John Vanbrugh

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John Vanbrugh
Portrait de Sir John Vanbrugh par Godfrey Kneller

Sir John Vanbrugh (24 janvier 1664 - 26 mars 1726) est un architecte et un dramaturge britannique. On lui doit notamment l'√©dification de Blenheim Palace et de Castle Howard. Il r√©digea √©galement deux com√©dies engag√©es et argument√©es : La Rechute ou la Vertu en danger (The Relapse) en 1696 et L'√Čpouse outrag√©e (The Provoked Wife) en 1697. Toutes deux furent de grands succ√®s de sc√®ne mais furent √† l'origine de nombreuses controverses.

Vanbrugh fut aussi l'architecte du Queen's Theatre à Londres: achevé en 1705, celui-ci sera détruit par le feu en 1789.

Tout au long de sa vie Vanbrugh d√©fendit des id√©es progressistes dans bien des domaines. Dans sa jeunesse, whig convaincu, il prit part au complot destin√© √† renverser Jacques II, √† mettre sur le tr√īne Guillaume III et √† prot√©ger la d√©mocratie parlementaire anglaise, entreprises dangereuses qui le conduisirent √† la Bastille √† Paris comme prisonnier politique. Durant sa carri√®re de dramaturge il offensa bien des secteurs de la soci√©t√© de la Restauration anglaise et du XVIIIe si√®cle, non seulement par les r√©f√©rences sexuelles explicites de ses pi√®ces, mais aussi par leur contenu favorable au droits des femmes dans le mariage. Il fut attaqu√© sur l'un et l'autre chef, et fut l'une des cibles principales de Jeremy Collier dans son Short View of the Immorality and Profaneness of the English Stage (Coup d'Ňďil sur l'immoralit√© du th√©√Ętre anglais) de 1698. Comme architecte il fut √† l'origine de ce qu'on appela plus tard le Baroque anglais. Son Ňďuvre architecturale, aussi audacieuse que l'activisme politique de ses d√©buts et que ses pi√®ces sur le mariage, heurta l'opinion conservatrice.

v ¬∑ modifier] Jeunesse

Vanbrugh na√ģt √† Londres et grandit √† Chester, o√Ļ la famille a √©t√© chass√©e par la grande peste de Londres en 1665[1]. Downes ne partage pas l'opinion des historiens qui l'ont pr√©c√©d√© quant √† l'appartenance de la famille √† la classe moyenne, et il montre que la suggestion faite au XVIIIe si√®cle selon laquelle le p√®re, Giles Vanbrugh, ¬ę aurait pu √™tre sucrier ¬Ľ a √©t√© mal interpr√©t√©e. ¬ę Sucrier ¬Ľ est en fait synonyme de richesse, le mot se rapportant non √† la fabrication de confiseries mais au raffinage du sucre, dont la mati√®re premi√®re venait de la Barbade. Le raffinage allait normalement de pair avec le commerce du sucre, fort lucratif. Downes donne l'exemple d'un raffineur de Liverpool dont l'affaire est estim√©e √† 40 000 livres sterling par an, ce qui √©l√®ve le milieu social des Vanbrugh bien au-dessus de celui du modeste confiseur de Chester d√©peint par Leigh Hunt en 1840 et repris √† sa suite.

Ce que fit Vanbrugh entre 18 et 22 ans, apr√®s la fin de ses √©tudes, resta longtemps un myst√®re. La suggestion parfois avanc√©e (et pr√©sent√©e comme un fait dans le Dictionary of National Biography) qu'il √©tudia l'architecture en France semble sans fondement. Robert Williams a r√©cemment √©tabli dans un article qu'il a sign√© dans le Times Literary Supplement (¬ę Vanbrugh's Lost Years ¬Ľ (¬ę Les ann√©es perdues de Vanbrugh ¬Ľ), 3 septembre 1999) qu'en fait Vanbrugh avait pass√© une partie de cette p√©riode en Inde, employ√© par la Compagnie anglaise des Indes orientales (East India Company) au comptoir de Surat dans le Gujarat. Dans les ann√©es qui suivirent il semble que Vanbrugh n'ait jamais mentionn√© ce fait par √©crit. Les sp√©cialistes d√©battent de l'influence possible de ce s√©jour en Inde sur les b√Ętiments dessin√©s ult√©rieurement par Vanbrugh.

Cette image de jeune homme bien n√© est confirm√©e par le fait qu'en 1686 Vanbrugh re√ßut un commandement dans le r√©giment de son lointain parent, le comte de Huntingdon. √Čtant donn√© que l'attribution des grades d'officiers √©tait √† la discr√©tion du commandant du r√©giment, la nomination de Vanbrugh montre qu'il jouissait du r√©seau de relations familiales de haut niveau requis pour un jeune homme d√©sireux de se lancer dans la vie.

Il faut noter toutefois qu'en d√©pit de ses lointaines relations aristocratiques et du commerce du sucre Vanbrugh ne disposa jamais par la suite des capitaux n√©cessaires √† des entreprises telles que le th√©√Ętre de Haymarket, mais dut toujours s'appuyer sur des pr√™ts et des commanditaires. Le fait que Giles Vanbrugh ait eu douze enfants √† √©lever et √† √©tablir peut expliquer en partie les dettes qui poursuivirent John toute sa vie.

Activisme politique et embastillement

La prison de la Bastille, o√Ļ Vanbrugh fut enferm√©.

√Ä partir de 1686 Vanbrugh Ňďuvra de fa√ßon clandestine √† pr√©parer l'invasion arm√©e de Guillaume d'Orange, la d√©position de Jacques II, et la Glorieuse R√©volution de 1689. Il montrait ainsi son attachement pr√©coce et intense √† la cause whig de la d√©mocratie parlementaire, cause √† laquelle il resterait fid√®le toute sa vie. Au retour d'une mission √† La Haye o√Ļ il devait remettre des messages √† Guillaume, il fut arr√™t√© √† Calais sur une accusation d'espionnage (dont Downes conclut qu'elle avait √©t√© fabriqu√©e) en septembre 1688, deux mois avant que Guillaume n'envahisse l'Angleterre. Vanbrugh resta emprisonn√© en France pendant quatre ans et demi, dont une partie √† la Bastille, avant d'√™tre lib√©r√© en √©change d'un prisonnier politique fran√ßais. Sa vie fut clairement coup√©e en deux par l'exp√©rience de la prison, o√Ļ il entra √† l'√Ęge de 24 ans pour n'en sortir qu'√† 29, ayant pass√©, comme le dit Downes, la moiti√© de sa vie d'adulte en captivit√©. Il semble que cet √©pisode lui ait laiss√© un d√©go√Ľt durable pour le syst√®me politique fran√ßais mais aussi une attirance pour les dramaturges comiques et l'architecture de la France.

L'affirmation souvent r√©p√©t√©e selon laquelle Vanbrugh aurait √©crit une partie de sa com√©die L'√Čpouse outrag√©e √† la Bastille est bas√©e sur des allusions dans deux m√©moires tr√®s post√©rieurs et les sp√©cialistes modernes la consid√®rent avec quelque r√©serve (voir McCormick). Apr√®s son √©largissement Vanbrugh dut passer trois mois √† Paris, libre de ses mouvements mais contraint de rester sur le territoire fran√ßais, ce qui lui donna de multiples occasions de voir une architecture ¬ę sans √©gale en Angleterre pour son ampleur, son ostentation, sa richesse, son go√Ľt et son raffinement ¬Ľ (Downes 75). Il fut autoris√© √† rentrer en Angleterre en 1693, et il prit part √† la bataille navale de Camaret contre les Fran√ßais en 1694. Vers le milieu des ann√©es 1690 (la date exacte n'est pas connue), il abandonna la vie militaire pour Londres et le th√©√Ętre.

