Ion Antonescu

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Ion Antonescu
Ion Antonescu
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Ion Antonescu

Mandats
Chef de l'État Roumain
5 septembre 1940 – 23 aoĂ»t 1944
Élection nomination par dĂ©cret royal du (5 septembre 1940)
RĂ©Ă©lection sans Ă©lection
PrĂ©sident du Conseil lui-mĂȘme (comme « chef de l’État national-lĂ©gionnaire Â»
En tant que vice-prĂ©sident du Conseil :
Horia Sima
Mihai Antonescu
Prédécesseur Ion Gigurtu
Successeur Constantin Sănătescu (président du Gouvernement provisoire)
Ministre de la Guerre
28 dĂ©cembre 1937 – 30 mars 1938
Prédécesseur général Constantin Ilasievici
Successeur gĂ©nĂ©ral Gheorghe Argeșanu
6 septembre 1940 – 27 janvier 1941
Prédécesseur général Constantin Nicolaescu
Successeur général Iosif Iacobici
Ministre des Affaires Ă©trangĂšres (ad-interim)
26 janvier 1941 – 1er janvier 1943
Prédécesseur le prince Mihail Sturdza
Successeur Mihai Antonescu
Biographie
Nom de naissance Ion Victor Antonescu
Date de naissance 15 juin 1882
Lieu de naissance Roumanie Pitești (Roumanie)
Date de dĂ©cĂšs 1er juin 1946 (Ă  63 ans)
Lieu de décÚs Roumanie
fusillé en prison Jilava (Roumanie)
Parti politique parti fasciste Garde de fer et le « Mouvement LĂ©gionnaire Â»
Conjoint Rachel Mendel (divorcĂ©e ?)
Maria née Niculescu, ex-Cimbru, ex-Fueller
Enfants un fils
Profession général
Religion chrétien orthodoxe
Présidents du Conseil des ministres
Chef de l'État Roumain

Ion Victor Antonescu, nĂ© Ă  Pitești en 1882, Ă©tait un militaire roumain devenu homme politique d'extrĂȘme droite. Il fut le chef du gouvernement et chef de l'État Roumain (dictateur - (ro) conducător - du Royaume de Roumanie) de 1940 Ă  1944. Il engagea son pays, aux cĂŽtĂ©s de l'Allemagne nazie, dans la Seconde Guerre mondiale. Il fut condamnĂ© Ă  mort pour crimes de guerre et exĂ©cutĂ© en 1946.

Sommaire

CarriĂšre

Ion Antonescu Ă©tait un pur militaire de carriĂšre (surnommĂ© « Le Chien Rouge Â»), issu de l'armĂ©e de terre. Il avait fait l'École de guerre. Il fit la deuxiĂšme guerre des Balkans et la PremiĂšre Guerre mondiale (oĂč la Roumanie combattait aux cĂŽtĂ©s de la France et du Royaume-Uni) en tant qu'officier. Il s'y distingua par son courage au combat et par un sens de la logistique « rare chez les Roumains, experts en dĂ©sorganisation Â» (Henri Berthelot, 1916).

Lorsque les troupes du Royaume de Roumanie occupĂšrent Budapest, il s'y distingua dans la lutte pour vaincre la RĂ©publique des conseils de Hongrie (en hongrois, MagyarorszĂĄgi TanĂĄcsköztĂĄrsasĂĄg, RĂ©publique soviĂ©tique hongroise, le rĂ©gime politique de la Hongrie du 21 mars au 6 aoĂ»t 1919)[1]. Le Lt. colonel Antonescu a Ă©tĂ© dĂ©corĂ© de la plus grande distinction roumaine de guerre, L'Ordre Michel le Brave III-Ăšme cl. (DĂ©cret royal no 5454/31 dĂ©cembre 1919).

Ion Antonescu a Ă©tĂ© successivement :

Au dĂ©but de la Seconde Guerre mondiale, le Royaume de Roumanie, gouvernĂ© par le roi pro-alliĂ©, Carol II, reste neutre mais aide la Pologne Ă  faire passer ses troupes en Égypte, territoire britannique. ConsidĂ©rĂ© comme hostile Ă  l'Axe, le pays est dĂ©pecĂ© par l'Allemagne nazie et ses alliĂ©s: l'URSS (qui annexe la Bessarabie, Bucovine du nord et le Territoire de Hertza en juin 1940, aussitĂŽt aprĂšs l'effondrement de la France, garante des frontiĂšres roumaines), la Hongrie et la Bulgarie (qui annexent respectivement la Transylvanie du nord et la Dobroudja du sud en aoĂ»t 1940). Lorsque l'Allemagne nazie attaque l'URSS, Antonescu fait le choix de l'alliance avec Hitler pour rĂ©cupĂ©rer la Bessarabie, mais cela fait, il envoie l'armĂ©e en Union soviĂ©tique jusqu'Ă  Stalingrad.

Il est arrĂȘtĂ© le 23 aoĂ»t 1944 sur ordre du roi Michel Ier et du Conseil National de la RĂ©sistance, lorsque la Roumanie, dĂ©jĂ  partiellement occupĂ©e par l'ArmĂ©e rouge depuis mars 1944, passa du cĂŽtĂ© des AlliĂ©s. Le 17 mai 1946, il est jugĂ© par le Tribunal du Peuple de Bucarest et reconnu responsable de crimes de guerre et de la mort de plus de 800 000 Roumains dont 300 000 juifs. Il fut exĂ©cutĂ© dans la prison de Jilava (1946).

Seconde Guerre mondiale

Alliance avec Hitler

Le 13 avril 1939, la France et le Royaume-Uni garantissent les frontiĂšres roumaines, et en septembre 1939, alors que la Pologne est dĂ©membrĂ©e par l'Allemagne et l'URSS, conformĂ©ment au pacte Molotov-Ribbentrop, la Roumanie accueille les troupes survivantes (environ 85 000), le gouvernement et le trĂ©sor polonais. Les 26 navires du Service maritime roumain et la flotte roumaine les transportent jusqu'Ă  Alexandrie en Égypte, oĂč les Britanniques les intĂšgrent. DĂšs l'effondrement de la France en juin 1940, Staline, soutenu par Hitler, adresse un ultimatum Ă  la Roumanie qui doit cĂ©der 40% de son territoire Ă  l'URSS, Ă  la Hongrie et Ă  la Bulgarie: la (Bessarabie, la RĂ©gion de Hertza et le Nord de la Bucovine Ă  l'Union soviĂ©tique, le Nord de la Transylvanie Ă  la Hongrie, et la Dobroudja du sud Ă  la Bulgarie). C'est la fin de la Grande Roumanie[B].

