La Fayette

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La Fayette

Gilbert du Motier de La Fayette

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La Fayette
La Fayette
Naissance 6 septembre 1757
ChĂąteau de Chavaniac
DĂ©cĂšs 20 mai 1834 (Ă  76 ans)
Paris
Origine Français
AllĂ©geance Royaume de France Royaume de France
US flag 13 stars – Betsy Ross.svg Ă‰tats-Unis d'AmĂ©rique
Drapeau français Royaume de France
Royaume de France Royaume de France
Drapeau français Royaume de France
Arme Cavalerie en France
Grade Major-général
Lieutenant général
Général de division
Conflits Guerre d'indĂ©pendance des États-Unis d'AmĂ©rique
Guerres de la RĂ©volution
Commandement troupes américaines, dont la division des Virginiens, Dragons du roi, puis brigade d'infanterie,
Garde nationale,
Armée du Nord
Garde nationale (1831)
Faits d’armes Bataille de Brandywine
Bataille de Barren Hill
Bataille de Gloucester
Bataille de Monmouth
Bataille de Rhode Island
Bataille de Yorktown
Distinctions Ordre de Cincinnatus
Chevalier de Saint-Louis
Hommage Citoyen d'honneur de plusieurs Ă©tats aprĂšs 1785, puis
Citoyen d'honneur des États-Unis d'AmĂ©rique
Autres fonctions Homme politique et militaire

Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (6 septembre 1757 – 20 mai 1834), est un gĂ©nĂ©ral et un homme politique français et amĂ©ricain, hĂ©ros de la guerre d'indĂ©pendance amĂ©ricaine et personnalitĂ© de la RĂ©volution française. Il a Ă©tĂ© fait citoyen d'honneur des États-Unis d'AmĂ©rique en 2002, Ă  titre posthume. Il est enterrĂ© au cimetiĂšre de Picpus, Ă  Paris.

Personnage le plus influent des débuts de la Révolution à la chute de la Monarchie en 1792, il dut se retirer de la vie publique, pour ne rejouer de véritable rÎle politique qu'à partir de la Restauration.

Sommaire

Une jeunesse orpheline

Marie Joseph Paul Yves Roch Gilbert de Motier est nĂ© au chĂąteau de Chavaniac-Lafayette, en Haute-Loire, le 6 septembre 1757, dans une ancienne famille d'Auvergne dont les origines connues remonteraient au XIe siĂšcle. Le nom de famille trouve son origine Ă  La Fayette, commune d'Aix-la-Fayette, dans le Puy-de-DĂŽme, site d'une motte castrale documentĂ©e[1].

Son pÚre, Michel Louis Christophe Roch Gilbert Paulette du Motier, marquis de La Fayette, colonel aux Grenadiers de France, est tué à l'ùge de vingt-six ans sur le champ de bataille de Minden, en Westphalie le 1er août 1759. Sa mÚre, Marie Louise Jolie de La RiviÚre née en 1737, meurt le 3 avril 1770.

À l'Ăąge de 13 ans, le marquis de La Fayette se retrouve donc orphelin et seul hĂ©ritier potentiel de la fortune de son grand-pĂšre maternel, le marquis de La RiviĂšre, qui meurt peu aprĂšs. C'est donc son arriĂšre-grand-pĂšre, le comte de La RiviĂšre, ancien lieutenant gĂ©nĂ©ral des ArmĂ©es du Roi qui s'occupera de lui. Le jeune marquis Ă©tudie jusqu'en 1771 au collĂšge du Plessis, futur LycĂ©e Louis-le-Grand, oĂč il semble qu'il montre un penchant pour l'indĂ©pendance et la libertĂ©[2] C'est Ă  cette date qu'il entre dans l'ArmĂ©e, qui deviendra pour lui une deuxiĂšme famille.

En 1774, le jeune marquis de La Fayette, qui est l'un des plus beaux partis de France, Ă©pouse Marie Adrienne Françoise de Noailles († 1807), fille du duc d'Ayen[3], dotĂ©e de 400 000 livres. De ce mariage naĂźtront trois enfants : un fils et deux filles.

La Fayette a alors 17 ans. AprĂšs son mariage, il fait son service militaire oĂč, aprĂšs ĂȘtre entrĂ© comme simple soldat, il est Ă©levĂ© au rang de capitaine de dragons. Il choisit alors de suivre, Ă  l'exemple de son pĂšre, une carriĂšre militaire et entre dans la Maison militaire du roi.

Il parut Ă  la cour de Louis XVI ; mais, soit, au dire de Mirabeau[4], « qu'il y gĂąta par la gaucherie de ses maniĂšres, un langage obsĂ©quieux jusqu'Ă  l'humilitĂ©, soit, comme il le dit lui-mĂȘme, qu'il y dĂ©plĂ»t au contraire par l'indĂ©pendance de son langage et l'indocilitĂ© de ses idĂ©es, il n'y obtint aucun succĂšs. [rĂ©f. souhaitĂ©e] Â». Plus attachĂ© Ă  ses libertĂ©s et n'ayant aucunement l'esprit courtisan, il rĂ©ussit Ă  faire avorter les tentatives de son beau-pĂšre, le duc de Noailles, pour le placer dans une situation de choix Ă  la Cour

Participation à la guerre d'indépendance américaine

Le marquis de La Fayette en uniforme de l'armée continentale.

C'est la partie la moins controversĂ©e et la plus brillante de la vie de Lafayette. Sa participation Ă  la Guerre d'indĂ©pendance des États-Unis d'AmĂ©rique (1775-1783) est l'Ă©vĂ©nement qui l'a rendu cĂ©lĂšbre, et lui a donnĂ© sa place de symbole: "Le hĂ©ros des deux mondes". D'ailleurs bien qu'il soit Ă©tabli qu'il eut une participation militaire effective notable au conflit, celle-ci n'a que peu de poids en face de son rĂŽle indirectement politique. Son succĂšs a ouvert la voie Ă  l'installation aux États-Unis d'une partie de ses compagnons, qui devinrent des figures des RĂ©fugiĂ©s français de Saint-Domingue en AmĂ©rique.

L'arrivée de La Fayette en Amérique

C'est Ă  Metz, oĂč il Ă©tait en garnison, que le jeune marquis de 19 ans, aprĂšs un dĂźner offert par le gouverneur de la ville au duc de Gloucester - frĂšre du roi d'Angleterre, de passage dans la citĂ©- lequel Ă©voqua le sort des insurgents, prit la dĂ©cision de combattre pour l'indĂ©pendance de l'AmĂ©rique.

Ce qui fait de La Fayette un symbole du soutien français aux insurgĂ©s d'AmĂ©rique ainsi que la figure du hĂ©ros romantique qu'on en conserve, c'est l'Ăąge auquel il partit pour l'AmĂ©rique (19 ans), ainsi que les circonstances (sans l'autorisation officielle du roi encore favorable Ă  la paix et en finançant le voyage de ses propres deniers). AprĂšs avoir convaincu les chefs de la RĂ©volution amĂ©ricaine qu'il pouvait leur ĂȘtre utile, Lafayette sut trĂšs habilement rendre populaire la cause des Insurgents et son expĂ©dition amĂ©ricaine auprĂšs de l'opinion publique en France[5]

Mission

La Fayette en Virginie

Pendant ce temps, La Fayette, chargé d'opérer en Virginie contre des forces quatre fois supérieures en nombre, sacrifia encore une partie de sa fortune pour maintenir ses soldats sous ses ordres, et, joignant la prudence au courage, il sut, par des marches forcées et des retours subits, tellement fatiguer Cornwallis et harceler ses troupes, que le général britannique, aprÚs avoir méprisé sa jeunesse, fut forcé de redouter son habileté[6].

Bataille de Yorktown

La Fayette prit la tĂȘte des troupes de Virginie, il harcela l'armĂ©e anglaise de lord Charles Cornwallis et fit sa jonction avec les troupes de George Washington et du comte de Rochambeau.

Les troupes anglaises sont bientĂŽt coincĂ©es dans la baie de Chesapeake, dans l'impossibilitĂ© de recevoir des secours par mer du fait du blocus effectuĂ© par la flotte de l'amiral de Grasse. C'est ainsi que les alliĂ©s franco-amĂ©ricains remportent la victoire dĂ©cisive de Yorktown le 17 octobre 1781.

Retour en Europe

Paris

La Fayette rentre en France vers la fin de 1781. Ce fut le premier essai qu'il tenta de l'application des thĂ©ories d'indĂ©pendance amĂ©ricaine Ă  la sociĂ©tĂ© française. L'intention de La Fayette Ă©tait de brusquer les rĂ©formes qu'il mĂ©ditait. Mais Washington, avec qui il ne cessait de correspondre, lui manda sagement « C'est une partie de l'art militaire de connaĂźtre le terrain avant de s'y engager. On a souvent plus fait par les approches en rĂšgle que par une attaque Ă  force ouverte Â». Cette observation ralentit un peu la fougue du jeune rĂ©formateur, et il renonça Ă  emporter de haute lutte ce que Louis XVI opĂ©ra de lui-mĂȘme sans secousse, peu de temps aprĂšs.

Le 14 mai 1784, La Fayette Ă©crivit une lettre enthousiaste Ă  propos des travaux du mĂ©decin allemand Franz Anton Mesmer Ă  George Washington : « Un docteur allemand nommĂ© Mesmer, ayant fait la plus grande dĂ©couverte sur le magnĂ©tisme animal, a formĂ© des Ă©lĂšves, parmi lesquels votre humble serviteur est appelĂ© l'un des plus enthousiastes Â»[7]. Cette lettre est suivie d'une lettre de Mesmer lui-mĂȘme le 16 juin Ă  laquelle Washington rĂ©pond cinq mois plus tard en confirmant qu'il a bien rencontrĂ© La Fayette[8]. Ce dernier a entre temps donnĂ© une ou deux leçons de magnĂ©tisme animal et rencontrĂ© une communautĂ© de Shakers ayant vu une similaritĂ© entre les pratiques de transe de ces derniers et les crises mesmĂ©riennes. Lafayette participa Ă©galement Ă  des rituels nord-AmĂ©rindiens, persuadĂ© que le magnĂ©tisme animal Ă©tait la redĂ©couverte d'une pratique ancienne et primitive[9].

La Fayette vint Ă  Paris dans les derniers jours de 1785. Son retour excita un enthousiasme portĂ© jusqu'au dĂ©lire. La reine Marie-Antoinette, qui assistait en ce moment Ă  une fĂȘte Ă  l'hĂŽtel de ville, voulut, par une faveur presque sans exemple, conduire madame de La Fayette dans sa propre voiture Ă  l'hĂŽtel de Noailles, oĂč venait de descendre son Ă©poux. Le lendemain, il fut reçu Ă  la cour avec l'empressement le plus flatteur, et ne cessa d'ĂȘtre, pendant plusieurs jours, l'objet des hommages et de la curiositĂ© publics. L'histoire, qui aura bientĂŽt Ă  envisager avec sĂ©vĂ©ritĂ© la conduite postĂ©rieure de La Fayette, ne saurait permettre sans injustice quelques prĂ©occupations gĂ©nĂ©reuses par lesquelles il prĂ©ludait alors aux rĂ©formes politiques dont l'affranchissement du nouveau monde lui avait inspirĂ© le dessein.

La Guyane

L'Ă©mancipation graduelle des esclaves Ă©tait une de ses utopies favorites. DĂ©sireux d'appeler Ă  son secours un commencement d'expĂ©rience, il acheta une plantation considĂ©rable dans la Guyane française, et s'y livra Ă  divers essais, qu'interrompirent les Ă©vĂ©nements de la RĂ©volution française. Il provoqua, en 1787, la formation d'un comitĂ© chargĂ© de discuter l'abolition du monopole des tabacs, et il y plaida avec chaleur la cause du commerce amĂ©ricain, que ce monopole frappait d'un prĂ©judice de prĂšs de trente millions. Les efforts plus heureux qu'il dĂ©ploya en faveur de cette nation, lors de la nĂ©gociation du traitĂ© que la France conclut avec elle, provoquĂšrent de sa part de nouveaux tĂ©moignages de reconnaissance, en resserrant les liens d'amitiĂ© qui l'unissaient Ă  son glorieux libĂ©rateur. La correspondance Ă©tablie entre ces deux hommes si unis d'intentions, si diffĂ©rents de caractĂšre, ne prit fin qu'Ă  la mort de Washington, qui eut lieu le 14 dĂ©cembre 1799[10].

Assemblée des notables

La Fayette fut compris dans la premiĂšre assemblĂ©e des notables, rĂ©unie Ă  Versailles au mois de fĂ©vrier 1787, et appartint au bureau prĂ©sidĂ© par le comte d'Artois. Il saisit avidement cette occasion de produire quelques-unes des rĂ©formes qu'il avait mĂ©ditĂ©es, fit voter la suppression de la gabelle et la mise en libertĂ© des personnes dĂ©tenues Ă  l'occasion de cet impĂŽt, rĂ©clama l'abolition des lettres de cachet et des prisons d'État, et la rĂ©vision des lois criminelles. Il formula mĂȘme le vƓu d'une convocation des Ă©tats gĂ©nĂ©raux, comme le seul remĂšde efficace aux maux de la situation ; mais ce vƓu demeura sans Ă©cho. Il fit la motion expresse (mot prononcĂ© pour la premiĂšre fois) de la convocation de la nation reprĂ©sentĂ©e par ses mandataires.

La Révolution française

Porte-parole de l'aristocratie libĂ©rale, dĂ©putĂ© de la noblesse d'Auvergne aux États gĂ©nĂ©raux et chef de la Garde Nationale, il fut membre de la sociĂ©tĂ© des amis des Noirs et franc-maçon, il rĂȘve d'apparaĂźtre, lui, le « hĂ©ros de la libertĂ© des deux mondes Â», comme un Washington français.

Le HĂ©ros des deux Mondes

Les États-GĂ©nĂ©raux de 1789

D'abord favorable Ă  la RĂ©volution, La Fayette fit partie des États gĂ©nĂ©raux comme dĂ©putĂ© de la noblesse d'Auvergne. Il ne remplit aucun rĂŽle dans ces premiers engagements, oĂč dominait presque seule la grande figure de Mirabeau. II appuya la motion de Mirabeau sur l'Ă©loignement des troupes, et prĂ©sente un projet de DĂ©claration des Droits de l'homme Ă  l'AssemblĂ©e constituante, fit dĂ©crĂ©ter la responsabilitĂ© des ministres, l'Ă©tablissement d'une garde civique, et il en fut Ă©lu commandant.

Droits de l'homme

Deux jours aprĂšs le rapport de Mounier sur la constitution française, le 11 juillet 1789, il inaugura sa carriĂšre parlementaire par la prĂ©sentation d'un des projets de DĂ©claration des droits de l'homme et du citoyen, que l'AssemblĂ©e n'a pas retenu. Ce projet, empruntĂ© Ă  la dĂ©claration d'indĂ©pendance des États-Unis d'AmĂ©rique, fut le premier monument direct de cet esprit d'assimilation entre deux peuples si divers d'origine, de situation et de caractĂšre.

La DĂ©claration des droits qu'il proposait, constituait un vĂ©ritable corps de jurisprudence rĂ©volutionnaire qui considĂ©rait que le peuple français Ă©tait abusivement soumis au roi de France, comme celui des AmĂ©rique l'Ă©tait Ă  la couronne de Grande-Bretagne, et qu'il convenait qu'il prĂźt son indĂ©pendance et se gouvernĂąt lui-mĂȘme[11].

Garde nationale

La Garde nationale est nĂ©e sous la pression des troubles qui ensanglantĂšrent Paris dans les journĂ©es des 12 et 15 juillet, et composĂ©e de quarante-huit mille citoyens, enregistrĂ©s en un jour, la garde nationale Ă©lut Ă  l'unanimitĂ© pour chef La Fayette[12] lui-mĂȘme, au moment oĂč, comme vice-prĂ©sident de l'assemblĂ©e, il venait de fĂ©liciter les Ă©lecteurs de Paris, rĂ©unis Ă  l'hĂŽtel de ville, de la conquĂȘte de la Bastille. Le vicomte de Noailles, son beau-frĂšre, lui fut adjoint en qualitĂ© de major gĂ©nĂ©ral, et l'on arracha Bailly Ă  ses Ă©tudes pour l'Ă©lever au poste pĂ©rilleux de maire de la capitale.

Cocarde tricolore

Son acte suivant comme commandant de la garde nationale fut de faire démolir la Bastille (16 juillet). Le 26 juillet, il présenta aux électeurs de Paris les nouvelles couleurs nationales, la cocarde tricolore[13]

La Fayette sauva par sa fermetĂ© la vie Ă  un grand nombre de personnes que menaçaient les fureurs populaires, et contint la faction d'OrlĂ©ans, qui aspirait Ă  rĂ©organiser les anciennes gardes françaises. Mais il ne put empĂȘcher le massacre de Foulon et de Berthier de Sauvigny, et ce tĂ©moignage de son impuissance le porta Ă  se dĂ©mettre du commandement dont il Ă©tait revĂȘtu ; des acclamations unanimes venaient de le rappeler Ă  ses fonctions, lorsque survinrent les Ă©vĂšnements des 5 et 6 octobre.

Journées des 5 et 6 octobre 1789

Lors de la JournĂ©es des 5 et 6 octobre 1789, oĂč des Parisiens montent Ă  Versailles pour demander du pain Ă  Louis XVI, la Garde nationale est en retard, laissant dans un premier temps le roi face au peuple. ChargĂ© de la sĂ©curitĂ© du chĂąteau, il se montrera incapable d'empĂȘcher son invasion meurtriĂšre.

Article dĂ©taillĂ© : JournĂ©es des 5 et 6 octobre 1789.

Le 6, il sauva Ă  Versailles la famille royale, et la ramena Ă  Paris oĂč vint s'Ă©tablir aussi l'AssemblĂ©e constituante. Il demanda le jury britannique, les droits civils des hommes de couleur, la suppression des ordres monastiques, l'abolition de la noblesse hĂ©rĂ©ditaire, l'Ă©galitĂ© des citoyens.

1790

L'insurrection est le plus saint des devoirs

Les premiers jours de 1790 furent marqués par l'arrestation et le supplice du marquis de Favras, accusé d'un complot contre-révolutionnaire avec la participation de Monsieur, frÚre du roi. Le discours que ce prince prononça à l'hÎtel de ville, pour désavouer son loyal et infortuné mandataire[14], excita l'indignation de La Fayette, qui s'était fort exagéré l'importance de cette affaire, et devint entre ces deux personnages la source d'une inimitié qui n'eut pour terme que la mort.

Ce fut dans ces conjonctures tumultueuses que l'assemblĂ©e eut Ă  discuter la loi sur les attroupements, et dans cette discussion. que La Fayette fit entendre Ă  la tribune une phrase devenue cĂ©lĂšbre : « Pour la rĂ©volution, il a fallu des dĂ©sordres, car l'ordre ancien, n'Ă©tait que servitude, et, dans ce cas, L'insurrection est le plus saint des devoirs ; mais pour la constitution, il faut que l'ordre nouveau s'affermisse, et que les lois soient respectĂ©es[15]. Â» Il faut reconnaĂźtre, toutefois, que La Fayette, fidĂšle, du moins Ă  cette Ă©poque, aux conditions du principe qu'il avait posĂ©, ne cessait de se montrer le plus ferme adversaire de l'anarchie[16]. Sa fermetĂ© dĂ©concerta plusieurs sĂ©ditions qui pouvaient devenir fatales Ă  la sĂ©curitĂ© publique.

Club des Feuillants

Il s'entendit avec Bailly pour fonder le club des Feuillants, sociĂ©tĂ© destinĂ©e Ă  contrebalancer l'influence du club des Jacobins. Lorsque l'assemblĂ©e promulgua la constitution du clergĂ©, La Fayette, plein des idĂ©es amĂ©ricaines sur l'Ă©galitĂ© pratique des religions, protĂ©gea, dans l'intĂ©rĂȘt mĂȘme de la libertĂ©, le culte non assermentĂ©, et ce culte fut constamment en usage dans sa propre famille. Enfin, il proposa au roi le rappel de ses gardes du corps, licenciĂ©s aprĂšs les Ă©vĂšnements d'octobre ; mais la reine s'y opposa de peur de mettre en pĂ©ril la vie de ces fidĂšles militaires.[17]

FĂȘte de la FĂ©dĂ©ration

Il prit en charge l'organisation de la fĂȘte de la FĂ©dĂ©ration (14 juillet 1790) qui symbolise la rĂ©conciliation du roi avec la rĂ©volution. Le gĂ©nĂ©ral parut avec Ă©clat Ă  la fĂȘte de la FĂ©dĂ©ration, Ă  la tĂȘte d'une dĂ©putation de dix-huit mille gardes nationaux, entourĂ© d'un nombreux Ă©tat-major et montĂ© sur le cheval blanc qui lui servait ordinairement dans ces solennitĂ©s, il favorisa avec beaucoup de zĂšle les acclamations adressĂ©es au roi, et dont la chaleur ranima chez tous les amis de l'ordre et du trĂŽne des espĂ©rances qui devaient trop promptement s'Ă©vanouir.

Le retour du duc d'Orléans devint le signal des premiÚres hostilités du parti jacobin contre les constitutionnels et contre La Fayette, que les clubs et les groupes populaires commencÚrent à désigner du nom de traßtre. L'énergie avec laquelle il se prononça pour la répression des désordres occasionnés à Metz et à Nancy par la révolte de trois régiments de ligne qui avaient chassé leurs officiers, fortifia ces dispositions. Sa popularité déclinait visiblement. Un nouvel épisode révolutionnaire vint constater cette défaveur.

1791

Les troubles de début 1791

Le 28 fĂ©vrier 1791, La Fayette reçut avis qu'un nombreux attroupement, conduit par Santerre, s'Ă©tait portĂ© sur le donjon de Vincennes, pour faire Ă©prouver sans doute Ă  ce chĂąteau le mĂȘme sort qu'Ă  la Bastille[18]. AidĂ© de quelques cavaliers, il attaqua les factieux, qui se repliĂšrent sur le faubourg Saint-Antoine, dont ils disputĂšrent avec acharnement l'accĂšs au corps demeurĂ© fidĂšle. La Fayette triompha de leur rĂ©sistance et rentra dans Paris aux acclamations de tous les amis de l'ordre public.

