Kabylie

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Kabylie

36° 36â€Č N 5° 00â€Č E / 36.6, 5

Kabylie
2D5C.png2D30.png2D4E.png2D53.png2D54.png2D5C.png 2D4F.png2D4D.png2D3B.png2D47.png2D31.png2D30.png2D62.png2D3B.png2D4D.png
Tamurt n Leqbayel
 (kab)

ŰšÙŽÙ„ÙŽŰŻ Ű§Ù„Ù‚ŰšŰ§ŰŠÙ„ [blĂŠd ləqbĂŠyəl] (ar)
Location Kabylie.svg
Administration
Statut politique région historique et ethnolinguistique d'Algérie


Gouvernement
- wilayas
sans unité administrative
BĂ©jaĂŻa, Tizi-Ouzou[N 1],
Bouira, BoumerdĂšs, Bordj-Bou-Arreridj, Jijel, SĂ©tif[N 2]
GĂ©ographie
Superficie 25 257 km2
DĂ©mographie
Population  (2011) 6 490 776 hab.
DensitĂ© 256,98 hab./km2
Langue(s) kabyle[1], arabe algérien[2]
(bougiote[3], djidjélien, autres variantes), français (usages savants, médias[4]), arabe littéral (école, institutions[5])
Autres
Fuseau horaire UTC +1


Hymne Kker a mmi-s umaziÉŁ
(Debout fils d'Amazigh)[N 3]
Devise « A nerrez wala a neknu Â»
(« PlutĂŽt briser que plier Â»)[N 4]

La Kabylie est une région historique et ethnolinguistique fortement homogÚne située dans le nord de l'Algérie, à l'est d'Alger.

Terre de montagnes densĂ©ment peuplĂ©es, elle est entourĂ©e de plaines littorales Ă  l'ouest et Ă  l'est, par la MĂ©diterranĂ©e au nord et par les Hauts-Plateaux au sud. DĂ©nuĂ©e d'existence administrative globale, elle tient son nom des Kabyles, population berbĂšre dont elle est le foyer. La rĂ©gion est connue pour sa culture, ses traditions amazigh typiques et sa lutte pour la reconnaissance de l'identitĂ© berbĂšre dans l'AlgĂ©rie contemporaine. Son histoire est faite de rĂ©sistances aux diffĂ©rents conquĂ©rants, des phĂ©niciens aux français, mais elle est aussi marquĂ©e par l'Ă©mergence sur son territoire de certains États locaux comme les Hammadides, ou Nord-Africains comme les Fatimides. Son relief essentiellement montagneux est le siĂšge siĂšge d'un Ă©cosystĂšme variĂ© et d'une biodiversitĂ© prĂ©servĂ©e, Ă  l'image des paysages de la rĂ©gion. L'agriculture locale n'offrant que des revenus limitĂ©s, la Kabylie est aussi un important centre de production artisanale et une terre d'Ă©migration.

Ses habitants berbĂ©rophones la nomment en kabyle « Tamurt n leqbayel Â» (en tifinagh 2D5C.png2D30.png2D4E.png2D53.png2D54.png2D5C.png 2D4F.png 2D4D.png2D3B.png2D47.png2D31.png2D30.png2D62.png2D3B.png2D4D.png), « pays des Kabyles Â», ou plus simplement « Tamurt Â», signifiant « terre natale Â», « patrie Â». Les arabophones l'appellent « ŰšÙŽÙ„ÙŽŰŻ Ű§Ù„Ù‚ŰšŰ§ŰŠÙ„ Â» (prononcĂ© [blĂŠd ləqbĂŠyəl] en arabe algĂ©rien), littĂ©ralement « pays des tribus Â».

Sommaire

GĂ©ographie

Nom et territoire

En français, « Kabylie Â» dĂ©rive de « Kabyle Â», dont l'Ă©tymologie la plus couramment admise semble ĂȘtre une dĂ©formation de l'arabe qabā'il[6], pluriel de qabila (Ű§Ù„Ù‚ŰšÙŠÙ„Ű©), signifiant « tribu Â» en arabe. Au sens premier, les Kabyles seraient donc simplement les « gens des tribus Â». Dans l'histoire prĂ©coloniale de l'Afrique du Nord, la tribu est la forme d'organisation sociale qui s'est maintenue contre ou malgrĂ© toutes les tentatives de soumission des États (makhzen) Ă©mergents[7]. Les officiers français, successeurs du makhzen turc, se sont d'abord servis du terme pour distinguer moins une ethnie ou une rĂ©gion prĂ©cises qu'un type d'adversaire particuliĂšrement opiniĂątre : le montagnard. Mais le mot fut aussi employĂ© pour dĂ©signer de façon plus spĂ©cifique les seuls montagnards berbĂ©rophones ou encore, en un sens plus gĂ©nĂ©ral, tous les BerbĂšres sĂ©dentaires, voire tous les sĂ©dentaires d'Afrique du Nord[8].

Initialement la dĂ©nomination « Kabylie Â», au singulier ou au pluriel, Ă©tait appliquĂ©e Ă  toutes les rĂ©gions peuplĂ©es de Kabyles, Ă  tous les sens de ce terme, et avait donc la mĂȘme polysĂ©mie que lui. Mais elle prit Ă  partir du milieu du XIXe siĂšcle une signification plus prĂ©cise, pour ĂȘtre progressivement rĂ©servĂ©e Ă  l'ensemble d'un seul tenant que forment les montagnes telliennes entre Alger et Constantine, autour des massifs du Djurdjura et des Babors[9]. Le mot « Kabyle Â» se vit Ă  son tour redĂ©fini pour ne plus s'appliquer qu'Ă  la population habitant ou originaire de la rĂ©gion ainsi circonscrite, qui Ă©tait encore presque entiĂšrement berbĂ©rophone[10]. L'espace dĂ©limitĂ© sur cette double base gĂ©ographique et humaine recoupe de nombreuses circonscriptions de l'AlgĂ©rie contemporaine : la totalitĂ© des wilayas de Tizi-Ouzou et BĂ©jaĂŻa, une grande partie de celle de Bouira, une part aussi de celles de BoumerdĂšs, Bordj-Bou-Arreridj, SĂ©tif et Jijel, ainsi que des marges de celles de Mila, Constantine et Skikda.

Avec la progression de l'arabisation, l'usage tendit Ă  faire sortir du pĂ©rimĂštre d'application du terme les franges les plus arabisĂ©es de cette Kabylie « historique Â». Chez les Kabyles des annĂ©es 1950 dĂ©jĂ , le mot Aqbayli, bien que sans traduction territoriale rigoureuse, renvoyait grossiĂšrement Ă  l'espace compris entre Thenia Ă  l'ouest, SĂ©tif et Jijel Ă  l'est[11]. Dans le mĂȘme sens, les cartes en circulation dans la mouvance rĂ©gionaliste contemporaine se cantonnent Ă  l'intĂ©rieur du cadre des sept wilayas de BĂ©jaĂŻa, Tizi-Ouzou, BoumerdĂšs, Bouira, Bord-Bou-Arreridj, SĂ©tif et Jijel[12]. Dans une acception minimale, la Kabylie est parfois simplement assimilĂ©e Ă  sa partie nord-occidentale, la Grande Kabylie, Ă©tendue jusqu'Ă  l'ouest de BĂ©jaĂŻa pour englober la majeure partie de l'aire kabylophone actuelle[13].

Relief et sous-régions

Carte de la Kabylie de Alger Ă  Constantine
Carte topographique de la Kabylie.

Composante de l'Atlas tellien situĂ©e en bordure de la mer MĂ©diterranĂ©e, la Kabylie tire son unitĂ© physique du relief montagneux qu'Ă©voque son surnom traditionnel de Tamurt idurar, soit « Pays des montagnes Â». L'altitude y connaĂźt cependant des variations et des ruptures qui sont le support de plusieurs subdivisions. La principale est celle qui sĂ©pare Grande et Petite Kabylies. Elle recoupe dans sa partie mĂ©ridionale une distinction traditionnelle entre les populations habitant des reliefs surĂ©lvĂ©s, que les anciens Kabyles appelaient Seff Ufella (« Ceux d'en-haut Â»), et ceux occupant des reliefs plus bas, qu'ils nommaient Seff Wadda (« Ceux d'en-bas Â»)[14]. Au nord, en revanche, la limite entre les deux sous-ensembles n'a pas de support naturel nettement dĂ©fini. Elle correspond Ă  une ligne de partage historique utilisĂ©e Ă  diverses reprises : wilayas actuelles, dĂ©partements d'Alger et de Constantine sous la colonisation française, beylicks de MĂ©dĂ©a et de Constantine pendant la pĂ©riode turque[15].

Grande Kabylie

Vue depuis une montagne du Djurdjura
Du Djurdjura la vue embrasse toute la Grande Kabylie.

La Grande Kabylie correspond au territoire que les anciens Kabyles nommaient Tamawya taqbaylit (ou Tamawya), soit la « FĂ©dĂ©ration kabyle Â». Elle se distingue par son altitude de la Petite Kabylie, au sud-est, et de la Basse Kabylie, Ă  l'ouest, et s'Ă©tend, du nord au sud, de la cĂŽte mĂ©diterranĂ©enne jusqu'aux crĂȘtes du Djurdjura. Trois ensembles montagneux en occupent la plus grande part :

  • au nord, jusqu'Ă  la mer, et Ă  l'est, les hauts massifs boisĂ©s de la Kabylie maritime[N 5], qui culmine au mont Tamgout (1 278 m), et de l'Akfadou, qui marque le dĂ©but de la Petite Kabylie ;
  • au sud, la chaĂźne calcaire du Djurdjura, surplombant au nord-ouest la dĂ©pression Draa El Mizan-Ouadhia, au sud la vallĂ©e de l'oued Sahel-Soummam, et culminant au Lalla-KhadĂźdja (Tamgut AĂąlayen), plus haut sommet de tout l'Atlas tellien (2 308 m)[16] ;
  • entre les deux, bordĂ©es au nord par le bassin du Sebaou, jouxtant le Djurdjura au sud-est, profondĂ©ment entaillĂ©es par de nombreuses gorges, les montagnes anciennes du massif de l'Agawa, le plus densĂ©ment peuplĂ©, avec huit cents mĂštres d'altitude moyenne[17],[18]. C'est lĂ  que se trouvent Tizi-Ouzou (fondĂ©e Ă  l'Ă©poque coloniale et appelĂ©e autrefois « le village Â», aujourd'hui principale ville de Grande Kabylie) ou LarbaĂą Nath Irathen, centre urbain le plus Ă©levĂ© de la rĂ©gion, Ă  environ mille mĂštres d'altitude.

Le territoire de la Grande Kabylie recouvre aujourd'hui la wilaya de Tizi-Ouzou et une moitiĂ© de celle de Bouira, incluant les centres de Lakhdaria, Kadiria, Bouira, Haizer, Bechloul et M'Chedallah et dĂ©limitĂ©e par Aghbalou et Chorfa du cĂŽtĂ© de la wilaya de BĂ©jaĂŻa[19]. Les expressions de « Haute Kabylie Â» ou de « Kabylie du Djurdjura Â» sont souvent employĂ©es comme synonymes de « Grande Kabylie Â», parfois aussi pour dĂ©signer plus spĂ©cifiquement la partie situĂ©e au sud du Sebaou[20].

Petite Kabylie

Paysage montagneux en Petite Kabylie
Montagnes de Petite Kabylie.

La Petite Kabylie se situe quant Ă  elle autour de BĂ©jaĂŻa, l'antique Saldae, la plus grande ville de Kabylie, surnommĂ©e par les Kabyles Bgayet n Lejdud (« BĂ©jaĂŻa des ancĂȘtres Â»)[21]. Son territoire reprend en partie les contours de l'ancienne province de Bougie, dĂ©crite par Ibn Khaldoun. Elle englobe la vallĂ©e de la Soummam jusqu'Ă  la cĂŽte et se poursuit par la « Corniche kabyle Â», qui surplombe la MĂ©diterranĂ©e entre BĂ©jaĂŻa et Jijel. Plus au nord, elle s'Ă©tend sur les versants du Djurdjura oriental et de l'Akfadou (point culminant Ă  1 623 m). Elle se prolonge vers le sud jusqu'Ă  la chaĂźne des Bibans et vers l'est par celle des Babors, dont le mont Ă©ponyme est le plus haut sommet de la sous-rĂ©gion (2 004 m). Les dĂ©finitions les plus larges y incluent le massif de Collo, voire les montagnes qui bordent la plaine d'Annaba[22].

En superficie, la Petite Kabylie n'est pas plus « petite Â» que la Grande, elle est mĂȘme beaucoup plus Ă©tendue si on ne la limite pas Ă  la wilaya de BĂ©jaĂŻa. Mais elle est morcelĂ©e par le relief, au point qu'on prĂ©fĂšre souvent y voir plusieurs « Kabylies Â» : Kabylie de la Soummam (parfois rattachĂ©e, au moins pour son versant nord, Ă  la Grande Kabylie), Kabylie des Babors (parfois considĂ©rĂ©e comme « la Â» Petite Kabylie stricto sensu), Kabylie de Collo, Kabylie orientale, etc[13],[23].

Basse Kabylie

L'expression de « Basse Kabylie Â» est frĂ©quemment appliquĂ©e Ă  la Petite Kabylie mais sert aussi Ă  dĂ©signer une autre partie de la rĂ©gion, celle qui s'Ă©tend entre la Mitidja et la basse vallĂ©e du Sebaou. Premier sous-ensemble kabyle rencontrĂ© en venant d'Alger, c'est un espace de transition entre plaine et montagne[24]. Beaucoup moins Ă©tendue que la Haute Kabylie voisine, la Basse Kabylie est aujourd'hui englobĂ©e dans la wilaya de BoumerdĂšs.

Climat

Paysage enneigé des montagnes kabyles
Hiver enneigé sur la montagne kabyle.

La Kabylie comporte plusieurs zones climatiques. Le littoral et la Kabylie maritime sont de climat mĂ©diterranĂ©en. L'hiver y est plutĂŽt doux comparĂ© au reste de la rĂ©gion, avec une tempĂ©rature de 15 Â°C en moyenne. La pĂ©riode estivale, rafraĂźchie par les vents marins, prĂ©sente une tempĂ©rature moyenne de 35 Â°C environ[25].

Sur les hauteurs, le climat est beaucoup plus rude, avec parfois des tempĂ©ratures nĂ©gatives et une neige abondante l'hiver et des Ă©tĂ©s trĂšs chauds, trĂšs secs, notamment vers le sud oĂč la pluviomĂ©trie est moindre. Cependant, dans les parties les plus Ă©levĂ©es, la tempĂ©rature estivale est modĂ©rĂ©e par l'altitude. Dans les vallĂ©es intĂ©rieures, l'hiver est sensiblement identique Ă  celui des hauteurs. Mais en Ă©tĂ©, du fait de l'enclavement ou de l'exposition aux vents du sud, les tempĂ©ratures sont particuliĂšrement Ă©levĂ©es : c'est le cas Ă  Tizi-Ouzou, oĂč la tempĂ©rature peut atteindre les 46 degrĂ©s quand elle est de 35 degrĂ©s Ă  Dellys, comme Ă  Akbou, dans la vallĂ©e de la Soummam, couloir idĂ©al pour le passage du sirocco[26].

Paysage printanier en Kabylie
Printemps Ă  AĂŻt Bouada (600 m d'altitude), commune d'Azazga, en Grande Kabylie.
Hiver Printemps ÉtĂ© Automne
Froid, neigeux et pluvieux Ensoleillé avec des épisodes de pluie fréquents TrÚs chaud et sec, épisodes orageux TrÚs pluvieux avec du soleil parfois
T° entre -5° et 15° T° entre 20° et 35° T° entre 30° et 45° T° entre 15° et 25°
Paysages estival dans les montagnes
ÉtĂ© en Petite Kabylie, dans la wilaya de SĂ©tif.

La Kabylie bĂ©nĂ©ficie d'une pluviomĂ©trie relativement abondante qui a facilitĂ© le dĂ©veloppement d'une agriculture typique. En Grande Kabylie, les rĂ©gions intĂ©rieures sont plus arrosĂ©es en raison de l'ascension et de la dĂ©compression des vents humides : ainsi Ă  LarbaĂą Nath Irathen, la pluviomĂ©trie est de 1 059 mm contre 833 mm Ă  Tizi Ouzou[25].

