Joachim Murat

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Joachim Murat
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Joachim Murat
Murat.jpg
Surnom le roi Franconi
Naissance 25 mars 1767
Labastide-Fortunière, France
D√©c√®s 13 octobre 1815 (√† 48 ans)
Pizzo, Italie
Origine Français
All√©geance Royaume de France Royaume de France
Drapeau français Royaume des Français
Drapeau français République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Flag of the Kingdom of Naples (1808).svg Royaume de Naples
Flag of the Kingdom of Naples (1811).svg Royaume de Naples
Arme cavalerie
Grade Maréchal d'Empire
Années de service 1787 - 1815
Conflits Guerres de la Révolution
Guerres napoléonniennes
Commandement Réserve de cavalerie de la Grande Armée
Grande Armée
Faits d'armes 1re campagne d'Italie
Campagne d'√Čgypte
1800 : Bataille de Marengo
1805 : Bataille d'Austerlitz
1806 : Bataille d'I√©na
1807 : Bataille d'Eylau
1812 : Bataille de la Moskowa
1813 : bataille de Leipzig
1815 : bataille de Tolentino
Distinctions Prince impérial
Grand Amiral de France
Grand Aigle de la Légion d'honneur
Autres fonctions grand-duc de Berg et de Clèves
roi de Naples

Joachim Murat, né le 25 mars 1767 à Labastide-Fortunière (de nos jours Labastide-Murat, près de Cahors, dans le département du Lot) et mort le 13 octobre 1815 à Pizzo (Calabre) est un maréchal d'Empire, de 1806 à 1808 grand-duc de Berg et de Clèves, prince français et roi de Naples de 1808 à 1815.

Il est aussi le beau-fr√®re de Napol√©on Ier, par son mariage avec Caroline Bonaparte.

Sommaire

Sous l'Ancien Régime

Il est le dernier des onze enfants d'un aubergiste, Pierre Murat Jordy, et de sa femme Jeanne Loubi√®res. D'abord destin√© √† l'√©tat eccl√©siastique, on le retrouve ainsi parmi les s√©minaristes de Cahors, puis chez les lazaristes de Toulouse. Il s'y pr√©pare au noviciat sacerdotal et porte le petit collet. Ses camarades de la Bastide l'appellent l'abb√© Murat. Le jeune Joachim aime les plaisirs, il fait des dettes et, craignant le courroux paternel, il s'enr√īle le 23 f√©vrier 1787 dans les chasseurs des Ardennes (futur Champagne), puis dans la 12e unit√© de cavalerie qui recrute des hommes audacieux.

Instruit, il se distingue rapidement. Il est cependant renvoyé pour insubordination en 1789 et retourne dans sa région natale, chez son père.

Carrière sous la Révolution

Murat profite de son retour dans le Quercy pour assister et participer aux r√©unions des clubs locaux. Il est ainsi √©lu dans son canton de Montfaucon[1] pour repr√©senter le d√©partement du Lot √† la F√™te de la F√©d√©ration le 14 juillet 1790 √† Paris.

Il réintègre l'armée en janvier 1791 et est nommé dans la garde constitutionnelle du Roi un an plus tard, tout comme Bessières. Fervent partisan des idées nouvelles, et notamment de Marat (dont il prend quelque temps le nom), il démissionne au bout de quelques jours, estimant que la Garde n'est qu'un repaire de royalistes. Le rapport qu'il transmet à son département est utilisé comme preuve pour justifier le licenciement de la garde.

Il retourne donc dans son 12e régiment de chasseurs et, ambitieux et talentueux, il devient chef d'escadron du 21e chasseurs à l'été 1793. Comme Bonaparte, il est inquiété après la chute de Robespierre mais, comme Bonaparte, il se distingue lors de la répression de l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire. Le nouveau général de l'armée d'Italie en fait son aide de camp[2].

Au combat de Roveredo (4 septembre 1796), il est charg√© par Bonaparte de poursuivre l'ennemi qui, en fuyant, cherche √† se rallier. √Ä la t√™te d'un escadron de chasseurs du 10e r√©giment dont chaque cavalier emm√®ne un fantassin en croupe, il passe l'Adige √† gu√©. Cette attaque inattendue s√®me la confusion dans les rangs ennemis. √Ä la bataille de Bassano, livr√©e le 22 du m√™me mois, il commande un corps de cavalerie dont les charges brillantes contre les carr√©s de l'infanterie austro-sarde contribuent puissamment au succ√®s de la journ√©e.

Il met en valeur ses talents de cavalier à Dego et Mondovi et est fait général. Il est blessé devant le siège de Mantoue.

Le 13 mars 1797, il ex√©cute √† la t√™te de la cavalerie le passage du Tagliamento, victoire fran√ßaise qui d√©concerte les plans de l'archiduc Charles et qui force l'Autriche √† signer les pr√©liminaires d'un trait√© de paix.

Le général Murat à la bataille d'Aboukir. Tableau d'Antoine-Jean Gros (1806)

En √Čgypte, il d√©ploie la plus grande valeur √† la prise d'Alexandrie et √† la bataille des Pyramides. Il est charg√© de lutter contre les pillards dans la nouvelle organisation que donne Bonaparte √† sa conqu√™te[3].

Quand Bonaparte fait le siège de Saint-Jean-d'Acre, l'infériorité de l'artillerie française décide le général en chef à tenter l'assaut. Murat se présente pour charger le premier, ce que Bonaparte lui refuse d'abord, mais Murat est si pressant qu'il finit par accepter[4].

Il joue un r√īle crucial √† la seconde bataille d'Aboukir o√Ļ il capture le chef d'arm√©e adverse apr√®s avoir essuy√© un coup de feu dans la gorge, qui aurait d√Ľ lui √™tre fatal s'il n'avait pas cri√© en √©cartant suffisamment les m√Ęchoires[5]. Ce qui lui vaut d'√™tre nomm√© g√©n√©ral de division

Cette bataille est la derni√®re livr√©e par Bonaparte en √Čgypte, qui rappel√© en France par les √©v√®nements graves qui s'y passent, ne ram√®ne d'√Čgypte que sept personnes au nombre desquelles se trouve Murat.

Le Consulat

Il participe activement au coup d'√Čtat du 18 Brumaire. C'est lui qui entre √† la t√™te de 60 grenadiers dans la salle des Cinq-Cents et prononce la dissolution du Conseil.