Au mĂȘme instant, une scĂšne d'une autre nature se passait au chĂąteau des Tuileries. Les pĂ©rils de la famille royale, Ă©videmment menacĂ©e par ce mouvement sĂ©ditieux, y avaient attirĂ© un certain nombre de royalistes en armes. L'accueil empressĂ© que leur firent la reine et Madame Elisabeth excita l'ombrage et les murmures de la garde nationale, et Louis XVI, informĂ© de ces rumeurs, ordonna Ă  ces gentilshommes de dĂ©poser leurs armes entre ses mains. Ils avaient obĂ©i avec rĂ©signation, lorsque La Fayette arriva au chĂąteau. Il prit avec ardeur le parti de la garde qu'il commandait; il souffrit que ce petit nombre de chevaliers fidĂšles[19] fĂ»t chargĂ© de menaces et d'outrages, et expulsĂ©, sous ses yeux, du palais qu'ils Ă©taient venus dĂ©fendre. Le lendemain, dans un ordre du jour, le commandant gĂ©nĂ©ral flĂ©trit « le zĂšle trĂšs justement suspect qui avait portĂ© quelques hommes Ă  oser se placer entre la garde nationale et le roi» et ajouta que « le roi de la constitution ne devait et ne voulait ĂȘtre entourĂ© que des soldats de la liberté»[20].

L'Émigration

Ces timides mĂ©nagements Ă©taient dĂ©sormais impuissants Ă  sauver la royautĂ©. Chaque jour aggravait les pĂ©rils qui la menaçaient. L'Ă©migration, commencĂ©e dĂšs le 15 juillet 1789, se propageait avec une effrayante activitĂ©. Quelques esprits songĂšrent Ă  appeler l'intervention Ă©trangĂšre dans les dĂ©bats intĂ©rieurs français, et Louis XVI avait secrĂštement adressĂ©, dĂšs le 3 dĂ©cembre 1790, un mĂ©moire aux cabinets europĂ©ens pour solliciter l'Ă©tablissement d'un congrĂšs continental destinĂ© Ă  imposer, par sa seule existence, aux factieux qui conjuraient la ruine du trĂŽne. Ces dĂ©marches Ă©taient activement secondĂ©es par le comte d'Artois et par les nombreux Ă©migrĂ©s qui avaient fui d'imminentes persĂ©cutions.

Le dernier coup Ă  la cause royale

La Fayette servait l'ordre sans zĂšle pour le roi. La mort de Mirabeau porta le dernier coup Ă  la cause royale.[21]

Le 18 avril, Louis XVI, qui avait annoncĂ© hautement l'intention d'aller remplir Ă  Saint-Cloud ses devoirs religieux, en fut empĂȘchĂ© par une multitude ameutĂ©e sur le bruit que ce dĂ©part n'Ă©tait qu'un commencement d'Ă©vasion. La Fayette ordonna vainement Ă  la garde nationale de rendre la circulation libre : il ne fut point obĂ©i ; et le roi, forcĂ© de rentrer dans ses appartements, se plaignit, sans plus d'effet, Ă  l'assemblĂ©e, de la violence qui lui avait Ă©tĂ© faite.

La fuite et l'arrestation du roi

Le gĂ©nĂ©ral conçut alors et exĂ©cuta le projet de se dĂ©mettre du commandement qu'il exerçait. Mais sa rĂ©solution flĂ©chit une seconde fois devant les instances et les protestations de la milice citoyenne, et il eut le malheur de se trouver Ă  sa tĂȘte, lorsque la fuite et l'arrestation du roi (20 juin) aggravĂšrent la responsabilitĂ© de ce commandement.

Retour de Varennes. Arrivée de Louis XVI à Paris, le 25 juin 1791 (Duplessi-Bertaux d'aprÚs un dessin de J-L Prieur).

Lors de la fuite du Roi et de sa famille jusqu'Ă  Varennes (20 juin 1791), il rĂ©pandit le bruit que l'on avait enlevĂ© la famille royale. Cette tentative du roi n'avait Ă©tĂ© en aucune façon prise au sĂ©rieux par La Fayette, depuis la mort de Mirabeau, tĂȘte pensante du projet, en avril, et que rassuraient, indĂ©pendamment de prĂ©cautions minutieuses, les affirmations prĂ©cises du roi[22].

L'exaspĂ©ration populaire fut trĂšs vive contre La Fayette, qu'on accusait hautement de connivence avec la cour ; il calma par degrĂ©s ces dispositions menaçantes en s'avançant seul et sans escorte au-devant de la multitude, rĂ©pandue sur la place de GrĂšve. MandĂ© Ă  l'assemblĂ©e, il se borna Ă  confirmer les explications qu'avait fournies son aide de camp Gouvion, Ă  qui la garde du chĂąteau Ă©tait spĂ©cialement confiĂ©e. Cependant il demanda secrĂštement au prĂ©sident Beauharnais et au maire de Paris si, dans leur opinion, l'arrestation du roi importait au salut de l'État ; et, sur leur rĂ©ponse affirmative, il dĂ©pĂȘcha un aide de camp sur la route de MontmĂ©dy, prĂ©sumant que ce prince chercherait Ă  s'y rĂ©unir au corps commandĂ© par BouillĂ©[23].

Lorsque Louis XVI fut descendu aux Tuileries, La Fayette se présenta à lui avec attendrissement et respect[24]. L'effet de cette infructueuse tentative fut de rendre plus étroite la surveillance à laquelle était soumise la famille royale, et La Fayette se trouva, par ses fonctions, l'instrument naturel de ces sévérités[25].

Au milieu de ces rigueurs, La Fayette ne dĂ©mentit point un reste de sentiments monarchiques. Il appuya la motion de Barnave tendant Ă  maintenir l'autoritĂ© royale Ă  Louis XVI, et il ajouta Ă  cette occasion que ce prince Ă©tait « le meilleur de sa famille et le meilleur des souverains de l'Europe. Â» InculpĂ© de tyrannie envers le roi par le marquis de BouillĂ©, son cousin, dans une lettre menaçante Ă  l'assemblĂ©e, il se borna Ă  rĂ©pondre « qu'il Ă©tait prĂȘt Ă  verser son sang Â» pour le gouvernement Ă©tabli.

Le 13 juillet, Muguet de Nanthou, rapporteur de l'enquĂȘte ouverte sur l'Ă©vĂšnement de Varennes, conclut que ce voyage n'avait rien de coupable, et que d'ailleurs le roi Ă©tait protĂ©gĂ© par son inviolabilitĂ© constitutionnelle. Cette conclusion pacifique fut accueillie par un dĂ©cret de l'assemblĂ©e qui arracha de vives clameurs au parti jacobin, et il fut dĂ©cidĂ© qu'une pĂ©tition ayant pour objet le report de ce dĂ©cret serait portĂ©e le dimanche au Champ de Mars, oĂč chaque citoyen pourrait la signer sur l'autel de la patrie.

L'Ă©pisode du Champ de Mars

La Fayette se joignit Ă  Bailly pour empĂȘcher la rĂ©union des patriotes au Champ de Mars le 17 juillet 1791 pour signer la pĂ©tition relative au pouvoir royal ; mais il ne put rĂ©ussir.

Une foule considĂ©rable se rĂ©unit au lieu et au jour indiquĂ©s. La Fayette s'y prĂ©senta bientĂŽt, Ă  la tĂšte d'un dĂ©tachement de la garde nationale ; il renversa quelques barricades et essuya un coup de feu qui ne l'atteignit pas. Deux invalides, qu'une imprudente curiositĂ© (les dessous fĂ©minins) avait attirĂ©s sous l'autel furent saisis, entraĂźnĂ©s au comitĂ© du Gros-Caillou et Ă©gorgĂ©s par le peuple.

Invité par l'assemblée nationale à pourvoir à la répression de ces désordres, Bailly se rendit au Champ de Mars, accompagné de plusieurs officiers municipaux et d'une nombreuse escorte de la Garde nationale.

La Fayette fit dĂ©ployer le drapeau rouge et adressa les sommations lĂ©gales aux factieux, qui ne rĂ©pondirent que par une grĂȘle de pierres; un groupe armĂ© tira sur le maire de Paris et/ou sur La Fayette. Le gĂ©nĂ©ral fit tirer quelques coups en l'air ; mais cette dĂ©monstration n'ayant fait qu'enhardir les perturbateurs, la Garde nationale ouvrit le feu sur l'ordre de Bailly. Une dizaine (ou une cinquantaine ?) de ces forcenĂ©s (jacobins ?) tombĂšrent morts et une centaine fut blessĂ©e. Quelques officiers voulaient employer l'artillerie ; La Fayette s'y opposa avec force et poussa mĂȘme rĂ©solument son cheval devant la bouche des canons.

Cet Ă©pisode est connu sous le nom de "massacre du Champ de Mars".

La loi martiale fut proclamée, le sang coula, et cette journée valut à Bailly l'échafaud à quelque temps de là, et à La Fayette la perte de sa popularité.

Haï de la Cour, les révolutionnaires doutent de sa sincérité patriotique. Marat se lance dans une grande campagne de presse contre lui. Il l'appelle "l'infùme Motier".

La constitution

La constitution, achevĂ©e Ă  la hĂąte, fut sanctionnĂ©e par le roi le 13 septembre. Cette solution causa une joie universelle : la rĂ©volution semblait terminĂ©e. La Fayette appuya et fit dĂ©crĂ©ter la proposition d'une amnistie gĂ©nĂ©rale. Ce fut son dernier vote Ă  l'assemblĂ©e constituante. PrivĂ© de la plupart des qualitĂ©s oratoires, il n'avait guĂšre exercĂ© sur cette assemblĂ©e que l'espĂšce d'ascendant qui dĂ©rive de l'estime personnelle et d'une constance inĂ©branlable dans des opinions conçues avec ardeur et courageusement dĂ©fendues. Son commandement militaire lui parut terminĂ© par l'acceptation de l'acte constitutionnel et par l'installation de l'assemblĂ©e lĂ©gislative, et il fit supprimer l'emploi de colonel gĂ©nĂ©ral de la garde nationale.

La démission

Le 8 octobre, il adressa à la milice citoyenne une lettre d'adieu noblement formulée, et résigna ses pouvoirs entre les mains du conseil général de la commune. Quelques hommages remarquables honorÚrent sa retraite[26].

II se retira aussitĂŽt Ă  Chavaniac, d'oĂč un grand nombre d'Ă©lecteurs songĂšrent plus tard Ă  le rappeler, en remplacement de Bailly, dans le poste difficile et pĂ©rilleux de maire de Paris. Mais PĂ©tion, fut nommĂ© Ă  une forte majoritĂ©, et ce choix avança rapidement la dĂ©faite du parti constitutionnel.

L'armée révolutionnaire

Cependant la guerre devenait imminente sur les frontiĂšres du Nord et de l'Est. En dĂ©cembre 1791, trois armĂ©es sont constituĂ©es sur le front pour repousser les Autrichiens, et La Fayette est placĂ© Ă  la tĂȘte de l'armĂ©e du Centre puis de l'armĂ©e du Nord. Trois corps d'armĂ©e, formant environ cent cinquante mille hommes, y furent rĂ©unis sous le commandement de Luckner, de Rochambeau et de La Fayette.

La Fayette, qui avait Ă©tĂ© promu quelques mois auparavant (30 juin) au grade de lieutenant gĂ©nĂ©ral, est chargĂ© du commandement de l'une des trois armĂ©es lors de la premiĂšre coalition. Il partit le 25 dĂ©cembre pour Metz, oĂč il Ă©tablit son quartier gĂ©nĂ©ral. Il introduisit dans le service des amĂ©liorations utiles, il rĂ©tablit la discipline, imagina le systĂšme des tirailleurs, organisa l'artillerie lĂ©gĂšre, crĂ©a le corps des artilleurs Ă  pied, et organisa celui des artilleurs Ă  cheval[27]

1792

L'armée du Nord

La guerre ayant Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e dans les premiers jours d'avril, il entra immĂ©diatement en campagne et se porta, avec vingt-cinq mille hommes de trĂšs belles troupes, sur la rive droite de la Meuse, prĂšs de Givet, ayant son avant-garde Ă  quatre lieues de lĂ , dans les bois au-delĂ  de Philippeville. Cette derniĂšre position Ă©tait mal choisie. Les Autrichiens, qui occupaient Mons avec des forces supĂ©rieures, tombĂšrent un matin Ă  l'improviste sur ce corps de troupes, composĂ© d'environ trois mille hommes, et le dispersĂšrent avant que le gĂ©nĂ©ral eĂ»t eu le temps d'ĂȘtre informĂ© de cet engagement.

Quelques jours aprĂšs, La Fayette alla prendre une autre position dans le camp retranchĂ© de Maubeuge, ayant encore son avant-garde trĂšs loin de lui, dans les bois de Malplaquet et de la Glisuelle. Cette avant-garde fut encore surprise par le mĂȘme corps autrichien, parti de Mons Ă  la faveur de la nuit. Le bataillon des volontaires de la CĂŽte-d'Or eut beaucoup Ă  souffrir dans cette rencontre, qui coĂ»ta la vie au gĂ©nĂ©ral Gouvion, aide de camp et ami dĂ©vouĂ© de La Fayette. Le gĂ©nĂ©ral survint, rĂ©tablit le combat et força l'ennemi Ă  se replier en dĂ©sordre sur la route de Mons. Mais ce faible avantage n'Ă©tait guĂšre propre Ă  balancer l'influence fĂącheuse que ces deux Ă©checs, quoique peu considĂ©rables en eux-mĂȘmes, pouvaient exercer sur le moral de l'armĂ©e au dĂ©but d'une campagne.

Mieux avisĂ©, La Fayette se retrancha Ă  TesniĂšres sous Bavay dans l'intention d'y tenir en Ă©chec le gĂ©nĂ©ral autrichien Clairfayt, lequel manƓuvrait pour se rĂ©unir Ă  l'armĂ©e ennemie, qui campait sous Tournai. Mais il fut aussitĂŽt appelĂ© au commandement de l'armĂ©e du Nord, en remplacement de Rochambeau, et porta son quartier gĂ©nĂ©ral Ă  Cerfontaine, Ă  Longwy, puis Ă  Sedan.

Il bat l'ennemi à la bataille de Florennes. Voulant se porter de Metz sur Namur, il apprend à Dinant la défaite des deux corps de Dillon et de Biron, et se hùte d'opérer sa retraite.

La monarchie constitutionnelle

Cependant, les Ă©vĂ©nements de plus en plus graves de l'intĂ©rieur de la France attiraient toute l'attention de La Fayette. ÉlevĂ© au prix de tant de sang et de sacrifices, l'Ă©difice constitutionnel s'Ă©croulait rapidement sous les coups redoublĂ©s des jacobins et des girondins. La Fayette prĂ©suma assez d'un reste de popularitĂ© pour espĂ©rer que l'exposition de ses idĂ©es sur cette alarmante situation pourrait produire un effet utile. Voyant que la vie du couple royal Ă©tait, chaque jour, de plus en plus menacĂ©e, il s'oppose au Club des Jacobins, avec l'intention d'utiliser son armĂ©e pour rĂ©tablir une monarchie constitutionnelle.

La lettre du 16 juin 1792

Le 16 juin, il Ă©crivit, de son camp de Maubeuge, une longue lettre Ă  l'assemblĂ©e lĂ©gislative, oĂč il dĂ©nonça avec Ă©nergie la faction jacobine comme l'instigatrice patente de tous les dĂ©sordres dont les bons citoyens avaient Ă  gĂ©mir. Il s'appliquait ensuite Ă  prĂ©venir toute inculpation personnelle en parlant noblement, de lui-mĂȘme, de son intervention dans la guerre de l'IndĂ©pendance, de son zĂšle Ă  dĂ©fendre la libertĂ© et la souverainetĂ© des peuples et rappelait la DĂ©claration des droits, dont il avait Ă©tĂ© le promoteur. Il adjurait, en terminant, l'assemblĂ©e de rĂ©tablir l'Ă©galitĂ© civile et la libertĂ© religieuse sur leurs vĂ©ritables bases ; de faire respecter l'intĂ©gritĂ© du pouvoir royal, et d'anĂ©antir le rĂ©gime des organisateur des clubs et des sociĂ©tĂ©s secrĂštes. La lecture de cette lettre, dont La Fayette avait adressĂ© une copie au roi, excita dans l'assemblĂ©e une vive rumeur.

Le cĂŽtĂ© droit seul y applaudit et en fit dĂ©crĂ©ter l'impression. Les girondins, par l'organe de Vergniaud et de Guadet, s'efforcĂšrent d'alarmer leurs collĂšgues sur les dangers que faisaient courir Ă  la libertĂ© de pareilles remontrances, adressĂ©es Ă  une assemblĂ©e dĂ©libĂ©rante par un chef militaire, et affectĂšrent des doutes hypocrites sur l'authenticitĂ© de sa signature ; ils demandĂšrent que la lettre fĂ»t renvoyĂ©e Ă  un comitĂ©, afin que l'assemblĂ©e pĂ»t venger le gĂ©nĂ©ral du lĂąche qui avait osĂ© se couvrir de son nom. Cette proposition fut adoptĂ©e, et quelques voix rĂ©clamĂšrent sans succĂšs l'envoi de ce manifeste aux dĂ©partements. Mais, peu de jours aprĂšs, soixante-quinze administrations dĂ©partementales adhĂ©rĂšrent formellement aux considĂ©rations dĂ©veloppĂ©es par le gĂ©nĂ©ral.

Cette lettre fut mal reçue de la majoritĂ©. La Fayette en apprit le mauvais effet en mĂȘme temps que la journĂ©e du 20 juin. Il ne peut marcher sur Paris, son armĂ©e stationnĂ©e Ă  Pont-sur-Sambre refuse de le suivre, notamment grĂące Ă  l’opposition de Gobert.

La journée du 20 juin 1792

Lors de cette journĂ©e du 20 juin 1792, autre JournĂ©e rĂ©volutionnaire, au Louvre, la Garde nationale est absente, laissant le peuple aborder le roi en tĂȘte Ă  tĂȘte[28]

Plusieurs amis de La Fayette, et notamment Dupont de Nemours, lui mandÚrent que cette journée avait produit dans le public un sentiment de réaction assez vif pour que sa présence à Paris pût lui imprimer une impulsion décisive. La Fayette n'hésita pas.

L'Assemblée à Paris

Malgré les avis timorés de Luckner, La Fayette quitta aussitÎt son armée, et le 28 il était à la barre de l'Assemblée. Il avoua hautement la lettre qui avait été lue en son nom, et déclara qu'il avait été chargé, par tous les corps de son armée, d'improuver les insultes faites au roi et de demander la destruction de cette secte qui envahissait la souveraineté, et dont les projets étaient connus.

L'intrépide allocution de La Fayette fut accueillie avec enthousiasme par le cÎté droit, et par un morne silence dans le cÎté gauche[29].

En quittant l'assemblĂ©e, La Fayette se rendit chez le roi, qui l'accueillit avec bienveillance, mais avec rĂ©serve. Madame Elisabeth, prĂ©sente Ă  cette entrevue, conjura son frĂšre de se jeter dans les bras du seul homme qui pĂ»t le sauver ; mais la reine, aigrie par de fĂącheux souvenirs, s'Ă©tait dĂ©jĂ  prononcĂ©e contre toute tentative d'Ă©vasion Ă  laquelle le gĂ©nĂ©ral pourrait prendre part ; elle dĂ©clara qu'elle aimait mieux mourir que de lui devoir sa dĂ©livrance[30]. L'indĂ©cision de Louis XVI et la rĂ©pugnance de la reine firent avorter ce projet, dont le succĂšs eĂ»t Ă©tĂ© fort problĂ©matique d'ailleurs, dans l'Ă©tat d'effervescence de l'opinion publique. À la suite d'une revue passĂ©e le lendemain, en prĂ©sence du roi, et dans laquelle La Fayette essaya vainement de rendre quelque Ă©nergie aux citoyens, le gĂ©nĂ©ral s'Ă©loigna le dĂ©sespoir dans le cƓur. La multitude l'avait plusieurs fois saluĂ© de ses acclamations dans ce court sĂ©jour Ă  Paris, et la garde nationale lui avait fourni un poste d'honneur. Il quitta Paris pour rejoindre son armĂ©e et fut brĂ»lĂ© en effigie dans les rues de Paris.

Ce furent les derniers soupirs de cette popularitĂ© qui avait pris naissance sur les ruines de la Bastille, pour s'Ă©teindre dans les journĂ©es du 20 juin et du 10 aoĂ»t. Sa dĂ©marche n'avait rendu au pouvoir exĂ©cutif qu'une vigueur passagĂšre ; le maire et le procureur de la commune furent suspendus pour leur conduite au 20 juin ; mais l'assemblĂ©e annula bientĂŽt cette dĂ©cision.

A son retour Ă  l'armĂ©e, La Fayette voulut tenter un dernier effort ; il pensa qu'une victoire pourrait changer l'Ă©tat des esprits, et fit proposer Ă  Luckner, par le colonel Bureaux de Pusy, son ancien collĂšgue et son ami, d'attaquer les Autrichiens Ă  Jemmapes ; mais le marĂ©chal s'y refusa formellement.[31]

L'accusation

Le député Vaublanc, qui fut l'un de ceux qui défendit Lafayette à l'Assemblée Législative en août 1792.

Tandis que les jacobins lui suscitaient Ă  l'armĂ©e mille tracasseries de dĂ©tail, lui refusaient les renforts dont il avait besoin, interceptaient ou dĂ©naturaient ses dĂ©pĂȘches, circonscrivaient son commandement, et appelaient Luckner, exclusivement Ă  lui, Ă  la fĂ©dĂ©ration du 14 juillet, ses ennemis, d'un autre cĂŽtĂ©, ne demeuraient point inactifs. Il s'Ă©coulait peu de jours qu'il ne fĂ»t dĂ©noncĂ© Ă  la barre de l'assemblĂ©e par quelque section de la capitale, comme un citoyen rebelle, comme un autre Cromwell, qui aspirait Ă  substituer le despotisme militaire au rĂ©gime lĂ©gal et Ă  renverser la constitution par la constitution elle-mĂȘme. Ces dĂ©nonciations rencontrĂšrent d'imposants appuis dans les dĂ©putes Vergniaud et Delaunay, qui prononcĂšrent l'un et l'autre de longs discours sur les dangers de la patrie[32].

