Jerba

Djerba

Djerba
جربة (ar)
Carte topographique de l'île
Carte topographique de l'île
Géographie
Pays Tunisie Tunisie
Localisation Golfe de Gabès
(mer Méditerranée)
Coordonnées 33° 48′ N 10° 51′ E / 33.80, 10.8533° 48′ N 10° 51′ E / 33.80, 10.85
Superficie 514 km2
Côtes 150 km
Point culminant Dhahret Guellala (53 m)
Géologie Île continentale
Administration
Tunisie Tunisie
Gouvernorat Médenine
Démographie
Population 139 517 hab. (2004[1])
Densité 271,43 hab./km2
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC+1
Tunisian Republic location map.svg
Djerba
Îles de Tunisie

Djerba, parfois orthographiée Jerba (arabe : جربة), est une île de 514 km2 (25 kilomètres sur 20 et 150 kilomètres de côtes) située dans le golfe de Gabès[2] au sud-est de la Tunisie. Il s'agit de la plus grande île des côtes d'Afrique du Nord. Sa principale ville, Houmt Souk, compte à elle seule 44 555 habitants[1].

Ulysse l'aurait traversée, les Carthaginois y ont fondé plusieurs comptoirs et, aux alentours de 587 av. J.-C., l'île accueille des réfugiés juifs après la destruction du Temple de Jérusalem. Les Romains y construisent plusieurs villes et y développent l'agriculture et des ports commerciaux. Chrétienne, vandale, byzantine puis arabe, Djerba est depuis les années 1960 une destination touristique populaire. Il s'agit de l'une des dernières régions de Tunisie où une langue berbère est encore parlée.

Elle est reliée au continent par un bac assurant la traversée entre Ajim au sud-ouest de l'île et Jorf — la traversée dure environ quinze minutes — et par une voie de sept kilomètres qui remonterait à la fin du IIIe siècle av. J.-C.[3] puis restaurée à l'époque romaine et reliant l'extrémité sud-est de l'île (localité d'El Kantara) à la péninsule de Zarzis.

Sommaire

Toponymie

Djerba est connue depuis l'Antiquité par la légende qui veut qu'elle soit l'île des Lotophages décrite dans L'Odyssée d'Homère, ce qui l'amène à être souvent appelée Lotophagitis (du grec ancien Λωτοφαγῖτις ou Λωτοφάγων νῆσος). L'île aurait eu plusieurs noms[4] jusqu'au IIIe siècle : Pseudo-Scylax la nomme Brachion (Βραχείων) ou « Île des hauts-fonds », Hérodote Phlâ, Polybe, Théophraste et tous les auteurs latins Meninx (Μῆνιγξ).

En ce qui concerne son nom actuel, Salah-Eddine Tlatli avance l'explication suivante :

« C'est vers la fin de la période romaine qu'on rencontre pour la première fois le nom de Gerba ou Girba, donné à une ville située sur l'emplacement actuel de Houmt Souk (capitale de l'île). Auparavant, au second siècle ap. J.-C., Ptolémée avait déjà mentionné le nom de Gerra, sans doute lapsus calami de Gerba. C'est en fait Aurelius Victor qui le premier parle de Girba lorsqu'il nous apprend que cette ville a eu l'honneur de donner le jour à deux empereurs romains. Jusque-là, l'île avait connu bien d'autres noms au cours de l'Antiquité[5]. »

Géographie

Site

L'île, qui dépend administrativement du gouvernorat de Médenine, est située entre 480 et 530 kilomètres de Tunis par la route[6] et à plus de 100 kilomètres de Gabès. Elle très proche du continent par deux avancées de part et d'autre de Jorf et Ajim à l'ouest et de Zarzis et El Kantara à l'est. Par ailleurs, l'extension de la plage de Mezraya (Sidi Mahrez) forme une presqu'île, Ras R'mal, qui est l'un des importants sites touristiques de l'île.

Côte méridionale de l'île

La superficie de l'île est voisine de 514 km2. Vue par image satellite, elle présente la forme d'une molaire géante avec ses trois racines : la péninsule d'Ajim, celle de Ras Terbella et celle de Bine El Oudiane[7] ; sa plus grande longueur est de 29,5 kilomètres et sa plus grande largeur de 29 kilomètres[8]. Ses côtes, qui s'étendent sur 125 kilomètres, présentent un tracé très irrégulier avec les trois péninsules qui marquent les points les plus rapprochés du continent dont l'île est séparée par le canal d'Ajim, large de deux kilomètres[9], et celui d'El Kantara large de six kilomètres. Le canal d'Ajim accueille deux îlots qu'on appelle Elgataia Kebira et Elgataia Sghira.

Jadis rattachée au continent, Djerba s'apparente beaucoup par la régularité de sa topographie et de sa structure géologique au relief tabulaire qui marque le littoral méridional de la Tunisie[8]. La topographie en escalier alterne des secteurs élevés et d'autres en dépression dont la surface est modelée par une morphologie dunaire[8]. Le littoral est caractérisé pour sa part par des côtes basses, les plages, en grande majorité sablonneuses, s'étendant principalement entre Ras R'mal et Borj El Kastil. Gustave Flaubert nomme Djerba « Île aux Sables d'Or » à cause de ses plages au sable fin et doré[10]. L'île est plate, l'altitude moyenne y est de 20 mètres et c'est dans la partie méridionale que se trouve le point culminant situé à Dhahret Guellala (53 mètres)[8]. À ce niveau, l'île est traversée par un accident topographique majeur (15 mètres de dénivellation sur 15 kilomètres de long). Enfin, l'eau douce y est rare et il n'y existe aucun cours d'eau.

Djerba est entourée de hauts fonds — la bathymétrie à proximité de l'île est presque toujours inférieure à -10 m et l'isobathe de -5 m n'apparaît au large de la côte méridionale et septentrionale qu'au-delà d'une dizaine de kilomètres de la côte[8] — toutefois perturbés au large de la côte méridionale par l'existence d'un certain nombre d'oueds (courants marins) qui sillonnent les canaux d'Ajim et d'El Kantara, les profondeurs dépassant à certains endroits les 20 mètres[8].

Climat

Le climat de Djerba est de type méditerranéen mais à tendance semi-aride car il se trouve au carrefour des masses d'air méditerranéennes et sahariennes. Ainsi, la température annuelle moyenne y est-elle de 19,8 °C, les moyennes mensuelles ne dépassant guère 30 °C ni ne descendant au-dessous de 8 °C[8]. En été, la moyenne maximale atteint 32,7 °C mais se trouve atténuée par la brise marine, alors qu'en hiver, les moyennes mensuelles sont supérieures à 12 °C[8]. Emmanuel Grevin parle ainsi de « cinquième saison » à Djerba :

« À Sfax, l'hiver vous aura quittés ; à Gabès vous trouverez le printemps ; à Tozeur l'été ; et à Djerba vous découvrirez la cinquième saison. Mais oui Monsieur, la cinquième saison, ce climat spécial à l'île de Djerba, si étrange, fait de sécheresse extrême, de brise marine, de fraîcheur et de rosées nocturnes, de quelque chose de rationnel, de tempéré en tout[11]. »

Gustave Flaubert fait décrire à Mathó, dans le chapitre IX de son roman Salammbô, cette « île couverte de poudre d'or, de verdure et d'oiseaux, où les citronniers sont hauts comme des cèdres [...] où l'air est si doux qu'il empêche de mourir »[12].

Au niveau des précipitations, Djerba est la région la plus arrosée (248,8 millimètres) de toutes les régions au sud de Sfax, la moyenne des jours pluvieux se montant à 40 par an[8]. Plus de 60 % des précipitations se concentrent entre les mois de septembre et décembre avec un maximum en octobre (28% du total annuel)[8]. Néanmoins, l'essentiel de la moyenne annuelle peut se répartir sur trois à quatre averses seulement[8]. La saison sèche débute en avril et l'été voit rarement la pluie tomber. L'humidité et la rosée nocturne sont deux facteurs vitaux pour la flore de l'île.

Suivant les saisons, Djerba connaît des vents dominants de directions différentes. De novembre à mars, ce sont les vents d'ouest qui dominent avant d'être remplacés de mars à la mi-juin par le sirocco, vent chaud s'accompagnant souvent de tourbillons de poussière[8]. Avec l'arrivée de l'été dominent les vents d'est, porteurs de fraîcheur.

Histoire

Antiquité

Djerba est connue depuis l'Antiquité, notamment par la description qui en serait faite dans l'Odyssée d'Homère où celui-ci « faisait débarquer Ulysse et ses compagnons il y a plus de trente siècles ». Homère parlait du lotos, « fruit doux comme le miel qui plonge tous ceux qui en dégustent dans les délices d'un bienheureux oubli qui efface tous les soucis de l'existence ». Tel aurait été le sort des compagnons d'Ulysse « que ce fruit miraculeux aurait plongé dans une heureuse amnésie »[13]. Ainsi, les habitants de l'île de l'époque furent-ils appelés les Lotophages et Djerba, l'île des Lotophages (mangeurs de lotos)[14].

Plusieurs spécialistes, dont Lucien Bertholon[15] et Stéphane Gsell[16], admettent l'existence de plusieurs migrations entre la mer Égée et le golfe des Syrtes, où se trouve Djerba, au cours du IIe millénaire av. J.-C.. Une autre migration, venant surtout du monde hellénique et introduisant la culture de l'olivier et le tour de potier à Djerba se serait produite vers 1500 av. J.-C.. Avant même la fondation de Carthage, au IXe siècle av. J.-C., des Phéniciens de Tyr implantent plusieurs comptoirs le long de la côte de la Libye et de la Tunisie actuelles jusqu'à Utique. Djerba en fait sans doute partie. Le Périple de Pseudo-Scylax, qui remonte approximativement au milieu du IVe siècle av. J.-C., donne sur Djerba les indications les plus anciennes, exception faite de celles d'Homère :

« On y fait beaucoup d'huile, qu'on tire de l'olivier sauvage ; l'île produit d'ailleurs beaucoup de fruits, de blé, d'orge, la terre est fertile[10]. »
Tombeaux puniques à Souk El Guebli

D'après Gsell, à l'époque, « Djerba dépendait certainement de Carthage ». Les Carthaginois fondent plusieurs comptoirs, le plus connu étant Meninx, et la transforment en haut lieu d'échanges du bassin méditerranéen en y aménageant des ports pour leurs embarcations et en l'utilisant comme escale dans leurs parcours de la Méditerranée[17]. Outre la culture de l'olivier, l'île carthaginoise abrite plusieurs ateliers de poterie et de teinture de pourpre à base de murex, plusieurs pêcheries et constitue un important relais vers le continent africain. Djerba connaît ainsi plus d'un demi millénaire de prospérité avec les Phéniciens.

Les premiers contacts de l'île avec les Romains ont lieu lors de la Première Guerre punique ; une première expédition contre Carthage y est envoyée en 253 av. J.-C., une véritable expédition navale commandée par Cnaeus Servilius Caepio et Caius Sempronius Blaesus[18]. Une deuxième expédition romaine commandée par le consul Caius Servilius Geminus est envoyée à Djerba en 217 av. J.-C., durant la Deuxième Guerre punique, l'année même de la bataille du lac Trasimène disputée entre Carthaginois et Romains en Italie. Cependant, « ce n'est qu'en l'an 6 ap. J.–C., après la phase des protectorats sur les princes berbères, les reges inservientes, que débute la colonisation directe dans la zone syrtique »[19]. On sait que l'île compte alors deux villes : Meninx et Thoar.

Mausolée de Bourgou à Midoun
Baptistère d'El Kantara

Elle abrite par la suite trois centres urbains principaux. L'un d'entre eux, dont le nom moderne est Henchir Bourgou, a été découvert à proximité de Midoun (centre de l'île). On y trouve les vestiges d'une grande ville datant du IVe siècle av. J.-C. signalés par un mausolée numide qui caractérise cet âge — appelés « Roches de Bourgou » — et la présence importante de poteries ainsi que par une imposante tombe appartenant probablement à un membre d'une famille royale numide. Un deuxième centre, sur la côte sud-est, est un important site de production de colorants à base de murex. Il est cité par Pline l'Ancien comme occupant le second rang dans ce domaine derrière la cité de Tyr. De substantielles quantités de marbre coloré découvertes sur place témoignent de la richesse de ce centre. Un troisième centre important, probablement l'ancienne Haribus, se trouve sur la côte méridionale à proximité du village de Guellala.

Les empereurs romains Trébonien Galle et son fils Volusien sont natifs de l'île ; après leur mort, ils sont élevés au rang d'Auguste. Un décret romain de l'an 254 désigne officiellement l'île par l'expression Creati in insula Meninge quae nunc Girba dicitur ; ainsi l'île est-elle appelée pour la première par le nom Girba[20]. Au milieu du IIIe siècle, une basilique est construite dans ce qui est alors l'évêché de Girba. Deux des évêques de l'île ont laissés leurs noms dans l'histoire : Monnulus et Vincent qui assistent aux conciles de Carthage en 255 et 525[21]. Les ruines de leur cathédrale peuvent être identifiées dans le sud-ouest de l'île, près d'El Kantara, d'où provient un beau baptistère cruciforme conservé au Musée national du Bardo à Tunis[22].

Après les Romains, l'île fut envahie par les Vandales puis par les Byzantins. C'est en 665 que Djerba tombe aux mains des Arabes dirigés par Ruwayfa ibn Thâbit Al Ansari, un compagnon du prophète de l'islam Mahomet, pendant la campagne de Byzacène commandée par Muawiya Ben Hudaydj. L'île est alors le témoin de luttes entre factions musulmanes et adopte finalement les croyances kharidjites[23].

Des fouilles archéologiques menées sous les auspices de l'Université de Pennsylvanie, l'Académie américaine à Rome et l'Institut national du patrimoine entre 1996 et 2000 ont révélé 250 sites archéologiques incluant de nombreuses villas puniques et romaines[24].

Moyen Âge

Au XIe siècle, l'île devient indépendante suite à l'invasion de l'Ifriqiya par les Hilaliens venus d'Égypte et se convertit à la piraterie. Occupée par Abd al-Aziz ibn Mansur, sultan hammadide qui règne entre 1104 et 1121[25], elle est prise brièvement par Ali Ben Yahya en 1115-1116. Normands de Sicile, Aragonais, Espagnols et Ottomans s'y succédèrent durant « quatre siècles de lutte (1135-1560) au cours desquels chrétiens et musulmans s'y étaient massacrés »[26].