Vie publique

Londres

La carrière de Vanbrugh à Londres fut variée, touchant à la dramaturgie, à l'architecture, et à des tentatives pour combiner ces deux centres d'intérêt majeurs.

Le Kit-Cat Club

Vanbrugh √©tait un whig convaincu et appartint au Kit-Cat Club whig, dont il √©tait l'un des membres les plus appr√©ci√©s, vus son charme naturel et sa facilit√© √† nouer des amiti√©s, que ses contemporains mentionnent fr√©quemment. Le Club est per√ßu aujourd'hui comme un rassemblement de whigs du d√©but du XVIIIe si√®cle, personnalit√©s du monde des arts et de la politique parmi lesquelles William Congreve, Joseph Addison, Godfrey Kneller, John Churchill, premier duc de Marlborough, Charles Seymour (6e duc de Somerset), Charles Boyle, deuxi√®me comte de Burlington, Thomas Pelham-Holles, Robert Walpole et Richard Temple, 1er vicomte de Cobham qui confia √† Vanburgh plusieurs commissions √† Stowe dans le Buckinghamshire.

En politique le Club d√©fendait les objectifs whigs : un Parlement fort, une monarchie limit√©e, la r√©sistance √† la France, et la succession protestante au tr√īne. Pourtant le Club se pr√©sentait plut√īt comme un lieu de convivialit√© entre gourmets, r√©putation qui est pass√©e √† la post√©rit√©. Downes sugg√®re cependant que les origines du club sont ant√©rieures √† la Glorieuse R√©volution de 1689 et que son importance politique √©tait bien plus grande avant qu'il ne devienne publique en 1700, √† une √©poque plus calme et plus ¬ę whig ¬Ľ. Downes sugg√®re qu'une premi√®re association Kit-Cat a pu jouer un r√īle dans l'invasion arm√©e de Guillaume d'Orange et la Glorieuse R√©volution. Horace Walpole, le fils du membre Kit-Cat Sir Robert Walpole, affirme que les respectables membres du club que l'on consid√©rait g√©n√©ralement comme ¬ę un rassemblement de beaux esprits ¬Ľ √©taient ¬ę en r√©alit√© les patriotes qui avaient sauv√© la Grande-Bretagne ¬Ľ, ou en d'autres termes √©taient la force vive √† l'Ňďuvre derri√®re la Glorieuse R√©volution elle-m√™me. Les renseignements sur les associations secr√®tes sont par nature rares, et cette esquisse de la pr√©histoire du club ne peut pas √™tre √©tablie avec certitude. Mais comme on l'a vu plus haut le jeune Vanbrugh √©tait bien, en 1688, partie prenante d'un r√©seau clandestin travaillant √† pr√©parer l'invasion de Guillaume. Si les racines du club remontent jusqu'√† cette √©poque, il est tentant de supposer que lorsque Vanbrugh rejoignit le club il ne devenait pas seulement l'un des ¬ę beaux esprits ¬Ľ londoniens mais retrouvait ses vieux amis conjur√©s. Un h√©ros de la cause, qui avait pass√© pour elle des ann√©es dans les ge√īles fran√ßaises, √©tait assur√© √† son retour d'un accueil chaleureux.

Le th√©√Ętre de Haymarket

Le Queen's Theatre, aquarelle et crayon de William Capon

En 1703 Vanbrugh entreprit d'acheter du terrain et de rechercher des commanditaires pour la construction dans Haymarket d'un nouveau th√©√Ętre dont il avait dessin√© les plans et qui √©tait destin√© √† une coop√©rative de com√©diens dirig√©e par Thomas Betterton. Vanbrugh et son associ√© William Congreve esp√©raient par cette entreprise renforcer la position du th√©√Ętre ¬ę l√©gitime[2] ¬Ľ √† Londres, menac√© qu'il √©tait par des formes de spectacles plus hautes en couleurs telles que l'op√©ra, les jongleries, la pantomime (introduite par le producteur John Rich), les spectacles d'animaux, les troupes de danse itin√©rantes, et les tourn√©es de chanteurs italiens en vogue. Ils esp√©raient aussi en tirer un b√©n√©fice, et Vanbrugh, optimiste, racheta la compagnie th√©√Ętrale, s'en rendant l'unique propri√©taire. Il s'obligeait par l√†-m√™me √† verser des salaires aux acteurs et, ainsi qu'il s'av√©ra, √† g√©rer le th√©√Ętre, difficile exercice d'√©quilibrisme dont il n'avait aucune exp√©rience. L'opinion souvent r√©p√©t√©e selon laquelle Vanbrugh avait con√ßu un b√Ętiment √† l'acoustique m√©diocre est excessive (voir Milhous), mais Congreve, qui avait l'esprit plus pratique, chercha activement √† se retirer de l'affaire, si bien que Vanbrugh se trouva √† court de ressources, g√©rant un th√©√Ętre tout en supervisant la construction de Blenheim, projet qui √† partir de juin 1705 l'amena √† quitter Londres fr√©quemment.

Dans ces conditions il n'est pas √©tonnant que la direction du Queen's Theatre (ou Th√©√Ętre de la Reine) dans Haymarket ait montr√© des ¬ę signes nombreux de confusion, d'inefficacit√©, d'occasions rat√©es, et de jugements erron√©s ¬Ľ. (Milhous). S'√©tant br√Ľl√© les doigts dans la gestion d'un th√©√Ętre Vanbrugh s'en retira √† son tour, √† perte, en revendant l'affaire en 1708 sans jamais en obtenir le prix esp√©r√©. Il ne devait jamais r√©cup√©rer les fonds, lui appartenant ou emprunt√©s, qu'il avait plac√©s dans cette compagnie th√©√Ętrale. Ses contemporains not√®rent comme un fait remarquable qu'il continua √† verser aux acteurs leurs pleins salaires et sans retard tant qu'ils travaill√®rent pour lui, tout comme il paya toujours les ouvriers embauch√©s pour ses travaux de construction, alors qu'il √©tait presque normal dans l'Angleterre du d√©but XVIIIe si√®cle de tenter d'√©chapper √† ce genre d'obligation. Vanbrugh ne semble pas pour sa part avoir jamais poursuivi ses cr√©anciers, et toute sa vie ses finances rest√®rent dans un √©tat qu'on peut qualifier de pr√©caire.

Le Queen's Theatre fut √† l'origine d'une longue tradition th√©√Ętrale sur Haymarket. De 1710 √† 1745 presque tous les op√©ras et de nombreux oratorios de Georg Friedrich Haendel y furent cr√©√©s. En 1790 le b√Ętiment, connu depuis la mort de la Reine Anne en 1714 sous le nom de King's Theatre, fut d√©truit par un incendie. √Ä sa place fut construit un nouveau King's Theatre; aujourd'hui et depuis 1897 c'est Her Majesty's Theatre qui se dresse √† cet emplacement: on y joue surtout des com√©dies musicales.