Commandant de la garde consulaire apr√®s cette journ√©e, le 18 janvier 1800, il √©pouse la sŇďur de Napol√©on, Caroline Bonaparte. Il d√©m√©nage aux Tuileries et fait donc incontestablement partie du proche entourage du nouveau ma√ģtre de la France.

Murat commande la cavalerie de l'arm√©e de r√©serve que commande Napol√©on Bonaparte. √Ä la Bataille de Marengo, le 14 juin 1800 il a, selon Louis-Alexandre Berthier, ¬ę ses habits cribl√©s de balles ¬Ľ.

Après la campagne, il reçoit un sabre d'honneur et commande un camp stationné à Beauvais, destiné à défendre la Batavie et la Belgique en cas de débarquement anglais. Puis il commande le corps d'observation du Midi. Il participe à ce titre à la poursuite des combats en Italie à l'hiver 1800-1801.

Murat signe ainsi l'armistice entre la France et le royaume de Naples et ordonne à ses troupes de ne pas violenter le peuple napolitain, ordre dont les Napolitains se souviendront. Le 27 juillet 1801, il est nommé général en chef des troupes stationnées en République cisalpine.

Il rentre en France en ao√Ľt 1803 et est nomm√© √† la place de Junot, en disgr√Ęce, commandant de la premi√®re division militaire de Paris, et gouverneur de Paris, il dirige 60 000 hommes. Responsable de la s√©curit√© du gouvernement, il est en relation constante avec Bonaparte. Charg√©, par sa fonction, de nommer la commission militaire qui doit juger le duc d'Enghien (condamn√© par avance), il s'y oppose courageusement.

L'Empire

Joachim Murat en grande tenue de maréchal d'Empire.
Par François Gérard (1804)

La conspiration Cadoudal-Pichegru et l'ex√©cution du duc d'Enghien pr√©cipitent la transformation du r√©gime consulaire en un r√©gime monarchique. Le 18 mai 1804, un s√©natus-consulte confie le ¬ę gouvernement de la R√©publique √† un Empereur ¬Ľ en la personne de Napol√©on Ier. Murat est couvert d'honneurs : il est fait Mar√©chal d'Empire le lendemain. Le 1er f√©vrier 1805, il est √©lev√© √† la Dignit√© de Grand Amiral de l'Empire et le 2, grand aigle (grand croix) de la L√©gion d'honneur. Le 4 f√©vrier, il est re√ßu au S√©nat conservateur pour pr√™ter serment en tant que s√©nateur, cons√©quence de son √©l√©vation √† la dignit√© imp√©riale de Grand amiral de l'Empire. En mars, il s'installe au palais de l'√Člys√©e. Membre de la famille imp√©riale, il porte le titre de Prince.

Murat commande une nouvelle fois la cavalerie et l'avant-garde de la Grande Armée à l'automne 1805.

Il porte les premiers coups √† l'Autriche et obtient les premiers succ√®s. Apr√®s s'√™tre empar√© des d√©bouch√©s de la For√™t-Noire, il enfonce et disperse une forte division autrichienne, lui prend son artillerie, ses drapeaux et fait 4 000 prisonniers. Quelques jours plus tard, il force le g√©n√©ral Werneck (en) √† capituler[6].

Lorsque les Russes entrent en guerre, Murat attaque aussit√īt une de leurs divisions, √† qui il enl√®ve cinq pi√®ces de canon et 500 hommes. Poursuivant l'ennemi, il l'attaque de nouveau sur les hauteurs d'Amstetten et lui fait √©prouver une nouvelle perte de 1 800 hommes.

Entrant dans Vienne √† la t√™te de sa cavalerie, il manque de surprendre l'empereur d'Autriche dans l'abbaye de Melk. Il poursuit l'ennemi hors de Vienne, sabre l'arri√®re-garde √† Hollabrunn. Il accorde alors un armistice que Napol√©on bl√Ęme vivement.

Les Autrichiens ont pi√©g√© les ponts sur le Danube alors que ceux-ci sont indispensables √† la progression fran√ßaise. Murat, accompagn√© du mar√©chal Lannes, r√©ussit √† les persuader qu'un armistice a √©t√© sign√©. Les Autrichiens se retirent, laissant les Fran√ßais ma√ģtres des ponts.

Pour r√©parer sa faute, il prend aux Russes, √† Guntersdorf, 1 800 hommes et 12 pi√®ces de canon.

Il se couvre de gloire √† la bataille d'Austerlitz o√Ļ il commande l'aile gauche de l'arm√©e fran√ßaise. Le trait√© de Presbourg, sign√© le 27 d√©cembre 1805, r√©organise l'Allemagne et Joachim Murat devient grand-duc de Berg et de Cl√®ves. Il part s'installer √† D√ľsseldorf, capitale de son √Čtat.

Cependant, la guerre entre la Prusse et la France √©clate √† l'automne 1806. La campagne de Prusse arrache Murat √† ses t√Ęches de gouvernement. Il retrouve son commandement √† la t√™te de la cavalerie. Toujours √† l'avant-garde, il traverse la Saale, d√©truit deux r√©giments qui lui disputent le passage, se bat √† la bataille d'I√©na et parvient √† capturer l'essentiel de l'arm√©e ennemie, force encore l'importante place d'Erfurth √† capituler, harc√®le les d√©bris de l'arm√©e prussienne, et fait toute une brigade prisonni√®re dans le faubourg de Prentzlaw.

La capitulation de l'ennemi lui livre 64 pi√®ces d'artillerie, 45 drapeaux, 6 r√©giments de cavalerie, 1 600 hommes d'infanterie et le prince de Hohenlohe qui les commande. Attaqu√© dans Lubeck, Bl√ľcher se rend √† Murat avec les troupes et le mat√©riel qu'il avait cru sauver par un subterfuge.

Pendant ce temps, une des divisions de Murat, commandée par le général Lasalle a fait capituler la garnison qui défend Stettin, une des plus fortes places de la Prusse[7].

Cette campagne s'ach√®ve sur ses mots : ¬ę Sire, le combat cesse faute de combattants ¬Ľ. La guerre se poursuit cependant contre les Russes qui accourent au secours des Prussiens aux abois. Murat les attaque, les chasse de Varsovie o√Ļ il fait une entr√©e triomphale le 28 novembre 1806.

