Indochine Française

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Indochine Française

Indochine française

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Indochine française
LiĂȘn bang ĐÎng DÆ°ÆĄng

↓ 1887 â€” 1954 ↓

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Drapeau

Carte de localisation de l'Indochine française
Carte de localisation de l'Indochine française

Informations générales
 Statut FĂ©dĂ©ration de protectorats et d'une colonie
 Capitale Hanoi (1902-1953)
Saigon (1887-1901)
 Langue(s) français, vietnamien, khmer, laotien
 Religion(s) {{{religion}}}
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 Monnaie {{{monnaie}}}
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 Dom. internet {{{domaine internet}}}
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Population
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Superficie
 1945 ~ 750 000 kmÂČ
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Histoire et événements
 Octobre 1887 CrĂ©ation
 1893 Ajout du Laos
 19 juillet 1949 IndĂ©pendance du Laos
 9 novembre 1953 IndĂ©pendance du Cambodge
 1954 IndĂ©pendance du ViĂȘt Nam
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Pouvoir exécutif
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Pouvoir législatif
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Entités précédentes Entités suivantes
Annam (1887) Annam (1887)
Cambodge (1887) Cambodge (1887)
Cochinchine (1887) Cochinchine (1887)
Tonkin (1887) Tonkin (1887)
Laos (1893) Laos (1893)
(1949) Laos (1949) Laos
(1953) Cambodge (1953) Cambodge
(1954) Nord ViĂȘt-Nam (1954) Nord ViĂȘt-Nam
(1954) Sud ViĂȘt-Nam (1954) Sud ViĂȘt-Nam

L'Indochine française (ĐÎng DÆ°ÆĄng thuộc PhĂĄp) est une ancienne colonie française, crĂ©ation de l'administration coloniale, regroupant :

Souvent, on l'appelle simplement « Indochine Â», ce qui crĂ©e une confusion avec la notion gĂ©ographique d'Indochine – ou pĂ©ninsule indochinoise – qui dĂ©signe les pays situĂ©s entre l'Inde et la Chine, soit les pays sus-citĂ©s ainsi que la Birmanie, la ThaĂŻlande et une partie de la Malaisie.

Le Siam, devenu ThaĂŻlande en 1939 affichant ainsi ses revendications sur le peuplement thaĂŻ du Laos et du Nord-Ouest du Cambodge, Ă©tait un État tampon entre l'Indochine française, qui allait du Siam Ă  la mer de Chine mĂ©ridionale, et l'Indochine britannique, c'est-Ă -dire la Birmanie.

En 1939, le Siam Ă©tait l'alliĂ© du Japon dont le chemin de fer de Birmanie (du Siam Ă  l'Inde) Ă©tait prĂ©vu pour la logistique des troupes japonaises dans leur marche vers l'Inde pendant la Seconde Guerre mondiale. Le « pont de la riviĂšre KwaĂŻ Â» se trouve toujours en ThaĂŻlande.

Sommaire

Statuts

L'ex-Indochine française

La crĂ©ation de l'Indochine française, plus prĂ©cisĂ©ment Union indochinoise, remonte Ă  1887 (premiĂšre expĂ©dition de missionnaires en 1663). À l'intĂ©rieur de cette entitĂ©, le Laos (rĂ©gime mixte) et le Cambodge (protectorat, monarchie sous tutelle française) gardent leur nom, mais le ViĂȘt Nam n'existait pas en tant que tel. Trois États occupaient son territoire :

  • le Tonkin (du vietnamien ĐÎng Kinh, « capitale de l'Est Â»), rĂ©gime mixte ;
  • l'Annam (« Sud tranquille Â», l'un des noms du ViĂȘt Nam sous occupation chinoise), protectorat (monarchie sous tutelle française) ;
  • la Cochinchine (contrĂ©e nommĂ©e ainsi parce que situĂ©e sur la route maritime entre Cochin sur la cĂŽte orientale de l'Inde, et la Chine), colonie.

Population

Dans cette entitĂ©, les peuples ViĂȘt, Khmer et Lao sont majoritaires. Les minoritĂ©s (Muong, Tay, Cham, Rhade, Jarai, etc.) sont principalement prĂ©sentes dans les zones montagneuses. Les Chinois, bien prĂ©sents dans les villes, sont des commerçants trĂšs actifs. L'ensemble compte environ 12 millions d'habitants Ă  la fin du XIXe siĂšcle, puis 16,4 millions en 1913. Plus de 95% de la population est rurale, ce qui rend les dĂ©comptes et recensements difficiles.

La religion dominante est le bouddhisme, fortement influencé par le confucianisme chinois. Pendant la période coloniale, les missions catholiques, trÚs actives, ont obtenu de nombreuses conversions surtout au Tonkin. Dans la premiÚre moitié du XXe siÚcle sont apparues de nouvelles religions comme le Caodaïsme, syncrétismes de croyances occidentales et asiatiques.

La population coloniale française, en 1940 (prĂ©sence maximale), n'est que de 34 000 individus. Contrairement Ă  l'AlgĂ©rie française (1 million d'EuropĂ©ens contre 9 millions d'AlgĂ©riens en 1954), l'Indochine française ne fut une colonie de peuplement qu'au dĂ©but de la colonisation française, mais elle se transformera vite en une colonie d'exploitation Ă©conomique en raison de la prĂ©sence de plusieurs ressources naturelles qui allĂšrent enrichir la France durant les annĂ©es de son contrĂŽle sur le Laos, le Cambodge, le Tonkin, l'Annam et la Cochinchine.

Économie

Introduction

L'Indochine Ă©tait une colonie d'exploitation. Le gĂ©nĂ©ral Pasquier a affirmĂ© ainsi : « Il faut que les profits de l'Indochine reviennent aux Français Â». On y prĂ©lĂšve des impĂŽts (impĂŽt foncier, capitation, taxes locales), mais surtout, l'administration française a le monopole des commerces de l'opium, du sel et de l'alcool de riz. Ce monopole compte pour 44% dans les rentrĂ©es du budget en 1920, et 20% en 1930. Du cĂŽtĂ© financier, la banque de l'Indochine, fondĂ©e en 1875, banque privĂ©e française, contrĂŽle l'ensemble de l'Ă©conomie vietnamienne. Elle dispose du monopole de la frappe de la piastre indochinoise. L'Indochine est, derriĂšre l'AlgĂ©rie, la colonie qui reçoit le plus d'investissements français (6,7 milliards de francs-or en 1940). Au cours des annĂ©es 1930, les Français exploitaient diffĂ©rentes ressources naturelles dans les pays formant l'Indochine française. Par exemple, on trouvait au Cambodge du riz et du poivre. Le ViĂȘt-Nam (qui Ă©tait formĂ© de la Cochinchine, de l'Annam et du Tonkin), quant Ă  lui, permettait aux Français de mettre la main sur du thĂ©, du riz, du charbon, du cafĂ©, du poivre, de l'hĂ©vĂ©a, du zinc et de l'Ă©tain. Le Laos Ă©tait le seul pays de l'Indochine Ă  n'avoir aucun potentiel Ă©conomique aux yeux de la France.

Marché du caoutchouc

Au dĂ©but du XXe siĂšcle, les besoins de l'industrie automobile favorisent l'essor du caoutchouc indochinois. Une activitĂ© qui bĂ©nĂ©ficie de l'afflux de capitaux attirĂ©s par l'annonce de fabuleux bĂ©nĂ©fices. Dans l'histoire de la prĂ©sence française en Indochine, l'exploitation de l'hĂ©vĂ©a, le « bois qui pleure Â», occupe une place particuliĂšre. En effet, le caoutchouc fait figure de symbole de la rĂ©ussite coloniale, puisqu'il garantira une source de revenu pour la France. L'importance des superficies plantĂ©es, l'envol des exportations, les progrĂšs de la recherche agronomique, les dividendes rapportĂ©s tĂ©moignent des succĂšs obtenus par la culture de l'hĂ©vĂ©a dans la pĂ©ninsule indochinoise. Cette entreprise est vĂ©cue, au moins dans les premiers temps, comme une vĂ©ritable aventure par les planteurs, fiers de voir reculer une nature jugĂ©e hostile au profit d'une culture bien ordonnĂ©e et servant le progrĂšs industriel. Toutefois, il est aussi important de savoir que le caoutchouc est aussi le symbole du rejet de la domination française, exprimĂ© par les ouvriers des plantations dans les annĂ©es 1930.

Les premiĂšres grandes plantations apparaissent au dĂ©but du XXe siĂšcle. Les troncs droits Ă  l'Ă©corce grise s'Ă©lancent le long de lignes monotones dans les terres mĂ©ridionales de la pĂ©ninsule, d'abord dans les « terres grises Â» situĂ©es Ă  proximitĂ© des grands centres habitĂ©s, puis dans les « terres rouges Â», plus riches mais aussi plus lointaines, moins peuplĂ©es, exigeant plus de travail, plus de capitaux et posant le problĂšme du recrutement de la main-d'Ɠuvre. L'armĂ©e des saigneurs s'avance Ă  l'aube, incise l'Ă©corce et recueille la sĂšve de plusieurs centaines d'arbres. Le latex ainsi ramassĂ© est apportĂ© Ă  l'usine, installĂ© au cƓur de la plantation, oĂč il est mĂȘlĂ© Ă  de l'acide. La coagulation effectuĂ©e, la prĂ©cieuse substance est passĂ©e dans les laminoirs puis sĂ©chĂ©e et emballĂ©e. Ce sont les besoins croissants en caoutchouc des fabricants de bicyclettes puis de l'industrie automobile, mais surtout, l'annonce des 100 000 francs de bĂ©nĂ©fices que rĂ©alisa en 1906 Belland, le commissaire central de la SĂ»retĂ© de SaĂŻgon, lequel avait fait planter des hĂ©vĂ©as dĂšs 1898, qui fit naĂźtre des vocations. D'importantes sociĂ©tĂ©s voient alors le jour, telle la SociĂ©tĂ© des plantations des terres rouges ou la SociĂ©tĂ© des plantations d'hĂ©vĂ©as. Toutefois, une sociĂ©tĂ© de l'envergure de Michelin n'investit qu'en 1925 en Indochine.

Ceci Ă©tant dit, ce n'est que des annĂ©es 1920, ou en d'autres mots les AnnĂ©es Folles, que date le vĂ©ritable essor du caoutchouc indochinois: il faut en effet compter six Ă  sept annĂ©es entre le moment oĂč la terre est dĂ©frichĂ©e et celui oĂč les arbres produisent. Les exportations de caoutchouc de la pĂ©ninsule deviennent alors substantielles, d'autant plus que les planteurs profitent de cours mondiaux en hausse en 1925 et 1926. Dans le mĂȘme temps, on assiste Ă  l'arrivĂ©e massive de capitaux mĂ©tropolitains en Indochine, attirĂ©s par des taux de profit Ă©levĂ©s. BĂ©nĂ©ficiant de prix rĂ©munĂ©rateurs et de capitaux croissants, les planteurs multiplient les surfaces consacrĂ©es Ă  la culture de l'hĂ©vĂ©a. Cependant, le marchĂ© mondial connaĂźt des fluctuations brutales avec les dĂ©buts de la crise et l'effondrement de la demande des plus gros consommateurs mondiaux, les États-Unis en particulier. À partir de 1930, le cours du caoutchouc descend en dessous de celui de 1922, et le gouvernement gĂ©nĂ©ral de l'Indochine est appelĂ© Ă  l'aide. Les autoritĂ©s accordent des primes, des prĂȘts, veillent Ă  ce que la rĂ©glementation internationale mise en Ɠuvre Ă  partir de 1934 ne lĂšse pas les intĂ©rĂȘts des sociĂ©tĂ©s françaises. La Banque d'Indochine intervient, elle, en accordant des avances et en se rendant parfois maĂźtresse des plantations.

Finalement, passĂ© le cap des turbulences de la crise du krach boursier de 1929 qui avait commencĂ© aux États-Unis, la culture de l'hĂ©vĂ©a en Indochine prend un nouvel essor, au prix d'une concentration accrue des sociĂ©tĂ©s. Les planteurs ne misent plus tant sur des cours exceptionnels que sur une production massive, permise par la mise en saignĂ©e des surfaces plantĂ©es avant la crise mais aussi par l'amĂ©lioration des rendements. En 1939, l'Indochine exporte huit fois plus de caoutchouc qu'une quinzaine d'annĂ©es auparavant; cela reprĂ©sente plus du quart de la valeur des exportations totales de la pĂ©ninsule, contre moins de 5% en 1924. À partir de 1941, les troubles entraĂźnĂ©s par l'invasion japonaise (1940) puis la guerre d'Indochine perturbent production et exportation. Toutefois, il n'est pas mis un terme Ă  l'activitĂ© des plantations. Celle-ci se maintient jusque dans les annĂ©es 1970. Entre-temps, l'avenir du caoutchouc naturel semble compromis par un recours croissant au caoutchouc « rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© Â» fabriquĂ© soit Ă  partir d'articles de rĂ©cupĂ©ration, soit de façon synthĂ©tique. Ces procĂ©dĂ©s sont employĂ©s par les États-Unis lors du conflit mondial puis des guerres d'indĂ©pendance en Asie. Cependant, les AmĂ©ricains veillent, pĂ©riode de la Guerre froide oblige, Ă  ne pas bouleverser les Ă©conomies du Sud-Est asiatique et continuent donc Ă  s'approvisionner en caoutchouc de plantation. DĂšs 1962, le caoutchouc synthĂ©tique rejoint le caoutchouc naturel dans la consommation mondiale. Aujourd'hui les deux types apparaissent comme des produits plus complĂ©mentaires que concurrentiels.

Condition de vie des travailleurs de la culture d'hévéa

Durant la colonisation de l'Indochine, les Français s'y rendaient surtout pour l'exploitation de l'hĂ©vĂ©a qui permettait de produire des caoutchoucs. De toute Ă©vidence, les colonisateurs français faisaient toujours appel Ă  des travailleurs vietnamiens, puisque l'hĂ©vĂ©a se trouvait au ViĂȘt-Nam, ou plutĂŽt en Cochinchine si les divisions coloniales sont prises en considĂ©ration. En 1932, AndrĂ©e Viollis (1879-1950), une journaliste fĂ©ministe française travaillant au quotidien Petit Parisien accompagna Paul Reynaud, ministre des Colonies, en Indochine. À son retour, elle publia Quelques notes sur l'Indochine dans la revue Esprit, puis, chez la maison d'Ă©dition Gallimard, en 1935, son livre Indochine SOS. Elle y dĂ©nonce les mĂ©thodes de la colonisation française :

« Vous pouvez me croire, dit-il. J'ai vĂ©cu, moi comme employĂ© des plantations. À KratiĂ©, lĂ -bas, au Cambodge, Ă  Thudaumot, Ă  Phu-Quoc
 J'ai vu ces malheureux paysans du Tonkin, si sobres, si vaillants, arriver joyeux sous la conduite de leurs bandits de cais, avec l'espoir de manger Ă  leur faim, de rapporter quelques sous dans leurs villages. Au bout de trois ou quatre ans, ce ne sont plus que des loques : la malaria, le bĂ©ribĂ©ri ! Ils essaient de marcher sur leurs jambes enflĂ©es d'ƓdĂšmes, rongĂ©es, traversĂ©es par une espĂšce de sale insecte, le san-quang; le rendement diminue-t-il avec leurs forces ou protestent-ils contre trop de misĂšre ? Les cais les attachent Ă  des troncs d'arbres, des piloris, oĂč ils restent tout le jour Ă  jeun, aprĂšs avoir fait connaissance des rotins des cadouilles, qui font saigner la peau flasque de leurs pauvres carcasses.
« Le matin, Ă  l'aube, quand la fatigue les tient collĂ©s Ă  leur bat-flanc, oĂč ils ont essayĂ© de dormir malgrĂ© les moustiques qui tuent, on vient les chasser des taniĂšres oĂč ils sont entassĂ©s, comme on ne chasse pas des troupeaux de l'Ă©table.
« Ă€ midi comme au soir, quand on leur distribue leur ration de riz souvent allĂ©gĂ©e d'une centaine de grammes, ils doivent d'abord prĂ©parer le repas des cais et, la derniĂšre bouchĂ©e avalĂ©e, se remettre Ă  la corvĂ©e, mĂȘme couverts de plaies Ă  mouches, mĂȘme grelottants de fiĂšvre. Tout cela pour 1 fr. 20 Ă  2 francs par jour qu'ils ne touchent jamais entiĂšrement Ă  cause des retenues, des amendes, des achats. [
] Leur correspondance est lue, traduite et souvent supprimĂ©e. Peu de nouvelles de leurs familles. La plupart ne la revoient jamais ou, s'ils regagnent leur village, ce sont de vĂ©ritables Ă©paves, sans argent et sans forces, qui reviennent pour mourir; mais auparavant, ils sĂšment autour d'eux des germes de maladie, de rĂ©volte, de haine
 C'est comme ça qu'on prĂ©pare les rĂ©volutions. Â»

