Josephin Peladan

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Josephin Peladan

Joséphin Péladan

Joséphin Péladan

JosĂ©phin PĂ©ladan est un Ă©crivain et occultiste français nĂ© Ă  Lyon le 28 mars 1859 et mort Ă  Neuilly-sur-Seine le 27 juin 1918. Il s'Ă©tait donnĂ© le surnom de : SĂąr JosĂ©phin PĂ©ladan.

Sommaire

Biographie

Issu d'une famille de cultivateurs et de commerçants, Joseph-AimĂ© PĂ©ladan, qui se donnera plus tard le prĂ©nom de JosĂ©phin, est le fils de Louis-Adrien PĂ©ladan, journaliste Ă  La France littĂ©raire, fondateur de La Semaine religieuse, mystique exaltĂ© et confus, et de JosĂ©phine Vaquier. Son frĂšre aĂźnĂ©, Adrien, qui deviendra mĂ©decin et Ă©rudit, l'instruit trĂšs tĂŽt de toutes sortes de connaissances et, dĂšs l'enfance, il voyage, Ă  Avignon ou Ă  NĂźmes. Il manifeste un esprit indĂ©pendant qui lui vaut d'ĂȘtre renvoyĂ© du lycĂ©e pour avoir traitĂ© un professeur d'athĂ©e, puis du petit sĂ©minaire de NĂźmes.

Il entre comme employĂ© au crĂ©dit Faillelle Ă  Paris. Il voyage Ă  Rome et Ă  Florence oĂč il se prend de passion pour le Quattrocento et pour LĂ©onard de Vinci. De retour Ă  Paris, il publie une nouvelle, Le Chemin de Damas, et entre Ă  L'Artiste d'ArsĂšne Houssaye. Il rencontre LĂ©on Bloy et Paul Bourget et enthousiasme Jules Barbey d'Aurevilly qui prĂ©face son roman Le Vice suprĂȘme (1884), livre pĂ©tri de romantisme et d'occultisme, qui met en scĂšne la lutte de forces secrĂštes qui s'acharnent Ă  dĂ©truire l'humanitĂ© et prend rĂ©solument le contre-pied du naturalisme de Zola « ce porc-zola, ce pourceau qui est en mĂȘme temps un Ăąne Â».[rĂ©f. nĂ©cessaire]

Portrait par Alexandre SĂ©on, 1892.

Ce manifeste ouvre les portes des cĂ©nacles littĂ©raires au jeune auteur de vingt-six ans. Son originalitĂ© plaĂźt mais son exaltation fait sourire.[rĂ©f. nĂ©cessaire] Jean Lorrain le surnomme « le pĂ©lican blanc Â». Plus tard on l'appellera « le Mage d'Épinal Â», « Platon du Terrail Â» ou « le SĂąr pĂ©dalant Â». Rodolphe Salis alla jusqu'Ă  oser un trĂšs cruel « Artaxerfesse Â» qui lui valut des poursuites de l'intĂ©ressĂ©. Il se fĂąche avec LĂ©on Bloy, passe deux jours en prison pour avoir nĂ©gligĂ© de rĂ©gulariser sa situation militaire[rĂ©f. nĂ©cessaire] et se met Ă  publier un trĂšs grand nombre de textes.

En 1888, il publie son livre le plus connu, Istar, se pĂąrant du titre de « SĂąr Â» et du prĂ©nom babylonien « MĂ©rodack Â». Il se dĂ©crit « drapĂ© d'un burnous noir en poil de chameau filamentĂ© de fils d'or, en velours vieux bleu, bottĂ© de daim, et, comme Absalon, chevelu [...] la barbe ointe d'huile de cĂšdre. Â» Sans fausse modestie, il affirme : « J'ai conquis, Ă  force de talents, peut-ĂȘtre de gĂ©nie, le droit de ma pensĂ©e pleine, entiĂšre, et devant tous. J'ai six mille nuits durant valeureusement aimĂ© la langue française ; je puis tout dire en français. J'y suis burgrave sans vasselage. Â» Parmi ses autres pseudonymes, on trouve aussi Anna I. Dinska, Miss Sarah et Marquis de Valognes.

Quand il se prend de passion pour Wagner, il dĂ©barque Ă  Bayreuth vĂȘtu d'un habit blanc, d'une tunique bleu ciel, d'un jabot de dentelle et de bottes de daim, avec un parapluie retenu au cĂŽtĂ© par un baudrier. Si la veuve de Wagner refuse de le recevoir en cet Ă©quipage, cela ne l'empĂȘche pas de publier les opĂ©ras de Wagner en français avec ses annotations « en matiĂšre de thĂ©rapeutique pour dĂ©sintoxiquer la France de son matĂ©rialisme Â».