A la bataille d'Eylau, en 1807, c'est encore Murat qui force l'ennemi √† la retraite, apr√®s avoir enfonc√© son infanterie : une grande partie de l'artillerie russe tombe au pouvoir du grand duc de Berg. Il lance la plus grande charge de cavalerie de l'histoire en menant de 10 √† 12 000 cavaliers sur le centre russe pour emp√™cher celui-ci de couper l'arm√©e fran√ßaise en deux.

Il ne s√©journe que peu de temps √† D√ľsseldorf apr√®s la Paix de Tilsit qui agrandit substantiellement son duch√©, laissant la gestion √† son ministre des Finances :Jean Agar, comte Mosbourg.

Au d√©but de l'ann√©e 1808, il est nomm√© lieutenant-g√©n√©ral de l'Empereur et re√ßoit le commandement des 50 000 hommes qui composent l'Arm√©e d'Espagne. Murat doit occuper Madrid et attendre les ordres de Napol√©on. Il se rend vite compte que la pr√©sence des Fran√ßais est mal v√©cue par la population espagnole.

Celle-ci se révolte en mars et le roi Charles IV abdique en faveur de son fils Ferdinand. À Bayonne, Napoléon force le père à revenir sur son abdication. Indignée, la population de Madrid se soulève le 2 mai (Dos de mayo).

L'insurrection est violemment r√©prim√©e par Murat le lendemain. C'est le d√©but de la Guerre d'ind√©pendance espagnole. Charles IV abdique en faveur de Napol√©on qui, au grand d√©sespoir de Murat, confie le tr√īne √† son fr√®re Joseph le roi de Naples. Murat doit choisir entre la couronne du Portugal et celle de Naples.

Joachim Ier, roi de Naples

L'arrivée à Naples

Statue de Joachim Murat sur la façade du Palais royal de Naples.

Le 1er ao√Ľt 1808, Joachim Murat devient roi de Naples. Il doit abandonner le grand-duch√© de Berg, toutes ses propri√©t√©s fran√ßaises ainsi que leur luxueux mobilier et sa solde de mar√©chal, dont il conserve toutefois le b√Ęton, et n'accueille pas la nouvelle avec le plus grand enthousiasme. Il se ravise vite devant l'accueil chaleureux que lui r√©servent les Napolitains. Ils aiment ce cavalier d√©j√† l√©gendaire, son go√Ľt du panache et du flamboyant. Ils se souviennent aussi probablement avec reconnaissance de sa proclamation de 1801.

√Ä son arriv√©e, Murat trouve un cadre institutionnel assez proche de ceux des royaumes d'Italie et d'Espagne. La constitution pr√©vue par Joseph a permis la cr√©ation d'un Conseil d'√Čtat et d'un Parlement compos√© de cinq chambres : clerg√©, noblesse, propri√©taires, savants, commer√ßants. Mais ni Joseph, ni Murat ne le convoqueront. Au sein du gouvernement, Murat privil√©gie les Italiens aux Fran√ßais, ce qui accro√ģt sa popularit√©.

Les réformes

Pièce du royaume de Naples à l'effigie de Murat.

Immédiatement, il s'attache à poursuivre les réformes entamées par son beau-frère Joseph, à commencer par l'achèvement de l'abolition de la féodalité. Le code Napoléon est très légèrement adapté mais les idées essentielles sont adoptées. La marine et l'armée sont réorganisées. Il règle également le problème du brigandage calabrais. Cependant, à cause du déficit budgétaire, qui malgré une amélioration, ne sera pas résorbé sous le règne de Murat, la plupart de ses réformes n'ont qu'une portée limitée.

La reconquête du royaume

Lorsque les troupes fran√ßaises envahissent le royaume de Naples pour chasser Ferdinand IV et sa femme Marie-Caroline, la sŇďur de Marie-Antoinette, ces derniers se sont r√©fugi√©s en Sicile, prot√©g√©s par une flotte britannique, dont un d√©tachement s'√©tait empar√© de l'√ģle de Capri. L'√ģle, ancien repaire de l'empereur Tib√®re, est une v√©ritable forteresse d√©fendue par le g√©n√©ral britannique Hudson Lowe, le futur gouverneur de Sainte-H√©l√®ne et ses 2 000 hommes. La prise de Capri a, pour Murat, deux objectifs. Tout d'abord, il s'agit de lib√©rer une partie de son territoire et d'assurer ainsi la s√©curit√© du commerce maritime entre le nord du royaume et le sud. L'autre objectif est symbolique : montrer √† ses sujets qu'il est leur unique souverain et que les Bourbons de Naples ont v√©ritablement ¬ę cess√© de r√©gner ¬Ľ.

Article d√©taill√© : Prise de Capri.

D√®s le 4 octobre 1808, c'est-√†-dire moins d'un mois apr√®s l'arriv√©e du nouveau roi, 2 000 hommes command√©s par le g√©n√©ral Jean-Maximilien Lamarque d√©barquent sur l'√ģle qui capitule le 17. Pour f√™ter cette victoire cens√©e confirmer l'unit√© des Napolitains, Murat amnistie les exil√©s politiques.

Lorsque la guerre reprend avec l'Autriche en 1809, une escadre britannique croise devant Naples mais elle n'ose pas attaquer la ville dont les défenses ont été améliorées par le nouveau roi. Murat n'a pas participé à la campagne en Autriche et sort une nouvelle fois grandi de cette victoire et l'admiration du peuple napolitain est sincère.

La dernière étape est la prise de la Sicile. La partie insulaire du royaume des Deux-Siciles abrite la dynastie déchue des Bourbons de Naples. Ceux-ci ne reconnaissent pas Joachim Ier comme roi de Naples mais ils ont vite compris que le déloger ne serait pas une mince affaire. Le roi Murat sait également que reprendre la Sicile sera autrement plus difficile que reprendre Capri, d'autant que Napoléon soutient mollement son beau-frère dans son entreprise. Le 17 septembre 1810, Murat ordonne à ses troupes de traverser le détroit de Messine. Un premier corps de 2000 hommes y parvient sans difficulté. Mais le général Grenier refuse de faire continuer le transbordement au motif qu'il n'a pas reçu d'ordre de Napoléon. Les Britanniques se ressaisissent et chassent les premières troupes débarquées. L'expédition est un échec et Murat se plaint fortement de la conduite de Grenier.