Une ligne de crĂȘte qui traverse la rĂ©gion en joignant l'Atlas blidĂ©en, le Djurdjura, les Babors, le massif de Collo et l'Edough, sĂ©pare une zone nord trĂšs pluvieuse (plus de 800 mm de prĂ©cipitations par an) d'une zone sud moins arrosĂ©e (de 600 Ă  800 mm par an). Cette diffĂ©rence de pluviositĂ© aurait eu pour consĂ©quence une vĂ©gĂ©tation naturelle plus ou moins dense : aux versants nord, initialement couverts d'une forĂȘt peu hospitaliĂšre, devenus plus tard terres de vergers, s'opposeraient ainsi des versants sud plus facilement et sans doute plus prĂ©cocement peuplĂ©s, car plus immĂ©diatement propices Ă  la culture et Ă  l'Ă©levage. Ce facteur introduit un Ă©lĂ©ment supplĂ©mentaire de distinction entre Grande et Petite Kabylies. En effet la premiĂšre, si l'on en exclut le versant sud du Djurdjura (comme le fait d'ailleurs le tracĂ© de l'actuelle wilaya de Tizi-Ouzou), se trouve entiĂšrement en zone de forte pluviositĂ©. Au contraire, en Petite Kabylie les orientations combinĂ©es du littoral et du relief ne laissent que peu de profondeur aux versants nord. Elles font plus de place aux zones moins humides, comme le Guergour et le Ferdjioua qui s'Ă©tendent entre Babors et Hauts Plateaux[27].

Environnement

La Kabylie, en raison de grandes diffĂ©rences climatiques et topographiques, possĂšde une grande diversitĂ© d'espĂšces dont un certain nombre sont endĂ©mique. La rĂ©gion possĂšde des zone protĂ©gĂ©es : le Parc national du Djurdjura, le Parc national de Gouraya Ă  l'ouest de BĂ©jaĂŻa et le Parc national de Taza sur la corniche kabyle entre BĂ©jaĂŻa et Jijel[28]. Ces trois parcs ont mĂȘme Ă©tĂ© classĂ©s rĂ©serve de biosphĂšre mondiale par l'UNESCO, c'est-Ă -dire des zones modĂšles conciliant la conservation de la biodiversitĂ© et le dĂ©veloppement durable. L'AlgĂ©rie est ainsi, avec l'Afrique du Sud, le pays d'Afrique comptant le plus de rĂ©serves de biosphĂšre[29].

La vĂ©gĂ©tation est principalement de type mĂ©diterranĂ©enne avec des forĂȘts de chĂȘne liĂšge et cĂšdre de l'Atlas. Pour le chĂȘne liĂšge la Kabylie est la rĂ©gion qui possĂšde les plus grandes forĂȘts de cette essence sur la rive sud de la mĂ©diterranĂ©e[30],[28]. La rĂ©gion est boisĂ©e avec des forĂȘts et des maquis. Les forĂȘts en Kabylie sont essentiellement des 3 types  : la forĂȘt mĂ©diterranĂ©enne d'essences Ă  feuilles persistantes dont les principales espĂšces sont le ChĂȘne vert, le ChĂȘne liĂšge, le houx ; la forĂȘt mĂ©diterranĂ©enne d'essences Ă  feuilles caduques dont les principales espĂšces sont : l'Érable Ă  feuilles obtus, l'Érable de Montpellier, l'Érable de champĂȘtre, Prunus avium et le chĂȘne zeen et la forĂȘt mĂ©diterranĂ©enne d'essences rĂ©sineuses dont les principales espĂšces sont : le CĂšdre de l'Atlas, le Pin noir, le pin d'Alep, l’If[28].

Les forĂȘts les plus riches sont celles de AĂŻt Ouabane et de Tigounatine[28]. Le parc du Gouraya renferme aussi des Euphorbes. Les maquis quant Ă  eux comportent des oliviers sauvages, des figuier de barbaries, des Tamaris et des arbustes comme le laurier rose[31].

Les massifs de Kabylie abritent plusieurs espĂšces comme la Mangouste, le Chacal dorĂ©, le Serval, la Genette, le Porc Ă©pic, la Belette, le Sanglier et le Lapin[28]. La forĂȘt de M'Zaris est le seul habitat de la HyĂšne rayĂ©e[32]. La Kabylie est aussi un lieu important d'habitat du Macaque berbĂšre qui est une espĂšce menacĂ©e en Afrique du Nord[33].

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Les sommets de la rĂ©gion abritent plusieurs rapaces dont les plus importants sont l'Aigle royal, le Vautour fauve, le GypaĂšte barbu, le PercnoptĂšre d'Égypte, l'Aigle de Bonelli, le Faucon crĂ©cerelle, la Buse fĂ©roce, la Chouette hulotte et le Hibou Grand duc. Certaines comme l'Aigle de Bonelli et la Buse fĂ©roce sont menacĂ©es[28].

La rĂ©gion possĂšde aussi une importante faune et flore marine[34]. On y trouve entres autres des poissons comme le Bothus podas, le poisson volant et le Sarran, des mammifĂšres marins comme le Dauphin, le Cachalot et le Marsouin ainsi que diverses espĂšces comme la Grande Ă©toile de mer et le corail dont les fonds sont un vĂ©ritable trĂ©sor Ă©cologique pour la rĂ©gion. À Taza la communautĂ© de corail est remarquablement en bon Ă©tat de santĂ©, elle abonde en plusieurs espĂšces menacĂ©es rĂ©pertoriĂ©es dans le Protocole ASP/DB de la Convention de Barcelone, ainsi qu’en espĂšces bio-indicatrices pour les « eaux non polluĂ©es Â»[35]. Les fonds du parc national de Gouraya figurent aussi parmi les mieux conservĂ©s au monde et renferment une incroyable biodiversitĂ©[34]. Par ailleurs la WWF travaille Ă  l'instauration d'une « Aire Maritime ProtĂ©gĂ©e Â» (AMP) qui inclura la corniche kabyle dĂ©jĂ  classĂ©e « Aire SpĂ©cialement ProtĂ©gĂ©e d’Importance MĂ©diterranĂ©enne Â» (ASPIM) par la Convention de Barcelone[35].

Population et langue

DĂ©mographie et Peuplement

L'article « Kabyles Â» prĂ©sente en dĂ©tail le peuple et la sociĂ©tĂ© kabyles, en particulier la sociĂ©tĂ© ancienne et la religion.
Vue de la mosquée Sidi Soufi à Béjaïa et de la ville
Vue de la ville de Bejaia, au premier plan une des casbah de la ville et la mosquée Sidi Soufi puis en arriÚre plan les immeubles et constructions récentes qui témoignent de l'accroissement rapide de la population urbaine.

C'est dans la wilaya de SĂ©tif, Ă  AĂŻn El Ahnech, dans le voisinage des montagnes kabyles, que se trouvent les plus anciens vestiges prĂ©historiques dĂ©couverts jusqu'Ă  prĂ©sent en Afrique du Nord. Ils tĂ©moignent de la prĂ©sence d'Homo habilis dans la rĂ©gion il y a plus d'un million d'annĂ©es. Quant aux Kabyles actuels, ils font partie du vaste ensemble des hĂ©ritiers des premiers BerbĂšres, dont les origines ont donnĂ© lieu Ă  une multitude d'hypothĂšses. Les spĂ©cialistes restent partagĂ©s entre tenants d'un foyer initial moyen-oriental ou africain ; les estimations de l'Ă©poque d'apparition du berbĂšre en Afrique du Nord varient de 8 000 Ă  2 500 ans avant notre Ăšre[36]. Les donnĂ©es archĂ©ologiques et linguistiques disponibles ne permettent pas de trancher mais elles Ă©tablissent suffisamment l'anciennetĂ© et la continuitĂ© de la prĂ©sence des BerbĂšres dans leur espace actuel pour qu'on puisse les qualifier d'autochtones[37].

Panorama de Tizi Ouzou
Vue d'ensemble de la ville de Tizi Ouzou.

Les sept wilayas qui englobent le pĂ©rimĂštre Thenia - SĂ©tif - Jijel totalisent une population d'environ six millions de personnes[38] dont, suivant les estimations, de trois Ă  trois millions et demi de kabylophones[39]. La densitĂ© dĂ©mographique est forte pour une rĂ©gion Ă  dominante montagnarde et rurale. Elle atteint mĂȘme 375 hab./km2 dans la wilaya de Tizi-Ouzou, oĂč se rencontrent pourtant les altitudes les plus Ă©levĂ©es. Le phĂ©nomĂšne n'est pas nouveau et il a frappĂ© particuliĂšrement les colonisateurs français. Il est d'autant plus original que la taille des localitĂ©s dans les plaines est longtemps restĂ©e limitĂ©e, le village de montagne Ă©tant traditionnellement la forme principale d'agglomĂ©ration[13].

La question de l'origine de ces hautes densitĂ©s montagnardes divise encore les historiens. Aux extrĂȘmes s'opposent la thĂšse d'un peuplement dense trĂšs ancien, antĂ©rieur Ă  la prĂ©sence romaine, et celle d'un afflux tardif, consĂ©cutif Ă  l'arrivĂ©e des Arabes[40]. Toutefois, un relatif consensus se dĂ©gage sur plusieurs points. Pour commencer, une distinction semble s'imposer, pour l'ensemble de l'Afrique du Nord, entre un premier peuplement berbĂšre, « palĂ©o-montagnard Â», caractĂ©risĂ© par la pratique des cultures en terrasses, s'Ă©tendant progressivement depuis les AurĂšs et l'Atlas saharien jusqu'aux Hautes Plaines ; et un second, « nĂ©o-montagnard Â», ignorant la technique des terrasses et propre aux massifs du Tell : c'est Ă  cette seconde vague, plus tardive, que l'on rattache les premiĂšres populations de Kabylie[41].

La prĂ©sence de populations dans l'ensemble de la rĂ©gion, dĂšs l'Ă©poque romaine au moins, paraĂźt Ă©galement attestĂ©e, le seul point encore en dĂ©bat portant sur le peuplement du territoire relativement restreint, mais aussi le plus densĂ©ment peuplĂ©, que constitue le massif de l'Agawa. Enfin, il est gĂ©nĂ©ralement admis que ce peuplement initial s'est trouvĂ© accru, Ă  partir du Xe siĂšcle, de l'apport de populations d'agriculteurs menacĂ©s par le processus de pastoralisation des plaines puis, Ă  partir du XIVe siĂšcle surtout, par les prĂ©lĂšvements fiscaux du makhzen[42]. Les traditions locales paraissent corroborer l'hypothĂšse d'une dualitĂ© historique du peuplement kabyle.

DĂ©mographie

Populations des principales villes de Kabylie[43]
Municipalité Population (2008)
Tizi Ouzou 230 000
Bejaia 177 988
Bouira 75 000

La wilaya de Tizi Ouzou compte 1 119 646 d'habitants, rĂ©partis dans 67 communes au dernier recensement de 2008[44] alors que la wilaya de Bejaia compte presque un million d'habitant rĂ©partis dans 52 communes au dernier recensement de 2008[45]. Le reste des populations se repartit sur la moitiĂ© est de la wilaya de Boumerdes, la moitiĂ© nord de la wilaya de Bouira, le nord de la wilaya de Bordj Bou Arreridj, le nord-ouest de la wilaya de Setif et l'ouest de la wilaya de Jijel.

La rĂ©gion a subit un exode rural important du fait de la lutte anticolonialiste, de la rĂ©pression et de ses consĂ©quences sur le tissus socioĂ©conomique de la rĂ©gion. La population a Ă©tĂ© poussĂ©e Ă  quitter l'arriĂšre pays pour les grandes villes de la rĂ©gion (Tizi Ouzou, BĂ©jaĂŻa, etc.) ; ce phĂ©nomĂšne persiste jusqu'Ă  nos jours. Elle Cet exode a donnĂ©, dĂšs le dĂ©but du XXe siĂšcle, les premiĂšres vagues d'immigration maghrĂ©bine vers la France. Ce flux a connu une baisse dans les annĂ©es 1960[46]. AprĂšs l'indĂ©pendance, l'exode rural s'effectue surtout vers les grandes villes algĂ©riennes comme Alger ou Oran[46]. On estime d'ailleurs le nombre de kabyles dans les grandes villes d'Algerie Ă  2,5 millions d'individus et en France Ă  un million de personnes. Le taux d'accroissement de la population n'est que de 0,2 pour la wilaya de Tizi Ouzou et de 0,6 pour la wilaya de BĂ©jaĂŻa, ce qui est relativement faible comparĂ© au reste de l'AlgĂ©rie, donnĂ©es qui s'expliquent principalement par l'exode rural[43].

Situation linguistique

Carte de la répartition des aires linguistiques du nord-est algérien.
SchĂ©ma d'ensemble des aires linguistiques du nord-est algĂ©rien, du milieu du XIXe siĂšcle au milieu du XXe siĂšcle[47]
L'article « kabyle Â» prĂ©sente en dĂ©tail la langue kabyle.

Les Kabyles font partie des BerbÚres (Imazighen). Leur langue, le kabyle (taqbaylit), parlée par la grande majorité de la population[1], est une variété du berbÚre (tamazight).

Panneau trilingue à la faculté de Tizi Ouzou
Signalisation trilingue à la faculté de Tizi-Ouzou (photographie de 2007).

Si le territoire de Grande Kabylie compte peu d'habitants de langue maternelle arabe, Basse et Petite Kabylies ont Ă©tĂ© davantage arabisĂ©es. En Basse Kabylie, l'arabisation remonte Ă  la pĂ©riode ottomane. À cette Ă©poque, des terrains de la rĂ©gion ont Ă©tĂ© concĂ©dĂ©s Ă  quelques familles d'origine turque ou arabe ainsi qu'Ă  la tribu des Iamriwen, constituĂ©e d'aventuriers et de proscrits des autres tribus kabyles[48]. En mĂȘme temps que la garde et l'usage des terres de plaines, ils recevaient de leurs commanditaires un cheval avec la charge de tenir en respect les populations avoisinantes. Leur contrĂŽle s'est Ă©tendu jusqu'en Haute Kabylie, sur toute la moyenne vallĂ©e du Sebaou ; lĂ , comme dans les basses plaines, le makhzen s'est montrĂ© un puissant facteur d'arabisation. Toutefois, on a assistĂ© depuis Ă  une rekabylisation partielle de ces territoires[49].

En Petite Kabylie, le kabyle Ă©tait encore majoritairement parlĂ© au XIXe siĂšcle jusqu'au-delĂ  de l'Oued el Kebir. Si Jijel et ses environs Ă©taient dĂ©jĂ  arabisĂ©s, vers l'intĂ©rieur il n'y avait pas encore de rupture territoriale entre les parlers kabyle et chaouĂŻa. Aujourd'hui le Guergour est Ă  moitiĂ© arabophone et le Ferdjioua, en totalitĂ©. À l'est, l'expression de Kabyles el hadra a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e pour dĂ©signer les montagnards arabisĂ©s du Nord-Constantinois[50].

En Grande Kabylie et dans la partie de la Petite Kabylie oĂč le kabyle prĂ©vaut, il est la langue maternelle et quotidienne de la presque totalitĂ© de la population[1]. LĂ  oĂč populations kabylophones et arabophones sont en contact, un bilinguisme kabyle-arabe algĂ©rien est pratiquĂ© de part et d'autre[2]. À BĂ©jaĂŻa et Ă  Tizi-Ouzou, oĂč la population urbaine traditionnelle Ă©tait majoritairement arabophone, l'exode rural qui a suivi l'indĂ©pendance a gĂ©nĂ©ralisĂ© la diffusion du kabyle[39]. Quant Ă  l'arabe littĂ©ral, son emploi est cantonnĂ© au systĂšme d'enseignement et aux administrations de l'État central[5]. En pratique, c'est plutĂŽt le français qui est employĂ© pour les usages Ă©crits ou savants et, de façon presque exclusive, dans le commerce et la publicitĂ©[4].

Histoire

Pour consulter un article plus gĂ©nĂ©ral, voir : Histoire de l'AlgĂ©rie.