(Andrée Viollis, Indochine SOS, nouvelle édition, Les éditeurs français réunis, 1949, p. 115-116)

Histoire

Les premiers missionnaires catholiques de nationalitĂ©s portugaise, espagnole, italienne et française mirent le pied en Indochine au XVIIe siĂšcle. Ce sont en grande partie des JĂ©suites, comme Alexandre de Rhodes, qui Ă©rigea la base des transcriptions en alphabet latin de l'Ă©criture vietnamienne (voir QuĂŽc ngu). Contrairement Ă  ce que l'on pense souvent, ce ne sont pas les colonisateurs français qui ont forcĂ© les Vietnamiens Ă  adopter l'alphabet latin au dĂ©triment de l'ancien systĂšme d'Ă©criture qui Ă©tait fondĂ© sur les idĂ©ogrammes chinois, comme en CorĂ©e et au Japon. Les lettrĂ©s de la cour de HuĂ© (ou celles antĂ©rieures) qui se prĂ©sentaient au concours triennal pour ĂȘtre mandarins, Ă©taient des Ă©rudits et Ă©crivaient en caractĂšres chinois. De fait, l'Empire du Milieu a occupĂ© son vassal du sud-est pendant plus de 1000 ans, et imposĂ© culture et coutumes chinois. C'est pourquoi lorsque dans les annĂ©es 1620, le pĂšre Alexandre de Rhodes mit au point une Ă©criture vietnamienne fondĂ©e sur l'alphabet latin, les Vietnamiens y virent non seulement une considĂ©rable simplification de l'Ă©criture, mais surtout un moyen de s'Ă©manciper de la tutelle culturelle chinoise. Toutefois, l'enseignement du han-ngu, le systĂšme d'idĂ©ogrammes chinois, continue dans les Ă©coles. L'intellectuel vietnamien est profondĂ©ment imprĂ©gnĂ© de la culture confucĂ©enne, du taoĂŻsme, etc. TĂ©moins ces banniĂšres rouges portant des maximes en caractĂšres chinois en jaune fleurissent partout, sur tous les frontons des pagodes, sur l'autel des ancĂȘtres, dans toutes les cĂ©rĂ©monies officielles ou non. Par ailleurs, le pĂšre A. de Rhodes avait fait la mĂȘme tentative de transcription du chinois, mais peu de Chinois l'ont adoptĂ©e. MalgrĂ© les rĂ©ticences d'intellectuels qui percevaient l'alphabet latin comme le signe d'une nouvelle tutelle, il s'imposa peu Ă  peu, grĂące Ă  quoi le taux d'alphabĂ©tisme s'Ă©lĂšva lentement mais sĂ»rement. Au XIXe siĂšcle, Ă  la veille de la conquĂȘte française, le ViĂȘt Nam est un empire, dirigĂ© par la dynastie des Nguyễn et s'Ă©tendait du Nord au Sud de la pĂ©ninsule indochinoise, sur sa cĂŽte orientale, du delta du Fleuve Rouge jusqu'Ă  celui du MĂ©kong. Il est bordĂ©, Ă  l'ouest, par le Laos, morcelĂ© en principautĂ©s, et, au sud-ouest, par le royaume khmer, hindouisĂ©, qui Ă©tait entrĂ© dans une pĂ©riode de dĂ©cadence.

Chronologie de la conquĂȘte

RĂ©gions indochinoises sous domination française ou anglaise, avec dates. Pour la partie française : Cochinchine (1864) ; Cambodge (1867, 1907) ; Annam (1874) ; Tonkin (1884) ; Laos (1893).
Expansion territoriale française et anglaise en indochine

DĂ©but 17e siĂšcle : ArrivĂ©e des missionnaires catholiques.
1858 : PremiĂšre intervention des Français et ConquĂȘte de la Cochinchine.
5 juin 1862 : TraitĂ© avec le ViĂȘt-Nam. La France se fait remettre plusieurs provinces qui constitueront la Cochinchine.
1863 : Le Cambodge est placĂ© sous protectorat français.
1881-1883 : Guerre franco-chinoise.
1884 : L'Annam est placĂ© sous protectorat français
1887 : RĂ©gion baptisĂ©e "Union indochinoise".
1887-1893 : Lutte entre Français et ThaĂŻlandais, puis le Laos est placĂ© sous protectorat français.
1896 : Fin de la conquĂȘte, d'un point de vue militaire.
1907 Le Cambodge rĂ©cupĂšre au Siam les provinces de Battambang et Siem Reap : frontiĂšres dĂ©finitives de l'Indochine françaises.

ConquĂȘte

Les premiĂšres interventions françaises remontent Ă  1858, Ă  l'Ă©poque du Second Empire (1852-1871) avec comme prĂ©texte la protection des missionnaires (des communautĂ©s chrĂ©tiennes y avaient Ă©tĂ© fondĂ©es dĂšs le XVIIe siĂšcle), mais il ne faut point oublier que dans la troupe d'invasion se trouvaient un trĂšs grand nombre de soldats espagnols. La premiĂšre intervention fut la prise de Tourane (Danang) et celle de Saigon. Toutefois, les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques français (thĂ©, cafĂ©, charbon, caoutchouc) se trouvaient au centre de la conquĂȘte de l'Indochine, car les membres de la Chambre de commerce de Marseille avaient affirmĂ© leur intention de "faire de SaĂŻgon un Singapour", une ville qui Ă©tait une colonie britannique Ă  cette Ă©poque. Dans les milieux d'affaires, liĂ©s aux rĂ©publicains opportunistes, de LĂ©on Gambetta Ă  Jules Ferry, pour qui la colonisation devait permettre de rĂ©soudre la crise des dĂ©bouchĂ©s industriels, le Tonkin semblait ĂȘtre un tremplin vers l'immense marchĂ© chinois. En effet, des nĂ©gociants comme Jean Dupuis, des soyeux de Lyon comme Ulysse Pila, de grands groupes industriels et financiers (Fives-Lille, sociĂ©tĂ© des Batignolles, Comptoir national d'escompte, SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale, CrĂ©dit lyonnais, Paribas) souhaitaient se tailler une sphĂšre d'influence en Chine. Peu Ă  peu, l'armĂ©e française prit progressivement possession des pays de la pĂ©ninsule indochinoise qu'ils baptisĂšrent en 1887, sous la IIIe RĂ©publique (1875-1940), "Union indochinoise". Cette union comprenait cinq pays, en partie des crĂ©ations coloniales: le Cambodge, le Laos (Ă  partir de 1893), la Cochinchine, l'Annam et le Tonkin. Alors qu'elle fut une colonie de peuplement dĂšs le dĂ©but, la colonisation de l'Indochine par la France devint trĂšs rapidement une colonie d'exploitation de nature Ă©conomique. De septembre 1881 Ă  juin 1885 eu lieu la guerre franco-chinoise.

En raison de certaines difficultĂ©s, les troupes françaises procĂ©dĂšrent Ă  une Ă©vacuation en mars 1885 Ă  Lang Son. Dans un article du pĂ©riodique L'Histoire paru en octobre 1996 (no 203), Jean-Michel Gaillard, un agrĂ©gĂ© d'histoire, Ă©crit que, pendant ce temps Ă  Paris, en pleine nuit, le 28 mars 1885, Jules Ferry, qui Ă©tait prĂ©sident du Conseil depuis le 21 fĂ©vrier 1883 et ministre des Affaires Ă©trangĂšres depuis le 20 novembre 1883, reçut un appel de Gabriel Hanotaux, homme de confiance de Ferry et membre de son cabinet en charge des dossiers extĂ©rieurs, qui lui donnait la teneur d'une dĂ©pĂȘche venant de HanoĂŻ. Gaillard ajoute aussi dans sa chronique qu'il Ă©tait possible de lire dans cette dĂ©pĂȘche, qui fut signĂ©e par le gĂ©nĂ©ral commandant les forces françaises en Indochine BriĂšre de l'Isle, ce message : "Je vous annonce avec douleur que le gĂ©nĂ©ral de NĂ©grier, griĂšvement blessĂ©, a Ă©tĂ© contraint d'Ă©vacuer Lang Son. Les Chinois, dĂ©bouchant par grandes masses sur trois colonnes, ont attaquĂ© avec impĂ©tuositĂ© nos positions en avant de Ki Lua. Le colonel Herbinger, devant cette grande supĂ©rioritĂ© numĂ©rique et ayant Ă©puisĂ© ses munitions, m'informe qu'il est obligĂ© de rĂ©trograder sur Dong Song et Than MoĂŻ. [
] L'ennemi grossit toujours sur le Song KoĂŻ [fleuve Rouge]. Quoi qu'il arrive, j'espĂšre pouvoir dĂ©fendre tout le delta. Je demande au gouvernement de m'envoyer le plus tĂŽt possible de nouveaux renforts."[1]

En se rendant sur-le-champ au Quai d'Orsay, le lieu de rĂ©sidence de Jules Ferry, il pĂ©nĂ©tra dans les appartements de celui-ci et lui dĂ©livra le contenu de la dĂ©pĂȘche. Pour Jules Ferry, cet Ă©vĂ©nement annonçait la chute du cabinet, car il indiqua Ă  Gabriel Hanotaux qu'ils n'avaient plus qu'Ă  porter la dĂ©mission au prĂ©sident de la RĂ©publique française. Le 29 mars au matin, tout Paris bruit du "dĂ©sastre de Lang Son". On parla de 1800 soldats français tuĂ©s, blessĂ©s ou prisonniers. On dit l'armĂ©e française en dĂ©route. On Ă©voqua des hordes chinoises dĂ©ferlant sur le Tonkin. Pour beaucoup, c'Ă©tait Sedan outre-mer. L'humiliation qu'aurait constituĂ©e une telle dĂ©faite Ă©tait Ă  la mesure de l'enjeu que reprĂ©sentait le Tonkin (Nord du Vietnam) et de la façon dont le cabinet Ferry en avait gĂ©rĂ© la conquĂȘte. Depuis une dĂ©cennie, forte de ses positions en Cochinchine (Sud du Vietnam) et au Cambodge, la France tenait Ă  mettre la main sur le Tonkin, car cette zone du delta du fleuve Rouge commandait l'accĂšs au Yunnan et Ă  la Chine du Sud. De plus, les richesses agricoles et miniĂšres du Tonkin tentaient les milieux d'affaires. L'accĂšs au marchĂ© chinois, que les Britanniques voulaient atteindre en reliant la Birmanie au Yunnan, devint une prioritĂ©. Évidemment, pour les missionnaires catholiques, la conquĂȘte du Tonkin reprĂ©sentait pour eux un moyen pour protĂ©ger les minoritĂ©s chrĂ©tiennes du ViĂȘt Nam qui Ă©taient persĂ©cutĂ©es. Tout poussa donc Ă  envahir le Tonkin, comme LĂ©on Gambetta (1838-1882) y invitait dĂ©jĂ  en 1880 dans son journal, La RĂ©publique française: "Il faudra [
] que la France s'Ă©tablisse au Tonkin afin de mettre la main sur l'Annam, sur le royaume de Siam et sur la Birmanie, et d'avoir ainsi barre sur les Indes et d'aider la civilisation europĂ©enne contre la race jaune."

DĂšs lors, les crĂ©dits de la Chambre ne manquĂšrent pas pour mener Ă  bien l'opĂ©ration. La France, sortie du recueillement qui avait suivi la dĂ©faite de 1870, Ă©tait dĂ©jĂ  lancĂ©e, comme les autres nations europĂ©ennes, dans une grande aventure outre-mer, en Afrique et en Asie. Lorsque Jules Ferry revint au pouvoir en fĂ©vrier 1883, la dĂ©cision d'asseoir le contrĂŽle de la France sur le Tonkin fut prise, au risque d'un affrontement avec la Chine. De fait, de novembre 1883 Ă  mai 1884, Français et Chinois se battirent. Le 11 mai 1884, le traitĂ© de Tianjin entĂ©rina la victoire française : la Chine retira ses troupes, reconnĂ»t le protectorat français et ouvrit ses frontiĂšres au commerce. Ferry avait fait du Tonkin son affaire. Il avait menĂ© la conquĂȘte Ă  coups de diplomatie secrĂšte, de raids militaires, de dĂ©bats parlementaires pour arracher les crĂ©dits nĂ©cessaires. Pour lui, c'Ă©tait un triomphe qui serait de courte durĂ©e. La Chine rechigna Ă  suivre le traitĂ© de Tianjin et Ă  retirer ses troupes. Par consĂ©quent, cela obligea Jules Ferry Ă  poursuivre la guerre, la nĂ©gociation secrĂšte, envoyant toujours plus de soldats, consommant toujours plus d'argent. Au dĂ©but de l'annĂ©e 1885, la presse s'inquiĂ©ta et la majoritĂ© s'interrogea, l'une et l'autre ne sachant pas ce qui se passait vraiment sur le terrain.

Ferry dĂ©cida de conduire sa politique en solitaire. Il choisit de conquĂ©rir Lang Son (poste-clĂ© situĂ© prĂšs de la frontiĂšre chinoise, qui commandait l'accĂšs au delta du fleuve Rouge et donc la sĂ©curitĂ© du Tonkin contre les incursions chinoises qui Ă©taient toujours venues de lĂ ), et de s'approcher des frontiĂšres chinoises pour forcer la Chine Ă  cĂ©der enfin. Ce fut chose faite fin fĂ©vrier 1885. Fort de ses succĂšs militaires, Ferry nĂ©gocia en secret avec les Chinois, Ă  Berlin, puis Ă  Londres et Ă  Paris. Les concessions de la Chine allaient au-delĂ  du traitĂ© de Tianjin. La France mit la main sur l'Annam ; routes, canaux, voies ferrĂ©s du Tonkin furent prolongĂ©s en Chine : le rĂȘve du Tonkinois" fut rĂ©alisĂ©. L'accord secret d'armistice fut conclu le 25 mars. Le gouvernement chinois signa officiellement le 30. Tout ceci fut ignorĂ© par la Chambre, la presse, l'opinion publique qui n'avaient pas idĂ©e de ce qui s'Ă©tait passĂ© en coulisses, comme le disait Jean-Michel Gaillard dans une chronique publiĂ©e dans le magazine L'Histoire intitulĂ©e Le dĂ©sastre de Lang Son.

Quand la nouvelle du "dĂ©sastre de Lang Son" fit le tour de Paris, Ferry joua sa survie politique. Hanotaux le pressa de dire la vĂ©ritĂ©. Mais le prĂ©sident du Conseil craignit, s'il annonçait la signature du traitĂ© avant sa ratification prĂ©vue le 30 mars, de voir "la Chine reprendre ses manƓuvres dilatoires". Le 29 mars au soir, le cabinet tient conseil : on allait demander de nouveaux crĂ©dits militaires Ă  la Chambre. La journĂ©e du 30 mars serait donc dĂ©cisive. Jules Ferry dut intervenir devant les dĂ©putĂ©s Ă  15 heures. Il savait dĂ©jĂ  que la dĂ©pĂȘche du 28 mars Ă©tait exagĂ©rĂ©e. Des nouvelles rassurantes arrivĂšrent de HanoĂŻ : la situation militaire au Tonkin Ă©tait loin d'ĂȘtre aussi mauvaise qu'on l'avait cru. Toutefois, la ville de Paris fut trĂšs agitĂ©e. Les gens s'arrachĂšrent les journaux, la foule gronda, des tramways furet arrĂȘtĂ©s, des affiches placardĂ©es sur les murs : "Mort Ă  Ferry ! À bas Ferry, le lĂąche !" Trois mille personnes se rassemblĂšrent en dĂ©but d'aprĂšs-midi aux abords du Palais-Bourbon et au Quai d'Orsay. À la Bourse, les valeurs chutĂšrent. À 15 heures. Ferry gravit les marches qui le menaient Ă  la tribune de l'hĂ©micycle. DĂšs qu'il se mit Ă  parler, les clameurs cessĂšrent. Il rassura sur la situation militaire, demanda un nouveau crĂ©dit de deux cents millions pour "la guerre de Chine" et annonça : "Pour ne mĂȘler Ă  un dĂ©bat, qui doit demeurer exclusivement patriotique et national [
] aucune considĂ©ration d'ordre secondaire pour rĂ©unir dans un effort commun tous ceux qui, sur quelque banc qu'ils siĂšgent et Ă  quelque opinion qu'ils appartiennent, font passer avant toute chose la grandeur du pays et l'honneur du drapeau, nous vous dĂ©clarons que nous considĂ©rons nullement le vote des crĂ©dits comme un vote de confiance [
] et que, si la politique Ă©nergique Ă  laquelle nous vous convions est agrĂ©Ă©e par vous, en principe, vous pourrez dĂ©terminer librement par un vote ultĂ©rieur Ă  quelles mains vous entendez en confier l'exĂ©cution."

