Johann Sebastian Bach

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Johann Sebastian Bach
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Johann Sebastian Bach Jean-Sébastien Bach
J.S. Bach en 1748 Portrait  par Elias Gottlob Haussmann (1702-1766)Altes Rathaus à Leipzig
J.S. Bach en 1748
Portrait par Elias Gottlob Haussmann (1702-1766)
Altes Rathaus à Leipzig

Surnom 'Le Cantor de Leipzig'
Naissance 31 mars 1685
Eisenach, Duch√© de Saxe-Eisenach, Saint Empire romain germanique apr√®s 1400 Saint-Empire
D√©c√®s 28 juillet 1750 (√† 65 ans)
Leipzig, Flag of Electoral Saxony.svg Duché de Saxe,
Saint Empire romain germanique apr√®s 1400 Saint-Empire
Activité principale Compositeur
Style musique baroque
Activités annexes cantor, organiste
Ascendants Johann Ambrosius Bach
Descendants Wilhelm Friedemann Bach, Carl Philipp Emanuel Bach, Johann Christian Bach
Ňíuvres principales

Johann Sebastian Bach (31 mars[1] 1685 - 28 juillet 1750), en fran√ßais Jean-S√©bastien Bach, est un musicien et compositeur allemand.

Membre le plus √©minent de la plus prolifique famille de musiciens de l'histoire, sa carri√®re s'est enti√®rement d√©roul√©e en Allemagne centrale, dans le cadre de sa r√©gion natale, au service de petites municipalit√©s, de cours princi√®res sans importance politique, puis du conseil municipal de Leipzig qui lui manifestait peu de consid√©ration : il n'a ainsi jamais pu obtenir un poste √† la mesure de son g√©nie et de son importance dans l'histoire de la musique occidentale, malgr√© la consid√©ration de certains souverains allemands (tel Fr√©d√©ric le Grand) pour le ¬ę Cantor de Leipzig ¬Ľ.

Orphelin de bonne heure, sa premi√®re formation a √©t√© assur√©e par son p√®re, puis par son fr√®re a√ģn√©, mais il a aussi √©t√© un autodidacte[2] passionn√© de son art, copiant et √©tudiant sans rel√Ęche les Ňďuvres de ses pr√©d√©cesseurs et de ses contemporains, d√©veloppant sa science de la composition et particuli√®rement du contrepoint jusqu'√† un niveau inconnu avant lui et, depuis lors, jamais surpass√©e[3]. Johann Sebastian Bach a √©t√© un virtuose de plusieurs instruments, le violon et l'alto, mais surtout le clavecin et l'orgue. Sur ces deux derniers instruments, ses dons exceptionnels faisaient l'admiration et l'√©tonnement de tous ses auditeurs ; il pr√©tendait jouer tout √† premi√®re vue, et pouvait improviser sur le champ une fugue √† trois voix. Il avait aussi une comp√©tence reconnue et tr√®s sollicit√©e en expertise de facture instrumentale.

A la crois√©e des principales traditions musicales europ√©ennes (pays germaniques, France et Italie), il en a op√©r√© une synth√®se tr√®s novatrice pour son temps. Bien qu'il n‚Äôait pas cr√©√© de formes musicales nouvelles, il pratiqua tous les genres existant √† son √©poque √† l‚Äôexception de l‚Äôop√©ra : dans tous ces domaines, ses compositions, dont seules quelques-unes ont √©t√© imprim√©es de son vivant, montrent une qualit√© exceptionnelle en invention m√©lodique, en d√©veloppement contrapuntique, en science harmonique, en lyrisme inspir√© d‚Äôune profonde foi luth√©rienne. La musique de J.S. Bach r√©alise l'√©quilibre parfait entre le contrepoint et l'harmonie avant que cette derni√®re prenne le pas √† partir du milieu du XVIIIe si√®cle. Il est en particulier le grand ma√ģtre de la fugue, du pr√©lude de choral, de la cantate religieuse et de la suite qu‚Äôil a port√©s au plus haut degr√© d‚Äôach√®vement. La principale destination de ses Ňďuvres a beaucoup d√©pendu des fonctions exerc√©es : pi√®ces pour orgue √† M√ľlhausen ou Weimar, instrumentales et orchestrales √† C√∂then, religieuses √† Leipzig notamment.

Ses contemporains l‚Äôont souvent consid√©r√© comme un musicien aust√®re, trop savant et moins tourn√© vers l‚Äôavenir que certains de ses coll√®gues. Il a form√© de nombreux √©l√®ves et transmis son savoir √† plusieurs fils musiciens pour lesquels il a compos√© de nombreuses pi√®ces √† vocation didactique, ne laissant cependant aucun √©crit ou trait√©. Mais la fin de sa vie a √©t√© consacr√©e √† la composition, au rassemblement et √† la mise au propre d‚ÄôŇďuvres magistrales ou de cycles synth√©tisant et concr√©tisant son apport th√©orique, constituant une sorte de ¬ę testament musical ¬Ľ.

Peu connue de son vivant au dehors de l'Allemagne, pass√©e de mode et plus ou moins oubli√©e apr√®s sa disparition, son Ňďuvre, comprenant plus de mille compositions, est g√©n√©ralement consid√©r√©e comme l'aboutissement et le couronnement de la tradition musicale du baroque : elle a fait l‚Äôadmiration des plus grands musiciens, conscients de son extraordinaire valeur artistique. De nos jours, Johann Sebastian Bach est souvent consid√©r√© comme un des plus grands compositeurs de tous les temps.

Sommaire

Biographie

Les origines

Comme nombre de musiciens des XVIIe et XVIIIe si√®cles, Johann Sebastian Bach est issu d'une famille de musiciens : mais la famille Bach, peut-√™tre venue de Hongrie au XVIe si√®cle et implant√©e en Thuringe pour pouvoir y pratiquer librement sa confession luth√©rienne, est la plus nombreuse de toutes[C 1].

