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L'histoire des Juifs en France remonte aux d√©buts de l'√®re commune, avec l'exil de certains membres de la classe dirigeante de Jud√©e en Gaule. La pr√©sence juive en Gaule romaine est attest√©e par plusieurs sources dont Gr√©goire de Tours et des d√©couvertes arch√©ologiques. Au haut Moyen √āge, les Radhanites animent le commerce international. Au XIe si√®cle, la France devient un p√īle florissant de la culture juive, abritant au nord les communaut√©s des Tzarfatim[1], d'origine ashk√©naze, et les Juifs de Provence au Sud. Cependant, √† cette √©poque font suite, au XIIe si√®cle, celle des Croisades et de leurs massacres, au XIIIe si√®cle sous saint Louis, celle des proc√®s intent√©s au Talmud , et, au XIVe si√®cle, celle des expulsions temporaires puis d√©finitives. Ces mesures touchent l'ensemble des Juifs, √† l'exception des ceux du Comtat Venaissin, prot√©g√©s par le Pape.

Le XVIe si√®cle voit l'arriv√©e √† Bordeaux des Juifs portugais. Si certains ont effectivement adopt√© le catholicisme, la plupart d'entre eux pratiquent le juda√Įsme en secret.

Au XVIIIe si√®cle, la R√©volution fran√ßaise est suivie d'une mutation profonde et d√©cisive pour le juda√Įsme mondial : la France est le premier pays d'Europe √† √©manciper et int√©grer les Juifs dans la nation.

Cependant, cette acquisition de l'√©galit√© l√©gale suscite une reviviscence d'un antis√©mitisme typiquement fran√ßais, lequel se r√©v√®lera lors de l'affaire Dreyfus √† la fin du XIXe si√®cle.

Provisoirement contenu, l'antis√©mitisme fait un retour en force au XXe si√®cle, lors de la Shoah, avec le gouvernement de Vichy. La communaut√© juive est profond√©ment marqu√©e par la disparition d'un quart de ses membres et surtout des Juifs √©trangers pr√©sents sur le territoire en 1940. Ce taux de mortalit√© est toutefois tr√®s nettement inf√©rieur √† celui des autres pays d'Europe occup√©s par le r√©gime nazi, comme les Pays-Bas ou les pays d'Europe centrale. En France, la m√©moire juive ne se reconstruit, progressivement, qu'√† partir des ann√©es 1970.

Dans les ann√©es 1950 et 1960, la communaut√© juive fran√ßaise perd son caract√®re majoritairement ashk√©naze. En effet, les Juifs s√©farades (pied-noir) sont contraints de quitter l'Afrique du nord √† la suite de l'ind√©pendance du Maroc en 1956 et de la Tunisie en 1957, de la crise de Suez avec l'√Čgypte en 1956 et surtout, de l'ind√©pendance de l'Alg√©rie en 1962. Pour la plupart fran√ßais ou francophones, ils se sont principalement r√©fugi√©s en France et en Isra√ęl.

La communaut√© juive de France est aujourd'hui constitu√©e de 488 000 personnes, selon l'Agence Juive[2], ce qui en fait la plus importante communaut√© juive d'Europe. Les Juifs fran√ßais se r√©partissent principalement dans les villes de Paris, Marseille, Lyon, Nice, Toulouse et Strasbourg. Cette communaut√©, en majorit√© s√©farade depuis quelques d√©cennies, se caract√©rise par sa tr√®s grande diversit√© vis-√†-vis de la tradition, depuis les Haredim (Juifs ultra-orthodoxes) jusqu'aux Juifs assimil√©s.

Sommaire

√Čpoques gallo-romaine et m√©rovingienne

Le premier Juif connu √† avoir v√©cu en Gaule est de lign√©e royale : il s'agit d'Archela√ľs[3], ethnarque de Jud√©e et fils d'H√©rode le Grand, exil√© par Auguste √† Vienne en l'an 6[4]. Il y meurt 10 ans plus tard. Son fr√®re H√©rode Antipas qui avait le titre de t√©trarque de Galil√©e est exil√© en 39 par Caligula √† Lyon selon Bernhard Blumenkranz[5] √† moins que ce ne soit √† Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand-de-Comminges) selon l'article ¬ę H√©rode Antipas ¬Ľ du Grand Dictionnaire Encyclop√©dique Larousse. Si on ne conna√ģt pas de post√©rit√© √† ces exil√©s, la pr√©sence de Juifs est attest√©e d√®s la fin du Ier si√®cle par des vestiges arch√©ologiques tels qu'une lampe √† huile orn√©e du chandelier √† sept branches d√©couverte en 1967 √† Orgon[5],[6]. Selon une tradition, les premiers visiteurs juifs ayant constat√© la ressemblance de la Gaule avec la r√©gion de Sarepta (en h√©breu biblique ◊¶◊®◊§◊™, Tzarf√°t), la Gaule puis la France re√ßoivent le nom de cette localit√© sud-libanaise, qu'elles conservent √† ce jour en h√©breu moderne[7].

Si nos connaissances sur les Juifs de la Gaule antique restent parcellaires, elles sugg√®rent cependant une communaut√© assez notable pour que le pouvoir ou l'√Čglise l√©gif√®rent √† son propos. La Jewish Encyclopedia[8] indique qu'au IVe si√®cle Hilaire de Poitiers, √©v√™que de cette ville, est f√©licit√© pour avoir quitt√© la soci√©t√© juive. Un d√©cret des empereurs Th√©odose II et Valentinien III, adress√© √† Amatius, pr√©fet de la Gaule (9 juillet 425) interdit aux Juifs et aux pa√Įens d'√™tre avocats ou magistrats ou fonctionnaires de fa√ßon que les chr√©tiens ne leur soient pas subordonn√©s et que Juifs et pa√Įens soient incit√©s √† se convertir au christianisme. Aux fun√©railles de Hilaire, √©v√™que d'Arles, en 449, les Juifs et les chr√©tiens pleurent ensemble tandis que ces derniers chantent des psaumes en h√©breu. Mais en l'an 465 au concile de Vannes, l'√Čglise interdit √† ses pr√™tres de participer √† des repas donn√©s par les Juifs puisque les Juifs refusent de participer √† des repas pr√©par√©s par les chr√©tiens.

Au VIe si√®cle, on trouve des Juifs √† Marseille √† Arles, √† Uz√®s, √† Narbonne, √† Clermont-Ferrand, √† Orl√©ans, √† Paris et √† Bordeaux. Ces villes sont g√©n√©ralement des centres administratifs romains situ√©s sur de grandes routes commerciales et les Juifs y poss√®dent des synagogues. Respectant toujours un √©dit adress√© en 331 aux d√©curions de Cologne par l'empereur Constantin et le Code de Th√©odose, l'organisation interne des Juifs de cette √©poque semble avoir √©t√© la m√™me que dans l'Empire romain. Les Juifs sont principalement marchands ; ils sont √©galement percepteurs d'imp√īts, marins et m√©decins. Tant que s'applique la loi romaine et suite au statut √©tabli par Caracalla, ils restent les √©gaux de leurs concitoyens. L'empereur Constantin (321) les contraint √† participer dans leur curie √† un lourd imp√īt qui frappe tous les citoyens des villes. Tout laisse √† penser que leurs relations avec leurs concitoyens non-juifs sont amicales, m√™me apr√®s l'√©tablissement du christianisme en Gaule. On sait que le clerg√© chr√©tien participe √† leurs f√™tes ; des mariages inter-religieux entre juifs et chr√©tiens se produisent parfois ; le juda√Įsme fait des √©mules et ses coutumes religieuses sont si librement adopt√©es qu'au troisi√®me Concile d'Orl√©ans (539) les autorit√©s religieuses chr√©tiennes jugent n√©cessaire de mettre en garde les fid√®les contre les ¬ę superstitions juives ¬Ľ, et d'ordonner √† ceux-ci de s'abstenir de tout d√©placement le dimanche.

Inscription funéraire de Narbonne (689)

√Ä la fin du VIe si√®cle, les Juifs peuvent conna√ģtre des situations tr√®s diverses : Gr√©goire de Tours raconte qu'en 576 une √©meute d√©truit la synagogue de Clermont de fond en comble, √† la suite de quoi les Juifs de la ville acceptent le bapt√™me[9]. Inversement, le Juif de Paris Priscus est conseiller du roi Chilp√©ric Ier et dans une controverse avec celui-ci refuse sans dommage pour lui la conversion[10].

En 591, les Juifs chassés de la ville d'Orléans se réfugient en Provence. À ce propos, une lettre du pape Grégoire le Grand réprimande l'archevêque d'Arles Virgile, suite à de nombreuses plaintes pour des conversions forcées.

En 629, Dagobert Ier propose d'expulser de ses domaines tous les Juifs qui n'accepteraient pas le christianisme. √Ä partir de son r√®gne jusqu'√† celui de P√©pin le Bref, on n'a gu√®re d'autres indications. Mais dans le sud de la France, dans ce qui √©tait alors connu comme ¬ę Septimanie ¬Ľ (ou Narbonnaise) et √©tait une d√©pendance des rois wisigoths d'Espagne, les Juifs continuent √† r√©sider et √† prosp√©rer. De cette √©poque (689) date la plus ancienne inscription fun√©raire juive connue en France, celle de Narbonne, visible au Mus√©e arch√©ologique de B√©ziers. Les Juifs de Narbonne, principalement des n√©gociants, s'entendent bien avec le reste de la population qui alors se rebelle souvent contre les rois wisigoths.

Période carolingienne

Les Juifs sont nombreux sous Charlemagne et leur statut est fix√© par la loi. En justice, les Juifs pr√™tent serment selon une formule sp√©ciale et il leur est permis d'intenter un proc√®s contre des chr√©tiens. Dans leurs relations avec ces derniers, ils n'ont d'autres obligations que leur accorder le repos dominical. Ils ne doivent pas faire le commerce des monnaies, du vin ou du bl√©. Le plus important est le fait qu'ils sont jug√©s par l'empereur lui-m√™me, auquel ils appartiennent. Ils pratiquent le n√©goce international[11]. Charlemagne par exemple employe un Juif pour rapporter de Palestine des marchandises pr√©cieuses. Un autre Juif, Isaac, est envoy√© par Charlemagne en 797 avec deux ambassadeurs chez Haroun ar-Rachid[12]. C'est lui qui au retour en 802 √† Aix-la-Chapelle remet √† Charlemagne les cadeaux re√ßus d'Haroun ar-Rachid dont un √©l√©phant[9]. En fait, il appara√ģt que le r√®gne de Charlemagne est plut√īt favorable aux Juifs, m√™me si une autre discrimination veut que dans un proc√®s le Juif doive produire plus de t√©moins que le chr√©tien pour avoir gain de cause[13]. On parle m√™me d'une famille de princes juifs (ou ¬ę Nasi ¬Ľ) √† Narbonne[14].

Louis le D√©bonnaire (814-833), fid√®le aux principes de son p√®re, accorde une stricte protection aux Juifs, auxquels il accorde une particuli√®re attention en raison de leurs activit√©s de n√©gociants. Dans une lettre √† Louis le D√©bonnaire, Agobard (778-840), √©v√™que de Lyon, fait de nombreux reproches aux Juifs : ils ach√®teraient des esclaves chr√©tiens √† Lyon pour les revendre en Espagne[15] ; ils seraient superstitieux et auraient des croyances absurdes ; ils influenceraient gravement les chr√©tiens et pr√©tendraient que ceux-ci adorent des idoles. Agobard n'a pas gain de cause aupr√®s de Louis le D√©bonnaire[16] mais ces all√©gations semblent montrer la prosp√©rit√© dont jouissent les Juifs de Lyon.

Le comportement de cet √©v√™que, hostile √† la communaut√© juive de Lyon prot√©g√©e par le roi Louis va cependant pousser les Juifs √† √©migrer vers Arles et les cit√©s du midi, ce qui accr√©dite la pr√©sence probable d'une communaut√© juive importante dans les communaut√©s m√©ridionales au d√©but du IXe si√®cle.

Henri Pirenne[17] constate qu'au VIIIe si√®cle le commerce entre l'Occident et l'Orient ne se fait plus que par les n√©gociants juifs, seuls liens entre l'Islam et la Chr√©tient√©[11]. Il est permis de penser que les marchands juifs de la vall√©e du Rh√īne sont ces Juifs dits radhanites, grands voyageurs, hommes de profonde culture et parlant de nombreuses langues, qui maintiennent le contact entre l'orient et l'occident[9].

Les premiers Capétiens (987-1096)

Premières persécutions

La vie relativement paisible des Juifs sous les Carolingiens entra√ģne le d√©veloppement de nouvelles communaut√©s notamment √† Toulouse, Carcassonne, Chalons sur Sa√īne, Sens et Metz[18]. Mais le pouvoir des Carolingiens s'effrite vite et le sort des Juifs devient compl√®tement d√©pendant du bon vouloir du pouvoir local. En 987, Hugues Capet est le premier Cap√©tien √† monter sur le tr√īne de France.

En 1010 Alduin, √©v√™que de Limoges[19], offre aux Juifs de son dioc√®se le choix entre le bapt√™me et l'exil. Pendant un mois les th√©ologiens tentent de les convertir, sans grand succ√®s puisque seuls quelques Juifs abjurent leur foi ; les autres quittent la ville pour s'√©tablir ailleurs, certains se donnent la mort. Un texte h√©breu relate aussi que le duc Robert II de Normandie se serait concert√© avec ses vassaux pour que tout Juif qui n'accepterait pas le bapt√™me sur leurs terres soit √©limin√©, menace mise √† ex√©cution, alors que de nombreux Juifs se suicident. Au nombre des martyrs se trouve l'√©rudit Rabbi Senior. Un riche et influent √©rudit de Rouen, Jacob ben Jekuthiel, s'√©tait auparavant rendu √† Rome (1007) pour solliciter la protection de ses coreligionnaires de Lorraine par le pape ; le souverain pontife envoya un haut dignitaire pour mettre fin √† la pers√©cution. Mais Robert le Pieux, bien connu pour ses pr√©jug√©s religieux et la haine qu'il portait aux h√©r√©tiques, poursuit dans la ligne de l'intol√©rance. Il pourrait y avoir un lien entre cette pers√©cution et une rumeur qui s'est r√©pandue au cours de l'ann√©e 1010 : √† en croire Ad√©mar de Chabannes, qui √©crit en 1030, en 1010 les Juifs d'occident adressent une lettre √† leurs coreligionnaires d'orient les avertissant de l'imminence d'une exp√©dition militaire contre les Sarrasins. L'ann√©e pr√©c√©dente, le Saint-S√©pulcre avait √©t√© transform√© en mosqu√©e par les Musulmans, sacril√®ge qui avait provoqu√© la fureur de la chr√©tient√© et notamment du pape Serge IV. L'exasp√©ration de la chr√©tient√© r√©pand alors la croyance en une entente secr√®te entre Musulmans et Juifs. Vingt ans plus tard, le moine chroniqueur Raoul Glaber donne d'autres d√©tails sur cette affaire. Selon lui, les Juifs d'Orl√©ans auraient envoy√© en orient une lettre, port√©e par un mendiant, qui incitait √† la destruction du Saint-S√©pulcre. Glaber ajoute qu'√† la d√©couverte de ce ¬ę crime ¬Ľ, l'expulsion des Juifs fut partout d√©cr√©t√©e. Pourchass√©s, tu√©s ou accul√©s au suicide, bien peu demeurent dans le monde romain. Cinq ans plus tard, une partie de ceux qui ont pu s'√©chapper peuvent revenir. De nouveaux troubles se produisent aux alentours de 1065. √Ä cette date le pape Alexandre II √©crit au vicomte de Narbonne, B√©ranger, et √† Guifred, √©v√™que de la ville, qu'il loue d'avoir √©vit√© le massacre de Juifs dans leur ville, leur rappelant par la m√™me occasion que Dieu n'approuve pas qu'on r√©pande du sang[19]. La croisade lanc√©e contre les Maures en Espagne s'√©tait en effet sold√©e par la mise √† mort sans distinction de tous les Juifs que les Crois√©s rencontraient sur leur route : la figure de l'infid√®le se d√©place, par effet de proximit√©, du Maure au Juif rencontr√© en chemin.

Toujours selon Adh√©mar de Chabanne, la c√©r√©monie humiliante de la ¬ę colaphisation ¬Ľ (du latin colaphus, soufflet) avait lieu au d√©but du XIe si√®cle √† Toulouse. Le comte de Toulouse "colaphisait" un Juif, c'est-√†-dire le giflait dans la cath√©drale, le jour de P√Ęques, en repr√©sailles du soufflet que J√©sus avait re√ßu durant sa Passion[20].

Certaines r√©gions de la France actuelle restent dans cette p√©riode plus accueillantes aux Juifs : les comtes de Champagne dont la province ne sera rattach√©e au domaine royal qu'√† la mort de Philippe le Bel permettent √† une communaut√© juive intellectuellement brillante de se d√©velopper √† Troyes. C'est aussi aux alentours de l'an mille que se constitue la communaut√© juive alsacienne[21]. Quant √† la Provence, de 1000 √† 1300 elle conna√ģt un v√©ritable ¬ę √Ęge d'or ¬Ľ dans des villes comme Narbonne, Lunel ou Montpellier[20].

Littérature juive en France

Pendant cette p√©riode jusqu'√† la premi√®re croisade, la culture juive se d√©veloppe dans des communaut√©s culturellement proches les unes des autres, qu'elles se situent au nord ou au sud de la France. Son domaine de pr√©dilection est la po√©sie liturgique - l'√©cho des souffrances d'Isra√ęl et l'expression de son espoir invincible - et est plus souvent un exercice scolastique simple destin√© plus √† amuser et instruire qu'√† √©mouvoir.

Apr√®s ceci vient l'ex√©g√®se biblique, l'interpr√©tation simple du texte, refl√©tant une foi compl√®te dans l'interpr√©tation traditionnelle, et fond√©e de pr√©f√©rence sur le Midrash. Finalement et surtout, c'est le Talmud et ses commentaires qui sont les plus √©tudi√©s. Ce texte ainsi que les √©crits des Gueonim, en particulier leur responsa, ont √©t√© r√©vis√©s et copi√©s ; ensuite ces √©crits ont √©t√© trait√©s comme un code de droit et ont √©t√© comment√©s et √©tudi√©s, autant pour faire un exercice de dialectique que pour r√©fl√©chir √† leur cons√©quences pratiques [22].

Un des plus fameux savants de cette période est Rabbenou Guershom (960-1028) qui vit entre Metz et Mayence. C'est un des premiers docteurs de la loi ashkenazes. Il interdit la polygamie et la répudiation de l'épouse sans son consentement. Bien qu'il ait enseigné à de nombreux élèves, son flambeau n'est repris que par l'illustre Rachi, né 12 ans après sa mort. À la même époque, Joseph Tov Elem, rabbin dans le Limousin et en Anjou, pose la base de l'organisation des communautés juives qui se développent en France du Nord.

Rachi

La grande figure qui domine la deuxi√®me moiti√© du XIe si√®cle, de m√™me que l'histoire rabbinique enti√®re de la France, est Rachi (Salomon ben Isaac) de Troyes (1040-1106)[23]. Les rabbins, auteurs de l'article Rachi dans la Jewish Encyclopedia sont admiratifs : en lui est personnifi√© le g√©nie du Juda√Įsme de la France du nord, son attachement √† la tradition ; sa foi tranquille ; sa pi√©t√©, ardente mais libre de mysticisme, reflet de sa fonction de rabbin √† Troyes et de son m√©tier de vigneron. Ses travaux se distinguent par leur clart√©, leur droiture et le rejet de la subtilit√©. Leur style est simple, concis, naturel, convenant √† leur sujet. Son commentaire sur le Talmud est le produit d'un travail colossal qui a √©clips√© les travaux semblables de tous ses pr√©d√©cesseurs. Par sa clart√© et son bon sens, il a rendu facile l'√©tude de cette vaste compilation et est bient√īt devenu son compl√©ment indispensable. Son commentaire de la Bible (particuli√®rement sur le Pentateuque), une sorte de r√©pertoire sur le Midrash, a servi pour l'√©dification, mais a √©galement d√©velopp√© le go√Ľt d'une ex√©g√®se simple et naturelle. Ses commentaires du Talmud souvent ponctu√©s de mots fran√ßais transcrits en caract√®res h√©breux sont une source tr√®s importante d'information sur le fran√ßais du XIe si√®cle.

L'√©cole qu'il fonde √† Troyes, son lieu de naissance, apr√®s avoir suivi les enseignements des rabbins de Worms et de Mayence devient imm√©diatement c√©l√®bre. Il enseigne √† Simhah ben Samuel[24], Rabbi Samuel ben Me√Įr (Rashbam) et au Rivam[25], ses petit-fils ; et surtout, il est √† l'origine de l'√©cole des Tossafistes qui fait jusqu'au XIVe si√®cle la r√©putation du juda√Įsme fran√ßais. Dans ses commentaires bibliques, il se sert des travaux de ses contemporains. On doit citer parmi eux Moshe haDarshan, chef de l'√©cole de Narbonne, qui est peut-√™tre le fondateur des √©tudes ex√©g√©tiques en France et Menahem ben Helbo.

Ainsi la litt√©rature juive est-elle particuli√®rement f√©conde en France au XIe si√®cle. D√®s lors, on peut consid√©rer que le juda√Įsme fran√ßais est devenu l'un des piliers du juda√Įsme universel[26].

La premi√®re croisade et le XIIe si√®cle

D√®s le XIe si√®cle, une chronique comme celle de Raoul Glaber accr√©dite l'id√©e que les Juifs d'Orl√©ans ont complot√© pour faire d√©truire le Saint-S√©pulcre. Ces calomnies invraisemblables sont pourtant catastrophiques pour les Juifs. Et m√™me si les Juifs de France semblent avoir un peu moins souffert des Croisades que leurs coreligionnaires allemands, la premi√®re croisade pr√™ch√©e par Pierre l'Ermite est un d√©sastre pour les Juifs[18]. Les Crois√©s enferment les Juifs de Rouen dans une √©glise et exterminent tous ceux sans distinction d'√Ęge ou de sexe qui refusent le bapt√™me. Ces massacres sont rappel√©s dans la liturgie juive comme "Gzeirot Tatnav" (◊í◊Ė◊ô◊®◊ē◊™ ◊™◊™◊†◊ē). Les Juifs d'Orl√©ans et de Limoges sont √©galement chass√©s de leur ville[27].

D'apr√®s un document en h√©breu, les Juifs de France vivent dans la peur qu'ils expriment alors par √©crit √† leurs coreligionnaires de la r√©gion rh√©nane en leur demandant de prier pour eux[27]. Ironiquement, c'est dans la vall√©e du Rhin que les massacres sont les plus importants : des milliers de Juifs sont tu√©s par les Crois√©s et des communaut√©s enti√®res disparaissent √† cette √©poque (voir Croisade allemande de 1096). On sait aussi que les Juifs sont attaqu√©s en 1146 √† Strasbourg suite au pr√™che de la croisade par un moine appel√© Radulph[28].

C'est √† l'√©poque des Croisades (1096-1099 pour la premi√®re, 1147-1149 pour la deuxi√®me) que se d√©veloppent deux des accusations envers les Juifs les plus courantes de l'antis√©mitisme chr√©tien, √† savoir les all√©gations qu'ils se livrent aux meurtres rituels et pratiquent couramment l'usure. L'accusation de meurtre rituel est li√©e √† la volont√© pr√™t√©e aux Juifs de r√©p√©ter la crucifixion en tuant des chr√©tiens. De telles accusations deviennent fr√©quentes √† la fin du XIIe si√®cle et aboutissent √† Blois √† une ex√©cution massive o√Ļ 31 Juifs sont br√Ľl√©s vifs en 1171[22].

Quant à l'accusation d'usure, elle est liée au fait que le prêt à intérêt assimilé à l'usure est interdit aux chrétiens mais pas aux Juifs et donc que les Juifs deviennent souvent les banquiers des riches comme des pauvres. Et l'accusation d'usure permet aux emprunteurs de s'affranchir de leurs dettes[29].

Malgr√© l'hostilit√© qui les entoure, les Juifs du XIIe si√®cle ont une vie intellectuelle √©tonnamment active. L'√©cole des Tossafistes se d√©veloppe en Champagne notamment √† Ramerupt autour de Rabbenou Tam, un des petits-fils de Rachi mais aussi en Bourgogne, √† Paris et en Normandie. Des r√©unions de rabbins venant de France ou des bords du Rhin furent m√™me organis√©es √† Troyes, o√Ļ il y avait deux synagogues[18], par Rabbenou Tam[30].

