Jean-Marie Tjibaou

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Jean-Marie Tjibaou

Jean-Marie Tjibaou est un homme politique n√©o-cal√©donien, dirigeant ind√©pendantiste kanak (n√© √† Tiendanite, dans la commune de Hiengh√®ne en Nouvelle-Cal√©donie le 30 janvier 1936 ‚ÄĒ mort √† Ouv√©a le 4 mai 1989).

Sommaire

Biographie

Prêtrise

Fils a√ģn√© du chef de la tribu de Tiendanite Wenceslas Tii Tjibaou, qui est √©galement instituteur dans l'enseignement priv√© catholique, Jean-Marie est orient√© vers l'engagement religieux par le p√®re Alphonse Rouel, missionnaire religieux. Entr√© en 1945, √† neuf ans, au petit s√©minaire de Canala, puis poursuit ses √©tudes au grand s√©minaire de Pa√Įta et fait son noviciat aupr√®s des Petits fr√®res indig√®nes de l'√éle des Pins jusqu'en 1955. Il est ordonn√© pr√™tre en 1965, est d'abord envoy√© √† Bourail puis, d√®s 1966, est nomm√© deuxi√®me vicaire √† la cath√©drale Saint-Joseph de Noum√©a. C'est √† cette √©poque qu'il est initi√© aux probl√®mes politiques en √©tant au contact du p√®re Jacob Kap√©ta, le premier vicaire de la cath√©drale et aum√īnier de l'Union cal√©donienne (UC), alors principal force politique de l'archipel depuis sa cr√©ation en 1953, de tendance centriste, d√©mocrate chr√©tienne, pluriethnique et autonomiste.

Il quitte le pays en 1968 pour suivre des cours √† l'Institut de sociologie de la facult√© catholique de Lyon, puis d'ethnologie √† l'√Čcole pratique des hautes √©tudes en 1970. Il y suit notamment les enseignements de Jean Guiart (depuis 1968 co-directeur de l'Institut d'ethnologie en remplacement de Claude L√©vi-Strauss et sp√©cialiste du pays coutumier kanak de langue paic√ģ) et de Roger Bastide, et commence √† pr√©parer une th√®se portant sur les effets de l'adaptation de la soci√©t√© traditionnelle kanak au monde moderne. Toutefois, le d√©c√®s de son p√®re en 1970 le pousse √† interrompre ses √©tudes et √† revenir en Nouvelle-Cal√©donie. Il d√©laisse alors sa vocation religieuse, demandant et obtenant en 1971 sa r√©duction √† l'√©tat la√Įc, pour entreprendre une carri√®re militante. Toujours croyant, il estime cependant qu'¬ę il est impossible √† un pr√™tre dans ce territoire de prendre position, par exemple en faveur de la restitution des terres au peuple kanak[1]. ¬Ľ

Chef indépendantiste

Militant associatif

En 1971, il int√®gre l'administration territoriale, d'abord au service de l'√©ducation de base (o√Ļ il rencontre sa future √©pouse, Marie-Claude Wetta), puis celui de la jeunesse et des sports. Militant associatif, il est √† la t√™te d'un mouvement de renouveau culturel dans la premi√®re moiti√© des ann√©es 1970, en organisant surtout la manifestation M√©lan√©sia 2000 qui a lieu en 1975. Cette manifestation qui regroupe √† Noum√©a, √† c√īt√© du site actuel du Centre culturel Tjibaou, les tribus de toutes les aires coutumi√®res de Nouvelle-Cal√©donie, r√©veille chez les Kanaks un sentiment de dignit√©. Pour la premi√®re fois depuis bien longtemps, la culture kanak appara√ģt bien vivante, et non plus comme une culture mourante. Pour Jean-Marie Tjibaou, l'objectif de ce festival est de ¬ę permettre au Kanak de se projeter face √† lui-m√™me pour qu'il d√©couvre l'identit√© qui est la sienne en 1975 ¬Ľ.

