Jeanne d'Arc

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Jeanne d'Arc
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Blason de Jeanne d'Arc. Jeanne d’Arc
Jeanne d'Arc au sacre du roi Charles VII, toile de Dominique Ingres (1780-1867)
Jeanne d'Arc au sacre du roi Charles VII, toile de Dominique Ingres (1780-1867)

Surnom La Pucelle d'Orléans
Naissance 6 janvier 1412
Domrémy
Décès 30 mai 1431 (à 19 ans)
Rouen
Origine Blason de la Lorraine. Lorraine ou Blason du Royaume de France. Royaume de France
Allégeance Blason du Royaume de France. Royaume de France
Années de service 1428 - 1430
Conflits Guerre de Cent Ans
Faits d'armes Siège d'Orléans
Bataille de Jargeau
Bataille de Meung-sur-Loire
Raid sur Reims
Bataille de Patay
Famille Fille de Jacques d'Arc, et d'Isabelle Rom√©e ; 3 fr√®res et 1 sŇďur : Jacques, Jean, Pierre, et Catherine

Jeanne d'Arc, n√©e le 6 janvier 1412 √† Domr√©my, est une figure embl√©matique de l'histoire de France et une sainte de l'√Čglise catholique.

Au d√©but du XVe si√®cle, elle m√®ne victorieusement les troupes fran√ßaises contre les arm√©es anglaises, levant le si√®ge d'Orl√©ans, conduisant le dauphin Charles au sacre √† Reims et contribuant ainsi √† inverser le cours de la guerre de Cent Ans.

Finalement captur√©e par les Bourguignons √† Compi√®gne, elle est vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg pour la somme de 10 000 livres, et condamn√©e √† √™tre brul√©e vive en 1431 apr√®s un proc√®s en h√©r√©sie. Entach√© de nombreuses et importantes irr√©gularit√©s, ce proc√®s est cass√© par le pape Calixte III en 1456, et un second proc√®s en r√©habilitation conclut √† son innocence et l'√©l√®ve au rang de martyre. Elle est b√©atifi√©e en 1909 et canonis√©e en 1920[1]. Elle est l'une des quatre saintes patronnes secondaires de la France.

Sommaire

Jeunesse

Famille et enfance

Jeanne d'Arc a grandi √† Domr√©my, village situ√© aux marches de la Champagne, du Barrois et de la Lorraine, pendant la guerre de Cent Ans qui opposait la France √† l'Angleterre. Fille de Jacques d'Arc et d'Isabelle Rom√©e, elle faisait partie d'une famille de cinq enfants : Jeanne, Jacques, Catherine, Jean et Pierre.

Jeanne (ou Jeannette, comme on l'appelait √† Domr√©my) fut d√©crite par tous les t√©moins comme tr√®s pieuse ; elle aimait notamment se rendre, chaque dimanche, √† la chapelle de Bermont, pr√®s de Greux, pour y prier.

Les réponses qu'elle a faites à ses juges, conservées dans les minutes de son procès, révèlent une jeune femme courageuse, dont le franc-parler et l'esprit de repartie se tempèrent d'une grande sensibilité face à la souffrance et aux horreurs de la guerre, comme devant les mystères de la religion.

Aucune source ne permet de d√©terminer exactement les origines de Jeanne d'Arc, ni ses date et lieu de naissance : les t√©moignages d'√©poque sont impr√©cis, Domr√©my ne poss√©dait pas[2] de registre paroissial, et les discussions restent nombreuses sur ces points.

Jeanne, ¬ę la bonne Lorraine ¬Ľ

Jeanne d’Arc la Lorraine
M√©daille de Jeanne d‚ÄôArc, ¬ę la bonne Lorraine ¬Ľ.

L'usage de la particule n'indique rien quant √† de possibles origines nobles, une particule pouvant √™tre port√©e tant par des roturiers que par des nobles. Jacques d'Arc, simple laboureur, para√ģt ainsi avoir √©migr√© d'Arc-en-Barrois (en Champagne), avec l'accord de son seigneur. D√®s lors, il d√©pend du titulaire des droits sur Domr√©my o√Ļ il a fond√© son foyer.

Au d√©but du XVe, Domr√©my se trouve imbriqu√©e dans un territoire aux suzerainet√©s diverses. Sur la rive gauche de la Meuse, elle peut relever du Barrois mouvant, pour lequel le duc de Bar, par ailleurs souverain dans ses √Čtats, pr√™te hommage au roi de France depuis 1301. Mais elle semble √™tre plut√īt rattach√©e √† la ch√Ętellenie de Vaucouleurs, sous l'autorit√© directe du roi de France qui y nomme un capitaine (le sire de Baudricourt, au temps de Jeanne d'Arc). Enfin, l'√©glise de Domr√©my d√©pend de la paroisse de Greux, au dioc√®se de Toul dont l'√©v√™que est prince du Saint-Empire germanique.

Colette Beaune pr√©cise[3] que Jeanne est n√©e dans la partie sud de Domr√©my, c√īt√© Barrois mouvant (et donc lorrain), dans le bailliage de Chaumont-en-Bassigny et la pr√©v√īt√© d'Andelot. Toutefois, si les juges de 1431 corroborent cette th√®se, de m√™me que Jean Chartier ou Perceval de Cagny, Perceval de Boulainvilliers consid√®re pour sa part qu'elle est n√©e dans la partie nord, qui relevait de la ch√Ętellenie de Vaucouleurs et donc du royaume de France d√®s 1291.

L'√Ęge de la martyre

On ignore l'√Ęge exact de Jeanne d'Arc lors de son supplice.
La version officielle, construite √† partir du proc√®s qui s'est tenu √† Rouen, nous transmet que Jeanne a dit √™tre n√©e √† Domr√©my, et qu'elle a 18 ou 19 ans au moment de son proc√®s. Une source la donne n√©e le jour de l'√Čpiphanie sans pr√©cision sur l'ann√©e, le 6 janvier 1412, mais par ailleurs une plaque appos√©e sur le parvis de la cath√©drale de Toul indique que ¬ę s'√©tant pr√©sent√©e seule lors d'un proc√®s matrimonial intent√© par son fianc√© en 1428 ¬Ľ, elle aurait donc √©t√© majeure √† ce moment-l√† (20 ans selon le droit local) et √©mancip√©e de la responsabilit√© parentale[4]. Jeanne est br√Ľl√©e vive √† Rouen le 30 mai 1431.

Contexte politique (1407‚ÄĒ1422)

Territoires contr√īl√©s par les Anglais, leurs alli√©s bourguignons et les Fran√ßais en 1435

Durant la guerre de Cent Ans, la plupart des r√©gions du nord et sud-ouest du territoire fran√ßais sont contr√īl√©es depuis 1420 par les Anglais.

Le roi de France Charles VI, dit ¬ę Charles le Fol ¬Ľ, ne dispose pas de toutes ses facult√©s mentales. La l√©gitimit√© de son dernier fils survivant, le dauphin Charles, h√©ritier de la couronne, est contest√©e, du fait des aventures qu'aurait eues sa m√®re Isabeau de Bavi√®re (en particulier avec Louis d'Orl√©ans).

Depuis l'assassinat de Louis d'Orl√©ans en novembre 1407, le pays est d√©chir√© par une guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Ceux-ci se disputent le pouvoir au sein du conseil de r√©gence pr√©sid√© par la reine Isabeau du fait de la folie de son √©poux. Profitant de ce conflit, Henri V, roi d'Angleterre relance les hostilit√©s et d√©barque en Normandie en 1415. La chevalerie fran√ßaise subit un d√©sastre √† Azincourt, face aux archers gallois. En effet, les Anglais, ayant une ma√ģtrise parfaite du tir √† l'arc long (longbow) et, bien abrit√©s des charges par des pieux dispos√©s √† l'avance, d√©ciment sous une pluie de fl√®ches la chevalerie fran√ßaise dont les chevaux ne sont pas encore prot√©g√©s. Ils vont ainsi devenir ma√ģtres des batailles √† terrain d√©couvert malgr√© leur nette inf√©riorit√© num√©rique, jusqu'√† ce qu'apparaisse l'artillerie de campagne qui donnera l'avantage aux Fran√ßais en fin de conflit.

À Domrémy, on apprend que le duc Edouard III, son frère, le seigneur de Puysaye et son petit-fils le comte de Marle, sont tombés au combat. Le duché échoue au frère survivant du duc défunt, Louis, évêque de Verdun, lequel est un temps contesté par le duc de Berg, gendre du feu duc.

Lors de l'entrevue de Montereau le 10 septembre 1419, le dauphin Charles et Jean sans Peur doivent se r√©concilier, pour faire face √† l'ennemi. Mais malheureusement, au cours de cette rencontre, Jean sans Peur est poignard√© par un homme du dauphin, probablement Tanneguy du Chastel. En r√©action √† cet assassinat, le fils de Jean sans Peur, Philippe le Bon, se rallie aux Anglais imit√© en cela par la puissante Universit√© de Paris.

Alli√©s au puissant duc de Bourgogne, les Anglais peuvent imposer en 1420 le Trait√© de Troyes, qui est sign√© entre le roi Henri V d'Angleterre et Isabeau de Bavi√®re, reine de France et r√©gente. Selon les termes de ce trait√©, Henri V se marie √† Catherine de Valois, fille de Charles VI ; √† la mort de Charles VI, la couronne doit revenir √† leur descendance, r√©unissant les deux royaumes.

