse romande 26,0 97,5 9,2 37,9 moins de 1.8
3 Autres indépendants Suisse romande 15,4 98,5 7,6 12,3
4 Professions intellectuelles et encadrement Suisse romande 24,4 95,9 7,3 42,4 moins de 1.8
5 Professions intermédiaires Suisse romande 19,4 98,5 6,8 22,6 plus de 1.4
6 Non manuels qualifiés Suisse romande 16,3 99,1 6,3 16,2
7 Manuels qualifiés Suisse romande 7,8 98,8 5,5 3,3 moins de 1.4
8 Employé / ouvrier non qualifiés Suisse romande 6,0 97,5 7,0 4,6 moins de 1.4
9 Actifs non attribuables Suisse romande 13,0 97,1 6,6 13,8
10 Total Suisse romande 15,4 97,9 6,8 17,7 1.4
1 Dirigeants Suisse italienne 39,8 33,2 98,1 29,7 plus de 2
2 Professions libérales Suisse italienne 40,2 30,5 97,3 24,9 moins de 2
3 Autres indépendants Suisse italienne 28,7 17,9 97,7 10,8
4 Professions intellectuelles et encadrement Suisse italienne 32,4 29,6 98,1 24,8 moins de 2
5 Professions intermédiaires Suisse italienne 27,0 22,6 98,7 14,5
6 Non manuels qualifiés Suisse italienne 23,8 19,0 99,1 11,0
7 Manuels qualifiés Suisse italienne 9,9 6,3 99,5 1,8 un peu plus d'une
8 Employé / ouvrier non qualifiés Suisse italienne 9,4 5,6 99,0 2,7 un peu plus d'une
9 Actifs non attribuables Suisse italienne 19,0 13,6 98,1 8,5
10 Total Suisse italienne 22,0 16,9 98,6 11,0 1.5
Source : Recensement fĂ©dĂ©ral de la population (2000), Office fĂ©dĂ©ral de la statistique
Langues parlée au travail
selon la branche d'activitĂ©, en % (en 2000)
[pls 15]
- Branches d'activité Région Allemand Français Italien Anglais Autres Romanche Suisse-allemand
1 Professions de l’agriculture,
de l’économie forestiĂšre et
de l’élevage
Suisse alémanique 16,9 5,5 2,1 3,6 2,1 0,4 99,0
2 Professions de l’industrie,
et des arts et métiers
(sauf construction)
Suisse alémanique 32,3 8,3 8,8 9,8 4,2 0,4 98,2
3 Professions de la
technique et de
l’informatique
Suisse alémanique 55,0 17,8 7,9 37,0 4,1 0,4 98,4
4 Professions de la
construction et de
l’exploitation miniùre
Suisse alémanique 24,0 4,9 14,5 4,2 6,3 0,5 95,5
5 Professions commerciales et
professions des transports et
de la circulation
Suisse alémanique 46,1 26,5 12,4 28,6 5,1 0,6 99,1
6 Professions de l’hîtellerie,
de la restauration et des
services personnels
Suisse alémanique 37,9 13,6 14,9 14,0 9,0 0,6 95,6
7 Professions du management,
de l’administration, de la
banque et des assurances
et professions judiciaires
Suisse alémanique 56,9 31,6 11,3 37,1 4,4 0,4 99,1
8 Professions de la santé,
de l’enseignement et de
la culture et professions
scientifiques
Suisse alémanique 61,5 23,0 12,1 24,8 4,8 0,5 99,0
9 Autres Suisse alémanique 41,7 16,3 11,6 18,1 6,8 0,4 96,6
10 Total Suisse alémanique 46,4 19,9 11,2 23,4 5,3 0,5 98,0
1 Professions de l’agriculture,
de l’économie forestiĂšre et
de l’élevage
Suisse romande   97,5 1,3 1,8 4,6 0,0 10,5
2 Professions de l’industrie,
et des arts et métiers
(sauf construction)
Suisse romande   98,9 6,5 5,2 4,8 0,0 8,4
3 Professions de la
technique et de
l’informatique
Suisse romande   98,2 6,5 27,7 4,7 0,0 18,6
4 Professions de la
construction et de
l’exploitation miniùre
Suisse romande   97,4 9,0 1,8 10,7 0,1 5,1
5 Professions commerciales et
professions des transports et
de la circulation
Suisse romande   98,1 8,3 20,8 6,6 0,1 19,9
6 Professions de l’hîtellerie,
de la restauration et des
services personnels
Suisse romande   97,8 7,7 9,4 10,5 0,0 9,5
7 Professions du management,
de l’administration, de la
banque et des assurances
et professions judiciaires
Suisse romande   97,7 7,5 30,4 5,7 0,0 22,9
8 Professions de la santé,
de l’enseignement et de
la culture et professions
scientifiques
Suisse romande   98,5 4,9 17,1 4,4 0,0 14,2
9 Autres Suisse romande   97,0 6,8 14,2 7,5 0,1 12,9
10 Total Suisse romande   97,9 6,8 17,7 6,4 0,0 15,4
1 Professions de l’agriculture,
de l’économie forestiĂšre et
de l’élevage
Suisse italienne 18,4 7,7 98,5 2,0 3,0 0,1  
2 Professions de l’industrie,
et des arts et métiers
(sauf construction)
Suisse italienne 11,7 9,2 99,2 3,0 1,4 0,2  
3 Professions de la
technique et de
l’informatique
Suisse italienne 27,8 20,8 98,6 16,6 2,2 0,2  
4 Professions de la
construction et de
l’exploitation miniùre
Suisse italienne 6,8 3,8 99,4 0,9 2,2 0,1  
5 Professions commerciales et
professions des transports et
de la circulation
Suisse italienne 28,0 21,4 98,4 14,6 3,0 0,2  
6 Professions de l’hîtellerie,
de la restauration et des
services personnels
Suisse italienne 18,4 10,6 98,5 6,0 5,0 0,1  
7 Professions du management,
de l’administration, de la
banque et des assurances
et professions judiciaires
Suisse italienne 30,4 26,5 99,0 18,8 2,4 0,1  
8 Professions de la santé,
de l’enseignement et de
la culture et professions
scientifiques
Suisse italienne 21,8 16,7 98,3 9,7 2,3 0,1  
9 Autres Suisse italienne 17,8 12,9 98,3 8,2 3,2 0,2  
10 Total Suisse italienne 22,0 16,9 98,6 11,0 2,8 0,2  
Source : Recensement fĂ©dĂ©ral de la population (2000), Office fĂ©dĂ©ral de la statistique

Langues des médias

Compétences en langues secondes

L'enquĂȘte CLES, rĂ©alisĂ©e en novembre 1994[n 7], porte entre autres sur les compĂ©tences linguistiques[g 4]. Les types de compĂ©tences sont comprendre, parler, lire et Ă©crire; elles sont notĂ©es selon quatre niveaux : parfaitement ou presque, bien, basses et rien ou presque[g 5]. Les questions portent sur les compĂ©tences dans les deux autres principales langues nationale auxquelles s'ajoute le suisse allemand et l'anglais. Elles sont reportĂ©es selon les critĂšres suivants :

  1. pour chaque groupe linguistique (germanophones en Suisse allemande, francophones en Suisse romande et italophones en Suisse italienne);
  2. pour chaque langue principale (germanophone, francophones et italophones; toutes régions confondues) et
  3. pour chaque région linguistique (Suisse romande, Suisse alémanique et Suisse italienne; toutes langues maternelles confondues).

Indices de compétences

Par groupe linguistique

Les compĂ©tences en comprĂ©hension orale, expression orale, lecture et Ă©criture de :

  • français et italien pour les germanophones vivant en Suisse alĂ©manique;
  • allemand et italien pour les francophones vivant en Suisse romande et
  • allemand et français pour les italophones vivant en Suisse italienne;

La comprĂ©hension de l'allemand parlĂ© est modeste pour le groupe des francophones en Suisse romande, 40 % d'entre-eux estiment n'avoir que les bases, 37 % le comprennent aisĂ©ment et 22 % s'estiment incapables de le comprendre. Les italophones de Suisse italienne obtiennent des rĂ©sultats semblables mais lĂ©gĂšrement moins bons. La comprĂ©hension du français parlĂ© est la meilleure pour les italophones de Suisse italienne : plus des deux tiers estimment le comprendre aisĂ©ment. Pour le groupe des germanophones en Suisse alĂ©manique, 46 % d'entre-eux estimment le comprendre aisĂ©ment et seulement 19 % s'estiment incappables de le comprendre. La comprĂ©hension de l'italien par les francophones en Suisse romande ne reflĂšte pas la parentĂ© des deux langues : 23 % estimment le comprendre aisĂ©ment et 41,7 % ne le comprennent pas. Pour le groupe des germanophones en Suisse alĂ©manique, 49 % d'entre-eux s'estiment incappables de le comprendre et seulement 17 % s'estiment le comprendre aisĂ©ment[g 2].

