La Juive

ÔĽŅ
La Juive

La Juive est un op√©ra en cinq actes par Jacques Fromental Hal√©vy, d'apr√®s un livret original d'Eug√®ne Scribe cr√©√© √† l'Acad√©mie royale de musique de Paris (salle Le Peletier) le 23 f√©vrier 1835.

Sommaire

L'Ňďuvre

La Juive est l'une des Ňďuvres les plus repr√©sentatives du ¬ę grand op√©ra √† la fran√ßaise ¬Ľ[1]. Son livret r√©pond √† l'esth√©tique alors en vogue √† l'Op√©ra de Paris, o√Ļ l'Ňďuvre fut cr√©√©e : une action en cinq actes pr√©sentant des situations spectaculaires (ici le concile de Constance de 1414) susceptibles de donner lieu √† des mises en sc√®ne fastueuses, un sujet traitant de grandes passions, alli√©es √† de puissants int√©r√™ts historiques, la possibilit√© d'inclure de grands chŇďurs et un ballet dans des d√©cors vari√©s et au milieu de nombreux effets sp√©ciaux et figurants.

Sur le plan musical, La Juive est surtout connue pour l'air ¬ę Rachel, quand du Seigneur ¬Ľ, √©crit sp√©cialement pour le t√©nor Adolphe Nourrit qui interpr√©tait le r√īle d'El√©azar. Le r√īle de Rachel, sa fille, √©tait interpr√©t√©e par Corn√©lie Falcon.

Par la suite, l'Ňďuvre a √©t√© repr√©sent√©e pr√®s de 600 fois √† l'Op√©ra. C'est La Juive qui a inaugur√© les repr√©sentations publiques du Palais Garnier, le 8 janvier 1875. Elle a √©t√© repr√©sent√©e avec succ√®s en France et dans le monde jusque dans les ann√©es 1930 o√Ļ l'Ňďuvre a disparu de l'affiche[2]. Elle n'a plus √©t√© jou√©e √† Paris entre le 9 avril 1934 et 2007, ann√©e de sa reprise √† l'Op√©ra de Paris.