Le College of Arms

La pr√©sentation et l'avancement de Vanbrugh au sein du College of Arms restent sujets de controverses. Le 21 juin 1703 l'office tomb√© en d√©su√©tude de h√©raut de Carlisle fut r√©activ√© pour Vanbrugh. Cette nomination fut suivie d'une promotion au poste de roi d'armes de Clarenceux en mars 1704. En 1725 il vendit cet office √† Knox Ward et confia √† un ami qu'il avait ¬ę obtenu la permission de se d√©barrasser pour de bon d'une place obtenue pour rire[3]. ¬Ľ L'opposition de ses coll√®gues √† cette nomination inappropri√©e aurait d√Ľ √™tre dirig√©e contre Lord Carlisle, qui en tant que Deputy Earl Marshal avait supervis√© les deux nominations et contre la volont√© duquel ils ne pouvaient aller. Toutefois par la suite Vanbrugh se fit plus d'amis que d'ennemis au College. La pompe des manifestations officielles plaisait √† son sens de la mise en sc√®ne, ses devoirs √©taient peu exigeants, et il semble qu'il s'en soit correctement acquitt√©. De l'avis d'un h√©raut et historien contemporain, bien que cette nomination ait √©t√© ¬ę incongrue ¬Ľ, Vanbrugh fut peut-√™tre ¬ę l'homme le plus distingu√© qui ait jamais port√© le tabard de h√©raut[4]. ¬Ľ En mai 1706 Lord Halifax et Vanbrugh, qui repr√©sentaient l'octog√©naire Roi d'Armes de la Jarreti√®re (Garter King of Arms) Sir Henry St George, conduisirent une d√©l√©gation √† Hanovre pour conf√©rer l'Ordre de la Jarreti√®re au Prince George.

Mariage et décès

En 1719, dans l'√©glise Saint Lawrence de York, Vanbrugh √©pousa Henrietta Maria Yarborough de Heslington Hall, √Ęg√©e de 26 ans alors qu'il en avait 55. Malgr√© cette diff√©rence d'√Ęge le mariage fut heureux et produisit deux fils. √Ä la diff√©rence des personnages libertins et des dandies de ses pi√®ces, la vie priv√©e de Vanbrugh √©chappa au scandale.

Vanbrugh mourut d'une ¬ę crise d'asthme ¬Ľ en 1726 dans le modeste h√ītel particulier dont il avait lui-m√™me dessin√© les plans en 1703 √† partir des ruines du Palais de Whitehall et dont Swift s'√©tait moqu√© en le qualifiant de ¬ę p√Ęt√© d'oie ¬Ľ. Mais une fois mari√© il passa l'essentiel de sa vie √† Greenwich (qui √† cette √©poque n'√©tait pas consid√©r√© comme faisant partie de Londres) dans la maison de Maze Hill connue aujourd'hui sous le nom de Vanbrugh Castle, tour √©cossaise en miniature dessin√©e par Vanbrugh au d√©but de sa carri√®re.

Le dramaturge

La comédie Love's Last Shift, or Virtue Rewarded de l'acteur Colley Cibber inspira La Rechute ou la Vertu en danger de Vanbrugh.
Thomas Betterton, Sir John Brute dans L'√Čpouse outrag√©e. Les talents d'acteur de Betterton furent abondamment lou√©s par Samuel Pepys, Alexander Pope, Richard Steele et Colley Cibber.
Elizabeth Barry √©tait une trag√©dienne de talent qui donna vie au personnage de Lady Brute dans la com√©die de Vanbrugh L'√Čpouse outrag√©e.
Anne Bracegirdle, Bellinda dans L'√Čpouse outrag√©e, tint souvent le r√īle comique dans le duo tragi-comique avec Elizabeth Barry.

Vanbrugh arriva √† Londres √† une √©poque o√Ļ la seule compagnie th√©√Ętrale de la ville √©tait plong√©e dans le scandale et les dissensions internes, un vieux conflit qui opposait gestion sans ambition et acteurs m√©contents ayant fini par √©clater et les acteurs par partir. Une nouvelle com√©die, mise en sc√®ne avec des moyens de fortune par ce qu'il restait de la compagnie en janvier 1696, Love's Last Shift de Colley Cibber, avait une derni√®re sc√®ne qui, pour l'esprit critique de Vanbrugh, appelait une suite, et il se jeta dans la m√™l√©e en la fournissant.

La Rechute

Love's Last Shift de Colley Cibber

Love's Last Shift, Or, Virtue Rewarded (Le Dernier Recours de l'Amour, ou la Vertu r√©compens√©e), c√©l√®bre m√©lodrame de Colley Cibber, fut √©crit et mis en sc√®ne au cŇďur d'une temp√™te th√©√Ętrale. La United Company, seule compagnie th√©√Ętrale de Londres, mal g√©r√©e, s'√©tait scind√©e en deux en mars 1695 quand ses acteurs principaux avaient mis sur pied leur propre coop√©rative, et la saison suivante vit les deux compagnies s'affronter sans merci.

Cibber, jeune acteur peu connu qui √©tait rest√© dans la compagnie m√®re, saisit ce moment unique o√Ļ on avait besoin de nouvelles pi√®ces et lan√ßa sa carri√®re sur deux fronts en √©crivant une pi√®ce avec un grand r√īle haut en couleur pour lui-m√™me, celui du dandy francol√Ętre Sir Novelty Fashion (Nouveaut√© Mode). Port√© par le jeu d√©brid√© de Cibber, Sir Novelty enchanta le public. Dans la partie s√©rieuse de Love's Last Shift, la patience de l'√©pouse est mise √† l'√©preuve par son mari livr√© √† un libertinage sans frein, √† la mode de la Restauration. La perfection de l'√©pouse est glorifi√©e et r√©compens√©e dans un grand finale qui voit le mari volage s'agenouiller devant elle pour exprimer son profond repentir.

Love's Last Shift n'est plus repr√©sent√© depuis le d√©but du XVIIIe si√®cle et n'est plus lu que par les √©rudits les plus convaincus, lesquels expriment parfois leur r√©ticence devant la combinaison commerciale de quatre actes explicitement consacr√©s au sexe et au libertinage et d'un acte pompeusement r√©formateur (voir Hume). √Ä supposer que Cibber ait effectivement essay√© de plaire √† la fois √† la canaille et aux Londoniens respectables, il y r√©ussit : sa pi√®ce connut un grand succ√®s.

La suite : La Rechute

La suite pleine d'esprit écrite par Vanbrugh, La Rechute ou la Vertu en danger, proposée à la United Company six semaines plus tard, met en question la justice de la place des femmes dans le mariage à l'époque. Vanbrugh jette de nouvelles tentations sexuelles sous les pas, non seulement du mari réformé, mais aussi de sa patiente épouse, et les laisse réagir de manière plus crédible et moins convenue que dans la pièce originelle, prêtant ainsi aux personnages assez plats de Love's Last Shift une dimension que certains critiques au moins acceptent de qualifier de psychologique (voir Hume).

Dans une intrigue secondaire Vanbrugh introduit l'attrait plus traditionnel sous la Restauration d'un dandy excessivement √©l√©gant et filou aux mani√®res exquises, Lord Foppington, brilliante reprise du Sir Novelty Fashion de Cibber dans Love's Last Shift (Sir Novelty dans La Rechute s'est simplement achet√© le titre de ¬ę Lord Foppington ¬Ľ gr√Ęce au syst√®me corrompu de ventes de titres nobiliaires par le roi). Les sp√©cialistes de la com√©die de la Restauration sont unanimes √† d√©clarer Lord Foppington ¬ę le plus grand des dandys de la Restauration ¬Ľ (Dobr√©e), ses mani√®res √©tant non seulement ridiculement affect√©es mais le personnage √©galement ¬ę brutal, mauvais et intelligent ¬Ľ (Hume).