L'expression orale suit les mĂȘmes profils que la comprĂ©hension mais Ă  un niveau plus faible. Les suisses s'y sentent moins Ă  l'aise. Environ 31 % des francophones en Suisse romande et des italophone en Suisse italienne estiment parler aisĂ©ment l'allemand. Environ 30 % des francophones en Suisse romande et 27 % des italophones de Suisse italienne rĂ©pondent rien ou presque. Les italophones de Suisse italienne restent Ă  un bon niveau d'oral en français avec deux tiers estimant le parler aisĂ©ment alors qu'ils sont 33 % des germanophones en Suisse alĂ©manique Ă  le penser. L'expression orale en italien est jugĂ©e nulle par environ 56 % des germanophones en Suisse alĂ©manique et par environ 62 % des francophones en Suisse romande; ils sont environ 12 % des germanophones en Suisse alĂ©manique et environ 18 % des francophones en Suisse romande Ă  estimer le parler aisĂ©ment[g 6].

Les niveaux de lecture se dĂ©calent encore plus vers le bas. Si environ 30 % des francophones en Suisse romande et des italophones de Suisse italienne dĂ©clarent lire aisĂ©ment l'allemand, ils sont 40,5 % de francophones en Suisse romande et 36,6 % des italophones de Suisse italienne Ă  se dĂ©clarer incapables de lire l'allemand. En lecture du français, les italophones de Suisse italienne restent en tĂȘte avec environ 67 % le maĂźtrisant bien; les germanophones en Suisse alĂ©manique le sont Ă  39 %. Les niveau de lecture de l'italien est encore plus faible avec environ 66 % de germanophones en Suisse alĂ©manique dĂ©clarant ne pas pouvoir lire italien et environ 62 % pour les francophones en Suisse romande, ceci malgrĂ© la proximitĂ© des deux langues[g 7].

Les niveaux d'Ă©criture sont, en moyenne, 10 points plus bas que ceux de l'expression orale. Environ 21 % des francophones en Suisse romande et 26 % des italophones de Suisse italienne dĂ©clarent Ă©crire l'allemand aux niveaux bien ou parfaitement. Les germanophones en Suisse alĂ©manique font mieux en français Ă©crit avec environ 28 % et les italophones de Suisse italienne sont plus de 50 % Ă  dĂ©clarer pouvoir Ă©crire en français bien ou parfaitement[g 8].

Les compĂ©tences en suisse allemand sont modestes, ce qui s'explique par la difficultĂ© d'apprentissage de ces dialectes en dehors de la Suisse alĂ©manique. Environ 20 % des francophones en Suisse romande et des italophones en Suisse italienne comprennent et s'expriment bien en suisse allemand; environ 70 % n'ont pas les compĂ©tences pour le comprendre ou le parler[g 9].

Les compĂ©tences en anglais diffĂšrent fortement selon les groupes : Si 63,4 % des italophones en Suisse italienne ont peu ou pas de compĂ©tences en anglais, les francophones (46,8 %) et les germanophones (31,7 %) sont dans ce cas. À l'inverse, ils sont plus de 50 % les germanophones avec de bonnes compĂ©tences, 35 % pour les francophones et 15,4 % les italophones en Suisse italienne. Les germanophones et francophones se distinguent par le petit nombre ayant de faibles connaissances; ainsi, deux groupes s'opposent : ceux qui "comprennent" et ceux qui "ne comprennent pas" l'anglais[g 10].

Le tableau indique le niveau moyen des compétences obtenu par moyenne arithmétique des pourcentages de réponses parfaitement ou presque, bien, basses et rien ou presque sur une échelle de 0 à 100.

Moyennes des compétences en langues secondaires selon les régions linguistiques, sur une échelle de 0 à 100 (en 1994)[g 11]
Compétence Groupe Allemand Français Italien Anglais[g 12] Suisse allemand[g 3]
ComprĂ©hension orale[g 13] Germanophones en Suisse alĂ©manique   46,6 23,9    
Expression orale[g 14] Germanophones en Suisse alĂ©manique   40,1 19,7    
Lecture[g 15] Germanophones en Suisse alĂ©manique   40,7 15,2    
Écriture[g 16] Germanophones en Suisse alĂ©manique   32,0 10,3    
ComprĂ©hension orale Francophones en Suisse romande 42,7   31,4   23,2
Expression orale Francophones en Suisse romande 37,4   21,9   16,2
Lecture Francophones en Suisse romande 32,8   21,0    
Écriture Francophones en Suisse romande 26,5   12,8    
ComprĂ©hension orale Italophones en Suisse italienne 41,1 62,8     24,1
Expression orale Italophones en Suisse italienne 39,8 60,2     18,6
Lecture Italophones en Suisse italienne 36,0 59,4      
Écriture Italophones en Suisse italienne 30,6 49,4      
Indices composĂ©s[g 17] Germanophones en Suisse alĂ©manique   39,8 17,3 42,0  
Indices composĂ©s Francophones en Suisse romande 34,9   21,8 34,2 19,7
Indices composĂ©s Italophones en Suisse italienne 36,9 57,9   20,1 21,3
Source : projet CLES (1994), Programme national de recherche, PNR 33. Compilation des moyennes des tableaux n° 5.2, 5.3, 5.4, 5.5, 5.6, 5.9 et 5.10

Indices combinés selon les régions et les langues principales

Les compĂ©tences en langues nationales et en anglais de :

  • germanophones, respectivement francophones et italophones, vivant dans leur propre rĂ©gion linguistique ;
  • germanophones, respectivement francophones et italophones, de toute la Suisse et
  • toutes langues maternelles, y compris Ă©trangĂšres, selon les rĂ©gions linguistiques.

Le tableau indique l'indice composé des compétences obtenu par moyenne arithmétique des pourcentages de réponses en compréhension orale, expression orale, lecture et écriture et des niveaux parfaitement ou presque, bien, basses et rien ou presque sur une échelle de 0 à 100.

Niveau moyen des compétences en langues secondaires, indices composés, sur une échelle de 0 à 100 (en 1994)[g 18]
- Locuteurs considérés Région Allemand Français Italien Anglais[g 12]
1[g 17] Germanophones Suisse alĂ©manique   39,8 17,3 42,0
2[g 19] Germanophones Suisse   41,1 17,7 42,5
3[g 20] Toutes langues Suisse alĂ©manique   39,4 21,8 40,2
4[g 17] Francophones Suisse romande 34,9   21,8 34,2
5[g 19] Francophones Suisse 37,3   22,6 33,3
6[g 20] Toutes langues Suisse romande 34,1   27,5 34,3
7[g 17] Italophones Suisse italienne 36,9 57,9   20,1
8[g 19] Italophones Suisse 49,4 53,6   17,9
9[g 20] Toutes langues Suisse italienne 43,0 58,3   23,4
Source : projet CLES (1994), Programme national de recherche, PNR 33. Compilation des moyennes des tableaux n° 5.6, 5.7, 5.8 et 5.10

Acquisition de compétences

Les diffĂ©rents moyens d'acquĂ©rir des compĂ©tences en langues secondes sont[g 21] :

  • MatiĂšre scolaire
  • Le vĂ©cu dans une autre rĂ©gion que celle de la langue maternelle
  • Scolarisation dans une autre langue maternelle de tout ou partie du programme scolaire
  • Utilisation rĂ©guliĂšre durant l'enfance au sein de la famille
  • SĂ©jour linguistique
  • Cours privĂ©s et cours du soir
  • Apprentissage autodidacte
  • Autres (partenaire, conjoint, relation, travail, loisir)

MatiĂšres scolaires

L'enseignement des langues étrangÚres fait partie des matiÚres enseignées à l'école publique. Le choix et l'ordre d'introduction dans le programme scolaire varie selon les cantons et les régions linguistiques[g 22].