Le combat légaliste et non-violent pour l'indépendance

Il adh√®re en 1973 √† l'Union des indig√®nes cal√©doniens amis de la libert√© dans l'ordre (UICALO), organisation de M√©lan√©siens d'inspiration catholique au sein de l'UC. Sa carri√®re politique est v√©ritablement lanc√©e en 1977. Il est tout d'abord √©lu en mars maire de Hiengh√®ne, sur une liste dissidente clairement ind√©pendantiste, baptis√©e ¬ę Maxha Hienghen ¬Ľ, ou ¬ę Relever la t√™te ¬Ľ, s'opposant tout aussi bien au maire gaulliste sortant Yves de Villelongue, descendant d'Europ√©en, qu'√† la candidature officielle de l'UC tir√©e par Salomon Poatili. Puis, en mai, lors du congr√®s de Bourail, il devient vice-pr√©sident de l'Union cal√©donienne, au moment m√™me o√Ļ ce mouvement, jusqu'ici autonomiste, prend officiellement position en faveur de l'ind√©pendance. Ayant le soutien au sein de la vieille garde du parti de son pr√©sident, le d√©put√© Rock Pidjot (lui-m√™me clairement affich√© comme ind√©pendantiste depuis 1976), il en devient la nouvelle figure de proue √† la t√™te d'une nouvelle g√©n√©ration incarn√©e par les quatre autres membres entr√©s au bureau politique lors de ce congr√®s : le secr√©taire g√©n√©ral (d'origine m√©tropolitaine) Pierre Declercq, √Čloi Machoro, Yeiw√©n√© Yeiw√©n√© et le m√©tis (europ√©en et kanak) Fran√ßois Burck. Il fait le choix alors d'une lutte politique fond√©e sur le respect des institutions en place et les principes de la non-violence, entretenant des relations √©troites avec les paysans du Larzac[r√©f. n√©cessaire]. Ce choix n'a pas toujours √©t√© partag√© dans son propre camp, puisque le F.L.N.K.S a re√ßu une aide financi√®re de la part du gouvernement libyen et que des militants du F.U.L.K. (Front Uni de Lib√©ration Kanak) ont entretenu des liens avec les services libyens du colonel Mouammar Kadhafi - notamment en participation √† des stages de formation √† la solidarit√© r√©volutionnaire internationale √† Tripoli. Enfin, le 11 septembre suivant, il devient conseiller territorial pour la premi√®re fois, √©tant t√™te de liste de son parti dans la circonscription Est.

Le 4 juin 1979, √† la veille de nouvelles √©lections territoriales, il cr√©e une coalition de l'ensemble des forces s√©paratistes, appel√©e Front ind√©pendantiste (FI). Il est une nouvelle fois t√™te de liste dans la circonscription Est, y obtenant largement le meilleur score (62,74 % des suffrages exprim√©s et 5 des 7 si√®ges √† pourvoir). Sur l'ensemble du Territoire, les ind√©pendantistes arrivent en deuxi√®me position avec 34,43 % des voix et 14 si√®ges sur 36, derri√®re les 40,24 % et 15 √©lus anti-ind√©pendantistes du Rassemblement pour la Cal√©donie dans la R√©publique (RPCR) du d√©put√© Jacques Lafleur. Le 18 juin 1982, gr√Ęce √† un changement de majorit√© √† l'Assembl√©e territoriale, les centristes autonomistes de la F√©d√©ration pour une nouvelle soci√©t√© cal√©donienne (FNSC) retirant leur soutien au RPCR et s'alliant au FI, Jean-Marie Tjibaou devient vice-pr√©sident (et donc chef effectif) du Conseil de gouvernement de la Nouvelle-Cal√©donie, √©galement charg√© de la Planification, des Finances, du Budget, de la Fonction publique, des Mines et de l'√Čnergie, ainsi que des Relations avec l'Assembl√©e territoriale, les Parlementaires du Territoire et la Commission du Pacifique Sud (CPS), et le reste jusqu'au 18 novembre 1984, jour du ¬ę boycott actif ¬Ľ des √©lections territoriales par les ind√©pendantistes. En cette qualit√© de chef de l'ex√©cutif local, et en tant que repr√©sentant du Front ind√©pendantiste, il participe du 8 au 12 juillet 1983 √† la table ronde de Nainville-les-Roches, avec, entre autres, Jacques Lafleur. √Ä cette occasion, le secr√©taire d'√Čtat aux DOM-TOM Georges Lemoine reconna√ģt aux Kanaks leur ¬ę droit inn√© et actif √† l'ind√©pendance ¬Ľ tandis que Jean-Marie Tjibaou et sa d√©l√©gation, tout en reconnaissant les communaut√©s non m√©lan√©siennes de Nouvelle-Cal√©donie comme des ¬ę victimes de l'histoire ¬Ľ, appellent √† l'organisation d'un r√©f√©rendum d'autod√©termination rapide (avant 1986) et que seuls les Kanaks et les non Kanaks n√©s sur le Territoire ou ayant un ascendant n√© en Nouvelle-Cal√©donie puissent participer au scrutin. Ces conditions entra√ģnent le rejet des conclusions de la table-ronde par le RPCR.

