Juan Manuel Fangio

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Juan Manuel Fangio
Juan Manuel Fangio
Juan Manuel Fangio en 1952
Juan Manuel Fangio en 1952
Surnom El Chueco
Date de naissance 24 juin 1911
Lieu de naissance Balcarce, Argentine
Date de d√©c√®s 17 juillet 1995 (√† 84 ans)
Lieu de décès Buenos Aires, Argentine
Nationalit√© Drapeau d'Argentine Argentine
Qualité Pilote automobile
√Čquipe Alfa Romeo
Maserati
Mercedes Benz
Ferrari
Novi Auto Air Conditioner
Nombre de courses 53 (51 départs)
Pole positions 29
Podiums 35
Victoires 24
Champion du monde 1951, 1954, 1955, 1956, 1957

Juan Manuel Fangio (n√© le 24 juin 1911 √† Balcarce, une ville d‚ÄôArgentine situ√©e √† environ 400 km de la capitale ‚ÄĒ mort le 17 juillet 1995 √† Buenos Aires), est un pilote automobile argentin. Cinq fois Champion du monde de Formule 1 (en 1951, 1954, 1955, 1956 et 1957) il a domin√© la discipline reine du sport automobile dans les ann√©es cinquante, √©tant jusqu'√† ce jour le seul pilote √† √™tre sacr√© champion du monde dans 4 √©curies diff√©rentes. Gr√Ęce √† ses exploits et √† son unique pourcentage de victoires sur Grands Prix disput√©s (24 victoires sur 51 Grand Prix, record absolu), nombreux sont ceux qui le consid√®rent comme le plus grand pilote de l'histoire[1].

Sommaire

Biographie

Enfance

Né dans une modeste famille d'immigrés italiens originaires des Abruzzes, son père était ouvrier maçon décorateur, Juan Manuel Fangio était le cinquième enfant d’une fratrie de six. Pas très doué pour l'école, il se passionne pour le football mais aussi pour la mécanique puisqu'il fréquente un atelier de réparation mécanique automobile durant ses loisirs.

En 1922, √Ęg√© de 11 ans, parall√®lement √† l'√©cole, il devient apprenti m√©canicien dans un atelier de Balcarce qui pr√©pare notamment des voitures de courses. Quelques ann√©es plus tard, il abandonne l'√©cole et est engag√© par le concessionnaire Ford, puis par le concessionnaire Studebaker de sa ville natale. M√©canicien comp√©tent, on lui confie √©galement parfois le soin d'essayer les nouvelles voitures, ce qui lui permet √† seulement 16 ans de s'initier aux joies de la conduite. En 1929, √† 18 ans, il effectue m√™me des d√©buts en comp√©tition, en qualit√© de co-pilote, aux c√īt√©s d'un riche client du garage pour lequel il travaille. Cette premi√®re exp√©rience restera longtemps sans suite.

1936-1938 : Premi√®res courses

En 1933, apr√®s son service militaire d'un an dans le 6e r√©giment d'artillerie de Campo de Mayo o√Ļ il est chauffeur personnel d'officier sup√©rieur, il ouvre son propre garage avec l'aide de son p√®re et de ses fr√®res. Ce n'est qu'en 1936, alors qu'il est √Ęg√© de 25 ans, qu'il dispute sa premi√®re course, au volant de la Ford A d'un ami, pr√©par√©e dans l'atelier familial. Dans les mois suivants, il renouvelle l'exp√©rience √† plusieurs reprises, avec la Ford A, puis avec une Buick V8 et enfin avec une Ford V8 de 85 chevaux, qu'il engage en 1938 dans le "Gran Premio de Necochea". Troisi√®me de sa manche qualificative, puis septi√®me de la finale, Fangio prend peu √† peu conscience de ses qualit√©s de pilote.

1939-1942 : Le temps des carreteras

√Ä partir de 1939, Fangio d√©cide d'abandonner les √©preuves sur circuit pour se lancer dans les courses routi√®res (appel√©es en Argentine Tourisme de Route ou Turismo Carretera), alors extr√™mement populaires en Argentine. Il s'agit d'√©preuves de plusieurs centaines de kilom√®tres, disput√©es sur des routes sinueuses et caillouteuses, aussi √©prouvantes pour les machines que pour les organismes. Gr√Ęce √† une souscription lanc√©e √† Balcarce, Fangio parvient √† s'offrir une Chevrolet V6 qui lui permet rapidement de concurrencer les fr√®res Galvez, alors les deux grands pilotes argentins de la sp√©cialit√©. En 1940, il remporte sa premi√®re grande √©preuve, le Gran Premio del Norte, une longue course harassante de deux semaines et de 9445 km entre Lima au P√©rou et Buenos Aires en Argentine via la travers√©e de la cordill√®re des Andes par des cols qui culminent √† plus de 4000 m√®tres. En fin d'ann√©e, il obtient son premier titre de champion d'Argentine de Carreteras, titre qu'il conserve en 1941.