La Rechute faillit toutefois ne jamais √™tre jou√©e. La United Company avait perdu tous ses acteurs principaux, et eut de grandes difficult√©s √† trouver et √† conserver des acteurs assez talentueux pour la vaste distribution que r√©clamait La Rechute. Il fallut les emp√™cher de faire d√©fection au profit de la compagnie coop√©rative rivale, les ramener par la ¬ę s√©duction ¬Ľ (ainsi qu'il √©tait dit en termes l√©gaux) en cas de d√©fection, et les caj√īler pour qu'ils assistent √† des r√©p√©titions qui se prolong√®rent pendant dix mois et conduisirent la compagnie au bord de la banqueroute. ¬ę Ils n'ont pas la moindre compagnie ¬Ľ, lit-on dans une lettre de l'√©poque dat√©e du mois de novembre, ¬ę et √† moins qu'une nouvelle pi√®ce cr√©√©e ce samedi ne ranime leur r√©putation, ils devront fermer ¬Ľ. Cette nouvelle pi√®ce, La Rechute, connut un immense succ√®s et sauva la compagnie, gr√Ęce notamment √† Colley Cibber qui conquit le public par sa deuxi√®me interpr√©tation de Lord Foppington. ¬ę Cette pi√®ce (La Rechute) ¬Ľ, √©crivit Cibber dans son autobiographie quarante ans plus tard, ¬ę de par son esprit nouveau et l√©ger, rencontra un grand succ√®s ¬Ľ.

L'√Čpouse outrag√©e

La deuxi√®me com√©die de Vanbrugh, L'√Čpouse outrag√©e, suivit peu de temps apr√®s et fut jou√©e par la compagnie rebelle. Cette pi√®ce diff√®re par son ton de La Rechute, qui tient largement de la farce, et convenait mieux aux talents plus grands des acteurs rebelles. Vanbrugh avait de bonnes raisons de proposer sa seconde pi√®ce √† la nouvelle compagnie, qui avait connu un d√©but brilliant avec sa premi√®re de Amour pour amour de William Congreve, laquelle fut le plus grand succ√®s th√©√Ętral de Londres pendant des ann√©es. La coop√©rative d'acteurs comptait dans ses rangs les ¬ę stars ¬Ľ reconnues de l'√©poque, et Vanbrugh adapta les r√īles de L'√Čpouse outrag√©e aux talents de chacun. Tandis que La Rechute √©tait √©crite dans le style robuste qui convenait √† des amateurs et √† des acteurs de second rang, il pouvait compter sur des professionnels aux talents multiples tels que Thomas Betterton, Elizabeth Barry, et la jeune √©toile montante Anne Bracegirdle pour servir des personnages tout en profondeur et en nuances.

L'√Čpouse outrag√©e est une com√©die, mais Elizabeth Barry qui jouait le r√īle de l'√©pouse √©tait surtout connue comme trag√©dienne et pour sa capacit√© √† ¬ę mouvoir les passions ¬Ľ, c'est-√†-dire √† amener le public √† la piti√© et aux larmes. Barry et Bracegirdle avaient souvent travaill√© ensemble comme couple tragicomique d'h√©ro√Įnes pour entra√ģner leur public dans le va-et-vient entre rire et larmes caract√©ristique du th√©√Ętre de la Restauration. Vanbrugh tire avantage de ce mod√®le et de ses actrices pour accro√ģtre la sympathie du public envers l'√©pouse malheureuse, Lady Brute, alors m√™me qu'elle d√©coche ses r√©parties pleines d'esprit. Dans la conversation intime entre Lady Brute et sa ni√®ce Bellinda (Bracegirdle), et particuli√®rement dans le r√īle-phare du mari brutal, Sir John Brute, qui fut acclam√© comme l'un des sommets de la remarquable carri√®re de Thomas Betterton, L'√Čpouse outrag√©e est aussi original qu'une ¬ę pi√®ce √† probl√®me[5] ¬Ľ de la Restauration. Les pr√©misses sur lesquelles repose l'intrigue, c'est-√†-dire le fait qu'une femme prisonni√®re d'un mariage malheureux puisse envisager soit de s'en √©chapper, soit de prendre un amant, choqu√®rent certains mmembres de la soci√©t√© de l'√©poque.

√Čvolution des go√Ľts du public

En 1698 les pi√®ces de Vanbrugh, pol√©miques et au contenu sexuel explicite, furent la cible des critiques de Jeremy Collier dans son Coup d'Ňďil sur l'immoralit√© du th√©√Ętre anglais, singuli√®rement en raison du fait qu'elles ne se terminaient pas, dans le cinqui√®me acte, par les punitions et les r√©compenses qui eussent √©t√© propres √† imposer une moralit√© exemplaire. Vanbrugh rit de ces accusations et publia une r√©ponse moqueuse dans laquelle il accusait l'eccl√©siastique d'√™tre plus sensible aux portraits peu flatteurs du clerg√© qu'√† l'irr√©ligion v√©ritable. Cependant l'opinion publique changeait et elle √©tait d√©j√† du c√īt√© de Collier. Le style intellectuel et sexuellement explicite des com√©dies de la Restauration semblait de moins en moins acceptable au public et allait bient√īt √™tre remplac√© par un th√©√Ętre sententieux et moralisateur. Le Dernier Recours de l'Amour, ou la Vertu r√©compens√©e de Colley Cibber, avec son libertin repenti et sa sc√®ne finale de r√©conciliation, donnait un avant-go√Ľt de cette nouvelle mani√®re.

Bien que Vanbrugh ait continu√© par la suite √† travailler pour la sc√®ne, il ne produisit plus de pi√®ces originales. Le go√Ľt du public s'√©loignant de la com√©die de la Restauration, il d√©tourna son √©nergie cr√©atrice de l'√©criture originale vers l'adaptation et la traduction, la direction th√©√Ętrale et l'architecture.

L'architecte

Vanbrugh, pense-t-on, ne re√ßut aucune formation d'architecte, ou de g√©om√®tre (surveyor) comme on disait alors (voir Jeunesse ci-dessus). Son manque d'exp√©rience √©tait compens√© par son sens aiguis√© de la perspective et du d√©tail et par les relations de travail √©troites qu'il entretenait avec Nicholas Hawksmoor. Hawksmoor, pr√©c√©demment au service de Sir Christopher Wren, devait √™tre le collaborateur de Vanbrugh dans nombre de ses projets les plus ambitieux, parmi lesquels Castle Howard et Blenheim. Pendant les trente ann√©es ou presque qu'il pratiqua l'architecture Vanbrugh dessina et travailla √† de nombreux b√Ętiments. Le plus souvent son travail consistait √† reconstruire ou remanier : ainsi au ch√Ęteau de Kimbolton il dut se plier aux instructions de son client. En cons√©quence ces demeures, souvent attribu√©es √† Vanbrugh, ne sont pas r√©ellement repr√©sentatives de ses conceptions architecturales.

Bien que Vanbrugh soit surtout connu pour ses manoirs, l'√©tat alarmant des rues de Londres au XVIIIe si√®cle ne lui avait pas √©chapp√©. Dans le London Journal du 16 mars 1722‚Äď23, James Boswell fait le commentaire suivant :

¬ę On nous informe que Sir John Vanbrugh, pour son projet de repavage des rues de Londres et de Westminster, propose entre autres choses de lever un imp√īt sur toutes les voitures des gentilhommes, afin de combler toutes les rigoles dans les rues, et d'emporter toutes les eaux par des canalisations et des √©gouts collectifs souterrains. ¬Ľ

Le style √©lu par Vanbrugh √©tait le baroque, qui s'√©tait r√©pandu en Europe au cours du XVIIe si√®cle gr√Ęce notamment √† l'exemple de Bernini et de Le Vau. Le premier manoir baroque construit en Angleterre fut Chatsworth House, dont les plans furent dessin√©s par William Talman trois ans avant ceux de Castle Howard. Dans la course qui l'opposait √† Talman pour obtenir la commande de Castle Howard, Vanbrugh, qui n'avait ni formation ni exp√©rience, l'emporta pourtant de fa√ßon surprenante contre son rival, plus professionnel mais moins introduit dans le monde, et r√©ussit √† persuader le 3e comte de Carlisle, Charles Howard de lui accorder cette chance (cf Downes, 193&ndash ;204). Il s'en empara et fut √† l'origine de la naissance d'une version du baroque europ√©en d√©licate, presque retenue, qui fut baptis√©e ¬ę baroque anglais ¬Ľ. Trois des cr√©ations de Vanbrugh marquent cette √©volution :

  1. Castle Howard, command√© en 1699 ;
  2. Blenheim Palace, command√© en 1704 ;
  3. Seaton Delaval Hall, dont les travaux commencèrent en 1718.

