Histoire De La Nouvelle-Calédonie

ÔĽŅ
Histoire De La Nouvelle-Calédonie

Histoire de la Nouvelle-Calédonie

Les premières sources écrites concernant l'histoire de la Nouvelle-Calédonie remontent à sa découverte en 1774 par James Cook, mais l'archipel était alors déjà habité par une population mélanésienne appelée Kanak.

Sommaire

Peuplement

Articles d√©taill√©s : Lapita et Peuplement de l'Oc√©anie.

Il y a 5 000 ans environ (v. 3 000 av. J.-C.), des habitants du littoral de la Chine du sud, cultivateurs de millet et de riz, appel√©s Austron√©siens par les arch√©ologues, commencent √† traverser le d√©troit pour s'installer √† Ta√Įwan. Vers 2 000 av. J.-C., des migrations ont lieu de Ta√Įwan vers les Philippines. De nouveaux mouvements de populations commencent bient√īt des Philippines vers C√©l√®bes et Timor et de l√†, les autres √ģles de l'archipel indon√©sien. Vers 1 500 av. J.-C., un autre mouvement m√®ne des Philippines √† la Nouvelle-Guin√©e et, au-del√†, aux √ģles du Pacifique. Les Austron√©siens sont sans doute les premiers navigateurs de l'histoire de l'humanit√©.

Les plus anciennes traces de peuplement de la Nouvelle-Cal√©donie retrouv√©es √† ce jour remonteraient √† la fin du second mill√©naire avant J. C., soit il y a environ 3200 √† 3300 ans. Il s'agirait de populations de langues austron√©siennes dont l'autre caract√©ristique √©tait de ma√ģtriser l'art de la c√©ramique. En 1917, le g√©ologue Maurice Piroutet tomba sur des fragments de poteries dans une localit√© de la c√īte ouest du Nord de la Grande Terre (sur la plage de Fou√© pr√®s de Kon√©) appel√©e Lapita. Ce nom fut par la suite retenu par les arch√©ologues pour d√©signer l'ensemble de ces poteries et le complexe culturel qui y est associ√© non seulement pour la Nouvelle-Cal√©donie mais √©galement l'ensemble du Pacifique. En effet durant tous les XXe si√®cle divers chantiers de fouilles devaient mettre √† jour d'autres exemplaires de ces poteries. Pour la Nouvelle-Cal√©donie, la premi√®re grande campagne de fouilles fut celle men√©e en 1952 par E. W. Gifford et D. Shutler. Depuis cette date et jusqu'√† nos jours les arch√©ologues se sont succ√©d√© sur le terrain faisant d'autant progresser la connaissance du pass√© pr√© europ√©en de la Nouvelle-Cal√©donie. Citons, Golson en 1962, Smart en 1969, Frimigacci (ORSTOM) dans les ann√©es 1970 et 80, et plus r√©cemment Galipaud (IRD) ou encore Christophe Sand (Universit√© de la Nouvelle-Cal√©donie).

Il semble aujourd'hui qu'un certain consensus se dégage parmi les spécialistes quant à une typologie de ces poteries néo-calédoniennes. On distingue généralement deux périodes pour cinq grands types morphologiques de céramiques.

Tradition de Koné

Carte des zones de poteries Lapita

On appelle ¬ę Tradition de Kon√© ¬Ľ la p√©riode de 1 300 √† 200 av. J.-C., parfois √©galement appel√©e simplement Lapita en r√©f√©rence √† ces poteries repr√©sentatives de cette p√©riode et qui furent retrouv√©s dans une grande partie du Pacifique insulaire et sur des sites essentiellement littoraux, d√©notant peut-√™tre une utilisation commerciale voire rituelle[1].

Cette derni√®re hypoth√®se semble confirm√©e par le fait qu'elles sont de facture soign√©e, avec des "formes complexes, fabriqu√©es avec soin, et richement d√©cor√©es de motifs stylis√©s si caract√©ristiques qu‚Äôils √©voluent peu dans l‚Äôespace et dans le temps."[2]. Ce type de poterie dispara√ģt assez brutalement au cours du premier si√®cle. Se d√©veloppe √©galement en parall√®le un autre type de poterie, dite de Podtan√©an (aussi du nom du site o√Ļ ce style a √©t√© identifi√© pour la premi√®re fois) ou ¬ę au battoir ¬Ľ qui semble au contraire avoir eu une utilit√© plus pratique comme en t√©moigne le fait qu'elles "sont de forme simple et d√©cor√©es d‚Äôimpressions que l‚Äôon a plus souvent attribu√©es √† la technique de fabrication qu‚Äôa l‚Äôintention artistique"[2], mais aussi parce qu'elles ont eu une diffusion plus large sur la Grande Terre, ne se limitant pas aux sites littoraux. De plus, contrairement aux Lapita, les Podtan√©an ne disparaissent pas v√©ritablement mais vont √©voluer avec notamment l'apparition de d√©cors incis√©s en forme de chevron.

Il s'agit des poteries dont la datation au carbone 14 fait remonter les plus anciennes traces aux alentours de 1200 avant J. C. . Celles-ci sont de deux types.

  • Les poteries de type Lapita. Celles-ci se caract√©risent "par des formes complexes, fabriqu√©es avec soin, et richement d√©cor√©es de motifs stylis√©s si caract√©ristiques qu‚Äôils √©voluent peu dans l‚Äôespace et dans le temps."[2]. Ce type de poterie a √©t√© retrouv√© sur huit sites distincts tous littoraux, 4 sur la c√īte ouest de la Grande Terre (Koumac, Kon√©, Bourail-Nessadiou, Noum√©a), 1 √† l'√ģle des Pins (Vatcha) et 2 aux √ģles Loyaut√© (Luecila √† Lifou et Patho √† Mar√©).
  • Les poteries de type Podtan√©an. Ces poteries d√©nomm√©es √©galement "poteries au battoir", "sont de forme simple et d√©cor√©es d‚Äôimpressions que l‚Äôon a plus souvent attribu√©es √† la technique de fabrication qu‚Äôa l‚Äôintention artistique."[2]. Celles-ci ont eu une diffusion plus large puisque l'on en retrouve y compris sur la c√īte est et l'int√©rieur des vall√©es de la Grande Terre. [3]

Pour l'arch√©ologue n√©o-z√©landais, R.C. Green, la coexistence √† une m√™me p√©riode de deux types de poteries serait le r√©sultat de deux vagues migratoires distinctes [4], ce que semble n√©anmoins lui contester Frimigacci ou Galipaud pour lesquels ces deux styles seraient le fait de la m√™me population mais utilis√©es √† des fins diff√©rentes[1]. Toujours est-il que la poterie de type Lapita dispara√ģt assez soudainement au premier si√®cle, quant √† celle de type Podtan√©an, si elle ne dispara√ģt pas totalement, elle √©volue avec l'apparition de d√©cors incis√©s en forme de chevron. C'est √©galement √† peu pr√®s √† cette m√™me p√©riode qu'apparaissent de nouveaux types de c√©ramiques dont certaines continu√®rent d'√™tre fa√ßonn√©es jusqu'au d√©but du XXe si√®cle.