Un document probablement √©tabli par Johann Sebastian lui-m√™me donne des informations sur la g√©n√©alogie et la biographie de cinquante-trois musiciens membres de cette famille ; il est intitul√© Ursprung der musicalisch-Bachschen Familie (Origine de la famille des Bach musiciens) et trois copies existent, √† d√©faut du manuscrit autographe[C 2].

De fait, cette famille exer√ßait une sorte de monopole sur toute la musique pratiqu√©e dans la r√©gion : ses membres √©taient musiciens de ville, de cour, d'√©glise, cantors, facteurs d'instruments, dominant la vie musicale de toutes les villes de la r√©gion, notamment Erfurt, Arnstadt etc. Chaque enfant avait donc son destin d√©termin√© : il suivrait l'enseignement de son p√®re, de ses oncles ou d'un fr√®re a√ģn√©, puis suivrait leur trace, celle de ses anc√™tres et de ses nombreux cousins.

L'anc√™tre Veit Bach, que quatre g√©n√©rations s√©parent de Johann Sebastian, aurait √©t√© meunier, boulanger et joueur de cithare. Son fils Hans Bach avait √©t√© le premier musicien professionnel de la famille, et avait eu trois fils √©galement musiciens : Johann (1604-1673), Christoph (1613-1661) et Heinrich (1615-1692) ; parmi les enfants de Christoph, on trouve deux fr√®res jumeaux : Johann Christoph (1645-1693) et Johann Ambrosius (1645-1695), le p√®re de Johann Sebastian, n√©s √† Erfurt qui √©tait un des fiefs de la famille.

Eisenach

Johann Ambrosius Bach, le père de J.S. Bach.

Johann Sebastian Bach na√ģt √† Eisenach le 21 mars 1685, selon le calendrier julien alors en usage √† Eisenach[4]. La famille Bach est r√©put√©e pour ses musiciens, car les Bach qui pratiquent cette profession √† l'√©poque sont d√©j√† au nombre de plusieurs dizaines, exer√ßant comme musiciens de cour, de ville ou d'√©glise dans la r√©gion de Thuringe. Johann Sebastian Bach se situe √† la cinqui√®me g√©n√©ration de cette famille depuis le premier anc√™tre connu, Veit Bach, meunier et musicien amateur, qui serait venu de Hongrie ou de Slovaquie au XVIe si√®cle pour fuir des pers√©cutions religieuses, car il √©tait protestant, et se serait install√© dans la r√©gion √† Wechmar.

Johann Sebastian Bach est le dernier des huit enfants de Johann Ambrosius Bach (1645-1695), musicien de ville et trompettiste de cour, et de son épouse Elisabeth, née Lämmerhirt. Il est baptisé dans la confession luthérienne dès le 23 mars à l'église Saint-Georges (Georgenkirche).

Son enfance se passe à Eisenach, et il reçoit sa première éducation musicale de son père, violoniste de talent. Il est aussi initié à la musique religieuse et à l'orgue par un cousin de son père, Johann Christoph Bach qui est l'organiste de l'église Saint-Georges. Il fréquente, à partir de ses huit ans, l'école de latin des dominicains d'Eisenach.

Ohrdruf

Sa m√®re meurt le 3 mai 1694, alors qu'il vient d'avoir 9 ans. Le 27 novembre suivant, son p√®re se remarie avec une veuve, Barbara Margaretha Bartholom√§i n√©e Keul, mais il meurt quelques semaines plus tard, le 20 f√©vrier 1695. Orphelin d√®s dix ans, il est recueilli par son fr√®re a√ģn√©, Johann Christoph, √Ęg√© de vingt-quatre ans, organiste √† Ohrdruf et √©l√®ve de Johann Pachelbel. Dans cette ville, Johann Sebastian fr√©quente le lyc√©e, acqu√©rant une culture plus approfondie que ses a√Įeux. Il a pour camarades de classe l'un de ses cousins, Johann Ernst Bach et un ami fid√®le, Georg Erdmann. Johann Christoph poursuit son √©ducation musicale et le forme aux instruments √† clavier. Johann Sebastian se montre tr√®s dou√© pour la musique et participe aux revenus de la famille en tant que choriste. Il aime √† recopier et √©tudier les Ňďuvres des compositeurs auxquelles il peut acc√©der, parfois m√™me contre la volont√© de son a√ģn√©[5]. La passion d'apprendre restera un de ses traits de caract√®re et en fera un connaisseur √©rudit de toutes les cultures musicales europ√©ennes[r√©f. n√©cessaire].

Lunebourg

Le 19 janvier 1700, Georg Erdmann quitte Ohrdruf pour Lunebourg. D√®s le 15 mars suivant, Johann Sebastian Bach le rejoint, parcourant √† pied une distance de plus de 300 km : le d√©sir de retrouver son ami et d'all√©ger la charge de son entretien par l'a√ģn√©, qui est mari√© et p√®re de famille, le d√©cident probablement √† ce changement d√©cisif. Il est admis, avec son ami, dans la man√©canterie de la Michaelisschule qui accueille les jeunes gar√ßons pauvres ayant une belle voix.

Outre la musique, il y apprend la rh√©torique, le latin, le grec et le fran√ßais. Il fait la connaissance de Georg B√∂hm, musicien de la Johanniskirche et √©l√®ve du grand organiste de Hambourg Johann Adam Reinken ; B√∂hm l'initie au style musical de l'Allemagne du nord. Il c√ītoie aussi √† Lunebourg ou √† la cour ducale de Celle des musiciens fran√ßais √©migr√©s, notamment Thomas de La Selle, √©l√®ve de Lully : c'est l'approche d'une autre tradition musicale ; il recopie int√©gralement l'Ňďuvre d'orgue de Nicolas de Grigny, et entame peut-√™tre une correspondance avec Fran√ßois Couperin[r√©f. n√©cessaire]. Apr√®s la mue de sa voix, il se tourne vers la pratique instrumentale : orgue, clavecin, et violon. Il peut fr√©quenter la biblioth√®que municipale de Lunebourg et les archives de la Johanniskirche qui rec√®lent de nombreuses partitions des plus grands musiciens de l'√©poque. En 1701, il se rend √† Hambourg et y rencontre Johann Adam Reinken et Vincent L√ľbeck, deux grands virtuoses titulaires des plus belles orgues de l'Allemagne du nord.

