Jean-Jacques Rousseau

ï»ż
Jean-Jacques Rousseau
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Rousseau (homonymie) et Jean-Jacques Rousseau (homonymie).
Jean-Jacques Rousseau
Philosophe occidental
Époque moderne Des lumiùres
Pastel de Maurice Quentin de La Tour, Jean-Jacques Rousseau, en 1753, (alors ùgé de 41 ans)
Pastel de Maurice Quentin de La Tour, Jean-Jacques Rousseau, en 1753, (alors ùgé de 41 ans)

Naissance 28 juin 1712
Flag of Canton of Geneva.svg RĂ©publique de GenĂšve,
Ancienne Confédération suisse
DĂ©cĂšs 2 juillet 1778 (Ă  66 ans)
Ermenonville,
Royaume de France Royaume de France
École/tradition Contractualisme, prĂ©curseur du romantisme
Principaux intĂ©rĂȘts Politique, Ă©ducation, Ă©thique, religion, musique, botanique
IdĂ©es remarquables État de nature, contrat social, perfectibilitĂ©
Influencé par Plutarque, Machiavel, Hobbes, Descartes, Locke, Malebranche
A influencĂ© Kant, Maistre, Robespierre, Wollstonecraft, Schiller, Fichte, Hegel, George Sand, LĂ©vi-Strauss, Rawls, Émile Durkheim
Adjectifs dérivés rousseauiste

Jean-Jacques Rousseau, nĂ© le 28 juin 1712 Ă  GenĂšve et mort le 2 juillet 1778 Ă  Ermenonville, est un Ă©crivain, philosophe et musicien de langue française.

Il est l'un des plus illustres philosophes du siĂšcle des LumiĂšres et l'une des influences intellectuelles connues de la RĂ©volution française. Tous se rĂ©clament de lui. Les rĂ©volutionnaires, d'un extrĂȘme Ă  l'autre, prĂ©tendent « ne marcher que le Contrat social Ă  la main Â». Mais paradoxalement, des thĂ©oriciens de la contre-rĂ©volution (Joseph de Maistre, Louis-Gabriel de Bonald) se rĂ©clament eux aussi de Rousseau. Il Ă©tait considĂ©rĂ© par Arthur Schopenhauer comme le « plus grand des moralistes modernes Â». Schopenhauer disait : « Ma thĂ©orie a pour elle l'autoritĂ© du plus grand des moralistes modernes : car tel est assurĂ©ment le rang qui revient Ă  J.-J. Rousseau, Ă  celui qui a connu si Ă  fond le cƓur humain, Ă  celui qui puisa sa sagesse, non dans des livres, mais dans la vie ; qui produisit sa doctrine non pour la Chaire, mais pour l'humanitĂ© ; Ă  cet ennemi des prĂ©jugĂ©s, Ă  ce nourrisson de la nature, qui tient de sa mĂšre le don de moraliser sans ennuyer, parce qu'il possĂšde la vĂ©ritĂ©, et qu'il Ă©meut les cƓurs[1] Â». Ses travaux ont influencĂ© grandement l'esprit rĂ©volutionnaire français. Il est particuliĂšrement cĂ©lĂšbre pour ses travaux sur l'homme, la sociĂ©tĂ© ainsi que sur l'Ă©ducation. La philosophie politique de Rousseau se situe dans la perspective dite contractualiste des philosophes britanniques des XVIIe et XVIIIe siĂšcles, et son fameux Discours sur l'inĂ©galitĂ© se conçoit aisĂ©ment dans la perspective d'un dialogue avec l'Ɠuvre de Thomas Hobbes. Rousseau Ă©tait d'une grande sensibilitĂ©. David Hume disait de lui : « He has only felt during the whole course of his life, and in this respect his sensibility rises to a pitch beyond what I have seen any example of ; but it still gives him a more acute feeling of pain than of pleasure. He is like a man who was stripped not only of his clothes, but of his skin, and turned out in this situation to combat with the rude and boisterous elements[2] Â». Bertrand Russell d'ajouter : « C'est le rĂ©sumĂ© le plus sympathique de son caractĂšre qui est en quelque forme compatible avec la vĂ©ritĂ©[3]. Â»

Sommaire

Biographie

Jean-Jacques Rousseau est le fils d'Isaac Rousseau (GenĂšve, 1672 - Nyon, 1747), horloger comme son pĂšre et son grand-pĂšre, et de Suzanne Bernard (GenĂšve, 1673 - GenĂšve, 1712), dĂ©cĂ©dĂ©e le 7 juillet 1712, neuf jours aprĂšs la naissance de Jean-Jacques. Elle-mĂȘme Ă©tait fille d'un horloger nommĂ© Jacques Bernard. À partir de dix ans, Jean-Jacques est Ă©levĂ© par son oncle Gabriel Bernard[4], pasteur protestant, qu'il prend pour son grand-pĂšre. Sa famille, d'origine française, s'Ă©tait installĂ©e Ă  GenĂšve en 1549 pour fuir la persĂ©cution religieuse[5]. Son pĂšre ayant dĂ» fuir GenĂšve Ă  la suite d'une querelle, Jean-Jacques est confiĂ© au pasteur Lambercier Ă  Bossey (au pied du SalĂšve, au sud de GenĂšve), oĂč il passe deux ans (1722 - 1724). Son oncle le place ensuite comme apprenti chez un greffier, puis en 1725 chez un maĂźtre graveur. Jean-Jacques avait un frĂšre, prĂ©nommĂ© François, nĂ© le 15 mars 1705, dont il perd la trace assez tĂŽt en Allemagne, dans la rĂ©gion de Fribourg-en-Brisgau[6].

Jeunesse

Jean-Jacques quitte GenĂšve, ville calviniste, Ă  seize ans en 1728. C'est le curĂ© de Confignon, BenoĂźt de Pontverre, qui l'adresse Ă  une Vaudoise Ă©migrĂ©e Ă  Vevey, la baronne Françoise-Louise de Warens, rĂ©cemment convertie au catholicisme, dont il s'Ă©prend et qui sera plus tard sa tutrice et sa maĂźtresse. Dans les Confessions, Rousseau souhaite que leur rencontre, le 21 mars 1728, soit matĂ©rialisĂ©e par un balustre d'or. Aussi peut-on observer Ă  Annecy une statue du philosophe entourĂ©e d'un balustre dorĂ© sur lequel est Ă©crit « un matin de PĂąques fleuries, Rousseau rencontra ici madame de Warens Â». La baronne l'envoie Ă  Turin oĂč il se convertit au catholicisme le 23 avril. L'annĂ©e suivante, il retourne chez celle qu'il appelait « Maman Â» alors que cette derniĂšre n'Ă©tait que de 13 ans plus ĂągĂ©e que lui, dans « une petite maison au penchant d'un vallon Â», prĂšs de ChambĂ©ry, que Les Confessions ont rendue cĂ©lĂšbre : « les Charmettes[7] Â». Mme de Warens est Ă  l'origine d'une grande partie de son Ă©ducation sentimentale et amoureuse[8].

  • En 1730, il voyage Ă  pied jusqu'Ă  NeuchĂątel, oĂč il enseigne la musique. Il dĂ©cide ensuite d'aller en Savoie, Ă  ChambĂ©ry, en passant par ThĂŽnes.
  • En 1732, il revient Ă  ChambĂ©ry, oĂč il travaille aux services administratifs du duchĂ© de Savoie, puis comme maĂźtre de musique auprĂšs des jeunes filles de la bourgeoisie et de la noblesse chambĂ©riennes. Il sĂ©journe prĂšs de dix ans dans la capitale de la Savoie.
  • En 1734, il devient l'intendant de Mme de Warens.
  • C'est chez elle qu'il Ă©crit, en 1739, son premier livre, Le Verger de Madame la baronne de Warens. Il apprĂ©cie la ville : « S'il est une petite ville au monde oĂč l'on goĂ»te la douceur de la vie dans un commerce agrĂ©able et sĂ»r, c'est ChambĂ©ry. Â»

Les débuts philosophiques

  • À Paris, en 1742 et 1743, il essaie d'exploiter l'invention d'un systĂšme de notation musicale en publiant successivement le Projet concernant de nouveaux signes pour la musique et la Dissertation sur la musique moderne. Il se lie avec Denis Diderot et Madame d'Épinay.
  • en 1743 et 1744, Rousseau est secrĂ©taire du comte de Montaigu, ambassadeur de France Ă  Venise.
  • En 1745, Ă  Paris, il rencontre ThĂ©rĂšse Levasseur, modeste servante d'auberge, avec qui il se met en mĂ©nage[9]. Les cinq enfants qui naissent successivement seront confiĂ©s aux Enfants-TrouvĂ©s, l'assistance publique de l'Ă©poque. Il expliquera d'abord qu'il n'avait pas les moyens d'entretenir une famille[10], puis dans le livre 9 des Confessions qu'il fit ce choix principalement pour soustraire ses enfants Ă  l'emprise de sa belle-famille qu'il jugeait nĂ©faste. Cette dĂ©cision lui sera reprochĂ©e plus tard[11].
Pierre-Alexandre Du Peyrou, habitant riche de NeufchĂątel et son ami, qui a publiĂ© une partie de son Ɠuvre.

Célébrité et polémiques

C'est Ă  cette pĂ©riode que Rousseau, qui vivait dans la hantise d'un complot dirigĂ© contre lui, commence son Ɠuvre autobiographique.

L'Ɠuvre autobiographique

  • En 1778, le marquis de Girardin lui offre l'hospitalitĂ©, dans un pavillon de son domaine d'Ermenonville, prĂšs de Paris ; c'est lĂ  que l'Ă©crivain philosophe meurt subitement le 2 juillet 1778, de ce qui semble avoir Ă©tĂ© un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral[12]
  • Le lendemain de sa mort, le sculpteur Jean-Antoine Houdon prend le moulage de son masque mortuaire. Le 4 juillet, le marquis de Girardin fait inhumer le corps dans l'Ăźle des Peupliers dans la propriĂ©tĂ© oĂč, en 1780, s'Ă©lĂšvera le monument funĂ©raire dessinĂ© par Hubert Robert, exĂ©cutĂ© par J.-P. Lesueur. Le philosophe est rapidement l'objet d'un culte, et sa tombe est assidĂ»ment visitĂ©e.
  • Les rĂ©volutionnaires le porteront aux nues et la Convention demandera son transfert au PanthĂ©on. L'hommage solennel de la nation française a lieu le 11 octobre 1794 : au cours d'une grandiose cĂ©rĂ©monie, les cendres de Jean-Jacques Rousseau sont transfĂ©rĂ©es d'Ermenonville au PanthĂ©on oĂč le hasard fait qu'il repose en face de Voltaire, qu'il n'apprĂ©ciait guĂšre. Jean-Jacques Rousseau devient officiellement l'une des gloires de la nation française.