Pas plus au cours de son histoire qu'aujourd'hui la rĂ©gion n'a connu de frontiĂšres fixes et rigoureusement dĂ©finies, faute de n'avoir jamais constituĂ© un État. La forme d'organisation tribale qui s'y est dĂ©veloppĂ©e est restĂ©e caractĂ©risĂ©e par le contrĂŽle direct et rigoureux exercĂ© sur des dirigeants dĂ©signĂ©s et s'est toujours opposĂ©e Ă  l'Ă©mergence d'un pĂŽle de pouvoir unique et centralisĂ©. IntĂ©rieurement divisĂ©e, elle a toutefois trouvĂ© son unitĂ© vis-Ă -vis de l'extĂ©rieur dans le rĂŽle de refuge qu'elle a tenu pour tous ceux qui, parmi les populations environnantes, ont voulu rĂ©sister Ă  l'emprise des conquĂ©rants successifs ou des États en construction. Selon les circonstances, ses contours se sont rĂ©duits aux bastions les plus montagneux, hors d'atteinte de l'ennemi ou d'une autoritĂ© centrale parfois reconnue nominalement, mais en pratique ignorĂ©e ; ou se sont Ă©tendus sur les plaines voisines, dans les pĂ©riodes de rĂ©cupĂ©ration et de reconquĂȘte[51].

Préhistoire

L'article « Histoire des BerbĂšres Â» prĂ©sente en dĂ©tail la prĂ©histoire.
La partie sur le Peuplement traite des premiers peuplements de la région.

La Kabylie offre plusieurs sites archĂ©ologiques, comme la grotte d'Afalou, qui ont rĂ©vĂ©lĂ© l'existence il y a 20 000 ans Ă  10 000 ans environ, d'un art mobilier (petites statuettes zoomorphes) et d'enterrements[52]. En Kabylie maritime, on a retrouvĂ© (Ă  Sidi Khaled notamment) des traces d'outils, pierres taillĂ©s et des fragments d'objets mĂ©talliques et de poteries d'Ă©poques plus rĂ©centes[53]. Ces traces de peuplement s'intĂšgrent dans les mouvements migratoires plus larges en Afrique du Nord lors du palĂ©olithique.

On situe aussi l'apparition des signes et symboles de Kabylie utilisĂ©s dans l'artisanat durant la pĂ©riode nĂ©olithique mĂȘme si depuis ils ont sans doute connus des Ă©volutions Ă  travers l'histoire [54].

Antiquité

Carte des provinces romaines en Afrique
Les provinces de l'Afrique romaine : MaurĂ©tanies et Numidie.


Pendant l'AntiquitĂ©, la rĂ©gion, comme le reste de l'AlgĂ©rie septentrionale, est en contact avec les principales civilisations du bassin mĂ©diterranĂ©en. C'est aussi la pĂ©riode d'Ă©mergence de grands royaumes berbĂšres antiques qui ont laissĂ© quelques vestiges comme le mausolĂ©e d'Akbou (Taqubbet n Weqbu) d'une hauteur de 13 mĂštres dont l'architecture rappelle celle de mausolĂ©es numides plus grands comme le Medracen ou le MausolĂ©e royal de MaurĂ©tanie[55]. Gabriel Camps remonte la date de l'apparition de Tifinagh au moins jusqu'au VIe siĂšcle avant J.-C. et pense que les stĂšles avec des inscriptions Tifinagh datent au plus tĂŽt de cette Ă©poque[56].

Les Phéniciens, qui s'implantent à partir de 1200 av. J.-C. sur les cÎtes d'Afrique du Nord, y créent des comptoirs à Béjaïa et à Dellys. AprÚs la fondation de Carthage, l'influence punique s'étend à la façade maritime et assez peu à la région entiÚre, qui se trouve dans la mouvance des royaumes de Maurétanie[57].

Les premiĂšres interventions des Romains remontent aux guerres puniques ; ils s'allient Ă  certains chefs berbĂšres pour contrer la puissance de Carthage[58]. Ils vassalisent ensuite progressivement les royaumes de MaurĂ©tanie pour les intĂ©grer finalement comme provinces. Le Djurdjura, appelĂ© par les Romains Mons Ferratus, « la montagne dure comme le fer Â», voit quatre colonies s'installer Ă  ses pieds, sur les ports de la cĂŽte : Igilgili (Jijel), Saldae (BĂ©jaĂŻa), Ruzazus (Azeffoun) et, dans la vallĂ©e de la Soummam, Tubusuptu (Tiklat), Ă  une trentaine de kilomĂštres de Saldae. La domination romaine (25 av. J.-C. - 439 apr. J.-C.) est peu appuyĂ©e dans la rĂ©gion et la culture latine et chrĂ©tienne reste pour l'essentiel cantonnĂ©e aux colonies. C'est le cas de Tigzirt qui fut une importante colonie romaine oĂč il y a les vestiges d'une Ă©glise qui date du IIe siĂšcle agrandie en basilique Ă  l'Ă©poque byzantine[59]. Ces colonies sont des bastions de certains schismes religieux d'origine nord africaine comme le donatisme et l'arianisme[57].

Les récits des auteurs latins relatent l'alternance de replis défensifs et d'expansions des guerriers montagnards sur les plaines, forçant alors les colons à se réfugier derriÚre les fortifications des cités[51]. L'occupation romaine soulÚve à plusieurs reprises de vives résistances qu'incarnent les figures de Tacfarinas et de Firmus. On retrouve des mouvements similaires face aux intrusions ultérieures des Vandales, des Byzantins puis des Arabes[58].

BĂ©jaĂŻa et ses environs sont inclus dans l'Ă©phĂ©mĂšre royaume (439–533) fondĂ© en Afrique du Nord par les Vandales, qui trouvent un large appui parmi les tribus berbĂšres, alors appelĂ©es Maures, contre la puissance romaine. Les Byzantins, sous Justinien, parviennent Ă  reprendre le contrĂŽle d'une partie de l'Afrique du Nord. Cependant les Maures leur sont plus hostiles et la pĂ©riode byzantine est d'une grande instabilitĂ©[58].

Islamisation et dynasties musulmanes

Photo de la KalĂąa des Beni Hammad avec son minaret.
KalĂąa des BĂ©ni Hammad (Hodna), premiĂšre capitale hammadide.
Carte historique de l'empire Fatimide
Califat fatimide.
Carte historique du royaume Ziride
Empire ziride.
Carte historique du royaume Hammadide
Royaume hammadide.

Les cavaliers arabes qui font la conquĂȘte de l'Ifriqiya en 647 apportent avec eux l'islam. Vues par les premiers acteurs de la conquĂȘte arabe et islamique, les montagnes autour de BĂ©jaĂŻa sont appelĂ©es el aadua (« l’ennemie Â») en raison de leur rĂ©sistance[60]. Ils s'allient Ă  certaines des tribus maures pour renverser les Byzantins et leurs alliĂ©s dans la rĂ©gion. AprĂšs des rĂ©sistances comme celle de Koceila ou de la Kahena, les BerbĂšres se convertissent en nombre Ă  la religion des conquĂ©rants mais rejettent bientĂŽt leur domination. En 737, avec le soutien de l'ensemble des tribus, le ZĂ©nĂšte Abou Qurra reprend toute l'Ifriqiya aux Arabes[61].

En Kabylie, la pĂ©riode du VIIIe au XIe siĂšcle telle que nous la dĂ©crit Ibn Khaldoun voit se cotoyer, sur un territoire qui s'Ă©tend alors de Cherchell Ă  Annaba et de la MĂ©diterranĂ©e aux premiĂšres montagnes sahariennes, trois groupes de tribus berbĂšres aux dialectes proches et gĂ©nĂ©ralement alliĂ©s : les Sanhadja (Ă  l'ouest de Dellys), les Kutama (Ă  l'est de BĂ©jaĂŻa) et les Zouaoua (au centre)[51]. Le Maghreb tout entier devient alors le lieu d'affrontement d'entreprises dynastiques dont certaines, comme celles des Fatimides, des Zirides et des Hammadides, vont impliquer une partie ou l'autre de ces populations[51]. C'est ainsi que la dynastie chiite des Fatimides est fondĂ©e au Xe siĂšcle en Petite Kabylie par le dai ismaĂ©lien Ubayd Allah al-Mahdi, dont les prĂȘches millĂ©naristes ont trouvĂ© un Ă©cho favorable auprĂšs des Kutama[62]. AprĂšs s'ĂȘtre portĂ©s Ă  leur tĂȘte, les Fatimides les lancent Ă  la conquĂȘte de l'Ifriqiya, puis de l'Égypte oĂč ils fondent Le Caire (Al-Kahira) et la mosquĂ©e Al-Azhar, avant d'Ă©tendre leur empire du Maghreb jusqu'au Hedjaz et Ă  la Syrie[63]. AprĂšs avoir conquis l'Égypte, les Fatimides laissent aux Zirides la charge de dĂ©fendre le Maghreb contre les tribus zĂ©nĂštes kharidjites.

Bologhine ibn Ziri, qui inaugure la dynastie en 973, est un Sanhadja nomade, originaire du Hodna, auquel on doit notamment la fondation d'Alger (El DjazaĂŻr)[64]. Les Fatimides lui concĂšdent les titres d'Ă©mir et de vice-roi de l'Ifriqiya. Tandis que la nouvelle dynastie s'installe en Ifriqiya, en 1014 sa branche hammadide se dĂ©clare indĂ©pendante et prend le contrĂŽle du Maghreb central. Les Hammadides rĂ©novent Alger et surtout BĂ©jaĂŻa oĂč ils dĂ©placent leur capitale aprĂšs avoir abandonnĂ© la KalĂąa des BĂ©ni Hammad, dans le Hodna : c'est l'un des rĂ©sultats de la pression hilalienne qui, Ă  partir de la fin du XIe siĂšcle, commence Ă  s'exercer sur l'espace berbĂšre[65]. L'itinĂ©raire allant de la KalĂąa des BĂ©ni Hammad Ă  BĂ©jaia correspond aussi Ă  une importante route commerciale et royale appelĂ©e encore des nos jour triq soltan (« chemin du sultan Â»)[65].

Capitale du « royaume de Bougie Â», BĂ©jaĂŻa, qui acquiert alors le surnom de « Perle de l'Afrique Â», est aussi un foyer de culture dont le rayonnement s'Ă©tend Ă  l'Ă©chelle de la MĂ©diterranĂ©e. Elle est un centre savoir important rivalisant avec Cordoue. C'est notamment par son intermĂ©diaire que les chiffres arabes et la notation algĂ©brique sont diffusĂ©s en Europe par le mathĂ©maticien italien Fibonacci qui vient y Ă©tudier[66]. C'est aussi une ville religieuse de premier plan surnommĂ©e « la Petite Mecque Â» car elle abrite de nombreux saints personnages. La tolĂ©rance y est rĂ©elle, comme en tĂ©moigne la correspondance entre le sultan hammadide Al Nacir et le pape GrĂ©goire VII, ainsi que les relations commerciales avec l'Europe. Cette tradition d'ouverture des habitants de la rĂ©gion persiste encore dans la Kabylie actuelle[67].

Selon l'historien E.-F. Gautier[60], il y a une relation « harmonieuse Â» entre les États berbĂšres musulmans hammadide puis hafside et les tribus des alentours de BĂ©jaĂŻa ; la qualitĂ© de cette relation prouve que cet État n’est pas Ă©tranger pour ces tribus et BĂ©jaĂŻa est donc considĂ©rĂ©e comme leur capitale. Les diffĂ©rentes capitales des États berbĂšre locaux Zirides, Hammadides puis Hafsides : Ikedjane, la KalĂąa des BĂ©ni Hammad, Achir, BĂ©jaĂŻa rĂ©sument l’histoire des Ketama et Sanhadja et montrent la Kabylie dans son articulation historique essentielle[60].

C'est Ă  proximitĂ© de BĂ©jaĂŻa que se rencontrent vers 1120 Abdelmoumen, alors jeune Ă©tudiant dans la citĂ©, et Ibn Toumert, rĂ©formateur religieux qui en a Ă©tĂ© expulsĂ© et dont il devient le disciple, avant de prendre Ă  sa suite la tĂȘte du mouvement almohade. Partie de « l'extrĂȘme Maghreb Â» (l'actuel Maroc), la dynastie qu'il fonde renverse au milieu du XIIe siĂšcle les royaumes des Hammadides et des Zirides et rassemble sous une autoritĂ© unique le Maghreb et une partie de la pĂ©ninsule IbĂ©rique[65].

Dans la seconde moitiĂ© du XIIIe siĂšcle, l'empire almohade s'effondre Ă  son tour et laisse la place Ă  une tripartition du Maghreb entre MĂ©rinides (Maroc actuel), Zianides (Maghreb central) et Hafsides (Ifriqiya). L'espace de l'actuelle Kabylie se retrouve pris en Ă©tau entre le pouvoir des Zianides, installĂ©s Ă  Tlemcen et dont les visĂ©es s'Ă©tendent jusqu'Ă  Dellys, et celui des Hafsides, dont le territoire comprend la ville de BĂ©jaĂŻa. En perpĂ©tuel conflit, les royaumes maghrĂ©bins n'hĂ©sitent pas Ă  recourir au renfort de mercenaires europĂ©ens ou des tribus hilaliennes jusque lĂ  cantonnĂ©es plus au sud[68]. Les pourtours ouest, sud et est des montagnes kabyles, plus ouverts, sont les plus atteints par ces mouvements. À la fin du XIVe siĂšcle, seule la confĂ©dĂ©ration centrale, celle des Zouaoua, maintient encore son existence. Elle a perdu ses hauts plateaux mais hĂ©rite d'une partie des terres de ses anciennes voisines, dont elle accueille les rĂ©fugiĂ©s. Son territoire s'Ă©tend alors d'ouest en est entre les oued Boudouaou et Agrioun et de la MĂ©diterranĂ©e jusqu'Ă  une ligne joignant Sidi AĂŻssa Ă  SĂ©tif[51]. Les royaumes environnants, affaiblis par leurs rivalitĂ©s et les conflits de succession internes, laissent se constituer dans les villes principales des centres de pouvoir pratiquement autonomes tandis que les campagnes Ă©chappent quasiment Ă  tout contrĂŽle[68].

Présence ottomane et royaumes kabyles

Vue sur la casbah de BĂ©jaĂŻa
Citadelle (casbah) au-dessus du port de Béjaïa d'époque Hammadide. Elle est disputée par les Turcs et les Espagnols.

En 1510, sur la lancĂ©e de la Reconquista, les Espagnols s'emparent de BĂ©jaĂŻa. Ils organisent Ă  partir de cette position des razzias dans l'arriĂšre-pays. Les habitants de la rĂ©gion cherchent protection Ă  l'intĂ©rieur des terres et prennent pour nouvelle capitale la KalĂąa des AĂŻt Abbas, au cƓur de la chaĂźne des Bibans. Cette ville Ă©tait une ancienne place fortifiĂ©e de l'Ă©poque Hammadide et une Ă©tape du abrid n'sultan : la route commerciale allant des Hauts-Plateaux Ă  BĂ©jaĂŻa. C'est le sultan Abderahmane qui choisit le site pour des raisons sĂ©curitaires. Le rĂšgne de son petit-fils Abelaziz fait sortir le nom de la KalĂąa de l'anonymat, et Ă  son apogĂ©e, la citĂ©e compte 70 000 habitants, rivalisant alors avec Tunis. Il prend ensuite le titre d'« Amokrane Â». C’est durant son rĂšgne que la KalĂąa se dote de fabriques d’armes avec l’aide des renĂ©gats chrĂ©tiens et des Andalous chassĂ©s d’Espagne qu’elle accueille en grand nombre et qui apportent leur savoir-faire[69],[70].

Pour reprendre la ville de BĂ©jaĂŻa, le sultan hafside de Tunis fait appel Ă  des corsaires ottomans, les frĂšres Barberousse[71]. AprĂšs une premiĂšre tentative infructueuse, au printemps 1515 ils parviennent Ă  emporter le vieux fort[72] avec le soutien dĂ©cisif, par voie de terre, de plus de 20 000 combattants venus de la cĂŽte de BĂ©jaĂŻa et de Jijel et emmenĂ©s par Ahmed Belkadi, prince alors au service des Hafsides[73]. Toutefois, ils Ă©chouent Ă  dĂ©loger les occupants du chĂąteau neuf et doivent finalement lever le siĂšge[72].

Vue d'ensemble sur le village de Koukou
Vue du village de Koukou.

