Jerome Savonarole

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Jerome Savonarole

JĂ©rĂŽme Savonarole

JĂ©rĂŽme Savonarole par Fra Bartolomeo, dans sa cellule au couvent San Marco, 1498

JĂ©rĂŽme Savonarole, en italien Girolamo Savonarola, nĂ© Ă  Ferrare, le 21 ou le 24 septembre 1452[1] et mort sur le bĂ»cher Ă  Florence, le 23 mai 1498, est un frĂšre dominicain, prĂ©dicateur et rĂ©formateur italien, qui institua et dirigea la dictature thĂ©ocratique de Florence de 1494 Ă  1498.

Également appelĂ© Hieronymus Savonarola ou encore Girolamo Savonarole, il est connu pour ses rĂ©formes religieuses, ses prĂȘches anti-humanistes, son bĂ»cher des vanitĂ©s oĂč disparurent de nombreux livres et de nombreuses Ɠuvres d’art. Il prĂȘcha de façon vĂ©hĂ©mente contre la corruption morale du clergĂ© catholique, sans toutefois remettre en cause le dogme.

Sommaire

Jeunesse (1452-1482)

TroisiĂšme fils d'une famille distinguĂ©e Ă©tablie Ă  Ferrare, dans l'Italie du Nord, il est Ă©levĂ© par son grand-pĂšre paternel, Michele (professeur et mĂ©decin renommĂ©), et se destine lui aussi Ă  la mĂ©decine. Il commence des Ă©tudes Ă  l’UniversitĂ© de Ferrare, oĂč il obtient un diplĂŽme en Arts. DĂšs sa jeunesse, il s'intĂ©resse aux Saintes Écritures et il se plonge dans la lecture des oeuvres d’Aristote, de Platon et de Saint Thomas d'Aquin notamment.[2]

Son penchant anticlĂ©rical et les traits d'un rĂ©formateur apparaĂźssent dĂ©jĂ  dans ses premiers Ă©crits. Ainsi, De Ruina Mundi, un poĂšme qu'il Ă©crit Ă  20 ans dĂ©nonce l'avilissement de la sociĂ©tĂ© et l'ascendant de la luxure et de l’impiĂ©tĂ©. C’est aussi Ă  cette Ă©poque qu’il choisit sa voie spirituelle, et son poĂšme allĂ©gorique De Ruina Ecclesiae (1475) montre son mĂ©pris de la Curie romaine, qu’il dĂ©crit comme une putain fiĂšre et menteuse.

En 1475, il s’enfuit de Ferrare et entre au couvent dominicain (un des ordres mendiants) Saint-Dominique de Bologne oĂč il occupe les fonctions de tailleur et de jardinier, avant de prendre l’habit de moine en 1476. Il vit alors dans un strict ascĂ©tisme.[3] Il se plonge dans les Ă©tudes thĂ©ologiques (l’universitĂ© de Bologne est l’une des plus importantes de l’époque), puis repart Ă  Ferrare pour enseigner au couvent Sainte-Marie-des-Anges, avant que l’Ordre ne l’envoie, en 1482, au couvent Saint-Marc de Florence.

CarriĂšre Ă  Florence (1482-1494)

Statue de Savonarole Ă  Ferrare sa ville natale

Il consacre ses premiĂšres annĂ©es Ă  Florence Ă  l'Ă©tude, l'ascĂšse et la prĂ©dication. À cette Ă©poque, il semble plus reconnu pour les deux premiĂšres que pour la derniĂšre.[4] AprĂšs un intermĂšde d'une annĂ©e (1487), pendant laquelle il est maĂźtre d'Ă©tudes Ă  Bologne, il est envoyĂ© pour prĂȘcher dans diffĂ©rentes citĂ©s de la rĂ©gion. Commence alors sa vĂ©ritable carriĂšre de prĂ©dicateur intransigeant, exhortant les masses populaires Ă  revenir aux prĂ©ceptes de l'Évangile et n’hĂ©sitant pas Ă  s’attaquer Ă  la toute puissance des MĂ©dicis. Peu convainquant au dĂ©part, son ascendant sur les foules du peuple grandit et trouve un Ă©cho auprĂšs de certains intellectuels de l’époque, notamment le Comte Pic de la Mirandole[5], dont il devient le confesseur. En 1490, Laurent de MĂ©dicis use de son influence pour le faire revenir Ă  Florence dans l'espoir de contrĂŽler la dangereuse Ă©loquence de son ennemi.[6]

