Jean II De France

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Jean II De France

Jean II de France

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Jean II
Roi de France
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RĂšgne
22 aoĂ»t 1350 - 8 avril 1364
Sacre 26 septembre 1350 en la cathĂ©drale de Reims
Dynastie Valois
Titre complet Roi de France
Prédécesseur Philippe VI
Successeur Charles V
HĂ©ritier Charles V Red crown.png

Autres fonctions
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Biographie
Naissance 26 avril 1319
Pavillon royal de France.svg Chùteau du Gué de Maulny
Le Mans, France
DĂ©cĂšs 8 avril 1364
Pavillon royal de France.svg Londres, Angleterre
PĂšre Philippe VI
MĂšre Jeanne de Bourgogne
Conjoint(s) Bonne de Luxembourg
puis
Jeanne d’Auvergne
Descendance
Avec Bonne de Luxembourg :
Blanche (1336)
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Catherine (1338)
Louis
Jean
Philippe
Jeanne
Marie
Agnes (1345-1349)
Marguerite (1347-1352)
Isabelle
Avec Jeanne d’Auvergne :
Blanche (1350)
Catherine (1352)
un fils (1354)
RĂ©sidence(s) Paris

Blason pays fr FranceAncien.svg
Rois de France

Jean II de France, dit Jean le Bon[1], (nĂ© le 26 avril 1319 au chĂąteau du GuĂ© de Maulny du Mans - mort Ă  Londres le 8 avril 1364), fils du roi Philippe VI et de son Ă©pouse Jeanne de Bourgogne, fut roi de France de 1350 Ă  1364, second souverain issu de la maison capĂ©tienne de Valois.

Il est sa­cré roi de France le 26 septembre 1350.

Le rĂšgne de Jean II le Bon est marquĂ© par la dĂ©fiance du pays envers les Valois choisis Ă  la mort de Charles IV pour Ă©viter qu'Édouard III, le plus proche descendant de Philippe le Bel ne prenne possession du trĂŽne de France. La nouvelle dynastie, confrontĂ©e Ă  la crise de la fĂ©odalitĂ©, aux cinglantes dĂ©faites du dĂ©but de la guerre de Cent Ans et Ă  la grande peste, perd rapidement beaucoup de crĂ©dit. D'autant plus que, dans l'incapacitĂ© de faire rentrer les impĂŽts, elle recourt Ă  des mutations monĂ©taires pour renflouer le trĂ©sor. Ces manipulations entraĂźnent des dĂ©valuations extrĂȘmement impopulaires. Jean II le Bon, confrontĂ© aux intrigues de Charles le Mauvais, roi de Navarre et prĂ©tendant le plus direct Ă  la couronne, gouverne dans le secret entourĂ© d'hommes de confiance. Profitant de tous ces troubles et sĂ»rs de la supĂ©rioritĂ© tactique confĂ©rĂ©e par l'arc long, les Anglais, menĂ©s par Édouard III et son fils le Prince noir, relancent la guerre en 1355.

Le 19 septembre 1356, Jean le Bon est battu et fait prisonnier Ă  la bataille de Poitiers, malgrĂ© la restructuration de l'armĂ©e qu'il a menĂ©e. Le pays sombre alors dans le chaos. Les Ă©tats gĂ©nĂ©raux menĂ©s par Étienne Marcel et Robert Le Coq prennent le pouvoir Ă  Paris et tentent d'installer Charles de Navarre Ă  la tĂȘte d'une monarchie contrĂŽlĂ©e. En 1358, les campagnes se soulĂšvent et s'allient avec Étienne Marcel, mais le dauphin, le futur Charles V, se fait nommer rĂ©gent et retourne la situation. Jean le Bon peut regagner la France en 1360, aprĂšs la signature du traitĂ© de BrĂ©tigny qui lui rend la libertĂ©, mais cĂšde un tiers du pays Ă  Édouard III.

Son retour est difficile. Il faut payer son énorme rançon et les finances du royaume de France sont au plus bas. Il stabilise la monnaie grùce à la création du franc, mais les Grandes Compagnies pillent les campagnes et bloquent le commerce. Il tente de mettre fin à leurs agissements mais l'armée royale est vaincue à Brignais. Il tente ensuite d'en débarrasser le pays en les menant en croisade contre les Turcs avec l'argent du Pape. Il essuie un nouvel échec, Innocent VI mourant 15 jours avant son arrivée en Avignon et étant remplacé par le peu dispendieux Urbain V.

Un de ses fils retenus en otage pour garantir le paiement de sa rançon, s'enfuit en 1363. Jean le Bon, obĂ©issant aux lois de l'honneur, retourne se constituer prisonnier Ă  Londres oĂč il meurt en 1364.

Sommaire

Personnalité

Sacre de Jean le Bon tirĂ© des Grandes Chroniques de France de Jean Froissart XVe siĂšcle (BNF)

Jean le Bon est de santĂ© fragile[2]. Il a peu d'activitĂ©s physiques, joute peu mais pratique la chasse[2]. Il est d’une personnalitĂ© sensible et laisse facilement cours Ă  son Ă©motivitĂ©, jusqu'Ă  devenir violent, ce qui lui vaut quelques dĂ©boires diplomatiques[2]. Il aime les livres, protĂšge peintres et musiciens[3].

Son image de roi chevalier provient de sa conduite hĂ©roĂŻque Ă  la bataille de Poitiers, de la crĂ©ation de l’ordre de l'Étoile ou encore de la crĂ©ation du franc sur lequel il figure en armure et Ă  cheval brandissant une Ă©pĂ©e. Le rĂšgne de Jean le Bon est marquĂ©, comme celui de son pĂšre, par la contestation de Charles de Navarre et par Édouard III, lesquels n'acceptent pas l'accession des Valois sur le trĂŽne de France. Les actions de Jean le Bon sont donc guidĂ©es par la nĂ©cessitĂ© politique, de prouver avant tout la lĂ©gitimitĂ© de sa couronne.

DĂšs son plus jeune Ăąge (il est duc de Normandie Ă  13 ans), il doit lutter contre les forces de ceux qui, attirĂ©es par l'influence Ă©conomique anglaise ou le parti rĂ©formateur, affectent les villes et la noblesse. Évoluant au milieu des intrigues et des trahisons, il est logique qu'il soit mĂ©fiant et gouverne dans le secret avec un cercle trĂšs fermĂ© de familiers. C'est aussi pour cette raison que les premiers Valois ont cherchĂ© Ă  donner un aspect fastueux aux cĂ©rĂ©monies, ce qui correspond Ă  la conception mĂ©diĂ©vale de la noblesse. Cependant, les temps ont changĂ© et les contribuables voient d'un mauvais Ɠil ces dĂ©penses somptuaires.

Biographie

Premier hĂ©ritier d’une nouvelle dynastie

Article dĂ©taillĂ© : Succession de Charles IV le Bel.

Jean de Valois, naßt au chùteau de Gué-de-Maulny prÚs du Mans, le 26 avril 1319. Il est le fils de Philippe de Valois, le cousin du roi Charles IV le Bel, et de sa premiÚre femme, Jeanne de Bourgogne.

À propos de cette image

Son pĂšre Philippe VI monte sur le trĂŽne de France en 1328. Sa lĂ©gitimitĂ© dĂ©coule d'un choix politique, fait Ă  la mort de Louis X le Hutin en 1316 puis Ă  celle de Charles IV en 1328, afin d'Ă©viter que la couronne n'Ă©choie Ă  un Ă©tranger. Édouard III, pourtant petit-fils de Philippe le Bel, est ainsi Ă©vincĂ© au profit du neveu de ce dernier. Le nouveau roi doit donc impĂ©rativement asseoir la lĂ©gitimitĂ© de sa dynastie. À son avĂšnement, au printemps 1328, Jean, alors ĂągĂ© de neuf ans, est son seul fils vivant. En 1332, naĂźt Charles de Navarre, prĂ©tendant plus direct qu'Édouard III Ă  la couronne de France. Philippe VI dĂ©cide donc de marier rapidement son fils - alors ĂągĂ© de treize ans - pour nouer l'alliance matrimoniale la plus prestigieuse possible et de lui confier un apanage (la Normandie). Il envisage un temps de l'unir Ă  AliĂ©nor sƓur du roi d'Angleterre.

Depuis Saint Louis, la modernisation du systĂšme juridique attire dans la sphĂšre culturelle française de nombreuses rĂ©gions limitrophes. En particulier en terres d'Empire, les villes du DauphinĂ© ou du comtĂ© de Bourgogne (future Franche-ComtĂ©) recourent depuis Saint Louis Ă  la justice royale pour rĂ©gler des litiges. Le roi envoie par exemple le bailli de MĂącon, qui intervient Ă  Lyon pour rĂ©gler des diffĂ©rends, comme le sĂ©nĂ©chal de Beaucaire intervient Ă  Vivier ou Ă  Valence[4]. Ainsi, la cour du roi Philippe VI est largement cosmopolite : beaucoup de seigneurs tels le connĂ©table de Brienne ont des possessions Ă  cheval sur plusieurs royaumes. Les rois de France Ă©largissent l'influence culturelle du royaume en attirant Ă  leur cour la noblesse de ces rĂ©gions en lui allouant des rentes et en se livrant Ă  une habile politique matrimoniale. Ainsi, les comtes de Savoie prĂȘtent hommage au roi de France contre l'octroi de pensions. Jean de Luxembourg, dit l'Aveugle, roi de BohĂȘme, est donc un habituĂ© de la cour de France tout comme son fils Venceslas, le futur empereur Charles IV[5]. Philippe VI l'invite Ă  Fontainebleau pour lui proposer un traitĂ© d'alliance qui serait cimentĂ© par le mariage d'une de ses filles avec le futur Jean le Bon. Le roi de BohĂȘme, qui a des visĂ©es sur la Lombardie et a besoin du soutien diplomatique français, accepte cet accord. Les clauses militaires du traitĂ© de Fontainebleau stipulent qu'en cas de guerre, le roi de BohĂȘme se joindrait Ă  l'armĂ©e du roi de France avec quatre cents hommes d'armes si le conflit se dĂ©roule en Champagne ou dans l'AmiĂ©nois ; avec trois cents hommes, si le thĂ©Ăątre des opĂ©rations est plus Ă©loignĂ©. Les clauses politiques prĂ©voient que la Couronne lombarde ne serait pas contestĂ©e au roi de BohĂȘme s'il parvient Ă  la conquĂ©rir ; et que s'il peut disposer du royaume d'Arles, celui-ci reviendrait Ă  la France. Par ailleurs, le traitĂ© entĂ©rine le statu quo concernant les avancĂ©es françaises en terre d'Empire. Le choix est laissĂ© au roi de France entre les deux filles du roi de BohĂȘme. Il choisit Bonne comme Ă©pouse pour son fils car elle est en Ăąge de procrĂ©er (elle a 16 ans et sa sƓur Anne 9). La dot est fixĂ©e Ă  120 000 florins.

Mariage avec Bonne de Luxembourg

Jean est déclaré majeur et émancipé par son pÚre le 26 avril 1332. Il reçoit en apanage le duché de Normandie, ainsi que les comtés d'Anjou et du Maine. Les noces sont célébrées le 28 juillet à l'église de Notre-Dame de Melun en présence de six mille invités.

Les festivités se prolongent deux mois plus tard par l'adoubement du jeune marié, à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Le duc Jean de Normandie est solennellement armé chevalier devant une assistance prestigieuse réunissant les rois de Luxembourg et de Navarre, les ducs de Bourgogne, de Lorraine et de Brabant.

Blason duche fr Normandie.svg Duc de Normandie

Rebelles normands

Octroi de la Charte aux Normands par Louis le Hutin manuscrit du XIVe siĂšcle (BNF). La Charte aux Normands de 1315 confirmĂ©e en 1339 par Philippe VI garantit une large autonomie Ă  la Normandie. Geoffroy de Harcourt en est l'un de ses plus fervents dĂ©fenseurs et est le meneur naturel des rebelles normands au pouvoir royal.

