Jean XXII

ï»ż
Jean XXII
Jean XXII
Pape de l’Église catholique

Jean XXII bĂ©nissant Bernard Gui, Ă©vĂȘque de LodĂšve
Jean XXII bĂ©nissant Bernard Gui, Ă©vĂȘque de LodĂšve

Armoiries pontificales de Jean XXII

Nom de naissance Jacques DuĂšze
Naissance 1244 Ă  Cahors
Élection au pontificat 7 aoĂ»t 1316
Intronisation 5 septembre 1316
Fin du pontificat 4 dĂ©cembre 1334
Prédécesseur Clément V
Successeur BenoĂźt XII
Antipape Nicolas V (1328-1330)
Listes des papes : chronologie · alphabĂ©tique

Jacques DuÚze, né en 1244 à Cahors, mort en 1334 à Avignon, issu d'une famille de la bourgeoisie aisée de Cahors, devient pape en 1316, sous le nom de Jean XXII.

Sommaire

Naissance et premiĂšres charges

Tour Jean XXII Ă  Cahors

Arnaud DuĂšse et Helena de BĂ©rail, bourgeois aisĂ©s de Cahors, ville active dans le domaine commercial et bancaire, eurent plusieurs enfants dont :

Jacques DuĂšse fait ses Ă©tudes chez les dominicains Ă  Cahors puis son droit Ă  Montpellier et Ă  la facultĂ© de thĂ©ologie Ă  Paris[1]. Il enseigne Ă  Toulouse[2]. Il est nommĂ© archiprĂȘtre Ă  Cahors, chanoine de Saint-Front Ă  PĂ©rigueux, archiprĂȘtre de Sarlat et doyen du Puy. Il est le clerc de Charles II d’Anjou et fait partie de l’entourage de Saint Louis d’Anjou Ă  Toulouse. ÉvĂȘque de FrĂ©jus en 1300, il est appelĂ© par Charles II d'Anjou roi de Naples comme chancelier de Provence en 1308[1]. Il est nommĂ© Ă©vĂȘque d’Avignon le 18 mars 1310 puis cardinal-Ă©vĂȘque de Porto en 1313[1].

DĂ©but du pontificat

AprĂšs la mort de ClĂ©ment V, le SacrĂ© CollĂšge arrive Ă  Carpentras, le 1er mai 1314, pour Ă©lire un nouveau pape. Trois partis s’opposaient : les Gascons au nombre de dix, les Italiens au nombre de sept, adversaires acharnĂ©s des Gascons, avec NapolĂ©on Orsini, Nicolas Albertini de Porto, des cardinaux d’origines diverses : trois Languedociens, un Quercinois et deux Normands complĂ©tait le SacrĂ© CollĂšge. Les luttes de tendances entre Italiens, Gascons et Français furent telles que deux longs mois passĂšrent sans qu’un accord pour trouver un successeur Ă  ClĂ©ment V fĂ»t possible.

Une Ă©lection difficile

Le 24 juillet, le conclave est attaquĂ©. Les responsables de ce coup de force sont Bertrand de Got, seigneur de Monteux, et Raymond Guilhem de Budos, recteur du Comtat Venaissin, neveux de ClĂ©ment V. Ils pillent la ville, incendient nombre de demeures et surtout emportent avec eux le trĂ©sor de guerre de leur oncle, un million de florins destinĂ©s Ă  la croisade. AffolĂ©s, les cardinaux s’égaillĂšrent comme des moineaux.

Deux ans plus tard, la chrĂ©tientĂ© Ă©tait toujours sans pape. Sur l’initiative de Philippe de France, comte de Poitiers, frĂšre du roi Louis X le Hutin, un nouveau conclave est rĂ©uni Ă  Lyon. Il commence ses travaux, au dĂ©but du mois de mars 1316, avec un certain mauvais vouloir[N 1]. Les cardinaux, entre deux sessions, apprennent que, le 5 juin, le Hutin avait rendu l’ñme.

Le comte de Poitiers qui n’est pour l’instant que rĂ©gent car la reine ClĂ©mence attend un enfant qui sera Jean I le posthume et mourra Ă  4 jours, veut accĂ©lĂ©rer la nomination pour rentrer Ă  Paris. Le 28 juin, prenant prĂ©texte de la cĂ©lĂ©bration d’un service funĂšbre en l’honneur du roi dĂ©funt, celui-ci assemble le CollĂšge des cardinaux dans l’église des dominicains. Elle est aussitĂŽt cernĂ©e par les troupes de Guigue de Forez et, lors de l’office, le RĂ©gent en fait murer portes et ouvertures. Les cardinaux se devaient de trouver un pape.

Cependant, il fallut attendre jusqu’au 7 aoĂ»t 1316, pour que NapolĂ©on Orsini s’entendĂźt avec ses collĂšgues Francesco Caetani et Arnaud de Pellegrue. Les trois cardinaux proposĂšrent d’élire le candidat pour lequel s’étaient dĂ©jĂ  prononcĂ© Philippe de Poitiers et Robert d’Anjou, nouveau comte de Provence et roi de Naples. C’était Jacques DuĂšze, originaire de Cahors, ancien Ă©vĂȘque d’Avignon et cardinal de Porto, en qui ses confrĂšres ne voyaient qu’un vieillard cacochyme.

Le pape Ă©tait ĂągĂ© de 72 ans. Il n’est pas impossible que son Ăąge avancĂ© fĂ»t pris en considĂ©ration par les cardinaux qui pensaient Ă©lire ainsi un pape de transition. D'autant que n'Ă©tant ni italien ni gascon, il n'avait eu qu'un rĂŽle politique effacĂ© jusqu'alors[3]. Or son aspect chĂ©tif, sa petite taille, son teint pĂąle et sa voix fluette cachaient une robuste santĂ© renforcĂ©e par une remarquable hygiĂšne de vie. Le pape mourut Ă  90 ans, aprĂšs 18 ans d'un pontificat qui fut le plus long de tous ceux des papes d’Avignon

Dans Lyon en liesse, le nouveau pape est couronnĂ© le 5 septembre et choisit le nom de Jean XXII. Il dĂ©cida alors de rejoindre Avignon. Le Souverain Pontife dĂ©barque au pied du pont Saint-BĂ©nĂ©zet, le 2 octobre 1316, et s’installe dans le palais Ă©piscopal qu’il avait longtemps occupĂ©[N 2].

Le complot

Hugues Géraud brûlé vif à Avignon

Une procĂ©dure judiciaire avait Ă©tĂ© ouverte contre l’évĂȘque de Cahors, Hugues GĂ©raud accusĂ© de malversations[4]. Ce dernier se sentant perdu, dĂ©cida d’empoisonner le pape. Il s’assura la complicitĂ© de deux personnes de l'hĂŽtel pontifical : Pons de Vassal et Isar d’Escodata.

Il se procure des poisons et des statuettes de cire pour procĂ©der Ă  l’envoĂ»tement du pape. Le rite est d’abord pratiquĂ© contre Jacques de Via qui mourut (coĂŻncidence ?) le 13 juin 1317. Trois figurines de cire Ă  l’effigie du pape, de Bertrand du Pouget et de Gaucelme de Jean sont cachĂ©es dans des pains et confiĂ©es Ă  des messagers pour les porter dans le palais Ă©piscopal. L’attitude Ă©trange des voyageurs attira l’attention de la police pontificale qui dĂ©couvrit ces voults. À la fin de mars 1317, toutes les personnes impliquĂ©es dont Hugues GĂ©raud sont arrĂȘtĂ©es. Celui-ci est dĂ©clarĂ© coupable de l’assassinat de Jacques de Via, dĂ©gradĂ© de l’épiscopat et livrĂ© au bras sĂ©culier ; il pĂ©rira sur le bĂ»cher.

Ce complot illustre les pratiques d’une Ă©poque oĂč le recours Ă  la sorcellerie n’était pas exceptionnel. Par une bulle papale de 1318, Jean XXII Ă©largit les pouvoirs donnĂ©s aux inquisiteurs pour intenter des procĂšs aux sorciers.

Article dĂ©taillĂ© : Bernard Gui.

Choix d’Avignon pour rĂ©sidence

Plan d'Avignon avec ses deux enceintes de remparts et le pont Saint-Bénézet enjambant le RhÎne

Pour ClĂ©ment V, prĂ©dĂ©cesseur de Jean XXII, Avignon avait Ă©tĂ© plutĂŽt une halte qu’une rĂ©sidence. Au contraire Jean XXII fut le pape qui s’implanta effectivement en Avignon. Le choix de cette ville prĂ©sentait de nombreux avantages. En effet l’Église possĂ©dait dĂ©jĂ  le comtĂ© Venaissin grĂące au traitĂ© de Paris signĂ© le 12 avril 1229 entre Saint-Louis, roi de France, et le Comte Raymond VII de Toulouse. Ce dernier prĂ©cisait dans ce traitĂ© « quant aux paĂŻs et domaines qui sont au-delĂ  de ce fleuve (RhĂŽne) dans l’Empire, avec tous les droits qui peuvent m’appartenir, je les ai cĂ©dĂ©s prĂ©cisĂ©ment et absolument Ă  perpĂ©tuitĂ© Ă  l’église romaine. Â» Avignon qui ne faisait pas partie de cette donation car la ville appartenait aux comtes de Provence, prĂ©sentait de nombreux avantages. Elle est situĂ©e au carrefour d’axes de communication, elle dispose d’un port fluvial et possĂšde le fameux pont BĂ©nezet, premier ouvrage de franchissement du RhĂŽne en remontant ce fleuve. De plus cette ville se trouve Ă  l’intĂ©rieur d’une riche zone agricole produisant les ressources nĂ©cessaires au ravitaillement d’une population nombreuse telle que celle de la cour pontificale.

Seulement 9 jours aprĂšs son Ă©lection, Jean XXII se rĂ©serve le 16 aoĂ»t 1316 la disposition du couvent des frĂšres prĂȘcheurs. Son neveu Jacques de Via Ă©tant Ă©vĂȘque d’Avignon, il le nomma cardinal sans lui dĂ©signer de remplaçant, afin de disposer du palais Ă©piscopal qu’il avait habitĂ© auparavant[3]. Il savait que ces bĂątiments Ă©taient dans le secteur de la ville le plus facile Ă  dĂ©fendre, d’oĂč son choix. Il entreprit d’adapter son ancien palais Ă  sa nouvelle charge[5]. Guasbert Duval (ou Gasbert de la Val) vicaire gĂ©nĂ©ral, compatriote du pape et futur Ă©vĂȘque de Marseille, fut chargĂ© des acquisitions nĂ©cessaires Ă  l’agrandissement. Il sera nommĂ© le 26 aoĂ»t 1323 archevĂȘque d'Arles, puis archevĂȘque de Narbonne le 1er octobre 1341 par le pape BenoĂźt XII. Les premiers travaux furent confiĂ©s Ă  Guillaume de Cucuron. Le logement du pape se trouvait dans l’aile ouest, ainsi que les bureaux et appartements de ses plus proches collaborateurs. Le cĂŽtĂ© nord Ă©tait constituĂ© par l’église paroissiale Saint-Étienne qui fut transformĂ©e en chapelle pontificale. À l’est furent installĂ©s les logements des cardinaux neveux, ainsi que diffĂ©rents services. Dans cette aile orientale, mais plus au sud, se trouvaient les services du trĂ©sorier et du camĂ©rier. Au sud un bĂątiment fut construit pour les audiences.

L'Ă©pineuse question des franciscains

Toute la chrĂ©tientĂ© Ă©tait secouĂ©e par un profond dĂ©bat sur la pauvretĂ© de l'Église. Il avait Ă©tĂ© initiĂ© par les franciscains et avait en leur sein mĂȘme provoquĂ© des fractions, l'Ordre des frĂšres mineurs se divisant en conventuels et spirituels.