Ce traité, qui spolie le dauphin de son droit de succession (car considéré être enfant illégitime et assassin présumé du duc de Bourgogne), est contesté par la noblesse française. À la mort de Charles VI en 1422, la France n'a donc plus de roi ayant été sacré. La couronne de France est alors revendiquée par le roi d'Angleterre encore mineur, Henri VI qui vient de succéder à son père.

Article d√©taill√© : trait√© de Troyes.

De Domr√©my √† Chinon : 1428 - f√©vrier 1429

Jeanne d'Arc
(basilique du Bois-Chenu, Domrémy, 4 avril 2004) Copie de la sculpture faite par la princesse Marie d'Orléans
Jeanne d'Arc ayant la vision de l'archange saint Michel
Toile d'Eugène Thirion (1876)

√Ä treize ans, Jeanne affirme avoir entendu les voix c√©lestes des saintes Catherine et Marguerite et de l'archange saint Michel lui demandant d'√™tre pieuse, de lib√©rer le royaume de France de l'envahisseur et de conduire le dauphin sur le tr√īne. Apr√®s beaucoup d'h√©sitations, √† seize ans, elle se met en route. Arriv√©e √† la ville voisine, elle demande √† s'enr√īler dans les troupes du dauphin. Sa demande est rejet√©e deux fois, mais elle revient un an plus tard et Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, accepte de lui donner une escorte, r√©sign√© face √† la ferveur populaire de la ville o√Ļ Jeanne avait acquis une petite notori√©t√©, notamment en allant rendre visite au duc malade Charles II de Lorraine. Avant son d√©part pour le royaume de France, Jeanne ira se recueillir dans l'ancienne √©glise de Saint-Nicolas-de-Port, d√©di√©e au saint patron du duch√© de Lorraine.

Portant des habits masculins (ce qu'elle fera jusqu'√† sa mort, except√© pour sa derni√®re f√™te de P√Ęques), elle traverse incognito les terres bourguignonnes et se rend √† Chinon o√Ļ elle est finalement autoris√©e √† voir le dauphin Charles, apr√®s r√©ception d'une lettre de Baudricourt. La l√©gende, peu probable, raconte qu'elle fut capable de reconna√ģtre Charles, v√™tu simplement au milieu de ses courtisans, et lui parle de sa mission. Par superstition, Jeanne est log√©e dans la tour du Coudray, celle o√Ļ Jacques de Molay fut emprisonn√© et aurait prononc√© sa c√©l√®bre mal√©diction[r√©f. n√©cessaire]. Jeanne annonce clairement quatre √©v√©nements : la lib√©ration d'Orl√©ans, le sacre du roi √† Reims, la lib√©ration de Paris et la lib√©ration du duc d'Orl√©ans. Apr√®s l'avoir fait interroger par les autorit√©s eccl√©siastiques √† Poitiers o√Ļ des matrones constatent sa virginit√©, et apr√®s avoir fait une enqu√™te √† Domr√©my, Charles donne son accord pour envoyer Jeanne √† Orl√©ans assi√©g√©e par les Anglais, non pas √† la t√™te d'une arm√©e, mais avec un convoi de ravitaillement[5]. Ce sera √† Jeanne de faire ses preuves.

Jeanne la Pucelle, chef de guerre : avril 1429 - mai 1430

Statue dans la cathédrale de Reims
(mars 2006)

Ses fr√®res la rejoignent. On l'√©quipe d'une armure et d'une banni√®re blanche frapp√©e de la fleur de lys, elle y inscrit Jesus Maria, qui est aussi la devise des ordres mendiants (les dominicains et les franciscains). En partance de Blois pour Orl√©ans, Jeanne expulse ou marie les prostitu√©es de l'arm√©e de secours et fait pr√©c√©der ses troupes d'eccl√©siastiques. Arriv√©e √† Orl√©ans le 29 avril, elle apporte le ravitaillement et y rencontre Jean d'Orl√©ans, dit ¬ę le B√Ętard d'Orl√©ans ¬Ľ, futur comte de Dunois. Elle est accueillie avec enthousiasme par la population, mais les capitaines de guerre sont r√©serv√©s. Avec sa foi, sa confiance et son enthousiasme, elle parvient √† insuffler aux soldats fran√ßais d√©sesp√©r√©s une √©nergie nouvelle et √† contraindre les Anglais √† lever le si√®ge de la ville dans la nuit du 7 au 8 mai 1429.

Articles d√©taill√©s : Si√®ge d'Orl√©ans et Bataille de Patay.

Apr√®s cette victoire (encore c√©l√©br√©e √† Orl√©ans au cours des ¬ę F√™tes johanniques ¬Ľ, chaque ann√©e du 29 avril au 8 mai), on la surnomme la ¬ę Pucelle d'Orl√©ans ¬Ľ. Apr√®s le nettoyage de la vall√©e de la Loire gr√Ęce √† la victoire de Patay (o√Ļ Jeanne d'Arc ne prit pas part aux combats), le 18 juin 1429, remport√©e face aux Anglais, Jeanne se rend √† Loches et persuade le dauphin d'aller √† Reims se faire sacrer roi de France.

Pour arriver √† Reims, l'√©quip√©e doit traverser des villes sous domination bourguignonne qui n'ont pas de raison d'ouvrir leurs portes, et que personne n'a les moyens de contraindre militairement. Selon Dunois, le coup de bluff aux portes de Troyes entra√ģne la soumission de la ville mais aussi de Ch√Ęlons-en-Champagne et Reims. D√®s lors, la travers√©e est possible.

Article d√©taill√© : Raid sur Reims.
1429     Territoires contr√īl√©s par Henri V      Territoires contr√īl√©s par le duc de Bourgogne      Territoires contr√īl√©s par le dauphin Charles      Principales batailles

      Raid Anglais de 1415

      Itin√©raire de Jeanne d'Arc vers Reims en 1429

Le 17 juillet 1429, dans la cath√©drale de Reims, en la pr√©sence de Jeanne d'Arc, Charles VII est sacr√© par l'archev√™que Renault de Chartres. Le duc de Bourgogne, en tant que pair du royaume, est absent, Jeanne lui envoie une lettre le jour m√™me du sacre pour lui demander la paix. L'effet politique et psychologique de ce sacre est majeur. Reims √©tant au cŇďur du territoire contr√īl√© par les Bourguignons et hautement symbolique, il est interpr√©t√© par beaucoup √† l'√©poque comme le r√©sultat d'une volont√© divine. Il l√©gitime Charles VII qui √©tait d√©sh√©rit√© par le trait√© de Troyes et soup√ßonn√© d'√™tre en r√©alit√© le fils ill√©gitime du duc d'Orl√©ans et d'Isabelle de Bavi√®re.

Cette partie de la vie de Jeanne d'Arc constitue commun√©ment son √©pop√©e : ces √©v√©nements qui fourmillent d'anecdotes o√Ļ les contemporains voient r√©guli√®rement des petits miracles, le tout confort√© par leurs r√©f√©rences explicites dans les proc√®s, ont grandement contribu√© √† forger la l√©gende et l'histoire officielle de Jeanne d'Arc. La d√©couverte miraculeuse de l'√©p√©e dite de ¬ę Charles Martel ¬Ľ sous l'autel de Sainte-Catherine-de-Fierbois, en est un exemple.

Article d√©taill√© : Si√®ge de Paris (1429).

Dans la foul√©e, Jeanne d'Arc tente de convaincre le roi de reprendre Paris aux Bourguignons, mais il h√©site. Jeanne m√®ne une attaque est sur Paris (porte Saint-Honor√©), mais doit √™tre rapidement abandonn√©e. Le Roi finit par interdire tout nouvel assaut : l'argent et les vivres manquent et la discorde r√®gne au sein de son conseil. C'est une retraite forc√©e vers la Loire, l'arm√©e est dissoute.

Vitrail de l'église Saint-Jacques, Compiègne

Jeanne repart n√©anmoins en campagne : d√©sormais elle conduit sa propre troupe et donc rien ne la distingue des chefs de guerres ind√©pendants, elle ne repr√©sente plus le roi. Ses troupes lutteront contre des capitaines locaux, mais sans beaucoup de succ√®s. Le 4 novembre 1429, ¬ę la Pucelle ¬Ľ et Charles d'Albret s'emparent de Saint-Pierre-le-Mo√Ľtier. Le 23 novembre, ils mettent le si√®ge devant La Charit√©-sur-Loire pour en chasser Perrinet Gressart. Pour No√ęl, Jeanne a regagn√© Jargeau suite √† l'√©chec du si√®ge[6].

Jeanne est alors convi√©e √† rester dans le ch√Ęteau de la Tr√©mouille √† Sully-sur-Loire. Elle s'√©chappera rapidement de sa prison dor√©e, pour r√©pondre √† l'appel √† l'aide de Compi√®gne, assi√©g√©e par les Bourguignons. Finalement, elle est captur√©e par les Bourguignons lors d'une sortie aux portes de Compi√®gne le 23 mai 1430. Elle essaie de s'√©chapper par deux fois, mais √©choue. Elle se blessera m√™me s√©rieusement en sautant par une fen√™tre au ch√Ęteau de Beaurevoir. Elle est rachet√©e par les Anglais pour 10 000 livres et confi√©e √† Pierre Cauchon, √©v√™que de Beauvais et alli√© des Anglais.

Le procès et la condamnation (1431)

Le procès

Tour Jeanne-d'Arc, tour du ch√Ęteau de Philippe Auguste √† Rouen

Lors de son proc√®s qui dura du 21 f√©vrier au 23 mai 1431[7], elle est accus√©e d'h√©r√©sie et interrog√©e sans m√©nagement √† Rouen. Elle est emprisonn√©e dans le donjon du ch√Ęteau de Philippe Auguste ; seule une tour de la construction est parvenue jusqu'√† nous et appel√©e maintenant ¬ę tour Jeanne-d'Arc ¬Ľ. Jug√©e par l'√Čglise, elle reste n√©anmoins emprisonn√©e dans les prisons anglaises, au m√©pris du droit canon.