En 1332, Jean le Bon reçoit la Normandie en apanage et doit constater qu'une grande partie de la noblesse normande est attirĂ©e par le camp anglais. En effet, Ă©conomiquement la Normandie dĂ©pend des Ă©changes maritimes Ă  travers la Manche autant que des Ă©changes par le transport fluvial sur la Seine. Le duchĂ© n'est plus anglais depuis 150 ans mais nombre de propriĂ©taires fonciers ont des possessions de part et d'autre de la Manche[6]. DĂšs lors, se ranger derriĂšre l'un ou l'autre souverain entraĂźnerait confiscation d'une partie des terres. C'est pourquoi la noblesse normande se regroupe en clans solidaires qui lui permettent de pouvoir faire front: c'est ainsi qu'elle Ă  pu obtenir et maintenir des chartes garantissant au duchĂ© une grande autonomie. Raoul de Brienne est une figure significative : il mĂšne une politique Ă©trangĂšre indĂ©pendante et s'il commande l'armĂ©e française envoyĂ©e en Écosse en 1335 c'est en tant que capitaine gĂ©nĂ©ral engagĂ© par contrat et non comme l'obligĂ© du roi. La noblesse normande est divisĂ©e en deux partis de longue date, les comtes de Tancarville et d'Harcourt se livrant Ă  une guerre sans merci depuis plusieurs gĂ©nĂ©rations[7]. Leur rivalitĂ© est relancĂ©e quand, en 1341, les Tancarville, forts du soutien royal, soufflent une riche hĂ©ritiĂšre promise Ă  Geoffroy d'Harcourt. Le roi, soucieux d'Ă©viter que la plus riche rĂ©gion du royaume soit mise Ă  feu et Ă  sang, donne l'ordre aux baillis de Bayeux et du Cotentin d'empĂȘcher cette guerre[8]. Geoffroy d'Harcourt lĂšve les armes contre le roi, ralliant une bonne partie d'une noblesse normande jalouse de son autonomie et qui voit d'un mauvais Ɠil l'immixtion du roi dans les affaires normandes. Les rebelles souhaitent voir leur chef Geoffroy d'Harcourt devenir duc de Normandie, ce qui garantirait la large autonomie octroyĂ©e par les chartes[9]. Son chĂąteau de Saint-Sauveur-le-Vicomte est occupĂ© par les troupes royales et Geoffroy d'Harcourt doit quitter le Cotentin pour rejoindre le Brabant, pays de sa mĂšre. Trois de ses compagnons sont dĂ©capitĂ©s Ă  Paris le 3 avril 1344 et leurs tĂȘtes envoyĂ©es Ă  Saint-LĂŽ pour y ĂȘtre exposĂ©es sur une roue en plein marchĂ©[9].

L’Échiquier(XIIe siĂšcle) rend justice en Normandie. La seconde Charte aux Normands de 1339, leur garantit le droit de ne jamais ĂȘtre citĂ©s devant une autre juridiction.

En Brabant, le rebelle constate que les Flamands menĂ©s par Jacob van Artevelde ont pu reconnaĂźtre comme roi Édouard III qui a fait valoir ses droit Ă  la couronne de France lors de la dĂ©claration de guerre[10]. DĂ©but 1345, il franchit le pas et se rend en Angleterre oĂč Édouard III le prend sous sa protection. L'hommage Ă©ventuel des seigneurs normands Ă  Édouard III constitue une menace majeure pour la lĂ©gitimitĂ© des Valois. Le dĂ©sastre de CrĂ©cy et la reddition de Calais ont fait effondrer tout leur prestige. Ils doivent lutter contre les nombreuses dĂ©fections qui risquent d'affecter la noblesse des façades nord et ouest du royaume dont les terres sont dans la sphĂšre d'influence Ă©conomique de l'Angleterre. DĂšs lors les Valois dĂ©cident de traiter. Le duc Jean rencontre Geoffroy d'Harcourt auquel le roi rend tous ses biens. Il le nomme mĂȘme capitaine souverain en Normandie[9]. Il est dĂšs lors logique que Jean se rapproche des Tancarville qui reprĂ©sentent le clan loyaliste pour pouvoir assurer son autoritĂ© sur la Normandie. Or, le vicomte Jean de Melun a Ă©pousĂ© Jeanne, la seule hĂ©ritiĂšre du comtĂ© de Tancarville[11]. Par la suite ce sont les Melun-Tancarville qui forment l'ossature du parti de Jean le Bon, alors que Godefroy de Harcourt est le dĂ©fenseur historique des libertĂ©s normandes et donc du parti rĂ©formateur. Le rapprochement entre ce dernier et Charles de Navarre, qui se pose en champion des rĂ©formateurs, devient donc logique[9].

Chef de guerre

Jean, duc de Normandie, comte d'Anjou, du Maine et de Poitiers, seigneur des conquĂȘtes de Languedoc et de Saintonge, n'est pas trĂšs puissant. Ce sont les officiers du roi qui administrent la plupart de ses possessions. Par contre, il participe aux diverses campagnes militaires de l'Ă©poque :

Les Normands multiplient les raids contres les ports anglais dans les premiers temps de la guerre de cent ans. On envisage un débarquement de grande ampleur. Jean dont les Normands seraient en premiÚre ligne, en serait le commandant en chef, mais faute de finances le projet est abandonné[12]. Il combat contre les Anglais en Hainaut en 1340, en Bretagne en 1341-42 et en Guyenne en 1346[13].

Le 7 septembre 1341, Philippe VI choisit Charles de Blois pour la succession de Bretagne[14]. L'autre prĂ©tendant Jean de Montfort, avait pris possessions de toutes les places fortes du DuchĂ© au printemps et il avait donnĂ© l'hommage lige Ă  Édouard III sachant que le roi de France ne l'accepterait pas[15]. Jean le Bon rĂ©unit une forte armĂ©e renforcĂ©e de mercenaires gĂ©nois et pĂ©nĂštre en Bretagne fin 1341. Il enlĂšve la forteresse de Champtoceaux qui sur la rive gauche de la Loire, verrouille l'accĂšs de Nantes. AprĂšs deux semaines de siĂšge, il prend Nantes et capture Jean de Montfort[16]. Les villes ne tardent pas Ă  reconnaĂźtre Charles de Blois. Avec l'hiver le duc de Normandie achĂšve la campagne sans avoir annihilĂ© les derniers montfortistes : pensant avoir rĂ©glĂ© l'affaire en s'assurant de la personne de Jean de Montfort, il rentre Ă  Paris. Au contraire, Jeanne de Flandre, Ă©pouse de Jean de Montfort, ranime la flamme de la rĂ©sistance et rallie ses partisans Ă  Vannes : le conflit nullement rĂ©glĂ© va se prolonger 23 ans et va permetttre aux Anglais de prendre pied durablement en Bretagne. Édouard III dĂ©barque Ă  Brest en 1342 alors que l'armĂ©e française l'attend Ă  Calais. Il assiĂšge Vanne et une armĂ©e menĂ©e toujours par le Duc de Normandie entre en Bretagne. Mais Jean de Montfort Ă©tant prisonnier et Jeanne de Flandre ayant sombrĂ© dans la folie, une trĂȘve est signĂ©e le 19 janvier 1343[17]. De fait, les Anglais occupent et administrent les places fortes encore fidĂšles Ă  Jean de Montfort. Une large garnison anglaise occupe Brest, et Vannes est administrĂ©e par le pape.

Les responsabilitĂ©s confiĂ©es Ă  Jean s’accroissent progressivement aprĂšs ses succĂšs en Bretagne : il siĂšge au trĂšs restreint conseil du roi[18] et il est nommĂ© Seigneur des conquĂȘtes (il est chargĂ© d’administrer les territoires reconquis en Gascogne) en mars 1343. Mais, n’a que 24 ans, manque d’expĂ©rience et d’autoritĂ© et ne rĂ©side pas sur place. Les populations regrettent vite leur ancien maĂźtre: la fiscalitĂ© s’alourdit en particulier avec l’introduction des aides et la proportion d’officiers Gascons dans l’administration diminue au profit d’étrangers (Savoyards, Provençaux ou Auvergnats)[19].

DĂ©but aoĂ»t 1345, le Henry de Lancastre dĂ©barque Ă  Bordeaux avec 500 hommes d’armes, 1000 archers et 500 fantassins gallois. Il a le titre de lieutenant pour l’Aquitaine et toute libertĂ© d’action. Son premier objectif : neutraliser Bergerac d’oĂč partent rĂ©guliĂšrement des raids dĂ©vastateurs. La ville est prise dĂšs le mois d’AoĂ»t. Il y fait des centaines de prisonniers qui sont mis Ă  rançon. RenforcĂ© de troupes Gasconnes et des troupes de Stafford (son armĂ©e compte 2000 hommes d’armes et 5000 archers et fantassins) il assiĂšge PĂ©rigeux[20]. Jean le Bon chargĂ© de la dĂ©fense de l’Aquitaine envoie Louis de Poitiers avec 3000 hommes d’armes et 6000 fantassins secourir la ville. Mais Ă  15 Km de PĂ©rigeux il s’arrĂȘte pour assiĂ©ger le chĂąteau d’Auberroche. Il y est surpris par Henri de Lancastre le 21 Octobre, l’armĂ©e française est dĂ©faite et les Anglais font une nouvelle fois de nombreux prisonniers[21]. Fort de ce succĂšs, il prend plusieurs bastides, nettoyant de ses garnisons françaises l’espace compris entre la Dordogne et la Garonne, puis il met le siĂšge devant la RĂ©ole. La ville est prise dĂšs le 8 Novembre , mais la citadelle rĂ©siste : elle promet de se rendre si aucun secours n’arrive dans les 5 semaines[22]. Jean le Bon lui ne bouge pas, une grande partie de son armĂ©e a Ă©tĂ© dĂ©faite Auberroche et il en a licenciĂ© le reste. La RĂ©ole, mais aussi Langon et Sainte Bazeille font de mĂȘme, en Janvier 1346. Cela Ă  un effet catastrophique : devant l’inertie des Français, de nombreux seigneurs Gascons changent de camps, comme les puissantes familles Durfort et Duras , les communautĂ©s locales organisent leur propre dĂ©fense et refusent donc de payer les impĂŽts royaux[22]. Des Ă©vĂȘques passent ouvertement dans le camp d'Édouard III et Domme ouvre ses portes Ă  Derby[23]. De ce fait la souverainetĂ© française sur l’Aquitaine recule, laissant place Ă  l’action des Grandes Compagnies et aux guerres privĂ©es ce qui accentue le phĂ©nomĂšne. D’autre part, les prisonniers de Bergerac et d'Auberroche rapportent prĂšs de 70 000 livres de rançon Ă  Henri de Lancastre, et ses lieutenants ne sont pas en reste : on prend conscience en Angleterre que la guerre en France peut ĂȘtre rentable ce qui suscite nombre de vocations[22]. Aiguillon tombe dĂ©but 1346, Philippe VI se dĂ©cide enfin Ă  agir : il doit trouver des finances pour monter une armĂ©e. Il obtient avec grande difficultĂ© des finances des Ă©tats de langue d’oil et de langue d'oc, il emprunte aux banques italiennes de Paris et surtout il reçoit le soutien du pape qui l’autorise Ă  prĂ©lever 10% des revenus ecclĂ©siastiques du royaume et lui prĂȘte 33 000 florins[24]. Il recrute des mercenaires en Aragon, en Italie. Au printemps 1346, Ă  la tĂȘte de 8 000 Ă  15 000 hommes dont 1400 GĂ©nois[24], il se rend en Guyenne, pour tenter de reprendre le terrain perdu[23]. Il reprend AngoulĂȘme et met le siĂšge devant Aiguillon. La place au confluent de la Garonne et du Lot est extrĂȘmement bien fortifiĂ©e et tenue par une solide garnison de 600 archers et 300 hommes d’armes[25]. Jean fait le serment de ne pas quitter les lieux avant d’avoir pris la ville. Il emploi les grands moyens : rĂ©seaux de tranchĂ©es pour protĂ©ger l’approche et les arriĂšres, construction de ponts sur la Garonne et le Lot pour bloquer le ravitaillement de la ville. Mais, le siĂšge pietine et c’est bientĂŽt ses propres forces qui se retrouvent affamĂ©es, d’autant que les assiĂ©gĂ©s ont fait main basse sur le ravitaillement des assiĂ©geants au cours de sorties audacieuses[25]. Il s'entĂȘte Ă  vouloir prendre la place pendant 4 mois pendant que Henry de Grosmont comte de Derby Ă  la tĂȘte de l'armĂ©e anglaise prend du terrain. Fin aoĂ»t 1346, il doit lever le siĂšge : Edouard III a attaquĂ© au Nord du royaume et Philippe VI a besoin de lui.

AprĂšs le dĂ©sastre de CrĂ©cy, il faut trouver des boucs Ă©missaires. Jean (Ă  qui on reproche d'avoir immobilisĂ© l'armĂ©e royale devant Aiguillon[26]) et son oncle le duc Eudes de Bourgogne tombent en disgrĂące, comme les banquiers chargĂ©s par le roi des manipulations monĂ©taires nĂ©cessaires Ă  l'entretien des finances royales[27]. En Europe circule l'idĂ©e lancĂ©e par sainte Brigitte de SuĂšde, d'une adoption d'Édouard III par le roi de France, qui en ferait son successeur et mettrait fin au conflit avec l'Angleterre[28]. Le duc de Normandie, se sentant menacĂ©, cherche l'appui de son beau-frĂšre, le trĂšs puissant Charles de Luxembourg, le futur empereur. Le 7 mai 1347, celui-ci s'engage par serment Ă  venir Ă  son secours et Ă  celui de ses quatre fils au cas oĂč on l'empĂȘcherait de succĂ©der Ă  la couronne de France[27].