La synagogue aux yeux band√©s et √† la lance bris√©e (cath√©drale de Strasbourg) - fin XIIe si√®cle

De m√™me, le sud de la France conna√ģt une vie juive plut√īt florissante malgr√© des manifestations anti-juives violentes. √Ä B√©ziers, le dimanche des Rameaux est l'occasion de pillage des maisons des Juifs coupables d'avoir crucifi√© J√©sus. √Ä Toulouse, des taxes sp√©ciales sont per√ßues sur les Juifs. Mais ils peuvent aussi avoir des postes administratifs importants souvent li√©s √† l'administration des biens des nobles. Les rabbins √©rudits souvent en contact avec la brillante vie juive d'Espagne sont nombreux particuli√®rement √† Narbonne ou √† Lunel[31]. Benjamin de Tud√®le, rabbin espagnol et grand voyageur, donne vers 1165 une description tr√®s positive de la vie des Juifs du midi de la France tant au plan mat√©riel et commercial qu'au plan culturel ou m√™me politique[32]. Un Juif comme Abba Mari peut √™tre baile (bailli) de Saint-Gilles et tr√©sorier de la commune de N√ģmes en 1170. Les m√©decins juifs de la famille Ibn Tibbon √©tablis √† Lunel traduisent Aristote en h√©breu et contribuent ainsi √† la rediffusion des textes antiques[18].

En Alsace, si Benjamin de Tud√®le parle de plusieurs Isra√©lites ¬ę sages et riches ¬Ľ √† Strasbourg, l'√Čglise conserve une image d√©valorisante des Juifs comme en t√©moigne la c√©l√®bre statue de la cath√©drale de Strasbourg repr√©sentant la Synagogue aux yeux band√©s et √† la lance bris√©e.

Expulsions et Retours

Expulsion et rappel par Philippe-Auguste

√Ä la fin du XIIe si√®cle, l'activit√© √©conomique se d√©veloppe et Paris conna√ģt un grand essor auquel les Juifs participent. La population en vient vite √† les jalouser et Philippe-Auguste, roi √† 15 ans en 1180, entend ces plaintes. Il voit donc en eux des ennemis de la foi et des concurrents dangereux pour la toute nouvelle bourgeoisie commer√ßante. Le 10 mars 1182, un √©dit du roi d√©pouillent les Juifs de tous leurs biens et les contraint √† quitter le royaume. Les synagogues sont transform√©es en √©glises, les biens des Juifs redistribu√©s √† des nobles ou √† des corporations. Philippe-Auguste venait d'inventer un mod√®le d'expulsion-spoliation des Juifs qui allait se r√©p√©ter √† de nombreuses reprises dans l'histoire. Cette premi√®re expulsion leur apprend aussi √† ne pas investir en valeurs immobili√®res mais √† se contenter de num√©raire et de bijoux n√©gociables et transportables.

Les Juifs ne vont cependant pas très loin car le domaine royal est encore petit. Ils émigrent au plus près en Champagne ou en Bourgogne, mais aussi plus au sud en Provence[18].

En 1198, Philippe Auguste rappelle les Juifs. Ce n'est pas une compassion tardive mais un int√©r√™t bien compris qui lui fait prendre cette d√©cision. En effet, les Juifs par leur m√©tier de pr√™teurs contribuent √† l'essor √©conomique du royaume. De plus, un imp√īt sp√©cial frappe chacune de leurs transactions[18]. Ce rappel des Juifs dans le royaume s'accompagne d'un accord d'extradition r√©ciproque avec le comte Thibaut III de Champagne. Enfin, le roi fait des Juifs ses propres serfs qui ne b√©n√©ficient m√™me plus d'une certaine protection de l'√Čglise. Ils sont soumis compl√®tement √† l'arbitraire royal et √† celui de ses seigneurs[33].

Mais en ce d√©but de XIIIe si√®cle, l'√Čglise devient plus dure avec les Juifs que le roi et en 1205 le pape Innocent III proteste aupr√®s du roi de France contre la protection qu'il leur accorde. Le pape est m√™me d'avis d'annuler les dettes envers les Juifs des seigneurs qui se croisent, ce que n'accepte pas le roi[34].

Le sort des Juifs du Languedoc

A la fin du XIIe si√®cle, les Juifs du Languedoc et du comt√© de Toulouse connaissent un sort enviable. La vie intellectuelle est brillante. Isaac l'Aveugle commente un des livres fondateurs de la Kabbale, le Sefer Yetzira. Raymond VI de Toulouse confie des charges importantes aux Juifs et laisse le catharisme se d√©velopper dans ses possessions.

Aussi le l√©gat du pape qui va d√©clencher la croisade des Albigeois ne reproche-t-il pas seulement au comte de Toulouse d'avoir laiss√© se d√©velopper le catharisme mais aussi d'avoir fait la part trop belle aux Juifs. Ceux-ci ne sont pas massacr√©s comme les cathares apr√®s la d√©faite mais en 1229, Raymond VII de Toulouse est vaincu et ses terres passent apr√®s sa mort sous la possession d'Alphonse de Poitiers, fr√®re de Saint Louis. D√®s lors, les Juifs sous sa domination souffrent d'un arbitraire semblable √† celui qui r√®gne √† leur √©gard dans le royaume de Saint Louis. Alphonse de Poitiers ne manque pas de les pressurer : taxes pour dispense de rouelle ; sous menace d‚Äôexpulsion, ils lui apportent des fonds pour la croisade en 1248 ; nombreuses extorsions de fonds avec menaces d'expulsion et imposition forc√©e qui lui rapporte autant que celle sur les chr√©tiens pour celle de 1270. Les Juifs √©migrent alors vers la Provence, sous la domination de la maison d'Anjou[18],[35].

Sous Louis VIII et saint Louis

Avec Louis VIII (1223-1226) et surtout Louis IX (1226-1270), la condition des Juifs est marqu√©e par une influence croissante de l'√Čglise sans que l'int√©r√™t de la Couronne ne soit oubli√©.

Louis VIII, dans son ordonnance Etablissement sur les Juifs de 1223, bien que plus inspir√© par les doctrines de l'√Čglise que son p√®re, Philippe-Auguste, sait √©galement veiller aux int√™rets (√† tr√®s court terme) du Tr√©sor. Il interdit l'int√©r√™t sur les pr√™ts consentis par les Juifs mais demande aux seigneurs de percevoir en 3 ans le remboursement du capital pour le compte des Juifs. De plus, il supprime l'imp√īt sp√©cial sur les transactions sign√©es par des Juifs et les ram√®ne dans le droit commun[36].

La politique de saint Louis envers les Juifs conjugue deux grands th√®mes : son hostilit√© au pr√™t √† int√©r√™t et son hostilit√© au juda√Įsme. Louis IX, tr√®s pieux et soumis √† l'√Čglise, condamne sans r√©serve les pr√™ts √† int√©r√™t et est moins sensible que Philippe Auguste, son grand-p√®re, aux consid√©rations fiscales. Par des ordonnances publi√©es √† Melun en d√©cembre 1230, il demande √† plusieurs seigneurs de ne pas autoriser les Juifs √† faire de pr√™t. Mais √† la m√™me √©poque, l'ordonnance de 1223 interdisant le pr√™t √† int√©r√™t par les Juifs est publi√©e √† nouveau, ce qui montre seulement qu'elle n'avait pas √©t√© appliqu√©e. En 1234, le roi va plus loin : il lib√®re ses sujets du tiers de leurs dettes envers les Juifs. De plus, il est ordonn√© que ce tiers devait √™tre restitu√© √† ceux qui l'auraient d√©j√† rembours√©. Enfin, il est interdit d'emprisonner des chr√©tiens ou de vendre leurs biens immobiliers afin de rembourser des dettes dues aux Juifs[36].

Procès du Talmud

Des Juifs convertis au christianisme r√©pandent l'id√©e que les livres saints juifs outragent celui-ci. L'un d'eux est Nicolas Donin, de La Rochelle, ancien rabbin devenu abb√©, qui obtient du pape Gr√©goire IX une bulle condamnant le Talmud. Le 3 mars 1240, le pouvoir royal fait saisir tous les exemplaires de l'ouvrage qui sont transport√©s √† Paris o√Ļ est organis√©e le 12 juin 1240 en pr√©sence de Blanche de Castille une controverse entre quatre rabbins dont Yehiel de Paris et des eccl√©siastiques dont l'√©v√™que de Paris Guillaume d'Auvergne et l'inquisiteur Henri de Cologne, Eudes de Chateauroux, Chancelier de l'Universit√© de Paris et Nicolas Donin. La sentence en est que le Talmud est un livre inf√Ęme qui doit donc √™tre br√Ľl√©. En 1242, le Talmud est solennellement br√Ľl√© en place de Gr√®ve √† Paris en pr√©sence du Pr√©v√īt et du clerg√©[18],[37]. De nombreuses autres controverses ont lieu durant le r√®gne de Saint Louis, chaque fois avec des risques pour les Juifs[38].

Croisade des Pastoureaux

En 1250, saint Louis parti en croisade est fait prisonnier à Mansourah. Sous l'influence d'un moine et avec l'aval de la mère du roi, Blanche de Castille, des milliers de bergers ou pastoureaux décident de se croiser pour aller le libérer. Cette nouvelle croisade échoue après s'être heurtée au clergé mais non sans avoir massacré les Juifs de Bourges.

Port de la rouelle

Juif allemand portant la Rouelle.
Manuscrit médiéval (v. 1476).

En 1269, saint Louis impose aux Juifs le port de la rouelle qui avait été décidé par le IVe concile du Latran en 1215. C'est un morceau d'étoffe portant une roue, symbole des 30 deniers de Judas, à apposer sur le vêtement[39].

Sous Philippe le Hardi (1270-1285)

L'av√®nement de Philippe le Hardi ne change pas le sort des Juifs du royaume. Ils restent soumis √† de nombreuses discriminations et diverses ordonnances les renforcent : il leur est interdit d'employer des serviteurs chr√©tiens, de r√©parer les synagogues ou de poss√©der des copies du Talmud[40].

C'est sur le plan politique que deux √©v√©nements importants se produisent : √† la mort de son oncle Alphonse de Poitiers en 1271, les terres de celui-ci reviennent au roi : les Juifs de Toulouse et d'Aquitaine partagent compl√®tement le destin des Juifs du royaume. Inversement, en 1274, Philippe le Hardi c√®de le Comtat-Venaissin au Pape. Les Juifs peuvent ainsi rester dans les √Čtats du Pape jusqu'√† la R√©volution m√™me s'ils sont confin√©s dans les carri√®res.

C'est aussi sous Philippe le Hardi que les Juifs du royaume commencent √† souffrir de l'Inquisition introduite en France pour lutter contre les Albigeois. En effet, en 1267, le pape Cl√©ment IV dans sa bulle Turbato Corde d√©clare h√©r√©tiques les Juifs convertis au christianisme et revenus au juda√Įsme[41]. Ils sont mis sous l'autorit√© des inquisiteurs. En 1278, les Juifs de Toulouse enterrent un chr√©tien converti au juda√Įsme dans leur cimeti√®re. Pour cet acte de pros√©lytisme, leur rabbin Isaac Mal√®s est d√©f√©r√© devant l'Inquisition et condamn√© au b√Ľcher[42].

Sous Philippe le Bel (1285-1314) : pers√©cutions, spoliations et expulsion

Philippe le Bel est certainement le pire roi de France pour les Juifs et malheureusement pour eux, jamais le domaine royal n'a √©t√© aussi grand qu'√† son av√®nement et donc jamais autant de Juifs n'ont d√©pendu du roi. De plus, sa femme est comtesse de Champagne o√Ļ est √©tablie une riche communaut√© juive, longtemps prot√©g√©e par les comtes de Champagne. D√®s 1288, treize Juifs sont condamn√©s par l'Inquisition au b√Ľcher √† Troyes pour une pr√©tendue affaire de meurtre[40]. Deux ans plus tard, c'est le miracle du Dieu bouilli[43] ou miracle des Billettes, une affaire de profanation d'hostie imput√©e √† un Juif[44].

En fait, d√®s avant son accession au tr√īne, Philippe le Bel a compris l'int√©r√™t qu'il peut tirer des Juifs. Lorsque sa femme prend possession de la Champagne en 1284, il obtient des Juifs un paiement de 25 000 livres pour confirmer leur droit d'√©tablissement en Champagne. Les ann√©es suivantes, il continue √† les d√©fendre contre l'√Čglise de fa√ßon √† conserver une source de revenus[45].

En 1292, une taxe supplémentaire est levée sur les Juifs. En 1295, ils sont arrêtés, voient leurs biens saisis et disposent de huit jours pour les racheter, sinon ils sont vendus au bénéfice du Trésor. De nouvelles taxes sont encore levées en 1299 et 1303.

Enfin, en 1306, le Tr√©sor √©tant vide, le roi se d√©cide √† ¬ę tuer la poule aux Ňďufs d'or ¬Ľ, selon l'expression de la Jewish Encyclopedia. Il fait arr√™ter les Juifs, leur fait signifier leur exil et saisit leurs propri√©t√©s y compris leur cr√©ances, ne rendant m√™me pas le service √† ses autres sujets de les lib√©rer de leurs dettes envers les Juifs. On a pu estimer le nombre de Juifs exil√©s √† cent mille[46]. Le po√®te Geoffroi de Paris √©crit √† ce propos dans sa Chronique rim√©e :

L’an mil trois cens six, en cel an
Furent les juifs pris à pan:
De ce ne fas-je mie doute,
Faus Juis qui ne voient goute
En nostre loi chretiennée
Furent pris, à une jornée,
Droit le jor de la Magdelaine[47]
Mainte grant prison en fu plaine.

Je dis seignors, comment qu’il aille,
Que l’intencion en fu bonne,
Mès pire en es mainte personne
Qui devenu est usurier,
Et en sera ça en arrièr
Trop plus assez qu’estre ne sceut
Dont tout povre gent se deut;
Car Juifs furent débonnères
Trop plus en fesant telz affaires
Que ne furent ore chrestien[48]

Cet exil se fait dans des conditions tr√®s dures. Le chroniqueur Jean de Saint-Victor raconte que les Juifs doivent payer pour pouvoir quitter le royaume et que nombre d‚Äôentre eux meurent en chemin d‚Äô√©puisement et de d√©tresse[48]. Le royaume s'√©tant agrandi depuis la premi√®re expulsion sous Philippe-Auguste, les Juifs doivent se r√©fugier plus loin cette fois-ci, dans les pays alentours, en Alsace, en Savoie et en Provence (hors du royaume de France √† cette √©poque), en Italie, en Allemagne et en Espagne. Il en reste aujourd'hui des familles Tsarfati (qui signifie Fran√ßais en h√©breu), Narboni, Bedersi, (de B√©ziers) etc... suivant l'habitude r√©pandue de nommer les personnes du nom de la ville ou du pays d'o√Ļ ils sont originaires.

M√™me si les Juifs sont rappel√©s en 1315, cette expulsion marque la fin du juda√Įsme fran√ßais au Moyen √āge. Comme la r√©vocation de l'√Čdit de Nantes qui condamne les protestants √† l'exil en 1685, cette d√©cision est pour l'historien Sim√©on Luce, un d√©sastre pour la France et sa vie √©conomique[49].

Du rappel de 1315 à l'expulsion finale de 1394

Le rappel de 1315

Chose exceptionnelle, le rappel de 1315 se fait sous la pression de l'opinion publique qui regrette les Juifs et d√©plore l'absence de pr√™teurs. Aussi le roi Louis X le Hutin les rappelle-t-il mais pour douze ans seulement, probablement pour pouvoir de nouveau les spolier comme l'avait fait son p√®re. Mais dans ces conditions, il est probable que peu nombreux sont les Juifs qui tentent de nouveau leur chance dans le royaume de France. Ce rappel est une op√©ration d'autant plus profitable pour le roi que les Juifs sont lourdement tax√©s sur les cr√©ances d'avant 1306 qu'ils arrivent √† recouvrer. Ce retour des Juifs rapporte au tr√©sor royal 122 500 livres[50].

La seconde croisade des Pastoureaux et l'expulsion de 1323

Il ne faut pas attendre les 12 ans conc√©d√©s par Louis X le Hutin pour que les Juifs soient de nouveau frapp√©s par le malheur. En 1320, la r√©volte des Pastoureaux[51] apporte son cort√®ge de massacres de Juifs dans le sud-ouest de la France, √† Auch, Castelsarrasin etc... √Ä Verdun-sur-Garonne, ils se suicident. Certains Juifs pr√©f√®rent accepter le bapt√™me plut√īt que d'√™tre massacr√©s mais sont alors consid√©r√©s comme relaps par l'Inquisition et donc manac√©s du b√Ľcher s'ils reviennent plus tard au juda√Įsme[18].

La cons√©quence de cette r√©volte est paradoxale mais bien connue de ceux qui se sont tant soit peu int√©ress√©s √† l'antis√©mitisme : le pouvoir reproche aux Juifs d'avoir suscit√© ces troubles par leur seule pr√©sence. C'est donc eux qu'il faut punir. Les Juifs sont donc √† nouveau expuls√©s en vertu d'une ordonnance du 24 juin 1322, mise √† ex√©cution en 1323. Le pr√©texte en est donn√© apr√®s coup : les Juifs se seraient conjur√©s avec les l√©preux pour empoisonner les puits[46],[52].

Pers√©cutions en Alsace : le massacre de la Saint-Valentin

Les communaut√©s juives se multiplient en Alsace au d√©but du XIVe si√®cle, sans doute √† cause de l'expulsion des Juifs du royaume de France[46]. Mais d√®s 1336, un mouvement insurrectionnel menace les Juifs et √† Colmar en 1337, ils ne doivent leur salut qu'√† la protection des autorit√©s imp√©riales et √©piscopales.

L'√©poque la plus terrible est celle de la peste noire qui s√©vit en Europe de 1347 √† 1349. En Alsace et ailleurs, les Juifs sont accus√©s d'avoir empoisonn√© les puits. √Ä Strasbourg, en f√©vrier 1349, les Juifs sont jet√©s au b√Ľcher[53] et √† la m√™me √©poque, les Juifs de Colmar sont aussi br√Ľl√©s vifs au lieu-dit Judenloch (la fosse aux Juifs)[54], nom encore port√© par un chemin communal de Colmar.

M√™me si, apr√®s les √©meutes, les Juifs survivants qui ont trouv√© refuge dans les campagnes alentour peuvent revenir en ville, ces √©v√©nements marquent la transformation du juda√Įsme alsacien qui devient rural pour les cinq si√®cles suivants.

Voir article détaillé Histoire des Juifs en Alsace

Le rappel de 1360

En 1349, le Dauphin√© rejoint le royaume de France. Selon les termes du trait√© de Romans, le roi de France doit respecter les ¬ę institutions et les usages du pays ¬Ľ et donc les Juifs n'en sont pas expuls√©s[46].

En 1356, le roi le France Jean le Bon est fait prisonnier √† la bataille de Poitiers par les Anglais qui exigent une ran√ßon de 3 millions d'√©cus d'or pour le lib√©rer. Le dauphin Charles voulant renflouer tant soit peu les finances royales, a alors l'id√©e de n√©gocier le retour pour vingt ans des Juifs dans le royaume moyennant, bien s√Ľr, quelques taxes : ¬ę une taxe d‚Äôentr√©e de quatorze florins par chef de famille et d‚Äôun florin pour chaque membre, et, de plus, sept florins par on et par feu et un florin pour chaque membre de la famille ¬Ľ[55]. Mais en fait, les conditions n√©gogi√©es par le dauphin ne sont pas d√©favorables aux Juifs et le roi Jean II, plus hostile aux Juifs que son fils, r√©instaure le port de la rouelle[56]. En tout √©tat de cause, il semble bien que tr√®s peu de Juifs aient tenu √† revenir dans le royaume, vu les droits √©lev√©s demand√©s.

L'expulsion finale de 1394 - bilan de plus d'un millénaire de présence juive en France

Charles V le Sage prot√©ge les Juifs tout le long de son r√®gne et prolonge leur droit de s√©jour. Son successeur en 1380 est Charles VI le Fol beaucoup plus influen√ßable. Sous le pr√©texte du retour au juda√Įsme d'un Juif converti au christianisme, il signe le 17 septembre 1394 l'arr√™t interdisant aux Juifs de s√©journer dans le royaume. Plus lib√©ral que son a√Įeul Philippe le Bel, il leur permet de r√©aliser leurs cr√©ances et de vendre leurs biens puis les fait prot√©ger le long de leur trajet jusqu'aux fronti√®res du royaume[55] durant l'hiver 1395[46].

Carte des rues des Juifs en France
France location map-Regions and departements.svg
Alençon
Alet-les-Bains
Apt
Avignon
Bagnols-sur-Cèze
Beaupréau
Bernis (Gard)
Béziers
Bué
Cangey
Carpentras
Ch√Ęlons-en-Champagne
Chambéry
Changé
Ch√Ęteauneuf-de-Gadagne
Ch√Ęteauneuf-du-Rh√īne
Ch√Ętillon-sur-Seine
Courgains
Crémieu
Donzère
Draguignan
√Čpernay
√Čtampes
Fanjeaux
La Flèche
Fréjus
Grazay
Guérande
La Haie-Fouassière
L'Isle-sur-la-Sorgue
Istres
Le Croisic
Lignières-la-Carelle
Lignol-Le-Ch√Ęteau
Lorgues
Lourmarin
Lyon
Malaucène
Le Mans
Marigny-le-Ch√Ętel
Marvejols
Le Mesnil-Aubert
Merlieux-et-Fouquerolles
Montaigu (Vendée)
Montélimar
Montmirail (Marne)
Mortagne-sur-Sèvre
Nantes
Nice
Niort
Nyons
Parthenay
Pélissanne
Pernes-les-Fontaines
La Perrière (Orne)
Pézenas
Pignans
Le Pin-en-Mauges
Pontlevoy
Richebourg
Riez
Robion
Saint-Fulgent-des-Ormes
Saint-Georges-du-Bois (Maine-et-Loire)
Saint-Gilles (Gard)
Saint-Herblain
Saint-Paul-Trois-Ch√Ęteaux
Sancerre
Sens
Sézanne
Valensole
Vienne (Isère)
Vitry-en-Perthois
Agen
Argentan
Argoules
Arnaville
Arquèves
Argentan
Arnaville
Augny
Aumale
Aups
Authumes
Autrécourt-sur-Aire
Bacqueville-en-Caux
Barembach
Baigneux-les-Juifs
Baugé
Baume-les-Dames
Bavay
Bazoches-sur-Vesles
Behonne
Beaufort-en-Vallée
Bergheim
Berlaimont
Bermonville
Bernaville
Billy-sous-Mangiennes
Blevaincourt
Blois
Bogny-sur-Meuse
Boncourt-sur-Meuse
Boulay-Moselle
Bourges
Bouxwiller (Bas-Rhin)
Boncourt-sur-Meuse
Boulay-Moselle
Bourges
Bouxwiller (Bas-Rhin)
Brezolles
Brie-Comte-Robert
Brognon (Ardennes)
Brumath
Bruy√®res-le-Ch√Ętel
Buchy (Seine-Maritime)
Bugnicourt
Buis-les-Baronnies
Buxy
Caen
Cambrai
Castilly (Hamel aux Juifs)
Cerisy-la-Salle
Chablis (Yonne)
Chaillon
Ch√Ęlons-en-Champagne
La Chapelle-Gaceline
Charny-sur-Meuse
Chartres
Chevillon (Haute-Marne)
Chuisnes
Cires-lès-Mello
Clermont-Ferrand
Commercy
Corny-Machéroménil
Coullemont
Courtenay (Loiret)
Cousolre
Crasville
Darnétal
Daubeuf-la-Campagne
Dompierre-sur-Helpe
Douai
Drachenbronn-Birlenbach
Dury (Somme)
√Čcardenville-la-Campagne
√Čchenoz-la-M√©line
√Čpernon
Estrun
√Čtr√©aupont
√Čtrepy
Fenétrange
Ferreux-Quincey
Flavy-le-Martel
Florent-en-Argonne
La Folie
Fontaine-Guérin
Fraillicourt
Francourville
Fresnois-la-Montagne
Froeningen
Gaillefontaine
Gauville (Somme)
Gennes (Maine-et-Loire)
Gerstheim
Gespunsart
Giverny
Gondrecourt-le-Ch√Ęteau
Gonnelieu
Gorron
Gourdon (Lot)
Granville
Gray
Hagenbach
Hannogne-Saint-Rémy
Haute-Amance
Hautmont
Havrincourt
Honnecourt-sur-Escaut
Huppy
Ingersheim
Jeanménil
Joigny
Joigny-sur-Meuse
Kingersheim
Krautergersheim
Laferté-sur-Aube
Lagnieu
Joigny
Joigny-sur-Meuse
Kingersheim
Krautergersheim
Laferté-sur-Aube
Lafresguimont-Saint-Martin
Lagnieu
Lametz
Landifay-et-Bertaignemont
Landouzy-la-Ville
Lays-sur-le-Doubs
Ligny-le-Ch√Ętel
Lingolsheim
Livry-sur-Seine
Marigny-le-Ch√Ętel
Maroilles (Nord)
Marolles-sous-Lignières
Marseille (traverse du cimetière des Juifs)
Matougues
Maulévrier
Mécrun
Merlieux-et-Fouquerolles
Mervent
Mézangers
Mignières
Milly-la-Forêt
Mommenheim
Montcenis
Montebourg
Monthermé
Montmartin-sur-Mer
Montmorency-Beaufort
Montreuil (Pas-de-Calais)
Montreuil-l'Argillé
Moyen
Mulhouse
Mutzig
Mussy-sur-Seine
Nettancourt
Neuillé-Pont-Pierre
La Neuville-au-Pont
Niedermodern
Niedervisse
Nogent-le-Roi (rue du pont aux Juifs)
Noyal-Muzillac
Nyoiseau
Obernai
Orléans
Pagny-la-Ville
Palinges
Péronne
Péroy-les-Gombries
Pertuis (Vaucluse)
Pierregot
Pissotte
Plainfaing
Plomion
Poix-du-Nord
Pompierre-sur-Doubs
Pont-Hébert
Préaux
Prisces
Provins
Quiévy
Quincampoix
Reguisheim
Remilly-sur-Lozon
Résigny
Ribeauvillé
Richwiller
Riquewihr
Rouen
Rougemont (C√īte-d'Or)
Rue (Somme)
Ry
Sablé-sur-Sarthe
Sains-Richaumont
Saint-Blimont
Saint-Denis-d'Anjou
Saint-Denis-de-l'H√ītel
Saint-Dié-des-Vosges
Saint-Florentin (Yonne)
Saint-Genix-sur-Guiers
Saint-Gondon
Saint-Lambert-des-Levées (rue juive)
Saint-Laurent-Nouan
Saint-Martin-d'Ablois
Saint-Maurice-sur-Aveyron
Saint-Pierre-de-Bailleul
Saint-R√©my (C√īte-d'Or)
Sainte-Marguerite-sur-Mer
Sarre-Union
Sarrey
Schalbach
Schirrhoffen
Schweighouse-sur-Moder
Schwenheim
Senaide
Senonches
Seppois-le-Bas
Sommevoire
Soppe-le-Bas
Soufflenheim
Senaide
Seppois-le-Bas
Sommevoire
Soppe-le-Bas
Soufflenheim
Souvigny
Strasbourg
Suèvres
Tarascon
Théméricourt
Thenelles
Thièvres (Pas-de-Calais)
Le Titre
Trannes
Valmy
Varennes-en-Argonne
Vaudrey
Vauvert
Vaux-lès-Rubigny
Vecqueville
Velet
Vertrieu
Vertus
Villebon (Eure-et-Loir)
Volmunster
Le Vrétot
Walschbronn
Westhoffen
Wissembourg
Bellegarde (Loiret)
Bourges
Grussenheim
Ingwiller
Méré (Yonne)
Pont-de-Veyle
La Réole
Rouffach
Schwindratzheim
Bordeaux (rue juda√Įque)
Lavaur (rue Joux-Aygues)
Metz (En Rue)
Remiremont (chemin des Israélites)
Toulouse (rue Joutx-Aigues)