La Roumanie en août 1940 avec en rouge les territoires cédés à l'URSS, en jaune ceux cédés à la Hongrie, et en vert à la Bulgarie.
FrontiĂšres de la Roumanie entre 1941 et 1944, avec la Transnistrie Ă  l'est.

Suite Ă  cela, et au retrait chaotique et douloureux des autoritĂ©s roumaines de Bessarabie, le roi Carol II, conspuĂ© par l'opinion et se trouvant dans une situation de crise politique aiguĂ«, nomme Ion Antonescu premier ministre le 5 septembre 1940, sous la pression de Horia Sima, chef du mouvement fasciste dit Garde de fer[3]. Le lendemain de la nomination, Antonescu et son vice-prĂ©sident du Conseil Horia Sima organisĂšrent un coup d'État par lequel ils forcĂšrent le roi Carol II Ă  abdiquer et proclamĂšrent un nouveau rĂ©gime, d'inspiration fasciste, sous le nom d’« Ă‰tat national-lĂ©gionnaire Â».

Le mémoire des leaders de l'opposition Iuliu Maniu et Ion C. Brătianu à Antonescu (1942) contre le passage de Dniestr

Tant qu'il Ă©tait assignĂ© Ă  rĂ©sidence au monastĂšre de Bistrița, Antonescu Ă©tait une personnalitĂ© oubliĂ©e, sans poids politique, ni militaire. C'est la raison pour laquelle Horia Sima le choisit comme prĂ©sident du Conseil, espĂ©rant en faire un fantoche. Le stratagĂšme Ă©choua: s'emparant des pleins-pouvoirs avec l'aide de l'armĂ©e, oĂč il avait gardĂ© de nombreux appuis, Antonescu accapare tous les ministĂšres-clefs (Justice, Affaires Ă©trangĂšres, DĂ©fense), les services d'espionnage (oĂč il nomme un anti-lĂ©gionnaire: Eugen Cristescu) et ne laisse aux « LĂ©gionnaires Â» de la Garde de Fer que les ministĂšres et les fonctions secondes. La Garde de Fer s'inspirait du rĂ©gime nazi, mais n'en partageait pas tous les principes: bien qu'ils fussent xĂ©nophobes et antisĂ©mites, les « LĂ©gionnaires Â» Ă©taient aussi des intĂ©gristes chrĂ©tiens, comme les « Phalangistes Â» espagnols. Et comme ceux-ci, les « LĂ©gionnaires Â» rĂ©pugnaient Ă  mettre leur pays au service des intĂ©rĂȘts allemands. Hitler ne les considĂ©rait donc pas comme trĂšs fiables, et choisit la junte militaire d'Antonescu, qui l'assure de la participation active et totale de la Roumanie dans la guerre Ă  venir. Pour Hitler, le « Mouvement LĂ©gionnaire Â» devait surtout ĂȘtre un contre-poids, une menace permettant d'Ă©viter une Ă©ventuelle dĂ©fection d'Antonescu.

Dans un premier temps, Antonescu donna une place au pouvoir Ă  la Garde de fer, et promulgua des lois anti-juives. Il laissa les « LĂ©gionnaires Â» assassiner des intellectuels et d'anciens Ă©lus des partis dĂ©mocrates (certains, alors qu'ils Ă©taient emprisonnĂ©s) et perpĂ©trer des pogroms que Carol II avait empĂȘchĂ©. Mais, la Garde de fer ayant tentĂ© un coup d'État contre lui en janvier 1941, Antonescu interna ses membres en camps spĂ©ciaux de dĂ©tention.

Antonescu opta pour une alliance avec l'Allemagne nazie dĂ©clarant que son intention permanente et ferme Ă©tait de rĂ©cupĂ©rer les territoires cĂ©dĂ©s. Dans les faits, la Roumanie n'en devint pas moins un vassal du TroisiĂšme Reich qui y imposa ses intĂ©rĂȘts stratĂ©giques (approvisionnement en produites agricoles, en pĂ©trole Ă  partir de la rĂ©gion de Ploiești) et utilisa le territoire roumain comme base d'invasion de l'URSS. La Roumanie paya l'engagement d'Antonescu par le sacrifice de plus de 800 000 roumains : 500 000 soldats tombĂ©s dans les steppes russes, 300 000 roumains de confession juive (prĂšs de la moitiĂ© d'entre eux), 15 000 roms et d'autant d'intellectuels, rĂ©sistants et autres « indĂ©sirables Â» (« Nedoriți Â»). Ce furent lĂ  les chefs d'accusation au procĂšs d'Antonescu en 1946.

Mihai Antonescu est un homonyme sans lien de parentĂ©, mais c'Ă©tait un ami du dictateur. Il avait Ă©tĂ© l'avocat d'Ion Antonescu dans un procĂšs de bigamie. UltĂ©rieurement, il devint son meilleur collaborateur, nommĂ© vice-prĂ©sident du Conseil Ă  partir de 1941, et fut l'un des principaux responsables des affaires intĂ©rieures du rĂ©gime Antonescu. Un autre ami de jeunesse d'Ion Antonescu fut Wilhelm Filderman, qui devĂźnt prĂ©sident de la fĂ©dĂ©ration des organisations juives de Roumanie. Mais lorsque Filderman tenta de protĂ©ger ses coreligionnaires, il fut dĂ©portĂ© en Transnistrie et n'en rĂ©chappa que de justesse. Antonescu, qui dans sa jeunesse avait Ă©tĂ© officiellement fiancĂ© Ă  une demoiselle Rachel Mendel qu'il avait Ă©pousĂ© en secret, au dĂ©sespoir de sa famille et de celle de la jeune fille, qui s'Ă©taient liguĂ©es pour briser leur idylle[4] avait une attitude ambigĂŒe envers les juifs. Dans ses dĂ©clarations publiques et ses dĂ©cisions politiques, il Ă©tait clairement antisĂ©mite et il a mis en Ɠuvre la « Shoah roumaine Â»; mais d'un autre cĂŽtĂ©, il a refusĂ©mĂȘme ceux arrĂȘtĂ©s en Allemagne) aux nazis, et a permis Ă  l'organisation « Aliyah Â» dirigĂ©e, Ă  Bucarest, par Eugen Meissner et Samuel Leibovici, d'affrĂ©ter des trains Ă  travers la Bulgarie et des bateaux Ă  travers la Mer Noire, pour conduire les juifs roumains en Turquie (alors neutre) et de lĂ , en Palestine[5]. Cette ambivalence n'exprime pourtant qu'une seule option: Antonescu souhaitait « nettoyer la Roumanie de tous les juifs Â» mais en « pleine souverainetĂ© Â», sans interfĂ©rence allemande. Ce faisant, il a nettement placĂ© le pays et son armĂ©e au rang des bourreaux[6].