En 1888, PĂ©ladan est le co-fondateur avec Stanislas de Guaita de l' Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix. Parmi les membres de l'Ordre, on peut relever quelques noms passĂ©s Ă  la posteritĂ© : Papus, F.-Ch. Barlet. PrĂ©textant un refus de la magie opĂ©rative, il se sĂ©pare du groupe en 1891 pour fonder l' Ordre de la Rose-Croix Catholique et esthĂ©tique du Temple et du Graal. L'annĂ©e suivante, il organise le premier Salon de la Rose-Croix du 10 mars au 10 avril 1892 Ă  la cĂ©lĂšbre galerie parisienne Durand-Ruel : « ce jour, l'IdĂ©al eut son temple et ses chevaliers, et nous, MacchabĂ©es du Beau, nous allĂąmes apporter Ă  Notre-Dame, aux pieds de notre Suzerain JĂ©sus, l'hommage du temple et l'agenouillement des Rose-Croix. Â» C'est un trĂšs grand succĂšs. Soixante artistes y participent parmi lesquels nombre de peintres et sculpteurs de talent (Hodler, Khnopff, Delville, Schwabe, Bourdelle etc.) et vingt mille Parisiens dont le Tout-Paris mondain et artistique (MallarmĂ©, Zola, Verlaine, Gustave Moreau etc.), viennent le visiter, au son du prĂ©lude de Parsifal et des Sonneries composĂ©es par Erik Satie et jouĂ©es aux trompettes. Plusieurs Salons de la Rose-Croix seront encore organisĂ©s par la suite.De nombreux artistes de talent y participeront de 1892 Ă  1897 dont de nombreux Ă©lĂšves de Gustave Moreau (y compris Georges Rouault). InĂ©gaux en partie parce que certains artistes invitĂ©s ont craint d'y participer (Burne-Jones, Puvis de Chavannes, Gustave MOreau), ces salons restent un des Ă©vĂ©nements majeurs de la derniĂšre dĂ©cennie du XIXe siĂšcle : ils font figure pour le renouveau de l'idĂ©alisme et tĂ©moignent d'une tendance vers le spirituel qui habitera les grands mouvements de l'art du dĂ©but du XXe.

Il ambitionnait d'extirper la laideur du monde moderne,s'opposant ainsi au matĂ©rialisme ambiant ; Ă  ce titre, il est un porte parole du mouvement symboliste. Il rĂ©dige plusieurs manifestes qui tĂ©moignent d'une grande culture artistique et une saisissante "rĂ©futation esthĂ©tique de Taine" qui accompagne son ouvrage majeur : "L'art idĂ©aliste et mystique" (Paris, 1894). PrĂŽnant une resacralisation de l'art et de la vie, PĂ©ladan opte dĂ©libĂ©rĂ©ment pour un transfert du religieux vers l'art, dans la plus pure tradition baudelairienne. Son ton, les symboles choisis pour la Rose+Croix, ne relĂšvent plus vraiment d'un Ă©sotĂ©risme qu'on a souvent caricaturĂ©, mais tĂ©moignent d'une volontĂ© de s'opposer au trivial et inaugurent une pratique "publicitaire" que les avant-gardes exploiteront abondamment par la suite. Si PĂ©ladan utilise un ton souvent polĂ©mique ou lyrique, rĂ©vĂ©lateur de son caractĂšre passionnĂ©, c'est au service de convictions sincĂšres et d'une dĂ©fense de la grandeur de l'art qu'il estime prostituĂ© sous une IIIeme rĂ©publique souvent mercantile.

Il s'essaye au thĂ©Ăątre avec Babylone (1895), Le Prince de Byzance (1896) puis Le Fils des Ă©toiles (1898) et une trilogie, La PromĂ©thĂ©ide, qui se voulait la suite du PromĂ©thĂ©e d'Eschyle. Ces tragĂ©dies mĂȘlant peinture, musique, Babylone et JĂ©sus-Christ dans une ambition de thĂ©Ăątre total avant la lettre, remportent des succĂšs trĂšs variables, certaines sont ignorĂ©es, d'autres constituent un Ă©vĂ©nement marquant comme lors des reprĂ©sentations organisĂ©es dans les arĂšnes de NĂźmes en 1904 avec "SĂ©miramis". Il produit d'innombrables plaquettes de critique d'art, contribuant Ă  faire connaĂźtre en France l'Ɠuvre de LĂ©onard de Vinci, publiant un opuscule trĂšs fin intitulĂ© De l'androgyne. Ses textes critiques, Ă©loquents autant que richement documentĂ©s, tout comme ses romans, l'Ă©thopĂ©e, cycle de la DĂ©cadence latine, mĂȘlent ouvrages parfois dĂ©cevants et vraies fulgurances. La mĂ©taphysique et le dĂ©bat esthĂ©tique y sont le ressort principal, dans une langue riche et Ă©loquente.