Arnstadt

√Čglise St Boniface, Arnstadt

En janvier 1703, fra√ģchement dipl√īm√©, Bach prend un poste de musicien de cour dans la chapelle du duc Jean-Ernest III de Saxe-Weimar √† Weimar, grande ville de Thuringe. Son r√īle y est peu clair, mais semble avoir inclus des fonctions serviles et non-musicales[r√©f. souhait√©e]. Durant sa tenure de sept mois √† Weimar, il se forge une solide r√©putation d'organiste. Il est invit√© √† inspecter et inaugurer le nouvel orgue de l'√©glise de Saint Boniface d'Arnstadt, au sud-ouest de Weimar.

En ao√Ľt 1703, il accepte le poste d'organiste de cette √©glise, qui lui assure des fonctions l√©g√®res, un salaire relativement g√©n√©reux, et l'acc√®s √† un orgue neuf et moderne. La famille de Bach avait toujours entretenu des relations √©troites dans cette ville, la plus ancienne de Thuringe. Mais cette p√©riode n'est pas sans tensions : il n'est apparemment pas satisfait du chŇďur. Des conflits √©clatent, et il en vient par exemple aux mains avec un bassoniste nomm√© Geyersbach. Il semble d√©sirer s'√©loigner de l'influence familiale, et son absence non autoris√©e d'Arnstadt pendant plusieurs mois en 1705-1706 lui est reproch√©e par le consistoire de la ville : il avait rendu visite √† Buxtehude pour assister aux fameuses Abendmusiken dans la ville de L√ľbeck, faisant quatre cents kilom√®tres √† pied pour s'y rendre. C'est √† cette √©poque que Bach ach√®ve d'√©laborer son art du contrepoint et sa ma√ģtrise des constructions monumentales.

Au retour de L√ľbeck, le consistoire lui reproche vivement sa nouvelle mani√®re d'accompagner l'office, entrecoupant des strophes et usant d'un contrepoint si riche que le choral n'en est plus reconnaissable. Le consistoire lui fait par exemple le reproche suivant : ¬ę comment se fait-il monsieur que depuis votre retour de L√ľbeck, vous introduisiez dans vos improvisations beaucoup trop longues d'ailleurs, des modulations telles que l'assembl√©e en est fort troubl√©e ? ¬Ľ[6] Le consistoire l'accuse aussi de profiter des sermons pour s'√©clipser et rejoindre la cave √† vin, et de jouer de la musique dans l'√©glise avec une ¬ę demoiselle √©trang√®re ¬Ľ qui pourrait √™tre Maria Barbara[r√©f. n√©cessaire].

M√ľhlhausen

M√ľhlhausen en 1650 (gravure de Matth√§us Merian)

De 1707 √† 1708, il est organiste √† M√ľhlhausen. Il y √©crit sa premi√®re cantate, pr√©lude √† une Ňďuvre liturgique monumentale √† laquelle viendra se rajouter l'Ňďuvre pour orgue. Il compose durant sa vie des cantates pour cinq ann√©es compl√®tes de cycle liturgique, soit plus de trois cents. Plusieurs dizaines de ses compositions sont perdues, dont une grande partie date de cette p√©riode.

M√ľhlhausen est alors une petite ville de Thuringe, r√©cemment d√©vast√©e par le feu et Bach peine √† trouver √† se loger √† un prix convenable. Le 17 octobre 1707, il √©pouse, √† Dornheim pr√®s d'Arnstadt, sa cousine Maria Barbara dont il admire le timbre de soprano. Il doit se battre pour constituer une dot convenable, aid√© par l'h√©ritage modeste de son oncle Tobias L√§mmerhirt, et pour donner √† sa femme une place dans les repr√©sentations, car les femmes ne sont g√©n√©ralement pas admises √† la tribune d'honneur jusqu'au XIXe si√®cle. Ils ont sept enfants dont quatre atteignent l'√Ęge adulte, parmi lesquels Wilhelm Friedemann et Carl Philipp Emanuel.

Bach rassemble une biblioth√®que de musique allemande, et fait travailler le chŇďur et le nouvel orchestre. Il r√©colte les fruits de son labeur lorsque la cantate BWV 71, inspir√©e de Buxtehude[r√©f. n√©cessaire], √©crite pour l'inauguration du nouveau conseil est donn√©e dans la Marienkirche le 4 f√©vrier 1708.

Le gouvernement de M√ľhlhausen est satisfait du musicien : il ne fait aucune difficult√© pour r√©nover √† grands frais l'orgue de l'√©glise St Blasius, et lui confie la supervision des travaux. Il √©dite √† ses frais la cantate BWV 71, l'une des rares Ňďuvres de Bach publi√©e de son vivant, et il r√©invite par deux fois le compositeur pour la diriger.

Cependant, une controverse na√ģt au sein de la ville : les luth√©riens orthodoxes, amoureux de musique, s'opposent aux pi√©tistes, plus puritains et qui refusent les arts. Bach, dont le sup√©rieur direct J.A. Frohne est un pi√©tiste, sent que la situation ira en se d√©gradant, et accepte une meilleure situation √† Weimar.