Les grands principes de la philosophie rousseauiste

L'amour

Dans son ouvrage Discours sur l'origine et les fondements de l'inĂ©galitĂ© parmi les hommes, J.-J. Rousseau soutient que le « moral de l'amour Â» (l'exclusivitĂ© en amour) est le moyen pris par les femmes « pour Ă©tablir leur empire, et rendre dominant le sexe qui devrait obĂ©ir Â». Il affirme : « Or il est facile de voir que le moral de l’amour est un sentiment factice ; nĂ© de l’usage de la sociĂ©tĂ©, et cĂ©lĂ©brĂ© par les femmes avec beaucoup d’habiletĂ© et de soin pour Ă©tablir leur empire, et rendre dominant le sexe qui devrait obĂ©ir[13] Â». Il ajoute : « L’empire des femmes n’est point Ă  elles parce que les hommes l’ont voulu, mais parce que ainsi le veut la nature : il Ă©tait Ă  elles avant qu’elles parussent l’avoir Â» 
 « Cet empire est aux femmes, et ne peut leur ĂȘtre ĂŽtĂ©, mĂȘme quand elles en abusent : si jamais elles pouvaient le perdre, il y a longtemps qu’elles l’auraient perdu[14] Â». Si l'empire des femmes est indubitable leur dĂ©pendance Ă  l'Ă©gard des hommes est Ă©galement trĂšs grande. Il affirme : « La femme et l’homme sont faits l’un pour l’autre, mais leur mutuelle dĂ©pendance n’est pas Ă©gale : les hommes dĂ©pendent des femmes par leurs dĂ©sirs; les femmes dĂ©pendent des hommes et par leurs dĂ©sirs et par leurs besoins ; nous subsisterions plutĂŽt sans elles qu’elles sans nous. Pour qu’elles aient le nĂ©cessaire, pour qu’elles soient dans leur Ă©tat, il faut que nous le leur donnions, que nous voulions le leur donner, que nous les en estimions dignes ; elles dĂ©pendent de nos sentiments, du prix que nous mettons Ă  leur mĂ©rite, du cas que nous faisons de leurs charmes et de leurs vertus. Par la loi mĂȘme de la nature, les femmes, tant pour elles que pour leurs enfants, sont Ă  la merci des jugements des hommes : il ne suffit pas qu’elles soient estimables, il faut qu’elles soient estimĂ©es ; il ne leur suffit pas d’ĂȘtre belles, il faut qu’elles plaisent[15] Â». Il soutient Ă©galement que l'amour n'est qu'illusoire et de la poudre aux yeux. Il affirme : « Et qu’est-ce que le vĂ©ritable amour lui-mĂȘme, si ce n’est chimĂšre, mensonge, illusion ? On aime bien plus l’image qu’on se fait que l’objet auquel on l’applique. Si l’on voyait ce qu’on aime exactement tel qu’il est, il n’y aurait plus d’amour sur la terre. Quand on cesse d’aimer, la personne qu’on aimait reste la mĂȘme qu’auparavant, mais on ne la voit plus la mĂȘme ; le voile du prestige tombe, et l’amour s’évanouit[16] Â». Pleinement conscient de cette rĂ©alitĂ©, il persiste Ă  idĂ©aliser l'amour. Il affirme : « En lui faisant sentir quel charme ajoute Ă  l’attrait des sens l’union des cƓurs, je le dĂ©goĂ»terai du libertinage, et je le rendrai sage en le rendant amoureux[17] Â». Il ajoute : « Celui qui disait : Je possĂšde LaĂŻs sans qu’elle me possĂšde, disait un mot sans esprit. La possession qui n’est pas rĂ©ciproque n’est rien : c’est tout au plus la possession du sexe, mais non pas de l’individu. Or, oĂč le moral de l’amour n’est pas, pourquoi faire une si grande affaire du reste ? Rien n’est si facile Ă  trouver[18] Â». Pour Rousseau, « la premiĂšre et la plus importante qualitĂ© d’une femme est la douceur[19] Â» et « le vrai triomphe de la beautĂ© est de briller par elle-mĂȘme Â». Il affirme : « Et tout au contraire on devrait leur faire entendre que tant d’ajustement n’est fait que pour cacher des dĂ©fauts, et que le vrai triomphe de la beautĂ© est de briller par elle-mĂȘme (...) Je ne la louerais jamais tant que quand elle serait le plus simplement mise (...) J’ai aussi remarquĂ© que les plus pompeuses parures annonçaient le plus souvent de laides femmes[20] Â». Il croit Ă©galement « qu'avec l’amour et l’amitiĂ© naissent les dissensions, l’inimitiĂ©, la haine Â». Il affirme : « La prĂ©fĂ©rence qu’on accorde, on veut l’obtenir ; l’amour doit ĂȘtre rĂ©ciproque. Pour ĂȘtre aimĂ©, il faut se rendre aimable ; pour ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ©, il faut se rendre plus aimable qu’un autre, plus aimable que tout autre, au moins aux yeux de l’objet aimĂ©. De lĂ  les premiers regards sur ses semblables ; de lĂ  les premiĂšres comparaison avec eux, de lĂ  l’émulation, les rivalitĂ©s, la jalousie. Un cƓur plein d’un sentiment qui dĂ©borde aime Ă  s’épancher : du besoin d’une maĂźtresse naĂźt bientĂŽt celui d’un ami. Celui qui sent combien il est doux d’ĂȘtre aimĂ© voudrait l’ĂȘtre de tout le monde, et tous ne sauraient vouloir des prĂ©fĂ©rences, qu’il n’y ait beaucoup de mĂ©contents. Avec l’amour et l’amitiĂ© naissent les dissensions, l’inimitiĂ©, la haine[21] Â».

Le bonheur

« C’est donc dans la disproportion de nos dĂ©sirs et de nos facultĂ©s que consiste notre misĂšre. Un ĂȘtre sensible dont les facultĂ©s Ă©galeraient les dĂ©sirs serait un ĂȘtre absolument heureux[22] Â». « Il n’est jamais moins misĂ©rable que quand il paraĂźt dĂ©pourvu de tout ; car la misĂšre ne consiste pas dans la privation des choses, mais dans le besoin qui s’en fait sentir. Le monde rĂ©el a ses bornes, le monde imaginaire est infini ; ne pouvant Ă©largir l’un, rĂ©trĂ©cissons l’autre ; car c’est de leur seule diffĂ©rence que naissent toutes les peines qui nous rendent vraiment malheureux[23] Â». « En gĂ©nĂ©ral, la vie dure, une fois tournĂ©e en habitude, multiplie les sensations agrĂ©ables ; la vie molle en prĂ©pare une infinitĂ© de dĂ©plaisantes. Les gens Ă©levĂ©s trop dĂ©licatement ne trouvent plus le sommeil que sur le duvet ; les gens accoutumĂ©s Ă  dormir sur des planches le trouvent partout : il n’y a point de lit dur pour qui s’endort en se couchant[24] Â». « Si d’abord la multitude et la variĂ©tĂ© des amusements paraissent contribuer au bonheur, si l’uniformitĂ© d’une vie Ă©gale paraĂźt d’abord ennuyeuse, en y regardant mieux, on trouve, au contraire, que la plus douce habitude de l’ñme consiste dans une modĂ©ration de jouissance qui laisse peu de prise au dĂ©sir et au dĂ©goĂ»t. L’inquiĂ©tude des dĂ©sirs produit la curiositĂ©, l’inconstance : le vide des turbulents plaisir produit l’ennui. On ne s’ennuie jamais de son Ă©tat quand on n’en connaĂźt point de plus agrĂ©able[25] Â». « Veux-tu donc vivre heureux et sage, n’attache ton cƓur qu’à la beautĂ© qui ne pĂ©rit point : que ta condition borne tes dĂ©sirs, que tes devoirs aillent avant tes penchants : Ă©tends la loi de la nĂ©cessitĂ© aux choses morales ; apprends Ă  perdre ce qui peut t’ĂȘtre enlevĂ© ; apprends Ă  tout quitter quand la vertu l’ordonne, Ă  te mettre au-dessus des Ă©vĂšnements, Ă  dĂ©tacher ton cƓur sans qu’ils le dĂ©chirent, Ă  ĂȘtre courageux dans l’adversitĂ©, afin de n’ĂȘtre jamais misĂ©rable, Ă  ĂȘtre ferme dans ton devoir, afin de n’ĂȘtre jamais criminel. Alors tu seras heureux malgrĂ© la fortune, et sage malgrĂ© les passions Â» 
 « Tu n’auras point, il est vrai, l’illusion des plaisirs imaginaires ; tu n’auras point aussi les douleurs qui en sont le fruit[26] Â». « L’habitude de rentrer en moi-mĂȘme me fĂźt perdre enfin le sentiment et presque le souvenir de mes maux, j’appris ainsi par ma propre expĂ©rience que la source du vrai bonheur est en nous, et qu’il ne dĂ©pend pas des hommes de rendre vraiment misĂ©rable celui qui sait vouloir ĂȘtre heureux[27] Â».

Le droit

L'autorité

« Le plus fort n’est jamais assez fort pour ĂȘtre toujours le maĂźtre, s’il ne transforme sa force en droit et l’obĂ©issance en devoir[28] Â». « Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu’on n’est obligĂ© d’obĂ©ir qu’aux puissances lĂ©gitimes (...) Puisque aucun homme n’a une autoritĂ© naturelle sur son semblable, et puisque la force ne produit aucun droit, restent donc les conventions pour base de toute autoritĂ© lĂ©gitime parmi les hommes[29] Â».

La fin de tout systÚme de législation

« Si l’on recherche en quoi consiste prĂ©cisĂ©ment le plus grand bien de tous, qui doit ĂȘtre la fin de tout systĂšme de lĂ©gislation, on trouvera qu’il se rĂ©duit Ă  ces deux objets principaux, la libertĂ© et l’égalitĂ©. La libertĂ©, parce que toute dĂ©pendance particuliĂšre est autant de force ĂŽtĂ©e au corps de l’État; l’égalitĂ©, parce que la libertĂ© ne peut subsister sans elle Â» (p.76). « Mais si l’abus est inĂ©vitable, s’ensuit-il qu’il ne faille pas au moins le rĂ©gler? C’est prĂ©cisĂ©ment parce que la force des choses tend toujours Ă  dĂ©truire l’égalitĂ© que la force de la lĂ©gislation doit toujours tendre Ă  la maintenir[30] Â».

L'égalité

De l'Ă©tat de nature Ă  l'Ă©tat civilisĂ© : le premier pas vers l'inĂ©galitĂ© parmi les hommes

Dans le Discours sur l'origine et les fondements de l'inĂ©galitĂ© parmi les hommes, Rousseau soutient que le besoin de reconnaissance sociale fut le premier pas vers l'inĂ©galitĂ© : « Chacun commença Ă  regarder les autres et Ă  vouloir ĂȘtre regardĂ© soi-mĂȘme, et l’estime publique eut un prix. Celui qui chantait ou dansait le mieux ; le plus beau, le plus fort, le plus adroit ou le plus Ă©loquent devint le plus considĂ©rĂ©, et ce fut lĂ  le premier pas vers l’inĂ©galitĂ©, et vers le vice en mĂȘme temps : de ces premiĂšres prĂ©fĂ©rences nĂąquirent d’un cĂŽtĂ© la vanitĂ© et le mĂ©pris, de l’autre la honte et l’envie ; et la fermentation causĂ©e par ces nouveaux levains produisit enfin des composĂ©s funestes au bonheur et Ă  l’innocence Â»[31] ; ainsi que : « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci est Ă  moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la sociĂ©tĂ© civile. Que de crimes, de guerre, de meurtres, que de misĂšres et d'horreurs n'eĂ»t point Ă©pargnĂ©s au genre humain celui qui, arrachant les pieux, ou comblant le fossĂ©, eĂ»t criĂ© Ă  ses semblables : « Gardez-vous d'Ă©couter cet imposteur ; vous ĂȘtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont Ă  tous, et que la terre n'est Ă  personne Â». Â»[32].

La justice

« Sans doute il est une justice universelle Ă©manĂ©e de la raison seule ; mais cette justice pour ĂȘtre admise entre nous doit ĂȘtre rĂ©ciproque. À considĂ©rer humainement les choses, faute de sanctions naturelles les lois de la justice sont vaines parmi les hommes ; elles ne font que le bien du mĂ©chant et le mal du juste, quand celui-ci les observe avec tout le monde sans que personne les observe avec lui. Il faut donc des conventions et des lois pour unir les droits aux devoirs et ramener la justice Ă  son objet[33] Â».

La liberté

« Il est donc incontestable, et c’est la maxime fondamentale de tout le droit politique, que les peuples se sont donnĂ© des chefs pour dĂ©fendre leur libertĂ© et non pour les asservir[34] Â». « Quiconque refusera d’obĂ©ir Ă  la volontĂ© gĂ©nĂ©rale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie pas autre chose sinon qu’on le forcera Ă  ĂȘtre libre Â»[35].