Genèse de l'oeuvre

¬ę Le premier fait √† mentionner dans l'histoire de La Juive, repr√©sent√©e le 23 f√©vrier 1835, est le souci, chez les deux auteurs, d'adapter une conception litt√©raire-musicale au talent de chanteurs alors disponibles et √† la mode. Lorsque dans son parc de Montalais (pr√®s de Meudon)[3], un soir d'√©t√©, le ch√Ętelain Scribe parla pour la premi√®re fois au compositeur de son projet de livret, il lui d√©signa tout de suite les interpr√®tes auxquels il songeait. Hal√©vy a racont√© cette gen√®se de son Ňďuvre ma√ģtresse, dont le sujet l'√©mut d'abord profond√©ment : ¬ę Nourrit, ajoute-t-il, nous donna d'excellents conseils. Il y avait au 4 e acte un finale; il nous demanda de le remplacer par un air. Je fis la musique de l'air sur la situation donn√©e; Nourrit demanda √† M. Scribe de faire lui-m√™me les paroles de l'air dont la musique √©tait pr√™te. Il voulait choisir les syllabes les plus sonores et les plus favorables √† sa voix. M. Scribe, g√©n√©reux parce qu'il est riche, se pr√™ta de bonne gr√Ęce au d√©sir du chanteur, et Nourrit nous apporta, peu de jours apr√®s, les paroles de l'air : Rachel, quand du Seigneur la gr√Ęce tut√©laire, etc.. ¬Ľ Hal√©vy suivit le syst√®me usuel qui consiste √† b√Ętir un drame lyrique avec des ¬ę num√©ros ¬Ľ juxtapos√©s, non sans quelques hors-d'Ňďuvre (comme la s√©r√©nade du 1 er acte); il fit Ňďuvre de musicien sentimental, sachant fort bien son m√©tier. Le parti pris de faire un op√©ra avec des ¬ę airs ¬Ľ soumet le compositeur √† une √©preuve difficile entre toutes, celle de l'invention et du renouvellement m√©lodiques continus, en le mettant constamment √† d√©couvert, avec l'obligation de jouer toujours un jeu franc, de tout dessiner en pleine lumi√®re, et de payer de sa personne, si l'on peut dire, sans la ressource commode des taches de couleur instrumentale qui noient dans l'ombre les parties du tableau difficiles √† traiter. Hal√©vy est un m√©lodiste tr√®s abondant, parfois inspir√©, sinc√®re jusqu'√† la na√Įvet√©. L'orchestre de La Juive est ainsi compos√© : fl√Ľte, hautbois, clarinette en la, 2 trompettes en mi, 2 cors en mi, 2 bassons, 2 trombones, ophicl√©ide, timbale [mi-si), triangle, grosse caisse, cymbales, quatuor √† cordes. Il y a, dans le r√īle du cardinal, des phrases de grande allure, qui, sans des r√©p√©titions excessives de formules, seraient de premier ordre. On aime, √ß√† et l√†, des chŇďurs joliment construits, bien √©quilibr√©s, un peu mous et sans grande valeur dramatique, mais d'une tr√®s bonne √©criture. On s'√©tonne que deux femmes qui sont des rivales d'amour, chantent √† la tierce comme feraient Rom√©o et Juliette : L'orchestration est in√©gale, sans unit√©, mais en g√©n√©ral fine, transparente, l√©g√®re; et il y a telle page o√Ļ le quatuor est mani√© avec beaucoup de gr√Ęce. On aime cette introduction soupir√©e par deux cors anglais qu'enveloppent les bassons et la clarinette en si b√©mol : et, au d√©but du dernier acte, ce chant plaintif de la fl√Ľte (qui s'allie √† un contre-chant de hautbois, accompagn√© par les bassons et les cors) : h ¬• p‚ÄĒa m &- s √Č√Č√Ź√ČS ts a -√Ļl. Les ballets sont m√©diocres. Dans l'ensemble de l'Ňďuvre s'exprime ‚ÄĒ lait assez rare chez l'auteur ‚ÄĒ une tendresse qui sent encore son xvin e si√®cle. Les directeurs V√©ron et Duponchel mont√®rent La Juive avec luxe. D'apr√®s Castil-Blaze, la mise en sc√®ne co√Ľta 150 000 francs (dont 30 000 consacr√©s aux accessoires qui, pour la premi√®re fois, √©taient en m√©tal, non en carton). D'apr√®s de Boigne, qui para√ģt plus pr√®s de la v√©rit√©, les frais s'√©lev√®rent √† 100 000 francs. Les archives de l'Op√©ra poss√®dent tous les m√©moires de fournitures. Le costume de cardinal (pour Levasseur) co√Ľta 484 fr. 70... C'est Philastre et Cambon qui firent le d√©cor du 3 e acte, pay√© 8 876 fr. 80. Les autres furent ex√©cut√©s par S√®chon et Feuch√®res. ¬Ľ

‚ÄĒ J. Combarieu, Histoire de la musique. Des origines au d√©but du XX e si√®cle - 1919 - Librairie Armand Colin[4]

Distribution

R√īles principaux
  • Rachel (soprano dramatique) : Corn√©lie Falcon
  • Le Juif √Čl√©azar (t√©nor) : Adolphe Nourrit
  • Le prince L√©opold (t√©nor l√©ger) : Marcelin Lafont
  • La princesse Eudoxie (soprano l√©ger) : Julie Dorus-Gras
  • Gian Francesco, cardinal de Brogni (basse) : Nicolas Prosper Levasseur
R√īles secondaires
  • Ruggiero (baryton)
  • Albert (basse)
  • H√©raut d'armes de l'empereur (baryton)
  • Majordome (baryton)
  • Officier de l'empereur (t√©nor)
  • Ex√©cuteur (baryton)
  • Empereur Sigismund (r√īle muet)
  • Deux Hommes du peuple (t√©nor et basse)
  • ChŇďur

Livret

  • Acte I - Un carrefour de la ville de Constance en 1414
  • Acte II - L'int√©rieur de la maison d'√Čl√©azar
  • Acte III - Des jardins magnifiques
  • Acte IV - Un appartement gothique
  • Acte V - Une vaste tente soutenue par des colonnes gothiques.