Les germanophones et les italophones sont plus nombreux que les francophones Ă  apprendre plus d'une langue seconde. L'ordre majoritaire d'apprentissage scolaire est, en 1994[g 23] :

  • Pour les germanophones : 1. français (86 %), 2. anglais (63,3 %), 3. anglais (51,6 %) ou italien (34,4 %) et 4. espagnol (37,8 %) ou anglais (27 %)
  • Pour les francophones : 1. allemand (88,8 %), 2. anglais (76 %), 3. anglais (37 %) ou italien (28,3 %) et 4. espagnol (28,6 %)
  • Pour les italophones : 1. français (61,5 %) ou allemand (32,8 %), 2. allemand (40 %) ou français (35,3 %), 3. anglais (75,9 %) et 4. anglais (66,7 %) ou espagnol (33,3 %)

Les profils des germanophones et des francophones sont symĂ©triques; ils sont prĂšs de 90 % Ă  apprendre en premier le français, respectivement l'allemand et ensuite l'anglais. L'anglais est Ă©tudiĂ© Ă  un taux plus Ă©levĂ© chez les francophones alos que c'est l'italien pour les germanophones. À noter que ces rĂ©sultats se basent sur les donnĂ©es rĂ©coltĂ©es en 1994. Depuis les annĂ©es 2000, le canton de Zurich suivi par la majoritĂ© des cantons de Suisse centrale et orientale enseignent dorĂ©navant l'anglais avant le français[86].

Le profil des italophones est diffĂ©rent : l'accent est mis sur les deux autres langues nationales, français et allemand, relĂ©guant l'anglais Ă  la troisiĂšme place avec seulement 20 % de personnes l'ayant Ă©tudiĂ© Ă  l'Ă©cole publique[g 23].

Apprentissage de langues secondes, germanophones
Fréquences langues secondes, germanophones
Apprentissage de langues secondes, francophones
Apprentissage de langues secondes, italophones
Fréquences langues secondes, francophones
Fréquences langues secondes, italophones

Autres moyens d'acquisition

Un classement des moyens d'acquisition autres que matiĂšre scolaire est rĂ©alisĂ© dans le cadre de l'enquĂȘte CLES (1994).

L'apprentissage de l'allemand se fait principalement par le vĂ©cu, pour 35,4 % des italophones non-Suisses, 26,9 % des italophones Suisses suivi par les francophones (22 %). L'enfance et la scolarisation en allemand est frĂ©quente pour les italophones non-Suisses, moyenne pour les italophones Suisses et plus faible pour les francophones. Les francophones sont plus nombreux Ă  dĂ©clarer apprendre l'allemand, mais pas le suisse-allemand, par les sĂ©jours linguistiques; ce que dĂ©clarent modestement les italophones Suisses et presque pas les italophones non-Suisses. Les italophones Suisses privilĂ©gient les cours du soir Ă  21,4 %, les francophones moyennement (environ 11 %) et enfin les italophones non-Suisses pas trop (7,1 %). Finalement, les italophones Suisses sont, avec 12,8 %, les plus nombreux Ă  apprendre l'allemand d'une façon autodidacte[g 24].

L'apprentissage du français se fait principalement par le vĂ©cu, pour 27,4 % des italophones non-Suisses mais seulement 18,5 % des germanophones et 12,7 % des italophones Suisses. Les sĂ©jours linguistiques sont le premier moyen d'apprentissage pour les germanophones avec 21,7 %, ainsi que par les italophones Suisses avec 16,6 %. Ils ne sont que 3,1 % des italophones non-Suisses dans ce cas. Les cours privĂ©s et cours du soir viennent en troisiĂšme position pour les germanophones et les italophones non-Suisses alors que les italophones Suisses ne sont que 2,5 %. l'enfance et la scolarisation en français est frĂ©quente pour les italophones non-Suisses avec prĂšs de 20 %; elle est moyenne pour les italophones Suisses et faible pour les germanophones[g 25].

Les profils d'apprentissage de l'anglais par les germanophones et francophones sont semblables. Il se fait majoritairement en cours privĂ©s et cours du soir pour 30,8 % des germanophones et 19,5 % des francophones, suivi par les italophones Suisses (17,5 % puis non-Suisses (13,9 %). En deuxiĂšme, ce sont les sĂ©jours linguistiques (21,1 % germanophones et 18,1 % francophones) mais seulement 9 % d'italophones Suisses et 4,2 % de non-Suisses. Pour les italophones, c'est les moyens autodidactes qui sont en deuxiĂšme position mais dĂ©jĂ  faibles (9,9 % Suisses et 9,2 % non-Suisses) alors qu'ils sont 16,3 % de germanophones et 15,7 % Ă  avoir choisi ce moyen. Le vĂ©cu vient ensuite pour 12,8 % des francophones et 12,3 % des germanophones ; il est insignifiant pour les italophones. Enfin, la scolaritĂ© et l'enfance dans un environnement anglophone est faible pour tous[g 26].

Les rĂ©sultats, selon la langue principale du groupe linguistique (allemand/dialecte, français, italien Suisse et italien non-Suisse) et la langue apprise (allemand, dialecte alĂ©manique, allemand et dialecte alĂ©manique conjointement, français et anglais) sont[g 27] :


Germanophones apprenant le français, en [%][g 28] :

1. SĂ©jour linguistique
 
21.7
 
2. Le vécu dans une autre région
 
18.5
 
3. Cours privés et cours du soir
 
15.5
 
4. Apprentissage autodidacte
 
6.5
 
5. Scolarisation
 
5.0
 
6. Enfance
 
3.6
 


Francophones apprenant l'allemand[g 29] :

1. SĂ©jour linguistique
 
17.6
 
2. Le vécu dans une autre région
 
15.6
 
3. Cours privés et cours du soir
 
10.2
 
4. Scolarisation
 
6.0
 
5. Apprentissage autodidacte
 
5.4
 
6. Enfance
 
3.5
 


Francophones apprenant le dialecte alémanique, en [%][g 29] :

1. Le vécu dans une autre région
 
12.8
 
2. Enfance
 
6.3
 
3. SĂ©jour linguistique
 
2.9
 
4. Scolarisation
 
2.2
 
5. Cours privés et cours du soir
 
1.5
 
6. Apprentissage autodidacte
 
0.8
 


Francophones apprenant conjointement l'allemand et le dialecte alémanique, en [%][g 29] :

1. Le vécu dans une autre région
 
22.0
 
2. SĂ©jour linguistique
 
19.0
 
3. Cours privés et cours du soir
 
11.3
 
4. Enfance
 
9.5
 
5. Scolarisation
 
8.3
 
6. Apprentissage autodidacte
 
6.2
 


Italophones Suisses apprenant le français, en [%][g 28] :

1. SĂ©jour linguistique
 
16.6
 
2. Le vécu dans une autre région
 
12.7
 
3. Scolarisation
 
8.0
 
4. Enfance
 
3.3
 
5. Cours privés et cours du soir
 
2.5
 
6. Apprentissage autodidacte
 
2.2
 


Italophones Suisses apprenant l'allemand, en [%][g 29] :

1. Cours privés et cours du soir
 
21.4
 
2. Le vécu dans une autre région
 
19.3
 
3. SĂ©jour linguistique
 
13.5
 
4. Scolarisation
 
13.4
 
5. Apprentissage autodidacte
 
12.8
 
6. Enfance
 
12.5
 


Italophones Suisses apprenant le dialecte alémanique, en [%][g 29] :

1. Le vécu dans une autre région
 
12.2
 
2. Enfance
 
5.0
 
3. SĂ©jour linguistique
 
2.1
 
4. Scolarisation
 
1.4
 
5. Cours privés et cours du soir
 
0.0
 
6. Apprentissage autodidacte
 
0.0
 


Italophones Suisses apprenant conjointement l'allemand et le dialecte alémanique, en [%][g 29] :

1. Le vécu dans une autre région
 
26.9
 
2. Cours privés et cours du soir
 
21.4
 
3. Enfance
 
17.3
 
4. SĂ©jour linguistique
 
15.3
 
5. Scolarisation
 
14.6
 
6. Apprentissage autodidacte
 
12.8
 


Germanophones apprenant l'anglais, en [%][g 28] :