L'Ă©ducation

« En sortant de mes mains, il ne sera, j’en conviens, ni magistrat, ni soldat, ni prĂȘtre ; il sera premiĂšrement homme : tout ce qu’un homme doit ĂȘtre, il saura l’ĂȘtre au besoin tout aussi bien que qui que ce soit ; et la fortune aura beau le faire changer de place, il sera toujours Ă  la sienne. Occupavi te, Fortuna, atque cepi; omnesque aditus tuos interclusi, ut ad me aspirare non posses[36] Â». « Point de mĂšre, point d’enfant. Entre eux les devoirs sont rĂ©ciproques ; et s’ils sont mal remplis d’un cĂŽtĂ©, ils seront nĂ©gligĂ©s de l’autre. L’enfant doit aimer sa mĂšre avant de savoir qu’il le doit. Si la voix du sang n’est fortifiĂ©e par l’habitude et les soins, elle s’éteint dans les premiĂšres annĂ©es, et le cƓur meurt pour ainsi dire avant que de naĂźtre[37] Â». « Voulez-vous rendre chacun Ă  ses premiers devoirs ? Commencez par les mĂšres ; vous serez Ă©tonnĂ© des changements que vous produirez. Tout vient successivement de cette premiĂšre dĂ©pravation : tout l’ordre moral s’altĂšre ; le naturel s’éteint dans tous les cƓurs (...) L’attrait de la vie domestique est le meilleur contre-poison des mauvaises mƓurs[38] Â». « Celui qui ne peut remplir les devoirs de pĂšre n’a point le droit de le devenir. Il n’y a ni pauvretĂ©, ni travaux, ni respect humain, qui le dispensent de nourrir ses enfants et de les Ă©lever lui-mĂȘme (...) Mais que fait cet homme riche, ce pĂšre de famille si affairĂ©, et forcĂ©, selon lui, de laisser ses enfants Ă  l’abandon ? Il paye un autre homme pour remplir ces soins qui lui sont Ă  charge. Ame vĂ©nale! Crois-tu donner Ă  ton fils un autre pĂšre avec de l’argent ? Ne t’y trompe point ; ce n’est pas mĂȘme un maĂźtre que tu lui donnes, c’est un valet. Il en formera bientĂŽt un second[39] Â». « Un pĂšre n’a point de choix et ne doit point avoir de prĂ©fĂ©rence dans la famille que Dieu lui donne : tous ses enfants sont Ă©galement ses enfants ; il leur doit Ă  tous les mĂȘmes soins et la mĂȘme tendresse. Qu’ils soient estropiĂ©s ou non, qu’ils soient languissants ou robustes, chacun d’eux est un dĂ©pĂŽt dont il doit compte Ă  la main dont il le tient, et le mariage est un contrat fait avec la nature aussi bien qu’entre les conjoints[40] Â». « Toute mĂ©chancetĂ© vient de faiblesse ; l’enfant n’est mĂ©chant que parce qu’il est faible ; rendez-le fort, il sera bon : celui qui pourrait tout ne ferait jamais de mal[41] Â». « SitĂŽt qu’ils (les enfants) peuvent considĂ©rer les gens qui les environnent comme des instruments qu’il dĂ©pend d’eux de faire agir, ils s’en servent pour suivre leur penchant et supplĂ©er Ă  leur propre faiblesse. VoilĂ  comment ils deviennent incommodes, tyrans, impĂ©rieux, mĂ©chants, indomptables ; progrĂšs qui ne vient pas d’un esprit naturel de domination, mais qui le leur donne ; car il ne faut pas une longue expĂ©rience pour sentir combien il est agrĂ©able d’agir par les mains d’autrui, et de n’avoir besoin que de remuer la langue pour faire mouvoir l’univers[42] Â». « Les peuples ainsi que les hommes ne sont dociles que dans leur jeunesse, ils deviennent incorrigibles en vieillissant ; quand une fois les coutumes sont Ă©tablies et les prĂ©jugĂ©s enracinĂ©s, c’est une entreprise dangereuse et vaine de vouloir les rĂ©former ; le peuple ne peut pas mĂȘme souffrir qu’on touche Ă  ses maux pour les dĂ©truire, semblable Ă  ces malades stupides et sans courage qui frĂ©missent Ă  l’aspect du mĂ©decin[43] Â». « Le chef-d’Ɠuvre d’une bonne Ă©ducation est de faire un homme raisonnable : et l’on prĂ©tend Ă©lever un enfant par la raison ! C’est commencer par la fin, c’est vouloir faire l’instrument de l’ouvrage. Si les enfants entendaient raison, ils n’auraient pas besoin d’ĂȘtre Ă©levĂ©s[44] Â». « Mais que tous vos refus soient irrĂ©vocables ; qu’aucune importunitĂ© ne vous Ă©branle ; que le non prononcĂ© soit un mur d’airain, contre lequel l’enfant n’aura pas Ă©puisĂ© cinq ou six fois ses forces, qu’il ne tentera plus de le renverser. C’est ainsi que vous le rendrez patient, Ă©gal, rĂ©signĂ©, paisible, mĂȘme quand il n’aura pas ce qu’il a voulu; car il est dans la nature de l’homme d’endurer patiemment la nĂ©cessitĂ© des choses, mais non la mauvaise volontĂ© d’autrui (...) La pire Ă©ducation est de le laisser flottant entre ses volontĂ©s et les vĂŽtres, et de disputer sans cesse entre vous et lui Ă  qui des deux sera le maĂźtre ; j’aimerais cent fois mieux qu’il le fĂ»t toujours[45] Â». « J’aime mieux ĂȘtre homme Ă  paradoxes qu’homme Ă  prĂ©jugĂ©s. Le plus dangereux intervalle de la vie humaine est celui de la naissance Ă  l’ñge de douze ans. C’est le temps oĂč germent les erreurs et les vices, sans qu’on ait encore aucun instrument pour les dĂ©truire ; et quand l’instrument vient, les racines sont si profondes, qu’il n’est plus temps de les arracher (...) La premiĂšre Ă©ducation doit donc ĂȘtre purement nĂ©gative. Elle consiste, non point Ă  enseigner la vertu ni la vĂ©ritĂ©, mais Ă  garantir le cƓur du vice et l’esprit de l’erreur[46] Â». « Souvenez-vous qu’avant d’oser entreprendre de former un homme, il faut s’ĂȘtre fait homme soi-mĂȘme ; il faut trouver en soi l’exemple qu’il se doit proposer[47] Â». « Je sais que toutes ces vertus par imitation sont des vertus de singe, et que nulle bonne action n’est moralement bonne que quand on la fait comme telle, et non parce que d’autres la font. Mais, dans un Ăąge oĂč le cƓur ne sent rien encore, il faut bien faire imiter aux enfants les actes dont on veut leur donner l’habitude, en attendant qu’ils les puissent faire par discernement et par amour du bien. L’homme est imitateur, l’animal mĂȘme l’est ; le goĂ»t de l’imitation est de la nature bien ordonnĂ©e ; mais il dĂ©gĂ©nĂšre en vice dans la sociĂ©tĂ©[48] Â». « La seule leçon de morale qui convienne Ă  l’enfance, et la plus importante Ă  tout Ăąge, est de ne jamais faire de mal Ă  personne. Le prĂ©cepte mĂȘme de faire du bien, s’il n’est subordonnĂ© Ă  celui lĂ , est dangereux, faux, contradictoire. Qui est-ce qui ne fait pas du bien ? Tout le monde en fait, le mĂ©chant comme les autres ; il fait un heureux aux dĂ©pens de cent misĂ©rables ; et de lĂ  viennent toutes nos calamitĂ©s. Les plus sublimes vertus sont nĂ©gatives : elles sont aussi les plus difficiles, parce qu’elles sont sans ostentation, et au-dessus mĂȘme de ce plaisir si doux au cƓur de l’homme, d’en renvoyer un autre content de nous. O quel bien fait nĂ©cessairement Ă  ses semblables celui d’entre eux, s’il en est un, qui ne leur fait jamais de mal ! De quelle intrĂ©piditĂ© d’ñme, de quelle vigueur de caractĂšre il a besoin pour cela ! Ce n’est pas en raisonnant sur cette maxime, c’est en tĂąchant de la pratiquer, qu’on sent combien il est grand et pĂ©nible d’y rĂ©ussir[49] Â». « Un des premiers soins des enfants est, comme je l’ai dit, de dĂ©couvrir le faible de ceux qui les gouvernent. Ce penchant porte Ă  la mĂ©chancetĂ©, mais il n’en vient pas ; il vient du besoin d’éluder une autoritĂ© qui les importune. SurchargĂ©s du joug qu’on leur impose, ils cherchent Ă  le secouer ; et les dĂ©fauts qu’ils trouvent dans les maĂźtres leur fournissent de bons moyens pour cela. Cependant, l’habitude se prend d’observer les gens par leurs dĂ©fauts, et de se plaire Ă  leur en trouver[50] Â». « Mais du moment qu’ils prĂ©fĂšrent une Ă©toffe parce qu’elle est riche, leurs cƓurs sont dĂ©jĂ  livrĂ©s au luxe, Ă  toutes les fantaisies de l’opinion ; et ce goĂ»t ne leur est sĂ»rement pas venu d’eux-mĂȘmes. On ne saurait dire combien le choix des vĂȘtements et les motifs de ce choix influent sur l’éducation. Non seulement d’aveugles mĂšres promettent Ă  leurs enfants des parures pour rĂ©compenses, on voit mĂȘme d’insensĂ©s gouverneurs menacer leurs Ă©lĂšves d’un habit plus grossier et plus simple, comme d’un chĂątiment. Si vous n’étudiez mieux, si vous ne conservez mieux vos hardes, on vous habillera comme ce petit paysan. C’est comme s’ils leur disaient : Sachez que l’homme n’est rien que par ses habits, que votre prix est tout dans les vĂŽtres. Faut-il s’étonner que de si sages leçons profitent Ă  la jeunesse, qu’elle n’estime que la parure, et qu’elle ne juge du mĂ©rite que sur le seul extĂ©rieur ? (...) Tant qu’on n’a pas asservi l’enfant Ă  nos prĂ©jugĂ©s, ĂȘtre Ă  son aise et libre est toujours son premier dĂ©sir ; le vĂȘtement le plus simple, le plus commode, celui qui l’assujettit le moins, est toujours le plus prĂ©cieux pour lui[51] Â». « Qu’il ne sache rien parce que vous le lui avez dit, mais parce qu’il l’a compris lui-mĂȘme ; qu’il n’apprenne pas la science, qu’il l’invente. Si jamais vous substituez dans son esprit l’autoritĂ© Ă  la raison, il ne raisonnera plus ; il ne sera plus que le jouet de l’opinion des autres[52] Â». « Nous avons fait un ĂȘtre agissant et pensant ; il ne nous reste plus, pour achever l’homme, que de faire un ĂȘtre aimant et sensible, c’est-Ă -dire de perfectionner la raison par le sentiment[53] Â». « Voulez-vous donc exciter et nourrir dans le cƓur d’un jeune homme les premiers mouvements de la sensibilitĂ© naissante, et tourner son caractĂšre vers la bienfaisance et vers la bontĂ© ; n’allez point faire germer en lui l’orgueil, la vanitĂ©, l’envie, par la trompeuse image du bonheur des hommes ; n’exposez point d’abord Ă  ses yeux la pompe des cours, le faste des palais, l’attrait des spectacles ; ne le promenez point dans les cercles, dans les brillantes assemblĂ©es, ne lui montrez l’extĂ©rieur de la grande sociĂ©tĂ© qu’aprĂšs l’avoir mis en Ă©tat de l’apprĂ©cier en elle-mĂȘme. Lui montrer le monde avant qu’il connaisse les hommes, ce n’est pas le former, c’est le corrompre ; ce n’est pas l’instruire, c’est le tromper[54] Â». « Faites-lui bien comprendre que le sort de ces malheureux peut ĂȘtre le sien, que tous leurs maux sont sous ses pieds, que mille Ă©vĂšnements imprĂ©vus et inĂ©vitables peuvent l’y plonger d’un moment Ă  l’autre. Apprenez-lui Ă  ne compter ni sur la naissance, ni sur la santĂ©, ni sur les richesses ; montrez-lui toutes les vicissitudes de la fortune ; cherchez lui les exemples toujours trop frĂ©quents de gens qui, d’un Ă©tat plus Ă©levĂ© que le sien, sont tombĂ©s au-dessous de celui de ces malheureux[55] Â». « Avertissez-le de ses fautes avant qu’il y tombe : quand il y est tombĂ©, ne les lui reprochez point ; vous ne feriez qu’enflammer et mutiner son amour-propre. Une leçon qui rĂ©volte ne profite pas. Je ne connais rien de plus inepte que ce mot : Je vous l’avais bien dit[56] Â». « Ainsi donc, c’est bien moins de la sensualitĂ© que de la vanitĂ© qu’il faut prĂ©server un jeune homme entrant dans le monde : il cĂšde plus aux penchants d’autrui qu’aux siens, et l’amour-propre fait plus de libertins que l’amour[57] Â». « S’il n’a pas les formules de politesse, il a les soins de l’humanitĂ©. Il n’aime Ă  voir souffrir personne ; il n’offrira pas sa place Ă  un autre par simagrĂ©e, mais il la lui cĂ©dera volontiers par bontĂ©[58] Â». « Il parle peu, parce qu’il ne se soucie guĂšre qu’on s’occupe de lui, par la mĂȘme raison il ne dit que des choses utiles : autrement, qu’est-ce qui l’engagerait Ă  parler ? Émile est trop instruit pour ĂȘtre jamais babillard. Le grand caquet vient nĂ©cessairement, ou de la prĂ©tention Ă  l’esprit, dont je parlerai ci-aprĂšs, ou du prix qu’on donne Ă  des bagatelles, dont on croit sottement que les autres font autant de cas que nous. Celui qui connaĂźt assez de choses pour donner Ă  toutes leur vĂ©ritable prix, ne parle jamais trop ; car il sait apprĂ©cier aussi l’attention qu’on lui donne et l’intĂ©rĂȘt qu’on peut prendre Ă  ses discours. GĂ©nĂ©ralement, les gens qui savent peu parlent beaucoup, et les gens qui savent beaucoup parlent peu. Il est simple qu’un ignorant trouve important tout ce qu’il sait, et le dise Ă  tout le monde[59] Â». « Car le temps approche oĂč nos rapports vont changer, et oĂč la sĂ©vĂ©ritĂ© du maĂźtre doit succĂ©der Ă  la complaisance du camarade[60] Â».