Lorsque le discours de Jules Ferry toucha Ă  sa fin, les huĂ©es redoublĂšrent. Georges Clemenceau (1841-1929), un irrĂ©ductible ennemi politique de Jules Ferry, bondit de son banc de dĂ©putĂ© et commença un rĂ©quisitoire contre Ferry : "Je ne viens pas rĂ©pondre Ă  M. le prĂ©sident du Conseil. J'estime qu'Ă  l'heure prĂ©sente aucun dĂ©bat ne peut s'engager entre le ministĂšre Ă  la tĂȘte duquel il est placĂ© et un membre rĂ©publicain de cette Chambre. Oui, tout dĂ©bat est fini entre nous. Nous ne pouvons plus discuter avec vous des grands intĂ©rĂȘts de la patrie. Nous ne vous connaissons plus. Nous ne voulons plus vous connaĂźtre. [
] Ce n'est pas un ministre que j'ai devant moi, ce sont des accusĂ©s. Ce sont des accusĂ©s de haute trahison sur lesquels, s'il subsiste en France un principe de responsabilitĂ© et de justice, la main de la loi ne tardera pas Ă  s'abattre."

La Chambre n'accorda donc les crĂ©dits militaires qu'aprĂšs le dĂ©part du ministĂšre Ferry. Par 306 voix contre 149, il fut mis en minoritĂ©. La majoritĂ© qui avait soutenu Jules Ferry depuis plus de deux ans l'avait abandonnĂ©. Ferry prit briĂšvement la parole, annonça qu'il allait remettre sa dĂ©mission. Pris Ă  partie par les dĂ©putĂ©s, tandis qu'au dehors la foule grondait, il traversa le jardin du Palais-Bourbon pour Ă©chapper Ă  la vindicte, pĂ©nĂ©tra dans la cour du Quai d'Orsay, monta dans sa voiture et gagna l'ÉlysĂ©e par le pont Alexandre-III. Le prĂ©sident de la RĂ©publique française, Jules GrĂ©vy (1807-1891), accepta la dĂ©mission de Jules Ferry.

À la nouvelle de la dĂ©mission de Jules Ferry, les Parisiens s'enflammĂšrent de joie. Par exemple, la foule hurla : « Ă€ bas Ferry! Vive la France! À mort Ferry! Â» Lorsque Georges Clemenceau sortit du Palais-Bourbon, il fut longuement acclamĂ©. Au lendemain de cette journĂ©e, le quotidien Le Figaro Ă©crivit: « C'est sous les huĂ©es, Ă  coups de pied au derriĂšre, avec le mĂ©pris de sa propre majoritĂ© que M. Jules Ferry s'est effondrĂ© piteusement, misĂ©rablement, sans lutte, sans dĂ©bat, comme une vessie qui se dĂ©gonfle. Â» Pourtant, au moment oĂč paraissaient ces lignes, la vĂ©ritĂ© Ă©clata : un tĂ©lĂ©gramme diplomatique venu de PĂ©kin confirma l'accord de la Chine sur le traitĂ© d'armistice conclu le 25 mars 1885; un autre de HanoĂŻ rĂ©duisit la « dĂ©faite de Lang Son Â» Ă  de plus justes proportions: « Ă‰vacuation Lang Son et surtout prĂ©cipitation retraite dues Ă  faiblesse de commandement, tout cela aprĂšs rĂ©ussite contre-attaque sans pertes sensibles; en somme situation non compromise Â» (avec 1200 morts, les Chinois s'Ă©taient repliĂ©s sur la frontiĂšre, et les Français avaient eu 5 morts et 37 blessĂ©s malgrĂ© la violence des combats). Curieuse ironie de l'histoire. Ferry avait Ă©tĂ© victime de sa diplomatie secrĂšte (rĂ©ussie, mais un jour trop tard), et de l'incurie des chefs militaires qui avaient mal manƓuvrĂ© sur le terrain, et gonflĂ© le rĂ©cit de l'attaque chinoise pour expliquer leur retrait.

Instauration des divisions administratives françaises sur l'Indochine

Le 6 avril 1885 s'installe un nouveau ministĂšre rĂ©publicain dirigĂ© par Henri Brisson (avril-dĂ©cembre 1885), dĂ©putĂ© radical depuis 1876. En peu de jours, le calme est revenu Ă  Paris. Le protectorat français sur toute l'Indochine est acquis, les prĂ©liminaires de la paix avec la Chine ayant Ă©tĂ© conclus le 4 avril de cette annĂ©e. Le 9 juin, le nouveau traitĂ© de Tianjin est signĂ©, la France finit par mettre la main sur le Tonkin. MalgrĂ© le mauvais souvenir de ces ides de mars qui ont causĂ© sa mort politique, Jules Ferry, qui a voulu cette conquĂȘte, en a toujours revendiquĂ© la paternitĂ©. Cinq ans plus tard, les passions apaisĂ©es, il est redevenu « le Tonkinois Â», mais dans un tout autre sens que celui qui prĂ©valait en 1885. Il vient d'ĂȘtre choisi par les Français du Tonkin comme leur dĂ©lĂ©guĂ© au Conseil supĂ©rieur des colonies (AssemblĂ©e consultative des intĂ©rĂȘts coloniaux qui groupe des reprĂ©sentants dĂ©signĂ©s par les Français d'outre-mer). Au mĂȘme moment, il prĂ©face le livre de LĂ©on Sentupery, Le Tonkin et la mĂšre patrie, et termine son texte en affirmant porter « fiĂšrement le titre de Tonkinois dont les mĂ©chants et les sots croient faire outrage Â».

Deux ans plus tard, l'Indochine est devenue un sujet de consensus. Le 20 janvier 1892, il Ă©crit aux colons dont il est le reprĂ©sentant, aprĂšs le vote des crĂ©dits par la Chambre: « Il n'est pas besoin d'insister, j'imagine, sur la portĂ©e politique et financiĂšre de ces fermes rĂ©solutions. Mais il faut noter, comme la rĂ©vĂ©lation d'un Ă©tat d'esprit assurĂ©ment nouveau, la facilitĂ© inattendue avec laquelle ces mesures nĂ©cessaires se sont rĂ©alisĂ©es. [
] Il s'est formĂ© dans la Chambre des dĂ©putĂ©s une majoritĂ© de "coloniaux" incontestable et incontestĂ©e; les nouveaux venus, les jeunes dĂ©putĂ©s, lui sont presque tous acquis. C'est un des nouveaux Ă©lus, un jeune, M. DelcassĂ© - gardez ce nom - qui a dĂ©fendu votre cause devant la Chambre. Il l'a fait sans faiblesse et sans rĂ©ticence, non seulement avec talent, mais avec autoritĂ©: l'autoritĂ© d'un homme nouveau, qui juge avec franchise, courage et bon sens, les querelles et les erreurs de ses aĂźnĂ©s. Il n'y a pas de risque, je vous l'atteste que ces nouvelles gĂ©nĂ©rations rĂ©publicaines mĂ©connaissent, comme l'ont fait trop souvent leurs devanciĂšres, les grandeurs et les espĂ©rances de la politique coloniale. Â» L'Indochine finira par devenir un des fleurons de l'Empire français et une large et constante majoritĂ© politique soutiendra les ambitions coloniales de la RĂ©publique française. Bref, sur le plan militaire, la conquĂȘte de l'Indochine, qui progressa du Sud vers l'Ouest et le nord de la pĂ©ninsule, fut officiellement achevĂ©e en 1896, mais la pacification de la rĂ©gion ne fut rĂ©elle qu'Ă  la fin de la PremiĂšre Guerre mondiale. Pour autant, les acteurs de la conquĂȘte, tels que le gĂ©nĂ©ral Joseph Gallieni (en Indochine de 1893 Ă  1895) et Penequin, ne se faisaient aucune illusion sur l'avenir des possessions coloniales qui, pour eux, Ă©taient appelĂ©es Ă  reprendre leur indĂ©pendance un jour.

AprĂšs des annĂ©es d'hĂ©sitation entre l'administration directe (le statut de colonie) ou indirecte (le rĂ©gime du protectorat), les Français choisirent le « protectorat Â» pour le Cambodge et l'Annam. Ce mode de contrĂŽle indirect d'une sociĂ©tĂ© colonisĂ©e reconnaissait la validitĂ© des institutions existantes et la nĂ©cessitĂ© de les utiliser. En mĂȘme temps, il permettait d'allĂ©ger les dĂ©penses de la France, mais le protectorat se mua rapidement en administration directe. Seule la Cochinchine fut Ă  proprement Ă  parler une colonie. Le Tonkin et le Laos eurent un rĂ©gime mixte. Mais les monarchies indochinoises furent rĂ©duites Ă  des formes vidĂ©es de leur substance: une administration coloniale dirigeait en fait le pays, sous la responsabilitĂ© du gouverneur gĂ©nĂ©ral et du ministĂšre des Colonies. Dans leurs MĂ©moires, l'empereur d'Annam, Bao DaĂŻ (intronisĂ© par les Français en 1932) et le roi du Cambodge Norodom Sihanouk (intronisĂ© en 1941) ont Ă©voquĂ© avec humour leur rĂŽle purement symbolique, qui leur permit Ă  tous deux de mener des « vies de play-boy Â» pendant quelques annĂ©es.

Illustration en couleur de l'occupation de Trat en 1904, montrant au premier plan des soldats français hissant leur drapeau, au second plan des soldats siamois et leur drapeau en train d'ĂȘtre baissĂ©. L'image est titrĂ©e « La France au Siam Â».
L'occupation de Trat par les troupes françaises en 1904.

Les derniĂšres conquĂȘtes territoriales pacifiques de la France en Indochine furent les provinces de MĂ©lou Prei et TonlĂ© Repou en 1904, de Battambang et Siem Reap en 1907, toutes rattachĂ©es au Cambodge.

Un traité conclu en 1896 par la France et la Grande-Bretagne, prévoyait l'extension territoriale de leurs colonies et protectorats respectifs. Ce traité prévoyait la réunion au profit de la Birmanie du Nord-Ouest du Siam, et au profit de la Malaisie britannique, des provinces du Sud récemment annexées par le Siam. La France de son cÎté, devait étendre son influence à tout le Nord-Est du Siam (Isaan). Le Siam aurait donc constitué selon les modalitées de ce traité, un état-tampon entre les possession britanniques et française en Indochine. Finalement, seuls quelques territoires furent rattachés à la Birmanie, et les provinces de Mélou Prei et Tonlé Repou furent rattachées au Cambodge en 1904, et les provinces de Battambang et Siem Reap en 1907.

Cela Ă©tant dit, en 1897, le gouverneur gĂ©nĂ©ral Paul Doumer crĂ©a les structures administratives de l'Indochine: un vĂ©ritable État colonial, avec des services gĂ©nĂ©raux et leurs annexes dans les cinq « pays Â», dotĂ© d'un budget gĂ©nĂ©ral afin que la colonie ne pĂšse plus sur les finances de la mĂ©tropole, qui est dans ce cas-ci la France. À cette fin, Doumer organisa un systĂšme de prĂ©lĂšvement fiscal lourd et impopulaire. Devant l'insuffisance des rentrĂ©es de l'impĂŽt foncier et de la capitation, et malgrĂ© une foule de taxes locales, l'administration s'arrogea le monopole du commerce de l'opium, du sel et de l'alcool de riz - les deux derniers Ă©tant essentiels pour la population indigĂšne. Celui-ci fournit 20% des rentrĂ©es du budget jusqu'en 1930, avec des sommets de 36,5% en 1913 et 44% en 1920.

Le gouverneur général Merlin et sa femme en chaises à porteurs à Yunnanfou en 1924

L'Indochine Ă©tait une colonie d'exploitation et non de peuplement : la mise en valeur des ressources du pays dĂ©buta dĂšs la fin de la conquĂȘte. Des nĂ©gociants comme Jean Dupuis, des soyeux de Lyon comme Ulysse Pila, de grands groupes industriels et financiers (Fives-Lille, sociĂ©tĂ© des Batignolles, Comptoir national d'escompte, SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale, CrĂ©dit Lyonnais) s'implantĂšrent en Indochine pour avoir un accĂšs au marchĂ© interne de la Chine et l'achĂšvement du chemin de fer du Yunnan reliant Haiphong Ă  Yunnanfou concrĂ©tisa leur stratĂ©gie. Albert Sarraut, gouverneur gĂ©nĂ©ral de 1911 Ă  1914, puis de 1916 Ă  1919, ministre des Colonies Ă  partir de 1919, s'en fit le hĂ©raut. Il crĂ©a l'Agence Ă©conomique de l'Indochine pour la propagande en direction des milieux d'affaires. Il Ă©labora le plan d'Ă©quipement de la pĂ©ninsule, dit plan Sarraut, en 1921. La PremiĂšre Guerre mondiale, par l'importance de la contribution de l'Empire colonial Ă  l'effort de guerre de la mĂ©tropole française, confirma son intĂ©rĂȘt Ă©conomique.

Vie économique et développement des infrastructures

L'État français et les sociĂ©tĂ©s capitalistes jouĂšrent des rĂŽles complĂ©mentaires dans cette Ɠuvre de colonisation qui avait pour but de mettre en marche une exploitation Ă©conomique. La Banque de l'Indochine (BIC) fondĂ©e en 1875 devint l'interlocutrice obligĂ©e du gouvernement gĂ©nĂ©ral; elle contrĂŽla de fait l'Ă©conomie indochinoise. BĂ©nĂ©ficiant d'un statut unique parmi les banques privĂ©es françaises, car dotĂ©e du privilĂšge d'Ă©mission de la piastre indochinoise, la Banque de l'Indochine Ă©tait Ă  la fois une banque d'affaires et une sociĂ©tĂ© financiĂšre. Son domaine d'action s'Ă©tendait Ă  l'Asie entiĂšre et au-delĂ . En 1937, elle Ă©tait partie prenante dans presque toutes les entreprises Ă©conomiques. De grandes firmes financiĂšres et industrielles mĂ©tropolitaines, du groupe Rivaud, spĂ©cialisĂ© dans les affaires caoutchiĂšres, Ă  la sociĂ©tĂ© Michelin, investirent aussi en Indochine. De toutes les colonies, mise Ă  part l'AlgĂ©rie, ce fut elle qui reçut le plus d'investissements, Ă©valuĂ©s Ă  6,7 milliards de francs-or en 1940.

Le flux des investissements mĂ©tropolitains convergea principalement vers les mines, les plantations d'hĂ©vĂ©as, de thĂ© et de cafĂ©, ainsi que vers certaines industries de transformation: les textiles, les brasseries, les cigarettes, les distilleries et le ciment. Les transports et les voies de communication, essentiels Ă  l'expansion de l'Ă©conomie coloniale, bĂ©nĂ©ficiĂšrent d'une attention particuliĂšre de la part de la France. SaĂŻgon devint bientĂŽt un grand port d'ExtrĂȘme-Orient qui prit place au sixiĂšme rang des ports français en 1937; le chemin de fer relia HanoĂŻ Ă  SaĂŻgon Ă  partir de 1936 (Trans-Indochinois). En 1939, SaĂŻgon n'Ă©tait plus qu'Ă  trente jours de bateau de Marseille, et Ă  cinq jours d'avion de Paris. Le tĂ©lĂ©graphe sans fil, plus rapide que la tĂ©lĂ©communication par cĂąbles sous-marins, fonctionna Ă  partir de 1921. Un effort fut Ă©galement portĂ© sur l'infrastructure routiĂšre et les rĂ©seaux de canaux.