Point carte.svg indique l'utilisation du terme juif
City locator 3.svg indique l'utilisation du terme juiverie
City locator 8.svg indique l'utilisation d'un autre terme désignant les Juifs

Que reste-t-il des quatorze si√®cles de pr√©sence des Juifs en France ? Peu de choses sur le plan mat√©riel : un b√Ętiment juif sous le palais de justice de Rouen[57],[58], une maison qui fut une synagogue au XIIIe si√®cle √† Rouffach[59], un mikveh de la m√™me √©poque √† Strasbourg (au 19 de la rue des Juifs) et des st√®les juives visibles notamment au mus√©e de Cluny √† Paris[60]. Dans plus de 300 villes ou villages de France, on trouve aussi une rue de la Juiverie ou une rue des Juifs ou m√™me une impasse des Juifs, mais jamais d'avenue des Juifs. L'article Juiverie √©num√®re ces villes et villages qui rappellent l'implantation de cette France juive rurale qui fut supprim√©e par les expulsions successives du XIVe si√®cle, √† l'exception des communaut√©s d'Alsace et du Comtat-Venaissin. Cette implantation des Juifs au Moyen √āge est figur√©e sur la carte ci-contre o√Ļ chacun des points repr√©sente une rue de la juiverie ou une rue ou un lieu-dit des Juifs. On y rep√®re les communaut√©s alsaciennes et proven√ßales ainsi qu'une implantation significative dans toute la France du nord particuli√®rement en Champagne ou en Normandie mais √† l'exception de la Bretagne.

Sur le plan spirituel, le patrimoine est incommensurable gr√Ęce √† Rachi dont les commentaires du Talmud ainsi que ceux de ses continuateurs de l'√©cole des Tossafistes font encore aujourd'hui eux-m√™mes l'objet de multiples commentaires. Quant √† la science profane, elle a beaucoup profit√© des m√©decins juifs install√©s √† Montpellier ou Lunel avec les Tibbonides particuli√®rement qui traduisirent les trait√©s de m√©decine antique ou arabe.

Ces derniers si√®cles du Moyen √āge nous ont aussi laiss√© toutes les bases de l'antis√©mitisme chr√©tien qui se fonde sur le mythe du peuple d√©icide et sur tous ces poncifs √† l'origine de tant de crimes envers les Juifs : profanation d'hostie, meurtre rituel, empoisonnement des puits, usure... On en voit encore une repr√©sentation √† Strasbourg avec la statue reproduite plus haut ou √† la coll√©giale Saint-Martin de Colmar o√Ļ une gargouille montre une truie allaitant ses porcelets et des Juifs. Il faudra le pape Jean XXIII et le concile Vatican II puis Jean-Paul II pour mettre fin √† ce que Jules Isaac appelle ¬ę l'enseignement du m√©pris ¬Ľ.

La vie sociale des Juifs au Moyen √āge

Jusqu'au XIIIe si√®cle, les Juifs sont bien ins√©r√©s dans le tissu social fran√ßais. Leur habit ne porte pas de signe distinctif, sauf en Alsace o√Ļ les Juifs portent papillottes et chapeau pointu. Leur parler est celui de la population environnnante comme l'attestent quelques traductions connues de textes de pri√®re. Mais leurs noms sont bibliques alors que cet usage s'estompe chez les chr√©tiens. Les expulsions devenant le lot des Juifs √† partir du XIIe si√®cle, ils ajoutent de plus en plus souvent leur ville d'origine √† leur nom[46].

On constate tr√®s t√īt en France l'habitude des Juifs de se rassembler dans des quartiers sp√©cifiques, ce qui leur facilite la vie synagogale, l'√©ducation des enfants et le respect de la cacheroute, avec l'abattage rituel. D√®s le IXe si√®cle, un tel quartier existe √† Vienne. Mais quelques si√®cles plus tard, ce qui √©tait une volont√© des Juifs devient une obligation et en 1294, les Juifs de Paris doivent s'√©tablir dans quatre rues. Cette pratique se g√©n√©ralise (l√† o√Ļ il reste des Juifs) particuli√®rement en Provence au XIVe si√®cle.

Les Juifs disposent de nombreuses synagogues, souvent plusieurs par ville comme en témoignent les ventes aux enchères suite à l'expulsion de 1306[46]. L'école élémentaire pouvait être gratuite comme le montre des actes notariés de 1407 à Arles. Quant aux écoles juives, Benjamin de Tudèle en cite de nombreuses dans le sud de la France, à Narbonne, Montpellier ou Marseille et il faut encore rappeler les activités des Tossaphistes.

Au haut Moyen √āge, les Juifs ne paraissent pas conna√ģtre de limitations dans leur vie professionnelle. On a vu que Charlemagne a employ√© des Juifs dans certaines de ses ambassades, jusqu'au XIIe si√®cle, beaucoup sont vignerons. Mais √† partir de cette √©poque, les nombreuses restrictions ne laissent gu√®re d'autres activit√©s aux Juifs que le commerce, le cr√©dit et la m√©decine.

Le crédit et le commerce

Faisant suite au quasi-monopole du commerce international d√©tenu au haut Moyen √āge par les Radhanites, √©voqu√©s plus haut, le cr√©dit devient au bas Moyen √āge l'une des activit√©s courantes des Juifs, puisque le pr√™t √† int√©r√™t est indispensable √† toute entreprise et interdit aux chr√©tiens. Les emprunteurs sont aussi bien les riches que les humbles. Depuis Philippe-Auguste, il est tr√®s r√©glement√© par la loi qui peut fixer des taux allant jusqu'√† 46 %[46]. Cependant, le pr√™t n'est souvent qu'une activit√© parmi d'autres, comme le montrent les livres de comptes de la maison H√©liot de Vesoul : au d√©but du XIVe si√®cle, cette famille fait cr√©dit aux pauvres, pour des pr√™ts de quelques sols, comme aux riches pour plusieurs centaines de livres, mais sa fortune provient surtout du commerce au gros ou au d√©tail de diverses denr√©es et de tissus. Les H√©liot s'associaient par ailleurs √† des chr√©tiens pour transporter les marchandises ou les vins de leurs vignes[9].

La médecine

Si les Juifs ne sont pas à l'origine de la fondation de la faculté de médecine de Montpellier, comme certains ont pu le dire, les médecins juifs sont nombreux particulièrement dans le sud de la France. On a vu la contribution des Tibbonides à la connaissance des médecines arabe et antique. À Paris, en 1292, on compte 4 Juifs sur 37 médecins et plus surprenant à Manosque il y a aussi 4 médecins juifs. Ces médecins soignent Juifs et chrétiens. Les conciles d'Avignon de 1337 et 1341 restreignent cette pratique en imposant des émoluments deux fois inférieurs aux médecins juifs qu'aux chrétiens[46].

De 1394 à la Révolution française

Le royaume de France ne devrait alors plus compter de Juifs mais l'√©dit de 1394 √©pargne les Juifs du Dauphin√© r√©cemment annex√©. Hors du royaume, des communaut√©s sont toujours pr√©sentes sur le territoire de la France actuelle en Alsace puis en Lorraine, en Savoie, en Provence et dans le Comtat-Venaissin. Ces communaut√©s soumises √† des r√©gimes l√©gaux diff√©rents les uns des autres vont conna√ģtre des destins s√©par√©s pendant les quatre si√®cles qui vont mener √† la R√©volution.

Taxations et départ des Juifs du Dauphiné

En 1349, le trait√© de Romans par lequel le Dauphin√© est rattach√© √† la France stipule express√©ment qu'ils ne doit pas y avoir de changement dans le gouvernement des Juifs. √Ä ce titre, les Juifs du Dauphin√© ne sont pas expuls√©s en 1394. Mais le dauphin Louis, futur Louis XI, les accuse d'usure excessive et de trahison et les condamne √† une lourde amende[61]. Puis en 1441, les Juifs de Cr√©mieu furent soumis √† une nouvelle taxation[62]. Ces taxations successives incitent les Juifs √† quitter d√©finitivement cette province. Une partie √©migre vers le proche Comtat-Venaissin, donnant le nom de sa ville d'origine √† la famille Cr√©mieux du Comtat, celle d'Adolphe Cr√©mieux qui jouera au XIXe si√®cle un grand r√īle dans l'histoire des Juifs de France et d'Alg√©rie. Cr√©mieu en est d√©peupl√©, et malgr√© un ultime effort de Louis pour les rappeler[63], les Juifs ne reviennent pas dans le Dauphin√©. Les conversions sont aussi nombreuses. Nicolas Chorier √©crit au XVIIe si√®cle : ¬ę Plusieurs familles qui sont aujourd'hui dans l'√©l√©vation doivent reconno√ģtre de ces convertis pour leurs tiges. Celles qui pour tout t√ģtre n'ont que les noms propres de quelques Saints auroient peine √† √©tablir une autre origine; les Iuifs qui recevoient le baptesme laissant √† leur post√©rit√© le nom du patron qui leur avait √©t√© choisi dans le Ciel pour les prot√©ger sur la terre. ¬Ľ[64]

Persécution et émigration des Juifs de Savoie

La Savoie ne fait pas partie du royaume. Elle ne sera annex√©e qu'au XIXe si√®cle. L√†, au XVe si√®cle, les pers√©cutions sont d'origine religieuse et viennent plus particuli√®rement de Juifs convertis comme l'inquisiteur Ponce Feugerons. Dans les ann√©es 1460, les Juifs poursuivis pour avortements, meurtres, pratique de la magie et injures contre le duc de Savoie ne sont condamn√©s qu'√† une √©norme amende. √Ä partir de l√†, on ne trouve plus trace de Juifs dans l'histoire savoyarde[46], sauf √† Chamb√©ry o√Ļ une petite communaut√© aurait exist√© jusqu'au XVIIIe si√®cle.

A Nice qui appartenait √† la Savoie et qui fut rattach√©e √† la France √† la m√™me √©poque que celle-ci, une communaut√© juive subsiste comme en beaucoup de villes italiennes. En 1733, les Juifs doivent r√©sider dans le ghetto (223 personnes en 1736)[65]. Celui-ci est rappel√© par la rue Beno√ģt Bunico (en ni√ßard, Carriera de la juderia) du nom du d√©put√© ni√ßois au parlement de Turin (1848-1850) qui fit abolir en 1848 l'obligation (d√©j√† non respect√©e depuis l'occupation de Nice par les Fran√ßais sous la R√©volution et l'Empire) de r√©sidence pour les Juifs dans le ghetto[66].

La Provence et le Comtat-Venaissin

En 1394, la Provence appartient √† la maison d'Anjou et cette situation se prolonge jusqu'en 1481 quand par le jeu des successions, le roi de France Louis XI peut la rattacher au domaine royal. Les pers√©cutions des ann√©es 1460 en Savoie se produisent aussi dans tout le sud-est de la France, par exemple des √©meutes anti-juives en 1456 √† Cavaillon, en 1459 √† Carpentras, en 1471 √† Avignon, en 1484 √† Tarascon et √† Arles[46]. Pourtant lors de l'annexion de la Provence, Louis XI a express√©ment confirm√© les privil√®ges (c'est-√†-dire le droit de s√©jour) des Juifs proven√ßaux. Comme toujours, les d√©sordres antijuifs sont imput√©s aux Juifs et les villes demandent leur d√©part alors m√™me que les Juifs proven√ßaux essaient d'assister leurs coreligionnaires expuls√©s d'Espagne en 1492. Finalement, l'ordre d'expulsion est confirm√© par Louis XII le 31 juillet 1501[67]. De nombreux Juifs pr√©f√®rent le bapt√™me √† l'exil mais une nouvelle taxe de 6 000 livres touche en 1512 122 chefs de famille dans 16 localit√©s. Ces nouveaux chr√©tiens sont discrimin√©s pendant pr√®s de 3 si√®cles. Ainsi, en 1627, le po√®te Malherbe parle de ceux qui ont tu√© son fils Marc-Antoine comme des ¬ę fils de ces bourreaux qui T'ont crucifi√© ¬Ľ. En 1778, un √©dit royal prescrit de ne plus faire de diff√©rences entre nobles proven√ßaux, fussent-ils d'origine juive ou mahom√©tane[67].

Le Comtat-Venaissin reste donc le plus proche endroit o√Ļ les Juifs peuvent se r√©fugier en quittant la Provence. Mais d√®s la fin du XVIe si√®cle, ils sont confin√©s dans les 4 carri√®res d'Avignon, de l'Isle-sur-la-Sorgue, de Carpentras et de Cavaillon. Ils ne sont gu√®re nombreux : 500 environ √† Avignon et Carpentras vers l'an 1600[68]. Quant √† la carri√®re de l'Isle-sur-la-Sorgue, elle √©tait √©tablie dans une impasse sur 2 500 m√®tres carr√©s. Dans ces carri√®res, les maisons atteignaient 4 √† 5 √©tages pour gagner un peu de place.

Toutefois, au XVIIIe si√®cle, quelques Juifs re√ßoivent le droit de circuler et de commercer dans le royaume de France. Ce n'est qu'en 1776 que ces mesures sont g√©n√©ralis√©es par des lettres patentes de Louis XVI autorisant les Juifs portugais (voir paragraphe Le sud-ouest de la France) et les Juifs du Pape √† commercer √† condition de se faire immatriculer aupr√®s des juges locaux [65]. L'am√©lioration de leur situation permet aux Juifs de Carpentras d'am√©nager une belle salle de pri√®re qui constitue aujourd'hui la plus vieille synagogue de France en service.

Voir article détaillé Juifs Comtadins

Les Juifs à Metz et en Lorraine

Voir article détaillé Histoire des Juifs en Lorraine

Les rois de France changent de politique envers les Juifs en Lorraine. Apr√®s l'annexion, en 1552, des Trois-√Čv√™ch√©s, Metz, Toul et Verdun, une forte garnison de plusieurs milliers d'hommes est install√©e √† Metz et les autorit√©s fran√ßaises permettent de s'installer √† quatre Juifs et leurs familles[69]. Ce nombre augmentera peu √† peu malgr√© l'opposition des notables locaux et en 1637, la communaut√© se monte √† 373 personnes. Cette population juive est confin√©e dans le ghetto aux hautes maisons et aux ruelles √©troites sans air[67] contre la politique des notables locaux. La synagogue est construite en 1618.

En 1648, le trait√© de Westphalie fait d√©finitivement passer les Trois √Čv√™ch√©s dans le royaume de France mais l'√©dit d'expulsion de 1394 n'y est pas appliqu√©. Le 25 septembre 1657, Louis XIV, accompagn√© de son fr√®re, est le premier souverain fran√ßais √† visiter une synagogue, celle de Metz[70] lors de la f√™te de Souccot.

Malgr√© la lourde ¬ę taxe Brancas ¬Ľ, institu√©e pour prot√©ger les Juifs contre les exactions et pay√©e jusqu'√† la R√©volution, la communaut√© juive de Metz se d√©veloppe au XVIIIe si√®cle, m√™me si la vie y reste extr√™mement r√®glement√©e et soumise √† la bienveillance ou √† l'arbitraire des pouvoirs locaux et royaux. C'est environ 400 m√©nages qui y vivent √† la veille de la R√©volution. Les r√īles de la taxe Brancas montrent aussi que des Juifs sont √©tablis dans une trentaine de villages de l'√©v√™ch√© de Metz.

√Ä Nancy, dans le duch√© de Lorraine encore ind√©pendant les Juifs sont officiellement accept√©s √† partir de 1721 et deviennent sujets du roi de France lors de l'annexion de la Lorraine en 1766 √† la mort de StanisŇāaw LeszczyŇĄski. On peut estimer √† 500 le nombre de familles juives √©tablies en Lorraine en 1789.

Les Juifs sont administr√©s par les rabbins pour tout ce qui rel√®ve de la religion et par des syndics pour la police, l'administration et la lev√©e de l'imp√īt. Le prestige des grands-rabbins de Metz est consid√©rable dans le monde ashk√©naze et leur choix est soumis √† l'approbation du roi qui jamais ne la refuse. L'enseignement des enfants est obligatoire depuis 1689 toute la journ√©e pour les enfants de moins de 14 ans, une heure par jour au moins entre 14 et 18 ans. Quant √† l'√©cole talmudique ou yechiva, elle est aussi tr√®s renomm√©e. C'est dans cette √©cole que sont form√©s les rabbins fran√ßais jusqu'au Second Empire et son transfert √† Paris [71].

Sauf √† Metz o√Ļ il existe une synagogue, les offices religieux ont le plus souvent lieu chez des particuliers. Mais vers la fin du XVIIIe si√®cle, on construit les synagogues de Phalsbourg, de Lun√©ville et de Nancy, ces deux derni√®res √©tant toujours d√©di√©es au culte.

Les syndics sont √©lus par les contribuables de la communaut√© par une suffrage √† trois degr√©s. Ils sont charg√©s de l'imp√īt qu'ils versent au pouvoir. Mais ils doivent aussi assurer les d√©penses de la communaut√© et notamment les frais de proc√®s et les ¬ę cadeaux ¬Ľ pour les visites royales ou princi√®res, les √©trennes, etc... L'imp√īt est per√ßu au prorata de la fortune des contribuables. Il existe aussi des taxes sur la viande ou sur les dots. Mais cela ne suffit pas et en 1789 la dette de la communaut√© est telle qu'elle en assumera le remboursement jusqu'en 1854[71].

Les Juifs alsaciens

Voir article détaillé Histoire des Juifs en Alsace

Jusqu'√† l'annexion de l'Alsace par la France en 1648, les Juifs alsaciens partagent le sort commun des Juifs d'Empire, c'est-√†-dire qu'ils d√©pendent en fait des pouvoirs locaux, tr√®s morcel√©s en Alsace. Les Juifs sont interdits de s√©jour dans les villes comme Strasbourg et Colmar o√Ļ la bourgeoisie commer√ßante craint leur pr√©sence. Ils sont tol√©r√©s dans les campagnes o√Ļ ils sont seuls √† pouvoir pr√™ter de l'argent mais ils n'ont pas le droit d'y poss√©der de la terre.

L'annexion par la France ne change pas grand-chose m√™me si on peut consid√©rer comme un progr√®s que le pouvoir royal n'expulse pas les Juifs. Ils sont toujours soumis au ¬ę Leibzoll ¬Ľ (p√©age corporel) qui n'est aboli que gr√Ęce √† l'obstination de Cerf Berr en 1784. De fa√ßon g√©n√©rale, le pouvoir royal a tent√© d'unifier le statut des Juifs et en cela a lentement am√©lior√© la condition des Juifs alsaciens en leur √©vitant tant soit peu l'arbitraire des autorit√©s locales.

Les Juifs portugais du sud-ouest de la France

Voir article détaillé Histoire des Juifs dits Portugais

De l'expulsion des Juifs d'Espagne à la publication des lettres patentes de 1723

L'expulsion des Juifs d'Espagne provoque l'exil de milliers de Juifs. Ceux qui choisissent le Portugal sont de nouveau expuls√©s en 1496 par le roi du Portugal. On appellera alors Juifs portugais tous les Juifs de la p√©ninsule ib√©rique qui vont √©migrer vers le nord, souvent la Hollande ou l'Angleterre ou m√™me l'Am√©rique. Certains choisissent la France et s'√©tablissent dans le sud-ouest tout en cachant leur juda√Įsme. En 1550, le roi Henri II leur accorde des lettres patentes sous le nom de ¬ę Nouveaux Chr√©tiens ¬Ľ. En 1600 est organis√©e la communaut√© de Labastide-Clairence puis ce sont celles de Peyrehorade, de Saint-Esprit dans les faubourgs de Bayonne et enfin de Bordeaux.

En 1685, la r√©vocation de l'√Čdit de Nantes expulse les protestants de France et entra√ģne un d√©clin √©conomique. Le gouvernement r√©agit rapidement et √©dicte que la France est ouverte √† tous les √©trangers de quelque religion que ce soit sous r√©serve de ne pas c√©l√©brer de culte public. De plus en plus, les intendants ferment les yeux sur la pratique du juda√Įsme de fa√ßon √† faciliter les... rentr√©es fiscales. Aussi, d√®s le d√©but du XVIIIe si√®cle, l'usage des mariages et des enterrements catholiques se perd-il.

En 1723, les Portugais obtiennent en 1723 moyennant une taxe de cent dix mille livres, de nouvelles lettres patentes concernant ¬ę les Juifs desdites g√©n√©ralit√©s [Bordeaux et Auch] connus et √©tablis en notre royaume sous les titres de Portugais, autrement Nouveaux Chr√©tiens... ¬Ľ. Officiellement et l√©galement, 230 ans apr√®s l'expulsion des Juifs d'Espagne, les marranes de France sont reconnus comme Juifs[72].

Les Juifs portugais forment alors la communauté juive la plus florissante du royaume. Les exploitations agricoles sont limitées aux vignes produisant le vin cacher. L'industrie et surtout la transformation des denrées coloniales sont la spécialité juive. Les Gradis sont spécialisés dans le sucre, les Dacosta dans le chocolat qui a été introduit en France par les Juifs de Bayonne[73],[74]. D'autres sont médecins notamment à Labastide-Clairence.

De 1723 à la Révolution

À Bordeaux, le commerce de gros international est l'affaire des Juifs. Leurs activités incluent la course, la banque, l'armement des vaisseaux, les assurances et le fret pour les colonies d'Amérique et particulièrement le Canada encore français.

A la veille de la R√©volution, 2 400 Juifs habitent Bordeaux, moins qu'√† Saint-Esprit mais ils sont beaucoup plus infuents. P√©reire junior est re√ßu en 1774 √† l'Acad√©mie des Arts de Bordeaux.

A la m√™me √©poque, les Juifs restent interdits √† Bayonne et doivent s√©journer √† Saint-Esprit o√Ļ la communaut√© d√©cline. Elle avait atteint 3 500 personnes en 1750 mais ne compte plus que 2 500 personnes en 1785, soit tout de m√™me la moiti√© de la population de Saint-Esprit. Quant aux communaut√©s de Labastide-Clairence et Peyrehorade, elles sont r√©duites √† la portion congrue.