BĂ©jaĂŻa n'est dĂ©finitivement reprise aux Espagnols qu'en 1555, par la pression combinĂ©e du corsaire Salah RaĂŻs Pacha (pour le compte de la rĂ©gence d'Alger) et des royaumes kabyles des AĂŻt-Abbas et de Koukou[74],[75]. Les Hafsides sont Ă©vincĂ©s de leurs possessions en Kabylie comme dans tout l'est algĂ©rien. DĂšs la premiĂšre moitiĂ© du XVIe siĂšcle, les Turcs implantent en Kabylie plusieurs forts (borj), pour tenter de la controler[51]. Ils se heurteront Ă  la rĂ©sistance des deux royaumes tribaux, celui de Koukou en Grande Kabylie et celui des AĂŻt Abbas (appelĂ© aussi de la Medjana) dans les Bibans et la vallĂ©e de la Soummam[76].

Le royaume de Koukou[77], qui durera deux siĂšcles[78], est fondĂ© au XVIe siĂšcle par Ahmed Belkadi, l'un des acteurs du siĂšge de BĂ©jaĂŻa revenu s'Ă©tablir chez les AĂŻt Ghobri d'oĂč sa famille est originaire. En 1520, attaquĂ© par Khayr ad-Din Barberousse, il le dĂ©fait dans la plaine des Issers et s’empare d’Alger. Il y rĂšgne plusieurs annĂ©es avant d'ĂȘtre Ă  son tour vaincu par Khayr ad-Din, alliĂ© pour la circonstance aux AĂŻt Abbas. Abdelaziz sultan des AĂŻt Abbas meurt en 1559 au cours d’une bataille livrĂ©e contre les Turcs. Les Turcs emportent sa tĂȘte et l’exposent une journĂ©e entiĂšre Ă  la porte de Bab Azzoun Ă  Alger avant de l’enterrer dans une caisse en argent[79].

Le royaume des AĂŻt Abbas, en Petite Kabylie, se maintient quant Ă  lui jusqu'Ă  l'invasion française. Il contrĂŽle le passage stratĂ©gique des Portes de Fer appelĂ©s Tiggoura (« les portes Â») par les Kabyles et Demir kapou par les Turcs qui est un point de passage obligatoire sur la route reliant Alger Ă  Constantine. La RĂ©gence d'Alger doit payer un tribut pour le passage de ses troupes, dignitaires et commerçants. C'est d'ailleurs dans l'AlgĂ©rie de l'Ă©poque le seul endroit oĂč le pouvoir Makhzen paye un tribut Ă  des populations locales insoumises[80]. Le voyageur français Jean AndrĂ© Peyssonnel Ă©crit en effet en 1725 : « Ces troupes (la milice, turque) si redoutables dans tout le royaume, sont obligĂ©es de baisser leurs Ă©tendards et leurs armes, en passant par un dĂ©troit fĂącheux appelĂ© la Porte de fer, entre des montagnes escarpĂ©es. La nation dite Benia-BeĂŻd (Beni-Abbas), qui habite ces montagnes, les force Ă  la soumission.[...] et ils s'estiment encore heureux d'ĂȘtre en paix avec eux, sans quoi il faudrait aller passer dans le Sahara pour aller d'Alger Ă  Conslantine[80]. Â»

En 1664, Duc de Beaufort envoyĂ© par Louis XVI lance une expĂ©dition contre Jijel mais, aprĂšs quatre mois d'hostilitĂ© avec les tribus locales, les Français abandonnent la ville. Les AĂŻt Abbas gardent comme trophĂ©e les piĂšces d'artilleries en bronze de Louis XVI, et dont l'une d'entre elle est retrouvĂ©e Ă  la KalĂąa[81],[82]. Entre le XVIIe siĂšcle et le XIXe siĂšcle plusieurs conflits entre les royaumes kabyles et la RĂ©gence d'Alger ont lieu. Les principaux prennent place en 1609 (les Kabyles dĂ©vastent la Mitidja et menacent Alger) puis, entre 1758 et 1770 (dans toute la Kabylie) et enfin entre 1805 et 1813 (dans la vallĂ©e de la Soummam)[69]. En 1823, les Kabyles entrent en rĂ©volte contre l'autoritĂ© de la RĂ©gence et coupent les voix de communications entre Alger et Constantine. Ce n'est qu'aprĂšs plusieurs mois de combats que le chef militaire de la rĂ©gence, l'Agha Yahia, parvient Ă  nĂ©gocier la soumission des tribus et, en 1824, est signĂ© le dernier traitĂ© de paix[83]. Globalement les deux royaumes, qui bĂ©nĂ©ficient d'une certaine reconnaissance internationale (reprĂ©sentations diplomatiques en Espagne, notamment), contribuent Ă  prĂ©server une relative autonomie de la rĂ©gion par rapport au reste de la rĂ©gence d'Alger[84].

Manuscrit du Qanun (droit coutumier) des AĂŻt Ali ou Herzun

AprĂšs une pĂ©riode de rivalitĂ© oĂč alternent phases de paix et de guerre entre Ottomans et Kabyles pour le contrĂŽle d'Alger, leurs relations se stabilisent Ă  l'Ă©poque des deys. Son autonomie fait l'objet d'une reconnaissance tacite qui marque une Ă©tape importante dans la constitution de l'identitĂ© rĂ©gionale[51]. De plus, de nombreux corsaires, miliciens et notables de la RĂ©gence sont recrutĂ©s localement, parmi les Kabyles notamment, afin de contrebalancer le pouvoir des Janissaires. À Alger, les autoritĂ©s autorisent mĂȘme les marchands kabyles de tenir leur propre souk. Certains beys, comme Ahmed Bey dernier Bey de Constantine, ont des origines en Kabylie[80].

À cette pĂ©riode et depuis le Moyen Ăąge Hammadide probablement, on trouve dans certains villages une tradition Ă©crite qui globalement est marginale Ă©tant principalement le fait de quelques lettrĂ©s en contact avec l'extĂ©rieur de la rĂ©gion. Ainsi la bibliothĂšque du Cheikh El Mouhoub un lettrĂ© des Beni Ourtilane au XIXe siĂšcle, exhumĂ©e par les chercheurs de l’universitĂ© de BĂ©jaĂŻa au milieu des annĂ©es 1990, est l'exemple le plus reprĂ©sentatif, avec plus de 1 000 manuscrits en provenance de lieux et d'Ă©poques variĂ©s : de l'Andalousie Ă  l’ExtrĂȘme Orient et du IXe siĂšcle au XIXe siĂšcle[85]. Les sujets sont variĂ©s, traitant : d'astronomie, de sciences, de mĂ©decine, de droit coutumier local, de savoir religieux (fiqh) et mĂȘme des manuscrit en tamazight transcrit en caractĂšres arabes[60],[86]. Une partie des manuscrits a Ă©tĂ© dĂ©truits durant la pĂ©riode coloniale, l'autre est Ă©tudiĂ©e a l'universitĂ© de BĂ©jaĂŻa[85].

Colonisation française et mouvement national

Articles dĂ©taillĂ©s : OpĂ©ration Oiseau bleu et Bleuite.

En 1830, les Français se lancent Ă  la conquĂȘte de l'AlgĂ©rie. Au dĂ©but, l'expĂ©dition est dirigĂ©e contre Alger. Mais, trĂšs tĂŽt, les envahisseurs vont chercher Ă  occuper l'ensemble du pays, notamment la Kabylie contre laquelle sont dirigĂ©es plusieurs expĂ©ditions. Les tribus kabyles se mobilisent fortement et combattent sur tous les fronts, d'Alger jusqu'Ă  Constantine. C'est Lalla Fatma N'Soumer, d'une famille maraboutique, qui prend dans la rĂ©gion la tĂȘte de la rĂ©sistance Ă  la conquĂȘte[87].

Mais, Ă  partir de 1857, la Kabylie passe progressivement sous la domination française malgrĂ© des soulĂšvements pĂ©riodiques qui culminent en 1871 avec la « rĂ©volte des Mokrani Â», oĂč la confrĂ©rie de la Rahmaniya joue un grand rĂŽle. La rĂ©pression se solde par de nombreuses arrestations, des spoliations et des dĂ©portations en Nouvelle-CalĂ©donie (c'est l'origine des « Kabyles du Pacifique Â»)[88]. La colonisation se traduit aussi par une accĂ©lĂ©ration de l'Ă©migration vers d'autres rĂ©gions du pays et vers l'Ă©tranger.

L'administration française, Ă  travers ses « bureaux arabes Â», procĂšde Ă  l'arabisation des noms de famille et de lieu kabyles. C'est ainsi que, par exemple, Iwadiyen devient les Ouadhias, AĂŻt Zmenzer est transformĂ© en Beni Zmenzer ou encore AĂŻt Yahia en Ould Yahia. AprĂšs la rĂ©volte de 1871, cette action prend le caractĂšre d'une politique systĂ©matique de dĂ©personnalisation[89] : pour casser la cohĂ©sion de la sociĂ©tĂ© kabyle. L'Ă©tat civil est gĂ©nĂ©ralisĂ© en attribuant des noms arbitraires et diffĂ©rents aux membres d'une mĂȘme famille.

Pourtant, le droit coutumier berbĂšre est globalement maintenu en Kabylie, alors qu'il est aboli en pays chaoui au profit du droit musulman. Autre pratique rĂ©servĂ©e Ă  la rĂ©gion : des missionnaires chrĂ©tiens y mĂšnent des campagnes d'Ă©vangĂ©lisation jusque dans les villages les plus reculĂ©s[90]. Enfin, l'enseignement du français jusqu'au certificat d'Ă©tudes y est assez courant alors que partout ailleurs, c'est la scholastique coranique, en arabe classique, qui est favorisĂ©e.

Ces diffĂ©rences entretenues n'empĂȘchent nullement une prĂ©sence kabyle massive dans les diffĂ©rentes formes de rĂ©sistance qui s'organisent face Ă  la colonisation. Nombreux sont les Kabyles Ă  participer Ă  la crĂ©ation en 1931 de l'association des OulĂ©mas algĂ©riens. Plus tard, les membres fondateurs de l'Étoile nord-africaine sont aussi pour moitiĂ© originaires de Kabylie[91]. La Kabylie est aussi au cƓur des Ă©vĂ©nement du 8 Mai 1945 Ă  Kherrata et la rĂ©gion de SĂ©tif faisant des milliers de morts parmi la population civile[92].

Pendant la guerre d'indĂ©pendance algĂ©rienne, la Kabylie, alors wilaya III, se trouve au cƓur de la rĂ©sistance au colonialisme français[93]. C'est aussi, avec les AurĂšs, la rĂ©gion la plus touchĂ©e par la rĂ©pression du fait de l'importance des maquis et de l'implication de ses habitants. Le FLN y recrute plusieurs de ses chefs historiques, parmi lesquels Abane Ramdane, Krim Belkacem et Hocine AĂŻt Ahmed, ainsi que de grands combattants comme le colonel Amirouche AĂŻt Hamouda[94]. C'est Ă©galement en Kabylie que se tient en 1956 le congrĂšs de la Soummam, le premier du FLN. Au plus fort de sa lutte, les effectifs de l'ALN en Kabylie Ă©tait de 12 000 hommes disposant d'un fond 500 millions de franc algĂ©riens[95].

La rĂ©gion est un bastion de l'ALN et le lieux de ses plus Ă©clatantes victoires comme la Bataille de Bouzegza[96]. Les tentatives d'infiltration de l'armĂ©e française seront globalement tenues en Ă©checs voir parfois retournĂ©es contre elles Ă  l'exemple de certains harkis qui Ă©taient en fait des officiers de renseignements FLN et de la « Force K Â», officiellement un commando armĂ© par l'armĂ©e française pour combattre le FLN. En rĂ©alitĂ©, cette unitĂ© Ă©tait une cellule de collecte d'arme et d'espionnage pour le compte de la wilaya III[97].

L'armĂ©e française y est tenue en Ă©chec dans sa mission de pacification, malgrĂ© plusieurs coups durs comme la mort du colonel Amirouche AĂŻt Hamouda le 29 mars 1959. La mobilisation de la rĂ©gion rĂ©siste aussi Ă  l'ampleur de la rĂ©pression sur les populations civiles (destruction des moyens d'agriculture, pillages, fouille et destruction des villages, dĂ©placement de populations, crĂ©ation de zones interdites, etc.)[98] et les moyens militaires dĂ©ployĂ©s (notamment lors de l'opĂ©ration « Jumelles Â», dans le cadre du plan Challe, en 1959)[99]. Sous l'impulsion de Mohand Oulhadj successeur de Amirouche, la wilaya III se rĂ©organise face au plan Challe, en Ă©clatant ses grosses unitĂ©s en petites et en rapatriant les moussblines (agent de liaison avec la population) dans les maquis. Les femmes occupent petit Ă  petit un plus grand rĂŽle aprĂšs le plan Challe, en effet non soupçonnĂ©es par l'armĂ©e française c'est elles qui de plus en plus assurent le renseignement et le rĂŽle de police dans les villages[100]. En 1961, l'ALN parvient mĂȘme Ă  occuper plusieurs postes militaires français[101].

Depuis l'indépendance algérienne

Le drapeau berbĂšre
Le drapeau berbĂšre, symbole de la revendication identitaire.

La région s'est opposée à plusieurs reprises au régime d'Alger. DÚs 1963, le Front des forces socialistes emmené par Hocine Aït Ahmed et Yaha Abdelhafid conteste l'autorité du parti unique. Entre 1963 et 1965, la répression de l'ANP (Armée Nationale Populaire) a fait plus de 400 morts parmi les Kabyles[102].
En 1980, la Kabylie et les universitĂ©s algĂ©roises connaissent plusieurs mois de manifestations rĂ©clamant l'officialisation de la langue berbĂšre : c'est le « Printemps berbĂšre Â». Le rĂ©veil culturel s'intensifie en rĂ©action au durcissement de l'arabisation que connaĂźt l'AlgĂ©rie dans les annĂ©es 1990[103]. En 1994-1995, l'annĂ©e scolaire fait l'objet d'un boycott appelĂ© « grĂšve du cartable[104] Â».

En juin et juillet 1998, la rĂ©gion s'embrase Ă  nouveau aprĂšs l'assassinat du chanteur LounĂšs Matoub et Ă  l'occasion de l'entrĂ©e en vigueur d'une loi gĂ©nĂ©ralisant l'usage de la langue arabe dans tous les domaines[105],[106]. À partir d'avril 2001, l'assassinat d'un jeune par des gendarmes provoque de graves Ă©meutes qui accentuent la rupture avec les autoritĂ©s : c'est le « Printemps noir Â», au cours duquel 123 jeunes Kabyles vont ĂȘtre abattus par les services de l'État algĂ©rien, en plus de milliers de blessĂ©s et de mutilĂ©s[107],[108]. Cette rĂ©volte amĂšnera le gouvernement algĂ©rien Ă  nĂ©gocier avec le Mouvement citoyen des Aarchs sur les bases des revendications de la Plate forme d'El Kseur et Ă  reconnaitre en 2002 le tamazight langue nationale[109]. Cette plate forme concerne avant tout des mesures sociales et se veut un remĂšde « au mal algĂ©rien Â» dans sa globalitĂ© (justice sociale, Ă©conomie...), le gouvernement tentera de diaboliser ces revendications aux yeux du reste de la population algĂ©rienne en les accusant d'ĂȘtre portĂ©es sur le rĂ©gionalisme[110].

Une revendication autonomiste, qui restait jusque-là le fait de quelques individualités, est désormais portée par le Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK) dirigé par le chanteur et militant Ferhat Mehenni. D'autres encore, comme le Mouvement citoyen des Aarchs, demandent une reconnaissance réelle de l'identité berbÚre comme élément constitutif de la pluralité culturelle dont bénéficie l'Algérie.