1. Cours privés et cours du soir
 
30.8
 
2. SĂ©jour linguistique
 
21.1
 
3. Apprentissage autodidacte
 
16.3
 
4. Le vécu dans une autre région
 
12.3
 
5. Scolarisation
 
2.3
 
6. Enfance
 
0.8
 


Francophones apprenant l'anglais, en [%][g 28] :

1. Cours privés et cours du soir
 
19.5
 
2. SĂ©jour linguistique
 
18.1
 
3. Apprentissage autodidacte
 
15.7
 
4. Le vécu dans une autre région
 
12.8
 
5. Scolarisation
 
6.0
 
6. Enfance
 
2.0
 


Italophones Suisses apprenant l'anglais, en [%][g 28] :

1. Cours privés et cours du soir
 
17.5
 
2. Apprentissage autodidacte
 
9.9
 
3. SĂ©jour linguistique
 
9.0
 
4. Scolarisation
 
4.1
 
5. Le vécu dans une autre région
 
3.6
 
6. Enfance
 
0.0
 


Italophones non-Suisses apprenant l'anglais, en [%][g 28] :

1. Cours privés et cours du soir
 
13.9
 
2. Apprentissage autodidacte
 
9.2
 
3. SĂ©jour linguistique
 
4.2
 
4. Scolarisation
 
3.3
 
5. Le vécu dans une autre région
 
0.8
 
6. Enfance
 
0.4
 


Italophones non-Suisses apprenant le français, en [%][g 28] :

1. Le vécu dans une autre région
 
27.4
 
2. Cours privés et cours du soir
 
11.2
 
3. Scolarisation
 
10.7
 
4. Enfance
 
9.0
 
5. Apprentissage autodidacte
 
6.1
 
6. SĂ©jour linguistique
 
3.1
 


Italophones non-Suisses apprenant l'allemand, en [%]<[g 29] :

1. Le vécu dans une autre région
 
32.6
 
2. Enfance
 
17.4
 
3. Scolarisation
 
16.4
 
4. Apprentissage autodidacte
 
8.6
 
5. Cours privés et cours du soir
 
7.1
 
6. SĂ©jour linguistique
 
3.6
 


Italophones non-Suisses apprenant le dialecte alémanique, en [%][g 29] :

1. Le vécu dans une autre région
 
17.9
 
2. Enfance
 
13.5
 
3. Scolarisation
 
8.9
 
4. SĂ©jour linguistique
 
0.0
 
5. Cours privés et cours du soir
 
0.0
 
6. Apprentissage autodidacte
 
0.0
 


Italophones non-Suisses apprenant conjointement l'allemand et le dialecte alémanique, en [%][g 29] :

1. Le vécu dans une autre région
 
35.4
 
2. Enfance
 
28.8
 
3. Scolarisation
 
18.5
 
4. Apprentissage autodidacte
 
8.6
 
5. Cours privés et cours du soir
 
7.1
 
6. SĂ©jour linguistique
 
3.6
 

Niveaux de compétences

Les niveaux de compĂ©tences obtenus par la statistique analytique sont mesurĂ©s dans le cadre de l'enquĂȘte CLES (1994). Ils tiennent compte des facteurs suivants[g 30] :

  • les indices de compĂ©tences (parfaitement ou presque, bien, basses et rien ou presque) en comprĂ©hension, expression, lecture et Ă©criture
  • l'origine des compĂ©tences (vĂ©cu, scolarisation, enfance, sĂ©jour linguistique, cours privĂ©s et cours du soir ou autodidacte)
  • la durĂ©e des Ă©tudes

Allemand

Le moyen le plus efficace d'apprentissage de l'allemand, obtenus en moyenne par les non-germanophones, est l'enfance avec 26 points sur 100 suivi de prÚs par le vécu, 25 points. La matiÚre scolaire vient en troisiÚme position, avec 22 points, puis la scolarité en allemand avec 19 points. Si l'on observe l'apprentissage conjoint de l'allemand et du dialecte, obtenus en moyenne par les non-germanophones, le niveau obtenu en enfance grimpe à 33 points alors que le vécu est plus faible à 21,9 points[g 31].

Concernant les francophones, l'apprentissage de l'allemand en enfance donne 38 points et mĂȘme 45 points sur 100 lors de l'usage conjoint de l'allemand et du dialecte, ce qui traduit l'importance du dialecte dans le quotidien des familles mixtes (franco-germanophones). Le vĂ©cu, avec 22 points, et la matiĂšre scolaire, 19 points suivent si l'on tient compte du dialecte, alors que, pour l'allemand seul, la matiĂšre scolaire est en deuxiĂšme position avec 23,5 points et le vĂ©cu 22,6 points. Les autres moyens donnent des rĂ©sultats modestes et l'apprentissage en autodidacte est non significatif[g 32].

Pour les italophones c'est la matiĂšre scolaire qui vient en tĂȘte avec 42 points d'efficacitĂ© d'apprentissage de l'allemand et 31,8 points avec le dialecte. Le vĂ©cu donne 20,4 points et mĂȘme 21,4 points avec le dialecte mais, Ă  la diffĂ©rence des francophones, la contribution de l'enfance est relativement faible Ă  l'apprentissage de l'allemand, 12,9 points, mais Ă©levĂ©e, 25,6 points, avec le dialecte. La contribution des cours du soir est non nĂ©gligeable avec 10,7 ou 13,5 points avec dialecte et, comme pour les francophones, l'apprentissage en autodidacte est non significatif[g 33].

Français

Le moyen le plus efficace d'apprentissage du français, obtenus en moyenne par les non-francophones, est la matiÚre scolaire avec 25 points suivi de prÚs par le vécu avec 24 points. La scolarité en français et l'enfance sont d'efficacité moyenne avec, chacun, 13 points environ. Le résultat faible pour l'apprentissage durant l'enfance diffÚre fortement de ce qui est constaté pour l'apprentissage de l'allemand ou du dialecte[g 34].

Pour les germanophones, la matiĂšre scolaire est un peu plus forte avec 26,5 points suivi par le vĂ©cu avec 22,3 points. La scolaritĂ© en français et l'enfance, suivent avec plus de 17 points. Les autres moyens donnent tous des rĂ©sultats mĂȘme modestes[g 35].

Pour les italophones c'est le vĂ©cu qui vient en tĂȘte avec plus de 31 points, suivi par la matiĂšre scolaire, 28 points. Les autres moyens, y compris la scolaritĂ© en français et l'enfance, sont non significatifs. En revanche, la constante est Ă©levĂ©e Ă  24 points et indique une forte exposition au français[g 35].

Anglais

Le moyen le plus efficace d'apprentissage de l'anglais, obtenus en moyenne par les non-anglophones, est le vécu avec 22,9 points suivi de prÚs par l'enfance avec 22,4 points. Suivent la matiÚre scolaire avec 18,5 points et les séjours linguistiques avec 14 points[g 36].

Pour les germanophones, le vĂ©cu est en tĂȘte avec 22,5 points suivi par l'enfance avec 20,2 points. La matiĂšre scolaire avec 15,8 points et les sĂ©jours linguistiques avec 13 points sont moins efficaces. Les cours du soir sont non significatifs. En revanche, la constante est trĂšs Ă©levĂ©e, Ă  34 points, donnant de bonnes dispositions d'apprentissage de l'anglais par les germanophones[g 37].

Concernant les francophones c'est l'enfance qui est en tĂȘte avec 28,4 points suivi de prĂšs par le vĂ©cu avec 27,4 points et la matiĂšre scolaire avec 26 points. Les autres moyens donnent des rĂ©sultats modestes et l'apprentissage en autodidacte est non significatif. Les cours du soir donnent 8 points aux francophones alors qu'ils sont non significatifs pour les germanophones et italophones[g 37].

Pour les italophones c'est le vĂ©cu qui est largement en tĂȘte avec 38,4 points suivi par les sĂ©jours linguistiques avec 15,6 points et plus loin la matiĂšre scolaire avec 11 points. Les autres moyens d'apprentissage sont non significatifs[g 37].