Traditions de Naia I, Naia II et d'Oundjo

La p√©riode suivante, allant de 200 av. J.-C. ou du d√©but du premier si√®cle jusqu'√† l'arriv√©e des premiers Europ√©ens √† la fin du XVIIIe s. et au XIXe s., est dite de Naia Oundjo. Les arch√©ologues distinguent alors plusieurs traditions distinctes: dans le sud de la Grande Terre celles dites de Naia I (poteries √† anses retrouv√©es essentiellement sur des sites littoraux) et Naia II (poteries de petite taille et √† pustules √† la diffusion plus large car certaines ont √©t√© retrouv√©es √† l'int√©rieur des terres), et dans le nord celle de Oundjo (d'apparition plus tardive, certainement juste avant l'arriv√©e des Europ√©ens, ces poteries sont distingu√©es √©galement en deux styles: un de petite taille et de forme sph√©rique et l'autre plus volumineux et ovo√Įde). Durant cette p√©riode, les Kanaks (venant certainement de l'hawaiien ¬ę kanaka ¬Ľ qui signifie ¬ę homme ¬Ľ, repris ensuite par les Europ√©ens pour d√©signer les populations autochtones du Pacifique, et plus particuli√®rement de la M√©lan√©sie, sous la forme ¬ę Canaque ¬Ľ qui prit rapidement un terme √† connotation p√©jorative en Nouvelle-Cal√©donie avant d'√™tre revendiqu√©e sous la graphie ¬ę Kanak ¬Ľ par les populations m√©lan√©siennes de l'archipel) ma√ģtrisent l'art de la pierre polie, et basent leur civilisation sur la culture de la terre (principalement ignames et taros). Lors de rituels guerriers, des tribus pratiquent aussi le cannibalisme.

  • Les poteries de type Naia I sont des poteries √† anses retrouv√©es essentiellement dans le sud de la c√īte ouest entre Bourail et l'√ģle Ouen dans des zones exclusivement littorales.
  • Les poteries de type Naia II sont des poteries de petite taille et √† pustules localis√©es elles aussi essentiellement dans le sud, sur le littoral mais √©galement √† l'int√©rieur des terres.
  • Les poteries de type Oundjo seraient apparues sans doute peu avant l'arriv√©e des premiers navigateurs europ√©ens et sont pr√©sentes exclusivement dans le Nord de la Grande Terre. Les arch√©ologues en distinguent deux styles, les unes √©tant de petites tailles et de forme sph√©rique, les autres plus volumineuses et de forme ovo√Įde.

Découverte par les Européens

Carte historique extraite de l'encyclop√©die allemande Meyers Konversations-Lexikon de la Nouvelle-Cal√©donie et des √ģles Loyaut√©

Le 4 septembre 1774, l'aspirant Colnett, membre de l'√©quipage du HMS Resolution command√© par le navigateur britannique James Cook, lors de la seconde exp√©dition de ce dernier, est le premier √† apercevoir la Grande Terre. Cook la baptise ¬ę New Caledonia ¬Ľ en l'honneur de l'√Čcosse. En effet, on dit[Qui ?] que l'aspect des c√ītes lui aurait rappel√© cette r√©gion de Grande-Bretagne, dont Cook est originaire de par son p√®re (Caledonia est l'ancien nom latin de la province correspondant √† l'√Čcosse). Le 5 septembre ont lieu les premiers contacts entre des Europ√©ens (Cook et son √©quipage) et les Kanaks √† Balade, sur la c√īte nord-est de la Grande Terre. James Cook longe ensuite la c√īte Est et d√©couvre le 23 septembre l'√éle des Pins.

Par la suite, la plupart des explorateurs √† s'int√©resser √† l'archipel sont Fran√ßais. Ainsi, il est probable qu'en 1788, l'exp√©dition fran√ßaise conduite par La P√©rouse reconna√ģt la c√īte Ouest √† bord de l'Astrolabe et de La Boussole, juste avant de sombrer dans un naufrage sur le r√©cif de Vanikoro aux √éles Salomon. En 1793, le contre-amiral fran√ßais Antoine Bruny d'Entrecasteaux, parti en 1791 √† la demande de Louis XVI pour retrouver La P√©rouse, passe au large de la Nouvelle-Cal√©donie, reconna√ģt la C√īte Ouest de la Grande Terre et se serait arr√™t√© notamment aux √éles Loyaut√©. N√©anmoins, on attribue la d√©couverte de ces derni√®res √† l'explorateur fran√ßais Jules Dumont d'Urville en 1827 qui f√Ľt le premier √† les situer pr√©cis√©ment sur une carte.

Par la suite, d√®s 1793, des baleiniers commencent √† s'int√©resser √† la Nouvelle-Cal√©donie aupr√®s des c√ītes de laquelle les baleines √† bosse remontent durant l'hiver austral. Plus tard, au d√©but du XIXe si√®cle, la p√™che √† l'holothurie, particuli√®rement appr√©ci√©e en Asie, commence √† se d√©velopper. Mais c'est surtout √† travers le commerce du bois de santal, d√®s 1841 et surtout √† partir de 1846 et jusqu'en 1853, que des contacts r√©els vont se nouer entre Europ√©ens et Kanaks : les premiers obtiennent alors des seconds le bois recherch√© en √©change d'outils, d'armes en acier, d'√©toffes ou encore d'objets de verre, et plus faiblement par la chasse √† la baleine. Au d√©but des ann√©es 1850, le commer√ßant et aventurier britannique James Paddon va s'installer sur l'√ģle Nou dans la rade de l'actuelle Noum√©a et fera venir plusieurs membres de sa famille et des connaissances pour s'installer sur l'√ģle (ce que l'on appellera les ¬ę colons Paddon ¬Ľ, √† l'origine de la pr√©sence sur le Territoire de plusieurs familles d'origine britanniques).