Mais en 1942, la guerre qui fait rage en Europe et qui s'étend au reste du monde commence à éprouver l'économie argentine. Pour cause de rationnement, les courses automobiles sont mises en sommeil et Fangio se consacre exclusivement à la bonne marche de son garage.

1947-1948 : Les temporadas

En 1946, au sortir de la guerre, les courses automobiles peuvent reprendre en Argentine. Cette reprise est facilitée par l'arrivée au pouvoir du Général Juan Peron qui s'avère être un grand amateur de sport automobile et qui souhaite en faire un outil de prestige pour l'Argentine. Il lance ainsi l'idée d'organiser en Argentine une saison de course sur circuit (une temporada) lors de l'été austral (l'hiver en Europe) au cours de laquelle les meilleurs pilotes mondiaux (alors essentiellement les Italiens et les Français) viendraient se frotter aux gloires locales. Fangio participe à la première temporada (lors de l'hiver 1947), mais faute d'un matériel compétitif (une Ford T à moteur Chevrolet), n'est guère en mesure de se mettre en valeur. Dans les mois qui suivent, de nombreux succès au volant d'une Volpi-Chevrolet préparée par ses soins lui permettent de convaincre l'Automobile Club d'Argentine de lui confier une voiture compétitive pour la temporada 1948. En parvenant à rivaliser avec les meilleurs, Fangio ne tarde pas à justifier les espoirs placés en lui, tout en gagnant la sympathie et le respect de pilotes de renom tels Achille Varzi, Luigi Villoresi et Jean-Pierre Wimille.

1948-1949 : Premiers pas en Europe

Apr√®s avoir su attirer certains des meilleurs pilotes mondiaux en Argentine, l'Automobile Club d'Argentine (toujours fortement encourag√© par Peron) enclenche la deuxi√®me phase de son programme de d√©veloppement du sport automobile argentin, en envoyant ses meilleurs pilotes (dont Fangio) en Europe, pour qu'ils se familiarisent avec l'environnement des courses europ√©ennes. C'est √† l'occasion de ce voyage que Fangio effectue de mani√®re totalement improvis√©e ses d√©buts en Formule 1, lors du Grand Prix de l'ACF, disput√© le 18 juillet 1948 sur le circuit de Reims. Il est appel√© par Am√©d√©e Gordini pour remplacer au pied lev√© le pilote fran√ßais Maurice Trintignant, victime d'un grave accident quelques jours plus t√īt lors d'une course en lever du rideau du Grand Prix de Suisse √† Bremgarten. Malgr√© une r√©sistance h√©ro√Įque, Fangio est impuissant face aux redoutables Alfetta et doit abandonner suite √† la casse moteur de sa Gordini.

En 1949, l'Automobile Club d'Argentine passe √† la vitesse sup√©rieure en constituant une v√©ritable √©quipe d'Argentine (√† laquelle est bien √©videmment incorpor√© Fangio) pour courir en Europe. Au volant de la Maserati 4CLT de l'ACA, Fangio remporte la derni√®re course de le temporada 1949, avant de repartir pour l'Europe y disputer sa premi√®re v√©ritable saison internationale. Rapidement, l'√©pop√©e europ√©enne de l'√©quipe d'Argentine vire au triomphe, puisque Fangio encha√ģne les succ√®s avec une insolente sup√©riorit√©, dans des √©preuves il est vrai d'importances in√©gales: Grand Prix de San Remo, Grand Prix de Pau, Grand Prix du Roussillon, Grand Prix de Marseille (sur une Gordini), Grand Prix de l'Autodrome √† Monza (sur une Ferrari lou√©e in extremis √† la Scuderia) puis Grand Prix d'Albi. En fin d'ann√©e, c'est en h√©ros national que Fangio retourne en Argentine, mais surtout, il a la satisfaction d'avoir d√©croch√© un volant de pilote officiel au sein de l'√©curie Alfa Romeo pour la saison 1950 et le tout premier championnat du monde de Formule 1.

1950-1951 : Premier titre avec Alfa Romeo

L'Alfetta des saisons 1950 et 1951

Meurtrie par les accidents mortels de Varzi et de Wimille, l'√©quipe Alfa Corse a fait l'impasse sur la saison 1949, mais cela ne l'emp√™che pas de se pr√©senter en favorite du championnat du monde 1950, tant la sup√©riorit√© technique de la surpuissante Alfetta 158 est grande, et tant l'√©quipe de pilotes constitu√©e par Fangio, Farina et √† un degr√© moindre Fagioli (les ¬ę 3 FA ¬Ľ) impressionne.