Vie Ă©ducative et sociale

L'enseignement Ă©tait l'autre instrument essentiel de la « conquĂȘte des cƓurs et des esprits Â». Dans ce domaine, les premiĂšres annĂ©es furent dominĂ©es par la tentation de l'assimilation (faire des enfants d'Indochine de petits Français). Toutefois, dans les annĂ©es 1920 et surtout 1930, du fait de la rĂ©sistance rencontrĂ©e auprĂšs de peuples de cultures anciennes, et aussi de la poussĂ©e en Europe de certaines idĂ©es subversives, des modifications furent apportĂ©es aux programmes d'enseignement. En 1930, le gouverneur gĂ©nĂ©ral Pasquier exprimait ses doutes: « Depuis des milliers d'annĂ©es, l'Asie possĂšde son Ă©thique personnelle, son art, sa mĂ©taphysique, ses rĂȘves. Assimilera-t-elle jamais notre pensĂ©e grecque et romaine ? Est-ce possible ? Est-ce dĂ©sirable ? [
] Nous, Gaulois, nous Ă©tions des barbares. Et, Ă  dĂ©faut de lumiĂšres propres, nous nous sommes Ă©clairĂ©s, aprĂšs quelques rĂ©sistances, Ă  celles qui venaient de Rome. Le liant du christianisme acheva la fusion. Mais en Asie, sans parler des Ă©loignements de race, nous trouvons des Ăąmes et des esprits pĂ©tris par la plus vieille civilisation du globe. Â»

Le prĂ©dĂ©cesseur de Pasquier, Alexandre Varenne, faisait mĂȘme ces recommandations aux enseignants: « Ne leur enseignez pas que la France est leur patrie. [
] Veillez qu'ils aient un enseignement asiatique qui leur soit utile dans leur pays. Â» Il en rĂ©sulta un compromis: l'« enseignement franco-indigĂšne Â», dotĂ© de trois degrĂ©s, primaire, secondaire et supĂ©rieur dont les effectifs ne cessĂšrent de progresser, sans compter que les Ă©coles publiques Ă©taient doublĂ©es d'Ă©tablissements privĂ©s confessionnels ou laĂŻques. Le nombre d'Ă©lĂšves de l'enseignement public au ViĂȘt-Nam dans le primaire s'Ă©leva de cent vingt-six mille en 1920 Ă  plus de sept cents mille en 1943-1944. Dans le secondaire, de cent vingt-et-un en 1919, leur nombre atteignit six mille cinq cent-cinquante en 1943-1944. Au Cambodge, quinze mille sept cents enfants Ă©taient scolarisĂ©s dans le primaire public en 1930; ils Ă©taient trente-deux mille en 1945. En outre, c'est Ă©galement au Cambodge que l'instituteur français Louis Manipoud rĂ©forma avec succĂšs les Ă©coles de pagodes (bouddhiques) en introduisant des matiĂšres dans le cursus traditionnel. Ces Ă©coles rĂ©novĂ©es accueillaient trente-huit mille Ă©lĂšves en 1939 et cinquante-trois mille en 1945. Toutefois, sauf en Cochinchine, les campagnes ne furent pas dotĂ©es d'un rĂ©seau scolaire serrĂ© et, en 1942, sept cent-trente-et-un mille enfants Ă©taient scolarisĂ©s sur une population totale de 24,6 millions.

Au ViĂȘt-Nam, l'enseignement du Quoc ngu[2], la langue vietnamienne transcrite en caractĂšres latins, et du français fut gĂ©nĂ©ralisĂ©. La suppression en 1919 des concours traditionnels de recrutement des mandarins contribua de façon dĂ©terminante Ă  sĂ©parer les nouveaux lettrĂ©s de l'univers intellectuel et moral sino-vietnamien empreint de valeurs confucĂ©ennes[3]. Les Vietnamiens surent intĂ©grer dans leur pensĂ©e les apports de la France - une pluralitĂ© de rĂ©fĂ©rences intellectuelles et politiques -, et contrairement Ă  ce que nous pouvons penser, ils furent les propres crĂ©ateurs de leur culture moderne. Ainsi, une Ă©lite locale, en majoritĂ© des Vietnamiens et des citadins, Ă©mergea. En 1940, le groupe des diplĂŽmĂ©s de l'enseignement supĂ©rieur ou spĂ©cialisĂ© Ă©tait Ă©valuĂ© Ă  5 000 personnes. L'universitĂ© indochinoise connut elle aussi un accroissement d'effectifs (de quatre cent-cinquante-sept en 1938-1939, le nombre d'Ă©tudiants atteignit 1575 en 1943-1944). On peut y ajouter les fonctionnaires (vingt-six mille neuf cent-quarante-et-un en 1941-1942), les enseignants (seize mille en 1941-1942), tous issus de l'enseignement primaire supĂ©rieur ou secondaire, ou de l'universitĂ© indochinoise. Bien que minoritaires, ils formaient ce « tiers-Ă©tat Â» auquel le gouverneur gĂ©nĂ©ral Alexandre Varenne recommandait que l'on fĂźt une place, considĂ©rant que, si des droits ne leur Ă©taient pas octroyĂ©s, ils les rĂ©clameraient eux-mĂȘmes. Mais les enfants de l'Ɠuvre civilisatrice française, de formation Ă©quivalente ou Ă  diplĂŽmes identiques, se voyaient refuser l'Ă©galitĂ© de statut et de traitement avec les Français, car dans cette sociĂ©tĂ© coloniale, la minoritĂ© europĂ©enne occupait le sommet de la hiĂ©rarchie. Plus que la fortune, l'appartenance raciale Ă©tait un indicateur du statut social d'une personne vivant en Indochine. Bien qu'un rĂ©gime d'apartheid n'existĂąt pas sous une perspective politique et juridique, une frontiĂšre invisible sĂ©parait les gens et les mettait Ă  leur place dans la hiĂ©rarchie sociale. Par exemple, la liaison amoureuse que Marguerite Duras met en scĂšne dans le roman L'Amant est une transgression du code de la sociĂ©tĂ© coloniale. En effet, cela paraissait plutĂŽt normal qu'un Français prĂźt une femme indochinoise pour concubine, souvent d'une maniĂšre temporaire, mais en revanche, une alliance mĂȘme lĂ©gitime entre une Française et un Indochinois Ă©tait trĂšs mal perçue. Un Français se trouvant en Indochine vivait le plus souvent en cĂ©libataire. Dans ces conditions, il Ă©tait inĂ©vitable que des couples se forment. Plus que les sentiments, ce furent les circonstances qui prĂ©sidĂšrent Ă  leur naissance.

À l'Ă©poque de la colonisation de l'Indochine, les Français, qui prenaient la dĂ©cision de s'Ă©tablir dans cette rĂ©gion asiatique, formaient une minoritĂ©: leur nombre ne dĂ©passa jamais le seuil de 34 000 personnes (en 1940) sur une population totale de 22 655 000 habitants[4]. De toute Ă©vidence, ces Français fut en majoritĂ© des cadres de la fonction publique ou du secteur privĂ©, et plus rarement des colons. En effet, en 1929, 6 000 fonctionnaires Ă©taient prĂ©sents en Indochine et leur principal privilĂšge Ă©tait le supplĂ©ment colonial qui doublait la solde mĂ©tropolitaine. Si le despotisme n'Ă©tait pas pratiquĂ© journellement par les Français et si un certain nombre d'entre eux avaient l'estime et l'affection des habitants indochinois de descendance ancestrale (Vietnamiens, Laotiens et Cambodgiens), il n'en demeurait pas moins qu'un Français coupable d'un meurtre sur la personne d'un Indochinois Ă©tait frappĂ© d'une peine relativement lĂ©gĂšre en vertu d'un « verdict de race Â» contre lequel le gouverneur gĂ©nĂ©ral Albert Sarraut avait d'ailleurs mis en garde les juges. Si nous laissons de cĂŽtĂ© les facteurs conjoncturels, la politique coloniale française porte une lourde responsabilitĂ© dans la mesure oĂč elle opposa une fin de non-recevoir aux Indochinois modĂ©rĂ©s comme aux radicaux. Faute de voir aboutir les revendications d'Ă©galitĂ© et de libertĂ©, exprimĂ©es dĂšs 1906-1908 par un naturalisĂ© français du nom de Gilbert Chieu, publiciste et entrepreneur, le mouvement s'amplifia dans les annĂ©es 1920 oĂč une partie de l'intelligentsia fut sĂ©duite par le marxisme-lĂ©ninisme. Dans l'Ă©ventail des doctrines occidentales, ce dernier avait l'avantage d'offrir les rĂ©ponses aux problĂšmes posĂ©s par la dĂ©pendance coloniale; il trouvait un Ă©cho au sein de la paysannerie et du monde ouvrier, mais aussi un appui dans la mĂ©tropole elle-mĂȘme.

Condition de vie des paysans et situation économique dans les années 1930

Durant la pĂ©riode oĂč les Français rĂ©gnaient, sous une perspective coloniale, en Indochine, la situation des paysans se dĂ©grada. Les surplus exportables furent dĂ©sormais soumis aux fluctuations des prix sur les marchĂ©s rĂ©gionaux et mondiaux. L'endettement et l'absence de titres de propriĂ©tĂ© favorisĂšrent l'accaparement des terres par les propriĂ©taires les plus riches et les marchands, et le nombre des paysans sans terre alla en croissant. ParallĂšlement, l'Ă©conomie coloniale ruina les structures traditionnelles d'organisation et d'entraide de la communautĂ© paysanne: l'institution multisĂ©culaire des riziĂšres communales connut une forte Ă©rosion au point d'avoir pratiquement disparu en Cochinchine Ă  la fin de la Seconde Guerre mondiale. La paysannerie manifesta ses frustrations de façon bruyante, voire violente, dĂšs 1930-1931 en Cochinchine et dans le Nord de l'Annam, puis Ă  nouveau entre 1936 et 1938. Dans cette pĂ©riode, les paysans furent rejoints par les ouvriers. Faute de s'attaquer Ă  la racine des maux dont souffraient les ruraux, l'administration coloniale Ă©tait prisonniĂšre de contradictions apparemment insolubles, qu'exprimait le gouverneur gĂ©nĂ©ral Jules BrĂ©viĂ© Ă  propos de l'occupation de concessions par des paysans sans terre en 1938: « Lorsque nous protĂ©geons les droits des uns, nous commettons une injustice et portons atteinte Ă  l'Ă©quitĂ© Ă  l'Ă©gard des autres. Lorsque nous nĂ©gligeons ces droits, nous violons la loi et condamnons nos mĂ©thodes. Â»

La main-d’Ɠuvre des plantations, des usines et des mines formait un prolĂ©tariat composite avec, souvent, un pied dans la riziĂšre et l’autre dans l’entreprise coloniale. Il Ă©tait soumis Ă  un rĂ©gime de travail sĂ©vĂšre : retenues sur salaire et chĂątiments corporels Ă©taient assez frĂ©quents. Si l’oppression patronale ne diffĂ©rait pas de celle d’autres pays, en Indochine, elle fut identifiĂ©e Ă  la prĂ©sence Ă©trangĂšre et alimenta le mouvement nationaliste et communiste. Dans les annĂ©es 1930, celui-ci connut deux grandes poussĂ©es sous l’effet de la crise Ă©conomique mondiale causĂ©e par le Krach boursier en 1929, de l’extension des activitĂ©s de la IIIe Internationale et de la stratĂ©gie « classe contre classe Â» du parti communiste français (PCF)[5]. Dans le mĂȘme temps, une aile radicale de l’intelligentsia qui organisa les groupuscules communistes Ă©mergeait. En 1930, Nguyen Ai Quoc, le futur Ho Chi Minh, les unifia sous le nom de parti communiste indochinois (PCI), d’abord section du PCF puis, Ă  partir de mai 1931, reconnu comme section de l’Internationale. À partir de 1936, le triomphe du Front populaire en France et l’orientation du front antifasciste, alors que la menace d’une invasion japonaise se dessinait en ExtrĂȘme-Orient, redonnĂšrent vigueur Ă  l’opposition. De mĂȘme que la grande dĂ©pression Ă©conomique qui toucha l’Indochine entre 1930 et 1934, et illustra la crise du rĂ©gime capitaliste tout en dĂ©montrant la puissance de la Banque d’Indochine Ă  laquelle le gouvernement français confia l’assainissement de l’économie et qui fut la principale bĂ©nĂ©ficiaire des faillites, des expropriations et de la concentration des entreprises.

Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

La Seconde Guerre mondiale sera dĂ©terminante pour l'avenir de l'Indochine française. L'Empire du Japon, en guerre contre la Chine depuis 1937, profite de la dĂ©faite française en Europe (juin 1940) pour adresser un ultimatum aux Français. Il entend occuper la frontiĂšre nord de l'Indochine et couper la voie ferrĂ©e de HaĂŻphong au Yunnan, une des voies de ravitaillement de Tchang KaĂŻ-chek. Le gouverneur Catroux accepte, faute de moyens pour s'y opposer. DĂ©mis de ses fonctions le 26 juin 1940, il rejoindra la France libre. L'amiral Decoux, qui lui succĂšde le 20 juillet 1940, est chargĂ© d'appliquer Ă  partir du 22 septembre l'accord passĂ© le 30 aoĂ»t avec le Quartier-gĂ©nĂ©ral impĂ©rial. Cet accord autorise la prĂ©sence de 6 000 soldats japonais au Tonkin ainsi que l'utilisation d'aĂ©rodromes. En Ă©change, le Japon reconnaĂźt l'intĂ©gritĂ© territoriale et la souverainetĂ© française de principe en Indochine. Cet accord ne peut toutefois empĂȘcher la violente occupation de Lang Son et le bombardement de Haiphong. L'Indochine reste sous l'autoritĂ© nominale de Vichy jusqu'en 1945.

HĂŽ Chi Minh, nationaliste vietnamien fortement recherchĂ© par les autoritĂ©s coloniales françaises Ă  l’époque, crĂ©e en 1941 le ViĂȘt-Minh par la fusion du Parti communiste indochinois (fondĂ© en 1930) et d’élĂ©ments nationalistes. Il jette les bases d'une rĂ©sistance Ă  la fois antifrançaise et antijaponaise. Son mouvement se dĂ©veloppera surtout Ă  partir du dĂ©but de 1945, grĂące Ă  l'aide matĂ©rielle des AmĂ©ricains.

Fin 1940, la guerre franco-thaĂŻlandaise est dĂ©clenchĂ©e par la ThaĂŻlande qui, armĂ©e par le Japon, profita de l'affaiblissement de la France depuis sa dĂ©faite face Ă  l'Allemagne pour attaquer l'Indochine française. Le but Ă©tait de rĂ©cupĂ©rer les territoires perdus situĂ©s au Laos et au Cambodge, qui lui furent ravis par la France en 1893, 1902, 1904 et 1907 et de reconstituer le royaume d'Ayutthaya. Le 16 janvier 1941, Ă  Phum PrĂ©av, se dĂ©roula une contre-offensive française lancĂ©e par le 5e rĂ©giment Ă©tranger d'infanterie qui , malgrĂ© une infĂ©rioritĂ© en hommes et en matĂ©riel du cĂŽtĂ© français fit subir de lourdes pertes aux forces thaĂŻlandaises. Le lendemain, le 17 janvier 1941, la flottille de la Marine nationale en Indochine coula la flotte thaĂŻe lors de la Bataille de Koh Chang. Mais sous la "mĂ©diation" nipponne, le 9 mai 1941, la France est contrainte de signer un traitĂ© de paix, par lequel elle abandonne Ă  la ThaĂŻlande les provinces de Battambang et de Siem RĂ©ap, enlevĂ©es au Cambodge, et celles de Champasak et Sayaburi, prises au Laos. Ces provinces seront restituĂ©es Ă  l'Union Indochinoise en 1945.

Le 29 juillet 1941, le Quartier-général impérial impose le stationnement de 75000 hommes dans le sud de l'Indochine, l'utilisation de plusieurs ports et aéroports, ainsi qu'une coopération économique,conditions auxquelles se plie l'amiral Decoux. Ce dernier appliquera par ailleurs sans état d'ùme à l'Indochine les principes de la Révolution Nationale du maréchal Pétain. Les lois de Vichy contre les juifs, les francs-maçons, les gaullistes sont appliquées.