Des relations difficiles avec Napoléon

S'ils sont beaux-fr√®res, les deux hommes ne s'appr√©cient gu√®re[8]. Napol√©on m√©prise Murat : m√©pris de l'officier issu des plus prestigieuses √©coles pour le soldat sorti du rang ? m√©pris du strat√®ge pour le sabreur ? ou Napol√©on envie-t-il la bravoure de son mar√©chal qui transcende les troupes ? Probablement un peu de tout cela. Il aurait pr√©f√©r√© donner la main de sa sŇďur Caroline au g√©n√©ral Moreau mais, voulant rendre sa sŇďur heureuse, il avait privil√©gi√© l'amour √† la raison. Depuis l'accession de Murat au tr√īne de Naples, les humiliations de la part de Napol√©on se succ√®dent. Le d√©cret qui lui donne la couronne de Naples pr√©cise bien que cela est fait en faveur de la reine Caroline. Le ton des d√©p√™ches de Napol√©on est de plus en plus sec et vexant, la mauvaise foi y est de plus en plus fr√©quente. Tout ce que fait le roi est critiqu√© et rabaiss√© par l'empereur. Des menaces de destitution apparaissent dans la correspondance. Napol√©on lui rappelle sans cesse que s'il est roi, c'est parce qu'il l'a d√©cid√©. Napol√©on a-t-il oubli√© que, s'il est empereur, c'est en partie gr√Ęce √† Murat, qui a √©t√© d√©cisif au 13 vend√©miaire, √† Aboukir, au 18 brumaire ou √† Eylau ? Napol√©on sait que des intrigues de Talleyrand et Fouch√© ont pr√©vu de le remplacer par Murat au cas o√Ļ il lui arriverait malheur. Au m√™me moment, le roi de Naples s'oppose au mariage de Napol√©on avec Marie-Louise d'Autriche, petite-ni√®ce de Marie-Antoinette mais surtout petite-fille de Marie-Caroline. Murat d√©sire de plus en plus agir comme un roi ind√©pendant et non pas comme un pr√©fet. De plus, Naples souffre √©norm√©ment du Blocus continental. Il se rapproche alors des Carbonari qui le courtisent pour unifier l'Italie. Mais Caroline a toujours su temp√©rer les ardeurs de l'un comme de l'autre.

Les derniers combats pour Napoléon

Le maréchal Murat ordonne l'assaut final. Bataille de la Moskowa (détail), Louis-François Lejeune, 1822

Pour forcer la Russie √† appliquer les dispositions du d√©cret de Berlin, Napol√©on pr√©pare une nouvelle campagne. Toute l'Europe est en guerre, la France et ses alli√©s d'une part, le Royaume-Uni et la Russie d'autre part. Napol√©on fait √©videmment appel √† Murat pour conduire la cavalerie et l'avant-garde de l'arm√©e. Celui-ci se rend avec empressement aupr√®s de l'empereur pour lui prouver son attachement : l'accueil de Napol√©on est glacial. √Ä la t√™te de la cavalerie, il tente de fixer les Russes pour la bataille mais le g√©n√©ral russe Barclay de Tolly se d√©robe continuellement, pratiquant la tactique de la terre br√Ľl√©e. Une nouvelle fois, les charges de Murat sont d√©cisives √† la bataille de la Moskowa le 7 septembre 1812. Avec la retraite, harcel√©e par le froid et les cavaliers cosaques, la cavalerie fond. Le 5 d√©cembre, Napol√©on quitte l'arm√©e et en confie le commandement √† Murat. Il doit la conduire √† Vilnius o√Ļ elle pourra se reformer. √Ä Vilnius, le lieutenant-g√©n√©ral de l'empereur se rend compte qu'il ne peut tenir la position. Il fait √©vacuer l'arm√©e vers la Pologne. Arriv√© √† PoznaŇĄ le 16 janvier 1813, il quitte √† son tour l'arm√©e et nomme Eug√®ne de Beauharnais commandant en chef.

Il regagne en toute h√Ęte Naples o√Ļ il entre en relation avec les Autrichiens qui ont quitt√© l'alliance fran√ßaise. Ce rapprochement a sans doute √©t√© facilit√© par les liaisons de Caroline avec Metternich et l'ambassadeur autrichien √† Naples. Un rapprochement est √©galement effectu√© avec le Royaume-Uni. Une convention militaire est pr√™te √† √™tre sign√©e. Mais Murat tergiverse.

Dans le m√™me temps, la situation internationale a √©volu√©. Napol√©on a remport√© une victoire importante √† la bataille de Bautzen. Il est au courant des contacts du roi avec ses ennemis mais il a besoin de ses talents de cavalier, talents qui lui ont manqu√© pendant la premi√®re partie de la campagne. Murat arrive en ao√Ľt 1813 √† Dresde et y √©crase l'aile gauche autrichienne les 26 et 27 ao√Ľt. Il fait des prodiges avec sa cavalerie durant l'automne. Apr√®s la d√©faite de Leipzig, le 19 octobre 1813, Murat quitte une derni√®re fois l'arm√©e sans qu'il soit possible de dire quel est v√©ritablement son √©tat d'esprit.

Un premier Risorgimento

Le roi Murat.
Par Heinrich Schmidt (1814)

Lorsqu'il atteint Milan, le roi de Naples est assailli par les Carbonari. Il faut unifier l'Italie ou elle se retrouvera sous le joug de l'Autriche. Le 8 novembre, il affirme √† l'ambassadeur autrichien qu'il choisit le camp des Alli√©s. En √©change, il demande son maintien √† Naples. Parall√®lement, il affirme son attachement √† Napol√©on. Pourtant, le 8 janvier 1814, un trait√© d'alliance entre l'Autriche et Naples est sign√©. C'est ce qu'on appelle la ¬ę trahison de Murat ¬Ľ[9].