Rapidement, le championnat se r√©duit comme pr√©vu √† un duel entre Farina et Fangio. Victime d'une casse m√©canique lors de la manche inaugurale √† Silverstone, Fangio remporte son premier Grand Prix du championnat du monde, au volant de son Alfa Romeo 158, r√©alisant, par la m√™me occasion, le premier hat trick (pole position, meilleur tour en course et victoire) de l'histoire de la Formule 1, d√®s la deuxi√®me course du championnat du monde, lors du Grand Prix de Monaco, le 21 mai 1950. Il s'impose √©galement en Belgique et au Grand Prix de l'ACF, mais plusieurs abandons lui co√Ľtent le titre mondial. Il doit se contenter de la place de vice-champion, 3 points derri√®re Farina.

En 1951, Fangio (toujours chez Alfa Romeo qui engage la Tipo 159) semble parti pour prendre facilement sa revanche comme l'atteste sa victoire au premier Grand Prix de la saison en Suisse, au terme d'une démonstration de pilotage sous la pluie. Mais, après une deuxième victoire acquise en France sur le circuit de Reims (partagée avec son coéquipier Fagioli qui lui avait cédé sa voiture), le championnat change de visage et Fangio subit la domination de la Scuderia Ferrari, emmenée par son compatriote José Froilán González mais surtout par Alberto Ascari. Un abandon en Italie (combiné à une victoire d'Ascari) semble le condamner à un nouvel échec au championnat.

Mais le 28 octobre, pour la derni√®re manche de la saison, sur le circuit Pedralbes, trac√© non permanent situ√© dans la ville de Barcelone, Ferrari se fourvoie dans ses choix de pneumatiques, et offre sur un plateau la victoire et le titre mondial √† Fangio. Apr√®s sa victoire, lors du Grand Prix d'Espagne, Juan Manuel Fangio remporte le Championnat du monde de Formule 1 ‚ÄĒ le premier de ses cinq titres de champion du monde ‚ÄĒ au volant de son Alfa Romeo.

1952-1953 : Deux saisons √† oublier

Les retraits combin√©s d'Alfa Romeo et de Talbot-Lago, la dissolution de l'association Simca-Gordini et l'√©chec du projet BRM laissant Ferrari seule √©curie de F1 en lice √† l'or√©e de la saison 1952, la FIA d√©cide d'organiser les championnats du monde 1952 et 1953 sous l'√©gide de la Formule 2, la nouvelle r√©glementation F1 (2 500 cm3) devant entrer en vigueur en 1954[2]. Fangio trouve refuge chez Maserati pour disputer le championnat du monde. Sa premi√®re course avec la nouvelle arme de la firme au Trident, la A6GCM, est pr√©vue le 8 juin √† Monza, au Grand Prix de l'Autodrome, une √©preuve hors-championnat. La veille, Fangio √©tait engag√© au volant d'une Formule 1 BRM V16 dans une √©preuve de Formule Libre en Ulster, et il pr√©voyait de rallier Monza en avion. Mais en raison de probl√®mes m√©t√©orologiques, l'avion de Fangio ne put aller plus loin que Paris, et le pilote argentin dut effectuer le trajet Paris-Monza en voiture. Ce n'est que d'extr√™me justesse, et apr√®s une nuit blanche pass√©e sur la route, qu'il parvint √† se pr√©senter au d√©part de la course √† Monza, sans avoir particip√© aux essais. D√®s le deuxi√®me tour, dans le virage de Lesmo[3], il commet une erreur de pilotage et sa Maserati part dans une effroyable cabriole. Relev√© avec de graves blessures aux vert√®bres cervicales, Fangio √©chappe √† la paralysie, mais doit observer une longue convalescence et passe plusieurs mois pl√Ętr√©.

Il retrouve la compétition en 1953. Une impressionnante série de deuxièmes places lui permet de faire un temps illusion au championnat, mais dans les faits, il est systématiquement dominé par les Ferrari, notamment celle d'Alberto Ascari qui décroche facilement le titre. Fangio doit attendre l'ultime manche de la saison, à Monza, pour renouer avec la victoire, au terme d'un dernier tour à suspense, évitant de justesse le leader (Ascari) en perdition à la sortie du dernier virage avant l'arrivée[4].

1954-1955 : La domination Mercedes

Juan Manuel Fangio en 1986 au volant de la Mercedes-Benz W196 double championne du monde en 1954 et 1955.