Les Juifs aux Antilles françaises

Il faut aussi dire un mot de la situation des Juifs aux Antilles françaises, à savoir à la Guadeloupe et à la Martinique.

Un certain nombre de Juifs hollandais avaient √©migr√© √† Pernambouc au Br√©sil sous domination hollandaise de 1630 √† 1654[75] et durent quitter ce pays quand les Portugais en reprirent le contr√īle et y r√©tablirent l'Inquisition. Certains s'√©tablissent aux Antilles fran√ßaises et il est dit que la capitale de la Guadeloupe, Pointe-√†-Pitre, doit son nom √† un Juif hollandais, appel√© Peter ou Pitre selon la transcription en fran√ßais, qui s'y √©tablit pour fonder un commerce de poisson. Toutefois, les Juifs quittent les Antilles fran√ßaises avec la publication par le pouvoir royal du Code Noir en 1685, dont le premier article enjoint ¬ę √† tous nos officiers de chasser de nos dites √ģles tous les Juifs qui y ont √©tabli leur r√©sidence, auxquels, comme aux ennemis d√©clar√©s du nom chr√©tien, nous commandons d'en sortir dans trois mois √† compter du jour de la publication des pr√©sentes ¬Ľ.

Au XVIIIe si√®cle, des Juifs se r√©tablissent √† la Martinique o√Ļ ils ne sont que tol√©r√©s jusqu'√† la R√©volution. Ils sont souvent les correspondants commerciaux des entrepreneurs bordelais comme la famille Gradis[76].

Les Juifs pendant la Révolution et sous Napoléon

Quand √©clate la R√©volution fran√ßaise, il n'y a pas de plus de 50 000 Juifs dans le royaume. Pr√®s de la moiti√© vivent en Alsace o√Ļ les intendants les d√©crivent comme ¬ę pauvres ¬Ľ. Ils sont victimes de nombreuses discriminations fiscales et dans les droits de r√©sidence et de propri√©t√©. Ils sont aussi en butte √† l'hostilit√© des populations qui les environnent car une de leurs principales activit√©s est le pr√™t sur gages. Les Juifs de Lorraine ont vu leur situation s'am√©liorer au XVIIIe si√®cle et les synagogues de Lun√©ville et de Nancy t√©moignent encore aujourd'hui de la r√©cente am√©lioration de leur condition. De m√™me, les Juifs du Comtat-Venaissin sont de moins en moins confin√©s entre les murs des carri√®res. Quant aux Juifs bordelais, ils b√©n√©ficient de toutes les libert√©s des sujets du roi. Ils participent √† la vie communale et votent pour les √Čtats G√©n√©raux et viennent d'obtenir le droit de se d√©placer librement et de r√©sider √† Paris[77].

La R√©volution fran√ßaise va marquer une transformation capitale de la situation des Juifs de France. Mais cette transformation a √©t√© permise gr√Ęce √† une lente √©volution des id√©es.

Le chemin vers l'émancipation des Juifs

La condition des Juifs s'√©tait d√©j√† fortement am√©lior√©e dans les Provinces-Unies depuis la fin du XVIe si√®cle et en Angleterre depuis la fin du XVIIe si√®cle. mais c'est surtout gr√Ęce aux progr√®s de la philosophie des Lumi√®res que l'opinion prit conscience de l'absurdit√© de la condition faite aux Juifs, m√™me si Voltaire √©crit dans l‚Äôarticle ¬ę Tol√©rance ¬Ľ du Dictionnaire philosophique : ¬ę C'est √† regret que je parle des Juifs: cette nation est, √† bien des √©gards, la plus d√©testable qui ait jamais souill√© la terre ¬Ľ. L'approche est toute diff√©rente dans l'article ¬ę Juif ¬Ľ de l'Encyclop√©die de D'Alembert et Diderot[78] dont nous reprenons le d√©but ci-dessous:

Encyclopedie.Juifs.jpg

Si l'image du juda√Įsme est assez flatteuse, si les pers√©cutions sont reconnues, on ne manque pas de remarquer qu'il subsiste des pr√©jug√©s quant au nombre de Juifs lorsqu'on lit : ¬ę les prodigieux essaims de [Juifs] qui pullulent en Orient, √† la Chine ¬Ľ. De m√™me, le vocabulaire choisi montre encore un grand m√©pris pour les Juifs.

Chez les Juifs eux-m√™mes, les Lumi√®res donnent naissance en Allemagne √† la Haskalah, la conception du juda√Įsme que d√©veloppe Mo√Įse Mendelssohn. La conjonction de ces 2 mouvements externe et interne au juda√Įsme va pr√©cipiter les √©v√©nements. Deux personnalit√©s qui joueront un r√īle de premier plan durant la premi√®re partie de la R√©volution, Mirabeau et l'abb√© Gr√©goire publient en 1787 des textes fondamentaux [79].

Mirabeau a voyag√© en Allemagne et appr√©cie l'Ňďuvre de Mendelssohn qu'il fait conna√ģtre dans son ouvrage ¬ę Sur Moses Mendelssohn, sur la r√©forme politique des Juifs ¬Ľ[80]. Il y d√©plore que le ¬ę pr√™t d'argent dont ler profit est tr√®s conforme √† l'√©quit√© naturelle ¬Ľ soit devenu ¬ę gr√Ęce √† de mauvaises lois... l'unique moyen de subsister des Juifs ¬Ľ. De fa√ßon tr√®s moderne, il √©voque la diversit√© sans oublier les musulmans chiites ou sunnites : ¬ę Que le chr√©tien et le circoncis, soit juif, soit musulman, sectateur d'Ali ou d'Omar de Socin ou de Calvin s'√©cartent les uns des autres, le grand et noble emploi du gouvernenment consiste √† faire en sorte que chacune de ces divisions tourne au profit de la grande soci√©t√© ¬Ľ[77].

Quant √† l'abb√© Gr√©goire, il publie son ¬ę Essai sur la r√©g√©n√©ration physique, morale et politique des Juifs ¬Ľ[81] en r√©ponse √† un concours organis√© par la Soci√©t√© royale des Sciences et des Arts de Metz qui le prime en 1788 et dont la question √©tait : Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux en France ? Dans cet essai o√Ļ il reconna√ģt certes certaines vertus aux Juifs, il les estime toutefois d√©g√©n√©r√©s comme le sugg√®re le titre. Mais, surtout comme Mirabeau, il d√©plore les lois qui les s√©parent des autres nations et peut √©crire : ¬ę Les Juifs seront soumis √† la jurisprudence effective des nations chez lesquelles ils r√©sident et l'on se dispensera de r√©diger pour eux des coutumes particuli√®res comme on l'a fait √† Metz. ¬Ľ

Sur le plan politique, le principe de tol√©rance va progresser √† l'√©poque de Louis XVI avec quelques √©tapes cl√©s comme l'√Čdit de tol√©rance de Joseph II d'Autriche (1781) qui accorde la libert√© de culte aux Protestants comme aux Juifs, la suppression du p√©age corporel en Alsace (1784) et l'√Čdit de tol√©rance de Louis XVI (1787), publi√© sous l'influence de Malesherbes, qui accorde l'√©tat-civil aux non-catholiques de France. Mais plusieurs parlements, √† l'exemple de celui de Metz, y ajoutent une clause qui exclut les Juifs[79]. Il faut aussi rappeler que les Juifs b√©n√©ficient de l'√©galit√© des droits aux √Čtats-Unis dont l'ind√©pendance a √©t√© soutenue par le gouvernement fran√ßais.

La convocation aux √Čtats g√©n√©raux et les cahiers de dol√©ances

La d√©signation des d√©l√©gu√©s aux √Čtats g√©n√©raux convoqu√©s par Louis XVI donna lieu √† des √©lections complexes dans toute la France. Les Juifs y particip√®rent comme les autres sujets du roi √† Bordeaux et √† Bayonne. Mais ailleurs, en Alsace et en Lorraine, ainsi qu'√† Paris ce droit leur fut d√©ni√©. Cerf Berr s'adressa √† Necker et obtint au moment de l'ouverture des √Čtats g√©n√©raux le droit pour les Juifs de l'est de d√©signer des d√©l√©gu√©s, au nombre de 6 qui arriv√®rent √† Paris et transmirent des cahiers de dol√©ances le 31 ao√Ľt 1789, apr√®s le vote de la D√©claration des droits de l'homme. Parmi les d√©l√©gu√©s, on trouve le rabbin David Sintzheim qui allait √™tre sous l'Empire le premier grand-rabbin de France[77],[82].

Ces cahiers de dol√©ances juifs demandent naturellement l'application du droit commun aux Juifs et la suppression des imp√īts sp√©ciaux auxquels ils sont soumis comme la taxe Brancas √† Metz. Quant aux cahiers de dol√©ances des chr√©tiens, ils mentionnent parfois les Juifs pour se plaindre de l'usure qu'ils pratiquent ou pour limiter leur droit au mariage. Il y a aussi quelques cahiers plus en avance sur leur √©poque comme celui de la noblesse de Troyes pour remarquer que ¬ę la diff√©rence des opinions en mati√®re religieuse ne doit pas d√©sunir les citoyens ¬Ľ et demander que les ¬ę √Čtats g√©n√©raux s'occupent de donner √† la loi en faveur des non-catholiques toute l'extension qu'ils jugeront convenable ¬Ľ.

√Čmancipation au d√©but de la R√©volution

Dans le m√™me temps, la R√©volution fran√ßaise s'√©tend. La chute de la Bastille est le signal de d√©sordres partout dans le pays. Les √©meutiers s'en prennent aux ch√Ęteaux pour y br√Ľler les titres seigneuriaux. Ces troubles, connus sous le nom de la Grande Peur prennent une tournure anti-juive en Alsace. Dans certains districts, les paysans attaquent les demeures des Juifs, qui trouvent refuge √† B√Ęle. L'abb√© Henri Gr√©goire relate ces faits durant la s√©ance du 3 ao√Ľt de l'Assembl√©e nationale et demande la compl√®te √©mancipation des Juifs. L'Assembl√©e nationale partage l'indignation du pr√©lat mais ne prend pas de d√©cision quant √† l'√©mancipation. Elle est intimid√©e par des d√©put√©s antijuifs d'Alsace, en particulier Rewbell, qui d√©clare que le d√©cret qui accorderait aux Juifs les droits de citoyens serait le signal de leur destruction en Alsace. √Ä la demande de Th√©odore Cerf Berr, repr√©sentant des Juifs d'Alsace et fils de Cerf Berr, l'Assembl√©e accordera toutefois la protection des pouvoirs publics aux Juifs dans sa s√©ance du 28 septembre. Le 14 octobre 1789, Berr Isaac Berr s'adresse √† l'Assembl√©e nationale et pr√©sente les revendications des Juifs.

Les 21, 22, 23 et 24 d√©cembre 1789, la question juive, avec celle des protestants, des com√©diens et des ex√©cuteurs des hautes Ňďuvres, est √† nouveau d√©battue √† l'Assembl√©e durant la discussion sur l'admission de tous les citoyens au service public sans distinction de croyance. Mirabeau, l'abb√© Gr√©goire, Robespierre ("Rendons-les au bonheur, √† la patrie, √† la vertu, en leur rendant la dignit√© d'hommes et de citoyens ; songeons qu'il ne peut jamais √™tre politique, quoi qu'on dise, de condamner √† l'avilissement et √† l'oppression une multitude d'hommes qui vivent au milieu de nous."), Duport, Barnave et le comte de Clermont Tonnerre mettent en Ňďuvre toute leur √©loquence pour faire d√©cider l'√©mancipation[83],[84]. Ce dernier prononce alors les propos qui caract√©risent l'assimilation des Juifs en France pendant les si√®cles suivants : ¬ę Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus. Il faut qu'ils ne fassent dans l'Etat ni un corps politique ni un ordre. Il faut qu'ils soient individuellement citoyens. ¬Ľ Mais les d√©sordres r√©p√©t√©s en Alsace et la forte opposition des d√©put√©s de cette province et du clerg√©, comme La Fare, √©v√™que de Nancy, l'abb√© Maury(droite monarchiste), et d'autres, entra√ģnent un ajournement de la d√©cision[85]. Seuls les Juifs portugais et avignonnais, qui avaient depuis 1787 joui de tous les droits civils comme Fran√ßais naturalis√©s, sont d√©clar√©s citoyens √† part enti√®re par une majorit√© de 150 voix (28 janvier 1790). Cette victoire partielle insuffle un nouvel espoir chez les Juifs de Lorraine et d'Alsace, qui font d'encore plus grands efforts dans la lutte pour la libert√©. Ils s'appuy√®rent sur l'√©loquent avocat Godard, dont l'influence dans les cercles r√©volutionnaires √©tait consid√©rable. √Ä travers ses efforts, les gardes nationaux et les diverses sections se prononcent en faveur des Juifs, et l'abb√© Mulot est envoy√© par la Commune de Paris pour plaider leur cause devant l'Assembl√©e nationale. Malheureusement, les affaires graves qui occupent l'Assembl√©e, l'agitation prolong√©e en Alsace et les passions du parti cl√©rical emp√™chent le succ√®s de l'action des Juifs et de leurs amis. Mais la question juive revient √† l'ordre du jour et le 20 juillet 1790, la taxe Brancas est abolie.

Le 18 janvier 1791, une nouvelle tentative est faite en faveur de l‚Äô√©mancipation compl√®te des Juifs. Le prince de Broglie s‚Äôy montre d√©favorable : ¬ę Toute cette intrigue, dit-il, est ourdie depuis longtemps par quatre ou cinq Juifs puissants, √©tablis dans le d√©partement du Bas-Rhin. Un d‚Äôentre eux (Cerf Berr), qui a acquis une fortune immense aux d√©pens de l‚Äô√Čtat, r√©pand depuis longtemps des sommes consid√©rables dans cette capitale pour s‚Äôy faire des protecteurs et des appuis. ¬Ľ Ces insinuations ont le r√©sultat d√©sir√© : la question juive subit un nouvel ajournement[83].

Quelques jours avant la dissolution de l'Assembl√©e nationale (27 septembre 1791), le d√©put√© Adrien Duport, membre du Club des Jacobins, monte contre toute attente √† la tribune et d√©clare : ¬ę Je crois que la libert√© de culte ne permet aucune distinction dans les droits politiques des citoyens en raison de leur croyance. La question de l'existence politique [des Juifs] a √©t√© ajourn√©e. Cependant, les Turcs, les Musulmans, les hommes de toutes les sectes, sont admis √† jouir en France des droits politiques. Je demande que l‚Äôajournement soit r√©voqu√© et qu‚Äôen cons√©quence il soit d√©cr√©t√© que les Juifs jouiront en France des droits de citoyen actif. ¬Ľ Cette proposition est accept√©e avec de forts applaudissements. Rewbell essaye, cependant, de s'opposer √† la motion, mais il fut interrompu par Regnault de Saint-Jean, pr√©sident de l'Assembl√©e, qui ¬ę demande que l‚Äôon rappelle √† l‚Äôordre tous ceux qui parleront contre cette proposition, car c‚Äôest la Constitution elle-m√™me qu‚Äôils combattront ¬Ľ. L‚ÄôAssembl√©e vota alors, sans autre discussion, la motion de Duport, et le lendemain elle adopta d√©finitivement la r√©daction de la loi. Deux jours plus lard, l‚ÄôAssembl√©e nationale se s√©para, et, le 13 novembre, Louis XVI ratifia la loi d√©clarant les Juifs citoyens fran√ßais[86].

Cet article devrait s'arr√™ter √† ce d√©cret pour √™tre suivi d'une histoire du juda√Įsme en France si comme le voulaient l'abb√© Gr√©goire ou le comte de Clermont-Tonnerre, les Juifs s'√©taient compl√®tement fondus dans la nation. L'histoire ne leur a pas permis cela, leur int√©gration ne fut pas un long chemin tranquille et si la France moderne a souvent √©t√© une terre d'asile pour les Juifs, l'antis√©mitisme s'y est parfois r√©v√©l√© de fa√ßon larv√©e ou dramatique.

Pendant la Terreur

Le juda√Įsme comme les autres religions doit subir l'hostilit√© du pouvoir en place. √Ä Bordeaux, les riches commer√ßants juifs sont lourdement tax√©s comme leurs confr√®res chr√©tiens. En Alsace, les Juifs sont victimes de discriminations qui rappellent l'√©poque d'avant la R√©volution. Des synagogues sont pill√©es[77]. L'histoire de Reisel S√©e de Bergheim sauvant par son t√©moignage courageux son p√®re victime de l'arbitraire d'un commissaire r√©volutionnaire est embl√©matique des vertus familiales et patriotiques dont les Juifs de France se veulent porteurs durant les si√®cles suivants[87],[88],[89].

Les Juifs de France sous le Consulat et l'Empire

Article d√©taill√© : Napol√©on et les Juifs.

Bonaparte ne sait pas grand-chose des Juifs quand il prend le pouvoir, m√™me si en tant que g√©n√©ral en chef de l'arm√©e d'Italie, il a √©mancip√© les Juifs des ghettos de Venise et d'Anc√īne. Il est possible aussi que pendant la campagne d'√Čgypte, lors du si√®ge de Saint-Jean-d'Acre, il ait eu l'intention d'inviter "les Juifs d'Afrique et d'Asie" √† restaurer le royaume de J√©rusalem[90],[91].

Sous le Consulat, les préfets nouvellement institués sont chargés de rapporter l'état de l'opinion dans leur département et évoquent le sort des Juifs. C'est en Lorraine et en Alsace que les rapports sont les plus détaillés. Il en ressort que les Juifs sont généralement pauvres et suscitent une certaine hostilité dans la population liée à leurs activités mercantiles, alors que toute autre carrière leur est toujours fermée de facto[77].

L'organisation du culte catholique est fix√©e en 1801 gr√Ęce au Concordat et celle du culte protestant par les Articles Organiques du 18 germinal an X. Les Juifs peuvent attendre. Ceci satisfait les Juifs bordelais bien int√©gr√©s mais en Alsace des d√©sordres apparaissent. Des synagogues dissidentes sont cr√©√©es et surtout le pr√™t √† int√©r√™t suscite de multiples conflits. Certains dans l'entourage de Napol√©on tels Bonald ou Louis-Mathieu Mol√© pr√īnent carr√©ment des mesures d'exception contre les Juifs, alors que les lib√©raux demandent seulement l'application de la loi existante. Finalement, le 30 mai 1806, un d√©cret du Conseil d'√Čtat convoque une ¬ę Assembl√©e des Notables ¬Ľ juifs choisis par les pr√©fets.

L'Assemblée des Notables et le grand Sanhédrin

Les 111 membres viennent de tout l'Empire et du royaume d'Italie. La premi√®re s√©ance se tient le 26 juillet 1806 pr√®s de l'h√ītel de ville de Paris. Parmi les notables ainsi assembl√©s, on trouve des rabbins tels David Sintzheim d√©j√† pr√©sent aux √Čtats g√©n√©raux ou Cologna de Mantoue et des la√Įcs comme le banquier bordelais Abraham Furtado qui en est le pr√©sident ou le lorrain Berr Isaac-Berr. On peut aussi citer Hirsch Bloch, cultivateur √† Diebolsheim, anc√™tre de l'auteur de ces lignes[92]. Le gouvernement avait d√©l√©gu√© trois commissaires Mol√©, Portalis fils et Pasquier. Ils adress√®rent 12 questions √† l'assembl√©e mais seule la question sur les mariages mixtes est d√©licate mais la r√©ponse en para√ģt assez naturelle : ¬ę Les rabbins ne seraient pas plus dispos√©s √† b√©nir les mariages d'une chr√©tienne avec un Juif ou d'une Juive avec un chr√©tien que les pr√™tres catholiques ne consentiraient √† b√©nir de pareilles unions ¬Ľ[93].

Les réponses sont satisfaisantes mais Napoléon décide, on ne sait sous quelle influence, de les faire sanctionner par une assemblée plus représentative du point de vue religieux. Aussi fait-il convoquer un grand Sanhédrin formé de 71 membres comme autrefois à Jérusalem. Le rabbin David Sintzheim en est le président. Le Sanhédrin ne siège qu'un mois du 9 février au 9 mars 1807 pour ratifier solennellement les réponses de l'Assemblée des notables. Cette dernière se sépare le 6 avril 1807 sans avoir pu définir l'organisation du culte. C'est le gouvernement qui tranche[91].

Les décrets de 1808

Le 17 mars 1808, l'Empereur promulgue trois d√©crets. Les deux premiers concernent l'organisation du culte et les institutions qu'ils ont √©tablies sont toujours pr√©sentes. Le troisi√®me, connu sous le nom de ¬ę d√©cret inf√Ęme ¬Ľ, r√©tablit des discrminations dignes de l'ancien r√©gime.

La création des Consistoires

Napol√©on place l'administration du culte isra√©lite sous la responsabilit√© d'un Consistoire central relay√© par des Consistoires r√©gionaux dans les d√©partments o√Ļ se trouvent plus de 2 000 fid√®les[94]. Les sept consistoires r√©gionaux sont √† l'origine situ√©s √† Paris, Marseille, Bordeaux, Metz, Nancy, Strasbourg et Wintzenheim. Les Consistoires sont compos√©s de la√Įcs qui nomment les rabbins et administrent le culte. Le Consistoire central est install√© officiellement le 10 novembre 1808 par le pr√©fet de la Seine. Les premiers grands-rabbins du Consistoire Central sont David Sintzheim de Bischheim, Segr√© et Cologna tous deux italiens de Verceil et de Mantoue. Les la√Įcs sont Jacob Lazard et Baruch Cerfberr, le fils de Cerf Berr.

Cette organisation centralis√©e et hi√©rarchique va √† l'encontre de la tradition juive o√Ļ les communaut√©s s'administrent elles-m√™mes sans r√©f√©rence √† un pouvoir central. Elle fut toutefois accept√©e par les Juifs de France et fut longtemps l'interlocuteur unique de la communaut√© juive aupr√®s des autorit√©s. D'une part, elle pr√©serva l'unit√© du juda√Įsme fran√ßais mais d'autre part, elle freina l'essor de mouvements d√©fendant un juda√Įsme plus lib√©ral ou plus orthodoxe.

Le ¬ę d√©cret inf√Ęme ¬Ľ

Alors qu'en septembre 1807, le cr√©dit avait √©t√© r√©glement√© et les taux d'int√©r√™t limit√©s √† 5 %, Napol√©on prend un d√©cret carr√©ment discriminatoire envers les Juifs et particuli√®rement les Juifs alsaciens[95]. Ce 17 mars 1808, il pr√©voit toute une s√©rie de cas arbitraires pouvant entra√ģner l'annulation des cr√©ances et ordonne aux commer√ßants juifs de se faire d√©livrer par les pr√©fets une patente annuelle et r√©vocable. De plus, les Juifs doivent satisfaire en personne √† la conscription et n'ont plus la possibilit√© de payer un rempla√ßant comme les autres citoyens. Enfin, les Juifs n'ont plus le droit d'immigrer en Alsace. Ce d√©cret ne s'applique pas aux Juifs de Bordeaux, de la Gironde et des Landes ¬ę n'ayant donn√© lieu √† aucune plainte, et ne se livrant pas √† un trafic illicite ¬Ľ. Il n'est valable que pour 10 ans.

Ce décret suscite évidemment une vive émotion et les Juifs de Paris et de Bayonne parviennent aussi à en être exemptés. Mais surtout, il appauvrit considérablement les Juifs[96].

La régularisation de l'état-civil des Juifs

Le 20 juillet 1808, Napoléon promulgue le décret de Bayonne qui instaure l'obligation du nom de famille pour les Juifs. Si la plupart en avait déjà un, certains maintenaient encore la tradition de s'appeler untel fils d'untel, en utilisant seulement des noms bibliques[97].

P√©rennit√© de l'Ňďuvre de la R√©volution et de l'Empire

La chute de Napol√©on n'entra√ģne pas de cons√©quences importantes pour les Juifs de France. Les lois et d√©crets de la R√©volution et de l'Empire restent en vigueur. Il n'en va pas de m√™me dans beaucoup d'autres pays europ√©ens o√Ļ la r√©action va ramener les Juifs √† leur condition ant√©rieure. On peut √† ce propos se reporter √† cette page de l'Univers Isra√©lite de 1851, soit 36 ans apr√®s Waterloo.