La morale

« Si c’en Ă©tait ici le lieu, j’essayerais de montrer comment des premiers mouvements du cƓur s’élĂšvent les premiĂšres voix de la conscience, et comment des sentiments d’amour et de haine naissent les premiĂšres notions du bien et du mal : je ferais voir que justice et bontĂ© ne sont point seulement des mots abstraits, de purs ĂȘtre moraux formĂ©s par l’entendement, mais de vĂ©ritables affections de l’ñme Ă©clairĂ©e par la raison, et qui ne sont qu’un progrĂšs ordonnĂ© de nos affections primitives ; que, par la raison seule, indĂ©pendamment de la conscience, on ne peut Ă©tablir aucune loi naturelle ; et que tout le droit de la nature n’est qu’une chimĂšre, s’il n’est fondĂ© sur un besoin naturel au cƓur humain[61] Â». « Ainsi, ce qui rend l’homme essentiellement bon est d’avoir peu de besoins, et de peu se comparer aux autres ; ce qui le rend essentiellement mĂ©chant est d’avoir beaucoup de besoins, et de tenir beaucoup Ă  l’opinion. Sur ce principe, il est aisĂ© de voir comment on peut diriger au bien ou au mal toutes les passions des enfants et des hommes. Il est vrai que, ne pouvant vivre toujours seuls, ils vivront difficilement toujours bons : cette difficultĂ© mĂȘme augmentera nĂ©cessairement avec leurs relations ; et c’est en ceci surtout que les dangers de la sociĂ©tĂ© nous rendent l’art et les soins plus indispensables pour prĂ©venir dans le cƓur humain la dĂ©pravation qui naĂźt de ses nouveaux besoins[62] Â». « Toute mĂ©chancetĂ© vient de faiblesse ; l’enfant n’est mĂ©chant que parce qu’il est faible ; rendez-le fort, il sera bon : celui qui pourrait tout ne ferait jamais de mal[41] Â».

L'apparence : les parents corrompent l'esprit de leur enfant

Il affirme : « Mais du moment qu’ils prĂ©fĂšrent une Ă©toffe parce qu’elle est riche, leurs cƓurs sont dĂ©jĂ  livrĂ©s au luxe, Ă  toutes les fantaisies de l’opinion ; et ce goĂ»t ne leur est sĂ»rement pas venu d’eux-mĂȘmes. On ne saurait dire combien le choix des vĂȘtements et les motifs de ce choix influent sur l’éducation. Non seulement d’aveugles mĂšres promettent Ă  leurs enfants des parures pour rĂ©compenses, on voit mĂȘme d’insensĂ©s gouverneurs menacer leurs Ă©lĂšves d’un habit plus grossier et plus simple, comme d’un chĂątiment. Si vous n’étudiez mieux, si vous ne conservez mieux vos hardes, on vous habillera comme ce petit paysan. C’est comme s’ils leur disaient : Sachez que l’homme n’est rien que par ses habits, que votre prix est tout dans les vĂŽtres. Faut-il s’étonner que de si sages leçons profitent Ă  la jeunesse, qu’elle n’estime que la parure, et qu’elle ne juge du mĂ©rite que sur le seul extĂ©rieur? (p.159)
 « Tant qu’on n’a pas asservi l’enfant Ă  nos prĂ©jugĂ©s, ĂȘtre Ă  son aise et libre est toujours son premier dĂ©sir ; le vĂȘtement le plus simple, le plus commode, celui qui l’assujettit le moins, est toujours le plus prĂ©cieux pour lui[51] Â». « On peut briller par la parure, mais on ne plaĂźt que par la personne[63] Â».

L'authenticité

« Soyons toujours vrai au risque de tout ce qui en peut arriver. La justice elle-mĂȘme est dans la vĂ©ritĂ© des choses[64] Â». « S’il faut ĂȘtre juste pour autrui, il faut ĂȘtre vrai pour soi, c’est un hommage que l’honnĂȘte homme doit rendre Ă  sa propre dignitĂ©[65] Â». « Eh bien, dans cet Ă©tat dĂ©plorable je ne changerais pas encore d’ĂȘtre et de destinĂ©e contre le plus fortunĂ© d’entre eux, et j’aime encore mieux ĂȘtre moi dans toute ma misĂšre que d’ĂȘtre aucun de ces gens-lĂ  dans toute leur prospĂ©ritĂ©[66] Â». « De quelque façon que les hommes veuillent me voir, ils ne sauraient changer mon ĂȘtre, et malgrĂ© leur puissance et malgrĂ© toutes leurs sourdes intrigues, je continuerai, quoi qu’ils fassent, d’ĂȘtre en dĂ©pit d’eux ce que je suis[67] Â». « Ce n’est pas sur les idĂ©es d’autrui que j’écris ; c’est sur les miennes. Je ne vois point comme les autres hommes ; il y a longtemps qu’on me l’a reprochĂ©. Mais dĂ©pend-il de moi de me donner d’autres yeux, et de m’affecter d’autres idĂ©es ? Non. Il dĂ©pend de moi de ne point abonder dans mon sens, de ne point croire ĂȘtre seul plus sage que tout le monde ; il dĂ©pend de moi, non de changer de sentiment, mais de me dĂ©fier du mien : voilĂ  tout ce que je puis faire, et ce que je fais. Que si je prends quelquefois le ton affirmatif, ce n’est point pour en imposer au lecteur; c’est pour lui parler comme je pense. Pourquoi proposerais-je par forme de doute ce dont, quant Ă  moi, je ne doute point? Je dis exactement ce qui se passe dans mon esprit[68] Â». « Pour ĂȘtre quelque chose, pour ĂȘtre soi-mĂȘme et toujours un, il faut agir comme on parle ; il faut ĂȘtre toujours dĂ©cidĂ© sur le parti que l’on doit prendre, le prendre hautement, et le suivre toujours[69] Â». « L’homme du monde est tout entier dans son masque. N’étant presque jamais en lui-mĂȘme, il y est toujours Ă©tranger, et mal Ă  son aise quand il est forcĂ© d’y rentrer. Ce qu’il est n’est rien, ce qu’il paraĂźt est tout pour lui[25] Â». « Le rang et le sort de chaque homme Ă©tabli, non seulement sur la quantitĂ© des biens et le pouvoir de servir ou de nuire, mais sur l’esprit, la beautĂ©, la force ou l’adresse, sur le mĂ©rite ou les talents, et ces qualitĂ©s Ă©tant les seules qui pouvaient attirer de la considĂ©ration, il fallut bientĂŽt les avoir ou les affecter. Il fallut pour son avantage se montrer autre que ce qu’on Ă©tait en effet. Être et paraĂźtre devinrent deux choses tout Ă  fait diffĂ©rentes, et de cette distinction sortirent le faste imposant, la ruse trompeuse, et tous les vices qui en sont le cortĂšge. D’un autre cĂŽtĂ©, de libre et indĂ©pendant qu’était auparavant l’homme, le voilĂ  par une multitude de nouveaux besoins assujetti, pour ainsi dire, Ă  toute la Nature, et surtout Ă  ses semblables dont il devient l’esclave en un sens, mĂȘme en devenant leur maĂźtre; riche, il a besoin de leurs services; pauvre, il a besoin de leurs secours, et la mĂ©diocritĂ© ne le met point en Ă©tat de se passer d’eux. Il faut donc qu’il cherche sans cesse Ă  les intĂ©resser Ă  son sort, et Ă  leur faire trouver en effet ou en apparence leur profit Ă  travailler pour le sien : ce qui le rend fourbe et artificieux avec les uns, impĂ©rieux et dur avec les autres, et le met dans la nĂ©cessitĂ© d’abuser tous ceux dont il a besoin, quand il ne peut s’en faire craindre, et qu’il ne trouve pas son intĂ©rĂȘt Ă  les servir utilement. Enfin l’ambition dĂ©vorante, l’ardeur d’élever sa fortune relative, moins par un vĂ©ritable besoin que pour se mettre au-dessus des autres, inspire Ă  tous les hommes un noir penchant Ă  se nuire mutuellement, une jalousie secrĂšte d’autant plus dangereuse que, pour faire son coup plus en sĂ»retĂ©, elle prend souvent le masque de la bienveillance; en un mot, concurrence et rivalitĂ© d’une part, de l’autre opposition d’intĂ©rĂȘt, et toujours le dĂ©sir cachĂ© de faire son profit aux dĂ©pens d’autrui. Tous ces maux sont le premier effet de la propriĂ©tĂ© et le cortĂšge insĂ©parable de l’inĂ©galitĂ© naissante[70] Â».

La conscience

« En suivant toujours ma mĂ©thode, je ne tire point ces rĂšgles des principes d’une haute philosophie, mais je les trouve au fond de mon cƓur Ă©crites par la nature en caractĂšres ineffaçables. Je n’ai qu’à me consulter sur ce que je veux faire : tout ce que je sens ĂȘtre bien est bien, tout ce que je sens ĂȘtre mal est mal : le meilleur de tous les casuistes est la conscience ; et ce n’est que quand on marchande avec elle qu’on a recours aux subtilitĂ©s du raisonnement[71] Â». « Il est donc au fond des Ăąmes un principe innĂ© de justice et de vertu, sur lequel, malgrĂ© nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises, et c’est Ă  ce principe que je donne le nom de conscience[72] Â». « Les actes de la conscience ne sont pas des jugements, mais des sentiments. Quoique toutes nos idĂ©es nous viennent du dehors, les sentiments qui les apprĂ©cient sont au dedans de nous, et c’est par eux seuls que nous connaissons la convenance ou disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons respecter ou fuir[73] Â». « Conscience! Conscience! Instinct divin, immortelle et cĂ©leste voix ; guide assurĂ© d’un ĂȘtre ignorant et bornĂ©, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l’homme semblable Ă  Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralitĂ© de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m’élĂšve au-dessus des bĂȘtes, que le triste privilĂšge de m’égarer d’erreurs en erreurs Ă  l’aide d’un entendement sans rĂšgle et d’une raison sans principe. GrĂące au ciel, nous voilĂ  dĂ©livrĂ©s de tout cet effrayant appareil de philosophie : nous pouvons ĂȘtre hommes sans ĂȘtre savants ; dispensĂ©s de consumer notre vie Ă  l’étude de la morale, nous avons Ă  moindre frais un guide plus assurĂ© dans ce dĂ©dale immense des opinions humaines[74] Â». « La conscience est le plus Ă©clairĂ© des philosophes[75] Â». « Dans toutes les questions de morale difficiles comme celle-ci, je me suis toujours bien trouvĂ© de les rĂ©soudre par le dictamen de ma conscience, plutĂŽt que par les lumiĂšres de ma raison. Jamais l’instinct moral ne m’a trompĂ© : il a gardĂ© jusqu’ici sa puretĂ© dans mon cƓur assez pour que je puisse m’y confier, et s’il se tait quelquefois devant mes passions dans ma conduite, il reprend bien son empire sur elles dans mes souvenirs[76] Â». « La raison seule nous apprend Ă  connaĂźtre le bien et le mal. La conscience qui nous fait aimer l’un et haĂŻr l’autre, quoique indĂ©pendante de la raison, ne peut donc se dĂ©velopper sans elle. Avant l’ñge de raison, nous faisons le bien et le mal sans le connaĂźtre ; et il n’y a point de moralitĂ© dans nos actions, quoiqu’il y en ait quelquefois dans le sentiment des actions d’autrui qui ont rapport Ă  nous[77] Â». « La voix intĂ©rieure ne sait point se faire entendre Ă  celui qui ne songe qu’à se nourrir[78] Â».