En dĂ©finitive, le contexte de la fin de siĂšcle s'Ă©loignant, JosĂ©phin,PĂ©ladan renonce Ă  ses outrances vestimentaires et vit dans la vĂ©nĂ©ration de sa seconde femme; Christiane Taylor, vivant pĂ©niblement de critiques d'art « que l'ancienne ironie des badauds empĂȘchait de remarquer Â» (Henry Bordeaux). En 1908, il reçoit le prix Charles Blanc de l'AcadĂ©mie française. Il meurt en 1918 presque oubliĂ©.

Cent ans aprĂšs l'action et les Ă©crits de PĂ©ladan, le "SĂąr" fait pourtant toujours parler de lui : son enthousiasme, la justesse de ses propos et de ses jugements artistiques, son dandysme revendiquĂ© ("l'art de la kaloprosopie", thĂ©orisĂ© dans "L'art idĂ©aliste et mystique" (1894) ), son action spectaculaire avec les Salons de la Rose+Croix, s'inscrivent dans une logique littĂ©raire, philosophique et esthĂ©tique d'une grande cohĂ©rence et reflĂštent des dĂ©bats essentiels pour l'art et l'esprit d'une Ă©poque.

ƒuvres

  • Le Vice suprĂȘme, roman, 1884
  • Curieuse, 1885
  • L'Initiation sentimentale, 1887
  • Isthar, 1888
  • Comment on devient mage, 1891
  • Babylone, tragĂ©die, 1895
  • Le Prince de Byzance, tragĂ©die, 1896
  • ƒdipe et le Sphinx, tragĂ©die en prose, 1903
  • SĂ©miramis, tragĂ©die en prose, 1904
  • La DerniĂšre Leçon de LĂ©onard de Vinci, essai, 1904
  • La ClĂ© de Rabelais, 1905
  • De Parsifal Ă  don Quichotte, essai, 1906
  • La Doctrine de Dante, 1908
  • La philosophie de LĂ©onard de Vinci d'aprĂšs ses manuscrits, essai, 1910 (rĂ©Ă©d. Stalker, 2007)
  • De l'Androgyne. ThĂ©orie plastique, essai, 1910

PĂ©ladan vu par ses contemporains

« PĂ©ladan, dont le savoir Ă©tait plus brillant que solide, ne tarda pas Ă  se dĂ©rober aux discussions qui le mettaient sur la sellette. (...) Il Ă©tait alors grisĂ© par le succĂšs de son Vice SuprĂšme et par la curiositĂ© qu'il Ă©veillait dans les salons, oĂč il s'attachait Ă  faire sensation. Le titre de Mage ne lui suffisant plus, il se promut SĂąr, ce qui signifie Roi en assyrien. Â»[1]

« Il Ă©tait parfumĂ© des sept parfums correspondant aux sept planĂštes, mais oĂč dominait impĂ©rieusement l'eucalyptus. Un large col de dentelles sans cravate entourait son cou, mais s'Ă©chancrait assez pour recevoir un gros bouquet de violettes; ses gants de peau grise avaient des baguettes mauves Ă  rehauts d'or. Â»[2]

Références

  1. ↑ Oswald Wirth, Stanislas de Guaita, Ed. du Symbolisme, Paris, 1935, pp.27-28.
  2. ↑ Michel de LĂ©zinier, Avec Huysmans - Promenades et souvenirs, Paris, Delpeuch, 1928, p.172)

Bibliographie

  • Jean-David Jumeau-Lafond, "Les Peintres de l'Ăąme, le symbolisme idĂ©aliste en France", Paris, Paris-MusĂ©e/MusĂ©e d'Ixelles, 1999-2000 (version anglaise : Painters of the soul, Tampere, 2007).
  • Arnaud de l'Estoile, "Qui suis-je?" PĂ©ladan, PardĂšs, Grez-sur-Loing, 2007.
  • Christophe Beaufils, JosĂ©phin PĂ©ladan, 1858-1918. Essai sur une maladie du lyrisme, Ă©d. JĂ©rĂŽme Millon, 1993
  • E. Bertholet, La PensĂ©e et les secrets du SĂąr JosĂ©phin PĂ©ladan, 3 vol., Paris, 1955
  • E. Dautinne, L’ƒuvre et la pensĂ©e de PĂ©ladan, Bruxelles, 1948
  • R. L. Doyon, La Douloureuse Aventure de PĂ©ladan, Paris, 1946
  • C. Leblanc, WagnĂ©risme et CrĂ©ation en France : 1883-1889, Paris, Champion, 2005.
  • F. Monneyron, L'Androgyne dĂ©cadent. Mythe, figure, fantasmes, ELLUG, 1996
  • Revue des Études PĂ©ladanes, juin 1975 Ă  dĂ©cembre 1978, 15 numĂ©ros, la revue interne de l' Organe Officiel de la SociĂ©tĂ© JosĂ©phin PĂ©ladan, Paris, PrĂ©sident J-P. Bonnerot. Étant interne cette revue reste trĂšs difficile Ă  trouver. À classer dans la rubrique collection...

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