À cette Ă©poque, les moines, dans de nombreuses rĂ©gions, se font marchands d’indulgences. En opposition Ă  ces pĂ©chĂ©s, Savonarole s’éloigne du monde, et se replie de plus en plus sur l’étude de la Bible et des PĂšres de l'Église. À Florence, le couvent Saint-Marc est sĂ©vĂšre (comme le montrent ses vĂȘtements et ses cilices). Ses sermons enflammĂ©s vont cependant conduire Ă  une trĂšs grande rĂ©forme sociale. Savonarole n’est pas un thĂ©ologien ; il ne met pas en place une doctrine, comme Luther ou Calvin. Il prĂȘche simplement que la vie des chrĂ©tiens doit comporter plus de bontĂ©, plutĂŽt que d’étaler une splendeur excessive. Il ne cherche pas Ă  affronter directement l’Église de Rome, mais Ă  en corriger les excĂšs. Savonarole prĂȘche contre le luxe, la recherche du profit, la dĂ©pravation des puissants et de l'Église, la recherche de la gloire. Bien vite, pourtant, il dĂ©noncera Alexandre VI et Rome comme les incarnations de l'AntĂ©christ.

Laurent de MĂ©dicis, prĂ©cĂ©dent souverain de Florence et mĂ©cĂšne de nombreux artistes de la Renaissance, est aussi l’ancien protecteur de Savonarole. Il est souvent dit qu’il appela Savonarole sur son lit de mort, en 1492, et que le moine vint.

Selon la lĂ©gende, Laurent de MĂ©dicis sur son lit de mort, rĂ©flĂ©chissant sur ce qu'il avait fait, n'a pas demandĂ© ses prĂȘtres attitrĂ©s pour se confesser, mais a rĂ©clamĂ© Savonarole. Comme Savonarole hĂ©sitait Ă  venir, Laurent renvoya un messager avec la promesse que si Savonarole venait, il ferait tout ce qu'il demanderait, voulant juste soulager sa conscience avec une confession. C’est ainsi qu’il dĂ©clara regretter les mauvais traitements envers Savonarole, et trois crimes qu’il n’avait jamais oubliĂ©s : le sac de Volterra, le pillage du Monte della Fanciulle, et le massacre des Pazzi. Savonarole rĂ©pondit que trois choses devaient ĂȘtre faites :

  • avoir la foi dans le pardon de Dieu,
  • restituer ce qu’il avait volĂ© dans la mesure du possible,
  • laisser la possibilitĂ© aux Florentins de constituer un gouvernement dĂ©mocratique.

À cette derniĂšre demande, Laurent aurait tournĂ© le dos Ă  Savonarole, qui lui aurait refusĂ© l’absolution.

Cependant, Laurent puis son fils et successeur Pierre II de MĂ©dicis sont la cible des prĂȘches de Savonarole. Laurent engage alors Fra Mariano, prĂ©dicateur populaire, pour prĂȘcher contre Savonarole. Mais, malgrĂ© son Ă©loquence, l'impression faite sur les Florentins est telle qu'il dĂ©missionne aprĂšs son premier sermon.

Alors que Savonarole avait prĂ©dit qu'un nouveau Cyrus traverserait l’Italie pour y remettre de l'ordre, l'entrĂ©e fracassante de l'armĂ©e française de Charles VIII en Toscane en 1494 paraĂźt confirmer sa prophĂ©tie.

Gouvernement théocratique (1494-1498)

Reliques des vĂȘtements de Savonarole (dont plusieurs cilices) dans sa cellule au couvent San Marco, Ă  Florence.

