Histoire De L'Indonésie

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Histoire De L'Indonésie

Histoire de l'Indonésie

Cet article fait partie de la série
Histoire de l'Indonésie
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Voir aussi :
Chronologie de l'histoire indonésienne
Préhistoire
Premiers royaumes
Royaume de Tarumanagara (358-723)
Sriwijaya (VIIe si√®cle au XIIIe si√®cle)
Sailendra (VIIIe si√®cle au IXe si√®cle)
Royaume de Sunda (669-1579)
Royaume de Mataram (752‚Äď1045)
Royaume de Kediri (1045‚Äď1221)
Royaume de Singasari (1222‚Äď1292)
Majapahit (1293‚Äď1500)
Essor des états musulmans
Expansion de l'Islam (XIIIe si√®cle au XVIIe si√®cle)
Sultanat de Malacca (1400‚Äď1511)
Sultanat de Demak (1475‚Äď1518)
Sultanat d'Aceh (1496‚Äď1903)
Sultanat de Banten (1526‚Äď1813)
Sultanat de Mataram (XVIe si√®cle au XVIIIe si√®cle)
Colonisation européenne
Colonisation portugaise (1512‚Äď1850)
Cie n√©erlandaise des Indes orientales (1602‚Äď1800)
Indes orientales n√©erlandaises (1800‚Äď1942)
√Čmergence de l'Indon√©sie
Nationalisme indon√©sien (1899‚Äď1942)
Occupation japonaise (1942‚Äď45)
Indépendance de l'Indonésie (1945)
R√©volution indon√©sienne (1945‚Äď1950)
Indonésie indépendante
D√©mocratie lib√©rale en Indon√©sie (1950‚Äď1957)
¬ę D√©mocratie dirig√©e ¬Ľ (1957‚Äď1965)
Mouvement du 30 septembre 1965 (1965‚Äď1966)
Dictature de Soeharto (1966‚Äď1998)
Transition démocratique (1998 à nos jours)
Modifier ce modèle

La R√©publique d‚ÄôIndon√©sie (Republik Indonesia) na√ģt le 17 ao√Ľt 1945 avec la proclamation de l‚Äôind√©pendance des Indes n√©erlandaises par Soekarno et Hatta.

L’histoire de son territoire commence au delà.

Sommaire

Peuplement

Il y a environ 21 000 ans, la Nouvelle-Guin√©e √©tait reli√©e √† l'Australie, formant la masse continentale appel√©e Sahul. L'Australie avait √©t√© peupl√©e il y a au moins 40 000 ans par des migrations depuis l'actuel continent asiatique. On a retrouv√©, dans la Grande Grotte de Niah au Sarawak un cr√Ęne humain qu'on a dat√© de 40 000 ans. Ces migrations avaient √©t√© possibles car √† l'√©poque, le niveau des mers √©tait plus bas qu'actuellement. Des migrations avaient √©galement pu avoir eu lieu directement de l'Asie vers la Nouvelle-Guin√©e et les √ģles Salomon.

Il y a 5 000 à 6 000 ans, le niveau des mers est remonté pour atteindre la situation actuelle, coupant ces populations du continent asiatique et empêchant d'autres migrations pour un certain temps.

Il y a 5 000 ans (3 000 av. J.-C.), des habitants du littoral de la Chine du Sud, cultivateurs de millet et de riz, commencent √† traverser le d√©troit pour s'installer √† Taiwan. Vers 2 000 avant J.-C., des migrations ont lieu de Taiwan vers les Philippines. De nouvelles migrations commencent bient√īt des Philippines vers C√©l√®bes et Timor et de l√†, les autres √ģles de l'archipel indon√©sien. Vers 1 500 av. J.-C., un autre mouvement m√®ne des Philippines en Nouvelle-Guin√©e et au del√†, les √ģles du Pacifique. Les Austron√©siens sont sans doute les premiers grands navigateurs de l'histoire de l'humanit√©. (voir aussi : Peuplement de l'Asie du Sud-Est insulaire)

Des fouilles ont livr√© de nombreux objets de bronze dont la technique et la d√©coration montrent une influence de la civilisation de Dong Son du Vietnam (Xe‚ÄČ‚ÄĎ‚ÄČIer si√®cles av. J.-C.).

Premières mentions

L'√©pop√©e indienne du Ramayana, √©crite entre le IIIe si√®cle av. J.-C. et le IIIe si√®cle apr√®s J.-C., mentionne les noms de Suvarnadvipa, "l'√ģle de l'or", qui d√©signe sans doute Sumatra, et de Yavadvipa, "l'√ģle du millet", c'est-√†-dire Java.

Au Ier si√®cle apr√®s J.-C., l'ouest de l'archipel indon√©sien fait partie d'un r√©seau centr√© sur le royaume du Fou-nan dans le sud de l'actuel Vi√™tnam, de cit√©s-√Čtats portuaires qui commercent avec l‚ÄôInde et la Chine. Une interpr√©tation de l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien (23-79 apr√®s J.-C.) sugg√®re que des bateaux √† balanciers "indon√©siens" venaient commercer sur la c√īte est de l'Afrique[1]. Ptol√©m√©e (vers 90-168 apr√®s J.-C.) mentionne dans La g√©ographie les noms de ‚ÄúIabadiou‚ÄĚ, c'est-√†-dire Java, et ‚ÄúMalaiou‚ÄĚ, c'est-√†-dire Malayu dans l'est de Sumatra.

Des fouilles effectu√©es dans l'embouchure du fleuve Musi, en aval de Palembang dans le sud de Sumatra, aux alentours de 2000 ont r√©v√©l√© l'existence de deux sites portuaires qui dateraient du Ier si√®cle apr√®s J.-C. Les objets qu'on y a trouv√©s t√©moignent de relations commerciales avec la Chine et l'Inde.

Période hindou-bouddhique

Les plus anciens documents écrits trouvés à ce jour en Indonésie sont des inscriptions provenant de la région de Kutai dans la province de Kalimantan Est. Rédigées en écriture pallava du sud de l'Inde, elles figurent sur quatre poteaux sacrificiels de pierre (appelés yupa en sanscrit, la langue des textes sacrés de l'hindouisme), qu'on estime dater des environs de 400 après Jésus-Christ.