Premiers contacts avec le pouvoir

En 1347, aprĂšs la chute de Calais, Philippe VI, ĂągĂ© (53 ans) et discrĂ©ditĂ©, doit cĂ©der Ă  la pression. C'est le duc de Normandie qui prend les choses en main. Ses alliĂ©s (les Melun et les membres de la bourgeoise d'affaires qui viennent d'ĂȘtre victimes de la purge qui a suivi CrĂ©cy et qu'il fait rĂ©habiliter) entrent au conseil du roi, Ă  la chambre des comptes[29] et occupent des postes Ă©levĂ©s dans l'administration. L'attraction politique de la France permet d'Ă©tendre le royaume vers l'est en dĂ©pit des dĂ©faites militaires. Ainsi, le comte Humbert II ruinĂ© par son incapacitĂ© Ă  lever l'impĂŽt[30] et sans hĂ©ritier aprĂšs la mort de son fils unique, vend le DauphinĂ©[31] Ă  Philippe VI. Jean prend part directement aux nĂ©gociations et finalise l'accord.

Bonne de Luxembourg meurt de la peste le 11 septembre  1349 et Jean le Bon suit l’avis du roi qui, pour des motifs politiques, souhaite que l’hĂ©ritier prĂ©somptif face alliance avec la duchesse Jeanne[32], fille de Guillaume d'Auvergne et de Marguerite d'Évreux, riche hĂ©ritiĂšre du DuchĂ© et du ComtĂ© de Bourgogne ainsi que de l’Artois, dont les riches domaines pouvaient, la cas Ă©chĂ©ant, faire retour Ă  la couronne. ÂgĂ©e de vingt quatre ans, la duchesse Jeanne est veuve de Philippe de Bourgogne, mort en pleine jeunesse au siĂšge d'Aiguillon en 1346. Jean Ă©pouse Jeanne d'Auvergne, en secondes noces, le 9 fĂ©vrier 1350 au chĂąteau royal de Sainte-Gemme (parfois appelĂ© aussi Saint-James et aujourd'hui disparu) Ă  Feucherolles[33]. DĂ©jĂ  comtesse de Boulogne et d'Auvergne, depuis la mort de son pĂšre en 1332, elle assure la rĂ©gence du duchĂ© et du comtĂ© de Bourgogne ainsi que de l'Artois depuis la mort, en 1349, de son beau-pĂšre, le duc Eudes IV. À l'occasion de ce mariage, en contrepartie de ces terres appartenant Ă  son domaine, elle reçoit en dot les seigneuries de Montargis, Lorris, Vitry-aux-Loges, Boiscommun, ChĂąteauneuf-sur-Loire, Corbeil, Fontainebleau, Melun et Montreuil.[34].

Prise de pouvoir

Jean Fouquet Entrée de Jean II le Bon, manuscrit des Grandes Chroniques de France, vers 1455-1460 (BNF) AprÚs son sacre, Jean le Bon entre à Paris solennellement avec son épouse Jeanne d'Auvergne. Les Valois, dont la couronne est contestée sont trÚs vigilants quant à l'apparat.

La guerre de Cent Ans connaĂźt une pĂ©riode de trĂȘve depuis la grande peste de 1349. La premiĂšre partie de la guerre a tournĂ© largement Ă  l'avantage des Anglais. Édouard III remporte des victoires Ă©crasantes aux batailles de L'Écluse et CrĂ©cy et prend Calais. Le pouvoir des Valois est largement contestĂ©. Édouard III et Charles II de Navarre, tous deux descendants de Philippe le Bel par les femmes, revendiquent la couronne. Jean le Bon les prend de court par son couronnement trĂšs rapide (le 26 septembre 1350) aprĂšs la mort de Philippe VI (le 22 aoĂ»t 1350). Le 29 aoĂ»t, au large de Winchelsea, une escadre conduite par Charles de La Cerda intercepte Édouard III suspectĂ© de vouloir se rendre Ă  Reims pour se faire sacrer roi de France. La bataille navale tourne Ă  l'avantage de l'Anglais, au prix de lourdes pertes et ce dernier ne peut plus s'opposer au sacre de Jean le Bon[35]. Il est sa­crĂ©, en compagnie de sa deuxiĂšme Ă©pouse Jeanne d'Auvergne, Ă  Reims, le 26 septembre 1350, par l'archevĂȘque Jean II de Vienne. Son intronisation est suivie par celle de quatre cents nouveaux chevaliers appartenant aux grandes familles du royaume. Jean le Bon choisit pour emblĂšme l'aigle, qui est celui de son saint patron Jean l'Ă©vangĂ©liste[36].

Charles II de Navarre, dont la mĂšre Jeanne a renoncĂ© en 1328 Ă  la couronne de France contre celle de Navarre, est l'aĂźnĂ© d'une puissante lignĂ©e et sait regrouper autour de lui les mĂ©contents des rĂšgnes des premiers Valois. Il est soutenu par ses proches et leurs alliĂ©s : la famille des comtes de Boulogne (le comte, le cardinal, leurs deux frĂšres et leur parentĂ© d'Auvergne qui en 1350 se voient Ă©vincĂ©s de la gestion de la Bourgogne par le mariage de leur sƓur avec le roi Jean le Bon[34]), les barons champenois fidĂšles Ă  Jeanne de Navarre (la mĂšre de Charles et derniĂšre comtesse de Champagne)[37] et les fidĂšles de Robert d'Artois, chassĂ© du royaume par Philippe VI. Il est soutenu par la puissante UniversitĂ© de Paris et les marchands du nord-ouest du royaume (pour lesquels le commerce trans-Manche est vital)[38].

L'exécution du comte de Gußnes

Le 19 novembre 1350, Jean le Bon fait exĂ©cuter le connĂ©table Raoul de Brienne, comte de GuĂźnes, alors que celui-ci rentre de sa captivitĂ© anglaise[39]. Les causes de son exĂ©cution sont restĂ©es secrĂštes mais il aurait Ă©tĂ© convaincu de haute trahison. En effet, le domaine de ce gentilhomme est partagĂ© entre plusieurs royaumes (France, Angleterre et Irlande)[40]. Et, comme beaucoup de seigneurs dont les possessions ont une façade maritime Ă  l'ouest (sauf ceux dont les domaines sont dans le bassin de la Seine et qui peuvent facilement commercer avec Paris), il a intĂ©rĂȘt Ă  soutenir l'Angleterre pour des raisons Ă©conomiques (le transport maritime Ă©tant Ă  l'Ă©poque plus performant que le transport terrestre, la Manche constitue une intense zone d'Ă©change)[41]. Il aurait nĂ©gociĂ© sa libĂ©ration contre l'engagement de reconnaĂźtre Édouard III comme roi de France, ce dont Jean le Bon aurait eu connaissance par l'interception de courriers Ă  destination du souverain anglais[42]. Le roi ne souhaite pas que cela s'Ă©bruite car cela remettrait en avant la question des droits d'Édouard Ă  la couronne de France[42]. En 24 heures, Raoul de Brienne est arrĂȘtĂ©, jugĂ© Ă  huis clos, dĂ©capitĂ© et ses biens confisquĂ©s[42]. L'opacitĂ© sur les raisons de cette exĂ©cution expĂ©ditive laisse place aux rumeurs. Il se dit que le connĂ©table a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© pour avoir entretenu une liaison supposĂ©e avec feue la reine Bonne de Luxembourg. Ces rumeurs permettent de plus de jeter le discrĂ©dit sur les futurs Valois en instillant un doute sur leur hĂ©rĂ©ditĂ© et donc leur lĂ©gitimitĂ©[43]. L'Ă©motion est vive, Raoul de Brienne a de nombreux soutiens qui se rangent alors dans le camp navarrais[44]: les seigneurs normands et la noblesse du nord-ouest (de Picardie, d'Artois, du Vermandois, du Beauvaisis et des Flandres dont l'Ă©conomie dĂ©pend des importations de laine anglaise), susceptibles de se ranger au cĂŽtĂ© de l'Anglais, se sentent menacĂ©s et se rangent derriĂšre Charles de Navarre ou les frĂšres de Picquigny, fidĂšles alliĂ©s du connĂ©table[37]. Au lendemain du meurtre du connĂ©table, Charles le Mauvais Ă©crit au duc de Lancastre : « Tous les Nobles de Normandie sont passĂ©es avec moi Ă  mort Ă  vie Â»[37].

PremiĂšres mesures

Ordonnance sur les métiers de la ville de Paris

Les effets dĂ©mographiques de la grande peste entraĂźnent une rarĂ©faction de la main-d’Ɠuvre et des produits agricoles. Pour Ă©viter une inflation dont les effets sont trĂšs mal perçus Ă  l'Ă©poque, le roi bloque prix et salaires par ordonnance du 30 janvier 1351 Ă  l’instar de ce qu’a fait Édouard III avec le statut des travailleurs en 1349[45]. L’ordonnance interdit aussi la mendicitĂ© car l’inactivitĂ© aggrave la pĂ©nurie de main d’Ɠuvre et les vagabonds peuvent ĂȘtre recrutĂ©s dans les bandes de mercenaires non soldĂ©s qui dĂ©jĂ  sĂ©vissent dans le pays[45]. Enfin chacun peut s’établir comme artisan dans Paris, ce qui brise le systĂšme des corporations et contribue Ă  empĂȘcher la hausse des prix (les corporations fixent l’autorisation d’exercice et les prix pratiquĂ©s)[45]. DĂšs lors, cette mesure permet de limiter l'inflation dans un premier temps, mais n'empĂȘche pas Ă  moyen terme le marchĂ© de rĂ©guler les prix en fonction de l'offre et de la demande. On sait qu'en Angleterre, aprĂšs promulgation d'une ordonnance analogue, les prix ont recommencĂ© Ă  augmenter aprĂšs une gĂ©nĂ©ration[46].

Réorganisation de l'armée

Le roi a le souci de réorganiser l'armée qui a été vaincue à Crécy. Pour restaurer le prestige et l'autorité des Valois, il faut que l'argent concédé par les impÎts serve à financer une armée valeureuse et efficace. En particulier, il faut éviter les défections sur le champ de bataille et les pillages une fois la paix revenue.

CrĂ©ation de l’ordre de l’Étoile
Jean II adoubant des chevaliers, enluminure des XIVe / XVe siĂšcles, BNF

L’ordre de la JarretiĂšre, crĂ©Ă© par Édouard III, risque d'attirer nombre de chevaliers car, Ă  l’époque, aprĂšs des gĂ©nĂ©rations d’alliances matrimoniales, les domaines seigneuriaux sont frĂ©quemment Ă©pars et dĂ©pendants de plusieurs royaumes[47]. Les seigneurs de l’Ouest de la France pourraient suivre la logique Ă©conomique qui fait de la Manche une grande zone d’échange et basculer dans le camp anglais. Jean le Bon crĂ©e donc l’ordre de l'Étoile. La fĂ©odalitĂ© est en crise au XIVe siĂšcle et la noblesse est confrontĂ©e Ă  une importante baisse de ses revenus fonciers suite aux nombreuses dĂ©valuations alors que le cens est Ă  montant fixe. Or, l'appartenance mĂȘme Ă  la noblesse se dĂ©finit par une conduite honorable et dispendieuse. Vivant du labeur paysan, le maĂźtre se doit de manifester sa largesse en entretenant la masse de ses dĂ©pendants[48]. Des membres dĂ©sargentĂ©s de la noblesse pourraient donc changer de camp si Édouard III leur proposait une rente. Une solde est donc versĂ©e aux chevaliers membres de l'Ordre de l'Étoile. Ses rĂšgles flattent l’idĂ©al chevaleresque, le siĂšge est placĂ© Ă  Saint-Ouen prĂšs de l’abbaye Saint-Denis oĂč sont conservĂ©s les tombeaux des rois et les insignes de la royautĂ©. Les membres se reconnaissent Ă  un collier et une Ă©toile blanche sur Ă©mail rouge avec cette devise : Monstrant regibus astra viam.