Les MĂ©dicis sont renversĂ©s par la conquĂȘte française en 1494. Savonarole rencontre le roi de France, nĂ©gocie les conditions de la paix, qu’il adoucit, et Ă©vite le sac de la ville. Les Florentins sont autorisĂ©s par le roi de France Ă  choisir leur propre mode de gouvernement. Savonarole devient alors dirigeant de la citĂ©. Il institue un rĂ©gime qu'il dĂ©crit comme une « RĂ©publique chrĂ©tienne et religieuse Â» ; une de ses premiĂšres dĂ©cisions notables est de rendre la sodomie, auparavant punie d’amende, passible de la peine de mort. Mais il modifie Ă©galement le systĂšme d’imposition pour le rendre plus juste, abolit la torture, prend des lois contre l'usure (plus dures que celles existant dĂ©jĂ ), Ă©tablit une cour d’appel et un systĂšme de secours aux pauvres. Les principaux ennemis de Savonarole sont alors le duc de Milan Ludovico Sforza, ennemi du roi de France, et le pape Alexandre VI.

Les pamphlets violents contre les MĂ©dicis, auxquels il reproche d'ĂȘtre corrompus, contribuent Ă  l’expulsion de Pierre de MĂ©dicis par les Florentins en 1495. Savonarole s'impose comme le chef politique de la citĂ©, oĂč il exerce une dictature thĂ©ocratique proclamant JĂ©sus-Christ « roi du peuple florentin Â». Savonarole prend en main la jeunesse : les jeunes adolescents, revĂȘtus de robes blanches, parcourent les rues pour inciter les Florentins Ă  l’aumĂŽne et Ă  la charitĂ© (de plus en plus forcĂ©e).

En 1497, Savonarole et ses disciples Ă©lĂšvent le bĂ»cher des VanitĂ©s. Des jeunes garçons sont envoyĂ©s de porte en porte pour collecter tous les objets liĂ©s Ă  la corruption spirituelle : miroirs, cosmĂ©tiques, les images licencieuses, les livres non-religieux, les jeux, les robes les plus splendides, les nus peints sur les couvercles des cassoni, les livres de poĂštes jugĂ©s immoraux, comme les livres de Boccace et de PĂ©trarque. Ces objets sont brĂ»lĂ©s sur un vaste bĂ»cher de la Piazza della Signoria. Des chefs-d’Ɠuvre exceptionnels de l’art florentin de la Renaissance ont ainsi disparu dans le bĂ»cher, y compris des peintures de Sandro Botticelli, que l’artiste avait lui-mĂȘme apportĂ©es.

Cependant, Florence se lasse des excĂšs de Savonarole. Lors du sermon de l’Ascension du 4 mai 1497, des bandes de jeunes dĂ©clenchent une Ă©meute, qui devient une rĂ©volte : les tavernes rouvrent, les jeux reprennent publiquement.

La prison et la mort (1498)

Le 23 mai 1497, Savonarole est excommuniĂ© par Alexandre VI, et, en 1498, le pape l’accuse d’hĂ©rĂ©sie, de prophĂ©tisme, de sĂ©dition et d’erreur religieuse. Le procĂšs de l'Inquisition est menĂ© par les Dominicains, comme le veut la tradition – c'est aussi l'ordre auquel appartient Savonarole. Aucune preuve d'hĂ©rĂ©sie n'est apportĂ©e, en dehors du fait qu'il affirme ĂȘtre un prophĂšte parlant sous l'inspiration divine. Deux moines sont condamnĂ©s avec lui pour l'avoir confirmĂ© en public[7]. Savonarole a perdu nĂ©anmoins toute crĂ©dibilitĂ© depuis qu'il a refusĂ© de se soumettre Ă  une disputatio que rĂ©clamaient ses partisans pour lui permettre de prouver sa bonne foi.

Il passe cinquante jours en prison, et y subit deux séances de tortures, administrées l'une par la ville de Florence, l'autre par un émissaire spécial du pape. Son corps blessé et ses bras brisés, il dicte en prison deux interprétations des Psaumes.

Le jour de sa mort, il parle de sa misÚre abyssale d'avoir déclaré sous la torture qu'il n'était pas inspiré.