Colonisation

Premiers Européens installés

√Ä partir de 1841, des missionnaires commencent √† venir s'installer. Des protestants anglicans de la London Missionary Society (LMS) √©lisent alors domicile √† l'√ģle des Pins et aux √éles Loyaut√© d√®s 1841, puis √† Touaourou au sud de la Grande Terre en 1842. Si l'implantation aux Loyaut√© se fait de mani√®re durable (ces √ģles restant l'un des bastions du protestantisme encore aujourd'hui en Nouvelle-Cal√©donie), les deux autres installations √† l'√ģle des Pins et √† Touaourou sont chass√©es d√®s 1842. En 1864 une exp√©dition militaire aux √ģles Loyaut√© est organis√©e pour mettre fin √† l'influence anglaise protestante. Du c√īt√© catholique, des fr√®res maristes, men√©s par Monseigneur Douarre qui est nomm√© vicaire apostolique de Nouvelle-Cal√©donie, s'installent tout d'abord √† Balade en 1843, mais l√† encore les missionnaires sont chass√©s en 1847 avant de pouvoir revenir, et de fa√ßon durable, √† partir de 1851. Les fr√®res maristes s'installent aussi, avec succ√®s mais non sans heurts, √† l'√ģle des Pins. Les missionnaires am√®nent avec eux de nouvelles maladies, provoquant des √©pid√©mies qui affectent fortement la population autochtone. Dans les premiers temps, les autochtones sont r√©ticents car ils attribuent les √©ventuelles disettes, √©pid√©mies ou guerres claniques qui se d√©clenchent aux missionnaires.

Les deux organisations missionnaires, pour assurer leur assise sur l'archipel, en appellent alors aux deux puissances europ√©ennes susceptibles de les aider: les protestants au Royaume-Uni et les maristes √† la France de Napol√©on III. Toutefois, l'appel des missions √† la colonisation n'est pas le seul facteur pouvant expliquer la prise de possession. Depuis quelques ann√©es, la France et le Royaume-Uni se livrent d√©j√† √† une course √† la colonisation, dite ¬ę guerre des drapeaux ¬Ľ. De plus, la France cherche un endroit au climat plus cl√©ment que la Guyane pour installer une colonie p√©nitentiaire, la Nouvelle-Cal√©donie semblant alors tout indiquer. D'un autre c√īt√©, les colons britanniques d'Australie poussaient leur m√©tropole de tutelle √† assurer une ma√ģtrise enti√®rement anglophone du Pacifique insulaire.

La prise de possession par la France

Vue de la rade de Port-de-France (futur Nouméa) en 1857

Les deux pays n'attendent donc que l'√©l√©ment d√©clencheur qui pourra justifier une prise de possession, et c'est la France qui obtient la premi√®re occasion: en 1850, le massacre √† Yenghebane dans le nord de la Grande Terre de plusieurs officiers et hommes d'√©quipage de la corvette fran√ßaise L'Alcm√®ne, envoy√©e en mission de reconnaissance pour √©tudier la possibilit√© de l'installation d'un bagne, fournit un pr√©texte √† Napol√©on III. Celui-ci donne alors instruction √† plusieurs navires de guerre fran√ßais de prendre possession de la Nouvelle-Cal√©donie (√† condition que le Royaume-Uni ne l'ait pas d√©j√† fait). La Nouvelle-Cal√©donie est proclam√©e colonie fran√ßaise √† Balade le 24 septembre 1853 par le contre-amiral Febvrier Despointes, rattach√©e aux √Čtablissements fran√ßais du Pacifique qui comprennent d√©j√† Tahiti. Le 29 septembre il n√©gocie l'annexion de l'√ģle des Pins avec le grand chef Vend√©gou.

Le 25 juin 1854, les militaires fran√ßais fondent au sud-ouest de la Grande Terre Port-de-France pour servir de chef-lieu √† la colonie, simple garnison qui deviendra rapidement une petite ville et prendra le nom de Noum√©a le 2 juin 1866.

Colons p√©naux ou libres ?

En 1860, la Nouvelle-Cal√©donie devient une colonie √† part enti√®re (s√©par√©e de Tahiti) et son premier gouverneur, le contre-amiral Guillain, est charg√© d'organiser la mise en place du bagne et donc de trouver des terres (non seulement pour garder les bagnards purgeant leur peine, mais aussi pour les terres confi√©es aux lib√©r√©s qui ont l'obligation toutefois de doubler leur peine dans la colonie tout en √©tant ¬ę libre ¬Ľ, le but final √©tant de les pousser √† s'installer d√©finitivement). Il va le faire en cr√©ant un statut de l'indig√©nat, cr√©ant des r√©serves pour les M√©lan√©siens dont les terres sont organis√©es en ¬ę tribus ¬Ľ ou ¬ę chefferies ¬Ľ d√©j√† existantes et en cr√©ant des ¬ę grandes chefferies ¬Ľ ou ¬ę districts ¬Ľ. Le premier convoi p√©nitentiaire arrive en 1864 (transport√©s ou d√©linquants et criminels de droit commun, et rel√©gu√©s ou auteurs de d√©lits ou petits crimes r√©cidivistes).