Les travaux en cours sur chacun de ces projets se chauvauchèrent, dessinant ainsi une progression naturelle dans les conceptions et le style de leur auteur.

Castle Howard

Article d√©taill√© : Castle Howard.
La fa√ßade sud de Castle Howard, Ňďuvre de Vanbrugh.

Charles Howard, 3e comte de Carlisle, membre comme Vanbrugh du Kit-Cat Club, le chargea en 1699 de dessiner les plans de son ch√Ęteau, souvent d√©crit comme la premi√®re construction r√©ellement baroque en Angleterre. Le style baroque de Castle Howard est, parmi les cr√©ations de Vanbrugh, le plus proche du baroque europ√©en.

Ses immenses couloirs en colonnades qui m√®nent de l'entr√©e principale jusqu'aux ailes, son corps central couronn√© d'une grande tour coiff√©e d'un d√īme √† lanterne, rattachent clairement Castle Howard au baroque europ√©en classique. L'√©difice combinait des √©l√©ments qui n'apparaissaient que rarement dans l'architecture anglaise : palais de Greenwich de John Webb, plans non r√©alis√©s de Christopher Wren pour Greenwich, qui √† l'instar de Castle Howard √©tait domin√© par un corps de b√Ętiment central coiff√© d'un d√īme, et bien s√Ľr l'Ňďuvre de Talman √† Chatsworth. Il est possible aussi que Vanbrugh se soit inspir√© de Vaux-le-Vicomte en France.

L'int√©rieur est extr√™mement spectaculaire, le Grand Hall s'√©levant √† 24 m√®tres jusqu'au sommet de la coupole. Les stucs et les colonnes corinthiennes abondent, et les galeries reli√©es par de hautes vo√Ľtes cr√©ent l'impression d'un d√©cor de th√©√Ętre, ce qui √©tait sans doute dans l'intention de l'architecte.

Castle Howard fut acclamé comme une réussite. Cette construction fantastique, sans égale en Angleterre, aux façades et aux toits décorés de pilastres, de statues et de motifs sculpturaux fluides, assura au style baroque un succès instantané. Même si la majeure partie de Castle Howard était terminée et habitée en 1709, les finitions se prolongèrent pendant une grande partie de la vie de Vanbrugh. L'aile ouest fut finalement achevée après sa mort.

L'enthousiasme qui salua son travail à Castle Howard apporta à Vanbrugh sa plus grosse commande, Blenheim Palace.

Le Palais de Blenheim

Article d√©taill√© : Palais de Blenheim.
Ornementant la fa√ßade ouest du Palais de Blenheim (¬ę l'air de ch√Ęteau de Vanbrugh ¬Ľ) se dressent les uniques et s√©v√®res belv√©d√®res de pierre.

Les forces du 1er Duc de Marlborough avaient battu l'armée du roi Louis XIV à Blenheim, un village sur le Danube, en 1704. La nation reconnaissante offrit à Marlborough une splendide demeure, et le duc choisit lui-même comme architecte son compagnon du Kit-Cat Club, John Vanbrugh. Les travaux commencèrent en 1705.

Le Palais de Blenheim devait √™tre non seulement un ch√Ęteau grandiose, mais aussi un monument national. En cons√©quence le style baroque l√©ger employ√© √† Castle Howard ne convenait pas pour ce qui est en r√©alit√© un monument √† la guerre. Le b√Ętiment devait exprimer la force et la gloire des armes. C'est en r√©alit√© davantage une forteresse ou une citadelle qu'un palais. Ses caract√©ristiques sont le mieux illustr√©es dans la massive Porte de l'Est, construite dans le mur d'enceinte des communs, qui ressemble √† l'entr√©e imprenable d'une ville fortifi√©e. On ne sait g√©n√©ralement pas qu'elle sert aussi de ch√Ęteau d'eau du palais, confondant par l√† ceux des critiques de Vanbrugh qui lui reprochaient son manque d'esprit pratique.

La porte est, monumentale, tient plus de l'entr√©e d'une citadelle que d'un palais. Astucieusement, Vanbrugh a jou√© de la perspective acc√©l√©r√©e pour la faire para√ģtre plus haute et plus dramatique.

Blenheim, la plus grande habitation priv√©e non royale d'Angleterre, est constitu√© de trois corps de b√Ętiment, celui du centre qui contient les pi√®ces √† vivre et les salons d'apparat, et deux ailes rectangulaires construites toutes deux autour d'une cour centrale : dans l'une se trouvent les √©curies et dans l'autre les cuisines, la blanchisserie et les celliers. Si Castle Howard fut le premier b√Ętiment r√©ellement baroque en Angleterre, Blenheim est le plus abouti. Alors que Castle Howard se pr√©sente comme un assemblage spectaculaire de masses en mouvement, Blenheim est une construction r√©solument compacte, dont la masse de pierre jaune est all√©g√©e par des fen√™tres hautes et √©troites et une statuaire monumentale sur les toits.

Les appartements de l'étage noble sont conçus plus pour l'apparat que pour le confort. Marlborough se devait d'avoir un palais plus magnifique et plus imposant que son ennemi à Versailles.

Ainsi qu'il √©tait courant au XVIIIe si√®cle, le confort fut sacrifi√© aux perspectives grandioses. Les fen√™tres devaient orner la fa√ßade ainsi qu'√©clairer l'int√©rieur. Blenheim fut con√ßu comme un d√©cor de th√©√Ętre, √† partir du grand hall de 20 m. de haut qui conduit √† l'immense salon d√©cor√© de fresques, le tout plac√© dans l'axe de la haute colonne de la Victoire (41 m) dress√©e dans le parc, dont les arbres sont plant√©s aux positions occup√©es pendant la bataille par les soldats de Marlborough. En haut du portique sud, qui est lui-m√™me une construction massive et compacte de piliers et de colonnes, aucunement con√ßue pour fournir une protection √©l√©gante contre le soleil √† la mani√®re des conceptions palladiennes, un immense buste de Louis XIV se voit contraint de contempler de haut la splendeur des r√©compenses attribu√©es √† son vainqueur. On ignore si cet emplacement est d√Ľ √† un choix ornemental de Vanbrugh ou √† une plaisanterie ironique de Marlborough. Toutefois en tant que composition architecturale c'est un exemple unique d'ornementation baroque.

√Ä Blenheim, Vanbrugh fit √©voluer le baroque d'une forme simplement ornamentale vers une forme plus dense et plus compacte, o√Ļ la masse de pierre devient elle-m√™me l'ornement. Les grandes portes en arcs de triomphe et l'immense et robuste portique √©taient en eux-m√™mes des d√©corations, et c'est l'ensemble de la construction qu'il faut consid√©rer plut√īt que chaque fa√ßade prise s√©par√©ment.