« Je me rĂ©tracte. J'ai menti de peur de la torture et je veux que cela soit su publiquement. Que les abysses de mes pĂ©chĂ©s se dissolvent dans les abysses de votre merci. Â»

[rĂ©f. nĂ©cessaire]Ensuite il parle Ă  ses deux frĂšres, Domenico, qui s'est dĂ©fiĂ© de lui, et Silvestro qui a peur de mourir. À Domenico : « Durant la nuit, il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© qu'au moment de mourir tu devrais dire : ne me pendez pas, brĂ»lez-moi vivant. Nous ne sommes pas les maĂźtres de nos propres morts. Nous devons ĂȘtre heureux de mourir comme Dieu l'a dĂ©cidĂ© pour nous Â». À Silvestro : « Il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© que tu voulais dĂ©clarer notre innocence. JĂ©sus ne l'a pas fait sur la croix. Et nous ne le ferons pas Â»[8].

Sur la place de la Seigneurie, des Dominicains viennent leur demander de leur rendre son habit afin de ne pas dĂ©shonorer l'ordre. Savonarole rĂ©pond : « Je ne vous le donnerai pas, mais vous pouvez le prendre Â»[rĂ©f. nĂ©cessaire].

Le lĂ©gat du pape vient ensuite voir Savonarole et ses deux compagnons, pour leur dĂ©clarer qu'ils sont condamnĂ©s comme hĂ©rĂ©tiques et schismatiques, et donc exclus de l'Église militante et l'Église triomphante, l'Église sur terre et l'Église des cieux. « Vous pouvez nous exclure de l'Église temporelle, mais vous n'avez pas autoritĂ© sur la seconde Â»[rĂ©f. nĂ©cessaire], rĂ©pond Savonarole.

Le lĂ©gat leur lit ensuite un parchemin par lequel le pape leur concĂšde la grĂące d'une indulgence plĂ©niĂšre. Toute punition au purgatoire sera suspendue et leur innocence restaurĂ©e. « Acceptez-vous ? Â» demande-t-il.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

Ils sont pendus puis brĂ»lĂ©s sur la place oĂč avait Ă©tĂ© Ă©levĂ© le bĂ»cher des VanitĂ©s. Le bourreau aurait allumĂ© le bĂ»cher en hurlant  : « Celui qui a voulu me brĂ»ler est maintenant livrĂ© aux flammes Â». Machiavel a aussi assistĂ© Ă  l’exĂ©cution. Les MĂ©dicis reprennent le contrĂŽle de la ville.

MĂȘme aprĂšs sa mort, Savonarole continue d’exercer une influence sur ceux qui l’ont connu : ainsi, Botticelli ne peindra plus de nu aprĂšs l’épisode du bĂ»cher des VanitĂ©s[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Une plaque commĂ©morative indique toujours l'emplacement de son bĂ»cher sur la Piazza della Signoria Ă  Florence.

Plaque commémorant le lieu de l'exécution de Savonarole sur la Piazza della Signoria, à Florence[9].
Peinture anonyme représentant le bûcher de Savonarole sur la Piazza della Signoria en 1498.

Controverses

Savonarole prophĂšte

Charles Spurgeon, dans son ouvrage de 1869 [rĂ©f. nĂ©cessaire], affirme que c'Ă©tait un prophĂšte :

  • sa prophĂ©tie sur l’épĂ©e de Cyrus n’a Ă©tĂ© comprise par personne lorsqu’il la prononça. La ville Ă©tait en paix et les Florentins unis. Mais lorsque le roi de France vint avec son armĂ©e de 60 000 hommes, entra dans Florence et prit Naples, les gens comprirent le message du moine. Les MĂ©dicis furent alors expulsĂ©s ;
  • pendant la fiĂšvre de persĂ©cution qui a ensuite menĂ© Ă  son exĂ©cution, Savonarole a prĂ©dit que le pape, le roi de Naples et Laurent de MĂ©dicis mourraient tous dans l’annĂ©e par la volontĂ© divine et Ă  cause de la corruption de l'Italie. En fait, Laurent mourut en 1492, Alexandre VI en 1503 (comme le fils de Laurent, Pierre II de MĂ©dicis), le roi de Naples en 1504;
  • environ dix-huit mois aprĂšs la mort de Laurent et son refus de donner la libertĂ© Ă  Florence, Charles VIII envahit l’Italie et met Ă  sac Naples, comme Savonarole l’avait prĂ©dit ;
  • Savonarole, au dĂ©but de son gouvernement (1494), prĂ©dit qu’il gouvernerait encore huit ans, et qu’il mourrait martyrisĂ©. Il ne gouverna en fait que 4 ans, mais mourut effectivement comme beaucoup de martyrs avant lui.