Les ¬ę transport√©s ¬Ľ arrivent entre 1864 et 1897. Apr√®s la Commune de Paris, la Nouvelle-Cal√©donie, sert de lieu de d√©portation pour de tr√®s nombreux anciens communards condamn√©s par les conseils de guerre mis en place par le gouvernement Thiers. Ces condamn√©s politiques sont appel√©s les ¬ę d√©port√©s ¬Ľ ou les ¬ę communards ¬Ľ. Parmi eux: Henri Rochefort qui r√©ussira √† s'√©chapper et Louise Michel. √Ä ceux-l√† s'ajoutent les Kabyles ayant particip√© √† la r√©volte du cheik El Mokranien en Alg√©rie en 1871 √©galement. L'administration p√©nitentiaire, ou ¬ę Tentiaire ¬Ľ, devient rapidement assez riche et assez puissante, poss√©dant notamment une grande partie du foncier (outre les p√©nitentiers √ģle Nou et Ducos √† Noum√©a, de Prony dans le sud ou de l'√ģle des Pins, cette administration poss√®de aussi des villages entiers allou√©s aux anciens for√ßats doublant leur peine: Dumb√©a, La Foa, Bourail, Pouembout, essentiellement). Mais en parall√®le se d√©veloppe √©galement une colonisation libre d'abord totalement d√©sorganis√©e, ces ¬ę pionniers ¬Ľ venus de France (et notamment d'Alsace ou de Lorraine) √† quoi s'ajoutent des d√©√ßus de la ¬ę ru√©e vers l'or ¬Ľ australienne et quelques autres familles pouss√©es √† partir de leurs foyers pour fuir l'absence de terre, la mis√®re ou les conditions sociales, √©conomiques ou politiques pour tenter leur chance dans les colonies. Ceux-ci sont surtout √©leveurs dans de grandes propri√©t√©s sur la c√īte ouest de la Grande Terre dans les environs directs de Noum√©a ou encore √† Pa√Įta, Boulouparis, Moindou et Kon√©, entre autres. La d√©couverte de la garnierite, minerai de nickel, par Jules Garnier en 1866 et le d√©but de l'exploitation de ce mat√©riau attire √©galement des commer√ßants et provoque une certaine fi√®vre financi√®re pendant quelques ann√©es (assez vite frein√©e par plusieurs faillites, dont la plus retentissante est celle de la banque Marchand en 1878). La premi√®re colonisation v√©ritablement structur√©e est celle de R√©unionnais que l'administration coloniale fait venir en Nouvelle-Cal√©donie pour y d√©velopper l'exploitation de la canne √† sucre (sans r√©el succ√®s).

En 1874, suite √† l'√©vasion de six communards d√©port√©s dont Henri Rochefort, le gouverneur Gautier de la Richerie est remplac√© par L√©opold de Pritzbu√ęr. Dans le d√©cret du 12 d√©cembre 1874 sign√© par Mac Mahon les pouvoirs du gouverneur sont √©tendus de m√™me que ceux du directeur de l'administration p√©nitentiaire.

Le 22 juillet 1884 Le Boucher directeur de l'Int√©rieur en Nouvelle-Cal√©donie est nomm√© gouverneur. Il est le premier Gouverneur civil.

De 1884 √† 1894 se succ√®dent 10 gouverneurs :

  • Le Boucher du 22 juillet 1884 au 13 mai 1886
  • Lt-Col Orius en mai-juin 1886
  • Louis Nouet du 5 juin 1886 au 30 juillet 1888
  • Morrachini, puis Colonel Pons en 1888 ,
  • No√™l Pardon du 12 janvier 1889 au 14 avril 1891
  • Laffon du 14 avril 1891 au 16 d√©cembre 1892
  • Picquie du 16 d√©cembre 1892 au 21 f√©vrier 1894
  • Ghouarhou en 1894.

En 1895, le nouveau gouverneur, Paul Feillet, met fin √† la colonisation p√©nale (il parle de ¬ę fermer le robinet d'eau sale ¬Ľ[5]) et, par d'importantes campagnes en m√©tropole, il fait venir la premi√®re vague de colonisation libre organis√©e d'importance : les ¬ę colons Feillet ¬Ľ venus avec l'espoir de cultiver le caf√©. L√† encore c'est un semi-√©chec, les difficiles conditions de vie (les familles, une fois arriv√©es, √©tant g√©n√©ralement totalement livr√©es √† elles-m√™mes) et l'√©loignement de toute civilisation (l'approvisionnement se faisant occasionnellement par un bateau, le ¬ę tour de c√īte ¬Ľ, longeant le littoral cal√©donien). Les colons europ√©ens re√ßoivent des terres pour produire du caf√© tandis que l'immigration asiatique est encourag√©e pour l'exploitation mini√®re qui d√©bute en 1910. Une derni√®re vague de colonisation aura lieu dans les ann√©es 1920, celles des colons dits ¬ę nordistes ¬Ľ car venant du Nord de la France, cette fois sur la base de la culture du coton. C'est un √©chec total.

Politique foncière et indigène

Habitants autochtones de Nouvelle-Calédonie, vers 1880

Fait notable : la Nouvelle-Cal√©donie est, avec l'Alg√©rie, la seule colonie de peuplement fran√ßaise. Des M√©tropolitains mais aussi des ressortissants d'autres pays d'Europe (des Allemands fuyant l'autorit√© prussienne, des Italiens ou Irlandais dans le cadre des diaspora connues alors par ces deux peuples, des Britanniques ayant transit√© par l'Australie) y sont venus nombreux, par vagues successives collectives (les colons Paddon √† Pa√Įta dans les ann√©es 1850, Cheval dans les ann√©es 1860, bourbonnaise des ann√©es 1870, Feillet de la fin du XIXe si√®cle, la colonisation nordiste des ann√©es 1920) ou individuelles, au point d'√©galer pratiquement le nombre des autochtones (on appelle ¬ę Caldoches ¬Ľ les descendants d'Europ√©ens n√©s sur le territoire, alors que les immigrants sont d√©nomm√©s ¬ę Zoreilles ¬Ľ).

Cette immigration importante implique la n√©cessit√© pour l'Administration coloniale de trouver aux arrivants des terres. Apr√®s la prise de possession de l'archipel, l'√Čtat se proclame, par deux d√©clarations de 1855 et 1862, propri√©taire de toutes les terres. L'arr√™t√© du 22 janvier 1868 laisse une partie de ces terres aux Kanak : la propri√©t√© ¬ę incommutable, insaisissable et inali√©nable ¬Ľ de ces domaines est reconnue aux tribus (les Kanak ne peuvent ni les vendre, ni en acheter, mais sont aussi th√©oriquement prot√©g√©es contre toutes violations de terres) mais la d√©limitation est faite de telle mani√®re que certaines terres initialement conc√©d√©es sont finalement retir√©es aux M√©lan√©siens au profit des colons, tandis que du b√©tail de ces derniers s'introduit r√©guli√®rement sur les terres coutumi√®res et ab√ģme les champs d'ignames et de taros. Plus tard, le code de l'indig√©nat, mis en place par les d√©crets de 1874 et 1881, est appliqu√© totalement en Nouvelle-Cal√©donie en 1887. Il fait des M√©lan√©siens des ¬ę sujets de la France ¬Ľ, ne jouissant d'aucun droit civil mais uniquement de leur droit personnel conf√©r√© par la religion et la coutume. Ils payent alors un imp√īt de capitation, sont soumis aux r√©quisitions de main d'Ňďuvre au profit des autorit√©s ou des colons, le gouverneur nomme les chefs de tribu et les grands-chefs et d√©limitent leurs pouvoirs, la pratique de la sorcellerie ainsi que le port d'arme ou le fait de circuler nus sont interdits. Au final, le code de l'indig√©nat aboutit ni plus ni moins √† une politique de cantonnement men√©e √† partir de 1897 par le gouvernement fran√ßais, visant √† rassembler tous les Kanak dans les r√©serves en leur allouant une superficie moyenne de trois hectares par habitant et remettant donc totalement en cause le d√©coupage de 1868[6]. Et ce domaine est r√©guli√®rement rogn√© par les autorit√©s afin d'y installer des colons : ces ¬ę r√©serves ¬Ľ passent ainsi de 320 000 √† 124 000 hectares de 1898 √† 1902, √† l'instigation du gouverneur Paul Feillet[7]. Seules les √éles Loyaut√© sont des r√©serves kanak int√©grales.