Le 9 mars 1945, les garnisons françaises sont attaquĂ©es par surprise par l'armĂ©e impĂ©riale japonaise. Sur les 40 000 Français mĂ©tropolitains dans la rĂ©gion dont 18 000 militaires, plus de 3 000 ont Ă©tĂ© tuĂ©s en moins de 48 heures, parfois exĂ©cutĂ©s par dĂ©capitation avec sabre. Les six mois de captivitĂ© ont coĂ»tĂ© la vie Ă  plus de 1 500 disparus. Cette opĂ©ration dĂ©truit l'administration coloniale. Le Japon encourage la formation de rĂ©gimes nominalement indĂ©pendants, dans le cadre de sa sphĂšre de co-prospĂ©ritĂ© de la grande Asie orientale, avec en particulier le soutien de l'empereur d'Annam Bao DaĂŻ. [6]

Truman, Joseph Staline et Winston Churchill se rĂ©unissent Ă  la ConfĂ©rence de Potsdam en 1945. Truman et Staline, dĂ©favorables au colonialisme français, dĂ©cident que le ViĂȘt-Nam sera divisĂ© en deux parties : lors de la capitulation du Japon, les Chinois (dirigĂ©s par le gĂ©nĂ©ralissime Tchang KaĂŻ-chek) s'installeront dans le Nord le 9 septembre 1945 (une semaine avant, le 2 septembre 1945 Ă  HanoĂŻ, le leader communiste Ho Chi Minh proclamait la RĂ©publique dĂ©mocratique du ViĂȘt Nam) et les Britanniques (commandĂ©s par le gĂ©nĂ©ral Sir Douglas D. Gracey (1894-1964, KCB, KCIE, CBE, MC and bar)[7]) dans le Sud 6 septembre 1945 [8].

Les Français, sous l'impulsion de De Gaulle, dĂ©cident de reprendre le contrĂŽle de l’Indochine aprĂšs la DeuxiĂšme Guerre mondiale Ă  une Ă©poque oĂč d’autres puissances coloniales reprennent pied dans leurs colonies asiatiques (Birmanie et Malaisie pour l’Angleterre, IndonĂ©sie pour les Pays-Bas) [9]. En 1946, le 28 janvier, les troupes britanniques acceptent de quitter ViĂȘt-Nam, tandis les Chinois se retirent Ă©galement du Nord du territoire vietnamien. En Ă©change, les Français restituent Ă  la RĂ©publique de Chine leurs droits sur les concessions françaises dans ce pays, elles aussi Ă©vacuĂ©es par les Japonais, le 6 mars 1946.

Guerre d'Indochine (1946-1954)

Article dĂ©taillĂ© : Guerre d'Indochine.

Introduction et contexte historique

Au lendemain de l'Ă©vacuation japonaise, le Laos et le Cambodge parviennent Ă  faire reconnaĂźtre leur souverainetĂ© en douceur. Il n'en va pas de mĂȘme au ViĂȘt Nam, enjeu stratĂ©gique et Ă©conomique d'une tout autre importance. Le Vietminh et d'autres groupes indĂ©pendantistes cherchent Ă  Ă©tablir leur autoritĂ© sur le pays. Le gĂ©nĂ©ral Leclerc et la deuxiĂšme DB sont envoyĂ©s par le gĂ©nĂ©ral Charles de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, pour restaurer l'autoritĂ© de la France. Des nĂ©gociations sont ouvertes et aboutissent aux accords du 6 mars 1946 aux termes desquels le ViĂȘt Nam est libre (mais pas indĂ©pendant, car il fait partie de l'Union Française). Ces accords, signĂ©s par HĂŽ Chi Minh et Jean Sainteny, ne durent pas. Leclerc reconquiert la Cochinchine, mais estime qu'Ă  terme, l'indĂ©pendance vietnamienne deviendra inĂ©vitable. Sa mort laisse le Vietminh sans interlocuteur. Celui-ci tente d'interdire aux Français le port de HaĂŻphong, dont le bombardement par la flotte française rend le conflit inĂ©vitable. S'ensuit la Guerre d'Indochine, Ă  l'issue de laquelle la France quitte la pĂ©ninsule en 1954 aprĂšs la dĂ©route de Dien Bien-Phu. Les accords de GenĂšve sĂ©parent le ViĂȘt Nam temporairement en deux États, mais l'Ă©chec de la tenue des Ă©lections de rĂ©unification en 1956 conduit Ă  la guerre du ViĂȘt Nam en 1964.

Configuration des forces en présence

La guerre oppose deux antagonistes principaux: la France, mĂ©tropole lointaine, affaiblie par la 2e Guerre Mondiale et qui met longtemps Ă  dĂ©ployer ses forces; et le ViĂȘt-Minh, organisation politique disposant de moyens rĂ©duits Ă  l'origine, mais qui arrivera Ă  retourner la situation en sa faveur. HĂŽ Chi Minh, son chef politique, et le jeune gĂ©nĂ©ral VĂ” NguyĂȘn GiĂĄp, chef de la branche militaire, peuvent compter sur un encadrement disciplinĂ© et efficace. Leurs militants sont dans la population vietnamienne "comme le poisson dans l'eau".

Du cĂŽtĂ© français, les chefs du gouvernement provisoire (le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, puis LĂ©on Blum), puis les chefs des gouvernements successifs de la IVe RĂ©publique, dĂ©lĂšguent des chefs militaires de valeur: le gĂ©nĂ©ral Leclerc, remplacĂ© Ă  sa mort par l'amiral d'Argenlieu, puis les gĂ©nĂ©raux de Lattre de Tassigny et Navarre. Leurs forces, trĂšs hĂ©tĂ©rogĂšnes, atteindront 350 000 hommes: Français de mĂ©tropole et lĂ©gionnaires, soldats de l'Union française, troupes des Etats associĂ©s d'Indochine (Cambodge, Laos et forces de l'empereur Bao DaĂŻ rentrĂ© en grĂące aprĂšs un exil Ă  Hongkong), supplĂ©tifs levĂ©s dans les tribus montagnardes et financĂ©s par la culture de l'opium. Les Etats-Unis, d'abord rĂ©ticents, finiront par financer en grande partie l'effort de guerre français au nom de la lutte anticommuniste.

A partir de 1949, la victoire de Mao Zedong en Chine permet au ViĂȘt-Minh de recevoir un Ă©quipement important venu de Chine, de l'Union soviĂ©tique et des autres pays du bloc communiste. Il reçoit aussi un soutien moral considĂ©rable des mouvements communistes et anticolonialistes du monde entier, y compris de France, oĂč le Parti communiste français (plus de 20% de l'Ă©lectorat Ă  l'Ă©poque) fait campagne contre la "sale guerre".

L'opinion française ne se sent pas vraiment engagĂ©e dans cette guerre, qui n'intĂ©resse, pense-t-on, que quelques gros intĂ©rĂȘts privĂ©s et l'armĂ©e francaise ne pourra jamais faire appel au contingent. Au contraire, le Viet-Minh arrive Ă  marginaliser et Ă©liminer les forces indĂ©pendantistes rivales et Ă  Ă©largir son emprise sur la population, qu'il peut mobiliser dans le renseignement, le ravitaillement et le soutien logistique des combattants. C'est la clĂ© de sa victoire contre les Français, et plus tard contre les AmĂ©ricains.

Analyse des enjeux

La France, considérée par les USA et l'URSS comme un pays vaincu, ne colonisait pas uniquement pour regagner du prestige sur la scÚne politique internationale, encore que cette dimension ait eu son importance, mais aussi pour des raisons économiques.

L'impĂ©rialisme culturel, par l'action des missions catholiques et des collĂšges et lycĂ©es français, Ă©tait une motivation puissante. La question de rĂ©tablir la grandeur de la France - par la guerre s'il le fallait - faisait l'unanimitĂ© dans les sphĂšres dirigeantes, y compris chez les partis de gauche. Cette grandeur passait nĂ©cessairement par un empire colonial et un rayonnement culturel. Mais il n'y a pas de doute que les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques, dans le cas de l'Indochine, Ă©taient exceptionnellement importants, car il Ă©tait question des terres, industries, et possessions de riches Français de mĂ©tropole, influants auprĂšs du Parlement quand ils n'Ă©taient pas eux-mĂȘmes membre du Parlement.

Ainsi, comme l’écrivait Pierre Brocheux dans le dossier collectif L’Indochine au temps des Français publiĂ© dans le pĂ©riodique français Histoire, « [l]’Indochine Ă©tait une colonie d’exploitation et non de peuplement Â», ce qui veut dire que la France y voyait un potentiel Ă©conomique dans cette colonie, Ă  l’époque de la colonisation. De plus, Brocheux ajoute qu’à l’exception de l’AlgĂ©rie, de toutes les colonies, l’Indochine reçut le plus d’investissements qui furent Ă©valuĂ©s Ă  6,7 milliards de francs-or en 1940[10]

« Le flux des investissements mĂ©tropolitains convergea principalement vers les mines, les plantations d’hĂ©vĂ©as, de thĂ© et de cafĂ©, ainsi que vers certaines industries de transformation : les textiles, les brasseries, les cigarettes, les distilleries, le ciment. Â»

— Pierre Brocheux, « Un siĂšcle de colonisation Â»,Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 28

Dans le rĂ©pertoire plutĂŽt large des histoires de colonisation causĂ©es par la domination europĂ©enne du 20e siĂšcle, l’Indochine française ne fut pas une exception, car de riches Français sont derriĂšre des investissements d’envergure en Indochine. Ainsi, comme l’écrivait l’historien français Hugues Tertrais dans l’ouvrage collectif Du conflit d’Indochine aux conflits indochinois placĂ© sous la direction de Pierre Brocheux, 43% des investissements industriels et miniers sont principalement situĂ©s au Nord du ViĂȘt Nam : Charbonnages du Tonkin, qui extraient un bon anthracite en bordure de la baie de Ha Long, Cimenterie de Hai Phong, qui avait participĂ© aux travaux de fortification du Tonkin, CotonniĂšre de Nam Dinh, exerçant plus difficilement son activitĂ© au sud (sic) de Hanoï
 [
] Les investissements en Indochine sont Ă©galement importants – 34% de l’ensemble – dans les plantations d’hĂ©vĂ©a, qui couvrent 100 000 hectares au ViĂȘtnam Sud et [
] au Cambodge.

De plus, la culture d’hĂ©vĂ©a indochinoise a non seulement alimentĂ© les industries françaises du caoutchouc (surtout pour la compagnie Michelin qui a commencĂ© Ă  investir en 1925), mais elle s’est aussi dĂ©veloppĂ©e depuis le dĂ©but du 20e siĂšcle, quoique la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) ait durement frappĂ© l’industrie de l’hĂ©vĂ©a. Ces remarques sur la situation Ă©conomique des investissements français portent Ă  penser que la France fut trĂšs dĂ©terminĂ©e Ă  garder ses colonies en Indochine, car le contrĂŽle des leviers politiques, Ă©conomiques et culturels de l’Indochine qu’exerçait la France lui permit de mettre la main sur les ressources naturelles des trois pays qui formaient l’Indochine, c’est-Ă -dire le ViĂȘt-Nam, le Cambodge et le Laos. Étant dans une position de domination Ă©conomique, la colonisatrice europĂ©enne peut s’imposer sur le marchĂ© du caoutchouc par ses exportations et aussi de l’écoulement du caoutchouc en France qui lui permettaient presque de s’enrichir au su des pays colonisĂ©s Ă  une Ă©poque oĂč l’automobile occupait Ă©normĂ©ment la vie des Occidentaux qui vivaient dans une Ă©conomie de marchĂ© de type capitaliste.

En parlant toujours du caoutchouc et de la culture d’hĂ©vĂ©a, Marianne Boucheret Ă©crit que « le caoutchouc fait figure de symbole de la rĂ©ussite coloniale Â», car non seulement les exportations Ă©taient trĂšs grosses, mais la culture de l’hĂ©vĂ©a rapportait beaucoup de dividendes qui « tĂ©moignent des succĂšs obtenus par l’hĂ©vĂ©aculture dans la pĂ©ninsule [indochinoise] Â». Mme Boucheret ajoute aussi que le succĂšs de la culture d’hĂ©vĂ©a contribue Ă  « l’arrivĂ©e massive de capitaux mĂ©tropolitains en Indochine, attirĂ©s par des taux de profit Ă©levĂ© Â». Ce qui se traduit par une croissance fulgurante. En 1939, les exportations de caoutchouc d'Indochine Ă©taient huit fois plus Ă©levĂ©es qu’elles ne l’étaient une quinzaine d’annĂ©es auparavant. Par consĂ©quent, ajoute-t-elle, « cela reprĂ©sente plus du quart de la valeur des exportations totales de la pĂ©ninsule, contre moins de 5% en 1924 Â».

Selon le site Internet Spartacus, un site Internet britannique spĂ©cialisĂ© en Histoire, le ViĂȘt-Nam Ă©tait une colonie qui rapportait beaucoup de dividendes aux Français, car le ViĂȘt-Nam recelait du zinc, du charbon et aussi de l'Ă©tain qui Ă©taient envoyĂ©s en France. On peut aussi lire sur le site Internet Spartacus que le Vietnam, en raison de sa population, fournissait aux Français un trĂšs bon marchĂ© pour la vente des produits manufacturiers de la mĂ©tropole. En effet, Ă  partir de 1938, au moins 57% des exportations vietnamiennes Ă©taient contrĂŽlĂ©es par des compagnies françaises[11].

Ajoutons que l'Indochine, en plus de ses ressources internes, était une voie d'accÚs trÚs prometteuse vers les marchés de la Chine du Sud. Le chemin de fer du Yunnan était la voie privilégiée de cette pénétration.

La guerre d'Indochine marque pour la France une double dĂ©faite, Ă  la fois comme puissance coloniale cherchant Ă  sauvegarder son Empire et comme membre du bloc occidental capitaliste tentant d'endiguer l'expansion du communisme. Ce « goĂ»t amer d’échec Â», comme l’écrivit Franchini, traduit l'affaiblissement du statut international de la France dans le monde d'aprĂšs 1945. Cette inquiĂ©tude face au communisme est trĂšs bien exprimĂ©e par Jean Chauvel, reprĂ©sentant de la France Ă  l’Organisation des Nations unies (ONU).

« Et on affecte alors de considĂ©rer Ho Chi Minh comme le chef d’une guĂ©rilla communiste rĂ©siduelle. En privĂ©, le ton est plus inquiet. En tĂ©moignent les propos tenus par Jean Chauvel, reprĂ©sentant de la France Ă  l’ONU, Ă  une personnalitĂ© amĂ©ricaine : « Le temps devrait venir oĂč les États-Unis et la Grande-Bretagne auraient Ă  partager la charge de la France pour barrer la route du Sud au communisme, ou bien la France serait obligĂ©e de liquider ses engagements indochinois et d’abandonner l’Indochine Ă  Moscou (capitale de l’Union des rĂ©publiques socialistes soviĂ©tiques). Â» Â»

— Jacques Dalloz, « Pourquoi la France a perdu la guerre Â», Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 41.

La lutte contre le communisme apparaissait comme un enjeu lĂ©gitime pour les gouvernements de la IVe RĂ©publique, engagĂ©s dans le contexte de la Guerre froide. D'ailleurs, pendant la mĂȘme pĂ©riode, des insurrections communistes sont Ă©touffĂ©es par les AmĂ©ricains aux Philippines et par les Britanniques en Malaisie. Mais, dans ces deux pays, la guĂ©rilla communiste n'avait qu'une base populaire insuffisante et ne disposait pas, comme le Viet-Minh par la frontiĂšre chinoise, d'une voie de ravitaillement rĂ©gulier. De plus, dans ces deux cas, les mĂ©tropoles ont su se prĂ©parer Ă  l'indĂ©pendance par une entente de longue date avec les Ă©lites locales.

Stratégies et tactiques déployées par les protagonistes

Tout affrontement armĂ© ressemble dramatiquement Ă  un jeu d’échecs et seule l’intelligence, qui engendre des stratĂ©gies et des tactiques, permet au futur vainqueur de crier fiĂšrement Ă©chec et mat en brandissant son drapeau. Ainsi conçu, la Guerre d’Indochine a donnĂ© l’occasion tant aux Français qu’aux ViĂȘt-Minh de dĂ©ployer une panoplie de stratĂ©gies et de tactiques qui reflĂ©taient leur dĂ©sir de gagner.