Seaton Delaval Hall

Seaton Delaval : fa√ßade nord du corps de logis

Seaton Delaval Hall fut la derni√®re r√©alisation de Vanbrugh. Ce petit ch√Ęteau situ√© dans le nord, assez froid d'apparence, est consid√©r√© comme son chef-d'Ňďuvre architectural[6]. √Ä ce stade de sa carri√®re d'architecte Vanbrugh √©tait pass√© ma√ģtre dans l'art baroque, qu'il avait pouss√© au-del√† du baroque europ√©en flamboyant de Castle Howard, au-del√† aussi du style plus aust√®re, quoi qu'encore d√©cor√©, de Blenheim. L'ornementation √©tait presque cach√©e : l'embrasure ou la colonne n'avaient pas pour fonction de soutenir, mais de cr√©er un jeu d'ombre et de lumi√®re. La forme g√©n√©rale du b√Ętiment √©tait d'importance √©gale, voire sup√©rieure, √† la disposition int√©rieure. Dans tous ses aspects, cette demeure exprimait le raffinement.

Construite entre 1718 et 1728 pour l'amiral George Delaval, elle rempla√ßait une maison existante. Il est possible que les plans de Seaton Delaval aient √©t√© influenc√©s par la Villa Foscari (√©galement appel√©e ¬ę La Malcontenta ¬Ľ) de Palladio, construite vers 1555. L'une et l'autre ont en commun le bossage des fa√ßades et des fen√™tres en demi-lune semblables, surplombant une entr√©e sans p√©ristyle. Les fen√™tres hautes du grand hall de Seaton font r√©f√©rence au fronton du comble de la Villa Foscari.

La conception architecturale retenue par Vanbrugh est semblable √† celle qu'il avait employ√©e √† Castle Howard et √† Blenheim : un bloc central s√©parant deux ailes √† arcades et frontons. Toutefois Seaton Delaval √©tait de dimensions beaucoup plus modestes. Les travaux commenc√®rent en 1718 et se poursuivirent pendant dix ans. Cette construction repr√©sente une avanc√©e par rapport au style de Blenheim, plut√īt que par rapport √† celui de Castle Howard, ant√©rieur. Le bloc principal, ou corps de logis, qui contient comme √† Blenheim et √† Castle Howard les salons d'apparat et les pi√®ces principales, forme le centre d'une cour √† trois c√īt√©s. Des tours couronn√©es de balustrades et de pinacles concourent √† donner √† la construction quelque chose de ce que Vanbrugh appelait un ¬ę air de ch√Ęteau ¬Ľ.

Seaton Delaval est l'une des quelques demeures que Vanbrugh ait con√ßues seul, sans l'aide de Nicholas Hawksmoor. La sobri√©t√© de leur travail collaboratif a parfois √©t√© attribu√©e √† Hawksmoor, et pourtant Seaton Delaval est une demeure vraiment aust√®re. Alors que Castle Howard ne semblerait pas d√©plac√© √† Dresde ou √† W√ľrzburg, la s√©v√©rit√© et la robustesse de Seaton Delaval en font clairement un √©l√©ment du paysage du Northumberland. Vanbrugh, dans les derni√®res ann√©es de sa carri√®re, se lib√©ra pleinement des contraintes qui pesaient sur les architectes de la g√©n√©ration pr√©c√©dente. La pierre d'apparence rustique est employ√©e sur toutes les fa√ßades, y compris la fa√ßade principale, et les paires de colonnes jumelles ne soutiennent gu√®re plus qu'une corniche de pierre. Ces colonnes semblent s√©v√®res et utilitaires, et cependant elles sont ornementales, n'ayant pas d'utilit√© structurelle. Ceci caract√©rise la furtivit√© du baroque de Seaton Delaval : l'ornemental y appara√ģt comme une d√©monstration de force massive.

La fa√ßade sud tout aussi s√©v√®re mais de proportions parfaites, qui donne sur le jardin, a pour centre un portique √† quatre colonnes soutenant un balcon. Ici les l√©g√®res cannelures des colonnes de pierre semblent presque un ornement excessif. Comme √† Blenheim, la partie centrale est domin√©e par les fen√™tres hautes de la grande salle, qui ajoute √† l'aspect spectaculaire de la silhouette du b√Ętiment, mais ici, contrairement aux autres grandes demeures de Vanbrugh, aucune statue ne vient d√©corer le toit. La d√©coration est fournie uniquement par une balustrade simple qui cache la ligne du toit, et par des chemin√©es d√©guis√©es en √©pis de fa√ģtage. Vanbrugh est ici r√©ellement pass√© ma√ģtre de l'art baroque. Les colonnades des ailes, la pierre massive et les embrasures complexes cr√©ent un jeu d'ombre et de lumi√®re qui est lui-m√™me l'ornement de l'√©difice.

Seul de tous les architectes Vanbrugh pouvait s'inspirer de l'un des chefs-d'Ňďuvre de Palladio, et, tout en conservant les valeurs humanistes du b√Ętiment, le transformer et l'adapter pour en faire une forme unique du baroque qui n'a de pareille nulle part en Europe.

Réputation en tant qu'architecte

L'H√īpital de Greenwich, achev√© par Vanbrugh sur les plans de Wren

Le succ√®s rapide de Vanbrugh comme architecte peut √™tre attribu√© √† son amiti√© avec les puissants de l'√©poque. Pas moins de cinq de ses clients appartenaient comme lui au Kit-Cat Club. En 1702, gr√Ęce √† l'influence de Charles Howard, comte de Carlisle, Vanbrugh fut nomm√© contr√īleur (comptroller) des travaux publics (administration devenue aujourd'hui le Board of Works, o√Ļ l'on peut voir plusieurs de ses plans). En 1703 il fut nomm√© commissaire de l'H√īpital de Greenwich, qui √† cette √©poque √©tait en construction, et succ√©da √† Christopher Wren comme architecte officiel (ou Surveyor), tandis que Hawksmoor √©tait nomm√© Site Architect. Les modifications finales, modestes mais bien visibles, qu'apporta Vanbrugh au b√Ętiment presqu'achev√© furent re√ßues comme une interpretation r√©ussie des plans et des intentions originaux de Wren. Ainsi ce qui avait √©t√© con√ßu comme un h√īpital et un lieu d'h√©bergement pour les marins √† la retraite n√©cessiteux devint un superbe monument national. Le travail de Vanbrugh impressionna, dit-on, √† la fois la reine Anne et ses ministres, et fut directement responsable de son succ√®s post√©rieur.

La r√©putation de Vanbrugh continue de souffrir. On l'accuse d'extravagance, de manque d'esprit pratique, et d'avoir voulu imposer ses vues grandiloquentes √† ses clients. Non sans ironie, tous ces jugements proviennent de Blenheim : le choix de Vanbrugh comme architecte de Blenheim ne fut jamais enti√®rement accept√©. La duchesse, la redoutable Sarah Churchill, tenait tout particuli√®rement √† Sir Christopher Wren. Finalement toutefois un brevet (warrant) sign√© de Sidney, Comte de Godolphin et tr√©sorier du Parlement, nomma Vanbrugh et d√©limita son domaine de comp√©tence. H√©las ce brevet ne faisait nulle part mention ni de la Reine ni de la Couronne, erreur qui fournit √† l'√Čtat une clause √©chappatoire quand les co√Ľts et les querelles politiques se mirent √† enfler.

Palais de Blenheim : la grande cour et l'entr√©e d'apparat. La Duchesse de Marlborough trouvait cette construction extravagante.