Si ses conditions d'emprisonnement sont particuli√®rement difficiles, Jeanne n'a n√©anmoins pas √©t√© soumise √† la question pour avouer, c'est-√†-dire √† la torture. Or √† l'√©poque, la torture √©tait une √©tape n√©cessaire √† un ¬ę bon proc√®s ¬Ľ. Cette surprenante absence de torture a servi d'argument pour une origine ¬ę noble ¬Ľ de Jeanne d'Arc. Les bourreaux n'auraient pas os√© porter la main sur elle[8].

Le proc√®s d√©bute le 21 f√©vrier 1431. Environ 120 personnes y participent, dont 22 chanoines, 60 docteurs, 10 abb√©s normands, 10 d√©l√©gu√©s de l'Universit√© de Paris. Leurs membres furent s√©lectionn√©s avec soins. Lors du proc√®s de r√©habilitation, plusieurs t√©moign√®rent de leur peur. Ainsi, Richard de Grouchet d√©clare que c'est sous la menace et en pleine terreur que nous d√Ľmes prendre part au proc√®s ; nous avions l'intention de d√©guerpir. Pour Jean Massieu, il n'y avait personne au tribunal qui ne trembl√Ęt de peur. Pour Jean Lema√ģtre, Je vois que si l'on agit pas selon la volont√© des Anglais, c'est la mort qui menace.

Une dizaine de personnes sont actifs lors du proc√®s, tels Jean d'Estivet, Nicolas Midy ou Nicolas Loyseleur. Mais, les enqu√™teurs, conduits par l'√©v√™que de Beauvais, Mgr Cauchon, ne parviennent pas √† √©tablir un chef d'accusation valable : Jeanne semble √™tre une bonne chr√©tienne, convaincue de sa mission, diff√©rente des h√©r√©tiques qui pullulent dans un climat de d√©fiance vis-√†-vis de l'√Čglise en ces temps troubl√©s. Le tribunal lui reproche par d√©faut de porter des habits d'homme, d'avoir quitt√© ses parents sans qu'ils lui aient donn√© cong√©, et surtout de s'en remettre syst√©matiquement au jugement de Dieu plut√īt qu'√† celui de ¬ę l'√Čglise militante ¬Ľ, c'est-√†-dire l'autorit√© eccl√©siastique terrestre. Les juges estiment √©galement que ses ¬ę voix ¬Ľ, auxquelles elle se r√©f√®re constamment, sont en fait inspir√©es par le d√©mon. L'Universit√© de Paris (Sorbonne), alors √† la solde des Bourguignons, rend son avis : Jeanne est coupable d'√™tre schismatique, apostate, menteuse, devineresse, suspecte d'h√©r√©sie, errante en la foi, blasph√©matrice de Dieu et des saints. Jeanne en appelle au Pape, ce qui sera ignor√© par les juges.

¬ę Sur l'amour ou la haine que Dieu porte aux Anglais, je n'en sais rien, mais je suis convaincue qu'ils seront bout√©s hors de France, except√©s ceux qui mourront sur cette terre. ¬Ľ

‚ÄĒ Jeanne d'Arc √† son proc√®s (le 15 mars 1431)

Condamnation et exécution

Le 24 mai, au cimeti√®re Saint-Ouen de Rouen, les juges mettent en sc√®ne une parodie de b√Ľcher pour effrayer Jeanne et la presser de reconna√ģtre ses fautes. Jeanne sous la promesse orale (donc inv√©rifiable) du tribunal de l'incarc√©rer dans une prison eccl√©siastique, signe d'une croix (alors qu'elle savait √©crire son nom) l'abjuration de ses erreurs, reconnaissant avoir menti √† propos des voix et se soumet √† l'autorit√© de l'√Čglise. Elle est alors renvoy√©e dans sa prison aux mains des Anglais. S'estimant tromp√©e, elle se r√©tracte deux jours plus tard, endosse de nouveau des habits d'homme (dans des conditions obscures).
D√©clar√©e ¬ę relapse ¬Ľ (retomb√©e dans ses erreurs pass√©es), le tribunal la condamne au b√Ľcher et la livre au ¬ę bras s√©culier ¬Ľ. Le 30 mai 1431, elle est br√Ľl√©e vive place du Vieux-March√© √† Rouen par le bourreau Geoffroy Th√©rage[9].
Elle rend l'√Ęme en criant trois fois ¬ę J√©sus ¬Ľ. Selon les t√©moignages, elle est voil√©e et plac√©e √† plus de trois m√®tres de hauteur[8].

Le cardinal de Winchester avait insist√© pour qu'il ne reste rien de son corps. Il d√©sirait √©viter tout culte posthume de la ¬ę pucelle ¬Ľ. Il avait donc ordonn√© trois cr√©mations successives. La premi√®re vit mourir Jeanne d'Arc par intoxication au monoxyde de carbone, la seconde laissa au centre du b√Ľcher les organes calcin√©s, et de la troisi√®me il ne resta que des cendres et des d√©bris osseux qui furent ensuite dispers√©s par Geoffroy Th√©rage[10], le bourreau, dans la Seine[11] (l√† o√Ļ a √©t√© construit plus tard le Pont Jeanne-d'Arc) afin qu'on ne puisse pas en faire de reliques.

Reliques

Jeanne au b√Ľcher par Hermann Anton Stilke

De pr√©tendues reliques de Jeanne d'Arc sont conserv√©es au mus√©e d'Art et d'Histoire de Chinon. Propri√©t√© de l'archev√™ch√© de Tours, elles ont √©t√© mises en d√©p√īt dans ce mus√©e en 1963. Le bocal de verre qui les contient a √©t√© d√©couvert √† Paris en 1867 dans le grenier d'une pharmacie[12], situ√©e rue du Temple, par un √©tudiant en pharmacie, M. Noblet[13]. Le parchemin qui fermait l'ouverture du bocal portait la mention : ¬ę Restes trouv√©s sous le b√Ľcher de Jeanne d'Arc, pucelle d'Orl√©ans ¬Ľ.

Le bocal contient une c√īte humaine de 10 cm de long recouverte d'une couche noir√Ętre, un morceau de tissu de lin d'une quinzaine de centim√®tres de longueur, un f√©mur de chat et des fragments de charbons de bois.

Le m√©decin-l√©giste fran√ßais Philippe Charlier, sp√©cialiste de pathographie, qui a analys√© les restes √† partir de f√©vrier 2006 avec son √©quipe de l'h√īpital Raymond-Poincar√© √† Garches (Hauts-de-Seine), conclut qu'il s'agit de restes de momies, √† la fois momie humaine et momie animale, d'origine √©gyptienne dat√©s de la Basse √©poque et qui auraient pu faire partie soit de la collection d'un cabinet d'amateur soit de la pharmacop√©e d'un apothicaire avant d'√™tre employ√©s √† la confection de ces pseudo-reliques[14].

Une analyse microscopique et chimique du fragment de c√īte montre qu'il n'a pas √©t√© br√Ľl√©, mais impr√©gn√© d'un produit v√©g√©tal et min√©ral de couleur noire. Sa composition s'apparente plus √† celle du bitume ou de la poix qu'√† celle de r√©sidus organiques d'origine humaine ou animale ayant √©t√© r√©duits √† l'√©tat de charbon par cr√©mation.

Les ¬ę nez ¬Ľ de grands parfumeurs (Guerlain et Jean Patou) ont notamment d√©cel√© sur le morceau de c√īte une odeur de vanille. Or ce parfum peut √™tre produit par ¬ę la d√©composition d'un corps ¬Ľ, comme dans le cas d'une momification, pas par sa cr√©mation.

Le tissu de lin, quant √† lui, n'a pas √©t√© br√Ľl√©, mais teint et a les caract√©ristiques de celui utilis√© par les √Čgyptiens pour envelopper les momies.

D'autre part, concernant le pollen, il a √©t√© not√© une grande richesse de pollens de pin, vraisemblablement en rapport avec l'usage de r√©sine en √Čgypte au cours de l'embaumement.

Enfin, une √©tude au carbone 14 a dat√© les restes entre le VIe et le IIIe si√®cle av. J.‚ÄĎC., et un examen spectrom√©trique du rev√™tement √† la surface des os a montr√© qu'il correspondait √† ceux de momies √©gyptiennes de cette p√©riode tardive.

Le proc√®s en r√©habilitation : 1455-1456 √† Toul

Jeanne d'Arc par Rubens (1620)

Lorsque Charles reprend Rouen, un second proc√®s, √† la demande de la m√®re de Jeanne et sur d√©cret du pape espagnol Calixte III, casse en 1456 le premier jugement pour ¬ę corruption, dol, calomnie, fraude et malice ¬Ľ gr√Ęce au travail de Jean Brehal. Le Pape ordonna √† Thomas Basin, √©v√™que de Lisieux et conseiller de Charles VII, d'√©tudier en profondeur les actes du proc√®s de Jeanne d'Arc. Son m√©moire fut la condition juridique du proc√®s en r√©habilitation. Apr√®s avoir enregistr√© les d√©positions de nombreux contemporains de Jeanne, dont les notaires du premier proc√®s et certains juges, il d√©clare le premier proc√®s et ses conclusions ¬ę nuls, non avenus, sans valeur ni effet ¬Ľ et r√©habilite enti√®rement Jeanne et sa famille[15]. Il ordonne √©galement l'¬ę apposition [d'une] croix honn√™te pour la perp√©tuelle m√©moire de la d√©funte ¬Ľ au lieu m√™me o√Ļ Jeanne est morte[15]. La plupart des juges du premier proc√®s, dont l'√©v√™que Cauchon, sont morts entre temps. Aubert d'Ourches comparait comme 28e t√©moin, voici sa d√©position du 14 f√©vrier 1456 lors de la neuvi√®me s√©ance : ¬ę La Pucelle me parut √™tre imbue des meilleures mŇďurs. Je voudrais bien avoir une fille aussi bonne... Elle parlait moult bien ¬Ľ[16].