Dans la r√©gion de Karawang √† l'est de Jakarta, on a trouv√© des inscriptions √©galement √©crites en sanscrit et en √©criture pallava. Elles datent du Ve si√®cle apr√®s J√©sus-Christ et attestent de l'existence d'un roi du nom de Purnawarman, dont le royaume, Tarumanagara, s'√©tendait dans cette r√©gion.

Une inscription dat√©e de 683 apr√®s J.-C., d√©couverte sur l'√ģle de Bangka √† c√īt√© de Sumatra, proclame que le souverain de Sriwijaya, √† la t√™te de 20 000 soldats, a embarqu√© a bord de 1 300 vaisseaux. Des textes arabes et chinois confirment que Sriwijaya √©tait un √Čtat puissant qui contr√īlait le d√©troit de Malacca, √† l'√©poque d√©j√† une importante voie maritime. La cit√©-√Čtat de Sriwijaya se trouvait √† l'emplacement de l'actuelle Palembang.

Une inscription trouv√©e √† Canggal dans le centre de Java, et dat√©e de 732 apr√®s J.-C., annonce que Sanjaya, seigneur de Mataram, a √©rig√© un monument pour honorer Shiva. L'inscription dite ¬ę de Kalasan ¬Ľ, √©galement d√©couverte dans le centre de Java et dat√©e de 778, mentionne un roi Sailendra qui observe les rites bouddhiques. Les temples du centre de Java, construits entre les VIIIe et Xe si√®cles, sont de rite bouddhique comme Borobudur ou shivaite comme Prambanan, mais pr√©sentent parfois des √©l√©ments des deux rites, qui coexistaient.

Des inscriptions javanaises et des textes arabes montrent qu'aux IXe et Xe si√®cles Java, et sans doutes d'autres parties de l'Indon√©sie actuelle, entretenaient des √©changes commerciaux avec la c√īte est de l'Afrique. L'inscription de Kancana notamment, trouv√©e √† Java Est et dat√©e de 860 apr√®s J.-C., mentionne, dans une liste de personnes d√©pendantes, le mot jenggi, "zeng". Un ouvrage arabe, les Merveilles de l'Inde, rapporte le t√©moignage d'un marchand du nom d'Ibn Lakis qui en 945, voit arriver sur la c√īte du Mozambique "un millier d'embarcations" mont√©es par des Waq-Waq qui viennent d'√ģles ¬ę situ√©es en face de la Chine ¬Ľ chercher des produits et des esclaves zeng. En arabe, Zeng ou Zenj d√©signe √† l'√©poque les habitants de la c√īte est de l'Afrique.

Prambanan à Java; construit pendant la dynastie Sanjaya de Mataram, est l'un des plus grands temples hindoux d'Asie de sud est.

Pour des causes encore mal √©lucid√©e, on ne trouve plus d'inscription dans le centre de Java √† partir de la fin du Xe si√®cle. Une inscription de l'est de Java dat√©e de 1041 dit que le roi Airlangga a install√© son palais √† Janggala, dans la r√©gion de l'actuelle Surabaya. Apr√®s sa mort, le centre du pouvoir reste dans l'est de Java, passant √† Kediri, √† Singasari et finalement au royaume de Majapahit, qui atteint son apog√©e sous Hayam Wuruk (qui r√®gne de 1350 √† 1389), assist√© de son premier ministre Gajah Mada. Le Nagarakertagama, po√®me √©pique √©crit en 1365 sous son r√®gne, dresse une liste des "contr√©es tributaires" de Majapahit, qui outre Madura, Sunda et Bali, va de Pahang sur la p√©ninsule malaise √† "Gurun" dans les Moluques, en passant par Malayu √† Sumatra et "Bakulapura" √† Born√©o. En r√©alit√©, le territoire r√©ellement contr√īl√© par Majapahit se limitait √† la moiti√© ouest de Java Est, l'autre moiti√© constituant la principaut√© de Blambangan. Apr√®s la mort de Hayam Wuruk, des querelles de succession entra√ģnent le d√©clin de Majapahit, qui dispara√ģt en 1478.

Royaumes musulmans et arrivée des Européens

Articles connexes : Royaume de Malacca et Royaume de Demak.

Malacca

Vers 1400, un prince bouddhiste de Palembang (sud de Sumatra) fonde le port de Malacca sur la p√©ninsule malaise. Les souverains de Malacca se convertissent bient√īt √† l'islam. Le grand amiral chinois Zheng He (ou Cheng Ho), qui m√®nera sept exp√©ditions vers l'Inde, le Proche-Orient et l'Afrique de l'Est entre 1405 et 1433, fait plusieurs fois escale √† Java. Musulman, Zheng He note la pr√©sence de communaut√©s chinoises musulmanes dans les ports de la c√īte nord de Java, qu'on appelle le Pasisir.

Demak

√Ä la fin du XVe si√®cle, un Chinois musulman du nom de Cek Ko-po fonde sur le Pasisir une principaut√© qui va devenir le royaume de Demak. Cette nouvelle puissance entreprend la conqu√™te de la c√īte nord de Java, puis de Java Est en 1527. L'expansion du commerce maritime du XVe au XVIIe si√®cle, l'essor des communaut√©s chinoises et la diffusion de l'islam se traduisent par le d√©veloppement urbain du Pasisir et l'√©mergence des √Čtats portuaires de l'archipel.

Aceh

Faisant escale en 1292 à Perlak, une cité portuaire dans le territoire de l'actuelle province d'Aceh, Marco Polo constate que son souverain est musulman.

Le sultanat d'Aceh est fond√© au d√©but du XVIe si√®cle. Apr√®s la prise de Malacca par les Portugais en 1511, Aceh parvient √† capter une part importante de l'activit√© qui avait fait la prosp√©rit√© de Malacca. Le sultanat entreprend la conqu√™te de la c√īte est de Sumatra productrice de poivre et d'or, qui selon Tom√© Pires, un apothicaire portugais qui a v√©cu √† Malacca de 1512 √† 1515, n'est pas encore islamis√©e.