Spirituels et conventuels

Pour tenter de calmer ces tensions, Jean XXII, le 7 avril 1317, canonise Louis d'Anjou, archevĂȘque franciscain de Toulouse proche des spirituels. Mais le frĂšre aĂźnĂ© du roi Robert est surtout portĂ© sur les autels comme Ă©tant un homme de toute science, toute pitiĂ© et toute charitĂ©, plein de compassion envers les pauvres[N 3].

Ce geste lui attire la gratitude de Michel de CĂ©sĂšne, gĂ©nĂ©ral des franciscains, qui intervient auprĂšs du Souverain Pontife pour qu'il fixe la constitution franciscaine. Aussi, le 7 octobre 1317, Jean XXII rend publique sa dĂ©crĂ©tale « Quorumdam Exigit Â» qui reconnait les dĂ©libĂ©rĂ©s du dernier Chapitre GĂ©nĂ©ral de PĂ©rouse comme « lucides, solides et mĂ»rs Â», tout en attribuant des biens propres aux frĂšres mineurs[N 4].

Bernard DĂ©licieux, l'agitateur du Languedoc

Le pape ordonne de plus que tous les minorites soient revĂȘtus de l'habit des conventuels et obĂ©issent Ă  leurs supĂ©rieurs sous peine d'excommunication. Ce qui met hors d'eux les partisans de la pauvretĂ© absolue de l'Ordre[N 5]. DĂšs le mois de dĂ©cembre, les spirituels et les fraticelles entrent en rĂ©volte ouverte. À la demande de Michel de CĂ©sĂšne, ministre gĂ©nĂ©ral des Mineurs, le pape rĂ©agit durement en prononçant, par les bulles du 30 dĂ©cembre 1317 et du 23 janvier 1318, l'excommunication des spirituels et des fraticelles.

Parmi ceux-ci, il fallait faire un exemple. Jean XXII charge Michel Monachi, dit Lemoine, inquisiteur franciscain, d'instruire l'affaire et d'excommunier les insoumis. Ainsi, Ă  Marseille, il fait arrĂȘter cinq franciscains. Un seul confesse ses erreurs ; les quatre autres, dĂ©nommĂ©s Jean Barrani, DieudonnĂ© MichaĂ«lis, Guilhem Sancton et Pons Rocha de Narbonne ayant refusĂ© de se rĂ©tracter, ils sont jugĂ©s coupables et brĂ»lĂ©s vifs le 7 mai 1318 dans le cimetiĂšre des Accoules Ă  Marseille[6]. Du coup, spirituels et fraticelles les proclament saints et martyrs. Et dans leurs prĂȘches ils traitent ouvertement le pape d'AntĂ©christ et de monstre dĂ©vorant[N 6].

Un franciscain languedocien, Bernard DĂ©licieux, se rend Ă  Avignon pour dĂ©fendre devant le Souverain Pontife la cause de ses frĂšres. DĂšs son arrivĂ©e, en mai 1318, il est arrĂȘtĂ© et envoyĂ© Ă  Carcassonne devant le tribunal de l'Inquisition prĂ©sidĂ© par Jacques Fournier, dit NovellĂšs, Ă©vĂȘque de Pamiers[N 7]. Son procĂšs dĂ©bouche, le 8 dĂ©cembre 1319, sur une condamnation Ă  la prison perpĂ©tuelle[N 8].

Michel de CĂ©sĂšne et Guillaume d'Occam

Michel de CĂ©sĂšne et Guillaume d'Occam

Mais Jean XXII, tout en condamnant les dĂ©viances des spirituels, ne se priva pas d'utiliser les compĂ©tences des conventuels. Le 15 aoĂ»t 1318, Ă  la demande de Philippe V, il envoie une ambassade Ă  Louis de Nevers, fils comte de Flandre. Celle-ci est conduite par Michel de CĂ©sĂšne.

Pour la circonstance, le général des franciscains s'était attaché les services du trÚs avisé Guillaume d'Occam, célÚbre franciscain qui soutenait des thÚses originales sur l'existence de Dieu et la présence réelle dans l'eucharistie [N 9].

L'ambassade des deux mendiants est couronnĂ©e de succĂšs : le comte de Flandre accepte les offres de paix du roi. Jeanne, la fille du Hutin, renonce Ă  toutes ses prĂ©tentions sur la couronne de France. Mais elle conserve ses droits sur celle de Navarre, qui lui venait de sa grand-mĂšre, et doit Ă©pouser Philippe d'Évreux, cousin du roi de France. Il est prĂ©vu qu'un traitĂ© ultĂ©rieur formalisera cet accord sous l'Ă©gide pontificale.

Jean XXII fait encore un geste envers les frĂšres mendiants, le 17 avril 1320, en portant sur les autels Thomas de Canteloupe, Ă©vĂȘque franciscain anglais, mort en 1282 ; en revanche, il refuse de sanctifier la moniale Claire de Montefalco, dĂ©cĂ©dĂ©e en 1308, Ă  cause de ses Ă©videntes sympathies pour les fraticelles.

La querelle sur la pauvretĂ© de l'Église

Jean XXII en priĂšre
Ubertin de Casale, auteur de Arbor vitae crucifixae Jesu Christi

En dépit des concessions pontificales, des divergences éclatent à nouveau au début de l'année 1322. Ubertin de Casale, théoricien des franciscains spirituels, que le cardinal Napoléon Orsini avait pris sous sa protection en le choisissant comme pénitencier, est sollicité par le Souverain Pontife pour lui présenter une relation motivée sur la question de la pauvreté. Ses conclusions sont immédiatement condamnées par le pape.

Pour rĂ©pliquer Ă  cette bulle pontificale du 26 mars 1322 dans laquelle le principe de la pauvretĂ© de l'Église est remis en question, Michel de CĂ©sĂšne avait rĂ©uni, Ă  PĂ©rouse, le 4 juin suivant, le Chapitre GĂ©nĂ©ral. Il dĂ©fend les arguments du spirituel BĂ©ranger Talon que le pontife a jetĂ© en prison pour avoir affirmĂ© que Nicolas III avait fait de la pauvretĂ© un dogme dans sa bulle « Exit qui seminal Â».

Le 8 dĂ©cembre le pontife avignonnais rĂ©plique au Chapitre de PĂ©rouse par la bulle « Ad conditionem canonum Â». Il y dĂ©cide que le SiĂšge Apostolique se dĂ©chargera sur les « pauvres Â» franciscains de tous les biens qu'il gĂ©rait en leur nom.

Le 14 janvier 1323, Jean XXII accepte pourtant, au cours d'un consistoire, d'Ă©couter les arguments des minorites. Leur porte-parole, Bonagratia de Bergame, dans une pĂ©roraison enflammĂ©e, se met Ă  contester au pape le droit de rĂ©genter leur Ordre car celui-ci Ă©tait de droit divin. ExcĂ©dĂ© par cette outrance le Souverain Pontife envoya aussitĂŽt l'impertinent reconsidĂ©rer ses thĂšses entre quatre murs.

Enfin Jean XXII, par sa dĂ©crĂ©tale « Cum inter non nullus Â», condamne le Chapitre de PĂ©rouse. Du coup Louis de BaviĂšre, auquel le pape contestait l'Empire, se fait un devoir de soutenir les franciscains dans une dĂ©claration faite Ă  Sachsenhausen ; une Église pauvre ne pouvant lui contester le droit de lĂ©gifĂ©rer sur les affaires terrestres. Jean XXII rĂ©plique Ă  cette prise de position par sa dĂ©crĂ©tale « Quia quorundam Â» et convoque sans façon Michel de CĂ©sĂšne Ă  Avignon. PrĂ©fĂ©rant rester en Italie dans son bastion de PĂ©rouse, le gĂ©nĂ©ral des franciscains se fait passer pour malade et dĂ©lĂ©gua Ă  sa place les frĂšres Modeste Custodio et Jean Fidanza. Prudent, le cardinal Orsini convainquit le pape de charger Ubertin de Casale de porter sa dĂ©crĂ©tale auprĂšs du roi d'Aragon.

Politique intérieure

Les premiers palais des papes

Le vieux chĂąteau des papes Ă  ChĂąteauneuf-du-Pape
Gros de Jean XXII frappé à l'atelier monnaitaire de Sorgues

DĂšs son arrivĂ©e, profitant de sa connaissance du diocĂšse d’Avignon, Jean XXII le rĂ©organise. Un de ses premiers actes fut de doter la manse du chapitre canonial de Notre-Dame des Doms en lui adjoignant les abbayes de Saint-Paul-de-Mausole, Ă  Saint-RĂ©my-de-Provence, et de Saint-Michel de Frigolet, Ă  Barbentane. D’emblĂ©e, le nouveau pape s’impose comme un remarquable administrateur et un grand bĂątisseur. À peine installĂ© depuis un trimestre, il fait construire un chĂąteau neuf, dans ce qui allait devenir ChĂąteauneuf-du-Pape[N 10]. Les comptes de la RĂ©vĂ©rende Chambre Apostolique nous apprennent que Jean XXII consacra 3 000 florins Ă  la restauration du vieux chĂąteau datant du XIIe siĂšcle[N 11].

Les travaux vont durer de 1317 Ă  1333. Son maĂźtre d’Ɠuvre est Raynaud HĂ©brard et son maĂźtre charpentier Raymond MĂ©ziĂšres. Ce dernier dut faire descendre deux trains entiers de bois flottĂ© sur le RhĂŽne par les radeliers de Seyssel. Dans le mĂȘme temps, le pontife fait planter, par des vignerons venus de Cahors, le premier vignoble pontifical.

On dit que c’est encore l’amour du bon vin qui dĂ©cide sa SaintetĂ©, en 1317, Ă  acquĂ©rir auprĂšs de Jean II, Dauphin du Viennois, le terroir et la ville de ValrĂ©as. Cet achat est conclu le 13 aoĂ»t 1317 pour 16 000 livres parisis que Jean XXII va rĂ©cupĂ©rer par imposition sur les villes et les villages du Comtat Venaissin. Et c'est le 20 septembre 1325 qu'il achĂšte Ă  Giraud Amic de Sabran son vignoble de SĂ©oule (aujourd’hui Sylla), sur le terroir de Saint-Saturnin-lĂšs-Apt.

À la mĂȘme pĂ©riode le pontife fait construire d’autres chĂąteaux neufs Ă  BĂ©darrides, Barbentane, ChĂąteauneuf-de-Gadagne (alors Giraud-Amic), Noves et Saint-Laurent-des-Arbres. Pour les dĂ©corer et orner, il fait venir Pierre du Puy, un franciscain de Toulouse qualifiĂ© de « peintre du pape Â», assistĂ© de Pierre Massonnier. Entre 1316 et 1322, l’architecte de tous ces chantiers est Guillaume Giraud de Cucuron, que le pape va combler de bĂ©nĂ©fices Ă  Noves, Saint-Andiol et faire chanoine de Saint-Agricol d’Avignon.

En 1322, quand l’abbĂ© de Cluny rĂ©trocĂšde Ă  Jean XXII Pont-de-Sorgues oĂč depuis 1274 Ă©tait installĂ© l’atelier de frappe des monnaies pontificales, le pontife y fait amĂ©nager le premier palais des papes dans le chĂąteau ayant appartenu aux comtes de Toulouse[N 12].

La restructuration des diocĂšses occitans

Puis, entre 1317 et 1318, ce fut une Ă©norme mutation que fit subir le pape Ă  la majoritĂ© des diocĂšses du sud de la France. Celui de Toulouse, fut amputĂ© des diocĂšses de Saint-Papoul, le 22 fĂ©vrier 1317, de Lombez, le 11 juillet 1317, et de Lavaur, le 26 septembre 1317. Pour faire passer sa rĂ©forme, Jean XXII jugea politique d'Ă©lever l’évĂȘchĂ© toulousain au statut d’archevĂȘchĂ© le 26 mai 1317. L’archidiocĂšse de Narbonne, quant Ă  lui, fut amputĂ© des diocĂšses d’Alet, aprĂšs la suppression de l’éphĂ©mĂšre Ă©vĂȘchĂ© de Limoux, et de Saint-Pons-de-ThomiĂšres, le 1er mars 1318.