La guerre contre l’URSS

« Soldats, je vous l’ordonne, traversez le Prut ! Â»

Le 22 juin 1941, l'ordre du conducător Antonescu : « Soldats, je vous l'ordonne, traversez le Prut ! Â» les enjoint Ă  « la guerre sacrĂ©e, anti-communiste, juste et nationale Â».
Les troupes roumaines traversent donc le Prut et, aux cĂŽtĂ©s des Allemands, rĂ©cupĂšrent la Bessarabie puis prennent Odessa et SĂ©bastopol. Les Roumains prennent une part essentielle dans le siĂšge d'Odessa qui se termine le 14 octobre 1941 par le retrait de l'ArmĂ©e rouge. La Roumanie occupe la Podolie, territoire soviĂ©tique immĂ©diatement Ă  l'est du Dniestr, c'est-Ă -dire Ă  l'est de la Moldavie. Cette rĂ©gion, appelĂ©e par les Roumains Transnistrie est, aprĂšs la bataille d'Odessa, devient une terre de dĂ©portation pour les juifs, les roms, les rĂ©sistants et les autres « indĂ©sirables Â» roumains, oĂč l'armĂ©e se livre Ă  des massacres qui s'ajoutent au froid et aux Ă©pidĂ©mies (dysenterie, typhus) : le nombre des victimes sera estimĂ©, au procĂšs d'Ion Antonescu, Ă  400 000 dont 293 000 juifs[2].
FidĂšle Ă  ses engagements envers Hitler et l'Allemagne nazie, Antonescu envoie ses troupes bien au-delĂ  de la Bessarabie, Ă  2000 km vers l'est en Union soviĂ©tique avant de subir aux cĂŽtĂ©s des Allemands, le dĂ©sastre de la Bataille de Stalingrad en 1942. En fĂ©vrier 1943, l'armĂ©e roumaine, pour laquelle il n'existe aucun dispositif d'Ă©vacuation, est dĂ©cimĂ©e Ă  Stalingrad et doit se mettre en retraite aux cĂŽtĂ©s de son alliĂ© allemand, qui la laisse volontiers en arriĂšre-garde. Elle perd, au cours de cette seule campagne, plus de 220 000 hommes[2].
Au total, 473 000 soldats roumains ont Ă©tĂ© engagĂ©s contre l'URSS. Parmi les forces de l’Axe, il s'agit du contingent le plus fourni aprĂšs celui de l'Allemagne[2].

ConquĂ©rir la CrimĂ©e et Odessa « en passant Â»

Antonescu ordonne Ă  l'armĂ©e roumaine (le « Groupe des ArmĂ©es du GĂ©nĂ©ral Antonescu Â») de conquĂ©rir la CrimĂ©e et Odessa « en passant Â». Le 3 aoĂ»t 1941, les Corps IV et V de l'ArmĂ©e roumaine, commandĂ© par le gĂ©nĂ©ral Nicolae Ciupercă traversent le Dniestr, entre Tighina et Dubăsari (« L'Ordre OpĂ©ratif du Grand État-Major Â» no 31 du 8 aoĂ»t 1941). Le plan d'attaque Ă©laborĂ© par Antonescu en personne se rĂ©vĂšle dĂ©sastreux. Odessa est occupĂ©e par les armĂ©es roumaines alliĂ©es de l'Allemagne et souffre d'importants dommages.

Le 3 septembre 1941 le gĂ©nĂ©ral Ciupercă fait Ă  Antonescu un rapport sur la situation de ses troupes, qui, aprĂšs un mois d'attaques permanentes, sans approvisionnement, dans un terrain hostile, doit faire face aux attaques des partisans soviĂ©tiques. Ciupercă propose d'allĂ©ger le dispositif, de consolider l'intendance, de laisser la population ukrainienne s'auto-gĂ©rer partiellement et de se concentrer sur les plans d'attaque. Ion Antonescu rejette le rapport et, le 9 septembre, le gĂ©nĂ©ral Ciupercă est remplacĂ© par le gĂ©nĂ©ral Iosif Iacobici, prochain Chef du Grand État-Major (ultĂ©rieurement, le plan du gĂ©nĂ©ral Ciupercă sera adoptĂ© discrĂštement, avec succĂšs)[2].

Parmi les mĂ©thodes instituĂ©es par Antonescu pour « fouetter le moral des troupes Â», la Directive no 113 du 14 aoĂ»t 1941 (du Cabinet militaire), impose les punitions corporelles en cas de dĂ©shonneur (comme la fuite devant l'ennemi), ou de fautes graves (comme l'ordre de retrait donnĂ© par un sous-officier). Le punition peut aller jusqu'Ă  25 coups de fouet en public.

L'attentat des partisans soviétiques sur le quartier général roumain d'Odessa

Article dĂ©taillĂ© : Massacres d'Odessa .

Le 22 octobre 1941, six jours aprĂšs l'entrĂ©e des troupes roumaines Ă  Odessa, les partisans soviĂ©tiques font sauter le quartier gĂ©nĂ©ral roumain d’Odessa. Le gĂ©nĂ©ral Ion Glogojanu, commandant d'Odessa, est tuĂ©, ainsi que 16 officiers, 46 sous-officiers et soldats roumains, et 4 officiers mariniers allemands. Les soldats roumains ne parviennent pas Ă  capturer les vrais auteurs de l'attentat (aujourd'hui, les catacombes des partisans sont une attraction touristique). Le soir mĂȘme, le gĂ©nĂ©ral Antonescu personnellement, au nom du gouvernement roumain, ordonne des reprĂ©sailles implacables contre le population civile, spĂ©cialement les Juifs, parce que, conformĂ©ment Ă  sa propagande, « tous les Juifs sont communistes Â»[7],[8].

AussitĂŽt, le nouveau commandant d'Odessa, le gĂ©nĂ©ral Trestioreanu annonce qu'il va prendre des mesures pour « pendre les Juifs et les communistes Â» sur les places publiques. Durant la nuit 5 000 Juifs sont exĂ©cutĂ©s, pendus en grappes de 3-5 victimes Ă  chaque lampadaire sur les boulevards d'Odessa.