√Ä l'issue de la saison 1953, Juan Manuel Fangio est contact√© par Mercedes-Benz, qui envisage de profiter du changement de r√®glement technique (retour √† la F1, 2,5 litres maxi, carburant libre) pour effectuer son retour en Grand Prix apr√®s 15 ann√©es d'absence. Fangio conna√ģt bien Mercedes et son directeur de course Alfred Neubauer pour avoir couru pour eux en Argentine lors de la temporada 1951, √† un moment o√Ļ la firme √† l'√©toile revenait tout juste √† la comp√©tition. Les succ√®s r√©cents des Mercedes aux 24 Heures du Mans et √† la Panam√©ricaine ach√®vent de le convaincre du formidable potentiel de la marque allemande.

La Mercedes-Benz W196 ne pouvant √™tre pr√™te avant le Grand Prix de France, Mercedes accepte que Fangio d√©bute la saison dans une autre √©quipe afin de ne pas hypoth√©quer ses chances au championnat. Au volant de la remarquable Maserati 250F, Fangio ne se prive pas de remporter les deux premi√®res manches du championnat, en Argentine puis en Belgique. Au Grand Prix de France, troisi√®me manche de la saison (abstraction faite des 500 miles d'Indianapolis disput√©s sous la formule internationale), Fangio d√©couvre la Mercedes W196, qui se distingue par une a√©rodynamique tr√®s soign√©e (√† l'inverse des autres F1, la W196 a les roues car√©n√©es), tandis que sa couleur argent√©e du plus bel effet rappelle aux observateurs les grandes heures de la marque avant-guerre. Si les adversaires de Fangio esp√©raient que Mercedes souffre d'un temps d'adaptation, ils en sont pour leurs frais puisque l'Argentin obtient la pole position et impose la W196 d√®s sa premi√®re apparition. √Ä Silverstone, dans des conditions qui conviennent mal aux caract√©ristiques de sa voiture, Fangio termine laborieusement 4e, mais au N√ľrburgring, sur la W196 en version non car√©n√©e, il reprend sa marche triomphale. Son succ√®s est toutefois assombri par la mort lors des essais de son jeune compatriote et prot√©g√© Onofre Marim√≥n. Deux nouvelles victoires en Suisse puis en Italie assurent √† Fangio un facile deuxi√®me titre mondial.

Malgr√© une concurrence qui aiguise ses armes (notamment Alberto Ascari au volant de la prometteuse Lancia D50), Fangio entame la saison 1955 en position de grand favori. Il d√©bute d'ailleurs l'ann√©e par ce qui restera comme l'une de ses plus fameuses victoires, en Argentine. Sous un soleil de plomb, les pilotes sont physiquement incapables d'effectuer seuls les 375 kilom√®tres du Grand Prix et rapidement, au gr√© des abandons, plusieurs pilotes se relayent au volant d'une m√™me voiture, comme le r√®glement l'autorise alors. Mais Fangio, fort d'une condition physique irr√©prochable et de son exp√©rience des redoutables carreteras argentines, parvient √† rallier victorieusement l'arriv√©e en solitaire. Apr√®s un abandon sur casse moteur √† Monaco, Fangio effectue une parenth√®se dans sa saison de Formule 1 en participant aux 24 Heures du Mans, au volant de la Mercedes-Benz 300 SLR. L'√©quipage qu'il forme avec le jeune prodige britannique Stirling Moss (√©galement son √©quipier en F1) y fait figure de grand favori. Fangio est √† la lutte avec la Jaguar d'Hawthorn lorsque le drame se joue, quelques heures apr√®s le d√©part seulement. Surpris par une manŇďuvre brutale de Hawthorn pour rentrer aux stands, Lance Macklin effectue un √©cart que ne peut √©viter le Fran√ßais Pierre Levegh dont la Mercedes d√©colle avant de se d√©sint√©grer sur le talus s√©parant la piste des tribunes, projetant des d√©bris mortels (notamment le moteur, le train-avant et le capot) dans la foule. Plus de 80 personnes sont tu√©es. Fangio qui roulait juste derri√®re Levegh √©chappe de justesse au drame. Quelques heures plus tard, alors que l'√©quipage Fangio-Moss est en t√™te de la course, la direction de Mercedes d√©cide de retirer ses voitures.

Amputée de plusieurs manches suite au drame des 24 Heures, la saison de F1 se poursuit néanmoins, toujours dominée par Mercedes, sans réelle opposition après le retrait de l'écurie Lancia (en proie à de grandes difficultés financières et meurtrie par l'accident mortel d'Alberto Ascari peu après le Grand Prix de Monaco) et compte tenu de la petite forme des Ferrari et Maserati. Fangio s'impose à Zandvoort, termine second à Aintree derrière Moss sans véritablement lui contester la victoire, puis l'emporte à Monza, s'adjugeant du même coup son troisième titre mondial.