Dans les ann√©es 1560, Aceh √©tablit des relations commerciales et diplomatiques avec l'empire ottoman. En 1602, une premi√®re exp√©dition de la Compagnie anglaise des Indes orientales r√©cemment cr√©√©e fait escale en Aceh. Le sultanat va conna√ģtre son apog√©e avec Iskandar Muda (r√®gne 1607-36). Iskandar d√©fait une flotte portugaise √† Bintan (√ģle indon√©sienne voisine de l'actuelle Singapour) et conquiert Pahang et Kedah sur la p√©ninsule. En 1629, Iskandar lance une flotte sur Malacca, qui est totalement d√©truite avec 19 000 hommes perdus. Apr√®s la mort d'Iskandar Muda, Aceh entame une p√©riode de d√©clin.

L'épisode portugais

Le Muscadier provient des Îles Banda, en Indonésie.

En 1511, une flotte portugaise, partie de Goa en Inde sous le commandement du vice-roi Afonso de Albuquerque, s'empare de Malacca, qui était devenu le plus grand port d'Asie du Sud-Est, une sorte de précurseur de l'actuelle Singapour. La prospérité de Malacca reposait sur un réseau commercial dans lequel les Portugais n'arrivent pas à s'intégrer. Malacca périclite rapidement.

Les Portugais s'installent aux Moluques, o√Ļ ils √©chouent √† imposer leur monopole sur la production et le commerce des √©pices alors si pr√©cieuses en Europe, o√Ļ le clou de girofle vaut plus que son poids en or.

Aux Moluques, les Hollandais de la VOC (Vereenigde Oostindische Compagnie ou Compagnie hollandaise des Indes orientales) prennent un premier fort portugais en 1605. Ils finissent par chasser les Portugais de l'est de l'archipel et s'emparent à leur tour de Malacca en 1641.

Gowa

Selon la tradition orale des Makassar du sud de C√©l√®bes, le royaume de Gowa est n√© au XVe si√®cle du partage en deux de leur royaume entre Gowa et Tallo'. La premi√®re carte que les Portugais aient faite de C√©l√®bes, en 1533 ou 1534, ne mentionne pas le nom de Goa mais seulement celui de "Toloc", c'est-√†-dire Tallo'. En 1544, un commer√ßant portugais de Malacca, Antonio de Paiva, mentionne le nom de "Goa". Selon des chroniques, vers 1530, le roi Matanr√© (r√®gne 1510-47) entreprend la conqu√™te des principaut√©s voisines. Gowa contr√īle le commerce de l'or produit dans le nord de C√©l√®bes, qu'il vend au sultanat de Ternate.

Le roi de Gowa se convertit à l'islam en 1605. Des campagnes de Gowa entre 1608 et 1611 finissent par imposer l'islam dans l'ensemble des pays bugis et makassar. La VOC établit un poste à Gowa en 1609. Le sultan Alauddin, peu désireux d'accepter un monopole des Hollandais, traite avec des marchands asiatiques et européens. Une lutte s'engage entre les deux puissances, interrompues par des traités en 1637, 1655 et 1660. Le sultan Hasanuddin envoie des ambassades à Mataram dans Java, sans résultat.

En 1660, le prince Arung Palakka du Bone, devenu vassal de Gowa, se rebelle. La r√©volte est r√©prim√©e, mais les rebelles trouvent refuge aupr√®s de la VOC √† Batavia. En 1666, la VOC lance une flotte contre Gowa, avec √† bord des troupes bugis et moluquoises. En 1667, les Hollandais an√©antissent la flotte de Gowa. Le sultan Hasanuddin finit par se rendre en 1669. Bone et les autres principaut√©s bugis s'affranchissent de la suzerainet√© de Gowa. La VOC expulse les autres Europ√©ens de Gowa. Les Hollandais sont devenus la puissance europ√©enne dominante dans la r√©gion, devant les Anglais et les Portugais, qui contr√īlent toutefois encore Timor.

Banten

Un premier √Čtat semble avoir √©t√© fond√© √† Banten en 932 apr√®s J. C. Banten √©tait l'un des d√©bouch√©s maritime du royaume hindouiste de Pajajaran.

Selon la tradition, le sultanat de Banten a √©t√© fond√© par Sunan Gunung Jati, l'un des neuf "saints" ou Wali Sanga qui, selon la l√©gende, auraient propag√© la foi musulmane √† Java. Il serait n√© √† Pasai, un ancien sultanat dans le nord de Sumatra, que Marco Polo avait √©galement visit√© en 1292. Gunung Jati √©pouse une sŇďur de Trenggana, le souverain de Demak. En 1526, √† la t√™te d'une arm√©e, Gunung Jati attaque et conquiert Banten, qui s'√©tait affranchi de Pajajaran. Maulana Yusuf, le troisi√®me souverain de Banten, soumet Pajajaran en 1579, mettant fin au dernier royaume sundanais.

Vue de Banten au XVIIIe siècle

Au XVIIe si√®cle, Banten est un √Čtat prosp√®re, gr√Ęce √† la culture du poivre, une de ces √©pices si pris√©es qui ont valu l'arriv√©e des Europ√©ens dans l'archipel indon√©sien. Les Anglais y √©tablissent un poste de commerce permanent en 1603. Deux ambassadeurs de Banten sont re√ßus √† la cour d'Angleterre en 1682. Outre une partie de Java Ouest, le sultanat contr√īle ce qui constitue l'actuelle province de Lampung dans le sud de Sumatra. Les Hollandais finissent par imposer leur suzerainet√© au sultanat.

En 1813, Banten est intégrée au territoire des Indes néerlandaises. Son dernier sultan est envoyé en exil à Surabaya par les Hollandais en 1832.

Mataram

L'assassinat du sultan de Demak en 1568 marque la fin de la pr√©√©minence des cit√©s du Pasisir, qui aura dur√© √† peine un demi-si√®cle. En 1577, Ki Gede Pamanahan, seigneur de Mataram, dont le nom semble √™tre rest√© depuis l'√©poque de la dynastie Sanjaya (VIIIe si√®cle) installe sa r√©sidence √† Kota Gede (aujourd'hui un quartier de la ville de Yogyakarta). Son fils Senopati (r√®gne 1584-1601) entreprend une s√©rie de campagnes militaires contre les principaut√©s du centre de Java et du Pasisir, affirmant l'autorit√© de ce ¬ę deuxi√®me Mataram ¬Ľ.

