Hypostase

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Hypostase

Hypostase désigne une subsistance fondamentale, un principe premier.

L'√©tymologie donne, pour le mot grec hupostasis : hupo = ¬ę dessous ¬Ľ et stasis= ¬ę station, position ¬Ľ. Les hypostases sont des principes premiers, des r√©alit√©s fondamentales, dont l'√©tude rel√®ve de la m√©taphysique ou de la th√©ologie.

Sommaire

Dans le néopythagorisme

D√©j√†, avant le n√©oplatonisme, Eudore d'Alexandrie (fondateur √† Alexandrie, vers 40 av. J.-C., du n√©opythagorisme) posait un principe fondateur, absolument transcendant, et ensuite une paire d'oppos√©s qui en d√©couleraient : la Monade (Limite, Forme) et la Dyade (Illimit√©, Mati√®re), constituant le second Un.

Tandis que la Dyade serait l'archétype de la matière, la Monade serait celui des Idées. L'une et l'autre s'intègreraient dans le Logos, dont l'action sur la matière réaliserait l'univers. Dans cette succession de l'Un suprême, de l'Un composé (de Monade et de Dyade), puis du Logos comme unité d'une multiplicité, se manifesterait la présence de trois dieux ordonnés selon une hiérarchie. Les premières traces de cette notion triadique sont perceptibles dès les trois premières hypothèses du Parménide de Platon, ainsi que dans la lettre II du pseudo-Platon. (Cf. L. Couloubaritsis, Aux origines de la philosophie européenne, De Boeck Université, p. 632-633).

Dans le néoplatonisme

Dans la doctrine n√©oplatonicienne, l‚Äôhypostase est un terme qui d√©signe un principe divin. Le noyau de cette philosophie (d√®s Plotin lui-m√™me) √©tait une sorte d'ontologie, introduisant dans la divinit√© unique des hypostases multiples. Plotin admet trois hypostases (cf. Enn√©ades, trait√© 10 : V.1 : "Sur les trois hypostases qui ont rang de principes") :

  1. l'Un : absolu, ineffable, qui n'a pas de part √† l'√™tre, qui √©chappe √† toute connaissance,
  2. l'Intellect : qui √©mane de l'Un,
  3. l'√āme, concept pluriel comprenant : l'√Ęme du monde et l'√Ęme humaine destin√©e √† descendre dans les corps.

Citation : "On peut comparer l'Un √† la lumi√®re, l'√™tre qui le suit [l'Intellect] au Soleil, et le troisi√®me [l'√āme] √† l'astre de la Lune qui re√ßoit sa lumi√®re du Soleil" (Enn√©ades, trait√© 24 : V.6).

De toute √©vidence il s'agit l√† d'un syst√®me √† la structure ternaire ; on pourrait m√™me dire trinitaire.

Principes de philosophie

On peut considérer que l'hypostase est un transcendantal. De même que l'essence et l'existence.

Affirmer cela, c'est poser que tout √™tre sans exception, f√Ľt-il purement id√©al, poss√®de une hypostase, une essence et une existence. C'est poser, en d'autres termes, que tout √™tre est √† la fois une hypostase, une essence et une existence.

L'hypostase, c'est le sujet, ce dont on parle, ce qui agit, ou qui subit. Cette notion d'hypostase correspond à ce que le bx Duns Scot appelait l'eccéité, ou principe d'individuation.

L'essence, c'est la nature de l'être, ce par quoi on le définit.

L'existence, enfin, c'est le fait d'être concrètement, le Dasein, le fait d'être là.

Il ne peut y avoir d'hypostase sans essence ni existence. Il ne peut y avoir d'essence sans existence (même purement virtuelle) ni hypostase. De même, il ne peut y avoir d'existence sans essence ni hypostase.

Cette "trinité" de l'être (trinité en un sens purement philosophique ou métaphysique) se pose donc comme transcendantale en elle-même, pour en revenir à notre définition du début.

La notion d' "hypostase" doit être soigneusement distinguée de celle de "substance". On pourrait dire au premier abord que les deux termes possèdent une étymologie assez voisine. Tous les deux désigneraient "ce qui se tient en dessous", sous-entendu de l'être.

Il n'en est rien cependant. Remarquons d'abord que le mot "sujet" lui-m√™me signifie "ce qui se tient, ou qui est pos√©, en dessous" : sub-jectum. L'hypostase serait √† rapprocher du mot "sujet" et √† distinguer soigneusement du mot "substance". L'hypostase, c'est le sujet, l'√™tre en tant qu'individuel, ou encore l'ecc√©it√© au sens de Duns Scot.

Toute personne est une hypostase, ou un sujet, ou un √™tre individuel. Mais inversement toute hypostase n'est pas une personne, car la personne, par elle-m√™me, n'est pas un transcendantal : tous les √™tres ne sont pas des personnes, tandis que tous les √™tres sans exception sont des hypostases, ou ont une hypostase.

L'essence est une puissance, c'est-√†-dire un √™tre purement virtuel, ou conceptuel, purement √† venir, purement id√©al, ou mieux id√©el. L'existence, par contre, c'est l'√™tre en acte, l'√™tre r√©el, l'√™tre factuel. L'hypostase, quant √† elle, est √† la fois essence et existence, puissance et acte. Elle est le sujet de l'un et de l'autre. Elle fait le lien entre l'un et l'autre. Elle est le r√©ceptacle de l'un comme de l'autre. C'est √† l'hypostase qu'on attribue l'essence, ou quiddit√© : ce qu'est une chose. Et c'est en parlant de l'hypostase qu'on dit que telle chose existe.