Ces vagues inculpations se compliquĂšrent d'un incident qui, plus adroitement combinĂ©, eĂ»t pu devenir fatal Ă  La Fayette[33]. Cependant, dans la sĂ©ance du 6 aoĂ»t, Debry, organe de la commission Ă  laquelle avait Ă©tĂ© dĂ©fĂ©rĂ© l'examen de la conduite du gĂ©nĂ©ral, conclut Ă  sa mise en accusation ; mais cette proposition, soutenue par Brissot, et combattue avec chaleur par Vincent-Marie ViĂ©not de Vaublanc et de QuatremĂšre de Quincy, fut repoussĂ©e Ă  la majoritĂ© de 406 voix contre 224. Cette dĂ©cision faillit coĂ»ter cher aux dĂ©putĂ©s qui l'avaient provoquĂ©e. Au sortir de la sĂ©ance ils furent assaillis, frappĂ©s, menacĂ©s de mort, et ne durent leur salut qu'Ă  la protection de la garde nationale. Selon Hippolyte Taine: « Quant au principal dĂ©fenseur de La Fayette, M. de Vaublanc, assailli trois fois, il eut la prĂ©caution de ne pas rentrer chez lui; mais des furieux investissent sa maison en criant que « quatre-vingt citoyens doivent pĂ©rir de leur main, et lui le premier Â» ; douze hommes montent Ă  son appartement, y fouillent partout recommencent la perquisition dans les maisons voisines, et, ne pouvant l'empoigner lui-mĂȘme, cherche sa famille; on l'avertit que s'il rentre Ă  son domicile, il sera massacrĂ© Â»[34].

Galiot Mandat de Grancey le remplace Ă  la tĂȘte de la Garde nationale. Mais, le 10 aoĂ»t, il est massacrĂ© et La Fayette destituĂ© et dĂ©crĂ©tĂ© d'accusation. À la nouvelle du 10 aoĂ»t 1792, le premier soin de La Fayette fut de se rendre au directoire du dĂ©partement des Ardennes, le corps constituĂ© le plus rapprochĂ© de lui ; il lui dĂ©clara son refus de reconnaĂźtre le nouveau gouvernement, et une assemblĂ©e Ă©videmment opprimĂ©e par la faction qui dominait Ă  Paris.

Il adressa ensuite aux troupes une proclamation Ă©nergique, et tenta d'organiser, entre plusieurs dĂ©partements de l'Est, une fĂ©dĂ©ration dans l'objet de rĂ©sister aux jacobins ; mais le duc de Brunswick ayant, en ce moment mĂȘme, commencĂ© son invasion en France, cette entreprise ne put avoir aucune suite, La Fayette se borna Ă  faire arrĂȘter trois commissaires envoyĂ©s Ă  son armĂ©e par l'assemblĂ©e. Cette levĂ©e de boucliers eĂ»t pu dĂ©terminer une impulsion salutaire, si ses compagnons d'armes l'avaient secondĂ© : mais Rochambeau s'Ă©tait dĂ©mis de son commandement, Luckner mollit; le gĂ©nĂ©ral Biron, ami du duc d'OrlĂ©ans, soutint les jacobins, et Dillon traita avec Dumouriez, au lieu de punir sa dĂ©sobĂ©issance aux ordres de Luckner, qui lui avait mandĂ© de venir le joindre. Ces dĂ©fections successives rendirent la situation de La Fayette fort critique.

TraĂźtre Ă  la nation

Le 19 aoĂ»t 1792, il est dĂ©clarĂ© traĂźtre Ă  la nation. L'assemblĂ©e, dans sa sĂ©ance du 19 aoĂ»t, l'avait dĂ©crĂ©tĂ© d'accusation, et le directoire de Sedan avait ordonnĂ© son arrestation. Il eut un moment la pensĂ©e d'aller se prĂ©senter en personne Ă  ses accusateurs ; mais cette dĂ©marche lui parut aussi stĂ©rile que dangereuse. RĂ©duit par l'infĂ©rioritĂ© et l'abandon de ses troupes Ă  l'impuissance d'attaquer l'ennemi avec avantage, il songea Ă  chercher un asile en pays Ă©tranger.

AprĂšs quelques prĂ©cautions destinĂ©es Ă  assurer le salut de son armĂ©e, il partit secrĂštement de Sedan, dans la nuit du 19 aoĂ»t, avec CĂ©sar de Latour-Maubourg, Alexandre de Lameth, Bureau de Pusy et quelques autres officiers, et se dirigea vers la forĂȘt des ardennes, sous prĂ©texte de faire une reconnaissance. Il voulut alors passer en pays neutre, obligĂ© de se rĂ©fugier Ă  LiĂšge.

La captivité et l'exil

Capturé

Bureau de Pusy fut dĂ©putĂ© Ă  Rochefort (actuellement en Belgique, mais dans les Pays-Bas autrichiens Ă  l'Ă©poque) pour demander le passage « en faveur d'officiers forcĂ©s de quitter l'armĂ©e française Â», ce qui fut accordĂ©. Mais, Ă  son entrĂ©e Ă  Rochefort, La Fayette fut reconnu et contraint de se nommer. InformĂ© de cette capture inespĂ©rĂ©e, le feld-marĂ©chal autrichien Moitelle, qui commandait Ă  Namur, y fit amener les fugitifs sous bonne escorte, et l'on prĂ©vint La Fayette que le prince Charles de Lorraine allait venir de Bruxelles pour le consulter sur l'Ă©tat intĂ©rieur de la France[35]. Le gĂ©nĂ©ral, Lameth, Latour-Maubourg et Bureau de Pusy furent conduits au chĂąteau de Luxembourg. Avant son dĂ©part, La Fayette dicta Ă  Romeuf, son aide de camp, une dĂ©claration destinĂ©e Ă  ĂȘtre rendue publique dans le cas oĂč il succomberait dans sa captivitĂ© : dĂ©claration Ă©nergique et mĂȘme menaçante pour les gouvernements absolus[36].

Captivité

Peu de jours aprĂšs, les prisonniers furent remis par l'Autriche Ă  la Prusse, et transfĂ©rĂ© dans la citadelle de Wesel, en dĂ©pit des interventions de sa femme et des États-Unis. La Fayette tomba dangereusement malade[37]. Il fut transfĂ©rĂ© Ă  Magdebourg, oĂč il passa un an dans un appartement souterrain et humide, en butte Ă  la surveillance la plus inhumaine, et rĂ©duit Ă  recourir Ă  un cure-dent trempĂ© dans de la suie dĂ©layĂ©e pour correspondre secrĂštement avec quelques amis.

TransfĂ©rĂ© Ă  Neisse, en SilĂ©sie, il y fut traitĂ© un peu moins rigoureusement. Enfin, au mois de mai 1795, par suite du traitĂ© de paix conclu entre la France et la Prusse, La Fayette, Bureaux de Pusy et Latour-Maubourg furent rendus aux Autrichiens et conduits dans la forteresse d'Olomouc en Moravie, oĂč ils furent sĂ©parĂ©s et privĂ©s de toute communication avec le dehors, et oĂč il subit toutes les tortures pendant cinq ans[38].

Tandis que La Fayette essuyait ainsi toutes les angoisses de la plus dure captivitĂ©, la faction qui dominait en France n'omettait aucune persĂ©cution propre Ă  se venger d'une retraite qui avait dĂ©robĂ© sa tĂȘte Ă  l'Ă©chafaud[39]

La Terreur en France

Madame de La Fayette, arrĂȘtĂ©e dans sa terre au mois de septembre 1792 fut relĂąchĂ©e par l'ordre de Brissot, Ă  qui elle s'Ă©tait plainte de cet acte de rigueur, mais consignĂ©e dans son chĂąteau de Chavaniac, puis incarcĂ©rĂ©e de nouveau en 1794 dans un premier temps Ă  Brioude et transfĂ©rĂ©e sur Paris (ordre du 27 mai 1794), et ne recouvra dĂ©finitivement la libertĂ© que le 21 janvier 1795, aprĂšs avoir vu pĂ©rir sur l'Ă©chafaud rĂ©volutionnaire la marĂ©chale de Noailles, sa grand-mĂšre, la duchesse d'Ayen, sa mĂšre, et la vicomtesse de Noailles, sa sƓur. Cette femme rĂ©ussit, aprĂšs mille difficultĂ©s, Ă  aller jusqu'Ă  Vienne, oĂč elle obtint de partager, avec ses deux filles, la captivitĂ© de son mari, dans la forteresse d'Olmutz . Elle resta jusqu'Ă  la libĂ©ration de son mari malgrĂ© de trĂšs graves ennuis de santĂ©.

Tentative d'Ă©vasion

Ce fut le premier adoucissement que le sort du gĂ©nĂ©ral eĂ»t encore Ă©prouvĂ©. Mais il aggrava bientĂŽt le poids de sa dĂ©tention par une tentative infructueuse d'Ă©vasion entreprise au mois d'octobre 1794, de concert avec le docteur Boliemanu, et un jeune AmĂ©ricain nommĂ© Huger, qui s'Ă©taient dĂ©vouĂ©s Ă  ses intĂ©rĂȘts. La facultĂ© de se promener autour de la citadelle lui fut retirĂ©e, ainsi qu'aux deux autres prisonniers[40]. Le caractĂšre de La Fayette ne se dĂ©mentit point devant ces longues et pĂ©nibles Ă©preuves. Une seule prĂ©occupation domine dans tous les rapports qu'il put entretenir au dehors, celle du tort que pourront faire Ă  la cause de la libertĂ© les persĂ©cutions qu'il a souffertes au sein de sa patrie. Il s'applique dans ce but, avec une pieuse sollicitude, Ă  attĂ©nuer ses propres griefs ; il ne veut pas que l'offense d'un obscur citoyen nuise au succĂšs de tout un principe. Il conserve, sans ostentation, sans amertume, sous les verrous d'Olmutz, l'intrĂ©piditĂ© de sa foi politique et de son dĂ©vouement aux intĂ©rĂȘts de la libertĂ©. Une circonstance douloureuse avait troublĂ© cependant cette foi si bien affermie[41].

L'heure de la délivrance

Cependant l'heure de la dĂ©livrance approchait. La campagne de 1796 venait de s'accomplir, et les prĂ©liminaires de Leoben s'en Ă©taient suivis. NapolĂ©on Bonaparte et Clarke, traitant au nom de la rĂ©publique française, avaient insistĂ© pour la mise en libertĂ© des trois captifs comme une des conditions de la paix du traitĂ© de Campo-Formio (19 septembre 1797), Ă  la condition qu'ils ne pourraient rentrer, quant Ă  prĂ©sent, sur le territoire français. Le Directoire lui interdit cependant de rentrer en France. AprĂšs cinq mois de pourparlers, La Fayette et ses deux compagnons de captivitĂ© furent libres, sous leur simple promesse de quitter dans douze jours les États de l'empereur. ArrivĂ©s Ă  Hambourg, leur premier soin fut de remercier le gĂ©nĂ©ral Bonaparte du miracle de leur rĂ©surrection.

Les relations avec Napoléon

La Fayette passa ensuite en Hollande, oĂč il fut bien accueilli, et se fixa quelque temps Ă  Utrecht, Ă©piant avec impatience l'occasion de rentrer en France, oĂč un parti puissant, ayant Ă  sa tĂšte l'ex constituant SieyĂšs, s'agitait en sa faveur. ; Ce fut lĂ  qu'il apprit le dĂ©barquement de NapolĂ©on Bonaparte, au port de FrĂ©jus, d'oĂč sa marche Ă  Paris n'avait Ă©tĂ© qu'une course triomphale. La Fayette Ă©crivit Ă  Bonaparte pour le complimenter sur son retour ; mais cette dĂ©marche, probablement intĂ©ressĂ©e, n'amena aucun rĂ©sultat. Ses relations avec NapolĂ©on sont complexes. Ainsi il lui exprime par Ă©crit sa gratitude pour sa libĂ©ration et il le fĂ©licite aussi lors de son retour d'Égypte[42]. Mais NapolĂ©on, sans jamais l'avoir rencontrĂ©, lui est hostile et lui interdit de s'installer Ă  Paris.

Le retour en France

ÉpĂ©e maçonnique de La Fayette.

La Brie

Enfin, en 1800, las du rĂŽle de proscrit, le gĂ©nĂ©ral manda au premier Consul que la prolongation de son exil ne convenait ni au gouvernement, ni Ă  lui-mĂȘme, et qu'il arrivait Ă  Paris. Ce retour imprĂ©vu causa au chef de l'État une humeur qu'il ne put dissimuler. On remarqua l'affectation avec laquelle, dans l'Ă©loge de Washington, que Fontanes prononça Ă  cette Ă©poque par son ordre, l'orateur omit jusqu'au nom de son brillant auxiliaire[43].

Cependant La Fayette se retira dans son chùteau de Lagrange à Courpalay, (Seine-et-Marne), dans une propriété de sa femme qu'il avait héritée de sa belle-mÚre, et cet acte de prudence calma graduellement les dispositions ombrageuses du premier Consul.

La Fayette se lie d'amitiĂ© avec Joseph Bonaparte et dans un premier temps se voit accorder quelques faveurs. Il est rayĂ© de la liste des Ă©migrĂ©s, reçoit une retraite de 6 000 francs tandis que son fils, Georges Washington de La Fayette devient officier dans un rĂ©giment de hussards. Il obtint pour son fils un grade dans l'armĂ©e et pour lui le titre de membre du conseil gĂ©nĂ©ral de la Haute-Loire, avec le maximum de la pension de retraite de son grade.

Napoléon

Finalement NapolĂ©on et La Fayette se rencontrent, par l'intermĂ©diaire de Lebrun, peu aprĂšs la bataille de Marengo[44]. La Fayette refusa la dignitĂ© de sĂ©nateur qui lui fut offerte par Talleyrand et par Cabanis, en ajoutant que le lendemain de sa promotion il se verrait obligĂ© de dĂ©noncer le premier Consul et son administration. il refusa aussi la lĂ©gation des États-Unis, se regardant, dit-il, comme trop AmĂ©ricain pour y jouer le rĂŽle d'Ă©tranger.

Bien qu'un peu blessĂ© de ces nĂ©gations successives, le vainqueur de Marengo avait montrĂ© Ă  La Fayette de l'ouverture et de la simplicitĂ©[45]. Lors de la rotation du consulat Ă  vie, La Fayette dĂ©clara qu'il ne l'approuverait pas tant que la libertĂ© publique ne serait point garantie, et il dĂ©veloppa cette opinion dans une lettre dont la franchise ne parut pas trop dĂ©plaire au maĂźtre de la France ; cependant, ce fut alors que les relations de ces deux hommes cessĂšrent entiĂšrement. La rupture intervient en 1802 car La Fayette s'oppose au titre de consul Ă  vie de NapolĂ©on dans une lettre Ă©crite le 20 mai.[46]

La Fayette s'éleva avec énergie contre l'exécution du duc d'Enghien. La Fayette refuse, à plusieurs reprises, d'entrer au Sénat et ne cache pas son hostilité au régime.

L'Empire

L'avĂšnement du premier Consul Ă  l'empire fut pour l'austĂšre dĂ©mocrate le sujet d'une vie encore plus retirĂ©e. Il s'abstint de toute participation, mĂȘme indirecte, aux affaires publiques.

En 1804, il vote contre le titre d'Empereur. À partir de cet instant La Fayette se tient Ă  l'Ă©cart de la vie publique et s'adonne Ă  l'agriculture et l'Ă©levage dans son domaine briard.

A l'Ă©poque de l'institution de la LĂ©gion d'honneur, l'empereur lui fit proposer, par le comte de SĂ©gur, son parent, d'ĂȘtre un des dignitaires de l'ordre ; mais La Fayette refusa ce cordon comme un ridicule, et l'on n'y revint plus. Son isolement finit par indisposer NapolĂ©on, qui supportait difficilement toute position en dehors de son gouvernement ; et, lorsque, aprĂšs la campagne d'Ulm, Georges de Lafayette, fils unique du gĂ©nĂ©ral, qui servait comme lieutenant de hussards, fut proposĂ© pour un grade supĂ©rieur, l'empereur lui-mĂȘme repoussa cette promotion avec persĂ©vĂ©rance.

Les splendeurs croissantes de l'Empire achevĂšrent de condamner La Fayette Ă  une obscuritĂ© absolue. Ses ennemis supposaient qu'il endurait cette situation avec peine ; aussi, une chute grave qu'il fit sur la glace, Ă  cette Ă©poque, ayant excitĂ© quelque intĂ©rĂȘt, on prĂ©tendit que le hĂ©ros des deux mondes n'avait trouvĂ© que ce moyen de faire parler de lui. On le sollicita vivement alors de visiter l'AmĂ©rique, ce thĂ©Ăątre de ses premiers exploits ; mais il s'en dĂ©fendit par la crainte que le gouvernement impĂ©rial ne mĂźt obstacle Ă  son retour. Cette apprĂ©hension n'Ă©tait pas sans fondement.

NapolĂ©on, qui ne le perdait pas de vue, disait un jour au conseil d'État : « Tout le monde en France est corrigĂ©, exceptĂ© La Fayette : vous le voyez tranquille, eh bien ! je vous dis, moi, qu'il est prĂȘt Ă  recommencer. »

Le ralliement aux Bourbons

Il se rallie aux Bourbons en 1814. Avec Fouché, il participe à la déchéance de l'Empereur.

Le gĂ©nĂ©ral nous apprend lui-mĂȘme, dans ses MĂ©moires, qu'il revit avec plaisir le rĂ©gime pacificateur de la restauration, dont les princes, ses contemporains, avaient Ă©tĂ© ses compagnons d'enfance ou de jeunesse. CĂ©dant Ă  l'entraĂźnement universel, il parut aux Tuileries avec l'uniforme d'officier gĂ©nĂ©ral et la cocarde blanche, et il y fut bien accueilli.

Cette visite, toutefois, fut la seule qu'il rendit aux frĂšres de Louis XVI ; l'esprit gĂ©nĂ©ral du gouvernement, des attaques semi-officielles dirigĂ©es contre lui, ne tardĂšrent pas Ă  rĂ©veiller ses anciens ressentiments, et il s'abstint de reparaĂźtre au chĂąteau. Cette retraite fut une faute regrettable des Bourbons ; quelques Ă©gards sans consĂ©quence eussent suffi pour rallier ou pour neutraliser celui qui devint bientĂŽt leur plus implacable et leur plus dangereux adversaire. La Fayette eut Ă  cette Ă©poque plusieurs confĂ©rences avec l'empereur de Russie, et ce souverain libĂ©ral d'un État despotique se plaignit ouvertement Ă  lui du peu de libĂ©ralisme de cette dynastie que la mauvaise foi, bien plus que l'erreur, lui a si souvent reprochĂ© d'avoir imposĂ©e Ă  la France.

Le retour de Napoléon

MalgrĂ© la dĂ©faveur personnelle que la famille royale inspirait Ă  La Fayette, il vit avec effroi, au mois de mars 1815, le retour de NapolĂ©on, qui remettait en question cette paix europĂ©enne achetĂ©e au prix de tant de sacrifices. Quelques royalistes Ă©tant venus lui demander si le gouvernement des Bourbons pouvait, dans la ligne de ses opinions, compter sur son dĂ©vouement, il rĂ©pondit oui sans hĂ©siter : ne doutant pas, dit-il, qu'Ă  la faveur d'une opposition bien dirigĂ©e, on ne pĂ»t tirer meilleur parti de Louis XVIII que de celui qu'il regardait depuis longtemps comme le plus redoutable ennemi de la libertĂ©.

Dans une rĂ©union Ă  laquelle il fut appelĂ©, chez Laine, pour dĂ©battre le parti le plus convenable aux circonstances, il proposa sĂ©rieusement de mettre le duc d'OrlĂ©ans Ă  la tĂȘte des troupes, et de rĂ©unir tous les membres survivants des assemblĂ©es nationales depuis 1789, afin d'opposer une grande force morale Ă  la puissance matĂ©rielle de Bonaparte. Cette opinion, comme on pense, demeura sans Ă©cho.

La Fayette demeura trois jours Ă  Paris, comme pour faire parade de sĂ©curitĂ© personnelle, puis il alla s'ensevelir, dans son chĂąteau de la Grange. NapolĂ©on Ă©tait rentrĂ© aux Tuileries sans coup fĂ©rir. Un rĂ©publicain moins austĂšre et moins dĂ©sintĂ©ressĂ© que La Fayette, Benjamin Constant, qu'avait rĂ©cemment signalĂ© l'ardeur de son hostilitĂ© contre le rĂ©gime impĂ©rial, venait d'accepter le titre de conseiller d'État.[47]

La fin du Premier Empire

Cependant il promit de concourir Ă  repousser les Ă©trangers et les Bourbons, en mettant Ă  ses services la mĂȘme condition qu'il avait imposĂ©e aux Bourbons eux-mĂȘmes, Ă  savoir : la rĂ©union d'une chambre de reprĂ©sentants librement convoquĂ©e et largement Ă©lue.

Il est incitĂ© Ă  revenir sur le devant de la scĂšne politique ; appelĂ© Ă  la prĂ©sidence du collĂšge Ă©lectoral de Seine-et-Marne, puis Ă  la dĂ©putation de ce dĂ©partement lors des Cent-Jours. Il vit se rouvrir pour lui, aprĂšs vingt-trois ans d'interruption, la carriĂšre parlementaire, dans les conjonctures les plus favorables Ă  ses thĂ©ories d'opposition et de dĂ©mocratie.

Un concours imposant de suffrages l'Ă©leva Ă  la vice-prĂ©sidence de la chambre des reprĂ©sentants, et il fit partie, en cette qualitĂ©, de la dĂ©putation chargĂ©e de recevoir NapolĂ©on au palais de la chambre, lorsqu'il vint en personne ouvrir sa courte session[48]. La Fayette ne prit pour ainsi dire aucune part aux dĂ©bats de la chambre des Cent-Jours. : il semblait se rĂ©server tout entier pour de plus hautes circonstances. La bataille de Waterloo Ă©clata comme un coup de foudre sur la capitale et sur la France entiĂšre.

NapolĂ©on reparut, et mille bruits de dissolution et de dictature militaire agitĂšrent les esprits. Ce fut alors que La Fayette monta Ă  la tribune lors de la sĂ©ance du (21 juin). "Pour la premiĂšre fois depuis bien des annĂ©es, j'Ă©lĂšve une voix que les vrais amis de la libertĂ© reconnaĂźtront" commença-t-il. AppelĂ© Ă  "parler des dangers de la patrie" Ă  sauver, jugeant le temps venu de se rallier «autour du vieux Ă©tendar tricolore, celui de 89, celui de la libertĂ©, de l'Ă©galitĂ© et de l'ordre public ; c'est celui-lĂ  seul que nous avons Ă  dĂ©fendre contre les prĂ©tentions Ă©trangĂšres et contre les tentatives intĂ©rieures». « VĂ©tĂ©ran de cette cause sacrĂ©e, qui fut toujours Ă©tranger Ă  l'esprit de faction», M. de Lafayette soumis, sous des applaudissements, Ă  la chambre une rĂ©solution de 5 articles dont 4 furent adoptĂ©s :

  • DĂ©claration que l'indĂ©pendance nationale Ă©tait menacĂ©e (art 1) ;
  • Constitution en permanence de la chambre et qu'elle regarderait toute tentative de dissolution comme un acte de haute trahison (art 2) ;
  • Proclamation du merite de la patrie en faveur des armĂ©e de ligne et des gardes nationales au combat (art3) ;
  • Plein pouvoir au ministre de l'intĂ©rieur sur l'Etat major et la garde nationale parisienne, pour dĂ©fendre la capitale d'Ă©ventuelle exactions propre aux situations de crise (art4 - Ă©cartĂ© pendant les dĂ©bats);
  • Mandattemnt des ministres Ă  sa barre pour y rendre compte de la situation de la France(art 5)[49].