Jeanne d'Arc et son √©poque : enjeux et probl√®mes

Jeanne d'Arc et ses contemporains

Jeanne d'Arc fut tr√®s populaire de son vivant, la chevauch√©e vers Reims la fait conna√ģtre √©galement √† l'√©tranger. Elle commence √† recevoir des courriers sur des questionnements th√©ologiques venant de nombreuses contr√©es. On lui demandera son avis sur lequel des papes, alors en concurrence, est le vrai. Jeanne se rapproche des ordres mendiants. Elle √©tait une des nombreux pr√©dicateurs en cette √©poque se disant directement envoy√©s de Dieu. M√™me si l'objet principal de sa mission est la restauration du tr√īne de France, la Pucelle prend parti de fait sur le plan th√©ologique et fait d√©bat. Les conflits d'int√©r√™ts autour d'elle d√©passent la rivalit√© politique entre les Anglais et les partisans du dauphin.

Ainsi l'Universit√© de Paris, qui √©tait ¬ę remplie des cr√©atures du roi d'Angleterre ¬Ľ ne la voit pas d'un bon Ňďil, √† l'oppos√© des th√©ologiens de Poitiers, compos√©e des universitaires parisiens exil√©s par les Anglais, et √©galement √† l'inverse de l'archev√™que d'Embrun, des √©v√™ques de Poitiers et de Maguelonne, Jean de Gerson (auparavant chancelier de l'universit√© de Paris), l'Inquisiteur g√©n√©ral de Toulouse, ou encore l'Inquisiteur Jean Dupuy qui ne voyait que comme enjeux ¬ę √† savoir la restitution du roi √† son royaume et l'expulsion ou l'√©crasement tr√®s juste d'ennemis tr√®s obstin√©s ¬Ľ. Ces gens d'√Čglise, et autres, soutenaient la Pucelle.

Pour l'√©minente autorit√© religieuse qu'√©tait alors la Sorbonne, le comportement religieux de Jeanne d√©passe l'enjeu de reconqu√™te du royaume, et les docteurs en th√©ologie de cette institution la consid√®rent comme une menace contre leur autorit√©, notamment √† cause du soutien des rivaux de l'Universit√© √† Jeanne, et pour ce qu'elle repr√©sente dans les luttes d'influence √† l'int√©rieur de l'√Čglise.

Jeanne n'a pas eu non plus que des amis à la cour du dauphin, le parti du favori La Trémouille (dont Gilles de Rais était) se plaça régulièrement en opposition, au conseil du dauphin, face à ses initiatives.

Son r√īle dans la guerre de Cent Ans

Jeanne au siège d'Orléans, peinture de Jules Eugène Lenepveu, vers 1886-1890, au Panthéon de Paris

Jeanne d'Arc n'a ni influ√© √† elle seule sur la phase finale de la guerre, qui s'est achev√©e en 1453, ni √©t√© inexistante dans le r√īle tactique et strat√©gique de sa campagne. Dunois parle d'une personne dou√©e d'un bon sens ind√©niable et tout √† fait capable de placer aux points cl√©s les pi√®ces d'artillerie de l'√©poque. Les faits d'armes sont donc √† porter √† son cr√©dit m√™me si certaines batailles ont √©t√© r√©gl√©es en partie par de curieux √©v√©nements. Elle fut en outre un chef ind√©niablement charismatique.

Sur le plan géopolitique, le royaume de France, même privé de tout ce qui était situé au nord de la Loire, bénéficiait de ressources humaines et matérielles bien supérieures à celles de l'Angleterre, quatre fois moins peuplée. La stratégie de Charles V, qui misait sur le temps, en évitant les combats et en assiégeant une par une les places fortes, a parfaitement montré les limites de l'invasion anglaise.

Cependant, avant l'intervention de Jeanne d'Arc, les Anglais b√©n√©ficiaient d'un avantage psychologique extr√™mement important li√© √† plusieurs raisons :

  1. la r√©putation d'invincibilit√© de leurs troupes ;
  2. le trait√© de Troyes qui d√©sh√©ritait le dauphin Charles et mettait en doute sa filiation √† l'√©gard du roi Charles VI ;
  3. un √©tat d'abattement et de r√©signation de la population ;
  4. l'alliance avec la Bourgogne.

L'avantage numérique du royaume de France pesait peu. Cette situation faisait qu'en 1429 la dynamique était anglaise.

Jeanne a eu ind√©niablement le m√©rite d'inverser l'ascendant psychologique en faveur de la France, en remontant le moral des arm√©es et des populations, en l√©gitimant et sacrant le roi, et en battant les Anglais. Charles VII a eu, lui, l'initiative de se raccommoder avec les Bourguignons, √©tape indispensable pour la reconqu√™te de Paris. Jeanne d'Arc visiblement ne portait pas les Bourguignons dans son cŇďur √† cause de leur proximit√© avec son village de Domr√©my et des heurts qu'il avait pu y avoir.

L'enjeu de sa virginité

Si ¬ę pucelle ¬Ľ signifiait √† l'√©poque simplement ¬ę fille ¬Ľ et pas particuli√®rement ¬ę vierge[17] ¬Ľ, Jeanne mettait aussi en avant sa virginit√© pour prouver, selon les mŇďurs de son temps, qu'elle √©tait envoy√©e de Dieu et non une sorci√®re et affirmer clairement sa puret√©, aussi bien physiquement que dans ses intentions religieuses et politiques. D√®s lors v√©rifier sa virginit√© devient un enjeu important, √©tant donn√© l'importance politique des projets de Jeanne : restaurer la l√©gitimit√© de Charles, et l'amener au sacre.

Par deux fois, la virginit√© de Jeanne fut constat√©e par des matrones, √† Poitiers en mars 1429, mais aussi √† Rouen, le 13 janvier 1431. Pierre Cauchon (celui-l√† m√™me qui la fit br√Ľler) avait ordonn√© ce deuxi√®me examen pour trouver un chef d'accusation contre elle, en vain.

Il est en revanche difficile de savoir ce qui s'est pass√© entre le jugement et le constat de ¬ę relapse ¬Ľ, p√©riode o√Ļ Jeanne a √©t√© durement maltrait√©e par ses ge√īliers, d√©figur√©e. Selon Martin Ladvenu, un lord anglais aurait essay√© de la forcer dans sa prison, en vain.

Problèmes des sources historiques

Statue de Jeanne d'Arc, place du parvis à Reims
Statue de Jeanne d'Arc à Compiègne


Les deux sources principales sur l'histoire de Jeanne d'Arc sont le proc√®s en condamnation de 1431, et le proc√®s en r√©habilitation de 1455-1456. √Čtant des actes juridiques, elles ont l'immense avantage d'√™tre des retranscriptions les plus fid√®les des d√©positions. Mais elles ne sont pas les seules : des notices, des chroniques ont √©galement √©t√© r√©dig√©es de son vivant, telle que la Geste des nobles Fran√ßois, la Chronique de la Pucelle, la Chronique de Perceval de Cagny, ou encore le Journal du si√®ge d'Orl√©ans et du voyage de Reims. Il faut ajouter √©galement les rapports des diplomates et autres informateurs.

C'est Jules Quicherat qui rassemblera de mani√®re quasi-exhaustive l'historiographie johannique entre 1841 et 1849, en 5 volumes. Entre le XVe si√®cle et le XIXe si√®cle, une foule d'√©crivains, de politiciens, de religieux se sont appropri√©s Jeanne d'Arc, et leurs √©crits sont nombreux. Il faut donc √™tre prudent dans la manipulation des sources : peu lui sont contemporaines, et elles r√©interpr√®tent souvent les sources originelles dans le contexte de leur interpr√®te.

Les procès sont des actes juridiques. Les deux procès ont la particularité d'avoir subi une influence politique évidente, et la méthode inquisitoire suppose bien souvent que l'accusée et les témoins ne répondent qu'aux questions posées. De plus le procès de 1431 fut retranscrit en latin (vraisemblablement à l'insu de Jeanne), alors que les interrogatoires étaient en français.

Philippe Contamine, au cours de ses recherches, a constat√© une abondance d'√©crits d√®s 1429, et le ¬ę formidable retentissement au niveau international ¬Ľ dont cette abondance t√©moigne. Il remarque √©galement que Jeanne d'Arc fut d'embl√©e mise en controverse et fit d√©bat par ses contemporains. Enfin, d√®s le d√©but ¬ę des l√©gendes coururent √† son sujet, concernant son enfance, ses proph√©ties, sa mission, les miracles ou les prodiges dont elle √©tait l'auteur. Au commencement √©tait le mythe. ¬Ľ

Il appara√ģt donc qu'aucun document contemporain de l'√©poque - hormis les minutes des proc√®s - n'est √† l'abri de d√©formation issue de l'imaginaire collectif. Au cours du proc√®s de r√©habilitation, les t√©moins racontent d'apr√®s des souvenirs vieux de 26 ans.