Chute d’Antonescu

Antonescu n'a jamais Ă©tĂ© Ă©lu par le peuple au suffrage universel, ni mĂȘme investi par le parlement comme son homologue français Philippe PĂ©tain. Il ne tenait sa « lĂ©gitimitĂ© Â» que d'un dĂ©cret royal, signĂ© sous la contrainte par un roi qu'il a renversĂ© le lendemain. En mars 1941 Antonescu, qui s'auto-proclame « PĂ©tain roumain Â», se fait plĂ©bisciter et obtient 2 millions de oui contre 3 360 non[9]. AprĂšs la libĂ©ration de la Bessarabie, dans un autre simulacre de plĂ©biscite, la rĂ©ussite avoisinait aussi les 99,9 %.

La popularité d'Antonescu s'effondra lorsque les deux armées roumaines, engagées sur les flancs des forces allemandes, subirent d'importantes pertes lors de la bataille de Stalingrad.

Devant l'avancĂ©e de l'ArmĂ©e rouge, qui entra en Roumanie du Nord-Est en mars 1944, Antonescu fut arrĂȘtĂ© le 23 aoĂ»t 1944 par le roi Michel Ier en personne, en accord avec le Conseil National de la RĂ©sistance et les leaders des partis politiques (dont les communistes alors libĂ©rĂ©s de prison[10]). Le lendemain, la Roumanie dĂ©clara la guerre Ă  l'Allemagne et Ă  la Hongrie, engageant 547 000 soldats roumains contre l'Axe: il s'agit du contingent le plus fourni aprĂšs ceux de l'URSS, des États-Unis et du Royaume-uni[2]. Mais les AlliĂ©s attendirent jusqu'au 12 septembre 1944 pour rĂ©pondre Ă  sa demande d'armistice, et durant cette pĂ©riode, tandis que les Roumains luttaient Ă  l'ouest contre la Wehrmacht et l'armĂ©e hongroise, Ă  l'est l'ArmĂ©e rouge se comportait toujours en ennemie et continuait Ă  faire des prisonniers, alors que les Roumains avaient l'ordre de ne pas rĂ©sister. De plus, durant ces trois semaines, la Roumanie fut bombardĂ©e alternativement par l'U.S. Air Force basĂ©e Ă  Foggia (Italie), par la Luftwaffe basĂ©e Ă  Szeged (Hongrie), et par les SoviĂ©tiques. Antonescu fut assignĂ© Ă  rĂ©sidence Ă  Bucarest jusqu'au 6 mars 1945, lorsqu'un coup d'État communiste renversa le gouvernement issu du CNR: Antonescu fut alors transfĂ©rĂ© Ă  Moscou.

AprĂšs la Seconde Guerre mondiale, il fut ramenĂ© en Roumanie et traduit devant le « Tribunal du peuple Â» de Bucarest qui le condamna Ă  mort le 17 mai 1946 pour crimes « contre la paix, contre le peuple roumain, les peuples de la Russie soviĂ©tique, les juifs, les tziganes et autres crimes de guerre Â», pour avoir provoquĂ© la mort de 500 000 militaires et civils dans la guerre et pour la dĂ©portation ou l'exĂ©cution de prĂšs de 300 000 juifs roumains ou ukrainiens et 15 000 tziganes. Il fut fusillĂ© en juin 1946, en mĂȘme temps que Mihai Antonescu, vice-prĂ©sident du Conseil du Royaume de Roumanie de 1941 Ă  1944, le gĂ©nĂ©ral de gendarmerie Constantin Z. Vasiliu, ex-sous-secrĂ©taire d'État et Gheorghe Alexianu, ex-gouverneur de Transnistrie[11],[12]. Avant le tir, il leva son chapeau en criant « Vive la Roumanie ! Â» et ses derniers mots aprĂšs le tir ont Ă©tĂ©, selon le rapport officiel de la Securitate de l'Ă©poque : « Vous ne m'avez pas tuĂ©, messieurs, tirez encore ! Â»[13].

AprĂšs la rĂ©volution de 1989, Ă  la demande du fils de l'ex-gouverneur de Transnistrie, Gheorghe Alexianu, et des cercles nationalistes, la sentence du 17 mai 1946 condamnant le groupe d'Antonescu pour « crimes contre la paix Â» a Ă©tĂ© attaquĂ©e devant la Cour d'appel de Bucarest. Le 6 dĂ©cembre 2006 la cour a estimĂ© que les documents produits par les plaignants, inconnus lors du premier procĂšs, notamment les protocoles secrets du Pacte germano-soviĂ©tique prĂ©voyant la possibilitĂ© d'une agression soviĂ©tique contre la Roumanie, justifient l'engagement d'Antonescu contre l'URSS en 1941, et que donc, le « crime contre la paix Â» n'est pas Ă©tabli, dans la mesure oĂč la Roumanie, comme la Finlande, n'aurait eu aucune raison d'attaquer l'URSS si celle-ci n'avait pas d'abord, conformĂ©ment au Pacte germano-soviĂ©tique, annexĂ© des territoires au dĂ©triment de ses voisins[14]. Pour les autres chefs d'accusation de 1946, la sentence du 17 mai 1946 a Ă©tĂ© confirmĂ©e[C],[15].

Par la suite, le Parquet attachĂ© Ă  la Haute Cour de Cassation et de Justice de Roumanie a intentĂ© un recours, et l'affaire a Ă©tĂ© rejugĂ©e. Le 6 mai 2008 la Haute Cour de Cassation et de Justice de Roumanie a rejetĂ© la demande du 6 dĂ©cembre 2006 et a confirmĂ© dĂ©finitivement la sentence du 17 mai 1946 donnĂ©e par le « Tribunal du peuple Â» de Bucarest[16].