Le petit-fils de Senopati (r√®gne 1613-1646) poursuit l'Ňďuvre de conqu√™te de ses pr√©d√©cesseurs en s'attaquant d'abord √† Java Est, puis Java Ouest. Mataram √©choue √† prendre Batavia, fond√©e en 1619 par la VOC (Vereenigde Oostindische Compagnie ou ¬ę Compagnie hollandaise des Indes orientales ¬Ľ), apr√®s deux tentatives de si√®ge en 1628-29.

Royaume de l'intérieur, Mataram contraint les principautés du Pasisir à détruire leurs flottes et leur interdit le commerce maritime. Son roi prend le titre de Sultan Agung, "le grand sultan", en 1641.

Apr√®s la mort du Sultan Agung, Mataram entame son d√©clin. Le royaume est min√© par des guerres de successions dont les Hollandais tirent parti. Pour financer leurs campagnes contre les princes rebelles, les rois de Mataram s'endettent aupr√®s de la VOC en mettant en gage leurs territoires du Pasisir. En 1755, le trait√© de Giyanti, impos√© par les Hollandais aux princes javanais, met fin aux guerres de successions javanaises. Les derniers princes de Blambangan se convertissent √† l'islam vers 1770 et pr√™tent all√©geance √† la VOC. Java est maintenant enti√®rement sous contr√īle hollandais.

La VOC

Carte hollandaise au début du XVIIIème siècle ne montrant que le Pasisir

La VOC est fondée en 1600. Elle commence par évincer les Portugais des Moluques. A la recherche d'un établissement à Java, la compagnie installe un poste à l'embouchure du fleuve Ciliwung, dans les faubourgs de Jayakarta, vassal de Banten. En 1619, elle s'empare de Jayakarta, détruit la cité et fonde sur ses ruines Batavia.

Article d√©taill√© : Compagnie hollandaise des Indes orientales.

En 1628 le prince sundanais Dipati Ukur, √† la t√™te d'une arm√©e de 6 000 hommes, attaque Batavia. Devant la sup√©riorit√© technique des Hollandais, les Sundanais doivent battre en retraite. Les Hollandais se lancent dans une traque et finiront par capturer le prince. Ils le livrent au roi de Mataram, qui le fait d√©capiter. De son c√īt√© Mataram fera par deux fois le si√®be de Batavia, sans succ√®s.

A la fin du XVIIIe si√®cle, la compagnie contr√īle les Moluques, le sud de C√©l√®bes et la moiti√© de Java.

En 1795, le stadhouder (gouverneur) de Hollande Guillaume V d'Orange-Nassau se réfugie en Angleterre devant l'invasion des armées françaises. D'Angleterre, il envoie une série d'instructions à ses administrateurs pour qu'ils cèdent les territoires néerlandais à l'Angleterre pour qu'ils ne tombent pas aux mains des Français.

En 1799, la VOC est déclarée en faillite. Ses actifs sont repris par le gouvernement des Pays-Bas.

Les Indes néerlandaises

En 1825, un prince de la cour de Yogyakarta, Diponegoro, qui conteste la d√©signation par les Hollandais de son neveu comme sultan, prend les armes. Il s'ensuit une guerre qui ne prendra fin qu'en 1830 avec la capture de Diponegoro, que les Hollandais avaient convi√© √† une n√©gociation. La guerre de Java a fait 15 000 morts dans l'arm√©e hollandaise et plus de 200 000 dans la population javanaise (un recensement effectu√© vers 1815 estimait la population totale de Java √† un peu plus de 4 millions d'habitants).

Article d√©taill√© : Indes n√©erlandaises.
Usine de thé à Jakarta dans les années 1860

Java d√©sormais pacifi√©e, les Hollandais peuvent commencer la mise en valeur √©conomique de l'√ģle. Le gouverneur van den Bosch met en place un syst√®me de cultures forc√©es (cultuurstelsel) par lequel les paysans devaient consacrer 20 %, puis 33 % de leurs terres √† des cultures commerciales. Les abus de ce syst√®me finissent par √™tre d√©nonc√©s aux Pays-Bas m√™mes. Le syst√®me est graduellement abandonn√©. La loi agraire de 1870 ouvre Java √† l'entreprise priv√©e.

Le Trait√© de Londres de 1824 entre les Anglais et les Hollandais accorde √† ces derniers le contr√īle des territoires revendiqu√©s par les Europ√©ens au sud de Singapour, fond√©e en 1819 par Thomas Stamford Raffles. Il consacre la division de monde malais en deux parties, l'une int√©gr√©e dans les Indes n√©erlandaises, l'autre dans ce qui deviendra la "British Malaya" et √† l'ind√©pendance, la F√©d√©ration de Malaisie.

√Ä Bali, au d√©but du XIXe si√®cle, l'√©conomie d√©pend encore essentiellement de l'exportation d'esclaves. Les Hollandais sont plut√īt soucieux de mettre fin √† la piraterie et au pillage d'√©paves, autre activit√© lucrative des Balinais. En 1846, les Hollandais attaquent le royaume de Buleleng dans le nord de Bali et y installent des administrateurs, ainsi que dans l'ouest de l'√ģle. De 1846 √† 1906, les Hollandais attaquent et soumettent successivement les diff√©rents royaumes balinais. Le dernier est Badung dans le sud de l'√ģle, dont les familles royales, plut√īt que de se rendre, commettent le puputan, marchant vers les Hollandais qui tirent jusqu'√† ce que tous soient morts.