Bien que le Parlement ait vot√© des cr√©dits pour la construction de Blenheim, aucune somme n'avait √©t√© pr√©cis√©ment fix√©e et rien n'avait √©t√© pr√©vu pour tenir compte de l'inflation. D√®s le d√©but les fonds furent allou√©s de fa√ßon intermittente. La Reine Anne en fournit une partie, mais avec de plus en plus de d√©faillances et √† contrecŇďur, cons√©quence de ses altercations fr√©quentes avec celle qui avait √©t√© son amie la plus proche, Sarah, Duchesse de Marlborough. Apr√®s l'ultime dispute de la Duchesse avec la Reine en 1712 les financements de l'√©tat cess√®rent enti√®rement et les travaux furent arr√™t√©s. 220 000 livres avaient √©t√© d√©pens√©es et 45 000 autres restaient dues aux constructeurs. Les Marlborough s'exil√®rent sur le continent et ne rentr√®rent en Angleterre qu'apr√®s la mort de la Reine Anne en 1714.

Les Marlborough rentr√®rent le lendemain de la mort de la reine et retrouv√®rent leur place √† la cour du nouveau roi, George Ier. Le duc, √Ęg√© de 64 ans, d√©cida alors de terminer la construction √† ses propres frais; en 1716 les travaux reprirent, Vanbrugh ne pouvant d√©sormais compter que sur les fonds priv√©s du duc de Marlborough lui-m√™me. D√©j√† d√©courag√© et contrari√© par la mani√®re dont le palais √©tait re√ßu par les factions Whig, il re√ßut le coup de gr√Ęce quand le duc fut frapp√© d'incapacit√© √† la suite d'une s√©rieuse attaque d'apoplexie en 1717, l'√©conome (et hostile) duchesse prenant alors les choses en mains. Elle rendit Vanbrugh enti√®rement responsable de l'extravagance croissante du palais et de sa conception d'ensemble, ignorant le fait que son mari et le gouvernement les avaient approuv√©s. (Il faut lui rendre justice et mentionner le fait que le duc de Marlborough avait contribu√© pour 60000 livres au co√Ľt initial, somme qui, augment√©e par le Parlement, aurait d√Ľ suffire √† construire une demeure monumentale.) Apr√®s une entrevue avec la duchesse Vanbrugh quitta le chantier furieux, affirmant que les nouveaux ma√ßons, charpentiers et artisans √©taient inf√©rieurs √† ceux qu'il avait employ√©s. Cependant les ma√ģtres artisans qu'il avait recrut√©s, tel que Grinling Gibbons, refus√®rent de travailler aux salaires inf√©rieurs offerts par les Marlborough. Les artisans recrut√©s par la duchesse, sous la supervision de l'√©b√©niste James Moore, achev√®rent le travail en imitant parfaitement les grands ma√ģtres, si bien qu'il n'est pas impossible que dans cette ultime dispute les deux parties aient √©t√© √©galement fautives et aient fait preuve d'intransigeance.

Vanbrugh fut profond√©ment affect√© par la tournure des √©v√®nements. Sa r√©putation avait souffert des querelles et des rumeurs qui en avaient r√©sult√©, et le palais qu'il avait fait grandir comme son propre enfant lui √©tait interdit. En 1719, alors que la duchesse √©tait absente, Vanbrugh put voir le palais en secret ; mais quand en 1725 sa femme et lui, accompagn√©s du comte de Carlisle, voulurent visiter Blenheim avec le public on leur refusa m√™me l'entr√©e du parc. Le palais avait √©t√© termin√© par Nicholas Hawksmoor.

Le fait que le travail de Vanbrugh √† Blenheim ait fait l'objet de critiques est largement d√Ľ √† ceux qui, comme la duchesse, n'avaient pas compris la raison principale de sa construction : c√©l√©brer un triomphe guerrier. Dans l'accomplissement de cette t√Ęche Vanbrugh connut un triomphe √©gal √† celui de Marlborough sur le champ de bataille.

Apr√®s la mort de Vanbrugh Abel Evans proposa cette √©pitaphe :

Sous cette pierre, lecteur, observe
Du défunt Sir John Vanbrugh la demeure d'argile.
Pèse lourdement sur lui, Terre! car il
T'a chargée de bien des fardeaux! [7]

Tout au long de l'√©poque g√©orgienne les r√©actions √† l'Ňďuvre architecturale de Vanburgh vari√®rent : Voltaire d√©crivit le palais de Blenheim comme ¬ę une grosse masse de pierre sans charme ni go√Ľt[8] ¬Ľ ; en 1766 Philip Stanhope, 4e comte de Chesterfield d√©crivit l'amphith√©√Ętre romain de Nimes comme √©tant ¬ę assez laid et maladroit pour √™tre l'Ňďuvre de Vanbrugh s'il se trouvait en Angleterre ¬Ľ. En 1772 Horace Walpole d√©crivait Castle Howard en ces termes : ¬ę Personne ne m'avait inform√© que j'allais voir √† la fois un palais, une ville, une cit√© fortifi√©e, des temples sur des hauteurs, des bois tous dignes de servir de m√©tropole aux druides, des vallons que d'autres bois reliaient √† des collines, la plus noble pelouse du monde avec pour cl√īture la moiti√© de l'horizon, et un mausol√©e dans lequel on serait tent√© de se faire enterrer vivant; en bref j'ai d√©j√† vu des palais gigantesques, mais jamais encore aucun qui f√Ľt sublime. ¬Ľ

En 1773 Robert Adam et James Adam dans la pr√©face de leurs Ňíuvres d‚ÄôArchitectes (Works in Architecture) d√©crivirent les b√Ętiments de Vanbrugh comme ¬ę si charg√©s de barbarismes et d'absurdit√©s, et si alourdis par la d√©mesure de leur propre poids, que seuls les plus perspicaces peuvent en distinguer les m√©rites et les d√©fauts ¬Ľ. En 1786 Sir Joshua Reynolds √©crivit dans son 13e Discours : ¬ę dans les constructions de Vanbrugh, qui √©tait po√®te aussi bien qu'architecte, on trouve plus d'imagination qu'on n'en trouvera peut-√™tre chez nul autre. ¬Ľ En 1796 Uvedale Price d√©crivit Blenheim comme ¬ę unissant la beaut√© et la splendeur de l'architecture grecque, le pittoresque du gothique, et la grandeur massive d'un ch√Ęteau-fort. ¬Ľ En 1809 Sir John Soane, dans son 5e cours √† la Royal Academy, rendit hommage √† ¬ę l'invention hardie et originale ¬Ľ de Vanbrugh et le qualifia de ¬ę Shakespeare de l'architecture ¬Ľ.

Liste des réalisations architecturales

  1. Castle Howard 1699 aile ouest dessinée par Sir Thomas Robinson et terminée seulement au début du 19e siècle.
  2. Maison de l'architecte √† Whitehall (1703), connue sous le nom de ¬ę maison du p√Ęt√© d'oie ¬Ľ ("Goose-pie house"), d√©molie vers 1890.
  3. L'Orangerie, Palais de Kensington (1704).
  4. Queen's Th√©√Ętre, Haymarket (1704‚Äď05, disparu).
  5. Palais de Blenheim (1705‚Äď1722) √©curies jamais termin√©es.
  6. Grand Bridge, Blenheim (1708‚Äď22)
  7. Kimbolton Castle remodelage du b√Ętiment (1708‚Äď19).
  8. Démolit une partie de Audley End et dessina le nouveau Grand Escalier (1708)
  9. Claremont House (1708) alors connue sous le nom de Chargate, reconstruite selon les plans de Henry Holland.
  10. Kings Weston House (1710‚Äď14).
  11. Grimsthorpe Castle (1715‚Äď30) seul le c√īt√© nord de la cour fut reconstruit.
  12. Eastbury Park (1713‚Äď1738) disparu sauf l'aile des communs (Kitchen Wing), termin√©e par Roger Morris qui modifia les plans de Vanbrugh.
  13. Morpeth H√ītel de ville (1714).
  14. The Belvedere Jardins de Claremont (1715).
  15. The Great Kitchen Palais St. James 1716‚Äď17 (disparu).
  16. Ach√®vement des salons d'apparat, Ch√Ęteau de Hampton Court (1716‚Äď18).
  17. Vanbrugh Castle (1718), demeure de l'architecte à Greenwich, ainsi que d'autres maisons pour des membres de sa famille (aucune n'a survécu).
  18. Stowe, Buckinghamshire (1720), ajout du portique nord ainsi que de plusieurs temples et folies dans le jardin jusqu'à sa mort.
  19. Seaton Delaval Hall (1720‚Äď28).
  20. Lumley Castle (1722), remodelage.
  21. Newcastle Pew Old Church Esher (1724)
  22. Temple des Quatre Vents, Castle Howard (1725‚Äď8).
  23. Murs de Vanbrugh à Claremont Estate Esher, entourant plusieurs maisons, dont l'une était Kinfauns ou High Walls, propriété de George Harrison, l'un des Beatles.

