Histoire des Juifs en Roumanie

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Histoire des Juifs en Roumanie

Les Juifs ont une histoire plus que bimill√©naire sur l'actuel territoire de la Roumanie, mais la communaut√© juive n'a commenc√© √† jouer un r√īle significatif tant du point de vue d√©mographique que du point de vue √©conomique ou culturel, qu'√† partir du XIXe si√®cle, avec l'arriv√©e des Ashk√©nazim. Selon le recensement officiel de 1930, en Roumanie, il y avait 756 930 Juifs. Cette population n'a cess√© de d√©cliner durant le XXe si√®cle : en Roumanie, les juifs ne sont plus que 146 274 en 1956[1], 24 667 en 1970, 9 670 en 1992, et 6 179 en 2002 (voir D√©mographie de la Roumanie).

Sommaire

Antiquité et période byzantine

Synagogue romaniote de Constanza, ruinée.

Des traces arch√©ologiques et pal√©ographiques de juda√Įsme romaniote ont √©t√© trouv√©es √† Tomis, en Scythie mineure: st√®les, ruines de synagogues. Ces communaut√©s Romaniotes, de langue y√©vanique, sont √©galement pr√©sentes dans les comptoirs g√©nois de la Mer Noire et du bas-Danube: San Giorgio, Barilla, Caladda, Licostomo, Montecastro et Polychronia en Moldavie, Eraclea aujourd'hui ruin√©e et Constanza, comme le signale le Codex Latinus Parisinus de 1395[2]. Des communaut√©s romaniotes subsist√®rent √† Constanza jusqu'au milieu du XXe si√®cle.

Moyen-√āge et Renaissance

Au Moyen √āge, de nouvelles populations h√©bra√ģques arrivent en plusieurs √©tapes dans les principaut√©s roumaines : (Moldavie, Transylvanie et Valachie). Ainsi, au XIVe si√®cle s'y sont install√©s des Juifs Ashk√©nazim ("allemands") parlant yiddish, venus d'Europe centrale. Par la suite, alors que les principaut√©s √©taient sous suzerainet√© ottomane, s'y sont √©tablis les Juifs S√©pharadim ("espagnols") de langue ladino, venus de la P√©ninsule Ib√©rique. √Ä la suite des pogroms qui eurent lieu en Ukraine au XVIe si√®cle, une autre vague d'Ashk√©nazim se r√©fugie en Moldavie. En 1740 il y avait des communaut√©s juives dans les villes de Roman, de BacńÉu et de Gala»õi. Pendant la deuxi√®me moiti√© du XVIIIe si√®cle et notamment au cours de la premi√®re moiti√© du XIXe si√®cle, ce sont les Ashk√©nazim (souvent tr√®s traditionalistes) de Galicie qui se r√©fugient en Moldavie et en Transylvanie o√Ļ les autorit√©s √©taient plus tol√©rantes.

√Čpoque moderne

La population juive de la Roumanie au recensement de 1930.

La premi√®re constitution de la Roumanie moderne en 1866 (article 7) n'attribuait la nationalit√© roumaine qu'aux chr√©tiens orthodoxes, le pays √©tant d√©fini comme une principaut√© orthodoxe autonome, mais vassale de l'Empire ottoman musulman. Les Juifs roumains furent alors consid√©r√©s comme sujets autrichiens ou ottomans, et ceux qui ne relevaient d'aucun de ces deux empires, furent d√©clar√©s apatrides. En 1878, sous la pression des francs-ma√ßons et des la√Įcs, alors que l'ind√©pendance de la Roumanie vis-√†-vis de l'Empire ottoman √©tait reconnue au Trait√© de Berlin, l'article fut la√Įcis√© pour permettre aux non-orthodoxes d√©sireux de devenir Roumains d'acc√©der √† la citoyennet√©. En pratique, il s'agissait d'une proc√©dure de naturalisation individuelle √©tal√©e sur dix ans, qui ne b√©n√©ficia, initialement, qu'√† un millier de Juifs, car le droit du sang continuait de dominer la l√©gislation. Ce n'est qu'en 1923 qu'une nouvelle constitution fut introduite, dont l'article 133, inspir√© du droit du sol, √©tendit la nationalit√© roumaine √† tous les r√©sidents, ind√©pendamment de leurs origines, langues et religions[3]. Cette m√™me constitution accordait le droit de vote aux femmes, ce qui posa des probl√®mes aux communaut√©s traditionalistes du nord du pays.