Cette Ă©nergique motion n'Ă©tait pas moins intempestive qu'inconstitutionnelle. La Fayette n'Ă©tait, en cette occasion, que l'instrument d'une intrigue habilement ourdie par FouchĂ© qui l'avait rencontrĂ© la veille. En outre, juste aprĂšs la prĂ©sentation de la proposition de M. de Lafayette, un motion identique (et jointe Ă  celle du hĂ©ros des deux mondes par le prĂ©sident de la sĂ©ance) a Ă©tĂ© soutenu par Lacoste. Or Lacoste Ă©tait proche de FouchĂ©. D'aprĂšs le cĂ©lĂšbre biographe de FouchĂ© Louis Madelin, le ministre de l'intĂ©rieur risquait Ă  la fois Vincennes avec le retour de NapolĂ©on et la fin de sa carriĂšre avec le retour des Bourbons. Il n'eut pas de mal Ă  convaincre La Fayette qu'il Ă©tait l'homme de la situation. La Fayette avait peu de considĂ©ration pour FouchĂ© mais pensait dominer la situation. Personne ne pouvait penser qu'une substitution de NapolĂ©on par La Fayette Ă©tait viable. En rĂ©alitĂ©, FouchĂ© qui, dĂ©sespĂ©rant du succĂšs de ses vƓux secrets en faveur du duc d'OrlĂ©ans, acceptait la branche aĂźnĂ©e des Bourbons comme un pis-aller[50].

NapolĂ©on consentit avec peine Ă  laisser aller ses ministres Ă  la chambre, et leur adjoignit Lucien Bonaparte, qui dĂ©fendit avec beaucoup de vĂ©hĂ©mence les intĂ©rĂȘts de son frĂšre.. Cet orateur ayant, dans la chaleur de l'improvisation, parlĂ© de la lĂ©gĂšretĂ© des Français, La Fayette rĂ©pondit que cette imputation Ă©tait calomnieuse, et que si la nation n'avait pas suivi NapolĂ©on dans les sables d'Égypte, dans les dĂ©serts de la Russie, et sur cinquante champs de bataille, le pays n'aurait pas trois millions de Français Ă  regretter. Le lendemain matin, il fit prĂ©venir l'empereur que, s'il ne se dĂ©cidait pas Ă  abdiquer, lui-mĂȘme allait proposer sa dĂ©chĂ©ance. NapolĂ©on abdiqua, les chambres proclamĂšrent NapolĂ©on II, et la commission de gouvernement, sur la proposition de FouchĂ© qui la prĂ©sidait, dĂ©puta aux souverains alliĂ©s des plĂ©nipotentiaires chargĂ©s d'arrĂȘter leur marche sur Paris, et de traiter de la paix au nom de la France.

La Fayette et Voyer d'Argenson faisaient partie de cette dĂ©putation dont l'objet apparent Ă©tait de dĂ©tourner les puissances Ă©trangĂšres du projet de rĂ©tablir les Bourbons sur le trĂŽne de France. Mais cette frivole ambassade n'avait pas d'autre but, en rĂ©alitĂ©, que d'amuser l'impatience du parti rĂ©volutionnaire, et d'Ă©loigner un agitateur propre Ă  contrarier les projets de restauration auxquels FouchĂ© s'Ă©tait dĂ©vouĂ©. Les plĂ©nipotentiaires se dirigĂšrent sur Mannheim, puis sur Haguenau ; mais ils ne purent ĂȘtre admis auprĂšs de l'empereur Alexandre de Russie, dont La Fayette sollicita vainement une audience, et leurs nĂ©gociations se bornĂšrent Ă  quelques confĂ©rences sans rĂ©sultats avec des commissaires dĂ©signĂ©s par ce prince et par les autres souverains coalisĂ©s. Ce fut dans l'un de ces pourparlers que le commissaire britannique ayant fait entendre que la France n'obtiendrait la paix qu'en livrant NapolĂ©on aux puissances coalisĂ©es[51] NapolĂ©on, abattu, inspira Ă  cette grande Ăąme la sympathie que La Fayette avait refusĂ©e constamment Ă  sa haute fortune. Il fit offrir Ă  son ancien libĂ©rateur les moyens d'assurer son passage aux États-Unis ; mais l'ex-empereur, qui garda jusqu'au tombeau le souvenir de sa derniĂšre agression, prĂ©fĂ©ra se confier Ă  la gĂ©nĂ©rositĂ© britannique.

La deuxiĂšme restauration

Le retour des Bourbons, ne put ĂȘtre vu avec faveur par celui qui venait de les repousser. La mission d'Haguenau avait brisĂ© sans retour les faibles rapports qui s'Ă©taient Ă©tablis durant la premiĂšre Restauration entre la cour et La Fayette. Il Ă©tait trop compromis pour n'ĂȘtre pas irrĂ©conciliable.

Le gĂ©nĂ©ral passa dans une retraite absolue les trois premiĂšres annĂ©es de la restauration de 1815, pĂ©riode d'incriminations et de violences, oĂč la ferveur outrĂ©e de la rĂ©action royaliste eĂ»t difficilement permis une position politique Ă  l'ancien promoteur de la DĂ©claration des droits. Au mois de novembre 1818, le collĂšge Ă©lectoral de la Sarthe l'envoya Ă  la chambre, et il vint prendre, Ă  l'extrĂȘme gauche, la place qu'il ne cessa plus d'occuper jusqu'Ă  la rĂ©volution de 1830.

Député

Il vota contre la proposition BarthĂ©lĂ©my, qui tendait Ă  modifier la loi Ă©lectorale de 1817 et se montra, dĂšs le dĂ©but, pĂ©nĂ©trĂ© des mĂȘmes doctrines qu'il avait professĂ©s toute sa vie. Plein de l'idĂ©e que le gouvernement des Bourbons marchait, tantĂŽt ouvertement, tantĂŽt par des voies dĂ©tournĂ©es, Ă  la destruction des libertĂ©s dont leur retour avait dotĂ© la France, on le vit toujours au premier rang des adversaires du pouvoir, harcelant les ministres de ses Ă©nergiques provocations, luttant sans cesse contre le fantĂŽme insaisissable de la contre-rĂ©volution, encourageant sans relĂąche, du haut de la tribune, les peuples voisins Ă  la rĂ©sistance contre les prĂ©tendus oppresseurs de leurs droits.

Ses principaux discours furent ceux qu'il prononça, en sur la pĂ©tition pour le rappel des bannis et sur le budget de cette annĂ©e ; en 1820, pour solliciter la rĂ©organisation de la garde nationale, sur le maintien de la loi d'Ă©lection, sur les projets de loi relatifs Ă  la libertĂ© individuelle, Ă  la censure et aux Ă©lections[52]. Les rĂ©volutions espagnole et napolitaine, auxquelles ses encouragements n'avaient eu que trop dĂ©part, venaient d'Ă©chouer par suite des mesures prises de concert entre les souverains alliĂ©s. Cette impuissance jointe au ressentiment de plus en plus vif du gĂ©nĂ©ral contre les hommes et le systĂšme de la restauration, explique la rĂ©solution qui le prĂ©cipita dans les complots. Lui-mĂȘme, dans un sentiment de droiture, avait pris soin de dĂ©clarer Ă  la tribune qu'il se regardait comme dĂ©liĂ© de ses serments par les violations qu'avait, selon lui, Ă©prouvĂ©es la charte constitutionnelle.

La voie de la conspiration

Chez lui, la foi monarchique Ă©tait essentiellement subordonnĂ©e au respect du gouvernement pour les droits du peuple, entendus dans leur acception, la plus illimitĂ©e. Tout acte en dehors de ce cercle redoutable lui semblait une espĂšce de sacrilĂšge auquel il ne se faisait aucun scrupule de rĂ©pondre par l'insurrection. Le temps n'a soulevĂ© que lentement le voile qui couvrait ces associations mystĂ©rieuses, et La Fayette lui-mĂȘme s'est montrĂ© fort discret, dans ses MĂ©moires, sur la mesure exacte de sa participation.

La premiĂšre conspiration dans laquelle son nom se trouva mĂȘlĂ© d'une maniĂšre sĂ©rieuse fut le complot militaire d'aoĂ»t 1820, oĂč plusieurs dĂ©clarations le dĂ©signĂšrent comme un des chefs du mouvement. Ces rĂ©vĂ©lations parurent insuffisantes, toutefois, pour autoriser une action lĂ©gale. Dans le procĂšs intentĂ© au mois de mars Ă  Goyet et Ă  Sauquaire-SoulignĂ©, prĂ©venus d'attentat contre la sĂ»retĂ© de l'État, La Fayette parut comme tĂ©moin, et le ministĂšre public n'hĂ©sita point Ă  attribuer aux encouragements consignĂ©s dans ses lettres, qui furent produites Ă  l'audience, le dangereux entraĂźnement qui avait placĂ© les prĂ©venus sous la main de la justice. L'une de ces lettres, adressĂ©e aux jeunes gens du Mans, offrait alors les caractĂšres d'une provocation Ă  la rĂ©volte. Vertement interpelĂ© Ă  cette occasion par le prĂ©sident de la cour d'assises, La Fayette rĂ©pondit fiĂšrement qu'il persistait dans des opinions dont il n'Ă©tait responsable qu'Ă  la chambre des dĂ©putĂ©s.

L'Ă©chec de ces premiers complots contre la restauration inspira bientĂŽt Ă  l'esprit de faction l'Ă©tablissement de sociĂ©tĂ©s secrĂštes permanentes, destinĂ©es Ă  stimuler et Ă  rĂ©gulariser ces tentatives, Ă  les lier entre elles, et Ă  marquer les temps et les lieux oĂč les conjurĂ©s pourraient agir efficacement. La Fayette entra dans la plus importante de ces associations et en devint bientĂŽt le membre le plus influent par l'illustration attachĂ©e Ă  son passĂ© politique, par la facilitĂ© de son accĂšs, par sa docilitĂ© Ă  rĂ©pondre Ă  toutes les propositions insurrectionnelles et Ă  encourager tous les complots[53].

Prodigue en effet d'encouragements et d'espĂ©rances, le vĂ©tĂ©ran de l'insurrection ne s'engageait dans aucune entreprise avant d'en avoir calculĂ© avec soin les ressources et les moyens d'action[54], et, il n'y participait qu'aprĂšs avoir pris toutes les prĂ©cautions propres, en cas d'Ă©chec, Ă  garantir sa sĂ©curitĂ© personnelle. Il abandonnait aux conspirateurs subalternes le lot de l'agression et du pĂ©ril, ne s'exposant qu'avec une extrĂȘme prudence aux atteintes d'un gouvernement dĂ©nuĂ© de vigueur et d'initiative, et dont la politique mĂ©nageait secrĂštement dans La Fayette un principe de rĂ©sistance et de contrepoids aux ardeurs des ultra-royalistes.

Charbonnerie

Ce fut sous les auspices de la charbonnerie Ă  laquelle il adhĂšre en 1821 que se forma, dans la ville de Belfort, un vaste complot dont les conjurĂ©s fixĂšrent l'exĂ©cution aux premiers jours de 1822. Le gĂ©nĂ©ral devait quitter Paris pour se mettre Ă  leur tĂȘte. Des circonstances particuliĂšres le portĂšrent Ă  diffĂ©rer son dĂ©part de vingt-quatre heures. C'est Ă  ce retard qu'il dut de n'ĂȘtre pas surpris en flagrant dĂ©lit de conspiration. Avertis de l'avortement du complot par Saint-Amand Bazard, Ă  peu de distance de la ville de Lure, le gĂ©nĂ©ral et son fils purent changer immĂ©diatement de route, descendre la vallĂ©e de la SaĂŽne et se rendre Ă  Gray, d'oĂč ils regagnĂšrent prĂ©cipitamment Paris. Leur voiture, qui pouvait servir de tĂ©moignage de leur prĂ©sence, fut enlevĂ©e par les soins de MM. KƓchlin, qui la firent transporter au-delĂ  du Rhin, oĂč on la rĂ©duisit en cendres. DemeurĂ© disponible pour d'autres complots, La Fayette fut bientĂŽt signalĂ© par des dĂ©clarations prĂ©cises comme l'un des instigateurs du mouvement sĂ©ditieux entrepris sur Saumur par le gĂ©nĂ©ral Berton dans le mois de fĂ©vrier 1822, et qui avait Ă©chouĂ© par la trahison du sous-officier Woelfel. Un magistrat ardent, mais probe, le procureur gĂ©nĂ©ral Mangin, touchĂ© de la concordance de ces tĂ©moignages, ne craignit pas de les reproduire dans son acte d'accusation. Il prĂ©senta comme Ă©tablis les rapports de La Fayette avec les principaux conjurĂ©s, et enveloppa dans la mĂȘme inculpation plusieurs dĂ©putĂ©s de l'opposition, entre autres le gĂ©nĂ©ral Foy, Voyer d'Argenson et Benjamin Constant. Cet Ă©nergique manifeste souleva (1er aoĂ»t) une tempĂȘte violente au sein de la chambre.

Le gĂ©nĂ©ral Foy dĂ©savoua, avec une chaleur probablement sincĂšre, la complicitĂ© qui lui Ă©tait attribuĂ©e, et soutint que de telles infamies Ă©taient l'Ɠuvre du ministĂšre. La Fayette monta Ă  la tribune au milieu du tumulte, et fit entendre quelques paroles qu'on peut considĂ©rer comme la provocation la plus audacieuse peut-ĂȘtre dont ait jamais retenti une assemblĂ©e dĂ©libĂ©rante[55] On a gĂ©nĂ©ralement supposĂ© que cette provocation s'adressait Ă  Louis XVIII lui- mĂȘme, et qu'elle avait trait Ă  quelque particularitĂ© peu connue de la conduite de ce prince envers le marquis de Favras. Quoi qu'il en soit, pour trancher cet Ă©clatant dĂ©fi, il fallait Ă  La Fayette une conscience bien profonde de la puissance de ses rĂ©vĂ©lations ou de la faiblesse du gouvernement qu'il accablait ainsi du sentiment de son impunitĂ©.

Rien n'Ă©tait plus vĂ©ritable, en effet, que la complicitĂ© du gĂ©nĂ©ral avec les conjurĂ©s de Saumur. C'est dans l'hĂŽtel mĂȘme de La Fayette, et en sa prĂ©sence, que deux d'entre eux Grandmenil et Baudrillet, avaient formĂ© le plan et concertĂ© les principales dispositions du complot. Ces circonstances avaient Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©es Ă  la justice par Baudrillet ; mais une inqualifiable omission en avait fait Ă©vanouir l'importance[56]. On se figure aisĂ©ment les proportions qu'un tel Ă©vĂšnement eĂ»t donnĂ©es aux dĂ©bats et les rĂ©vĂ©lations dont il fut devenu la source. La prĂ©occupation de la chambre lui dĂ©roba cet incident, qui n'a Ă©tĂ© divulguĂ© que bien des annĂ©es plus tard[57].

Lorsqu'un mois aprĂšs, les dĂ©bats du procĂšs de Berton eurent lieu devant la cour d'assises de Poitiers, M. Mangin soutint avec force ses premiĂšres affirmations, et fit entendre ces paroles, qui ne caractĂ©risaient que trop fidĂšlement les rapports de La Fayette avec les conjurĂ©s :[58] Le complot de Berton fut le dernier auquel se trouva mĂȘlĂ© le nom de La Fayette, et les ventes du carbonarisme prirent fin elles-mĂȘmes en 1823.

La guerre d'Espagne de 1823

Lors de l'expulsion de Manuel, il fut du nombre des soixante-quatre dĂ©putĂ©s qui protestĂšrent contre cet acte de violence parlementaire. Dans une rĂ©union de dĂ©putĂ©s de l'opposition qui eut lieu Ă  cette Ă©poque, il alla jusqu'Ă  proposer de dĂ©clarer nettement par une proclamation au peuple, que l'impĂŽt avait cessĂ© d'ĂȘtre obligatoire depuis cette violation de la charte ; mais cet avis extrĂȘme fut unanimement repoussĂ©. L'issue favorable de la guerre d'Espagne de 1823 avait imprimĂ© aux esprits une forte impulsion monarchique, et cette disposition gĂ©nĂ©rale, secondĂ©e par les efforts actifs du ministĂšre, Ă©carta de la chambre des dĂ©putĂ©s la plupart des chefs de l'opposition. RĂ©Ă©lu dĂ©putĂ© en novembre 1822, Ă  Meaux, La Fayette ne fut pas rĂ©Ă©lu et est battu aux Ă©lections de 1823.

Le voyage en Amérique

Il profita de cette inaction forcĂ©e pour accomplir un vƓu cher Ă  son cƓur : celui de revoir l'AmĂ©rique, ce thĂ©Ăątre de sa gloire la premiĂšre et la plus pure, et de visiter ce peuple qu'il avait aidĂ© si puissamment dans la conquĂȘte de son indĂ©pendance. Cette entreprise, contrariĂ©e dix-huit ans auparavant, Ă©tait un implicite hommage Ă  la tolĂ©rance du rĂ©gime dont La Fayette n'avait cessĂ© de conspirer le renversement. InformĂ© de son dĂ©sir, le congrĂšs amĂ©ricain l'invita avec empressement Ă  le rĂ©aliser, et mit Ă  sa disposition un vaisseau de l'État. Il retourne en AmĂ©rique pour une tournĂ©e triomphale dans 182 villes de juillet 1824 Ă  septembre 1825.

Mais le gĂ©nĂ©ral partit du Havre en juin 1824, accompagnĂ© de son fils et d'un secrĂ©taire, sur un simple bĂątiment de commerce. Il dĂ©barqua le 16 aoĂ»t dans la baie de New-York, oĂč sa rĂ©ception prĂ©senta un caractĂšre d'universalitĂ© et d'entraĂźnement inouĂŻ peut-ĂȘtre jusqu'Ă  ce jour chez aucun peuple. Une escadre de neuf vaisseaux Ă  vapeur, Ă©lĂ©gamment pavoisĂ©s et montĂ©s par plus de six mille citoyens de tout Ăąge, de tout sexe et de toute condition, Ă©tait en station dans le port. Le vice-prĂ©sident des États-Unis et l'ancien gouverneur du New-Jersey vinrent le recevoir Ă  son bord. La Fayette se rendit au milieu d'un cortĂšge imposant, au bruit des salves d'artillerie et d'acclamations multipliĂ©es, Ă  l'hĂŽtel de ville, oĂč il fut complimentĂ© par tous les ordres de l'État.

Les portes de cet Ă©difice furent ouvertes, et la personne du gĂ©nĂ©ral fut, pour ainsi dire, livrĂ©e pendant plus de deux heures Ă  l'adoration d'une multitude en dĂ©lire. Un banquet nombreux, les toasts les plus flatteurs, de brillantes illuminations, terminĂšrent cette premiĂšre journĂ©e triomphale. La Fayette visita successivement les États de New-York, du Massachusetts, de New-Hampshire, de Pennsylvanie, de Baltimore, de Virginie, du Maryland, de Caroline du Nord et de Caroline du Sud, de la GĂ©orgie, d'Alabama, s'arrĂȘta Ă  Boston, Ă  Portsmouth Page d'aide sur l'homonymie, Ă  Newburg, Ă  Hudson, Ă  Albany, Ă  Philadelphie, Ă  Baltimore ; et partout il fut accueilli avec les mĂȘmes transports d'enthousiasme, partout des hommages extraordinaires furent dĂ©cernĂ©s Ă  l'hĂŽte de la nation. Les populations rurales, dit M. Levasseur, historien de ce voyage, accouraient de plus de vingt milles Ă  la ronde au-devant de lui. À Washington, siĂšge du congrĂšs, La Fayette fut reçu par le prĂ©sident Monroe, qui lui donna un dĂźner splendide, auquel assistĂšrent tous les ministres Ă©trangers, exceptĂ© ceux de France, du Royaume-Uni et de Russie.

Il visita avec attendrissement et vĂ©nĂ©ration, Ă  Mount Vernon, le tombeau de Washington, ainsi que la maison et le jardin de ce grand citoyen, descendit le Potomac, et s'arrĂȘta Ă  Yorktown, thĂ©Ăątre d'une des actions les plus mĂ©morables de la guerre de l'IndĂ©pendance. Le colonel Lewis, qui le harangua Ă  son dĂ©barquement dans cette ville, l'engagea d'une maniĂšre pressante Ă  fixer son sĂ©jour en AmĂ©rique[59] Le gĂ©nĂ©ral fit une courte excursion parmi les tribus indiennes Ă  demi sauvages d'Uchee-Cruk et de Line-Cruk, qui l'accueillirent avec une touchante cordialitĂ©. La Fayette visita Fayetteville, Charlestown, Savannah, oĂč il posa la premiĂšre pierre d'un monument Ă  la mĂ©moire du gĂ©nĂ©ral Greene ; puis, remontant le Mississipi, il parcourut la Nouvelle-OrlĂ©ans, dont l'ancienne population française lui tĂ©moigna un vif empressement.

Il fut prĂ©sentĂ© le 10 dĂ©cembre aux deux chambres du congrĂšs par leurs prĂ©sidents, qui lui adressĂšrent des fĂ©licitations. Enfin, le 20 dĂ©cembre, le congrĂšs adopta Ă  l'unanimitĂ© un bill par lequel une somme de deux cent mille dollars, avec la propriĂ©tĂ© d'un terrain de vingt-quatre mille acres dans la partie la plus fertile de la contrĂ©e, fut offerte au gĂ©nĂ©ral en rĂ©compense de ses services et en indemnitĂ© des dĂ©penses qu'il avait faites dans la guerre de l'IndĂ©pendance. Il reçoit du peuple amĂ©ricain 200 000 dollars et 12 000 hectares en Floride. L'universitĂ© Princeton lui dĂ©cerne Ă  cette occasion un doctorat honoris causa, attribuĂ© en 1790.

La Fayette eut le dĂ©plaisir de ne retrouver qu'un bien petit nombre des officiers qui avaient combattu avec lui pour la libertĂ© amĂ©ricaine ; mais on lui prĂ©senta plusieurs des miliciens qui avaient servi sous ses ordres, et il les revit avec un touchant intĂ©rĂȘt.

Son sĂ©jour en AmĂ©rique se prolongea pendant quatorze mois, qui ne furent qu'une marche Ă  peine interrompue dans les vingt-quatre États de l'Union, et une succession continuelle d'honneurs, de fĂȘtes et de louanges auxquels il rĂ©pondit constamment avec modestie et cordialitĂ©.