Du diocĂšse de Clermont fut sorti celui de Saint-Flour, le 22 fĂ©vrier 1318 ; du diocĂšse d’Albi, Castres, en 1317, et de celui d’Agen, Condom, en 1317. Le diocĂšse de Poitiers se vit retirer ceux de Luçon et de Maillezais, le 13 aoĂ»t 1317 ; celui de Cahors, Montauban, le 25 juin 1317 ; Pamiers, ceux de Rieux, le 11 juillet 1317, et de Mirepoix, le 27 septembre 1317. Du diocĂšse de PĂ©rigueux, ce fut Sarlat ; de celui de Limoges, Tulle, et de Rodez, Vabres, tous constituĂ©s en Ă©vĂȘchĂ© le 13 aoĂ»t 1317.

En multipliant ainsi les Ă©vĂȘchĂ©s, le second pape d’Avignon, en bon cadurcien[N 13], remettait le pouvoir spirituel Ă  des prĂ©lats citadins, alliĂ©s naturels de la bourgeoisie marchande. Jean XXII n'oublia pas la ville des comtes-Ă©vĂȘques de Cahors en y crĂ©ant en 1332 une universitĂ© afin de renforcer cette Ă©lite.

RĂ©organisation du Comtat Venaissin

Fresque de la Galerie du Vatican montrant le Comtat Venaissin, par Ignazio Danti (1580-1583)

Afin d’asseoir sa puissance en tant que comte du Venaissin, Jean XXII informe le grand maĂźtre Foulques de Villaret, le 13 juin 1317, qu’il dĂ©sirait se faire restituer toutes les possessions que les Hospitaliers de Saint-Jean-de-JĂ©rusalem gĂ©rait dans le Comtat depuis 1276.

L’ordre de l’hĂŽpital, mal dirigĂ© par Foulques de Villaret, Ă©tait trĂšs endettĂ©. En 1319, les chevaliers dĂ©posent Foulques et le remplacent par Maurice de Pagnac. Jean XXII convoque les deux protagonistes Ă  Avignon. Pour Ă©viter la dilapidation des possessions, il interdit les aliĂ©nations des terres et met en place des ressources nouvelles. Il sauve ainsi cet ordre prestigieux.

Il entreprit ensuite de restructurer l’administration de ses États. Par la « bulle de dismembration Â», en date du 12 avril 1320, il autorisa son neveu Arnaud de Trian, Recteur du Comtat, Ă  quitter Pernes pour s’installer Ă  Carpentras qui devint ainsi la nouvelle capitale du Venaissin[N 14].

Le 18 juin 1319, il nomme sur la recommandation des dignitaires de l'Ordre le Prieur de Provence HĂ©lion de Villeneuve Grand MaĂźtre des hospitaliers[7]. le pape se fait cĂ©der les biens gĂ©rĂ©s par l’Ordre dans le Comtat[N 15]. Les Chevaliers de Saint-Jean de JĂ©rusalem se dĂ©possĂšdent de tous leurs fiefs comtadins, des droits relevant de l’ancienne baillie du Temple Ă  Richerenches ainsi que de la majoritĂ© de leurs biens propres.

La croisade des Pastoureaux

Article dĂ©taillĂ© : Croisade des Pastoureaux.
Pastoureaux assiégeant une ville

À la suite d’un pĂšlerinage au Mont-Saint-Michel, des groupes de Miquelets, essentiellement de jeunes paysans du Nord de la France, s’étaient organisĂ©s pour partir en croisade. Ce sont les Pastoureaux. Ce vaste mouvement populaire est soutenu par les prĂȘches enflammĂ©s d’un bĂ©nĂ©dictin apostat et d’un prĂȘtre interdit pour sa conduite, qui les ont convaincu de l’urgence du « Saint Voyage Â» pour aller combattre les infidĂšles. Par bandes entiĂšres, ces Pastoureaux convergent vers Paris oĂč ils entrent le 3 mai 1320[8]. Cinq jours plus tard, averti de ce mouvement incontrĂŽlĂ© et subversif, Jean XXII lance l’excommunication contre tous ceux qui se croisent sans l’autorisation pontificale.

AprĂšs quelques pogroms, ils se laissent convaincre de quitter Paris recrutant sur leur passage de nouveaux adeptes. Au dĂ©but du mois de juin, les Pastoureaux traversĂšrent la Saintonge et le PĂ©rigord, qu’ils dĂ©vastent et pillent. De plus en plus nombreux, ils entrent en Guyenne. ArrivĂ©s dans l’Agenais, ils se divisent en deux groupes. Le premier traverse les PyrĂ©nĂ©es par le chemin de Saint-Jacques pour continuer ses massacres en Espagne[N 16]. Le second groupe remonta la vallĂ©e de la Garonne massacrant cagots[N 17] et juifs.

Juifs portant la rouelle condamnés au bûcher

Mis au courant du carnage, Pierre Raymond de Comminges, que Jean XXII venait de nommer archevĂȘque de Toulouse, Ă©crit au pape pour lui demander aide et conseil. Le pape accuse alors le roi de France d’irresponsabilitĂ© et s’étonne, auprĂšs de son lĂ©gat Gaucelme de Jean, « que la prĂ©voyance royale ait nĂ©gligĂ© de rĂ©primer les excĂšs et le pernicieux exemple des Pastoureaux, qu’on devrait plutĂŽt appeler loups, rapaces et homicides, dont les procĂ©dĂ©s offensent gravement la MajestĂ© Divine, dĂ©shonorant le pouvoir royal et prĂ©parant, pour tout le royaume, des dangers inexprimables si on ne les arrĂȘte pas Â».

Ce qui n’empĂȘche point, le 25 juin, les Pastoureaux de s’en prendre aux juifs d’Albi et de Toulouse. Quatre jours plus tard, ils sont aux portes de Carcassonne oĂč l’armĂ©e royale les attend. PlacĂ©e sous le commandement d’Aimeric de Cros, le SĂ©nĂ©chal du Languedoc, elle a le soutien des troupes du jeune Gaston II de Foix-BĂ©arn, alors ĂągĂ© de douze ans. Les Pastoureaux sont Ă©crasĂ©s.

Les rescapĂ©s du massacre s’enfuient vers la rĂ©gion de Narbonne. Les consuls, avertis par le SĂ©nĂ©chal, mettent leur citĂ© en Ă©tat de dĂ©fense[N 18]. Le pape Ă©crit Ă  l’archevĂȘque Bernard de Fargues pour qu’il fasse de mĂȘme. Les routes et les cols sont barrĂ©s et l’on pend systĂ©matiquement les chemineaux, les fuyards et tout ce qui ressemblait de prĂšs ou de loin Ă  un Pastoureau. Bref il n’en resta plus un seul en Languedoc Ă  l’automne 1320[N 19].

Le pape spolie les juifs

Porte de l'ancienne Juiverie de MalaucĂšne

Mais les malheurs des juifs n’en Ă©taient pas finis pour autant. Charles IV de France, troisiĂšme fils de Philippe le Bel, aprĂšs la mort de son frĂšre Philippe, est couronnĂ© Ă  Reims par l’archevĂȘque Raymond de Courtenay, le 9 fĂ©vrier 1322. ConsidĂ©rant que son TrĂ©sor est par trop vide, il n’hĂ©site pas Ă  poursuivre la politique de son pĂšre et fait expulser les juifs de France afin de rĂ©cupĂ©rer leurs biens. Jean XXII trouve la mesure excellente et, pour ne pas ĂȘtre en reste, il fait de mĂȘme avec les juifs d’Avignon et du Comtat qui se rĂ©fugient en DauphinĂ© et en Savoie. Pour parfaire l’expulsion, le pape juge utile et nĂ©cessaire de faire jeter Ă  bas les synagogues de BĂ©darrides, BollĂšne, Carpentras, Le Thor, MalaucĂšne, Monteux et Pernes[N 20].

Cette chasse aux juifs n’empĂȘche pas la justice royale de se pencher sur le cas d’un brigand gascon du nom de Jourdian de l’Isle. Ses actes lui valent d’ĂȘtre arrĂȘtĂ© en mai 1322, Ă  la veille de la TrinitĂ©. C’est un neveu par alliance de Jean XXII. AccusĂ© de viols, assassinats, rapines et brigandages, il est condamnĂ© Ă  mort et exĂ©cutĂ© le mois suivant[N 21].

Le pape conteste en vain les innovations musicales

Philippe de Vitry

Le compositeur et thĂ©oricien Philippe de Vitry ayant publiĂ© vers 1320 Ă  Paris son fameux traitĂ© Ars Nova qui faisait le point sur un certain nombre d'innovations en matiĂšre de Notation musicale qui allaient permettre aux compositeurs de l'Ă©poque de s'affranchir notamment de certaines contraintes rythmiques et d'enrichir le langage musical, le pape, sollicitĂ© par certaines autoritĂ©s ecchĂ©siastiques, rĂ©dige en 1324-1325, la DĂ©crĂ©tale Docta sanctorum patrum dans laquelle il fustige[9] ces innovations et leurs consĂ©quences : « ils mettent toute leur attention Ă  mesurer les temps, s'appliquent Ă  faire les notes de façon nouvelle, prĂ©fĂšrent composer leurs propres chants que chanter les anciens, divisent les piĂšces ecclĂ©siastiques en semi-brĂšves et minimes ; ils hachent le chant avec les notes de courte durĂ©e, tronçonnent les mĂ©lodies par des hoquets, polluent les mĂ©lodies avec des dĂ©chants et vont jusqu'Ă  les farcir de « triples Â» et de motets en langue vulgaire Â».

Cette décrétale resta sans effet et le Pape en prit son parti puisqu'il finit par témoigner à Philippe de Vitry son estime en le comblant de bénéfices et en l'invitant à Avignon.

Politique extérieure

Italie du Nord

BĂ©nĂ©ficiant de la protection des Royaume de France et de Naples, la papautĂ© n'est plus vulnĂ©rable aux intrigues italiennes ou Ă  une intervention de l'armĂ©e impĂ©riale en Italie. Par contre le pape est conscient de la prĂ©Ă©minence des gibelins[N 22]. dans les villes du nord de l'Italie et s'inquiĂšte en particulier de la puissance de Matteo Visconti[10]. A la mort de l'empereur Henri VII en 1313, il y a concurrence entre Louis de BaviĂšre et FrĂ©dĂ©ric d’Autriche avec une double Ă©lection faite respectivement Ă  Aix-la-Chapelle et Ă  Bonn.les princes s'Ă©tant divisĂ© en deux factions, le Jean XXII, pense pouvoir en profiter: il refuse de choisir entre les deux Ă©lus. Il dĂ©clare l'Empire vacant et nomme le roi de Naples Robert le Sage vicaire pour l'Italie le 14 mars 1314[11]. Le conflit tourne Ă  l'Ă©preuve de force avec les gibelins: Matteo Visconti, le maĂźtre de Milan excommuniĂ©, envoie son fils Marco Visconti assiĂ©ger GĂȘnes. Le Robert le Sage dĂ©bloque la ville le 21 juillet 1318[10]. Le lĂ©gat Bertrand du Pouget, envoyĂ© Ă  la tĂȘte d'une armĂ©e pontificale pour appliquer la dĂ©cision s'acquitte de sa tache avec rudesse et s'attire de nombreuses inimitiĂ©s[12].