Frapp√©e par les maladies, l'alcoolisme, la sous-nutrition, les guerres (le cantonnement dans des espaces limit√©s exacerbent certaines tensions claniques pr√©-existantes) ou les r√©pressions d'insurrections (notamment de celle du grand-chef Ata√Į de 1878 ou celle du Nord de 1917), la population autochtone, estim√©e entre 40 000 et 80 000 personnes en 1774 (et aux environs de 50 000 en 1853)[8], n'en compte plus que 29 206 en 1901[9] et 27 100 √† son seuil le plus bas en 1921[10].

Histoire tourmentée

Pavillon de la Nouvelle-Calédonie à l'Exposition coloniale de 1931

Face √† l'organisation de cette colonie de peuplement, les Kanaks r√©agissent souvent violemment : si les soul√®vements sont ponctuels, tr√®s faibles et ais√©ment r√©prim√©s entre 1853 et 1878, la grande insurrection de 1878 du grand-chef Ata√Į provoque la mort de nombreux colons √† Pa√Įta, La Foa et Boulouparis et l'administration coloniale ne r√©ussit √† y mettre un terme que gr√Ęce √† l'aide de tribus kanaks rivales de celle d'Ata√Į qui est ainsi captur√© et d√©capit√© par d'autres M√©lan√©siens (et dont la t√™te est conserv√©e √† Paris dans un bocal). D'autres r√©voltes d'importance ont eu lieu en 1913 mais surtout en 1917 dans le nord sous la direction du chef No√ęl Doui, lui aussi d√©capit√© par des Kanaks.

En 1931, un groupe de Kanaks est exposé dans une cage, à l'occasion de l'exposition coloniale de Paris [11].

Seconde Guerre mondiale

Georges Thierry d'Argenlieu (à droite), gouverneur de la Nouvelle-Calédonie au nom de la France Libre, avec le brigadier général Alexander Patch, commandant de la Poppy Force américaine, à Nouméa.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Nouvelle-Cal√©donie se rallie √† la France libre en 1940[12] et devient une base pour les Am√©ricains engag√©s dans la campagne du Pacifique. Le 12 mars 1942, plusieurs dizaines de milliers d'hommes[13] arrivent en Nouvelle-Cal√©donie : c'est un bouleversement pour un si petit territoire. Des a√©rodromes sont am√©nag√©s (Tontouta, plaine des Ga√Įacs, etc.), des centres hospitaliers sont install√©s √† l‚ÄôAnse-Vata, √† la Conception, √† la Dumb√©a, au nord de Bourail, sur la c√īte est et dans l‚Äôextr√™me nord. Cette pr√©sence am√®ne en Nouvelle-Cal√©donie certains symboles du mode de vie √† l'am√©ricaine : le dancing, le Coca-Cola, le chewing-gum, les ¬ę snacks ¬Ľ, etc. Certains quartiers de Noum√©a portent encore les noms des zones militaires am√©ricaines : Motor Pool, Receiving, etc.

En quelques mois les ¬ę Am√©ricains ¬Ľ dotent la Nouvelle-Cal√©donie de plus d'infrastructures (dont certaines durent encore aujourd'hui) que ne l'a fait la France en un si√®cle de colonisation.

Histoire contemporaine : le statut particulier de la Nouvelle-Cal√©donie

Maintien dans le giron de la République

La Seconde Guerre mondiale marque le d√©but du processus de d√©colonisation. Le code de l'Indig√©nat est finalement aboli successivement par l'ordonnance du 7 mars 1944 (suppression du statut p√©nal de l'indig√©nat), la loi Lamine Gu√®ye du 7 avril 1946 (nationalit√© fran√ßaise pleine et enti√®re √† tous les Fran√ßais, indig√®nes compris) et le statut du 20 septembre 1947 (√©galit√© politique et acc√®s √©gal aux institutions). Les Kanaks obtiennent alors la libert√© de circulation, de propri√©t√©, et leurs droits civils. Les Kanaks acc√®dent donc th√©oriquement au droit de vote en 1946, mais celui-ci ne sera que progressivement appliqu√© et reconnu du fait d'un d√©bat local sur la possibilit√© de cr√©er un double coll√®ge √©lectoral : seulement 267 membres de l'√©lite m√©lan√©sienne (chefs coutumiers, anciens combattants ou religieux tels que cur√©s, diacres ou pasteurs) obtiennent effectivement le droit de voter en 1946, puis la loi du 23 mai 1951 √©largissant le coll√®ge √©lectoral indig√®nes dans les territoires d'outre-mer permet √† 60 % des M√©lan√©siens en √Ęge de voter d'y acc√©der et enfin le suffrage universel est pleinement mis en place par le d√©cret du 22 juillet 1957[14].

La Nouvelle-Cal√©donie est alors un territoire d'Outre Mer que les lois cadres dites Defferre de 1957 am√®nent vers plus d'autonomie. Mais alors qu'un mouvement de d√©colonisation s'amorce dans les autres colonies fran√ßaises au d√©but des ann√©es 1960[15], le processus conna√ģt pour la Nouvelle-Cal√©donie et les autres territoires fran√ßais du Pacifique un brutal coup d'arr√™t revenant sur l'essentiel des lois cadres : en 1963 le Conseil de Gouvernement est plac√© sous l'autorit√© du Gouverneur et en 1968, la loi Billotte retire √† l'Assembl√©e territoriale de Nouvelle-Cal√©donie l'essentiel de ses pouvoirs, entre autres sur le nickel[16].