Il s'agit Ă©galement de substituer des valeurs de discipline militaire Ă  l’esprit de prouesse qui est dans une large mesure Ă  l’origine du dĂ©sastre de CrĂ©cy[49]. On substitue au simple orgueil, mĂȘme valeureux, le sentiment de l'honneur. Le mĂ©rite personnel y reprĂ©sente, avant la naissance et la fortune, la premiĂšre condition pour ĂȘtre admis. Les succĂšs dans les tournois ne comptent pas, mais la valeur et la fidĂ©litĂ© sur le champ de bataille. C'est une chevalerie d'État oĂč le chevalier promet « loyal conseil au prince soit d'armes, soit d'autre chose Â»[50]. Les statuts stipulent que ses membres ne doivent jamais tourner le dos Ă  l'ennemi et, Ă  la premiĂšre rĂ©union de l'ordre, ils jurent de ne pas reculer plus de quatre pas. D'un point de vue tactique, ces mesures sont censĂ©es donner plus de cohĂ©sion Ă  un ost qui s'est dĂ©bandĂ© Ă  CrĂ©cy, mais dans les faits une unitĂ© qui ne recule pas quand elle est mise en difficultĂ© se retrouve encerclĂ©e et risque d'ĂȘtre perdue. C'est ainsi que lors de la bataille de Poitiers, ces dispositions provoquent la mort ou la capture de plusieurs membres, dont le grand-maĂźtre, le roi en personne. L'ordre tombe ainsi rapidement en dĂ©suĂ©tude.

RĂšglement pour les gens de guerre

Jean II souhaite « encadrer au service de l'État l'immense fourmillement des hommes de guerre soldĂ©s Â». Le pays abonde en gens de guerre mais pas forcĂ©ment bien Ă©quipĂ©s ni disciplinĂ©s. Ils peuvent fuir le champ de bataille ou se transformer en pillards pendant les pĂ©riodes de trĂȘve. D'autre part, les impĂŽts Ă©tant difficiles Ă  faire rentrer, il convient d'Ă©viter les gaspillages. Il est courant que des hommes se prĂ©sentent dans plusieurs compagnies en se prĂȘtant mutuellement leurs Ă©quipements pour recevoir plusieurs soldes.

Le 30 avril 1351, une nouvelle ordonnance augmente les soldes contre l'institution de revues (la montre) contrĂŽlant les troupes. Chaque combattant doit faire partie d’une compagnie sous l’ordre d’un capitaine[51], les chevaux sont marquĂ©s pour Ă©viter que les mĂȘmes montures puisse ĂȘtre montrĂ©es dans deux unitĂ©s diffĂ©rentes. Les soldes sont donc versĂ©es Ă  vue Ă  l'issue de la montre ce qui permet de solder une seule fois les combattants et seulement s’ils sont correctement Ă©quipĂ©s[52].

Cette ordonnance crĂ©e une vĂ©ritable armĂ©e royale en lieu et place des troupes seigneuriales, peu disciplinĂ©es[52]. Les barons, vassaux et arriĂšre-vassaux sont logĂ©s Ă  la mĂȘme enseigne et intĂ©grĂ©s dans des compagnies. Les capitaines de ces unitĂ©s sont responsables de la tenue et de la disponibilitĂ© de leur troupe, et doivent rendre des comptes au connĂ©table et aux marĂ©chaux[52].

Cette ordonnance, qui est un complĂ©ment Ă  la crĂ©ation de l'Ordre de l'Étoile, prĂ©voit, pour le haut commandement, des conseillers techniques dans l'emploi des armes, assistant les princes et les chefs[50].

Suspension de la dette du roi

Au prĂ©texte de constituer un trĂ©sor de guerre en cas de reprise des hostilitĂ©s, Jean le Bon suspend la dette durant la trĂȘve (du 11 septembre 1351 au 12 septembre 1352)[53]. Il est habituel Ă  cette Ă©poque d’emprunter Ă  de riches crĂ©anciers qui se remboursent en prĂ©levant des taxes au nom du roi ce qui allĂšge d’autant le nombre de fonctionnaires nĂ©cessaires pour la marche de l’État[54]. Ces crĂ©anciers Ă©tant ainsi fort impopulaires, la mesure est trĂšs bien accueillie. En revanche, elle met en lumiĂšre le besoin de rĂ©former l’impĂŽt et on ressort du trĂ©sor des chartes la Grande ordonnance de rĂ©forme de 1303[53].

Conflit avec Charles de Navarre

L’assassinat de Charles de la Cerda

Le parti du roi

Les proches du roi ont la rĂ©alitĂ© du pouvoir entre les mains au dĂ©triment du parti navarrais. Le parti royal est structurĂ© autour des Melun-Tancarville : Jean vicomte de Melun a Ă©pousĂ© Jeanne seule hĂ©ritiĂšre du comtĂ© de Tancarville qui est Ă  la tĂȘte de l'un des deux grands partis normands[55], ses frĂšres Guillaume l'archevĂȘque de Sens et Adam qui rĂ©cupĂšre la charge de Chambellan de Normandie habituellement donnĂ©e aux Tancarville. Jean le Bon ramĂšne dans ce parti les fils de Robert d'Artois en donnant en 1350 Ă  Jean d'Artois, le comtĂ© d'Eu[56] qu'il vient de rĂ©cupĂ©rer en faisant exĂ©cuter le connĂ©table Raoul de Brienne[42]. Les Artois entrent de plain pied dans le clan des Meulun-Tancarville quand il Ă©pouse Isabelle de Melun, fille de Jean de Melun. Il est soutenu par ses cousins Bourbons. Mais l'incarnation de son parti est son favori Charles de La Cerda, celui ci est le beau fils du vicomte Jean de Melun qui s'est remariĂ© avec sa mĂšre. Charles de La Cerda peut compter sur le soutien de la comtesse d'Alençon, Marie de la Cerda[57], sa cousine, veuve des comtes Charles d'Étampes et Charles II d'Alençon[58]. En 1352, il Ă©pouse Marguerite de Blois, fille de Charles de Blois, (le candidat Ă  la succession de Bretagne soutenu par le roi de France) ce qui lui vaut le soutien de seigneurs bretons tels que Bertrand du Guesclin. Il a ses fidĂšles dans l'armĂ©e royale, comme le marĂ©chal Arnoul d'Audrehem. Charles de La Cerda joue un jeu habile, attire Ă  lui des membres de familles liĂ©es depuis des annĂ©es aux Évreux-Navarre pour affaiblir l'influence du puissant parti navarrais qui menace le roi[58].

La rivalité entre Charles de Navarre et Charles de La Cerda
Prise de Saint-Jean-d'Angely enluminure de l'Histoire de la Toison d'or de Guillaume Fillastre, XVe siĂšcle (BNF)

Charles de La Cerda accumule les honneurs. Jean le Bon lui confie missions diplomatiques et commandements militaires ou maritimes. Il reçoit du roi le comtĂ© AngoulĂȘme en dĂ©cembre 1350 et la charge de connĂ©table en 1351. AprĂšs la mort de Philippe VI, la trĂȘve signĂ©e en 1347 n’est plus valable, Charles de La Cerda s'illustre par une brillante campagne en Poitou oĂč il prend Saint-Jean-d'Angely le 11 aoĂ»t 1351[45]. Jean le Bon, essayant de se concilier les bonnes grĂąces de Charles de Navarre, le nomme lieutenant du Languedoc. Le Navarrais s'acquitte bien de ses fonctions civiles, mais il Ă©choue Ă  reprendre la place de MontrĂ©al prĂšs d'Agen[59].

En 1352, le roi lui donne sa fille Jeanne en mariage avec une dot de 100 000 Ă©cus (il doit recourir Ă  une mutation monĂ©taire pour la rĂ©unir[59]). Mais bien que gendre du roi, Charles de Navarre reste soigneusement tenu Ă  l'Ă©cart du conseil du roi alors que Charles de La Cerda s'active Ă  dĂ©tricoter son rĂ©seau de fidĂšles. Tout cela ne peut qu'en faire l'ennemi mortel du parti navarrais, qui rĂ©pand des rumeurs calomnieuses d'homosexualitĂ© pour expliquer ses liens avec le roi. C'est l'affaire du comtĂ© d'AngoulĂȘme qui met le feu aux poudres : par un accord entre le roi de France et Jeanne de Navarre, cette derniĂšre a cĂ©dĂ© ce comtĂ© contre les chĂątellenies de Beaumont, AsniĂšres-sur-Oise et Pontoise. Ces chĂątellenies n'ayant jamais Ă©tĂ© remises, le comtĂ© aurait du revenir Ă  Charles de Navarre, mais il Ă©choit Ă  Charles de La Cerda[60]. La tension monte et au printemps 1353, une empoignade oppose Philippe de Navarre (le frĂšre de Charles le Mauvais), et le connĂ©table, dans les appartements du roi. Ce dernier, ramĂšne Philippe de Navarre Ă  la raison alors qu'il a dĂ©gainĂ© sa dague et Charles de La Cerda quitte les lieux sous les insultes du Navarrais[61].

NĂ©gociations de paix
Article dĂ©taillĂ© : Assassinat de Charles de La Cerda.

Sous la pression du pape Innocent VI, Anglais, Français et Bretons nĂ©gocient la paix dans la guerre de Cent Ans et dans la guerre de succession de Bretagne. Le conflit breton est en effet dans une phase de statu quo : Jean de Montfort soutenu par les Anglais est mort et son fils n'a que 4 ans. Charles de Blois, soutenu par les Français, est prisonnier Ă  Londres et nĂ©gocie sa rançon. Édouard III obtient, par le traitĂ© de Westminster du 1er mars 1353, qu'en contrepartie de la reconnaissance de Charles de Blois comme duc de Bretagne, ce dernier s'engage Ă  verser une rançon de 300 000 Ă©cus et Ă  ce que la Bretagne signe un traitĂ© d'alliance perpĂ©tuelle avec l'Angleterre. Cette alliance doit ĂȘtre scellĂ©e par le mariage de Jean (le fils de Jean de Montfort) avec la fille d'Édouard III, Marie[62]. Les Ă©poux Ă©tant cousins, le mariage nĂ©cessite des lettres de dispense canonique que le pape n'accorderait qu'avec l'approbation du roi de France. Or, Charles de La Cerda s'est mariĂ© en mars 1352 avec Marguerite de Blois (la fille de Charles de Blois). TrĂšs proche du roi de France, il a son mot Ă  dire dans cette nĂ©gociation et fait partie des plĂ©nipotentiaires[62]. En revanche, Charles le Mauvais est soigneusement tenu Ă  l'Ă©cart des nĂ©gociations. Une paix franco-anglaise nuirait Ă  ses intĂ©rĂȘts car, sans la menace d'une alliance anglo-navarraise, il n'a aucune chance de faire valoir ses prĂ©tentions sur la Champagne et a fortiori sur la couronne de France. Or, dĂ©but janvier 1354, au moment oĂč Charles de la Cerda part pour la Normandie, le roi a donnĂ© son accord au mariage[63]. DĂšs lors, Charles le Mauvais dĂ©cide de faire Ă©chouer les nĂ©gociations et de se saisir de la personne de Charles de La Cerda, dans le but d'influer sur le cours des tractations. Il passe Ă  l'action et fait assassiner Charles de La Cerda le 8 janvier 1354, Ă  L'Aigle.

Traité de Mantes
Charles le Mauvais au lit de justice de Jean le Bon. Gravure de 1879 issue de Paris Ă  travers les siĂšcles de H. Gourdon de Genouillac

Charles de Navarre souhaitait la capture du connĂ©table et non son assassinat. Il en endosse la responsabilitĂ© pour couvrir son ombrageux et impulsif frĂšre Philippe de Navarre qui fut l'exĂ©cutant. Alors que Jean le Bon reste prostrĂ© quatre jours Ă  l'annonce de la mort de Charles de La Cerda, montrant qu'il ne peut maĂźtriser son Ă©motion, le Navarrais se pose en chef d'État et revendique pleinement le meurtre qu'il justifie comme une question d'honneur[64].