Sous la Restauration et la monarchie de Juillet

La Restauration n'apporte donc pas de changement dans le statut des Juifs et en 1818 le d√©cret inf√Ęme de 1808 n'est pas renouvel√© malgr√© les plaintes des conseils g√©n√©raux alsaciens. Ne reste plus alors dans le droit fran√ßais qu'une seule mesure tant soit peu vexatoire pour les Juifs, le Serment more juda√Įco. Les t√©moins et pr√©venus juifs devaient en effet pr√™ter serment hors du pr√©toire, √† la synagogue, avec le talith sur les √©paules et les t√©filines sur le front et au bras. En 1839, Lazare Isidor, rabbin de Phalsbourg, s'oppose √† ce mode de serment discriminatoire, ce qui lui vaut un proc√®s o√Ļ il est d√©fendu par Adolphe Cr√©mieux. Puis, en 1846, Adolphe Cr√©mieux obtient l'abolition du serment par la Cour de cassation[98].

Mais un √©v√©nement plus fondateur avait eu lieu plus t√īt pendant le r√®gne de Louis-Philippe. Il s'agit de la loi sur le financement du culte, suite logique de la nouvelle constitution qui avait √©tabli que le catholicisme √©tait la religion de la majorit√© des Fran√ßais et non plus la religion d'√©tat. Sous Charles X, en 1829, il avait d√©j√† √©t√© d√©cid√© d'√©tablir une √©cole rabbinique consistoriale √† Metz, ce statut officialisant la yechiva qui existait depuis de nombreuses ann√©es[99]. Et le 1er f√©vrier 1831, un projet de loi rapport√© par Augustin Perier est adopt√© qui stipule : ¬ę √Ä compter du 1er janvier 1831, les ministres du culte isra√©lite recevront des traitements du Tr√©sor public ¬Ľ. La loi du 8 f√©vrier 1831 pr√©cise l'√©galit√© des ministres du culte des diff√©rentes religions[100].

Il faut se rendre compte du caract√®re exceptionnel de cette loi, qui pourtant ne fait qu'√©tablir l'√©galit√© entre les 3 cultes catholique, protestant et juif. Les Juifs sont alors en France moins de cent mille et leurs rabbins sont des fonctionnaires pay√©s par l'√Čtat. Cette situation peut-√™tre unique au monde va permettre un d√©veloppement remarquable de la communaut√© juive au XIXe si√®cle si√®cle et la construction de nombreuses synagogues. C'est l'√©poque o√Ļ les Juifs d'Allemagne et d'Europe centrale peuvent dire: ¬ę Heureux comme Dieu en France ¬Ľ. L'historien Joseph Salvador [101] (1796-1873) se fait le th√©oricien de ce "franco-juda√Įsme".

Les Juifs sous la Seconde République et le Second Empire

Synagogue de la Victoire. Photo publi√©e au d√©but du XXe si√®cle dans la Jewish Encyclopedia

La r√©volution de 1848 donne lieu √† quelques violences antijuives en Alsace vite r√©prim√©es, qui sont les derniers soubresauts de l'anti-juda√Įsme en Alsace.

Les synagogues se r√©pandent l√† o√Ļ existent des communaut√©s juives anciennes ou nouvelles. Les synagogues de Lyon et de Marseille sont construites vers 1864, la grande synagogue de Paris, rue de la Victoire est √©difi√©e √† partir de 1867. Les Juifs sont reconnaissants au gouvernement de leur avoir apport√© la paix et l'√©galit√© des droits. Chaque chabbat matin est dite la pri√®re pour l'Empereur (maintenant la pri√®re pour la R√©publique fran√ßaise).

L'ascension sociale de nombreuses familles juives se traduit par une forte √©migration des Juifs de leur habitat traditionnel vers les grandes villes. Les Juifs alsaciens commencent √† quitter les bourgs pour Strasbourg. Les petites villes du Comtat Venaissin voit dispara√ģtre ou beaucoup diminuer leur population juive au profit de Marseille, de m√™me, les populations juives du sud-ouest √©migrent vers les grandes villes comme Bordeaux. Et toutes les communaut√©s voient se produire une forte √©migration vers Paris.

L'√©galit√© juridique entra√ģne l'assimilation de nombreux Juifs qui peuvent oublier en peu de g√©n√©rations toute pratique du juda√Įsme. Elle permet aussi √† quelques-uns d'entre eux d'atteindre une pleine r√©ussite sociale aussi bien dans la banque avec les P√©reire et les Rothschild, que dans la politique avec Adolphe Cr√©mieux et Achille Fould ou que dans les arts avec Rachel, Offenbach ou Waldteufel.

Les Juifs de France peuvent aussi se préoccuper maintenant de leurs coreligionnaires moins favorisés. Ils vont se tourner vers les Juifs de l'empire colonial français naissant en Algérie et plus généralement vers ceux du bassin méditerranéen.

Vers l'intégration des Juifs d'Algérie

Leur premi√®re pr√©occupation fut de travailler √† l'am√©lioration du sort des Juifs de l'Alg√©rie r√©cemment conquise qui vivaient dans une mis√®re mat√©rielle et morale en proie √† de nobreuses vexations li√©es √† leur statut de dhimmis. Sous le r√®gne de Louis-Philippe et gr√Ęce √† l'implication d'Adolphe Cr√©mieux et de Max Th√©odore Cerf-Berr, le gouvernement cr√©e 3 Consistoires √† Alger, Oran et Constantine, qui sont rattach√©s au Consistoire Central de France en 1862. Parall√®lement, Cr√©mieux milite pour l'octroi de la nationalit√© fran√ßaise √† tous les Alg√©riens, musulmans et juifs, auquel s'opposent colons et militaires fran√ßais. Ce n'est qu'√† son retour au gouvernement apr√®s la chute de Napol√©on III qu'il obtiendra le 24 octobre 1870 un d√©cret sign√© de Gambetta qui fait des Juifs alg√©riens des citoyens fran√ßais. Les Juifs y perdaient leur statut civil (ce que n'auraient pas accept√© les musulmans) et y gagnaient la citoyennet√©, le droit √† l'√©ducation et le droit de vote et ... l'obligation de faire leur service militaire. Ils allaient s'int√©grer √† la soci√©t√© fran√ßaise malgr√© l'hostilit√© de certains colons.

La création de l'Alliance Israélite Universelle

Article d√©taill√© : Alliance isra√©lite universelle.

En 1860, suite à l'affaire Mortara, est créée l'Alliance Israélite Universelle. Les fondateurs en sont des notables juifs dont l'avocat Adolphe Crémieux qui apporte à cette Société le concours de son éloquence et l’appui de sa fermeté et de son courage.

Le but de l‚ÄôAlliance isra√©lite universelle fut nettement indiqu√©, d√®s l‚Äôorigine, dans l‚Äôexpos√© qui accompagnait le premier appel : ¬ę D√©fendre l‚Äôhonneur du nom isra√©lite toutes les fois qu‚Äôil est attaqu√© ; encourager par tous les moyens l‚Äôexercice des professions laborieuses et utiles ;... travailler, par la puissance de la persuasion et par l‚Äôinfluence morale qu‚Äôil lui sera permis d‚Äôexercer, √† l‚Äô√©mancipation de nos fr√®res qui g√©missent encore sous le poids d‚Äôune l√©gislation exceptionnelle ¬Ľ. Avec ses √©coles qui donnent une √©ducation juive et profane, l'Alliance Isra√©lite Universelle donnera pendant plus d'un si√®cle une culture juive et fran√ßaise √† des milliers de jeunes Juifs surtout du bassin m√©diterran√©en et du Moyen-Orient.

Libéraux, conservateurs et orthodoxes

Le juda√Įsme fran√ßais n'a pas connu les luttes de doctrine qu'on a vues en Allemagne o√Ļ les Juifs √©taient beaucoup plus nombreux et les points de vue plus tranch√©s. Les lib√©raux s'organisent autour de Samuel Cahen, traducteur et √©diteur d'une bible bilingue fran√ßais-h√©breu. Il fonde en 1840 les ¬ę Archives Isra√©lites ¬Ľ ou avec quelques autres, il encourage la r√©forme de la liturgie pour permettre √† la synagogue de rivaliser avec l'√Čglise. Il pr√©conise le remplacement des longs textes en h√©breu tels les piyoutim par des pri√®res ou des pr√©dications en fran√ßais ainsi que l'introduction de l'orgue et des chŇďurs dans les offices synagogaux et en 1856, les grands-rabbins acceptent effectivement la r√©duction des pyoutim, la pr√©dication en fran√ßais et l'orgue.

Les rabbins, eux, sont en général conservateurs c'est-à-dire qu'ils sont partisans de solutions moyennes de conciliation.

Les orthodoxes manquent de leaders reconnus en France. Ils se regroupent derri√®re Simon Bloch, fondateur de ¬ę l'Univers isra√©lite ¬Ľ. Le grand-rabbin de Colmar, Salomon Klein, compte aussi parmi eux et √©crit √† propos de ces r√©solutions de 1856 : ¬ę Repoussez le culte √©tranger et anti-isra√©lite qu'on voudra vous imposer √† la place du culte de nos p√®res, du culte de notre conscience,(...) du culte de notre salut √©ternel! ¬Ľ. Mais, sous l'impulsion du grand-rabbin de France Ullmann et du pr√©sident du Consistoire central, les passions s'apaisent peu √† peu[102]. √Ä ce propos, il faut constater que l'origine jacobine de l'organisation consistoriale a rendu beaucoup moins virulent qu'en Allemagne ou aux √Čtats-Unis le d√©bat entre les diff√©rents courants du juda√Įsme.

Article d√©taill√© : Courants du juda√Įsme.

Sous la IIIe République

Selon le recensement de 1866, la France compte 90 000 Juifs (soit environ le double de ce qu'ils √©taient au d√©but du si√®cle) dont 36 000 en Alsace[103]. La perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine est une catastrophe pour le juda√Įsme fran√ßais puisque le recensement de 1872 ne compte plus que 49 000 Juifs. Toutefois, beaucoup des Juifs d'Alsace et de Lorraine (15 000 ou pr√®s de 40 %), tr√®s reconnaissants √† la France de leur avoir apport√© libert√© et √©galit√© des droits vont choisir de quitter l'Alsace ou la Lorraine allemandes et d'√©migrer vers la France. Les estimations du Consistoire indiquent 60 000 Juifs en France en 1882 et 71 000 en 1897. Ces estimations sont peut-√™tre sous-√©valu√©es car des familles partiellement d√©juda√Įs√©es n'avaient plus de contact avec le Consistoire et que les nouveaux immigrants fuyant les pers√©cutions d'Europe orientale ne se d√©claraient pas n√©cessairement au Consistoire. Parall√®lement, la population juive l'Alsace et de la Lorraine annex√©e par l'Allemagne d√©croissait de 41 000 √† 32 000 en 1900[104].

La perte de l'Alsace et de la Lorraine accentue l'√©volution du juda√Įsme fran√ßais. Les Juifs de l'est mais aussi ceux des autres r√©gions abandonn√®rent les petits bourgs pour les grandes villes et Paris en m√™me temps qu'ils abandonnaient leurs activit√©s traditionnelles comme le colportage en Alsace pour devenir des commer√ßants bien √©tablis ou pour exercer des professions lib√©rales. La pratique de la religion diminuait et parmi les Juifs c√©l√®bres de l'√©poque particuli√®rement dans la finance, rares √©taient les familles comme les Rothschild qui pratiquaient le juda√ģsme et contribuaient √† l'√©dification et √† l'entretien de ses √©coles et synagogues.

C'est pourtant √† cette √©poque o√Ļ les Juifs croient trouver en la France une nouvelle terre promise qu'ils doivent faire face dans ce pays √† une nouvelle vague d'antis√©mitisme.

Développement de l'antisémitisme

Adolphe Willette candidat antisémite aux élections législatives de 1889.

L'antis√©mitisme se distingue de l'antijuda√Įsme en ce sens qu'il se fonde sur l'hostilit√© non √† la religion juive mais √† la suppos√©e race juive. Si Wagner avait justifi√© son hostilit√© aux Juifs et particuli√®rement √† Meyerbeer sur de pseudo th√©ories raciales, c'est un journaliste allemand, Wilhelm Marr, qui invente le concept d'antis√©mitisme vers 1878.

En France, le krach de l'Union G√©n√©rale fond√©e par un ancien employ√© des Rothschild, semble √™tre un des facteurs d√©clenchants de la vague d'antis√©mitisme. En 1886, Edouard Drumont publie La France Juive, un pamphlet dont Fran√ßois Delpech peut dire[105]: ¬ę La premi√®re partie ... est une longue divagation sur l'opposition Aryen-S√©mite. Les quatre parties suivantes sont un recueil de ragots sur les Juifs de France... ¬Ľ. En 1890, La Croix se proclame le journal catholique le plus anti-juif de France. En 1892, Drumont lance un journal antis√©mite, la Libre Parole qui n'a gu√®re de succ√®s.

C'est alors qu'éclate l'affaire Dreyfus.

L'affaire Dreyfus et ses conséquences

Article d√©taill√© : Affaire Dreyfus.

Nous ne rappellerons ici qu'en quelques lignes l'histoire de cette erreur judiciaire qui divisa la France. En 1894, Alfred Dreyfus officier d'état-major juif est faussement accusé de haute-trahison et condamné par un conseil de guerre à une dégradation humiliante et à la déportation perpétuelle. Il est déporté en Guyane. Seuls, ses très proches sont alors persuadés de son innocence dont les preuves ne sont rassemblées qu'en 1896. Le vrai coupable, le commandant Esterhazy est alors identifié. Malgré cela et les nombreux soutiens, dont ceux de Zola et de Clemenceau, qu'obtient Dreyfus, la révision du procès à Rennes en 1899 n'amène qu'une condamnation atténuée. Dreyfus est gracié par le président de la République mais il faut attendre 1906 pour qu'Alfred Dreyfus soit pleinement réhabilité par la Cour de Cassation.

√Ä l'occasion de cette trop longue affaire, les Juifs de France ont d√©couvert le nouveau visage de l'antis√©mitisme. La presse et la foule d√©chain√©e ont prof√©r√© les pires slogans antis√©mites qui ont conduit le journaliste viennois Th√©odore Herzl √† √©crire le texte consid√©r√© comme fondateur du sionisme, ¬ę l'√©tat des Juifs ¬Ľ (Der Judenstaat). Des √©meutes antis√©mites eurent m√™me lieu lors du proc√®s de Zola et lors du proc√®s de Rennes en 1899. La m√™me ann√©e, Drumont, l'auteur de la France juive, est √©lu d√©put√© d'Alger et Max R√©gis emporte la mairie d'Alger √† la t√™te d'une liste antis√©mite. Mais le 26 juillet 1906, apr√®s la r√©habilitation de Dreyfus, les Archives isra√©lites √©crivent : ¬ę Quoi qu'il en soit, l'affaire Dreyfus est finie pour les Isra√©lites et sa conclusion nous en ferait encore plus aimer, s'il √©tait possible, notre cher pays ¬Ľ[106]. Et pourtant, en 1908, Dreyfus est encore victime de l'antis√©mitisme quand il est bless√© dans un attentat lors du transfert des cendres de Zola au Panth√©on. Son agresseur est acquitt√© lors du proc√®s qui s'ensuit.

Les Juifs ne sont pas lev√©s en masse pour d√©fendre Dreyfus. L√©on Blum peut √©crire dans ses souvenirs : ¬ę Le sentiment dominant se traduisait par une formule comme celle-ci : C'est quelque chose dont les Juifs ne doivent pas se m√™ler.[107] ¬Ľ. Les institutions juives ne sont gu√®re impliqu√©es dans l'Affaire et seul le grand-rabbin de France Zadoc Kahn protesta. Mais quelques Juifs soutinrent Dreyfus. Il faut surtout citer Bernard Lazare dont la brochure Une erreur judiciaire. La v√©rit√© sur l'Affaire Dreyfus parue en 1896 eut un grand retentissement et Joseph Reinach.

√Ä plus long terme, les Juifs ont plut√īt port√© leur sympathie vers la gauche qui avait d√©fendu Dreyfus, tels Cl√©menceau, Zola et Jaur√®s. La droite, au contraire, proche de l'arm√©e et des milieux cl√©ricaux dont le journal √©tait la Croix, repr√©sentait l'opposition aux Juifs. Ce clivage allait longtemps marquer les opinions de la communaut√© juive fran√ßaise, ce qui peut sembler paradoxal quand on se rappelle les √©crits sur les Juifs de certains des penseurs de la gauche tels Karl Marx ou Proudhon.

Les Juifs de France et le sionisme

Si l'affaire Dreyfus inspire √† Herzl son livre l'√©tat des Juifs, les Juifs fran√ßais ne sont pas rest√©s absents du d√©veloppement du sionisme. D√®s 1870, l'Alliance Isra√©lite Universelle, sous l'impulsion de Charles Netter et avec le financement d'Edmond de Rothschild cr√©e l'√©cole d'agriculture de Mikv√©-Isra√ęl, aujourd'hui encore coll√®ge-lyc√©e franco-isra√©lien. Ce dernier va s'engager r√©solument dans la cr√©ation d'√©tablissements juifs en Palestine en achetant des terres cultivables et en finan√ßant les premi√®res fermes. C'est ainsi que naissent les villes de Rishon LeZion aujourd'hui proche de Tel-Aviv et de Zihron Yaakov sur le mont Carmel.

Ce r√īle fondamental jou√© par Edmond de Rothschild (dont les cendres furent transf√©r√©es en Isra√ęl √† Zihron Yaakov par le gouvernement isra√©lien en 1954) ne doit pas faire oublier l'indiff√©rence du juda√Įsme fran√ßais d'alors au sionisme. Seul le grand rabbin de France, Zadoc Kahn, envoie un message de sympathie au premier congr√®s sioniste.

Immigration d'Europe centrale et orientale

Article d√©taill√© : Histoire de l'immigration en France.

Malgr√© l'affaire Dreyfus, la France reste tr√®s attractive pour les Juifs d'Europe centrale et orientale toujours victimes de pers√©cution et de discrimination. Depuis les ann√©es 1880, une vague d'immigrants juifs fuyant les pogroms d'Europe de l'Est arrive en France. Ces immigrants parlent yiddish et sont pour la plupart ouvriers ou artisans. Ils s'√©tablissent souvent dans le quartier du Marais √† Paris, par exemple dans la rue Ferdinand-Duval, l'ancienne rue des Juifs rebaptis√©e en 1900 apr√®s l'affaire Dreyfus[108],[109]. Les rapports avec les Juifs locaux sont tendus : les nouveaux arrivants consid√®rent leurs coreligionnaires comme ¬ę peu juifs, ¬Ľ tandis que ceux-ci voient d'un mauvais Ňďil ces Juifs tellement plus proches qu'eux-m√™mes de l'image n√©e des pr√©jug√©s antis√©mites ; l'inauguration de la synagogue russo-polonaise de la rue Pav√©e en 1914 se fait hors la pr√©sence du Consistoire ou du rabbinat[106].

C'est pourtant du rang de ces immigr√©s que sortent certaines grandes figures, qui vont participer au rayonnement artistique de la France dans le monde : Pascin arrive en France en 1905, Lipchitz et Zadkine en 1909, Chagall en 1910, Soutine en 1912, Man√©-Katz en 1913[106]. Ils sont, avec d'autres immigr√©s comme Modigliani, arriv√© d'Italie en 1906, parmi les membres les plus √©minents, voire fondateurs, de l'√Čcole de Paris.

Cette immigration contribue √† la croissance du nombre de Juifs en France qui sont estim√©s en 1914, √† la veille de la guerre, √† 120 000 dont un tiers d'√©trangers. 30 000 autres vivent en Alsace-Lorraine o√Ļ ils sont souvent rest√©s tr√®s francophiles et 70 000 en Alg√©rie[106].

La première guerre mondiale

Les Juifs de France et d'Alg√©rie sont mobilis√©s durant la premi√®re guerre mondiale o√Ļ 6 500 d'entre eux meurent pour la France[106]. En plus des nationaux mobilis√©s, les Juifs √©trangers sont nombreux √† s'engager pour le pays qui leur avait donn√© asile.

La victoire fran√ßaise permet la r√©int√©gration de l'Alsace-Lorraine au sein de la R√©publique fran√ßaise. 30 000 Juifs retrouvent la nationalit√© fran√ßaise et on estime √† 150 000 la population juive de France √† la fin de la guerre, sans y inclure les Juifs d'Alg√©rie.

L'Entre-deux guerres

Apr√®s la Premi√®re Guerre mondiale, les Juifs fran√ßais pensent enfin avoir atteint le but qu'ils se sont donn√© : ils se sont compl√®tement fondus √† la nation dont ils sont une composante comme les catholiques ou les protestants. Ils ont donn√© leur sang comme eux et ont de hautes positions dans tous les domaines de la soci√©t√©. L'Alsace retrouv√©e donne un nouvel allant √† la communaut√© juive de France. L'Alsace et la Moselle restent sous r√©gime concordataire car la loi de s√©paration de l'√Čglise et de l'√Čtat ne s'y applique pas, ayant √©t√© vot√© en 1905 pendant l'occupation allemande. Les rabbins y sont donc r√©mun√©r√©s par l'√Čtat.

Irène Némirovsky, dont la famille arrive en France après la révolution russe

Durant l'entre-deux guerres, la communaut√© juive de France se transforme rapidement : la r√©volution russe, la recrudescence de l'antis√©mitisme en Europe centrale et orientale, le succ√®s m√™me de l'Alliance Isra√©lite Universelle qui donne une culture fran√ßaise aux Juifs de Gr√®ce ou de Turquie entra√ģnent √† nouveau une forte immigration juive vers la France si bien qu'on estime √† 200 000 le nombre de Juifs en 1930. La mont√©e du nazisme en Allemagne acc√©l√®re ce mouvement et aujourd'hui on √©value √† 300 000 le nombre de Juifs en France √† la veille de la seconde guerre mondiale. Il faut leur ajouter les 110 000 Juifs d'Alg√©rie.

Les Juifs n√©s en France sont donc minoritaires : comme avant la guerre, beaucoup parmi les immigr√©s sont artisans et si certains r√©ussissent vite, la plupart des autres forment un prol√©tariat vivant dans les quartiers est de Paris comme le Marais ou la Bastille. Les immigr√©s ne se reconnaissent toujours pas dans le juda√Įsme consistorial √©loign√© des traditions religieuses d'Europe orientale et les Juifs fran√ßais sont souvent tr√®s r√©ticents envers ces coreligionnaires au fort accent qui demandent souvent leurs secours.

Les Juifs de France occupent une place privil√©gi√©e au cours de cette p√©riode dans la culture, les arts, l'industrie et la politique. Outre les membres juifs de l'√Čcole de Paris, on distingue en litt√©rature Marcel Proust (dont la m√®re est juive), Max Jacob, Henri Bergson, Julien Benda, Tristan Bernard, Andr√© Maurois, Simone Weil ou Ir√®ne N√©mirovsky. Andr√© Citro√ęn, n√© √† Paris de parents juifs immigr√©s r√©volutionne l'industrie automobile avec la Traction. La France est √©galement un des premiers pays o√Ļ un Juif est nomm√© Pr√©sident du Conseil en la personne de L√©on Blum en 1936[110] . Ce dernier est √† ce titre la cible d√©sign√©e des attaques antis√©mites, qui s'est renforc√© parall√®lement √† l'ascension des Juifs, pratiquants, assimil√©s et convertis confondus.

La montée des périls

En 1920 sont publi√©s en France apr√®s l'Allemagne et la Grande-Bretagne les ¬ę Protocoles des Sages de Sion, ¬Ľ pr√©fac√©s par Roger Lambelin. Ce pamphlet a √©t√© forg√© par la police tsariste vers 1905. Malgr√© l'enqu√™te du Times de Londres, qui a conclu √† la supercherie en 1921, ce pamphlet sera r√©√©dit√© √† de multiples reprises et conna√ģtra de nombreuses variantes, dont ¬ę Le P√©ril Juif. ¬Ľ

Si en 1927, Samuel Schwartzbard, qui a assassin√© l'ataman Petliura est acquitt√© par les assises de la Seine, des manifestations antis√©mites accueillent une pi√®ce de Jean Richepin sur l'affaire Dreyfus en 1931 et en 1933, quand le nazisme triomphe en Allemagne, les fr√®res J√©rome et Jean Tharaud peuvent √©crire dans un livre au titre significatif, Quand Isra√ęl n'est plus roi : ¬ę Ce qui √©tonne davantage, c'est que soixante-cinq millions d'Allemands se soient laiss√© dominer de la sorte de la sorte par six cent mille Juifs ¬Ľ[111].

L'affaire Stavisky entra√ģne elle aussi une mont√©e de l'antis√©mitisme qui n'est pas √©tranger √† l'√©meute du 6 f√©vrier 1934, quand les Ligues ne sont pas loin d'entra√ģner la chute du r√©gime r√©publicain.

L'arriv√©e au pouvoir de L√©on Blum d√©clenche les foudres de l'extr√™me droite parlementaire et des ligues qui lui sont affili√©es[112]. Xavier Vallat d√©clare √† la tribune de la Chambre des d√©put√©s : ¬ę Pour la premi√®re fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouvern√© par un Juif[111]¬Ľ.