1956 : Quatri√®me titre amer chez Ferrari

La Ferrari D50 de la saison 1955

À l'issue de la saison 1955, Mercedes annonce son retrait du sport automobile. Une décision qui doit beaucoup au drame des 24 Heures du Mans mais aussi au sentiment pour la firme à l'étoile de n'avoir plus rien à prouver en sport automobile après deux saisons de domination sans partage en Formule 1. À 44 ans, Fangio estime qu'il est peut-être également temps pour lui de tirer sa révérence au sommet et envisage sérieusement d'arrêter la Formule 1. Mais c'est sans compter sur le renversement en septembre 1955 du général Perón. Même si Fangio a toujours su éviter de se faire instrumentaliser par la propagande péroniste, il est de notoriété publique qu'il est un des "protégés" du président déchu et de ce fait, il craint que ses biens en Argentine ne lui soient confisqués par les nouveaux dirigeants. Ce sentiment l'incite à poursuivre sa carrière au plus haut niveau, afin de se mettre à l'abri du besoin. Il parvient à négocier un juteux contrat avec Ferrari (qui sort d'une saison 1955 ratée, mais qui a récupéré les Ferrari D50 au potentiel si prometteur).

Victorieux du Grand Prix d'Argentine (victoire partag√©e avec Luigi Musso puisque Fangio a √©t√© victime d'ennuis d'alimentation sur sa propre voiture), Fangio termine ensuite deuxi√®me du Grand Prix de Monaco, cette fois en partageant les points avec Peter Collins qui lui a c√©d√© sa voiture √† contre-cŇďur apr√®s que l'Argentin eut endommag√© la sienne contre les trottoirs de la Principaut√©, cons√©quence d'un pilotage approximatif, inhabituel chez l'Argentin. Les malheurs de Fangio se poursuivent √† Spa, o√Ļ sa transmission le trahit alors qu'il est en t√™te, puis √† Reims, o√Ļ il est retard√© par une fuite d'huile et doit se contenter de la quatri√®me place. Les ennuis m√©caniques √† r√©p√©tition rencontr√©s par Fangio empoisonnent progressivement ses rapports avec Enzo Ferrari, qu'il accuse ouvertement de favoriser au championnat le jeune Peter Collins. De son c√īt√©, Ferrari pointe du doigt les insuffisances de Fangio (notamment sa course rat√©e de Monaco) et r√©fute les accusations implicites de "sabotage" en rappelant que depuis le d√©but de saison, l'Argentin a b√©n√©fici√© √† deux reprises des consignes de course.

La sulfureuse ambiance s'apaise √† partir du Grand Prix de Grande-Bretagne, que Fangio remporte avec brio, avant d'encha√ģner par un nouveau succ√®s au N√ľrburgring. Propuls√© largement en t√™te du championnat du monde avant d'aborder l'ultime manche en Italie, Fangio ne compte plus que deux adversaires : son co√©quipier Collins, et le Fran√ßais Jean Behra. L'abandon de Fangio sur bris de direction est une v√©ritable aubaine pour Collins, qui n'est toutefois pas en position d'√™tre titr√©. Le Britannique va m√™me jusqu'√† renoncer volontairement √† ses maigres chances d'√™tre titr√© en s'arr√™tant aux stands pour "partager" sa voiture avec Fangio, lequel d√©croche donc son quatri√®me titre mondial.

Malgré ce nouveau titre, les tensions entre Fangio et la direction de Ferrari ont atteint un point de non retour et les deux parties se séparent sans regrets en fin d'année.

1957 : Derniers exploits et cinqui√®me titre

La Maserati 250F de Fangio (version 1957).

En 1957, Fangio retourne chez ses amis de l'√©curie Maserati, o√Ļ il retrouve la 250F. Annonc√© sur le d√©clin apr√®s sa campagne 1956, Fangio se charge de remettre les choses en place en dominant les d√©bats tout au long de l'ann√©e. Il s'impose en Argentine, √† Monaco, √† Rouen (malgr√© des pneus us√©s jusqu'√† la corde qui l'obligent au grand plaisir des spectateurs √† une d√©monstration de pilotage en glissade dans la vertigineuse descente du Nouveau-Monde - Fangio dira alors que sa monoplace √©tait plus efficace ainsi qu'avec des pneus neufs[5]). Contraint √† l'abandon en Angleterre, il reprend sa marche triomphale en signant, le 4 ao√Ľt 1957, sur le toboggan du N√ľrburgring, ce qui reste encore de nos jours consid√©r√© comme l'un des plus beaux exploits de l'histoire de la Formule 1. Retard√© de pr√®s de 45 secondes √† la mi-course suite √† un ravitaillement cafouilleux, il entreprend une remont√©e d'anthologie sur les pilotes Ferrari Mike Hawthorn et Peter Collins. Au prix d'une prise de risque de tous les instants et battant 8 fois de suite son propre record du tour, il parvient √† revenir sur les ¬ę √©chapp√©s ¬Ľ et √† les d√©passer dans le vingt-et-uni√®me et avant-dernier tour de la course. Au soir de ce Grand Prix d'Allemagne d'anthologie, √† l'issue du duquel il a obtenu la vinqt-quatri√®me (et derni√®re) victoire en championnat du monde de sa carri√®re, Juan Manuel Fangio obtient ‚ÄĒ alors qu'il reste encore deux courses √† disputer ‚ÄĒ son cinqui√®me titre (dont quatre cons√©cutifs) de Champion du monde de Formule 1. Deux deuxi√®mes places √† Pescara et √† Monza viendront compl√©ter une saison triomphale.