L'action clandestine et les √Čv√©nements

Les deux parties finissent par refuser le statut dit ¬ę Lemoine ¬Ľ (du nom du secr√©taire d'√Čtat), mis en place par la loi du 6 septembre 1984 pour pr√©parer l'archipel √† cette consultation d'autod√©termination et lui donner entretemps une tr√®s large autonomie (la comp√©tence du Territoire, de droit commun, n'exclue que les fonctions dites ¬ę r√©galiennes ¬Ľ, les principes directeurs du droit du travail, l'enseignement du second cycle du second degr√©, l'enseignement sup√©rieur et la communication audio-visuelle ; le conseil de gouvernement est transform√© en un gouvernement du Territoire dont le pr√©sident n'est plus le Haut-commissaire mais est √©lu par l'Assembl√©e territoriale, tandis que les membres de l'ex√©cutif, nomm√©s par ce pr√©sident et qui prennent le titre de ¬ę ministres ¬Ľ, retrouvent des comp√©tences individuelles, ce qui n'avait plus √©t√© le cas depuis l'abrogation du statut de la loi-cadre Defferre en 1963). Le RPCR, quoique dans l'ensemble favorable √† un certain degr√© d'autonomie, rejette ce statut qui semble ouvrir la porte √† une possible s√©paration de la R√©publique fran√ßaise. De son c√īt√©, le FI conteste l'√©ch√©ance du r√©f√©rendum (fix√©e √† 5 ans maximum √† partir de l'application de la loi) et le fait que la question du corps √©lectoral soit discutable (est cr√©√© un comit√© √Čtat-Territoire avec notamment pour r√īle de pr√©parer les conditions dans lesquelles sera exerc√© le droit √† l'autod√©termination, alors que les ind√©pendantistes consid√®rent que leurs revendications en la mati√®re sont non n√©gociables).