Le pape et l’empereur

L'empire au XIIIe et XIVe siĂšcle      Possessions des Wittelsbach      Possessions des Habsbourg      Possessions des Luxembourg

Louis IV de BaviĂšre, vainqueur de FrĂ©dĂ©ric d’Autriche Ă  MĂŒhldorf le 28 septembre 1322, entreprend de faire valoir ses droits en Italie et proteste contre l’occupation de la Lombardie « terre d’empire Â» par les troupes pontificales et angevines. Intervenant militairement en faveur des Visconti, il dĂ©livre Milan assiĂ©gĂ©e le 28 juillet 1323 et occupe Pavie[13]. et prend contact avec les milanais qui se posent en vicaires du roi des Romains et se heurtent aux reprĂ©sentants du pape. Ce conflit soulĂšve une question de principe : le pape prĂ©tend ĂȘtre le vicaire de l'empire en Italie pendant la vacance du trĂŽne impĂ©rial. Or, Ă  ses yeux le trĂŽne est vacant puisque la dĂ©signation de Louis de BaviĂšre n'a pas obtenu l'approbation pontificale[14]. Le 8 octobre 1323, le pape dĂ©clare que le « Bavarois Â» a usurpĂ© les droits dont il fait usage ; s'il n'y renonçait pas dans les trois mois, il serait excommuniĂ© ; en attendant, le vicariat d'empire en Italie reviendrait au roi de Naples, Robert d'Anjou. Cet ultimatum est le point de dĂ©part d'une querelle qui durera prĂšs d'un quart de siĂšcle. L'empereur dĂ©pĂȘche une armĂ©e dans la pĂ©ninsule et rĂ©pond qu'il tient l'Empire de Dieu seul grĂące Ă  l'Ă©lection des princes et donc que son Ă©lection ne requiert aucune confirmation et que la seule prĂ©rogative papale en la matiĂšre est de le couronner.

Jean XXII qui est peu conciliant de caractĂšre, doit faire comprendre au monde chrĂ©tien que le dĂ©placement de la papautĂ© de Rome Ă  Avignon n'affecte aucunement l'autoritĂ© du successeur de Pierre. Excellent juriste, il entend faire appliquer Ă  la lettre les textes canoniques. Loin de se soumettre, Louis de BaviĂšre riposte en publiant trois « appellations Â», entre dĂ©cembre 1323 et mai 1324: destinĂ©es en principe au pape, elles s'adressent aussi Ă  tous ceux qui sont capables en Allemagne, dans les villes surtout, de discerner les enjeux du dĂ©bat. Jean XXII l'excommunie le 23 mars 1324[13]. De son cĂŽtĂ©, de la chapelle des Teutoniques de Sachsenhausen, Louis lance un appel au concile gĂ©nĂ©ral pour juger le pape, accusĂ© d'hĂ©rĂ©sie et d'usurpation de bien d'autrui. Les papes d'Avignon qui vivent dans l'opulence se heurtent depuis des annĂ©es Ă  l'opposition des ordres mendiants et Louis de BaviĂšre, accueille et soutient les Franscicains. Le 22 mai, l’alliance entre l’empereur excommuniĂ© et les franciscains spirituels est rendue publique[N 23]. Ce front uni est aussi inattendu que dangereux. Aussi le 11 juillet, le pape dĂ©clare le Bavarois dĂ©chu de ses droits impĂ©riaux et contumax. Le 14 juillet 1324, Jean XXII dĂ©pose Louis de BaviĂšre[13].

Les franciscains soutiennent l’Empire


Bas-relief de Louis IV de BaviĂšre, au palais des papes d'Avignon

Mais, Louis de BaviĂšre sait que le pape est vulnĂ©rable et ne cĂšde pas. Le coĂ»t de la rĂ©organisation du Saint-SiĂšge en un Ă©tat moderne lui suscite des ennemis: la levĂ©e des annates et la centralisation, mĂ©contentent les collateurs ordinaires dont elle rogne les prĂ©rogatives et pousse Ă  bout les contribuables impitoyablement pressurĂ©s[15]. La fraction de l'ordre franciscain qui prĂŽne une pauvretĂ© radicale se dit profondĂ©ment scandalisĂ©e par la richesse des dignitaires ecclĂ©siastiques ; certains de ces « Spirituels Â» professĂšrent le joachimisme qui annonçait l'irruption d'une Ăšre nouvelle. CondamnĂ©s par la papautĂ©, persĂ©cutĂ©s Ă  l'intĂ©rieur de leur famille religieuse, ils pouvaient penser qu'ils Ă©taient seuls Ă  ĂȘtre marginalisĂ©s ; or, en 1323, nombreux sont ceux qui contestent le poids de la fiscalitĂ© papale , l'accusant de servir Ă  financer les fastes de la cour Avignonaise. Dans les fait, Jean XII refusait le luxe des cours princiĂšres mĂȘme s'il n'Ă©tait pas austĂšre[15]. Les Fraticelles eurent la surprise de voir la majoritĂ© de leurs confrĂšres, ministre gĂ©nĂ©ral en tĂȘte, les rejoindre dans l'opposition au pape: celui-ci venait de condamner une opinion partagĂ©e par la plupart des franciscains : la pauvretĂ© personnelle du Christ. En promulguant ce texte Jean XXII se fait des adversaires dans toute la chrĂ©tientĂ© et nombre de thĂ©ologiens de talent, tel Guillaume d'Occam[N 9] qui les rallient. Louis de BaviĂšre en joue et accueille les franciscains en rupture de ban auxquels se joint Marsile de Padoue dont l'Ɠuvre maĂźtresse, le Defensor pacis, subordonne le pouvoir spirituel au temporel[16]. ConseillĂ© par cet Ă©tat-major, Louis se rend Ă  Rome dĂ©cide de se faire couronner Ă  Rome. Il descend en Italie avec son armĂ©e et met fin, Ă  une sĂ©rie de succĂšs militaires du LĂ©gat Bertrand du Pouget qui a ralliĂ© l'Émilie et la Romagne, occupĂ© ModĂšne, Parme et Reggio Ă  l'Ă©tĂ© 1326 et soumis Bologne (qui pourrait ĂȘtre une capitale pontificale plus stable que Rome) en fĂ©vrier 1327[17].

Simone Saltarelli, archevĂȘque de Pise, admonestant Michel de CĂ©sĂšne et Guillaume d'Occam

En Avignon une algarade entre Michel de CĂ©sĂšne et le pontife dĂ©clenche une tempĂȘte. Le 9 avril 1327, Jean XXII se permet de traiter le gĂ©nĂ©ral des franciscains de « tyran, fauteur d’hĂ©rĂ©sie et serpent rĂ©chauffĂ© dans le sein de l’Église Â». AssignĂ© Ă  rĂ©sidence, CĂ©sĂšne s’attend Ă  ĂȘtre arrĂȘtĂ© Ă  tout moment. C’est alors que l’on apprend Ă  la Cour pontificale que Louis de BaviĂšre et ses troupes impĂ©riales sont entrĂ©s en Italie. ArrivĂ© Ă  Trente, il dĂ©clare que Jean XXII – qu’il n’appelle plus que le « prĂȘtre Jean Â» ou « Jacques de Cahors Â» – est hĂ©rĂ©tique et indigne du trĂŽne de saint Pierre. Puis, il quitte le Trentin le 15 mars pour rejoindre la Lombardie.

Le 27 mai, Michel de CĂ©sĂšne et Guillaume d'Occam, accompagnĂ©s de François d’Ascoli, Bonagrazia de Bergame et Henri de Talheim, s’éclipsent d’Avignon. À Aigues-Mortes, ils sont rejoints par le cardinal Pierre d'Arrablay qui tente de les convaincre de retourner dans la citĂ© papale. Sa mission Ă©choue. Les cinq franciscains embarquent et passent par Pise au cours du mois de juin 1327. L’archevĂȘque pisan, Simone Saltarelli, en informe aussitĂŽt le SiĂšge Apostolique d’Avignon. Le 11 octobre 1327, alors que Louis de BaviĂšre entre dans Pise, Simone Saltarelli quitte la ville avec ses familiers et nombre de clercs. Il se rĂ©fugie Ă  Sienne, puis Ă  Massa Maritima le 7 janvier 1328, ensuite Ă  Florence et, pour terminer, s'installe Ă  Avignon auprĂšs du pape.

PoussĂ© par les franciscains, l'empereur excommuniĂ© qui est attendu par les gibelins comme celui qui pourra s'opposer au lĂ©gat du Pape se rend rapidement impopulaire par de nombreux impairs. le 31 mai 1327, Ă  Milan, il reçoit la couronne des roi lombard des mains d'un Ă©vĂȘque excommuniĂ© , car l'archevĂȘque s'est absentĂ© pour ne pas officier. Il fait arrĂȘter Galeazzo Visconti qui l'a pourtant reçu fastueusement mais manifeste trop d'esprit d'indĂ©pendance. L'empereur se croyant tout permis nomme trois Ă©vĂȘques. Sa popularitĂ© s'effondre mĂȘme chez les gibelins les plus convaincus: pour rentrer dans Pise il doit assiĂ©ger la ville pendant un mois[17]. Rome lui ouvre ses portes plus pour se venger du transfert de la papautĂ© Ă  Avignon que par attrait pour l'empereur. Le lĂ©gat Giovanni Orsini ayant ordonnĂ© Ă  tout le clergĂ© de quitter la ville, c'est Sciarra Colonna, un membre puissant de la noblesse romaine qui en tant que reprĂ©sentant le peuple romain qui couronne l'empereur, le 17 janvier 1328. En recourant Ă  des laĂŻcs pour sacraliser une fonction qui est en partie religieuse Louis de BaviĂšre perd tout son crĂ©dit. Le pape saisit l'occasion pour dĂ©clarer la dĂ©chĂ©ance de l'empereur le 3 avril 1328. Seule l'incapacitĂ© de Ă©lecteurs Ă  s'entendre empĂȘche l'Ă©lection d'un nouvel empereur[18].


 et font sacrer un antipape

Michel de CésÚne, ministre général de l'ordre des franciscains
Guillaume d'Occam
Marsile de Padoue en 1319

Le 9 avril, l'empereur est rejoint Ă  Rome par Michel de CĂ©sĂšne et Guillaume d'Occam. Ils lui apportent leur soutien et il n’est pas nĂ©gligeable, le gĂ©nĂ©ral des franciscains justifiant sa prĂ©sence par un axiome trĂšs occamiste : « Tout pape peut errer dans la foi ou dans les mƓurs, mais l’Église prise dans son ensemble n’erre jamais Â». Cela pousse Louis Ă  surenchĂ©rir: le 14 avril, il dĂ©clare Jean XXII dĂ©posĂ© pour hĂ©rĂ©sie. Michel de CĂ©sĂšne et Guillaume d'Occam n’ont aucune peine Ă  convaincre le Bavarois qu’il lui faut un nouveau Souverain Pontife Ă  sa convenance. Souhaitant s'assurer le soutien des romains, il Ă©dicte le 23 avril que le pape ne pourrait plus quitter Rome sans leur accord et qu'il ne devrait pas s'Ă©loigner plus de 2 jours[18]! Mais aucun cardinal n'a abandonnĂ© le pontife et il se passe donc d'Ă©lection: il dĂ©signe le franciscain Pietro Rainalucci da Corbara sur proposition de Michel de CĂ©sĂšne. Il fait valider cette dĂ©signation par acclamation par le peuple Romain. L'antipape prend le nom de Nicolas V et est couronnĂ© Ă  Saint-Pierre le 22 mai 1328[19]. Le pontife n'Ă©tant reconnu par aucun Ă©vĂȘque, il promeut seize clercs mais aucun n'est reconnu dans son diocĂšse: l'audience de Nicolas V se limite Ă  des couvents de Franciscains[19]. Louis de BaviĂšre nomme alors Marsile de Padoue « Vicaire au spirituel Â» de Rome avant de s’en retourner Ă  Pise annoncer qu’il repasserait sous peu le col du Brenner[N 24].