À plusieurs reprises durant le Moyen Âge, les chrétiens de Sicile et d'Aragon disputent leur possession aux kharidjites ibadites locaux. De cette période subsistent de nombreuses petites mosquées (dont des mosquées souterraines), dont les premières datent du XIIe siècle, ainsi que deux forts imposants. En 1134, profitant de la situation troublée de l'Ifriqiya[27], les troupes normandes du royaume de Sicile s'emparent de l'île qui tombe sous la domination du roi Roger II de Sicile puis de son fils et successeur Guillaume le Mauvais. En 1154, les habitants de l'île se rebellent mais les Normands écrasent la révolte dans le sang ; seule une invasion almohade en 1160 parvient à chasser les Normands de Djerba et du littoral tunisien. Durant la seconde période, l'île devient un domaine féodal dirigé par une succession de seigneurs : Roger de Lauria (1284-1305), Roger II (1305-1310), Charles (1310) et Francis-Roger III (1310) ; des gouverneurs royaux sont également nommés tels que Simon de Montolieu (vers 1305-1308) et Ramon Muntaner (1308-1315)- En 1286, les Aragonais prennent les Kerkennah qui deviennent une seigneurie pour la famille de Roger de Lauria qui fait construire à Djerba une forteresse en 1289, près de l'antique Meninx, qui est appelée Castelló et plus tard Borj El Kastil ou Borj El Gastil. Mais les tentatives de révolte de la part des habitants de l'île et des Tunisiens forcent le roi Frédéric II de Sicile à incorporer Djerba à la Sicile en 1309 et à nommer Muntaner comme dirigeant de l'île. Ce dernier organise pour sa part l'île entre 1311-1314 ; une famine sévit durant des mois en 1311, ce qui pousse les habitants à se révolter, avec l'aide des Tunisiens du continent dont les Hafsides menés par Abû Yahyâ Abû Bakr al-Mutawakkil qui reprend l'île aux chrétiens aux environs de 1335[28].

Les Aragons abandonnent l'île pendant leur guerre contre les Castillans (1334-1335). Ils la reprennent en 1383 avec l'aide d'une flotte gênoise mais ne la conservent que jusqu'à la fin de l'année 1392. De nouvelles attaques des Siciliens en 1424 et 1432 sont repoussées avec l'aide du souverain hafside Abû Fâris `Abd al-`Azîz al-Mutawakkil, alors que la flotte d'Alphonse V d'Aragon s'attaque à l'île sans succès[29]. Les musulmans construisent une forteresse dans le nord de l'île, à côté des ruines de l'antique Girba, qu'ils appellent Borj El Kebir. La ville de Houmt Souk se développera aux alentours.

En 1480, les habitants de l'île se révoltent contre le souverain hafside Abû `Umar `Uthmân et prennent le contrôle de la chaussée romaine qui relie l'île au continent. Les luttes internes entre Wahbiya et Nakkara, deux factions des ibadites, qui dominent dans le nord-ouest et le sud-est de Djerba, n'arrêtent cependant pas le progrès économique de l'île. Les habitants paient alors un tribut au souverain mais restent indépendants. Pendant l'époque ziride, les tribus arabes envahissent la Tunisie mais Djerba échappe au contrôle de ces nomades[30].

Du XVIe au XIXe siècle

Article détaillé : Bataille de Djerba.

Vers 1500, l'île passe sous occupation ottomane. Khayr ad-Din Barberousse obtient du souverain hafside le gouvernement de l'île qui devient la base de la dizaine de navires de son escadre[31]. En 1511, Djerba est attaquée par les troupes du royaume d'Espagne, placées sous le commandement de Pedro Navarro, pour y établir une forteresse qui assurerait les conquêtes d'Oran, Bougie, Alger et Tripoli ; elles subissent cependant une défaite[31]. En 1513, l'île est pillée par les Gênois.

Borj El Ghazi Mustapha de Houmt Souk

Djerba est finalement occupée par l'Espagne, de 1521 à 1524 et de 1551 à 1560, puis devient à nouveau la base temporaire du corsaire et amiral ottoman Khayr ad-Din Barberousse. De 1524 à 1551, l'île est l'une des principales bases des corsaires ottomans et nord-africains conduits par Dragut. En avril 1551, ce dernier échappe aux galères du Génois Andrea Doria qui le bloquent dans un canal djerbien, à l'occasion de l'expédition de Djerba organisée par les chevaliers de Malte et le vice-roi de Naples contre Dragut[32],[33]. La flotte du duc de Medina Celi attaque à son tour Djerba en 1559 et l'occupe pour l'aménager en base d'opération contre Tripoli[32].

C'est dans ce contexte de rivalité entre Ottomans et Européens pour le contrôle de la Méditerranée qu'une bataille navale oppose au large de l'île, du 9 au 14 mai 1560, la flotte ottomane menée par Piyale Pacha et Dragut à une flotte européenne principalement composée de navires espagnols, napolitains, siciliens et maltais. Les Ottomans coulent trente navires chrétiens et font 5 000 prisonniers le 15 mai ; la petite garnison chrétienne de Djerba est exterminée après une farouche défense et ses ossements amoncelés en pyramide, la Tour des crânes, qui subsistera jusqu'en 1846[32],[34]. Cette expédition fut l'un des évènements militaires et politiques des plus marquants du XVIe siècle[35].

En 1568, le pacha de Tripoli s'y présente pour demander un grand tribut ; l'île est prise par Ibrahim en 1598. En septembre 1611, Djerba est attaquée par une puissante flotte de navires napolitains, génois et maltais ; l'île perd près de 500 habitants qui s'étaient défendus[36]. Pendant le XVIe siècle et le début du XVIIe siècle, l'île dépend alternativement des gouverneurs d'Alger, de Tripoli ou de Tunis, l'annexion de Djerba à la Tunisie se concrétisant par un accord conclu en 1614[37]. En 1705, avec l'établissement de la dynastie des Husseinites, le bey de Tunis est dorénavant représenté sur l'île par un cheïkh et des caïds recrutés au sein des familles locales les plus influentes. La plus importante d'entre elles est la famille Senumeni, au XVIe siècle, puis celle des Bel Djelloud. L'un des membres de cette famille, Saïd, fera utiliser tous les navires de l'île pour empêcher que Younès, fils d'Ali I Bey, puisse se rendre sur l'île, ce qui lui coûtera la vie. De la seconde moitié du XVIIe siècle aux XVIIIe et XIXe siècles, la famille dominante est celle des Ben Ayed.

À partir du XVIIIe siècle, le malékisme se répand sur l'île aux côtés de l'ibadisme et la langue berbère perd peu à peu de son importance face à l'arabe. Au XVIIIe siècle, on assiste à des incursions de la part des nomades Ouerghemma et Accaras provenant de la région de la Djeffara. En 1705 et 1706, la peste fait ravage sur l'île et revient en 1809. En 1794, l'île est pillée par un aventurier nommé Ali Burghul durant 58 jours et, en 1864, elle est à nouveau attaquée par des nomades de la région de Zarzis. Cette même année, une nouvelle épidémie de peste et une révolte sont relevées. En 1846, Ahmed I Bey interdit l'esclavage, acte qui affecte l'économie de l'île qui est alors l'un des plus importants centres du commerce des esclaves en Tunisie, avec Gabès, où parviennent les caravanes d'esclaves venant des oasis de Ghadamès et Ghat. Ce commerce se déplacera par la suite vers Tripoli.

Période moderne

L'île reste sous la domination ottomane jusqu'en 1881, date à laquelle la Tunisie passe sous protectorat français à la suite du bombardement de l'île[38] et de son occupation militaire :

« Le 28 juillet 1881, les troupes françaises occupent Borj El Kebir, à Houmt Souk, et y restent jusqu'en 1890, date à laquelle l'administration de l'île passe à l'autorité civile[39]. »

En 1956, la Tunisie accède à l'indépendance et Djerba devient une délégation dépendant du gouvernorat de Médenine. Toutefois, comme le principal adversaire politique du président Habib Bourguiba pendant la lutte pour l'indépendance de la Tunisie, à savoir Salah Ben Youssef — les deux hommes politiques ayant une approche politique différente — était originaire de Djerba, l'île est négligée pendant plusieurs années sur le plan des infrastructures. Pendant que des hôpitaux, lycées et routes sont construits, même dans de petites localités dans le reste du pays, Djerba n'en est dotée que durant les années 1970 et 1980. Djerba n'est pas encore un gouvernorat (même si un projet serait en cours), alors que des régions beaucoup moins peuplées le sont devenues. Entre 1962 et 1969, les Djerbiens s'expatrient par millers (entre 5 000 et 6 000 chefs de famille), en raison de la mauvaise conjoncture économique engendrée par une réforme étatique des structures commerciales[40], et rejoignent l'Europe (pour 80 % d'entre eux vers la France). Plus de la moitié de ces derniers s'installent dans la région parisienne ; les localités de Sedouikech, Guellala et Ajim se vident quasiment de leur population active[40].

En mars 1976, certaines rues d'Ajim sont transformées afin de servir de décor, les 2 et 3 avril, au tournage de La Guerre des étoiles. Des rues de Mos Eisley sont ainsi représentées. À quatorze kilomètres au nord, le marabout de Sidi Jemour sert également de décor à Mos Eisley et Anchorhead.

Le visage de l'île a beaucoup changé depuis les années 1960 : zone hôtelière, extension de l'aéroport et des localités et — de simples hameaux devenant de véritables localités —, élargissement des routes ou encore installation de pylônes électriques[41]. Seules certaines parties de l'intérieur de l'île sont restées presque intactes tout comme une partie de la côte méridionale.

Le 11 avril 2002, un attentat est commis contre la synagogue de la Ghriba. Un camion bourré d'explosifs saute à proximité de cette dernière: 21 personnes sont tuées, dont quatorze Allemands, cinq Tunisiens et deux Français, et d'autres blessées. Le gouvernement tunisien parle alors d'un accident mais les experts suggérèrent rapidement un attentat qui est revendiqué par la suite par Al-Qaida.

Architecture et urbanisme

Exemple de maison aux couleurs djerbiennes

Les Djerbiens, ayant eu à subir des attaques répétées venant de la mer tout au long de l'histoire, se sont éloignés des côtes et dispersés dans la campagne à l'intérieur de l'île[42] : le bâti est donc, en général, isolé et dispersé et se structure selon une organisation hiérarchique de l'espace basée sur le menzel — terme signifiant « maison » en arabe littéral et décrivant les espaces résidentiels et fonctionnels dans lesquels vivent les familles — qui en constitue la cellule de base et la mosquée qui en est l'élément fédérateur[43]. L'héritage architectural essentiel de Djerba réside avant tout dans ses nombreuses mosquées (plus de 300 avec moins de la moitié encore en usage[44]), la dispersion de l'habitat étant à l'origine de la construction de nombre de d'entre elles[45]. À Houmt Souk, il existe plusieurs fondouks à l'architecture particulière [46] réunis dans l'ancien quartier maltais (compris entre la mosquée des Turcs, l'église catholique et l'actuelle rue de Bizerte) dont certains ont été transformés en petits hôtels ou auberges. Il existait des fondouks chrétiens à Djerba depuis le XIVe siècle[47].

Les couleurs dominantes des habitations djerbiennes sont le blanc vif pour les murs et les toits et le bleu ciel ou plus rarement le vert bouteille pour les portes et fenêtres. D'autres couleurs ont commencé à apparaître depuis l'installation d'habitants venant de l'extérieur de l'île (en majorité du sud et du centre-ouest de la Tunisie) et de la construction de maisons « de prestige » par les Djerbiens immigrés[48]. À Djerba, il est interdit de construire plus de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée et du sous-sol, ce qui a permis de préserver une certaine harmonie architecturale.

Le développement du tourisme international sur l'île dès les années 1960 a engendré une modification dans l'organisation traditionnelle de l'espace. Ce phénomène semble avoir amoindri l'espace central de l'île au profit d'une partie des côtes[9]. Beaucoup de champs ont été abandonnés, les jeunes préférant des activités moins pénibles et plus lucratives que l'agriculture[49] et la main d'œuvre locale disponible représentant un coût que le rendement agricole ne justifie que dans de rares cas (en présence de nappes d'eau douce ou à basse salinité). Une enquête datée de 1963 estimait déjà à 7 000 hectares la superficie des terres en friche sur un total de 39 000 hectares cultivables, soit près du cinquième du potentiel agricole. Les menzels abandonnés ou en ruines sont alors nombreux[50]. Le centre reste marginalisé économiquement et à l'écart des principales voies de communication même si plusieurs routes ont été goudronnées au cours des années 1990 et si le phénomène n'est pas propre à Djerba. Toutefois, cette partie centrale tend à être partiellement revalorisée par les habitants qui y construisent des résidences principales de type pavillonnaire[9].

La campagne djerbienne frappe par son silence profond que plusieurs visiteurs célèbres ont souligné, parmi ceux-ci Simone de Beauvoir qui a déclaré que « c'est l'endroit le plus silencieux du monde »[51].

Organisation traditionnelle : le menzel

Article détaillé : Menzel.
Atelier de tissage au milieu de la végétation
Cour intérieure d'un houch

Le menzel est formé d'une ou de plusieurs unités d'habitation (houch) et de vergers, champs ou atelier de tissage, greniers, huilerie (souvent souterraine)[52], puits et citerne. Entouré de hautes levées de terre (tabia), il est organisé selon un principe défensif[43]. D'une façon générale, le houch abrite trois générations[53]. Il prend une forme carrée ou rectangulaire et ne comporte pas de fenêtres sur l'extérieur, celles-ci ouvrant normalement sur la cour intérieure[54]. Autour de la cour, s'articulent deux à quatre pièces plus ou moins grandes qui peuvent se diviser au moyen de cloisons internes, de portes ou de simples rideaux (kella) et comprendre des sedda ou doukkana (coins en général surélevés utilisés comme chambre à coucher), des magsoura (petites chambres) et des mesthan (petites salle de bains sans WC). La skifa, située à l'entrée, est la pièce qui réunit les habitants et sert à recevoir les voisins et les visiteurs les moins importants. Pour les visiteurs de marque, les familles aisées disposent en général d'un makhzin dhiafa indépendant ou rattaché au houch et donnant souvent sur l'extérieur[55].