DĂ©corations

L’idĂ©ologie d’Antonescu

« Le train de la mort Â» Iași, 27 juin 1941
Juifs tuĂ©s dans la rue, Pogrom de Iași

Antonescu est souvent l'objet d'opinions divergentes quant Ă  ses responsabilitĂ©s selon l'aphorisme du « verre Ă  moitiĂ© vide ou Ă  moitiĂ© plein Â». Paradoxalement, les cercles politiques d'extrĂȘme droite, reprĂ©sentĂ©e par des Ă©crivains comme Paul Goma ou Adrian Păunescu, ou des politiciens comme Corneliu Vadim Tudor (qui tendent Ă  justifier la xĂ©nophobie et l'antisĂ©mitisme et s'en servent dans le champ politique actuel) essaient d'exonĂ©rer Ion Antonescu de ses responsabilitĂ©s et insistent sur les crimes qu'il aurait pu commettre, mais qu'il a Ă©vitĂ©s. Face Ă  ces tentatives, l'image trĂšs nĂ©gative exprimĂ©e par la majoritĂ© des historiens dessine un dĂ©cideur qui aurait pu, comme ses homologues finlandais ou bulgares, Ă©viter bien des crimes qu'il a pourtant soit laissĂ© faire, soit ordonnĂ©s[17],[18],[19],[20],[21],[22],[23].

Dans la Roumanie comme dans des autres pays d'Europe et mĂȘme en dehors de l'Europe, le fascisme, sous diffĂ©rentes formes, a jouĂ© un rĂŽle clef dans la pĂ©riode 1930-1944, et a Ă©tĂ© au pouvoir de 1940 Ă  1944. Il a justifiĂ© la mise en place de mesures discriminatoires dĂšs 1935 et de la « dictature carliste Â» (anti-fasciste, mais dictature) en fĂ©vrier 1938. En abolissant la dĂ©mocratie et l'Ă©tat de droit, ces rĂ©gimes ont ouvert les portes d'une « bestialisation Â» de la sociĂ©tĂ©, manifestĂ©e par des pogroms, des pillages, des viols, des meurtres, des dĂ©portations et l'emploi de l'appareil d'Ă©tat et de l'armĂ©e Ă  des fins criminelles, « bestialisation Â» qui s'est poursuivie ensuite sous le rĂ©gime communiste durant prĂšs d'un demi-siĂšcle. Ce n'est pas sans raison que la dĂ©mocratie et l'Ă©tat de droit ont Ă©tĂ© si difficiles Ă  remettre en place aprĂšs 1989. Antonescu Ă©tait un dictateur mais pas un doctrinaire. Son idĂ©ologie, initialement conservatice, nationaliste et chrĂ©tienne, vire avec « l'air du temps Â» a une position pas tres loin du fascisme xĂ©nophobe et antisĂ©mite. Une xĂ©nophobie qui Ă©pargne cependant les Allemands et les magyars de Roumanie. Le 5 septembre 1940, il s'enrĂŽle dans la Garde de fer, un parti vĂ©ritablement fasciste[24]. Il considĂšre alors que sa « mission historique est de faire de l'ordre et de nettoyer le pays de tous les Ă©lĂ©ments Ă©trangers et nocifs : juifs, francs-maçons, tziganes et autres parasites qui ont corrompu le peuple roumain immaculĂ© Â». Sa rĂ©ponse d'octobre 1942 Ă  Ion C. Brătianu, leader du Parti LibĂ©ral dans l'opposition, est explicite :

« Les “youpins” ((ro) jidani[25]), avec les Anglais et les AmĂ©ricains, ont dictĂ© la paix [
] que vous avez d’acceptĂ© [
] avec cette humiliante, indigne et ignoble garantie d'accorder des droits civiques aux Juifs [
], ces cochons de Juifs qui ont sali le pays, compromis l'Ă©conomie et la puretĂ© de notre race [
]. Vous avez causĂ© la dĂ©cadence morale de la Roumanie en capitulant devant les Juifs et les francs-maçons, par instauration d'un systĂšme dĂ©mocrate-libĂ©ral, qui a accordĂ© des droits Ă©gaux Ă  tous, mĂȘme aux femmes. Â»

— [26]

Comme Hitler, Ion Antonescu considĂšre les juifs, les francs-maçons, les libres-penseurs, les suffragettes, les communistes, les slaves, le systĂšme dĂ©mocrate et libĂ©ral et le socialisme comme une « pourriture Â» qu’il faut anĂ©antir, Ă©craser, afin de « purifier et guĂ©rir la race Â» (l'ethnie considĂ©rĂ©e comme un produit biologique et non pas culturel) en l'occurrence roumaine (« limpezirea și vindecarea neamului Â»). Il dĂ©clara le 7 mars 1941 : « Messieurs, nous sommes devant la nĂ©cessitĂ© pour notre nation de profiter de ce dĂ©sastre (la guerre) pour se purifier, s'homogĂ©nĂ©iser. Nous sommes sans pitiĂ©. Je ne pense pas Ă  l'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral du genre humain, je pense Ă  l'intĂ©rĂȘt national de notre race, qui nous ordonne de cesser d'ĂȘtre tolĂ©rants avec tous ces Ă©lĂ©ments Ă©trangers qui nous ont exploitĂ©s, abĂątardis, amollis et qui nous ont fait tant de mal. Â»[27]

Antonescu ne manquait pas d'incohérences:

  • il s'affichait conservateur, strict, et attachĂ© aux valeurs chrĂ©tiennes, mais il a Ă©tĂ© en procĂšs pour bigamie car il s'est mariĂ© avec Maria nĂ©e Niculescu, ex-Cimbru, ex-Fueller sans avoir jamais divorcĂ© de Rachel Mendel-Antonescu, mĂšre de son fils unique, malgrĂ© les efforts de sa premiĂšre belle-mĂšre, Frida Cuperman;
  • il s'affichait fermement antisĂ©mite et l'a prouvĂ© par ses dĂ©cisions, mais sa premiĂšre belle-famille Ă©tait juive ainsi que son ami d'enfance Wilhelm Filderman, dont la famille, aisĂ©e, avait entretenu l'enfant Antonescu et payĂ© sa scolaritĂ©[28].

En somme Ion Antonescu apparaßt comme un opportuniste qui dans sa jeunesse a profité, à l'époque de la Roumanie social-démocrate et pluraliste, des avantages de ce temps-là, puis, ultérieurement, à l'ùge mûr, de la vague d'ultra-nationalisme et de l'antisémitisme montant dans le gouvernement et dans une partie de l'opinion, pour relancer sa carriÚre à coups d'expropriations, de déportations et d'exécutions, notamment en Bessarabie et en Transnistrie.