Il entame une marche triomphale avec son arm√©e √† travers l'Italie. Partout, il est acclam√©. Apr√®s une √©chauffour√©e avec les troupes du vice-roi d'Italie Eug√®ne de Beauharnais, il semble pris de remords et pense √† changer de camp. Napol√©on se laisse convaincre et promet le partage de l'Italie avec le P√ī comme fronti√®re, Murat recevant le sud. Mais l'abdication de Napol√©on √† Fontainebleau change la donne et il est doubl√© par les Autrichiens et les Britanniques et doit finalement rentrer √† Naples en mai 1814.

Murat est confirm√© roi de Naples par le Congr√®s de Vienne. Des contacts se nouent cependant avec Napol√©on exil√© √† l'√ģle d'Elbe. Averti du prochain d√©part de Napol√©on pour la France, Murat se revoit roi d'Italie. Lorsqu'il apprend le d√©barquement de l'empereur en France, il d√©clare la guerre √† l'Autriche alors que Napol√©on n'est pas encore arriv√© aux Tuileries. De fait, il place Napol√©on dans une situation d√©licate. Le 30 mars 1815, il lance une proclamation √† Rimini (it) appelant les Italiens √† l'insurrection. Les sc√®nes de joie de l'ann√©e pr√©c√©dente se r√©p√®tent dans toute la p√©ninsule. Il est s√©v√®rement battu par les Autrichiens √† Tolentino le 2 mai et voit son r√™ve s'envoler. Le 19, il fuit Naples et atteint Cannes le 25.

La fin

Statue de Murat au Louvre

Le roi d√©chu erre en Provence, esp√©rant que Napol√©on l'appellera √† l'arm√©e. Napol√©on refuse (il le regrettera √† Sainte-H√©l√®ne)[10] : par l‚Äôinterm√©diaire de son ministre des Affaires √©trang√®res, Caulaincourt, il envoie Amable de Baudus, ancien gouverneur des enfants royaux, au Golfe Juan avec l‚Äôordre de demander √† Murat de se tenir loin de Paris et de s‚Äô√©tablir entre Grenoble et Sisteron[11]. √Ä l'annonce de la d√©faite de Waterloo, il s'enfuit en Corse. Vite entour√© par pr√®s de mille partisans, Murat se prend √† r√™ver d'une reconqu√™te de Naples.

Une exp√©dition est mont√©e √† la h√Ęte. Parti d'Ajaccio, le 28 septembre 1815, elle arrive le 8 octobre devant le petit port calabrais du Pizzo. Croyant soulever l'enthousiasme de la population, Murat et ses partisans d√©barquent. La foule est hostile. La Calabre a durement √©t√© touch√©e par la r√©pression du brigandage sous le r√®gne de Joachim.

Il est captur√© et enferm√© dans le petit ch√Ęteau du port. Il √©crit plusieurs lettres, en particulier √† sa famille. Le 13 octobre, le roi Ferdinand prend un d√©cret par lequel ¬ę il ne sera accord√© au condamn√© qu'une demi-heure pour recevoir les secours de la religion ¬Ľ.

Ainsi, le procès était joué d'avance. Il se montre courageux lors de son exécution[12].

Descendance

Le tombeau de Joachim Murat se trouve au Pizzo en Calabre et celui de son √©pouse Caroline Bonaparte √† Florence. Le couple eut quatre enfants :

  • Achille (¬į1801 +1847), prince fran√ßais, duc de Cl√®ves, puis prince royal de Naples, 2e prince Murat, √©pousa en 1826 Catherine Dudley (petite ni√®ce de George Washington), sans post√©rit√© ;
  • Laetizia (¬į1802 +1859), √©pousa en 1823 Guido-Taddeo, marquis Pepoli ;
  • Lucien (¬į1803 +1878), prince fran√ßais, prince de Naples, prince de Ponte-Corvo, puis 3e prince Murat, √©pousa en 1831 Caroline Fraser (5 enfants na√ģtront de cette union). De lui descend l'actuel prince Murat, Joachim, 8eprince Murat, n√© en 1944 ;
  • Louise (¬į1805 +1889), √©pousa Giulo, comte Rasponi.


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Pierre Murat Jordy
x
Jeanne Loubières
 
 
 
 
 
Charles-Marie
Bonaparte

(1746-1785)
x
Maria Letizia
Ramolino

(1750-1836)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Joachim
Murat
(1767-1815)

Flag of the Kingdom of Naples (1808).gif
Roi de Naples
 
 
 
Caroline
Bonaparte

(1782-1839)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Achille[N 1]
(1801-1847)
2e prince Murat
 
Laetizia
(1802-1859)
 
Lucien Murat
(1803-1878)
3e prince Murat
X
Caroline Georgina

Frazer
(1810-1879)
 
Louise
(1805-1889)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Caroline
(1833-1902)
 
Joachim Murat
(1834-1901)
4e prince Murat
X
Malcy
Berthier de Wagram[N 2]
(1832-1884)
 
Anna
(1841-1924)
 
Achille
(1847-1895)
 
Louis-Napoléon
(1851-1912)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Eugénie
(1855-1934)
 
 
Joachim Murat
(1856-1932)
5e prince Murat
X
Marie Cécile
Ney[N 3] d'Elchingen
(1867-1960)
 
 
 
Anna Napoléone
Caroline
(1863-1940)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Joachim Murat
(1885-1938)
6e prince Murat
X
Louise
Plantié
(1891-1978)
 
Marguerite
(1886-1956)
 
 
Pierre
(1887-1888)
 
 
Alexandre
(1889-1926)
 
 
Paul
(1893-1964)
 
 
Charles
(1887-1888)
 
 
Louis Marie Michel
Joachim Napoléon

(1896-1916)
 
 
G√©r√īme
(1898-1992)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Joachim Murat
(1920-1944)
7e prince Murat
X
Nicole
Pastre
(1921-1982)
 
 
Caroline
(1921)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Caroline
(1941)
 
 
Malcy
(1942-1990)
 
 
 
Joachim Murat
(1944)
8e prince Murat
X
Laurence
Mouton
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Caroline
(1971)
 
Joachim Charles Napoléon Murat
(1973)
prince de Ponte Corvo
 
Laetitia
(1975)
 
√Člise
(1977)
Pauline
(1977)


  • Notes :
  1. ‚ÜĎ Il √©pousa en 1826 Catherine Dudley (petite ni√®ce de George Washington) sans post√©rit√©.
  2. ‚ÜĎ Petite-fille du Mar√©chal Berthier
  3. ‚ÜĎ Arri√®re-petite-fille du Mar√©chal Ney