ChargĂ© par la famille de Washington d'envoyer le portrait de son illustre chef Ă  Bolivar, il y joignit une lettre flatteuse pour le libĂ©rateur de la Colombie, qui rĂ©pondit que Washington donnĂ© par La Fayette Ă©tait la plus sublime des rĂ©compenses que pĂ»t ambitionner un homme. En remontant, l'Ohio, Ă  la suite d'une tournĂ©e dans les provinces du sud-ouest, le bateau Ă  vapeur qui portait le gĂ©nĂ©ral toucha sur un Ă©cueil et coula bas, Ă  cent vingt-cinq milles environ de Louisville, oĂč il se rendait ; mais cet accident n'eut aucun effet sĂ©rieux, et le gĂ©nĂ©ral avec sa suite fut immĂ©diatement reçu Ă  bord d'un autre bĂątiment, sur lequel il acheva sa traversĂ©e par Cincinnati, Pittsburg, Utica, Boston et New-York. AprĂšs avoir sĂ©journĂ© de nouveau pendant quelques semaines Ă  Washington, chez le nouveau prĂ©sident, M. Adams, La Fayette se mit en devoir de retourner en France. Le 7 septembre 1825, il reçut les adieux des ministres, de tous les chefs civils et militaires de l'État, et d'une foule de citoyens rĂ©unis dans l'hĂŽtel du prĂ©sident de la rĂ©publique. Organe de cette imposante assemblĂ©e, ce magistrat, dans un discours Ă©tendu, rĂ©capitula la vie de La Fayette, rappela son dĂ©vouement Ă  la cause amĂ©ricaine, et la fermetĂ© sans dĂ©viation avec laquelle, pendant quarante ans, il avait soutenu, au milieu des succĂšs et des revers, la cause glorieuse de la libertĂ©. Le gĂ©nĂ©ral rĂ©pondit par une Ă©clatante glorification de l'AmĂ©rique rĂ©publicaine ; il exhorta les États Ă  la concorde et Ă  l'union, se sĂ©para pour la derniĂšre fois de ce sol, et, aprĂšs une heureuse traversĂ©e sur la frĂ©gate la Brandywine, il prit terre au Havre le 5 octobre 1825. L'aspect politique de la France s'Ă©tait favorablement modifiĂ© pendant son absence.

La Fayette, avec d'autres philhellÚnes profita aussi de son séjour pour plaider la cause de la GrÚce insurgée contre l'Empire ottoman[60].

Charles X

La Fayette vers 1825

L'avĂšnement de Charles X avait paru Ă©teindre ou affaiblir les discordes des partis. L'apparition du fameux mĂ©moire de M. de Montlosier mit brusquement fin Ă  la courte trĂȘve qu'ils s'Ă©taient tacitement accordĂ©e. La dissolution de la garde nationale de Paris augmenta le mĂ©contentement en dĂ©sarmant l'autoritĂ© royale des forces nĂ©cessaires pour en rĂ©primer les effets, et les troubles de la rue Saint-Denis rĂ©vĂ©lĂšrent tout le succĂšs que le gĂ©nie de la sĂ©dition pouvait se promettre encore d'un appel aux passions populaires.

C'est dans ces circonstances que les électeurs de Meaux députÚrent La Fayette à la chambre, au mois de juin 1827, en remplacement de M. Pinteviller-Gernon[61].

De nouvelles élections ramenÚrent sur les bancs de l'opposition la plupart des anciens membres que le ministÚre avait fait écarter de la chambre septennale, et La Fayette fut encore appelé par l'arrondissement de Meaux à prendre part à cette derniÚre lutte contre la restauration[62].

Dans un discours prononcé le 23 juin, sur le budget de 1828, La Fayette reprocha au gouvernement ses tendances rétrogrades et battit impitoyablement en brÚche les abus qu'il avait signalés à diverses reprises. L'année suivante, dans un discours sur les crédits supplémentaires, il dénonça la Sainte-Alliance comme une vaste et puissante ligue dont le but était d'asservir et d'abrutir le genre humain, et releva par une allusion les expressions inconsidérées par lesquelles Louis XVIII, en 1814, avait remercié le prince régent de son concours[63].

Ce fut, comme il arrive souvent, par une mesure extrĂȘme que Charles X espĂ©ra franchir les difficultĂ©s de sa situation[64].

La Fayette, absent de Paris depuis la fin de la session, était allé passer quelques jours, aprÚs quatorze ans de séparation, à Chavaniac, lieu de sa naissance. Ce fut à son passage au Puy qu'il apprit l'avÚnement du ministÚre Polignac. Un banquet lui fut aussitÎt offert par les chefs de l'opposition libérale, Là retentirent, sous la forme d'énergiques toasts, les premiÚres protestations populaires contre les nouveaux conseillers de Charles X.

Le voyage du gĂ©nĂ©ral prit dĂšs lors un caractĂšre exclusivement politique ; le choix des villes qu'il affecta de traverser et les dĂ©monstrations extraordinaires dont il y fut l'objet rĂ©vĂ©lĂšrent le but rĂ©el de cette tournĂ©e, Ă©videmment destinĂ©e Ă  imposera au gouvernement par une parade menaçante des forces populaires. La Fayette visita successivement Grenoble, Vizille[65], Voiron, La Tour-du-Pin, Bourgoin, Vienne, et le 5 septembre il se mit en route pour Lyon, oĂč le dĂ©lire rĂ©volutionnaire avait prĂ©parĂ© une rĂ©ception presque royale au patriarche de la dĂ©mocratie française[66].

La Fayette fit son entrĂ©e Ă  Lyon en prĂ©sence d'un concours innombrable de spectateurs et y reçut des dĂ©putations des villes de Chalon et de Saint-Étienne[67]. De toutes parts, on se prĂ©para Ă  la rĂ©sistance contre les tentatives liberticides du ministĂšre ; des associations se formĂšrent pour le refus de l'impĂŽt, et de nouvelles sociĂ©tĂ©s secrĂštes, organisĂ©es Ă  la maniĂšre des carbonari de 1822, s'Ă©tablirent au sein de la capitale[68].

La Fayette les encouragea hautement, exprima mĂȘme l'avis que les chambres devaient refuser le budget jusqu'Ă  ce que la France eĂ»t reçu une organisation dĂ©mocratique, et se mit en rapport direct avec la plus sĂ©ditieuse de ces associations, connue sous le nom de Conspiration La Fayette qui avait pour organe La Tribune des dĂ©partements. La fameuse adresse des 221, par laquelle la chambre dĂ©niait son concours Ă  un ministĂšre dont le systĂšme lui Ă©tait encore inconnu, ne stimula que trop ces dispositions perturbatrices.

La Fayette ne prit aucune part ostensible aux débats qui la précédÚrent. Les meneurs de l'opposition étaient trop habiles pour ne pas comprendre à quel point l'influence de son nom et de ses doctrines eut compromis le succÚs d'une lutte aussi décisive[69].

Ce parti ne prévalut point. Un sentiment exagéré de la prérogative monarchique, une certaine impatience, et, disons-le, certaine dignité propre au caractÚre de Charles X, l'emportÚrent, et l'imprévoyant monarque se plut à resserrer, par un renvoi pur et simple de la chambre des 221, l'étroite impasse dans laquelle le pouvoir royal se trouvait engagé[70].

Les Trois Glorieuses

La chute de Charles X

MĂ©morial de La Fayette Ă  Olomouc (RĂ©publique tchĂšque)

La premiĂšre impression qu'elles excitĂšrent fut la stupeur ; l'absence de forces militaires respectables encouragea la rĂ©sistance une suite de dispositions mal conçues, mollement exĂ©cutĂ©es, firent bientĂŽt prendre Ă  l'Ă©meute le caractĂšre d'une vaste insurrection.

Lors de la révolution dite des Trois Glorieuses, en 1830, retrouvant sa popularité de l'année 1789, il a ses propres partisans qui le poussent à jouer un rÎle de premier plan. Il accourt de Lagrange à Paris et est adopté comme un drapeau par les chefs de l'insurrection.

La Fayette, absent lors de la promulgation des ordonnances, se mit en route dans la soirĂ©e du 26 et arriva Ă  Paris au milieu de la nuit, sans que le gouvernement, dans son incurie ou dans son respect mal entendu pour la libertĂ© individuelle, eĂ»t songĂ© Ă  contrarier cette dangereuse assistance. Le gĂ©nĂ©ral parut le lendemain Ă  la rĂ©union des dĂ©putĂ©s assemblĂ©s chez M. Audry de Puyraveau et Ă  celles qui la suivirent ; mais, son attitude rĂ©pondit mal Ă  l'attente des meneurs qui commençaient Ă  le diriger. Il ne cessa d'exhorter au calme et Ă  l'inaction la jeunesse turbulente qui vint Ă  plusieurs reprises solliciter sa coopĂ©ration[71].

Lorsque l'assemblée eut décidé l'envoi d'une députation au duc de Raguse, dans le but de suspendre les hostilités, La Fayette insista pour qu'elle tßnt au maréchal un langage sévÚre, et qu'on mßt sous sa responsabilité tout le sang qui serait répandu.[72]

A la rĂ©union du 28 au soir, lorsqu'elle eĂ»t pris tout son dĂ©veloppement, le gĂ©nĂ©ral, frappĂ© du nombre croissant des victimes, s'Ă©cria avec la plupart de ses collĂšgues, qu'il fallait diriger les efforts du peuple, adopter son Ă©tendard, et se dĂ©clara prĂȘt Ă  occuper le poste qu'on voudrait lui assigner.

La Fayette passa une partie de la nuit Ă  stimuler et Ă  diriger l'activitĂ© populaire : il visita plusieurs des barricades qui s'Ă©levaient sĂ»r les diffĂ©rents points de la capitale, et sa prĂ©sence fut saluĂ©e de vives acclamations. L'abandon inopinĂ© du Louvre procura, dans la matinĂ©e du 29 la victoire au peuple[73].Une foule immense et enthousiaste remplissait les rues. La Commission municipale provisoire, dont le gĂ©nĂ©ral avait refusĂ© de faire partie, lui dĂ©fĂ©ra le commandement de toutes les gardes nationales du royaume[74]

Ce fut dans ces circonstances que, le 29 au soir, deux pairs, M. de SĂ©monville et d'Argdut, se prĂ©sentĂšrent, au nom du roi Charles X, Ă  la commission municipale, et firent part Ă  ses membres rĂ©unis de la rĂ©vocation dĂ©s ordonnances du 28 et l'appel d'un nouveau ministĂšre sous la prĂ©sidence du duc de Mortemart. La Fayette, mandĂ© dans le sein de la commission, Ă©couta sans rien objecter la communication du grand rĂ©fĂ©rendaire, et se borna Ă  lui demander si la conquĂȘte du drapeau tricolore ne serait pas du moins le prix de la victoire du peuple parisien. M. de SĂ©monville rĂ©pondĂźt Ă©vasivement, et l'on se sĂ©para.

Dans la matinĂ©e du 30, La Fayette, quittant une attitude d'observation qui n'Ă©tait guĂšre dans son caractĂšre, fit adresser aux corps de troupes rĂ©unis autour de Saint-Cloud l'audacieuse sommation de dĂ©poser les armes[75]. Le duc de Mortemart, par des raisons particuliĂšres, n'ayant pu prĂ©senter lui-mĂȘme Ă  la rĂ©union des dĂ©putĂ©s les ordonnances de rĂ©vocation, cette mission fut remplie par Jean-Baptiste Henry Collin de Sussy, qui fut Ă©coutĂ© sans faveur. II comprit que le gouvernement de fait qui siĂ©geait Ă  l'hĂŽtel de ville Ă©tait le seul tribunal oĂč la cause de Charles X et de sa dynastie pĂ»t Ă  cette heure s'agiter encore avec utilitĂ©. Collin de Sussy fut admis avec peine auprĂšs de La Fayette, qu'environnait un cortĂšge menaçant de dĂ©lĂ©guĂ©s des sociĂ©tĂ©s populaires, de gardes nationaux et d'ouvriers[76]. M. de Sussy ayant tĂ©moignĂ© le dĂ©sir d'ĂȘtre prĂ©sentĂ© Ă  la commission municipale, La Fayette lui-mĂȘme le mit en rapport avec MM. de Lobau, Mauguin et Audry de Puyraveau[77] La lecture des ordonnances excita de nouvelles vocifĂ©rations. Ce fut au milieu de cet ouragan populaire que La Fayette, fit entendre Ă  travers un sourire ces simples paroles, qui devaient ĂȘtre un arrĂȘt fatal [78] En prenant congĂ© du gĂ©nĂ©ral, Collin de Sussy tenta vainement de l'Ă©carter de l'hĂŽtel de ville, sous prĂ©texte d'une confĂ©rence au Luxembourg avec le duc de Mortemart ; il rĂ©pondit que le dĂ©lĂ©guĂ© du peuple ne pouvait avoir rien de commun avec l'envoyĂ© de la monarchie dĂ©chue, et l'entretien fut terminĂ©.

La Fayette rejeta hautement l'offre qui lui fut faite d'ĂȘtre le rĂ©gent de Henri V, et le gĂ©nĂ©ral Talon, l'un des chefs de la garde royale, l'ayant engagĂ© Ă  s'expliquer sur l'effet des ordonnances du 29, il rĂ©pondit le 31 par un billet autographe[79].

Le parti bonapartiste, de tout temps antipathique Ă  La Fayette, s'Ă©tait agitĂ© sans aucune chance de succĂšs. Restait Ă  opter entre deux antres combinaisons gouvernementales la rĂ©publique et la monarchie du duc d'OrlĂ©ans. L'appel de ce prince Ă  la lieutenance gĂ©nĂ©rale du royaume, dans la journĂ©e du 30 juillet, Ă©tait un grand pas dans la voie de cette solution ; mais il importait de dĂ©cider La Fayette, qui n'avait vu dans cette rĂ©solution prĂ©cipitĂ©e qu'une mesure purement provisoire[80]. Ces considĂ©rations, habilement prĂ©sentĂ©es, surmontĂšrent les instigations des sociĂ©tĂ©s Ă©tablies Ă  l'hĂŽtel de ville, et firent pencher dĂ©finitivement la balance en sa faveur[81]. Une circonstance fortuite ou prĂ©parĂ©e acheva de fixer l'indĂ©cision du gĂ©nĂ©ral[82]. La Fayette, qui avait refusĂ© avec un dĂ©sintĂ©ressement la prĂ©sidence de la rĂ©publique, renonça, momentanĂ©ment du moins, Ă  son utopie favorite.

Le duc d'Orléans

Le 31, il reçoit une lettre de Charles X[83] qui lui fait les plus sĂ©duisantes propositions. Par dĂ©fiance ou par conviction, et aussi peut-ĂȘtre du fait de ses 73 ans, il refuse, et rĂ©pond : « II n'est plus temps Â». Le mĂȘme jour, il reçoit le duc d'OrlĂ©ans (Louis-Philippe Ier) Ă  l'hĂŽtel de ville de Paris, qui vient demander son investiture Ă  l'arbitre naturel du dĂ©nouement de la rĂ©volution.

Il traversa les salles de l'hĂŽtel de ville, et ces dispositions ne prirent un autre cours que lorsque le prince et le gĂ©nĂ©ral s'unirent sur le balcon de l'hĂŽtel par une accolade qui parut proclamer ou consommer l'adoption populaire. Le lendemain, 1er aoĂ»t, La Fayette, dĂ©fĂ©rant au vƓu exprimĂ© par plusieurs membres de la commission municipale, se rendit au Palais-Royal dans l'intention plus ou moins avouĂ©e de pressentir le futur roi des Français sur son systĂšme de gouvernement. Il dĂ©buta par un Ă©loge de la constitution amĂ©ricaine, que le prince n'adopta pas sans rĂ©serve, et que le gĂ©nĂ©ral modifia lui-mĂȘme en se bornant Ă  demander « un trĂŽne populaire entourĂ© d'institutions rĂ©publicaines Â».

Le duc d'Orléans parut accepter avec empressement ce programme, si célÚbre depuis sous le nom de Programme de l'hÎtel de ville, et qui défraya pendant plusieurs mois les illusions du patron de la nouvelle monarchie. Tandis que le prince, par une politique habile, s'appropriait ainsi les fruits d'une lutte à laquelle il n'avait point concouru, Charles X, lui déférait de son cÎté le titre de lieutenant général et abdiquait la couronne en faveur de son petit-fils.

Ces actes Ă©tant demeurĂ©s sans effet, la cour parut se disposer Ă  une lutte que le nombre et le dĂ©vouement des troupes qui l'entouraient la mettaient en Ă©tat de soutenir avec avantage. Des commissaires furent dĂ©pĂȘchĂ©s Ă  Rambouillet pour exhorter le roi Ă  s'Ă©loigner. Leurs instances ayant Ă©tĂ© vaines, on obtint du duc d'OrlĂ©ans la permission de provoquer cet Ă©loignement par une manifestation dĂ©cisive. La Fayette, qui parut prendre sur lui toute cette dĂ©monstration, fit battre le rappel dans Paris, et rĂ©unit cinq cents hommes dans chaque lĂ©gion de la garde nationale pour marcher sur Rambouillet. En un instant toute la capitale fut en rumeur. Il se forma aux Champs-ÉlysĂ©es un corps d'Ă  peu prĂšs dix mille hommes, dont le gĂ©nĂ©ral Pajol prit le commandement. Il choisit pour aide de camp Georges de Lafayette, fils du gĂ©nĂ©ral, et cette troupe, qui se grossit en route de cinq Ă  six mille volontaires, arriva dans la nuit aux environs de Rambouillet.

Le dĂ©part de la famille royale, dĂ©terminĂ© par des rapports sur l'importance de cette expĂ©dition populaire, prĂ©vint un engagement qui, selon toute apparence, eĂ»t Ă©tĂ© fatal aux agresseurs. La Fayette annonça au peuple de la capitale, dans un ordre du jour, cette victoire sans combat. La chambre Ă©lue sous Charles X ouvrit, dans les premiers jours d'aoĂ»t, la discussion qui abandonnait le principe de la lĂ©gitimitĂ©. Le parti rĂ©publicain, profondĂ©ment irritĂ© de l'issue des Ă©vĂ©nements, menaça de la troubler par des dĂ©sordres que les exhortations de La Fayette rĂ©ussirent Ă  prĂ©venir. Lui-mĂȘme n'y prit part que pour combattre l'hĂ©rĂ©ditĂ© de la pairie et pour lancer contre l'aristocratie nobiliaire quelques-uns de ces anathĂšmes qui lui Ă©taient familiers. Le 7 aoĂ»t, les deux chambres portĂšrent au duc d'OrlĂ©ans la rĂ©solution qui lui dĂ©fĂ©rait la couronne. Ce prince, cĂ©dant aux acclamations populaires, se montra sur le balcon du Palais-Royal, accompagnĂ© de La Fayette, qu'il embrassa arec effusion. Le gĂ©nĂ©ral parut profondĂ©ment Ă©mu : « VoilĂ , dit-il au peuple en lui montrant son nouveau roi, voilĂ  le prince qu'il nous fallait ; voilĂ  ce que nous avons pu faire de plus rĂ©publicain[84] ! Â» Il s'agit de savoir quel nom prendrait le nouveau roi.

Quelques-uns de ses conseillers avaient imaginé de l'appeler Louis XIX ou Philippe VII, afin de le rattacher d'une maniÚre continue à la chaßne des souverains de la troisiÚme race. La Fayette combattit cette idée si logique comme impliquant une pensée dangereuse de légitimité, et fit prévaloir son avis.

La cause orléaniste

La Fayette se rallia donc lui-mĂȘme Ă  la cause orlĂ©aniste et soutient Louis-Philippe, Ă  qui il donne la cocarde tricolore.

La Garde nationale

La Fayette retrouve le commandement de la Garde nationale pour quelques mois. Durant les premiers mois du rĂšgne de Louis-Philippe, le gĂ©nĂ©ral parut s'effacer en quelque sorte de la scĂšne politique pour se concentrer uniquement dans la rĂ©organisation de la garde nationale du royaume. Il retrouva pour cette opĂ©ration favorite le zĂšle et l'activitĂ© de ses jeunes annĂ©es. Dix-sept cent mille gardes nationaux, pourvus d'artillerie, reçurent par ses soins une institution rĂ©guliĂšre, il se montra fidĂšle Ă  ses principes en rendant Ă  cette milice citoyenne l'Ă©lection de ses principaux officiers. Journellement occupĂ© Ă  recevoir et Ă  haranguer des dĂ©putations dĂ©partementales, La Fayette n'aspirait Ă  aucune influence immĂ©diate sur la direction des affaires d'État, ni sur les modifications ministĂ©rielles qui, dans cette premiĂšre phase du nouveau gouvernement, se succĂ©dĂšrent avec rapiditĂ©.

Le procĂšs des ministres de Charles X

La garde joue un rÎle décisif pour maintenir le calme dans Paris en décembre 1830, à l'occasion du procÚs des ministres de Charles X.

Il appuyait la proposition de son ami, M. de Tracy, pour l'abolition de la peine de mort, proposition qui empruntait au prochain jugement des ministres de Charles X une gĂ©nĂ©reuse opportunitĂ©. Il dĂ©nonçait avec Ă©nergie le mouvement homicide qui, dans le courant d'octobre, avait conduit une troupe de perturbateurs autour du donjon de Vincennes, oĂč ils Ă©taient dĂ©tenus, mouvement auquel le gouverneur Daumesnil avait opposĂ© une Ă©nergique rĂ©sistance.

La dĂ©cision de ce procĂšs, fut pour l'Ă©tablissement du 7 aoĂ»t, un moment de crise redoutable. Sous le cri de : Mort aux ministres ! les agitateurs dĂ©guisaient Ă  peine le dessein de renverser le gouvernement qui s'Ă©tait rendu le bĂ©nĂ©ficiaire de la rĂ©volution de juillet. Les exhortations rĂ©pĂ©tĂ©es de La Fayette n'avaient inspirĂ© Ă  la garde nationale qu'une vigueur incertaine. L'effusion d'une goutte de sang pouvait livrer Paris et lĂ  France entiĂšre Ă  d'incalculables dĂ©sordres.