Tableau des niveaux de compétences

Le tableau indique les niveaux de compĂ©tences obtenus par la statistique analytique en tenant compte des indices de compĂ©tences, de l'origine des compĂ©tences et de la durĂ©e. L'efficacitĂ© des moyens d'acquisition est mesurĂ©e sur une Ă©chelle de 0 Ă  100 (EnquĂȘte CLES, 1994).

Niveaux de compétence en langues secondaires; Ordre d'efficacité d'acquisition sur une échelle de 0 à 100 (en 1994)[g 38]
Rang Locuteurs considérés Langue seconde Moyen d'acquisition Efficacité[g 39]
1 Germanophones français CME 26,499
2 Germanophones français VECU 22,271
3 Germanophones français ENF 17,625
4 Germanophones français SCO 17,256
5 Germanophones français CST 8,420
6 Germanophones français SOIR 8,254
7 Germanophones français SEJ 7,806
1 Germanophones anglais CST 34,143
2 Germanophones anglais VECU 22,522
3 Germanophones anglais ENF 20,198
4 Germanophones anglais CME 15,805
5 Germanophones anglais SEJ 12,998
1 Francophones allemand ENF 37,988
2 Francophones allemand CME 23,484
3 Francophones allemand VECU 22,619
4 Francophones allemand SCO 11,458
5 Francophones allemand SEJ 9,466
6 Francophones allemand CST 7,301
1 Francophones anglais ENF 28,367
2 Francophones anglais VECU 27,428
3 Francophones anglais CME 26,047
4 Francophones anglais CST 13,954
5 Francophones anglais SEJ 9,831
6 Francophones anglais SOIR 8,265
1 Italophones allemand CME 42,222
2 Italophones allemand VECU 20,387
3 Italophones allemand ENF 12,851
4 Italophones allemand SCO 12,733
5 Italophones allemand SOIR 10,745
1 Italophones français VECU 31,784
2 Italophones français CME 28,226
3 Italophones français CST 24,129
4 Italophones français SEJ 6,477
1 Italophones anglais VECU 38,391
2 Italophones anglais SEJ 15,652
3 Italophones anglais CST 12,214
4 Italophones anglais CME 10,948
LĂ©gende des moyen d'acquisition :
  • CME : Contribution moyenne de l'enseignement (matiĂšre scolaire)
  • VECU : Le vĂ©cu dans une autre rĂ©gion que celle de la langue maternelle
  • SCO : Scolarisation dans une autre langue maternelle de tout ou partie du programme scolaire
  • ENF : Utilisation rĂ©guliĂšre durant l'enfance au sein de la famille
  • SEJ : SĂ©jour linguistique
  • SOIR : Cours privĂ©s et cours du soir
  • AUTO : Apprentissage autodidacte
  • CST : Constante

Source : projet CLES (1994), Programme national de recherche, PNR 33. Tableau n° 6.8 et chiffres des tableaux n° 6.5, 6.6 et 6.7

Enseignement des langues

Historique

Le Kollegium Maria Hilf de Schwytz, fondé en 1856.
Johann Heinrich Pestalozzi entouré de ses élÚves. Peinture murale à Rapperswil.

Au XIe siĂšcle, les Ă©coles cathĂ©drales Ă©voluent avec le dĂ©veloppement des villes et du commerce. Les Ă©colĂątres permettent la crĂ©ation de petites Ă©coles privĂ©es ou les enfants de bourgeois apprennent Ă  lire et Ă©crire en latin[fĂ© 1]. Avec la RĂ©forme protestante et l'avĂȘnement du livre imprimĂ©, le latin est supprimĂ© dans les Ă©coles Ă©lĂ©mentaires des cantons protestants. Les enfants s'expriment en patois mais l'apprentissage se fait en français ou en bon allemand afin que les enfants puissent lire les textes bibliques[fĂ© 2]. Dans le cadre de la contre-RĂ©forme, les paroisses des Ă©glises catholiques et les JĂ©suites enseignent la lecture en latin puis en langue locale (allemand, français ou italien)[fĂ© 3].

La République helvétique (1798 - 1803) apporte la reconnaissance formelle de l'égalité des langues et la premiÚre politique d'enseignement des langues. Le ministre Philipp Albert Stapfer charge le pédagogue Grégoire Girard (1765 - 1850) de rédiger un projet d'éducation publique pour l'ensemble du pays. Visionnaire, il préconise la pratique dÚs l'ùge de 8 ans d'une seconde langue nationale par immersion, en apprenant la géographie et la logique. Néanmoins, les moyens financiers faisant défaut, cette politique ne s'appliqua pas d'une façon systématique. La fin de la République helvétique mets un terme a cette tentative d'harmonisation à l'échelle nationale. Les cantons retrouvent alors leur compétence en matiÚre d'enseignement[fh 5].

ApĂšs Stans et Berthoud, le pĂ©dagogue Johann Heinrich Pestalozzi (1746 - 1827) poursuit son Ɠuvre Ă  Yverdon-les-Bains entre 1804 et 1825. Il immagine de nouvelles techniques d'enseignement; dans son institution, l'on change de langue toutes les deux heures, passant ainsi du français Ă  allemand[fĂ© 4]. Le pĂšre GrĂ©goire Girard enseigne Ă  Fribourg, selon la mĂ©thode mutuelle, en langue maternelle avec introduction de l'allemand en 4e pour favoriser les relations entre communautĂ©s linguistiques[fĂ© 5]. L'Ă©cole deviendra publique et obligatoire au XIXe siĂšcle.

Au dĂ©but du XXe siĂšcle, les situations sont diverses selon les cantons, voire les communes. DĂšs 1930, l'allemand est obligatoire de la 6e Ă  la 9e annĂ©e Ă  GenĂšve, NeuchĂątel et Vaud. Le Tessin fait de mĂȘme en introduisant l'apprentissage du français, suivi par Saint-Gall en 1931 et d'autres cantons alĂ©maniques en 1950. Dans les cantons de Berne, BĂąle-Campagne, Saint-Gall ou Thurgovie, ce sont souvent les communes qui fixent les conditions d'apprentissage. À Zurich le français est considĂ©rĂ© comme deuxiĂšme langue Ă©trangĂšre aprĂšs le bon allemand que l'on estime primordial; ainsi, il est enseignĂ© uniquement aux Ă©lĂšves ayant les meilleurs rĂ©sultats en allemand[fh 6]. En Valais, cantons bilingue, on n'enseigne pas encore la deuxiĂšme langue nationale et Ă  Fribourg et Berne, Ă©galement cantons bilingues, ce n'est pas obligatoire[fĂ© 6].

En 1975, la confĂ©rence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP) recommande l'apprentissage gĂ©nĂ©ralisĂ© d'une deuxiĂšme langue nationale dĂšs la 4e ou 5e annĂ©e, soit pour les enfants entre 9 et 10 ans, afin de les sensibiliser Ă  la diversitĂ© culturelle de la Suisse. Ces prescriptions sont diversement appliquĂ©es : Par exemple l'Argovie introduit le français dĂšs la 6e annĂ©e ou Uri l'italien dĂšs la 5e. À Zurich, le français n'est introduit en 5e que depuis 1988 en raison de rĂ©ticences de parents considĂ©rant que l'allemand est dĂ©jĂ  la premiĂšre langue seconde[fĂ© 7].

DĂšs la fin des annĂ©es 1990, l'anglais s'introduit dans les dĂ©bats; de nombreuses Ă©tudes sont commandĂ©es par des commissions fĂ©dĂ©rales ou la CDIP pour dĂ©battre de la place Ă  donner Ă  cette langue apprĂ©ciĂ©e par les enfants et jugĂ©e utile. En 1997, le canton de Zurich projette d'introduire l'anglais en 7e et 8e annĂ©es au dĂ©triment du français, ce qui est mal perçu dans le pays. En rĂ©action, la CDIP commande un «concept gĂ©nĂ©ral d'enseignement des langues». Le canton de Zurich dĂ©cide l'introduction de l'anglais dĂšs la 1re primaire pour la rentrĂ©e 1999. De son cĂŽtĂ© le rapport des experts mandatĂ©s par la CDIP recommande, en 1998, l'apprentissage de deux langues Ă  l'Ă©cole primaire : une deuxiĂšme langue nationale et l'anglais, en laissant la libertĂ© de choix de l'ordre d'introduction. Cette dĂ©cision est jugĂ©e nĂ©faste Ă  la cohĂ©sion nationale, surtout en Suisse romande, et une initiative est lancĂ©e pour demander que la «deuxiĂšme langue enseignĂ©e doit ĂȘtre une langue officielle de la ConfĂ©dĂ©ration», sans succĂšs. AprĂšs une pĂ©riode de tergiversations politiques la CDIP dĂ©cide, en mars 2004, que les Ă©lĂšves doivent apprendre une deuxiĂšme langue nationale et l'anglais, l'une en 3e et l'autre en 5e annĂ©e, en laissant le choix de l'ordre aux cantons. Au niveau politique, le Conseil national prĂ©fĂšre que ce soit la langue nationale qui soit introduite en premier alors que le Conseil des États laisse la libertĂ© de choix. Au vote final, le Conseil national se ralie au Conseil des États, renonçant Ă  une politique harmonisĂ©e des langues en Suisse[fĂ© 8].