Il y a également la zone cuisine et toilette avec le khouss (consruction en tronc et branches de palmier)[56], le matbakh (cuisine), le houch el birpuits à eau en général saumâtre qui sert aux travaux ménagers hormis la lessive — et le knif ou mihadh (WC). Autrefois, les garçons qui se mariaient obtenaient leur propre pièce dans le houch parental. Dans certaines localités, ces pièces comportent une ghorfa (seule pièce avec de petites fenêtres donnant sur l'extérieur), qui sert de chambre à coucher surélevée à laquelle on accède par un escalier intérieur raide et sans rampe. L'utilisation de voûtes et de coupoles est très courante et permettrait de lutter contre la chaleur. L'ameublement est en général simple et austère : des matelas souvent posés directement sur des nattes (h'sira) ou sur des estrades ou banquettes en maçonnerie (sedda ou doukkana), des coffres ou de grosses jarres[56] pour ranger le linge, des marfaa (sorte de portemanteaux), des sofra ou mida, sorte de tables à manger basses car on mangeait assis, les jambes croisées, sur des nattes ou des matelas bas appelés gaada. Les réserves alimentaires étaient conservées dans de grosses jarres en terre cuite (khabia, tass ou zir) fabriquées depuis des millénaires dans le village de Guellala[57],[58]. La grande majorité de la vaisselle djerbienne provient également de ce même village.

Vue extérieure d'un menzel traditionnel

Compte tenu de la faible pluviométrie (moins de 250 mm par an) et de la rareté de l'eau potable, les Djerbiens ont construit depuis des millénaires et construisent encore de nos jours des citernes (impluviums) qu'ils appellent feskia ou fesghia[56] — en général souterraines, de forme rectangulaire ou carrée et situées à l'extérieur du houch — et des majen ou majel — qui prennent la forme d'une grande carafe évasée contruite le plus souvent dans la cour intérieure du houch — et ce pour la collecte des eaux de pluie[59]. Les majen et les feskia reçoivent l'eau de pluie recueillie sur les toits des habitations, leurs terrasses ou cours, espaces passés à la chaux vive (jir) tous les ans avant la saison humide afin de garantir une certaine hygiène. Ce système de collecte d'eau pluviale existait déjà à Djerba à l'époque romaine, de grandes citernes ayant été découvertes à Meninx. En 1967, on a estimé à près de 1 000 000 m2 la surface totale des impluviums à Djerba[60].

Léon l'Africain, cité par Salah-Eddine Tlatli[61] donne au XVIe siècle une description de l'habitat et de l'activité de Djerba qui est très proche de la situation des années 1960 :

« Gerba est une île prochaine de terre ferme [...] garnie d'une infinité de vignes, dattes, figues, olives et autres fruits. En chacune des possessions est bâtie une maison, et là habite une famille à part, tellement qu'il se trouve force hameaux mais peu qui aient plusieurs maisons ensemble. Ce terroir est maigre, voir qu'avec si grand labeur et soin qu'on puisse mettre à l'arroser avec l'eau de quelques puys profons... »

Réseau de forteresses

Exemple de fort djerbien dominant la mer

Héritage du Moyen Âge, les côtes de Djerba sont parsemées de forts témoins de son passé mouvementé ; plusieurs de ces forts de l'époque médiévales furent démentelés.

Le plus grand monument historique de l'île encore en état est le Borj El Kebir, appelé aussi Borj El Ghazi Mustapha ou Fort espagnol. Situé sur la côte au nord de Houmt Souk, sa construction sur les ruines de l'ancienne cité de Girba (actuelle Houmt Souk) a été ordonnée par le souverain hafside de Tunis pour abriter sa garnison vers 1392[62] puis agrandi aux environs de 1450. Le 11 mars 1560, à la suite d'une défaite, le cheïkh Messaoud, placé à la tête de l'île, le remet au vice-roi de Sicile, Juan de la Cerda, qui ne le conserve pas longtemps : le fort est assiégé entre le 11 mai et le 29 juillet par le corsaire Dragut appuyé par Piyale Pacha, l'assaut faisant entre 5 000 et 6 000 morts. Le caïd Ghazi Mustapha Bey, installé par Dragut pour faire de l'île une base navale[63], achève entre 1560 et 1567 les travaux entrepris par l'expédition de Juan de la Cer (appartements et petite mosquée notamment). Les autorités tunisiennes déclarent le fort monument historique le 15 mars 1904[64] ; il est restauré ensuite et transformé en musée[63]. Il abrite actuellement deux zaouïas : Sidi Saad et Ghazi Mustapha dédiée à Ghazi Mustapha Bey. Il s'agit de nos jours d'un château fort « de 68 mètres de longueur et 53 mètres de largeur, les murailles [sont] hautes d'environ 10 mètres et d'une épaisseur variant entre 1,20 à 1,50 mètre »[65], autrefois muni de pont-levis et entouré d'un grand fossé.

Borj El Kastil ou El Gastil est l'un des rares forts de l'époque médiévale qui ait été partiellement épargné[66] ; il s'agit d'une forteresse bâtie en 1210 (ou vers 1287 d'après Kamel Tmarzizet[67]) par le conquistador espagnol Roger de Lauria, l'amiral de Pierre III d'Aragon, roi de Sicile ; De Lauria occupe Djerba sous les ordres de Pierre d'Aragon en 1284 et y place une forte garnison. Le fort est restauré une première fois au XVe siècle par le sultan hafside, puis à nouveau au XVIe siècle par les Ottomans et au XVIIe siècle par Hammouda Pacha Bey[68]. Situé à l'est d'El Kantara, il a une forme carrée d'environ 30 mètres de côté et de 10 mètres de hauteur.

Une forteresse entourée par la mer entre Terbella et El Kantara, appelée Borj El Agrab[69], disposent encore de fondations solides mais de dimentions plus modestes. Construite sur les traces d'un précédent fort[70], sur un plan de forme circulaire découpé en trois petites pièces, elle a été restaurée et occupée pendant des décennies par les Siciliens et les Espagnols, en particulier le Catalan Ramon Muntaner[70]. Une légende l'entoure : elle aurait été construite par un prince djerbien, dont l'unique enfant élevé ici pour le protéger meurt à la suite de piqûres d'un scorpion dissimulé dans une corbeille de fruits[71].

Il faut aussi citer Borj Jilij, construit par Ali I Bey en 1745 et achevé par Hammouda Pacha en 1795, qui se situe à la pointe nord-ouest de l'île, non loin de l'aéroport et de Mellita. Il est restauré à plusieurs reprises et se trouve placé sous le contrôle de l'armée tunisienne[72]. Il existe enfin d'autres forts, modifiés déjà sous le protectorat français puis par les autorités tunisiennes après l'indépendance : Borj Aghir, construit par les Ottomans au XVIIe siècle et transformé en bâtiment des douanes puis en maison de vacances pour les jeunes[67], Borj El Kantara, construit sur les soubassements de l'un des plus anciens forts de l'île et plusieurs fois rebâti ; ce dernier est restauré au XVe siècle, utilisé comme édifice des douanes sous le protectorat français puis par le ministère de l'Intérieur après avoir été agrandi[73]. Par ailleurs, il existe des traces plus réduites de plusieurs autres forts dont Borj K'sar Massoud, Borj El Wasat et Borj Marsa Ajim[17].

Démographie

Les habitants de Djerba, les Djerbiens, sont en 2004 au nombre de 139 517[1], répartis sur trois délégations qui correspondent à trois municipalités aux fonctions très différentes[9] :

  • Djerba-Houmt Souk, la ville de Houmt Souk étant considérée comme la « capitale » de l'île avec 44 555 habitants (64 892 habitants pour l'ensemble de la municipalité) ;
  • Djerba-Midoun, la ville de Midoun qui constitue le centre le plus proche des activités touristiques compte 30 481 habitants (50 459 pour l'ensemble de la municipalité) ;
  • Djerba-Ajim, la ville d'Ajim, plus en retrait par rapport à la dynamique insulaire, compte 13 950 habitants (24 166 habitants pour l'ensemble de la municipalité).
Municipalité Arrondissement Population (2004)
Djerba Houmt Souk Houmt Souk 44 555
Erriadh 11 268
Mellita 9 069
Djerba Midoun Midoun 30 481
El Mey 9 131
Sedouikech 6 280
Beni Mâaguel 4 567
Djerba Ajim Ajim 13 950
Guellala 10 216
Sources : Institut national de la statistique[1]

Ces délégations correspondent à trois municipalités : Djerba Houmt Souk, Djerba Midoun et Djerba Ajim.

Les habitants de l'île sont principalement arabophones même s'il s'y trouve une grande communauté berbérophone (Kutamas, Nefzas, Hawwaras, etc.). La plus grande partie de l'île est occupée par des villages d'origine berbère comme Mezraya, Ghizen, Tezdaine, Wersighen, Sedouikech, Ajim et Guellala qui parlaient le tamazight, appelé également chelha, langue aux consonnances explosives où la lettre « t » revient presque à chaque mot[74]. La tradition berbérophone est maintenue surtout par les femmes[75],[76]. Il existe par ailleurs une petite et très ancienne communauté juive « pétrifiée dans les traditions hébraïques les plus anciennes »[77] et qui descendrait des exilés de Jérusalem. Elle a vécu en vase clos pendant des millénaires[77].

Une communauté d'origine arabe se serait installée à Djerba lors de l'invasion des Hilaliens. Djerba compte aussi une importante communauté noire musulmane arabophone d'origine principalement soudanaise, installée surtout à Arkou, non loin de Midoun[78]. Une communauté originaire du sud de la Tunisie (région de Beni Khedache) vit dans son propre quartier à Houmt Souk, Houmet Ejjoumaâ ou Chouarikh, et s'habille différemment des autres Djerbiens (en particulier les femmes)[79] :

« Ainsi, dans cette île-carrefour, les populations berbères, judéo-berbères, arabes, africaines islamisées, nègres, quelques Turcs et même de vieux pêcheurs maltais se sont donnés rendez-vous et ont vécu en bons termes mais sans se mélanger. La barrière religieuse, malgré la proximité des races, a constitué un obstacle quasi-infranchissable et les mariages, par leur caractère endogamique, ont permis de maintenir une certaine homogénéité ethnique[80]. »

Dans son livre intitulé Djerba. L'île des Lotophages[81], Salah-Eddine Tlatli parle des « caractères ethniques » des Djerbiens « qui définissent un type humain à part en Afrique du Nord [...] La forme de leur crâne et leur taille : un crâne globuleux, massif, laissant à découvert un front bombé, limité par d'épais sourcils et des bosses pariétales accusées [...] Le corps est assez petit, trapu, musclé, avec de larges épaules [...] contraste avec les populations voisines. Les israélites ont des crânes plus allongés d'où la conclusion qu'il ne s'agit pas de Djerbiens judaïsés »[82]. Charles-André Julien reprend la classification de la population de la Berbérie orientale de Bertholon et Chantre et parle du type de Djerba comme de « petite taille, brachycéphale, mesorhinien, à ceveux bruns, yeux foncés, peau bistre en pigment jaunâtre »[83].

La population nombreuse et l'insuffisance des ressources locales, à l'origine de crises liées le plus souvent à de mauvaises récoltes, ont contribué à la mise en place d'un processus migratoire saisonnier et temporaire mais devenu petit à petit structurel et définitif[43]. La grande majorité des Djerbiens qui quittent leur île travaillent dans le commerce en raison de la position stratégique de leur lieu d'origine. Même si la grande majorité d'entre eux restent dans un premier temps en Tunisie, où ils détiennent une position dominante dans le commerce alimentaire et de détail[43], les réformes du ministre Ahmed Ben Salah menées dans les années 1960, qui regroupèrent le commerce de détail en coopératives, poussent les Djerbiens à émigrer majoritairement en Europe et plus spécifiquement dans l'agglomération parisienne[43],[40]. L'argent rapatrié par les Djerbiens vivant à l'étranger joue un rôle important dans l'économie de l'île[40]. La migration des Tunisiens du continent (majoritairement originaires des gouvernorats du sud et du centre-ouest du pays) sur l'île s'est progressivement accrue et ces derniers représentent désormais près de 45 % des habitants et 60 % des actifs[43]. Dans ce contexte, ils concurrencent progressivement les Djerbiens sur leur marché de l'emploi.

Compte tenu de l'espace limité, des maigres ressources de l'île et de la rigueur du rite ibadite, la tradition populaire veut que le Djerbien soit généralement connu comme un travailleur discipliné, rigoureux, parcimonieux[53] et bon gestionnaire, de caractère plutôt réservé, calme et poli. Dans les familles ibadites, le fils même adulte ne fumait pas devant ses parents et la grand-mère gérait la famille d'une main de fer, ses fils, belles-filles et petits enfants lui devant obéissance. Frères et associés allaient faire du commerce à l'extérieur de l'île à tour de rôle[84] afin que quelques hommes adultes restent travailler la terre avec les femmes, enfants et hommes âgés[85].

Culture

Musées

Musée de Guellala

Le Musée des arts et traditions populaires de Houmt Souk est aménagé à la fin des années 1970 dans l'ancienne zaouïa de Sidi Zitouni[86], un sanctuaire de style mauresque construit au XVIIIe siècle sous l'instruction du caïd de l'île Ben Ayed. Il abrite le cénotaphe du cheïkh Abou Baker Ezzitouni, un savant théologien sunnite[87]. Ce musée permet de découvrir les richesses folkloriques de l'île : costumes de divers groupes sociaux, bijoux fabriqués par les artisans juifs, exemplaires du Coran ou encore ustensiles de cuisine. Le 17 décembre 2008, devenu Musée du patrimoine traditionnel de Djerba, il a rouvert après des travaux d'extension et de réaménagement dans un ensemble comprenant, outre la zaouïa restaurée, un nouveau bâtiment de 2 000 m2 reprenant l'architecture traditionnelle de l'île[86]. Le musée de Guellala, ouvert en 2001, expose également des collections sur le patrimoine djerbien. Avec plus de 4 000 m2 d'exposition, il offre une série de pavillons indépendants développant chacun un thème (fêtes, traditions et coutumes, artisanat, mythes et légendes, musique traditionnelle, mosaïques ou encore calligraphie arabe). Il reçoit environ 100 000 visiteurs par an dont 30 % de Tunisiens[88].