Aspect politique

Dans son livre Les ExpĂ©riences profondes des chrĂ©tiens cĂ©lĂšbres[10], Ă©ditĂ© au dĂ©but des annĂ©es 1900, James Lawson estime que Savonarole a Ă©tĂ© le prĂ©curseur de la RĂ©publique dĂ©mocratique de type occidental de l'AmĂ©rique, Ă  une Ă©poque qu’il appelle « les Ăąges sombres Â». L'auteur le considĂšre comme l'un des plus grands saints et prophĂštes de l'histoire Ă©vangĂ©lique.

Savonarole fut considĂ©rĂ© comme coupable de haute trahison envers la ville de Florence. [rĂ©f. nĂ©cessaire] Voyant dans l’invasion de Charles VIII la volontĂ© de Dieu pour chĂątier l’Italie coupable, il lui a remis les clefs de la ville, profitant de cette invasion pour renverser Pierre de MĂ©dicis. De son cĂŽtĂ© Charles VIII a laissĂ© Savonarole maĂźtre de Florence en Ă©change de son soutien, qui devait faciliter au roi de France la conquĂȘte de toute la pĂ©ninsule italienne. Ces Ă©lĂ©ments contribuent Ă  nuancer la portĂ©e de la prophĂ©tie de Savonarole sur l’épĂ©e de Cyrus, dans la mesure oĂč il a lui-mĂȘme directement contribuĂ© Ă  sa rĂ©alisation.

La thĂ©ocratie instituĂ©e par Savonarole constitua un « Ă‰tat policier Â». Savonarole constituait des milices destinĂ©es Ă  savoir si les citoyens sont de bons chrĂ©tiens en privĂ© : cette nouvelle police a mandat de pĂ©nĂ©trer Ă  l’improviste chez les particuliers pour s’assurer de leur comportement dans leur vie privĂ©e. À ce titre on a pu voir en Savonarole un prĂ©curseur du « 1984 Â» d’Orwell[11].

Point de vue protestant

Au sens propre Savonarole "protestait", publiquement et fortement, contre les dĂ©sordres ahurissants de la papautĂ© et du haut clergĂ© : "les papes et les prĂ©lats dĂ©noncent la vanitĂ© et l'ambition dans lesquelles ils sont enfoncĂ©s jusqu'au cou. Ils prĂšchent la chastetĂ© mais ils ont des maĂźtresses... Ils pensent uniquement aux biens terrestres et n'ont rien Ă  faire du spirituel."[12]

La statue de Savonarole se dresse aujourd'hui Ă  Worms, ville importante dans l'histoire du protestantisme, au pied du monument de Luther, avec cette inscription: « Ă€ Savonarole, prĂ©curseur de la RĂ©forme[13]. Savonarole est une figure majeure dans plusieurs traditions protestantes. [rĂ©f. nĂ©cessaire]

Points de vue catholiques

Savonarole est considĂ©rĂ© comme coupable d’appel au schisme. Les dĂ©sordres, certes scandaleux, de la vie personnelle du pape Alexandre VI (Rodrigo Borgia) doivent ĂȘtre distinguĂ©s de son rĂŽle de Souverain Pontife. Les prĂ©dications de Savonarole montrant dans Rome et le pape l’incarnation de l’AntĂ©christ ne pouvaient qu’aboutir Ă  son excommunication, non sans qu’il ait Ă©tĂ© au prĂ©alable Ă  plusieurs reprises averti, en vain, par le pape.

Le rĂ©gime thĂ©ocratique mis en place Ă  Florence par Savonarole est en contradiction avec la distinction formelle que la religion catholique Ă©tablit entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel, telle que dĂ©finie par Thomas d’Aquin (Commentaire des Sentences, II, 44, 2), mais elle n'est pas en contradiction avec celle que, plus tard, dĂ©fendra l'ultramontanisme.

