Judeo-bolchevisme

Judéo-bolchevisme

Le terme judéo-bolchevisme (aussi appelé judéo-communisme ou bolchevisme juif) est une dénomination politique antisémite accusant les Juifs d'être à l'origine du bolchevisme.

Après la Révolution russe d'octobre 1917, cette expression est devenue populaire parmi certains groupes alliant antisémitisme et anticommunisme, qui relevaient notamment l'origine juive de Léon Trotski. Elle s'est répandue dans tous les pays dans les années 1920, après la mise en circulation du faux document Les Protocoles des Sages de Sion.

Affiche de propagande des armées blanches, dépeignant Léon Trotski avec une étoile rouge-étoile de David autour du cou. La légende indique : « Paix et Liberté en Sovdepie » (Russie soviétique)

Le terme « judéo-bolchevisme » a été adopté et utilisé par la suite par les nazis pour se référer en même temps aux Juifs et aux communistes, en insinuant que le mouvement communiste servait les intérêts juifs et/ou que tous les Juifs étaient communistes[1].

D'après Daniel Pipes, « le mouvement russe blanc a propagé ces accusations initialement par l'intermédiaire du Protocole des Sages de Sion vers une audience internationale[2] ». L’historien James Webb ajoute qu’« il est rare de trouver après 1917 des écrits antisémites qui ne se réfèrent pas aux analyses de la révolution émises par les émigrés russes blancs[3] ».

Le thème du judéo-bolchevisme coexiste avec celui, antérieur, du Juif comme responsable des méfaits du capitalisme, mais ces deux discours se rejoignent occasionnellement.

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Les Juifs ont été régulièrement une minorité opprimée et méprisée dans l'empire russe. Au même titre que les paysans victimes du servage qui étaient astreints à demeurer dans leur village de naissance, ils ont enduré une ségrégation raciale en étant forcés d'habiter dans la Zone de résidence (en russe : Черта оседлостиcherta osedlosti) aux frontières ouest de l'empire, et à supporter les persécutions de la police tsariste. Pendant que de nombreux Juifs russes émigrent (dans la période de 1881 à 1920, plus de 2 millions de Juifs quittent l'Empire russe[4]), beaucoup d'autres s'engagent dans l'activisme politique. À la veille de la révolution de février, le parti bolchevique compte environ 10 000 membres[5], dont 364 sont des Juifs ethniques[4].

Le Bund juif et les Mencheviks

Le Bund, l'Union générale des travailleurs juifs recherche à unir tous les travailleurs juifs de l'empire et de les rassembler dans le mouvement social-démocrate russe général pour transformer la Russie en un pays démocratique et socialiste. Il espère ainsi voir les Juifs être reconnu comme nation avec un statut de minorité légale.[6]

Le Bund est un parti socialiste séculier opposé à ce qu'il considère être la nature réactionnaire de la vie juive traditionnelle en Russie. Créé en 1897, avant le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), le Bund devient un des membres fondateurs du POSDR lors de son premier congrès à Minsk en mars 1898.[7] Pendant les cinq années suivantes, le Bund est reconnu comme le seul représentant des travailleurs juifs au POSDR, bien que beaucoup de socialistes russes de descendance juive, et plus particulièrement ceux qui ne vivent pas dans la Zone de résidence, rejoignent directement le POSDR.

Lors du second congrès du POSDR à Bruxelles et à Londres, en août 1903, la position indépendante du Bund à l'intérieur du POSDR est rejetée par une majorité des délégués et les représentants du Bund quittent le congrès, la première d'une longue série de scissions dans le mouvement démocratique russe.[8] Le Bund rejoint formellement le POSDR quand toutes ses factions se réunissent lors du quatrième Congrès de l'Unification en avril 1906 à Stockholm. Mais le parti reste profondément divisé selon des lignes idéologiques et ethniques. Le Bund s'aligne généralement sur la faction Menchevik du parti, conduite par Julius Martov contre la faction Bolchevik conduite par Vladimir Lénine lors des luttes internes pendant la période précédant la Révolution russe de 1917.