Traditions religieuses et Croyances populaires

Traditions religieuses

L'article « Kabyles Â» prĂ©sente en dĂ©tail le peuple et la sociĂ©tĂ© kabyles, en particulier l'Histoire religieuse.
Mausolée dans la montagne, avec son architecture simple, surmonté de coupoles et carrée
Mausolé de Sidi Hend Oulefki

De nos jours, Ă  cĂŽtĂ© d'un islam sunnite majoritaire, on trouve Ă©galement des minoritĂ©s catholiques romaines et depuis rĂ©cemment des protestants (Ă©valuĂ© de 3 000 Ă  50 000, toutes tendances confondues sur toute l'AlgĂ©rie)[111]. Cependant, l'adhĂ©sion de la sociĂ©tĂ© kabyle Ă  l'islam ne change pas du reste du Maghreb en proportion[112]. Les juifs dont la plupart ont fui durant la guerre d'AlgĂ©rie ont surtout Ă©tĂ© implantĂ©s Ă  BĂ©jaĂŻa dans le quartier « Karamane Â», oĂč l'on retrouve encore l'ancienne synagogue[113]. Comme pour une grande partie de l'AlgĂ©rie, l'islam en Kabylie suit la doctrine MalĂ©kite. D'ailleurs, l'ancien prĂ©sident des oulĂ©mas algĂ©riens, Abderrahmane Chibane, a d'ailleurs Ă©tĂ© originaire de la rĂ©gion[114].

Pour satisfaire la demande linguistique de la population, des travaux ont été entrepris pour la traduction du coran en kabyle et surtout la rédaction d'un lexique religieux en kabyle afin de limiter les emprunts lexicaux à l'arabe[115].


En Kabylie il faut noter l'importance historique et culturelle d'une premiĂšre pĂ©riode, celle des Fatimides chiites au Xe siĂšcle siĂšcle, qui explique l'importance de la fĂȘte de taachourt dans la rĂ©gion. La pĂ©riode des Hammadides est Ă©galement importante. Les Hammadides ont fait de BĂ©jaĂŻa l’une des plus grandes capitales de la MĂ©diterranĂ©e et une ville de tolĂ©rance religieuse (correspondance entre le Pape GrĂ©goire VII et les Hammadides). Cette citĂ© est devenu Ă©galement un centre religieux d’importance ; elle a alors Ă©tĂ© surnommĂ©e « la petite Mecque de l’Afrique du Nord Â»[112]. D'ailleurs, certains religieux sont devenus des saints rĂ©vĂ©rĂ©s par la population locale, Ă  l’instar de Sidi Boumediene, dont le nom est encore cĂ©lĂ©brĂ© par les Nord Africains d’aujourd’hui, mais aussi Yemma Gouraya. Une autre pĂ©riode historique, celle des zaouĂŻas et des marabouts, entre le XIe siĂšcle et le XIIe siĂšcle siĂšcle[112], a Ă©galement influencĂ© la Kabylie. Les pratiques religieuses locales ont alors Ă©tĂ© rythmĂ©es par l'influence des marabouts appelĂ©s imrabden. Mouloud Mammeri a Ă©crit :

« Aux Almoravides, le maraboutisme doit son nom et en partie la vocation 
 La baraka du marabout est un pouvoir surnaturel, il a opĂ©rĂ© des miracles et pour cela, il est le lieu Ă  la fois de tous les espoirs et de toutes les craintes[116]. Â»

Cependant, Ă  l'heure actuelle l'influence des marabouts n'existe plus. Il persiste juste certains mausolĂ©es qui sont des lieux de visite, de mĂ©moire populaire et de « mini-pĂšlerinage Â». Le mausolĂ©e de cheikh Amokrane Ă  AĂŻt Zelal draine ainsi les foules pendant les fĂȘtes de taachourt et de el mouloud[117].

Croyances populaires

À cĂŽtĂ© de l'aspect religieux, la Kabylie a gardĂ© ses croyances amazigh. C'est le cas de la coutume de Tislit n'Anzar, la « fiancĂ©e de la pluie Â» appelĂ© aussi Tislit n'waman la « fiancĂ©e de l'eau Â». Il s'agit d'une fĂȘte d'appel de la pluie qui est attestĂ© en Kabylie et dans d'autres rĂ©gions berberophones, mĂȘme si les rituels associĂ©s Ă  la lĂ©gende d’Anzar ont Ă©voluĂ© avec la venue de l’islam pour s'y conformer[118].

Certaines lĂ©gendes comme celle de la vieille de Yennayer perdurent toujours. Les Kabyles racontent qu'une vieille femme, croyant l'hiver passĂ©, sortit un jour de soleil dans les champs et se moquait de lui. Yennayer (janvier) mĂ©content emprunta deux jours Ă  Furar (fĂ©vrier) et dĂ©clencha, pour se venger, un grand orage qui emporta, dans ses Ă©normes flots, la vieille. Chez les AĂŻt Yenni, la femme fut emportĂ©e en barattant du lait. Chez les AĂŻt Fliq, yennayer emprunta seulement un jour et dĂ©clencha un grand orage qui transforma la vieille en statue de pierre et emporta sa chĂšvre. Ce jour particulier est appelĂ© « l'emprunt Â» (Amerdil). Les Kabyles le cĂ©lĂ©brent chaque annĂ©e par un dĂźner de crĂȘpes. Le dĂźner de l'emprunt (Imensi u amerdil) est destinĂ© Ă  Ă©loigner les forces mauvaises. À Azazga et Ă  BĂ©jaĂŻa, la pĂ©riode de la vieille (timgharin) dure sept jours. Le mythe de la vieille exerce une si grande frayeur sur le paysan berbĂšre que celui-ci est contraint Ă  ne pas sortir ses animaux durant tout le mois de Yennayer. Le pragmatisme a fait que les jours malĂ©fiques ont Ă©tĂ© adaptĂ©s par le Kabyle Ă  l'organisation hebdomadaire des marchĂ©s dans les villages. Cette rĂ©partition du temps de la semaine est encore d'actualitĂ©. Chaque commune de Kabylie possĂšde son jour de marchĂ©[119].

Économie

Panorama de la ville de BĂ©jaĂŻa et son port
Béjaïa et son port, une interface majeure au niveau régional et national.

Jusque vers 1900, la base de l'économie régionale reste une arboriculture de montagne dont l'olivier et le figuier constituent les deux piliers[120]. Les productions céréaliÚres sont l'apanage des quelques propriétaires de terres de fond de vallées mais, aprÚs la révolte de 1871, celles-ci sont confisquées au profit des colons. Quant à l'élevage, principalement caprin, quelquefois ovin ou bovin, il est limité par l'exiguïté des sols disponibles pour les pùturages[120].

Avant la conquĂȘte française, l'une des principales sources de revenus extra-agricoles est constituĂ©e par l'artisanat et en particulier la fabrication des armes, le travail du bois et le tissage. La perte de l'indĂ©pendance entraĂźne la fermeture des fabriques d'armes et la confiscation des forĂȘts[120]. Le tissage se maintient jusqu'Ă  nos jours grĂące Ă  la demande persistante de burnous et de couvertures de laine mais a largement perdu de son importance Ă©conomique. Beaucoup d'activitĂ©s artisanales ont disparu et celles qui subsistent, comme la bijouterie, apparaissent comme trĂšs menacĂ©es[120].

L'Ă©migration est l'autre importante source de revenus complĂ©mentaires de la Kabylie prĂ©coloniale. Elle s'Ă©tend alors Ă  toute l'AlgĂ©rie et Ă  une partie de la Tunisie, tout en conservant trĂšs gĂ©nĂ©ralement un caractĂšre temporaire. À la suite de la colonisation, qui en Ă©largit le champ Ă  la mĂ©tropole française, elle devient un phĂ©nomĂšne massif. En 1948 une famille kabyle moyenne produit avec ses terres 142 425 quintaux de fruits divers, 7 743 quintaux de lĂ©gumes et 8 555 quintaux de cĂ©rĂ©ales pour un revenu annuel de 50 000 francs[121]. L'Ă©migration rapporte en moyenne par immigrĂ© un revenu annuel de 100 000 francs Ă  la famille restĂ©e au village et constitue souvent un complĂ©ment de revenu indispensable[122]. Aujourd'hui, les trois quarts environ de la population active masculine de Kabylie vivent en dehors de la rĂ©gion[123]. La Kabylie Ă©tant souvent dĂ©laissĂ©e par les politiques publiques d'investissement, elle est touchĂ©e par un fort taux de chĂŽmage (26,5 %)[124]. En AlgĂ©rie, le revenu moyen actuel se situe autour de 24 791 dinars auxquels il faut ajouter des revenus informels issus notamment de l'artisanat et l'agriculture[125].

La Kabylie abrite un certain nombre d'industries agroalimentaires dont une multitude de producteurs de produits laitiers et de glaces, mais aussi les usines de grands groupes comme Cevital et le siÚge de Ifri. L'agriculture de montagnes laisse peu à peu la place à une industrie manufacturiÚre locale (électroménager avec la société Sonalec) qui vise plutÎt les Hauts Plateaux pour son développement. Le port de Béjaïa est le deuxiÚme port algérien en termes de volume d'activité, derriÚre celui d'Alger. En exportant une partie de la production locale, il assure un revenu supplémentaire à la région. Il a été intégré au projet européen des autoroutes de la mer (ADM) aux cÎtés de villes comme Marseille ou Le Caire[126].

Par ailleurs, la Kabylie fournit une grande partie de l'eau potable aux rĂ©gions fortement urbanisĂ©es qui la bordent Ă  l'est et Ă  l'ouest[127]. Enfin, l'aide apportĂ©e par la diaspora kabyle, notamment sous la forme d'apports de devises et d'actions de solidaritĂ© d'associations, constitue un facteur de dynamisme pour la rĂ©gion. Elle favorise le dĂ©veloppement des infrastructures (route, transport, bibliothĂšques) pour lesquelles l'action de l'État est insuffisante. Toutefois, les fonds ainsi apportĂ©s, gĂ©rĂ©s par les assemblĂ©es de village (les tajmaat), accentuent l'autonomie des villages kabyles[128].

Le dĂ©veloppement du tourisme permet aussi d'entrevoir un avenir dans cette activitĂ© pour laquelle la rĂ©gion, parfois surnommĂ©e la « petite Suisse[129] Â», bĂ©nĂ©ficie de solides atouts. Lors des derniĂšres assises nationales du secteur, de nombreux projets, souvent colossaux, ont Ă©tĂ© abordĂ©s. Dans la wilaya de BĂ©jaĂŻa, le groupe Cevital vient d'obtenir une assiette fonciĂšre de 26 hectares Ă  l'intĂ©rieur de la zone d’expansion touristique (ZET) d’Agrioun, Ă  Souk El TĂ©nine (une station balnĂ©aire situĂ©e Ă  une trentaine de kilomĂštres Ă  l’est du chef-lieu de wilaya) pour l’implantation d’un complexe touristique moderne[130].

Agriculture et rapport Ă  l'environnement

Tassirt, une meule Ă  grain traditionnelle

Les populations de Kabylie ont toujours entretenu avec leur environnement montagneux des rapports spĂ©cifiques, qui se traduisent par un savoir faire local agricole, un art de vivre et des rites dont la transmission de nos jours est remis en cause par l'exode rural[131]. Deux arbres sont emblĂ©matiques de la rĂ©gion tant au niveau Ă©conomique que culturel : l'olivier et le figuier. L'olivier est surtout cultivĂ© pour la production d'huile d'olive (zzit uzemmur) dont celle de kabylie est rĂ©putĂ©e pour ĂȘtre une des meilleur du bassin mĂ©diterranĂ©en[132]. Il existe ainsi diffĂ©rentes variĂ©tĂ©s d'huile d'olive comme celle de Tablazt mĂ©daillĂ©e Ă  l'exposition universelle de Bruxelles en 1910, celle d'Illoula de couleur verte jade ou encore celle rose et orangĂ©e de Seddouk[132]. De nos jours, l'olivier constitue encore une source de revenus importante pour beaucoup de familles en hiver, le figuier prenant le relais l'Ă©tĂ©. Son huile Ă©tait trĂšs utilisĂ©e dans la mĂ©decine traditionnelle, alimentait les lampes Ă  huile et constituait un ingrĂ©dient important dans la confection de savon noir (avec la cendre de laurier rose) ou d'autres produit de beautĂ© comme le tazoult[133],[134]. La cueillette des olives constitue pour beaucoup de villages kabyles un rite et un moment de fĂȘte avec notamment sa tradition de solidaritĂ© appelĂ©e tiwizi[132]. Dans la pluspart des villages, ces diffĂ©rentes coutumes prennent la forme d'une vĂ©ritable fĂȘte de l'olivier[135]. Le bois de l'olivier sert aussi comme bois de chauffe pour surmonter les hivers rigoureux et enneigĂ©s tandis que le feuillage et les fruits de mauvaise qualitĂ© (tout comme celui des autres cultures) sert d'alimentation au bĂ©tail. Le figuier se dĂ©cline en plusieurs variĂ©tĂ©s locales ; son fruit, la figue, se consomme fraĂźche ou sous une forme sĂ©chĂ©e appelĂ©e tazart. Tous deux se consomment avec de l'huile d'olive. La figue de barbarie est Ă©galement prĂ©sente en Kabylie[136].

Paysage montagneux avec un olivier et en arriÚre plan le mont Lalla Khadidja enneigé
Oliviers avec le mont Lalla-KhadĂźdja en arriĂšre plan.

Mis a part ces deux arbres emblématiques de la Kabylie, les cultures céréaliÚres ont une grande importance comme celle du blé et de l'orge qui occupent une grande place dans la gastronomie locale notamment pour le couscous et une variante locale spécifique[137] qui est le seksou s'timzin, un couscous d'orge préparé à l'occasion de festivités. Le blé et l'orge sont moulus dans des tassirt qui sont des meules domestiques afin d'en dégager la semoule et la farine nécessaire.

Les cultures maraichÚres ne sont pas en reste profitant de la pluviométrie et des abondantes ressources en eau de la région les kabyles ont mis en place dans pratiquement chaque village des vergers de montagnes. On y cultive la grenade, le raisin, l'amande et dans la vallée de la Soummam l'orange et le citron. Il subsiste encore un savoir faire pour la confection des colliers en perles de lait d'amandes appelés azrar n skhav[138]. La cuisine locale variée permet de valoriser les produits locaux comme le zeste de citron et l'eau de fleur d'oranger utilisés en pùtisserie.

La population pratique aussi la cueillette de divers plantes aromatiques comme le laurier-rose qui pousse dans le lit des riviÚres et qui évoque dans la poésie kabyle l'amertume[139].

La rĂ©gion est aussi, au niveau de l'Afrique du Nord, un centre majeur pour l'Ă©levage et la production laitiĂšre. L'emploi des feuilles de figuier et des brindilles d'olivier pour l'alimentation des troupeaux permet de prĂ©server les ressources fourragĂšres[140]. Pour chacune de ces pratiques agricoles correspond une saison de l'annĂ©e, le calendrier amazigh est d'ailleurs un calendrier agricole avec la fĂȘte de Yennayer ou « nouvel an berbĂšre Â», le 12 janvier, pour marquer le dĂ©but de la nouvelle saison agricole[141].

Infrastructures

Voie rapide Ă  Tizi Ouzou
La rocade sud de la ville de Tizi Ouzou.

La Kabylie est une région montagneuse ce qui a participé a son enclavement. En matiÚre de transport la région est reliées aux grandes villes d'Europe, d'Afrique et d'Asie par l'Aéroport de Béjaïa - Soummam - Abane Ramdane, l'Aéroport d'Alger - Houari Boumediene et l'Aéroport de Sétif - 08 Mai 1945. Elle bénéficie aussi dans sa partie sud du passage de l'Autoroute Est-Ouest qui passe notamment par Bouira et à l'ouest par BoumerdÚs[142]. Le plus grand viaduc d'Afrique nécessaire au passage de l'Autoroute Est-Ouest se trouve d'ailleurs dans la région de Bouira[143]. Des travaux sont prévus en 2011 pour la réalisation de pénétrantes autoroutiÚres sont prévues pour relier les villes de Tizi Ouzou et Béjaïa à l'Autoroute Est-Ouest[144],[145]. Le réseau secondaire connait plusieurs projet de voies rapides, de réfection et de dédoublement des routes de montagnes, c'est le cas par exemple pour la rocade sud de la ville de Tizi Ouzou.

Sur le plan ferroviaire la région a bénéficié de la modernisation du matériel roulant avec la mise en service du nouvel autorail sur la ligne Béjaïa-Alger en 2009[146] et de nouvelles rames pour les trains de banlieue qui desservent BoumerdÚs et Thenia[147]. De plus la ligne Tizi Ouzou-Alger a été réouverte à l'exploitation en juillet 2010 aprÚs une interruption pour raison sécuritaire depuis les années 1990[147].