Consid√©rant finalement la qu√™te de l'ind√©pendance comme impossible √† obtenir √† l'int√©rieur des institutions territoriales, Jean-Marie Tjibaou transforme lors de son congr√®s tenu √† Noum√©a les 22, 23 et 24 septembre 1984, le FI en un Front de lib√©ration nationale kanak et socialiste (FLNKS, comprenant l'Union cal√©donienne mais aussi le Parti de lib√©ration kanak, qui avait pourtant quitt√© le Front ind√©pendantiste en 1981, de Paul N√©aoutyine et √Člie Poigoune, le Front uni de lib√©ration kanak de Yann C√©l√©n√© Urege√Į, l'Union progressiste m√©lan√©sienne d'Andr√© Gopoea, le Groupement des femmes kanak et exploit√©es en lutte fond√©es comme l'aile militante f√©minine en 1983, le syndicat Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploit√©s cr√©√© en 1981 par Louis Kotra Uregei et le Parti socialiste cal√©donien rebaptis√© pour l'occasion Parti socialiste de Kanaky de Jacques Violette), et d√©cide la mise en place d'un boycott actif des √©lections territoriales du 18 novembre 1984. La campagne et le jour du scrutin sont marqu√©s par des violences et des barricades mont√©es par des militants FLNKS. Le symbole du boycott des √©lections et de l'action ind√©pendantiste est alors incarn√© par √Čloi Machoro, secr√©taire g√©n√©ral de l'Union cal√©donienne, qui brise une urne √† coup de tamioc (appellation locale d'une hachette servant √† fendre le bois) dans sa commune de Canala. A noter que cette action qui fut tr√®s m√©diatis√©e par le camp loyaliste et pr√©sent√©e comme un paroxysme de violence et de sauvagerie (la photo qui fut publi√©e et reprise partout cadre √Čloi Machoro en plan serr√©) √©tait en fait une manifestation r√©fl√©chie et pr√©par√©e, l'analyse de la photo en plan large montre d'ailleurs les assesseurs du bureau de vote regardant calmement la destruction de l'urne vide. N√©anmoins, la mobilisation contre le statut Lemoine est le point de d√©part de ce qui sera appel√© ¬ę Les √Čv√©nements ¬Ľ, p√©riode de violents conflits politiques, sociaux mais aussi ethniques qui va mettre la Nouvelle-Cal√©donie au bord d'une forme de ¬ę guerre civile ¬Ľ jusqu'en 1988. Le 1er d√©cembre 1984, lors du 1er Congr√®s du FLNKS organis√© dans la tribu de La Conception au Mont-Dore, un Gouvernement provisoire de Kanaky (GPK) est institu√©, avec pour pr√©sident Jean-Marie Tjibaou. Celui-ci l√®ve alors pour la premi√®re fois le drapeau adopt√© par les ind√©pendantistes comme leur embl√®me national, dit ¬ę Drapeau Kanaky ¬Ľ. Tjibaou et les membres du secr√©tariat du FLNKS (dont le secr√©taire g√©n√©ral Jean-Pierre Deteix) organisent ainsi un v√©ritable gouvernement semi-clandestin, avec ses institutions et ses symboles.

Le drapeau du FLNKS, dit ¬ę drapeau de Kanaky ¬Ľ

Le 5 d√©cembre 1984, il paye tr√®s cher cette nouvelle strat√©gie, puisque sur la route qui m√®ne √† un bureau politique du FLNKS, dans la voiture qu'il aurait d√Ľ occuper, dix Kanaks, dont deux de ses fr√®res, sont assassin√©s par des ¬ę Caldoches ¬Ľ (ou N√©o-cal√©doniens d'origine europ√©enne) dans une embuscade √† Hiengh√®ne (cette action a eu lieu dans un climat de quasi-guerre civile en brousse, en repr√©sailles √† des incendies de maison de colons europ√©ens par des militants Kanak ind√©pendantistes). Les sept auteurs, membres des familles Mitride et Lapetite ont √©t√© relax√©s par la cour d'assises de Noum√©a le 29 octobre 1987, le jury √©tait exclusivement compos√© d'Europ√©ens (√† cette occasion, Jean-Marie Tjibaou r√©agit en d√©clarant : ¬ę La chasse au Kanak est ouverte ¬Ľ). Il demande, malgr√© cela, la lev√©e des barrages. Apr√®s de nouvelles violences de part et d'autres au d√©but de l'ann√©e 1985 (mort d'un jeune Caldoche de 17 ans, Yves Tual, le 11 janvier, entra√ģnant de lourdes √©meutes anti-ind√©pendantistes √† Noum√©a tandis qu'√Čloi Machoro est abattu par un tireur d'√©lite le lendemain lors d'un assaut du GIGN sur la maison d'un Europ√©en occup√© par les ind√©pendantistes √† La Foa, en m√™me temps que l'√©tat d'urgence est instaur√© avec couvre feu en Nouvelle-Cal√©donie), Jean-Marie Tjibaou milite pour participer √† nouveau aux institutions malgr√© les pressions de l'aile radicale du FLNKS (essentiellement le Palika et le FULK) de continuer la lutte clandestine et arm√©e.