Toutefois, en 1906, Dom H. Leclercq, moine bĂ©nĂ©dictin de Saint-Michel de Farnborough, Ă©crit : « De nos jours, les fĂȘtes du centenaire de Savonarole rĂ©unissaient au nombre de ses admirateurs — de ses dĂ©vots peut-ĂȘtre — les cardinaux Parocchi, Celesia, Svampa, Bausa, Galeati, Agliardi, Capecelatro, et les archevĂȘques de Colossi, de Tarente, les Ă©vĂȘques de Montepulciano, de San Miniato, de Narni, de Bagnorea, de Chiusi, de Rieti, de Colle, de Sansevero, de Telere Cerreto, de Sovano, de Massa et de Teodoriopolis. Â» [14].

« Pie VI refusa constamment de laisser dĂ©clarer hĂ©rĂ©tiques les ouvrages de Fra Girolamo. Enfin BenoĂźt XIV vantait la puretĂ© de ses mƓurs, l'Ă©clat de ses vertus, le zĂšle qui le dĂ©vorait pour la maison de Dieu ; il ne craignait pas de dire que la mort de ce grand homme prouvait sa mission, et qu'il avait scellĂ© de son sang la vĂ©ritĂ© de ses prophĂ©ties. Il alla plus loin et fit inscrire le nom de Savonarole dans le catalogue des saints, des bienheureux et des vĂ©nĂ©rables serviteurs de Dieu, illustres par leur saintetĂ©.  Â»

— Prosper Lambertini[15]

Points de vue gnostiques

Pour nombre d'Ă©glises gnostiques, dans la succession de l'abbĂ© Julio et de la lignĂ©e occidentale du patriarcat d'Antioche, JĂ©rĂŽme Savonarole est considĂ©rĂ© comme un saint, et vĂ©nĂ©rĂ© comme tel. L'abbĂ© Julio a introduit des priĂšres Ă  Savonarole dans la messe mĂȘme. Ces pratiques sont partagĂ©es par les Ă©vĂȘques de l'Église rosicrucienne apostolique et gnostique, et par certains Ă©vĂȘques gallicans.

ƒuvres

ComposĂ©es tant en latin qu'en italien, elles sont variĂ©es :

  • des poĂšmes
  • un traitĂ© de poĂ©tique
  • un traitĂ© de politique : Trattato circa il reggimento e governo della cittĂ  di Firenze (1498)
  • des textes appelant une rĂ©forme religieuse comme : Compendio delle rivelazioni (1495) et Dialogo della veritĂ  profetica (1497)
  • des prĂȘches comme : Prediche italiane ai Fiorentini (1495)
  • Sermones Quadragesimales super Archam Noe. Venezia, Pietro de' Nicolini da Sabio per Francesco e Michele Tramezzino, 1536. Ces sermons avaient Ă©tĂ© soigneusement notĂ©s par ses auditeurs et seront publiĂ©s par les frĂšres Tramezines Ă  Venise dont c'est une des premiĂšres entreprises Ă©ditoriales.