Le cavalier

Doté d'un puissant charisme, il est un excellent meneur d'hommes et un brillant cavalier. Ses hommes reconnaissent en lui le chef qui les guidera à la victoire. Les Cosaques, cavaliers de l'armée russe, lui vouaient une véritable admiration. Soldat d'avant-garde, il sait fixer l'ennemi et le poursuivre après sa défaite. Il fait ainsi 15 000 prisonniers en cinq jours après la prise d'Ulm en 1805, et anéantit l'orgueilleuse armée prussienne après la double victoire d'Iéna et Auerstaedt. Sabreur, il mène ses escadrons à l'assaut des troupes ennemies aux cours des charges les plus folles, remportant des succès aussi incroyables que décisifs. Ainsi, il écrase l'armée turque à Aboukir, il évite la défaite à Eylau en prenant la tête de 80 escadrons qu'il fait charger sur les troupes russes, et ordonne la charge décisive à la bataille de la Moskowa.

Il est cependant souvent emporté par son enthousiasme, ce qui lui vaut une réputation de fonceur et d'étourdi. À la bataille d'Heilsberg, en 1807, il se jette seul avec 9 000 cavaliers et quelques fantassins contre 80 000 Russes bien retranchés. Cela en fait également un mauvais général en chef qui épuise sa cavalerie à la poursuite des Russes qui se dérobent, au début de la campagne de Russie.

Murat est √©galement r√©put√© pour ses tenues toutes plus extravagantes les unes que les autres qui lui valurent le surnom de ¬ę roi Franconi ¬Ľ, du nom d'un √©cuyer de cirque connu dans toute l'Europe du d√©but du XIXe si√®cle. Cette manie traduit sa vanit√©, sa volont√© de se distinguer des autres g√©n√©raux fran√ßais. Il est de fait ais√©ment reconnaissable sur les tableaux √©voquant le Premier Empire (et √©tait r√©ellement imm√©diatement identifi√© dans les foules et sur les champs de bataille de l'√©poque), notamment par le port syst√©matique d'√©normes panaches blancs sur ses chapeaux.

Le général Griois a laissé dans ses mémoires un portrait de Murat qui résume le personnage[13].

Murat dans la littérature

  • Alexandre Dumas l'a mis en sc√®ne dans Impressions de voyage, 1839
  • Honor√© de Balzac fait r√©f√©rence √† son go√Ľt du luxe dans La Paix du m√©nage : ¬ę Murat, homme tout oriental, donna l'exemple d'un luxe absurde chez les militaires modernes[14]. ¬Ľ ou √† son grand courage dans Le Colonel Chabert o√Ļ Hyacinthe Chabert d√©crit la formidable charge d'Eylau[15].
  • Honor√© de Balzac: lors de la description de Rastignac dans le p√®re Goriot: "parmi ses qualit√©s (celles de Rastignac) se trouvait cette vivacit√© m√©ridionale qui fait marcher droit √† la difficult√© pour la r√©soudre et qui ne permet pas √† un homme d'outre-Loire de rester dans une incertitude quelconque; qualit√© que les gens du Nord nomment un d√©faut: pour eux, si ce fut l'origine de la fortune de Murat, ce fut aussi la cause de sa mort".