Charles de Navarre est fortement soutenu et les seigneurs normands se rangent derriĂšre lui. Les chĂąteaux normands sont rĂ©armĂ©s. Il envoie Jean de Fricamp, surnommĂ© Friquet, emprunter de l'argent Ă  Bruges pour lever une armĂ©e[64]. DĂšs le 10 juillet 1354, la chancellerie navarraise envoie des courriers demandant une aide militaire Ă  Édouard III, au Prince noir, Ă  la reine Philippa de Hainaut, et Ă  Jean de Gand, duc de Lancastre[64]. AlliĂ© aux Anglais, il a les moyens de contraindre le roi de France Ă  accepter l'assassinat de son favori. Le 22 fĂ©vrier 1354, Jean le Bon doit accepter des concessions au traitĂ© de Mantes pour Ă©viter une reprise de la guerre de Cent Ans. Par ce traitĂ©, Charles le Mauvais renonce Ă  rĂ©clamer les chĂątellenies d'AsniĂšres-sur-Oise, Pontoise et Beaumont que le roi ne lui avait toujours pas remises. En contrepartie, il reçoit le comtĂ© de Beaumont-le-Roger, les chĂąteaux de Breteuil, Conches et de Pont-Audemer, le clos du Cotentin avec la ville de Cherbourg, les vicomtĂ©s de Carentan, Coutances et Valognes en Normandie. Il peut recevoir l'hommage des seigneurs normands qui l'ont soutenu. Ce traitĂ© lui donne Ă©galement la permission de tenir chaque annĂ©e un Ă©chiquier pour y rendre justice sans que des appels puissent ĂȘtre envoyĂ©s au parlement de Paris[65]. Au total, il reçoit toutes les prĂ©rogatives du duc de Normandie sans en avoir le titre. D'autre part, l'assassinat de Charles de La Cerda a compromis les accords de paix franco-anglais : ni la guerre de Cent Ans, ni la guerre de succession de Bretagne ne sont rĂ©glĂ©es. Pour faire bonne figure, il doit demander pardon au roi devant son lit de justice le 4 mars, mais ne subit aucun autre chĂątiment. Charles le Mauvais est en position de force, il n'a jamais Ă©tĂ© aussi puissant.

Le duc de Lancastre peut s'estimer flouĂ©, mais les partisans de Charles Ă©tant revenus en force dans le conseil du roi, les nĂ©gociations franco-anglaises de GuĂźnes Ă©voluent trĂšs favorablement pour les Anglais qui recevraient en toute souverainetĂ© toute l'Aquitaine des Plantagenet (le 1/3 du royaume de France), garderaient Calais contre le renoncement Ă  la couronne de France. Cet accord qui prĂ©figure le traitĂ© de BrĂ©tigny est signĂ© le 6 avril 1354. Le traitĂ© de GuĂźnes doit ĂȘtre confirmĂ© et solennisĂ© Ă  Avignon Ă  l'automne et une trĂȘve jusqu'au 1er Avril 1355 est conclue[66].

NĂ©gociations Ă  Avignon

En novembre 1354, Charles le Mauvais est conviĂ© par le pape aux nĂ©gociations de paix d'Avignon. Pour lui un traitĂ© de paix franco-anglais serait une catastrophe surtout si Édouard III acceptait de renoncer Ă  la couronne. Il conclut donc avec le duc de Lancastre un pacte qui prĂ©voit le dĂ©membrement de la France. Édouard recevrait la couronne de France mais laisserait Ă  son cousin Charles de Navarre la Normandie, la Champagne, la Brie, le Languedoc et quelques autres fiefs[67]. Un dĂ©barquement anglais est prĂ©vu pour la fin de la trĂȘve qui expire le 24 juin 1355[68]. Mais les Anglais, Ă©chaudĂ©s par les revirements incessants du Navarrais, se mĂ©fient et le dĂ©barquement promis n'eut jamais lieu.

États gĂ©nĂ©raux de 1355 et 1356

La crĂ©ation d'une armĂ©e soldĂ©e est coĂ»teuse et doit ĂȘtre financĂ©e. Le roi a recours aux Ă©tats gĂ©nĂ©raux qu'il convoque le 8 mai 1355. On tente de simplifier le calcul de l'impĂŽt pour le rendre plus efficace[69]. Mais les impĂŽts ne rentrent pas. Le roi rappelle une nouvelle fois Jean Poilevillain et Nicolas Braque, anciens manipulateurs de la monnaie jetĂ©s en prison sur ordre du roi Philippe VI, qu'il nomme respectivement aux Comptes et aux Monnaies[69]. La monnaie est dĂ©valuĂ©e une nouvelle fois. Les rentes et loyers diminuent au grand dam de la bourgeoisie, de la noblesse et des prĂ©lats[69]. La grogne monte.

Le palais de la Cité

AprĂšs avoir matĂ© d'une main de fer une rĂ©bellion dans son comtĂ© anglais de Chester, Édouard de Woodstock, dit le Prince noir, fils aĂźnĂ© d'Édouard III, est gratifiĂ© de la confiance de son pĂšre qui lui confie le poste de lieutenant de Gascogne. Ainsi commence la premiĂšre chevauchĂ©e du cĂ©lĂšbre capitaine anglais. Avec l'Ă©chec des nĂ©gociations d'Avignon, la trĂȘve prend fin et en 1355, le Prince noir, parti de Bordeaux, pille la campagne française dans les comtĂ©s de Juillac, d'Armagnac et d'Astarac. Ses troupes commettent de nombreuses atrocitĂ©s dans la rĂ©gion de Carcassonne. ConfrontĂ© Ă  la menace anglaise, Jean le Bon convoque les Ă©tats gĂ©nĂ©raux de langue d'oĂŻl Ă  Paris, dans la grande salle du palais de la CitĂ©, le 2 dĂ©cembre 1355, pour lever une armĂ©e de 30 000 hommes qu'il juge nĂ©cessaire. Étienne Marcel et ses alliĂ©s (son cousin Imbert de Lyon, son associĂ© Jean de Saint-BenoĂźt, son prĂ©dĂ©cesseur Ă  la prĂ©vĂŽtĂ© des marchands de Paris, Jean de Pacy, ainsi que ses Ă©chevins Pierre Bourdon, Bernard Cocatrix, Charles Toussac et Jean Belot) y sont les principaux reprĂ©sentants des villes[70]. Les Ă©tats sont extrĂȘmement mĂ©fiants quant Ă  la gestion des finances publiques (Ă©chaudĂ©s par les dĂ©valuations entraĂźnĂ©es par les mutations monĂ©taires[71] qui ont fait perdre Ă  la monnaie royale 82 % de sa valeur en un an[72]). La noblesse, dont les dĂ©valuations diminuent les revenus (les redevances dues sur leurs terres sont de montant fixe), a un besoin impĂ©ratif d'une monnaie forte. Les commerçants ont surtout besoin d'une monnaie stable. AprĂšs les chevauchĂ©es du Prince noir en Languedoc et du duc de Lancastre en Artois, les Ă©tats ont conscience de la nĂ©cessitĂ© de lever une armĂ©e, mais plus encore de financer des garnisons pour dĂ©fendre les villes[70]. Ils acceptent la levĂ©e d’une taxe sur les transactions commerciales de huit deniers par livre, Ă  la condition de pouvoir en contrĂŽler la mise en Ɠuvre, l’utilisation et que soit Ă©mise une monnaie forte[70]. Un collĂšge de neuf officiers (trois par ordre) chargĂ©s de prĂ©lĂšver la taxe doit ĂȘtre dĂ©signĂ© par les Ă©tats gĂ©nĂ©raux[73].

Charles IV, fragment d'une fresque de 1360-70, musée Wallraf-Richartz, Cologne

Les impÎts rentrant mal et la nouvelle monnaie se dévaluant rapidement, les états sont réunis à nouveau en mars 1356 et décident d'élargir l'assiette de l'impÎt en taxant aussi les revenus fonciers. Ce qui se révÚle difficile car il faudrait une administration capable de quantifier les revenus des contribuables[74].

La fugue du dauphin

L'empereur Charles IV du Saint-Empire, subissant une offensive diplomatique de la part des Anglais et inquiĂ©tĂ© par l'influence grandissante des Français sur l'ouest de l'empire (la Bourgogne, le DauphinĂ© et de nombreuses places fortes sont contrĂŽlĂ©s par les Français), menace de renĂ©gocier son alliance avec son beau-frĂšre Jean le Bon. L'empereur Ă©mancipe le beau-fils du roi, Philippe de Rouvre, dont le duchĂ© de Bourgogne est gĂ©rĂ© par le roi de France du fait de son jeune Ăąge[75]. Le roi fait montre d'intransigeance et la tension monte. Le dauphin Charles, trĂšs proche de l'empereur son oncle, craint d'y perdre le DauphinĂ© et s'oppose Ă  la façon de procĂ©der de son pĂšre. Il est montĂ© contre lui par Robert Le Coq (l'un des plus fervents Navarrais jouant double jeu auprĂšs de Jean le Bon) qui ne cesse de lui confier que son pĂšre cherche Ă  l'Ă©vincer du pouvoir. Il organise avec le concours des Navarrais un projet visant Ă  rencontrer l'empereur, Ă  lui prĂȘter l’hommage et Ă  apaiser les tensions[76]. La rencontre doit avoir lieu en dĂ©cembre 1355. Le roi, mis au courant de l'affaire par Robert de Lorris, convoque son fils et lui confie la Normandie en apanage pour le rassurer sur ses sentiments envers lui[77].

Arrestation de Charles de Navarre

Arrestation de Charles le Mauvais tirĂ© des Grandes Chroniques de France de Jean Froissart, XVe siĂšcle (BNF)

Jean le Bon est averti du complot de partage du pays, ourdi par Charles le Mauvais et les Anglais Ă  Avignon[78], ainsi que d'un projet d'assassinat le concernant (ce grief est plus tard avouĂ© par les proches de Charles de Navarre soumis Ă  la question, ce qui rend les aveux peu fiables) et se dĂ©cide Ă  le mettre hors d'Ă©tat de nuire. Le 5 avril 1356, le dauphin et duc de Normandie a conviĂ© en son chĂąteau de Rouen toute la noblesse de la province, Ă  commencer par le comte d'Évreux, Charles le Mauvais. La fĂȘte bat son plein lorsque surgit Jean le Bon, coiffĂ© d'un bassinet et l'Ă©pĂ©e Ă  la main, qui vient se saisir de Charles le Mauvais en hurlant : « Que nul ne bouge s'il ne veut ĂȘtre mort de cette Ă©pĂ©e! Â»[79]. À ses cĂŽtĂ©s, son frĂšre Philippe d'OrlĂ©ans, son fils cadet Louis d'Anjou et ses cousins d'Artois forment une escorte menaçante. À l'extĂ©rieur, une centaine de cavaliers en armes tiennent le chĂąteau[79]. Jean le Bon se dirige vers la table d'honneur, agrippe le roi de Navarre par le cou et l'arrache violemment de son siĂšge en hurlant : « TraĂźtre, tu n'es pas digne de t'asseoir Ă  la table de mon fils ! Â». Colin Doublet, Ă©cuyer de Charles le Mauvais, tire alors son couteau pour protĂ©ger son maĂźtre, et menace le souverain. Il est aussitĂŽt apprĂ©hendĂ© par l'escorte royale qui s'empare Ă©galement du Navarrais[79]. ExcĂ©dĂ© par les complots de son cousin avec les Anglais, le roi laisse Ă©clater sa colĂšre qui couve depuis la mort, en janvier 1354, de son favori le connĂ©table Charles de La Cerda.

MalgrĂ© les supplications de son fils qui, Ă  genoux, implore de ne point le dĂ©shonorer ainsi, le roi se tourne vers Jean d'Harcourt, infatigable dĂ©fenseur des libertĂ©s provinciales, mais qui a Ă©tĂ© mĂȘlĂ© Ă  l'assassinat de Charles de La Cerda. Il lui assĂšne un violent coup de masse d'armes sur l'Ă©paule avant d'ordonner son arrestation. Le soir mĂȘme, le comte d'Harcourt et trois de ses compagnons, dont l'Ă©cuyer Doublet, sont conduits au lieu-dit du Champ du Pardon. En prĂ©sence du roi, le bourreau, un criminel libĂ©rĂ© pour la circonstance qui gagne ainsi sa grĂące, leur tranche la tĂȘte[79].

Batailles et chevauchĂ©es sous Jean le Bon      Principales batailles de la 1Ăšre phase de la guerre      Possessions de Charles de Navarre

      ChevauchĂ©e du Prince noir en Languedoc en 1355

      ChevauchĂ©e de Lancastre en 1356

      ItinĂ©raire du Prince noir en 1356

      ChevauchĂ©e d'Édouard III en 1359-60

Deux jours plus tard, la troupe regagne Paris pour cĂ©lĂ©brer la fĂȘte de PĂąques. Charles le Mauvais est emprisonnĂ© au Louvre, puis au ChĂątelet. Mais la capitale n'est pas sĂ»re, aussi est-il finalement transfĂ©rĂ© Ă  la forteresse d'Arleux, prĂšs de Douai en terre d'Empire[80]. IncarcĂ©rĂ©, Navarre gagne en popularitĂ©. Ses partisans le plaignent et rĂ©clament sa libertĂ©. La Normandie gronde et nombreux sont les barons qui renient l'hommage prĂȘtĂ© au roi de France et se tournent vers Édouard III d'Angleterre. Pour eux, Jean le Bon a outrepassĂ© ses droits en arrĂȘtant un prince avec qui il a pourtant signĂ© la paix. Pire encore, ce geste est perçu par les Navarrais comme le fait d'un roi qui se sait illĂ©gitime et espĂšre Ă©liminer un adversaire dont le seul tort est de dĂ©fendre ses droits Ă  la couronne de France. Philippe de Navarre le frĂšre de Charles le Mauvais, envoie son dĂ©fi au roi de France le 28 mai 1356[80]. Les Navarrais et particuliĂšrement les seigneurs normands passent en bloc du cĂŽtĂ© d'Édouard III qui, dĂšs le mois de juin, lance ses troupes dans de redoutables chevauchĂ©es, en Normandie et en Languedoc[81].