Les bolcheviks juifs

Un nombre disproportionné de Juifs ethniques occupe des postes de dirigeants dans le mouvement révolutionnaire avant la révolution et pendant quelques années après. La plupart sont hostiles à la culture juive traditionnelle et à la politique des partis juifs. Ils sont avides de prouver leur loyauté à l'athéisme du Parti communiste et à l'internationalisme prolétarien et pour cela gomment tout signe du particularisme culturel juif.

Des neuf membres du Comité central du parti Bolchevik en avril 1917, trois sont juifs : Lev Kamenev, Grigory Zinoviev et Iakov Sverdlov. Des douze personnes qui durant la réunion historique du 10 octobre 1917 ont planifié les détails de la révolution d'Octobre, six sont juifs : Zinoviev, Kamenev, Trotsky, Ouritsky, Sverdlov, et Sokolnikov (bien que Kamenev et Zinoviev se soient opposés à la révolution).

Le grand nombre de Juifs dans le personnel politique du régime communiste hongrois de 1919 est également un argument utilisé par la propagande antisémite[9].

En 1919, des quinze Commissaires du Peuple de Lénine, six sont juifs: Trotsky, Uritsky, Isaac Steinberg, I. A. Teodorovich, Semyon Dimanstein et Sokolnikov. Entre 1923 et 1930, parmi les 23 commissaires il y a douze Russes, cinq Juifs, deux Géorgiens (Staline et Ordjonikidze), un Polonais, un Moldave, un Letton et un Ukrainien. En relativement peu de temps, la situation a évolué clairement à l'avantage de la majorité russe. Dans les années 1930, il n'y a plus qu'une seule personne d'ascendance juive au Politburo (Lazar Kaganovich).

En 1922, sur les 44 148 membres du parti bolchevik qui avaient rejoint le parti avant 1917, et que Lénine surnommait la Vieille Garde, il y a 7,1% de Juifs et 65 % de Russes.

Le nombre de Juifs dans les postes administratifs supérieurs commence à diminuer dès après 1917. Il continue à décliner fortement dans les années 1930 quand Staline exécute en prison ses vieux compagnons Kamenev et Zinoviev en 1936 après un procès truqué. Kamenev et Zinoviev avaient tout d'abord été exclus, respectivement en 1926 et 1927, des positions au sommet qu'ils partageaient avec Staline dans la direction de l'Union soviétique. Léon Trotsky est simultanément expulsé d'Union soviétique en 1927 avant d'être assassiné à Mexico en 1940 par l'agent soviétique Ramón Mercader. Ainsi en 1940, et après le Pacte germano-soviétique, Staline a virtuellement éliminé tous les Juifs des positions supérieures du gouvernement soviétique. On peut donc dire que si, comme certains l'ont propagé, il y a eu un "judéo bolchevisme" en Union soviétique, celui-ci n'a au maximum duré que dix ans (1917-1927).

Walter Laqueur affirme dans son livre The Changing Face of Antisemitism: From Ancient Times to the Present Day (La Face changeante de l'antisémitisme : des temps anciens à nos jours):

« Dans quelle mesure, la présence de nombreux Juifs dans les instances dirigeantes communistes a-t-elle contribué à l'antisémitisme? Elle a certainement joué un rôle important dans la propagande antisémite, et il est certain que durant les années 1920, les Juifs étaient surreprésentés dans les rangs du parti et des hauts fonctionnaires de l'État. Après l'accession de Staline, les Juifs sont retirés des postes clefs et très souvent liquidés. Le fait que d'autres minorités étaient aussi représentées de façon disproportionnée n'avait pas d'importance. Il n'y avait pas de traditions anti-lettonnes en Russie, et les Lettons n'étaient pas dans des postes très élevés. De même, n'était pas pris en considération le fait que les Juifs étaient aussi fortement représentés dans les partis de gauche anti-communistes tels que le parti Menchevik et les mouvements socialistes révolutionnaires, ou que l'opposition anti-Staline était en grande majorité le fait de personnes d'origine juive[10]. »