Notes et références

Tombe de la famille Murat au Père Lachaise
  1. ‚ÜĎ Anne Gary, Montfaucon en Quercy : √Ä la d√©couverte du pass√©, t. 1 : Des origines √† la r√©volution, Bayac, √Čditions du Roc de Bourzac, 4 novembre 1992, 115 p. (ISBN 978-2-87624-047-6), p. 103 
  2. ‚ÜĎ ¬ę Apr√®s l'armistice de Cherasque, le g√©n√©ral Murat, premier aide-de-camp du g√©n√©ral en chef de l'arm√©e d'Italie, fut exp√©di√© pour Paris, avec vingt et un drapeaux et la copie de l'armistice. Napol√©on avait pris cet officier au 13 vend√©miaire ; il √©tait alors chef d'escadron au 21e chasseurs. Il a √©t√© depuis mari√© √† la sŇďur de l'Empereur, mar√©chal d'Empire, grand duc de Berg, roi de Naples, etc. Il a eu une grande part √† toutes les op√©rations militaires du temps; il a toujours d√©ploy√© un grand courage et surtout une singuli√®re hardiesse dans les mouvements de cavalerie. ¬Ľ (Las Cases.)
  3. ‚ÜĎ Un jour il fut envelopp√© par un grand nombre de Mamelucks ; on le crut tu√© ; mais quelques cavaliers fran√ßais parvinrent √† le d√©gager ; il n'avait re√ßu aucune blessure; mais son sabre bris√© et teint de sang attestait la lutte qu'il venait de soutenir.
  4. ‚ÜĎ Saint-Jean-d'Acre e√Ľt √©t√© emport√© si l'h√©ro√Įsme avait pu suffire. √Ä cet assaut meurtrier o√Ļ Murat se distinguait, comme un but aux coups de l'ennemi, par le panache qui flottait au-dessus de sa t√™te, il re√ßut dans le collet de son habit une balle qui traversa sa cravate et lui effleura le cou ; son panache abattu par une autre balle resta au pouvoir des assi√©geants, et le pacha l'ayant r√©clam√©, le montrait toujours comme un glorieux troph√©e.
  5. ‚ÜĎ Mustapha-Pacha, √† la t√™te de 18 000 Turcs, avait abord√© dans la rade d'Aboukir. Bonaparte ayant ordonn√© l'attaque du camp des Turcs, ceux-ci se d√©fendaient avec courage et quelque chance de succ√®s, lorsque Murat, commandant de l'avant-garde, d√©tacha un de ses escadrons, en lui ordonnant de charger l'ennemi et de traverser toutes les positions, pendant que le g√©n√©ral Lannes se portait √† l'attaque d'une redoute jusqu'aux foss√©s de laquelle l'escadron de Murat devait p√©n√©trer. Ces deux attaques combin√©es jet√®rent le trouble et la confusion dans le camp ennemi. ¬ę L'intr√©pide cavalerie du g√©n√©ral Murat, √©crivait Bonaparte au Directoire, a r√©solu d'avoir le principal honneur de cette journ√©e ; elle charge l'ennemi sur sa gauche, se porte sur les derri√®res de la droite, la surprend √† un mauvais passage et en fait une horrible boucherie. Le gain de cette bataille est d√Ľ principalement √† Murat. Je vous demande pour lui le grade de g√©n√©ral de division ; sa brigade de cavalerie a fait l'impossible. ¬Ľ
  6. ‚ÜĎ command√©e par un chef aussi intr√©pide : 1 500 chariots, 50 pi√®ces de canon, 1 600 prisonniers avaient √©t√© les troph√©es de sa marche victorieuse jusqu'√† Nuremberg.
  7. ‚ÜĎ ¬ę Puisque vous prenez des places fortes avec votre cavalerie, √©crivait Napol√©on √† son beau-fr√®re, je pourrai cong√©dier le G√©nie et faire fondre mes grosses pi√®ces. ¬Ľ
  8. ‚ÜĎ ¬ę Il n'y avait pas deux officiers dans le monde pareils √† Murat pour la cavalerie, et √† Drouot pour l'artillerie: Murat avait un caract√®re tr√®s-singulier. Il y a environ vingt-quatre ans qu'il √©tait capitaine; je le pris pour mon aide-de-camp; je l'ai fait tout ce qu'il a √©t√© depuis. Il m'aimait ; je peux m√™me dire qu'il m'adorait. Il √©tait, en ma pr√©sence, comme frapp√© de respect et pr√™t √† tomber √† mes pieds. J'ai eu tort de l'√©loigner de ma personne; car, sans moi, il n'√©tait rien, et √† mes c√īt√©s, il √©tait mon bras droit. Si j'ordonnais √† Murat d'attaquer et de culbuter 4 ou 5,000 hommes dans une direction donn√©e, c'√©tait l'affaire d'un moment. Je ne puis concevoir comment un homme si brave pouvait √™tre si faible en certaines circonstances ; il n'√©tait brave que devant l'ennemi, et l√†, c'√©tait peut-√™tre l'homme le plus vaillant du monde, son courage imp√©tueux le portait au milieu du danger; couvert de plumes qui s'√©levaient sur sa t√™te comme un clocher et tout d'or, c'√©tait un miracle qu'il √©chapp√Ęt tant il √©tait facile √† reconna√ģtre √† son costume. Toujours en butte au feu de tous les ennemis, les Cosaques eux-m√™mes l'admiraient √† cause de son √©tonnante bravoure. Chaque jour, il √©tait engag√© dans un combat particulier avec quelques-uns d'entre eux, et ne revenait jamais sans avoir teint son sabre de leur sang. En campagne, c'√©tait un v√©ritable paladin; mais si on le prenait dans le cabinet, c'√©tait un poltron sans jugement ni d√©cision. Murat et Ney √©taient les deux hommes les plus braves que j'aie jamais connus. Le caract√®re de Murat √©tait cependant plus noble, car il √©tait g√©n√©reux et franc. Chose √©trange ! Murat, malgr√© l'amiti√© qu'il me portait, m'a fait plus de mal que qui que ce soit au monde. Quand je quittai l'√ģle d'Elbe, je lui envoyai un courrier pour l'informer de mon d√©part; il pr√©tendit qu'il devait attaquer les Autrichiens, le courrier se jeta √† ses genoux pour l'en emp√™cher ; il me croyait ma√ģtre de la France, de la Belgique et de la Hollande, et il devait, disait-il, faire sa paix avec moi et ne pas adopter de demi-mesures ; il chargea les Autrichiens comme un fou, avec sa canaille, et ruina mes affaires ; car, dans le m√™me temps, je faisais avec l'Autriche une n√©gociation d'apr√®s laquelle je stipulais qu'elle resterait neutre. Ce trait√© √©tait sur le point d'√™tre conclu, et alors j'aurais r√©gn√© paisiblement. Mais aussit√īt que Murat attaqua les Autrichiens, l'empereur Fran√ßois crut qu'il n'agissait que d'apr√®s mes instructions ; et, en effet, il sera difficile de faire croire le contraire √† la post√©rit√©. Metternich dit : ¬ę Oh! l'Empereur est toujours le m√™me; c'est un homme de fer. Le s√©jour qu'il a fait √† l'√ģle d'Elbe ne l'a pas chang√©, rien n'est capable de le gu√©rir : tout ou rien, voil√† sa devise ! ¬Ľ ‚ÄĒ L'Autriche se joignit √† la coalition, et ma perte fut consomm√©e. Murat ignorait que ma conduite f√Ľt r√©gl√©e d'apr√®s les circonstances. Il √©tait comme un homme qui regarde le changement de d√©corations √† l'Op√©ra, sans jamais penser √† la machine qui les met en mouvement : il n'a pas cru me faire un grand tort en se s√©parant de moi la premi√®re fois ; car il ne se serait pas joint aux alli√©s. Il calcula que je serais oblig√© de c√©der l'Italie et quelques autres pays; mais il n'a jamais envisag√© ma ruine enti√®re. ¬Ľ O'MEARA.)
  9. ‚ÜĎ ¬ę On ne le plaindra pas : c'√©tait un tra√ģtre. Il ne m'a jamais dit qu'il f√Ľt d√©termin√© √† d√©fendre son tr√īne; et jamais je ne lui ai manifest√© l'intention de r√©unir les royaumes d'Italie et de Naples, ni de lui √īter la couronne et de le faire conn√©table de l'Empire : certainement, je me suis servi de lui comme d'un instrument pour ex√©cuter de grands projets sur l'Italie, et mon intention √©tait de d√©poss√©der Murat du tr√īne de Naples; mais le temps n'√©tait pas venu, et, d'ailleurs, je lui aurais donn√© une indemnit√© convenable. Sa lettre √† Macirone est d'un ridicule achev√©, et son entreprise est celle d'un fou. Quel, motif avait-il de se plaindre de l'empereur d'Autriche qui s'√©tait conduit g√©n√©reusement, qui lui avait offert un asile partout o√Ļ il voudrait dans ses √Čtats, et qui ne lui imposait d'autre condition que celle de ne pas les quitter sans sa permission : ce qui √©tait tr√®s-essentiel. Dans l'√©tat o√Ļ en √©taient les choses, que pouvait-il exiger de plus? moi-m√™me, je n'aurais jamais demand√© davantage √† l'Angleterre. C'√©tait un acte de g√©n√©rosit√© de la part de l'empereur d'Autriche ; il lui rendait le bien pour le mal, car Murat avait fait tous ses efforts pour lui enlever l'Italie.¬Ľ (O'M√ČARA.)
  10. ‚ÜĎ ¬ę Murat avait perdu deux fois Napol√©on, et cependant c'est √† Toulon que Murat accourut chercher un asile. Je l'eusse amen√© √† Waterloo, disait Napol√©on, mais l'arm√©e fran√ßaise √©tait si patriotique, si morale, qu'il est douteux qu'elle e√Ľt voulu supporter celui qu'elle disait avoir perdu la France. Je ne me crus pas assez puissant pour l'y maintenir, et pourtant, il nous e√Ľt valu peut-√™tre la victoire ; car que nous fall√Ľt-il dans certains moments de la journ√©e? enfoncer trois ou quatre carr√©s anglais : or, Murat √©tait admirable pour une pareille besogne; il. √©tait pr√©cis√©ment l'homme de la chose. Jamais, √† la t√™te d'une cavalerie, on ne vit quelqu'un de plus d√©termin√©, de plus brave, d'aussi brillant. En fusillant Murat, les Calabrais ont √©t√© plus humains, plus g√©n√©reux que ceux qui m'ont envoy√© ici.¬Ľ (Las Cases).
  11. ‚ÜĎ Cette ordre de Napol√©on est conserv√© aux archives des Affaires √©trang√®res fran√ßaises.
  12. ‚ÜĎ Quand le moment fatal arriva Murat marcha d'un pas ferme vers l'endroit de l'ex√©cution - aussi calme et impassible que si c'√©tait une revue ordinaire. Il n'accepta pas une chaise ni d'avoir ses yeux band√©s : ¬ę J'ai brav√© la mort trop souvent pour la craindre ¬Ľ. Il se tint droit, avec orgueil et sans intimidation, avec contenance vers les soldats ; et quand il fut pr√™t il embrassa un cam√©e sur lequel la t√™te de sa femme √©tait grav√©, et dit ces mots : ¬ę Soldats ! Faites votre devoir ! Droit au cŇďur mais √©pargnez le visage. Feu ! ¬Ľ
  13. ‚ÜĎ ¬ę Murat commandait l'avant-garde de l'arm√©e dont nous faisions partie et il √©tait chaque jour avec nous. Son costume tout √† fait th√©√Ętral aurait jet√© du ridicule sur tout autre mais il semblait fait √† sa taille et accompagnait parfaitement une valeur toute brillante qui n'appartenait qu'√† lui. Ses chevaux avaient un harnachement bizarre mais magnifique et la gr√Ęce avec laquelle il les maniait relevait encore leur beaut√©. Sa bravoure √©tait tellement reconnue dans l'arm√©e et on √©tait si accoutum√© √† le voir au milieu du feu le plus √©pais que les aides de camp ou officiers d'ordonnance qui avaient des ordres √† lui transmettre ou des informations √† lui donner, se dirigeaient toujours sur le point o√Ļ l'on se battait et du c√īt√© o√Ļ l'attaque paraissait la plus vive ; ils √©taient s√Ľrs de l'y trouver. C'√©tait le beau id√©al du courage. ¬Ľ
  14. ‚ÜĎ √Čdition Furne, 1845, vol.I, p.308
  15. ‚ÜĎ Furne, vol. X, p.13