L'homme naßt naturellement bon, c'est la société qui le corrompt

« Tout est bien sortant des mains de l’Auteur des choses, tout dĂ©gĂ©nĂšre entre les mains des hommes[79] Â». « Les hommes ne sont point faits pour ĂȘtre entassĂ©s en fourmiliĂšres, mais Ă©pars sur la terre qu’ils doivent cultiver. Plus ils se rassemblent, plus ils se corrompent. Les infirmitĂ©s du corps, ainsi que les vices de l’ñme, sont l’infaillible effet de ce concours trop nombreux. L’homme est de tous les animaux celui qui peut le moins vivre en troupeaux. Des hommes entassĂ©s comme des moutons pĂ©riraient tous en trĂšs peu de temps. L’haleine de l’homme est mortelle Ă  ses semblables : cela n’est pas moins vrai au propre qu’au figurĂ©. Les villes sont le gouffre de l’espĂšce humaine[80] Â». « Qu’il sache que l’homme est naturellement bon, qu’il le sente, qu’il juge de son prochain par lui-mĂȘme ; mais, qu’il voie comment la sociĂ©tĂ© dĂ©prave et pervertit les hommes ; qu’il trouve dans leurs prĂ©jugĂ©s la source de tous leurs vices ; qu’il soit portĂ© Ă  estimer chaque individu, mais qu’il mĂ©prise la multitude ; qu’il voie que tous les hommes portent Ă  peu prĂšs le mĂȘme masque, mais qu’il sache aussi qu’il y a des visages plus beaux que le masque qui les couvre[81] Â». « Posons pour maxime incontestable que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits : il n’y a point de perversitĂ© originelle dans le cƓur humain ; il ne s’y trouve pas un seul vice dont on ne puisse dire comment et par oĂč il y est entrĂ©. La seule passion naturelle Ă  l’homme est l’amour de soi-mĂȘme, ou l’amour-propre pris dans un sens Ă©tendu. Cet amour-propre en soi ou relativement Ă  nous est bon et utile ; et, comme il n’a point de rapport nĂ©cessaire Ă  autrui, il est Ă  cet Ă©gard naturellement indiffĂ©rent ; il ne devient bon ou mauvais que par l’application qu’on en fait et les relations qu’on lui donne[82] Â». « Tant que les hommes furent mes frĂšres, je me faisais des projets de fĂ©licitĂ© terrestre ; ces projets Ă©tant toujours relatif au tout, je ne pouvais ĂȘtre heureux que de la fĂ©licitĂ© publique, et jamais l’idĂ©e d’un bonheur particulier n’a touchĂ© mon cƓur que quand j’ai vu mes frĂšres ne chercher le leur que dans ma misĂšre. Alors pour ne les pas haĂŻr il a bien fallu les fuir ; alors me rĂ©fugiant chez la mĂšre commune j’ai cherchĂ© dans ses bras Ă  me soustraire aux atteintes de ses enfants, je suis devenu solitaire, ou, comme ils disent, insociable et misanthrope, parce que la plus sauvage solitude me paraĂźt prĂ©fĂ©rable Ă  la sociĂ©tĂ© des mĂ©chants, qui ne se nourrit que de trahisons et de haine[83] Â».

La religion

Rousseau se mĂ©fie beaucoup de la religion telle que rĂ©vĂ©lĂ©e par les tĂ©moignages des hommes (l'Église) et les livres sacrĂ©s (tous traduits). Il affirme : « Dieu lui-mĂȘme a parlĂ© : Ă©coutez sa rĂ©vĂ©lation. C’est autre chose. Dieu a parlĂ© ! VoilĂ  certes un grand mot. Et Ă  qui a-t-il parlĂ© ? Il a parlĂ© aux hommes. Pourquoi donc n’en ai-je rien entendu ? Il a chargĂ© d’autres hommes de vous rendre sa parole. J’entends ! Ce sont des hommes qui vont me dire ce que Dieu a dit. J’aimerais mieux avoir entendu Dieu lui-mĂȘme ; il ne lui en aurait pas coĂ»tĂ© davantage, et j’aurais Ă©tĂ© Ă  l’abri de la sĂ©duction. Il vous en garantit en manifestant la mission de ses envoyĂ©s. Comment cela ? Par des prodiges. Et oĂč sont ces prodiges ? Dans les livres. Et qui a fait ces livres ? Des hommes. Et qui a vu ces prodiges ? Des hommes qui les attestent. Quoi ! Toujours des tĂ©moignages humains ! Toujours des hommes qui me rapportent ce que d’autres hommes ont rapportĂ© ! Que d’hommes entre Dieu et moi[84] ! Â» Il ajoute : « Dans les trois rĂ©vĂ©lations, les livres sacrĂ©s sont Ă©crits en des langues inconnues aux peuples qui les suivent. Les Juifs n’entendent plus l’hĂ©breu, les ChrĂ©tiens n’entendent ni l’hĂ©breu ni le grec ; les Turcs ni les Persans n’entendent point l’arabe ; et les Arabes modernes eux-mĂȘmes ne parlent plus la langue de Mahomet. Ne voilĂ -t-il pas une maniĂšre bien simple d’instruire les hommes, de leur parler toujours une langue qu’ils n’entendent point ? On traduit ces livres, dira-t-on. Belle rĂ©ponse ! Qui m’assurera que ces livres sont fidĂšlement traduits, qu’il est mĂȘme possible qu’ils le soient ? Et quand Dieu fait tant que de parler aux hommes, pourquoi faut-il qu’il ait besoin d’interprĂšte[85] ? Â»


Cependant, pour avoir une vue assez prĂ©cise du rapport que le Citoyen de GenĂšve entretient avec la religion chrĂ©tienne, un certain nombre d'indications doivent ĂȘtre conservĂ©es Ă  l'esprit.

  • En premier lieu, les donnĂ©es biographiques : Rousseau, Ă©levĂ© Ă  GenĂšve dans la foi protestante (dans le calvinisme genevois), se laisse convertir au catholicisme romain lors de son passage Ă  Turin Ă  l'Ăąge de 17 ans, puis abjure le catholicisme Ă  l'Ăąge de 42 ans, pour renouer avec les autoritĂ©s genevoises. Au final, en 1768, il Ă©pouse civilement ThĂ©rĂšse Levasseur Ă  Bourgoin en France, sans pour autant consacrer religieusement cette union (ce qui, Ă  l'Ă©poque, rend le mariage invalide).
  • Ensuite, il faut tenir compte des diffĂ©rents Ă©crits publiĂ©s de son vivant, qui tous occupent une fonction stratĂ©gique et sont proposĂ©s sous une forme rhĂ©torique diffĂ©rente. 3 groupes de textes sont ainsi Ă  prendre en compte :
    • a) les Ă©crits « thĂ©oriques Â», ou « dogmatiques Â», comme par exemple la Lettre Ă  Voltaire sur la Providence; le livre IV de l'Émile (Profession de foi du vicaire savoyard, livre ajoutĂ© in extremis Ă  l'ouvrage, peu avant l'impression); le chapitre 8 (et dernier) du Contrat social (lui aussi ajoutĂ© au dernier moment Ă  la fin du livre; ce chapitre 8 est le plus long de l'ensemble de l'ouvrage); enfin, la Nouvelle HĂ©loĂŻse. On remarquera que ces 3 derniers ouvrages ont Ă©tĂ© publiĂ©s sur la mĂȘme pĂ©riode (1762-1763).
    • b) Les Ă©crits de justification ou de polĂ©mique : la Lettre Ă  Christophe de Beaumont, les Lettres Ă©crites de la montagne et les Dialogues (Rousseau juge de Jean-Jacques).
    • c) La correspondance privĂ©e (notamment les lettres Ă  Paul Moultou et la lettre Ă  FranquiĂšres de 1769[86].

Si on s'attache Ă  une brĂšve synthĂšse (inĂ©vitable ici), ce qui ressort de maniĂšre frappante dans l'ensemble des textes (publics et privĂ©s) peut-ĂȘtre rĂ©sumĂ© dans la formule que Rousseau adresse Ă  C. de Beaumont : « Monseigneur, je suis chrĂ©tien, et sincĂšrement chrĂ©tien, selon la doctrine de l'Évangile. Je suis chrĂ©tien, non comme un disciple des prĂȘtres, mais comme un disciple de JĂ©sus-Christ ...». Cette formule, si on l'Ă©tudie de prĂšs avec les textes sous les yeux, fait signe vers un christianisme singulier, dĂ©barrassĂ© de toute thĂ©ologie : Jean-Jacques Rousseau nie la nĂ©cessitĂ© des mĂ©diations (ni prĂȘtres, ni pasteurs, ni thĂ©ologiens), ne croit pas la foi nĂ©cessaire et ne croit pas aux miracles, ni Ă  la doctrine du pĂ©chĂ© originel. Sa foi chrĂ©tienne est une sorte de dĂ©isme rationaliste, hĂ©ritĂ©e de Bernard Lamy et de Nicolas Malebranche[87] : il y a un dieu parce que la nature et l'univers sont ordonnĂ©s. Rousseau n'est pas matĂ©rialiste (voir la Lettre Ă  FranquiĂšres), mais il n'est ni un protestant orthodoxe, ni catholique romain. Pourtant, il se dit croyant, y compris dans sa lettre du 14 fĂ©vrier 1769 Ă  Paul Moultou (qui semble dĂ©sireux de renoncer Ă  sa foi), qu'il exhorte Ă  ne pas « suivre la mode[88] Â».

La politique

Sources de la pensée politique de Rousseau

Elles sont nombreuses et se construisent en critiquant et en s'inspirant de LucrĂšce, de Hobbes, de Locke, des thĂ©oriciens du droit naturel (Hugo Grotius, Pufendorf), de Montesquieu. Il s'est aussi opposĂ© aux Physiocrates, les premiers Ă©conomistes français, pour qui la crĂ©ation de richesse ne pouvait provenir que de l'exploitation de la terre (physio-cratie = « pouvoir de la terre Â»). On garde de lui quelques lettres Ă©changĂ©es avec Mirabeau pĂšre, l'auteur de l'Ami des Hommes. DĂšs le Discours sur les sciences et les arts, Rousseau affirme son originalitĂ© en rĂ©futant la thĂšse de la sociabilitĂ© naturelle de l'homme et en affirmant sa bontĂ© naturelle. La premiĂšre position le rapproche de Hobbes, qui voyait dans l'homme naturel un ĂȘtre isolĂ© et cherchant avant tout Ă  contenter ses besoins. Mais par la seconde, il se dĂ©tache du penseur anglais, puisque celui-ci affirmait, reprenant Plaute, que l'« homme est un loup pour l'homme Â» (homo homini lupus est). ConsidĂ©rant l'agressivitĂ© naturelle de l'homme, Hobbes, profondĂ©ment choquĂ© par la guerre civile et les troubles religieux anglais du XVIIe siĂšcle, rĂ©clamait un pouvoir royal absolu confisquant la violence individuelle au profit de l'État ; enthousiasmĂ© par la bontĂ© naturelle, Rousseau, lui, considĂšre que le pouvoir doit venir des individus eux-mĂȘmes. Selon Hobbes, l'homme est mauvais en soi ; selon Rousseau, c'est la sociĂ©tĂ©, c'est-Ă -dire le dĂ©sir de possĂ©der, de dominer et de paraĂźtre, qui a corrompu l'homme.