Tout d’abord, commençons par exposer les stratĂ©gies et les tactiques dĂ©ployĂ©es par les ViĂȘt-Minh. Lorsque la Guerre d’Indochine Ă©clate en 1946, l’inĂ©galitĂ© des forces entre le Corps expĂ©ditionnaire français en ExtrĂȘme-Orient (CEFEO) et le ViĂȘt-Minh est trĂšs flagrant, car le CEFEO avait Ă  sa disposition du matĂ©riel militaire moderne alors que le groupe nationaliste qu’il affrontait ne bĂ©nĂ©ficiait pas nĂ©cessairement de grands moyens. Quoiqu’un fossĂ©, en matiĂšre de forces militaires, puisse ĂȘtre vu entre les ViĂȘt-Minh et les troupes françaises, cela n’a nĂ©anmoins aucunement empĂȘchĂ© la France d’ĂȘtre matĂ©e lors de la guerre rĂ©volutionnaire par le gĂ©nĂ©ral Vo Nguyen Giap. Étant techniquement dĂ©savantagĂ©, le ViĂȘt-Minh ne pouvait point s’offrir le luxe d’affronter les Français d’une maniĂšre traditionnelle en tout temps.

C’est pourquoi, le ViĂȘt-Minh jouait la stratĂ©gie de l’espace – en s’étendant pour disperser l’effort de l’adversaire -, mais plus encore celle du temps. En 1947, Truong Chinh, l’un des chefs du communisme vietnamien, conçoit la thĂ©orie de la guerre rĂ©volutionnaire qu’est la Guerre d’Indochine dans un opuscule intitulĂ© Nous vaincrons certainement de cette maniĂšre en trois points :

  1. La lutte, essentiellement dĂ©fensive, s’appuie sur la guĂ©rilla.
  2. La guerre de mouvement vient s’ajouter Ă  la guĂ©rilla.
  3. Celle-ci se poursuit, mais le corps de bataille, qui a eu le temps de se constituer progressivement, est assez puissant pour passer Ă  la contre-offensive gĂ©nĂ©rale, et remporter la victoire sur les colonialistes et leurs « fantoches Â».

Bien sĂ»r, faire la guerre en guĂ©rilla pour le ViĂȘt-Minh voulait dire qu’il ne fallait pas attaquer les troupes françaises de face, car, dans un affrontement Ă  dĂ©couvert contre le Corps expĂ©ditionnaire français en ExtrĂȘme-Orient, les membres du ViĂȘt-Minh Ă©taient pleinement conscients qu’ils pouvaient se faire Ă©craser Ă  plate couture. Jusqu’en 1949, le Vietminh mĂšne donc des actions de guĂ©rilla, dont le gĂ©nĂ©ral Vo Nguyen Giap dĂ©finit ainsi les principes : « Ă‰viter l’ennemi quand il est fort, l’attaquer quand il est faible [
]. Attaquer l’ennemi partout de sorte que, partout, il se trouve submergĂ© par une mer d’hommes armĂ©s hostiles afin de miner son moral et d’user ses forces. [
] Il est nĂ©cessaire de prendre l’anĂ©antissement des forces vives de l’ennemi comme but principal du combat, et de ne jamais, pour la dĂ©fense ou l’occupation d’un territoire, user les nĂŽtres. Â»

Afin de bien s’organiser, d’un point de vue militaire, bien entendu, les tĂȘtes dirigeantes du ViĂȘt-Minh, tels que HĂŽ Chi Minh et Truong Chinh, se sont assurĂ©s qu’une structure militaire Ă©tait rapidement mise en place afin d’assurer le bon dĂ©roulement des activitĂ©s de guĂ©rilla menĂ©es par ce groupe qui revendiquait l’indĂ©pendance totale du Vietnam. Les structures militaires du Vietminh ont Ă©tĂ© rapidement mises en place. Elles reposent sur trois Ă©chelons : les milices populaires (au niveau du village) dont l’élite est versĂ©e dans les troupes rĂ©gionales ; puis celles-ci, dont les meilleurs Ă©lĂ©ments passent dans les troupes rĂ©guliĂšres; vouĂ©es aux grandes opĂ©rations, ces derniĂšres sont l’amorce de l’armĂ©e populaire du Vietnam. À tous les niveaux, un commissaire politique veille au respect de la ligne dĂ©finie par le Vietminh.

Pour le ViĂȘt-Minh, la montagne couverte de forĂȘts tropicales offrait un cadre particuliĂšrement adaptĂ© Ă  la guĂ©rilla. Toutefois, contrairement Ă  ce que nous pouvons penser sur le ViĂȘt Nam (et sur l’Asie en gĂ©nĂ©ral), ce pays n’est aucunement un pays homogĂšne. En effet, dans la montagne couverte de forĂȘts tropicales se trouvent des minoritĂ©s ethniques qui ne soutenaient pas le combat d’indĂ©pendance du peuple vietnamien.

Pour obtenir leur collaboration, les membres du ViĂȘt-Minh pouvaient parfois utiliser la persuasion, et mĂȘme parfois la terreur, pour contrĂŽler les villages habitĂ©s par les minoritĂ©s ethniques du Vietnam. Vers la fin du conflit indochinois, le ViĂȘt-Minh tenait dans ses mains plus de 5 000 villages sur 7 000. De plus, mĂȘme dans les villes qui avaient l’air d’ĂȘtre bien contrĂŽlĂ©es par les Français, la prĂ©sence du ViĂȘt-Minh lui donnait des occasions en or pour prĂ©lever l’impĂŽt rĂ©volutionnaire. Bref, pour rĂ©sumer la stratĂ©gie et les tactiques de combat du ViĂȘt-Minh, nous pouvons dire que leur but consistait Ă  ĂȘtre partout et nulle part, se fondre dans la population, disparaĂźtre subitement dans la nature, voire dans le sol. De toute Ă©vidence, pour s’assurer que les membres du ViĂȘt-Minh ne se trouvaient point prĂšs d’eux, les Français lĂšvent des supplĂ©tifs, installent des postes ici ou lĂ  pour encadrer la population et l’empĂȘcher de tomber sous l’emprise vietminh. MalgrĂ© cela, la prĂ©sence française est plutĂŽt molle et durant la nuit, les membres du ViĂȘt-Minh font sentir leur prĂ©sence.

Les membres du ViĂȘt-Minh sont au courant des mouvements des troupes françaises mĂȘme avant que celles-ci dĂ©cident de passer Ă  l’action. Ils pouvaient prĂ©voir sans aucune difficultĂ© les mouvements du corps expĂ©ditionnaire, tributaire de sa lourde logistique, car il Ă©tait espionnĂ© par toute une population (celle du Vietnam). Bref, pour connaĂźtre les conditions gĂ©nĂ©rales de la progression du conflit qui opposait les Français au ViĂȘt-Minh, il suffisait de lire les journaux. Cela poussera un dirigeant du ViĂȘt-Minh Ă  dire que le corps expĂ©ditionnaire français est « aveugle Â» (il ne voit pas l’adversaire), « sourd Â» (il n’est pas renseignĂ©) et « boiteux Â» (ses communications sont difficiles). Dans ses mĂ©moires sur la Guerre d’Indochine, le gĂ©nĂ©ral Vo Nguyen Giap dĂ©crit ce duel entre les Français et le ViĂȘt-Minh comme Ă©tant « une guerre sans front ni objectif fixes, avec des vagues d’attaque imprĂ©vues, venant de directions jugĂ©es sans risque par l’ennemi Â» et il ajoute aussi que « la guĂ©rilla de mouvement dans notre rĂ©sistance diffĂ©rait de beaucoup de la guerre de mouvement d’envergure des temps modernes. Â»

[
] nous avions remportĂ© des succĂšs Ă©clatants [
] Ă  l’issue de combats nocturnes dans les zones montagneuses et boisĂ©es. En effet, ces derniĂšres offraient des conditions propices Ă  la progression de nos troupes qui cernaient l’ennemi (les troupes françaises) avant que celui-ci ne les repĂšre et n’utilise ses armes. [
] Durant plusieurs annĂ©es sur les terrains dĂ©couverts, nos hommes n’engageaient que de petits combats Ă  condition de prendre l’ennemi par surprise rapidement pour aussitĂŽt se replier. Il fallut attendre DiĂȘn BiĂȘn Phu pour assister au dĂ©ploiement de grandes unitĂ©s combattantes, durant des jours et des nuits, basĂ© sur des points d’attaque et l’encerclement, un systĂšme d’abris et de boyaux.[12]

Durant la Guerre d’Indochine, mĂȘme si la Chine n’était pas sur l’échiquier du conflit indochinois sur lequel s’opposaient les troupes françaises et le ViĂȘt-Minh, beaucoup de membres du ViĂȘt-Minh ont Ă©tĂ© formĂ©s dans l’art de la guĂ©rilla dans le Sud de la Chine.[13] Revenir au ViĂȘt Nam n’était point difficile pour les membres du ViĂȘt-Minh, car la dĂ©faite française Ă  Cao Bang (prĂšs de la frontiĂšre chinoise) en octobre 1950 a permis au ViĂȘt-Minh de contrĂŽler cette zone.

Les Français ont tentĂ© par tous les moyens de mater le mouvement nationaliste qui revendiquait l’indĂ©pendance totale du ViĂȘt Nam en crĂ©ant dĂšs 1949 un État du ViĂȘt Nam dirigĂ© par le dernier empereur de la dynastie Nguyen Bao Dai, et en exerçant un effort de contre-guĂ©rilla qui sera un Ă©chec. Dans le livre Histoire de la Guerre d’Indochine, Yves Gras, un gĂ©nĂ©ral qui Ă©tait prĂ©sent durant cet affrontement entre la France et le Vietnam, avait Ă©crit que pour « pacifier Â» la Cochinchine (le Sud du Vietnam), le gĂ©nĂ©ral Valluy, le commandant en chef, avait configurĂ© les troupes du gĂ©nĂ©ral Nyo Ă  prĂšs de 40% des forces du corps expĂ©ditionnaire : 23 de ses 69 bataillons d’infanterie, 9 groupes d’artillerie et 5 escadrons de cavalerie, soit 38 000 hommes, auxquels s’ajoutaient les 6 000 hommes de la garde cochinchinoise et la totalitĂ© des partisans soit environ 10 000[14].

La principale faiblesse des troupes françaises venait de leur dispersion. De nombreuses missions de sĂ©curitĂ© dĂ©tournaient la plupart d’entre elles de la « chasse Ă  l’ennemi Â». Elles avaient Ă  protĂ©ger, outre leurs propres bases, les axes de communication, les installations Ă©conomiques, notamment les plantations d’hĂ©vĂ©as, et la population des campagnes.

Ceci Ă©tant dit, l’auteur du livre Histoire de la Guerre d’Indochine prĂ©cise davantage ses explications en spĂ©cifiant que ces stratĂ©gies et tactiques rendaient les hommes des troupes françaises immobiles. Donc, cela avantageait considĂ©rablement le ViĂȘt-Minh en termes de forces mobiles, car il pouvait saisir l’occasion « de se concentrer au moment et Ă  l’endroit oĂč il le voulait. Â» Une autre chose importante Ă  mentionner : la difficultĂ© de la guerre, pour les Français, Ă©tait accrue par l’impossibilitĂ© de distinguer un Vietnamien ordinaire d’un guĂ©rillero.

Finalement, la bataille de DiĂȘn BiĂȘn Phu, Ă  la limite occidentale du Tonkin (Nord du Vietnam), dans les montagnes aux confins du Laos, a violemment mis un terme Ă  la domination française sur l’Indochine. Selon Laurent Henninger, un Français chargĂ© de mission au Centre d’études d’histoire de la dĂ©fense, l’installation de sept campements portant un nom de code (Huguette, Lilie, Claudine, Éliane, Dominique) permettait au corps expĂ©ditionnaire français de garder un contrĂŽle sur « la route qui relie HanoĂŻ au Laos et [
] de saisir cette plaine coupĂ©e d’une riviĂšre et entourĂ©e de collines formant comme un immense stade. Â»[15] D’ailleurs, pour l’État-major français, DiĂȘn BiĂȘn Phu devait ĂȘtre utilisĂ© comme un point de fixation pour attirer le ViĂȘt-Minh, un adversaire insaisissable, dans une bataille rangĂ©e. L'Ă©tat-major français compte sur sa supĂ©rioritĂ© aĂ©rienne pour clouer au sol et Ă©liminer les forces ennemies. En fait, le Viet Minh dĂ©joue la surveillance aĂ©rienne en faisant passer hommes et matĂ©riels par des pistes invisibles sous les arbres, sur des vĂ©hicules bricolĂ©s avec des carcasses de vĂ©los. Le creusement d'abris souterrains lui permet d'Ă©chapper aux bombardements aĂ©riens. Les premiĂšres vagues d'assaut (50 000 hommes du gĂ©nĂ©ral Nguyen Vo Giap contre 11 000 soldats français) mettent l'ensemble du camp Ă  la portĂ©e de la puissante artillerie (d'origine chinoise) amenĂ©e Ă  pied d'oeuvre par le Viet Minh. La piste d'atterrissage devenue inutilisable, la garnison française n'est plus ravitaillĂ©e que par des parachutages dramatiquement insuffisants. Le 7 mai 1954, aprĂšs deux mois de rĂ©sistance acharnĂ©e, la base de DiĂȘn BiĂȘn Phu tombe.

D’ailleurs, selon Laurent Henninger, « nul ne pouvait prĂ©voir que le gĂ©nĂ©ral Giap concentrerait autant d’artillerie sur des collines aussi escarpĂ©es et recouvertes de jungle. Â» La France avait demandĂ© Ă  son alliĂ©, les États-Unis, d’autoriser une intervention aĂ©rienne pour sauver le camp retranchĂ©, mais le prĂ©sident Dwight Eisenhower, qui craignait une extension du conflit par engagement de la Chine, avait refusĂ©. A Paris, une nouvelle crise parlementaire fait tomber Bidault et Pleven, partisans de la poursuite des opĂ©rations, et amĂšne au pouvoir Pierre MendĂšs France avec un programme de nĂ©gociation. La confĂ©rence de GenĂšve consacrĂ©e au rĂšglement de la question indochinoise s’ouvre le lendemain de la chute de DiĂȘn BiĂȘn Phu.

Conclusion générale

Finalement, le prĂ©sident du conseil, Pierre MendĂšs France, conclut la confĂ©rence de GenĂšve le 21 juillet 1954 et ces accords, selon Jacques Dalloz, n’ont point donnĂ© « une issue dĂ©finitive au problĂšme vietnamien, mais permettent Ă  la France de s’en dĂ©gager. Â» Le ViĂȘt Nam sera coupĂ© en deux parties Ă  partir du 17e parallĂšle : au Nord, la RĂ©publique dĂ©mocratique du ViĂȘt Nam (communiste), au Sud se trouvera un ViĂȘt Nam pro-occidental. Par la suite, l’indĂ©pendance du ViĂȘt Nam (divisĂ© en deux parties), du Laos et du Cambodge est reconnue. Selon les accords de GenĂšve, des Ă©lections devront ĂȘtre tenues dans les deux ans afin d’unifier le Vietnam. Mais le non-respect de cette Ă©chĂ©ance entraĂźne une reprise de la guĂ©rilla communiste (Vietcong) dans le Sud. À partir de 1964, les États-Unis soutiendront massivement, d’un point de vue militaire, le gouvernement sud-vietnamien et cela plongera le ViĂȘt Nam dans une autre guerre.