Notes et références

  1. ↑ À quelques rares exceptions prĂšs (dont fait partie le Dictionnaire encyclopĂ©dique Mourre), le 21 septembre 1452, jour de la Saint Mathieu, est la date de naissance la plus souvent citĂ©e dans les sources
  2. ↑ Voir pages 68-71 de JĂ©rome Savonarole prĂ©curseur de la RĂ©forme: introduction Ă  une histoire de sa vie, ThĂ©odore Paul, Grassart, 1857
  3. ↑ Voir l'article « Savonarole et le radicalisme mystique Â» dans la Revue des deux mondes, 1854
  4. ↑ Voir colonne 1, page 484, volume 10, The New Encyclopaedia Britannica, 2005
  5. ↑ Voir page 5012 du Dictionnaire EncyclopĂ©dique Mourre, Bordas, 1996
  6. ↑ Voir colonne 2, page 484, volume 10 The New Encyclopaedia Britannica, 2005
  7. ↑ Ce sont Fra Domenico Buonvincini et Silvestro, JĂ©rome Savonarole d'aprĂšs les documents originaux, F. T. Perrens, Paris, 1859 (3Ăšme Ă©dition)[1]
  8. ↑ Voir pages 309-310 de JĂ©rome Savonarole d'aprĂšs les documents originaux, F. T. Perrens, Paris, 1859 (3Ăšme Ă©dition)
  9. ↑ Il est Ă©crit en italien : En cet endroit oĂč, avec ses frĂšres en religion fra Domenico Buonvicini et fra Silvestro Maruffi, le 23 mai 1498 Ă  la suite d'une condamnation inique, fut torturĂ© et brĂ»lĂ© fra Girolamo Savonarola, cette plaque Ă  sa mĂ©moire a Ă©tĂ© posĂ©e aprĂšs quatre siĂšcles.
  10. ↑ (en)Deeper Experiences of Famous Christians, James Gilchrist Lawson, Glad Tidings Publishing Company, 1911, 381 pages
  11. ↑ Collectif, « Faut-il demander pardon ? Â», art. « Le cas Savonarole Â», Ed. du MJCF, 2001
  12. ↑ Barbara W. Tuchman, "The march of folly", chapütre traitant l'aspect temporel (et politique) des papes de la Renaissance, de 1470 à 1530.
  13. ↑ « Les protestants dĂ©sireux de se donner une gĂ©nĂ©alogie l'ont revendiquĂ© bruyamment et ont rĂ©servĂ© une place dans le monument de Luther, Ă  Worms, au moine florentin. Burckhardt l'a dĂ©nigrĂ©, saint Philippe NĂ©ri l'a louĂ© et le pape BenoĂźt XIV ne l'a pas jugĂ© indigne des honneurs de la canonisation» R.P. Dom H. Leclercq
  14. ↑ Les Martyrs, tome VI Jeanne d'Arc, Savonarole, Recueil de piĂšces authentiques sur les martyrs depuis les origines du christianisme, traduites et publiĂ©es par le R. P. Dom H. Leclercq, moine bĂ©nĂ©dictin de Saint-Michel de Farnborough.
  15. ↑ , Opera, in-4°, Prelto, 1841, t. V, p. 326 ; — t. VIII, p. 360. citĂ© dans Les Martyrs tome VI du R. P. Dom H. Leclercq, moine bĂ©nĂ©dictin de Saint-Michel de Farnborough. Paris 1906[2]

Sources

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  • (en) Cet article est partiellement ou en totalitĂ© issu d’une traduction de l’article de WikipĂ©dia en anglais intitulĂ© « Girolamo Savonarola Â». du 10/09/2007

Bibliographie

  • Contribution Ă  l'histoire de Savonarole, de Louis Pastor, Lethielleux libraire-Ă©diteur,1898.
  • Hjalmar Bergman (1883-1931) : Savonarole, 1909
  • Enrico Gualazzi, Savonarole, Payot, 1985
  • Ivan Illich, « Savoir mourir : les derniers jours de Savonarola Â», texte rapportĂ© par David Cayley dans Entretiens avec Ivan Illich, Bellarmin, Saint-Laurent, QuĂ©bec, 1996
  • Charles Journet (1891-1975) : Savonarole
  • Verano Magni, Savonarole ou l'agonie de Florence, DenoĂ«l, 1941
  • Marina Marietti, Savonarole, PUF, « Que sais-je ? Â», 1998
  • (en) John C. Olin, The Catholic Reformation: Savonarola to St. Ignatius Loyola, Fordham University Press, 1993
  • Roberto Ridolfi, Savonarole, Fayard, 1957
  • Philippe-Joseph Salazar, « Savonarola : une dictature de la voix Â», dans Cahiers Internationaux de Sociologie, 64, 1978,5-34. Étude avec sources du pouvoir rhĂ©torique de Savonarole.
  • (en) Pascale Villari, Life and Times of Girolamo Savonarola, 1888 (rĂ©-Ă©ditĂ© en 1972)
  • « La voix de Savonarole Â», Cahiers du Sud numĂ©ro spĂ©cial n° 338, 1956


On peut aussi consulter certaines parties consacrées à Savonarole dans les ouvrages plus généraux suivants:

  • Orlando Boyer, Les HĂ©ros de la Foi, Edition VIDA
  • Denis Crouzet, Pierre Chaunu et Denis Richet, Les guerriers de Dieu: la violence au temps des troubles de religion, (vers 1525-vers 1610), Champ Vallon, 1990
  • « Le cas Savonarole Â», dans Croisades, Inquisition... Faut-il demander pardon ?, Ouvrage collectif, Ed. du Mouvement de la jeunesse catholique de France (MJCF), 2001

Voir aussi

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