Du contrat social, Ă©dition de 1772

Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes

Qu'y a-t-il de naturel en l'homme ? Jean-Jacques Rousseau, dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inĂ©galitĂ© parmi les hommes, publiĂ© en 1755, imagine l'humanitĂ© dans sa condition primitive, Ă  une Ă©poque oĂč elle ne vivait encore que d'aprĂšs sa constitution premiĂšre. Le tableau qu'il dresse de cet Ă©tat de nature originel fait ressortir l'existence de diffĂ©rences physiques mais d'aucune distribution inĂ©gale de droits entre les hommes. C'est l'institution sociale et l'invention du droit qui fera naĂźtre les inĂ©galitĂ©s. Rousseau nous raconte l'enchaĂźnement des circonstances qui dut conduire le genre humain Ă  s'Ă©loigner de son heureuse condition originelle et Ă  devoir recourir Ă  l'autoritĂ© d'un État pour sauvegarder la vie et la libertĂ© de chacun. Au cours de l'histoire, l'homme se socialise, apprend Ă  parler, Ă  aimer ; il s'humanise en s'Ă©loignant de sa premiĂšre condition, simple, heureuse mais quasi animale. Une maniĂšre pour Rousseau de formuler la contradiction de la condition humaine : historique, insatisfaite, mais aussi hantĂ©e par le rĂȘve de la nature et du bonheur.


Rousseau dĂ©mocrate ?

Le Contrat social a parfois Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme le texte fondateur de la RĂ©publique française, non sans malentendus, ou Ă  titre d'accusation de la part des opposants Ă  la RĂ©publique. On s'est surtout attachĂ© Ă  sa thĂ©orie de la souverainetĂ© : celle-ci appartient au peuple et non Ă  un monarque ou Ă  un corps particulier. AssurĂ©ment, c'est chez Rousseau qu'il faut chercher les sources de la conception française de la volontĂ© gĂ©nĂ©rale : contrairement aux thĂ©ories politiques anglo-saxonnes, Rousseau ne considĂšre pas la volontĂ© gĂ©nĂ©rale comme la somme des volontĂ©s particuliĂšres — c'est-Ă -dire la volontĂ© de tous -, mais comme ce qui procĂšde de l'intĂ©rĂȘt commun : « ĂŽtez [des volontĂ©s particuliĂšres] les plus et les moins qui s'entre-dĂ©truisent, reste pour somme des diffĂ©rences la volontĂ© gĂ©nĂ©rale Â».

On oublie souvent que Rousseau destinait son Contrat social Ă  de petits États. Il s'inspirait de deux modĂšles, l'un antique (la citĂ© grecque, notamment Sparte alors tenue pour dĂ©mocratique), l'autre moderne (la RĂ©publique de GenĂšve). Rousseau s'opposait Ă  l'opinion de la majeure partie des « Philosophes Â» qui admiraient souvent les institutions anglaises, modĂšle d'Ă©quilibre des pouvoirs louĂ© par Montesquieu et Voltaire. Parmi ses Ă©crits politiques (Livre de poche ISBN 978-2-253-05593-8) Rousseau a Ă©tĂ© mandatĂ© par la rĂ©publique de GĂšnes afin de donner une Constitution Ă  la Corse oĂč le « small is beautyfull Â» est soulignĂ© car il se base sur le fonctionnement institutionnel de la ConfĂ©dĂ©ration HelvĂ©tique de son Ă©poque, il a aussi Ă©tudiĂ© le fonctionnement du gouvernement de la Pologne. Rousseau s'opposait Ă©galement avec force au principe de la dĂ©mocratie reprĂ©sentative et lui prĂ©fĂ©rait une forme participative de dĂ©mocratie, calquĂ©e sur le modĂšle antique. Se borner Ă  voter, c'Ă©tait, selon lui, disposer d'une souverainetĂ© qui n'Ă©tait qu'intermittente ; quant Ă  la reprĂ©sentation, elle supposait la constitution d'une classe de reprĂ©sentants, nĂ©cessairement vouĂ©s Ă  dĂ©fendre leurs intĂ©rĂȘts de corps avant ceux de la volontĂ© gĂ©nĂ©rale. En revanche, il s'opposait Ă  la diffusion massive des savoirs, comme le montre son Discours sur les sciences et les arts qui y voit la cause de la dĂ©cadence moderne. Le modĂšle de Rousseau est bien plus Sparte, citĂ© martiale, dont le modĂšle entretenait dĂ©jĂ  quelque rapport avec la citĂ© de La RĂ©publique de Platon, qu'AthĂšnes, citĂ© dĂ©mocratique, bavarde et cultivĂ©e. Certains critiques — comme l'universitaire AmĂ©ricain Lester G. Crocker —, particuliĂšrement sensibles au modĂšle d'autarcie et d'unitĂ© nationales de Rousseau, lui ont reprochĂ© d'avoir favorisĂ© le totalitarisme moderne. Cette opinion est devenue minoritaire depuis quelque temps, mais elle tĂ©moigne de la force polĂ©mique qu'ont encore de nos jours les Ă©crits du « Citoyen de GenĂšve Â» .

Le problĂšme du contrat social

La libertĂ© naturelle de l'homme implique l'absence d'engagement ou d'obligation naturelle. Les talents Ă©tant rĂ©partis inĂ©galement entre les individus, les inĂ©galitĂ©s apparaissent, puis se dĂ©veloppent de plus en plus vite. Dans le Discours sur l'inĂ©galitĂ©, Rousseau Ă©voque la progression de l'inĂ©galitĂ© : « l'Ă©galitĂ© rompue fut suivie du plus affreux dĂ©sordre : c'est ainsi que les usurpations des riches, les brigandages des pauvres, les passions effrĂ©nĂ©es de tous Ă©touffant la pitiĂ© naturelle, et la voix encore faible de la justice, rendirent les hommes avares, ambitieux, et mĂ©chants Â».

Dans le Contrat social, Rousseau cherche le fondement d'une autoritĂ© lĂ©gitime parmi les hommes. Il s'agit pour lui de dĂ©finir Ă  quelles conditions l'homme peut se soumettre Ă  une autoritĂ©, ici de nature politique, sans rien perdre de sa libertĂ©. L'homme Ă©tant naturellement libre, ce fondement ne peut ĂȘtre qu'une convention. Comment les hommes peuvent-ils associer leurs forces, sans renoncer pour autant Ă  la libertĂ© ? Tel est le problĂšme du contrat social, Ă©noncĂ©e en ces termes : « Trouver une forme d'association qui dĂ©fende et protĂšge de toute la force commune la personne et les biens de chaque associĂ©, et par laquelle chacun, s'unissant Ă  tous, n'obĂ©isse pourtant qu'Ă  lui-mĂȘme, et reste aussi libre qu'auparavant Â».

La musique de Jean-Jacques Rousseau

Un musicien théoricien

La musique fut la vocation contrariĂ©e de Rousseau; loin d'ĂȘtre un compositeur aussi brillant que Rameau, il n'en demeure pas moins qu'il a su apporter de nouvelles innovations en musique telles que, par exemple, le MĂ©lodrame (Pygmalion) inspirant notamment Berlioz (LĂ©lio ou le Retour Ă  la vie). InitiĂ© par Madame De Warens, il en vĂ©cut mĂ©diocrement durant son sĂ©jour Ă  Paris, gagnant sa vie essentiellement en tant que copiste (« Je sens combien je vais me nuire Ă  moi-mĂȘme si l'on compare mon travail Ă  mes rĂšgles : mais je n'ignore pas que celui qui cherche l'utilitĂ© publique doit avoir oubliĂ© la sienne. Homme de lettres, j'ai dit de mon Ă©tat tout le mal que j'en pense ; je n'ai fait que de la musique française, et n'aime que l'italienne ; j'ai montrĂ© toutes les misĂšres de la sociĂ©tĂ© quand j'Ă©tais heureux par elle: mauvais copiste, j'expose ici ce que font les bons. O vĂ©ritĂ©! mon intĂ©rĂȘt ne fut jamais rien devant toi; qu'il ne souille en rien le culte que je t'ai vouĂ©. Â» Article Copiste, Dictionnaire de Musique p.125). Rousseau fut l'auteur et compositeur d'un intermĂšde, Le Devin du village (1752), lequel fut cĂ©lĂ©brĂ© par le roi Louis XV. En consĂ©quence, ce dernier proposa d'offrir une bourse Ă  Jean-Jacques, mais celui-ci la refusa. Ce fut Ă  cette occasion qu'Ă©clata la premiĂšre dispute entre Rousseau et Diderot, ce dernier le pressant d'accepter l'offre du roi.

En rĂ©alitĂ©, dans le deuxiĂšme Dialogue, Rousseau Ă©numĂšre un acte de Daphnis et ChloĂ©, une seconde musique du Devin du Village, plus de cent morceaux de divers genres, six mille pages copiĂ©es de musique de harpe, de clavecin ou solo et concerto de violon, travail de copiste sur six ans, lequel lui permit de vivre. Sans oublier non plus le Dictionnaire de musique Ă©ditĂ© en 1767, approuvĂ© par Alexis Claude Clairaut (le 15 avril 1765) et trĂšs prisĂ© des musiciens europĂ©ens de l'Ă©poque, dans lequel Rousseau reprenait et actualisait, Ă  la demande de Diderot les dizaines d'articles Ă©crits pour l'EncyclopĂ©die . TrĂšs influencĂ© d'abord par les Ă©crits harmoniques de Rameau, il Ă©tait devenu trĂšs critique, depuis la Querelle des Bouffons (voir sa Lettre sur la musique française en 1752), Ă  l'Ă©gard de l'harmonie. Selon Louis Laloy (in Rameau p. 139), « Pour le citoyen de GenĂšve [i.e. Rousseau], toute musique qu'il ne saurait Ă©crire lui-mĂȘme est gothique Â».

Il décida notamment d'adapter un air à la piÚce Avril de Rémy Belleau.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

MĂ©dia:Avril.mid

Durant sa période chambérienne, il a imaginé un nouveau systÚme de transcription des notes de musique.

Un théoricien notoire

On retrouve toute cette problĂ©matique philosophique entre harmonie et mĂ©lodie dĂ©veloppĂ©e dans l'Essai sur l'origine des langues (sous-titrĂ© OĂč il est parlĂ© de la mĂ©lodie et de l'imitation musicale). Jean-Jacques Rousseau place la mĂ©lodie avant la musique, car elle permet l'humanisation du naturel en l'homme, alors qu'il dĂ©nie Ă  l'harmonie toute valeur d'Ă©motion. La mĂ©lodie n'est que la transcription des passions humaines qu'expriment par leur chant les hommes, dĂ©finis spĂ©cifiquement par leur perfectibilitĂ©, c'est-Ă -dire leur capacitĂ© Ă  Ă©voluer, Ă  acquĂ©rir et dĂ©velopper toutes leurs facultĂ© et leur imagination, en improvisant leur histoire dans une temporalitĂ© non prĂ©Ă©tablie par une quelconque harmonie plus ou moins pythagoricienne. C'est sans doute grĂące Ă  Rousseau que la musique et la chanson populaires ont continuĂ© et renouvelĂ© une tradition mĂȘlant poĂ©sie et chant qui aurait Ă©tĂ© Ă  l'origine des langues dans une improvisation qui n'est qu'une consĂ©quence du dĂ©veloppement de la perfectibilitĂ© et de l'imagination propre au paradigme de l'humain et de la mĂ©lodie.