Dans son livre de 1938 The Protocols of the Elders of Zion: A Proved Forgery, basé sur son témoignage contre le Dr. A. Zander lors du procès de Berne de 1934, Vladimir Burtsev écrit :

« Les antisémites… refusent de reconnaître le fait important et indiscutable que les Juifs qui ont participé aux mouvements socialistes et anarchistes de par le monde, y compris et plus spécifiquement les Juifs russes, étaient des renégats de la nation juive, qui n'avaient aucune relation avec l'histoire juive, ni avec la religion juive ni avec les masses juives, mais étaient plutôt des internationalistes, promouvant les idées partagées par les socialistes des autres ethnicités en étant hostiles à la nation juive en général[11]. »

Boris Souvarine rappelle que les communautés juives comptèrent parmi les victimes de la révolution russe :

« la révolution russe bolcheviste avait accompli pour une large part l'anéantissement du judaïsme européen que la contre-révolution allemande nationale-socialiste allait poursuivre par d'autres moyens. En Russie, l'expropriation générale, le nivellement économique au plus bas, l'annihilation de l'artisanat et du commerce, etc. frappèrent durement toutes les catégories de la population mais plus spécialement les communautés juives, vouées à l'extinction. Une série de mesures particulières dirigées contre les Juifs se superposa aux précédentes : interdiction de l'hébreu et des publications dans cette langue, dissolution des oeuvres d'assistances et de solidarité, suppression du Bund, du Poale Sion, de toutes les organisations ouvrières et socialistes juives, mises hors la loi du sionisme et persécution impitoyable de ses adeptes. Les Juifs perdirent ainsi les droits et les libertés relatives dont ils jouissaient sous le tsarisme, y compris leurs consolations religieuses[12]. »

Tchéka

D'autres allégations mettent en avant que les Juifs étaient très nombreux parmi les membres de la police secrète russe. En effet, en 1918, sur les 12 membres du département anti-révolutionnaire de la Tchéka, 6 sont d'origine juive. Mais en septembre 1918, au summum de la Terreur Rouge, sur les 42 procureurs de la Tchéka, 6 seulement sont juifs. Il y a 14 Lettons, 13 Russes et 7 Polonais. Seul 3,7% des agents de la Tchéka sont juifs à cette époque

Dans le milieu des années 1930, sous la direction de Guenrikh Iagoda (qui est juif), la présence juive dans la police secrète devient prédominante : 39% des personnes entourant Yagoda sont juives et seulement 30% russes. Les prédécesseurs immédiats de Yagoda étaient également juifs: Iosif Unschlicht et Meier Trilisser. La police secrète de Guenrikh Iagoda participe à l'exécution de Zinoviev et de Kamenev, mais tombe victime de la série de purges suivante de Staline. Yagoda est remplacé par un Russe ethnique Nikolaï Iejov en septembre 1936. Yagoda est arrêté puis exécuté en mars 1937. Sous Yezhov, le nombre de Juifs décroît rapidement à 6 personnes tandis que le nombre de Russes ethniques à la direction de la police secrète, NKVD monte à 102 personnes (67%) et que les purges, à l'instigation de Staline entrent dans leurs périodes les plus sanglantes (1937–1938).

Yevsektsiya

La Yevsektsiya (russe : ЕвСекция) est la section juive du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS). Elle est créée par Lénine pour défier et éventuellement détruire le parti rival, le Bund et les partis sionistes, et pour supprimer le judaïsme et le nationalisme bourgeois, remplacer la culture traditionnelle juive par la culture prolétarienne et imposer l'idée de la dictature du prolétariat à la classe ouvrière juive. Un autre but important de la Yevsektsiya est de mobiliser la diaspora juive en faveur du régime soviétique. Le premier congrès de la Yevsektsiya a lieu en octobre 1918. Pendant la plus grande partie de son existence, la Yevsektsya est dirigée par Semyon Dimanstein.