En 1937, para√ģt Bagatelles pour un massacre de C√©line, o√Ļ l'auteur devient proph√®te dans l'antis√©mitisme : ¬ę Qu'ils cr√®vent, eux, tous d'abord, apr√®s on verra ¬Ľ.

En novembre 1938, l'assassinat d'un conseiller de l'ambassade d'Allemagne à Paris par Herschel Grynszpan fournit un prétexte à Hitler pour déclencher la Nuit de Cristal mais avive l'inquiétude et l'embarras des Juifs de France devant l'afflux d'immigrés juifs d'Europe de l'Est.

Les Juifs de France réagissent faiblement à cette situation. Un comité national de secours aux victimes de l'antisémitisme de l'Allemagne se crée mais est vite dépassé. La communauté est déchirée entre ceux qui veulent garder un profil bas face au nazisme et à l'antisémitisme tel le jeune Edgar Morin[113] et ceux qui appellent à la résistance au nazisme comme Julien Benda.

La Seconde Guerre mondiale

√Ä la d√©claration de guerre, les Juifs fran√ßais sont mobilis√©s comme tous leurs compatriotes et comme en 1914, nombreux sont les Juifs √©trangers qui s'engagent dans les r√©giments de volontaires √©trangers. Si on estime √† 40 000 le nombre de volontaires juifs incorpor√©s, il faut aussi rappeler le sort des Juifs allemands r√©fugi√©s en France et incarc√©r√©s comme ressortissants ennemis[114]... En r√®gle g√©n√©rale, les Juifs sont confiants dans la capacit√© de la France √† les prot√©ger des nazis. Mais un bon nombre de Juifs, surtout parmi ceux de nationalit√© fran√ßaise plus √† l'aise pour se d√©placer dans le pays, vont se r√©fugier en zone non occup√©e d√®s juin 1940.

Le trait√© d'armistice sign√© le 22 juin 1940 entre le repr√©sentant du IIIe Reich allemand et celui du Gouvernement fran√ßais, s'il ne comprend aucune disposition relative aux Juifs, pr√©voit deux clauses qui vont lier leur sort √† la politique antis√©mite de l'Allemagne :

  • L'article 3 pr√©voit que ¬ę Dans les r√©gions occup√©es de la France, le Reich allemand exerce tous les droits de la puissance occupante. Le gouvernement fran√ßais s'engage √† faciliter par tous les moyens les r√©glementations relatives √† l'exercice de ces droits et √† la mise en ex√©cution avec le concours de l'Administration fran√ßaise. ¬Ľ,
  • Les articles 16 et 19 pr√©voient que : ¬ę Le gouvernement fran√ßais proc√©dera au rapatriement de la population dans les territoires occup√©s, d'accord avec les services allemands comp√©tents ; ¬Ľ (il s'agissait de toutes les populations ayant fui les zones de guerre pendant l'Exode), que ¬ę Tous les prisonniers de guerre et prisonniers civils allemands, y compris les pr√©venus et condamn√©s qui ont √©t√© arr√™t√©s et condamn√©s pour des actes commis en faveur du Reich allemand, doivent √™tre remis sans d√©lai aux troupes allemandes. ¬Ľ et ¬ę Le gouvernement fran√ßais est tenu de livrer sur demande tous les ressortissants allemands d√©sign√©s par le gouvernement du Reich et qui se trouvent en France, de m√™me que dans les possessions fran√ßaises, les colonies, les territoires sous protectorat et sous mandat. ¬Ľ.

Les mesures antisémites allemandes et vichystes

De l'Armistice à l'invasion de la Zone libre

Le r√©gime de Vichy prend les premi√®res mesures antijuives, peu apr√®s les autorit√©s allemandes, d√®s l'automne 1940 : le Statut des Juifs du 3 octobre, pr√©par√© par Rapha√ęl Alibert, interdit aux Juifs fran√ßais d'exercer un certain nombre de professions (enseignant, journaliste, avocat, etc..), tandis qu'une loi du 4 octobre 1940 pr√©voit d'enfermer les √©trangers juifs dans des camps d'internement au sud du pays comme celui de Gurs o√Ļ ils sont rejoints par des convois de Juifs d√©port√©s par les Allemands depuis des r√©gions que le IIIe Reich consid√®re comme d√©finitivement annex√©es, comme l'Alsace, la Lorraine et m√™me, pour certains, de Belgique.

Le Commissariat g√©n√©ral aux questions juives cr√©√© par l'administration de l'¬ę √Čtat fran√ßais ¬Ľ en mars 1941 organise la spoliation des biens juifs [115], orchestre la propagande antis√©mite, tandis que les autorit√©s allemandes de la zone occup√©e commencent √† constituer des fichiers qui recensent les Juifs et que le Second statut des Juifs du 2 juin 1941 ach√®ve de syst√©matiser sur l'ensemble du territoire. Ces fichiers, dont le fichier Tulard, secondent l'administration nazie dans sa politique de d√©portation, alors que l'absence de port de l'√©toile jaune, qui n'est pas obligatoire en zone non occup√©e, ne prot√®ge pas les Juifs des grandes rafles.

Pour contr√īler au plus pr√®s la communaut√© juive, les Allemands cr√©ent le 29 novembre 1941 l'Union G√©n√©rale des Isra√©lites de France (UGIF) charg√©e de f√©d√©rer l'ensemble des Ňďuvres juives caritatives. Les Allemands peuvent conna√ģtre ainsi les adresses o√Ļ les Juifs se r√©fugient. Les dirigeants de l'UGIF prennent trop tard la mesure du risque qu'il y a √† dialoguer avec les nazis et disparaissent tels Ren√©-Raoul Lambert et Andr√© Baur en d√©portation[116].

L'arrestation et la d√©portation des Juifs commencent en 1942, ann√©e du d√©part du premier convoi depuis Paris pour Auschwitz-Birkenau le 27 mars. Elles visent √©galement les femmes et les enfants √† compter de la rafle du Vel'd'Hiv des 16 et 17 juillet 1942, au cours de laquelle 13 000 Juifs sont arr√™t√©s par la police fran√ßaise sous les ordres des autorit√©s allemandes. En zone occup√©e, l'administration et la police fran√ßaise sont sous l'autorit√© allemande, appliquent les ordonnances allemandes prises contre les Juifs[117] et livrent en 1942 aux Allemands les Juifs √©trangers des camps d'internement. Elles contribuent √† en envoyer plusieurs dizaines de milliers √† la mort dans les camps d'extermination via le camp de transit de Drancy.

En zone non occup√©e, √† partir d'ao√Ľt 1942, des populations juives √©trang√®res qui avaient √©t√© captur√©es par les Allemands dans divers pays occup√©s par l'Allemagne et rapatri√©es apr√®s l'Armistice dans des camps de r√©fugi√©s du Sud-Ouest de la France, comme celui de Gurs, sont √† nouveau arr√™t√©es et d√©port√©es dans des convois √† destination de la Zone occup√©e, puis des camps d'extermination en Allemagne et en Pologne.

De l'invasion de la Zone libre à la capitulation de l'Allemagne le 8 mai 1945

En novembre 1942 l'ensemble du territoire est sous contr√īle allemand, √† l'exception de la zone d'occupation italienne o√Ļ les Juifs sont plut√īt √©pargn√©s, ceci jusqu'√† la chute du r√©gime de Mussolini et au remplacement des troupes italiennes par les Allemands en septembre 1943.

Il faut rappeler l'action du banquier juif italien Angelo Donati et du Comité d'aide aux réfugiés (Comité Dubouchage) pour sauver les juifs de la déportation par la police française d'accord avec les Allemands entre novembre 1942 et septembre 1943.

Donati réussi à convaincre les autorités d'occupation italienne à protéger les juifs.

Apr√®s la chute de Mussolini il cherche en ao√Ľt 1943 √† organiser le transport de millier de juifs en Afrique du nord avec l'aide du Vatican, de l'Italie et des Alli√©s mais l'annonce de l'armistice le 8 septembre 1943 le fait √©chouer.

Les pouvoirs de Ren√© Bousquet sont √©tendus √† tout le territoire. Les autorit√©s allemandes prennent de plus en plus en charge la traque des Juifs, alors que Vichy doit composer avec une opinion rendue progressivement sensible aux pers√©cutions et que la R√©sistance juive se structure. Cependant, la Milice constitu√©e de Fran√ßais acquis √† l'id√©ologie nationale-socialiste, redouble d'activit√© pour livrer aux Allemands les familles juives dont elles connaissent l'existence. C'est ainsi que le rythme des convois vers l'Allemagne s'amplifie. Les derniers quittent le camp de Drancy le 31 juillet 1944, celui de Compi√®gne le 1er ao√Ľt 1944.

Le wagon du camp d'internement de Drancy conservé en souvenir

En Alg√©rie, le G√©n√©ral Giraud puis le g√©n√©ral de Gaulle tardent √† r√©tablir la l√©galit√© r√©publicaine : les Juifs ne retrouvent la citoyennet√© fran√ßaise que le 22 octobre 1943 (voir Situation politique en Afrique lib√©r√©e (1942-1943)).

Entre 1942 et 1943, dans la clandestinité, des groupes de résistants favorisent la création du SERE (Service d'évacuation et de regroupement d'enfants). Dès septembre 1944, l'OPEJ succède au SERE et les enfants sont regroupés dans des maisons d'enfants de déportés, créées à leur intention. En juin 1945, l'OPEJ se constitue en association (loi de 1901). Sa mission essentielle consiste alors à sauver des enfants juifs dont les parents avaient été déportés ou avaient disparu. Ces enfants, menacés d'arrestation et de déportation sont mis à l'abri dans des familles et institutions non juives, le plus souvent catholiques.

Il faut aussi signaler le r√īle de fonctionnaires comme Ren√© Carmille, chef du service national des statistiques, qui sabote l'utilisation par les autorit√©s d'occupation des fichiers indiquant la ¬ę race ¬Ľ juive, constitu√©s sur les cartes perfor√©es utilis√©es par les syst√®mes m√©canographiques. Ren√© Carmille est arr√™t√© √† Lyon en f√©vrier 1944, d√©tenu au fort de Montluc, d√©port√© √† Compi√®gne, puis √† Dachau[118] o√Ļ il meurt en janvier 1945.

Gr√Ęce √† l'existence d'une zone non occup√©e permettant de se soustraire aux mesures d'extermination prises par les Allemands, gr√Ęce aussi √† l'aide de tr√®s nombreux Fran√ßais souvent rest√©s anonymes (voir Juste parmi les nations), trois quarts des Juifs vivant alors sur le territoire fran√ßais ont surv√©cu, plus que dans les autres pays occup√©s d'Europe. Malgr√© cela, 76 000 des 300 000 Juifs pr√©sents en France ont √©t√© victimes de la Shoah, dont 55 000 √©trangers [119]. 3  % des d√©port√©s juifs de France vers les camps de la mort ont surv√©cu.

La survie des Juifs en France pendant la seconde guerre mondiale

Face √† cette menace, qu'ont fait les Juifs de France pendant la guerre ? Ils n'ont gu√®re de choix qu'en deux politiques : survivre et combattre.

Survivre

Pour les Juifs, il s'agit tout d'abord de survivre. Survivre, cela signifie éviter l'arrestation qui conduit dans les camps d'internement en France comme ceux de Gurs, des Milles en zone sud et ceux de Beaune-la-Rolande et Pithiviers en zone occupée. Puis ce sera le camp de Drancy, avant le transfert en Allemagne dans les camps de la mort. Pour éviter la dénonciation ou l'arrestation, il faut se faire le plus discret possible mais en cas d'une mauvaise rencontre avec la police française ou allemande, mieux vaut avoir de faux-papiers qui ne mentionnent plus de noms juifs ou de lieux de naissance en Europe centrale ou orientale. Encore faut-il bien choisir ce nom de façon à garder les mêmes initiales et à ne pas trop contrefaire sa signature et être convaincant en déclinant son identité sans le moindre accent étranger.

Survivre signifie aussi avoir de quoi nourrir et loger sa famille. De par le statut des Juifs, beaucoup d'entre eux perdent leur droit d'exercer leur m√©tier s'ils sont m√©decins, professeurs ou officiers par exemple. Tous les entrepreneurs, du patron des Galeries Lafayette aux petits boutiquiers, perdent aussi leur entreprise de par une ordonnance allemande du 18 octobre 1940 qui organise ¬ę l'aryanisation ¬Ľ des entreprises appartenant √† des Juifs. Il leur faudra donc exercer des m√©tiers ne n√©cessitant gu√®re d'investissements ni de protections comme repr√©sentant de commerce. Avant l'invasion par les Allemands de la zone libre, les grandes villes du sud comme Marseille ou Nice peuvent fournir abri et travail.

Apr√®s novembre 1942 et l'occupation allemande de presque tout le territoire, Marseille ou Toulouse deviennent aussi dangereuses pour les Juifs que Paris. Beaucoup de Juifs se r√©fugient alors √† la campagne et il faut rendre hommage √† tous les Fran√ßais qui leur ont fourni asile et protection ou √©vit√© l'arrestation en les pr√©venant √† temps. Un des actes les plus h√©ro√Įques est √† l'actif des policiers qui font √©chouer une rafle √† Nancy. Certains de ces Fran√ßais ont √©t√© nomm√©s Justes des nations par l'institut Yad Vachem. L'histoire du Chambon sur Lignon et du pasteur Andr√© Trocm√© a souvent √©t√© c√©l√©br√©e mais des milliers d'autres Juifs ont d√Ľ leur survie √† des inconnus comme ma√ģtre Maurice M√©jean, avou√© √† Largenti√®re, qui fournit papiers et travail au p√®re de l'auteur de ces lignes, lui permettant de nourrir sa famille.

Survivre, c'est aussi sauver ses enfants à défaut de se sauver soi-même. Des milliers de familles doivent confier leurs enfants à des familles non-juives pour qu'elles les abritent sous un faux-nom le temps de la guerre. Ces enfants sont généralement épargnés mais tous ne retrouvent pas leurs parents et quelques-uns y perdent la connaissance de leurs racines juives[120] (Voir aussi Affaire Finaly).

Survivre, c'est enfin s'organiser pour s'entraider. ¬ę Nous √©tions si seuls ¬Ľ a √©crit Wladimir Rabi[116]. Lors de leurs proclamations, les mesures anti-juives ne cr√©ent gu√®re de remous. Les Juifs peuvent √™tre chass√©s du professorat ou de l'exercice de la m√©decine sans que cela √©meuve ces professions. Andr√© N√©her, professeur d'allemand en t√©moignera. L'√Čglise attend 1942 et les prises de position des cardinaux Gerlier et Sali√®ge pour exprimer sa compassion et parfois prot√©ger des Juifs cherchant un asile.

Les organisations juives comme les √Čclaireurs Isra√©lites de France et l'ORT r√©ussissent √† sauver de nombreux enfants en organisant l'√©vasion vers la Suisse. Le Consistoire central de France, sous l'impulsion du de son pr√©sident Jacques Heilbronner et du grand-rabbin Isa√Įe Schwartz avec son adjoint Jacob Kaplan cr√©e des caisses de secours et multiplie les d√©marches aur√®s des autorit√©s de Vichy et de l'√Čglise de France pour obtenir des soutiens. Pour √©viter le d√©sastre total, il est n√©cessaire de coordonner les efforts de tous. En juillet 1943, des n√©gociations permettent de cr√©er le Comit√© G√©n√©ral de D√©fense juive. Un accord conclu avec le Consistoire central aboutit √† la cr√©ation clandestine du Conseil repr√©sentatif des isra√©lites de France (CRIF) dont la charte est d√©finitivement √©labor√©e en 1944. Sa premi√®re t√Ęche est d'unifier les actions de sauvetage[121].

Combattre

Article d√©taill√© : R√©sistance juive en France.
L'affiche rouge apposée par Allemands sur les murs de Paris en 1944

Survivre ne suffit √©videmment pas √† beaucoup de Juifs qui choisissent le combat contre l'Allemagne. Beaucoup d'entre eux, Juifs ou d'origine juive (puisque les Nazis leur promettaient le m√™me sort) vont rejoindre la R√©sistance int√©rieure ou la France libre et ce n'est pas un hasard si le premier civil √† rejoindre le g√©n√©ral de Gaulle est un Juif, Ren√© Cassin[122]. Beaucoup d'autres suivent, dont on peut citer quelques noms : Fran√ßois Jacob, Maurice Schumann, Pierre Mend√®s-France, Pierre Dac, Pierre Laroque ou Jean-Pierre L√©vy, chef national du mouvement Franc-Tireur, dont fait aussi partie l'historien Marc Bloch. On peut √©galement citer le cas de Michel Debr√©, haut fonctionnaire de Vichy entr√© dans le r√©seau CDLR en f√©vrier 1943, dont le grand-p√®re paternel √©tait rabbin.

En France même, une résistance spécifiquement juive s'organise. Le premier souci de cette résistance est d'aider les Juifs sur tout le territoire en leur fournissant des faux-papiers et en organisant des filières d'évasion avec Georges Loinger. Mais il s'agit aussi de combattre les Allemands, les armes à la main. Un étudiant en médecine et futur poète, Claude Vigée, participe à l'organisation de la résistance juive à Toulouse, d'octobre 1940 à fin 1942. Ce sera autour des Eclaireurs israélites de France et de Robert Gamzon[123] la naissance de l'Organisation Juive de Combat[124] qui combattra les Allemands à Castres.

Il faut aussi signaler la création en 1943, autour des cousins Schneersohn et de Léon Poliakov, du Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC), qui se voue à recueillir les preuves documentaires de la Shoah et est à l'origine du Mémorial de la Shoah.

En marge des organisations juives mais compos√©e principalement de Juifs, il faut citer l'organisation communiste de la main d'Ňďuvre immigr√©e. L'affiche rouge t√©moigne √† jamais de leur courage c√©l√©br√© par Louis Aragon et L√©o Ferr√©.

Article d√©taill√© : Victimes fran√ßaises de la Shoah
Article d√©taill√© : M√©morial de la Shoah

De 1945 à nos jours

Apr√®s la seconde guerre mondiale le juda√Įsme fran√ßais est exsangue. Un quart des Juifs pr√©sents en France au d√©but de la guerre ont disparu, des milliers d'enfants n'ont plus de famille et sont abrit√©s dans des foyers, beaucoup de Juifs, particuli√®rement ceux des provinces de l'Est sont d√©plac√©s dans le centre de la France, de nombreuses synagogues sont d√©truites particuli√®rement dans l'est de la France. 23 rabbins, 35 ministres officiants sont morts[125]. Peut-√™tre pire, les certitudes qui animaient les Juifs de France ont √©t√© d√©menties par les faits, les structures issues de la R√©publique n'ayant pas su les prot√©ger contre le nazisme et ayant parfois contribu√© √† leur pers√©cution [126]. M√™me si on ne peut pas parler de divorce, on peut parler de f√™lure dans la relation des Juifs avec la France. Roger Berg estime qu'une centaine de jeunes rejoignent Isra√ęl en 1948, notamment derri√®re Robert Gamzon, le r√©sistant[127].

La reconstruction

Synagogue de la Paix

La structure traditionnelle de la communaut√© fond√©e sur le Consistoire ne peut pas suffire √† couvrir les besoins immenses et √† affronter le monde nouveau. En 1949 est cr√©√©, un peu √† l'image de l'Am√©rican Joint Distribution Committee (souvent appel√© le JOINT), le Fonds Social Juif Unifi√© (FSJU), qui est charg√© de la collecte √† l'intention des Ňďuvres caritatives juives. Sous la direction d'√Člie de Rothschild, le FSJU se charge aussi de la redistribution de l'aide qui vient d'abord du JOINT puis √† partir de 1954 des r√©parations allemandes. Le FSJU subventionne toute l'aide √† la jeunesse (colonies de vacances, patronages, mat√©riel scolaire...). Avec le Consistoire, il aide √† la reconstruction des synagogues ou √† la construction de centres communautaires, nouveau concept en France illustr√© par la Synagogue de la Paix √† Strasbourg, dont l'inauguration en 1958[128] marque d'une certaine fa√ßon la fin de l'apr√®s-guerre pour la communaut√© juive fran√ßaise.

La reconstruction n'est pas seulement mat√©rielle, elle est aussi politique et il faut insister sur le r√īle de deux personnalit√©s : Jacob Kaplan, le futur grand rabbin de France, se battit avec pers√©v√©rance pour r√©soudre ce qu'on a appel√© l'affaire Finaly : la tutrice des deux fr√®res Finaly qui lui avaient √©t√© confi√©s pendant la guerre, soutenue par beaucoup dans l'√Čglise refusait de les remettre √† leur famille sous le pr√©texte qu'elle les avait fait baptiser. Il fallut toute la diplomatie de Jacob Kaplan et l'obstination d'un proche des Finaly, Mo√Įse Keller, pour que ces deux enfants retrouvent leur famille en 1953, 8 ans apr√®s la fin de la guerre. La bonne r√©solution de cette affaire permit la refondation en France des relations jud√©o-chr√©tiennes.

Mais c'est √† Jules Isaac que revient le m√©rite d'analyser les causes de l'antis√©mitisme des chr√©tiens et surtout de les faire partager par ceux-ci lors de la Conf√©rence de Seelisberg en 1947. Son combat continue par la publication de J√©sus et Isra√ęl et de L'enseignement du m√©pris. Il est re√ßu en audience priv√©e par Jean XXIII le 13 juin 1960 mais c'est apr√®s la mort de Jules Isaac et de Jean XXIII que la d√©claration Nostra Aetate sur l'√Čglise et les religions non-chr√©tiennes du concile Vatican II publi√©e par Paul VI en 1965 consacre la victoire de ses id√©es.

La reconstruction est aussi intellectuelle et le juda√Įsme fran√ßais eut alors la chance de voir trois grandes personnalit√©s le faire rayonner intellectuellement, Emmanuel L√©vinas, Andr√© N√©her et L√©on Ashk√©nazi dit Manitou. L√©vinas r√©installe le juda√Įsme comme objet philosophique, N√©her s'attache √† sortir le juda√Įsme de l'angoisse existentielle qui a suivi la Shoah et fait reconna√ģtre l'h√©breu comme une langue vivante enseign√©e comme telle par l'universit√© fran√ßaise, Ashk√©nazi forme une g√©n√©ration d'√©tudiants juifs et leur transmet le message du rav Kook tout en s'impliquant dans le dialogue inter-religieux.

L'arrivée des Juifs d'Afrique du Nord

De 1948 √† 1975, des centaines de milliers de Juifs s√©farades qui depuis des g√©n√©rations et parfois depuis le premier exil il y a 2 500 ans avaient toujours v√©cu dans les pays aujourd'hui arabes doivent les quitter soit par suite de pers√©cutions (comme en Irak en 1948), d'expulsions (comme en √Čgypte en 1956 suite √† la crise de Suez), d'ins√©curit√© et d'absence d'avenir (comme en Afrique du Nord) ou de guerre civile (comme au Liban). Beaucoup se r√©fugient en France, principalement quand ils sont citoyens fran√ßais comme en Alg√©rie ind√©pendante en 1962 ou francophones dans les autres pays d'Afrique du Nord (Maroc et Tunisie ind√©pendants en 1956 et √Čgypte √† l'importante population juive francophone). Ils forment une part importante des "Pieds-Noirs", avec lesquels ils sont d'ailleurs souvent confondus. La population juive en France bondit en moins d'une g√©n√©ration de 1945 √† 1965 de 225 000 √† 600 000 personnes environ.

Les s√©farades choisissent de s'√©tablir l√† o√Ļ il y a du travail pour vivre, une communaut√© juive pour leur permettre de pratiquer la religion et du soleil pour leur rappeler leur Afrique du Nord natale. On les verra donc s'√©tablir surtout √† Marseille, Nice et Toulouse, bien s√Ľr en r√©gion parisienne, notamment dans la nouvelle ville de Sarcelles et aussi √† Strasbourg.

Le Consistoire lance d√®s les ann√©es 1950 l'op√©ration des chantiers du Consistoire [129] sous l'impulsion d'Alain de Rothschild. Les besoins sont √©normes √† partir de 1962 avec l'arriv√©e des rapatri√©s d'Alg√©rie et les constructions, souvent plus fonctionnelles qu'esth√©tiques, se multiplient. √Ä Paris, rue de la Roquette, √† Villiers-le-Bel, Massy, Sarcelles et Fontainebleau des synagogues sont b√Ęties avant 1965. Peu √† peu, le mod√®le traditionnel d√©di√© au culte c√®de la place aux centres communautaires o√Ļ toutes les activit√©s culturelles de la communaut√© juive peuvent se d√©rouler et particuli√®rement les r√©ceptions familiales. En 1982, 36 nouvelles synagogues avaient √©t√© construites.