Administration coloniale de l'Indochine française

Gouverneurs généraux de l'Indochine française

Gouverneurs gĂ©nĂ©raux de l’Indochine française
Liste des gouverneurs généraux de l'Indochine française
Nom Année
Jean Antoine Ernest Constans 16 novembre 1887 - avril 1888
Étienne Antoine Guillaume Richaud avril 1888 - 31 mai 1889
Jules Georges Piquet 31 mai 1889 - avril 1891
Bideau (par intérim) Avril 1891 - juin 1891
Jean-Marie Antoine de Lanessan juin 1891 - 31 décembre 1894
Léon Jean Laurent Chavassieux (par intérim) mars 1894 - octobre 1894
François Pierre Rodier (par intérim) décembre 1894 - février 1895
Paul Armand Rousseau février 1895 - 10 décembre 1896
Augustin Juline FourÚs (par intérim) décembre 1896 - 13 février 1897
Joseph Athanase Paul Doumer 13 février 1897 - octobre 1902
Jean Baptiste Paul Beau octobre 1902 - février 1907
Louis Alphonse Bonhoure (par intérim) 18 février 1907- Septembre 1908
Antony Wladislas Klobukowski Septembre 1908 - Janvier 1910
Albert Jean George Marie Louis Picquié (par intérim) janvier 1910 - février 1911
Paul Louis Luce février 1911 - novembre 1911
Albert Pierre Sarraut novembre 1911 - janvier 1914
Joost van Vollenhoven (par intérim) janvier 1914 - 7 avril 1915
Ernest Nestor Roume avril 1915 - mai 1916
Jean EugÚne Charles (par intérim) mai 1916 - janvier 1917
Albert Sarraut janvier 1917 - mai 1919
Maurice Antoine François Montguillot (par intérim) mai 1919 - février 1920
Maurice Long février 1920 - avril 1922
François Marius Baudoin (par intérim) avril 1922 - août 1922
Martial Henri Merlin août 1922 - avril 1925
Maurice Antoine François Montguillot avril 1925 - novembre 1925
Alexandre Varenne 18 novembre 1925 - janvier 1928
Maurice Antoine François Montguillot janvier 1928 - août 1928
Pierre Marie Antoine Pasquier 22 août 1928- 15 janvier 1934
EugÚne Jean Louis René Robin 15 janvier 1934- septembre 1936
Joseph Jules Brévié septembre 1936- 23 août 1939
Georges Catroux (par intérim) 23 août 1939 - 25 juin 1940
Jean Decoux 25 juin 1940 - 9 mars 1945
Yuichi Tsuchihashi 9 mars 1945 - 28 août 1945
Takeshi Tsukamoto (suppléant de Tsuchihashi) 9 mars 1945- 15 août 1945

Hauts commissaires de France en Indochine

Le 22 aoĂ»t 1945, la DGER fait parachuter deux Ă©quipes avec Ă  leur tĂȘte un commissaire de la RĂ©publique : Pierre Messmer pour le Nord, Jean CĂ©dile pour le Sud.

Liste des hauts commissaires
Nom Année
Jean Marie ArsĂ©ne CĂ©dile (par intĂ©rim) 23 septembre 1945 - 5 octobre 1945
Philippe de Hauteclocque dit Leclerc (par intĂ©rim) 5 octobre 1945 - 31 octobre 1945
Georges Louis Marie Thierry d'Argenlieu 31 octobre 1945 - 1er avril 1947
Émile Bollaert 1er avril 1947 - 11 octobre 1948
LĂ©on Marie Adolphe Pascal Pignon 20 octobre 1948 - 17 dĂ©cembre 1950
Jean de Lattre de Tassigny 17 dĂ©cembre 1950 - 11 janvier 1952
Jean Letourneau 1er avril 1952 - 27 avril 1953

Commissaires généraux

Liste des commissaires généraux
Nom Durée du mandat
Jean Letourneau 27 avril 1953 - 28 juillet 1953
Maurice Dejean 28 juillet 1953 - 10 avril 1954
Paul Ély 10 avril 1954 - Avril 1955
Henri Hoppenot Avril 1955 - 21 juillet 1956

Administration territoriale de l'Annam

Chargés d'affaires

Liste des chargés d'affaires siégeant à Hué (applicable pour le Tonkin)
Nom Durée du mandat
Pierre Paul Rheinart 1875 - 1876
Paul-Louis-FĂ©lix Philastre 1876 - 1879
Pierre Paul Rheinart 1879 - 1880
Louis EugĂšne Palasme de Champeaux 1880 - 1881
Pierre Paul Rheinart 1881 - 1883
François Jules Harmand 1883 - 1884

Résidents généraux

Liste des résidents généraux (à Hué)
Nom Durée du mandat
Pierre Paul Rheinart (provisoire) 11 juin 1884 - Octobre 1884
Victor Gabriel Lemaire Octobre 1884 - 31 mai 1885
Philippe Marie André Roussel de Courcy 31 mai 1885 - Janvier 1886
Paul Bert 18 avril 1886 - 11 novembre 1886
Alexandre Vial (par intérim) Novembre 1886 - Janvier 1887
Paul Louis Georges Bihouard 30 janvier 1887 - 23 janvier 1888
Étienne Antoine Guillaume Richaud 1888
Pierre Paul Rheinart Novembre 1888 - 9 mai 1889

Résidents supérieurs

Liste des résidents supérieurs
Nom Durée du mandat
Charles Dillon 1886 - 1888
SĂ©raphin Hector 1888 - 1889
LĂ©on Jean Laurent Chevassieux 1889
SĂ©raphin Hector 1889 - 1891
Ernest Albert BriĂšre Octobre 1891 - 1897
Jean Calixte Alexis Auvergne 1897 - 1898
LĂ©on Jules Pol Boulloche Mars 1898 - 1900
Jean Calixte Alexis Auvergne 9 mai 1901 - 1904
Jean-Ernest Moulié 1904 - 1906
Fernand Ernest LĂ©vecque 1906 - 1908
Élie Jean-Henri Groleau 1908 - 1910
Henri Victor Sestier 1910 - 1912
Georges Marie Joseph Mahé 1912 - 1913
Jean François EugÚne Charles 1913 - 1920
Général Pierre Pasquier 1920 - 1927
Jules Fries 1927 - 1928
Aristide EugĂšne Le Fol 1928 - 1931
Yves Charles ChĂątel 1931 - 1934
Maurice Fernand Graffeuil 1934 - 1940
Émile Louis François Grandjean 1940 - Mars 1945
Masayuki Yokoyama Mars 1945 - 1945
Jean Sainteny 22 aoĂ»t 1945 - Environ vers dĂ©cembre 1946
Chanson Environ vers 1948 - 31 juillet 1951
Raoul Salan 1er aoĂ»t 1951 - Avril 1952
Georges Émile Le Blanc 1953 - ?
Gabriel-Louis-Marie Bourgund Aucune information disponible

Administration territoriale du Tonkin

Résidents supérieurs

Liste des résidents supérieurs (siégeant à Hanoï et subordonnés à l'Annam jusqu'en 1888)
Nom Durée du mandat
Alexandre Vial 1886
Jean Thomas Raoul Bonnal 1886 - 1887
Poste aboli 1887 - 1888
EusÚbe Irénée Parreau Avril 1888 - 1889
Ernest Albert BriĂšre 1889 - Octobre 1891
LĂ©on Jean Laurent Chavassieux 1891 - 1893
François Pierre Rodier 1893 - 1895
Poste aboli 1895 - 1897
LĂ©on Jules Pol Boulloche 1897
Augustin Julien FourĂšs 1897 - 1904
Jean-Henri Groleau 1904 - 1907
Louis Alphonse Bonhoure 9 mars 1907 - 1907
Louis Jules Morel 1907 - 1909
Jules Simoni 1909 - 1912
LĂ©on Louis Jean Georges Destenay 15 dĂ©cembre 1912 - 8 juin 1915
Maurice Joseph Le Gallen 1915 - 1916
Jean Baptiste Édouard Bourcier Saint-Gaffray 1917 - 1921
Maurice Antoine François Monguillot 1921 - 1925
EugÚne Jean Louis René Robin 1925 - 1930
Auguste EugĂšne Ludovic Tholance 1930 - 1937
Yves Charles ChĂątel 1937 - 1940
Émile Louis François Grandjean 1940 - 1941
Pierre Abel Delsalle 1941 - 1942
Camille Auphelle 194. - 9 mars 1945
Kumao Nishimura (Résident japonais) Mars 1945 - Août 1945
Pierre Messmer (par intĂ©rim) 18 aoĂ»t 1945 - 22 aoĂ»t 1945
Jean Sainteny 22 aoĂ»t 1945 - 1946
Jean Valluy Mars 1946 - 1946
Jean CrĂ©pin 1946 - 17 aoĂ»t 1946
Louis MorliĂšre 17 aoĂ»t 1946 - FĂ©vrier 1947 (estimation)
Yves Digo Environ 1948
Marcel Alessandri 19.. - Novembre 1950
Pierre Boyer de la Tour 24 novembre 1950 - 29 dĂ©cembre 1950
Raoul Albert Louis Salan (par intĂ©rim) 29 dĂ©cembre 1950 - 10 fĂ©vrier 1951
François de LinarÚs Février 1951 - 8 mai 1953
René Cogny Mai 1953 - 1955

Administration territoriale de la Cochinchine

Gouverneurs militaires (1858-1879)

Liste des gouverneurs militaires
Nom Durée du mandat Lieu de résidence
Charles Rigault de Genouilly Septembre 1858 - 1859 Tourane (Da Nang)
ThĂ©ogĂšne François Page 19 octobre 1859 - 23 mars 1860
Charles Rigault de Genouilly 18 fĂ©vrier 1859 - 1859 SaĂŻgon
Jean Bernard Jauréguiberry (par intérim) 1859 - Mars 1860
ThĂ©ogĂšne François Page Mars 1860 - 6 fĂ©vrier 1861
Joseph Hyacinthe Louis Jules d'AriĂšs (remplaçant de ThĂ©ogĂšne François Page) 1er avril 1860 - 6 fĂ©vrier 1861
LĂ©onard Victor Joseph Charner 6 fĂ©vrier 1861 – 30 novembre 1861
Louis Adolphe Bonard 30 novembre 1861 – 16 octobre 1863
Pierre Paul Marie de La GrandiĂšre 16 octobre 1863 – 4 avril 1868
Marie Gustave Hector Ohier 4 avril 1868 – 10 dĂ©cembre 1869
Joseph Faron (par intĂ©rim) 10 dĂ©cembre 1869 – 9 janvier 1870
Alphonse Jean Claude RenĂ© ThĂ©odore de Cornulier-LuciniĂšre 9 janvier 1870 – 1er avril 1871
Marie Jules DuprĂ© 1er avril 1871 – 16 mars 1874
Jules François Émile Krantz (par intĂ©rim) 16 mars 1874 – 30 novembre 1874
Victor Auguste, baron DupĂ©rrĂ© 30 novembre 1874 – 16 octobre 1877
Louis Charles Georges Jules Lafont 16 octobre 1877 – 7 juillet 1879

Gouverneurs (1879-1887)

Liste des gouverneurs
Nom Durée du mandat
Charles Le Myre de Villiers 7 juillet 1879 - 7 novembre 1882
Charles Anthoine François Thomson 7 novembre 1882 - Juillet 1885
Charles Auguste Frédéric Bégin Juillet 1885 - Juin 1886
Ange Michel Filippini Juin 1886 - 22 octobre 1887
NoĂ«l Pardon (par intĂ©rim) 23 octobre 1887 - 2 novembre 1887
Jules Georges Piquet (par intĂ©rim) 3 novembre 1887 - 15 novembre 1887

Lieutenants gouverneurs (1887-1911)

Liste des lieutenants gouverneurs (subordonnés aux Gouverneurs-généraux de l'Indochine française)
Jean Antoine Ernest Constans Novembre 1887 - Avril 1888
Auguste EugĂšne Navelle Avril 1888 - 1888
Poste aboli 1888 - 1889
Augustin Julien FourĂšs 1889
Henri Danel 1889 - 1892
Augustin Julien FourĂšs 1892 - 1895
Alexandre Antoine Étienne Gustave Ducos 1895 - 1897
Ange EugĂšne Nicolai 1897 - 1898
Édouard Picanon 1898 - 1901
Henri FĂ©lix de Lamothe 1901 - 1902
François Pierre Rodier 1902 - 1906
Olivier Charles Arthur de Lalande de Calan 1906 - 1907
Louis Alphonse Bonhoure 29 juin 1907 - 9 janvier 1909
Jules Maurice Gourbeil 1909 - 1911

Gouverneurs (1911-1954)

Liste des gouverneurs (subordonnés aux Gouverneurs-généraux de l'Indochine française)
Nom Durée du mandat
Jules Maurice Gourbeil 1911 - 1916
Maurice Joseph La Gallen 1916 - 1921
Georges Maspéro (remplaçant de La Gallen) Juin 1918 - Février 1920
Maurice Cognacq 1921 - 1926
Paul Marie Alexis Joseph Blanchard de la Brosse 1926 - 1929
Auguste EugÚne Ludovic Tholance (par intérim) 1929
Jean-FĂ©lix Krautheimer 1929 - 1934
Pierre André Michel PagÚs 1934 - 1939
René Veber 1939 - 1940
André Georges Rivoal 1940 - 1942
Hoeffel 1942 - 1945
Minoda Fujio 9 mars 1945 - 15 aoĂ»t 1945
Jean CĂ©dile 22 aoĂ»t 1945 - 1946
Albert Torel 1946 - 1947
Amadeus Danla Rdouzacauseduchien 1947 - 1954

Administration territoriale du Cambodge

Réprésentants du Protectorat au Cambodge (1863-1885)

Liste des Représentants du Protectorat au Cambodge
Nom Durée du mandat
Ernest Marc Louis de Gonzague Doudart de Lagrée avril 1863 - juillet 1866
Armand Pottier (1Úre) juillet 1866 - 20 février 1868
Jean Moura (1Úre) 20 février 1868 - 10 mars 1870
Armand Pottier (2Úme) (par intérim) 10 mars 1870 - 11 novembre 1870
Jules Marcel Brossard de Corbigny (par intérim) 11 novembre 1870 - 1 janvier 1871
Jean Moura (2Ăšme) 1 janvier 1871 - 6 janvier 1879
Étienne François Aymonier (par intĂ©rim) 6 janvier 1879 - 10 mai 1881
Augustin Julien FourÚs (par intérim) 10 mai 1881 - 12 août 1885

Résidents généraux (1885-1889)

Liste des Résidents généraux
Nom Durée du mandat
Jules Victor Renaud (intérim) 12 août 1885 - 16 octobre 1885
Pierre de Badens (provisoire) 16 octobre 1885 - 17 mai 1886
Jules Georges Piquet 17 mai 1886 - 4 novembre 1887
Louis EugĂšne Palasne de Champeaux 4 novembre 1887 - 10 mars 1889

Résidents supérieurs (1889-1945)

Liste des Résidents supérieurs (subordonnés aux Gouverneurs-généraux de l'Indochine française)
Nom Durée du mandat
Louis Albert Huyn de Vernéville 16 mai 1889 - 24 janvier 1894
Félix Léonce Marquant 24 janvier 1894 - 4 août 1894
Louis Albert Huyn de Vernéville (2Úme) 4 août 1894 - 14 mai 1897
Alexandre Antoine Étienne Gustave Ducos 14 mai 1897 - 16 janvier 1900
Louis Paul Luce 16 janvier 1900 - 3 juin 1901
LĂ©on Jules Pol Boulloche 3 juin 1901 - 17 juillet 1902
Charles Pallier 17 juillet 1902 - 26 octobre 1902
Henri FĂ©lix de Lamothe 26 Oct 1902 - 25 septembre 1904
Jules Louis Morel 25 septembre 1904 - 16 octobre 1905
Olivier Charles Arthur de Lalande de Calan 16 octobre 1905 - 29 décembre 1905
Louis Paul Luce (2Úme) 29 décembre 1905 - 26 juillet 1911
Antoine Georges AmĂ©dĂ©e Ernest Outrey (jusqu'au 8 octobre 1911) 26 juillet 1911 - 26 mars 1914
Xavier Tessarech 26 mars 1914 - 25 juillet 1914
Maurice Le Gallen 25 juillet 1914 - [22 octobre 1914
François Marius Baudouin [22 octobre 1914 - 20 janvier 1927
Georges Maspéro (en place de Baudouin) 15 avril 1920 - 6 décembre 1920
Joseph Létang (en place de Baudouin) 6 décembre 1920 - 21 février 1921
Victor Édouard Marie L'Helgoualc'h (en place de Baudouin) 10 avril 1922 - 8 mai 1924
Aristide EugĂšne Le Fol 20 janvier 1927 - 1 janvier 1929
Achille Louis Auguste Silvestre 1 janvier 1929 - 12 janvier 1929
Fernand Marie Joseph Antoine Lavit 12 janvier 1929 - 4 mars 1932
Achille Louis Auguste Silvestre (jusqu'au 7 décembre 1932) 4 mars 1932 - 15 janvier 1935
Henri Louis Marie Richomme 15 janvier 1935 - 12 décembre 1936
Léon Emmanuel Thibaudeau 12 décembre 1936 - 29 décembre 1941
Jean de Lens 29 décembre 1941 - 2 mars 1943
Georges Armand LĂ©on Gauthier 2 mars 1943 - novembre 1944
André Joseph Berjoan (prisonnier des japonais 9 mars/août 1945) novembre 1944 - 9 mars 1945
Kubo (Japon) 14 mars 1945 - août 1945
André Joseph Berjoan (2Úme) 1945 - 15 octobre 1945

Commissaires de la RĂ©publique au Cambodge (1945-1953)