Weimar

Johann Sebastian Bach (1715)

De 1708 √† 1717, il est organiste et premier violon solo √† la chapelle du duc de Saxe-Weimar Guillaume II. Il dispose de l'orgue, mais aussi de l'ensemble instrumental et vocal du duc. Cette p√©riode voit la cr√©ation de la plupart de ses Ňďuvres pour orgue, dont la plus connue, la c√©l√®bre Toccata et Fugue en r√© mineur BWV 565. Il compose √©galement de nombreuses cantates, et des pi√®ces pour clavecin inspir√©es des grands ma√ģtres italiens et fran√ßais.

Bach avait la comp√©tence technique et la confiance pour construire des structures de grande √©chelle, et synth√©tiser les influences de l'√©tranger, italiennes ou fran√ßaises. De la musique des Italiens tels que Vivaldi, Corelli et Torelli, il a appris l'√©criture d'ouvertures dramatiques et en a adopt√© les d√©veloppements ensoleill√©s, les motifs rythmiques dynamiques et les arrangements harmoniques d√©cisifs. Bach a adopt√© ces aspects stylistiques gr√Ęce √† sa m√©thode habituelle de travail : la transcription pour le clavecin et l'orgue, en l'occurrence des concertos de Vivaldi.

[r√©f. n√©cessaire]

Il est en particulier attir√© par la structure italienne qui fait alterner solo et tutti, dans laquelle un ou plusieurs instruments soli alternent avec l'orchestre dans un mouvement entier. Ce dispositif instrumental italianisant peut √™tre entendu dans la suite anglaise No. 3 pour le clavecin (1714) : l'alternance solo-tutti est mat√©rialis√©e par le passage au clavier inf√©rieur (sonorit√© plus pleine) ou au clavier sup√©rieur (sonorit√© plus expressive).

Mais Bach souhaite quitter cette ville o√Ļ il s'ennuie. Il a comme √©l√®ve le neveu du duc et son h√©ritier, Ernest-Auguste. Celui-ci, bon claveciniste, avait √©pous√© El√©onore-Wilhelmine d'Anhalt-K√∂then, mais critiquait ouvertement la politique de son oncle. Bach passe une bonne partie de son temps au ch√Ęteau d'Ernest-Auguste. Voulant marquer son m√©contentement √† l'√©gard de son neveu, le duc de Weimar interdit aux musiciens de jouer chez ce dernier, mais Bach ne tient pas compte de cette interdiction. Le duc s'en trouve alors offusqu√©. En 1716, le ma√ģtre de la chapelle, Drese, meurt. La place devait alors logiquement revenir √† Bach. Le duc, apr√®s avoir essay√© de s'assurer les services de Georg Philip Telemann, nomme le fils de Drese. Bach affiche alors ouvertement son soutien √† Ernest-Auguste et cesse d'√©crire des cantates pour Guillaume II.

Le prince L√©opold d'Anhalt-K√∂then, beau-fr√®re du duc de Saxe-Weimar, avait √©t√© tr√®s impressionn√© par la musique √©crite par Bach pour le mariage de sa sŇďur El√©onore-Wilhelmine avec Ernest-Auguste. Il propose √† Bach le poste de ma√ģtre de chapelle de la cour de K√∂then, le plus √©lev√© des postes de musiciens permettant √† Bach d'√™tre appel√© Herr Kapellmeister. Bach, qui avait d√©j√† refus√© un poste √† la cour du roi de Pologne √† Dresde car le duc avait doubl√© ses appointements pour le garder, accepte cette offre. En apprenant la nouvelle, le duc emprisonne Bach durant un mois, du 6 novembre au 2 d√©cembre. Il corrige alors en prison les quarante-six chorals du Petit livre d'orgue (Orgelb√ľchlein).

Köthen

Palais et jardins de Cöthen d'après une gravure de Matthäus Merian Topographia (1650)

De 1717 √† 1723, il est ma√ģtre de chapelle (Kapellmeister) √† la cour du prince L√©opold d'Anhalt-K√∂then, beau-fr√®re du duc de Weimar. Le prince, calviniste, est un brillant musicien : il joue avec talent du clavecin, du violon et de la viole de gambe. Son Grand Tour de 1710 √† 1713 le met en contact avec la musique profane italienne et le convainc de la n√©cessit√© de d√©velopper la musique profane allemande, d'autant que ses convictions religieuses lui interdisent la musique d'√©glise. Une opportunit√© se pr√©sente √† lui car Fr√©d√©ric-Guillaume Ier de Prusse vient d'acc√©der au pouvoir, et celui-ci ne montre aucun int√©r√™t pour les arts : il licencie les artistes de la Cour et les d√©penses baissent de 80 % en une ann√©e. Le prince Leopold peut attirer des musiciens de la cour de Berlin vers celle de K√∂then, qui dispose rapidement de 18 instrumentistes d'excellent niveau. La musique repr√©sente d√®s lors le quart du budget pourtant limit√© de la principaut√© de Anhalt-K√∂then, qui devient un important centre musical.

L'ambiance y est informelle, et le prince traite ses musiciens comme ses √©gaux. Il les emm√®ne √† Carlsbad (maintenant Karlovy Vary en R√©publique tch√®que) pour ¬ę prendre les bains ¬Ľ, et il joue souvent avec eux, parfois m√™me chez Bach lorsque sa m√®re Gisela Agnes s'irrite de la pr√©sence perp√©tuelle de l'orchestre au palais. Son poste offre √† Bach un certain confort p√©cuniaire, avec une dotation de 400 talers par an. Le prince L√©opold est par ailleurs le parrain de Leopold Augustus Bach, le dernier enfant de Maria Barbara.

Cette p√©riode heureuse est propice √† l'√©criture de ses plus grandes Ňďuvres instrumentales pour luth, fl√Ľte, violon (Sonates et partitas pour violon solo), clavecin (premier livre du ¬ę Clavier Bien Temp√©r√© ¬Ľ), violoncelle (Suites pour violoncelle seul), et les Six concertos brandebourgeois.