La Yevsektsia est dissoute en 1929, après la création de la République autonome juive. Beaucoup de ses membres périssent lors des Grandes Purges. Dimanstein est exécuté en 1938 et réhabilité à titre posthume en 1955, 2 ans après la mort de Staline.

Juifs anti-bolcheviks

En 1917, une partie importante des révolutionnaires juifs, et notamment ceux du Parti socialiste révolutionnaire (Esers), sont opposés au « coup d'État » bolchevik. La terreur rouge est déclenchée par l'assassinat d'Ouritsky et une tentative d'assassinat de Lénine. Dans les deux cas les coupables sont des Juifs. Dans le premier groupes de 130 personnes exécutés pendant la Terreur Rouge, 12 sont des Juifs [13]

Utilisations et évolution du concept

« La grande majorité des non-Juifs réagissent négativement à l'intensification de l'activité politique juive, et cela devint un des facteurs importants de l'exacerbation des différences entre les Juifs et leur entourage qui va se développer pendant les deux décades de l'entre deux guerres [...]. Il est évident que les émigrés qui fuient la Révolution russe répandent l'idée que le bolchevisme est une affaire juive (le vieil argument antisémite de la domination du monde sous de nouveaux habits)[14] »

Allemagne nazie

Dans l'Allemagne nazie, le terme de judéo-bolchevisme traduit la perception générale que le communisme est un mouvement inspiré et contrôlé par les Juifs dans un but de domination du monde, et cela depuis son origine : Karl Marx. Le terme est popularisé dans la presse écrite par le journaliste allemand Dietrich Eckart, auteur du pamphlet Der Bolschewismus von Moses bis Lenin (Le Bolchevisme de Moïse à Lénine) au début des années 1920, associant Moïse et Lénine en tant que communistes et Juifs. L'édition de 1923 du Protocole des sages de Sion par le nazi Alfred Rosenberg relance la diffusion de ce faux.[15] Cette réédition est suivie par l'énoncé hautement incendiaire de Hitler dans Mein Kampf (1924): « Dans le bolchevisme russe, nous voyons au vingtième siècle, les efforts de la Juiverie pour la domination du monde ».

Selon Michael Kellogg, auteur de The Russian Roots of Nazism. White Émigrés and the Making of National Socialism, 1917–1945 (Les Racines russes du nazisme : les émigrés blancs et la construction du national-socialisme) :

« Dans son livre précurseur en 1939, L’Apocalypse de notre temps : les dessous de la propagande allemande d’après des documents inédits, Henri Rollin souligne que l'« Hitlérisme » représente une forme de contre-révolution anti-soviétique qui utilise « le mythe d'un mystérieux complot judéo-maçonnique-bolchevique ». Rollin analyse la croyance Nationale Socialiste provenant des émigrés blancs, qu'une vaste conspiration judéo-maçonnique est a l'origine de la Première Guerre mondiale, pour renverser les empires russe, allemand et austro-hongrois et déclencher le bolchevisme après avoir saper l'ordre existant en répandant des idées libérales insidieuses. Après l'occupation de la France en 1940, les troupes allemandes détruisent l'œuvre de Rollin et le livre est resté depuis inconnu[16]. »

États-Unis et Grande-Bretagne dans les années 1920

L'ambassadeur américain en Russie, David Francis, écrit en janvier 1918, que la plupart des leaders bolcheviques sont juifs[17]. Aussi, dans un rapport du Secret Intelligence Service (Service de renseignements Britannique) remis aux États-Unis et autres gouvernements, intitulé A Monthly Review of the Progress of Revolutionary Movements Abroad (Une revue mensuelle des progrès des mouvements révolutionnaires à l'étranger), il est mentionné dans le premier paragraphe que l'international communisme est contrôlée par les Juifs.[18]