L'anoblissement accord√© √† Jeanne d'Arc par le roi Charles VII[18] pose un autre probl√®me. Il ne reste en effet aucune charte originale pour l'attester, mais uniquement des documents attestant de cet anoblissement r√©dig√©s post√©rieurement. Ces documents dont nous ne savons s'ils sont faux ou d√©forment une partie de la v√©rit√© historique font appara√ģtre que Jeanne d'Arc avait √©t√© anoblie par Charles VII et avec elle ses parents, comme il √©tait d'usage pour assoir la filiation nobiliaire sans contestation, et par cons√©quent la filiation pr√©sente et √† venir de ses fr√®res et sŇďur. En 1614, la descendance fort nombreuse de la famille d'Arc montra qu'elle s'√©tablissait uniquement vers la roture, et le roi leur retira leur titre de noblesse. Par ailleurs, le tr√©sor y gagna en nombreuses pensions, car chaque membre de la lign√©e pouvait pr√©tendre √† indemnisation de la part du tr√©sor pour le sacrifice de Jeanne d'Arc.

Une des copies de la charte d'anoblissement qui nous est parvenue dit que le roi Charles VII la fit Jeanne dame du Lys, sans lui conc√©der un pouce de terre, ni √† elle ni √† ses fr√®res et sŇďur, ce qui √©tait contraire √† l'usage de l'anoblissement, car le titre visait √† assoir la propri√©t√© de fa√ßon h√©r√©ditaire. En d'autres termes, la faisant dame du Lys, le roi Charles VII la liait au royaume et √† la nation mais puisqu'elle s'√©tait vou√©e √† la chastet√© et √† la pauvret√© il ne lui allouait aucun b√©n√©fice terrestre, ce qui privait du m√™me coup sa parent√®le de la possibilit√© d'user convenablement de cet anoblissement puisqu'elle demeurait sans possibilit√© de s'√©lever dans la soci√©t√© nobiliaire. Les d'Arc rest√®rent des roturiers par la force des choses.

Sa reconnaissance

Statue √©questre de Jeanne d'Arc par Hippolyte Lef√®bvre devant la basilique du Sacr√©-CŇďur de Montmartre.
Article d√©taill√© : Mythes de Jeanne d'Arc.

Relapse puis h√©ro√Įne

Christine de Pisan est un des rares auteurs contemporains √† avoir fait l'√©loge de Jeanne d'Arc, la nouvelle Judith. Villon mentionne en deux vers, parmi les Dames du temps jadis, ¬ę Jeanne la bonne Lorraine / Qu'Anglois br√Ľl√®rent √† Rouen ¬Ľ. Avant le XIXe si√®cle, l'image de Jeanne d'Arc est d√©figur√©e par la litt√©rature. Seule la notice d'Edmont Richier, surtout prolifique sur le plan th√©ologique, apporte un volet historique cependant entach√© d'inexactitudes. Chapelain, po√®te officiel de Louis XIV, lui consacre une √©pop√©e malheureusement tr√®s m√©diocre au plan litt√©raire. Voltaire ne consacre qu'un vers et demi √† la gloire de Jeanne d'Arc dans son Henriade, chant VII ¬ę ... Et vous, brave amazone, La honte des Anglais, et le soutien du tr√īne. ¬Ľ et en consacra plus de vingt mille √† la d√©shonorer[19].

Réhabilitations et exploitations de Jeanne d'Arc

Depuis le XIXe si√®cle, les exploits de Jeanne d'Arc sont usurp√©s pour servir certains desseins politiques au m√©pris de l'histoire. Les arcanes de cette exploitation d'une h√©ro√Įne qui symbolise la France de fa√ßon mythique, voire mystique sont innombrables. On retint surtout les th√®ses √©voqu√©es lors de son proc√®s[20] : la mandragore[21] sugg√©r√©e par Cauchon, l‚Äôinstrument politique destin√© √† jeter la terreur dans les troupes anglaises, et la si romanesque main de Dieu (qu‚Äôon y voit de l‚Äôh√©r√©sie ou des desseins monarchiques).

Jeanne d'Arc a √©t√© r√©habilit√©e en 1817, dans le livre de Philippe-Alexandre Le Brun de Charmettes : Histoire de Jeanne d'Arc, surnomm√©e la Pucelle d'Orl√©ans, tir√©e de ses propres d√©clarations, de cent quarante-quatre d√©positions de t√©moins oculaires, et des manuscrits de la biblioth√®que du roi de la tour de Londres[22]. Le travail scrupuleux de cet historien, fond√© sur des enqu√™tes rigoureuses, et l'√©tude de documents originaux, a souvent √©t√© r√©utilis√© comme base de travail par des √©crivains fran√ßais et √©trangers, tel Jules Quicherat, qui ont contribu√© √† redonner ses titres de noblesse √† la Pucelle d'Orl√©ans[23].

Jeanne d'Arc est canonisée en 1920, et Pie XI la proclame sainte patronne secondaire de la France en 1922[24].

Les autres pucelles

Jeanne des Armoises et Jeanne de Sermaises

Jeanne d'Arc par P.A. Le Brun de Charmettes (L'Orléanide-1817).
Portrait hagiographique de Jeanne d'Arc.

Plusieurs femmes se pr√©sent√®rent comme √©tant Jeanne d'Arc affirmant avoir √©chapp√© aux flammes. Pour la plupart, leur imposture fut rapidement d√©cel√©e, mais deux d'entre elles parvinrent √† convaincre leurs contemporains qu'elles √©taient r√©ellement Jeanne d'Arc : il s'agit de Jeanne des Armoises et de Jeanne de Sermaises, qui √©taient peut-√™tre une seule et m√™me personne.

D'apr√®s une source tardive (trouv√©e en 1686 √† Metz), Jeanne des Armoises apparut pour la premi√®re fois le 20 mai 1436 √† Metz o√Ļ elle rencontre les deux fr√®res de Jeanne d'Arc, qui la reconnaissent pour leur sŇďur. Il est impossible de d√©terminer s'ils ont vraiment cru qu'elle √©tait leur sŇďur ou non. Quoi qu'il en soit, Jeanne des Armoises reste le cas le plus s√©rieux.

En 1456, apr√®s la r√©habilitation de la Pucelle, Jeanne de Sermaises apparut en Anjou. Elle fut accus√©e de s'√™tre fait appeler la Pucelle d'Orl√©ans, d'avoir port√© des v√™tements d'homme. Elle fut emprisonn√©e jusqu'en f√©vrier 1458, et lib√©r√©e √† la condition qu'elle s'habillerait ¬ę honn√™tement ¬Ľ. Elle dispara√ģt des sources apr√®s cette date.

Les ¬ę consŇďurs ¬Ľ

Jeanne d'Arc ne fut pas un cas unique √† son √©poque. Le Journal d'un bourgeois de Paris rapporte un sermon entendu le 4 juillet 1431 faisant r√©f√©rence √† trois autres femmes :

¬ę Encore dist il en son sermon qu'ilz estoient IIII, dont les III avoit est√© prinses, c'est assavoir ceste Pucelle, et Perronne et sa compaigne, et une qui est avec les Arminalx (Armagnacs), nomm√©e Katherine de La Rochelle ; ‚Ķ et disoit que toutes ces quatre pouvres femme fr√®re Richart le cordelier (‚Ķ) les avoit toute ainsi gouvern√©es ; (‚Ķ) et que le jour de Noel, en la ville de Jarguiau (Jargeau), il bailla √† ceste dame Jehanne la Pucelle trois foys le corps de Nostre Seigneur (‚Ķ) ; et l'avoit baill√© √† Peronne, celui jour, deux fois (‚Ķ) ¬Ľ

De ces trois autres femmes, le m√™me Bourgeois de Paris relate l'ex√©cution de Pi√©ronne, qui ¬ę estoit de Bretaigne bretonnant ¬Ľ et fut br√Ľl√©e sur le parvis de Notre-Dame le 3 septembre 1430. Et s'il ne la nomme pas, le Formicarium du fr√®re Jean Nider semble d√©crire la m√™me ex√©cution.

Interrog√©e au sujet de Katherine de La Rochelle lors de son proc√®s, Jeanne d'Arc d√©clara l'avoir rencontr√©e et lui avoir r√©pondu ¬ę qu'elle retourn√Ęt √† son mari, faire son m√©nage et nourrir ses enfants ¬Ľ.