Source partielle

¬ę Joachim Murat ¬Ľ, dans Charles Mulli√©, Biographie des c√©l√©brit√©s militaires des arm√©es de terre et de mer de 1789 √† 1850, 1852 [d√©tail de l‚Äô√©dition]

Bibliographie

Sur les autres projets Wikimedia :

  • L√©onard Gallois, Histoire de Joachim Murat, Paris. Schubart, 1828.
  • A. Lievyns, Jean Maurice Verdot, Pierre B√©gat, Fastes de la L√©gion d'honneur, biographie de tous les d√©cor√©s accompagn√©e de l'histoire l√©gislative et r√©glementaire de l'ordre, vol. 1 [d√©tail des √©ditions] (notice BNF no FRBNF372738769)  ;
  • ¬ę Joachim Murat ¬Ľ , dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires fran√ßais, 1889 [d√©tail de l‚Äô√©dition]  ;
  • Jean Tulard, Murat, Fayard, 1999, ISBN 2-213-60372-3
  • Jean Tulard (dir.), Dictionnaire Napol√©on, Fayard, 1999
  • Fr√©d√©ric Hulot, Murat. La chevauch√©e fantastique. Pr√©sent√© par Son Altesse le Prince Murat. (Paris, Ed. Pygmalion, G√©rard Watelet)1998 ISBN: 2-85704-536-0
  • M√©moires du g√©n√©ral Griois 1792-1822, √Čditions du Grenadier, 2003
  • Marcel Dupont, Murat, Cavalier, Mar√©chal de France, Prince et Roi, √Čditions Copernic, 1980, ISBN 2-85984-050-8.
  • Jean Prieur, Murat et Caroline, Paris (√Čditions Fernand Lanore) 1985, ISBN 2-85157-011-0.
  • Alexandre Dumas, "Crimes c√©l√®bres", √Čditions Ph√©bus, Tome 2, (2002)
  • Charles Schmidt, Das Gro√üherzogtum Berg 1806-1813 (Le Grand-Duch√© de Berg)- Eine Studie zur franz√∂sischen Vorherrschaft in Deutschland unter Napoleon I.- Aus dem Franz√∂sischen √ľbersetzt von Lothar Kellermann und mit Beitr√§gen von Burkhard Dietz, J√∂rg Engelbrecht und Heinz-K. Junk, hrsg. von Burchardt Dietz und J√∂rg Engelbrecht (Bergische Forschungen, Band XXVII). Neustadt/Aisch 1999. ISBN 3-87707-535-5.
  • Gerold Schmidt, Zum 50j√§hrigen Bestehen des Landes Nordrhein-Westfalens: Der historische Beitrag des Rheinlandes zur Entstehung Nordrhein-Westfalens, in: Rheinische Heimatpflege, K√∂ln 33.Jahrgang 1996, p. 268-273.

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