Le capitaine Montgomery Schuyler, officier des renseignements militaires américains en Russie, rapporte régulièrement au chef d'État Major des renseignements de l'Armée US (avant la création de la CIA, l'armée était chargée du renseignement). Ces rapports sont retransmis au Président. Dans un de ses rapports, déclassifié en 1958, Schuyler indique:

« Il est probablement imprudent de dire cela à haute voix aux États-Unis, mais le mouvement bolchevique a, depuis son début, été guidé et contrôlé par des Juifs russes de la plus sournoise espèce[19]... »

Dans un autre rapport, daté du 9 juin 1919, Schuyler cite Robert Wilton, le correspondant en chef en Russie du The Times de Londres. Il écrit ce qui suit, qui depuis a été prouvé historiquement erroné :

« Un tableau tracé en 1918 par Robert Wilton, correspondant du London Times en Russie, montre qu'à cette époque, il y avait 384 commissaires comprenant 2 Nègres, 13 Russes, 15 Chinois, 22 Arméniens et plus de 300 Juifs. Parmi ces derniers, 264 sont venus des États-Unis depuis la chute du gouvernement impérial[19]. »

Même Winston Churchill prend brièvement le train en marche et blâme les Juifs d'être responsable de la Révolution Russe[15]. Dans un article du Illustrated Sunday Herald du 8 février 1920, Churchill déclare :

« Il n'y a pas besoin d'exagérer la part jouée dans la création du bolchevisme et dans l'arrivée de la Révolution russe par ces Juifs internationalistes et pour la plupart athées. C'est assurément un très grand rôle ; il surpasse probablement tous les autres. Avec la notable exception de Lénine, la majorité des figures dominantes sont des Juifs[20] »

La commission d'enquête britannique désignée pour enquêter sur les révoltes arabes en Palestine en 1920, associe sionisme et bolchevisme, et met en cause Vladimir Jabotinsky avec le Parti Sioniste du Travail (Poale sion), que la commission nomme une association définitivement bolchevique[21]. En réalité, Jabotinsky est un leader de droite. « L'association de Jabotinsky, fortement antisocialiste, avec un parti marxiste n'est pas le seul non-sense de ce rapport[21]. »

Au début des années 1920, un antisémite britannique notoire, Henry Hamilton Beamish, annonce que le « bolchevisme c'est le judaïsme »[22].

En France durant les années 1930-1940

Michel Winock note que « La révolution socialiste et communiste achève la cristallisation du mythe juif. Il n'est pas seulement l'homme du Capital; il est aussi le Subversif révolutionnaire. Non seulement il détruit la société par le haut (banquiers, hommes d'affaires, politiciens francs-maçons...) mais il en sape les fondements. Rothschild et Marx, un seul combat: la démolition de la société occidentale. La révolution bolchevique de 1917 apparaît comme un des derniers avatars du « complot juif » pour les antisémites. Le thème du «judéo-marxisme », du «judéo-bolchevisme », sera usé jusqu'à la corde dans la presse d'extrême droite au cours des années trente, quand bien même Staline avait entrepris la liquidation des communistes juifs »[23].

Durant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, le thème du judéo-bolchévisme persiste dans un certain nombre de publications, comme une brochure du Comité d’action antibolchévique qui désigne le communisme comme « la doctrine de la haine, issue de cerveaux juifs » (un dessin de cette même brochure représente Karl Marx avec un nez crochu et proéminent, au mépris de sa physionomie réelle)[24]. L'affiche rouge insiste sur l'origine juive d'une partie des résistants communistes exécutés, membres de la FTP - MOI.