À l'encontre de sa politique, des citoyens roumains, avec humanitĂ© et courage, en exposant leurs vies, ont tentĂ© de rĂ©sister. Dans l’armĂ©e roumaine, la guerre Ă©tait loin de faire l’unanimitĂ© : de Juin 1941 Ă  AoĂ»t 1944, 86.000 condamnations en cour martiale seront prononcĂ©es pour refus d’obĂ©issance et/ou tentative de passage aux AlliĂ©s[2]. Comme en France, l'attaque contre l'URSS a fait sortir le P.C. de l’expectative et lui fait rejoindre l’opposition au fascisme. Une division roumaine, nommĂ©e « Tudor Vladimirescu Â», s'est constituĂ©e du cĂŽtĂ© de l'Union Sovietique: elle est l’équivalent roumain de la division Leclerc et combattit en URSS contre les nazis. « Yad Vashem Â» Ă©tant inconnu dans les pays de l'est pendant la pĂ©riode communiste (1946-1990), la plupart des « justes Â» moururent sans apprendre son existence et seuls 54 Roumains ont Ă©tĂ© honorĂ©s par l'État d'IsraĂ«l du titre de Juste parmi les nations). Joseph Goebbels rapporte dans son journal personnel : « Antonescu est au gouvernement avec l'aide des francs-maçons et des ennemis de l'Allemagne. Nos minoritĂ©s [allemandes en Transylvanie] ont la vie dure. Le Reich a fait un tel effort pour rien. Â» (19 fĂ©vrier 1941).

NĂ©anmoins, que ce soit par opportunisme ou par idĂ©ologie, la solution finale, dont le nom de code adoptĂ© par Antonescu Ă©tait « nettoyage du terrain Â» (Curățirea terenului), a Ă©tĂ© fermement mise en Ɠuvre (voir la dĂ©claration d'Antonescu dans la Conseil en 31 aoĂ»t 1942)[29] mais l'extermination des juifs en Transnistrie a Ă©tĂ© abandonnĂ©e suite au dĂ©sastre de Stalingrad.

Controverses et tentatives de réhabilitation

Jusqu'en 1942, Antonescu a permis et mĂȘme encouragĂ© l'Ă©migration des juifs vers la Palestine mandataire, avec l'argument que de cette façon le « problĂšme juif Â» serait rĂ©solu. Cette politique cessa ensuite Ă  cause du refus britannique d'accepter l'immigration en Palestine de Juifs roumains (tragĂ©die du Struma), et de la pression de plus en plus importante du gouvernement hitlĂ©rien.

En effet, contrairement Ă  un Horthy, en Hongrie, le dictateur roumain a refusĂ© de livrer une partie des Roumains juifs aux nazis, ce qui ne l’a pas empĂȘchĂ© de leur faire subir une lĂ©gislation antisĂ©mite dĂ©gradante et de faire dĂ©porter un certain nombre d’entre eux en Transnistrie. Aussi, la tendance de l'extrĂȘme-droite roumaine est de reprocher aux Juifs de ne pas ĂȘtre reconnaissants Ă  Antonescu pour leur avoir Ă©vitĂ© les camps de concentration, en perdant de vue les Juifs expropriĂ©s, dĂ©portĂ©s et massacrĂ©s sur les ordres de ce mĂȘme Antonescu (le Pogrom de Iași, les Massacres d'Odessa, etc.)

Dans la derniĂšre dĂ©cennie du rĂ©gime communiste, le nouveau Conducător Nicolae Ceaușescu, aux abois, utilisa Ă  son tour la symbolique identitaire de l'ordre national pour tenter de lĂ©gitimer son pouvoir en s'appuyant sur des personnages historiques. AprĂšs la chute de Ceaușescu, les maĂźtres d'Ɠuvre de son « national-communisme Â», Adrian Păunescu et Corneliu Vadim Tudor, se reconvertirent dans la rĂ©habilitation du Conducător antĂ©rieur, le dictateur Antonescu. Ils crĂ©ent le parti national-communiste Parti de la Grande Roumanie – (ro) Partidul RomĂąnia Mare). Ici ou lĂ , dans des villes de province, quelques maires en mal d'idĂ©ologie mirent le dictateur fasciste Ă  l'honneur Ă  la place du dictateur communiste, au moyen de quelques statues et de quelques rues du nom d'Antonescu.

Dans les mĂ©dia et l'historiographie, la rĂ©habilitation de divers aspects des rĂ©gimes politiques antĂ©rieurs qui, pour avoir Ă©tĂ© diabolisĂ©s par les communistes, n’étaient pas moins antidĂ©mocratiques et parfois criminels, ont parfois servi de bouche-trou idĂ©ologique aprĂšs l’effondrement du communisme. Les premiers signes d'une rĂ©habilitation du Conducător Antonescu se font jour avant mĂȘme la fin de l’époque communiste, qui dans ses derniĂšres annĂ©es en fait un patriote fourvoyĂ©. AprĂšs 1989, une certaine presse (par exemple le journal « RomĂąnia mare Â») le prĂ©sente comme un hĂ©ros qui, Ă  l’instar d’un PĂ©tain, a fait ce que l’on pouvait faire dans la situation de l'Ă©poque, et qui aurait Ă©tĂ© anti-fasciste parce qu’il a liquidĂ© en janvier 1941 les « vrais Â» fascistes, les « LĂ©gionnaires Â», aprĂšs avoir gouvernĂ© avec eux contraint et forcĂ© par Hitler[30].

Toute ces signes de rĂ©visionnisme ont Ă©tĂ© Ă©liminĂ©s avec sĂ©vĂ©ritĂ©, les statues Ă©rigĂ©es en hommage Ă  Antonescu ont Ă©tĂ© enlevĂ©es de la place publique et les rues de son nom dĂ©baptisĂ©es, en application de l'Ordonnance d'urgence no 31 du Gouvernement de Roumanie en date du 13 mars 2002 « concernant l'interdiction de l'organisation et symboles avec caractĂšre fasciste, raciste et xĂ©nophobe et stimulation du culte de personnes coupables d'infractions contre la paix et l'humanitĂ©[31] Â».

En 2004, le gouvernement roumain ratifie les conclusions de la Commission Internationale d'enquĂȘte sur l'Holocauste en Roumanie, nommĂ©e par Ion Iliescu, le PrĂ©sident de la Roumanie et menĂ©e par Elie Wiesel, faisant Ă©tat de la responsabilitĂ© d'Antonescu dans la mort de 280 000 Ă  380 000 juifs de Roumanie ou des territoires occupĂ©s par son armĂ©e, dĂ©portĂ©s ou assassinĂ©s[32].