Mais sa femme Maria Barbara meurt le 7 juillet 1720, et cet événement le marque profondément. Il en est d'autant plus bouleversé qu'il n'apprend la mort et l'enterrement de son épouse qu'à son retour de Dresde. Il se remarie un an et demi plus tard avec Anna Magdalena Wilcke, fille d'un grand musicien et choriste de la cour de Coethen.

Il songe à quitter cet endroit empli de souvenirs, d'autant qu'il ne peut composer de musique sacrée dans une cour calviniste. De plus, la deuxième femme du Prince, épousée en 1721, semble être eine amusa, selon les dires de Bach, c’est-à-dire peu sensible aux arts en général, et en détourne son mari. Parallèlement, le prince doit contribuer davantage aux dépenses militaires prussiennes.

Bach cherche un nouvel emploi. √Ä la Jacobikirche de Hambourg, il donne un concert tr√®s remarqu√©, en particulier par Johann Adam Reinken, et il se voit presque proposer un poste. Il rassemble un recueil de ses meilleures Ňďuvres concertantes (les Six concertos brandebourgeois), et les envoie au margrave de Brandebourg qui lui avait marqu√© un certain int√©r√™t deux ans auparavant. Il postule √† Leipzig, o√Ļ le poste de Cantor est vacant et lui permet une plus grande renomm√©e dans le Saint-Empire, mais aussi en Pologne et en France : le duc de Saxe est roi de Pologne et a fr√©quent√© la cour de Versailles avec laquelle il garde de bonnes relations.

Il obtient le poste de Cantor de Leipzig, qui est pourtant d'un rang inférieur à celui de Kapellmeister qu'il occupait auprès du prince. C'est peu après sa nomination, alors qu'il est encore à Köthen, qu'il compose la Passion selon saint Jean destinée à l'église Saint Thomas de Leipzig.

Leipzig

Clich√© du logement de Bach, au rez-de-chauss√©e de l'√©cole St Thomas (extr√™me gauche du b√Ętiment en fa√ßade), pris avant sa d√©molition en 1902. Trois marches m√®nent √† la porte.
Statue de J.S. Bach à Leipzig

√Ä Leipzig, le poste de Johann Kuhnau, le cantor de l'√©glise luth√©rienne saint Thomas, est √† pourvoir. La place ayant √©t√© pr√©c√©demment refus√©e par Georg Philipp Telemann, le conseil tente de d√©baucher d'autres compositeurs : Christoph Graupner d√©cline l'offre (son pr√©c√©dent employeur, le landgrave Ernst Ludwig de Hesse-Darmstadt, refuse de lui rendre sa libert√© et augmente ses √©moluments) ainsi que Georg Friedrich Kauffmann (employ√© √† Merseburg), Johann Heinrich Rolle (employ√© √† Magdeburg), et Georg Balthasar Schott (employ√© √† la Nouvelle √Čglise de Leipzig).

Le Docteur Platz, membre du conseil, r√©v√®le dans sa correspondance les raisons du choix qu'ils se r√©solvent √† faire : ¬ę Pour des raisons importantes, la situation est d√©licate et puisque l'on ne peut avoir les meilleurs, il faut donc prendre les m√©diocres. ¬Ľ Bach est choisi le 22 avril 1723.

Bach s√©journe √† Leipzig de 1723 √† 1750, soit plus de vingt-cinq ans. Il s'y installe avec sa deuxi√®me femme Anna Magdalena Bach, qu'il a √©pous√©e √† K√∂then. Il enseigne la musique, le cat√©chisme et le latin dans les deux √©coles eccl√©siastiques de la ville : Saint Thomas pour les ¬ę pauvres ¬Ľ, et Saint Nicolas pour les ¬ę riches ¬Ľ. Mais il doit aussi fournir de tr√®s nombreuses partitions pour les √©glises : une cantate pour chaque dimanche et jour de f√™te. Il n'y a qu'une seule r√©p√©tition pour les Cantates, mais le Cantor b√©n√©ficie de solistes instrumentaux brillants (les trompettistes) ou d'excellent niveau, solistes de passage et √©tudiants du Collegium Musicum. Les chŇďurs, dont on ne conna√ģt pas l'effectif exact, sont apparemment capables de chanter des parties difficiles apr√®s la formation que Bach leur a dispens√©e. Bach se heurte souvent √† la jalousie de ses confr√®res qui forcent notamment les √©l√®ves √† boycotter ses le√ßons de musique.

Il m√®ne une vie riche en connaissances, constituant une biblioth√®que sp√©cialis√©e en bibliologie, th√©ologie et mystique. Sa femme l'aide beaucoup dans sa fonction de Cantor en recopiant toutes ses partitions. Sa fonction de Director Musices lui permet d'assister √† des r√©unions musicales organis√©es au Caf√© Zimmermann pour des bourgeois amateurs de musique, et de participer aux d√©bats √† l'Universit√©. Il ne manque pas une occasion d'aller √† l'op√©ra de Dresde o√Ļ son fils est organiste. C'est √† Leipzig qu'il compose la majorit√© de ses Ňďuvres sacr√©es. Il √©crit plus de deux cents cantates √† ce poste, dont cent vingt-six ont √©t√© conserv√©es jusqu'√† aujourd'hui.

√Ä Leipzig, il √©crit √©galement la Clavier√ľbung (ou Klavier√ľbung et √† la mani√®re anglaise : Clavier-√úbung), le deuxi√®me livre du Clavier bien temp√©r√©, l'Offrande musicale, l'Art de la fugue, laiss√© l√©g√®rement inachev√© sur les notes correspondant √† son nom. Il compose aussi un colossal corpus pour orgue, quatre Passions (dont une √† deux chŇďurs, la c√©l√®bre Matth√§us-Passion, en fran√ßais Passion selon Saint-Matthieu), un Magnificat, trois oratorios, et son testament musical, √©crit de 1723 √† 1749 : la grande Messe en si mineur (grand-messe, Hohe Messe, comme on disait en Allemagne au XIXe si√®cle), proche de la messe catholique.