À proximité du phare de Taguermess, se trouve un parc à thèmes s'étendant sur 12 hectares : Djerba Explore[89]. Il abrite un village traditionnel djerbien reconstitué, le Lella Hadhria Museum présentant quant à lui un panorama de l'art tunisien et du monde arabo-islamique, un circuit du patrimoine djerbien et la plus grande ferme aux crocodiles du bassin méditerranéen[90].

Jemaâ Fadhloun, mosquée située à proximité de la route reliant Houmt Souk à Midoun et dont la fondation remonterait au XIe siècle, a été transformée en musée permettant au visiteur de découvrir comment les mosquées ont servi de refuge aux habitants lors d'attaques et de sièges et leur permettaient de se défendre et d'assurer leur survie. Selon Kamel Tmarzizet, « cette mosquée forteresse a une surface totale de 850 m2, dont une cour à ciel ouvert de 530 m2, deux entrées à l'est et au sud, plusieurs salles et des annexes, une école coranique, un moulin à grain, une boulangerie avec son four, un puits, une cuisine et plusieurs chambres, une grand salle de prière et un escalier qui mène au minaret » ; elle possède « de puissants murs adossés à l'extérieur par des contreforts massifs »[91].

Musique et danse

La musique djerbienne traditionnelle se base essentiellement sur les percussions avec la darbouka (petit instrument utilisé par les hommes et les femmes) et le tabl[92] (grand tambour cylindrique lourd à porter, utilisé exclusivement par les hommes[93]) ainsi qu'un instrument à vent autrefois appelé ghita et de plus en plus appelé zoukra ou zurna, utilisé uniquement par les hommes. Les rythmes sont généralement lents et mélodieux ; l'un de ces rythmes est la chala spécifique à l'île[94]. Le mezoued a été introduit sur l'île plus récemment.

Groupe de musiciens djerbiens

Le chant à thème occupe une place de choix : les chansons racontent le plus souvent une histoire romantique, le plus souvent triste et nostalgique ; les paroles sont parfois osées, surtout lorsqu'il s'agit d'histoires d'amour. Beaucoup de paroliers sont des femmes et ceci pourrait s'expliquer par le fait que l'homme s'expatriait traditionnellement pour faire du commerce alors que la femme restait sur l'île, loin de son conjoint, pour s'occuper de la terre, des enfants et des personnes âgées.

Le rythme de la danse folklorique djerbienne est différent de celui de la plupart des autres danses folkloriques tunisiennes ; il est plutôt lent et l'on danse généralement les pieds à plat sur le sol alors qu'ailleurs en Tunisie le rythme est souvent rapide et l'on danse en demi-pointe. Le gougou, danse folklorique de la communauté noire de l'île d'origne d'Afrique subsaharienne depuis plusieurs générations[95] et qui dispose de son propre patron (Sidi Sâad), est quant à lui une musique et une danse effectuée avec des bâtons et accompagnée de chants et de tabl ; elle commence par un rythme lent puis s'accélère progressivement et finit par des danses endiablées[96].

Festivals et événements

Djerba organise plusieurs festivals tout au long de l'année. Ils sont notamment destinés à faire découvrir les multiples facettes de la société djerbienne.

Le Festival international Djerba Ulysse (tenu en juillet-août)[97] invite des musiciens ainsi que des groupes de théâtre et organise en même temps des activités et des animations qui visent à valoriser et identifier le patrimoine local. Dans le même domaine, le Festival de la poterie de Guellala propose un programme culturel mettant en valeur le patrimoine local en permettant de faire découvrir la créativité des potiers du village de Guellala, situé dans le sud de l'île.

De son côté, le Festival des musiques des îles du monde et du film insulaire accueille des groupes de musique venant de diverses îles à travers le monde pour présenter une variété de chants et de musiques insulaires. Des projections de films documentaires à caractère insulaire sont également au programme. Organisé par le comité culturel de Houmt Souk et la maison de la culture Férid-Ghazi, le Festival Farhat-Yamoun de théâtre et d'arts scéniques présente un programme de spectacles théâtraux.

Par ailleurs, le festival de plongée et de voile traditionnelle, tenu chaque été dans la ville d'Ajim, est un évènement culturel et sportif faisant découvrir la méthode de plongée des pêcheurs d'éponges et organisant des courses de felouques, de même que des compétitions d'autres sports nautiques.

Enfin, il faut citer le Festival du film historique et mythologique (tenu en juillet-août), la régate de planche à voile (en septembre) et le Festival des marionettes (en novembre)[97].

Religion

Article détaillé : Synagogue de la Ghriba.

C'est l'islam sunnite de rite malékite qui prédomine en Tunisie, bien qu'il existe une petite communauté pratiquant le rite sunnite hanéfite qui était suivi par la cour beylicale et certaines familles d'ascendance ottomane[98]. Tel n'est guère le cas à Djerba où une grande partie de la population pratique un rite kharijite non sunnite, schisme qu'on pourrait comparer au jansénisme. Les kharijites refusent aux hommes, même au calife, le droit d'interpréter les textes sacrés et préconisent un strict respect des textes, une vie sobre et une égalité parfaite entre tous les musulmans[20] :

« Le kharijisme a subsisté dans deux communautés berbères au Mzab en Algérie et à Djerba, Ils ne sont jamais entrés en lutte ouverte avec les orthodoxes qui les entourent[99]. »

En fait, il existait à Djerba deux rites kharidjites : le rite ibadite, apparu en 654 et prêché par Abdullah ibn-Ibad at-Tamimi, présentant des analogies avec le rite hanéfite, et le rite dit wahabite, un rite attribué à un musulman d'origine persane de la tribu des Beni Rostom, Ibn Rustom, et fondé vers 782. Cependant, ceux-ci sont aujourd'hui confondus, surtout que la plus grande partie des ibadites (appelés Nakkaras) s'est convertie au malékisme[100]. Il existe quelques différences dans le rituel de la prière entre ibadites et malékites[101], ces derniers appelant les premiers ouheb ou kwames en référence aux quatre rites musulmans sunnites orthodoxes.

Mosquée de Medrajen à Mezraya : un exemple d'architecture ibadite
Mosquée souterraine de Sedouikech

Les ibadites ayant résisté au pouvoir central du bey tenaient à affirmer leur autonomie en formant des alliances avec les ibadites de Tripolitaine et du sud de l'Algérie (Ghardaïa). Fréquemment, ils résistaient au paiement des impôts et se soulevaient. Ainsi, l'introduction du rite malékite sunnite sur l'île a été encouragée par le pouvoir à Tunis, d'abord dans la localité de Houmt Souk, au travers des érudits et des théologiens venant de l'extérieur de l'île comme Sidi Bouakkazine, Sidi Aloulou, Sidi Brahim El Jemni ou Sidi Abou Baker Ezzitouni[87]. Ceci pourrait expliquer l'existence d'un certain antagonisme entre habitants ibadites d'origine berbère et habitants de rite malékite[102]. À quelques kilomètres de Sedouikech, en direction d'El Kantara, se trouve l'une des mosquées souterraines de l'île, Jemaâ Louta (mosquée qui daterait du XIIe ou du XIIIe siècle)[103], où les ibadites se réfugiaient pour pratiquer leur culte. Entourée d'une oliveraie, on y accède par un escalier très raide et étroit qui conduit dans la chambre principale. À côté de cette mosquée se trouve un grand réservoir qui alimente un puits également souterrain. Une autre de ces mosquées souterraines se trouve sur la route d'Ajim. Comme elles ne sont plus utilisées pour le culte, ces mosquées souterraines peuvent être visitées librement.

Les mosquées ibadites ont une architecture particulière[101] et il n'est possible d'accéder au minaret qu'en passant par la salle de prière. Par ailleurs, plusieurs mosquées et zaouïas (Djerba en compte plus de 300) ont été construites le long des côtes de l'île comme Sidi Zaied, Sidi Smael, Sidi Mahrez, Sidi Yati, Lalla Hadhria, Sidi Garous, Sidi Jmour[104], etc. Elles servaient de garde-côtes et permettaient de signaler l'arrivée d'amis ou d'ennemis, dont des pirates et corsaires, par un système de fumées destiné aux habitants de l'île qui allaient s'abriter du danger éventuel. Certaines mosquées étaient construites comme des petites forteresses (comme Jemaâ Fadhloun) et disposaient d'un four et de citernes d'eau, ce qui permettaient de résister quelque temps aux attaquants. Jemaâ El May, classée comme monument historique, est l'une des mosquées les mieux fortifiées de l'île[105]. En évoquant les mosquées de Djerba, Salah-Eddine Tlatli a dit que « les mosquées les plus modestes ont la candeur naïve et le charme d'un château de sable sorti d'un rêve d'enfant »[105].

Intérieur de la synagogue de la Ghriba

L'île abrite également une petite communauté juive qui comptait autrefois plusieurs dizaines de milliers d'individus spécialisés en majorité dans des métiers artisanaux (bijouterie, cordonnerie, couture, etc.) mais pratiquant également le commerce. Elle y vit depuis des siècles en bonne entente avec la majorité musulmane malgré le déclin démographique engendré par l'émigration vers Israël dès 1948 et vers la France après 1956 (date de l'indépendance de la Tunisie), 1961 (crise de Bizerte) et 1967. La synagogue de la Ghriba, située dans le village d'Er-Riadh (ex-Hara Sghira situé à neuf kilomètres au sud de Houmt Souk), est très ancienne et très célèbre. D'après les rabbins locaux, même s'il existe d'autres versions, « les Juifs arrivés sur l'île auraient apporté avec eux certains manuscrits des Tables de la Loi qu'ils auraient sauvé des ruines du Temple de Jérusalem détruit par Nabuchodonosor et même certaines pierres du Temple sur lesquelles ils auraient bâti le sanctuaire[106] ». Cette synagogue attire tous les ans, trois semaines après la Pâque juive, des pèlerins de partout mais surtout d'Europe et d'Afrique du Nord qui « transportent en procession sur leurs épaules, hors de la synagogue, les Tables de la Loi, sous un lourd baldaquin multicolore qu'ils promènent »[106] aux alentours. Plusieurs autres petites synagogues se trouvent à la Hara Kebira, principal quartier juif de l'île situé à Houmt Souk.

Au début du XXe siècle, Djerba comptait, parmi une population d'environ 40 000 personnes, plusieurs centaines de catholiques français, italiens, grecs et maltais[107]. Ces derniers gagnaient leur vie, entre autres, comme artisans et pêcheurs de poisson et d'éponges. L'église de culte catholique Saint-Joseph de Djerba, de style maltais, a été fondée en plein centre de Houmt Souk en 1848 ou 1849, par un prêtre de la mission Saint-Vincent de Paul aidé par l'évêque Gaetano Maria de Ferrare[108] ; elle a été rouverte officiellement au culte et consacrée le 19 mars 2006. Il existe également une église grecque orthodoxe fondée vers 1890, dédiée à saint Nicolas, patron des pêcheurs, et située à proximité du port de Houmt Souk. Cette église fut construite à l'époque où une communauté grecque s'installa sur l'île ; elle était constituée principalement d'artisans et de pêcheurs, en particulier de pêcheurs d'éponges.

Gastronomie

Avant l'essor touristique, les Djerbiens cultivaient du blé, de l'orge, du sorgho[109] et des lentilles qui constituaient la base de leur alimentation. Le couscous d'orge (malthoutha) au poisson ou à la viande séchée et conservée dans de l'huile d'olive (dhan)[110] et les petits anchois séchés (ouzaf)[111] sont des spécialités de l'île. La zamita[109], une préparation à base d'orge grillé, de fenugrec et d'épices, est pour sa part consommée par les Djerbiens au petit déjeuner, au goûter voire en repas principal, accompagnée de légumes crus ou en salaison (oignons verts, navets, carottes ou poivrons) ou de fruits (raisins ou grenades[112]). Le sorgho est consommé en gâteaux, entremets (sahlab et bouza) ou bsissa.

Vendeur de ouzaf sur un trottoir

La gastronomie djerbienne plutot frugale varie toutefois d'une localité à l'autre même si la cuisson à la vapeur qui aurait été préférée par les anciens Berbères y prédomine. Ainsi, pour le couscous djerbien, la semoule est-elle cuite à la vapeur ainsi que le poisson ou la viande et les légumes assaisonnés d'épices[109]. On utilise alors un couscoussier en terre cuite à deux étages, typique de l'île, appelé keskess bou rouhine. Le riz djerbien est également cuit à la vapeur : viande, foie et légumes sont émincés, assaisonnés et mélangés au riz légèrement trempé à l'avance, l'ensemble étant ensuite cuit à la vapeur. Plusieurs variétés de farines de céréales et de légumes secs (orge, sorgho, blé, lentilles, pois chiches, fenugrec, etc.) assaisonnées d'épices et d'herbes appelées bsissa sont préparées et conservées pour être consommées naturelles, salées ou sucrées avec de l'huile d'olive, des fruits ou légumes frais, des dattes ou des figues séchées.

Les Djerbiens sont aussi friands de poissons, de poulpes (frais ou séchés[113]), de seiches et de calmars ; ces derniers farcis d'herbes permettent de préparer un plat de couscous ou de riz. Les ouzaf[109],[114] constituent un condiment de choix, en particulier dans la préparation du mchelouech bil ouzef[115] et du mesfouf djerbien (couscous peu arrosé de sauce, bien épicé et riche en herbes dont le yazoul ou gazoul)[116] ou du s'der (soupe de semoule).

Le séchage de la viande est pratiqué sur toute l'île : la viande coupée en tranches fines (kaddid) est assaisonnée de sel et enduite d'huile (afin d'en éloigner les mouches), séchée au soleil puis bouillie dans l'huile d'olive (m'selli), conservée (d'hane) et utilisée pour la préparation de plats typiques[117]. La glaia, viande cuite et conservée dans de la graisse de mouton et assaisonnée de curcuma, de sel et de poivre, peut également se conserver pendant un ou deux mois ; elle s'accommode notamment avec des tomates, poivrons et œufs et se mange avec du pain ou une bouillie épaisse de farine d'orge (bazine ou "iche") ou de blé (assida).