1958 : Fin de carri√®re

En 1958 Fangio qui est √Ęg√© de 47 ans d√©cide de ne pas d√©fendre son titre et de se retirer progressivement du haut niveau: ¬ę J‚Äôai r√©alis√© toutes mes ambitions. La couronne mondiale √©tait mon plus grand r√™ve. Apr√®s mes deux premiers titres, il me semblait logique d‚Äôessayer d‚Äôen d√©crocher un troisi√®me. Le cinqui√®me me persuada qu‚Äôil √©tait temps de passer la main ¬Ľ. Il est √©galement encourag√© dans sa d√©cision par le semi-retrait de Maserati, en proie √† de grandes difficult√©s financi√®res.

Il se contente de participer cette ann√©e √† deux √©preuves du championnat du monde: le Grand Prix d'Argentine en d√©but de saison sur une Maserati engag√©e sous les couleurs de l'Automobile Club d'Argentine (il termine quatri√®me), puis le Grand Prix de France √† Reims, l√† o√Ļ sa carri√®re internationale avait d√©but√© 10 ans plus t√īt. Retard√© par des ennuis d'embrayage, il doit √† nouveau se contenter d'une modeste quatri√®me place. Par respect envers le plus grand pilote de son temps, le vainqueur du jour Mike Hawthorn refusera de lui infliger un tour de retard en fin de course. Interrog√© sur son attitude par les journalistes, Hawthorn r√©pondra simplement :¬ę On ne prend pas un tour √† cet homme-l√† ¬Ľ. Marqu√© par l'accident mortel de son ancien √©quipier Luigi Musso, le d√©roulement de la course conforte Fangio dans son choix de mettre un terme √† sa carri√®re.

Entre le Grand Prix d'Argentine et le Grand Prix de France, Fangio avait disput√© des √©preuves dans diverses cat√©gories. Citons notamment sa participation avort√©e aux 500 Miles d'Indianapolis (il renonce d√®s les essais, s'estimant insuffisamment performant) ou encore sa participation rocambolesque au Grand Prix de La Havane √† Cuba (dispute en cat√©gorie Sport). Pris en otage par des rebelles castristes le 26 f√©vrier, il est lib√©r√© sans heurt le lendemain de la course. Faisant r√©f√©rence au carambolage mortel ayant marqu√© l'√©preuve, Fangio dira plus tard: ¬ę Cet √©v√®nement m'a peut-√™tre sauv√© la vie ¬Ľ.

De retour en Argentine o√Ļ il se consacre √† sa famille et √† ses affaires, Fangio restera jusqu'√† sa mort un observateur avis√© de l'√©volution de la Formule 1, nouant notamment des contacts privil√©gi√©s avec le pilote br√©silien Ayrton Senna. Jusqu'au d√©but des ann√©es 1990 et malgr√© un pontage cardiaque en 1982, il participait r√©guli√®rement en Argentine mais aussi en Europe √† des manifestations de voitures historiques.

√āg√© de 84 ans, il d√©c√®de le 17 juillet 1995 √† Buenos Aires suite √† une crise cardiaque associ√©e √† une pneumonie. L'Argentine d√©cr√®te alors trois jours de deuil national et son cercueil est expos√© dans le Salon Blanc de la Chambre du gouvernement pour un dernier hommage populaire, en pr√©sence notamment du pr√©sident de la r√©publique Carlos Menem et du pr√©sident de la FIFA Joao Havelange. Juan Manuel Fangio est ent√©rr√© au cimeti√®re de Balcarce, dans le caveau familial, aux c√īt√©s de ses parents et de ses deux fr√®res. Le triple champion du monde Jackie Stewart vint assister √† l'enterrement.