Il est dans cette phase de sa vie, o√Ļ, comme le dit Johann Nikolaus Forkel, ¬ę il ne pouvait toucher une plume sans produire un chef-d'Ňďuvre ¬Ľ. Il est au fa√ģte de sa gloire, et ses d√©placements font l'objet d'encarts dans la presse :

¬ę Dimanche dernier, Monsieur Bach, le c√©l√®bre ma√ģtre de chapelle de Leipzig est arriv√© √† Potsdam dans le but d'avoir le plaisir d'y entendre la noble musique royale. Le soir, au moment o√Ļ la musique de chambre ordinaire de la chambre entre dans les appartements du roi, on annon√ßa √† Sa Majest√© que le ma√ģtre de chapelle Bach [...] attendait la tr√®s-gracieuse autorisation d'entendre la musique. Sa Majest√© ordonna imm√©diatement qu'on le laiss√Ęt entrer et se mit aussit√īt √† l'instrument nomm√© forte et piano et eut la bont√© de jouer en personne un th√®me au ma√ģtre de chapelle Bach, sans la moindre pr√©paration, sur lequel celui-ci dut ex√©cuter une fugue. Le ma√ģtre de chapelle s'ex√©cuta de mani√®re si heureuse que Sa Majest√© eut la bont√© de montrer sa satisfaction, et que toutes les personnes pr√©sentes rest√®rent stup√©faites. Monsieur Bach trouva si beau le th√®me qui lui avait √©t√© pr√©sent√© qu'il veut porter sur papier une v√©ritable fugue et la faire ensuite graver sur cuivre. ¬Ľ

‚ÄĒ Berlinische Nachrichten, Berlin, 11 mai 1747[7]

Il commence √† perdre la vue en 1745, et bient√īt ne peut plus travailler. Au cours de l'hiver 1749-50, il confie par deux fois ses yeux √† John Taylor, un ¬ę ophtamiatre ¬Ľ r√©put√©, sans autre r√©sultat que de perdre compl√®tement la vue. Dix ans plus tard, le m√™me John Taylor op√®re Haendel avec le m√™me r√©sultat. Affaibli par ces op√©rations de la cataracte, Bach ne survit pas plus de 6 mois. Le 18 juillet, il recouvre soudainement la vue, mais quelques heures plus tard est victime d'une attaque d'apoplexie. Il meurt le 28 juillet 1750, en d√©but de soir√©e. Anna Magdalena lui survit dix ans, vivant de subsides et de mendicit√© √† l‚Äôentr√©e de la cath√©drale Saint Thomas.

Les enfants de Johann Sebastian Bach

Article d√©taill√© : Famille Bach.

Bach eut vingt enfants de ses deux mariages successifs. De sa premi√®re √©pouse, sa cousine, Maria Barbara Bach (1684-1720), il eut sept enfants :

Puis il √©pouse en secondes noces, une chanteuse de cour, fille cadette d'un trompettiste, Anna Magdalena Wilcke dont il eut treize enfants :

  • Christiana Sophia Henrietta (n√©e √† Leipzig au printemps 1723 - morte √† Leipzig le 29 juin 1726),
  • Gottfried Heinrich (n√© √† Leipzig le 26 f√©vrier 1724 - enterr√© √† Naumburg le 12 f√©vrier 1763),
  • Christian Gottlieb (baptis√© √† Leipzig le 14 avril 1725 - mort √† Leipzig le 21 septembre 1728),
  • Elisabetha Juliana Friederica (baptis√©e √† Leipzig le 5 avril 1726 - morte √† Leipzig le 24 ao√Ľt 1781),
  • Ernestus Andreas (baptis√© √† Leipzig le 30 octobre 1727 - mort √† Leipzig le 1er novembre 1727),
  • Regina Johanne (baptis√©e √† Leipzig le 10 octobre 1728 - morte √† Leipzig le 25 avril 1733),
  • Christiania Benedicta Louisa (baptis√©e √† Leipzig le 1er janvier 1730 - morte √† Leipzig le 4 janvier 1730);
  • Christiania Dorothea (baptis√©e √† Leipzig le 18 mars 1731 - morte √† Leipzig le 31 ao√Ľt 1732);
  • Johann Christoph Friedrich (n√© √† Leipzig le 21 juin 1732 - mort √† B√ľckeburg le 26 janvier 1795),
  • Johann August Abraham (baptis√© √† Leipzig le 5 novembre 1733 - mort √† Leipzig le 6 novembre 1733),
  • Johann Christian (n√© √† Leipzig le 5 septembre 1735 - mort √† Londres le 1er janvier 1782),
  • Johanna Carolina (baptis√©e √† Leipzig le 30 octobre 1737 - morte √† Leipzig le 18 ao√Ľt 1781),
  • Regina Susanna (baptis√©e √† Leipzig le 22 f√©vrier 1742 - morte √† Leipzig le 14 d√©cembre 1809).

Les fils qu'il a form√©s Wilhelm Friedemann, Carl Philipp Emanuel, Johann Christoph Friedrich, Johann Christian suivent des chemins diff√©rents que Bach voulut pr√©dire en disant de la musique de Carl Philipp Emmanuel ¬ę C'est du bleu de Prusse, √ßa se d√©colore ¬Ľ[8], de Christian ¬ę Mon Christian est un gamin fort sot et c'est pour cette raison qu'il aura du succ√®s dans le monde ¬Ľ[8]. Les quatre fils se lancent vite sur la voie du courant pr√©-classique qui prend alors le pas sur le Baroque.

L'héritage musical

Avec Johann Sebastian, la musique baroque atteint à la fois son apogée et son aboutissement. Dès sa disparition, le musicien, déjà relativement peu connu de son vivant, est quasiment oublié parce que passé de mode, et dépassé par les nouvelles idées du classicisme, tout comme le contrepoint qu'il a porté à une perfection inégalée.