En 1820, Aceh produit plus de la moitié du poivre mondial. Européens et Américains profitent de la concurrence que se livrent les différents princes qui leur vendent ce poivre. Un de ces princes, Tuanku (monseigneur) Ibrahim, émerge comme le plus puissant d'entre eux. En 1854, il lance une expédition et soumet les sultanats de Langkat, Deli et Serdang, menaçant les Hollandais, qui occupent déjà le reste de Sumatra. En 1871, les Hollandais signent avec les Anglais le traité de Sumatra. Les Hollandais cèdent leurs possessions en Afrique de l'Ouest aux Anglais. En échange, ils ont les mains libres pour Aceh. En 1873, le consul américain à Singapour rencontre un émissaire d'Aceh pour discuter d'un traité entre les deux pays. Les Hollandais décident d'attaquer Aceh. Commence la longue guerre d'Aceh. Le sultan Daud Shah se rend en 1903, mais les ulama, chefs religieux, poursuivent la résistance. Les Indes néerlandaises atteignent leur forme définitive en 1908.

En 1899, un juriste hollandais, qui avait v√©cu ¬ę aux Indes ¬Ľ de 1880 √† 1897, publie un article intitul√© Een eereschuld ("Une dette d'honneur"). Il explique que les Pays-Bas ont une dette envers les Indisch (indig√®nes des Indes orientales n√©erlandaises) pour toutes les richesses qu'ils en ont extraites. En 1901, la reine Wilhelmine annonce le d√©but de la ¬ę Politique √©thique ¬Ľ reposant sur trois principes : √©ducation, irrigation, √©migration.

Naissance du nationalisme indonésien

La d√©faite des Russes devant les Japonais √† Port-Arthur en 1905 a un retentissement extraordinaire √† travers l'Asie de l'Est, d√©truisant le mythe de l'invincibilit√© des Occidentaux. En 1908, des √©tudiants de la petite noblesse javanaise fondent le Budi Utomo. On consid√®re cet √©v√©nement comme l'acte de naissance du mouvement national indon√©sien. En 1911, des marchands de batik javanais fondent le Sarekat Islam. L' Indische Sociaal-Democratische Vereeniging ("union social-d√©mocrate des Indes"), future Parti communiste indon√©sien, est fond√©e en 1914. Soekarno et d'autres √©tudiants de l'√Čcole technique de Bandung fondent le PNI (Partai Nasional Indonesia, "parti national indon√©sien"). En 1927 Hatta, qui √©tudiait l'√©conomie aux Pays-Bas, et trois autres √©tudiants indisch sont arr√™t√©s en raison de leurs activit√©s politiques. Lors de leur proc√®s, Hatta prononce un r√©quisitoire contre la domination hollandaise, justifiant le nationalisme indon√©sien, qui sera publi√© sous le titre "Indonesi√ę Vrij" ("Indon√©sie libre").

√Ä travers les Indes n√©erlandaises, des √©tudiants et des jeunes fondent des associations, qui se r√©unissent en congr√®s en 1928 pour prononcer le ¬ę Serment de la Jeunesse ¬Ľ par lequel ils d√©clarent adopter trois id√©aux : une patrie, l'Indon√©sie, une nation, la nation indon√©sienne, une langue, l'indon√©sien. Les ann√©es 1930 sont une p√©riode mouvement√©e, durant lesquelles les leaders du mouvement nationaliste Hatta, Sjahrir, Soekarno et d'autres, sont arr√™t√©s.

Occupation japonaise

Le 7 juillet 1937, le Japon, qui occupe déjà la Corée et le Manchukuo, envahit la Chine, amorçant sa conquête de l'Extrême-Orient. En Europe, les troupes allemandes envahissent les Pays-Bas le 10 mai 1940, après avoir déclenché la Seconde Guerre mondiale.

Les Japonais avaient des visées sur les Indes néerlandaises et leurs ressources naturelles. La colonie hollandaise faisait partie de leur vision d'une sphère de co-prospérité de la grande Asie orientale. Le 7 décembre 1941, les Japonais attaquent Pearl Harbor. Le 10 janvier 1942, ils débarquent dans les Indes néerlandaises. Les troupes néerlandaises se rendent le 8 mars 1942. C'est la fin de la domination hollandaise.

La premi√®re pr√©occupation des Japonais est de r√©organiser l'√©conomie des Indes n√©erlandaises au profit de leur √©conomie de guerre. Mais pour cela, ils ont besoin de mobiliser les masses, notamment javanaises. Soekarno d√©cide de faire le jeu de l'occupant, persuad√© de pouvoir en tirer parti. Il participe ainsi √† la cr√©ation du "Centre du Pouvoir Populaire" (PUTERA dans son acronyme indon√©sien) en 1943. Les Japonais cr√©ent √©galement une arm√©e de volontaires indon√©siens, les "d√©fenseurs de la patrie ¬Ľ (PETA) autoris√©e par les Japonais.

L'occupation du territoire par le r√©gime showa entra√ģne de multiples exactions √† l'encontre des opposants au r√©gime et des populations civiles, s'√©tendant de l'esclavage sexuel au travaux forc√©s et au cannibalisme. Les rapports officiels faisant √©tat de la mort de pr√®s de 4 millions de personnes. [2]

En mars 1945, alors que les Am√©ricains reprennent progressivement contr√īle du Pacifique, les Japonais encouragent la cr√©ation d'un "comit√© pour l'investigation sur les efforts de pr√©paration de l'ind√©pendance de l'Indon√©sie" (Dokuritsu Junbi Ch√īsakai). Sous leur √©gide, la Piagam Jakarta ("charte de Jakarta") - pr√©ambule de la future constitution - est r√©dig√©e et un "Comit√© pan-indon√©sien pour pr√©parer l'ind√©pendance" mis en place.

Le Japon capitule le 15 ao√Ľt. En attendant le d√©barquement de troupes alli√©es, les autorit√©s japonaises d'occupation, qui avaient auparavant promis l'ind√©pendance aux Indon√©siens, avaient d√©sormais ordre de maintenir le statu quo. Soekarno et Hatta ne souhaitaient pas de conflit avec les Japonais. Les mouvements de jeunesse exigeaient une d√©claration imm√©diate de l'ind√©pendance. Ils √©taient soutenus par Sjahrir, un autre dirigeant nationaliste indon√©sien, qui avait dirig√© la r√©sistance passive contre l'occupation japonaise et craignait que les Alli√©s ne consid√®rent que l'ind√©pendance n'√©tait qu'un cadeau des Japonais. La nuit du 15 au 16 ao√Ľt, un groupe de jeunes militants enl√®ve Soekarno et Hatta pour les convaincre de proclamer l'ind√©pendance.