Ainsi, de 1985 √† 1988, dans le cadre du ¬ę statut Fabius-Pisani ¬Ľ, il est pr√©sident du Conseil de la R√©gion Nord, et de ce fait membre du Conseil ex√©cutif (aux c√īt√©s du pr√©sident RPCR du Congr√®s Dick Ukeiw√© et de ceux successives du Sud, Jean L√®ques puis Pierre Frogier, ainsi que ceux FLNKS-UC du Centre L√©opold Jor√©di√© et des √éles Loyaut√© Yeiw√©n√© Yeiw√©n√©). Il s'attache ensuite √† obtenir des soutiens internationaux au combat ind√©pendantiste kanak, que ce soit dans la r√©gion Pacifique (surtout de la part du Vanuatu de Ham Lini) ou aupr√®s du mouvement des non-align√©s. Le 2 d√©cembre 1986, il obtient ainsi le vote par l'Assembl√©e g√©n√©rale des Nations unies (√† la majorit√© des 3/5e de ses membres) de la r√©solution 41/41 A affirmant ¬ę le droit inali√©nable du peuple de la Nouvelle-Cal√©donie √† l‚Äôautod√©termination et √† l‚Äôind√©pendance ¬Ľ et inscrivant l'archipel sur la Liste des territoires non autonomes selon l'ONU. Le 18 octobre 1987, il pr√©sente de plus un projet de constitution de ¬ę Kanaky ¬Ľ aupr√®s de l'ONU. Mais le retour au pouvoir sur le plan national de la droite en 1986 fait que l'√Čtat prend une position plus favorable au maintien de l'archipel dans la France. Une consultation d'autod√©termination est organis√©e le 13 septembre 1987 avec pour seule condition une dur√©e de trois ans de r√©sidence pour pouvoir y participer, restriction insuffisante pour les ind√©pendantistes qui d√©cident de boycotter ce r√©f√©rendum (qui aboutit donc √† un rejet de l'acc√®s √† la pleine souverainet√© par 98,3% des suffrages exprim√©s, et 58 % des inscrits, la participation n'√©tant que de 59,1 % des inscrits), le nouveau statut √©labor√© par la suite par le nouveau ministre des DOM-TOM Bernard Pons (d'o√Ļ son nom de ¬ę statut Pons II ¬Ľ) ainsi que des √©lections r√©gionales et du premier tour de la pr√©sidentielle tenus tous deux le 24 avril 1988.

Les accords de Matignon et l'assassinat

Apr√®s une nouvelle √©chapp√©e de la violence √©chappant aux dirigeants des deux camps, culminant avec la prise d'otages d'Ouv√©a et son assaut final le 5 mai qui marque fortement les esprits. Le 26 juin 1988, Jean-Marie Tjibaou signe avec, entre autres, Jacques Lafleur et le Premier ministre Michel Rocard, les accords de Matignon, qui pr√©voient un r√©f√©rendum sur l'autod√©termination apr√®s dix ans et ram√®ne la paix apr√®s quatre ann√©es de quasi-guerre civile.

Il est assassiné le 4 mai 1989, avec Yeiwéné Yeiwéné, son bras droit au FLNKS, lors de la commémoration de la tragédie d'Ouvéa, par Djubelly Wéa, un Kanak indépendantiste, ancien conseiller territorial et membre du FULK, opposé aux accords de Matignon de juin 1988. Il s'agit du dernier épisode sanglant des années 1980.