La Fayette s'appliqua sans relĂąche Ă  prĂ©venir cette collision redoutĂ©e ; il multiplia les prĂ©cautions et les ordres du jour, et fit circuler de nombreuses patrouilles. Cependant le palais du Luxembourg fut plusieurs fois sur le point d'ĂȘtre forcĂ© par la multitude ameutĂ©e. Le 21 dĂ©cembre, jour de la clĂŽture des dĂ©bats, on donna l'ordre de reconduire les prisonniers Ă  Vincennes, sage disposition destinĂ©e Ă  les soustraire Ă  l'exaspĂ©ration populaire, dans le cas prĂ©vu d'absence d'une condamnation capitale. Cet ordre fut exĂ©cutĂ© par les soins du comte de Montalivet ; ministre de l'intĂ©rieur, qui escorta les accuses au pĂ©ril de sa vie. Leur enlĂšvement produisit un mĂ©contentement dont l'explosion menaça pendant plusieurs heures le Palais-Royal.

Enfin La Fayette contribua, par la fermeté de ses dispositions et par son influence personnelle, à pacifier ce formidable conflit, et le roi lui écrivit à cette occasion une lettre pleine des témoignages de l'admiration que sa conduite lui avait inspirée. Affectées ou sincÚres, ces démonstrations touchaient à leur terme.

La loi sur la Garde nationale

Une fois ce cap passé, Louis-Philippe réalise le risque qu'il y a à conserver un tel instrument dans les mains de La Fayette, qu'il juge peu fiable. Le 24 décembre, à son instigation, la Chambre des députés adopte une loi qui supprime le titre de commandant de toutes les gardes nationales de la France, jugé contraire à la Charte de 1830[85]. Le roi, protesta de son ignorance personnelle, de la bonne volonté de ses ministres, et se flatta de faire revenir le général sur sa démission.

La Fayette donne sa dĂ©mission dĂšs le lendemain, non sans avoir rendu visite Ă  Louis-Philippe, qu'il menace de se retirer dans son chĂąteau de La Grange-BlĂ©neau :

– Et que ferez-vous sans l'appui de ma popularitĂ© ?
– Si vous retourniez Ă  La Grange ? Eh bien, je vous y laisserais ![86].

Cette courte correspondance amena bientÎt, entre le monarque et La Fayette, une explication dans laquelle celui-ci, donnant cours aux sentiments qu'il concentrait depuis longtemps, déclara au roi que la dissidence de leurs doctrines politiques et l'ombrage qu'inspirait son autorité ne lui permettaient pas d'en prolonger l'exercice.

La démission

Le roi n'Ă©pargna aucune sĂ©duction propre Ă  dĂ©sarmer son interlocuteur : il lui proposa le titre de commandant honoraire, que La Fayette avait prĂ©cĂ©demment refusĂ© comme une dĂ©coration insignifiante. Un peu piquĂ© de cette insistance : « Votre MajestĂ©, lui dit-le gĂ©nĂ©ral, se contenterait-elle d'ĂȘtre un roi honoraire ? Â» Le prĂ©sident du Conseil, Jacques Laffitte, et le ministre de l'IntĂ©rieur, Camille de Montalivet, lui-mĂȘme colonel de la garde nationale, cherchent Ă  trouver un compromis, mais La Fayette pose des conditions extravagantes : il veut la formation d'un nouveau ministĂšre oĂč n'entreraient que ses amis, la dissolution de la Chambre des dĂ©putĂ©s et l'abolition de l'hĂ©rĂ©ditĂ© de la pairie.

Louis-Philippe demanda vingt-quatre heures pour rĂ©flĂ©chir ; mais ce dĂ©lai n'ayant amenĂ© aucun changement dans les nĂ©gociations, La Fayette crut devoir se dĂ©pouiller dĂ©finitivement du pouvoir exorbitant dont il Ă©tait revĂȘtu.

Il rendit sa dĂ©mission publique par un ordre du jour du 27 dĂ©cembre, et dĂ©veloppa le mĂȘme jour Ă  la tribune de la chambre les motifs de sa dĂ©termination, en dĂ©clarant que si sa conscience d'ordre public Ă©tait satisfaite, il n'en Ă©tait pas de mĂȘme de sa conscience de libertĂ©. Le 26, il maintient sa dĂ©mission. Louis-Philippe en prend aussitĂŽt acte dans une brĂšve et sĂšche lettre de regret. « L'essentiel, constatera plus tard La Fayette, Ă©tait de passer sans encombre la grande crise du procĂšs des ministres. On m'aimait tant pendant ce temps-lĂ  ! Mais vous voyez qu'ensuite, on n'a pas perdu un jour. Â»[87]

Tout porte Ă  croire que le sacrifice de La Fayette Ă©tait depuis longtemps arrĂȘtĂ© dans l'esprit du roi. Mais Louis-Philippe commençait Ă  subir les consĂ©quences du mode accidentel de son Ă©lĂ©vation il ne pouvait se sĂ©parer impunĂ©ment des hommes qui y avaient concouru par leurs dĂ©marches de leur condescendance. L'Ă©loignement de La Fayette, suivi bientĂŽt de celui de Dupont de l'Eure et de Laffitte, lui fut reproche comme un acte Ă©clatant d'ingratitude, et cette triple sĂ©paration consomma sa rupture avec le parti dĂ©mocratique, dont les derniers Ă©vĂ©nements avaient naturellement accru les forces et les exigences.

L'opposition parlementaire

Rendu Ă  une existence purement parlementaire, La Fayette reprit Ă  l'extrĂȘme gauche de la Chambre la place qu'il avait occupĂ©e durant la restauration, et il ne tarda pas Ă  redevenir le principal chef de l'opposition. Ainsi peu Ă  peu il subit, ainsi que ses amis politiques, la loi qui veut que tout ce qui procĂšde de la violence n'ait pas de durĂ©e. Cet homme, qui avait dĂ©fait un roi et en avait fait un autre, se retrouva membre toujours mĂ©content de l'extrĂȘme opposition Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s.

Le (mot manquant) agressif de La Fayette présenta pour caractÚre essentiel son application à la politique extérieure du gouvernement. Le parti démocratique, qui aspirait généralement à l'annulation des onéreux traités de 1814 et de 1815, était divisé sur les moyens d'y parvenir. Une fraction notable, excluant toute agression décidée, se prononçait pour un systÚme qui garantßt aux peuples le libre développement de leurs forces, C'était le systÚme de la non-intervention entendue dans son acception la plus absolue. Cette opinion fut celle de La Fayette, et, bientÎt avec lui celle du ministÚre installé le 3 novembre sous la présidence de Laffitte.

La politique européenne

Mais les événements postérieurs firent voir combien, d'accord sur le principe, ils différaient sur l'application. La révolution belge, qui éclata à la fin d'août, fut le premier contrecoup de la française. La Fayette refusa dignement la royauté de ce peuple et l'exhorta, à porter son choix sur un de ses citoyens.

Son dĂ©sir secret Ă©tait que la Belgique se constituĂąt en rĂ©publique fĂ©dĂ©rative, de maniĂšre Ă  former une Suisse septentrionale dans l'alliance intime et sous la garantie immĂ©diate de la France. L'insurrection polonaise, qui suivit de prĂšs, excita ses vives sympathies. Par des documents dont le cabinet essaya vainement d'infirmer la valeur il Ă©tablit que l'effet de ce mouvement avait Ă©tĂ© de retenir sur les bords de la Vistule les armĂ©es russes prĂȘtes Ă  envahir le territoire français. Ou sait que ses efforts n'aboutirent qu'au vƓu stĂ©rile du maintien de la nationalitĂ© polonaise, formulĂ© depuis 1831 dans toutes les communications des chambres avec le roi.

La Fayette obtint du ministĂšre la reconnaissance des nouveaux États de l'AmĂ©rique ; mais sa politique fut moins heureuse Ă  l'Ă©gard des insurgĂ©s espagnols, avec lesquels il entretenait Ă©galement des rapports depuis la junte insurrectionnelle de 1823. Ferdinand VII s'Ă©tant, dans le principe, obstinĂ©ment refusĂ© Ă  reconnaĂźtre la royautĂ© de Louis-Philippe, le cabinet français prĂȘta d'abord une oreille complaisante aux instigations propagandistes du patriarche de la dĂ©mocratie europĂ©enne ; des fonds furent distribuĂ©s aux insurgĂ©s ; mais le gouvernement espagnol ayant menacĂ© d'encourager, de son cĂŽtĂ©, des rassemblements d'Ă©migrĂ©s royalistes sur les frontiĂšres mĂ©ridionales françaises, ces rebelles, livrĂ©s Ă  eux-mĂȘmes, Ă©chouĂšrent dans deux tentatives dĂ©sespĂ©rĂ©es. Enfin, le peu de succĂšs des insurrections de ModĂšne et de Bologne, auxquelles La Fayette avait procurĂ© les encouragements et l'appui du ministĂšre, lui apporta bientĂŽt des dĂ©ceptions encore plus cuisantes.

Politique intérieure

La dĂ©fection dont le cabinet se rendit coupable en cette occasion fut un des textes sur lesquels l'hostilitĂ© parlementaire de La Fayette s'exerça avec le plus d'avantage et de fondement. Il ne nĂ©gligeait d'ailleurs aucune occasion de censurer en mĂȘme temps le systĂšme de politique intĂ©rieure adoptĂ© par le gouvernement. L'imprudente dĂ©monstration du 14 fĂ©vrier, dans l'Ă©glise de Saint-Germain-l'Auxerrois, l'amena Ă  exposer ouvertement Ă  la tribune l'esprit dĂ©mocratique dans lequel il supposait que la rĂ©volution de juillet s'Ă©tait accomplie, et la marche qu'elle lui semblait devoir suivre. Mais il blĂąma vivement les profanateurs de ce temple et les dĂ©molisseurs de l'archevĂȘchĂ©, et fit offrir au prĂ©lat fugitif un asile dans son propre hĂŽtel. Il s'indigna aussi de l'acte de condescendance du roi, qui, dans un vif effroi, avait fait disparaĂźtre ses armes des Ă©difices de la capitale. Ce fut dans ces circonstances que C. Perier saisit d'une main ferme les rĂȘnes flottantes du pouvoir, et son premier soin fut la dissolution de la chambre.

La Fayette crut devoir adresser Ă  ses Ă©lecteurs un compte dĂ©taillĂ© de ses travaux parlementaires. Il y rendait un Ă©clatant hommage Ă  la derniĂšre rĂ©volution, mais il y dĂ©criait avec amertume la direction suivie par le rĂ©gime qui en Ă©tait issu, et invoquait, pour, en affirmer la violation, ce prĂ©tendu programme de l'hĂŽtel de ville, auquel ses illusions seules avaient prĂȘtĂ© quelque consistance. Ce manifeste agressif causa Ă  la cour un profond mĂ©contentement et consomma la scission personnelle du gĂ©nĂ©ral avec le roi[88]. La compression momentanĂ©e du parti dĂ©magogique et l'attitude plus dĂ©cidĂ©e de l'administration ne dĂ©couragĂšrent point ses efforts. Lors de la seconde insurrection des Espagnols, en 1832, il flĂ©trit avec Ă©nergie l'Ă©pithĂšte de factieux qui leur avait Ă©tĂ© donnĂ©e dans une note diplomatique.

La Fayette combattit hautement l'hérédité déjà pairie, et fit rayer du Code pénal l'article qui punissait l'usurpation des titres nobiliaires. Ce fut lui qui, aprÚs la session de 1832, fßt adopter aux députés de l'opposition l'idée d'exprimer, sous la forme d'un compte rendu, leurs idées sur la politique intérieure et extérieure. Trois jours avant la publication de cette piÚce, le chef du ministÚre, C. Perier, était mort sans avoir assisté au rétablissement de l'ordre, auquel il avait immolé son repos et prodigué l'énergie de son caractÚre.

Les funĂ©railles du gĂ©nĂ©ral Lamarque, qui eurent lieu peu de jours aprĂšs, devinrent le signal des troubles les plus sĂ©rieux qui, depuis les journĂ©es de juillet, eussent ensanglantĂ© la capitale. La Fayette assistait Ă  ces obsĂšques, et il venait de prononcer une allocution sur la tombe du gĂ©nĂ©ral, lorsque l'apparition subite d'un bonnet rouge au milieu de l'innombrable cortĂšge mit toute la population en rumeur. Des cris sĂ©ditieux furent profĂ©rĂ©s. Quelques hommes suspects s'approchĂšrent du gĂ©nĂ©ral et l'exhortĂšrent Ă  se rendre Ă  l'hĂŽtel de ville en lui offrant ce symbole : mais il le repoussa avec dĂ©dain monta en voiture et se fit conduire Ă  son hĂŽtel sous l'escorte d'une populace menaçante. L'insurrection avait pris des proportions formidables. Un grand nombre de dĂ©putĂ©s de l'opposition se rĂ©unit le soir chez Laffitte, et l'on dĂ©libĂ©ra sur les moyens propres Ă  arrĂȘter l'effusion du sang. La Fayette combattit sans succĂšs l'idĂ©e d'une dĂ©putation au roi et refusa d'en faire partie. Il accompagna ce refus de quelques mĂ©morables paroles de douleur sur les infructueux efforts qu'il avait faits, aux deux plus grandes Ă©poques de sa vie, pour rĂ©soudre le problĂšme d'une monarchie assise sur les bases de la souverainetĂ© nationale.

InformĂ© qu'on l'inculpait d'avoir reçu le bonnet rouge et qu'on parlait de l'arrĂȘter, La Fayette demeura quelques jours Ă  Paris, pour regarder en face, dit-il : le gouvernement de l'Ă©tat de siĂšge ; puis il regagna sa terre de la Grange, un peu Ă©tonnĂ© que ce retour au plus complet arbitraire n'eĂ»t pas excitĂ© plus d'Ă©motion dans les esprits. Il se dĂ©mit aussitĂŽt de ses fonctions de maire et de conseiller municipal, ne voulant, dit-il, conserver aucun rapport avec la contre-rĂ©volution de 1830.

Lors du premier attentat sur la personne de Louis-Philippe, en novembre 1832, il refusa de se joindre Ă  ceux de ses collĂšgues qui se rendirent aux Tuileries, objectant que depuis le dĂ©menti donnĂ© par le roi au programme de l'hĂŽtel de ville, sa place ne lui paraissait plus lĂ . Dans la session de 1833, il parla sur la loi d'organisation dĂ©partementale, et appuya la demande d'une pension au profit des vainqueurs de la Bastille. La police ayant arrĂȘtĂ© dans sa terre mĂȘme de la Grange, et presque sous ses yeux, le rĂ©fugiĂ© polonais Joachim Lelewel, auquel il donnait asile, il se plaignit vivement de ce procĂ©dĂ© inouĂŻ, dit-il, sous la restauration elle-mĂȘme, et contraignit le ministre de l'IntĂ©rieur Ă  dĂ©savouer cet acte de brutalitĂ©.

La mort de La Fayette

La discussion de l'adresse au TrÎne, en janvier 1834, fut le dernier débat parlementaire auquel La Fayette prit part. Une maladie de vessie, dont il avait recueilli le germe aux obsÚques de l'infortuné Dulong, s'aggrava rapidement et le ravit, le 20 mai 1834, dans sa 77e année.

Son cercueil fut accompagnĂ© Ă  l'Ă©glise de l'Assomption par un nombreux cortĂšge, qui se composait de l'Ă©lite des deux chambres, des acadĂ©mies, de l'administration civile et militaire, de la garde nationale et des Ă©trangers alors Ă  Paris. Étroitement surveillĂ©es par l'armĂ©e, malgrĂ© les protestations de la gauche, ses obsĂšques ne donnent lieu Ă  aucune manifestation rĂ©publicaine, le parti rĂ©publicain venant d'ĂȘtre dĂ©capitĂ© Ă  la suite de la seconde rĂ©volte des Canuts Ă  Lyon en avril.

Des reprĂ©sentants choisis dans chacun de ces corps et dans la lĂ©gation des États-Unis portaient les coins du drap mortuaire. AprĂšs la cĂ©lĂ©bration du service religieux, le convoi, suivi d'une foule immense, se dirigea vers le cimetiĂšre de Picpus, Ă  Paris le 22 mai, oĂč, suivant son dĂ©sir, le gĂ©nĂ©ral fut inhumĂ© Ă  cĂŽtĂ© de sa femme. La terre utilisĂ©e pour l'enterrer Ă©tait partiellement venue d'AmĂ©rique, spĂ©cialement envoyĂ©e pour cet usage. Les deux chambres du congrĂšs amĂ©ricain lui dĂ©cernĂšrent les mĂȘmes honneurs funĂšbres qu'au prĂ©sident George Washington.

Jusqu'Ă  la fin de la session, les salles des sĂ©ances furent tendues de noir, et MM. John Quincy Adams, Edward Everett, J. Upham et le gĂ©nĂ©ral Tailmadge prononcĂšrent son Ă©loge en prĂ©sence de tous les corps de l'État.

« M. de La Fayette vient de mourir, commente dans ses Souvenirs la duchesse de MaillĂ©, personnalitĂ© lĂ©gitimiste mais dotĂ©e d'une perspicacitĂ© peu commune. Le hĂ©ros des deux mondes est allĂ© dans le troisiĂšme. Sa mort n'a fait aucun effet politique. Il Ă©tait devenu incommode et inutile Ă  son parti, il Ă©tait odieux aux autres, son rĂŽle Ă©tait fini. Â»[89]

Hommages et événements

Peu d'hommes ont Ă©tĂ© plus diversement apprĂ©ciĂ©s que La Fayette. ExaltĂ© tour Ă  tour comme l'Ă©mule de Washington et comme le glorieux promoteur de la rĂ©gĂ©nĂ©ration française, il ne fut, au dire de NapolĂ©on « qu'un niais sans talents civils ni militaires, un esprit bornĂ©, un caractĂšre dissimulĂ©[90] Â», et de Chateaubriand « qu'une espĂšce de monomane, Ă  qui l'aveuglement tenait lieu de gĂ©nie[91]. Â».

« Qui l'avait observĂ©, disait madame de StaĂ«l, pouvait savoir d'avance avec certitude ce qu'il ferait dans toute occasion[92]. Â»

Aux États-Unis

Aux États-Unis, une montagne, sept comtĂ©s et quarante localitĂ©s portent le nom de Lafayette[93].

Auguste Bartholdi sculpta une statue de La Fayette Ă  la fin du XIXe siĂšcle pour la ville de New York. InaugurĂ©e en 1876, elle se trouve aujourd'hui dans Union Square Park.

Le rÎle du marquis de La Fayette dans l'histoire de l'indépendance américaine est consacré de longue date à Washington, par un square à son nom, avec, à l'une des quatre extrémités, sa statue, devant la Maison Blanche.

Tous les ans, le 4 juillet (jour de la Saint-Florent, anniversaire de la DĂ©claration d'indĂ©pendance des États-Unis), en signe de reconnaissance, l'ambassadeur des États-Unis en France dĂ©pose une gerbe de fleurs sur sa tombe, au cimetiĂšre de Picpus, Ă  Paris.

Lafayette Square est le parc de la ville de Los Angeles.

De plus, le 8 aoĂ»t 2002, il a Ă©tĂ© Ă©levĂ© Ă  titre posthume citoyen d'honneur des États-Unis d'AmĂ©rique[93], un privilĂšge rare, n'ayant Ă©tĂ© accordĂ© auparavant qu'Ă  cinq reprises dans l'histoire amĂ©ricaine.

Il est, avec Churchill, l'Ă©tranger le plus populaire et le plus reconnu aux États-Unis.

En France

À Paris, une rue porte le nom de La Fayette[93] ; par rĂ©fĂ©rence toponymique, c'est Ă©galement le cas d'un hĂŽtel et d'un grand magasin (les Galeries Lafayette). La cĂ©lĂ©britĂ© de ce magasin a pour fĂącheuse consĂ©quence la dysorthographie frĂ©quente : Lafayette au lieu de La Fayette. De nombreux lycĂ©es portent aussi son nom.

Lors de sa visite aux États-Unis en novembre 2007, le prĂ©sident français Nicolas Sarkozy a Ă©voquĂ© La Fayette dans son discours au CongrĂšs amĂ©ricain[93]. En 2007 s'est ouverte une polĂ©mique sur le transfert au PanthĂ©on des cendres de La Fayette. Nicolas Sarkozy Ă©tait pour, Jean-NoĂ«l Jeanneney Ă©tait contre car il dĂ©crivait le personnage de La Fayette comme un monarchiste qui n'a jamais eu des idĂ©es rĂ©publicaines. Cependant, l'Ă©crivain Gonzague Saint-Bris (auteur d'une biographie sur La Fayette) rĂ©pliquait ensuite dans la presse que "les hommes d’exception ont toujours servi l’intĂ©rĂȘt de la France plus que celui d’un rĂ©gime, que ce soit au temps de la monarchie ou de la rĂ©publique"[93].

Anecdotes

  • Mirabeau, son principal adversaire au sein du « parti patriote Â», l'avait surnommĂ© « Gilles CĂ©sar Â», en rĂ©fĂ©rence au dictateur Romain.
  • Lors de leur dĂ©barquement en France en 1917, le gĂ©nĂ©ral Pershing, gĂ©nĂ©ral en chef des armĂ©es amĂ©ricaines se serait exclamĂ© : « La Fayette nous voilĂ  ! Â». Cette citation a en fait Ă©tĂ© inventĂ©e par Gaston Leroux, qui n'avait pu assister au discours et l'avait donc reprise pour son article. Elle fut en fait dite par l'aide de camp du gĂ©nĂ©ral, le colonel Stanton[93] lors d'une cĂ©rĂ©monie organisĂ©e le 4 juillet 1917 en France.
  • La premiĂšre unitĂ© composĂ©e de volontaires amĂ©ricains fut l'escadrille aĂ©rienne La Fayette, avant mĂȘme l'entrĂ©e en guerre officielle des États-Unis.
  • Au mois de juin 2007, la frĂ©gate furtive La Fayette de la Marine Nationale s'est rendue aux États-Unis pour la commĂ©moration du 250e anniversaire de la naissance du Marquis.