Guerre contre les Anglais

La bataille de Poitiers

Articles dĂ©taillĂ©s : Bataille de Poitiers (1356) et Arc long anglais.

L'Ă©tĂ© de l'annĂ©e suivante, le Prince noir revient sur le sol français pour une nouvelle campagne de pillages. Il Ă©choue devant Bourges, mais prend Vierzon dont la garnison est massacrĂ©e. GĂȘnĂ©e par le poids du butin, sa troupe oblique alors vers l'ouest, puis vers Bordeaux en passant par Poitiers. Jean le Bon la poursuit avec une armĂ©e deux fois plus nombreuse, composĂ©e de chevaliers lourds, et le rattrape dans les environs de Poitiers. La bataille a lieu le 19 septembre 1356 Ă  NouaillĂ©-Maupertuis prĂšs de Poitiers. L'enjeu est plus que militaire. Il faut redorer le blason de la noblesse, largement terni depuis le dĂ©sastre de CrĂ©cy et qui, de plus, est incapable de protĂ©ger le peuple des pillages anglais ce qui est pourtant son rĂŽle dans la sociĂ©tĂ© fĂ©odale. C'est dans cet esprit qu'il renvoie les troupes envoyĂ©es par les villes pour le soutenir. C'est au roi et Ă  la noblesse de vaincre pour prouver leur lĂ©gitimitĂ©.

Avant que la bataille se dĂ©clenche, le cardinal de Talleyrand-PĂ©rigord, lĂ©gat du pape Innocent IV, tente une mĂ©diation et obtient une trĂȘve de 24 heures. Ce dĂ©lai est mis Ă  profit par les Anglais qui peuvent se retrancher, leur stratĂ©gie habituelle Ă©tant d'obliger l'adversaire Ă  attaquer et de rĂ©pliquer en faisant usage de l'arc long dont la cadence de tir surclasse largement celle des arbalĂštes.

Capture de Jean le Bon, enluminure tirée du De Casibus illustrium virorum de Boccace (1355-1360) (BNF)

Au petit matin, un mouvement des Anglais laisse penser qu'ils tentent de passer leur butin de l'autre cĂŽtĂ© du Miosson au guĂ© de l'Omme. Les deux commandants de l’avant-garde française interprĂštent diffĂ©remment ce mouvement : le marĂ©chal Jean de Clermont apprĂ©hende un piĂšge, alors que le marĂ©chal Arnoul d'Audrehem estime qu'il faut tout de suite occuper les passages. Le ton monte, ils se dĂ©fient et, sans prendre les ordres du roi, chargent chacun de leur cĂŽtĂ©.

La charge d'Audrehem sur un chemin bordé de haies (Maupertuis, un mauvais passage) est anéantie par les archers gallois masqués derriÚre les buissons. Le connétable, Gauthier VI de Brienne, se joint au maréchal de Clermont pour charger sur le comte de Salisbury. Tous deux sont tués. L'avant-garde est décimée.

Les deux corps de bataille s'engagent ensuite de façon désordonnée, désordre accentué par les piÚges préparés par les Anglais. La bataille tourne à l'avantage du Prince noir[82]. Une partie de l'armée française, devant la confusion de la bataille, perd confiance et tourne casaque.

Comme les chevaux, non protĂ©gĂ©s, sont vulnĂ©rables aux tirs des archers anglais, le roi fait mettre pied Ă  terre. Il monte Ă  l'assaut avec ses hommes aprĂšs avoir mis Ă  l'abri ses fils Charles et Louis, ne gardant avec lui que le plus jeune, Philippe. Ce dernier, seulement ĂągĂ© de quatorze ans, gagne Ă  Poitiers son surnom de le Hardi[82]. La cavalerie anglaise charge les chevaliers français dĂ©montĂ©s et s'assure la victoire. Le roi se bat hĂ©roĂŻquement. Les cris de son jeune fils sont restĂ©s cĂ©lĂšbres : « PĂšre, gardez-vous Ă  droite! Gardez-vous Ă  gauche! Â». BlessĂ© Ă  la tĂȘte[83], le roi de France est finalement fait prisonnier avec son fils[84] par Denis de Morbecque[85]. Édouard III a toutes les cartes en main pour nĂ©gocier d’importantes concessions territoriales et financiĂšres.

La captivité

L'hĂ©roĂŻsme de Jean le Bon et de son fils Philippe Ă  la bataille de Poitiers est restĂ© cĂ©lĂšbre et vaut au premier sa rĂ©putation de roi-chevalier et au deuxiĂšme son surnom de Hardi. Illustration d'Alphonse de Neuville pour L’histoire de France depuis les temps les plus reculĂ©s jusqu’en 1789 de François Guizot 1870

Le sacrifice du roi sauve sa couronne car il est perçu comme hĂ©roĂŻque dans tout le royaume, y compris par Édouard III et son fils le Prince noir. Jean le Bon est incarcĂ©rĂ© Ă  Bordeaux avec tous les honneurs. Il peut librement y organiser une cour. En janvier 1358, Charles de Navarre, libĂ©rĂ©, est en mesure de prendre le pouvoir (il est considĂ©rĂ© par beaucoup comme plus apte Ă  combattre l'ennemi anglais et plus lĂ©gitime que le chĂ©tif dauphin[86]). Voyant la situation Ă©voluer vers une monarchie contrĂŽlĂ©e avec Charles de Navarre Ă  sa tĂȘte, Jean le Bon dĂ©cide de prĂ©cipiter les nĂ©gociations, quitte Ă  cĂ©der beaucoup de terrain Ă  Édouard III. Elles doivent avoir lieu de roi Ă  roi et il est transfĂ©rĂ© de Bordeaux Ă  Londres. Ses conditions d’incarcĂ©ration sont royales : il est logĂ© avec sa cour de plusieurs centaines de personnes (proches capturĂ©s avec lui Ă  Poitiers et d'autres venus de leur plein grĂ©), libertĂ© de circulation en Angleterre, hĂ©bergement Ă  l’HĂŽtel de Savoie. Il accepte le premier traitĂ© de Londres qui prĂ©voit que l’Angleterre rĂ©cupĂšre l’ensemble de ses anciennes possessions d’Aquitaine et une rançon de quatre millions d’écus sans renonciation Ă  la couronne de France[87].

Cet accord provoque un tollĂ© dont Étienne Marcel, le prĂ©vĂŽt de Paris, profite pour prendre le pouvoir dans la capitale. Le 22 fĂ©vrier 1358 il dĂ©clenche une Ă©meute et 3 000 hommes en armes envahissent le Palais de la CitĂ© pour affronter le dauphin[88] qui a fait monter une armĂ©e d'un millier d'hommes pour faire pression sur les Parisiens et empĂȘcher son Ă©viction en faveur du Navarrais. Étienne Marcel fait assassiner sous ses yeux les chefs de cette armĂ©e : le marĂ©chal de Champagne Jean de Conflans et le marĂ©chal de Normandie Robert de Clermont[89]. Croyant maĂźtriser le dauphin qu'il a terrorisĂ©, il le fait nommer rĂ©gent et tient Charles le Mauvais Ă  l'Ă©cart de Paris. Le dauphin rĂ©agit, monte la noblesse horrifiĂ©e par le meurtre des marĂ©chaux contre Étienne Marcel et organise le siĂšge de la capitale[90]. Étienne Marcel contre-attaque en utilisant la jacquerie pour s'assurer de l'accĂšs nord Ă  la capitale qui lui permet de garder contact avec les villes des Flandres et du nord auquel il est alliĂ©. Charles de Navarre, se sentant Ă©vincĂ© par le prĂ©vĂŽt de Paris, reprend l'initiative en prenant la tĂȘte de la noblesse et en Ă©crasant les Jacques[91]. Étienne Marcel n'a d'autre choix que de composer avec lui : il lui ouvre les portes de Paris et du pouvoir[92]. NĂ©anmoins, la plus grande partie de la noblesse ne suit pas le Navarrais et rallie le camp du dauphin qui assiĂšge Paris. Une alliance avec Étienne Marcel est impossible depuis le meurtre des marĂ©chaux. Charles de Navarre compense ces dĂ©fections par l'enrĂŽlement de mercenaires anglais dont la prĂ©sence dans Paris dĂ©clenche des Ă©meutes[93], la nouvelle de l'arrivĂ©e d'autres troupes anglaises fait dĂ©finitivement basculer les Parisiens[94]: Étienne Marcel est assassinĂ© et Paris ouvre ses portes au rĂ©gent le 2 aoĂ»t 1358.

Jean Fouquet Entrée de Charles V dans Paris le 2 août 1358, manuscrit des Grandes Chroniques de France, vers 1455-1460 (BNF)

En mars 1359, profitant que le pouvoir semble Ă©chapper complĂštement Ă  Jean le Bon, Édouard III augmente ses prĂ©tentions et lui impose des conditions de dĂ©tention moins conciliantes et obtient un second traitĂ© encore plus contraignant :

  • Aux anciennes possessions d'Aquitaine des PlantagenĂȘt, s’ajoutent toutes les terres qui ont un jour appartenu Ă  l'Angleterre : le Maine, la Touraine, l'Anjou et la Normandie.
  • Le roi d'Angleterre reçoit l'hommage du duc de Bretagne, rĂ©glant ainsi la guerre de succession de Bretagne en faveur de Jean de Montfort, alliĂ© des Anglais.
  • La rançon de quatre millions d'Ă©cus avec un Ă©chĂ©ancier plus bref.

Cela reprĂ©sente plus de la moitiĂ© du territoire et plusieurs annĂ©es de recettes fiscales. Accepter ces conditions discrĂ©diterait dĂ©finitivement les Valois et risquerait de faire sombrer le royaume dans une nouvelle guerre civile qui offrirait Ă  Édouard III la couronne sur un plateau.

Le dauphin Charles convoque les Ă©tats gĂ©nĂ©raux qui, scandalisĂ©s, dĂ©clarent le traitĂ© « ni passable, ni faisable Â». Cette manƓuvre permet de dĂ©douaner son pĂšre et de ressouder le pays contre les Anglais. Édouard III dĂ©barque en octobre 1359 pour prendre Reims, la ville du sacre, et imposer Ă  la chevalerie française une nouvelle dĂ©faite qui achĂšverait de discrĂ©diter le pouvoir. Mais, en accord avec le roi et son entourage londonien (qui ne veulent pas que la mort Ă©ventuelle d'Édouard III sur le champ de bataille dĂ©clenche des reprĂ©sailles Ă  leur encontre), Charles lui oppose la tactique de la terre dĂ©serte et mĂšne une guerre d'escarmouches, refusant toute bataille rangĂ©e. Cette chevauchĂ©e tourne au fiasco pour les Anglais, harcelĂ©s, affamĂ©s, privĂ©s de montures (faute de fourrage). Pendant ce temps, des marins normands mĂšnent un raid sur le port de Winchelsea (mars 1360), dĂ©clenchant une panique en Angleterre[95]. Fou de rage, Édouard III remonte vers Paris, son armĂ©e commettant alors de nombreuses exactions : il ne s’agit plus de la simple extorsion visant Ă  ravitailler ses hommes mais de la destruction systĂ©matique de toutes les ressources (les pieds de vignes sont arrachĂ©s, le bĂ©tail abattu et toute Ăąme qui vive massacrĂ©e). Les mercenaires se soldant par le pillage, une partie des troupes reste sur la Bourgogne pour la piller pour son propre compte, formant un embryon de Grande Compagnie. Ces exactions entraĂźnent un vif ressentiment contre les Anglais. Nombres de ces massacres ont lieu pendant le carĂȘme et la semaine sainte et quand l’armĂ©e anglaise est dĂ©cimĂ©e par un violent orage de grĂȘle le lundi 13 avril, nombre de chroniqueurs y voient la main de Dieu[96]. Édouard III se dĂ©cide alors Ă  nĂ©gocier.