L'ind√©pendance de l'Indon√©sie est proclam√©e le 17 ao√Ľt 1945 par Soekarno et Hatta. Soekarno est nomm√© pr√©sident et Hatta vice-pr√©sident. C'est le d√©but de la p√©riode que les Indon√©siens appellent Revolusi.

Les Alli√©s commencent √† reprendre contr√īle du territoire mi-septembre. En octobre, des troupes britanniques d√©barquent √† Surabaya pour d√©sarmer les soldats japonais. Croyant que les Britanniques pr√©parent le retour des Hollandais, la toute jeune arm√©e indon√©sienne s‚Äôoppose √† eux. Devant la violence des combats pour prendre la ville, les Britanniques comprennent que quelque chose a chang√© dans les anciennes Indes n√©erlandaises.

Les premières années d'indépendance

La Revolusi

Article d√©taill√© : R√©volution indon√©sienne.

Fin 1945, les Hollandais acceptent d'entamer des discussions avec le gouvernement indon√©sien. Ils r√©occupent n√©anmoins Jakarta d√©but 1946, contraignant le gouvernement indon√©sien √† s'installer √† Yogyakarta. Pour tenter de reprendre le contr√īle de leur ancienne colonie, ils lancent une premi√®re ¬ę action de police ¬Ľ, appel√©es agresi par les Indon√©siens. Fin 1946, les bellig√©rants se r√©unissent √† Linggarjati pr√®s de Cirebon. Les Hollandais reconnaissent la souverainet√© de facto de la R√©publique sur Java, Madura et Sumatra. Les deux parties se mettent d'accord pour cr√©er en 1949 une ¬ę R√©publique des √Čtats-Unis d'Indon√©sie ¬Ľ (Republik Indonesia Serikat).

En d√©cembre 1946, les Hollandais annoncent √† Denpasar √† Bali la cr√©ation d'un Negara Indonesia Timur (¬ę √Čtat d'Indon√©sie orientale ¬Ľ). Devant la difficult√© √† faire admettre leur projet f√©d√©ral, les Hollandais lancent en juillet 1947 une deuxi√®me ¬ę action de police ¬Ľ. Au bout d'une dizaine de jours, ils doivent accepter un appel au cessez-le-feu des Nations Unies. En janvier 1948, un accord est sign√© entre les deux parties √† bord du navire de guerre am√©ricain USS Renville, qui avalise le projet hollandais d'un √Čtat f√©d√©ral en Indon√©sie. Le PNI (Partai Nasional Indonesia) et le parti musulman Masyumi s'y opposent. Le gouvernement indon√©sien, dirig√© par Amir Sjarifuddin, est contraint de d√©missionner.

Les Hollandais poursuivent n√©anmoins leur projet f√©d√©ral et annoncent la cr√©ation d'une s√©rie d'√Čtats fantoches en diff√©rents endroits de l'archipel, au nombre de 15 en 1948. En 1949, r√©publicains et Hollandais tiennent une conf√©rence √† Yogyakarta. La ¬ę R√©publique des √Čtats-Unis d'Indon√©sie ¬Ľ (RUSI dans son sigle anglais) est cr√©√©e le 14 d√©cembre. Le 27 d√©cembre, le Royaume des Pays-Bas transf√®re formellement la souverainet√© des anciennes Indes n√©erlandaises √† la R√©publique des √Čtats-Unis d'Indon√©sie, √† l'exception de la Nouvelle-Guin√©e occidentale.

Sous la pression internationale, les Hollandais acceptent finalement en 1949 d'organiser la Conf√©rence de la Table Ronde de La Haye. Une R√©publique des √Čtats-Unis d'Indon√©sie (Republik Indonesia Serikat ou RIS) est cr√©√©e le 14 d√©cembre 1949. Le 27 d√©cembre, le Royaume des Pays-Bas transf√®re formellement la souverainet√© sur le territoire des anciennes Indes n√©erlandaises √† la RIS. La "Revolusi" est termin√©e.

Premières rébellions

De 1948 √† 1965, l'Indon√©sie va √™tre le th√©√Ętre de plusieurs mouvements insurrectionnels.

En 1948, des militaires sympathisants du Partai Komunis Indonesia (PKI, le parti communiste indonésien) occupent la ville de Madiun à Java Est. L'insurrection sera réprimée en 2 semaines.

En 1949 un dirigeant du Hizbullah, une milice de jeunes musulmans cr√©√©e durant l'occupation japonaise de l'Indon√©sie, proclame dans l'ouest de Java un Negara Islam Indonesia (¬ę √Čtat islamique d'Indon√©sie ¬Ľ). C'est le d√©but de la r√©bellion du Darul Islam, qui ne prendra fin qu'en 1962 avec la capture et l'ex√©cution de son dernier chef.

En 1950 le Dr Soumokil, un ministre de l'√Čtat d'Indon√©sie orientale, un des 7 √Čtats membres de la RIS, proclame la "R√©publique des Moluques du Sud". La r√©bellion est mat√©e en 4 mois. Le 17 ao√Ľt 1950, le gouvernement de Jakarta proclame la cr√©ation de l'¬ę √Čtat unitaire de la R√©publique d'Indon√©sie ¬Ľ (Negara Kesatuan Republik Indonesia), qui remplace la RIS.

En 1952 à Jakarta, des chars entourent le palais présidentiel. Le chef d'état-major de l'armée de terre indonésienne, le général A. H. Nasution demande au président Soekarno la dissolution du Parlement, dénonçant le système des partis. Soekarno rejette la demande et reprend la situation en main. L'affaire du 17 octobre a tourné court.

Non-alignement

Sukarno, Leader nationaliste puis premier président d'Indonésie

En 1955 se tient une conf√©rence dans la ville de Bandung, dans l'ouest de Java. Elle r√©unit pour la premi√®re fois de l'histoire une trentaine de pays de ce qu'on appelait alors le Tiers monde. Parmi les personnalit√©s qui y apparaissent figurent le Chinois Zhou Enlai, l'√Čgyptien Gamal Abdel Nasser, l'Indien Nehru et l'Indon√©sien Soekarno. Cette conf√©rence marquera l'entr√©e sur la sc√®ne internationale des pays du Tiers-monde. On consid√®re qu'elle est l'acte de naissance du mouvement des non-align√©s.