Voir aussi

Notes et références

  1. ↑ Joseph Gagnaire, Les Fortifications mĂ©diĂ©vales de l'arrondissement d'Ambert et ses abords, Éditions ACVAM, Issoire, 2002.
  2. ↑ Lui-mĂȘme raconte qu'en traçant, dans ses compositions scolastiques, la description du cheval, il n'omettait pas de dire que ce noble animal « se cabrait sous la verge du cavalier Â»[rĂ©f. souhaitĂ©e].
  3. ↑ Jean Louis Paul François de Noailles, duc d’Ayen (1739-1824), gĂ©nĂ©ral et chimiste, membre de l’AcadĂ©mie des Sciences (1777), fils du marĂ©chal, duc de Noailles[rĂ©f. souhaitĂ©e].
  4. ↑ Correspondance entre Mirabeau et le comte de Lamarck, t. 2, p. 26 [rĂ©f. nĂ©cessaire].
  5. ↑ François Devoucoux du Buysson, Lafayette, gĂ©nie de la communication, in catalogue de l'exposition Obama Ă  Lafayette, MB Éditions, mars 2009.
  6. ↑ «La nation Ă©tait loin d'ĂȘtre prĂȘte pour les Ă©ventualitĂ©s. Un esprit de lassitude et d'Ă©goĂŻsme rĂ©gnait dans le peuple. L'armĂ©e, mal disciplinĂ©e et mal payĂ©e, Ă©tait trĂšs-inquiĂšte. Les milices de Pennsylvanie et de New-Jersey s'Ă©taient rĂ©voltĂ©es au commencement de l'annĂ©e. Le gouvernement Ă©tait encore impuissant, la ConfĂ©dĂ©ration faible, le CongrĂšs inerte, quoique existant toujours. Quand on lit que ce corps Ă©tait prĂȘt Ă  livrer le Mississipi Ă  l'Espagne, bien plus, Ă  abandonner la reconnaissance expresse de l'IndĂ©pendance de l'AmĂ©rique, comme le prĂ©liminaire indispensable des nĂ©gociations avec la Grande-Bretagne, quand on lit cela, on peut bien se figurer qu'il y avait quelques prĂ©paratifs pour se soumettre aux exigences du moment. Le baron allemand de Steuben, qui rassemblait des troupes en Virginie au moment de l'invasion, fut rejoint aprĂšs par La Fayette, dont les troupes avaient Ă©tĂ© habillĂ©es pendant la marche aux frais de celui-ci. Sur mer, la flotte française Ă©tait occupĂ©e Ă  dĂ©fendre les cĂŽtes contre les envahisseurs. Il semble que les Ă©trangers Ă©taient les seuls dĂ©fenseurs de la Virginie et de l'AmĂ©rique.» Manual of United States History, de Samuel Eliot. Boston, 1856, 258.
  7. ↑ MĂ©moires, Correspondance et Manuscrits du gĂ©nĂ©ral Lafayette publiĂ©s par sa famille, Londres, 1837.
  8. ↑ (en) Robin A. Waterfield, Hidden Depths. The Story of Hypnosis, Routledge, 2003, p. 132.
  9. ↑ (en) Robin A. Waterfield, Hidden Depths. The Story of Hypnosis, Routledge, 2003, p. 133.
  10. ↑ Plus d'une fois le Cincinnatus amĂ©ricain essaya de tempĂ©rer, par les inspirations de sa haute prudence, l'entraĂźnement de La Fayette vers d'inapplicables thĂ©ories. Mais que pouvaient les froides leçons de l'expĂ©rience contre le torrent irrĂ©sistible des circonstances et contre cette insatiable ambition de popularitĂ©, Ă  laquelle son illustre ami s'Ă©tait montrĂ© insensible aprĂšs tant d'Ă©minents services rendus Ă  sa patrie ![rĂ©f. souhaitĂ©e]
  11. ↑ Qui, semblait toujours autoriser l'emploi de la violence pour faire prĂ©valoir une opinion, une volontĂ©, un intĂ©rĂȘt particulier sur les constitutions fondamentales de la sociĂ©tĂ©. M. de Barante, de la DĂ©claration des droits, etc., 1849
  12. ↑ Son rĂŽle Ă  ce poste pendant la RĂ©volution reste Ă©nigmatique.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  13. ↑ «Cette cocarde, dit-il, fera le tour du monde. Â»
  14. ↑ Voir, dans la Revue des Deux Mondes du 15 juin 1851, le travail de M. de Valon sur le prĂ©tendu complot du marquis de Favras.
  15. ↑ Cette proposition, extraite d'un mĂ©moire sur les Ă©tats gĂ©nĂ©raux, publiĂ© en 1788 par le comte d'Entraigues. La maxime insurrectionnelle de La Fayette justifiait implicitement les rĂ©cents excĂšs des 5 et 6 octobre, et tendait Ă  encourager de nouveaux dĂ©sordres. Cette maxime est devenue par la suite en quelque sorte la prĂ©face habituelle de toutes les rĂ©volutions du XIXe siĂšcle
  16. ↑ On le vit plus d'une fois exposer sa vie pour faire rentrer dans l'ordre une multitude Ă©chappĂ©e au frein des lois, mais dont les grands mouvements, dit M. Lacretelle, « conservaient toujours pour son esprit fascinĂ© quelque chose de sublime et de sacrĂ©. Â»
  17. ↑ Le retour apparent de La Fayette aux idĂ©es monarchiques n'inspirait aucune confiance Ă  Marie-Antoinette, bien qu'il s'efforçùt de la persuader par le ton d'une austĂšre franchise : Si je croyais, lui disait-il, que la destruction de la royautĂ© fĂ»t utile Ă  mon pays, je ne balancerais pas ; car ce qu'on appelle les droits d'une famille au trĂŽne n'existe pas pour moi ; mais il m'est dĂ©montrĂ© que, dans les circonstances actuelles, l'abolition de la royautĂ© constitutionnelle serait un malheur public[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  18. ↑ AprĂšs avoir brisĂ© les meubles qui garnissaient le fort, le peuple commençait la dĂ©molition des parapets de la plate-forme, lorsque le gĂ©nĂ©ral accourut Ă  la tĂȘte des grenadiers de la garde nationale. Il fut accueilli par les cris : A bas La Fayette ! et ces cris furent rĂ©pĂ©tĂ©s par une partie des grenadiers mĂȘme qui marchaient Ă  sa suite. La Fayette ordonna aux perturbateurs de sortir des rangs ; sa voix fut mĂ©connue.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  19. ↑ parmi lesquels il pouvait reconnaĂźtre plusieurs parents ou d'anciens amis[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  20. ↑ Cette conduite, soit qu'elle fĂ»t motivĂ©e par un vain amour de popularitĂ©, ou par le dĂ©sir de calmer les passions de la multitude, a Ă©tĂ© amĂšrement reprochĂ©e Ă  La Fayette.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  21. ↑ RamenĂ© tardivement Ă  des sentiments conservateurs par les libĂ©ralitĂ©s de la cour et par la perspective des catastrophes qui menaçaient la sociĂ©tĂ©, le tribun avait fait adjurer sans succĂšs La Fayette d'en dĂ©tourner l'explosion par l'alliance de leurs forces communes. Un fait, prĂ©parĂ©, a-t-on dit, par ses derniers conseils, vint constater ouvertement l'Ă©tat de captivitĂ© du monarque.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  22. ↑ Le soir mĂȘme de l'Ă©vasion, le gĂ©nĂ©ral dĂ©clarait Ă  Bailly que les issues des Tuileries Ă©taient tellement gardĂ©es qu'une souris n'en pourrait sortir. Histoire de l'Ă©vĂšnement de Varennes, par M. le comte de SĂšze, 1843.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  23. ↑ La Fayette s'applaudit, dans ses MĂ©moires, que l'exĂ©cution de cet ordre n'ait Ă©tĂ© d'aucune influence sur l'arrestation des augustes fugitifs. MalgrĂ© la contrariĂ©tĂ© secrĂšte que lui causait ce rĂ©sultat, il fit bonne contenance, et contribua Ă  protĂ©ger contre la fureur populaire les trois gardes du corps qui avaient servi de courriers Ă  la famille royale ; ces militaires comme on sait, arrivĂšrent Ă  Paris exposĂ©s sur le siĂšge de la voiture dans laquelle elle y fit son entrĂ©e.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  24. ↑ Il trouva le roi trĂšs calme, « Votre MajestĂ©, lui dit-il, connaĂźt mon attachement pour elle ; mais je ne lui ai pas laissĂ© ignorer que si elle sĂ©parait sa cause de celle du peuple, je resterais du cĂŽtĂ© du peuple. Cela est vrai, rĂ©pondit Louis XVI, vous avez suivi vos principes. Jusqu'Ă  ces derniers temps, j'avais cru ĂȘtre dans un tourbillon de gens de votre opinion, dont vous m'entouriez Ă  dessein ; j'ai bien reconnu dans ce voyage que je m'Ă©tais trompĂ©, et que c'est aussi l'opinion de la France.-Votre MajestĂ©, reprit La Fayette, a-t-elle quelques ordres Ă  me donner? - II me semble, rĂ©pondit en souriant le monarque, que je suis plus Ă  vos ordres que vous n'ĂȘtes aux miens. Â»[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  25. ↑ Dans ses MĂ©moires, auxquels nous avons empruntĂ© la plupart des dĂ©tails qui prĂ©cĂšdent, on lit qu'il s'efforça de concilier les tristes devoirs de son ministĂšre avec les Ă©gards dus aux illustres captifs. On ne peut se dissimuler toutefois que la dĂ©marche de Louis XVI n'eĂ»t jetĂ© une certaine irritation dans son esprit, et cette disposition ne demeura probablement pas Ă©trangĂšre Ă  la rigueur des prĂ©cautions qu'il employa pour couvrir sa responsabilitĂ© dans ces graves conjonctures. Il se fit communiquer la liste des personnes que la cour dĂ©sirait recevoir, et il assujettit tous les visiteurs Ă  un minutieux contrĂŽle. Il ne fit rendre Ă  Louis XVI aucun des honneurs dus Ă  la royautĂ©, sous prĂ©texte que ce prince, par son manifeste adressĂ© Ă  l'assemblĂ©e, avait abdiquĂ© son droit constitutionnel pour rĂ©clamer le droit divin. Ces prĂ©cautions furent excĂ©dĂ©es, comme il arrive toujours, par les agents placĂ©s sous les ordres du gĂ©nĂ©ral, et la position de la famille royale devint de plus en plus intolĂ©rable. Moins libre que le dernier de ses sujets, le roi ne conservait que la facultĂ© de se promener le matin dans les Tuileries, avant que le jardin fĂ»t ouvert au public.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  26. ↑ La garde nationale lui offrit une Ă©pĂ©e Ă  garde d'or avec cette inscription : A. La Fayette, l'armĂ©e parisienne reconnaissante. Une pĂ©tition adressĂ©e Ă  l'assemblĂ©e sollicita pour lui une indemnitĂ© proportionnĂ©e aux sacrifices qu'il s'Ă©tait imposĂ©s, et la municipalitĂ© de Paris frappa une mĂ©daille en son honneur et lui fit prĂ©sent d'une statue en marbre de Washington, chef-d'Ɠuvre du sculpteur Houdon, « afin, dit-elle, qu'il eĂ»t toujours sous les yeux celui qu'il avait si glorieusement imitĂ©. Â»
  27. ↑ Deux armes importantes dont il avait Ă©tudiĂ© l'emploi dans son voyage de Prusse, en 1785.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  28. ↑ C'est lors de cette journĂ©e que Louis XVI but une bouteille de vin rouge proposĂ©e par un manifestant, et marcha dans une bouse de vache pour montrer qu'il Ă©tait « comme le peuple Â»). Marie-Antoinette, qui ne pouvait plus le souffrir, dira de lui : « Je sais bien que M. de La Fayette nous protĂšge. Mais qui nous protĂ©gera de M. de La Fayette ? Â»)[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  29. ↑ Guadet, reprenant le ton de l'ironie, attribua la prĂ©sence du gĂ©nĂ©ral Ă  la disparition des ennemis extĂ©rieurs ; et, rentrant dans le vrai, il blĂąma sa dĂ©marche comme un acte d'infraction Ă  la discipline, et de dĂ©sobĂ©issance envers la constitution. Il fit Ă©chouer les efforts du gĂ©nĂ©ral. Ramond dĂ©fendit hautement le gĂ©nĂ©ral, et une majoritĂ© de cent voix fit adopter l'ordre du jour.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  30. ↑ Parmi les plans conçus pour le salut du roi, il en existait un auquel La Fayette avait promis son concours, et dont l'exĂ©cution n'offrait rien qui excĂ©dĂąt les limites de la constitution : le monarque devait annoncer Ă  l'assemblĂ©e le projet de se retirer Ă  CompiĂšgne, oĂč le gĂ©nĂ©ral se disposait Ă  l'entourer d'une force suffisante ; il devait ensuite adresser Ă  ses frĂšres et aux Ă©migrĂ©s une proclamation pour les exhorter Ă  marcher contre l'ennemi commun, et rentrer dans Paris quand ces dispositions auraient dĂ©concertĂ© les espĂ©rances coupables et ramenĂ© le calme dans les esprits.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  31. ↑ Peut-ĂȘtre aussi n'Ă©tait-il plus temps. La coalition venait de mettre en mouvement une nombreuse armĂ©e, et les ennemis de l'intĂ©rieur pressaient de plus en plus, dans son Ă©troit asile, le trĂŽne constitutionnel. Les derniĂšres dĂ©marches de La Fayette Ă©taient devenues le signal d'agressions multipliĂ©es contre lui.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  32. ↑ Le premier demanda qu'il fĂ»t fait un rapport spĂ©cial sur la conduite de La Fayette, et le second s'Ă©leva amĂšrement contre l'audacieux militaire qui se croyait le chef d'une faction dont il n'Ă©tait que l'instrument, et sans vouloir, dit-il, comparer La Fayette Ă  CĂ©sar, il rappela que, lorsque du fond des Gaules, ce conquĂ©rant dicta des leçons au sĂ©nat, il Ă©tait bien prĂšs de passer le Rubicon. Â» Le gĂ©nĂ©ral fut dĂ©fendu avec chaleur par Mathieu Dumas, qui s'Ă©cria que La Fayette ne « serait pas digne d'ĂȘtre appelĂ© le hĂ©ros de la libertĂ©, si, comme Washington, son frĂšre d'armes et son modĂšle, il ne buvait jusqu'Ă  la lie le calice de l'ingratitude populaire. Â» Un obscur orateur, TornĂ©], Ă©vĂȘque constitutionnel, attaqua, avec un surcroĂźt de violence « le hĂ©ros des deux mondes, Â» comme l'appelaient alors ses partisans, et Condorcet le compara Ă  Monk, « sacrifiant Ă  son roi la libertĂ© qu'il avait d'abord servie. Â»[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  33. ↑ Gobet, Ă©vĂȘque constitutionnel de Paris, reçut Luckner Ă  dĂźner chez lui, et extorqua Ă  ce vieillard, au milieu d'une orgie, en prĂ©sence de six dĂ©putĂ©s jacobins, l'aveu que La Fayette lui avait fait proposer par Bureaux de Pusy, de marcher avec leurs corps d'armĂ©e, non contre l'ennemi, mais contre l'assemblĂ©e nationale. Cette intrigue Ă©choua devant les dĂ©nĂ©gations Ă©crites de Luckner, et surtout devant un dĂ©menti formel de Bureaux de Pusy, qui s'expliqua Ă  la barre de l'assemblĂ©e avec beaucoup de prĂ©cision et d'Ă©nergie.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  34. ↑ Taine, les origines de la France contemporaine L'ancien rĂ©gime, La rĂ©volution, L'anarchie, la conquĂȘte jacobine, page 691, de l'Ă©dition de 1986, Bouquin chez Robert Laffont (ISBN 2-221-05186-6) (tome 1)
  35. ↑ Le gĂ©nĂ©ral rĂ©pondit fiĂšrement « qu'il ne supposait pas que personne lui adressĂąt des questions auxquelles il ne jugerait pas convenable de rĂ©pondre. Â» Un ordre supĂ©rieur ayant prescrit au gĂ©nĂ©ral autrichien Chasteler de s'emparer du trĂ©sor de l'armĂ©e, qu'on supposait Ă  la disposition de La Fayette : « Sans doute, dit froidement celui-ci, Leurs Altesses ImpĂ©riales, Ă  ma place, l'eussent emportĂ©. Â»[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  36. ↑ Qui se terminait ainsi : L'aristocratie et le despotisme sont frappĂ©s Ă  mort, et mon sang, criant vengeance, donnera Ă  la libertĂ© de nouveaux dĂ©fenseurs. Â» Le duc de Saxe-Teschen, oncle de l'empereur, Ă  qui La Fayette avait fait demander un passeport, rĂ©pondit que « puisque le chef de l'insurrection française Ă©tait tombĂ© entre les mains des princes alliĂ©s, on le garderait jusqu'Ă  ce que son souverain, dans sa clĂ©mence ou dans sa justice, eĂ»t dĂ©cidĂ© de son sort. Â»[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  37. ↑ On lui promit d'adoucir sa captivitĂ© s'il voulait donner des plans contre la France. Ayant rĂ©pondu avec mĂ©pris Ă  cette proposition, il fut jetĂ© sur une charrette et transfĂ©rĂ© Ă  Magdebourg[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  38. ↑ Comme, en les installant, on Ă©loignait d'eux, tous les objets qui pouvaient servir au suicide, le gĂ©nĂ©ral fit observer qu'il n'Ă©tait pas assez prĂ©venant pour se tuer.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  39. ↑ L'assemblĂ©e lĂ©gislative confisquait tous ses biens, et la commune de Paris faisait briser, par la main du bourreau, le coin de la mĂ©daille frappĂ©e en son honneur...[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  40. ↑ À cette sĂ©vĂ©ritĂ© se joignaient une alimentation repoussante, la privation, complĂšte d'encre, de plumes, de meubles de propretĂ©, l'abrĂ©viation des soirĂ©es d'hiver et la prolongation des nuits par une obscuritĂ© rigoureuse, l'absence de tous Ă©gards de la part de leurs gardiens, une foule de vexations mutiles, et jusqu'au remplacement de leurs noms par de simples numĂ©ros.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  41. ↑ En apprenant le massacre de La Rochefoucauld, son ami, La Fayette Ă©crivit que, sans cesser de regarder comme sacrĂ©e la cause du peuple, le charme Ă©tait dĂ©truit.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  42. ↑ Chantal de Tourtier-Bonazzi, article La Fayette du Dictionnaire NapolĂ©on (direction Jean Tulard), tome 2, Ă©dition 1999, p 132.
  43. ↑ NapolĂ©on interdit que le nom de La Fayette soit citĂ© lors de l'Ă©loge funĂšbre de George Washington aux Invalides le 8 fĂ©vrier 1800
  44. ↑ A son retour de Marengo, il accueillit le gĂ©nĂ©ral avec bienveillance. « Vous avez-dĂ», dit-il Ă  La Fayette, trouver les Français bien refroidis pour la libertĂ© ; les boutiquiers de Paris n'en veulent plus. Â» Le gĂ©nĂ©ral rĂ©pondit que les Français Ă©taient encore en Ă©tat de la recevoir et qu'ils l'attendaient de lui.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  45. ↑ Celui-ci s'Ă©tait expliquĂ© avec la libertĂ© habituelle Ă  son langage y aussi, quelqu'un l'ayant accusĂ©, en prĂ©sence du premier Consul, de fronder, son gouvernement : « Laissez donc, rĂ©pondit celui-ci, il n'en dira pas plus qu'il' ne m'en a dit Ă  moi-mĂȘme ! Â»[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  46. ↑ Le texte suivant reflĂšte l'opinion de NapolĂ©on sur La Fayette. « La Fayette Ă©tait un niais; il n'Ă©tait nullement taillĂ© pour le haut rĂŽle qu'il avait voulu jouer. Sa bonhomie politique devait le rendre constamment dupe des hommes et des choses. Son insurrection des Chambres, au retour de Waterloo, avait tout perdu. Qui avait donc pu lui persuader que je n'arrivais que pour les dissoudre, moi qui n'avais de salut Ă  espĂ©rer que par elles? « Tout le monde en France est corrigĂ© des idĂ©es extrĂȘmes de libellĂ© ; il n'y a qu'un homme qui ne le soit pas, et cet homme, c'est La Fayette. En effet, qui a proclamĂ© le principe de l'insurrection comme un devoir ? qui a adulĂ© le peuple en le proclamant Ă  une souverainetĂ© qu'il est incapable d'exercer ? qui a dĂ©truit la saintetĂ© et le respect des lois en les faisant dĂ©pendre, non des principes sacrĂ©s de la justice, de la nature des choses et de la justice civile, mais seulement d'hommes Ă©trangers Ă  la connaissance des lois civiles, criminelles, administratives, politiques et militaires ? Cet homme qui a jouĂ© un si grand rĂŽle dans nos premiĂšres dissensions politiques, avait servi sous Washington et s'y Ă©tait distinguĂ©. C'Ă©tait un homme sans talents ni civils ni militaires; esprit bornĂ©, caractĂšre dissimulĂ©, dominĂ© par des idĂ©es vagues de libertĂ©, mal digĂ©rĂ©es chez lui et mal conçues ; du reste, dans la vie privĂ©e, La Fayette Ă©tait un honnĂȘte homme. Â»[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  47. ↑ Son exemple et ses exhortations ne persuadĂšrent point La Fayette : « Dans ce peu de jours et au milieu de ses brillantes promesses, dit-il Ă  l'ancien tribun, NapolĂ©on a dĂ©jĂ  cent fois plus violĂ© les libertĂ©s publiques que les Bourbons dans leurs dix mois de rĂšgne. Â» II repoussa avec la mĂȘme Ă©nergie les sĂ©ductions plus hautes et plus puissantes de l'ex-roi d'Espagne, Joseph Bonaparte, en ajoutant qu'il ne pouvait voir dans NapolĂ©on « qu'un soldat venu de corps de garde en corps de garde jusqu'aux Tuileries, Â» et refusa toute entrevue qui lui fut proposĂ©e avec lui.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  48. ↑ Mis en prĂ©sence, le dĂ©mocrate et l'empereur se mesurĂšrent quelques instants du regard ; puis, aprĂšs avoir couvert leurs longs dissentiments sous un petit nombre de paroles insignifiantes, ils se sĂ©parĂšrent plus divisĂ©s, plus irrĂ©conciliables que jamais.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  49. ↑ Chambre des reprĂ©sentants, SĂ©ance du 21 juin 1815, Archives parlementaires, recueil complet des dĂ©bats lĂ©gislatifs et politiques des Chambres françaises de 1800 Ă  1860, faisant suite Ă  la rĂ©impression de l'ancien "Moniteur" et comprenant un grand nombre de documents inĂ©dits. 2e sĂ©rie, 1800-1860. SER2, T14 (3 DĂ©cembre 1814 Au 9 Juillet 1815)-BNF-http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb340576249/description
  50. ↑ lire la partie "Le Duc d'Otrante" de la cĂ©lĂšbre biographie de FouchĂ© par Louis Madelin, de l'AcadĂ©mie française (1901). Paris, Librairie Plon - Les Petits-Fils de Plon et Nourrit, 1947. 2e Ă©dition.
  51. ↑ Je m'Ă©tonne, milord, rĂ©pondit La Fayette, que, pour proposer cette lĂąchetĂ© au peuple français, vous vous adressiez de prĂ©fĂ©rence Ă  un prisonnier d'OlmĂŒtz.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  52. ↑ Celui que La Fayette fit entendre Ă  cette derniĂšre occasion (27 mai) fut un vĂ©ritable manifeste dans lequel il donna une ample carriĂšre Ă  ses ressentiments politiques et mĂȘme Ă  ses rancunes personnelles contre le systĂšme de la restauration. L'octroi de la charte, le principe de la lĂ©gitimitĂ©, l'Ă©migration, les caducitĂ©s de l'ancien rĂ©gime, et jusqu'Ă  la tentative du 23 juin 1789, tout fut attaquĂ© par La Fayette avec une libertĂ© de violence presque inouĂŻe jusqu'alors ; aucun moyen ne fut nĂ©gligĂ© pour Ă©mouvoir les passions politiques au dedans comme au dehors. Ce discours attira Ă  l'orateur une vive et Ă©loquente rĂ©plique de M. de Serre, qui lui reprocha d'imputer aux victimes de la rĂ©volution tous les maux qu'elle avait fait peser sur eux : « Si les insurgĂ©s au dehors, continua le ministre, sĂ©duits par les provocations imprudentes qu'il a fait entendre, se portent Ă  la sĂ©dition, je demande sur la tĂȘte de qui devrait retomber le sang verse par le glaive de la rĂ©volte ou par le glaive de la loi? Â» M. de Puymaurin dĂ©plora que l'homme qui se recommandait par tant de qualitĂ©s personnelles rentrĂąt dans les rangs de la rĂ©volution « pour en devenir de nouveau l'instrument ou le jouet, Â» Peu touchĂ© de ces apostrophes et de ces allusions, La Fayette, Ă  l'occasion du budget de 1821, s'Ă©leva avec une nouvelle violence contre la diplomatie actuelle, «oĂč le systĂšme, les agents, le langage, tout lui paraissait Ă©tranger Ă  la France nouvelle, et se plaignit que « par les dĂ©viations et l'apostasie temporaire d'une rĂ©volution de libertĂ© et d'Ă©galitĂ©, on eĂ»t fini par voir l'Europe surchargĂ©e ;de deux assortiments complets de dynasties, de noblesses et de privilĂšges. Â»[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  53. ↑ Comme ses amis lui recommandaient la prudence « Bah ! leur rĂ©pondit-il en souriant, j'ai dĂ©jĂ  beaucoup vĂ©cu, et il me semble que je couronnerais dignement ma carriĂšre politique en mourant sur l'Ă©chafaud pour la libertĂ© (Histoire des deux restaurations. par A. de Vaulabelle, t. 6, p, 275.). Â» La conduite rĂ©elle de La Fayette offrait, toutefois, moins de tĂ©mĂ©ritĂ© que cette bravade ne le ferait supposer.
  54. ↑ Histoire de la chute des Bourbons, par Albert Maurin, liv. 3.
  55. ↑ Je m'unis Ă  mes amis, dit-il, pour demander la plus grande publicitĂ© au sein de cette chambre, en face de la nation. C'est lĂ  que nous pourrons, mes accusateurs et moi, dans quelque rang qu'ils soient plates, nous dire sans compliment ce que, depuis trente-trois annĂ©es, nous avons eu mutuellement Ă  nous reprocher.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  56. ↑ Le juge d'instruction avait nĂ©gligĂ© de recueillir des explications prĂ©cises sur le signalement dĂ» gĂ©nĂ©ral, et il Ă©tait devenu facile au rĂ©vĂ©lateur, mieux avisĂ© d'Ă©garer les recherches postĂ©rieures de l'autoritĂ©. Le surlendemain du jour oĂč La Fayette avait couvert de son audace cette situation fausse et dĂ©fectueuse, M. de Sainte-Aulaire proposa Ă  la chambre de mander le procureur gĂ©nĂ©ral Ă  sa barre pour rĂ©pondre aux plaintes portĂ©es contre lui. Cette proposition fut repoussĂ©e Ă  une forte majoritĂ© ; mais, tandis que ce dĂ©bat prĂ©occupait la chambre, il se passait un fait curieux. Un des principaux conjurĂ©s, GrandmĂ©nil ; parvenu Ă  se dĂ©rober aux recherches de la justice, avait Ă©tĂ© secrĂštement introduit par M. de la Pommeraye, dĂ©putĂ© du Calvados, dans une tribune d'oĂč il suivait attentivement la discussion. Il entendit avec indignation le gĂ©nĂ©ral Foy le qualifier d'agent provocateur, et, dans l'excĂšs de son Ă©motion, il voulut s'Ă©lancer de sa place pour lui infliger un Ă©clatant dĂ©menti. Il fut contenu avec grand’ peine par M. de la Pommeraye et par Georges de Lafayette.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  57. ↑ Histoire des deux restaurations, t. 6, p. 264. - Histoire de la chute des Bourbons, etc., liv. 3. - M. Royer-Collard, faisant, en 1832, allusion Ă  cette circonstance, dit au gĂ©nĂ©ral La Fayette : « Vous avez Ă©tĂ© indignement calomniĂ© par M. Mangin. - J'ai Ă©tĂ© outragĂ©, rĂ©pondit le gĂ©nĂ©ral, mais non calomniĂ©. - En ce cas, vous avez Ă©tĂ© impuni. Â»
  58. ↑ Les, preuves matĂ©rielles nous manquent contre les premiers instigateurs du complot. Pourquoi? Ce n'est point parce qu'ils sont inconnus, mais parce qu'ils se cachent derriĂšre leurs sĂ©ides, parce qu'ils s'enveloppent de mystĂšre... Ils ont insinuĂ© que nous les frappions par derriĂšre, que nous Ă©tions des lĂąches... Les lĂąches et les perfides sont ceux qui prĂ©cipitent dans l'abĂźme des conspirations des hommes simples et crĂ©dules, qui les trompent et les dĂ©savouent ensuite... VoilĂ  les vĂ©ritables pourvoyeurs des bourreaux.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  59. ↑ Nous craignons, lui dit-il, votre retour en Europe, oĂč les despotes jaloux de votre gloire et de vos vertus, peuvent vous enfermer encore dans les murailles de leurs donjons.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  60. ↑ Paul C. Pappas, « Lafayette's Efforts to Send American Aid to Revolutionary Greece Â», Journal of Modern Greek Studies, tome 2-1, mai 1984, p. 105-116.
  61. ↑ Les Ă©vĂ©nements se pressaient. M. de Chateaubriand, avait suscitĂ© une opposition redoutable au ministĂšre le plus long et le plus habile qu'elle eĂ»t encore enfantĂ©. La majoritĂ©, jusque-lĂ  si compacte, en fut Ă©branlĂ©e, et cette circonstance entraĂźna la dissolution de la chambre.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  62. ↑ Charles X, cĂ©dant aux exigences de la France Ă©lectorale, composa son conseil d'hommes estimables, Ă©clairĂ©s, mais dĂ©pourvus de direction fixe. Un cabinet placĂ© dans de telles conditions ne pouvait qu'affaiblir l'autoritĂ© royale, dĂ©jĂ  si Ă©nervĂ©e. Ce fut le sort des concessions essayĂ©es par le ministĂšre Martignac. Les intentions les plus conciliantes et les plus libĂ©rales ne purent lui faire trouver grĂące devant les organes du parti dĂ©mocratique.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  63. ↑ Cependant, il est exact de dire que La Fayette se montra gĂ©nĂ©ralement plus indulgent pour le cabinet de 1828 que pour ceux qui l'avaient prĂ©cĂ©dĂ©. Charles X, dont il connaissait la loyautĂ©, lui inspirait une estime personnelle, et ce prince, en passant Ă  Meaux, lors de son voyage en quelque sorte triomphal dans l'est de la France, s'Ă©tait exprimĂ© Ă  son tour dans les termes les plus obligeants sur le compte du gĂ©nĂ©ral. Mais ces dĂ©fĂ©rences particuliĂšres, dominĂ©es par d'incurables dissentiments politiques, ne pouvaient amener aucun rĂ©sultat. Le fatal retrait des lois dĂ©partementale et communale fit Ă©vanouir la derniĂšre espĂ©rance de conciliation, et le ministĂšre Martignac, brouillĂ© sans retour avec la gauche, abandonnĂ© du cĂŽtĂ© droit et de la cour, plein du pressentiment de formidables orages, mais impuissant Ă  les conjurer, emporta dans sa retraite, en retour des embarras qu'il lĂ©guait Ă  la couronne, le stĂ©rile avantage d'avoir Ă©tĂ© le cabinet le moins impopulaire de la restauration.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  64. ↑ PĂ©nĂ©trĂ© et presque triomphant de l'inutilitĂ© des concessions qu'on lui avait en quelque sorte arrachĂ©es, il appela Ă  la tĂȘte du nouveau conseil un patricien justement recommandable par la fidĂ©litĂ© Ă©prouvĂ©e de ses sentiments monarchiques, mais dont le nom Ă©tait frappĂ© de cette longue et irrĂ©mĂ©diable impopularitĂ© qui rend tout difficile Ă  l'homme d'État. Le parti libĂ©ral regarda comme un Ă©clatant dĂ©fi, et fit ouĂŻr d'amĂšres imprĂ©cations.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  65. ↑ Berceau de la rĂ©volution de 1789
  66. ↑ Cinq cents cavaliers, plus de mille piĂ©tons et un grand nombre de voitures allĂšrent Ă  sa rencontre jusqu'aux limites du dĂ©partement (Voyage du gĂ©nĂ©ral La Fayette en 1829, par M. Morin). M. Prunelle harangua le gĂ©nĂ©ral, qui, dans sa rĂ©ponse fiĂšre et presque menaçant, se fĂ©licita « d'avoir reconnu partout sur son passage cette fermetĂ© calme et presque dĂ©daigneuse d'un grand peuple qui connaissait ses droits, qui sentait sa force et serait fidĂšle Ă  ses devoirs. Â»
  67. ↑ Il assista le lendemain Ă  une fĂȘte brillante sur l'Ăźle Barbe, et le jour suivant Ă  un banquet que lui offrit la ville de Lyon, et oĂč la santĂ© du roi fut portĂ©e pourra premiĂšre fois depuis le commencement de cette tournĂ©e patriotique. À son dĂ©part, le 8 septembre, il fut accompagnĂ© jusqu'Ă  deux lieues de la ville par une escorte de jeunes cavaliers. Ces audacieuses ovations, dont le gouvernement fut plusieurs fois, dit-on, sur le point de troubler le cours par une rĂ©solution hardie, propagĂšrent l'esprit de dĂ©fiance et de sĂ©dition sur tous les points de la France.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  68. ↑ La RĂ©volution de 1830 et le vĂ©ritable parti rĂ©publicain, par A.. Fabre
  69. ↑ La situation, cependant, Ă©tait loin d'ĂȘtre dĂ©sespĂ©rĂ©e. Le parti le plus logique et le plus sage Ă©tait de dissoudre Ă  la fois la chambre et le ministĂšre, et d'en appeler aux Ă©lecteurs.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  70. ↑ Les Ă©lections, faites sous l'influence de l'irritation populaire, ramenĂšrent une opposition plus ombreuse et plus animĂ©e. De cette situation violente sortirent les ordonnances dit 28 juillet, moyen fatal et dĂ©sespĂ©rĂ© de dĂ©gager la royautĂ© imprudemment acculĂ©e dans ses derniers retranchements, mais qui prit facilement la couleur d'un odieux parjure aux yeux d'une population hostile et prĂ©venue.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  71. ↑ M. de Nouvion, Histoire du rùgne de Louis-Philippe , t. 1, p. 185. - Louis Blanc, Histoire de dix ans, t. 1, p. 255.
  72. ↑ Il fut compris dans l'ordre d'arrestation tardivement dĂ©cernĂ© par le ministĂšre contre les chefs prĂ©sumĂ©s de la rĂ©bellion ; mais la rapiditĂ© de ses progrĂšs n'en permit pas l'exĂ©cution.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  73. ↑ Les dĂ©putĂ©s se rĂ©unirent en grand nombre chez Laffitte, et La Fayette, portĂ© par un vote unanime Ă  la tĂȘte de la garde nationale, se mit aussitĂŽt en marche, suivi d'un nombreux cortĂšge pour aller recevoir de nouveau, Ă  l'hĂŽtel de ville ; aprĂšs trente-neuf-ans d'interruption, ce commandement auquel se rattachaient tous ses souvenirs et ses affections.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  74. ↑ DĂšs lors il se trouva investi de la plus haute influence peut-ĂȘtre que jamais citoyen ait exercĂ©e en aucun pays.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  75. ↑ Sommation qui, disons-le pour l'honneur militaire, demeura sans effet[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  76. ↑ C'est aujourd'hui le plus beau jour de ma vie, lui dit le gĂ©nĂ©ral avec enthousiasme ; vous me voyez entourĂ© d'amis qui Ă©taient las comme moi du despotisme des quinze derniĂšres annĂ©es (Chronique de Juillet par M. Rozet.). Permettez que nous prenions tous ensemble connaissance de votre message.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  77. ↑ Mais Ă  peine eut-il commencĂ© la communication dont il s'Ă©tait chargĂ© qu'il fut interrompu par les exclamations rĂ©pĂ©tĂ©es : « II est trop tard ! il est trop tard ! Charles X a cessĂ© de rĂ©gner ; le peuple a acquis par son sang le droit de se choisir un autre souverain ! Â» MalgrĂ© cette rĂ©ponse si pĂ©remptoire de la commission, le gĂ©nĂ©ral, dont la mesure et la politesse ne s'Ă©taient pas un instant dĂ©menties, crut devoir rendre hommage Ă  son principe favori en faisant connaĂźtre la mission de M. de Sussy au peuple qui se pressait dans l'intĂ©rieur de l'hĂŽtel de ville. Il passa Ă  cet effet dans la grande salle, et, aprĂšs avoir rĂ©clamĂ© le silence, il se mit en devoir de donner lecture des derniĂšres ordonnances de Charles X. Mais Ă  ce nom seul un cri de rĂ©probation se fit entendre sur tous les points de la salle.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  78. ↑ Jean-Paul Barbier Collin de Sussy, Horizons d'Argonne n° 84, 2007 « Vous le voyez, il faut vous rĂ©signer ; c'est fini des Bourbons ! Â»
  79. ↑ Qui se terminait ainsi : Toute rĂ©conciliation est impossible, et la famille royale a cessĂ© de rĂ©gner[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  80. ↑ Fils de l'ennemi personnel du gĂ©nĂ©ral, ce prince ne se recommandait Ă  son suffrage par aucune prĂ©dilection particuliĂšre ; mais ses partisans se mirent activement Ă  l'Ɠuvre. Ils firent valoir l'origine rĂ©volutionnaire du prince, ses antĂ©cĂ©dents patriotiques, alors assez mal connus, ses vertus de famille, son opposition permanente au systĂšme de la restauration.[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  81. ↑ Louis-Philippe et la contre-rĂ©volution de 1830, par Sarrans, t. 2.
  82. ↑ M. Rives, ministre amĂ©ricain Ă  Paris, Ă©tant venu le visiter Ă  l'hĂŽtel de ville : Que vont dire nos amis des États-Unis, s'Ă©cria La Fayette en s'avançant vers lui avec empressement, s'ils apprennent que nous avons proclamĂ© la rĂ©publique en France? - Ils diront, rĂ©pondit froidement M. Rives, que quarante ans d'expĂ©rience ont Ă©tĂ© perdus pour les Français. Â»[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  83. ↑ Charles X, dans une audience qu'il donnait Ă  M. de SĂ©gur en 1829, lui dit: « M. de La Fayette est un ĂȘtre complet; je ne connais que deux hommes qui aient toujours professĂ© les mĂȘmes principes: c'est moi et M. de La Fayette, lui comme dĂ©fenseur de la libertĂ©, moi comme roi de l'aristocratie. Â» Puis, en parlant de la journĂ©e du 6 octobre 1789: « Des prĂ©ventions Ă  jamais dĂ©plorables firent qu'on refusa ses avis et ses services. Â» Cloquet, 109.
  84. ↑ Nous reproduisons ici le langage textuel de La Fayette et le seul avouĂ© par lui. Les mots tant rĂ©pĂ©tĂ©s : VoilĂ  la meilleure des rĂ©publiques ! appartiennent au rapport adressĂ© par la commission municipale au nouveau roi quelques jours aprĂšs son avĂšnement (Moniteur du 4 septembre 1830), et ont Ă©tĂ© mal Ă  propos attribuĂ©s au gĂ©nĂ©ral..
  85. ↑ La chambre, dans la discussion du projet de loi sur la garde nationale, adopta, avec le concours du ministĂšre, un amendement qui interdisait Ă  toute personne de commander les gardes nationales d'un dĂ©partement entier. Cette rĂ©solution impliquait nĂ©cessairement la dĂ©chĂ©ance dĂ© La Fayette. Quelques dĂ©putĂ©s s'efforcĂšrent vainement de la faire modifier : leurs propositions furent repoussĂ©es[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  86. ↑ citĂ© par Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Librairie ArthĂšme Fayard, 2002, p. 638
  87. ↑ citĂ© par Guy Antonetti, Op. cit., p. 639
  88. ↑ «Nous sommes, disait La Fayette, comme deux gentlemen qui se sont donnĂ©s un dĂ©menti mutuel :- les circonstances ne nous permettent pas d'aller au bois de Boulogne, mais elles nous empĂȘchent de nous faire des visites. Â»[rĂ©f. souhaitĂ©e]
  89. ↑ citĂ© par Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Fayard, 2002, p. 723
  90. ↑ MĂ©morial de Sainte-HĂ©lĂšne.
  91. ↑ MĂ©moires d'Outre-tombe, XI, p. 369.
  92. ↑ ConsidĂ©rations sur la RĂ©volution française, 2e part., ch. 3.
  93. ↑ a , b , c , d , e  et f  Laurent Zecchini, « La Fayette, voilĂ  tes maires ! Â», dans Le Monde du 28-12-2007, mise en ligne le 27-12-2007, [lire en ligne]