À l'avenir, il existe un projet d'amĂ©nagement du port de Djendjen dans la rĂ©gion de Jijel qui consistera Ă  en faire un hub portuaire de niveau mondial, d'ailleurs la voie rapide qui le relira Ă  Setif est en travaux et l'Ă©ventualitĂ© d'une liaison ferroviaire a grande vitesse est Ă  l'Ă©tude[148].

Les Ă©quipements de base pour les villages comme les routes secondaires, les Ă©coles, les bibliothĂšques, les rĂ©novations des puits, l'entretient des moyens d'irrigation et les mosquĂ©es ont souvent Ă©tĂ© financĂ©s avec l'apport de revenus de l'immigration kabyle. Les immigrĂ©s reconstituaient dans les pays d'accueil les assemblĂ©es de village (les tajmaat) pour dĂ©cider des projets d'Ă©quipements pouvant bĂ©nĂ©ficier Ă  la population. Cette dynamique encore prĂ©sente Ă  l'heure actuelle explique le fait que les villages kabyles ont su rĂ©sister dans une moindre mesure Ă  l'Ă©migration massive de leur population quelques-uns renouant mĂȘme avec un certain dynamisme[149].

Artisanat

Metier Ă  tisser kabyle traditionnel avec une femme Ă  l'ouvrage
MĂ©tier Ă  tisser (azzetta)

Historiquement, l'artisanat kabyle a jouĂ© un grand rĂŽle Ă©conomique et social. En effet, dans un pays montagneux qui n'offrait Ă  l'expansion de l'agriculture que des possibilitĂ©s limitĂ©es, c'Ă©tait souvent pour la population un complĂ©ment de ressource indispensable. Pour complĂ©ter les ressources d’une terre pauvre, les Kabyles ont perpĂ©tuĂ© un artisanat ancestral, expression d’un « peuple artiste Â»[150]. Chaque rĂ©gion ou tribu ayant sa spĂ©cialitĂ©, l'artisanat eu un rĂŽle d'Ă©change important entre les kabyles tant au niveau culturel que Ă©conomique. Les villages ayant chacun leurs jours de marchĂ© c'Ă©tait l'occasion pour les artisans locaux d'exposer leur crĂ©ations[151]. De nos jours les marchĂ©s traditionnels on fait place aux fĂȘtes de diffĂ©rentes localitĂ©s qui sont des centres importants de production artisanales comme la fĂȘte de la poterie de Maatkas[152] ou la fĂȘte du bijou des AĂŻt Yenni[153]. Cependant, comme dans le reste de l'Afrique du Nord et Ă  la suite du dĂ©clin de la sociĂ©tĂ© traditionnelle dont il Ă©tait l'expression, l'artisanat est aujourd'hui menacĂ©. L'artisanat en Kabylie se compose essentiellement de l'orfĂšvrerie, la poterie, le tissage, le travail du bois, la broderie et la vannerie. La broderie, pratiquĂ©e exclusivement par des femmes, et en particulier celle des habits traditionnels, fait vivre encore de nos jours un nombre important de familles notamment Ă  l'occasion des fĂȘtes comme les mariages.


Bijoux

Bijoux multicolore de kabylie
Bijoux (v. 1950).

Les bijoux de Kabylie sont trĂšs connus au Maghreb pour leurs couleurs vives et leur raffinement. ConstituĂ©s d'argent, ils sont ornĂ©s de coraux rĂ©coltĂ©s en MĂ©diterranĂ©e ou parfois d'Ă©maux[154]. Typiquement berbĂšre, au fil de l'histoire l'art des bijoux kabyles s'est aussi enrichi des apports des Andalous qui ont fuit l'Espagne lors de la Reconquista. Il y a plusieurs sortes de bijoux qui correspondent Ă  des usages particuliers : broches de front ou de poitrine (tavrucht) et fibules (tabzimt), qui retenaient les robes en divers points, ceintures (tahzamt), colliers (azrar), bracelets (azevg), bagues (tikhutam) et boucles d'oreilles (talukin). Les orfĂšvres kabyles les plus illustres sont les AĂŻt-Yenni de Grande Kabylie. Il existe de plus en Petite Kabylie un type de bijou forgĂ© semblable Ă  ceux des AurĂšs[155].


Poterie

Poterie en forme d'oiseau
Lampe (v. 1970).
Plat kabyle en argile richement orné
Plat en argile.

La poterie kabyle appelĂ©e localement ideqqi possĂšde un ancrage africains ainsi que des relations trĂšs ancienne avec l'art mĂ©diterranĂ©en dont elle s'est enrichie (formes arrondies et moulĂ©es, dĂ©cors peints). Les objets crĂ©e s'illustrent par la puretĂ© des formes, la simplicitĂ©, la spontanĂ©itĂ© de leur dĂ©cors mais aussi par la complexitĂ© des motifs et des techniques employĂ©es[156]. C'est actuellement un patrimoine menacĂ©. Alors que la fabrication des tuiles est effectuĂ©e par les hommes, l'essentiel de la poterie Ă  usage domestique est un travail rĂ©servĂ© aux femmes. Elle est faite d'argile de diffĂ©rentes couleurs selon les gisements. Les signes, les symboles et les divers motifs utilisĂ©s pour la dĂ©coration remonteraient au nĂ©olithique[156]. La coloration se fait Ă  base de kaolin ou d'oxyde ferro-manganique, ce qui permet d'obtenir des teintes vives[157]. La poterie a une utilitĂ© pratique mais aussi religieuse, les familles s'en servent pour orner les mosquĂ©es et les mausolĂ©es des saints soufis et des marabouts avec le mesbah un chandelier utilisĂ© aussi lors de festivitĂ©s. La poterie tient aussi un rĂŽle important dans les fĂȘtes, notamment pour la cĂ©rĂ©monie du hennĂ©, mais aussi dans le quotidien comme les jouets pour enfants qui sont des figurines reprĂ©sentant des animaux[156].


Tissage

Un tapis kabyle multicolore avec des motifs géometriques
Tapis.

Le tissage sert a rĂ©aliser une multitude d'objets qui ont une grande importance sociale, comme ibidhiyen, les burnous[158]. Ces ouvrages utilisent pour matiĂšre premiĂšre la laine du mouton ou du dromadaire pour les plus importants. L'activitĂ©, actuellement menacĂ©e par le manque de transmission du savoir-faire, se maintient dans la production de divers objets comme les tapis, les burnous, les couvertures, les takchabit ou les takendourt. À l'image du reste de l'artisanat kabyle, le tissage emploie une variĂ©tĂ© importante de couleurs et de motifs gĂ©omĂ©triques[159].

Les tapis de Kabylie sont faits de laine et confectionnĂ©s par les femmes. Ils sont destinĂ©s Ă  un usage domestique, sur le sol ou les murs, ou religieux, pour la priĂšre. Bien que menacĂ©, l'art du tapis se conserve dans quelques villages de Grande Kabylie. Il existe mĂȘme des fĂȘtes du tapis, comme celle des AĂŻt Hichem, oĂč sont exposĂ©es des productions de toute l'AlgĂ©rie[160].

Les motifs présents sur les tapis remontent eux aussi à des temps trÚs anciens, au paléolithique. On note par ailleurs une trÚs forte ressemblance entre les productions de Kabylie et de la vallée du Mzab, autre région berbérophone. D'une maniÚre générale, le tapis amazigh est trÚs coloré et constitue un objet de décoration trÚs demandé[159].

Travail du bois

Le travail du bois (takhdimt n'wasghar) est employĂ© dans la fabrication d'objets tels que les coffres (sendouk), les portes (tigourra), les tables et, de façon marginale les armes. Les essences utilisĂ©es sont diverses et vont du pin d'Alep au chĂȘne liĂšge en passant par le cĂšdre. Les ouvrages sont souvent ornĂ©s de motifs gĂ©omĂ©triques (pointes, rosaces...). Actuellement ce savoir faire se perd au profit de la rĂ©alisation de petits coffrets et d'objets souvenirs[161].

Le sendouk est le meuble caractéristique de la région kabyle la moins pénétrée, celle située à l'est de la Soummam, chez les Aït Abbas, les Aït Ourtilane et le Guergour[161]. Cette région au sud de la Petite Kabylie est historiquement connue pour ses réalisations en bois sculpté. Cependant c'est Djemùa Saharidj en grande kabylie qui est spécialisé dans la confection de petits objets en bois comme les ustensiles de cuisine, par exemple les cuillÚres et les tabaqit (une sorte de djefna) [162].

Musées et Festivals

Paysage avec un village kabyle
Le Borj Moussa à Béjaïa abritant le musée de la ville.

Les grandes villes de Kabylie possÚdent toutes des maisons de la culture comme celle de Tizi Ouzou et de Béjaïa. La maison de la culture de Tizi Ouzou inaugurée en 1975 est la premiÚre du genre en Algérie. Sa mission est la promotion de la musique, du cinéma et du théatre local. Cependant c'est aussi un lieu de promotion de la culture berbÚre traditionnelle, avec notamment des expositions dédiées aux arts populaires[163]. La maison de la culture de Béjaïa possÚde des ateliers culturels de formation, un café théùtre, café littéraire et un café cinéma[164].

Ces structures sont aussi ouvertes sur cultures des différentes région d'Algérie et de l'Afrique. Ainsi tous les ans en juillet à Tizi Ouzou se tient le Festival Arabo-Africains des danses folkloriques, dédié aux danses traditionnelles du continent, avec des délégations de tous les pays africains. Les manifestations ont lieux dans la rue et animent la ville de Tizi Ouzou et les environs durant plusieurs jours au rythme des derboukas et des djembés[165].

Les petits villages aussi possĂšde leur festivals et fĂȘtes traditionnelles, avec notamment la FĂȘte de la Figue Ă  Lemcella en Ă©tĂ©, axĂ© sur la culture millĂ©naire de la figue dans ce village et sur l'Ă©cologie[136]. Il y a aussi une fĂȘte de l'olivier en hiver dans divers villages de la rĂ©gion oĂč la culture ancestrale de cet arbre est Ă  l'honneur. C'est l'occasion de proposer Ă  la vente des produits du terroir local aux visiteurs comme l'huile d'olive de la rĂ©gion et donc pour les agriculteurs d'amĂ©liorer leurs revenus[135]. L'artisanat kabyle a aussi sa fĂȘte de la poterie en Ă©tĂ© de MĂąatkas, oĂč les crĂ©ations de toute l'AlgĂ©rie sont cĂ©lĂ©brĂ©es, avec leurs motifs et leurs techniques[166]. N'oublions pas aussi la fĂȘte du bijou des AĂŻt Yenni en juillet, oĂč toutes les crĂ©ations des meilleurs orfĂšvres de la rĂ©gion sont prĂ©sentĂ©s. Les artisans en profitent aussi pour montrer certains de leurs savoir-faire jalousement gardĂ©s et vendre leurs plus belles piĂšces[153]. Le tapis possĂšde aussi sa propre fĂȘte Ă  AĂŻt Hichem, oĂč des artisans des AurĂšs et du Mzab exposent leur crĂ©ations a cĂŽtĂ© de celles de Kabylie. Il y a par ailleurs un concours organisĂ©, oĂč le crĂ©ateur du meilleur tapis se voit remettre une somme de 150 000 dinars[160].

La ville de Béjaïa possÚde le musée de Borj Moussa, aménagé dans un fort espagnol du Moyen-ùge, qui collectionne les vestiges préhistoriques, romains et de l'époque des Hafsides. Le musée abrite aussi une collection d'oiseaux et d'insectes de toute l'Afrique et les toiles du peintre Emile Aubry et de peintres algériens comme Tabekouch et FarÚs[167].

Le musée de Sétif lui est dédié aux antiquités de la période romaine, numide et islamique. Il contient une riche collection de monnaies en bronze de l'époque numide, mais aussi islamique puis ottomane. Il possÚde aussi une salle dédiée aux mosaïques romaines et une dédiée à la calligraphie arabe[168].

Architecture et urbanisme traditionnels

Taddart (le village)

Vue sur une ruelle descendante bordée par des murets en pierre
Une ruelle du village de Zemmoura.

Taddart, le village kabyle, est gĂ©nĂ©ralement placĂ© sur une crĂȘte (tawrirt) ou un plateau Ă©levĂ© (agwni), emplacement dont souvent son nom rend compte (exemple : Tawrirt Mimoun). Les maisons sont Ă©troitement regroupĂ©es de façon Ă  ce que l'ensemble vu de l'extĂ©rieur forme un bloc unique. Le village kabyle est composĂ© d’un ensemble de ruelles et de maisons, d'une fontaine, d’une mosquĂ©e et de tajmaat, un lieu de rassemblement du village. Cette rĂ©partition dense est sensiblement identique Ă  celle des casbahs[169].

En élévation, les maisons paraßtront se chevaucher, chaque pignon dépassant le pignon voisin en montant vers le sommet. Pressées les unes à la suite des autres au long des lignes du relief, elles forment de véritables agglomérations descendant rarement en dessous de cinq cents habitants[169].

Ce type de village rĂ©pondait aussi Ă  des prĂ©occupations dĂ©fensives, avant l'apparition de l'artillerie[169]. Progressivement Ă  partir du XXe siĂšcle et surtout de la guerre d'AlgĂ©rie, face au dĂ©clin de l'agriculture locale et Ă  l'exode rural, il sera sĂ©rieusement concurrencĂ©e par les villes qui offrent toutes les commoditĂ©s[170]. De plus les villages kabyles sont sĂ©rieusement menacĂ©e dans leur architecture par l'introduction du bĂ©ton[171].

Axxam (la maison)

Une maison kabyle blanchie Ă  la chaux
Maison de Kabylie.

La maison kabyle, dite axxam, est une construction traditionnelle de montagne, plus ou moins dĂ©corĂ©e et ornĂ©e selon l'importance sociale et la richesse du propriĂ©taire, de sa famille ou de sa tribu[172]. Il y a deux grands types de maison, Ă  tuile et Ă  terrasse, certaines constructions mĂȘlant les deux structures. Les fondations sont des tranchĂ©es comblĂ©es avec de grosses pierres (adrar) et du mortier d'argile. Pour les murs, deux techniques sont principalement employĂ©es, le mur de pisĂ© avec un coffrage en bois (tabbadit) et le mur de pierre (taghaladt). La charpente est faite de poutres (isulas), la poutre centrale (asulas alemmas) Ă©tant souvent la plus importante. Les poutres reposent sur les murs et parfois sur des piliers de bois (tikjda). La toiture est faite de roseaux (ighunam) ou de branches d'olivier (tachita n tazemmurt) et de tuiles d'argile (karmoud)[173]. Les maisons sont souvent regroupĂ©es autour d'une cour centrale appelĂ©e oufrag. La maison traditionnelle en Kabylie comme toute architecture vernaculaire est le rĂ©sultat d’une adaptation de l’homme aux conditions climatiques et sociales, Ă  la disponibilitĂ© des matĂ©riaux de construction et Ă  la connaissance de leurs techniques. En effet la maison kabyle est le rĂ©sultat de la combinaison de trois systĂšmes Ă  savoir l’économique, le social et le culturel. Économique par son mode de rĂ©partition et de fonctionnement de ses trois espaces, Ă  savoir addaynin pour le bĂ©tail donc l’élevage et takanna pour les provisions, mais en plus takaat dans lequel est disposĂ© le mĂ©tier Ă  tisser[169].


Le travail intĂ©rieur concernant le sol et les murs revient aux femmes. Les murs sont crĂ©pis Ă  l’aide d’un enduit composĂ© d’argile schisteuse passĂ©e au tamis, Ă  laquelle on ajoute de la bouse de vache et de la paille fine pour Ă©viter les fissures. Il y a un savoir-faire de fresques murales, dont les symboles variĂ©s ont des significations multiples. La dĂ©coration extĂ©rieure concerne les portes, sur les battants desquelles le menuisier incise des motifs au moyen d’une pointe de fer. Ces motifs faits de lignes droites, de points, de petits cercles, de rosaces et de croix forment des compositions d’ensemble[174].

Patrimoine

Patrimoine civil

Un bassin d'évaporation d'une saline avec un dépÎt blanc de sel autour
Une saline de montagne.