Le corpus, tr√®s largement non publi√©, des Ňďuvres de Bach passe √† ses fils. La part d'h√©ritage que Carl Phillip Emanuel re√ßoit est conserv√©e avec ferveur, et apr√®s sa mort passe √† d'aussi illustres mains que celles de Felix Mendelssohn, Carl Friedrich Zelter, Georg P√∂lchau, la princesse Anne-Am√©lie de Prusse. Celle de Wilhelm Friedemann est en revanche dispers√©e (le fruit de la g√©n√©rosit√© du Bach de Halle, mais aussi celui de sa g√™ne financi√®re).

Bach est alors pass√© de mode. De son vivant, il semble qu'il f√Ľt consid√©r√© comme un virtuose du clavier et un excellent autodidacte de l'√©criture musicale.

En tant que diplomate, le baron Gottfried van Swieten se rend √† Berlin en 1770 et fr√©quente la cour de Fr√©d√©ric II ; au travers de l'enseignement qu'il re√ßoit de Marpurg et Kirnberger, il d√©couvre et s'int√©resse √† Carl Phillip Emanuel.

¬ę Entre autres choses, [Fr√©d√©ric II] me parle de la musique et d'un grand organiste nomm√© [Carl Phillip Emanuel] Bach, rest√© pendant un certain temps √† Berlin. Cet artiste est dot√© d'immenses talents, sup√©rieurs √† ce que Je n'ai jamais entendu ou imagin√©, pour ce qui est de la profondeur de la connaissance de l'harmonie et de la puissance de l'interpr√©tation. N√©anmoins, ceux qui ont connu son p√®re pensent que son fils ne l'√©gale pas ; le roi s'accorde avec ce jugement et, pour le prouver, une personne chante pour moi [le th√®me d'] une fugue chromatique qu'il avait donn√© au vieux Bach et sur laquelle devant lui il avait improvis√© une fugue √† 3, puis √† 4 et enfin √† 5 voix. ¬Ľ

‚ÄĒ Gottfried van Swieten

Par la suite, Frédéric II lui ayant demandé d'improviser une fugue à 6 voix, Bach répondit qu'intellectuellement, c'était impossible... Mais en revanche, il l'écrivit et l'envoya au souverain.

Wolfgang Amadeus Mozart lui-m√™me ne faisait pas exception, jusqu'en 1782 (il a alors 26 ans) o√Ļ les rencontres musicales organis√©es par le baron Gottfried van Swieten lui font d√©couvrir une partie de l'Ňďuvre de Bach et les oratorios de Haendel. Mozart assimila cet immense h√©ritage, son √©criture en fut chang√©e, et les connaissances acquises se retrouvent dans son Ňďuvre. On pense notamment au Requiem, √† la symphonie ¬ę Jupiter ¬Ľ (la 41e), dont le quatri√®me mouvement est une combinaison de forme sonate et de fugue √† cinq voix √©crite en contrepoint renversable ou √† certains passages de La Fl√Ľte enchant√©e.

Ludwig van Beethoven connaissait bien l'Ňďuvre pour clavecin de Bach et, jeune, il en jouait une grande partie par cŇďur. Il a pris exemple sur les Variations Goldberg pour composer ses trente-trois Variations Diabelli pour piano. Vers la fin de sa vie, Beethoven √©tudia aussi la grande Messe en si mineur du Cantor de Leipzig. Ainsi, il s'inspirera de l'art du contrepoint de Bach pour composer sa Missa Solemnis, Ňďuvre dont il parlait comme √©tant ¬ę sa plus grande ¬Ľ.

Ce n'est qu'en 1829 que Mendelssohn, l'un des successeurs de Bach √† Saint Thomas de Leipzig, fit rejouer la Passion selon saint Matthieu √† l'√©glise saint Thomas. Il permit ainsi de red√©couvrir, au XIXe si√®cle, le compositeur oubli√©. Les romantiques, surtout allemands, ont alors repris cet h√©ritage, en l'adaptant aux go√Ľts du XIXe si√®cle, et particuli√®rement Brahms, √† Vienne. M√™me le Tristan et Isolde de Richard Wagner, o√Ļ l'√©tude attentive de l'Art de la fugue transpara√ģt (notamment dans le Pr√©lude), montre l'influence de Bach. Schoenberg voit m√™me en Bach un pr√©curseur de ses th√©ories, et m√™me si l'on peut contester cette all√©gation, le novateur viennois a √©crit sur Bach de passionnantes pages dans ses nombreux essais.

Depuis, son Ňďuvre reste une r√©f√©rence incontournable pour l'ensemble de la musique occidentale. Il semble m√™me que l'enthousiasme gagne l'Asie, et particuli√®rement le Japon. Dans les ann√©es 1930 √† Leipzig, une nouvelle approche de la lecture des Ňďuvres de Bach va √™tre initi√©e par Karl Straube avec des effectifs instrumentaux et choraux moins imposants que ceux des interpr√©tations du XIXe si√®cle ; Straube va aussi jouer les Ňďuvres dites th√©oriques comme l'Art de la fugue (avec orchestre toutefois). L'aboutissement de ce ¬ę renouveau baroque ¬Ľ se retrouve √† partir des ann√©es 1950, avec des interpr√®tes tels que Gustav Leonhardt et ses nombreux disciples, ou Nikolaus Harnoncourt. Gustav Leonhardt et Nikolaus Harnoncourt furent les premiers √† enregistrer l'int√©grale des cantates. John Eliot Gardiner est depuis les ann√©es 1970 √† la t√™te du Monteverdi Choir et des English Baroque Soloists qu'il a cr√©√©s. Il a r√©alis√© en 2000 √† l'occasion du 250e anniversaire de la mort de Bach une premi√®re mondiale : l'interpr√©tation en concerts √† travers le monde de l'int√©gralit√© des cantates sacr√©es (plus de 200 subsistent) au cours de l'ann√©e. Un des personnages les plus importants actuellement est Philippe Herreweghe, qui dirige l'orchestre de La Chapelle Royale et le Collegium Vocale de Gand. Harnoncourt, Leonhardt, Gardiner et Herreweghe sont parmi les chefs les plus appr√©ci√©s pour la musique du Cantor de Leipzig, tant par la pr√©cision et la virtuosit√© technique que par la richesse de l'interpr√©tation et l'expressivit√©.