La pâtisserie traditionnelle djerbienne est en revanche relativement pauvre. Les boissons typiques sont le legmi (sève de palmier qui se transforme en « vin de palme » dans la journée compte tenu d'une fermentation naturelle très rapide) et le l'ban (lait fermenté ou petit-lait). Le thé vert à la menthe ou le thé noir parfumé aux feuilles d'une variété de géranium (atr'cha) se boit bien sucré, aussi bien après qu'entre les repas.

Croyances et légendes

La superstition et ses mystères (méfaits de l'envie et mauvais œil) tiennent une grande place dans les croyances populaires[118] et beaucoup ont longtemps existé sur l'île : les Djerbiens considéraient ainsi le mercredi comme une journée néfaste pendant laquelle il ne fallait rien entreprendre (mariage, visite d'un malade, etc.). Le chiffre cinq et ses multiples sont prononcés pour éloigner le mauvais sort ou les influences négatives, d'où l'usage de la khamsa ou Main de Fatima[119]. Le septième jour est quant à lui célébré en cas de naissance ou de mariage et le quarantième jour en cas de naissance et de décès. Le poisson est considéré comme un porte-bonheur et éloigne le mauvais œil : il est représenté sur les bijoux[119] et utilisé couramment dans la décoration des intérieurs, un petit bijou représentant un poisson est accroché presque systématiquement aux habits des nouveau-nés. Il existait aussi plusieurs journées dans l'année appelées moussem au cours desquelles on portait un repas de viande ou de poisson aux mosquées[120] ou aux voisins les plus pauvres[121].

Les Djerbiens croyaient également en l'existence de la khiala (comme celle de Hammam El Ghoula)[122], fantôme d'une très belle femme qui apparaît à ses victimes, les ensorcele et les emporte pour les libérer sains et saufs après un ou plusieurs jours, le revenant ne se souvenant en principe de rien. Était-ce une façon par laquelle la sagesse populaire justifiait des fugues[123] ? On croyait également que les âmes des morts rôdaient autour des cimetières durant la nuit et pendant les heures les plus chaudes de la journée. On racontait aussi aux enfants que pendant ces mêmes heures, une vieille et méchante femme (azouzat el gaila) attrapait les enfants qu'elle trouvait dans la rue et les dévorait. Les enfants étaient également terrifiés par l'idée d'être attrapés par l'un de ces « messieurs » à la recherche d'enfants avec des signes particuliers dont le sacrifice leur permettrait de trouver un trésor enfoui. Le pain était vénéré et jamais jeté avec les ordures : si l'on devait en jeter un morceau, il fallait d'abord l'embrasser puis le poser dans un endroit propre, de préférence surélevé, afin qu'un pauvre ou un animal puisse le trouver propre. On racontait que lorsqu'on observe la lune, on y voit une femme pendue par les paupières parce qu'elle a utilisé un morceau de pain pour toucher son enfant. Les Djerbiens croient aussi que cela porte malheur de compter les gens et que le fait que les chaussures se superposent en les enlevant ou en les rangeant est un signe précurseur de voyage. Si par contre, les chaussures se renversent, il faut tout de suite les retourner autrement Satan (echitan) fait sa prière dessus[124].

Par ailleurs, l'expatriement de l'homme djerbien est à l'origine de croyances que la sagesse populaire a préservé pendant des générations comme le fait de croire qu'un fœtus peut être porté par la mère pendant plusieurs années et naître en l'absence du père (erraged)[85].

Jemaâ Essatouri

Des croyances et légendes entourent certaines mosquées dont Sidi Zitouni — appelé aussi Koubet El Kheiel ou dôme du fantôme en raison de la légende qui l'entoure[87] — ,Jemaâ El Guellal situées à Houmt Souk, Sidi Zikri[125] mais aussi Jemaâ Sidi Salem Essatouri, Jemaâ Sellaouati et tant d'autres. On raconte que Sidi Satouri, paysan modeste, possédait un lopin de terre isolé et difficile à travailler. Après une journée de dur labeur, il s'arrête en pleine route pour faire sa prière lorsqu'un riche cortège de mariage tente en vain de l'interrompre. Sa prière achevée, il se rend compte que le cortège a été pétrifié sur place[126]. De retour au village, il raconte son aventure aux villageois qui, incrédules, se rendent sur place pour voir le cortège transformé en pierres, voient en Sidi Satouri un saint et édifient une mosquée sur le lieu de son aventure[20]. La légende des Sallaouta, installés dans la région de Mezraya, raconte que ceux-ci décidèrent de construire une mosquée, choisirent l'emplacement et commencèrent à en creuser les fondations. Le lendemain, en retournant vers leur chantier, ils aperçurent sur une surélévation un pilier en marbre de 12 pans qu'aucune main humaine n'aurait pu placer à cet endroit. Ils virent là un signe divin, ajoutèrent trois colonnes de pierre et du mortier et bâtirent leur mosquée appelée Jemaâ Sellaouati[20]. Beaucoup d'autres croyances existent comme celle de Lalla Thala qui guérirait du trachome et aiderait à trouver l'âme sœur[127], celle de Sidi Marcil (saint Marcel) qui soignerait la stérilité des femmes[68] ou celle de Maamouret Aghir qui guérirait les maladies de la peau et rapprocherait les amoureux séparés[67].

Art de vivre

Mariages traditionnels

Djerba possède des traditions très variées[128] dont plusieurs se maintiennent comme par exemple les mariages traditionnels qui se célèbrent sur plusieurs journées et comptent plusieurs cérémonies[129].

Généralités

Les distractions étant rares, les mariages qui se célèbrent surtout en été sont attendus, notamment chez les malékites pour qui le mariage représente une occasion de défoulement, ceci étant particulièrement vrai pour les femmes. Chez les Djerbiens de rite ibadite, les mariages sont plutôt austères, souvent sans danses voire sans musique[130].

Mains d'une mariée djerbienne

Les cérémonies du mariage traditionnel sont nombreuses[131]. Dans la ville de Houmt Souk, la hejba est la première d'entre elles. À partir de ce jour, la future mariée cesse de sortir de chez elle pendant une certaine période (une semaine à un mois voire plus), en grande partie pour se protéger du soleil, la peau blanche étant l'un des principaux critères de beauté à Djerba. Lors de cette cérémonie, la dot est payée au père de la mariée et servira principalement à l'achat du trousseau de celle-ci, y compris des couvertures en laine, de matelas, etc. Par ailleurs, plusieurs zaouïas sont visitées et des bougies y sont allumées. Mais c'est durant la semaine même du mariage que les cérémonies et les festivités se multiplient. Les familles des deux futurs époux organisent des festivités séparées et ce n'est qu'à l'aube du septième jour que les deux familles se rencontrent pour fêter le dernier jour (traditionnellement un vendredi) ensemble. Les cérémonies pour femmes sont animées par des musiciennes et, en général, les hommes n'y accèdent pas. Par contre, les femmes, autrefois voilées en majorité, peuvent accéder aux soirées musicales organisées pour les hommes. En plus des musiciens locaux (autrefois en majorité noirs)[92], les Djerbiens font appel aux musiciens des îles Kerkennah, dont le folklore est proche du leur[132], et parfois à ceux de Ghomrassen (appelés toualeb).

Les invités apportent en cadeau des œufs frais[133] et de l'argent aux mères des futurs époux. Note est prise de ces cadeaux — que l'on appelle hourem ou haouram — afin qu'au moins l'équivalent soit offert en retour.

Déroulement

À Houmt Souk, à l'occasion du premier des sept jours du mariage, on lance les invitations (tahdhir) à travers des haddharat habillées, maquillées et parées de bijoux ; les familles visitées leur offrent à manger ainsi que de l'argent. Ce même jour, la zammita[134] du mariage[135] est préparée au son de chants traditionnels et de youyous.

Marié célébré par ses amis le soir de la henna kebira

D'autres cérémonies suivent dont la henna sghira (quatrième jour du mariage) ; des enfants de familles proches habillés en adultes (les fillettes maquillées et parées de bijoux traditionnels) sont reçus par les parents de la future mariée. Ils apportent une bague dissimulée dans du henné en feuilles qu'un petit garçon enfile dans l'annulaire de la mariée. Sa famille offre à ces enfants à manger ainsi que des cadeaux et des œufs durs colorés. La soirée est dédiée à la tatrifa : après les chants et danses, une proche parente du futur époux applique du henné à la mariée au rythme de chants traditionnels et de youyous et à la lumière de bougies tenues par de jeunes femmes récemment mariées (appelées saddarat), parées d'habits et bijoux traditionnels réservés aux mariées.

Le lendemain soir, la henna kebira a lieu chez le marié : un yahni est servi aux invités[136] et des cadeaux envoyés à la mariée. Un couffin plein de produits de maquillage traditionnel (gouffat el henna), d'encens, des bijoux, un r'dé que la mariée portera pour la jeloua et un beskri[137] sont amenés, en principe, à cheval par un homme adulte, de préférence noir accompagné de proches parentes du marié. Le marié est habillé par ses amis à la lumière de bougies et au son de musique. Une cérémonie particulière à l'île (qui aurait des origines paiennes), la berboura, a alors lieu : le marié, abrité par un beskri et accompagné par ses proches parentes et ses amis, rend une visite rituelle à un olivier d'où il détache un rameau avec lequel il frappe symboliquement ses amis célibataires[138].

Le jour suivant, le contrat de mariage est signé et une cérémonie féminine de coiffure a lieu chez la mariée (bambar). Par le passé, les cheveux de la mariée étaient coiffés en fines tresses assemblées en deux tresses tombant le long de son visage. Des pièces rondes en or appelées mahboub[139] étaient appliquées sur ces tresses[140]. Avant le bambar, les parents de la mariée offrent un yahni à leurs invités. Après une soirée de musique et de danse, la mariée est portée chez son mari, à dos de chameau, dans la jahfa (sorte de baldaquin orné de tentures), accompagnée de ses invités et de musiciens en costume traditionnel jouant du tabl et de la ghita[92] et dansant tout au long du trajet alors que son trousseau est porté par d'autres chameaux[141],[142]. Une fantasia (course de chevaux) est parfois organisée lors du parcours[143]. On peut également assister à un spectacle de zgara, une danse-combat entre deux hommes armés de sabres. Dans certaines localités, la mariée ne doit arriver chez son époux qu'à l'aube pour le dkhoul[144]. Un œuf dur est partagé entre les deux époux et une jarre est cassée au moment où ils s'isolent. Dans certains villages, une cérémonie appelée le derdek a lieu[145].

Mariée durant la cérémonie de la jeloua

La jeloua a lieu le lendemain et consiste en un après-midi de chants et de danses animé par des musiciennes traditionnelles, en majorité noires, appelées chouachan. En fin d'après-midi, habillée en r'dé et parée de bijoux[146], la mariée est portée sur un coffre (autrefois réservé à son trousseau) par son frère aîné. Face au soleil, un rituel a lieu au cours duquel son visage est montré aux invités à intervalles par la maquilleuse (zaiana, en principe noire) qui baisse et soulève le boundi[147] au rythme de youyous alors que la mariée garde les yeux fermés. Des pièces de monnaie et des bonbons sont lancés par les frères et les oncles de la mariée qui se succèdent à sa gauche sur le coffre alors que la zaiana se tient à sa droite. Le tout s'achève au coucher du soleil lorsque le marié tourne le boundi sur la tête de la mariée sept fois puis le retourne sur l'autre face. Le troisième jour après le mariage (ethalath), les parents de la mariée rendent visite à leur fille qui s'habille en melhafat zouizat. Le contenu d'un grand couffin de fruits secs et de bonbons typiques[148] (gouffat ezraraa) est partagé entre les deux familles. La dernière cérémonie (essboua) a lieu quatre jours après. La mariée peut y attacher pour la première fois son beskri avec une broche centrale (au lieu des deux broches qu'elle a portées sur les côtés depuis le commencement du mariage). Elle enjambe un récipient contenant du poisson frais et travaille la semoule pour le couscous au poisson (cousksi el khouatem) qui sera offert aux invités.

Il est à noter qu'à Djerba, le poisson est considéré comme un porte-bonheur qui conjure le mauvais œil. Ce jour-là, le marié invite les parents et amis mâles qui auront le droit de rencontrer sa femme à l'avenir. Ceux-ci baisent la main de la mariée et lui offrent de l'argent.

Traditions

L'île connaît une multitude de costumes traditionnels et de bijoux typiques[149]. Durant longtemps, le métier de bijoutier était exercé exclusivement par les habitants juifs de l'île. Il existe également des chapeaux caractéristiques de certains villages (comme Guellala et Sedouikech)[150], une musique typique longtemps exécutée par des musiciens et chanteurs en majorité noirs[151], une gastronomie variant d'un village à l'autre, des accents divers voir des rites religieux différents. Jusqu'à il n'y a pas très longtemps, les différents groupes ethniques et religieux ne se mariaient pas entre eux alors que les relations entre les différents groupes étaient affables. Le mariage endogame a été pendant des siècles le plus commun sur l'île et le reste toujours dans les campagnes[152].

Chez certains Djerbiens de rite ibadite, la jeune fille qui jeûne durant le ramadan pour la première fois (en principe dès qu'elle devient pubère) est reçue à dîner par les parents et amis pendant tout le mois du ramadan et reçoit des cadeaux destinés à son trousseau de mariage (coupons de tissu, draps, etc.).

L'une des conditions du mariage musulman est le payement d'une dot par le futur époux ou sa famille à la future épouse. Au Moyen-Orient, cette dot comprend deux parties : l'une payée au moment du mariage, appelée mokkadam, et l'autre appelée moakhar est la plus importante et payée en cas de divorce. En Tunisie, la dot est normalement payée en entier au moment du mariage et, à Djerba, elle sert pour préparer le trousseau de la mariée (linge et vêtements notamment). La dot est d'autant plus élevée que la jeune fille est jolie et issue d'une famille importante[153]. Après l'indépendance de la Tunisie en 1956, une grande campagne est menée pour réduire la dot à une somme symbolique et, au début des années 1960, des Djerbiennes se marient avec une dot symbolique d'un dinar.