Royaume de France entre 1356 et 1363: Jacqueries et Compagnies      Possessions de Charles de Navarre      Territoires contrĂŽlĂ©s par Édouard III avant le traitĂ© de BrĂ©tigny

      ChevauchĂ©e d'Édouard III en 1359-60

     Territoires cĂ©dĂ©s par la France Ă  l'Angleterre par le traitĂ© de BrĂ©tigny (suit le tracĂ© du premier traitĂ© de Londres)

Traité de Brétigny

AprĂšs le refus du deuxiĂšme traitĂ© de Londres, les conditions de dĂ©tention de Jean le Bon deviennent progressivement moins confortables. En janvier 1359, Jean le Bon est assignĂ© Ă  rĂ©sidence, sous la surveillance de soixante-neuf hommes de garde. Six mois plus tard, le roi est transfĂ©rĂ© Ă  la sinistre forteresse de Somerton puis, au printemps 1360, Ă  la Tour de Londres[83]. Le danger d’une prise de pouvoir par les Navarrais ou par les Ă©tats gĂ©nĂ©raux Ă©tant Ă©cartĂ©, le roi dĂ©cide de reprendre les choses en main. Il veut neutraliser au plus vite le dauphin (il craint particuliĂšrement une action d'Ă©clat destinĂ©e Ă  assassiner le roi d'Angleterre et il craint pour sa propre sĂ©curitĂ©). Alors qu’Édouard III chevauche en France, les rĂȘnes du pays sont reprises par son Ă©minence grise, l'archevĂȘue de Sens, Guillaume II de Melun. Celui-ci place le dauphin en rĂ©sidence surveillĂ©e, et dirige le conseil[97]. Le parti royal nĂ©gocie Ă  la va-vite sur les bases du premier traitĂ© de Londres, alors que l’armĂ©e anglaise est en dĂ©route, Ă©vitant que ce succĂšs bĂ©nĂ©ficie au seul dauphin. Par rapport au premier traitĂ© de Londres, la rançon est ramenĂ©e de quatre Ă  trois millions d’écus, mais les conditions sont trĂšs lourdes et le traitĂ© perçu comme honteux.

Le traitĂ© met un terme aux quatre annĂ©es de captivitĂ© Ă  Londres de Jean le Bon, mais des otages sont livrĂ©s pour garantir le paiement de la rançon, dont le plus important est sans doute son ambassadeur et conseiller : Bonabes IV de RougĂ© et de Derval.

Édouard III obtient la Guyenne et la Gascogne en toute souverainetĂ©, ainsi que Calais, le Ponthieu et le comtĂ© de GuĂźnes. Il obtient Ă©galement le Poitou - dont l'un des fils du roi, Jean, est pourtant comte -, le PĂ©rigord, le Limousin, l'Angoumois et la Saintonge. Enfin, il devient souverain de toutes les terres du comte d'Armagnac en recevant l'Agenais, le Quercy, le Rouergue, la Bigorre et le comtĂ© de Gaure.

En revanche, Édouard III renonce aux duchĂ©s de Normandie et de Touraine, aux comtĂ©s du Maine et d'Anjou, et Ă  la suzerainetĂ© sur la Bretagne et les Flandres. Il renonce surtout Ă  revendiquer la couronne de France. Ce traitĂ© vise Ă  dĂ©samorcer tous les griefs qui ont conduit au dĂ©clenchement du conflit.

La rançon n'est que partiellement versĂ©e et le traitĂ© de BrĂ©tigny-Calais ne dure pas, mais il permet une trĂȘve de neuf ans pendant la guerre de Cent Ans.

Retour de Jean le Bon

Mariage d’Isabelle de France avec Jean GalĂ©as Visconti

Le versement de l'immense rançon nĂ©gociĂ©e Ă  BrĂ©tigny pose problĂšme : le pays est exsangue. Pour libĂ©rer le roi, Édouard III exige un acompte de 600 000 Ă©cus et le roi doit en verser 400 000 supplĂ©mentaires avant un an. Le dauphin ne rĂ©ussit Ă  collecter que 400 000 Ă©cus aux prix d'efforts considĂ©rables de la population dans son ensemble. Cependant, Jean le Bon parvient Ă  trouver de l'argent pour le premier versement de sa rançon : il marie sa fille Isabelle, avec Jean GalĂ©as Visconti, le fils de Blanche de Savoie et de GalĂ©as Visconti, qui rĂšgne sur la Lombardie avec son frĂšre BarnabĂ©. Son rang est insuffisant pour entrer dans la famille du plus grand roi de la chrĂ©tientĂ©, mais GalĂ©as a offert 600 000 Ă©cus d'or. Le premier acompte doit ĂȘtre versĂ© en juillet, le solde Ă  la cĂ©lĂ©bration du mariage. Pris Ă  la gorge, Jean le Bon accepte la proposition et peut ainsi ĂȘtre libĂ©rĂ©[98].

Réformes monétaires et fiscales

Le Franc Ă  cheval reprĂ©sente le roi Jean le Bon sur un destrier, armĂ© d'un Ă©cu Ă  fleur de lys et brandissant l'Ă©pĂ©e, avec le terme « Francorum Rex Â» (Roi des Francs).

Prisonniers Ă  Londres, Jean le Bon et ses conseillers constatent les bienfaits d’une monnaie forte. Ils prĂ©parent donc les rĂ©formes nĂ©cessaires et Jean le Bon crĂ©e le franc, le 5 dĂ©cembre 1360, sur le chemin du retour Ă  Paris[99]. Il s’agit d’une monnaie Ă  trĂšs forte teneur en or (3,88 grammes d'or fin), valant une livre et dont le nom indique qu’il ne s’agit pas d’une monnaie au titre dĂ©valuĂ©[100]. Il montre le roi chargeant Ă  cheval dans la droite ligne de l’idĂ©al chevaleresque : l’objectif est de restaurer l’autoritĂ© royale en mettant fin aux mutations monĂ©taires qui ont entraĂźnĂ© de nombreuses dĂ©valuations pendant toute la premiĂšre moitiĂ© du XIVe siĂšcle[101]. Une monnaie forte constitue la demande principale des Ă©tats gĂ©nĂ©raux, illustrĂ©e par la thĂ©orie Ă©laborĂ©e par Nicolas Oresme.

À cĂŽtĂ© des Ă©lĂ©ments purement Ă©conomiques qui conduisent Ă  la dĂ©cision de la crĂ©ation d'une nouvelle monnaie pour le royaume, le choix de son nom, le franc, est avant tout un geste politique, Ă  usage intĂ©rieur, pour rĂ©pondre au besoin d'affirmation nationale naissant pendant la guerre de Cent Ans[102]. Il s'agit clairement d'une Ă©vocation de l'ascendance (partielle) franque du peuple français - ce terme de Francs par ailleurs Ă©galement employĂ© pour dĂ©signer les chevaliers chrĂ©tiens partis en croisade - et de la lĂ©gitimitĂ© de son roi (le Rex Francorum), lĂ©gitimitĂ© dont la dĂ©fense constitue une des principales prĂ©occupations des Valois.

Retour de Jean le Bon, enluminure tirée des Grandes Chroniques de France

Le roi, mĂȘme s'il doit mĂ©nager les Ă©tats gĂ©nĂ©raux qui ont gouvernĂ© en 1358, n’entend pas laisser les rĂȘnes du pouvoir et le conseil est tenu par le parti royal, Guillaume de Melun en tĂȘte. Il applique donc une politique proche de celle prĂŽnĂ©e par les Ă©tats gĂ©nĂ©raux sans toutefois leur rendre de comptes, ni au parlement. AprĂšs la crĂ©ation du Franc, il rĂ©duit le nombre de fonctionnaires, Ă©pure et met sous pression le personnel financier qui est trĂšs impopulaire[103]. La plupart des proches du dauphin sont Ă©vincĂ©s et celui-ci retourne gĂ©rer son duchĂ© de Normandie[104].

Le royaume est saignĂ© pour payer le premier versement de la rançon tel qu'organisĂ© par le dauphin et les Ă©tats gĂ©nĂ©raux avant le retour de Jean le Bon[105]. L’abandon des mutations monĂ©taires, prive l’État d’une source importante de revenus. Pour payer la rançon, le conseil du roi compte sur la fiscalitĂ© indirecte : l’ordonnance de CompiĂšgne du 5 dĂ©cembre 1360 institue une taxe de 5 %, prĂ©levĂ©e sur tous les Ă©changes[106]. Ce choix favorise la noblesse qui n’est pas touchĂ©e par cet impĂŽt et plus gĂ©nĂ©ralement les propriĂ©taires fonciers dont les revenus sont calculĂ©s en monnaie de compte. En revanche, le commerce, l’agriculture et l’industrie sont durement pĂ©nalisĂ©s et l’économie est ralentie par cette mesure.

Apanages

La superficie du domaine royal posant des problĂšmes de gouvernance, Jean le Bon le divise en principautĂ©s qu’il confie Ă  ses fils en apanage. Charles est dĂ©jĂ  dĂ©positaire du duchĂ© de Normandie. Louis reçoit le Maine et l’Anjou, Jean le Berry et Philippe la Bourgogne. En dĂ©cembre 1360, il rĂ©voque toutes les aliĂ©nations du domaine royal faites depuis Philippe le Bel hormis celles effectuĂ©es au bĂ©nĂ©fice de ses fils, ce qui permet de rapprocher les apanages de la famille proche du roi[107].

Les Grandes Compagnies

Bataille de Brigniais d'aprĂšs Jean Froissard

L’économie du royaume est alors trĂšs entamĂ©e par les agissement des Grandes Compagnies, composĂ©es de mercenaires dĂ©mobilisĂ©s par la trĂȘve, qui mettent le royaume en coupe rĂ©glĂ©e. Souvent Anglais ou Gascons, ils se rĂ©clament du roi d’Angleterre ou de Navarre, contribuant ainsi Ă  ancrer un vĂ©ritable sentiment d’anglophobie et Ă  discrĂ©diter Charles le Mauvais. Il est vrai qu’Anglais et Navarrais ont souvent recours Ă  leurs services dans la guerre froide qui les oppose au roi de France (Édouard III, en particulier, n’hĂ©site pas Ă  faire Ɠuvrer ses mercenaires sous les couleurs navarraises)[108]. Ainsi, Jean JouĂ«l s’empare, en son nom propre, du donjon de Rolleboise pour le compte d’Édouard III[109]. Partout, ils occupent des places fortes et rançonnent les campagnes. Bloquant les voies de communication, dont ils tirent de nombreux profits, ils pĂšsent sur les Ă©changes. Beaucoup rançonnent sur les vallĂ©es de la SaĂŽne et du RhĂŽne, principal axe commercial Nord-Sud depuis l'installation de la PapautĂ© Ă  Avignon[110]. On essaie de les acheter, ils empochent le tribut sans partir. On tente de les emmener combattre Ă  l’extĂ©rieur mais ils reviennent. On tente de les utiliser les uns contre les autres, mais cette stratĂ©gie tourne au dĂ©sastre. Les troupes royales sont Ă©crasĂ©es Ă  Brignais le 6 avril 1362, une partie des Grandes Compagnies embauchĂ©es ayant quittĂ© le champ de bataille. Il faut encore leur payer la rançon pour Guillaume de Melun pris pendant la bataille[111].

Le roi s’éloigne du pouvoir

Allant de dĂ©sastre en dĂ©sastre dans un pays ruinĂ© et Ă  feu et Ă  sang, le roi cherche une porte de sortie. Il se rend Ă  Avignon voir le pape Innocent VI qui est un ancien conseiller de son pĂšre Philippe VI[112]. Il compte lui demander de l'aider Ă  rembourser sa rançon. Son voyage a un autre objectif : marier son fils Philippe le Hardi Ă  Jeanne de Naples dont le royaume est soutenu Ă  bras le corps par la papautĂ©. Mais quand il arrive Innocent est mort, son successeur Urbain est peu dispendieux et n'est pas disposĂ© Ă  financer sa rançon. De plus le pape ne souhaitant pas voir la Provence tomber entre les main des Français et voir ainsi Avignon complĂštement cernĂ©e par le puissant royaume de France au risque de tomber sous sa tutelle, s'active en sous-main pour empĂȘcher cette union qu'il autorise officiellement malgrĂ© la consanguinitĂ© de l'union envisagĂ©e. De toute façon, Jeanne n'est pas femme Ă  se voir imposer un mari, mĂȘme par le pape son protecteur, et elle prĂ©fĂšre Ă©pouser le roi Jacques IV de Majorque[113].