La communaut√© juive fran√ßaise jusqu'alors presqu'exclusivement ashk√©naze devient majoritairement s√©farade. Moins assimil√©s que leurs coreligionnaires √©tablis depuis plus longtemps en France, les s√©farades vont contribuer √† relancer la pratique religieuse et notamment le respect de la cacherouth, ce qui se traduit par l'apparition de commerces cach√®res dans les grandes villes o√Ļ l'implantation juive les justifie. Mais la transformation de synagogues de rite ashk√©naze en synagogues de rite s√©farade et l'arriv√©e de s√©farades aux postes de responsabilit√© de la communaut√© ne se font pas sans quelques conflits intracommunautaires. En 1981, pour la premi√®re fois, un s√©farade, Ren√©-Samuel Sirat, est √©lu grand rabbin de France.

Cette immigration s√©farade approfondit les liens de la communaut√© juive avec Isra√ęl. En effet, jusqu'alors, les Juifs de France n'avaient gu√®re de parent√© en Isra√ęl. Mais les familles sefarades qui arrivent d'Afrique du Nord se sont souvent s√©par√©es en plusieurs destinations dont Isra√ęl. Les Juifs de France deviennent plus proches sur le plan familial des Juifs d'Isra√ęl et cela augmente d'autant l'√©motion produite par la guerre des six jours.

Les Juifs de France et Isra√ęl

Jusqu'en 1967, les Juifs de France n'ont gu√®re marqu√© leur int√©r√™t pour Isra√ęl ; ni le combat pour l'ind√©pendance en 1947, ni la crise de Suez o√Ļ la France fut impliqu√©e au c√īt√© d'Isra√ęl n'ont suscit√© de passion. En 1967, il en est tout diff√©remment quand l'opinion juive craint que l'existence m√™me d'Isra√ęl ne soit en danger, suite aux menaces du chef d'√©tat √©gyptien Nasser qui, en mai 1967, obtient du secr√©taire g√©n√©ral de l'ONU le retrait des forces d'interposition de l'ONU puis ferme le d√©troit de Tiran. Ahmed Choukairy, pr√©sident de l'OLP, ne fait rien pour apaiser cette angoisse. Des manifestations importantes de soutien √† Isra√ęl se d√©roulent avant et pendant la guerre des Six jours (6-10 juin 1967), √† Paris et en province, rassemblant des dizaines de milliers de personnes.

Aussi, la plus grande partie de la communaut√© juive est-elle tr√®s d√©√ßue lorsque le g√©n√©ral de Gaulle d√©cr√®te l'embargo sur les armes √† destination des pays bellig√©rants, alors qu'Isra√ęl est le seul pays √† √™tre principalement arm√© de mat√©riels fran√ßais. Si la victoire d'Isra√ęl dans la guerre des Six jours soulage l'angoisse de la communaut√©, elle marque aussi le d√©but d'un soutien syst√©matique des institutions de la communaut√© juive fran√ßaise √† l'√Čtat d'Isra√ęl (et non au gouvernement isra√©lien), au moment m√™me o√Ļ le gouvernement fran√ßais se rapproche des pays arabes. Cela n'emp√™che pas les Juifs de France d'afficher des positions tr√®s diverses vis-√†-vis du conflit isra√©lo-palestinien, comme en t√©moignent les nombreux d√©bats ou articles publi√©s dans la presse.

La d√©claration du G√©n√©ral de Gaulle, le 27 novembre 1967, sur ¬ę les Juifs... peuple d'√©lite, s√Ľr de lui-m√™me et dominateur ¬Ľ est douloureusement ressentie, m√™me si le grand rabbin de France Jacob Kaplan obtient du pr√©sident de la R√©publique des paroles d'apaisement lors des visites traditionnelles du nouvel an[130]. Raymond Aron traduit l'√©motion des Juifs, m√™me tr√®s √©loign√©s de leur communaut√© en √©crivant : ¬ę Le g√©n√©ral de Gaulle a sciemment, volontairement ouvert une nouvelle p√©riode de l'histoire juive et peut-√™tre de l'antis√©mitisme. Tout devient possible, tout recommence. Pas question, certes, de pers√©cutions : seulement de la malveillance. Pas le temps du m√©pris, le temps du soup√ßon ¬Ľ[125]. Le dessinateur Tim r√©pond aussi √† sa mani√®re √† De Gaulle par son dessin repr√©sentant un d√©port√© avec l'√©toile jaune sur sa tenue ray√©e pi√©tinant un barbel√© de camp de concentration avec l'attitude de Napol√©on[131]. Ce malaise se traduit par de nouveaux d√©parts vers Isra√ęl et notamment ceux de deux des personnalit√©s les plus connues du monde juif fran√ßais, Andr√© N√©her et L√©on Ashk√©nazi.

Surtout cette d√©claration inaugure une attitude qu'il est convenu d'appeler "la politique arabe de la France", marqu√©e par la contestation des positions am√©ricaines dans les pays arabes et notamment du soutien que les √Čtats-Unis apportent √† l'√Čtat d'Isra√ęl. En plusieurs occasions, les ministres titulaires du Quai d'Orsay r√©affirment cette posture et suscitent l'amertume des Juifs de France.

L'attentat de la rue Copernic √† Paris en septembre 1980, qui fait quatre morts, aggrave cette incompr√©hension, suite au c√©l√®bre "lapsus" du Premier ministre Raymond Barre : ¬ę Cet attentat odieux a voulu frapper les isra√©lites qui se rendaient √† la synagogue, il a frapp√© des Fran√ßais innocents qui traversaient la rue Copernic ¬Ľ. La fusillade de la rue des Rosiers fait 6 morts en 1982. Comme pour l'attentat de la rue Copernic, les autorit√©s sont incapables d'en retrouver les auteurs m√™me si l'organisation d'Abou Nidal en est le principal suspect.

L'Intervention militaire isra√©lienne au Liban de 1982, la Premi√®re et la Seconde Intifada, le Conflit isra√©lo-libanais de 2006 mettent successivement √† l'√©preuve les relations de la France et du peuple juif, tandis que les Accords de Camp David puis les Accords d'Oslo suscitent des moments d'espoir et d'apaisement. Les d√©clarations r√©currentes du pr√©sident iranien Ahmadinejad niant la Shoah et appelant √† la destruction d'Isra√ęl et celles similaires des dirigeants du Hamas[132] entretiennent l'angoisse et contribuent √† renouveler le soutien des Juifs de France √† l'√©tat d'Isra√ęl.

Au d√©but 2009, la guerre de Gaza voit les Juifs de France dans leur majorit√© unis dans leur soutien √† Isra√ęl comme en t√©moigne le grand rabbin de France Gilles Bernheim :

¬ę Je voudrais √©voquer les Fran√ßais juifs qui, dans leur immense majorit√©, ont marqu√© leur attachement ind√©fectible √† Isra√ęl avec beaucoup de dignit√© face aux diverses formes de violences dont cet Etat est victime. Les institutions , Conseil repr√©sentatif des institutions juives de France, Consistoire central..., ont rappel√© qu'il ne s'agissait pas d'un conflit contre un autre peuple ou une autre religion, mais d'un conflit entre Isra√ęl et le Hamas, et qu'il ne fallait pas le transf√©rer en France. J'ai dit ma compassion pour les victimes civiles isra√©liennes et celles, palestiniennes, prises en otage par le Hamas dans la bande de Gaza.[...] Quand on parle de soutien ind√©fectible, on ne peut oublier que la tr√®s grande majorit√© des Isra√©liens accepte l'id√©e qu'il puisse y avoir un Etat palestinien aux c√īt√©s d'Isra√ęl. Le Hamas a, quant √† lui, la volont√© de faire dispara√ģtre Isra√ęl de la carte ¬Ľ

[133].

Les années Mitterrand

Les deux septennats de Fran√ßois Mitterrand sont marqu√©s par l'ambigu√Įt√© : il est le premier pr√©sident fran√ßais √† se rendre en Isra√ęl mais il y fait √† la Knesset un discours[134] que certains jugent trop pro-palestinien. D'un c√īt√©, gr√Ęce √† l'obstination de Serge et Beate Klarsfeld, la France peut organiser le proc√®s de Klaus Barbie puis celui de Paul Touvier. De l'autre, on apprend aussi la longue amiti√© de Mitterrand pour le secr√©taire g√©n√©ral de la police de Vichy Ren√© Bousquet qui est assassin√© alors que son proc√®s se pr√©pare. Et sur la fin de sa pr√©sidence, le livre de Pierre P√©an Une jeunesse fran√ßaise. Fran√ßois Mitterrand. 1934-1947 r√©v√®le les d√©tails de sa carri√®re √† Vichy.

Les Juifs de France, aujourd'hui

Malgr√© les proc√®s contre Klaus Barbie ou Paul Touvier, le malaise entre les Juifs et la France refusant d'assumer le r√©gime de Vichy n'est dissip√© que lorsque Jacques Chirac, nouvellement √©lu pr√©sident de la R√©publique, d√©clare le 16 juillet 1995 √† l'occasion de l'anniversaire de la rafle du Veld'hiv : ¬ę Ces heures noires souillent √† jamais notre histoire, et sont une injure √† notre pass√© et √† nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a √©t√© second√©e par des Fran√ßais, par l'√Čtat fran√ßais. Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 450 policiers et gendarmes fran√ßais, sous l'autorit√© de leurs chefs, r√©pondaient aux exigences des nazis. Ce jour-l√†, dans la capitale et en r√©gion parisienne, pr√®s de dix mille hommes, femmes et enfants juifs furent arr√™t√©s √† leur domicile, au petit matin, et rassembl√©s dans les commissariats de police. (‚Ķ) La France, patrie des Lumi√®res et des Droits de l'Homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-l√†, accomplissait l'irr√©parable. Manquant √† sa parole, elle livrait ses prot√©g√©s √† leurs bourreaux. ¬Ľ Cette d√©claration est confirm√©e le 12 f√©vrier 2009 par la plus haute autorit√© judiciaire fran√ßaise, le Conseil d'√Čtat qui estime que la ¬ę responsabilit√© ¬Ľ de l'√Čtat √©tait ¬ę engag√©e en raison des dommages caus√©s par les agissements qui, ne r√©sultant pas d'une contrainte directe de l'occupant, ont permis ou facilit√© la d√©portation √† partir de la France de personnes victimes de pers√©cutions antis√©mites ¬Ľ[135].

Le bicentenaire du Consistoire en 2008 est l'occasion de c√©l√©brer officiellement ces relations apais√©es entre la communaut√© juive et la R√©publique[136]. Cette situation est confort√©e par la visite d'√©tat du pr√©sident Nicolas Sarkozy en Isra√ęl en juin 2008 o√Ļ ce dernier commence son discours devant la Knesset par ces mots : ¬ę Il y a entre Isra√ęl et la France une amiti√© profonde ¬Ľ[137].

√Čvolution d√©mographique et assimilation

La population juive √©tait estim√©e en 1970 √† 530 000. Apr√®s une longue p√©riode de stabilit√©, elle serait actuellement de 488 000 [2], en d√©clin. Le mariage mixte en est certainement une des causes les plus √©videntes. Aux √Čtats-Unis o√Ļ la pratique de statistiques par origine religieuse ou ethnique est courante, une enqu√™te montre que le taux de mariages mixtes (juif et non-juif) est en augmentation r√©guli√®re et que le taux d'enfants recevant une √©ducation juive est de pr√®s de 100 % dans les couples o√Ļ les 2 parents sont juifs et de 30 % seulement si un seul des conjoints est juif[138]. La situation est certainement comparable en France o√Ļ le taux de mariages mixtes parmi les moins de 30 ans est de l'ordre de 40 %[139].

De plus, ni les Juifs orthodoxes ni le Consistoire n'admettent les conversions au juda√Įsme dans le but du mariage (juif). Cette r√®gle explique que l√† o√Ļ les communaut√©s juives sont peu nombreuses et peu concentr√©es, leur assimilation compl√®te √† terme est probable, sauf apport migratoire notable. Les Juifs de France ont donc tendance √† se regrouper dans quelques grandes villes (la r√©gion parisienne tout d'abord, Marseille, Lyon, Strasbourg, Nice). Ceci est d'autant plus vrai que les exigences de la cacheroute pour les Juifs pratiquants imposent l'existence de magasins cach√®res, dont l'exploitation n'est possible que l√† o√Ļ existent de grandes communaut√©s.

Le nouvel antisémitisme

Manifestion parisienne en hommage à Ilan Halimi et contre l'antisémitisme (26 février 2006)

L'antis√©mitisme d'extr√™me droite a toujours exist√© depuis la guerre. Pierre Poujade qui s'en prit particuli√®rement √† Pierre Mend√®s-France[140], Jean-Marie Le Pen qui d√©fraya la chronique avec l'affaire du ¬ę d√©tail[141]¬Ľ, ce qui ne l'emp√™cha pas d'atteindre le deuxi√®me tour de l'√©lection pr√©sidentielle en 2002, et les n√©gationnistes autour de Robert Faurisson l'ont illustr√©. En mai 1990, la profanation de tombes juives √† Carpentras suscite une profonde √©motion et provoque √† Paris une manifestation d'environ 250 000 personnes[142] √† laquelle assiste le pr√©sident de la R√©publique Fran√ßois Mitterrand.

Une nouvelle sorte d'antis√©mitisme appara√ģt avec la seconde Intifada qui suscite des r√©actions d'hostilit√© aux Juifs assimil√©s aux Isra√©liens, se traduisant par une recrudescence d'actes antis√©mites particuli√®rement en banlieue parisienne ou aussi √† Paris comme en juin 2008[143], culminant avec le rapt et la torture √† mort d'Ilan Halimi en janvier-f√©vrier 2006. La communaut√© juive r√©agit en organisant de grandes manifestations √† Paris comme celles du 7 avril 2002 ou de f√©vrier 2006 en hommage √† Ilan Halimi. Les autorit√©s de la R√©publique assurent tr√®s visiblement la protection des synagogues avec l'√©tablissement de barri√®res et le positionnement de policiers lors des f√™tes juives.

On observe une nette recrudescence d'incidents antisémites lors de la guerre de Gaza au début 2009[144],[145].

Le 21 mars 2009, Dieudonn√©, d√©j√† condamn√© pour des propos incitant √† la haine raciale[146] annonce sa candidature aux √©lections europ√©ennes de juin 2009, √† la t√™te d'une liste ¬ę anticommunautariste et antisioniste ¬Ľ[147] dont il essaye de nier l'antis√©mitisme[148].

Cet antis√©mitisme est en partie la cause d'un flux r√©gulier d'√©migration vers Isra√ęl de quelques milliers de Juifs par an[149].

Le développement de l'école juive

Les √©coles juives m√™lant les 2 cursus profanes et religieux sont apparues en France au XIXe si√®cle mais sont rest√©es tr√®s marginales, les Juifs de France choisissant en g√©n√©ral de se fondre dans la r√©publique et de limiter l'enseignement religieux √† quelques heures par semaine √† la synagogue. Apr√®s la seconde guerre mondiale, une √©cole juive secondaire, l'√©cole Aquiba, est cr√©√©e √† Strasbourg pour former de nouveaux cadres pour la communaut√© juive √©prouv√©e par la Shoah[150]. C'est surtout apr√®s l'arriv√©e des Juifs rapatri√©s d'Afrique du Nord et la guerre des six jours, √† partir des ann√©es 1970, que l'√©cole juive se d√©veloppe en France. On peut y voir deux raisons: un renouveau identitaire li√© √† un plus grand respect de la religion par les Juifs d'Afrique du Nord que par les Ashk√©nazes et aussi un d√©but d'antis√©mitisme dans certains lyc√©es. Dans les ann√©es 2000, on estime √† 30 000 le nombre d'√©l√®ves dans les √©coles juives.

Les principaux réseaux d'éducation sont ceux historiques comme les écoles de l'Alliance Israélite Universelle ou de l'ORT[151], le réseau Ozar Hatorah, les écoles orthodoxes comme celles des Loubavitch. On trouve aussi un grand nombre d'écoles indépendantes. La grande majorité de ces écoles est sous contrat d'association avec l'état[152].

Les diff√©rents courants du juda√Įsme en France

Les Juifs de France sont r√©partis en de multiples groupes refl√©tant la diversit√© du juda√Įsme actuel. On citera seulement les juifs Har√©dis, repr√©sent√©s dans quelques yechivot, les Loubavitch qui revivifient la pratique religieuse en mettant en place un grand nombre d'institutions √©ducatives, les orthodoxes repr√©sent√©s par la synagogue de la rue Montevideo √† Paris, les Juifs consistoriaux peut-√™tre les plus nombreux parmi ceux qui sont membres d'une communaut√© et dont le rabbinat est proche de l'orthodoxie apr√®s avoir √©t√© beaucoup plus attir√© par la r√©forme au d√©but du XXe si√®cle, les massortis, dirig√©s par le rabbin Rivon Krygier, qui disposent de synagogues √† Paris, Aix-en-Provence, Marseille et Nice[153] et les lib√©raux divis√©s en diff√©rentes congr√©gations. Des Juifs noirs appellent √† la cr√©ation d'une synagogue destin√©e plus sp√©cialement aux Noirs[153]. De nombreuses autres associations culturelles ou caritatives existent[154]. Mais surtout plus nombreux encore sont ceux qui ne pratiquent qu'√©pisodiquement le juda√Įsme et ne se r√©clament d'aucune ob√©dience. Le Consistoire de Paris regroupe environ 30 000 membres alors que la population juive de la r√©gion parisienne est estim√©e √† 300 000 personnes. M√™me en tenant compte des fid√®les des communaut√©s orthodoxes ou lib√©rales, cela illustre un important degr√© d'assimilation dans une partie notable de la communaut√©, dont un autre sympt√īme est l'augmentation des taux de mariages mixtes (40 % parmi les moins de 30 ans) et de non-fr√©quentation des synagogues (49 %)[155].

Au plan organisationnel, si le grand-rabbin de France repr√©sente toujours le juda√Įsme vis-√†-vis des autorit√©s quand il faut traiter de religion, c'est le CRIF pr√©sid√© depuis 2007 par Richard Prasquier qui est l'interlocuteur des autorit√©s sur le plan politique comme en t√©moigne le d√ģner annuel du CRIF o√Ļ la R√©publique se fait repr√©senter ces derni√®res ann√©es par le premier ministre ou m√™me par le pr√©sident de la R√©publique en 2008.

Le 22 juin 2008, Gilles Bernheim est élu grand rabbin de France, après une campagne l'opposant à son prédécesseur Joseph Sitruk. Il prend ses fonctions le 1er janvier 2009.

Bibliographie

  • Hirsch Graetz, Histoire des Juifs[156], √©diteur Fran√ßois-Dominique Fournier (l'√©dition originale est parue de 1853 √† 1875). Dans le corps de cet article, les r√©f√©rences vers cet ouvrage sont identifi√©es par les initiales HJ suivies d'un lien vers le chapitre pertinent.
  • Cet article comprend du texte provenant de la Jewish Encyclopedia de 1901‚Äď1906, article ¬ę FRANCE ¬Ľ par Joseph Jacobs & Isra√ęl L√©vi, une publication tomb√©e dans le domaine public.. Dans le corps de cet article, les r√©f√©rences vers la Jewish Encyclopedia sont identifi√©es par les initiales JE suivies du titre du paragraphe de cette encyclop√©die. Pour la p√©riode qui va jusqu'√† la fin du VIe si√®cle, elle se fonde elle-m√™me sur l'Histoire des Francs de Gr√©goire de Tours, disponible sur Gallica[157].
  • Sous la direction de Bernhard Blumenkranz, Histoire des Juifs en France, Privat, √Čditeur, Toulouse, 1972. Dans le corps de cet article, les r√©f√©rences vers cet ouvrage sont identifi√©es par les initiales HJF suivies de la r√©f√©rence dans le livre.
  • Esther Benbassa, Histoire des Juifs de France, Seuil, 1997
  • David Feuerwerker, L'√Čmancipation des Juifs en France. De l'Ancien R√©gime √† la fin du Second Empire, Albin Michel, Paris, 1976 (ISBN 2-2260-0316-9)
  • Rita Hermon-Belot, L'√©mancipation des Juifs en France, P.U.F., collection Que sais-je ?, Paris, 1999
  • B√©atrice Philippe, √ätre juif dans la soci√©t√© fran√ßaise, √©ditions Montalba, 1979 (ISBN 2-8587-0017-6). Dans le corps de cet article, les r√©f√©rences vers cet ouvrage sont identifi√©es par les initiales EJSF suivies de la r√©f√©rence dans le livre.
  • Philippe Bourdrel, Histoire des Juifs de France - Tome 1. Des origines √† la Shoah. Tome 2. De la Shoah √† nos jours (2004)
  • Michel Winock, La France et les Juifs. De 1789 √† nos jours, Le Seuil, L'Univers historique, 2004 (ISBN 2-0208-3787-0)
  • Pierre Birnbaum, Les fous de la R√©publique. Histoire des Juifs d'√Čtat de Gambetta √† Vichy. Paris, Fayard, 1992, r√©√©d. ¬ę Poche ¬Ľ Le Seuil, 1994 (ISBN 2-0202-0505-X)
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  • Raymond Aron De Gaulle, Isra√ęl et les Juifs, Plon, 1968.
  • Collectif, Juifs de France: Le juda√Įsme, la R√©publique et Isra√ęl, Les Collections de l'histoire, hors-s√©rie trimestriel no 10, janvier 2001, Soci√©t√© d'√Čditions Scientifiques[159].

Ouvrages de référence

  • Benjamin de Tud√®le, Voyage de Rabbi Benjamin, fils de Jona de Tud√®le, en Europe, en Asie et en Afrique depuis l'Espagne jusqu'√† la Chine, √©diteur Jean-Philippe Baratier, 1732. Cet ouvrage √©crit par un rabbin grand voyageur du XIIe si√®cle est disponible sur le site Gallica[160]. Il d√©crit entre autres la vie juive du sud de la France et mentionne la communaut√© de Strasbourg.
  • Maurice Gelbard, 1808 - 2008, Bicentenaire de l'organisation du culte isra√©lite par Napol√©on 1er [161], 2007 (ISBN 2-9505-7958-2)
  • Site du Juda√Įsme d'Alsace et de Lorraine[162], source d'information d√©taill√©e sur l'histoire des communaut√©s juive d'Alsace et de Lorraine.