La rĂ©gion possĂšde un patrimoine variĂ©. Si les traces de l'Histoire de la rĂ©gion ne manquent pas il intĂ©ressant de noter que la Kabylie possĂšde aussi un patrimoine humain encore vivant. C'est le cas notamment des salines ancestrales de la rĂ©gion appelĂ©es tamellaht, situĂ©es notamment en Petite Kabylie[175]. Les salines sont constituĂ©es de bassin d'argiles de couleur ocre dans lesquels l'eau, d'une source naturellement salĂ©e, s'Ă©vapore lentement[175]. Il faut souligner aussi l'important patrimoine religieux de la rĂ©gion, riche en mausolĂ©es dĂ©signĂ©s souvent par le terme de Taqubet qui signifie littĂ©ralement le tombeau. D'architecture assez simple le mausolĂ©e se veut un endroit de mystique et de mĂ©moire. D'ailleurs ils sont toujours visitĂ© par un grand nombre de « pelerins Â»[176]. Un des plus connus et des plus ornĂ© est celui de Cheikh Amokrane Ă  AĂŻt Zelal. Le musicien Cheikh El Hasnaoui lui consacra d'ailleurs une chanson[117]. Le cheikh Aheddad hĂ©ros de la rĂ©volte de 1871 contre l'occupation française possĂšde aussi son mausolĂ©e dans son village de Seddouk[177]. Citons aussi parmi les plus cĂ©lĂšbre celui de Yemma Gouraya et de Cheikh Mohand Lhocine[176].

La Kabylie possĂšde aussi un rĂ©seau dense de zaouĂŻas. Les zaouĂŻas ont jouĂ© le rĂŽle de « Mecque des Kabyles Â»[178], en plus de dispenser un savoir religieux, elles enseignaient aussi les rĂšgles sociales du pays. Cependant elles ont connues au cours du XXe siĂšcle un net dĂ©clin de leur influence[178]. Les Ă©lĂšves des zaouĂŻas kabyles venaient de toutes l'AlgĂ©rie, mĂȘme des grandes villes et du Sahara[178]. Parmi les plus connues on peut citer celles de Sidi SaĂŻd Ă  Akbou, celle de Sidi Mansour El Djennadi, fondĂ©e en 1635 Ă  FrĂ©ha, de Sidi Mhand Oumalek, de Tassaft[179] ... Pour la seule wilaya de Tizi Ouzou on compte encore 21 zaouĂŻas en activitĂ©s oĂč opĂšrent 500 talebs. Il faut aussi souligner que les Zaouias en Kabylie possĂšdent un important patrimoine mobilier, architectural et foncier agricole[179].

La Kabylie possĂšde aussi des mosquĂ©es aux styles variĂ©s allant des pierres massives Jamaa El Kevir d'Azeffoun aux mosaĂŻques mauresques de Jamaa Sidi Soufi Ă  BĂ©jaĂŻa. Jamaa El Kevir dans le vieux Azeffoun est sans doute une des mosquĂ©e les plus pittoresque du Maghreb, entourĂ©e par des vestiges phĂ©niciens et romains, c'est elle mĂȘme une ancienne tour de garde romaine (minaret actuel) construite par l'empereur Auguste, avec dans la salle de priĂšre deux colonnes romaines qui supportent le toit[171]. Certaines comme la mosquĂ©e de la Casbah de BĂ©jaĂŻa, en attente d'un programme de restauration, ont mĂȘme accueillis les cours de Ibn Khaldoun[180]. La ville de BĂ©jaia possĂšde aussi son ancienne synagogue, trace d'une prĂ©sence juive citadine[113], avec son dĂŽme multicolore[181].

Il faut souligner aussi l'important patrimoine antique de la région. Les berbÚres ont laissé nombre de vestiges comme le mausolée d'Akbou, ou les stÚles lybiques révélant l'usage de l'écriture tifinagh[182]. La Kabylie qui a abrité des colonies romaines possÚde des vestiges, comme ceux de Tigzirt, Djemila ou Azeffoun. Les ruines de Djemila sont classée au patrimoine mondiale de l'UNESCO (critÚres iii et iv) et sont remarquablement bien conservés. Ainsi sur place ont été retrouvés beaucoup des mosaïques, mais aussi de bùtiments encore debout et dans un bon état de conservation[183] Un autre site de la région classé au patrimoine mondial de l'UNESCO est la Kalùa des Béni Hammad, l'ancienne capitale Hammadide, classée selon le critÚre (iii)[184].

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Ouvrages militaires

Tirant parti du relief de la rĂ©gion, la forme de structure dĂ©fensive la plus ancienne et la plus rĂ©pandue est l'organisation des villages kabyles et leur situation sur des points stratĂ©giques[169]. Cependant au Moyen Age, les dynasties locales comme les Hammadides face Ă  la nĂ©cessitĂ© de structurer leur État vont doter leurs capitales successives de citadelles et de murailles, comme en tĂ©moignent la KalĂąa et BĂ©jaĂŻa. La casbah de BĂ©jaĂŻa bĂątie en 1067[65], est un site situĂ© en plein cƓur historique de la ville. Le site s'Ă©tend sur 160 mĂštres du nord au sud et fait 20 000 m2 de surface avec un mur d'enceinte de 13 mĂštres de hauteur[180]. BĂ©jaĂŻa conserve Ă©galement une partie des anciennes murailles de la ville d'Ă©poque Hammadide notamment Bab el Bahr, la Porte de la Mer, qui servait Ă  l'Ă©poque d'arc de triomphe[180],[185].

Plus tard les Espagnols lors de la prise de BĂ©jaĂŻa, entre 1510 et 1555, laisseront des Ă©difices comme le Borj Moussa en plein cƓur de la ville, construit Ă  partir d'un palais hammadide il garde encore son aspect massif et ses meurtriĂšres. Aujourd'hui c'est devenu un musĂ©e d'antiquitĂ©s[180]. Le Borj de Yemma Gouraya, perchĂ© Ă  670 mĂštres d'altitude surplombe le golfe et la ville de BĂ©jaĂŻa, bĂąti lui aussi par les Espagnols autour d'un ancien poste d'observation[180]. C'est aussi antĂ©rieurement le lieux du tombeau de la sainte patronne de la ville Yemma Gouraya. Il reste jusqu'Ă  aujourd'hui un lieu de pĂšlerinage pour les populations locales qui continuent l'ascension de la montagne pour visiter les lieux[180].

Il faut aussi mettre en avant la KalĂąa des AĂŻt Abbas, bĂątie en 1510 en plein cƓur de la chaine des Bibans. C'est l'ancienne capitale fortifiĂ©e du Royaume des AĂŻt Abbas. Elle reprend l'architecture des villages kabyles en beaucoup plus grand et en lui ajoutant des fortifications, des piĂšces d'artillerie, des casernes, des postes de guet, des armureries et des Ă©curies pour les unitĂ©s de cavalerie[186]. Cependant une grande partie de ces structures ont Ă©tĂ© bombardĂ©es durant la guerre d'AlgĂ©rie et sont donc dans un Ă©tat dĂ©labrĂ© en attendant une restauration. Mais le site garde des joyaux architecturaux comme sa mosquĂ©e d'architecture berbĂšro-andalouse[176].

La Grande Kabylie renferme aussi de nombreux forts comme les Borj Boghni et le Borj Tizi Ouzou qui ont Ă©tĂ© Ă©difiĂ© dĂšs le XVIe siĂšcle par la RĂ©gence d'Alger pour tenter de contrĂŽler la rĂ©gion, l'encercler et faire rentrer l'impĂŽt. D'architecture simple ils seront souvent enlevĂ©s par les tribus locales qui souhaitaient garder leur autonomie[187]. Le Borj Mokrani Ă  Bordj Bou Arreridj bĂąti par les Turcs sous Hassan Pacha sera pris par les Mokranis Ă  plusieurs reprises lors du XIIIe siĂšcle ce qui lui vaut son nom actuel[188]. Les français Ă  leur arrivĂ©e dans la rĂ©gion remanieront pour leur besoin certaines structures militaires comme le Borj de Yemma Gouraya Ă  BĂ©jaĂŻa dont on doit l'architecture actuelle aux militaires français[189].

Culture traditionnelle

La culture kabyle appartient à l'ensemble culturel berbÚre, comme celles des Chaouis, des Touaregs, des Chenouis, des Mozabites, ainsi que des autres berbérophones d'Afrique du Nord. De par l'histoire et la proximité, elle a considérablement influencé la culture urbaine des villes d'Algérie, comme Alger ou Constantine[190]. Mais la culture kabyle est par nature variée et diverse. Mouloud Mammeri disait

«  Chaque village est un monde. Un sol bourrĂ© de valeurs, de traditions, de saint lieux, [...] d’honneur ombrageux, de folles lĂ©gendes et de dures rĂ©alitĂ©s[191]. Â»

Gastronomie

La cuisine kabyle emploi comme cĂ©rĂ©ale de base le blĂ© ou l’orge[192]. D'ailleurs le mot seksu selon l'Ă©tymologie kabyle a le sens de bien roulĂ©,arrondi (imkeskes), le couscous se dĂ©finit donc Ă  la base un plat de semoule roulĂ© [193]. Le couscous d’orge (seksou s'timzin) Ă  la viande et avec une sauce de lĂ©gume ou encore le amakfoul, le couscous printanier aux lĂ©gumes, ( petits pois, aux fĂšves, aux carottes) sont des spĂ©cialitĂ©s de la rĂ©gion. Le couscous peut aussi se servir avec du lait caillĂ© (ighi). Les figues sĂ©chĂ©es tazart sont consommĂ©es en accompagnement des plats principaux (couscous, chorba) ou alors consommĂ©es seules avec de l'huile d'olive comme petit dĂ©jeuner.

La cuisine kabyle utilise beaucoup la poudre de piment rouge appelĂ©e ifelfel azgwagh qui sert a relever le gout des plats qui dans leur variantes locale sont bien Ă©picĂ©. Ainsi le couscous kabyle se fait avec une sauce d'accompagnement rouge et pimentĂ©e et la chorba s'accompagne du frik du blĂ© vert concassĂ© et de menthe. Les lĂ©gumes occupent aussi une place importante il peuvent ĂȘtre cuit puis Ă©crasĂ© pour donner le ahmiss, une salade de poivron et tomate Ă  l'huile d'olive ou bien la Chakchouka avec des oignons notamment. L'olive occupe aussi un rĂŽle centrale que ce soit pour son huile absolument indispensable ou entiĂšre pour rĂ©aliser des plats comme le tajine au poulet. D'ailleurs dans chaque maison kabyle on conserve avec soin son propre stock d'huile d'olive[194].

Les céréales sont aussi utilisés pour faire le pain (aghrum), qui est soit la galette à la semoule, soit le amatlou' plus épais. La semoule est employés dans certaine spécialités locales comme le tahboult (omelette kabyle en sauce) ou le tikourbabine (boules de semoule parfumées épicées aux légumes et à la viande) deux plats typiques de la région préparés pour l'Aïd ou taachourt[195].

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La cuisine kabyle varie toutefois d’une localitĂ© Ă  l’autre selon les cultures pratiquĂ©es et les influences extĂ©rieures, par exemple pour les localitĂ©s cĂŽtiĂšres la consommation de poisson y est courante ainsi que son usage dans les plats comme le couscous d'orge au poisson de Jijel (seksou sel slem) qui nĂ©cessite des poissons bien charnu comme le mĂ©rou ou la bonite et rouget de roche[196]. La consommation de fruits y est importante que ce soit les figues fraiches, figues de barbarie, les raisins, les grenades, les mĂ»res ou dans la Soummam les oranges. À part dans les pĂątisseries oĂč les agrumes sont utilisĂ©es, comme le citron ou l'orange pour leur zeste, les fruits sont assez peu cuisinĂ©s et son souvent consommĂ©s frais ou sĂ©chĂ© comme la figue ou le raisin[197].


La pùtisserie traditionnelle kabyle est quant à elle assez variée et ouverte aux influences du reste du pays et traditionnellement réservée pour les grandes occasions. Une des préparations les plus courantes est sfenj, le beignet local. Le tahboult existe aussi en forme de dessert avec du miel et de l'arÎme de fleur d'oranger. Une des pùtisseries les plus connues est aussi le makrout en forme de losange plat, ainsi que divers pùtisseries aux amandes et à la semoule accompagnés de café ou de thé à la menthe[198].

Mariage

Le mariage est un moment fort dans la vie sociale des villages kabyles. C'est à la fois une occasion de divertissement et d'entraide, notamment pour les femmes qui y occupent un rÎle central. Les mariages se déroulent durant l'été, traditionnellement période de moisson avant les labours, appelée Iwejjiben[199].

Dans la rĂ©gion, le mariage traditionnel (tamaghra) s'Ă©tale sur plusieurs jours et en plusieurs cĂ©rĂ©monies, avec de nombreuses variantes selon les villages[200]. Tout commence par ass lemlak, le jours des fiançailles, oĂč le montant de la dot (haq n'tislit) est fixĂ©. Le tout se dĂ©roule chez le pĂšre de la mariĂ©e et il est coutume d'offrir du parfum, des bijoux en argent et du hennĂ©. La fatiha est rĂ©citĂ©e quand les deux familles ont trouvĂ© un accord. Dans certains villages l'annonce du mariage est cĂ©lĂ©brĂ©e par des coups de fusils en l'air et des youyous[200]. Ensuite viennent les rites du mariage proprement dit, avec notamment les invitations qui s'adressent en premier lieu au cercle familiale puis aux amis. Quelques jours avant les cĂ©lĂ©brations les femmes se rĂ©unissent au domicile du futur Ă©poux pour rouler le couscous. C'est un moment de rĂ©jouissance oĂč les femmes chantent, rĂ©citent des poĂšmes et lancent des youyous. Chez la mariĂ©e aussi des prĂ©paratifs ont lieux et on jette du sel sur les routes autour de la maison pour la protĂ©ger. La veille de la fĂȘte la tradition veut que la mariĂ©e prend un bain avec des herbes aromatisĂ©es comme le thym[200].

L'essentiel de la fĂȘte en Kabylie se dĂ©roule du cĂŽtĂ© du mariĂ©, du cĂŽtĂ© de la mariĂ©e les festivitĂ©s sont mineures. Le premier jour est celui de la cĂ©rĂ©monie du hennĂ©, la famille de la mariĂ©e se voit offrir des victuailles le matin. Durant la mĂȘme matinĂ©e les femmes qui ont la confiance de la famille du mariĂ©e prĂ©parent le couscous pour le repas du midi. Une fois les feux de la cuisson Ă©teints, on prĂ©pare le teeayan qui sont les denrĂ©es alimentaires qui sont destinĂ©es Ă  la famille de la mariĂ©e (huile d'olive, semoule, viande ... ) et quelques effets vestimentaires (robe, chaussure, foutha ... ). À leur arrivĂ©e Ă  la maison de la mariĂ©e, les personnes qui ont portĂ© le teeayan prennent un repas. Ensuite le soir, a lieu la cĂ©rĂ©monie de l'ourar(cĂ©rĂ©monie de chants et de danses) chez le mariĂ©, oĂč des chƓurs de femmes chantent avec un bendir des chants traditionnels dont l'imbedi pour souhaiter la bienvenue aux invitĂ©s[200].

Durant l'ourar a lieu la cĂ©rĂ©monie du hennĂ© pour le mariĂ© avec ses chants spĂ©cifiques et des youyous. Le hennĂ© est prĂ©parĂ© dans un bol avec des Ɠufs, du blĂ© dur, du parfum et un bijou en argent appelĂ© tafezzimt elfetta. Des cierges sont allumĂ©es quand le hennĂ© est prĂȘt Ă  ĂȘtre appliquĂ© et dans certain village on fait venir un poĂšte appelĂ© win yeznouzen lhenne, littĂ©ralement « celui qui vend le hennĂ© Â». La mĂšre du mariĂ© Ă©tend une couverture ou un foulard pour recevoir les dons des convives. Du cĂŽtĂ© des femmes l' ourar se prolonge par des chants et des danses toute la nuit jusqu'Ă  l'aube et du cĂŽtĂ© des hommes par des festivitĂ©s avec les idheballen, des troupes jouant du tbel et de la ghita que l'ont fait venir pour l'occasion. L'ourar se clĂŽture par un chant trĂšs populaire « ebqaw aala khir Â»[200].