Dans cette affaire, Louis de BaviĂšre s'est complĂštement discrĂ©ditĂ© : La chrĂ©tientĂ©, reste fidĂšle Ă  Jean. Il sort de Rome sous les huĂ©es le 4 aout 1328. Il s'Ă©tablit Ă  Pise aprĂšs avoir ravagĂ© le DuchĂ© de SpolĂšte. Nicolas V ne peut se maintenir Ă  Rome et doit fuir et rejoindre l'empereur Ă  Pise en janvier 1329, dĂ©rogeant ainsi Ă  l'Ă©dit du 23 avril. Apprenant que les Visconti se rapprochaient du LĂ©gat Bertrand du Poujet, Louis redoute de voir se fermer l'itinĂ©raire d'un retour en Italie. Il quitte prĂ©cipitamment Pise pour soutenir les gibelins de Lombardie, mais il trouve porte close. Pendant ce temps, Bertand du Pouget renforcĂ© par une armĂ©e florentine exerce une rĂ©pression fĂ©roce contre les gibelins. Louis de BaviĂšre regagne la Germanie[N 25] et la Ligue gibeline privĂ©e de chef et de raison d'ĂȘtre se dissout en 1330[20]. RassurĂ©es par leur prochain dĂ©part d’Italie, le 12 aoĂ»t, les citĂ©s de Florence et de Pise jugent opportun de signer la paix avec les ImpĂ©riaux.

Nicolas V est isolĂ©, aprĂšs maints pĂ©riples[N 26], il se rĂ©fugie, le 11 avril 1329, chez le comte de Donoratico. Celui-ci obtient la vie sauve du franciscain au bout d’un an de transactions. L’antipape doit accepter de se soumettre et faire amende honorable[N 27]. LivrĂ© Ă  Jean XXII, il abdique le 25 aout et abjure publiquement ses erreurs le 6 septembre. Selon l’expression des chroniqueurs de l’époque, « le pape le traite en ami et le garde en ennemi Â». Il meurt consignĂ© dans le palais pontifical le 16 octobre 1333.

Louis de BaviĂšre trĂšs affaibli se met en quĂȘte d'une solution nĂ©gociĂ©e. Mais les points de vue sont inconciliables et les nĂ©gociations durent 7 ans sans aboutir: Louis veut bien reconnaĂźtre ses fautes, mais il refuse catĂ©goriquement de faire dĂ©pendre l'exercice de son pouvoir de l'approbation du Saint-SiĂšge ; or le Saint-SiĂšge maintient cette exigence. BenoĂźt XII, qui succĂšde en 1334 Ă  Jean XXII, est plus souple que son prĂ©dĂ©cesseur mais ne cĂšde pas sur la question de l'approbation papale. Aux divergences de fond venaient s'ajoutent les lenteurs d'une procĂ©dure canonique extrĂȘmement complexe.

Jean XXII et l’Espagne

La mort du roi Sanche de Majorque le 4 septembre 1324 avait entraĂźnĂ© un conflit entre Jaime III (ou Jacques) de Majorque neveu du dĂ©funt mais ĂągĂ© seulement de 10 ans et Jaime II d’Aragon. Jean XXII intervint et fit accepter Philippe de Majorque comme tuteur du jeune roi. Les perpignanais s’étant emparĂ©s du jeune roi, l’interdit fut jetĂ© sur Perpignan. Un compromis fut trouvĂ© le 24 septembre 1325 : Jaime II d’Aragon renonçait Ă  tous ses droits sur Majorque et Jaime III de Majorque devait Ă©pouser la fille de l’infant Alphonse grĂące Ă  une dispense pontificale. Jean XXII accorda cette dĂ©rogation aprĂšs que le roi d’Aragon eut pacifiĂ© la ville de Perpignan et rendu le jeune roi de Majorque au rĂ©gent Philippe. Jean XXII remportait ainsi un brillant succĂšs politique.

Le royaume de Naples

Le roi de Naples, Robert d'Anjou, comte de Provence, avait, depuis son second mariage avec Sancia de Majorque, Ă©coutĂ© d'une oreille favorable les thĂšses des fraticelles. Parmi les ordres mendiants, Jean XXII avait fait son choix et aux franciscains, partisans de la pauvretĂ© absolue de l'Église, il privilĂ©gia l’Ordre des dominicains qui dĂ©fendait la notion de pauvretĂ© relative de l’Église.

La canonisation de Thomas d’Aquin

À Avignon, durant le premier semestre 1323, on ne parla que de la canonisation de Thomas d’Aquin, thĂ©ologien dominicain dont le procĂšs commencĂ© en 1318 s'Ă©tait terminĂ© en 1322.

Thomas d’Aquin Ă©tant issu de la famille des comtes d’Aquino, dans le royaume de Naples, cela servit de prĂ©texte Ă  Jean XXII pour inviter Ă  cette cĂ©rĂ©monie Robert d’Anjou afin de tenter de le remettre dans le droit chemin de la vĂ©ritĂ©. Le comte-roi assista en personne au consistoire 18 juillet 1323 au cours du quel le pape proclama la saintetĂ© de la vie et des moeurs du futur « Docteur AngĂ©lique Â».

Les frĂšres de la Pauvre Vie et les Angevins de Naples

Philippe de Majorque[N 28], beau-frĂšre du roi Robert et « mystique Ă©trange et rĂ©volutionnaire Â», juge judicieux, quant Ă  lui, de s’affronter vivement Ă  la papautĂ©. Le 6 dĂ©cembre 1329 (« jour saint Nicolas Â»), dans un violent prĂȘche, il dĂ©fend, contre Jean XXII, les bĂ©guins et ses frĂšres de la Pauvre Vie, une branche des fraticelles ou « zelanti Â» en Italie. GrĂące au couple royal, ce franciscain avait pris une place dĂ©cisive dans la Cour angevine. Ce fut d’ailleurs Ă  sa demande que Delphine de Sabran, amie et confidente de la reine Sancia, prononce, en 1331, ses vƓux de pauvretĂ©. Pour rĂ©aliser sa promesse elle dut vendre les seigneuries et le patrimoine foncier que lui avait lĂ©guĂ©, en 1317, son dĂ©funt Ă©poux ElzĂ©ar, comte d’Ariano.

Sous la double influence de Philippe de Majorque et de la comtesse de Sabran, la Cour de Naples Ă©tait devenu un repaire de dĂ©viants franciscains. Les chapelains royaux, Andrea de Galiano et Pietro de Cadeneto, soutenaient les thĂšses de Michel de CĂ©sĂšne. Roberto de Mileto, autre Ă©minence grise de la Cour, Ă©tait un proche d’Angelo Clareto, tĂȘte pensante des fraticelles. La reine Sancia avait mĂȘme accueilli deux Ă©vĂȘques en rupture de ban, Giovanni de Bartholeo, relevĂ© de son siĂšge de Calvi, et Guillaume de la Scala, qui Ă©tait devenu son confesseur.

Divergences avec le roi Robert

Bulle d'or impériale
Les guelfes alliés du pape, les gibelins partisans de l'empereur

Jean XXII souhaite profiter de l'affaiblissement de l'empereur pour prendre le contrĂŽle de toute l'Italie. Jean de Luxembourg, dit l'Aveugle, roi de BohĂȘme et fils d'Henri VII qui avait Ă©tĂ© Ă©vincĂ© de l'Ă©lection de Louis IV car trop jeune, a des vues sur la Lombardie. L’Italie du nord est en proie Ă  de nombreux conflits. La ville de Brescia est l’objet de l’un d’eux: Cette ville guelfe assiĂ©gĂ© par les gibelins fait appel Ă  Jean de BohĂšme. Ainsi il y rĂ©pond en dĂ©cembre 1330 et les ayant libĂ©rĂ© est comme maitre par les Brescians. LancĂ© contre les gibelins, il met la main en 1331 sur les villes gibelines de Bergame, Pavie, Verceil et Novare. Il continue son offensive et s'empare de villes aux confins des Ă©tats pontificaux: Parme, Reggio et ModĂšne. Il prend aussi Luques ce qui inquiĂšte les Florentins. Des nĂ©gociations s'engagent avec les autoritĂ© pontificales et le 17 avril 1331 Jean de Luxembourg restitue Parme, Reggio et ModĂšne mais les rĂ©cupĂšre comme fiefs tenu du Saint-SiĂšge[21]. On imagine crĂ©er un royaume guelfe en Italie du Nord subordonnĂ© Ă  l'autoritĂ© pontificale Ă©quivalent au Royaume de Naples pour l'Italie du Sud. Cela permettrait aussi de limiter les possibilitĂ©s pour Robert d'Anjou de soumettre la papautĂ© Ă  un vĂ©ritable protectorat. Jean de BohĂšme, frĂ©quente de longue date la cour de Philippe VI[22]. Le roi de BohĂȘme a besoin du soutien français dans les affaires lombardes et nĂ©gocie Ă  Fontainebleau un traitĂ© d'alliance qui serait cimentĂ© par le mariage d'une de ses filles avec le futur Jean le Bon. Les clauses militaires du traitĂ© de Fontainebleau stipulent qu'en cas de guerre, le roi de BohĂȘme se joindrait Ă  l'armĂ©e du roi de France avec quatre cents hommes d'armes si le conflit se dĂ©roule en Champagne ou dans l'AmiĂ©nois ; avec trois cents hommes, si le thĂ©Ăątre des opĂ©rations est plus Ă©loignĂ©. Les clauses politiques prĂ©voient que la Couronne lombarde ne serait pas contestĂ©e au roi de BohĂȘme s'il parvient Ă  la conquĂ©rir ; et que s'il peut disposer du royaume d'Arles, celui-ci reviendrait Ă  la France. Enfin la ville de Lucques est cĂ©dĂ©e au Roi de France. Mais le roi Robert, comte de Provence, ne peut qu’ĂȘtre hostile Ă  ce projet soutenu par Jean XXII et les villes Italiennes ont depuis longtemps goutĂ© Ă  leur indĂ©pendance: il n'est plus possible dans les faits de leur imposer la soumission Ă  un royaume guelfe comme c'est le cas en Italie du Sud. Guelfes et Gibelins s'allient et crĂ©ent une ligue Ă  Ferrarare qui met Ă  mal les forces de Jean de Luxembourg et de Bertrand du Pouget[23]. Brescia, Bergame, ModĂšne et Pavie tombent Ă  l'automne 1332. Jean de Luxembourg retourne en BohĂšme en 1333 et Bertrand du Pouget chassĂ© de Bologne par une insurrection en 1334[24].

Article dĂ©taillĂ© : Guelfes et gibelins.

Fin du pontificat

Controverse théologique sur la vision béatifique

Bible de Jean XXII
Jean XXII coiffé d'une tiare à une seule couronne

Bien qu’il fĂ»t attentif Ă  Ă©viter les controverses, Jean XXII provoqua un grave diffĂ©rend qui eut un grand retentissement. Ce bourreau de travail et remarquable gestionnaire – il venait de restructurer efficacement les finances pontificales – dĂ©cide de se mĂȘler de thĂ©ologie et fait une bulle au sens propre et figurĂ© sur la vision bĂ©atifique. Dans un sermon Ă  Notre Dame des Doms prononcĂ© le 1er novembre 1331, commentant un texte de Bernard de Clairvaux, il affirma, contrairement Ă  l’opinion gĂ©nĂ©rale des thĂ©ologiens, que les Ăąmes des justes ne contemplent pas Dieu avant la rĂ©surrection des corps et que c’est seulement aprĂšs celle-ci qu’elles auront la contemplation de l’essence divine. Cette idĂ©e fut reprise dans deux autres sermons les 15 dĂ©cembre 1331 et 5 janvier 1332. Dans ce prĂȘche, Jean XXII conclut sa nouvelle orientation thĂ©ologique en dĂ©clarant que les damnĂ©s n’iront en enfer qu’aprĂšs la rĂ©surrection des corps.