Argument

√Čl√©azar, quand il √©tait jeune, avait v√©cu en Italie pr√®s de Rome et avait vu ses fils condamn√©s par le Comte Brogni et br√Ľl√©s comme h√©r√©tiques. √Čleazar lui-m√™me a √©t√© banni de Rome et forc√© √† partir pour la Suisse.

En route pour ce pays, El√©azar trouve un b√©b√© sur le point de mourir, abandonn√© √† l'ext√©rieur d'une maison br√Ľl√©e. La maison s'av√®re √™tre celle du Comte. Des brigands y ont mis le feu et ont cru tuer toute la famille du Comte, ignorant que Brogni lui-m√™me √©tait √† Rome.

√Čl√©azar prend l'enfant, une fille, la fait passer pour sienne et la nomme Rachel. Brogni √† son retour, confront√© √† l'horreur qui l'attend, entre dans les ordres pour faire face √† son chagrin. Ult√©rieurement, il devient cardinal.

Quand l'op√©ra commence, Rachel, maintenant une jeune femme, vit avec son p√®re √Čl√©azar dans la ville de Constance. √Čl√©azar est bijoutier. L'animosit√© entre chr√©tiens et juifs a continu√© et les lois le refl√®tent. Si un juif et un chr√©tien ont une relation sexuelle, le chr√©tien est excommuni√©, le juif est tu√©. Rachel est amoureuse d'un jeune homme qu'elle croit √™tre un √©tudiant juif. En fait, il s'agit de L√©opold, un prince de la r√©gion, non seulement chr√©tien, mais aussi fianc√© √† la Princesse Eudoxie.

Rachel a invit√© L√©opold pour c√©l√©brer la P√Ęque juive dans la communaut√©. Il est pr√©sent tandis qu'√Čl√©azar et les juifs chantent leur pri√®re de P√Ęque. Rachel devient soucieuse cependant, quand elle remarque que L√©opold refuse le morceau de pain sans levain qu'elle lui donne. C'est √† ce moment qu'il lui avoue qu'il est chr√©tien, sans lui r√©v√©ler sa v√©ritable identit√©. Rachel est horrifi√©e et lui dit que sans le savoir, elle a offens√© non seulement son p√®re, mais son honneur et son Dieu. Elle lui rappelle les cons√©quences terribles qui les attendent tous deux. Il promet qu'il l'emm√®nera. Elle essaye de r√©sister, s'inqui√©tant d'abandonner son p√®re, mais succombe finalement √† ses projets. Mais ils sont bient√īt confront√©s √† √Čl√©azar et celui-ci maudit L√©opold qui s'enfuit.

Rachel le suit au palais o√Ļ est r√©v√©l√© son amour pour elle, une action qui m√®nera √† la mort pour elle et √† l'excommunication pour lui. √Čl√©azar les a suivis. Comme il pousse des cris de m√©fiance, tous les trois sont conduits en prison. Dans la sc√®ne suivante, Eudoxie demande et obtient la permission de parler √† Rachel dans la prison. Elle prie Rachel de sauver L√©opold en d√©clarant son innocence. Eudoxie la supplie de dire que c'√©tait sa faute seule et apr√®s un bel aria, Rachel le fait.

Eudoxie prend cong√©. Le Cardinal de Brogni appara√ģt et dit √† Rachel qu'il peut les sauver tous. Il demande √† √Čl√©azar de se convertir au christianisme, mais √Čl√©azar r√©pond d'abord qu'il pr√©f√©rerait mourir, puis entreprend de se venger. Il rappelle au cardinal le feu dans sa maison √† Rome il y a tant d'ann√©es et dit ensuite √† Brogni que sa petite fille n'est pas morte. Il dit qu'elle a √©t√© sauv√©e par un juif et que seulement lui, √Čl√©azar, le conna√ģt. √Čl√©azar le menace : le secret mourra avec lui. Brogni le supplie, mais en vain. C'est √† ce moment qu'√Čl√©azar chante l'air le plus beau de l'op√©ra. Il chante la vengeance qu'il aura en mourant mais, alors, il s'avise soudain qu'il sera responsable de la mort de Rachel. Il se lamente et souffre en chantant que lui seul peut la sauver, s'il admet qu'il n'est pas son p√®re et s'il dit au monde qu'elle n'est pas juive, mais chr√©tienne et la fille du cardinal.