Djerba connaît deux personnages traditionnels importants qui sont en général des hommes noirs. Le premier, tengam, vient réveiller les habitants pendant les nuits du ramadan pour prendre le dernier repas avant le début du jeûne. Il y a plusieurs tengam sur l'île qui vont de maison en maison battre leur tbal et chanter goumou le s'hourkoum. Le quinzième jour de ce mois, les Djerbiens les attendent pour leur offrir des f'tair (larges beignets) et des z'labia (gâteaux au miel). Le jour de l'Aïd el-Fitr, ils repassent pour recevoir de l'argent[154]. Quant au deuxième, appelé boussadia[155], c'est un personnage typiquement africain portant masque, peaux d'animaux ornées de petits miroirs et de rubans multicolores, il passe de maison en maison, souvent accompagné d'un enfant habillé comme lui, pour chanter et danser au son de petites cymbales en fer de forme ovale. Ce spectacle constitue une distraction pour laquelle les gens lui offrent de l'argent[156].

Rapports à l'environnement

Il est intéressant de se pencher sur le rapport qu'avaient les Djerbiens avec leur environnement avant l'essor touristique et le revirement que vit l'île de nos jours.

Palmier-dattier avant la récolte
Vieil olivier isolé

Les centaines de milliers de palmiers de l'île représentent un élément très important pour les Djerbiens qui en utilisent toutes les parties[157],[158] : les palmes sont utilisées pour la vannerie[159] et les barrières des pêcheries fixes[160]. La partie supérieure de celles-ci est aussi utilisée comme balai[161]. La partie dure des palmes vertes est utilisée pour fabriquer un jeu de société appelé sigue[162]. On utilise cette partie également pour la confection de brochettes pour les barbecues. Elle est également utilisée par les pêcheurs pour la confection des nasses[163]. Lorsqu'elles sont sèches, les palmes sont utilisées comme combustible, la partie supérieure, qui brûle rapidement, est utilisée pour faire partir le feu et la partie proche du tronc comme bois de combustion. Les palmes entières servent également à construire des enclos pour les animaux (z'riba) et des huttes qui servaient autrefois d'habitation pour les plus pauvres ou comme abris pour les cuisines externes[56], les toilettes voir des khoss où les habitants se réunissaient[164]. Elles servent à présent pour construire des parasols sur les plages. Le tronc du palmier coupé en deux dans le sens de la longueur (sannour) sert pour la charpente du menzel et constituent la plupart des poutres des anciennes habitations ou ateliers de tissage[57],[53]. Le tronc sert aussi pour certains instruments des vieux pressoirs à huile. Les régimes (qui portent les dattes), une fois débarrassées des fruits, sont utilisées comme balais pour les cours sablonneuses et les alentours du menzel. Ils sont également utilisés par les pêcheurs pour confectionner des cordages et enfiler le poisson vendu à la criée. Le cœur de palmier, appelé jammar, constitue un entremet et la sève (legmi) est bue fraîche le matin ou fermentée, comme vin de palme. Les dattes, dont l'île produit plusieurs variétés, sont consommées aussi bien fraîches que séchées. On en fait également des confitures, on les farcit de pâte d'amande et on les utilise pour farcir des gâteaux comme le makroud. Elles constituaient un élément fondamental dans le régime alimentaire des Djerbiens. Les habitants de confession juive les utilisent également pour la fabrication d'un alcool appelé boukha (qui se fait aussi à partir de figues)[165]. Les noyaux des dattes étaient concassés et utilisés dans l'alimentation des chameaux, ce qui justifie certainement le nom donné par les Berbères locaux au palmier : taghalett qui signifie « la précieuse »[166].

La place qu'occupe l'olivier, connu à Djerba depuis des millénaires[167], n'est pas moindre et des rites (berboura) sont encore célébrés autour de l'olivier aussi bien pendant les cérémonies de mariage que de circoncision[138]. Par ailleurs, lorsque les Djerbiens visitent les zaouïas, ils faisaient souvent des offrandes d'huile d'olive. Tout comme pour le palmier, les Djerbiens font un usage multiple de toutes les parties de l'olivier : les fruits sont utilisés pour l'extraction de l'huile utilisée dans l'alimentation, la cosmétique (en particulier pour le soin des cheveux) ainsi que dans la pharmacologie traditionnelle. L'huile était aussi utilisée pour l'illumination (mosbah ou lampes à huile), pour allumer le feu (f'tilat zit ou mèche) et les huiles usagées ainsi que les déchets d'huile servaient pour la confection de savon artisanal[168].

Les olives sont aussi conservées — plusieurs procédés sont utilisés dont le séchage, la salaison et la saumure — pour usage alimentaire et les noyaux broyés et utilisés dans l'alimentation du bétail ainsi d'ailleurs que les restes des olives pressées. Les feuilles de l'olivier (ainsi que celles des autres arbres fruitiers) sont séchées et servent pour l'alimentation du bétail[169], en particulier les chèvres et les moutons[169]. Les humains en font un usage médicinal (notamment des tisanes contre le diabète). Les branchages secs sont utilisés comme combustible et les troncs pour la confection d'objets en bois d'olivier.

L'orge constituait l'aliment de base des Djerbiens sous diverses formes : zammita (poudre d'orge aromatisée), malthoutha (couscous d'orge), kesra (galettes d'orge), bazine (pouding d'orge), h'sou (soupe de farine d'orge), d'chicha, pain, crêpes et gâteaux d'orge sont consommés sur l'île depuis des millénaires. La paille est utilisée pour l'alimentation du bétail qui peut avoir exceptionnellement droit à de l'orge (exemple pour engraisser le mouton de l'Aïd el-Kebir). Le grenadier est un autre arbre familier aux Djerbiens qui utilisent son fruit en totalité, écorce comprise, celle-ci servant au tannage des peaux. Les feuilles servaient pour l'alimentation du bétail et les branchages secs comme combustible.

Les Djerbiens ne jetaient presque rien : les épluchures de figues de Barbarie, de melons, de pastèques, de courges ainsi que les épluchures des légumes et leurs feuilles (carottes ou radis) étaient coupés en petits morceaux et utilisés pour l'alimentation du bétail. Les pépins non consommés par les humains — les Djerbiens sont friands de pépins de courge et de tournesol — sont donnés au animaux. Les roses, certains géraniums (atr'cha) et les fleurs d'oranger sont distillés et utilisés dans la cuisine, surtout dans les desserts, la cosmétique ou la pharmacologie traditionnelle. Les écorces d'oranges sont quant à elles séchées, pilées et utilisées pour aromatiser café et gâteaux. Ainsi, les Djerbiens opéraient-ils un recyclage systématique des restes ménagers, les quelques déchets non utilisables étant déposés dans une grosse fosse creusée à l'extrémité du champ ou verger et couverte de sable une fois remplie. Pour l'alimentation de leurs animaux, les Djerbiens ramassaient l'herbe du printemps, la conservaient pour la saison sèche[169] et broyaient et traitaient tous les restes alimentaires difficiles à consommer tels quels. Tous les branchages secs, voire les crottes de chameaux, étaient ramassés systématiquement, conservés et utilisés comme combustible. Les restes de linge et habits usés étaient coupés dans le sens de la longueur et utilisés pour la fabrication de nattes (klim ch'laleg). Les écorces d'amandes servaient pour la fabrication d'une teinture traditionnelle pour cheveux (mardouma). Les restes de papiers (journaux, vieux cahiers, etc.) étaient vendus au poids. La vaisselle se faisait avec l'eau du puits (en général saumâtre) et du sable, de l'argile ou une herbe grasse qui pousse spontanément, appelée gassoul. Le cuivre était nettoyé avec de la cendre et la peau de citrons pressés. L'eau de vaisselle servait pour arroser le grenadier ou autres plantes supportant l'eau saumâtre. Le kaolin et l'argile verte (disponibles à Guellala) étaient utilisés en cosmétique (bain de cheveux et masques pour visage et corps). D'autres produits naturels étaient utilisés en cosmétique comme le fenugrec, le miel, la farine de pois chiche, le blanc et le jaune d'œuf, l'huile d'amande, etc.

Jusqu'aux années 1970, il est interdit d'introduire des bouteilles en plastique sur l'île et l'usage des sachets en plastique était rare, les Djerbiens allant au marché avec leurs couffins s'ils y allaient à pied et leur zembil s'ils y allaient à dos d'âne ou de mulet. Avec le tourisme, les bouteilles en plastique sont autorisées, l'usage des sachets et emballages en plastique est généralisé, sans parler des boîtes de conserve en métal ou en plastique ; il est devenu commun de voir les bords de route jonchés de ce genre de déchets et ce même en pleine campagne. La structure même de l'habitat est en train de changer : on assiste à la transformation de Midoun en vraie ville et la naissance d'autres agglomérations comme Ouled Amor qui comptait à peine quelques maisons jusqu'aux années 1980 et Sidi Zaid où il n'y avait pratiquement pas de constructions hormis la zaouïa. Des habitations et des locaux de commerce ont commencé à pousser comme des champignons le long des côtes qui n'étaient peuplées que de palmiers, cactus, agaves, aloès et figuiers de Barbarie. La population s'est beaucoup mélangée, l'habillement, le langage et les mœurs sont en train de changer.

Économie

L'économie de Djerba est traditionnellement « mixte, fondée sur la complémentarité des ressources du sol, de la mer et de l'artisanat [...] l'agriculteur peut être pêcheur ou artisan une partie de l'année »[170] voire de la journée tout en étant commerçant[171]. Toutefois, le Djerbien est avant tout un commerçant prêt à quitter son île natale pour mener son activité commerciale. En effet, dès les années 1940, les commerçants djerbiens installés sur l'île ne représentent que 4 % de l'ensemble des négociants djerbiens. René Stablo indique que parmi les « 6444 musulmans se livrant au commerce, 6198, soit 96 % tiennent boutique dans le bassin méditerranéen depuis le littoral atlantique jusqu'aux rives du Bosphore [...] Ils sont épiciers, merciers, marchands de tissus, de couvertures, de chéchias, de poteries, cafetiers, coiffeurs, etc. »[172]. En 1961, on a estimé à 1 067 412 dinars tunisiens l'apport des Djerbiens vivant hors de l'île, soit 42 % de l'ensemble de la valeur des productions et services djerbiens, l'agriculture en représentant 17 %[10]. En 1998, on estime l'apport des Djerbiens vivant à l'étranger à entre 20 et 25 millions de dinars par an[173] alors que les ressources dérivées de l'agriculture ne représentent plus qu'entre 2 et 4 % des ressources globales de l'île comparées aux ressources des activités touristiques qui se montent à 20 fois plus[84].

Tourisme

Plage d'un hôtel djerbien
Hôtel djerbien

Djerba dispose d'une vingtaine de kilomètres de plages sablonneuses, situées surtout à l'extrémité orientale de l'île[9], qui ont poussé Gustave Flaubert à surnommer Djerba « l'île aux Sables d'Or ». Les plus belles plages se trouvent au nord-est (Sidi Hacchani, Sidi Mahrez et Sidi Bakkour), à l'est (entre Sidi Garrous et Aghir), au sud (près de Guellala) et à l'ouest (Sidi Jmour)[174]. Jusqu'au début des années 1950, celles-ci ne sont fréquentées que durant les visites (ziara)[175] que les habitants rendent aux marabouts[176]. Toutefois, avec l'arrivée du Club Méditerranée en 1954 et le développement du tourisme dès les années 1960 (construction du premier hôtel important en 1961[9]), ces plages sont de plus en plus fréquentées. L'État tunisien est alors l'acteur principal par ses investissements comme par les avantages fiscaux et financiers consentis aux établissements touristiques[43] qui sont pour la plupart construits sur la côte orientale de l'île.

Vers 1975, l'activité touristique prend des proportions insoupçonnables à l'origine[41] et, dans les années 1980, le tourisme prend véritablement son essor pour devenir la principale activité économique de l'île : le nombre d'emplois directs correspond à quelques 15 000 postes de travail souvent précaires car saisonniers alors que les emplois indirects sont évalués à environ 55 000[43]. Les espaces permettent d'avoir de grandes unités hôtelières dont le taux d'occupation moyen est de 68 % en 1999, ce taux situant Djerba en seconde position parmi les sites touristiques tunisiens[43].

En 2005, la zone touristique s'étend sur plus de 20 kilomètres entre Aghir au sud et Houmt Souk au nord avec une capacité hôtelière passée de 8 300 lits en 1975 à 39 000 lits disponibles en 2002[9]. Néanmoins, un grand nombre de lits n'est utilisé que durant l'été et le parc hôtelier vieillit, entraînant un tassement de la clientèle, notamment en raison des prix trop bas induits par la concurrence[43]. Pour maintenir et développer l'activité, les acteurs locaux sont favorables à un enrichissement de l'offre par la création d'activités nouvelles (terrain de golf, casino, musée, thalassothérapie ou encore parc d'attractions). Plusieurs terrains destinés au tennis et à d'autres sports sont disponibles tout comme plusieurs stations nautiques qui offrent ski nautique, motomarine, parachute ou simple pédalo. Un bowling a ouvert ses portes non loin du terrain de golf. Par ailleurs, une marina est en cours de construction et permettra aux bateaux de plaisance d'y stationner sans difficulté.

La présence de l'aéroport international de Djerba-Zarzis[177] et d'infrastructures routières[178],[43] contribue à en faire un centre touristique important et un générateur de croissance économique pour la région.

Agriculture

L'économie de l'île repose également sur l'agriculture et son climat permet la culture de nombreux oliviers, dont les familles d'agriculteurs récoltent les fruits en automne, de grenadiers, de palmiers-dattiers[179], de figuiers, de pommiers, d'amandiers, de figuiers de Barbarie aux fruits épineux qui bordent les routes (souvent plantés sur les haies appelées tabias à titre de protection), de la vigne et de légumes et de certaines céréales. Les revenus des palmiers et oliviers représentant à eux seuls 64 % du total des productions agricoles. On recense en 1963, 497 000 oliviers, alors qu'il n'y en avait que 394 500 en 1929, mais aussi 52 000 oliviers sauvages ou zabbous[180] qui, devenus à la mode, commencent à être arrachés pour être transplantés hors de l'île ; on trouve cependant encore des oliviers millénaires à Djerba[181].