D'autre part, suite aux résultats décevants de l'évaluation PISA de 2000, la CDIP lance en 2002 un projet d'harmonisation scolaire en vue d'en améliorer la qualité d'une part et, d'autre part, de coordonner les plans d'études entre les différentes régions linguistiques. C'est le projet HarmoS. Dans ce cadre, HarmoS reprend la stratégie des langues votée en 2004 en fixant comme cible pour la deuxiÚme langue nationale et l'anglais «la compétence de niveau équivalente dans les deux langues»[fé 9]. Adopté en 2007, le concordat HarmoS doit entrer en vigueur pour la rentrée 2014, à la condition qu'au moins dix cantons l'approuvent[fé 10], ce qui est fait le 1er août 2009[87].

Scolarité obligatoire

Le programme d'enseignement des langues, à l'école obligatoire, degré primaire et degré secondaire I, dépend de chaque canton. La langue d'enseignement est celle de la région linguistique. Cette langue est enseignée comme matiÚre scolaire à laquelle s'ajoute progressivement l'enseignement au moins d'une deuxiÚme langue nationale et de l'anglais[88].

L'accord intercantonal sur l'harmonisation de la scolaritĂ© obligatoire (concordat Harmos) est la base lĂ©gale dĂ©finissant des standards nationaux de formation pour la scolaritĂ© obligatoire[89]. AdoptĂ©e en mars 2004, la stratĂ©gie pour l'enseignement des langues est reprise par Harmos et les cantons adhĂ©rant (15 cantons au 26 septembre 2010[90]) s'engagent Ă  la mettre en Ɠuvre au plus tard pour la rentrĂ©e 2015 - 2016[91],[68]. En matiĂšre de langues, les cantons s'engagent notamment Ă [92] :

  • apprentissage d'une deuxiĂšme langue nationale et de l'anglais Ă  l'Ă©cole primaire, au plus tard en 3e et en 5e annĂ©e scolaire[n 8];
  • choix de la premiĂšre langue Ă©trangĂšre enseignĂ©e coordonnĂ© sur le plan rĂ©gional entre les cantons;
  • niveau de compĂ©tence Ă©quivalent dans les deux langues Ă©trangĂšres au terme de la scolaritĂ© obligatoire. Les objectifs sont clairement dĂ©finis Ă  cette fin;
  • enseignement d'une troisiĂšme langue facultative, selon les besoins et
  • pour les Ă©lĂšves issus de la migration : aide Ă  l'organisation et soutien des cours de langue et de culture d'origine (LCO), dans le respect de la neutralitĂ© politique et religieuse.

Une version suisse du portfolio européen des langues (PEL), validés par le Conseil de l'Europe, existe depuis le 1er mars 2001[93] mais son usage est encore peu répandu[94].

Le tableau suivant donne la situation, à la rentrée 2009 - 2010, de l'apprentissage de la premiÚre et de la deuxiÚme langue étrangÚre obligatoire selon les cantons.

DĂ©but de l'apprentissage de la premiĂšre et de la deuxiĂšme langue Ă©trangĂšre obligatoire (en 2009 - 2010)[95],
Classement selon l'ordre d'introduction et par langue Ă©trangĂšre.
Canton / subdivision linguistique Adhésion à HarmoS 6-7 ans 7-8 ans 8-9 ans 9-10 ans 10-11 ans 11-12 ans 12-13 ans 13-14 ans
DegrĂ© systĂšme actuel[96]   1e annĂ©e 2e annĂ©e 3e annĂ©e 4e annĂ©e 5e annĂ©e 6e annĂ©e 7e annĂ©e 8e annĂ©e
DegrĂ© systĂšme HarmoS[96]   3e annĂ©e 4e annĂ©e 5e annĂ©e 6e annĂ©e 7e annĂ©e 8e annĂ©e 9e annĂ©e 10e annĂ©e
Zurich DĂ©cidĂ©e   anglais     français      
Liechtenstein     anglais         français  
Appenzell Rhode-extĂ©rieure RejetĂ©e     anglais   français      
Glaris DĂ©cidĂ©e     anglais   français      
Lucerne RejetĂ©e     anglais   français      
Nidwald RejetĂ©e     anglais   français      
Obwald En suspens     anglais   français      
Saint-Gall DĂ©cidĂ©e     anglais   français      
Schaffhouse DĂ©cidĂ©e     anglais   français      
Schwytz En suspens     anglais   français      
Thurgovie RejetĂ©e     anglais   français      
Zoug RejetĂ©e     anglais   français      
Argovie En suspens     anglais     français    
Appenzell Rhode-intĂ©rieure En suspens     anglais       français  
Uri RejetĂ©e     anglais       français  
Tessin DĂ©cidĂ©e     français       allemand  
Fribourg - germanophone DĂ©cidĂ©e     français       anglais  
Valais - germanophone DĂ©cidĂ©e     français       anglais  
BĂąle-Campagne DĂ©cidĂ©e       français     anglais  
Berne - germanophone DĂ©cidĂ©e         français   anglais  
BĂąle-Ville DĂ©cidĂ©e         français   anglais  
Soleure DĂ©cidĂ©e         français   anglais  
Fribourg - francophone DĂ©cidĂ©e     allemand       anglais  
GenĂšve DĂ©cidĂ©e     allemand       anglais  
Jura DĂ©cidĂ©e     allemand       anglais  
NeuchĂątel DĂ©cidĂ©e     allemand       anglais  
Vaud DĂ©cidĂ©e     allemand       anglais  
Valais - francophone DĂ©cidĂ©e     allemand       anglais  
Berne - francophone DĂ©cidĂ©e     allemand         anglais/italien
Grisons - italophone RejetĂ©e       allemand     anglais  
Grisons - romanchophone RejetĂ©e       allemand     anglais  
Grisons - germanophone RejetĂ©e romanche     italien/romanche     anglais  
Source : ConfĂ©rence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP)

Classes bilingues

La CDIP encourage l'expĂ©rimentation de l'enseignement bilingue Ă  l'Ă©cole obligatoire. De fait, les expĂ©riences sont rares et dĂ©passent rarement les dĂ©clarations d'intention. Le canton de Fribourg Ă  dĂ» arrĂȘter ses classes pilotes en raison du refus populaire (votation septembre 2000). En revanche, le Valais romand est pionnier en la matiĂšre en pratiquant, depuis 1994 - 1995[97], l'enseignement bilingue dans certaines Ă©coles enfantines et primaires de Sion, Sierre et Monthey[98]. À Bienne, un projet pilote est effectuĂ© entre 1999 et 2003 dans une Ă©cole primaire de la ville; ce projet dĂ©bouche sur l'autorisation, depuis aoĂ»t 2006, d’organiser dans le district bilingue de Bienne un enseignement par immersion dans la langue partenaire officielle du canton. En ville de Bienne, des filliĂšres bilingues depuis l'Ă©cole enfantine et pour toute la scolaritĂ© obligatoire sont mises en place dĂšs 2010[99],[100]. Ce sont donc principalement les cantons bilingues qui sont le plus avancĂ©s avec l'enseignement mixte français/allemand. Le Jura, canton francophone, souhaite favoriser les Ă©changes avec BĂąle en raison de la proximitĂ© des hautes Ă©coles de cette ville et de la communautĂ© d'intĂ©rĂȘts avec la rĂ©gion de la Suisse du Nord-Ouest. À cet effet, le Jura offre depuis 2009 la possibilitĂ© de frĂ©quenter, Ă  DelĂ©mont, des classes bilingues accessibles aux habitants du canton parlant allemand en famille ainsi qu'aux germanophones des cantons voisins de la Suisse du Nord-Ouest[101].