Ňíuvres attribu√©es √† Vanbrugh :

  1. B√Ętiment de l'Artillerie (Ordnance Board) Woolwich 1716‚Äď19.
  2. Caserne Berwick-upon-Tweed (1717‚Äď19).
  3. Grand Magasin, Docks de Chatham (1717, démoli).
  4. Porte, Docks de Chatham (1720).
  5. Pavillon d'été, Swinstead, Lincolnshire (after 1715).

Héritage

On se souvient de Vanbrugh aujourd'hui pour sa vaste contribution √† la culture, au th√©√Ętre et √† l'architecture britanniques.

Un legs imm√©diat et spectaculaire fut d√©couvert dans ses papiers apr√®s sa mort soudaine, un fragment de com√©die en trois actes intitul√© A Journey to London (Voyage √† Londres). Vanbrugh avait dit √† son vieil ami Colley Cibber qu'il comptait mettre en question dans cette pi√®ce les r√īles traditionnels dans le mariage d'une mani√®re plus radicale encore que dans ses pi√®ces de jeunesse, et la terminer par un mariage qui s'effondrerait sans retour. Le manuscrit non termin√©, disponible aujourd'hui dans l'Ňďuvre compl√®te de Vanbrugh, d√©peint une famille de province qui se rend √† Londres et succombe √† ses aigrefins et √† ses tentations, tandis qu'une √©pouse londonienne pousse son patient mari au d√©sespoir par ses exc√®s au jeu et ses relations avec le demi-monde des escrocs et des officiers en demi-solde. Comme pour La Rechute au d√©but de la carri√®re de dramaturge de Vanbrugh, Colley Cibber fut m√™l√© √† l'affaire, et cette fois eut le dernier mot. Cibber, d√©sormais po√®te laur√©at, acteur renomm√© et directeur de th√©√Ętre, termina le manuscrit de Vanbrugh sous le titre Le mari provoqu√© (The Provoked Husband) (1728) en lui donnant une fin heureuse et sentencieuse qui voit l'√©pouse se repentir et se r√©concilier : eulogie du mariage √† l'oppos√© des intentions d√©clar√©es de Vanbrugh, qui voulait terminer cette derni√®re et tardive com√©die de la Restauration sur une rupture conjugale. Cibber consid√©rait ce d√©nouement comme trop grave pour la com√©die et de fait une telle gravit√© se voyait rarement sur les sc√®nes anglaises avant Ibsen.

Sir John Brute dans L'√Čpouse outrag√©e devint l'un des r√īles les plus c√©l√®bres de David Garrick.

Sur la sc√®ne du XVIIIe si√®cle il n'√©tait possible de repr√©senter La Rechute et L'√Čpouse outrag√©e qu'en versions expurg√©es, mais m√™me ainsi elles conserv√®rent la faveur du public. Pendant toute la longue et brillante carri√®re d'acteur de Colley Cibber, le public continua √† le r√©clamer dans le r√īle de Lord Foppington dans La Rechute, tandis que Sir John Brute dans L'√Čpouse outrag√©e, apr√®s avoir √©t√© le r√īle embl√©matique de Thomas Betterton, devint l'un des r√īles les plus c√©l√®bres de David Garrick. De nos jours La Rechute, donn√©e dans sa version int√©grale, reste une pi√®ce appr√©ci√©e.

L'achèvement de Castle Howard mit instantanément le baroque anglais à la mode. Il rassemblait en une construction unique des exemples isolés et divers d'architecture monumentale, notamment de Inigo Jones and Christopher Wren. Vanbrugh avait pensé les masses, le volume et la perspective d'une façon nouvelle.

Il eut aussi le talent, inhabituel pour un architecte, de donner à ses clients ce qu'ils désiraient. Sa réputation souffrit du fait de son désaccord célèbre avec la duchesse de Marlborough, et pourtant il faut se souvenir que le client était à l'origine la nation britannique, et non la duchesse, que la nation voulait un monument pour célébrer la victoire, et que c'est bien ce que lui donna Vanbrugh.

Son influence sur les architectes qui vinrent apr√®s lui est incalculable. Nicholas Hawksmoor, ami de Vanbrugh et qui collabora avec lui √† tant de projets, continua √† dessiner les plans de nombreuses √©glises √† Londres, dix ans apr√®s la mort de Vanbrugh. L'√©l√®ve et le cousin de Vanbrugh, Edward Lovett Pearce, devint l'un des plus grands architectes d'Irlande. L'influence de Vanbrugh dans le Yorkshire est visible aussi dans l'Ňďuvre de l'architecte amateur William Wakefield, qui dessina plusieurs b√Ętiments dans ce comt√©, t√©moins de l'influence de Vanbrugh.

La m√©moire de Vanbrugh survit dans toute la Grande-Bretagne : des auberges, des rues, un coll√®ge de l'Universit√© de York, des √©coles portent son nom. Mais il suffit de se promener dans les rues de Londres ou de la campagne anglaise parsem√©e d'innombrables manoirs, pour constater la p√©rennit√© de l'influence de son Ňďuvre architecturale.

Annexes

Bibliographie

En anglais

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En français

Articles connexes

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Le milieu familial et la jeunesse de Vanbrugh, avant qu'il n'atteigne la notori√©t√©, ne sont connus que par l'anecdote et l'ou√Įe-dire. Kerry Downes montre dans sa biographie moderne bien document√©e (1987) que m√™me l'Encyclop√¶dia Britannica et le Dictionary of National Biography reprennent des traditions des XVIIIe si√®cle et XIXe si√®cle qui √† l'origine n'√©taient que des suppositions mais ont atteint le statut de "faits" √† force d'√™tre retransmises. Ceci explique un certain nombre d'incoh√©rences entre ces encyclop√©dies et le r√©cit qui suit, bas√© sur les recherches de Downes (1987) et de McCormick (1991).
  2. ‚ÜĎ legitimate theatre ?? (NdT)
  3. ‚ÜĎ The Complete Works of Sir John Vanbrugh, ed. G. Webb, Volume 4: The letters (1928), 170.
  4. ‚ÜĎ A. R. Wagner, Heralds of England. 1967, 326.
  5. ‚ÜĎ Voir l'article en anglais : en:Problem play
  6. ‚ÜĎ voir toutes les r√©f√©rences √† l'architecture ci-dessous.
  7. ‚ÜĎ Under this stone, reader, survey
    Dead Sir John Vanbrugh's house of clay.
    Lie heavy on him, Earth! For he
    Laid many heavy loads on thee!
  8. ‚ÜĎ Cit√© par ICOMOS (International Council on Monuments and sites)


Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article John Vanbrugh de Wikipédia en français (auteurs)


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