Le deuxiĂšme jour est marquĂ© par le dĂ©jeuner mais surtout par la formation du cortĂšge qui va chercher la mariĂ©e dans l'aprĂšs-midi. Ce cortĂšge quitte la maison du mariĂ© Ă  destination de celle de la famille de la mariĂ©e. Il est de coutume que la mĂšre de la mariĂ©e jette du sel sur le cortĂšge Ă  leur arrivĂ©e. La mariĂ©e est ensuite parĂ©e de bijoux en argent et parfois d'un collier de clou de girofle et d'ambre. La mariĂ©e emporte avec elle des pĂątisseries et son trousseau (tisnitt) puis est couverte d'un voile long (hayek), qui cache son visage, avant de quitter sa maison. Le trajet se fait traditionnellement sur un cheval ou une jument. À son arrivĂ©e elle est accueillie par sa belle-mĂšre et franchit la porte de la maison avec un morceau de sucre en bouche ou une Ă©corce de noyer (tagusimt)[199]. Elle peut alors ĂȘtre vue et enlever le voile qui cache son visage. La soirĂ©e est ensuite ponctuĂ©e par un grand repas, l'imensi, lui mĂȘme suivi d'un second ourar avec d'autres chants et danses nocturnes[200].

Le troisiĂšme jour, des coups de feu sont tirĂ©s et les femmes font des youyous. Ce jour marque la possibilitĂ© pour la mariĂ©e de recevoir des invitĂ©s. Ces Ă©vĂ©nements se poursuivent jusqu'au septiĂšme jour, oĂč la famille de la mariĂ©e est autorisĂ©e a lui rendre visite. La famille de la mariĂ©e l'accompagne aussi Ă  la fontaine du village pour remplir une cruche, dans certains villages le rituel de la fontaine a lieu le jour de son arrivĂ©e chez la maison du mariĂ©. Cette Ă©tape de la fontaine marque pour la mariĂ©e son arrivĂ©e et son appartenance Ă  son nouveau village[200].

Signes et symboles

Article dĂ©taillĂ© : Signes et symboles de Kabylie.

ActivitĂ© Ă©conomique, l'artisanat est aussi l'un des modes d'expression de la culture traditionnelle. À travers ses diffĂ©rentes formes se retrouve un ensemble de signes et de symboles Ă©galement employĂ©s dans la dĂ©coration murale des maisons et dans les tatouages. Ce rĂ©pertoire graphique remarquablement stable est constitutif d'une « Ă©criture spĂ©cifiquement fĂ©minine Â», Ă  signification Ă©sotĂ©rique magique[201], et qui est peut-ĂȘtre la survivance d'une « Ă©criture-mĂšre Â» elle-mĂȘme « Ă  la source des Ă©critures alphabĂ©tiques mĂ©diterranĂ©ennes, de l'IbĂ©rie au Moyen-Orient[202] Â».

Tradition orale et poésie

Essentiellement orale encore, la littĂ©rature kabyle est reprĂ©sentĂ©e essentiellement par deux genres : la poĂ©sie et le conte[203]. L'un et l'autre se transmettent dans un registre de langue sensiblement diffĂ©rente de celui employĂ© dans la vie quotidienne. C'est Ă  la foi un mĂ©lange d'archaĂŻsme et d'expressions anciennes, mais aussi de modernitĂ©, ce qui lui donne un cachet littĂ©raire sans constituer un obstacle Ă  sa comprĂ©hension par tous les Kabyles[204]. Plus consciente et parfois engagĂ©e, la poĂ©sie semble avoir le pas sur le conte qui n'a pas encore dĂ©bouchĂ© sur la prose artistique[203].

La poĂ©sie kabyle traditionnelle relĂšve de la grande tradition orale, berbĂšre et africaine. On y distingue plusieurs genres. Le poĂšme Ă©pique est dit taqsit (histoire, geste), le poĂšme lyrique asfrou (Ă©lucidation) et la piĂšce lĂ©gĂšre, parfois chantĂ©e, izli (courant d'eau). Cependant le mot asfrou tend de plus en plus Ă  dĂ©signer le poĂšme sans distinction de genre et, au pluriel isfra, la poĂ©sie en gĂ©nĂ©ral. Cette Ă©volution rejoint l'usage que les poĂštes Ă©piques faisaient dĂ©jĂ  du mĂȘme mot dans leurs exordes, qui dĂ©butent parfois par ce vers : « A yikhf iou refd asfrou Â» (« Ă” ma tĂȘte, fais jaillir un poĂšme Â»). Par ailleurs, le verbe sfrou (Ă©lucider, percer l'inconnu), employĂ© sans complĂ©ment, a le sens exclusif de dire ou rĂ©citer des vers, de la poĂ©sie, quel qu'en soit le genre[204].

Le poĂšte kabyle traditionnel le plus cĂ©lĂšbre est Si Muhand U M’hand, qui vĂ©cut au XIXe siĂšcle. La tradition orale kabyle renferme aussi de nombreux proverbes appelĂ©s inzan.

Le conte lui dĂ©marre toujours par la formule « Machaho ! Tellem Chao ! Â»[205]. Les contes les plus cĂ©lĂšbres sont ceux de Mohand Ucen (Mohand le chacal) ou de Djeha un personnage rusĂ© dans l'imaginaire Nord Africain[206]. Le conte kabyle a fait aussi l'objet de beaucoup de travaux de synthĂšse et d'Ă©tude comme ceux de Mouloud Mammeri ou de Camille Lacoste-Dujardin[N 6].

Par ailleurs on peut intégrer à la tradition orale, les nombreux chants interprétés par les femmes. Ils sont chantés lors des grandes occasions avec un bendir, particuliÚrement les mariages lors de la cérémonie de l'ourar et du henné[200].

Musique

Article dĂ©taillĂ© : Musique kabyle.
Troupe de Idheballen

La musique kabyle traditionnelle est l'achwiq. Cependant on retrouve dans le chaùbi algérois, forme populaire de la musique arabo-andalouse, l'influence de la musique de Kabylie. C'est d'ailleurs la région d'origine de quelques-uns de ses meilleurs interprÚtes, comme Hadj M'hamed El Anka ou Abdelkader Chaou, qui ont interprété dans le registre andalou des textes en langue kabyle. D'autres chansons, comme Yal Menfi de Akli Yahyaten, sont des reprises en arabe algérien de chants kabyles anciens[207].

La rĂ©gion possĂšde aussi des troupes de musiciens traditionnels appelĂ©s Idheballen et qui se produisent lors de fĂȘtes comme les mariages et Yennayer. Il y a 2 Ă©coles de Idheballen celle des Igawawen qui correspond Ă  la Grande Kabylie et celle des AĂŻt Abbas en Petite Kabylie. Il utilisent plusieurs instrument locaux[208]:

  • Abendayer : C'est un instrument Ă  mi-chemin entre le tambourin et la caisse claire. Il ne comporte qu'une seule face de percussion. Il est composĂ© d'un cadre circulaire en bois sur lequel est tendue une peau de chĂšvre.
  • Lghidha : Elle est constituĂ©e d'un tube cylindrique de 30 Ă  50 cm de longueur, en bois tendre (abricotier, jujubier ou noyer) percĂ© de sept orifices. Lghidha se joue en souffle ininterrompu ce qui demande une grande maitrise de la part du musicien et un effort important.
  • Thizemmarine : Elle a une forme de double trompette. Elles sont confectionnĂ©es Ă  partir de deux roseaux accouplĂ©s et attachĂ©s, Ă©mettent un son analogue Ă  celui de la cornemuse. Elle est percĂ©e de quatre ou parfois cinq trous disposĂ©s en paires. Les tuyaux constituant le corps de cet instrument sont prolongĂ©s par deux de bƓuf ou de gazelle qui amplifient le son. Cet instrument est utilisĂ© en Grande Kabylie.
  • Ajouak (flĂ»te) : Instrument par excellence de la musique de la solitude. Il Ă©tait utilisĂ© gĂ©nĂ©ralement par les bergers.

Sport

Parmi les Ă©quipes de football de la rĂ©gion, la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK) se diffĂ©rencie des autres par l'importance des victoires et des prix qu'elle a remportĂ©s. C'est aujourd'hui la premiĂšre Ă©quipe d'AlgĂ©rie et du Maghreb par le nombre de coupes gagnĂ©es[209]. La JSK est classĂ©e 9e « meilleure Ă©quipe africaine de tous les temps Â» par la ConfĂ©dĂ©ration africaine de football (CAF)[210], ce qui est une performance notable Ă©tant donnĂ© la date de crĂ©ation du club (1946) et l'annĂ©e oĂč il rejoint la premiĂšre division (1969) alors que la plupart des clubs du continent accumulent les titres depuis les annĂ©es 1920[210]. L'autre grand club de football de la rĂ©gion est la JSM BĂ©jaĂŻa. Son ascension a fait naĂźtre un le derby kabyle. La Kabylie est par ailleurs la rĂ©gion d'origine du cĂ©lĂšbre Zinedine Zidane.

Notes

  1. ↑ Wilayas massivement kabylophones.
  2. ↑ Wilayas voisines des prĂ©cĂ©dentes, partiellement kabylophones, ou massivement arabisĂ©e mais usuellement considĂ©rĂ©e comme kabyle (Jijel). Les chiffres de superficie et population ci-aprĂšs sont obtenus par somme de ceux des sept wilayas.
  3. ↑ Il s'agit prĂ©cisĂ©ment d'un chant nationaliste algĂ©rien et berbĂšre d'expression kabyle, trĂšs connu.
  4. ↑ Proverbe traditionnel trĂšs usitĂ©, citĂ© notamment dans le chant Kker a mmi-s umaziÉŁ.
  5. ↑ Le terme « Kabylie maritime Â» dĂ©signe la zone cĂŽtiĂšre de la Kabylie.
  6. ↑ Cf. les ouvrages sur les contes kabyles de ces deux auteurs dans la bibliographie.

Références

  1. ↑ a, b et c Salem Chaker (directeur du Centre de recherche berbĂšre), « Le BerbĂšre de Kabylie Â», EncyclopĂ©die berbĂšre, XXVI, 2004, p. 4055-4066, en ligne [PDF] sur le site de l'Inalco : « La variĂ©tĂ© kabyle du berbĂšre est la langue maternelle et usuelle de l’immense majoritĂ© de la population de Kabylie [...] Les dĂ©partements de Tizi-Ouzou et de Bougie peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme presque entiĂšrement berbĂ©rophones. Â»
  2. ↑ a et b Ibid. : « les autres fragments de l’aire kabyle sont intĂ©grĂ©s dans des unitĂ©s administratives pĂ©riphĂ©riques, dont la plus grande partie est arabophone (SĂ©tif, Bouira, BoumerdĂšs). [...] Bien sĂ»r, dans les zones de contact entre populations arabophones et berbĂ©rophones, le bilinguisme berbĂšre/arabe dialectal est de rĂšgle. Â»
  3. ↑ Fatsiha Aoumer (UniversitĂ© de BĂ©jaĂŻa), « Renversement de situation : l’arabe de Bougie, un trĂšs ancien parler arabe citadin menacĂ© par le berbĂšre Â», Revue d'Ă©tudes berbĂšres, 2009, en ligne sur le site de l'Inalco : « Quant Ă  l'arabe bougiote, il se maintient dans certaines parties des quartiers de la haute ville qui s'est largement berbĂ©risĂ©e. [...] Le parler arabe de cette ville a donc reculĂ© devant le berbĂšre, au plan de sa pratique et de son statut, au point d'ĂȘtre dĂ©sormais menacĂ© de disparition. Â»
  4. ↑ a et b Salem Chaker, loc. cit. : « notamment dans les couches moyennes scolarisĂ©es, c’est plutĂŽt le français qui concurrence significativement le berbĂšre, bien sĂ»r Ă  l’écrit, mais aussi dans toutes les situations formelles ou requĂ©rant une certaine Ă©laboration linguistique (usages techniques et scientifiques, politiques
). Cette tendance est confirmĂ©e par de nombreux indices objectifs : prĂ©gnance de la presse francophone en Kabylie (avec existence de plusieurs titres rĂ©gionaux), prĂ©gnance des chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision françaises, multiplication des Ă©coles privĂ©es francophones, usage commercial et publicitaire quasi exclusif du français
 Â»
  5. ↑ a et b Ibid. : « les seuls lieux de Kabylie oĂč l’on peut constater une prĂ©sence de l’arabe classique sont les espaces institutionnels formels, placĂ©s sous le contrĂŽle direct de l’administration centrale de l’État : Ă©coles, tribunaux, gendarmeries
 Â»
  6. ↑ Jean Morizot, Les Kabyles : Propos d'un tĂ©moin, Centre des Hautes Études sur l'Afrique et l'Asie modernes (diff. Documentation française), coll. « Publications du CHEAM Â», Paris, 1985, (ISBN 2903182124), p. 19.
  7. ↑ Mohamed Salahdine, dans Maroc : Tribus, makhzen et colons, L'Harmattan, coll. « BibliothĂšque du dĂ©veloppement Â», Paris, 1986, (ISBN 2858025255), p. 125, a proposĂ© une thĂ©orisation de cette dualitĂ© comme articulation de deux modes de production, makhzen et qbila, le premier visant Ă  subordonner le second.
  8. ↑ Jean Morizot, op. cit., p. 22-23.
  9. ↑ Ibid., p. 24-25.
  10. ↑ Salem Chaker, Textes en linguistique berbĂšre : Introduction au domaine berbĂšre, Éditions du CNRS, Paris, 1984, p. 28 (carte).
  11. ↑ Omar Carlier, « La production sociale de l'image de soi : Notes sur la crise berbĂ©riste de 1949 Â» dans Jean-Robert Henry (Ă©d.), Nouveaux enjeux culturels au Maghreb, Éditions du CNRS, coll. « Ă‰tudes de l'Annuaire de l'Afrique du Nord Â», Paris, 1986, (ISBN 2222039533), p. 351.
  12. ↑ Carte de la Kabylie sur Cercle d'Ă©tude et de rĂ©flexion sur l'autonomie de la Kabylie (CERAK), 2008. ConsultĂ© le 24 septembre 2011.
  13. ↑ a, b et c Camille Lacoste-Dujardin, « GĂ©ographie culturelle et gĂ©opolitique en Kabylie : La rĂ©volte de la jeunesse kabyle pour une AlgĂ©rie dĂ©mocratique Â», HĂ©rodote, no 103, 2001 (ISBN 2707135925), p. 57-91, en ligne sur Cairn, 2007.
  14. ↑ Jean-Marie Dallet, Dictionnaire kabyle-français, Peeters, 1982, p. 161, Consultable en ligne.
  15. ↑ Yves Lacoste, UnitĂ© et diversitĂ© du tiers monde : Des reprĂ©sentations planĂ©taires aux stratĂ©gies sur le terrain, La DĂ©couverte, coll. « HĂ©rodote Â», Paris, 1984, (ISBN 2707114480), p. 482.
  16. ↑ Jean Ganiage, Hubert Jules Deschamps, Odette Guitard, Histoire du XXe siĂšcle : l'Afrique, 1966, p. 12, citation : « Les sommets les plus Ă©levĂ©s sont portĂ©s par les chaĂźnes intĂ©rieures, par l'imposante sierra du Djurdjura surtout, qui culmine Ă  2.308 m au Lalla Khadidja. Â»
  17. ↑ Ibid., p. 475-477 (dont carte).
  18. ↑ J. Flandrin dans A. Belin, Guide de la montagne algĂ©rienne : Djurdjura, Club alpin français, Alger, 1947.
  19. ↑ Livres Groupe, GĂ©ographie de la Kabylie : Soummam, Djurdjura, Parc National de Gouraya, Parc National de Taza, Parc National Du Djurdjura, Takintoucht, Boubhir, 2010, Édition General Book, (ISBN 1159481105), p. 10.
  20. ↑ Voyage d'Idir et Djya en Kabylie (2005), p. 17.
  21. ↑ Youcef Allioui (2006), p. 46.
  22. ↑ Jean-Paul Labourdette, Marie-HĂ©lĂšne Martin, Le Petit FutĂ© : AlgĂ©rie, 2008, Consultable en ligne.
  23. ↑ Jean Morizot, op. cit., p. 25.
  24. ↑ Yves Lacoste, op. cit., p. 481.
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  47. ↑ Cette carte traite de limites linguistiques sur une pĂ©riode donnĂ©e, elle ne prĂ©tend pas reprĂ©senter les frontiĂšres de rĂ©gions comme la Kabylie ou les AurĂšs (qui n'ont pas aujourd'hui de dĂ©finition stricte), ni l'Ă©volution de la situation des langues hors de cette pĂ©riode.
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Bibliographie

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