Le thème se fait cependant nettement plus rare qu'avant-guerre dans le dessin de presse des journaux collaborationnistes : le discours antisémite se concentre au contraire davantage sur le Royaume-Uni et les Etats-Unis, Churchill et Roosevelt étant très couramment présentés comme des agents du capitalisme juif. Quand l'URSS rejoint les Alliés, Staline n'est généralement pas montré comme un agent des Juifs : le régime communiste est la plupart du temps dépeint comme un allié du capitalisme juif, mais ne lui est pas assimilé, l'alliance étant présentée comme de circonstance, et par là-même tournée en dérision dans le discours de propagande. Des compositions graphiques continuent néanmoins d'associer à l'occasion étoile rouge et étoile de David[25]. Certains dessinateurs, comme Ralph Soupault, allient les discours contre le capitalisme juif et le judéo-bolchévisme en présentant le Juif comme simultanément responsable du communisme, du capitalisme, et de la franc-maçonnerie[26].

Après la Seconde Guerre mondiale

Après le conflit mondial, le discours alliant communisme et judaïsme continue d'exister, principalement à l'extrême-droite, mais connaît des infléchissements, les aspects antisémites de la politique des régimes staliniens amenant à le nuancer : l'idéologue néo-fasciste américain Francis Parker Yockey loue en effet les Procès de Prague, dans lesquels il voit l'amorce d'une rupture de la Russie avec la « juiverie »[27].

L'auteur antisémite français Henry Coston se consacre plus nettement aux rapports entre judaïsme et capitalisme, mais écrit également :« que la finance cosmopolite ait été, trop souvent, la complice consciente et volontaire de la Révolution, ce n'est plus douteux. (...) Bien sûr, dans le cas de Jacob Schiff et de Trotzky, une origine ethnique commune peut expliquer la collusion. Bernard Lazare n'a-t-il pas dit que l'âme de ses coreligionnaires est "double", qu'elle est "mystique" et "positive" ? »[28]. Le communisme est ainsi présenté, sinon comme l'instrument, du moins comme le complice objectif de certaines franges du capitalisme, lui-même en partie identifié au judaïsme.

Iran, 2006

L'allégation du complot judéo-bolchevique refait surface, lors d'une interview le 28 décembre 2006 du conseiller du président iranien Mohammad Ali Ramin, nommé secrétaire-général de la nouvelle Fondation mondiale pour l'étude de l'Holocauste lors de la Conférence internationale pour la révision de la vision globale de l'Holocauste (se référer au terme révisionnisme).

« Le gouvernement bolchevique soviétique du temps de Lénine et plus tard de Staline — les deux étant juifs, bien que se présentant eux-mêmes comme marxistes et athées — était une des forces qui jusqu'à la Seconde Guerre mondiale a coopéré avec Hitler pour promouvoir l'idée de la création de l'État d'Israël[29]. »