Notes et références

Notes

  • A  L’Ordre Michel le Brave, au surplus de la cape blanche et du transport gratuit (I-ere cl.) par le train et par les autres moyens de l'État, confĂšre d'avantage 25 ha. de terrain cultivable et 500 mÂČ de terrain en zone urbaine[33].
  • B  La Grande Roumanie (RomĂąnia Mare) dĂ©signe le territoire du Royaume de Roumanie dans les annĂ©es sĂ©parant la PremiĂšre Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale. La Roumanie ayant perdu 1/3 des ses territoires depuis Ion Gigurtu (premier ministre entre 4 juillet - 4 septembre 1940), a dĂ©clarĂ© son adhĂ©sion loyale Ă  la politique de l'Allemagne nazie. Avec son investiture, Ion Gigurtu a dĂ©clarĂ© sa politique nazie, pro- l'Axe Berlin-Rome, antisĂ©mite et fasciste-totalitaire[34], abandonnant Ă  la latitude d'Adolf Hitler la rĂ©solution de conflit territorial parmi la Roumanie et la Hongrie au sujet de Transilvania[35],[36]. Gigurtu a dĂ©clarĂ© Ă  la radio : « la Roumanie doit faire des sacrifices territoriaux pour justifier son orientation nazie et son adhĂ©rence totale Ă  l'Axe Â»[37]. À la fin d'aoĂ»t 1940, dans une rencontre entre Gigurtu et Hitler, la Roumanie a consenti Ă  « l'arbitrage Â» d'Hitler[38],[39],[40].
  • C Le 5 dĂ©cembre 2006, la Cour d'appel de Bucarest a annulĂ© la condamnation d'Antonescu pour certains crimes contre la paix, en s'appuyant sur le fait que les conditions objectives de 1940 auraient justifiĂ© une guerre prĂ©ventive contre l'Union soviĂ©tique, si bien que l'article 3 de la Convention de 1933 dĂ©finissant ce qu'est une agression ne s'applique pas dans son cas. La cour a dĂ©clarĂ© nulles certaines dĂ©cisions du Tribunal du Peuple du 17 mai 1946 condamnant Antonescu et d'autres accusĂ©s. En consĂ©quence, Antonescu et vingt autres personnes ont Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©s non coupables de « crimes contre la paix Ă  l'encontre des peuples de la Russie soviĂ©tique Â» (texte de 1946) et non coupables Ă©galement en ce qui concerne certains « crimes de guerre rĂ©sultant de la collaboration militaire entre la Roumanie et l'Allemagne Â», sur la constatation que les Ă©lĂ©ments constitutifs de tels crimes Ă©taient absents.

La cour a estimĂ© lĂ©gitime la guerre contre l'URSS pour libĂ©rer la Bessarabie et la Bucovine du Nord dans la mesure oĂč il s'agissait d'Ă©carter une menace militaire soviĂ©tique imminente, dĂ©clarant que, vue sous cet angle, la coopĂ©ration militaire avec l'Allemagne n'Ă©tait pas illĂ©gitime. Elle a constatĂ© cependant que la Roumanie, par l'intermĂ©diaire du rĂ©gime d'Antonescu, a collaborĂ© militairement avec les pouvoirs de l'Axe mais sans traitĂ© militaire, ce qui lui laissait une autonomie relative dans ses dĂ©cisions, Ă©tablissant ainsi une responsabilitĂ© propre de la Roumanie parallĂšlement Ă  celle de l'Axe. En acceptant le 12 juin 1941 de participer dans le cadre du plan Barbarossa Ă  des opĂ©rations militaires et des conquĂȘtes territoriales, la Roumanie s'est livrĂ©e avec l'Axe Ă  une guerre d'agression contre l'Union soviĂ©tique, ce qui justifie les conclusions de la cour de 1946 qui avait condamnĂ© les 21 accusĂ©s sur ce point. La cour a fondĂ© sa dĂ©cision sur les conclusions du Tribunal de Nuremberg (1946) selon lesquelles la guerre engagĂ©e par l'Allemagne nazie Ă©tait une guerre d'agression. Dans sa rĂ©fĂ©rence aux crimes de guerre et aux crimes contre l'humanitĂ©, la cour a constatĂ© que l'existence du pacte germano-soviĂ©tique ne pouvait pas justifier de tels crimes et que par consĂ©quent la demande de rĂ©vision qui les concernait Ă©tait sans fondements.