Elle ajouta : ¬ę Et pour en savoir la certitude, j'en parlai √† sainte Marguerite ou sainte Catherine, qui me dirent que du fait de cette Catherine n'√©tait que folie, et que c'√©tait tout n√©ant. J'√©crivis √† mon Roi que je lui dirais ce qu'il en devait faire ; et quand je vins √† lui, je lui dis que c'√©tait folie et tout n√©ant du fait de Catherine. Toutefois fr√®re Richard voulait qu'on la m√ģt en Ňďuvre. Et ont √©t√© tr√®s mal contents de moi fr√®re Richard et ladite Catherine. ¬Ľ

Thèses divergentes sur l'origine de Jeanne d'Arc

Marcel Gay, journaliste √† l‚ÄôEst r√©publicain, et Roger Senzig s'int√©ressent √† Jeanne d'Arc et nient la th√®se de l'imposture. Dans L'affaire Jeanne d'Arc[25], les auteurs reprennent une th√®se invent√©e par le sous-pr√©fet Pierre Caze en 1802 en pr√©tendant que Jeanne serait la fille ill√©gitime d'Isabeau de Bavi√®re et Louis d'Orl√©ans (mort en 1407), et donc sŇďur de Charles VII. Elle aurait √©t√© confi√©e, √† sa naissance, √† la famille d'Arc, discr√®tement charg√©e de l'√©lever. Elle n'aurait jamais √©t√© berg√®re (comme elle le pr√©cise deux fois tr√®s clairement lors de son proc√®s) et les seules voix qu'elle aurait entendues seraient celles des envoy√©s de la couronne, lui demandant de coop√©rer √† une mission de sauvetage de Charles VII. Selon eux, cette origine noble expliquerait pourquoi elle parlait un tr√®s bon fran√ßais et non la langue locale de Domr√©my o√Ļ, selon les auteurs, tr√®s peu de gens s'exprimaient en fran√ßais. Son statut de noble lui aurait √©galement permis d'apprendre √† chevaucher de fougueux destriers, √† manier l'√©p√©e, √† faire la guerre et √† √™tre re√ßue sans difficult√©s par Robert de Baudricourt. Toutes choses impensables pour une simple berg√®re. Cette m√™me th√®se adopte les nombreuses histoires de survivance de Jeanne d'Arc : Jeanne ne serait pas morte en 1431. Elle aurait √©t√© remplac√©e sur le b√Ľcher par une autre femme, dont Marcel Gay et Roger Senzig ne pr√©cisent pas le nom, et Jeanne aurait √©pous√© Robert des Armoises. Elle aurait fini ses jours au ch√Ęteau de Jaulny en Lorraine, puis aurait √©t√© enterr√©e √† Pulligny, dont une plaque trouv√©e dans l'√©glise comm√©morerait le d√©c√®s de Jeanne des Armoises.

Si aucune preuve n'est apport√©e de la naissance de Jeanne √† Domr√©my, il est attest√© qu'elle a bien v√©cu en Lorraine. Par ailleurs, √† une √©poque o√Ļ les pr√™tres dispensaient l'instruction, et Domr√©my √©tant une paroisse qui relevait du domaine royal, avoir re√ßu un enseignement en fran√ßais n'est pas une gageure. Le fait qu'elle ait √©t√© noble n'explique en rien qu'elle ait pu apprendre √† monter des chevaux de guerre, les femmes nobles montant des haquen√©es et non des destriers, ni √† manier l'√©p√©e, ce qui faisait partie de l'√©ducation masculine seulement. Par ailleurs, Jeanne d'Arc a d√©clar√© lors de son proc√®s ne jamais s'√™tre servie de son √©p√©e. Robert de Baudricourt ne l'a pas re√ßue sans difficult√© mais n'a fait que c√©der aux pressions de son entourage. Le reste de la th√®se (enfant ill√©gitime, confi√©e √† un couple de paysans, sŇďur d'un roi qui peine √† retrouver son tr√īne, etc.) n'est pas sans ressembler aux mythes de la naissance de Zeus, Romulus et R√©mus, Ňídipe... o√Ļ le personnage principal est fils de roi ou de reine et cach√© √† la naissance par une nourrice fid√®le qui le confie √† d'humbles paysans.

Les thèses d'imposture de Jeanne d'Arc reprises par des auteurs ressemblent à celles courant sur Louis XVII, la grande-duchesse Anastasia, le tsar Alexandre Ier, ou encore le fils d'Ivan le Terrible. Ce caractère romanesque, les approximations, les raccourcis, les nombreuses erreurs et les simplifications caricaturales expliquent que L'Affaire Jeanne d'Arc ne soit pas un travail reconnu par la communauté scientifique. Aucun historien ne l'a repris.

En avril 2011, l'√©crivain Bernard Simonay livre une version romanc√©e de cette th√®se dans Le Lys et les ombres, √©dit√© chez Calmann-L√©vy[26]. Il s‚Äôappuie notamment sur L'Affaire Jeanne d'Arc et Jeanne d'Arc, v√©rit√©s et l√©gendes. Affirmant que la th√®se officielle ¬ę d√©fendue bec et ongle ¬Ľ par les historiens orthodoxes ne l'a jamais convaincu, il ajoute que ces derniers nient volontairement l'existence d'un certain nombre de sources (relatives aux armoiries attribu√©es √† Jeanne d'Arc, au fait qu'elle re√ßoive des √©perons dor√©s, apanage de la noblesse, ou encore √† Jeanne des Armoises qui a pu convaincre les propres parents de Jeanne d'Arc qu'elle est bien la Pucelle) afin de conserver ¬ę l'image id√©ale d'une petite berg√®re de Lorraine morte en martyre ¬Ľ[27]. Il cite lui-m√™me Wikip√©dia dans ses sources[28].

Ňíuvres inspir√©es par Jeanne d'Arc

L'Inspiration et la Vision de Jeanne d'Arc par Louis-Maurice Boutet de Monvel, 1911.

Les Ňďuvres inspir√©es par la Pucelle sont innombrables dans tous les domaines des arts et des m√©dias : architecture, bande dessin√©e, chansons, cin√©ma, radio et t√©l√©vision, jeux vid√©o, litt√©rature (po√©sie, roman, th√©√Ętre), musique (notamment op√©ras et oratorios), peinture, sculpture, tapisserie, vitrail, etc.

Article d√©taill√© : Ňíuvres inspir√©es par Jeanne d'Arc.

Ňíuvres litt√©raires

Le personnage, dans son ambivalence et sa grande complexité, a fasciné les écrivains et les dramaturges à travers les époques.

Les pièces les plus connues qui offrent une large diversité d'interprétation sur sa vie, ont été écrites par Shakespeare (Henri VI), Voltaire (La Pucelle d'Orléans), Schiller (La Pucelle d'Orléans), George Bernard Shaw (Sainte Jeanne), Jean Anouilh (L'Alouette) et Bertolt Brecht (Sainte Jeanne des abattoirs).

Samuel Clemens a écrit une biographie de fiction sous le nom de plume de Sieur Louis de Conte, sans utiliser son pseudonyme de Mark Twain. Thomas de Quincey, qui est l'un des seuls Anglais à prendre la défense de Jeanne d'Arc, a écrit une Jeanne d'Arc[29] en 1847. Louis-Maurice Boutet de Monvel en fit un livre d'illustration pour enfants en 1896 qui connut un grand succès.

Adaptations à l'écran

Jeanne d'Arc a inspir√© plusieurs films :

Philatélie

  • En 1929, un timbre de 50 centimes bleu est √©mis √† l'occasion du 5e centenaire de la d√©livrance d'Orl√©ans. Jeanne y est repr√©sent√©e √† cheval.
  • En 1946, un timbre de 5 f surtax√© 4 f outremer appartient √† la s√©rie "C√©l√©brit√©s du XVe si√®cle. Ce timbre grand format est un portrait.
  • En 1968, sur un timbre de 30 centimes surtax√© 10 centimes, brun et violet, elle est reprent√©e pour illustrer l'Ňďuvre de Paul Claudel Jeanne au b√Ľcher, sujet principal dont on c√©l√©brait le centenaire de sa naissance.
  • La m√™me ann√©e, la poste en fait le sujet principal dans un timbre √† 60 centimes, gris-bleu, bleu et brun pour repr√©senter le d√©part de Vaucouleurs en 1429. Ce timbre fait partie de la s√©rie Grands noms de l'Histoire[30].

Objets ayant appartenu à Jeanne d'Arc

  • L'√©tendard : il √©tait de couleur blanche avec en fond une peinture de Hauves Poulnoir, un peintre tourangeau qui avait peint ¬ę l'image de notre Sauveur assis en jugement dans les nu√©es du ciel et un ange tenant une fleur de lys ¬Ľ (description de Jean Pasquerel). Jhesus Maria y √©tait inscrit, c'√©tait la devise de l'ordre des mendiants.
  • Le pennon (fannion de forme triangulaire) : sur ce pennon, on pouvait voir ¬ę Notre-Dame ayant devant elle un ange lui pr√©sentant un lys ¬Ľ.

L'armure

Charles VII paya √† Jeanne une armure co√Ľtant 100 √©cus, soit 2.500 sols ou 125 livres tournois. Cette somme n'est pas extraordinaire, il suffit de la rapprocher de l'inventaire √©tabli par Jehanne lors de son proc√®s : ¬ę Elle dit ensuite que ses fr√®res ont ses biens, ses chevaux, √©p√©es, √† ce qu'elle croit, et autres qui valent plus de 12.000 √©cus. Elle r√©pondit qu'elle avait dix ou douze mille √©cus qu'elle a vaillant... ¬Ľ Le comte de Laval par t√©moignage nous apprend qu'il s'agissait d'un ¬ę harnois blanc ¬Ľ, c'est-√†-dire de pi√®ces d'armure d'un seul tenant, et non d'une brigandine. Par comparaison, cette armure valait deux fois le prix de l'√©quipement le moins co√Ľteux, et huit fois moins que le plus cher. Cette armure fut offerte √† Saint-Denis en ex-voto apr√®s l'√©chec de l'assaut sur Paris. A partir de ce moment, elle porta une armure prise sur un Bourguignon, sans qu'on connaisse la valeur de ce nouvel √©quipement. L'armure de Saint-Denis ne fut certainement pas d√©truite mais a peut-√™tre subi le sort de l'√©p√©e qui fut d√©pos√©e √† Sainte-Catherine de Fierbois par un soldat et emprunt√©e par Jeanne[31].