Le canton des Grisons est un cas particulier : la langue d'enseignement est dĂ©terminĂ© au niveau communal, en fonction des aires linguistiques (allemand, italien ou romanche). Le romanche Ă©tant une langue fortement minoritaire, l'enseignement en romanche y est essentiel pour la prĂ©servation de la culture. Selon les cas, le romanche est langue d'enseignement ou matiĂšre scolaire. Dans la plupart des communes romanchophones, l'enseignement est pratiquement bilingue. Il est dispensĂ© dans l'idiome local pendant les trois premiĂšres annĂ©es scolaire avant d'ĂȘtre progressivement remplacĂ© par l'allemand; mais, dans les communes ou le romanche est en recul, l'allemand tends Ă  devenir langue d'enseignement dĂšs le dĂ©but[102],[dfi 1]. Un enseignement bilingue Ă  raison d'une moitiĂ© des cours en allemand et l'autre en italien ou romanche est possible pour les communes germanophones qui le souhaitent ainsi que pour les italophones et romanchophones situĂ©es Ă  la limite linguistique; ceci dans le but d'obtenir des compĂ©tences de niveau langue maternelle dans les deux langues. En 2011, 9 communes offrent cette possibilitĂ©, y compris quelques classes Ă  Coire[103].

Éducation postobligatoire

Degré secondaire II

Au moins deux langues étrangÚres sont enseignées dans le cadre des formations menant à la maturité. Pour la maturité professionnelle ce sont une deuxiÚme langue nationale et l'anglais. Au gymnase et dans les écoles de culture générale, l'éventail des langues enseignées est plus vaste. De plus, des matiÚres à options permettent d'ajouter une langue supplémentaire[104].

Un état des lieux est dressé en 2005 sur la base d'un questionnaire envoyé aux écoles secondaires de toute la Suisse. 245 établissements y ont répondu[105].

Pour les Ă©tablissements situĂ©s en Suisse alĂ©manique, le français et l’anglais sont les principales langues Ă©trangĂšres enseignĂ©es. Viennent ensuite l’italien et l’espagnol. Le latin est enseignĂ© dans la plupart des gymnases; le grec et l’hĂ©breu le sont dans certains Ă©tablissements; le russe est proposĂ© dans 25 Ă©tablissements; quelques uns proposent le chinois, l’arabe ou le romanche. Pour les Ă©tablissements situĂ©s en Suisse romande et au Tessin, l'allemand et l’anglais sont les principales langues Ă©trangĂšres enseignĂ©es. Viennent ensuite l’italien et l’espagnol. Le latin et le grec sont enseignĂ©s dans les gymnases. Aucun Ă©tablissement mentionne le russe, le chinois ou l’arabe[106].

Maturité bilingue
Le gymnase de la rue des Alpes Ă  Bienne est bilingue.

En 2007, 70 gymnases sur les 177 reconnus en Suisse, situĂ©s dans 18 cantons sur 26, offrent la possibilitĂ© d'effectuer une maturitĂ© bilingue. Parmi les huit n'offrant pas de possibilitĂ© sur leur territoire cantonal on trouve les 6 cantons les moins peuplĂ©s, situĂ©s en Suisse centrale et orientale, ainsi que les cantons de Soleure et du Tessin; plus de 92 % des gymnasiens ont donc la possibilitĂ© de suivre une filiĂšre bilingue dans leur propre canton[mb 2]. Le nombre d'Ă©tudiants choisissant une filiĂšre bilingue est en constante augmentation : en 2006, un Ă©lĂšve sur quatre frĂ©quente un des Ă©tablissements bilingues; ce qui reprĂ©sente 10 % de l'ensemble des gymnasiens de Suisse[mb 3].

Selon les bases lĂ©gales, la langue d'immersion doit ĂȘtre prioritairement l'une des langues nationales : le RĂšglement pour l’obtention de la maturitĂ© bilingue du 30 septembre 1994 stipule que « Dans un premier temps, la maturitĂ© bilingue peut ĂȘtre obtenue seulement dans les langues nationales suisses, et les matiĂšres qui entrent en ligne de compte sont pour l’instant la biologie, l’histoire et la gĂ©ographie Â»; dans l’art. 17 de l’Ordonnance sur l’examen suisse de maturitĂ© du 7 dĂ©cembre 1998, il est Ă©crit : « La deuxiĂšme langue peut ĂȘtre choisie parmi les langues nationales suivantes : allemand, français et italien. L’office peut autoriser le choix de l’anglais. Â»[mb 4].

Dans les faits, en 2007, les Ă©coles de Suisse alĂ©manique proposent l'anglais dans 80 % des cas car c'est la langue de grande diffusion. Celles de Suisse romande choisissent principalement l'allemand pour privilĂ©gier la proximitĂ© et la cohĂ©sion nationale; mĂȘme si l'offre en anglais tends Ă  s'Ă©toffer aussi en Suisse romande[mb 4]. Ces choix s'inscrivent dans la continuitĂ© du choix de la premiĂšre langue Ă©trangĂšre lors de la scolaritĂ© obligatoire[mb 1]. Plusieurs Ă©coles proposent deux langues d'immersion. Dans les rĂ©gions bilingues, cinq Ă©tablissements offrent le choix entre le français ou l'allemand; six autres Ă©tablissements sont rĂ©partis dans toute la Suisse : en Suisse alĂ©manique, trois Ă©coles proposent l'anglais et le français. Le Liceo artistico de Zurich et une Ă©cole aux Grisons proposent l'allemand et l'italien. Une Ă©cole Ă  GenĂšve propose l'allemand et l'anglais[mb 5].

Lorsque la langue d'immersion est une des langues nationales, les enseignants ont souvent la langue d’immersion comme langue maternelle et l’utilisent quotidiennement. À l'inverse, ce n'est pas souvent le cas avec les enseignants d'anglais : « 89 % des personnes enseignant en immersion dans le canton de Zurich ne sont pas des locuteurs natifs de l’anglais Â»[mb 4]. Ainsi, dans les cantons bilingues, les enseignants sont naturellement bilingues et n'ont pas besoin de justifier autrement leurs capacitĂ©s. En Suisse allemande, par contre, les enseignants mettent en avant leurs capacitĂ©s linguistique, les sĂ©jours et diplĂŽmes obtenus dans la langue d'immersion pour justifier de leur capacitĂ©s, notamment en anglais[mb 6].

La Commission suisse de maturitĂ© (CSM) distingue trois modĂšles d'enseignement bilingue[mb 7] et certains cantons Ă©dictent leurs propres rĂ©glements[mb 8] :

  • l'immersion « partielle Â»,
  • l'immersion « totale Â» par sĂ©jour dans une autre rĂ©gion linguistique et
  • l'Immersion « totale Â» par frĂ©quentation du gymnase dans une autre langue .

L'immersion « partielle Â» se pratique dans l'Ă©tablissement bilingue; pour ĂȘtre reconnue comme maturitĂ© bilingue, au moins deux branches doivent ĂȘtre enseignĂ©es dans la langue d'immersion pour au moins 600 heures d'enseignement sans compter les cours de langue[107]. Les Ă©lĂšves inscrits en maturitĂ© bilingue doivent, en principe, effectuer un stage dans une autre rĂ©gion linguistique ou un Ă©change linguistique[108]. L'immersion « totale Â» comporte le sĂ©jour d'au moins une annĂ©e scolaire dans une autre rĂ©gion linguistique. Le solde des Ă©tudes gymnasiales Ă©tant effectuĂ© dans un Ă©tablissement bilingue[mb 7]. Les Ă©lĂšves ayant une langue nationale comme langue maternelle et faisant entiĂšrement leurs Ă©tudes gymnasiales dans une autre rĂ©gion linguistique ou dans une Ă©cole d’une autre langue 1 peuvent se voir accorder la mention bilingue s'ils rĂ©pondent les conditions d'obtention imposĂ©es[mb 7].