Glenn Gould proposa √©galement une autre approche de Bach en mettant l'accent sur la sensibilit√©, ainsi que sur la rythmique, gr√Ęce √† ses interpr√©tations au piano (d'Ňďuvres baroques compos√©es pour clavecin) remarquables par la lisibilit√© des lignes contrapuntiques et la clart√© de l'articulation. Glenn Gould arrive √† l'apog√©e de son alchimie musicale dans le deuxi√®me enregistrement des Variations Goldberg en 1981.

Cette musique, même revisitée (Jacques Loussier ou Wendy Carlos), transposée, voire utilisée comme standard de jazz, garde ses propriétés esthétiques, comme si la richesse de sa structure rendait le reste accessoire.

Marcel Dupr√© jouait l'Ňďuvre int√©grale de Bach pour orgue par cŇďur, de m√™me que Helmut Walcha, le grand organiste allemand qui, aveugle d√®s son adolescence, l'apprit par une √©coute attentive.

D'autres instruments ont souvent été aussi dotés par Bach de références, comme la chaconne de la partita pour violon seul BWV 1004, ou l'ensemble des suites pour violoncelle seul que fit redécouvrir Pablo Casals.

Le chef d'orchestre, Wilhelm Furtwängler, dont le nom est pourtant souvent associé à celui de Beethoven, déclara à la fin de sa vie:

¬ę aujourd'hui comme autrefois, Bach est le saint qui tr√īne, inaccessible, au dessus des nuages. [...] Bach fut le plus grand des musiciens, l'Hom√®re de la musique, dont la lumi√®re resplendit au ciel de l'Europe musicale et, qu'en un sens, nous n'avons toujours pas d√©pass√© [9]. ¬Ľ

Compositions remarquables

Fichier audio
Cantate BWV 147, par Harnoncourt (info)

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Cat√©gorie:Ňíuvre de Johann Sebastian Bach
Liste compl√®te des Ňďuvres de Johann Sebastian Bach
Liste des cantates sacrées ou profanes de Johann Sebastian Bach

Sonate pour violon no 1 en sol mineur (BWV 1001), manuscrit autographe

Notes et références

Notes

  1. ‚ÜĎ Mais le 21 mars dans le calendrier julien, encore en vigueur en Allemagne protestante √† cette date.
  2. ‚ÜĎ P. du Bouchet, op. cit. page 152
  3. ‚ÜĎ cf Interpreting Bach at the Keyboard par Paul Badura-Skoda, pr√©face p. viii
  4. ‚ÜĎ Le 31 mars selon le calendrier gr√©gorien.
  5. ‚ÜĎ Johann Sebastian Bach de Alberto Basso.
  6. ‚ÜĎ Bach en son temps de Gilles Cantagrel
  7. ‚ÜĎ Cet encart d√©crit la gen√®se de l'Offrande musicale.
  8. ‚ÜĎ a et b Bach, ¬ę Les t√©moins d'une vie ¬Ľ, Hachette, 1985.
  9. ‚ÜĎ Musique et Verbe, Wilhelm Furtw√§ngler, Collection Pluriel, Albin Michel/Hachette, 1979, texte de 1951 p. 265 et 272.

Références

  • Luc-Andr√© Marcel, Bach, Paris, Seuil, coll. ¬ę Microcosme / Solf√®ges ¬Ľ (no 19), 1961, 188 p. 
  1. ‚ÜĎ p. 32
  2. ‚ÜĎ p. 33
  • Paule du Bouchet, Magnificat : Jean-S√©bastien Bach, le Cantor, Paris, Gallimard, coll. ¬ę D√©couvertes / Musique ¬Ľ, septembre 1991, 192 p. (ISBN 2-07-053144-9) 

Annexes

Bibliographie

Filmographie

  • Chronique d'Anna Magdalena Bach. R√©al. : Jean-Marie Straub, Allemagne, 1967. Gustav Leonhardt joue le r√īle du compositeur et interpr√®te sa musique.
  • Johann Sebastian Bach, the Cantor of Saint Thomas's. R√©al. : Colin Nears, Grande-Bretagne, 1985.
  • Friedemann Bach, le musicien errant. R√©al. : Traugott M√ľller, Allemagne, 1941. Film qui √©voque le th√®me du fils prodigue et de sa disgr√Ęce. On y voit Johann Sebastian Bach donner une le√ßon √† ses √©l√®ves.
  • Mein Name ist Bach, Dominique de Rivaz. : Une fiction qui s'inspire d'un fait divers historique. Mai 1747: Bach part √† Potsdam pour le bapt√™me de son petit-fils. Et passe une semaine √† la cour du roi Fr√©d√©ric II de Prusse. Film pr√©sent√© au festival de Locarno en 2003.
  • Il √©tait une fois Jean-S√©bastien Bach de Jean-Louis Guillermou, 2003. Une √©vocation de la vie m√©connue du Kantor de Leipzig, bas√©e sur les √©crits et reconstitutions de son contemporain Forkel.
  • Le Silence avant Bach (Die Stille vor Bach) de Pere Portabella, Espagne, 2007. M√©ditation sur le temps, l'art et la culture autour de la figure et de l'Ňďuvre de Johann Sebastian Bach.

Notes et références

Voir aussi

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