ƒuvres

Page de garde du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes de Jean-Jacques Rousseau,
fruit d'un concours lancé par l'Académie de Dijon
Page de garde Émile ou de l'Éducation de Jean Jacques Rousseau

Pour toutes les Ɠuvres de Rousseau, l'Ă©dition de rĂ©fĂ©rence, riche en introductions, notes et variantes, est celle des ƒuvres complĂštes, 5 tomes, Paris, Gallimard, BibliothĂšque de la PlĂ©iade. Le tome I (1959) comprend les Ɠuvres autobiographiques ; le tome II (1961), la Nouvelle HĂ©loĂŻse, les piĂšces de thĂ©Ăątre, et les essais littĂ©raires ; le tome III (1964), les Ă©crits politiques ; le tome IV (1969), les ouvrages relatifs Ă  l'Ă©ducation, la morale et la botanique (Rousseau a suivi les cours de RenĂ© Desfontaines) ; le tome V (1995) les Ă©crits sur la musique, la langue et le thĂ©Ăątre, ainsi que les textes historiques et scientifiques.

Notes et références

  1. ↑ Arthur Schopenhauer, Le Fondement de la morale, trad. par A. Burdeau, Aubier-Montaigne, 1978 à la p.162
  2. ↑ Bertrand Russell, The History of Western philosophy, Paris, 1944, p. 691. Voici la traduction de cette citation : « Toute sa vie il n'a fait que ressentir, et Ă  cet Ă©gard sa sensibilitĂ© atteint des sommets allant au-delĂ  de ce que j'ai vu par ailleurs; mais cela lui donne un sentiment plus aigu de la souffrance que du plaisir. Il est comme un homme qui aurait Ă©tĂ© dĂ©pouillĂ© non seulement de ses vĂȘtements, mais de sa peau, et s'est retrouvĂ© dans cet Ă©tat pour combattre avec les Ă©lĂ©ments grossiers et tumultueux».
  3. ↑ Citation originale : This is the kindest summary of his character that is in any degree compatible with truth, Bertrand Russell, The History of Western philosophy, New York, 1945, p.691.
  4. ↑ « Gabriel Bernard, frĂšre de ma mĂšre, Â», Confessions, Livre premier, page 44, Ă©dition GF, 1968.
  5. ↑ Raymond Trousson, dans la biographie qu'il consacre Ă  Rousseau, indique que la famille Ă©tait originaire de MonthlĂ©ry, prĂšs d'Étampes, au sud de Paris. C'est l'aĂŻeul d'Isaac Rousseau, Didier Rousseau, qui laissa MonthlĂ©ry pour GenĂšve. Cf. Raymond Trousson, Jean-Jacques Rousseau. Taillandier, 2003. 850 pages. ISBN: 284734098X.
  6. ↑ Tous ces renseignements sur la petite enfance de Jean-Jacques se trouvent dans le Livre premier des Confessions.
  7. ↑ La maison est une propriĂ©tĂ© du marquis François de ConziĂ©. C'est chez lui que Rousseau va trouver une importante bibliothĂšque, avec laquelle il va se fabriquer un magasin d'idĂ©es. Rousseau reverra ConziĂ© longtemps aprĂšs le dĂ©cĂšs de Mme de Warens. Cf. GUILLERMIN C., Notice de M. de ConziĂ© des Charmettes, sur Mme de Warens et Jean-Jacques Rousseau et Bail de la propriĂ©tĂ© des Charmettes. Bulletin de la SociĂ©tĂ© savoisienne d’histoire et d’archĂ©ologie, I, 1856, p.73-90.
  8. ↑ Rousseau avoue que celle qui lui enseigna le plaisir fut Madame de Larnage (rencontrĂ©e lors de son voyage de ChambĂ©ry Ă  Montpellier). Sur ce point, voir la notice consacrĂ©e Ă  Mme de Larnage dans le Dictionnaire Jean-Jacques Rousseau, sous la direction de R. Trousson et F. Egeldinger.
  9. ↑ Il Ă©pouse ThĂ©rĂšse civilement Ă  Bourgoin-Jallieu le 30 aoĂ»t 1768.
  10. ↑ Lettre à Madame de Francueil, 1751
  11. ↑ Reproches partagĂ©s par Voltaire entre autres, lorsqu'il se posera en pĂ©dagogue dans son livre Émile et par la coterie holbachique (autour de Holbach, Grimm, Diderot etc.). Cependant, certains des amis de Rousseau, comme Madame d'Épinay (avant sa brouille avec Jean-Jacques, du fait de son amitiĂ© avec Grimm), offriront d'adopter ces enfants. Sur ce point, voir la biographie de Raymond Trousson.
  12. ↑ VoilĂ  le rĂ©cit de la mort de Rousseau tel que le fait G. Lenotre dans Vieilles maisons, vieux papiers, Perrin et cie, 1914, quatriĂšme sĂ©rie: « Le 2 juillet le cabaretier Antoine Maurice aperçut le philosophe se promenant, dĂšs cinq heures du matin, malgrĂ© la rosĂ©e ; il le vit rentrer vers sept heures, apportant du mouron cueilli pour ses oiseaux.
    Deux heures plus tard, Antoine entendit des cris provenant du pavillon qu'habitaient les Rousseau ; il y courut. Mme Rousseau appelait au secours ; son mari Ă©tait tombĂ© sur le plancher, dans la piĂšce du premier Ă©tage, et s'Ă©tait blessĂ© Ă  la tempe. Presque au mĂȘme moments, le cabaretier, M. et Mme de Girardin arrivĂšrent suivis de quelques domestiques et d'un chirurgien ; celui-ci essaya d'une saignĂ©e, mais Jean-Jacques dĂ©jĂ , ne donnait plus signe de vie Â».
    .... De l'Ă©vĂ©nement, dans le village et les environs, les versions les plus diverses circulaient. M. Rousseau, affirmaient les uns, s'Ă©tait tuĂ© d'un coup de pistolet. Payen, le maĂźtre de poste de Louvres, servait la nouvelle aux voyageurs qui relayaient chez lui. D'autres assuraient que le pauvre Jean-Jacques s'Ă©tant avisĂ© – bien aprĂšs tous les autres – des relations de Mme Rousseau avec un domestique du chĂąteau voulait quitter Ermenonville : elle s'Ă©tait refusĂ©e Ă  le suivre : alors il avait cherchĂ© dans la forĂȘt des mauvaises plantes qu'il connaissait et il les avait infusĂ©es dans son cafĂ© du matin. C'est la version adoptĂ©e par Mme de StaĂ«l, par Corencez et par Musset Pathay. On a supposĂ© pire encore Â»

    Jean-Jacques, qui au dire de Mme de StaĂ«l, avait appris le matin mĂȘme les relations de sa femme avec un homme de la domesticitĂ© de M. de Girardin, s'est-il suicidĂ© de dĂ©sespoir, a-t-il Ă©tĂ© assassinĂ© par sa femme, ou est-il mort d'apoplexie sĂ©reuse comme l'affirme le procĂšs verbal d'autopsie ?}}.(JJ Rouseau Hommage national par A. Castellant). Quant au marquis de Girardin, il niait hautement le suicide. Ce qui est certain, c'est que sa femme ThĂ©rĂšse Levasseur, ĂągĂ©e de 57 ans, devait Ă©pouser peu aprĂšs ce domestique nommĂ© Antoine Bally, ĂągĂ© de 34 ans, et dilapider avec lui les Ă©conomies de Jean-Jacques et ses droits d'auteur pour finir dans la misĂšre.
  13. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inĂ©galitĂ© parmi les hommes, Éditions Gallimard, 1965 Ă  la p.79.
  14. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.470.
  15. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p. 475.
  16. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.431.
  17. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p. 428.
  18. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p. 457.
  19. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p. 482.
  20. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 aux pp.485-486
  21. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.278.
  22. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.93.
  23. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p. 94.
  24. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.163.
  25. ↑ a et b Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.298.
  26. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.585.
  27. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Les rĂȘveries du promeneur solitaire, Éditions Flammarion, Paris, 1964 Ă  la p.46.
  28. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Éditions Flammarion, Paris, 1992 à la p.32.
  29. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Éditions Flammarion, Paris, 1992 à la p.33.
  30. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Éditions Flammarion, Paris, 1992 à la p.77.
  31. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inĂ©galitĂ© parmi les hommes, Éditions Gallimard, 1965 aux pp.94-95.
  32. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inĂ©galitĂ© parmi les hommes, Gallimard, 1965 aux pp.87.
  33. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Éditions Flammarion, Paris, 1992 aux pp.61-62.
  34. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inĂ©galitĂ© parmi les hommes, Éditions Gallimard, 1965 Ă  la p.110.
  35. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, chap. 7
  36. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.42.
  37. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.48.
  38. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 aux pp.47-48.
  39. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.52.
  40. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 aux pp.57-58.
  41. ↑ a et b Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 aux pp.76-77.
  42. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.78.
  43. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Éditions Flammarion, Paris, 1992 à la p.69.
  44. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.107.
  45. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.110.
  46. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 aux pp.112-113.
  47. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.114.
  48. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.128.
  49. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 aux pp.128-129.
  50. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.151.
  51. ↑ a et b Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.160.
  52. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.215.
  53. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.264.
  54. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 aux pp.287-288.
  55. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.291.
  56. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.322.
  57. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.433.
  58. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.439.
  59. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.440.
  60. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.225.
  61. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.305.
  62. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.277.
  63. ↑ Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.485.
  64. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Les rĂȘveries du promeneur solitaire, Éditions Flammarion, Paris, 1964 Ă  la p.79.
  65. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Les rĂȘveries du promeneur solitaire, Éditions Flammarion, Paris, 1964 Ă  la p.90.
  66. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Les rĂȘveries du promeneur solitaire, Éditions Flammarion, Paris, 1964 Ă  la p.142.
  67. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Les rĂȘveries du promeneur solitaire, Éditions Flammarion, Paris, 1964 Ă  la p.147.
  68. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.32.
  69. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.40.
  70. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inĂ©galitĂ© parmi les hommes, Éditions Gallimard, 1965 aux pp.101-102.
  71. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.372.
  72. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.376.
  73. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.377.
  74. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 aux pp.378-379.
  75. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.535.
  76. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Les rĂȘveries du promeneur solitaire, Éditions Flammarion, Paris, 1964 Ă  la p.80.
  77. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.77.
  78. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.342.
  79. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.35.
  80. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.66.
  81. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.308.
  82. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.111
  83. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Les rĂȘveries du promeneur solitaire, Éditions Flammarion, Paris, 1964 Ă  la p.129.
  84. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 aux pp.387-388.
  85. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, Garnier-Flammarion, Paris, 1966 Ă  la p.396.
  86. ↑ Voir l'Ă©dition en 20 volumes de la Correspondance GĂ©nĂ©rale (1926) par ThĂ©ophile Dufour et Pierre-Paul Plan. La lettre Ă  FranquiĂšres et la lettre Ă  Paul Moultou se trouvent au volume XIX)
  87. ↑ Sur la pensĂ©e religieuse de J.J. R. et son inspiration, on se reportera, entre autres, Ă  l'ouvrage de Henri Gouhier, les mĂ©ditations mĂ©taphysiques de Jean-Jacques Rousseau. Vrin, 1970.
  88. ↑ Jean-Jacques Rousseau, Correspondance GĂ©nĂ©rale. 20 volumes. Édition de ThĂ©ophile Dufour et Pierre-Paul Plan. Armand-Colin, 1926. ParticuliĂšrement, s'agissant de la Lettre Ă  FranquiĂšres et de la lettre Ă  Paul Moultou, voir le volume XIX.

Annexes

Ouvrages consacrés à Rousseau

  • Jean-Jacques Rousseau Ă  Venise (1743-1744) racontĂ© par lui-mĂȘme. Maurice Glomeau, Editeur - Paris - 1920.