Il y eut une insurrection dans l’Église qui ne sut plus Ă  quel saint se vouer. Certains franciscains ravis recommencĂšrent Ă  « dire du mal Â» du pape, ce nouvel AntĂ©christ. Mais leur gĂ©nĂ©ral, GĂ©rard Odon, dĂ©fend les thĂšses pontificales et prononce le 19 dĂ©cembre 1333 Ă  Notre Dame de Paris un sermon reprenant les propos du pape.

En revanche les partisans de Louis de BaviĂšre s’empressent de qualifier Jean XXII d’hĂ©rĂ©tique. NapolĂ©on Orsini, le cardinal au train de vie le plus opulent du SacrĂ© CollĂšge et qui avait Ă©tĂ© Ă  l’origine de son Ă©lection, lĂąche le pape, se rapproche de ses ennemis les spirituels. On parla de destitution. Philippe de Majorque fut mĂȘme pressenti pour lui succĂ©der. Ce frĂšre de la Pauvre Vie, Ă©tait le candidat du cardinal Napoleone qui Ɠuvra ouvertement pour un concile dĂ©posant le « pape hĂ©rĂ©tique Â». Le pape est alors appelĂ© par dĂ©rision Jacques de Cahors. Une assemblĂ©e de prĂ©lats et de thĂ©ologiens rĂ©unie le 19 dĂ©cembre 1333 se prononce contre la doctrine pontificale. La Sorbonne ne manque pas de faire part au roi de France de ses inquiĂ©tudes
 L’archevĂȘque Pierre Roger est immĂ©diatement mandĂ© Ă  Avignon oĂč il arrive Ă  la fin du mois de fĂ©vrier 1332 et fait un prĂȘche devant le pape sans le sermonner[N 29].

Le sagace sermon avignonnais de Pierre Roger avait tant charmĂ© Jean XXII qu’il le dĂ©signe pour prĂȘcher, Ă  Paris, le sainct voyage d’Oultre Mer, une croisade qui n’eut jamais lieu. Et, gravement malade, le pape se rĂ©tracte le 3 dĂ©cembre 1334.

La derniĂšre initiative pontificale

Les nouvelles venues des plats pays du nord Ă©taient peu rassurantes. Le duc Venceslas de Brabant Ă©tait en butte aux menaces de guerre de ses voisins depuis qu’il avait accueilli Robert d’Artois, le beau-frĂšre fĂ©lon du roi de France. Le 1er mars 1334, l’affaire parue assez sĂ©rieuse Ă  Avignon pour que le pape envoie en lĂ©gation Hugues Aimeric, Ă©vĂȘque du Tricastin, et Jean Artaud, Ă©vĂȘque de Marseille. Ils partirent quatre jours plus tard porteurs de missives pour le duc de Brabant, les Ă©chevins de Malines et Louis de Nevers, comte de Flandre[N 30].

DĂ©cĂšs

Tombeau de Jean XXII, dans la salle au résor de Notre Dame des Doms
Notre-Dame des Doms que fit agrandir et embellir Jean XXII

Le 4 dĂ©cembre 1334, Ă  l'aube, Jean XXII mourait Ă  90 ans. Ainsi disparaissait un pape d’une conduite irrĂ©prochable, douĂ© d’une puissance de travail exceptionnelle. Contrairement Ă  ce qui a pu ĂȘtre affirmĂ©, il ne s’adonna pas aux sciences occultes ; il accorda cependant, comme ses contemporains, un certain crĂ©dit aux « cornes Â» et aux « langues de serpents Â» destinĂ©es Ă  dĂ©celer la prĂ©sence de poisons dans les aliments. Jean XXII a Ă©tĂ© avant tout le grand organisateur de l'administration pontificale et de la structuration du fonctionnement ordinaire de l'Église. Il a Ă©tendu la rĂ©serve des collations, mis en place une fiscalitĂ© sur les bĂ©nĂ©fices, crĂ©Ă© les rouages d'un gouvernement central. Il se montra un excellent gestionnaire et laissa une trĂ©sorerie importante Ă  son successeur.

Jean XXII qui avait fait agrandir l’église Notre Dame des Doms et restaurer les portails, dĂ©sira que sa dĂ©pouille mortelle y eut sa sĂ©pulture. Son neveu, Jacques de Via dĂ©cĂ©dĂ© en 1317, s’était dĂ©jĂ  fait enterrer dans une chapelle de cette Ă©glise. Le tombeau de Jean XXII fut un magnifique monument qui servit de modĂšle Ă  ses successeurs. Il s’agit d’un tombeau Ă  dais en pierre fine de Pernes avec de multiples clochetons[25]. Malheureusement, ce monument attribuĂ© au sculpteur anglais Hugues Wilfred a Ă©tĂ© mutilĂ© Ă  la RĂ©volution et mal restaurĂ©. Toutes les statuettes qui garnissaient les niches ont disparu sauf deux qui se trouvent au musĂ©e du Petit Palais[26] . La statue du pape brisĂ©e a Ă©tĂ© remplacĂ©e par celle d’un Ă©vĂȘque.

Bulles

Sceau d'une bulle pontificale de Jean XXII

Les Bulles de Jean XXII, sont contenus dans 70 volumes manuscrits.

  • 1317 - de canonisation de Saint-Louis de Toulouse
  • 1317 - du 13 juin, reconnaissant l'Ordre de Montesa, affiliĂ© Ă  CĂźteaux, rĂ©unissant dans le Royaume de Valence, dĂ©pendant du roi d'Aragon, les biens de l'HĂŽpital et du Temple.
  • 1317 - du 7 octobre: " Sancta Romana ", dĂ©signant les spirituels franciscains, apostoliques, bĂ©gards et tenants du Libre Esprit, dit Fraticelles, imposant la hiĂ©rarchie des 3 vertus monastiques: l'obĂ©issance, la chastetĂ© et la pauvretĂ©.
  • 1317 - " Spondent quas non exhibent ", condamnant, les alchimistes Ă  des amendes et dĂ©clare infĂąmes, les laĂŻcs s'adonnant Ă  l'art hermĂ©tique, et dĂ©gradant les religieux qui s'y adonnent.
  • 1318 - Elargissant les pouvoirs donnĂ©s aux inquisiteurs pour intenter des procĂšs aux sorciers.
  • 1318 - Reconnaissant Cambridge, comme UniversitĂ©.
  • 1319 - du 15 mars, reconnaissant les Chevaliers du Christ; Ordre du Christ (Portugal)
  • 1319 - du 27 octobre, ordonnant la sĂ©cularisation de l'Ă©glise de Saint-Malo[27].
  • 1320 - du 12 avril: " Bulle de dismembration ", autorisant son neveu, Arnaud de TrianĂ  quitter Pernes, pour Carpentras, nouvelle capitale du Comtat Venaissin, plaçant la seigneurie de Carpentras sous son autoritĂ© et sa juriction temporelle[28].
  • 1320 - Ordonnant de dĂ©pouiller de l'habit religieux le frĂšre Bernard DĂ©licieux.
  • 1322 - Remettant en cause le principe de la pauvretĂ© du Christ et des ApĂŽtres.
  • 1322 - du 8 dĂ©cembre" Ad conditionem canonum "
  • 1323 - du 12 novembre: " Cum inter nonnulos " condamnant, la doctrine de la pauvretĂ© du Christ et des ApĂŽtres.
  • 1326 - Chargeant l'abbĂ© de l'Abbaye de Saint-Martin de Nevers, d'excommunier Bernard Marchand, officier de justice sĂ©culiĂ©re Ă  Autun, coupable d'avoir emprisonnĂ© un moine, avec copie Ă  l'abbĂ© de l'Abbaye de Saint-Martin d'Autun[29].
  • 1329 - du 14 fĂ©vrier, instituant le CollĂšge de Gaillac, dans le Tarn
  • 1329 - du 27 mars: " In gro Dominico " condamnant Ă  titre posthume les 28 propositions de MaĂźtre Eckhart.
  • 1331 - Sur la vision bĂ©atifique
  • 1334 - SĂ©parant l'Italie de l'Empire d'Allemagne ( jamais mise en oeuvre par ses successeurs)
  • 1334 - " Ne super his "

Jean XXII et l'alchimie

PremiĂšre page de l'Art transmutatoire de Jean XXII

La situation de Jean XXII par rapport à l'alchimie est paradoxale. D'un cÎté il a promulgué la décrétale Spondent quas non exhibent (1317) contre les alchimistes.

"Ils promettent des richesses qu'ils ne produisent pas, les pauvres alchimistes, et, en mĂȘme temps, eux qui s'estiment sages, tombent dans la fosse qu'ils ont creusĂ©e. Car, sans aucun doute, les maĂźtres de cet art d'alchimie se leurrent les uns les autres... Ces mĂȘmes hommes dissimulent par des paroles leur imposture, jusqu'Ă  feindre enfin, dans une transmutation truquĂ©e, l'or et l'argent vĂ©ritables que la nature interdit d'ĂȘtre. Parfois leur tĂ©mĂ©ritĂ© va jusqu'Ă  frapper les caractĂšres de la monnaie publique sur du mĂ©tal honnĂȘte devant des yeux honnĂȘtes, et par ce seul moyen ils dupent le peuple ignorant du feu alchimique. (...) Nous dĂ©cidons par cette constitution Ă©dictale que quiconque aura fait de l'or ou de l'argent de cette maniĂšre... qu'il soit contraint de payer au TrĂ©sor public, pour distribuer aux pauvres, Ă  titre de peine, une quantitĂ© d'or ou d'argent Ă©gale Ă  celle de l'or alchimique..."[30]

D'un autre cĂŽtĂ©, deux traitĂ©s d'alchimie sont attribuĂ©s Ă  Jean XXII : L'elixir des philosophes [1], L'art transmutatoire [2][31].

Dans la fiction

La figure du cardinal DuĂšze, devenu pape sous le nom de Jean XXII, a Ă©tĂ© popularisĂ©e par le feuilleton tĂ©lĂ©visĂ© Les Rois maudits, adaptation de la sĂ©rie romanesque Ă©ponyme de Maurice Druon : son personnage, apparaissant dans plusieurs Ă©pisodes, y est interprĂ©tĂ© par Henri Virlojeux (puis par Claude Rich dans la version de 2005).

Une série télévisée en huit épisodes, diffusée sur France 2 en 2007, La Prophétie d'Avignon, avec Louise Monot, se réfÚre au pontificat de Jean XXII.