Au sein du menzel, la famille a en général un ou deux chiens de garde, un ou plusieurs chats qui se chargent de protéger le grenier contre les souris[56], quelques poules pour les œufs et la viande et quelques chèvres et moutons pour le lait, le petit-lait (l'ban), le lait caillé (raieb), le fromage (rigouta et jebna), la viande, la laine ou les peaux. Elle a aussi un âne ou un mulet et éventuellement une charrette ainsi qu'un chameau pour le travail de la terre (labour et irrigation) et le transport des biens et marchandises ainsi que celui des humains. S'il en a les moyens, le Djerbien possède une sénia, verger d'arbres fruitiers irrigué et clôturé mais ne comportant pas en général d'habitation. Mais le plus souvent, il possède un jnan, verger non irrigué, un potager et un champ pour produire ses propres céréales (blé dans les zones d'eau douce, orge, sorgho et lentilles sur le reste de l'île). La frawa est un autre type d'exploitation agricole plantée d'oliviers. Avant les années 1960, le Djerbien vivait souvent en autarcie presque totale et n'achetait au marché que le minimum nécessaire : sel, sucre, thé et café[182], certaines épices et quelques autres articles.

Puits actionné par un chameau

Pour l'irrigation traditionnelle, c'est la canalisation dite seguia qui est utilisée : l'eau est déversée dans un grand bassin par un delou (outre en cuir) qui plonge dans le puits au moyen d'une corde tirée le plus souvent par un chameau[183], la course en pente de l'animal correspondant à la profondeur du puits[184] ; le champ est divisé en petits carrés (jadouel) délimités par des talus de sable ; de petites ouvertures y sont pratiquées pour laisser passer l'eau ruisselant de la seguia[54]. Une fois le jadouel plein d'eau, l'ouverture est refermée et l'eau dirigée vers le jadouel suivant. L'eau souterraine est le plus souvent saumâtre et ne permet que certaines cultures (orge, sorgho et lentilles) et la fertilité des champs dépend aussi bien de l'ardeur au travail du propriétaire et de sa famille que de la qualité (niveau de salinité) des eaux d'irrigation. Les champs sont le plus souvent délimités à l'extérieur par de hautes levées de terre appelées (tabia) surmontées de cactus ou de figuier de Barbarie voire d'agave ou d'aloès. Elles servent certes à abriter les menzels des regards mais surtout à protéger les enclos contre l'érosion éolienne[185].

Vers 1940, on comptait à Djerba 520 000 palmiers, 375 000 oliviers, 160 000 arbres fruitiers divers (pommiers, poiriers, figuiers, pêchers, orangers, citronniers, abricotiers, grenadiers, amandiers, etc.) et 650 000 pieds de vigne. Il n'existait pas de vrai pâturage et l'élevage était assez réduit[186]. En 1938, 31 % de la population adulte vivait des activités agricoles, cette proportion tombant à 25 % en 1956 puis 17 % en 1962[187]. Ce taux est encore plus bas de nos jours.

La culture sous serres en plastique et l'arrosage au goutte-à-goutte ont fait leur apparition de même que l'élevage de vaches laitières (près de 500 en 1998[169]).

Pêche

Djerba compte plusieurs petits ports de pêche[188] dont ceux de Houmt Souk, Ajim (autrefois célèbre pour sa pêche d'éponges)[163] — des pêcheurs grecs d'éponges étaient arrivés vers 1890 en provenance de l'île grecque de Kalymnos — Aghir, Lella Hadhria et El Kantara. La pêche djerbienne — sautades de mulets[189] et pêche à la gargoulette (amphore) de poulpes — profite d'eaux parmi les plus poissonneuses de la mer Méditerranée.

Contrairement à celles des îles Kerkennah, les femmes djerbiennes ne participent pas à l'activité de pêche et ce même en l'absence du mari, la pêche étant pratiquée en majorité par les habitants ibadites de l'île, d'Ajim à Sedouikech. Une méthode de pêche assez particulière, la zriba ou charfia (pêcherie fixe)[190], est très pratiquée sur l'île et il est commun de voir dans la mer, au nord et à l'ouest de l'île, des haies ou des cloisons de palmes enfoncées dans la vase des hauts fonds servant à arrêter le poisson et à le diriger vers les nasses. En 1938, 1 300 hommes (environ 10 % de la population mâle adulte) vivaient de la pêche en utilisant près de 600 barques (des loudes pour la plupart) et 130 pêcheries fixes. En 1964, le nombre de barques était descendu à environ 507 unités et celui des pêcheries fixes à 85, le nombre de pêcheurs étant de 1 274 personnes[191] alors qu'en 1998, le nombre de pêcheurs atteint près de 2 470 personnes alors qu'il ne reste plus qu'une quinzaine de pêcheries fixes[192] d'où une baisse considérable si l'on considère l'accroissement démographique durant cette période. Si environ 4 378 tonnes de poisson ont été commercialisées en 1981, cette vente est tombée à environ 3 000 tonnes en 1993[193].

Phare de Taguermess

Les loudes à la blanche voilure grecque sont utilisées pour la pêche du poisson et les kamakis à voile latine de couleur rouge tirant sur l'orangé, la vergue fixée obliquement en son milieu à l'extrémité du mât unique et court, sont utilisées par les pêcheurs d'éponge[194]. Toutefois, des chalutiers ont fait leur apparition dans les hauts-fonds[163].

En fait, compte tenu des ressources limitées de l'île, les hommes, et en particulier ceux de souche berbère, s'expatriaient pour faire du commerce en dehors de l'île, aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger (surtout en France et en Algérie et en particulier à Constantine) alors que les femmes restaient sur l'île avec les enfants et les hommes âgés. Elles pratiquaient l'agriculture et l'artisanat mais jamais la pêche, activité réservée aux hommes et limitée à certains villages.

Afin d'assurer la sécurité des navires, plusieurs phares existent le long des côtes de l'île, dont le plus haut de l'île (mais aussi d'Afrique du Nord) grâce à sa tour de 54 mètres construite sur une formation rocheuse haute de 20 mètres[195]. Situé à Taguermess, sur la côte nord-est de l'île, il est construit sur une formation rocheuse côtière surplombant une sebkha alimentée en eau de mer lors de la marée haute. Ce phare date du XIXe siècle (vers 1885), son sémaphore est d'une portée de 32 miles marins[195].

Un deuxième phare, le premier installé sur l'île, est celui de Borj Jilij, à la pointe nord-ouest de l'île, non loin de l'aéroport ; il est inauguré vers la fin du XVIe siècle à l'emplacement de l'ancien fortin dénommé par les Espagnols sous le nom de Tour de Valgarnera[196]. Un troisième phare se trouve à Aghir sur la côte sud-est. Il en existe plusieurs autres, dont ceux des ports d'Ajim et de Houmt Souk.

Artisanat

Potier de Guellala au travail

L'artisanat, en particulier le travail de la laine, du lavage au cardage, en passant par le filage et le tissage[197], a depuis des générations joué un rôle primordial dans la vie économique et sociale de l'île et constitué une source de revenus importante pour les Djerbiens (hommes ou femmes). L'architecture des ateliers de tissage est typique sur l'île[198] : ils sont semi-enterrés afin de préserver l'humidité ainsi qu'une certaine température et possèdent un fronton triangulaire. On comptait 428 ateliers et 2 524 tisserands en 1873, le nombre de tisserands tombant à environ 1 600 en 1955 et 1299 en 1963. À cela s'ajoute les laveuses, cardeuses et fileuses de laine (en principe toujours des femmes) ainsi que les teinturiers, l'activité de teinture remontant à l'époque punique[199].

La couverture djerbienne appelée farracha ou farrachia était célèbre et recherchée. L'activité de tissage des houlis en coton, laine ou soie naturelle ainsi que le tissage des kadrouns, k'baia, kachabia, wazras et burnous (habits en laine pour homme) joue également un rôle important. La poterie de Guellala remonte quant à elle au moins à l'époque romaine, ses produits étant principalement utilitaires mais pouvant aussi être décoratifs. Il est à noter que les potiers de Djerba n'ont plus le droit de vernir leur poterie à leur gré, une décision administrative centrale les obligeant à les garder brute. Parlant des potiers de Djerba, Georges Duhamel avait écrit dans les années 1920 :

« J'ai cherché des poètes. J'ai trouvé des potiers. Nul métier ne fait mieux penser à Dieu, à Dieu qui forma l'homme du limon de la terre [...] Sur tous les chemins de Djerba, entre les remblais sablonneux, crêtés de petits agaves pourpres, circulent des chameaux, portant un faix énorme et vain : la grosse grappe de jarres sonores...[200] »

La bijoutierie (or et argent) reste aussi une activité lucrative importante. Les bijoutiers de Houmt Souk excellent ainsi dans l'ornement des bijoux en argent émaillé et dans la fabrication de bijoux comportant de l'or en filigrane[201]. La vannerie — le produit de base étant les jeunes feuilles de palmiers — était également une source de revenue importante, en particulier pour les personnes âgées. Aujourd'hui, les sacs, couffins (koffa) et chapeaux (appelés m'dhalla ou dhallala selon les villages) restent des articles vendus aussi bien aux habitants de l'île qu'aux touristes. Les artisans confectionnent également des cordages et des nasses de pêcheurs. La natterie (tissage du jonc) est également une activité pratiquée sur l'île, surtout dans la localité de Fatou, non loin de Houmt Souk. La broderie, pratiquée presque exclusivement par des femmes, et en particulier celle des habits traditionnels, fait vivre encore de nos jours un nombre important de familles.

Il est à noter que l'artisanat a pris des formes diverses et a connu un essor considérable avec le développement du tourisme et en particulier la fabrication de tapis.

Infrastructures

Route reliant Djerba au continent

L'île est reliée du côté sud au continent par un pont de 7,5 kilomètres de long[9] et environ 10 mètres de large. Le tracé de ce dernier, qui remonterait à la fin du IIIe siècle av. J.-C., aurait été l'œuvre des Carthaginois avant d'être modifié à l'époque romaine et appelé pons zita par les Romains. Ces derniers percent le pont à certains endroits pour y installer des foulons[3]. Le pont est submergé par la mer puis en grande partie détruit vers 1551, lors des conflits entre Dragut et les Espagnols. Au cours des siècles, un gué appelé Trik Ejjmaal (Route des chameaux) et situé près des ruines de la chaussée romaine a servi au passage des chameliers. C'est sur l'emplacement de ce gué qu'a été établie en 1951 puis améliorée en 1959, et à plusieurs reprises par la suite, cette route qui rattache l'île au continent africain[202].

Cette voie fut goudronnée pour la première fois sous le protectorat français. Elle permet également d'acheminer de l'eau douce, l'île ne possédant que de rares sources localisées à Mahboubine, où l'eau est pompée à 80 mètres de profondeur, Oued Ezz'bib et Oualegh et quelques autres localités. En effet, deux pipelines parcourent la voie et assurent l'alimentation de l'île sans laquelle le tourisme serait impensable[203]. À Ajim, des bacs relient l'île au village de Jorf situé sur le continent.

Un aéroport international relie l'île à Tunis et à la majorité des grands aéroports d'Europe et du Moyen-Orient. Infrastructure initiée vers les années 1950 à la pointe nord-ouest de l'île, cet aéroport est agrandi en 1972 et voit sa capacité doublée en 1992 avec la mise en service d'une nouvelle gare de fret en 1986[204]. Plusieurs routes goudronnées sillonnent l'île. Une voie rapide menant à l'aéroport a été construite dans les années 2000. Un certain nombre de cliniques privées, en plus des hôpitaux publics, ont été construites au cours des années 1990 et les établissements scolaires se sont multipliés.

Le réseau de transports publics est plutôt limité sur l'île et, en l'absence de véhicule personnel, le taxi reste le meilleur moyen de locomotion. Il est également possible de louer des vélos et des vélomoteurs, pratiques sur des distances limitées mais parfois dangereux compte tenu de l'étroitesse de la plupart des routes.

Un grand théâtre en plein air, construit en 2004 à Houmt Souk, abrite les grandes manifestations culturelles dont celles du festival annuel d'Ulysse. Plusieurs stades de football existent dont ceux de Houmt Souk et Midoun. Djerba dispose également d'un terrain de golf situé non loin du complexe hôtelier Dar Djerba et du phare de Taguermess.