Ouvrages généraux

Ouvrages spécialisés

  • Raymond Trousson et FrĂ©dĂ©ric S. Eigeldinger (ed.), Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau, Éditions HonorĂ© Champion, 2006.
  • FrĂ©dĂ©ric S. Eigeldinger, Études et documents sur les minora de Jean-Jacques Rousseau, Éditions HonorĂ© Champion, 2009.
  • Tanguy L'Aminot (dir), Politique et rĂ©volution chez Jean-Jacques Rousseau, Oxford, Voltaire Foundation, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 324, 1995.
  • Michel Coz, Jean-Jacques Rousseau, Paris, Vuibert studio, 1997, ISBN 978-2-7117-6218-7.
  • Michel Coz, La CĂšne et l'Autre ScĂšne : DĂ©sir et profession de foi chez Jean-Jacques Rousseau, Paris, HonorĂ© Champion, 1998, ISBN 978-2-85203-844-8.
  • Michel Coz et François Jacob, RĂȘveries sans fin : Autour des « RĂȘveries du promeneur solitaire Â», OrlĂ©ans, Paradigme, 1997, ISBN 978-2-86878-187-1.
  • Robert DerathĂ©, Jean-Jacques Rousseau et la science politique de son temps, Paris, Vrin, 2000, (ISBN 978-2-7116-0178-3).
  • Victor Goldschmidt, Anthropologie et politique, Paris, Vrin, 2000, (ISBN 978-2-7116-0311-4).
  • AndrĂ© Charrak, Raison et perception : fonder l'harmonie au XVIIIe siĂšcle, Paris, Vrin, 2002, (ISBN 978-2-7116-1498-1).
  • Bruno Bernardi, La Fabrique des concepts. Recherches sur l'invention conceptuelle chez Rousseau. Paris, Champion, 2006
  • Blaise Bachofen, La Condition de la libertĂ©. Rousseau, critique des raisons politiques. Paris, Payot, 2002. (ISBN 978-2-228-89665-8)
  • Florent GuĂ©nard, Rousseau et le travail de la convenance. Paris, Champion, 2005
  • Francis Farrugia, ArchĂ©ologie du pacte social, L'Harmattan, 1994.
  • Charles Coutel, LumiĂšres de l'Europe : Voltaire, Condorcet, Diderot, Paris, Ellipses, 1997
  • BĂ©atrice Didier, La musique des LumiĂšres : Diderot, l'EncyclopĂ©die, Rousseau, Paris, PUF, 1985
  • Jean-Luc Guichet, Rousseau, l’animal et l’homme : l’animalitĂ© dans l’horizon anthropologique des LumiĂšres, Paris, Éditions du Cerf, 2006
  • GĂ©rard Namer,
    • Le SystĂšme social de Rousseau : De l'inĂ©galitĂ© Ă©conomique Ă  l'inĂ©galitĂ© politique, L'Harmattan, 1999, (ISBN 978-2-7384-7437-7)
    • Rousseau sociologue de la connaissance : De la crĂ©ativitĂ© au machiavĂ©lisme, L'Harmattan, 2000, (ISBN 978-2-7384-7847-4)
  • FrĂ©dĂ©ric Worms, Rousseau, Emile ou de l'Ă©ducation, Livre IV, Ellipses, 2001, (ISBN 978-2-7298-0634-7).
  • Roger D. Masters, La philosophie politique de Rousseau, traduit de l’amĂ©ricain par G. Colonna d’Istria & J.-P.Guillot, Lyon, ENS Éditions, 2002, (ISBN 978-2-84788-000-7).
  • Arthur Metzler, Rousseau. La bontĂ© naturelle de l'homme. Belin, 1998.
  • Catherine Kintzler, PoĂ©tique de l'opĂ©ra français de Corneille Ă  Rousseau, Paris, Minerve, 2006, (ISBN 978-2-86931-111-4).
  • Colette Soler, L’aventure littĂ©raire, ou la psychose inspirĂ©e, Rousseau, Joyce, Pessoa, Ă©d. du Champ Lacanien, 2001.
  • GermĂĄn A. de la Reza, La invenciĂłn de la paz. De la RepĂșblica cristiana del duque de Sully a la Sociedad de naciones de SimĂłn BolĂ­var, Siglo XXI Editores, MĂ©xico, 2009, (ISBN 978-607-03-0054-7)
  • Pierre Villey, L'influence de Montaigne sur les idĂ©es pĂ©dagogiques de Locke et de Rousseau, 270 p., Hachette, Paris, 1911 ; ouvrage en ligne sur Gallica

Articles et recueils d'articles

Recueils d'articles:

  • PensĂ©e de Rousseau, (ouvrage collectif) : Robert DerathĂ©, Paul BĂ©nichou, Charles Eisenmann, Ernst Cassirer, Leo Strauss. Paris, Seuil-Points. 1984. ISBN: 2-02-006981-4. EAN: 9782020069816. 180 pages.
  • Rousseau et la philosophie, Sous la direction d'AndrĂ© Charrak et de Jean Salem, Paris, La Sorbonne, 2004, (ISBN 978-2-85944-511-9).
  • Rousseau et les sciences, Sous la direction de Bernadette Bensaude-Vincent et Bruno Bernardi, Paris, L'Harmattan, 2003, (ISBN 978-2-7475-5100-7).
  • Musique et langage chez Rousseau, Études prĂ©sentĂ©es par Claude Dauphin, Oxford, Voltaire Foundation, Studies on Voltaire and the eighteenth century 2004:08, ISSN 0435-2866.

Articles:

  • Cheyron, Henry. « Ray et Sauvages annotĂ©s par Jean-Jacques Rousseau Â». LittĂ©ratures 15 (automne 1986), 83-99.
  • Cook, A. « Jean-Jacques Rousseau et les rĂ©seaux d’échange botanique Â» in B. Bensaude-Vincent and B. Bernardi, ed. Rousseau et les sciences. Lharmattan, 2003, 93-114.
  • Cook, A. « Rousseau on the languages of music and botany Â», Studies on Voltaire and the Eighteenth Century 8 (2004): 75-87.
  • Drouin, Jean-Marc. « Rousseau lecteur de LinnĂ© Â», Bulletin d'histoire et d’épistemologie des sciences de la vie, 7 (2000) 39-57.
  • Litwin, Christophe, Dialectique et amour de soi chez Rousseau, Lectures du Second Discours, Revue Sens Public
  • Martin, Nicolas, Politique de la pitiĂ© chez Rousseau, Revue Sens Public
  • Thibaut Fleury, « Le droit des gens dans la pensĂ©e de Jean-Jacques Rousseau Â», in Annales d'histoire du droit, de philosophie du droit, de sociologie du droit et droit du procĂšs, Paris, Institut Michel Villey 2006, p. 295-335.
  • Schneebeli-Graf, R., Das ZĂŒrcher Herbar von Jean-Jacques Rousseau. ZĂŒrich: Wohnmusuem BĂ€rengasse, 1980.
  • Strauss, Leo, L'intention de Rousseau. Article traduit de l'anglais par Pierre Manent et paru dans PensĂ©e de Rousseau. Paris, Seuil. Collection Points, 1984.

Articles de Yves Citton sur les Ɠuvres de Rousseau:

  • « La preuve par l'Émile : dynamique de la fiction chez Rousseau», PoĂ©tique, No 100, novembre 1994, Paris, p. 411-425.
  • « Fabrique de l'opinion et folie de la dissidence : Le complot dans Rousseau juge de Jean Jaques Â», in Rousseau Juge de Jean-Jacques. Études sur les Dialogues, Presses de l’UniversitĂ© d’Ottawa, 1998, p. 101-114 (republiĂ© chez Champion, 2003).
  • «Rousseau et les physiocrates: la justice entre produit net et pitié», Études Jean-Jacques Rousseau, NumĂ©ro spĂ©cial “Rousseau: Ă©conomie politique”, Ă©ditĂ© par Reinhard Bach, 1999, p. 161-181.
  • «Monsieur Jaques chez l'ami des hommes : visite de Rousseau au cƓur de l'Ă©conomisme», in Jacques Berchtold & Michel Porret (Ă©d.), Rousseau visiteur, Rousseau visitĂ©. Les derniĂšres annĂ©es (1770-1778), GenĂšve, Droz, 1999, p. 53-73.
  • « LibertĂ© et fatalisme dans les Dialogues de Rousseau : Hyper-luciditĂ© politique de la folie littĂ©raire Â», MĂ©thode !, No 5, Vallongues, 2003, p. 115-124.
  • « Retour sur la misĂ©rable querelle Rousseau-Diderot: position, consĂ©quence, spectacle et sphĂšre publique Â», Recherches sur Diderot et sur l’EncyclopĂ©die, No 36 avril 2004, p. 57-95.
  • « Le chantier de la vĂ©ritĂ©. Disparation, individuation et vitesse fictionnelle chez Rousseau Â», revue Europe, No 930, spĂ©cial « Jean-Jacques Rousseau Â», octobre 2006, p. 161-176.

Biographies et fictions

Articles connexes

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes


Rousseau est l’abrĂ©viation botanique officielle de Jean-Jacques Rousseau.
Consulter la liste des abréviations d'auteur ou la liste des plantes assignées à cet auteur par l'IPNI

http://www.dicopo.org/spip.php?article86


Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Jean-Jacques Rousseau de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Jean-jacques rousseau — Pour les articles homonymes, voir Rousseau (homonymie) et Jean Jacques Rousseau (homonymie). Jean Jacques Rousseau Philosophe occidental Époque moderne 
   WikipĂ©dia en Français

  • Jean Jacques Rousseau — Pour les articles homonymes, voir Rousseau (homonymie) et Jean Jacques Rousseau (homonymie). Jean Jacques Rousseau Philosophe occidental Époque moderne 
   WikipĂ©dia en Français

  • Jean-Jacques Rousseau — Jean Jacques Rousseau, Pastell von Maurice Quentin de La Tour, 1753 Jean Jacques Rousseau (* 28. Juni 1712 in Genf; † 2. Juli 1778 in Ermenonville bei Paris) war ein Genfer Schriftsteller 
   Deutsch Wikipedia

  • Jean Jacques Rousseau — Jean Jacques Rousseau, Pastell von Maurice Quentin de La Tour, 1753 Jean Jacques Rousseau (* 28. Juni 1712 in Genf; † 2. Juli 1778 in Ermenonville bei Paris) war ein Genfer 
   Deutsch Wikipedia

  • Jean-Jacques Rousseau — (28. juni 1712 2. juli 1778), fransk filosof fra oplysningstiden. Han blev fĂždt i Geneve, Schweiz. Han flygtede tidligt hjemmefra og ernĂŠrede sig en tid som gravĂžr, musiker og komponist. Hos madame de Warens fandt han for en tid et frirum, som… 
   Danske encyklopĂŠdi

  • Jean-Jacques Rousseau — (Ginebra, Suiza, 28 de julio de 1712 Ermenonville, Francia, 2 de julio de 1778) Escritor, compositor y filĂłsofo nacido en Ginebra de habla francesa. Jean Jacques Rousseau sufriĂł mucho por su situaciĂłn familiar, de su soledad y de la incomprensiĂłn 
   Enciclopedia Universal

  • Jean-Jacques Rousseau — This article is about the philosopher. For the post impressionist painter, see Henri Rousseau. For other uses, see Rousseau (disambiguation). Jean Jacques Rousseau Rousseau in 1753, by Maurice Quentin de La Tour Born 28 June 1712 
   Wikipedia

  • Jean-Jacques Rousseau — Para otros usos de este tĂ©rmino, vĂ©ase Rousseau (desambiguaciĂłn). Jean Jacques Rousseau Jean Jacques Rousseau a la edad de 41 años, pintado al pastel por 
   Wikipedia Español

  • Jean-Jacques Rousseau — noun French philosopher and writer born in Switzerland; believed that the natural goodness of man was warped by society; ideas influenced the French Revolution (1712 1778) ‱ Syn: ↑Rousseau ‱ Derivationally related forms: ↑Rousseauan (for:… 
   Useful english dictionary

  • Jean-Jacques Rousseau — Belleza Si quitĂĄis de nuestro corazĂłn el amor de lo bello, nos quitĂĄis todo el encanto de vivir. Bondad El primer paso hacia el bien es no hacer el mal. La bondad de corazĂłn y la equidad de un hombre honesto vale cien veces mĂĄs que la amistad de… 
   Diccionario de citas


Share the article and excerpts

Direct link

 Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.