Liste des Commissaires de la République au Cambodge (subordonnés aux Haut-Commissaires de France en Indochine)
Nom Durée du mandat
Huard 15 octobre 1945 - 10 avril 1946
Romain Victor PĂ©navaire 10 avril 1946 - 20 mai 1947
LĂ©on Marie Adolphe Pascal Pignon 20 mai 1947 - 20 octobre 1948
Lucien Vincent Loubet 20 octobre 1948 - 26 février 1949
Jean Léon François Marie de Raymond (assassiné) 26 février 1949 - 29 octobre 1951
Yves Digo 29 octobre 1951 - 16 mai 1952
Jean Risterucci 16 mai 1952 - 9 novembre 1953

Administration territoriale du Laos

RepĂšres chronologiques - De la conquĂȘte Ă  la dĂ©colonisation

  • aoĂ»t 1858 : DĂ©barquement de l'escadre franco-espagnole de Charles Rigaud de Grenouilly qui s'empare de Tourane.
  • fĂ©vrier 1859 : Prise de Saigon, capitale de la Cochinchine d'alors, par la France, seule, car l'Espagne a auparavant abandonnĂ© la conquĂȘte aprĂšs l'Ă©chec d'une tentative contre HuĂȘ.
  • 5 juin 1862 : Conclusion entre la France et l'empereur de l'Annam du TraitĂ© de Saigon, stipulant que les trois provinces orientales du sud du Dai Nam deviennent la colonie de Cochinchine.
  • 1866-1868 : Exploration du MĂ©kong (fleuve prenant source en Chine et descendant tout le long du Cambodge, du Laos et du Vietnam pour se jeter tout au sud dans la mer de Chine mĂ©ridionale) dĂ©montrant son impraticabilitĂ©. Il ne reste donc plus que le Song Koi, dit le Fleuve Rouge pour pĂ©nĂ©trer en Chine en occupant le Delta du Nord et revenir sur l’Angleterre qui, elle, monopolise le marchĂ© chinois depuis la PremiĂšre guerre de l'opium (1839-1842).
  • 1867 : La France Ă©rige en colonie la Cochinchine et annexe Ă  ce moment le Cambodge.
  • 15 mars 1874 : NĂ©gociations entre la France et l'empereur de l'Annam qui aboutissent au deuxiĂšme TraitĂ© de Saigon, complĂ©tĂ© le 31 mars.
  • 1882-1897 : le Centre et le Nord du ViĂȘt Nam ainsi que les principautĂ©s lao passent sous la tutelle française.
  • 1897-1911: CrĂ©ation de l'Union indochinoise constituĂ©e d'une colonie (la Cochinchine), de trois protectorats (Annam, Laos, Cambodge) et d'un semi-protectorat (le Tonkin).
  • 1900-1926: Le nationalisme vietnamien rĂ©formiste et radical fait son apparition.
  • 27 avril 1919 : Discours d'Albert Sarraut, le gouverneur gĂ©nĂ©ral de l'Indochine, Ă  HanoĂŻ. Il propose une "collaboration franco-vietnamienne".
  • 1925: Nguyen Ai Quoc, un homme plutĂŽt connu sous le nom d'HĂŽ Chi Minh, fonde l'Association de la jeunesse rĂ©volutionnaire vietnamienne.
  • FĂ©vrier 1930 : Échec de la mutinerie de la garnison de Yen bay; le Parti national dĂ©mocratique est dĂ©capitĂ©. Nguyen Ai Quoc unifie les trois groupuscules communistes en un parti communiste vietnamien.
  • 1930-1931: SoulĂšvement des paysans du Nghe Tinh, Quang nam, Quang ngai et de Cochinchine organisĂ© par le Parti Communiste Indochinois.
  • 1930-1934: La crise Ă©conomique mondiale qui a commencĂ© aux États-Unis en 1929 s'Ă©tend en Indochine.
  • 1936-1937: Grand mouvement social: grĂšves, occupations de terres.
  • 1945
9 mars : Coup de force japonais. L'indĂ©pendance des trois monarchies indochinoises est proclamĂ©e.
11 mars : Proclamation de l'indĂ©pendance du ViĂȘt Nam par l'empereur Bao Dai.
24 mars : DĂ©claration du gouvernement provisoire de la RĂ©publique française sur l'Indochine.
13-14 aoĂ»t : DĂ©but de l'insurrection vietnamienne.
15 aoĂ»t : L'amiral Thierry d'Argenlieu est nommĂ© haut commissaire en Indochine.
22 aoĂ»t : Jean Sainteny arrive Ă  HanoĂŻ.
2 septembre: Capitulation japonaise. Le Vietminh prend le pouvoir au ViĂȘt Nam et proclame l'indĂ©pendance de la RĂ©publique dĂ©mocratique du ViĂȘt Nam (RDV).
11 septembre : ArrivĂ©e des Chinois Ă  HanoĂŻ.
5 octobre : Leclerc dĂ©barque Ă  SaĂŻgon.
31 octobre : ArrivĂ©e du gĂ©nĂ©ral d'Argenlieu Ă  SaĂŻgon.
  • 1946
6 mars : DĂ©barquement français Ă  Haipong.
18 mars : EntrĂ©e du gĂ©nĂ©ral Leclerc Ă  HanoĂŻ.
1er juin : Proclamation de la rĂ©publique de Cochinchine.
6 juillet : DĂ©but de la confĂ©rence de Fontainebleau.
19 dĂ©cembre : Insurrection Ă  HanoĂŻ.
  • 1947
5 mars : Bollaert remplace d'Argenlieu.
23 dĂ©cembre : Le Laos et le Cambodge adhĂšrent Ă  l'Union française. Paris rĂ©cuse toute perspective de nĂ©gociations avec HĂŽ Chi Minh.
  • 1948
5 juin : Accords de la baie d'Along.
  • 1949
8 mars : Accords Ă©tablis entre Auriol et Bao Dai.
19 juillet : Le Laos devient État associĂ©.
Octobre : Mao Zedong, chef du Parti communiste chinois, proclame la RĂ©publique populaire de Chine aprĂšs avoir remportĂ© une guerre civile, qui avait commencĂ© en 1946, contre les troupes nationalistes dirigĂ©es par le gĂ©nĂ©ral Tchang KaĂŻ-chek, ancien commandant en chef des forces alliĂ©s en Asie pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Les troupes nationalistes s'enfuiront vers l'Ăźle de TaĂŻwan pour former un gouvernement indĂ©pendant face Ă  la Chine.
8 novembre : Le Cambodge devient État associĂ©.
DĂ©cembre : Accords franco-vietnamiens. ArrivĂ©e des troupes communistes chinoises Ă  la frontiĂšre du Tonkin.
  • 1950
Janvier : Reconnaissance de la RĂ©publique dĂ©mocratique du ViĂȘt Nam par la RĂ©publique populaire de Chine, puis par l'Union soviĂ©tique), qui Ă©tait dirigĂ©e par Joseph Staline. Ratification par l'AssemblĂ©e nationale française des accords d'association des États d'Indochine.
7 fĂ©vrier : Les États-Unis reconnaissent le gouvernement Bao Dai.
25 juin : DĂ©but de la Guerre de CorĂ©e (1950-1953)
3-8 octobre : DĂ©faite française Ă  Cao Báș±ng.
Novembre : Intervention chinoise en CorĂ©e.
DĂ©cembre : Le gĂ©nĂ©ral de Lattre est nommĂ© haut commissaire en Indochine.
  • 1952
11 janvier : Mort du gĂ©nĂ©ral de Lattre.
Avril : Salan devient commandant en chef.
Octobre : Offensive vietminh en pays thaĂŻ.
  • 1953
Mars : Offensive vietminh au Nord-Laos.
27 juillet : Armistice en CorĂ©e.
  • 1954
25 janvier : Ouverture de la ConfĂ©rence de Berlin. Le communiquĂ© final annonce qu’une prochaine ConfĂ©rence, sur les questions asiatiques, se tiendra Ă  GenĂšve.
13 mars : DĂ©but de la bataille de Dien Bien Phu.
26 avril : ConfĂ©rence de GenĂšve.
7 mai : DĂ©faite française Ă  Dien Bien Phu.
8 mai : DĂ©but de la phase indochinoise de la ConfĂ©rence de GenĂšve.
4 juin : TraitĂ©s franco-vietnamiens.
20 juillet : Signature des accords de GenĂšve.
9 octobre : Les Français Ă©vacuent HanoĂŻ.
Novembre : DĂ©but de la guerre d'AlgĂ©rie.
DĂ©cembre : Accords entre la France, le Laos, le Cambodge et le Sud-Vietnam.
  • 1955
15 mai : Les derniĂšres troupes françaises quittent le Nord-Vietnam.

L'Indochine dans la culture

Films

Livres

Personnalités

Elles y sont nĂ©es :

Bibliographie

Livres

  • Éditions Larousse, Le Petit Larousse IllustrĂ©, Paris, Larousse, 2001, p. 1214, 1408, 1458, 1476, 1745
  • Pierre Brocheux. Indochine. La colonisation ambiguĂ«, 1858–1954, La DĂ©couverte, 1995
  • Philippe Franchini. Les mensonges de la guerre d’Indochine, Paris, Perrin, 2005, p. 141-161, 169-194
  • Vo Nguyen Giap. MĂ©moires - 1946-1954, tome 1 « La rĂ©sistance encerclĂ©e Â», Paris, Éditions Anako, coll. « Grands TĂ©moins Â», 317 p.
  • Yves Gras. Histoire de la guerre d’Indochine, Saint-Amand-Montrond, DenoĂ«l, coll. « Destins croisĂ©s Â», 1992, 584 p.
  • Contre-amiral Paul RomĂ©. Les oubliĂ©s du bout du monde : Journal d'un marin d'Indochine de 1939 Ă  1946, Brest, Éditions Danclau, 1998, 275 p.
  • Alain, Ruscio, La guerre française d’Indochine, Bruxelles, Éditions complexe, coll. « 1945-1954 – La mĂ©moire du siĂšcle Â», 1992, 234 p.
  • Pierre, SingaravĂ©lou, L'École française d'ExtrĂȘme-Orient ou l'institution des marges. Essai d'histoire sociale et politique de la science coloniale (1898-1956), Paris-MontrĂ©al-Turin, L'Harmattan, 1999.
  • Hugues Tertrais. « Les intĂ©rĂȘts français en Indochine entre 1954 et 1975 Â», dans Du conflit d’Indochine aux conflits indochinois, sous la direction de Pierre Brocheux, Paris, Éditions complexe, 2000, p. 37-52
  • Raymond Toinet. Une guerre de trente-cinq ans, Paris, Lavauzelle, 1998, 529 p.
  • Alain, Gandy, La lĂ©gion en Indochine 1885-1955, Presses de la citĂ©, 1988.
  • RenĂ©, Bail et Jean-Pierre, Bernier, Indochine 1945-1954, 2°partie: Haiphong-Hanoi..., Ă©ditions Heimdal 1988.
  • Histoire de la marine française en Indochine de 1939 Ă  1945
  • Henri Copin, L'Indochine dans la littĂ©rature française des annĂ©es vingt Ă  1954, L'Harmattan, 1996
  • Henri Copin, L'Indochine des romans, Kailash, 2000
  • Jean Decoux, Amiral, A la barre de l'Indochine, Plon, 1949
  • Alain Forest, Le Cambodge et la colonisation française : Histoire d'une colonisation sans heurts (1897-1920), Editions L'Harmattan , 1993, ISBN 978-2858021390, 542 p.
  • François, Graveline, Des hĂ©vĂ©as et des hommes : L'aventure des plantations Michelin, ed. Nicolas Chaudun, 2006

Magazines

  • Indochine, ViĂȘt Nam. Colonisation, guerres et communisme, « Les collections de l'Histoire Â», n°23, avril-juin 2004
  • Pierre Assouline. « Duras, l'Indochinoise Â», L'Histoire, no 203, octobre 1996, p. 46-47
  • Claude Aziza. « Les soldats perdus de Pierre Schoendoerffer Â», L'Histoire, n° 203, octobre 1996, p. 46-47
  • Mariane Boucheret. « Le triomphe du caoutchouc Â», L'Histoire, no 203, octobre 1996, p. 39
  • Pierre Brocheux. « Un siĂšcle de colonisation Â», L'Histoire, no 203, octobre 1996, p. 26-33
  • Jacques Dalloz. « Pourquoi la France a perdu la guerre Â», Histoire, n° 203, (octobre 1996), p. 40-45
  • Jean-Michel Gaillard. « Le dĂ©sastre de Lang Son Â», L'Histoire, n° 203, octobre 1996, p. 34-35
  • Jean-Michel Gaillard. « La France en Indochine – Une guerre perdue d’avance Â», Histoire, n° 248, (novembre 2000), p. 21-22
  • Laurent Henninger. « Dien Bien Phu : Qu’allaient-ils faire dans cette “cuvette” ? Â», Histoire, n° 287, (mai 2004), p. 29-30
  • Christophe DutrĂŽne et Etienne Le Baube, L'Indochine en guerre 1940-1945, Batailles hors sĂ©rie n°3, Histoire & collections, 2005.
  • "Les opĂ©rations terrestres de la guerre franco-thaĂŻlandaise. 1940-1941" dans "Champs de bataille" n°19. Article, Ă©crit par Yann MahĂ© et Etienne le Baube et illustrĂ© par Guillaume Le Baube, qui analyse et dĂ©taille le dĂ©roulement des opĂ©rations.
  • Revue historique des armĂ©es n°194, Indochine 1939-1954, SHAT, 1994.

Notes et références

  1. ↑ Jean-Michel Gaillard. « Le dĂ©sastre de Lang Son Â», L'Histoire, no 203, octobre 1996, p. 34
  2. ↑ Au dix-septiĂšme siĂšcle, pour les besoins de l'Ă©vangĂ©lisation, des missionnaires catholiques portugais, espagnols, italiens et français mirent au point une transcription en alphabet latin de la langue vietnamienne. Le jĂ©suite français Alexandre de Rhodes en fut le principal diffuseur et passa longtemps pour l'avoir inventĂ©e. L'historien français Pierre Brocheux affirme que des recherches approfondies et non encore publiĂ©es relativisent aujourd'hui son rĂŽle.
  3. ↑ Les mandarins, recrutĂ©s par concours triennaux, Ă©taient les fonctionnaires de l'ancien ViĂȘt-Nam
  4. ↑ Pierre Brocheux. « Un siĂšcle de colonisation Â», L'Histoire, no. 203, octobre 1996, p. 31
  5. ↑ La IIIe Internationale (ou Komintern) fut fondĂ©e par LĂ©nine en 1919 et dissoute par Joseph Staline en 1943. La stratĂ©gie « classe contre classe Â» - Ă  l’inverse de celle, antifasciste, de Front populaire – consistait Ă  refuser tout compromis ou toute alliance avec les dĂ©mocrates et les socialistes qualifiĂ©s de bourgeois ou de « social-fascistes Â».
  6. ↑ (fr) Le coup de force du 9 mars 1945
  7. ↑ Biographie (en) du gĂ©nĂ©ral Gracey sur le site du King's College de Londres; Liddell Hart Centre for Military Archives
  8. ↑ (fr) Spartacus. « ViĂȘt Nam War Overview Â», page consultĂ©e le 13 avril 2006
  9. ↑ (fr) PremiĂšre guerre d'Indochine, page consultĂ©e le 17 avril 2006
  10. ↑ Jacques Dalloz. « Pourquoi la France a perdu la guerre Â», Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 42
  11. ↑ Spartacus. « ViĂȘt Nam War Overview Â», (page consultĂ©e le 13 avril 2006), [En ligne], Adresse URL: http://www.spartacus.schoolnet.co.uk/VietnamWar.htm
  12. ↑ Vo Nguyen Giap. MĂ©moires - 1946-1954, tome 1 « La rĂ©sistance encerclĂ©e Â», Paris, Éditions Anako, coll. « Grands TĂ©moins Â», 2003, p. 197
  13. ↑ Jacques Dalloz. « Pourquoi la France a perdu la guerre Â», L'Histoire, no. 203, (octobre 1996), p. 41
  14. ↑ Yves Gras. Histoire de la guerre d’Indochine, Saint-Amand-Montrond, DenoĂ«l, coll. « Destins croisĂ©s Â», 1992, p. 177
  15. ↑ Laurent Henninger. « Dien Bien Phu : Qu’allaient-ils faire dans cette “cuvette”? Â», Histoire, no. 287, (mai 2004), p. 30

Voir aussi

Lien interne

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