Divers

  • Malgr√© son palmar√®s et son talent, Fangio a couru pendant toute sa carri√®re sans avoir le permis de conduire. Il ne l'a obtenu qu'en 1961, plusieurs ann√©es apr√®s sa retraite.
  • Le nom Fangio a fait son retour sur les circuits dans les ann√©es 1980 et 1990. Le neveu du quintuple champion du monde, appel√© Juan Manuel Fangio II, s'est notamment mis en √©vidence en Am√©rique du Nord, en devenant l'un des meilleurs pilotes du championnat d'Endurance IMSA et en remportant lui aussi les 12 Heures de Sebring.
  • Fangio √©tait le parrain du fils de Werner Engel, Matthias.
  • En France et en Belgique francophone, l'expression ¬ę se prendre pour Fangio ¬Ľ ou ¬ę faire le Fangio ¬Ľ signifie soit ¬ę conduire comme un chauffard ¬Ľ, soit ¬ę rouler de mani√®re sportive ¬Ľ[6].

Citations

¬ę Je le vis pour la premi√®re fois au printemps 1949 sur l'autodrome de Mod√®ne. Il y avait d'autres pilotes mais je finis par garder les yeux sur lui. Il avait un style insolite : il √©tait le seul √† sortir des virages sans raser les bottes de paille √† l'ext√©rieur. Je me disais : cet Argentin est vraiment fort, il sort comme un bolide et reste au beau milieu de la piste!! Quant √† l'homme, je ne parvins jamais √† le cerner vraiment. Manuel Fangio est rest√© pour moi un personnage ind√©chiffrable‚Ķ ¬Ľ

‚ÄĒ Enzo Ferrari

Résultats en championnat du monde de Formule 1

Tableau synthétique des résultats de Juan Manuel Fangio en Formule 1
Saison √Čcurie Ch√Ęssis Moteur Pneus GP disput√©s Victoires Pole positions Records du tour Points inscrits Classement
1950 SA Alfa Romeo Alfa Romeo 158 Alfa Romeo 8 en ligne compressé Pirelli 6 3 4 3 27 2e
1951 SA Alfa Romeo Alfa Romeo 159 Alfa Romeo 8 en ligne compressé Pirelli 7 3 4 5 37 Champion
1952 Officine Alfieri Maserati Maserati A6GCM Maserati 6 en ligne Pirelli 0 0 0 0 0 Nc.
1953 Officine Alfieri Maserati Maserati A6GCM Maserati 6 en ligne Pirelli 8 1 2 2 29,5 2e
1954 Officine Alfieri Maserati
Daimler-Benz AG
Maserati 250F
Mercedes-Benz W196
Maserati 6 en ligne
Mercedes 8 en ligne
Pirelli
Continental
8 6 5 3 57,14 Champion
1955 Daimler-Benz AG Mercedes W196 Mercedes 8 en ligne Continental 6 4 3 3 41 Champion
1956 Scuderia Ferrari Ferrari D50 Ferrari V8 Englebert 7 3 6 4 33 Champion
1957 Officine Alfieri Maserati Maserati 250F Maserati 6 en ligne Pirelli 7 4 4 2 46 Champion
1958 Scuderia Sud Americana
Novi Auto Air Conditioner
Privé
Maserati 250F
Kurtis Kraft 500F
Maserati 250F
Maserati 6 en ligne
Novi 8 en ligne
Maserati 6 en ligne
Pirelli 2 0 1 1 7 14e

Victoires en Championnat du monde de Formule 1

Tableau synthétique des victoires de Juan Manuel Fangio en Formule 1
no  Ann√©e Manche Grand Prix Circuit √Čcurie Voiture R√©sum√©
1 1950 02/07 Monaco Monaco Alfa Romeo 158 Résumé
2 1950 05/07 Belgique Spa-Francorchamps Alfa Romeo 158 Résumé
3 1950 05/07 France Reims-Gueux Alfa Romeo 158 Résumé
4 1951 01/08 Suisse Berne-Bremgarten Alfa Romeo 159 Résumé
5 1951 04/08 France Reims-Gueux Alfa Romeo 159 Résumé
6 1951 08/08 Espagne Barcelone-Pedralbes Alfa Romeo 159 Résumé
7 1953 09/09 Italie Monza Maserati A6GCM Résumé
8 1954 01/09 Argentine Buenos-Aires Maserati 250F Résumé
9 1954 03/09 Belgique Spa-Francorchamps Maserati 250F Résumé
10 1954 04/09 France Reims-Gueux Mercedes-Benz W196 Résumé
11 1954 06/09 Allemagne N√ľrburgring Mercedes-Benz W196 R√©sum√©
12 1954 07/09 Suisse Berne-Bremgarten Mercedes-Benz W196 Résumé
13 1954 08/09 Italie Monza Mercedes-Benz W196 Résumé
14 1955 01/07 Argentine Buenos-Aires Mercedes-Benz W196 Résumé
15 1955 04/07 Belgique Spa-Francorchamps Mercedes-Benz W196 Résumé
16 1955 05/07 Pays-Bas Zandvoort Mercedes-Benz W196 Résumé
17 1955 07/07 Italie Monza Mercedes-Benz W196 Résumé
18 1956 01/08 Argentine Buenos-Aires Ferrari D50 Résumé
19 1956 06/08 Grande-Bretagne Silverstone Ferrari D50 Résumé
20 1956 07/08 Allemagne N√ľrburgring Ferrari D50 R√©sum√©
21 1957 01/08 Argentine Buenos-Aires Maserati 250F Résumé
22 1957 02/08 Monaco Monaco Maserati 250F Résumé
23 1957 04/08 France Rouen-les-Essarts Maserati 250F Résumé
24 1957 06/08 Allemagne N√ľrburgring Maserati 250F R√©sum√©