Les disciplines fondamentales d'immersion peuvent ĂȘtre l’histoire, la gĂ©ographie, l’introduction Ă  l’économie et au droit, la biologie, la chimie et la physique; en option complĂ©mentaire, ce sont l’histoire, la gĂ©ographie, l’économie et droit, la biologie, la chimie, la physique, la philosophie et la pĂ©dagogie/psychologie. Au moins une de ces discipline doit ĂȘtre du domaine des sciences humaines[mb 9]. En pratique, ce sont l'histoire et les mathĂ©matiques qui sont le plus souvent enseignĂ©es comme langue d'immersion[mb 10].

Échanges linguistiques

Les échanges linguistiques sont encouragées par les écoles gymnasiales. Les écoles fournissent aux étudiants les ressources et l'appui nécessaire pour qu'ils puissent pratiquer l'échange dans au moins une langue étrangÚre[109].

Les personnes en formation professionnelle initiale ainsi que les jeunes professionnels sans emploi peuvent aussi bĂ©nĂ©ficier d'Ă©changes linguistiques. Avec l'accord des maĂźtres d'apprentissage et des Ă©coles professionnelles, ils peuvent prendre la forme d'Ă©change de places d'apprentissage en Suisse dans une autre rĂ©gion linguistique; soit en mĂȘme temps soit sur deux pĂ©riodes diffĂ©rentes, l'un rejoignant son correspondant sur son poste de travail et rĂ©ciproquement pour 6 mois au maximum, avec la participation Ă  un cours de langue un jour par semaine. Les jeunes sans emplois, inscrits comme chĂŽmeur, peuvent demander d'effectuer un stage dans une entreprise d’une autre rĂ©gion linguistique de Suisse Ă  raison d'un emploi Ă  80 %, le reste Ă©tant dĂ©volu Ă  l’apprentissage de la langue[110].

Enseignement supérieur

Enseignement des langues pour les immigrants

Langues nationales pour les immigrants

Les enfants de migrants sont scolarisĂ©s selon les principes suivants :

« - l'intĂ©gration optimale des enfants et adolescents Ă©trangers,
- le respect et la tolĂ©rance des cultures qui leur sont propres. Â»

— CDIP[fi 1]

La CDIP recommande notamment aux cantons : d'offrir dĂšs l'Ăąge prĂ©scolaire l'enseignement de la langue locale et de soutenir la promotion de la langue d'origine; que les nouveaux arrivants Ă  l'Ă©cole publique doivent intĂ©grer directement les classes correspondant Ă  leur niveau de formation et reçoivent des cours d'appui ou des cours intensifs[fi 2] en langue nationale selon le lieu de rĂ©sidence (allemand, français ou italien); que les classes d'enseignement spĂ©cialisĂ©es sont Ă  Ă©viter[fi 3].

Enseignement de la langue d'origine pour les immigrants

Des cours de langue et de culture d'origine (LCO) existent pour les enfants issus de l'immigration. Organisés par les consulats et ambassades, en accord avec les autorités compétentes suisses, ces cours permettent aux ressortissants de garder des liens avec le pays d'origine, d'appprendre l'histoire ou les traditions et de développer les connaissances linguistiques[fi 4]. Il existe une offre variable d'environ quarante langues réparties selon les cantons[111]

Notes et références

Notes
  1. ↑ « entre 1481 et 1789 l'influence de la France sur la ConfĂ©dĂ©ration augmente, politiquement, militairement et culturellement. Cette Ă©volution renforce considĂ©rablement la minoritĂ© francophone Ă  l'intĂ©rieur du pays. Â» Page 59 de l'ouvrage de Christophe BĂŒchi, Mariage de raison, Romands et AlĂ©maniques : une histoire suisse (Röstigraben)
  2. ↑ jeunes filles ou jolie fille, « schön Â» en allemand signifiant joli
  3. ↑ a, b, c et d Langues Ă©trangĂšres ou immigrantes non nationales.
  4. ↑ en 1990 42 % de la population parlait le dialecte en famille et plus de la moitiĂ© de la population l'utilise aussi quotidiennement au travail ou Ă  l'Ă©cole (rĂ©fĂ©rence article Dialectes suisses italiens du DHS)
  5. ↑ Selon un sondage, 53% des Suisses apprennent une langue Ă©trangĂšre par satisfaction personnelle, 50 % pour les vacances Ă  l'Ă©tranger, 39% pour comprendre d'autres cultures ou pour les rencontrer, 34 %. Finalement, 35 % dĂ©clarent apprendre des langues Ă©trangĂšres pour des raisons professionnelles.
  6. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Diasystùme
  7. ↑ l'enquĂȘte CLES, auprĂšs de 2 407 personnes s'est dĂ©roulĂ©e en novembre 1994 pour la Suisse allemande et la Suisse romande et en mars 1995 pour la Suisse italienne.
  8. ↑ Les cantons du Tessin et des Grisons enseignant obligatoirement une troisiĂšme langue nationale pourront y dĂ©roger
RĂ©fĂ©rences Christophe BĂŒchi, Mariage de raison, Romands et AlĂ©maniques : une histoire suisse [« Röstigraben Â»], Ă©ditions ZoĂ©, 2001 (ISBN 2881824412 et 978-2881824418) [112]
  1. ↑ p. 49
  2. ↑ p. 42 - 45
  3. ↑ p. 49 - 55
  4. ↑ p. 55 - 57
  5. ↑ p. 60 – 61
  6. ↑ p. 63 - 65
  7. ↑ p. 96 – 103
  8. ↑ p. 105 – 109
  9. ↑ p. 114 – 125
  10. ↑ p. 127 – 130
  11. ↑ p. 134 – 135
  12. ↑ p. 138 – 141
  13. ↑ p. 149 – 150
  14. ↑ p. 151 – 157
  15. ↑ p. 278 – 279
RĂ©fĂ©rences Urs DĂŒrmĂŒller, L'Ă©volution du plurilinguisme : d'une Suisse quadrilingue Ă  une Suisse multilingue, Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture, 1997 (ISBN 3-908102-51-0) [113].
  1. ↑ p. 12
  2. ↑ a et b p. 12 - 13
  3. ↑ a, b et c p. 18
  4. ↑ p. 17
  5. ↑ a et b p. 16
  6. ↑ p. 13 - 16
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Bibliographie

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  • Daniel Elmiger, La maturitĂ© bilingue en Suisse : la mise en Ɠuvre variĂ©e d'une innovation de la politique Ă©ducative / Daniel Elmiger ; avec un avant-propos de Anton NĂ€f, SecrĂ©tariat d'Etat Ă  l'Ă©ducation et Ă  la recherche SER, Berne, coll. Â« Dossiers SER Â», 2008 [lire en ligne] . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Daniel Elmiger et Simone Forster, La Suisse face Ă  ses langues : histoire et politique du plurilinguisme, situation actuelle de l'enseignement des langues, Institut de recherche et de documentation pĂ©dagogique (IRDP), NeuchĂątel, 2005 [lire en ligne] . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Simone Forster, Les enfants de l'immigration Ă  l'Ă©cole, Institut romand de recherches et de documentation, NeuchĂątel, 1993 . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Simone Forster, L'Ă©cole et ses rĂ©formes, Presses Polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, coll. Â« Le Savoir Suisse Â», 2008 (ISBN 978-2-88074-804-3)(ISSN 1661-8939) . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • François Grin, CompĂ©tences et rĂ©compenses - La valeur des langues en Suisse, Éditions universitaires Fribourg, Suisse, 1999 (ISBN 2-8271-0843-7) . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Georges LĂŒdi, UniversitĂ© de BĂąle et Iwar Werlen, UniversitĂ© de Berne, Le paysage linguistique en Suisse, recensement fĂ©dĂ©ral 2000, Office fĂ©dĂ©ral de la statistique, 2005 (ISBN 3-303-16076-7) [lire en ligne] . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Le quadrilinguisme en Suisse : prĂ©sent et futur : analyse, propositions et recommandations d'un groupe de travail du DĂ©partement fĂ©dĂ©ral de l'intĂ©rieur, DĂ©partement fĂ©dĂ©ral de l'intĂ©rieur : diffusion Office central fĂ©dĂ©ral des imprimĂ©s et du matĂ©riel, Berne, 1989 . Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article

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