L'épée

L'√©p√©e qui accompagna Jeanne d'Arc pendant toutes ses batailles fut d√©couverte sur son indication sous les dalles de l'√©glise de Sainte-Catherine-de-Fierbois (Indre-et-Loire), parmi d'autres √©p√©es enterr√©es par des soldats de passage. Cette √©p√©e fort ancienne √©tait d√©cor√©e de cinq croix. La rouille qui la recouvrait aurait disparu aussit√īt que Jeanne d'Arc eut l'√©p√©e en main.

Jean Chartier, dans Journal du si√®ge et Chronique de la Pucelle, mentionne l'√©p√©e et les circonstances de son acquisition par la Pucelle : le roi voulut lui donner une √©p√©e, elle demanda celle de Sainte-Catherine de Fierbois, ¬ę on lui demanda si elle l'avoit oncques veue, et elle dit que non.  ¬Ľ Un forgeron fut envoy√© depuis Tours et d√©couvrit l'√©p√©e parmi plusieurs ex-voto d√©pos√©s l√†, apparemment dans un coffre derri√®re l'autel. Jeanne brisa cette √©p√©e sur le dos d'une prostitu√©e, √† Saint-Denis, selon le duc d'Alen√ßon, vraisemblablement apr√®s la tentative manqu√©e contre Paris. Il semble qu'elle ait pris l'habitude de frapper avec cette √©p√©e sur le dos des filles de joie qu'elle rencontrait, de tels incidents √©tant pr√©c√©demment mentionn√©s √† Auxerre par le chroniqueur Jean Chartier et par son page, Louis de Coutes, pour l'√©tape Ch√Ęteau-Thierry. Charles VII se montra tr√®s m√©content du bris de l'√©p√©e. Celle-ci avait en effet pris des allures d'arme magique parmi les compagnons de Jeanne, et sa destruction passa pour un mauvais pr√©sage. On n'a aucun indice sur ce que sont devenus les morceaux[32].

Il ne faut pas confondre l'√©p√©e r√©elle et l'√©p√©e ¬ę virtuelle ¬Ľ qui se trouve d√©crite dans les armoiries de la famille d'Arc. Dans le blason de Jeanne, l'√©p√©e est repr√©sent√©e avec cinq fleurs de lys alors que les textes concernant l'√©p√©e de Fierbois ne mentionnent que cinq croix.

Le chapeau

Quand elle portait des habits d'homme, Jeanne soulignait son √©l√©gance par le port de chapeaux ou de chaperons orn√©s d'une longue bande de tissus d√©chiquet√©s. Un de ses chapeaux eut un destin particulier, et parvint jusqu'√† la R√©volution, o√Ļ il disparut de la mani√®re qui va suivre. On en trouve plusieurs descriptions :

  • ¬ę Ce chapeau de la Pucelle, conserv√© √† l'Oratoire d'Orl√©ans, est d'un ¬ę satin bleu ¬Ľ, avec quatre ¬ę rebras ¬Ľ brod√©s d'or, et enferm√© dans un √©tui de maroquin rouge, avec des fleurs de lys d'or[33]. ¬Ľ
  • ¬ę Les P√®res de l'Oratoire conservent dans leur sacristie le chapeau de la Pucelle d'Orl√©ans, de ¬ę velours bleu ¬Ľ brod√© d'or.[34] ¬Ľ
  • ¬ę Il √©tait d'un ¬ę satin bleu ¬Ľ, avec quatre rubans, brod√©s d'or et enferm√© dans un √©tui de maroquin rouge, portant des fleurs de lys, et contenant l'√©crit du P√®re M√©tezeau[35]. ¬Ľ
  • ¬ę Il √©tait conserv√© dans une bo√ģte de sapin : en ¬ę feutre gris ¬Ľ, √† grands rebords, mais retrouss√© par devant et le bord attach√© par une fleur de lys en cuivre dor√©, fort allong√©e; le feutre √©tait fort endommag√© par les insectes. Au sommet √©tait une fleur de lys en cuivre dor√©, de laquelle descendaient des spirales, en cuivre dor√©, assez nombreuses, et termin√©es par des fleurs de lys pendant sur les bords du chapeau; la coiffe √©tait en ¬ę toile bleue ¬Ľ[36]. ¬Ľ
  • Le chapeau devant √™tre ¬ę de couleur bleue ¬Ľ √† l'origine, ce que confirme une des verri√®res de l'√©glise Saint-Paul √† Paris[37].
  • ¬ę En ¬ę satin bleu, bord√© d'or avec un rebras ¬Ľ, c'est-√†-dire un segment de bord relev√© contre la calotte. Celle-ci √©tait surmont√©e d'une fleur de lys en cuivre dor√©, de laquelle rayonnaient des filigranes d'or de Chypre, cousus en torsade sur la calotte. √Ä l'extr√©mit√© de chaque filigrane √©tait attach√© une petite fleur de lys m√©tallique. L'ensemble formait donc, √† mi-hauteur environ de la calotte, comme un collier de fleurs de lys clinquant[38]. ¬Ľ

Depuis le 29 avril 1429, date de son arriv√©e √† Orl√©ans, Jeanne logeait chez Jacques Boucher, tr√©sorier du duc d'Orl√©ans, et son √©pouse Jeanne Lhuillier, dont le fr√®re confectionna la huque qu'on lui offrit. Elle d√Ľt √™tre fort bien re√ßue, car elle qualifie des h√ītes comme ¬ę ses bons amis du grand hostel de la porte Renart ¬Ľ. Log√©e dans cette maison avec, entre autres, ses fr√®res Pierre et Jean, ainsi que Jean d'Aulon, son fid√®le √©cuyer, elle partageait, comme cela se faisait √† l'√©poque, le m√™me lit que la fille de la maison, la petite Charlotte (9 ans), et l'on dormait nu. On peut imaginer qu'elles discutaient ensemble, le soir, avant de s'endormir. Jeanne avait pris en amiti√© cette petite fille, et √©tait sans doute pour elle un peu comme une grande sŇďur. Rien d'√©tonnant qu'elle lui laisse un souvenir d'elle, ce qu'elle a d√Ľ faire, apr√®s avoir s√©journ√© dix jours chez Jacques Boucher, au moment de son d√©part, le 10 mai 1429, pour entreprendre la campagne de Loire apr√®s la d√©livrance d'Orl√©ans. Au Moyen √āge, quand on voulait remercier quelqu'un de son affection ou de sa gentillesse, il √©tait coutume d'offrir un objet personnel, ou de lui en faire don par testament. Jeanne ne d√©roge pas √† cette r√®gle, et elle offrit plusieurs autres de ses objets personnels (un anneau en or, elle en poss√©dait trois, √† la veuve de du Guesclin, le 1er juin 1429; un habit rouge, qu'elle tenait du duc d'Orl√©ans, qu'elle offrit en juillet 1429, √† Ch√Ęlons, √† Jean Morel, de Domr√©my, l'un de ses parrains....). C'est ainsi que ce chapeau √©choue dans la famille de Jacques Boucher. C'√©tait le chapeau qu'elle portait ¬ę √† la ville ¬Ľ, en satin bleu, bord√© d'or, avec un ¬ę rebras ¬Ľ, c'est-√†-dire un segment relev√© contre la calotte. Celle-ci √©tait surmont√©e d'une fleur de lys en cuivre dor√©, de laquelle rayonnaient des filigranes d'or de Chypre, cousus en torsade sur la calotte. √Ä l'extr√©mit√© de chaque filigrane √©tait attach√© une petite fleur de lys m√©tallique.

Au 17e si√®cle, on trouvait ce chapeau dans la descendance d'Antoine Boucher, le fr√®re de Charlotte. Durant un certain temps, les descendants de Jacques Boucher se transmirent cette relique de Jehanne. Le pr√©cieux d√©p√īt quitta Orl√©ans, passant tranquillement d'une g√©n√©ration √† l'autre durant plus de 200 ans, jusqu'√† Marguerite de Th√©rouanne, √©pouse de Jean de M√©tezeau. Celle-ci, voulant certainement mettre fin aux p√©r√©grinations de ce chapeau, et afin qu'il soit en s√Ľret√©, le confia √† son beau-fr√®re, Paul M√©tezeau, pr√™tre de l'Oratoire de J√©sus-Christ, en 1631, pour qu'il soit conserv√© par cette institution. Le P√®re M√©tezeau, orateur distingu√© et √©crivain mystique, en fit don √† l'Oratoire d'Orl√©ans en 1691. C'est ainsi que le chapeau de Jeanne revint √† Orl√©ans. Les Oratoriens gard√®rent fid√®lement et respectueusement leur relique jusqu'√† la R√©volution, l'ayant dispos√©e pr√®s de la chapelle, dans leur sacristie. Elle y resta encore cent ans. Les tourments de la R√©volution, l'expulsion des religieux, suite √† la loi du 13 f√©vrier 1790, firent craindre √† la congr√©gation des Oratoriens la disparition du chapeau historique. Voulant le pr√©server, et afin qu'il reste √† Orl√©ans, ils le confi√®rent √† l'une des plus honorables familles orl√©anaises, en la personne de Madame de Saint-Hilaire, n√©e Jogues de Guedreville. En 1791, le chapeau de Jeanne fut donc conserv√© par cette personne, dans son h√ītel particulier, sis vis-√†-vis de l'√©glise Notre-Dame de Recouvrance, dans le vieux quartier historique de la ville, √† deux pas de l'endroit o√Ļ s'√©levait la maison du tr√©sorier du duc d'Orl√©ans qui avait h√©berg√© la Pucelle. Cet h√ītel particulier, au n¬į 11 de la rue de Recouvrance, sera ensuite occup√©e par l'un des petits-fils, M. Arthur de Dreuzy.