Victoires en championnat du monde de Voitures de Sport

Tableau synthétique des résultats de Juan Manuel Fangio en Formule 1[7]
no  Ann√©e √Čpreuve Manche √Čcurie Voiture Co√©quipier
1 1953 Carrera Panamericana 07/07 Scuderia Lancia Lancia D24 Gino Bronzoni
2 1956 12 Heures de Sebring 02/05 Scuderia Ferrari Ferrari 860 Monza Eugenio Castellotti
3 1957 12 Heures de Sebring 01/07 Maserati Maserati 450S Jean Behra

Résultats aux 24 Heures du Mans

Tableau synthétique des résultats de Juan Manuel Fangio aux 24 Heures du Mans
Ann√©e Voiture √Čquipe √Čquipier R√©sultat
1950 Simca-Gordini T15S Drapeau de la France Automobiles Gordini Drapeau de l'Argentine José Froilán González Abandon
1951 Talbot-Lago T26GS Drapeau de la France Louis Rosier Drapeau de la France Louis Rosier Abandon
1953 Alfa Romeo 6C Drapeau de l'Italie Alfa Romeo Drapeau de l'Argentine Onofre Marimón Abandon
1955 Mercedes-Benz 300 SLR Drapeau de l'Allemagne Daimler-Benz AG Drapeau du Royaume-Uni Stirling Moss Abandon

Pour l'anecdote, aux essais de l'√©dition 1957, Fangio, simplement venu au titre de suppl√©ant no 1 de l'√©quipe Maserati, bouclera le meilleur temps des essais √† 203,530 km/h de moyenne au volant du spider 450S[8].

Palmarès

Distinctions

Bibliographie

  • Fangio, G√ľnther Molter, √©d. Gallimard, 1958 (Collection "L'air du temps")
  • Fangio pilote de course, Olivier Merlin, √©d. Descl√©e De Brouwer, 1959
  • Ma vie √† 300 √† l'heure, J-M Fangio, √©d. Plon, 1961
  • Fangio - un album Pirelli (en association avec Mercedes Benz), Doug Nye, √©d. √Č.P.A., 1991
  • Courses souvenirs - autobiographie, J-M Fangio, √©d. Michel Lafon, 1995 (r√©√©d. du Plon 1961, remani√©e)
  • Juan Manuel Fangio - La course faite homme, Pierre M√©nard, √©d. Chronosports, 2002
  • Fangio - L'homme qui fut roi, Denis Bernard, √©d. Graton, 2006

DVDthèque

  • Racing Through Time Legends - Juan Manuel Fangio, 2008

Voir aussi

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Notes et références

  1. ‚ÜĎ (en) Juan Manuel Fangio formula1.com
  2. ‚ÜĎ Grand Prix volume 1, par Mike Lang - Haynes Publishing Group, 1981
  3. ‚ÜĎ FANGIO, par G√ľnther Molter - Editions Gallimard, 1958
  4. ‚ÜĎ Piloti, che gente... - par Enzo Ferrari - Edition fran√ßaise Conti Editore, 1987
  5. ‚ÜĎ Revue L'Automobile n¬į136 - ao√Ľt 1957
  6. ‚ÜĎ (fr) Juan Manuel Fangio les24heures.fr
  7. ‚ÜĎ Christian Moity, Endurance - 50 ans d'histoire volume 1 (1953-1963), Editions ETAI, 2004 
  8. ‚ÜĎ Christian Moity, Les 24 Heures du Mans 1949-1973, Editions EDITA SA, 1974 

Liens externes

Précédé par Juan Manuel Fangio Suivi par
Giuseppe Farina
Champion du monde de Formule 1
1951
Alberto Ascari
Alberto Ascari
Champion du monde de Formule 1
1954 - 1957
Mike Hawthorn


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