L'essence, c'est encore l'√™tre observ√© du point de vue du principe rationnel d'identit√©. Elle r√©pond √† la question de l'identit√© de l'√™tre, de sa nature, de sa d√©finition. L'existence au contraire ne se d√©finit pas. Elle se constate par l'exp√©rience. Elle correspond au second principe rationnel, celui de causalit√©. Elle r√©pond √† la question de l'origine, ou de la cause, de tel ou tel √™tre. L'hypostase constate le passage de la puissance √† l'acte, de l'essence √† l'existence, de la quiddit√© √† la quoddit√©. Elle fait l'objet du point nodal de la rationalit√©. Elle r√©pond √† la question de l'intentionnalit√© de l'√™tre et de sa prise en charge par la personnalit√©. En elle, l'√™tre devient dialogue, car elle unifie et relie les deux p√īles de la pens√©e.

L'hypostase, c'est l'être en tant qu'il est un.

Dans la théologie chrétienne

Dans la doctrine chr√©tienne, l‚ÄôHypostase d√©signe chacune des trois Personnes divines de la Sainte Trinit√©, chacune consid√©r√©e comme distincte, mais toutes les trois substantiellement unes (consubstantielles). Les th√©ologiens disent qu'il y a en Dieu trois Hypostases et une seule nature, dans la Sainte Trinit√© donc. Les querelles entre les th√©ologiens des premiers si√®cles de l'√®re chr√©tienne portaient sur le contenu que l'on doit reconna√ģtre aux notions de personne, d'hypostase, d'essence et de nature. Les d√©bats interf√©raient avec l'intelligence que l'on avait de la personnalit√© du Christ : une seule personne-hypostase en deux natures, ou deux substances, (divine et humaine).

C'est le premier concile de Nicée, en 325, qui a défini la consubstantialité du Père et du Fils, tandis que le premier concile de Constantinople, en 381, affirmera la pleine divinité de l'Esprit, et par conséquent sa consubstantialité avec le Père et le Fils, au sein de l'ineffable et indivisible Trinité. C'est ce dernier concile qui a promulgué le Credo, dit de Nicée-Constantinople, en complétant la profession de foi du concile de Nicée. Et c'est ce même Credo que nous proclamons encore (avec l'adjonction du Filioque) lors de nos messes solennelles.

Mais il faut attendre le concile de Chalc√©doine, en 451, pour que l'√Čglise chr√©tienne utilise officiellement la notion d'hypostase, emprunt√©e sans doute √† la philosophie n√©oplatonicienne. Le concile a clairement identifi√© les notions de personne et d'hypostase, d'une part, d'essence et de nature, d'autre part, pour affirmer que dans le Christ il n'y avait qu'une seule Personne ou Hypostase en deux natures ou essences (divine et humaine).

Cette d√©finition conciliaire n'est pas contradictoire de l'analyse philosophique expos√©e plus haut. Il est vrai que la notion d'hypostase a, en philosophie, une extension plus grande que celle de personne. Toute hypostase n'est pas une personne. Mais en revanche toute personne est bien, ou a bien, une hypostase. On peut donc poser en toute v√©rit√© que le P√®re, le Fils et l'Esprit, en Dieu, sont √† la fois des Personnes, bien s√Ľr, mais aussi des Hypostases.

On pourrait maintenant avancer plus subtilement la question : quelle est, en Dieu, l'hypostase de la divinit√© en tant qu'elle est une ? Il n'y en pas ! La divinit√© n'existe pas ind√©pendamment des Personnes divines. La divinit√©, ou unit√©, ou encore monarchie, du P√®re et du Fils n'est autre que l'Esprit. La divinit√©, ou unit√©, ou encore monarchie, du Fils et de l'Esprit n'est autre que le P√®re. La divinit√©, ou unit√©, ou encore monarchie, du P√®re et de l'Esprit n'est autre que le Fils. Il n'y a rien en Dieu, sauf le P√®re, le Fils et l'Esprit qui sont tout.

Les Hypostases divines, bien que distinctes, ne doivent pas √™tre pos√©es comme ind√©pendantes l'une de l'autre. Le Fils proc√®de √©ternellement du P√®re, par voie de g√©n√©ration : il est le Fils de Dieu. L'Esprit proc√®de √©ternellement du P√®re et du Fils, ou encore du P√®re par le Fils, comme √©tant un seul Dieu : il est l'Esprit de Dieu.

Le Père est l'origine de tout, y compris de la divinité et de la Sainte Trinité. Le Fils est le médium de tout, y compris en Dieu et dans la Sainte Trinité, car l'Esprit procède du Père par le Fils. L'Esprit est la fin, ou l'accomplissement de tout, y compris de la divinité et de la Sainte Trinité, car il achève éternellement les processions divines.

En opposition √† la doctrine officielle d√©finie par les premiers conciles, on distingue les h√©r√©sies christologiques suivantes :

  • L'arianisme : le Fils n'est pas consubstantiel au P√®re. Il lui est subordonn√©, cr√©√© par le P√®re. D'apr√®s certaines variantes, il n'aurait qu'une nature humaine.
  • Le monophysisme : le Christ ne poss√®de pas deux natures, divine et humaine, r√©unies en une seule personne, mais une seule nature divine ayant absorb√© la nature humaine.
  • Le nestorianisme : deux personnes distinctes, l'une humaine, l'autre divine, coexisteraient dans le Christ.
  • L'apollinarisme : J√©sus-Christ poss√®de un corps humain, mais pas d'√Ęme humaine.
  • L'eutychianisme = forme grossi√®re de monophysisme. Les monophysites consid√®rent Eutych√®s comme h√©r√©tique.
  • Le monoth√©lisme : J√©sus ne dispose que d'une seule volont√©, de nature divine.

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