Références

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Jewish Bolshevism ».
  1. (en) Walter Laqueur (1965), Russia and Germany (Boston: Little, Brown and Company).
  2. (en) Daniel Pipes (1997), Conspiracy: How the Paranoid Style Flourishes and Where It Comes From , The Free Press - Simon & Shuster (ISBN 0-684-83131-7), p.  93.
  3. (en) James Webb (1976), Occult Establishment: The Dawn of the New Age and The Occult Establishment, Open Court Publishing (ISBN 0-87548-434-4), p. 295.
  4. a  et b (en) Political Activity and Emigration. Beyond the Pale. The History of Jews in Russia. (Exhibition by Friends and Partners Project).
  5. (en) Sergey Kara-Murza, Soviet Civilization, vol. 1 (The chapter about the growth of Russian political parties during February-October 1917 online) (ru)
  6. (en) Alan Woods. Bolshevism: The Road to Revolution. Part 1: The Birth of Russian Marxism. Section 3. The Jewish Workers' Movement
  7. (en) Alan Woods. Bolshevism: The Road to Revolution. Part 1 Section 5. The First Congress of the RSDLP
  8. (en) Alan Woods. Bolshevism: The Road to Revolution. Part 1 Section 6. The Second Congress
  9. Lucien Rebatet, Les Juifs et l'antisémitisme, Editions du Bon Temps, 1999, (recueil d'articles)
  10. (en) Walter Laqueur. The Changing Face of Antisemitism: From Ancient Times to the Present Day. Oxford University Press, 2006 (ISBN 0-19-530429-2) p. 105
  11. (ru) Vladimir Burtsev,Le Protocole des Sages de Sion : Un faux avéré, ch. 3.
  12. article Le Communisme et les Juifs, revue Contacts littéraires et sociaux, mai 1951, reproduit dans Chroniques du mensonge communiste, Commentaire/Plon, 1998, p. 86
  13. (en) Samson Madiyevsky, Jews and the Russian Revolution: whether there Was a Choice, an article in Lechaim (online)
  14. (en) Haim Hillel Ben-Sasson, éd. (1976), A History of the Jewish People, Harvard University Press, Cambridge (ISBN 0-674-39730-4), p. 944
  15. a  et b (en) Daniel Pipes (1997): Conspiracy: How the Paranoid Style Flourishes and Where It Comes From (The Free Press - Simon & Shuster) p.95. ISBN 0-684-83131-7
  16. (en) The Russian Roots of Nazism. White Émigrés and the Making of National Socialism, 1917–1945, Michael Kellogg (excerpt)
  17. (en) Francis, David R. Russia From the American Embassy, C. Scribner's & Sons, New York, 1921 p. 214.
  18. (en) U.S. National Archives. Dept. of State Decimal File, 1910–1929, file 861.00/5067.
  19. a  et b (en) U.S. National Archives. Record group 120: Records of the American Expeditionary Forces, 9 juin 1919.
  20. (en) Churchill, Winston. « Zionism versus Bolshevism: A Struggle for the Soul of the Jewish People. », Illustrated Sunday Herald, 8 février 1920.
  21. a  et b (en) Tom Segev, One Palestine, Complete, Metropolitan Books, 1999, p. 141.
  22. (en) James Webb (1976), Occult Establishment: The Dawn of the New Age and The Occult Establishment, Open Court Publishing (ISBN 0-87548-434-4), p. 130.
  23. Michel Winock
  24. Brochure 25 ans de bolchevisme. Fléau du monde, éditée par le Comité d’Action Antibolchévique, dessinée par Apis (Jean Chaperon)
  25. Christian Delporte, Les Crayons de la propagande, CNRS éditions, 1993, p. 96
  26. Christian Delporte, ibid, p. 116
  27. What is Behind the Hanging of the Eleven Jews in Prague?, texte publié en 1952
  28. Henry Coston, Les Financiers qui mènent le monde, La Librairie française, 1955, réed Publications H.C., 1989
  29. (en) « Mohammad Ali Ramin, Advisor to Iranian President Ahmadinejad: 'Hitler Was Jewish' » (MEMRI Special Dispatch Series n°1408), 3 janvier 2007.

Bibliographie

  • (en) Robert Wistrich, Revolutionary Jews from Marx to Trotsky, Harrap, Londres, 1976 (ISBN 0-245-52785-0)
  • (en) Mikhail Agursky, The Third Rome.National Bolshevism in the USSR, Westview Press, 1987 (ISBN 08133-0139-4)
  • (en) Sonja Margolina, Das Ende der Lügen. Russland und die Juden im 20. Jahrhundert, Berlin, 1992 (ISBN 3-88680-449-6).
  • (en) Richard Pipes, Russia under the Bolshevik regime, Alfred A.Knopf, New York, 1993 (ISBN 0-394-50242-6)
  • (en) Arkady Vaksberg, Stalin against the Jews, Vintage Books (a division of Random House) New York, 1994 (ISBN 0-679-42207-2)
  • (en) Yuri Slezkine, The Jewish Century, Princeton University Press, 2004 (ISBN 0-691-11995-3)

Voir aussi

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