Articles connexes

Bibliographie

Bibliographie ancienne

  • MĂ©moires historiques, et piĂšces authentiques sur M. De La Fayette, pour servir Ă  l'histoire des rĂ©volutions. par BĂ©renger LP, Paris 1790
  • MĂ©moires pour servir Ă  son histoire, par Regnault-Varin, 1824, 2 vol. in-8°
  • Histoire du gĂ©nĂ©ral La Fayette (traduction). Paris, 1825
  • Voyage du gĂ©nĂ©ral La Fayette aux États-Unis. Paris, 1826
  • Lafayette en AmĂ©rique en 1824 et en 1825, par A. Levasseur, 1826, 2 vol. carte EU in-8°
  • MĂ©moires du comte de M***_ (Pontgibaud). Paris, 1828
  • Le gĂ©nĂ©ral Lafayette, mĂ©moires authentiques, par A. ChĂąteauneuf, Paris, 1831, in-8°
  • Histoire complĂšte de la vie civile, politique et militaire, du gĂ©nĂ©ral Lafayette, contenant de longs dĂ©veloppements sur la rĂ©volution de 89, Par M. B. BĂ©cherand, J.. Paris, 1831
  • La Fayette en AmĂ©rique, par M. Regnault-Varin. Paris, 1832
  • Lafayette et la RĂ©volution de 1830, par Sarrans jeune, 1834, 2-vol. in-8°
  • Souvenirs sur la vie privĂ©e du gĂ©nĂ©ral La Fayette, par Jules Cloquet. Paris, 1836 in-8°
  • Le portrait que Rivarol a tracĂ© de Lafayette dans son pamphlet intitulĂ© Vie politique, fuite et capture de M. de Lafayette, est une des productions les plus piquantes et les plus satiriques de cet Ă©crivain.
  • La famille du gĂ©nĂ©ral a publiĂ© en 1837 et 1838, ses MĂ©moires et ses manuscrits, 6 vol. in-8°. M. de Gorcelles, petit-gendre du gĂ©nĂ©ral, a accompagnĂ© cette intĂ©ressante collection de notes qui se recommandent par le ton de vĂ©ritĂ© et de modĂ©ration sur lequel elles sont gĂ©nĂ©ralement Ă©crites. Parmi les morceaux originaux dont elle se compose, on distingue surtout la lettre de Lafayette au bailli de PloĂ«n sur la rĂ©volution de 1789, celle qu'il Ă©crivit Ă  M. de Latour-Maubourg Ă  l'occasion de la mort de sa femme, une foule de confidences curieuses sur les Ă©vĂ©nements remarquables auxquels il a pris part, et sous ce titre : Mes rapports avec le premier consul, un aperçu plein de finesse et d'Ă©lĂ©vations sur le caractĂšre politique et militaire de NapolĂ©on Bonaparte.
  • Discours de Lafayette pour la Polognie (Pologne). Introduction d'Armand Levy sur les devoirs de la France envers la Pologne. Mickiewicz Ladislas. 1864
  • Lafayette en AmĂ©rique et en France. Par Privat Joseph Claramond comte Pelet de la LozĂšre, Paris, 1867

Bibliographie moderne

  • Etienne Taillemite: La Fayette, Fayard, 1999.
  • Arnaud Chaffanjon, La Fayette et sa descendance, Berger Levraud, 1976.
  • Robert Legrand, La Guerre d'indĂ©pendance amĂ©ricaine et La Fayette, imprimerie F.Paillard, Abeville, 2006.
  • Philippe Olivier, Bibliographie des travaux relatifs Ă  Gilbert Du Motier, marquis de Lafayette (1757-1834) et Ă  Adrienne de Noailles, marquise de Lafayette (1759-1807), Institut d'Ă©tudes du Massif-central, Clermont-Ferrand, 1979.
  • Pascal Payen-Appenzeller, Hommage de l'AmĂ©rique au GĂ©nĂ©ral Lafayette, YvelinĂ©dition, Paris, 2008
  • François Ribadeau Dumas, La destinĂ©e secrĂšte de La Fayette ou le messianisme rĂ©volutionnaire, Ă©dition Robert Laffont, Paris, 1972
  • Gonzague Saint Bris, La Fayette, Éditions TĂ©lĂ©maque, Paris, 2006.
  • Bernard Vincent, La Fayette et la guerre d'IndĂ©pendance, neuf lettres inĂ©dites, UniversitĂ© d'OrlĂ©ans, 2004.

Sources partielles

  • « Gilbert du Motier de La Fayette Â», dans Charles MulliĂ©, Biographie des cĂ©lĂ©britĂ©s militaires des armĂ©es de terre et de mer de 1789 Ă  1850, 1852 [dĂ©tail de l’édition] (Wikisource)
  • « Gilbert du Motier de La Fayette Â», dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabĂ©tique de la vie publique et privĂ©e de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littĂ©rateurs français ou Ă©trangers, 2e Ă©dition, 1843-1865 [dĂ©tail de l’édition]
  • Thomas Balch, Les Français en AmĂ©rique pendant la guerre de l’IndĂ©pendance des États-Unis 1777-1783, 1872 [dĂ©tail de l’édition]

Liens externes


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