Références

  1. ↑ Evgueni Samoïlovitch Varga - Encyclopedia Universalis
  2. ↑ a, b, c, d, e, f et g (ro) Duțu A., Dobre F., Loghin L., Armata romĂąnă Ăźn al doilea război mondial (1941-1945) - Dicționar enciclopedic, Ed. enciclopedică, 1999
  3. ↑ La Garde de fer est un groupe paramilitaire sur le modĂšle de la SS, dont le nom officiel est « Mouvement LĂ©gionnaire Â»: Horia Sima menace le roi d'attentats et d'assassinats ciblĂ©s s'il ne cĂšde pas, in : Grigore Gafenco, PrĂ©liminaires de la guerre Ă  l'Est, Paris, Egloff, 1944 ; Nicolette Frank, La Roumanie dans l’engrenage, Elsevier-Sequoia, Paris 1977 ; Florin Constantiniu, Une histoire sincĂšre du peuple roumain, Bucarest, ed. Univers Enciclopedic, 2002
  4. ↑ George Magherescu (aide de camp d'Ion Antonescu): Despre Mareșalul Ion Antonescu (biographie d'Ion Antonescu) Edit. Păunescu, Bucarest, 1991
  5. ↑ Le principal obstacle Ă  l'activitĂ© d'« Aliyah Â» ne venait pas des rĂ©gimes fascistes de Roumanie et de Bulgarie, qui en profitaient pour piller les candidats au dĂ©part, mais de l'attitude des AlliĂ©s: les britanniques refusaient les visas pour la Palestine, surtout aprĂšs avoir dĂ©clarĂ© la guerre Ă  la Roumanie en fĂ©vrier 1942, et les soviĂ©tiques torpillaient les navires de rĂ©fugiĂ©s mĂȘme lorsqu'ils Ă©taient sous pavillon neutre et mĂȘme lorsqu'ils connaissaient parfaitement leurs passagers, comme le dĂ©montre la TragĂ©die du Struma.
  6. ↑ Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, Ă©d. Gallimard, 2006, coll. « Folio Â»; Carol Iancu, La Shoah en Roumanie, Publications de l'universitĂ© de Montpellier, 2000; Radu Ioanid, La Roumanie et la Shoah, Maison des sciences de l'homme, 2003.
  7. ↑ (ro) Le Holocaust in Roumanie - La tĂ©lĂ©gramme de gĂ©nĂ©ral Iacobovici au Cabinet militaire, le 22 octobre 1941 (Holocaustul Ăźn RomĂąnia - Telegrama lui Iacobici către Cabinetul militar din 22 octombrie 1941), [1]
  8. ↑ Hilberg, Raul : La Destruction des Juifs d'Europe, tome 1, Foliohistoire, p 545, 2006
  9. ↑ Quid, Ă©dition 2000
  10. ↑ "Un jour pour se retourner: la Roumanie rejoint les AlliĂ©s", dans Le Monde du 26 aoĂ»t 1984, sur: [2]
  11. ↑ (ro) Ciucă, Marcel-Dumitru : Procesul mareșalului Antonescu, ed. Saeculum și Europa Nova, București, vol. 2 p. 211, 1995-98.
  12. ↑ (ro) Ciucă, M-D. : Procesul mareșalului Antonescu, vol. 2 p. 432-439.
  13. ↑ L'exĂ©cution de Ion Antonescu (Film)
  14. ↑ [3] voir ici
  15. ↑ (ro) L'article du quotidien Ziua [4]
  16. ↑ (ro) La Haut Cour de Cassation et Justice de Roumanie a rejetĂ© la rĂ©habilitation partielle de marĂ©chal Antonescu (Instanța Supremă a respins reabilitarea mareșalului Antonescu) – (en) Ziua on-line, no 4224, 6 mai 2008.[5]
  17. ↑ (ro) Giurescu, Dinu C. : Evreii din RomĂąnia (1939-1944), - RomĂąnia Ăźn al doilea război mondial, 1939-1947, ed. ALL
  18. ↑ (ro) Giurescu, Dinu C. : Cine poartă răspunderea? (Qui est le Responsable ?) [6]
  19. ↑ (ro) Solomovici, Teșu, Istoria Holocaustului din RomĂąnia, ed. Teșu, București, p. 45-46
  20. ↑ (ro) Duțu A., Retegan M., Război și societate, vol. 1, RAO, 2000
  21. ↑ (ro) Duțu, A., Dobre,F., Antonescu și generalii romĂąni. Un război surd și ciudat, 1999,
  22. ↑ (en)Nițu Victor, Armata romĂąnă Ăźn al Doilea Război Mondial - Marshal Ion Antonescu [7]
  23. ↑ (ro) Scafes C., Șerbănescu H., Scafes I., Andonie C., Dănilă I., Avram R., Armata romĂąnă, 1941-1945, Editura R.A.I., 1996
  24. ↑ (ro) Google Video - [8], Marea Manifestatie Legionara/6 oct. 1940
  25. ↑ Correctement, en roumain on dit Evrei (Juifs); pĂ©jorativement on dit Ovrei (petits Juifs), de façon insultante on dit Jidani (Youpins) et Jidovi (Youtres)
  26. ↑ (ro) Drăgan : Antonescu, II, no 23, p. 24, [9] Ancel, Jean : Surse arhivistice despre Holocaustul din RomĂąnia
  27. ↑ (ro) ASRI: Fondul Penal, dossier 40010, vol. 77, p. 29
  28. ↑ (ro) Willi Filderman, colegul de liceu al Maresalului ün Evreii care l-au influentat pe Antonescu (2) - Dosare ultrasecrete Ziua - 24 iunie 2006, [10].
  29. ↑ (ro) Să se publice structura orașelor pentru ca să vadă și țara cĂąt era de compromisă, și de amenințată viața economică și dezvoltarea spirituală din cauza ticăloșiei politicianiste iudeo-masonice a căror exponenți erau partidele “naționaliste” din Transilvania și Regat. Dacă voi lăsa moștenitorilor regimului aceeași situație, voi face și regimul meu părtaș la această crimă. Voi trece peste toți și peste orice greutate pentru a purifica nația de această neghină. Voi Ăźnfiera la timp pe toți acei care au venit – ultimul dl. Maniu – și vor veni să mă Ăźmpiedice a răspunde dorinței majorității imense a acestei nații
 Să se publice integral această rezoluție a mea odată cu publicarea statisticei și memoriului de față. Publicarea pĂąnă la 10 septembrie Președenția Consiliului de Miniștri - Nota din 31 august 1942 cu adnotări ale lui Antonescu – (en) [11] Ancel, Jean : Surse arhivistice despre Holocaustul din RomĂąnia
  30. ↑ (ro) Nicolas Trifon, Paul Goma et Norman Manea : « le tĂ©moignage littĂ©raire dans l’engrenage de la concurrence mĂ©morielle Â», Le Courrier des Balkans, jeudi 10 juillet 2008, [12]
  31. ↑ (ro) L'Ordonnance d'urgence no 31 Â» le 13 mars 2002 [13]
  32. ↑ (en)The report of the International Commission on the Holocaust in Romania, submitted to President Ion Iliescu in Bucharest on November 11, 2004.
  33. ↑ (ro) L'histoire de dĂ©corations (Istoricul decorațiilor) - [14]
  34. ↑ (en)NYT 5 Iulie 1940, NYT 7 Iulie 1940, NYT 30 Iulie 1940, NYT 9 August 1940
  35. ↑ (fr)Le Figaro, 6 juillet 1940 p.2
  36. ↑ (fr)Le Figaro 9 juillet 1940, p. 1
  37. ↑ (fr)Le Figaro, 9 aoĂ»t 1940 – (en) The New York Times, 9 August 1940
  38. ↑ (ro) Constantiniu, Florin : Între Hitler și Stalin; RomĂąnia și pactul Ribbentrop - Molotov, București, Danubius, 1991.
  39. ↑ (ro) Constantiniu, Florin : Hitler, Stalin și RomĂąnia - RomĂąnia și geneza “Operațiunii Barbarossa”, București, Univers Enciclopedic, 2002
  40. ↑ (fr)Le Figaro 31 aoĂ»t 1940, 1 septembre 1940, Le Figaro, 23 aoĂ»t 1940

Voir aussi

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Bibliographie

  • Florin Constantiniu, Une histoire sincĂšre du peuple roumain, 4e Ă©dition revue et augmentĂ©e, Ă©d. Univers encyclopĂ©dique, Bucarest 1997
  • Yves Durand, Le nouvel ordre europĂ©en, Paris 1990.
  • (en)Dean, Martin: Robbing the Jews - The Confiscation of Jewish Property in the Holocaust, 1935 - 1945, Cambridge University Press, 2008.

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Liens externes



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