De plus, le retour √† une forte croissance de la population Kanak √† partir de 1945 (et tout particuli√®rement √† compter des ann√©es 1960) pousse les autorit√©s m√©tropolitaines √† encourager l'√©migration vers l'√ģle, notamment en provenance des √ģles de Wallis-et-Futuna. Cette immigration est facilit√©e par le boum du nickel qui offre aux arrivants une perspective √©conomique souriante. Entre 1969 et 1976, la population de l'√ģle s'accro√ģt de plus de 20 % avec pr√®s de 20 000 nouveaux immigrants. Si les Kanaks sont toujours plus nombreux que les Europ√©ens (environ 55 000 M√©lan√©siens contre 50 000 ¬ę blancs ¬Ľ en 1976), ils ne sont toutefois pas majoritaires, en raison de la pr√©sence d'autres communaut√©s allog√®nes (26 000) : Asiatiques, Polyn√©siens, dont tout particuli√®rement des Wallisiens.

Naissance de la revendication indépendantiste

Drapeau kanak indépendantiste

Suite aux √©v√®nements et aux ph√©nom√®nes id√©ologiques et sociaux li√©s √† mai 1968, √† la ¬ę centralisation gaulliste ¬Ľ, l'absence de redistribution de terres en faveur des clans coutumiers (celle-ci ne commence √† √™tre organis√©e qu'√† partir de 1978) ou encore √† la succession des ind√©pendances dans la r√©gion Pacifique (Samoa occidentales en 1962, Nauru en 1968, Fidji et Tonga en 1970, Papouasie-Nouvelle-Guin√©e en 1975, les √ģles Salomon et Tuvalu en 1978, Kiribati en 1979, Vanuatu en 1980), plusieurs groupements radicaux de Kanak commencent √† revendiquer l'ind√©pendance, notamment les Foulards Rouges et le Groupe 1878, qui se structurent politiquement en fondant tout d'abord un Comit√© de coordination pour l'ind√©pendance ralli√© bient√īt par l'Union multiraciale de Nouvelle-Cal√©donie, mouvement form√© par des dissidents kanaks de l'Union cal√©donienne et ralli√©s √† l'id√©e d'ind√©pendance. Les deux groupes, Foulards Rouges et Groupe 1878, s'unissent au congr√®s de Temala en d√©cembre 1975 au sein du Parti de lib√©ration kanak Palika.

Dans le m√™me temps, les travaux de certains anthropologues professionnels ou amateurs europ√©ens (Maurice Leenhardt, Maurice Lenormand, Alban Bensa notamment) tendent √† d√©montrer l'existence d'une culture kanak relativement homog√®ne pr√©sentant des points communs entre les traditions d√©velopp√©es par les diff√©rents clans de la Grande Terre ou des √éles Loyaut√©. Ils poussent certains intellectuels et hommes politiques Kanaks, dont surtout Jean-Marie Tjibaou, √† d√©velopper le th√®me de l'¬ę identit√© kanak ¬Ľ et √† fonder la revendication de l'ind√©pendance sur une base culturelle et de la renaissance d'une fiert√© d'√™tre m√©lan√©sien. C'est notamment l'enjeu de l'organisation en 1975 par Tjibaou du festival des arts m√©lan√©siens M√©lan√©sia 2000. Et c'est sous l'impulsion de Jean-Marie Tjibaou et d'autres membres de la jeune garde de l'Union cal√©donienne[17] (notamment Pierre Declercq, √Čloi Machoro, Fran√ßois Burck) que ce parti opte officiellement pour l'ind√©pendance √† son tour au congr√®s de Bourail en 1977 et forme avec le Palika et d'autres mouvements souverainistes le Front ind√©pendantiste (FI) en 1979. D'un autre c√īt√©, les opposants √† l'ind√©pendance se f√©d√®rent au sein du Rassemblement pour la Cal√©donie dans la R√©publique (RPCR) fond√© par Jacques Lafleur en 1977 (sous le nom initial de Rassemblement pour la Cal√©donie, le nom de RPCR n'√©tant pris qu'en 1978 que lors de son ralliement au RPR de Jacques Chirac).

Les √Čv√®nements des ann√©es 1980

Article d√©taill√© : Prise d'otage d'Ouv√©a.

Avec l'√©lection de Fran√ßois Mitterrand en 1981, le FI (qui acc√®de √† la pr√©sidence du Conseil de gouvernement local en 1982 gr√Ęce √† un renversement d'alliance du petit parti autonomiste et centriste FNSC) se rapproche du Parti socialiste m√©tropolitain et les attentes ind√©pendantistes se font plus pressantes, comme en t√©moignent les n√©gociations de Nainville-les-Roches en 1983 lors desquelles le FI demande l'organisation d'un r√©f√©rendum d'autod√©termination auquel ne participerait que les Kanaks.

En 1984, m√©content du nouveau statut pr√©par√© par le secr√©taire d'√Čtat √† l'Outre-mer socialiste Georges Lemoine et de l'√©volution de certains dossiers sensibles (notamment sur le plan foncier), le Front de lib√©ration national kanak socialiste (FLNKS), qui remplace le Front ind√©pendantiste, d√©cide de boycotter les √©lections territoriales, dresse des barrages sur les routes, met en place un ¬ę Gouvernement provisoire de Kanaky ¬Ľ pr√©sid√© par Jean-Marie Tjibaou avec pour but de pr√©parer l'¬ę Ind√©pendance kanak socialiste ¬Ľ (IKS) et chasse des √©leveurs Caldoches de leurs exploitations (tout particuli√®rement sur la c√īte est, √† Thio notamment). C'est le point de d√©part de quatre ann√©es de conflits politiques et ethniques appel√©es les ¬ę √Čv√®nements ¬Ľ (1984-1988). La mort du secr√©taire g√©n√©ral de l'Union cal√©donienne, et chef de l'aile radicale de ce parti, √Čloi Machoro, le 12 janvier 1985, envenime la situation, les affrontements entre opposants et partisans de l'ind√©pendance d√©g√©n√©rant bient√īt en une v√©ritable guerre civile, le gouvernement central d√©cidant d'instaurer l'√©tat d'urgence et le couvre-feu de janvier √† juin 1985.