Urbain V a l'idĂ©e de l'envoyer en croisade en emmenant les compagnies qui saignaient le Royaume de France et la citĂ© des papes[114]. Le moment est propice puisque Amurat 1er, le sultan des Turcs ottomans, aprĂšs un an de siĂšge, vient de conquĂ©rir Andrinople dont il veut faire sa capitale. Jean le bon est sĂ©duit par le projet, il envisage de reconquĂ©rir son honneur en croisade contre les Turcs en rĂ©pondant Ă  l'appel du roi de Chypre, Pierre Ier de Lusignan. Cette croisade serait financĂ©e par le pape, via les dĂ©cimes, le roi comptant bien en rĂ©cupĂ©rer une partie pour financer le remboursement de sa rançon. Il reçoit la croix d’Outremer des mains du nouveau pape Urbain V Ă  Avignon le 30 mars 1363[111]. Mais le nouveau souverain pontife est trĂšs soucieux des finances de l'Église et impose que les dĂ©cimes soient prĂ©levĂ©es par les Ă©vĂȘques eux-mĂȘmes ce qui ĂŽte tout espoir de plus-value Ă  Jean le Bon[115].

Finalement, il repart pour Londres le 3 janvier 1364 pour renĂ©gocier le TraitĂ© de BrĂ©tigny pour lequel il a du mal Ă  payer la rançon et la libĂ©ration des otages (son fils Louis d’Anjou, lassĂ© d’attendre sa libĂ©ration, s'est dĂ©jĂ  enfui de Londres, avec Bonabes IV de RougĂ© et de Derval)[116]. Avant de partir, il rĂ©unit les Ă©tats gĂ©nĂ©raux Ă  Amiens fin dĂ©cembre 1363 et leur fait part de sa dĂ©cision[116]. Il laisse une situation dĂ©sastreuse avec un pays ruinĂ© et mis en coupe rĂ©glĂ©e par les compagnies, mais une bonne partie des dĂ©cisions qui vont permettre Ă  Charles V de relever le royaume sont dĂ©jĂ  prises. La monnaie est stabilisĂ©e, une administration plus efficace via la politique des apanages est mise en place, les impĂŽts sont votĂ©s. Il laisse son fils aĂźnĂ© rĂ©gler la situation, ce qu'il a dĂ©jĂ  fait brillamment en 1358.

Jean II meurt Ă  l'hĂŽtel de Savoie, Ă  Londres, le 8 avril 1364. Son corps est restituĂ© Ă  la France et il est inhumĂ© dans la basilique Saint-Denis. Sa sĂ©pulture, comme celle de tous les autres princes et dignitaires reposant en ce lieu, fut profanĂ©e par les rĂ©volutionnaires en 1793.

Retour de Jean le Bon en Angleterre enluminure des Grandes chroniques de France de Jean Froissard XVe siĂšcle (BNF)

Mariages et descendance

Jean le Bon est mariĂ©, Ă  l'Ăąge de treize ans, Ă  Bonne de Luxembourg le dimanche 26 juillet 1332 Ă  Melun. Ils ont onze enfants :

  1. Blanche (1336-1336)
  2. Charles V (1337-1380), roi de France de 1364 Ă  1380.
  3. Catherine (1338-1338)
  4. Louis (1339-1384) duc d'Anjou Ă©pouse Marie de Blois-ChĂątillon (1345-1404)
  5. Jean (1340-1416) duc de Berry Ă©pouse en 1360 Jeanne d'Armagnac (?-1387)
  6. Philippe le Hardi (1342-1404) duc de Bourgogne Ă©pouse en 1369 Marguerite III de Flandre (1350-1405)
  7. Jeanne (1343-1373) Ă©pouse en 1352 Charles le Mauvais, roi de Navarre (1332-1387)
  8. Marie (1344-1404) Ă©pouse Robert Ier (1344-1411), duc de Bar.
  9. AgnĂšs de Valois (1345-1349)
  10. Marguerite (1347-1352)
  11. Isabelle (1348-1372) épouse Jean-Galéas Visconti (1351-1402) duc de Milan

En pleine épidémie de peste noire, son épouse Bonne de Luxembourg trouve la mort le 3 ou le 11 septembre 1349 à l'abbaye de Maubuisson.

Le 9 février 1350, Jean le Bon se remarie au chùteau royal de Sainte-Gemme à Feucherolles avec Jeanne d'Auvergne (1326-1361), fille de Guillaume XII comte d'Auvergne, veuve de Philippe de Bourgogne.

Avec Jeanne, il a :

  1. Blanche (1350-1350)
  2. Catherine (1352-1352)
  3. un fils (1354-1354)

Bibliographie

  • Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980. (ISBN 2213008981)
  • Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France : Jean le Bon, Ă©ditions Pygmalion 2000. (ISBN 2857042647)
  • Raymond Cazelles, SociĂ©tĂ© politique, noblesse et couronne sous Jean le Bon et Charles V, Paris-GenĂšve, 1982 (MĂ©moires et documents publiĂ©s par la SociĂ©tĂ© de l'École des chartes, 28)
  • Raymond Cazelles, Étienne Marcel, Taillandier, 1984
  • Françoise Autrand, Charles V, Fayard, 1994
  • Jean Deviosse, Jean le Bon, Fayard 1985 (ISBN 2213015583)
  • Thomas Delvaux, Le sang des Saint-Omer des Croisades Ă  la quenouille, Tatinghem, 2007 (ISBN 978-2-9532614-0-0)

Liens externes

D’autres articles en synthùse vocale

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  • Jean II le Bon, chrisagde.free.fr
  • Duc de LĂ©vis Mirepoix, Le roi Jean II le bon fut-il un mauvais roi ?, Historama Janvier 2003 [3]
  • E. Cosneau, Jean le Bon, Imago Mundi
  • GĂ©nĂ©alogie de Jean le Bon [4]

Articles connexes

Notes et références

  1. ↑ Jean II le Bon sur le site de la Fondation pour la gĂ©nĂ©alogie mĂ©diĂ©vale
  2. ↑ a , b  et c  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.18
  3. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 151
  4. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 60
  5. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.13
  6. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 140
  7. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.153
  8. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.154
  9. ↑ a , b , c  et d  Jean Mabire, Godefroy de Harcourt seigneur normand voxnr.com
  10. ↑ Georges Bordonove, La Guerre de 600 ans, Laffont 1971, page 135
  11. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.109
  12. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .60-61.
  13. ↑ E. Cosneau,Jean le Bon, Imago Mundi
  14. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 134
  15. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 133
  16. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 135
  17. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 137
  18. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .84.
  19. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .86.
  20. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 91.
  21. ↑ Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p.91-92.
  22. ↑ a , b  et c  Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 92.
  23. ↑ a  et b  Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 103
  24. ↑ a  et b  Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 93.
  25. ↑ a  et b  Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 94.
  26. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 147
  27. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 35
  28. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 36
  29. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 150
  30. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 72
  31. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 70
  32. ↑ E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capĂ©tienne, t. IX, p. 10.
  33. ↑ Jules Viart, archiviste palĂ©ographe, conservateur aux Archives nationales et EugĂšne DĂ©prez, Chroniques de Jean le Bel, 1905, tome 2, p. 184
  34. ↑ a  et b  Les Valois directs : Jean II le Bon. Jeanne de Boulogne chrisagde.free.fr
  35. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.81
  36. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 772
  37. ↑ a , b  et c  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.107-108
  38. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard, 1994, p. 108
  39. ↑ Raoul de Brienne avait Ă©tĂ© fait prisonnier lors du siĂšge de Caen en 1346
  40. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.82
  41. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.55-56
  42. ↑ a , b , c  et d  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.83
  43. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.16
  44. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.82-83
  45. ↑ a , b , c  et d  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994,p 86-87
  46. ↑ Philippe Contamine, Marc Bompaire, StĂ©phane Lebecq, Jean-Luc Sarrazin, L'Économie mĂ©diĂ©vale, Collection U, Armand Colin 2004, p.356
  47. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.92
  48. ↑ Patrick Boucheron, Michel Kaplan, Histoire mĂ©diĂ©vale Tome 2, "Le Moyen Âge XIe-XVe siĂšcles", BrĂ©al, 1994, chapitre 3 : « Noblesse, fĂ©odalitĂ© et monarchies Â» p. 89-90
  49. ↑ NoĂ«l Coulet, Le Temps des malheurs (1348-1440) tirĂ© de Histoire de la France des origines Ă  nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 400
  50. ↑ a  et b  Duc de LĂ©vis Mirepoix, « Le roi Jean II le bon fut-il un mauvais roi ? Â», Historama janvier 2003 [1]
  51. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994,p. 87-88
  52. ↑ a , b  et c  Jean le Bon tente de rĂ©former l'armĂ©e, chrisagde
  53. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994,p 88-89
  54. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994,p. 234
  55. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.109
  56. ↑ Jean d'Artois Ă©tait privĂ© des terres paternelles suite Ă  la trahison de son pĂšre et emprisonnĂ© Ă  ChĂąteau-Gaillard avec ses deux frĂšres et sa mĂšre
  57. ↑ fille de l'infant de Castille Fernando de La Cerda, 1275 - 1322)
  58. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.109-110
  59. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.116
  60. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.106
  61. ↑ Charles le Mauvais fait assassiner Charles de La Cerda, connĂ©table de France et favori du roi chrisagde.free.fr
  62. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.121-122
  63. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.124
  64. ↑ a , b  et c  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.126-128
  65. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.128-129
  66. ↑ Georges Minois, La guerre de cent ans, Perrin 2008, p. 128
  67. ↑ AndrĂ© Castelot et Alain Decaux, Histoire de la France et des Français au jour le jour vol. 3, partie 2 de 1316 Ă  1358, p. 92
  68. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.144-145
  69. ↑ a , b  et c  Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 203-204
  70. ↑ a , b  et c  Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 193
  71. ↑ Le roi pouvait changer le cours d’une monnaie : il favorisait ainsi les monnaies royales Ă  forte teneur en or face aux monnaies d’argent frappĂ©es par ses vassaux Le Franc histoire d’une monnaie. Les mĂ©canismes de mutation BibliothĂšque Nationale de France et Le Moyen Âge en Occident, Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, p. 273
  72. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 192
  73. ↑ Jourdan, Decrusy et Isambert, Recueil gĂ©nĂ©ral des anciennes lois françaises, depuis l’an 420 jusqu’à la RĂ©volution de 1789, Paris : Belin-Leprieur : Plon, 1821-1833, pages 738-745 BibliothĂšque Nationale de France
  74. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 194
  75. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.161-163
  76. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.82-83
  77. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.166-167
  78. ↑ Raymond Cazette,Étienne Marcel, Taillandier 2006, p. 121
  79. ↑ a , b , c  et d  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.177-179
  80. ↑ a  et b  Françoise Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.188
  81. ↑ Le roi Jean II le bon fut-il un mauvais roi ?, duc de LĂ©vis Mirepoix, Historama Janvier 2003 [2]
  82. ↑ a  et b  Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, Perrin 1992, page 287
  83. ↑ a  et b  Jean le Bon, le roi captif, chrisagde
  84. ↑ (en) The Battle of Poitiers, Chad Arnow myarmoury.com
  85. ↑ Thomas Delvaux, Le sang des Saint-Omer, Tatinghem, 2007, p. 298.
  86. ↑ Raymond Cazette, Étienne Marcel, Taillandier 2006, p. 230
  87. ↑ Raymond Cazette,Étienne Marcel, Taillandier 2006, p. 240
  88. ↑ NoĂ«l Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tirĂ© de Histoire de la France des origines Ă  nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 403
  89. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 242-243
  90. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994,p. 310
  91. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 252-253
  92. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 332-333
  93. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.340
  94. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.344
  95. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 388
  96. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.390
  97. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 382
  98. ↑ Georges Valance, Histoire du franc, 1360-2002, 1998, p. 48
  99. ↑ Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, Perrin 1992, pages 293-294
  100. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.427
  101. ↑ Thierry PĂ©cout, Charles V donne naissance au franc,Historia thĂ©matique n°107: mai-juin 2007: Ces rois qui ont tout changĂ©, page 35
  102. ↑ ConfĂ©rence de Jean Favier, donnĂ©e au ministĂšre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie le 22 octobre 2001, Ă  l'occasion du passage Ă  l'euro
  103. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.416-419
  104. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.422-423
  105. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.394-398
  106. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.428
  107. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.433
  108. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.441
  109. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.442
  110. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.436
  111. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.437
  112. ↑ Étienne Aubert devient pape sous le nom d'Innocent VI, chrisagde.free.fr
  113. ↑ Le projet de croisade (31 mars 1363) chrisagde.free.fr
  114. ↑ Georges Minois, La guerre de cent ans, Perrin 2008, p. 192.
  115. ↑ Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p.282
  116. ↑ a  et b  Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.446


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