√Čtant sur le point de s'adoucir, il entend la populace appeler √† sa mort et se r√©sout soudain √† ne jamais rendre Rachel aux chr√©tiens. √Čl√©azar et Rachel sont men√©s vers l'√©chafaud o√Ļ ils p√©riront dans les flammes. Rachel est terrifi√©e et lui est pris de piti√©. √Čl√©azar ne lui r√©v√®le pas qui elle est, mais lui dit qu'elle peut vivre si elle d√©cide de se convertir au christianisme. Elle refuse et monte √† l'√©chafaud avant lui. Comme le peuple r√©clame leur mort, Brogni demande √† √Čl√©azar :
¬ę Dites-moi, est-ce que ma fille est toujours vivante ?
‚Äď Oui.
‚Äď Seigneur, o√Ļ est-elle ? ¬Ľ
√Čl√©azar montre le b√Ľcher pendant que Rachel est jet√©e dedans et crie :
¬ę C'est votre fille qui p√©rit dans ces flammes ¬Ľ.

Enregistrements

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Kobb√©, Tout l'op√©ra de Monteverdi √† nos jours, p. 487
  2. ‚ÜĎ Mancini, Guide de l'op√©ra, p. 409
  3. ‚ÜĎ En fait le ch√Ęteau des Montalais se trouve √† Meudon m√™me.
  4. ‚ÜĎ Source : http://www.archive.org/stream/histoiredelamusi03comb/histoiredelamusi03comb_djvu.txt

Liens externes


Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article La Juive de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • JUIVE (QUESTION) ‚ÄĒ JUIVE QUESTI Expression apparue √† l‚Äô√©poque des Lumi√®res, en Allemagne, lorsque se posa, √† la fois sur le plan id√©ologique et sur le plan politique, le probl√®me de l‚Äô√©mancipation des Juifs d‚ÄôOccident. Id√©ologiquement, la question juive se trouve… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • juive ‚ÄĒ juive ‚Ķ   Dictionnaire des rimes

  • Juive ‚ÄĒ Juifs Pour les articles homonymes, voir Juif (homonymie) ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • juive ‚ÄĒ ‚óŹ juif, juive nom (latin Judaeus, de Jud√©e) Dans l Antiquit√©, habitant du royaume de Juda. Personne qui professe la religion juda√Įque : Un juif pratiquant. Personne appartenant √† la communaut√© isra√©lite, au peuple juif. (Avec une majuscule en ce… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • Agence Juive ‚ÄĒ  Sionisme  ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Agence Juive pour Isra√ęl ‚ÄĒ Agence juive  Sionisme  ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Agence juive pour Isra√ęl ‚ÄĒ Agence juive  Sionisme  ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Agence juive pour la Palestine ‚ÄĒ Agence juive  Sionisme  ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Pensee juive ‚ÄĒ Pens√©e juive Religion Religions abrahamiques : Juda√Įsme Christianisme Islam     ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Agence juive ‚ÄĒ L Agence juive (◊Ē◊°◊ē◊õ◊†◊ē◊™ ◊Ē◊ô◊Ē◊ē◊ď◊ô◊™ en h√©breu) est une organisation sioniste cr√©√©e en 1929 sous le nom d Agence juive pour la Palestine pour √™tre l‚Äôex√©cutif de l Organisation sioniste mondiale en Palestine mandataire britannique. √Ä partir du d√©but… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Cuisine juive ‚ÄĒ La cuisine juive a √©t√© grandement influenc√©e par la cuisine des pays de la diaspora. Il existe plusieurs sortes de cuisine juive : la cuisine juive d Europe centrale; la cuisine juive de la vall√©e du Rhin (Alsace, sud de l Allemagne et… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.