Famille

Jean-Marie Tjibaou s'est mari√© en 1972 avec Marie-Claude Wetta, alors conseill√®re rurale au Service de l'√©ducation de base dans l'administration territoriale. Bien qu'√©tant lui-m√™me catholique et d√©j√† favorable √† l'ind√©pendance, son √©pouse est issue d'une famille m√©lan√©sienne protestante et tr√®s engag√©e dans la vie politique aux c√īt√©s des gaullistes locaux et plus tard des anti-ind√©pendantistes. Elle est en effet la fille de Doui Matayo Wetta, pr√©sident de l'Association des indig√®nes cal√©doniens et loyaltiens fran√ßais (AICLF, mouvement de d√©fense des int√©r√™ts kanak et d'inspiration protestante, ayant particip√© √† la cr√©ation de l'Union cal√©donienne en 1953 avec son pendant catholique, l'UICALO, avant de s'en √©carter √† partir de 1960 et de devenir l'un des principaux alli√©s de la droite gaulliste), et la sŇďur de Henri Wetta, qui va participer √† la cr√©ation en 1977 du Rassemblement pour la Cal√©donie (RPC) devenu l'ann√©e suivante le RPCR, dont il est un √©lu dans les ann√©es 1980. Malgr√© leurs opinions politiques et confessionnelles diff√©rentes, Jean-Marie Tjibaou va entretenir de tr√®s bonnes relations avec sa belle-famille qui lui sert souvent de lien privil√©gi√© avec les dirigeants anti-ind√©pendantistes : Doui Matayo l'aide ainsi √† pr√©parer le festival M√©lan√©sia 2000 en 1975, tandis que Henri est le seule membre favorable √† la France au sein de son conseil de gouvernement de 1982 √† 1984.

Marie-Claude s'est de plus fortement engag√©e aux c√īt√©s de son mari dans son combat pour l'ind√©pendance. Apr√®s son assassinat, elle s'attache √† entretenir sa m√©moire et participe √† la cr√©ation en 1990 de l'Agence de d√©veloppement de la culture kanak (ADCK), en devenant la pr√©sidente du conseil d'administration de cet organisme et jouant un r√īle de premier plan dans l'√©laboration du Centre culturel Tjibaou inaugur√© en 1988. Elle est membre du Conseil √©conomique et social de la Nouvelle-Cal√©donie jusqu'en 1999, puis au CES national o√Ļ elle est nomm√©e en tant que membre du Groupe des repr√©sentants de l'outre-mer en septembre 1999 sur proposition du secr√©taire d'√Čtat charg√© de l'Outre-mer d'alors (√† savoir Jean-Jack Queyranne). Elle reste au sein de cette institution √† la fin de son mandat en 2004, mais d√©sormais au sein du groupe des personnalit√©s qualifi√©es dans le domaine √©conomique, social, scientifique et culturel, nomm√©e par d√©cret du Conseil des ministres √† la demande du Premier ministre (alors Jean-Pierre Raffarin) en septembre 2004. Sur le plan politique, elle reste une personnalit√© √©cout√©e des instances dirigeantes de l'Union cal√©donienne et du FLNKS, et est investie par ce dernier pour porter ses couleurs aux √©lections s√©natoriales de 2001 face au sortant RPCR Simon Loueckhote (elle est battue par 52,63 % des suffrages exprim√©s contre 47,37 %). Elle est, de 1995 √† 2000, conseill√®re municipale de Hiengh√®ne, commune de la c√īte est de la Grande Terre dont son √©poux fut maire de 1977 √† sa mort en 1989. En vue des √©lections provinciales du 10 mai 2009, elle est pr√©sente en seconde position sur une liste ¬ę Ouverture pays ¬Ľ men√©e par Louis Mapou et d'autres dissidents des diff√©rentes composantes du FLNKS oppos√©s √† la candidature de Rock Wamytan √† la t√™te de la liste unitaire du front ind√©pendantiste en Province Sud et qui, plus g√©n√©ralement, militent d√©sormais pour d√©passer la ¬ę logique des blocs ¬Ľ traditionnels en Nouvelle-Cal√©donie (ind√©pendantistes contre loyalistes).