Vers la fin d'ao√Ľt 1792, une bande de r√©volutionnaires vauriens et excit√©s, conduite par ¬ę L√©opard ¬Ľ Bourdon, repr√©sentant du peuple, se rend √† l'h√ītel de Madame de Saint-Hilaire, et somme cette femme de leur livrer le chapeau, pour le d√©truire. Celle-ci tenta de s'y opposer, mais il lui f√Ľt r√©pondu par des cris de mort. Pour sauvegarder sa vie et celle de ses enfants, elle c√©da par obligation, et livra le chapeau √† ces fous furieux ivres de vin et de sang. Ces sauvages allum√®rent un feu dans la cour de l'h√ītel, dans lequel ils jet√®rent le chapeau de la Pucelle, dansant, criant et chantant le ¬ę √ß√† ira ¬Ľ, pendant que la seule relique de Jeanne que poss√©d√Ęt Orl√©ans √©tait r√©duite en cendres. Il reste √† pr√©ciser, selon les sept t√©moignages ci-avant, que le fameux chapeau √©tait de couleur bleue (cinq t√©moignages), avec des rebras ou rebords retrouss√©s (trois t√©moignages), garni de fleurs de lys dor√©es (quatre t√©moignages), en feutre (deux t√©moignages) et dans un √©tui de maroquin rouge (deux t√©moignages). L'un des t√©moignages le dit ¬ę en velours ¬Ľ, et un autre avec quatre rubans, d√©tails de fait peu importants[39].

Voir aussi

Articles connexes

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Compagnons d'armes

Juges

Famille

Liens externes

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Sainte Jeanne d'Arc sur Nominis.
  2. ‚ÜĎ Comme nous l'apprend le proc√®s en nullit√©, cf Colette Beaune, op. cit., p. 27.
  3. ‚ÜĎ in Jeanne d'Arc, Librairie acad√©mique Perrin, 2004, p. 33
  4. ‚ÜĎ Vraie Jeanne/Fausse Jeanne, documentaire (France, 2007) de Martin Meissonnier (1re diffusion, ¬ę Arte ¬Ľ, 29 mars 2008).
  5. ‚ÜĎ Cf. Henri Guillemin, Jeanne, dite Jeanne d'Arc, ed. Gallimard, p. 72
  6. ‚ÜĎ Perrinet Gressart, Jacques Faugeras, p.158
  7. ‚ÜĎ Page 176 dans Histoire de Normandie (1911) d'Armand Albert-Petit
  8. ‚ÜĎ a et b Marcel Gay, grand reporter √† L'Est r√©publicain et Patrice G√©linet, 2000 ans d'histoire sur France Inter, jeudi 13 septembre 2007.
  9. ‚ÜĎ Geoffroy Th√©rage, le bourreau de Jehanne.
  10. ‚ÜĎ Il aurait d√©clar√© √† Isambard de la Pierre et Martin Ladvenu qu'il craignait pour son √Ęme car il avait br√Ľl√© une sainte (R√©gine Pernoud. Vie et mort de Jeanne d'Arc - Les t√©moignages du proc√®s de r√©habilitation 1450 - 1456)
  11. ‚ÜĎ ¬ę Le service de M√©decine l√©gale de l'UVSQ enqu√™te sur l'authenticit√© des reliques attribu√©es √† Jeanne d'Arc ¬Ľ, UVSQ Mag, Le Journal de l'universit√© de Versailles Saint-Quentin en Yvelines, n¬į 12, avril 2006.
  12. ‚ÜĎ Declan Butler, ¬ę Joan of Arc's relics exposed as forgery ¬Ľ, Nature, volume 446, num√©ro 7136, 5 avril 2007, p. 593
  13. ‚ÜĎ Ernest Tourlet, ¬ę Le Bocal de Chinon. Restes trouv√©s sous le b√Ľcher de Jeanne d'Arc, pucelle d'Orl√©ans (relation √©crite vers 1895) ¬Ľ, Bulletin de la Soci√©t√© des Amis du Vieux Chinon, VII, 6, 1972, pp. 526-533. L'immeuble dans lequel se trouvait cette pharmacie avait √©t√© expropri√© et c'est lors du d√©m√©nagement que fut d√©couvert un droguier, bo√ģte portative destin√©e √† contenir des drogues ou des m√©dicaments dans un r√©duit d√©pendant des greniers. Le pharmacien qui ignorait l'existence de ce droguier et qui n'y attacha aucun int√©r√™t permit √† M. Noblet de le conserver. Ce dernier montra sa trouvaille √† M. Tourlet qui, apr√®s examen, d√©couvrit le bocal aux ¬ę reliques ¬Ľ parmi d'autres flacons d'aspect identique. M. Noblet conserva le bocal jusqu'en 1876, date √† laquelle il le confia √† M. Ernest Tourlet qui l'emporta avec lui √† Chinon.
  14. ‚ÜĎ Interview donn√©e par Philippe Charlier sur Europe 1, confirm√©e quelques jours plus tard par un article dans la revue Nature
  15. ‚ÜĎ a et b Voir sur Wikisource la Sentence de r√©habilitation de Jehanne la Pucelle (7 juillet 1456).
  16. ‚ÜĎ D√©position d'Aubert d'Ourches
  17. ‚ÜĎ Cf. Henri Guillemin, Jeanne dite Jeanne D'Arc, Gallimard, p. 64 : ¬ę Une pucelle (du latin puella, la jeune fille), dans l'usage courant, c'est une servante. ¬Ľ
  18. ‚ÜĎ Voir sur Wikisource les Lettres d'anoblissement accord√©es √† Jehanne la Pucelle et √† sa famille
  19. ‚ÜĎ La Pucelle d'Orl√©ans de Voltaire (1762)
  20. ‚ÜĎ Journal g√©n√©ral de la litt√©rature de France, Pages 13, 49 et 79
  21. ‚ÜĎ Histoire de Jeanne d'Arc, Tome3, Page 357
  22. ‚ÜĎ Histoire de Jeanne d'Arc, surnomm√©e la Pucelle d'Orl√©ans, tir√©e de ses propres d√©clarations, de cent quarante-quatre d√©positions de t√©moins oculaires, et des manuscrits de la biblioth√®que du roi de la tour de Londres, en 4 volumes, √©dition Arthus Bertrand, Paris (En ligne, Tome1, Tome2, Tome3, Tome4)
  23. ‚ÜĎ On trouve sur le site de la Biblioth√®que nationale de France en ligne les critiques litt√©raires de 1818 sur la sortie de cet ouvrage charni√®re : Journal g√©n√©ral de la litt√©rature de France ou R√©pertoire m√©thodique 1818, pages 13, 49 et 79.
  24. ‚ÜĎ Lettre apostolique Galliam, Ecclesi√¶ filiam primogenitam, pape Pie XI, 2 mars 1922
  25. ‚ÜĎ Marcel Gay et Roger Senzig, L'Affaire Jeanne d'Arc, √Čditions Florent Massot, 6 septembre 2007, (ISBN 978-2-916546-04-9)
  26. ‚ÜĎ Bernard Simonay, Le Lys et les ombres, Calmann-Levy, avril 2011, (ISBN 2-7021-4193-5)
  27. ‚ÜĎ op. cit., p. 647-648
  28. ‚ÜĎ Op. Cit, p. 652
  29. ‚ÜĎ Thomas de Quincey, Jeanne d'Arc, Stalker Editeur, Paris, 2007 (traduction fran√ßaise).
  30. ‚ÜĎ Catalogues Yvert et Tellier, Tome 1.
  31. ‚ÜĎ Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc, Mythes et r√©alit√©s, Atelier de l'Archer
  32. ‚ÜĎ Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc, Mythes et r√©alit√©s, Atelier de l'Archer, pp. 73 et 74
  33. ‚ÜĎ Histoire de Jeanne d'Arc, tome III, p.279, Orl√©ans, 1754. Abb√© Lenglet-Dufresnoy. M√©moire de la Soci√©t√© Arch√©ologique et Historique de l'Orl√©anais
  34. ‚ÜĎ Essais Historiques sur Orl√©ans, p. 135. Orl√©ans, 1778, Beauvais de Pr√©au. M√©moire de la Soci√©t√© Arch√©ologique et Historique de l'Orl√©anais
  35. ‚ÜĎ Lottin, 1er volume, p. 179 (qui ne l'a pas vu et qui l'a d√©crit d'apr√®s l'abb√© Dufresnoy. M√©moire de la Soci√©t√© Arch√©ologique et Historique de l'Orl√©anais
  36. ‚ÜĎ M√©moire de la Soci√©t√© Arch√©ologique et Historique de l'Orl√©anais
  37. ‚ÜĎ L'art de la peinture sur verre, Paris, 1774, 1re partie, p. 32
  38. ‚ÜĎ Notice sur Jeanne d'Arc par M. Lerouge, m√©diath√®que Orl√©ans, MS.515-2, 1819
  39. ‚ÜĎ Bulletins de la S.A.H.O. m√©diath√®que Orl√©ans

Bibliographie

Article d√©taill√© : Bibliographie relative √† Jeanne d'Arc.


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  • Jeanne d'Arc ‚ÄĒ (spr. schann d√°rk, auch Johanna d Arc), die Jungfrau von Orl√©ans, die Befreierin ihres Vaterlandes aus der Gewalt der Engl√§nder, geb. 6. Jan. 1412 in Domremy, einem D√∂rfchen in der Champagne, an der Grenze von Lothringen, gest. 30. Mai 1431. Ihre ‚Ķ   Meyers Gro√ües Konversations-Lexikon


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