Des radicaux des deux camps forment alors des milices qui s'affrontent violemment, et les gouvernements successifs √©chouent √† r√©tablir le calme, des familles de ¬ę broussards ¬Ľ sont attaqu√©es et de violentes √©meutes √©clatent √† Noum√©a contre les possessions de certains leaders ind√©pendantistes comme l'ancien d√©put√© Maurice Lenormand en r√©action √† la mort d'un jeune Cal√©donien d'origine europ√©enne de 17 ans, Yves Tual. La violence culmine en 1988 avec la prise d'otages d'Ouv√©a : des ind√©pendantistes radicaux prennent en otage des gendarmes sur l'√ģle d'Ouv√©a. Le 5 mai 1988, √† quelques heures du second tour de l'√©lection pr√©sidentielle entre Fran√ßois Mitterrand et son premier ministre, Jacques Chirac, l'assaut par le GIGN, l'EPIGN, le 11e Choc et le commando Hubert de la grotte de Gossanah o√Ļ les gendarmes √©taient retenus en otage, baptis√© ¬ę op√©ration Victor ¬Ľ, se solde par la mort de 19 ind√©pendantistes et de deux militaires.

Accords de Matignon et de Nouméa

Articles d√©taill√©s : Accords de Matignon (1988) et Accord de Noum√©a.

Cet √©pisode pousse les deux camps et leurs leaders √† n√©gocier sous la m√©diation du Premier ministre Michel Rocard, aboutissant √† la signature des Accords de Matignon le 26 juin 1988 pr√©voyant la mise en place d'un statut transitoire de 10 ans devant se solder sur un r√©f√©rendum d'autod√©termination pour que les Cal√©doniens se prononcent pour ou contre l'ind√©pendance.

Le 4 mai 1989, sur l'√ģle d'Ouv√©a, le pr√©sident du FLNKS (ind√©pendantiste), Jean-Marie Tjibaou, et son secr√©taire-g√©n√©ral, Yeiw√©n√© Yeiw√©n√©, √©taient assassin√©s. Leur meurtrier, Djubelly W√©a, un ancien pasteur et ancien militant du PALIKA, reprochait aux deux hommes d'avoir sign√© en juin 1988 les accords de Matignon avec l'√Čtat et leurs adversaires anti-ind√©pendantistes du RPCR (Rassemblement pour la Cal√©donie dans la R√©publique).

√Ä l'approche de ce r√©f√©rendum, alors qu'il ne faisait aucun doute, aux vues des r√©sultats des provinciales successives, que le ¬ę non ¬Ľ √† l'ind√©pendance l'emporterait et pour pr√©server une paix locale encore fragile, Jacques Lafleur ainsi que le RPCR et les ind√©pendantistes ont d√©cid√© de n√©gocier de nouveaux accords avec l'√Čtat. L'Accord de Noum√©a du 5 mai 1998 pr√©voit alors la mise en place d'une autonomie forte (avec des transferts progressifs de comp√©tence, seuls les pouvoirs r√©galiens que sont la s√©curit√©, la justice, le droit g√©n√©ral, la monnaie, la politique √©trang√®re), la construction d'un destin commun, la mise en place d'une citoyennet√© cal√©donienne (ouverte aux Fran√ßais domicili√©s en Nouvelle-Cal√©donie depuis novembre 1998 et √† leurs descendants). Cette disposition cr√©e la notion de citoyen h√©r√©ditaire, jus sanguinis en droit de la nationalit√©, pour les r√©f√©rendums d'auto-d√©termination entre 2014 et 2018, les √©lections provinciales, la d√©fense de la culture kanak. La citoyennet√© h√©r√©ditaire existe dans de nombreux pays europ√©ens: Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Italie, Espagne, Islande, Finlande, etc...