Sur l'époque des Croisades

Presse juive française

  • Actualit√© Juive, hebdomadaire disponible dans certains kiosques et dans les magasins cach√®res
  • Tribune Juive, qui est le news magazine de la communaut√© juive
  • L'Arche publi√©e par le Fonds Social Juif Unifi√© (FSJU), qui se d√©crit comme le mensuel du juda√Įsme fran√ßais

Liens externes

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Fran√ßais, en h√©breu
  2. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (en) Sergio DellaPergola (pour la partie d√©mographique), ¬ę Annual Assessment 2008 ¬Ľ, 2008, Agence Juive. Consult√© le 3 mars 2009
  3. ‚ÜĎ H√©rode le Grand et sa famille √©taient d'origine √©domite (ou idum√©enne), des pa√Įens convertis au juda√Įsme
  4. ‚ÜĎ HJ, Deuxi√®me p√©riode, troisi√®me √©poque, chapitre 13
  5. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ ¬ę Histoire des Juifs en France (HJF)¬Ľ, premi√®re partie, chapitre 1, voir Bibliographie
  6. ‚ÜĎ Michel Mayer-Cr√©mieux, ¬ę Nos cousins les Juifs du Pape ¬Ľ, Los Muestros, la voix des s√©pharades. Consult√© le 28 octobre 2007
  7. ‚ÜĎ Responsum 29491 de cheela.org
  8. ‚ÜĎ (en) Jewish Encylopedia (JE), Roman-Gallic Epoch, voir Bibliographie
  9. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ et d‚ÄČ B√©atrice Philippe, ¬ę √ätre juif dans la soci√©t√© fran√ßaise ¬Ľ (EJSF), Des origines √† l'an 1000
  10. ‚ÜĎ Augustin Thierry, ¬ę Nouvelles Lettres sur l‚Äôhistoire de France ¬Ľ, 1836, Wikisource
  11. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Cf. Henri Pirenne - ¬ę Mahomet et Charlemagne ¬Ľ, √©dit√© par le C√©gep de Chicoutimi notamment pages 52 √† 57
  12. ‚ÜĎ (en) JE, Under Charlemagne
  13. ‚ÜĎ De 633 √† 1096, Histoire des Juifs.com. Consult√© le 5 octobre 2007
  14. ‚ÜĎ (en) JE, "King of the Jews" at Narbonne
  15. ‚ÜĎ (en) Alfred L√©vy, ¬ę JE, Agobard ¬Ľ
  16. ‚ÜĎ (en) JE, Agobard's Account
  17. ‚ÜĎ Henri Pirenne souligne que les √©changes entre l'Occident et l'Orient d√©clinent fortement d√®s le d√©but de la pr√©sence sarrasine en M√©diterran√©e occidentale au VIIIe si√®cle et que des produits orientaux tels que l'or, la soie, le poivre et le papyrus disparaissent pratiquement sous les Carolingiens.
  18. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ, d‚ÄČ, e‚ÄČ, f‚ÄČ, g‚ÄČ, h‚ÄČ et i‚ÄČ EJSF, De l'an 1000 √† l'expulsion de 1394
  19. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (en) JE, Persecution of Jews in Limoges and Rouen
  20. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Jean-Claude Cohen, ¬ę Les communaut√©s juives d'Avignon et du Comtat-Venaissin au XVIIIe si√®cle. ¬Ľ, Nouvelle Gallia Judaica (CNRS). Consult√© le 2 octobre 2007
  21. ‚ÜĎ Grand Rabbin Max Warschawski, ¬ę Histoire des Juifs d'Alsace ¬Ľ, Site internet du juda√Įsme d'Alsace et de Lorraine. Consult√© le 2 octobre 2007
  22. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (en) JE, Franko-Jewish Literature
  23. ‚ÜĎ On peut trouver le commentaire de la Torah par Rachi sur le site Sefarim
  24. ‚ÜĎ (en) Wilhelm Bacher et Jacob Zallel Lauterbach, ¬ę JE, Simhah B. Samuel of Vitry ¬Ľ
  25. ‚ÜĎ (en) Joseph Jacobs et M. Seligsohn, ¬ę JE, Isaac ben Me√Įr (RIBaM) of Ramerupt ¬Ľ
  26. ‚ÜĎ (en) JE, Rashi
  27. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (en) JE, The Crusades
  28. ‚ÜĎ Grand rabbin Max Warchawski, ¬ę Histoire des Juifs de Strasbourg ¬Ľ, Site internet du juda√Įsme d'Alsace et de Lorraine. Consult√© le 13 octobre 2007
  29. ‚ÜĎ √Ä partir de 1096, Histoire des Juifs.com. Consult√© le 5 octobre 2007
  30. ‚ÜĎ (en) JE, Synods
  31. ‚ÜĎ (en) JE, In the South
  32. ‚ÜĎ Benjamin de Tud√®le, ¬ę Voyages de Rabbi Benjamin, fils de Jona de Tud√®le ¬Ľ, 1734, Amsterdam, cit√© dans l'ouvrage de B√©atrice Philippe d√©j√† r√©f√©renc√©
  33. ‚ÜĎ (en) JE, Recalled by Philip Augustus, 1198.
  34. ‚ÜĎ (en) JE, Innocent III
  35. ‚ÜĎ (en) JE, Policy of Alphonse of Poitiers.
  36. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (en) JE, Under Louis VIII. and St. Louis.
  37. ‚ÜĎ (en) JE, Burning of the Talmud
  38. ‚ÜĎ (en) JE, Disputations Between Jews and Christians.
  39. ‚ÜĎ (en) JE, Increased Restrictions Under St. Louis
  40. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (en) JE, Under Philip the Bold and Philip the Fair
  41. ‚ÜĎ HJF, premi√®re partie, chapitre 3
  42. ‚ÜĎ (en) JE, Relations with the Inquisition
  43. ‚ÜĎ ¬ę Paris ¬Ľ, article Beaubourg - H√ītel de Ville, Guide vert Michelin, 1978
  44. ‚ÜĎ Le jour de P√Ęques 1290, le Juif Jonathas aurait exig√© une hostie pour rendre les v√™tements qu'une vieille femme avait mis en gage. Jonathas aurait alors taillad√© l'hostie qui aurait laiss√© √©chapper un sang abondant. Il l'aurait ensuite jet√©e dans l'eau bouillante qui devint rouge sang. La vieille femme ayant ameut√© le public, Jonathas est arr√™t√© et condamn√© √† √™tre br√Ľl√© vif et ses biens saisis par Philippe le Bel qui fait construire la chapelle du Miracle. (cf : Jacques Hillairet, ¬ę Dictionnaire historique des rues de Paris ¬Ľ, article Rue des Archives n¬į22 √† 26, √Čditions de Minuit, 1985)
  45. ‚ÜĎ (en) JE, Blood Accusation and Host Desecration
  46. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ, d‚ÄČ, e‚ÄČ, f‚ÄČ, g‚ÄČ, h‚ÄČ, i‚ÄČ, j‚ÄČ et k‚ÄČ HJF, premi√®re partie, chapitre 2
  47. ‚ÜĎ Le jour de la sainte Madeleine correspond au 22 juillet 1306 soit le 10 Ab 5066 du calendrier juif. Pour v√©rifier ceci, on peut se rapporter au site du calendrier juif en se rappelant que sous Philippe le Bel, c'√©tait le calendrier julien qui √©tait en vigueur et qu'il avait alors un retard de 8 jours sur l'actuel calendrier gr√©gorien.
  48. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ G√©rard Nahon, ¬ę L‚Äôexpulsion des juifs par Philippe le Bel ¬Ľ, Minist√®re de la Culture. Consult√© le 30 octobre 2007
  49. ‚ÜĎ (en) JE, Exile of 1306
  50. ‚ÜĎ (en) JE, Return of the Jews to France, 1315
  51. ‚ÜĎ Georges Passerat, La croisade des Pastoureaux, 2006, √©diteur : La louve
  52. ‚ÜĎ (en) JE, Conditions at Tours
  53. ‚ÜĎ Lazare Landau, ¬ę Le massacre de la Saint-Valentin ¬Ľ, Site internet du juda√Įsme d'Alsace et de Lorraine. Consult√© le 3 novembre 2007
  54. ‚ÜĎ Grand rabbin Jacky Dreyfus, ¬ę Les Juifs √† Colmar des origines √† nos jours ¬Ľ, Site internet du juda√Įsme d'Alsace et de Lorraine. Consult√© le 3 novembre 2007
  55. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ HJ, Troisi√®me p√©riode - Deuxi√®me √©poque ‚ÄĒ Chapitre XI
  56. ‚ÜĎ (en) JE, Under John the Good
  57. ‚ÜĎ Le monument juif du palais de justice de Rouen sur Rouen-Histtoire. Consult√© le 13 avril 2009
  58. ‚ÜĎ La maison sublime de Rouen sur Association La Maison Sublime de Rouen. Consult√© le 13 avril 2009
  59. ‚ÜĎ Synagogue de Rouffach, Site du Juda√Įsme d'Alsace et de Lorraine. Consult√© le 29 juillet 2007
  60. ‚ÜĎ (Base) Joconde, Minist√®re de la Culture. Consult√© le 4 novembre 2007
  61. ‚ÜĎ (en) Richard Gottheil et S. Kahn, ¬ę JE, Dauphin√©, Fifteenth Century ¬Ľ
  62. ‚ÜĎ (en) Richard Gottheil et S. Kahn, ¬ę JE, Cr√©mieu ¬Ľ
  63. ‚ÜĎ Nicolas Chorier, ¬ę Histoire g√©n√©rale du Dauphin√©, tome 2 (page 444) ¬Ľ, 1881, Chenevier & Pessieux, Valence
  64. ‚ÜĎ ibid (page 453)
  65. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ HJF, deuxi√®me partie, troisi√®me section, deuxi√®me chapitre
  66. ‚ÜĎ Rue Beno√ģt-Bunico - Le Vieux-Nice, Vieux Nice. Guide historique et architectural - Serres √©diteur. Consult√© le 11 novembre 2007
  67. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ et c‚ÄČ EJSF, De 1394 √† l'aube de la R√©volution
  68. ‚ÜĎ HJF, deuxi√®me partie, troisi√®me section, premier chapitre
  69. ‚ÜĎ HJF, deuxi√®me partie, premi√®re section, premier chapitre
  70. ‚ÜĎ Colette Hahn, ¬ę Le rabbinat de Metz des origines au d√©but du {{subst:Nombre en romain|20|subst=subst:}}e si√®cle ¬Ľ, Site du juda√Įsme d'Alsace et de Lorraine. Consult√© le 24 novembre 2007
  71. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ HJF, deuxi√®me partie, premi√®re section, deuxi√®me chapitre
  72. ‚ÜĎ HJF, deuxi√®me partie, quatri√®me section, troisi√®me chapitre
  73. ‚ÜĎ Chocolat de Bayonne, Je d√©couvre la France SARL. Consult√© le 2 janvier 2008
  74. ‚ÜĎ Bayonne et le chocolat, Ville de Bayonne. Consult√© le 2 janvier 2008
  75. ‚ÜĎ (en) Cyrus Adler et L. H√ľhner, ¬ę JE, Recife (Pernambuco) ¬Ľ
  76. ‚ÜĎ Gotthard Deutsch et S. Kahn, ¬ę JE, Martinique ¬Ľ>
  77. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ, d‚ÄČ et e‚ÄČ EJSF, La R√©volution et l'Empire
  78. ‚ÜĎ d'Alembert et Diderot, ¬ę Encyclop√©die ou Dictionnaire raisonn√© des sciences, des arts et des m√©tiers. Tome neuvi√®me, article Juif ¬Ľ
  79. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ David Feuerwerker, L'Emancipation des Juifs en France. De l'Ancien R√©gime √† la fin du Second Empire. Albin Michel: Paris, 1976 (ISBN 2-226-00316-9)
  80. ‚ÜĎ Mirabeau, ¬ę Sur Moses Mendelssohn, sur la r√©forme politique des Juifs ¬Ľ, 1787
  81. ‚ÜĎ Abb√© Gr√©goire, ¬ę Essai sur la r√©g√©n√©ration physique, morale et politique des Juifs ¬Ľ, 1787
  82. ‚ÜĎ HJF, troisi√®me partie, premi√®re section, deuxi√®me chapitre
  83. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ HJ, Troisi√®me p√©riode - Quatri√®me √©poque ‚ÄĒ Chapitre XIV
  84. ‚ÜĎ Jules Simon, La Libert√© de conscience, Paris, Hachette, 1859, 404 pages, p. 168-171.
  85. ‚ÜĎ Achille-Edmond Halphen, Recueil des lois : d√©crets, ordonnances, avis du conseil d'√©tat, arr√™t√©s et r√®glements concernant les Isra√©lites depuis la r√©volution de 1789, Paris, Bureaux des Archives isra√©lites, 1851, 511 pages, p. 183-194.
  86. ‚ÜĎ ¬ę Louis, par la gr√Ęce de Dieu et par la loi constitutionnelle de l'√Čtat, roi des Fran√ßais, √† tous pr√©sents et √† venir, salut.
    L'Assembl√©e nationale a d√©cr√©t√© et nous voulons et ordonnons ce qui suit :
    D√©cret de l'Assemble nationale du 27 septembre 1791 :
    L'Assembl√©e nationale consid√©rant que les conditions n√©cessaires pour √™tre citoyen fran√ßais et pour devenir citoyen actif sont fix√©es par la Constitution, et que tout homme qui, r√©unissant lesdites conditions, pr√™te le serment civique et s'engage √† remplir tous les devoirs que la Constitution impose, a droit √† tous les avantages qu'elle assure ; r√©voque tous arguments, r√©serves et exceptions ins√©r√©s dans les pr√©c√©dents d√©crets relativement aux individus juifs qui pr√™teront le serment civique, qui sera regard√© comme une renonciation √† tous privil√®ges introduits pr√©c√©demment en leur faveur. ¬Ľ
    Les Juifs prêtent donc serment individuellement ou dans des cérémonies comme à Nancy ou en Alsace.
  87. ‚ÜĎ Jean-Marie Schmitt, ¬ę Destin√©es d'une famille juive d'Alsace au XIXe si√®cle : les S√©e ¬Ľ, 1994, Site internet du juda√Įsme de Lorraine et d'Alsace
  88. ‚ÜĎ Tombeau de Reisel S√©e √† S√©lestat, Base de donn√©es M√©rim√©e, minist√®re de la Culture et de la Communication - direction de l'Architecture et du Patrimoine
  89. ‚ÜĎ A. Weil, ¬ę Contes et l√©gendes d'Isra√ęl ¬Ľ, Fernand Nathan, 1933
  90. ‚ÜĎ Bonaparte et un √Čtat juif en Palestine ?
  91. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ HJF, Troisi√®me partie, premi√®re section, troisi√®me chapitre.
  92. ‚ÜĎ Achille-Edmond Halphen, ¬ę Liste des membres de l'assembl√©e des notables (1806-1807) ¬Ľ, GenAmi - L'association de la g√©n√©alogie juive. Consult√© le 17 f√©vrier 2008
  93. ‚ÜĎ L'ensemble des r√©ponses est disponible sous le lien suivant : Extrait de journaux parisiens : Le Publiciste et le Journal de l'Empire, 2007, ¬© Maurice Gelbard - ISBN 2-9505795-8-2. Consult√© le 18 f√©vrier 2008.
  94. ‚ÜĎ Napol√©on Ier, ¬ę D√©cret imp√©rial qui ordonne l'ex√©cution d'un r√®glement du 10 d√©cembre 1806 concernant les Juifs ¬Ľ
  95. ‚ÜĎ Napol√©on Ier, ¬ę D√©cret imp√©rial concernant les Juifs ¬Ľ
  96. ‚ÜĎ Robert Anchel, ¬ę Napol√©on et les Juifs ¬Ľ>
  97. ‚ÜĎ Napol√©on Ier, ¬ę D√©cret imp√©rial concernant les Juifs qui n'ont pas de nom de famille et de pr√©nom fixes ¬Ľ
  98. ‚ÜĎ Lazare Landau, ¬ę Le serment "more juda√Įco" et son abolition en Alsace ¬Ľ, Site du juda√Įsme d'Alsace et de Lorraine. Consult√© le 27 f√©vrier 2008
  99. ‚ÜĎ Jean Daltroff, ¬ę [http://judaisme.sdv.fr/histoire/rabbins/ecole/ecole.htm √Čcoles rabbiniques et s√©minaires th√©ologiques dans la seconde moiti√© du XIXe si√®cle] ¬Ľ, Site du juda√Įsme d'Alsace et de Lorraine
  100. ‚ÜĎ Maurice Gelbard, ¬ę Culte isra√©lite ¬Ľ
  101. ‚ÜĎ Notice sur Akadem [pdf]
  102. ‚ÜĎ HJF, troisi√®me partie, deuxi√®me section, deuxi√®me chapitre
  103. ‚ÜĎ Les chiffres sont assez pr√©cis car les recensements de 1851 √† 1872 demandent aux Fran√ßais de d√©clarer leur religion, pratique qui est abandonn√©e ensuite par la R√©publique.
  104. ‚ÜĎ HJF, troisi√®me partie, deuxi√®me section, premier chapitre
  105. ‚ÜĎ HJF, troisi√®me partie, deuxi√®me section, troisi√®me chapitre
  106. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ, d‚ÄČ et e‚ÄČ HJF, Troisi√®me partie, quatri√®me section, premier chapitre
  107. ‚ÜĎ L√©on Blum, ¬ę Souvenirs sur l'Affaire ¬Ľ, 1935, Paris
  108. ‚ÜĎ EJSF, 1900-1939
  109. ‚ÜĎ Jacques Hillairet, ¬ę Dictionnaire historique des rues de Paris ¬Ľ, article rue Ferdinand-Duval
  110. ‚ÜĎ L'Italie avait d√©j√† connu un Juif comme pr√©sident du conseil, Luigi Luzzatti de 1910 √† 1911. Voir it:Luigi Luzzatti.
  111. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ HJF, Troisi√®me partie, quatri√®me section, deuxi√®me chapitre
  112. ‚ÜĎ Laurent Joly, Tal Bruttmann, La France antijuive de 1936. L‚Äôagression de L√©on Blum √† la Chambre des d√©put√©s, √Čditions des √Čquateurs, 2006
  113. ‚ÜĎ Edgar Morin, ¬ę Autocritique ¬Ľ, 1969, Paris : ¬ę D√©j√†, avant la guerre, j'avais peur de r√©agir en Juif aux √©v√©nements politiques et j'√©tais heureux de m'opposer, pacifiste, au bellicisme de la plupart des autres Juifs ¬Ľ.
  114. ‚ÜĎ HJF, quatri√®me partie, cinqui√®me section, premier chapitre
  115. ‚ÜĎ Voir le rapport de la Mission d'√©tude sur la spoliation des Juifs de France
  116. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ EJSF, La Guerre
  117. ‚ÜĎ Tal Bruttmann, Au bureau des affaires juives. L'administration fran√ßaise et l'application de la l√©gislation antis√©mite, La D√©couverte, 2006
  118. ‚ÜĎ Voir ¬ę Le train de la mort ¬Ľ par Christian Bernadac
  119. ‚ÜĎ Chiffres du M√©morial de la Shoah. Voir aussi la bibliographie de Serge Klarsfeld.
  120. ‚ÜĎ C√©line Marrot-Fellag Ariouet, ¬ę Les enfants cach√©s pendant la seconde guerre mondiale aux sources d'une histoire clandestine ¬Ľ, 4 juin 2005, Maison de S√®vres. Consult√© le 26 avril 2008
  121. ‚ÜĎ La cr√©ation du CRIF, CRIF. Consult√© le 26 avril 2008
  122. ‚ÜĎ Ren√© Cassin, Fondation et Institut Charles de Gaulle. Consult√© le 25 avril 2008
  123. ‚ÜĎ Marc Fineltin, ¬ę Robert Gamzon ¬Ľ, M√©moire et espoirs de la R√©sistance. Consult√© le 25 septembre 2007
  124. ‚ÜĎ Maurice Wiener, ¬ę Organisation Juive de Combat ¬Ľ, ¬ę M√©moire et espoirs de la R√©sistance ¬Ľ. Consult√© le 2 ao√Ľt 2007
  125. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ cit√© dans EJSF, Aujourd'hui
  126. ‚ÜĎ √Ä la Lib√©ration et pendant plusieurs dizaines d'ann√©es l'attitude officielle sera, comme le dit Bernard-Henri L√©vy dans ¬ę Ce grand cadavre √† la renverse. ¬Ľ, ¬ę [d']effacer de notre histoire ¬Ľ la France de Vichy. Cela est antinomique avec l'obligation juive de m√©moire (zakhor ◊Ė◊õ◊ē◊®)
  127. ‚ÜĎ HJF,troisi√®me partie, deuxi√®me section, premier chapitre
  128. ‚ÜĎ Claude Hemmendinger, ¬ę Cons√©cration de la synagogue de la Paix ¬Ľ, Site du juda√Įsme d'Alsace et de Lorraine. Consult√© le 4 mai 2008
  129. ‚ÜĎ Charlotte Siney-Lange, ¬ę Grandes et petites mis√®res du grand exode des Juifs nord-africains vers la France ¬Ľ, Le Mouvement Social, Editions de l‚ÄôAtelier. Consult√© le 17 septembre 2007
  130. ‚ÜĎ HJF, troisi√®me partie, sixi√®me section, troisi√®me chapitre
  131. ‚ÜĎ Voir le dessin de Tim dans l'article Grand Rabbin Simon Fuks, ¬ę Relations avec le monde non-juif ¬Ľ, Site du juda√Įsme d'Alsace et de Lorraine. Consult√© le 9 mai 2008
  132. ‚ÜĎ Voir particuli√®rement la Charte du Hamas : traduction de Jean-Fran√ßois Legrain, ¬ę Charte du Mouvement de la R√©sistance Islamique - Palestine (Ham√Ęs) ¬Ľ, CNRS. Consult√© le 11 mai 2008
  133. ‚ÜĎ Le grand rabbin de France critique Beno√ģt XVI, 31 janvier 2009, Le Monde. Consult√© le 2 f√©vrier 2009
  134. ‚ÜĎ Wikisource : discours de Fran√ßois Mitterrand √† la Knesset, 4 mars 1982
  135. ‚ÜĎ D√©portation : l'Etat fran√ßais "responsable" mais..., 16 f√©vrier 2009, Le Nouvel Observateur. Consult√© le 17 f√©vrier 2009
  136. ‚ÜĎ Bicentenaire des consistoires isra√©lites, Fran√ßois Fillon. Consult√© le 8 mai 2008
  137. ‚ÜĎ Discours de Nicolas Sarkozy devant la Knesset, 23 juin 2008, La Croix. Consult√© le 28 juin 2008 [pdf]
  138. ‚ÜĎ R√©sultats d‚Äôune enqu√™te d√©mographique de 2003 - Les Juifs am√©ricains aujourd‚Äôhui : une d√©mographie affaiblie [pdf]
  139. ‚ÜĎ France : Un portrait de la population juive, rReligioscope. Consult√© le 14 octobre 2008
  140. ‚ÜĎ Nicolas Weill, ¬ę La mort de Pierre Poujade, pr√©curseur d'un nouveau populisme ¬Ľ, Le Monde, 29 ao√Ľt 2003
  141. ‚ÜĎ Christiane Chombeau, ¬ę [Jean-Marie Le Pen r√©cidive sur les chambres √† gaz ¬Ľ, 26 avril 2008, Le Monde. Consult√© le 12 mai 2008
  142. ‚ÜĎ Chronique de l'ann√©e 1990, article 14 mai, √Čditions Chronique
  143. ‚ÜĎ Christophe Cornevin, ¬ę Enqu√™te d√©licate sur l'agression antis√©mite ¬Ľ, 23 juin 2008, Le Figaro. Consult√© le 28 juin 2008
  144. ‚ÜĎ C√©cilia Gabizon, ¬ę En France, le Crif d√©nonce le communautarisme ¬Ľ, 31 janvier 2009, Le Figaro. Consult√© le 2 f√©vrier 2009
  145. ‚ÜĎ ¬ęL'antis√©mitisme est de retour¬Ľ, selon le pr√©sident du Crif, 3 mars 2009, AFP cit√©e par Lib√©ration. Consult√© le 3 mars 2009
  146. ‚ÜĎ Dieudonn√© condamn√© en appel pour incitation √† la haine raciale sur Europe 1, 15 novembre 2007. Consult√© le 22 mars 2009
  147. ‚ÜĎ Europ√©ennes : l'UEJF "choqu√©e" par la candidature de Dieudonn√© sur Nouvel Observateur, 22 mars 2009. Consult√© le 22 mars 2009
  148. ‚ÜĎ Abel Mestre et Caroline Monnot, ¬ę Dieudonn√©, candidat "antisioniste" aux europ√©ennes ¬Ľ sur Le Monde, 23 mars 2009. Consult√© le 24 mars 2009
  149. ‚ÜĎ L'alya de France se place au-dessus de la m√™l√©e, 8 janvier 2008, Guysen International News. Consult√© le 8 mai 2008
  150. ‚ÜĎ Jean Daltroff, ¬ę La fondation et l'√©volution de l'√©cole Aquiba de Strasbourg (1948-1969) ¬Ľ, Site du juda√Įsme d'Alsace et de Lorraine. Consult√© le 17 mai 2008
  151. ‚ÜĎ Site de l'ORT. Consult√© le 12 septembre 2008
  152. ‚ÜĎ Panorama de l'√©cole juive, FSJU. Consult√© le 12 septembre 2008
  153. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (en) Share Email PrintBlack Jew calls for black synagogue in France sur Jewish Telegraphic Agency, 10 novembre 2008. Consult√© le 16 ao√Ľt 2009
  154. ‚ÜĎ Voir Communaut√© online. Consult√© le 12 mai 2008
  155. ‚ÜĎ Professeur Sergio della Pergola, ¬ę Un nouveau regard sur les Juifs fran√ßais ¬Ľ, mensuel L‚ÄôArche, n¬į 546-547, ao√Ľt-septembre 2003.
  156. ‚ÜĎ Histoire des Juifs - Hirsch Graetz, texte en ligne
  157. ‚ÜĎ Site de Gallica, Bibliotheque nationale de France
  158. ‚ÜĎ Chr√©tiens et Juifs sous Vichy, 1940-1944 - Limor Yagil, texte en ligne ; √† partir du Printemps 1942
  159. ‚ÜĎ Juifs de France: Le juda√Įsme, la R√©publique et Isra√ęl, Les Collections de l'histoire, hors-s√©rie trimestriel N¬į10, janvier 2001
  160. ‚ÜĎ Voyage de Rabbi Benjamin, fils de Jona de Tud√®le, en Europe, en Asie et en Afrique depuis l'Espagne jusqu'√† la Chine - Texte en ligne, Gallica
  161. ‚ÜĎ 1808 - 2008, Bicentenaire de l'organisation du culte isra√©lite par Napol√©on 1er - Maurice Gelbard
  162. ‚ÜĎ Site du Juda√Įsme d'Alsace et de Lorraine


Histoire des Juifs en France
Histoire régionale: Histoire des Juifs dits Portugais, Histoire des Juifs en Alsace, Histoire des Juifs en Lorraine, Juifs comtadins
Articles détaillés: Juiverie, Liste des toponymes juifs en France, Napoléon et les Juifs, Antisémitisme en France
Vichy et la Shoah: Mesures et activités antisémites durant l'occupation, Victimes françaises de la Shoah, Lois contre les Juifs et les étrangers, Mémorial de la Shoah, Union générale des israélites de France
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