Personnalités

Notes et références

  1. a , b , c  et d (fr) Recensement de 2004 (Institut national de la statistique)
  2. Il est aussi appelé baie de la « petite Syrte », la grande Syrte se trouvant le long des côtes de Libye
  3. a  et b Kamel Tmarzizet, Djerba, l'île des rêves, éd. Société tunisienne des arts graphiques, Tunis, 1997, p. 113
  4. Salah-Eddine Tlatli, Djerba. L'île des Lotophages, éd. Cérès Productions, Tunis, 1967
  5. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 53
  6. Selon le parcours que l'on choisit : le plus court via Kairouan et Jorf, le plus long via Sfax, Médenine et Zarzis et via Kairouan, Médenine et El Kantara sans passer par Zarzis
  7. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., 1967, p. 19
  8. a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k  et l (fr) Présentation générale de l'île de Djerba (Association de sauvegarde de l'île de Djerba)
  9. a , b , c , d , e , f , g  et h (fr) Bassem Neifar, « Jerba. Les mutations récentes d’un système insulaire », Mappemonde, n°77, janvier 2005
  10. a , b  et c Salah-Eddine Tlatli, op. cit.
  11. Emmanuel Grevin, Djerba. L'île heureuse et le Sud tunisien, éd. Stock, Paris, 1937
  12. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 26
  13. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 3 et 7
  14. Victor Bérard, Les navigations d'Ulysse, tome IV, éd. Librairie Armand Colin, Paris, 1929
  15. Lucien Bertholon, « Exploration anthropologique de l'île de Gerba », L'Anthropologie, t. VIII, 1897
  16. Stéphane Gsell, Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, éd. Hachette, Paris, 1913-1929
  17. a  et b Salem Ben Yagoub, Histoire de l'île de Djerba, éd. Jouini, Tunis, 1986
  18. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 51
  19. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 52
  20. a , b , c  et d Jeannine Berrebi, Les mosquées de Djerba, éd. Simpact, Tunis, 1995
  21. Mgr Anatole Toulotte, Géographie de l'Afrique chrétienne proconsulaire, Paris, 1892, pp. 353 et 380
  22. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 53
  23. Ibn Khaldoun parle largement du kharidjisme à Djerba dans son Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale.
  24. (fr) Campagne de fouilles archéologiques américano-tunisiennes (1996-2000)
  25. Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du nord des origines à 1830, éd. Payot et Rivages, Paris, 1994, p. 451
  26. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 69
  27. Charles-André Julien, op. cit., p. 454
  28. Charles-André Julien, op. cit., pp, 494-495
  29. Charles-André Julien, op. cit., p. 498
  30. Charles-André Julien, op. cit., p. 625
  31. a  et b Charles-André Julien, op. cit., p. 630
  32. a , b  et c Charles-André Julien, op. cit., p. 651
  33. Salvatore Bono, Les corsaires en Méditerranée, éd. Paris-Méditerranée, Paris, 2000, p. 20
  34. Salvatore Bono, op. cit., p. 158
  35. Éternelle Djerba, éd. Association de sauvegarde de l'île de Djerba et Société tunisienne des arts graphiques, Tunis, 1998, p. 60
  36. Salvatore Bono, op. cit., p. 177
  37. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 68
  38. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 71
  39. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 72
  40. a , b , c  et d Éternelle Djerba, p. 74
  41. a  et b Éternelle Djerba, p. 68
  42. Éternelle Djerba, pp. 46-48
  43. a , b , c , d , e , f , g , h , i , j  et k (fr) Élise Bernard, « Djerba, tourisme international et nouvelles logiques migratoires », Revue européenne des migrations internationales, vol. 18, n°1, 2002
  44. Éternelle Djerba, pp. 51-52
  45. Éternelle Djerba, p. 51
  46. Éternelle Djerba, p. 55
  47. Charles-André Julien, op. cit., p. 508
  48. Éternelle Djerba, p. 69
  49. Éternelle Djerba, p. 40
  50. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 82
  51. Henri Gault et Christian Millau, La Tunisie, éd. Imprimerie Molière, Lyon, 1968
  52. Éternelle Djerba, pp. 50-51
  53. a , b  et c Éternelle Djerba, p. 47
  54. a  et b (fr) « Le conservatoire du patrimoine djerbien. Le menzel djerbien », Yatou TV, France 3 Corse, date inconnue
  55. René Stablo, op. cit., p. 38
  56. a , b , c , d  et e Éternelle Djerba, p. 48
  57. a  et b René Stablo, op. cit., p. 114
  58. Ce genre de poteries était déjà utilisé par les Romains pour l'exportation de l'huile d'olive de Djerba vers Rome.
  59. Les personnes aisées construisaient des feskia destinées à l'usage des pauvres (ess'bil). Des feskia et des majen étaient aussi construits dans les mosquées et les zaouïas et des cordes étaient portées en offrande afin de permettre aux pauvres et aux personnes de passage d'accéder à l'eau potable.
  60. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 34
  61. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., pp. 69-70
  62. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 56
  63. a  et b Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 153
  64. Kamel Tmarzizet, op. cit., pp. 152-153
  65. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 155
  66. Kamel Tmarzizet, op. cit., pp. 151-152
  67. a , b  et c Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 105
  68. a  et b Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 106
  69. (fr) Image du Borj El Agrab (Photos de Djerba)
  70. a  et b Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 176
  71. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 177
  72. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 184
  73. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 114
  74. Ainsi l'olivier se dit tazemmourt, le palmier taghla, la vigne tizimourin, le figuier tametchif, l'orge tamzin, etc.
  75. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 41
  76. Charles-André Julien, op. cit., p. 500
  77. a  et b Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 42
  78. Ces Djerbiens noirs (environ 10 % de la population d'après Kamel Tmarzizet, op. cit., pp. 75 et 83) sont en grande partie les descendants d'anciens esclaves et portent généralement le nom des familles auxquelles appartenaient leurs ancêtres. Les mariages entre noirs et blancs étaient rarissimes et restent encore rares même s'ils sont de plus en plus acceptés.
  79. Cette communauté possède ses propres traditions (mariages traditionnels, célébration de la Achoura, etc.), les hommes pratiquant principalement, par le passé, les métiers de boucher et de marchand de fruits et légumes.
  80. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 46
  81. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 39
  82. Salah-Eddine Tlatli citant Lucien Bertholon, op. cit., p. 43
  83. Charles-André Julien, op. cit., p. 60
  84. a  et b Éternelle Djerba, p. 41
  85. a  et b René Stablo, op. cit., p. 105
  86. a  et b Tahar Ayachi, « Musée du patrimoine traditionnel de Djerba. Un joyau dans l'écrin », L'Expression, 14 janvier 2009
  87. a , b  et c Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 158
  88. Salem Trabelsi, « Voyage au cœur des civilisations », La Presse Magazine, n°920, 5 juin 2005, p. 5
  89. (fr) Site officiel du parc Djerba Explore
  90. Le bassin accueillant 400 spécimens ramenés de Madagascar et d'Afrique du Sud s'étend sur 20 000 m².
  91. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 134
  92. a , b  et c Kamel Tmarzizet, op. cit., pp. 83-86
  93. Ce même instrument existe ailleurs en Tunisie mais il est en général de dimensions plus réduites que le tabl djerbien.
  94. Kamel Tmarzizet, op. cit., pp. 75 et 83
  95. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 85
  96. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 86
  97. a  et b Kamel Tamrzizet, op. cit., p. 253
  98. Charles-André Julien, op. cit., pp. 687-688
  99. Charles-André Julien, op. cit., pp. 687-688 et 373
  100. René Stablo, op. cit., pp. 16-20
  101. a  et b (fr) Ibadites de Djerba : l'autre islam tunisien, film de Agnès De Féo, 2007
  102. René Stablo, op. cit., pp. 14-16
  103. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 118
  104. L'origine de Sidi Jmour remonterait à l'époque punique et son nom dériverait de la divinité carthaginoise de la mer, Aegemouri selon Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 182
  105. a  et b Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 153
  106. a  et b Salah-Eddine Tlatli, op. cit., pp. 42-43
  107. René Stablo, op. cit., p. 16
  108. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 146
  109. a , b , c  et d Éternelle Djerba, p. 38
  110. Éternelle Djerba, p. 78
  111. Éternelle Djerba, p. 42
  112. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 76
  113. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 149
  114. Kamel Tmarzizet, op. cit., pp. 189-190
  115. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 191
  116. Le nom de cette herbe varie selon la localité et appartient à la famille de l'ail. elle pousse à l'état naturel au printemps et se voit vendue au bord des routes principalement par les enfants.
  117. Éternelle Djerba, p. 79
  118. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 159
  119. a  et b Clémence Sugier, Bijoux tunisiens. Formes et symboles, éd. Cérès Productions, Tunis, 1977
  120. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 163
  121. Certaines croyances sont moins vivaces comme le caractère néfaste du mercredi. De même, compte tenu de l'amélioration considérable du niveau de vie, il y a de moins en moins de pauvres et la tradition des moussem est entrain de disparaître.
  122. Kamel Tmarzizet, p. 127
  123. Jusqu'aux années 1950-1960, on entendait encore parler de personnes qui auraient disparu pendant un certain nombre de jours à la suite de l'apparition d'une khiala.
  124. Ces croyances restent vivaces de nos jours.
  125. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 187
  126. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 123
  127. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 117
  128. René Stablo, op. cit., p. 25
  129. Kamel Tmarzizet, op. cit., pp. 82-86 et 221-222
  130. René Stablo, op. cit., pp. 29-30
  131. René Stablo, op. cit., pp. 27-33
  132. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 186
  133. Énormément utilisés tout au long du mariage, des œufs durs colorés étant notamment envoyés aux connaissances et amis pour annoncer le mariage
  134. Pour l'importance de la zammita dans le menu djerbien, voir Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 175
  135. Plat constitué principalement d'orge grillé, de fenugrec, de graines d'anis et d'épices
  136. Plat préparé à base de sauce tomate avec de la viande, des oignons, des pommes de terre, de la courge, des pois chiches et des raisins secs
  137. Le beskri est un habit traditionnel en coton tissé à la main et brodé de soie naturelle et de fil d'argent doré. Il est généralement de couleur bleu-marine dans la zone de Midoun et bordeau dans celle de Houmt Souk. Son coût peut facilement dépasser 500 dinars tunisiens.
  138. a  et b René Stablo, op. cit., pp. 25-27
  139. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 177
  140. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 229
  141. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 178
  142. René Stablo, op. cit., pp. 80-83
  143. René Stablo, op. cit., p. 33
  144. Première nuit que les jeunes mariés passent ensemble
  145. La mariée entre dans sa chambre à coucher et pousse la porte pour empêcher le marié d'y entrer.
  146. Ces bijoux couvrent sa tête, sa poitrine, ses mains et ses avant-bras et s'accompagnent d'un khoulkhal (gros bracelet) aux chevilles.
  147. Le boundi est un grand foulard de couleur turquoise ou bleu ciel d'un côté et rose de l'autre et brodé de fil d'argent.
  148. Voir l'importance des fruits secs et de sucreries typiques de l'île dans Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 210
  149. Kamel Tmarzizet, op. cit., pp. 159-160
  150. Kamel Tmarzizet, op. cit., pp. 77 et 160
  151. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 85
  152. Éternelle Djerba, p. 79
  153. René Stablo, op. cit., pp. 27-28
  154. Cette tradition est restée intacte et, pendant tous les mois du ramadan, les tengam — plus exclusivement des noirs — sillonnent les villages pour réveiller les gens pour le dernier repas avant le début du jeûne. Ce personnage existe dans d'autres régions de la Tunisie où il est appelé bout'bila alors qu'en Égypte, il est appelé messaharati.
  155. La légende populaire djerbienne raconte qu'un père noir, dont la fillette prénommée Saadia fut enlevée, s'est mis à sa recherche déguisé et masqué, allant de village ne village en chantant et dansant de façon à attirer les enfants dans l'espoir de retrouver la sienne parmi les petits spectateurs.
  156. Entre les années 1960 et 1990, le boussadia est devenu une attraction plus touristique que populaire mais cette situation évolue et celui-ci réapparait de plus en plus devant les maisons.
  157. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 231
  158. Éternelle Djerba, pp. 34 et 36
  159. La partie la plus jeune et la plus souple est utilisée pour les chapeaux traditionnels féminins qui peuvent atteindre des prix élevés pour le pouvoir d'achat local. Par ailleurs, dans certains villages comme Guellala, ces chapeaux sont portés même le soir et peuvent être protégés par un foulard contre l'humidité nocturne. Les palmes permettent également de confectionner d'autres articles comme les couffins et les cartables.
  160. Kamel Tmarzizet, op. cit., pp. 180-182
  161. On superpose deux parties de palmes vertes avec lesquelles on balaie les surfaces en maçonnerie.
  162. Il se joue particulièrement pendant la saison du pèlerinage à La Mecque.
  163. a , b  et c Éternelle Djerba, p. 43
  164. Éternelle Djerba, pp. 33-36
  165. Éternelle Djerba, pp. 36-37
  166. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 170
  167. Éternelle Djerba, pp. 27 et 29
  168. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 200
  169. a , b , c  et d Éternelle Djerba, p. 40
  170. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 11
  171. René Stablo, op. cit., p. 65
  172. René Stablo, op. cit., pp. 85-86
  173. Éternelle Djerba, p. 75
  174. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 19
  175. Kamel Tmarzizet, op. cit., pp. 166, 189 et 214
  176. René Stablo, op. cit., p. 53
  177. Il est ouvert au trafic civil en 1970 mais existe déjà sous le protectorat français comme aéroport militaire et a été constamment agrandi depuis.
  178. L'île ne possédait qu'une soixantaine de kilomètres goudronnés avant 1960.
  179. Les r'tab, lemci et matata sont des variétés appréciées par les Djerbiens et consommées principalement en saison alors que le temri est conservé et consommé tout au long de l'année.
  180. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 98
  181. Éternelle Djerba, pp. 27 et 29
  182. Quand ses moyens ne lui permettaient pas de consommer du café pur, il le mélangeait avec des pois chiches ou de l'orge grillés, l'écorce d'orange pilée servant comme arôme.
  183. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 168
  184. René Stablo, op. cit., p. 68
  185. Éternelle Djerba, p. 28
  186. René Stablo, op. cit., p. 69
  187. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 91
  188. Éternelle Djerba, pp. 42, 43 et 45
  189. Les Djerbiens ont plusieurs noms pour désigner les différentes espèces de mulets : bouri, ouraghi et maazoul.
  190. Éternelle Djerba, p. 42
  191. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., pp. 111-112
  192. Éternelle Djerba, pp. 43-46
  193. Éternelle Djerba, p. 46
  194. René Stablo, op. cit., pp. 117-118
  195. a  et b Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 101
  196. Kamel Tmarzizet, op. cit., p. 183
  197. (fr) « Le conservatoire du patrimoine djerbien. Le métier de tisserand », Yatou TV, France 3 Corse
  198. René Stablo, op. cit., pp. 112-113
  199. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., pp. 128-135
  200. Georges Duhamel, Le Prince Jaffar, éd. Mercure de France, Paris, 1924, p. 91
  201. Salem Trabelsi, « Chaque bijou est une nouvelle vie », La Presse Magazine, n°920, 5 juin 2005, p. 5
  202. Salah-Eddine Tlatli, op. cit., p. 20
  203. 80 % de l'eau est destinée à la zone touristique contre seulement 20 % pour le reste de l'île.
  204. Éternelle Djerba, p. 73
  205. (fr) Fiche de Riadh Bouazizi (L'Équipe)

(ca) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article en catalan intitulé « Gerba ».
(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article en allemand intitulé « Djerba ».

Bibliographie

  • Salem Ben Yagoub, Histoire de l'île de Djerba, éd. Jouini, Tunis, 1986
  • Lucien Bertholon, « Exploration anthropologique de l'île de Gerba », L'Anthropologie, tome VIII, 1897
  • René Stablo, Les Djerbiens. Une communauté arabo-berbère dans une île de l'Afrique française, éd. SAPI, Tunis, 1941
  • Salah-Eddine Tlatli, Djerba. L'île des Lotophages, éd. Cérès Productions, Tunis, 1967
  • Kamel Tmarzizet, Djerba, l'île des rêves, éd. Société tunisienne des arts graphiques, Tunis, 1997
  • Éternelle Djerba, éd. Association de sauvegarde de l'île de Djerba et Société tunisienne des arts graphiques, Tunis, 1998

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