Notes

  1. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ J.C. Galipaud, "Un ou plusieurs peuples potiers en Nouvelle-Cal√©donie ? : analyse physico-chimique des poteries pr√©historiques de Nouvelle-Cal√©donie" in "Journal de la Soci√©t√© des Oc√©anistes", 1992
  2. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ et d‚ÄČ Galipaud Jean-Christophe, "Les conditions naturelles du peuplement de la Nouvelle-Cal√©donie" in "Milieux, soci√©t√©s et arch√©ologues ", Paris, Karthala, 1995, p. 65-77. (Hommes et Soci√©t√©s).
  3. ‚ÜĎ Pour en savoir plus sur ces poteries podtan√©an, lire cet article http://www.archeologie.asso.nc/docus/poterie%20au%20battoir.pdf
  4. ‚ÜĎ Green & Mitchell 1983, "New Caledonian Culture History : A Review of the Archaeological Sequence", New Zealand, Journal of Archaeology 1983.
  5. ‚ÜĎ Voir page 392 in L'archipel des for√ßats: histoire du bagne de Nouvelle-Cal√©donie, 1863-1931, Louis-Jos√© Barban√ßon & Michelle Perrot, Presses Univ. Septentrion, 2003
  6. ‚ÜĎ A. Vigne, Les terres coutumi√®res et le r√©gime foncier en Nouvelle-Cal√©donie, M√©moire de D.E.A. de sociologie du droit pr√©sent√© √† l'Unive2rsit√© Paris II Panth√©on-Assas, sous la direction du professeur R. Verdier, 2000
  7. ‚ÜĎ [pdf] C. Debien-Vanma√Į, ¬ę La Nouvelle-Cal√©donie √† la fin du XIXe si√®cle et au d√©but du XXe si√®cle : un territoire domin√© et d√©pendant ¬Ľ, Synth√®se sur le site du Vice-rectorat de Nouvelle-Cal√©donie
  8. ‚ÜĎ L'hypoth√®se basse de 40 000 est avanc√© par Dorothy Shineberg en 1983 et l'hypoth√®se haute de 80 000 par Jean-Louis Rallu en 1989, tandis que celle de 50 000 au moment de la prise de possession est avanc√©e par Bernard Brou. Ces estimations sont n√©anmoins jug√©es en partie sous-estim√©es par certains arch√©ologues (Gustave Glaumont d√®s la fin du XIXe si√®cle, Chistophe Sand aujourd'hui) et anthropologues, notamment en raison de l'importance du r√©seau de tarodi√®re ayant exist√© √† la fin du XVIIIe si√®cle, et parlent d'un premier d√©clin d√©mographique entre 1774 et 1853 d√Ľ au choc √©pid√©miologique n√© des premiers contacts avec santaliers, baleiniers et missionnaires. D'autres, comme Jean Guiart ou le g√©ographe Jean-Pierre Doumenge estiment au contraire que la densit√© de population devait √™tre tr√®s faible avant l'arriv√©e des Europ√©ens, du fait, selon Norma McArthur, d'une multitude de facteurs √©pid√©miologiques (malaria) ou humains (cannibalisme, infanticide, guerres), et que le nombre de cultures s'expliquerait par une forte mobilit√© des M√©lan√©siens (J. Guiart). Cf. C. SAND, J. BOLE, A. OUETCHO, ¬ę Les soci√©t√©s pr√©-europ√©ennes de Nouvelle-Cal√©donie et leur transformation historique : l'apport de l'arch√©ologie ¬Ľ, in A. BENSA, Mission du Patrimoine ethnologique, I. LEBLIC, En pays kanak: Ethnologie, linguistique, arch√©ologie, histoire de la Nouvelle-Cal√©donie, √©d. MSH, 2000, p. 183-187
  9. ‚ÜĎ ¬ę L‚Äô√©volution de la Population Kanak ¬Ľ, site du Tourisme de la Nouvelle-Cal√©donie
  10. ‚ÜĎ ¬ę LES POPULATIONS ¬Ľ, Aster du Caillou
  11. ‚ÜĎ Didier Daeninckx en fait un r√©cit dans son livre intitul√© Cannibale, voir en ligne
  12. ‚ÜĎ Peu apr√®s les Nouvelle-H√©brides (Vanuatu) et les EFO (Tahiti), la Nouvelle-Cal√©donie est la troisi√®me colonie de l'ensemble de l'Empire fran√ßais √† rejoindre la France libre. Nombre de Cal√©doniens de toutes origines s'engageront de m√™me qu'ils le firent durant la Premi√®re guerre mondiale comme volontaires aupr√®s des Forces fran√ßaises libres.
  13. ‚ÜĎ Ils constitu√®rent la Poppy Force
  14. ‚ÜĎ M. Chatti, Pouvoir(s) et politique(s) en Oc√©anie: Actes du XIXe colloque CORAIL, √©d. L'Harmattan, 2007, p. 135-136
  15. ‚ÜĎ C'est √† cette date que les territoires des ex AOF et AEF qui √©taient √©galement concern√©es par les lois Defferre, obtiennent leur ind√©pendance
  16. ‚ÜĎ Ce retour en arri√®re concernant exclusivement les territoires fran√ßais du Pacifique est √©galement li√© au transfert du Centre d'exp√©rimentation Nucl√©aire du d√©sert alg√©rien vers la Polyn√©sie-fran√ßaise √† partir de 1962, bien que la d√©cision fut probablement prise d√®s 1958 et le retour de De Gaulle aux affaires. Le Pacifique devenait d√©sormais un enjeu strat√©gique majeur pour les autorit√©s fran√ßaises. Toute √©volution en Nouvelle-Cal√©donie faisait craindre selon la fameuse th√©orie des dominos une contagion vers Tahiti.
  17. ‚ÜĎ Parti dominant la sc√®ne politique n√©o-cal√©donienne depuis les ann√©es 1950 et qui basait alors son discours sur une d√©fense de l'autonomie au sein de la R√©publique fran√ßaise et √† une entente entre Caldoches et Kanaks derri√®re le slogan ¬ę Deux couleurs, un seul peuple ¬Ľ

Références

Liens externes

Ce document provient de ¬ę Histoire de la Nouvelle-Cal%C3%A9donie ¬Ľ.

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Histoire De La Nouvelle-Calédonie de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Histoire de la Nouvelle-Caledonie ‚ÄĒ Histoire de la Nouvelle Cal√©donie Les premi√®res sources √©crites concernant l histoire de la Nouvelle Cal√©donie remontent √† sa d√©couverte en 1774 par James Cook, mais l archipel √©tait alors d√©j√† habit√© par une population m√©lan√©sienne appel√©e Kanak ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Histoire de la nouvelle-cal√©donie ‚ÄĒ Les premi√®res sources √©crites concernant l histoire de la Nouvelle Cal√©donie remontent √† sa d√©couverte en 1774 par James Cook, mais l archipel √©tait alors d√©j√† habit√© par une population m√©lan√©sienne appel√©e Kanak. Sommaire 1 Peuplement 1.1… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Histoire de la Nouvelle-Cal√©donie ‚ÄĒ Les premi√®res sources √©crites concernant l histoire de la Nouvelle Cal√©donie remontent √† sa d√©couverte en 1774 par James Cook, mais l archipel √©tait alors d√©j√† habit√© par une population m√©lan√©sienne : les Kanaks. Sommaire 1 Peuplement 1.1… ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Nouvelle-Caledonie ‚ÄĒ Nouvelle Cal√©donie Pour les articles homonymes, voir Nouvelle Cal√©donie (homonymie). Nouvelle Cal√©donie ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Nouvelle-cal√©donie ‚ÄĒ Pour les articles homonymes, voir Nouvelle Cal√©donie (homonymie). Nouvelle Cal√©donie ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Nouvelle Cal√©donie ‚ÄĒ Pour les articles homonymes, voir Nouvelle Cal√©donie (homonymie). Nouvelle Cal√©donie ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Nouvelle-Cal√©donie ‚ÄĒ Pour les articles homonymes, voir Nouvelle Cal√©donie (homonymie). Nouvelle Cal√©donie ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Nouvelle-Cal√©donie 1re (t√©l√©vision) ‚ÄĒ Cr√©ation 19 octobre 1965 Propri√©taire France T√©l√©visions Langue Fran√ßais ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • NOUVELLE-CAL√ČDONIE ‚ÄĒ La Nouvelle Cal√©donie est un territoire d‚Äôoutre mer fran√ßais situ√© dans le sud est de l‚Äôoc√©an Pacifique, √† 1 500 kilom√®tres des c√ītes australiennes, pratiquement aux antipodes de la France m√©tropolitaine. C‚Äôest un archipel de 19 100 kilom√®tres… ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • Nouvelle-Cal√©donie 1re (radio) ‚ÄĒ Cr√©ation 3 juin 1937 Propri√©taire France T√©l√©visions Langue Fran√ßais Pays ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.