Bibliographie

Chroniques contemporaines 
  • G. de. Nangis, Chronique latine de Guillaume de Nangis de 1113 Ă  1300 avec les continuations de cette chronique de 1300 Ă  1368, T. I et II, SociĂ©tĂ© de l’Histoire de France, Paris,1843.
  • J. Froissart, Chroniques, texte et notes de Kervyn de Lettenhove, Bruxelles (cf. T. IV Ă  VIII), 1868.
  • J. Froissart, Chroniques, texte et notes de SimĂ©on LucĂ©, Paris (cf. T. IV Ă  VIII), 1873 – 1874.
  • J. Le Bel, Chronique de Jean le Bel (1326-1361), texte et notes de J. Viard et E. Deprez, T. I et II, Vol. 1, 1326-juillet 1342, Vol. 2, AoĂ»t 1342-1361, SociĂ©tĂ© de l’Histoire de France, Paris, 1904-1905.
Études gĂ©nĂ©rales
  • É. Baluze, Vitae paparum Avenionensium, sive collectio actorum veterum, Vol. I et II. Paris, 1693.
  • Tessier, Histoire des souverains pontifes qui ont siĂ©gĂ© dans Avignon, Avignon, 1774.
  • AbbĂ© AndrĂ©, Histoire de la monarchie pontificale au XIVe siĂšcle ou la PapautĂ© Ă  Avignon, Paris, 1845
  • J. B. Christophe, Histoire de la papautĂ© pendant le XIVe siĂšcle avec des notes et des piĂšces justificatives, T. I et II, Paris, 1853.
  • J. B. Joudou, Histoire des souverains pontifes qui ont siĂ©gĂ© Ă  Avignon, Avignon, T. I et II, 1855.
  • G. Mollat, Les papes d’Avignon 1305-1378, Letouzey & AnĂ©, Paris, 1949, neuviĂšme Ă©dition, 598 pages.
  • Y. Renouard, La papautĂ© Ă  Avignon, Paris, 1954.
  • É. G. LĂ©onard, Les angevins de Naples, Presses Universitaires de France, Paris, 1954, 576 pages.
  • B. Guillemain, La cour pontificale d’Avignon, (1309 – 1376). Étude d’une sociĂ©tĂ©, Paris, 1962.
  • D. Paladilhe, Les papes en Avignon, Paris, 1975.
  • R.L. MouliĂ©rac-Lamoureux, Le comtat Venaissin pontifical, 1229-1791, Publications de l’institut vauclusien d’études rhodaniennes, VedĂšne, 1977.
  • B. Guillemain, Les papes d’Avignon (1309 – 1376), Paris, 1998.
  • Florian Mazel, La noblesse et l’église en Provence, fin Xe- dĂ©but XIVe siĂšcle, ComitĂ© des travaux historiques et scientifiques, Paris, 2002.
  • Jean Favier, Les papes d’Avignon, Fayard, Paris, 2006, 826 pages.
Études particuliùres
  • V. VĂ©riaque, Jean XXII, sa vie et ses Ɠuvres, d'aprĂšs des documents inĂ©dits, Éd. Plon, Paris, 1883.
  • Éd. Albe, Autour de Jean XXII. Hugues GĂ©rard, Ă©vĂȘque de Cahors : l'affaire des poisons, Bulletin de la SociĂ©tĂ© des Ă©tudes littĂ©raires, scientifiques et artistiques du Lot, T. XXIX, 1904.
  • M. Mollat, Les changeurs d’Avignon sous Jean XXII, T. IV, MĂ©moires de l’AcadĂ©mie du Vaucluse, 1905
  • L. Baudry, Guillaume Occam, sa vie, ses Ɠuvres, ses idĂ©es sociales et politiques, Paris, 1949.
  • M. Dykmans, Pour et contre Jean XXII. En 1333 : deux traitĂ©s avignonnais sur la vision bĂ©atifique, Biblioteca Apostolica Vaticana, Rome, 1975.
  • A. Boureau, Le pape et les sorciers : une consultation de Jean XXII sur la magie en 1320, École Française de Rome, 2004, ISBN 2-7283-0695-8

Notes et références

Notes

  1. ↑ Les cardinaux acceptĂšrent de se rĂ©unir en conclave Ă  la seule condition « que nulle violence ne serait exercĂ© sur eux et qu’ils ne serait pas contraints de rentrer en clĂŽture pour procĂ©der Ă  une Ă©lection Â».
  2. ↑ Jacques DuĂšze, cardinal de Porto au titre de Saint-Vital, avait Ă©tĂ© remarquĂ© par Louis d’Anjou, Ă©vĂȘque de Toulouse. Ce qui lui valut d’ĂȘtre favorisĂ© par les comtes de Provence. En 1308, il monta sur le siĂšge Ă©piscopal de FrĂ©jus et fut fait chancelier du royaume de Naples. ClĂ©ment V le nomma Ă©vĂȘque d’Avignon deux ans plus tard. Le palais Ă©piscopal de Jacques DuĂšze Ă©tant devenu celui de son neveu Jacques de Via, en dĂ©dommagement, celui-ci reçut de son oncle le chapeau de cardinal et une LivrĂ©e.
  3. ↑ Louis d'Anjou avait Ă©tĂ© nommĂ© Ă©vĂȘque de Toulouse en 1296. Il s'Ă©tait Ă©teint Ă  Brignoles en 1297, ĂągĂ© seulement de vingt-cinq ans. Son procĂšs avait Ă©tĂ© initiĂ© par ClĂ©ment V dĂšs 1307.
  4. ↑ En 1316, les franciscains Ă©taient estimĂ©s Ă  30 000 religieux et occupaient mille quatre cent maisons.
  5. ↑ Depuis 1315, la France de langue d'OĂŻl subissait une telle pĂ©nurie de vivres que cette pĂ©riode de deux ans est considĂ©rĂ©e comme le premier grand cataclysme Ă©conomique du bas Moyen-Âge. La famine fit d'Ă©normes ravages tant Ă  Paris que dans toutes les grandes villes du royaume qui manquĂšrent totalement de blĂ© et de cĂ©rĂ©ales. Le sel mĂȘme, qui servait Ă  conserver la viande, fit dĂ©faut. Aussi, selon le dĂ©sir de Michel de CĂ©sĂšne, Jean XXI autorisa les frĂšres mineurs Ă  faire dĂ©sormais des rĂ©serves de blĂ© et de vin, Ă  possĂ©der en propre greniers et chais. Ce fut cette clause de propriĂ©tĂ© qui souleva l'ire des partisans de la pauvretĂ© absolue.
  6. ↑ Les spirituels occitans et les fraticelles italiens, partisans de la pauvretĂ© de l'Église et de la thĂšse catharisante du mariage « sacrement mineur Â», avaient comme maĂźtres Ă  penser Pierre-Jean Olieu (Olive), en Languedoc, et Ubertin de Casale, en Toscane. Le premier avait publiĂ©, en 1276, Ă  Narbonne, un traitĂ© contre le mariage (un bordel privĂ©) intitulĂ© «De Perfectione Evangelica Â», le second, auteur de «Arbor VitĂŠ CrucifixĂŠ Â», avait rĂ©ussi Ă  ce que les thĂšses du frĂšre Olieu ne fussent pas condamnĂ©es par le concile de Vienne. Elles Ă©taient popularisĂ©es en Languedoc par Bernard DĂ©licieux et Mathieu de Bouzigues ; en Provence, par Jean Joli et Philippe Alquier de Riez. Tous prĂȘchaient que l'Église Ă©tait en train de pourrir, gangrenĂ©e par les vices et l'argent, en clamant : « C'est la Babylone, la grande prostituĂ©e qui mĂšne Ă  leur perte les hommes et les corrompt Â».
  7. ↑ L'Ă©vĂȘque de Pamiers, Jacques Fournier, Ă©tait le futur pape BenoĂźt XII. Il retint contre Bernard DĂ©licieux deux chefs d'accusation : complot contre le roi de France avec l'infant Ferrand de Majorque, empoisonnement du pape BenoĂźt XI avec des figues dans lesquelles le minorite aurait introduit une prĂ©paration concoctĂ©e par Arnaud de Villeneuve, le mĂ©decin pontifical. Ce second point, par trop comique, fut rapidement abandonnĂ© !
  8. ↑ Le jugement dĂ©clarait qu'il Ă©tait ennemi de l'Inquisition, traĂźtre au roi de France et nĂ©cromancien. Bernard DĂ©licieux fut emmurĂ© (emprisonnĂ©) Ă  Carcassonne et dĂ©cĂ©da peu aprĂšs.
  9. ↑ a et b Les thĂšses de Guillaume d'Occam avaient Ă©mu les Ă©minents docteurs de la Sorbonne qui subodorĂšrent illico les risques extrĂȘmes d'un agnosticisme. L'ayant convoquĂ© Ă  Avignon pour qu'il se justifie, Jean XXII avait Ă©coutĂ© Guillaume d'Occam et considĂ©rĂ© ses thĂ©ories comme non erronĂ©es tout en Ă©tant assez hardies. Du coup, tous tremblaient de respect devant le « Docteur Invincible Â» et, dans son Ordre, ses propos passaient pour ĂȘtre paroles d'Ă©vangile. Le franciscain, poussant jusqu'au bout ses thĂ©ories, les avait appliquĂ©es Ă  la prĂ©sence du Christ dans l'eucharistie et en arrivait Ă  nier les preuves classiques de l'existence de Dieu. Non censurĂ© par la papautĂ©, Guillaume d'Occam le fut par la Sorbonne. Mais paradoxalement, le nominalisme qu'il prĂŽnait reprĂ©sentait une telle avancĂ©e face Ă  une scolastique sclĂ©rosĂ©e, que ce fut Ă  l'UniversitĂ© de Paris qu'il eut ses disciples les plus importants avec des docteurs aussi Ă©minents que Jean Buridan, Jean Gerson et Pierre d'Ailly.
  10. ↑ Le chĂąteau neuf, qui avait donnĂ© son nom au village de ChĂąteauneuf, Ă©tait celui de l’Hers sur la rive gauche du RhĂŽne.
  11. ↑ Celui-ci avait Ă©tĂ© donnĂ© en 1157 par l’empereur FrĂ©dĂ©ric Barberousse Ă  Gaufredi (Geoffroy), Ă©vĂȘque d’Avignon par une charte datĂ©e de Besançon.
  12. ↑ L’HĂŽtel des Monnaies de Pont-de-Sorgues ne fut transfĂ©rĂ© Ă  Avignon, dans l’actuelle rue Saluces, qu’en 1354.
  13. ↑ Les habitants de Cahors passaient pour d’aussi efficaces banquiers et hommes d’affaires que les Lombards ou les Florentins.
  14. ↑ La bulle du 12 avril 1320 plaçait sous l’autoritĂ© pontificale la seigneurie de Carpentras et sa juridiction temporelle. Le Recteur Arnaud de Trian Ă©tait le fils du noble cadurcien Guilhem de Trian, Ă©poux de Huguette DuĂšze, sƓur de Jean XXII.
  15. ↑ La RĂ©vĂ©rende Chambre Apostolique devenait Dame de Cairanne, Buisson, Villedieu, Roaix, Sainte-CĂ©cile, la Garde-ParĂ©ol, Mornas, Bourbotan, Lapalud, Saint-Roman-de-Mallegarde, Pierrelatte et SolĂ©rieux. Rentraient dans son patrimoine une partie de Montaigu, une maison de Saint-Paul-les-Trois-ChĂąteaux et le douziĂšme de ValrĂ©as ainsi que les commanderies de l’HĂŽpital Ă  Pernes, MalaucĂšne et Bonpas. Jean XXII fit construire sur le site de cette derniĂšre une chartreuse. SituĂ©es hors des États pontificaux, tout en dĂ©pendant de Richerenches, les anciennes commanderies templiĂšres de Bourdeaux, PoĂ«t-Laval, Rochefort, Clansaye et l’Estagnol restĂšrent acquises aux chevaliers de Rhodes.
  16. ↑ Ces Pastoureaux entrĂšrent dans Jaca puis ils tuĂšrent sauvagement les juifs de Montclus avant de se diriger vers Pampelune, capitale de la Navarre. Jaime III d’Aragon mit fin Ă  leurs sinistres exploits en envoyant son fils Alfonse les anĂ©antir.
  17. ↑ Les cagots, dits aussi gafets ou crestiaas, Ă©taient des rĂ©prouvĂ©s installĂ©s de part et d’autre des PyrĂ©nĂ©es. AccusĂ©s d’ĂȘtre congĂ©nitalement atteint de la lĂšpre, ils vivaient dans des villages ou des quartiers Ă  part.
  18. ↑ Aimeric de Cros avait envoyĂ© aux consuls de Narbonne une missive expliquant : « Que plusieurs de ceux qu’on nommait Pastoureaux, sachant la capture qui venait d’ĂȘtre faite de plusieurs d’entre eux, avaient pris la fuite et tĂąchaient de se sauver du cĂŽtĂ© de Narbonne pour se soustraire Ă  la peine qu’ils avaient si justement mĂ©ritĂ©e par les actions qu’ils avaient commises contre la majestĂ© royale ; qu’ainsi il leur adjoignait d’apporter toute la diligence possible pour se saisir de leurs personnes Â».
  19. ↑ Philippe de Valois conduisit, en aoĂ»t 1320, les derniĂšres bandes de Pastoureaux au siĂšge de Verceil contre Galeazzo Visconti, fils du potentat de Milan.
  20. ↑ Ce fut la seconde expulsion des juifs du Comtat. La premiĂšre avait Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e le 13 mars 1302, par Mathias de ChiĂ©ti – dit Matthieu de ChĂ©ate – Recteur du Comtat Venaissin, qui les accusait de pratiquer l’usure.
  21. ↑ Jourdain de l’Isle fut attachĂ© Ă  la queue d’un cheval lancĂ© au galop puis pendu par le col au gibet de Montfaucon.
  22. ↑ Le nom des Gibelins venait de Conrad Weibelingen, empereur germanique. « LĂ©gitimistes et partisans de l’empereur Â» (E. G. LĂ©onard), ils souhaitaient que celui-ci, en tant que Vicaire du Christ, puisse rĂ©genter toutes les souverainetĂ©s laĂŻques. Le gibelinisme s’appuyait sur le peuple. Les Guelfes (de l’allemand whelf) formaient le « parti de la banque et de l’autel Â». Ils considĂ©raient que le pape, lui aussi Vicaire du Christ, avait vocation Ă  diriger et Ă  rĂ©gner sur toutes les sociĂ©tĂ©s humaines. Robert d’Anjou, malgrĂ© ses tendances fraticelles, se posait en tant que chef de file du guelfisme, dont le but Ă©tait l’indĂ©pendance de l’Italie.
  23. ↑ Le 24 juin 1324, Marsille de Padoue remit solennellement Ă  Louis de BaviĂšre son traitĂ© « Defensor Pacis Â» (DĂ©fense de la paix) dans lequel il dĂ©taillait toute une argumentation contre les thĂšses pontificales. Reprenant et dĂ©veloppant les thĂšmes laĂŻques avancĂ©s par Guillaume de Nogaret, il justifiait l’indĂ©pendance de l’État face Ă  l’Église. Ses idĂ©es fonderont, thĂ©oriquement, la future Pragmatique Sanction.
  24. ↑ En attendant le Bavarois imposait sa loi Ă  Pise. En octobre 1328, en lieu et place de Simone Saltarelli, il fit nommer (mais non consacrer) par son antipape un nouvel archevĂȘque en la personne de Giovanni di Bettino Nazzari di Lanfranchi. Mais ce fut Gherardho Orlandi, autre nouvel Ă©vĂȘque d’AlĂ©ria, qui administra le diocĂšse tout en rĂ©sidant Ă  Montevaso.
  25. ↑ Louis V de BaviĂšre Ă©tait aussi accompagnĂ© par Guillaume d'Occam et Michel de CĂ©sĂšne qu’il accueillit Ă  sa Cour. Ce fut lĂ  et Ă  Munich, qu’entre 1334 et 1339, Occam rĂ©digea « Compendium errorum Iohannis papĂŠ XXII Â». Puis il s’attela dĂšs 1338 Ă  son important « Dialogus super dignitate papali et regia Â» qu’il publia en 1342. Dans ses « Huit questions Ă  propos de l’autoritĂ© pontificale Â», il ne reconnaissait au pape qu’une fonction spirituelle. Pour lui, l’Église romaine devait ĂȘtre uniquement la fĂ©dĂ©ration des Églises nationales. Enfin Guillaume d'Occam niait Ă  la fois l’infaillibilitĂ© pontificale et celle des conciles gĂ©nĂ©raux. Mais lors du chapitre gĂ©nĂ©ral de l’Ordre, en 1348, il semble que le Docteur Invincible se rĂ©concilia avec ClĂ©ment VI. Il dĂ©cĂ©da Ă  Munich un an plus tard.
  26. ↑ Le 19 fĂ©vrier 1329, l’antipape Nicolas V, dans la cathĂ©drale pisane, excommunia Jean XXII, qu’il tenta de prĂ©senter comme un fantoche vĂȘtu en habit pontifical. Pour cela toute la citĂ© de Pise fut frappĂ©e d’interdit par le pape.
  27. ↑ Avec ce revirement de situation l’archevĂȘque Simone Saltarelli quitte Avignon et put rentrer dans Pise le 17 juin 1329.
  28. ↑ Comme la reine Sancia, seconde Ă©pouse du roi Robert d’Anjou, Philippe de Majorque Ă©tait l’un des enfants du roi Jaime II de Majorque. Ils Ă©taient apparentĂ©s aux Sabran par leur belle-sƓur Isabelle qui avait Ă©pousĂ© l’infant Ferrand 1er. Leur fils Jaime III devint roi de Majorque et Jaime IV, leur petit-fils, Ă©pousa la reine Jeanne de Naples.
  29. ↑ On sait que Pierre Roger prĂȘcha devant Jean XXII, dans la chapelle pontificale d’Avignon, au cours de la journĂ©e du 8 mars 1332. Mais, en fin politique, l’archevĂȘque de Rouen se garda Ă©videmment d’aborder le sujet sensible de la vision bĂ©atifique.
  30. ↑ Trois ans auparavant, Robert avait prĂ©sentĂ© de faux actes pour hĂ©riter du comtĂ© d’Artois qui avait Ă©tĂ© attribuĂ© Ă  sa tante Mahaut. Convaincu de fĂ©lonie, et malgrĂ© ses liens avec la couronne de France, il avait Ă©tĂ© condamnĂ© au Louvre par une cour plĂ©niĂšre. Le faux comte, qui s’était enfui, fut accueilli Ă  Namur, en mai 1332, par le duc Venceslas. Ce fut un tollĂ© ! DĂšs le mois d’aoĂ»t, les voisins du duchĂ© Ă©taient prĂȘts Ă  organiser une expĂ©dition punitive. Ils temporisĂšrent
 Ce qui permit Ă  Robert d’Artois de prendre contact avec le roi d’Angleterre. Cela exaspĂ©ra. Il fut priĂ©, le 24 juin 1333, de quitter le Brabant et ne s’exĂ©cuta pas. Une expĂ©dition militaire fut alors mise sur pied en 1334 pour l’en faire dĂ©guerpir.