Démocratie dirigée

Rébellion de la Permesta

En 1957 √©clate la r√©bellion de la Permesta (Piagam Perjuangan Semesta ou ¬ę charte pour une lutte universelle ¬Ľ) dans le nord de C√©l√®bes, en protestation au projet de Soekarno d'instaurer une "d√©mocratie dirig√©e" mettant fin √† la d√©mocratie parlementaire. En 1958 √† Padang,√† Sumatra Ouest, des opposants √† Soekarno proclament un Pemerintah Revolusioner Republik Indonesia ("gouvernement r√©volutionnaire de la R√©publique d'Indon√©sie") ou PRRI. Le PRRI et la Permesta s'allient. La r√©bellion prend fin en 1961.

Confrontation Indonésie-Malaisie

Article d√©taill√© : Confrontation Indon√©sie-Malaisie.

En 1957, les √Čtats de la p√©ninsule malaise obtiennent l'ind√©pendance du Royaume Uni sous le nom de F√©d√©ration de Malaisie. De 1959 √† 1962, les Britanniques, la Malaisie, Singapour, Sabah et Sarawak n√©gocient en vue de cr√©er une f√©d√©ration √©largie. Ce projet est d√©nonc√© par le pr√©sident indon√©sien Soekarno, qui d√©clare que la Malaisie est une cr√©ation fantoche des Britanniques qui va accro√ģtre leur contr√īle sur la r√©gion, mena√ßant l'ind√©pendance de l'Indon√©sie. De leur c√īt√©, les Philippines revendiquent Sabah, sous pr√©texte que ce territoire avait appartenu au sultanat de Sulu au XVIIIe si√®cle. Les deux pays s'appuient sur une opinion anti-f√©d√©ration r√©pandue au Sarawak et √† Brunei.

√Ä Brunei, une r√©volte √©clate le 8 d√©cembre 1962, soutenue par l'Indon√©sie. Des troupes britanniques et gurkha stationn√©es √† Singapour sont envoy√©es. Le commandant des rebelles est captur√© le 17 avril 1963 et la r√©bellion prend fin. Aussit√īt, des ¬ę volontaires ¬Ľ indon√©siens p√©n√®trent au Sarawak et √† Sabah, se livrant √† des attaques et des actions de sabotage et de propagande. Le 27 juillet, Soekarno d√©clare qu'il va ¬ę √©craser la Malaisie ¬Ľ (Ganyang Malaysia). Mi-1965, les forces arm√©es indon√©siennes franchissent la fronti√®re en direction de la partie orientale de l'√ģle de Sebatik pr√®s de Tawau dans l'√Čtat de Sabah. L'escalade vers un conflit ouvert de plus grande ampleur ne fut probablement √©vit√©e qu'en raison de l'accroissement des tensions politiques internes en Indon√©sie.

Soekarno songeait d√®s le d√©but des ann√©es soixante √† former un gouvernement d‚Äôunion nationale (le NASAKOM) regroupant toutes les tendances politiques du pays ; en 1964 trois ministres membres du Parti communiste indon√©sien (PKI) sont nomm√©s.

√Ä cette √©poque, les √Čtats-Unis ont commenc√© leur engagement militaire au Vietnam en bombardant le nord. L'alignement de l'Indon√©sie avec le bloc socialiste, notamment avec la Chine (Soekarno parle d'un ¬ę axe Jakarta-Phnom Penh-Hanoi-P√©kin-Pyongyang ¬Ľ), fait craindre aux Am√©ricains la cr√©ation d'un ¬ę second front ¬Ľ en Asie du Sud-Est.

Question de la partie occidentale de la Papouasie

Article d√©taill√© : Nouvelle-Guin√©e n√©erlandaise.

Au moment de l'ind√©pendance de l'Indon√©sie, les Hollandais gard√®rent le contr√īle de la partie occidentale de la Nouvelle-Guin√©e, appel√©e Nouvelle-Guin√©e n√©erlandaise afin de pr√©parer l'ind√©pendance, proclam√©e le 1er d√©cembre 1961.

Apr√®s l'√©chec des n√©gociations avec les Hollandais portant sur l'incorporation √† l'Indon√©sie du territoire, le 18 d√©cembre une invasion des parachutistes indon√©siens provoqua des affrontements arm√©s entre les troupes n√©erlandaises et indon√©siennes en 1961 et 1962 dont la Bataille de la mer d'Arafura. En 1962, les √Čtats-Unis exerc√®rent des pressions sur les Pays-Bas lors de pourparlers secrets avec l'Indon√©sie qui d√©bouch√®rent, le 15 ao√Ľt 1962, sur la signature de l'accord de New York, accordant, √† compter du, le 1er mai 1963 la responsabilit√© administrative de la r√©gion √† l'Indon√©sie [3].

Dictature de Soeharto

Soeharto, président entre 1967 et 1998.

Le 1er octobre 1965 au matin, un officier de la garde pr√©sidentielle annonce √† la radio √™tre √† la t√™te d'un "conseil r√©volutionnaire" qui a d√©jou√© un complot contre le pr√©sident Soekarno et arr√™t√© six g√©n√©raux. Un autre g√©n√©ral, Soeharto, prend la t√™te de la r√©pression. En quarante-huit heures, les rebelles sont arr√™t√©s. Soeharto d√©cr√®te la dissolution du PKI, accus√© d'avoir foment√© ce qu'on va appeler le "mouvement du 30 septembre" ou Gerakan September Tigapuluh, dont l'acronyme, "Gestapu", est tr√®s √©vocateur. S‚Äôensuit une chasse aux communistes qui durera des mois et fera entre 500 000 et un million de morts selon les estimations. Le 11 mars 1966, Soeharto contraint Soekarno √† signer la "Supersemar" (acronyme de Surat Perintah Sebelas Maret, "ordonnance du 11 mars"), par laquelle ce dernier transf√®re formellement le pouvoir √† Soeharto, qui est ensuite √©lu pr√©sident de la R√©publique par le MPRS (Majelis Permusyawaratan Rakyat Sementara, "assembl√©e d√©lib√©rative du peuple temporaire").