Jean-Marie et Marie-Claude Tjibaou ont eu six enfants, dont 4 fils :

  • Jean-Philippe Thii Tjibaou (n√© en 1975), sculpteur traditionnel[2].
  • Emmanuel Tjibaou, linguiste en langues kanak, titulaire d'un DEA en Langues oc√©aniennes de l'INALCO avec un m√©moire sur l'analyse stylistique des r√©cits traditionnels de la r√©gion de Hiengh√®ne, il est le directeur de l'ADCK depuis 2011 apr√®s y avoir √©t√© le responsable du d√©partement Recherche et Patrimoine (DRP, qui conduit des programmes de recherche sur la culture kanak, notamment dans le domaine du patrimoine culturel kanak intangible)[3] et l'auteur de plusieurs po√®mes[4].
  • Jo√ęl Tjibaou.
  • Pascal Tjibaou

Citation

  • Kanak√©, l'anc√™tre, le premier-n√©, est la parole qui fait exister les hommes. (cit√© dans Jean-Marie Tjibaou et Philippe Missote, Kanak√© - M√©lan√©sien de Nouvelle-Cal√©donie, Editions du Pacifique, Noum√©a, 1975.)
  • Quant √† l'ind√©pendance kanak: pour nous il y a ici un peuple indig√®ne, c‚Äôest le peuple kanak. Nous voulons d‚Äôabord la reconnaissance de ce peuple et son droit √† revendiquer l‚Äôind√©pendance de son pays. Ce n‚Äôest pas plus raciste que de parler de citoyennet√© fran√ßaise. (cit√© dans Jean-Marie Tjibaou, La pr√©sence Kanak, Edition √©tablie et pr√©sent√©e par Alban Bensa et Eric Wittersheim)

Postérité et distinction

Article d√©taill√© : Centre culturel Tjibaou.

Pr√©vu dans les accords de Matignon, un centre de la culture kanak a √©t√© √©difi√© entre 1995 et 1998 par l'architecte Renzo Piano, sur une presqu'√ģle en p√©riph√©rie de Noum√©a. Il a √©t√© baptis√© en l'honneur de Jean-Marie Tjibaou, dont la statue domine le site du Centre.

Son nom a √©galement √©t√© donn√© √† plusieurs rues en France m√©tropolitaine, notamment √† Avignon, Bondy, Bourges, Champigny-sur-Marne, H√©ricourt en Haute-Sa√īne, Lanester, Montpellier (all√©e), Saint-Martin-d'H√®res et Vigneux-sur-Seine. L'avenue Jean-Marie Tjibaou √† Vitrolles a √©t√© rebaptis√©e ¬ę Jean-Pierre Stirbois ¬Ľ par l'ancienne maire Catherine M√©gret, issue du Front national (FN) puis du Mouvement national r√©publicain (MNR). Ailleurs en Outre-mer, c'est le cas par exemple √† Sainte-Anne en Martinique ou √† Sainte-Suzanne √† La R√©union.

Le 18 novembre 2010, il re√ßoit √† titre posthume, conjointement avec Jacques Lafleur (pour sa part encore vivant), la ¬ę Colombe de la Paix ¬Ľ, prix d√©cern√© chaque ann√©e depuis 2008 par l'Allemagne soutenue par l'UNESCO[5].

Références

Bibliographie

  • Jean-Marie Tjibaou et Philippe Missote, Kanak√© - M√©lan√©sien de Nouvelle-Cal√©donie, Editions du Pacfique, Noum√©a, 1975.
  • Antonio Raluy La Nouvelle-Cal√©donie, √©ditions Karthala (ISBN 2-86537-259-6)
  • Jean-Marie Tjibaou et Philippe Missotte, La case et le sapin, √©ditions Grain de sable, 1995, (ISBN 2841700178)

Lien externe


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Jean-Marie Tjibaou de Wikipédia en français (auteurs)

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