La Roumanie resta une d√©mocratie parlementaire jusqu'en f√©vrier 1938, mais les cercles humanistes qui voyaient les Juifs comme un facteur de modernit√©, de d√©veloppement et d'√©changes culturels, √©taient alors en perte de vitesse face aux cercles x√©nophobes, qui les d√©crivaient comme des √©trangers nuisibles √† la nation. Dans les ann√©es 1930, comme dans toute l'Europe, la situation des Juifs se d√©grade au rythme des atteintes √† la d√©mocratie et de la mont√©e des extr√©mismes, qui culminent pendant la Deuxi√®me guerre mondiale avec la Shoah: voir Pers√©cution et extermination des Juifs en Roumanie. La Garde de Fer et l'arm√©e du r√©gime Antonescu (le "P√©tain roumain" selon sa propre d√©finition) ont √©t√© les vecteurs principaux de la Shoah en Roumanie. Apr√®s la guerre, l'instauration du communisme ne s√©duisit que fort peu de Juifs (m√™me si quelques-uns se trouv√®rent durant quelques ann√©es aux commandes du Parti Communiste Roumain qui prit le pouvoir par le coup d'√©tat du 6 mars 1945), d'autant que le juda√Įsme √©tait consid√©r√© comme archa√Įque et r√©trograde.

Sur les 756 930 Juifs roumains de 1938, 420 000 changent de nationalit√© en 1940 lorsque la Roumanie c√®de de vastes r√©gions √† l'URSS, √† la Hongrie ou √† la Bulgarie, 369 000 conservent la nationalit√© roumaine et 356 237 apparaissent au recensement de 1951, mais au fil des ann√©es, la communaut√© s'√©tiole, √©migrant vers Isra√ęl, vers la France ou vers les √Čtats-Unis, et les juifs ne sont plus que 146 274 au recensement de 1956[1], 24 667 au recensement de 1970, 9 670 au recensement de 1992, et 6 179 au recensement de 2002 (voir D√©mographie de la Roumanie).

Les juifs pr√©sents dans la direction du parti communiste, dont les plus connus sont Anna Pauker et Joseph Kichinevski[4] ne se sont pas comport√©s en juifs (cela aurait √©t√© du nationalisme petit-bourgeois ou pire, du cosmopolitisme) mais en communistes staliniens, et, √† ce titre, bien des juifs se retrouvent eux aussi en camp comme exploiteurs, bourgeois ou √©l√©ments douteux, apr√®s la consolidation du r√©gime en 1946-1947[5]. Si le r√©gime communiste permet la r√©surgence de th√©√Ętres et de journaux en yiddish, ainsi que de quelques orchestres klezmer, ce folklore d'op√©rette, comme le folklore roumain, magyar ou saxon, coup√© de ses racines et embrigad√© par la propagande officielle, ne parvient pas √† dissimuler l'√©touffement de toute vie intellectuelle et √©conomique.

Comme le fascisme d'Antonescu avant lui, le r√©gime communiste roumain a bien tir√© profit de cette √©migration, en faisant payer le droit d'√©migrer (comme pour les allemands ou les grecs de Roumanie) au prorata du niveau d'√©tudes ou de formation atteint... qui, chez les juifs roumains, √©tait g√©n√©ralement √©lev√©. Entre fascisme et communisme, le juda√Įsme roumain a p√©ri et n'est plus qu'un souvenir... mais encore bien vivant en Isra√ęl o√Ļ plusieurs journaux et de nombreux livres paraissent en roumain.


Synagogue de Bra»ôov

Sources

  1. ‚ÜĎ a et b Republica PopularńÉ Rom√ģnńÉ, guide g√©n√©ral, Ed. pentru rńÉsp√ģndirea »ôtiin»õei »ôi culturii, Bucarest 1960, p. 94
  2. ‚ÜĎ Revue Pontica sur [1]
  3. ‚ÜĎ Chronology - From the History Museum of the Romanian Jews; Hasefer Publishing House, The Romanian Jewish Community [lire en ligne (page consult√©e le 6 d√©cembre 2007)]
  4. ‚ÜĎ Voir [he:◊ô◊ē◊°◊ô◊£ ◊ß◊ô◊©◊ô◊†◊Ď◊°◊ß◊ô]
  5. ‚ÜĎ Raul Rubsel: idem

Voir aussi


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