Le nouveau régime renoue avec le camp occidental. L'Indonésie réintègre l'ONU, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, que Soekarno lui avait fait quitter. Une loi sur l'investissement étranger est promulguée en 1967. Les compagnies pétrolières occidentales signent des contrats d'exploration, attirées par le potentiel du pays. D'importantes découvertes sont faites.

En janvier 1974, des émeutes éclatent à Jakarta, à la suite de manifestations d'étudiants qui profitaient de la visite du premier ministre japonais Kakuei Tanaka pour protester contre la mainmise du capital étranger, notamment japonais, sur l'économie indonésienne. Ce sera la dernière manifestation contre le régime pour 24 ans.

En d√©cembre 1975, l'arm√©e indon√©sienne envahit Timor oriental, o√Ļ le parti ind√©pendantiste Fretilin vient de d√©clarer l'ind√©pendance. Le pr√©texte de cette intervention est un appel √† l'aide de deux autres partis timorais pro-indon√©siens, l'Apodeti (Association populaire d√©mocratique de Timor) et l'UDT (Union d√©mocratique de Timor). Les 24 ann√©es d'occupation indon√©sienne qui suivent feront 200 000 morts sur une population inf√©rieure √† 1 million d'habitants.

Sous Soeharto n√©anmoins, l'Indon√©sie va conna√ģtre un d√©veloppement impressionnant. Les revenus du p√©trole, qui repr√©senteront 80% des exportations indon√©siennes en 1980, permettent de financer le d√©veloppement des infrastructures, de la sant√© de base, de l'√©ducation primaire, ainsi que d'industries d'√Čtat. En m√™me temps, le r√©gime favorise l'essor de grandes entreprises priv√©es nationales appartenant √† des hommes d'affaires d'origine chinoise.

La chute du prix du brut en 1986 permet √† la Banque mondiale et au FMI de contraindre l'Indon√©sie de commencer √† d√©r√©glementer et lib√©raliser son √©conomie et √† privatiser ses entreprises d'√Čtat. Cette privatisation se traduit dans les faits par un transfert d'actifs aux hommes d'affaires proches de Soeharto et bient√īt, √† ses enfants qui ont atteint l'√Ęge adulte.

Pendant les 33 ans de son r√®gne, Soeharto et sa famille se sont enrichis consid√©rablement √† la faveur de la forte croissance que connaissait le pays. En 1998, suite √† la crise √©conomique asiatique (la monnaie indon√©sienne perdit 80 % de sa valeur), apr√®s de nombreuses manifestations dans tout le pays, dont les √©meutes de Jakarta de mai 1998, et la pression du FMI, Soeharto finit par abandonner son poste le 21 mai 1998. Son vice-pr√©sident, Baharuddin Jusuf (B. J.) Habibie, devient pr√©sident. En ao√Ľt 1999, Habibie organise un r√©f√©rendum sur l'ind√©pendance √† Timor oriental, annex√© par l'Indon√©sie en 1975. La victoire des partisans de l'ind√©pendance est suivie d'une vague de violence.

Transition démocratique

En septembre 1999 sont organisées les premières élections démocratiques depuis 1955. Le nouvel MPR (assemblée) élit président Abdurrahman Wahid, surnommé "Gus Dur". Celui-ci est destitué en 2001 par le MPR. Sa vice-présidente, Megawati Soekarnoputri, fille de Soekarno, lui succède. En 2004, un amendement de la constitution permet les premières élections présidentielles au suffrage direct à deux tours. Susilo Bambang Yudhoyono bat Megawati au deuxième tour.

Le pays √† l‚Äôheure actuelle souffre de son √©conomie, de sa politique interne et de conflits religieux. √Ä cela s‚Äôajoutent les mouvements s√©cessionnistes au nord de Sumatra (Aceh), en Nouvelle-Guin√©e occidentale (anciennement Irian Jaya) ainsi que dans l‚Äôarchipel des Moluques o√Ļ se d√©roule des troubles tr√®s violents (largement organis√©s et instrumentalis√©s par des factions au pouvoir en Indon√©sie) entre chr√©tiens d‚Äôune part et musulmans (accourus essentiellement de Java) d‚Äôautre part.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Wolters Oliver W., "Indonesia - The archipelago and its early historical records" in Encyclopaedia Britannica
  2. ‚ÜĎ Commonwealth War Graves Commission, John Dower, War without mercy, 1986
  3. ‚ÜĎ [pdf] (fr) Accord entre la r√©publique d'Indon√©sie et le royaume des Pays-Bas concernant la Nouvelle-Guin√©e Occidentale (Irian Occidental). Sign√© au si√®ge de l'organisation des Nations Unies, √† New York, le 15 ao√Ľt 1961
  • (en) Cet article est partiellement ou en totalit√© issu d‚Äôune traduction de l‚Äôarticle de Wikip√©dia en anglais intitul√© ¬ę History of Indonesia ¬Ľ.

Bibliographie

  • Bellwood, Peter, The Austronesians : Historical and Comparative Perspectives, 2006, ISBN 0 731521 32 3
  • Cayrac-Blanchard, Fran√ßoise, L'Indon√©sie - L'arm√©e et le pouvoir, L‚ÄôHarmattan, 1992, ISBN 2738407838
  • Durand, Fr√©d√©ric , Francoise Cayrac-Blanchard, St√©phane Dovert, Indon√©sie - Un demi-si√®cle de construction nationale, L'Harmattan, 2000, ISBN 9782738487797
  • Lombard, Denys, Le carrefour javanais : essai d'histoire globale, 2004 ISBN 2-7132-1824-1
  • Ricklefs, M. C., A History of Modern Indonesia since c. 1200, 2008, ISBN 0-230-54685-4
  • Wolters, O. W., Early Indonesian Commerce : A Study of the Origins of Srivijaya, 2001, ISBN 1597401870

Voir aussi

Liens internes

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