Références

  1. ↑ a, b et c Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p.121.
  2. ↑ Jacques-Antoine Delpon, Statistique du dĂ©partement du Lot, vol. tome I, Paris, Bachelier, coll. Â« RĂ©Ă©dition Quercy Recherche Â», 1831 (rĂ©impr. 1979), 554 p. (ISBN 2-902-42200-8), « Des Hommes cĂ©lĂšbres qu'a produit le dĂ©partement du Lot Â», p. 338 
  3. ↑ a et b Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p.122.
  4. ↑ Edmond Albe, Autour de Jean XXII : Hugues GĂ©raud, Ă©vĂȘque de Cahors : L'affaire des poisons et envoĂ»tements en 1317, Cahors, J. Girma, 1904, in-8, 200 p. [lire en ligne (page consultĂ©e le 13 dĂ©cembre 2009)] 
  5. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p.123.
  6. ↑ Augustin Fabre, Les rues de Marseille,Ed. Camoin, Marseille, 1867 tome2 page 71
  7. ↑ Jean-Marc Roger, « Fr. Jean de Nanteuil,, prieur d'Aquitaine, Amiral de France Â», dans Revue historique du Centre-Ouest, vol. VII, 2008, p. 254, note 90 (ISSN 1767-6320) 
  8. ↑ Les Pastoureaux arboraient les armes de Louis 1er de Clermont, en Beauvaisis, premier duc de Bourbon. Originaire de Normandie, ils se rĂ©clamaient non seulement du duc mais voulurent qu’il prĂźt leur tĂȘte contre les infidĂšles. Ce que le petit-fils de Louis IX se garda bien de faire.
  9. ↑ EncyclopĂŠdia Universalis, article "Ars nova", chapitre 1 : "Le cadre historique" ; Paris 1971, tome 2, page 477a
  10. ↑ a et b Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 434.
  11. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 377.
  12. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 435
  13. ↑ a, b et c Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 438
  14. ↑ Yannick Rub,Louis IV de Baviùre (1286-1347). Roi des Romains (1314-1346) et empereur (1327-1347)Atrium
  15. ↑ a et b Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p.124.
  16. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 382.
  17. ↑ a et b Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p.440.
  18. ↑ a et b Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p.441.
  19. ↑ a et b Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p.442.
  20. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p.444.
  21. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 448.
  22. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.13
  23. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 449.
  24. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 450.
  25. ↑ Notre-Dame des Doms Tombeau de Jean XXII
  26. ↑ MusĂ©e du Petit Palais statue en albĂątre provenant du tombeau de Jean XXII
  27. ↑ Bibliothùque Sainte-Geneviùve à Paris Ms 347.17 fol 79 vo.
  28. ↑ Chartier de l'Ă©vĂȘchĂ© de Carpentras, conservĂ© BM de Carpentras Ms 560. n°10.
  29. ↑ Cartulaire de l'Abbaye de Saint-Martin d'Autun, Charte n°CIX.
  30. ↑ Corpus juris canonici, Ă©di. par E. Friedberg, t. II, Leipzig, 1879, rĂ©impr. Graz, 1959, col. 1295-1296 (citĂ© par Robert Halleux, Les textes alchimiques, Brepols, 1979, p. 124-125 (texte latin, trad. fr).
  31. ↑ L'oeuvre alchimique du pape Jean XXII, Massanne, 2001, 215 p.

Voir aussi

Liens internes

Liens externes

Précédé par Jean XXII Suivi par
Clément V
Emblem of the Papacy SE.svg
Liste des papes
BenoĂźt XII



Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Jean XXII de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Jean Ier De BohĂȘme — Rencontre de Jean de Luxembourg avec l archevĂȘque de Mayence Jean Ier de Luxembourg[1 
   WikipĂ©dia en Français

  • Jean Ier de Boheme — Jean Ier de BohĂȘme Rencontre de Jean de Luxembourg avec l archevĂȘque de Mayence Jean Ier de Luxembourg[1 
   WikipĂ©dia en Français

  • Jean ier de bohĂȘme — Rencontre de Jean de Luxembourg avec l archevĂȘque de Mayence Jean Ier de Luxembourg[1 
   WikipĂ©dia en Français

  • Jean l'Aveugle — Jean Ier de BohĂȘme Rencontre de Jean de Luxembourg avec l archevĂȘque de Mayence Jean Ier de Luxembourg[1 
   WikipĂ©dia en Français

  • Jean-Raymond de Comminges — Biographie Naissance Comminges  France DĂ©cĂšs 1348 (ou 1349 ou 1344) Ă  Avignon 
   WikipĂ©dia en Français

  • Jean (prenom) — Jean  Voir aussi Saint Jean, Blue jeans Sommaire 1 Sens et origine du nom 2 Variantes 3 
   WikipĂ©dia en Français

  • Jean (prĂ©nom) — Jean  Voir aussi Saint Jean, Blue jeans Sommaire 1 Sens et origine du nom 2 Variantes 3 
   WikipĂ©dia en Français

  • Jean de NeufchĂątel — Biographie Naissance vers 1340 Ă  NeuchĂątel  Suisse DĂ©cĂšs 4 octobre 1398 Ă  
   WikipĂ©dia en Français

  • Jean Flandrin — Biographie Naissance dans le diocĂšse de Viviers  France DĂ©cĂšs 8 juillet 1415 Ă  Peñíscola 
   WikipĂ©dia en Français

  • Jean Rolland (Ă©vĂȘque) — Jean Rolland Biographie Naissance Ă  Clermont Ferrand  France DĂ©cĂšs 17 dĂ©cembre 1388 Ă  Amiens 
   WikipĂ©dia en Français


Share the article and excerpts

Direct link

 Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.