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HĂ©roĂŻne

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Diacétylmorphine
Structure de la diacétylmorphine
Structure de la diacétylmorphine
Général
Nom IUPAC (5α,6α)-7,8-didehydro-
4,5-epoxy-17-methylmorphinan
-3,6-diol diacetate (ester)
No CAS 561-27-3
No EINECS 209-217-7
Code ATC N02AA09
SMILES
InChI
Apparence poudre blanche (sel acide)
poudre marron (sel basique)
Propriétés chimiques
Formule brute C21H23NO5  [IsomĂšres]
Masse molaire 369,411 g∙mol-1
C 68,28 %, H 6,28 %, N 3,79 %, O 21,66 %,
Données pharmacocinétiques
Métabolisme Désacéthylation rapide en 6-monoacéthylmorphine
Demi-vie de distrib. 3 minutes
Considérations thérapeutiques
Voie d’administration IV, respiratoire, orale
CaractĂšre psychotrope
Catégorie Dépresseur
Mode de consommation
  • Inhalation : prisĂ©e ou fumĂ©e
  • Injection intraveineuse
  • Ingestion
Autres dénominations
  • HĂ©ro
  • Meumeu
  • Rabla
  • Blanche
  • Smack, Jazz, Slow
  • Poudre, Drepou
  • Cassonade, Brown Sugar, Brown
  • HĂ©lĂšne
Risque de dépendance trÚs élevé
Unités du SI & CNTP, sauf indication contraire.

L’hĂ©roĂŻne ou diacĂ©tylmorphine est obtenue par acĂ©tylation de la morphine, le principal alcaloĂŻde issu du pavot. Puissant dĂ©presseur du systĂšme nerveux central, elle provoque une forte dĂ©pendance physique et psychique, poussant Ă  la toxicomanie. En Occident, elle est classĂ©e comme stupĂ©fiant.

Sommaire

Historique

Bouteille d’hĂ©roĂŻne de Bayer.

Elle a Ă©tĂ© synthĂ©tisĂ©e pour la premiĂšre fois depuis la morphine en 1874 par le chimiste anglais C. R. Alder Wright[1] mais son potentiel ne sera pas reconnu. Elle est de nouveau synthĂ©tisĂ©e en 1898 par Heinrich Dreser, un chimiste allemand de l’entreprise pharmaceutique Bayer qui l’exploitera comme mĂ©dicament pour diffĂ©rentes affections respiratoires dont la tuberculose[1]. On lui donna le nom d’hĂ©roĂŻne, du terme allemand heroisch (« hĂ©roĂŻque Â») car on pensait qu’elle permettrait de soigner l’addiction Ă  la morphine sans induire d’accoutumance[1], trĂšs rĂ©pandue Ă  l’époque notamment chez les soldats de la guerre de SĂ©cession ou ceux de la guerre de 1870. Ironie du sort, car la morphine elle-mĂȘme avait Ă©tĂ© prĂ©conisĂ©e comme substitut Ă  l’opium. On n’a donc pas prĂ©vu que l’hĂ©roĂŻne allait devenir l’un des flĂ©aux du XXe siĂšcle. En effet, elle Ă©tait vendue librement en pharmacie comme pilule antitussive, contre l’asthme, la diarrhĂ©e et mĂȘme comme somnifĂšre pour enfants. À cette Ă©poque, on n’avait pas pris conscience du danger de nombreuses drogues, la plupart des substances connues (opiacĂ©s, cocaĂŻne, etc.) Ă©taient alors en vente libre en pharmacie dans la plupart des pays[2].

L’hĂ©roĂŻne devient vite un problĂšme de santĂ© publique et dĂšs 1918, la SociĂ©tĂ© des Nations s’engage dans une campagne contre l’hĂ©roĂŻne avançant qu’un produit aussi dangereux doit ĂȘtre supprimĂ© par une action internationale. En 1920, c’est le corps mĂ©dical amĂ©ricain lui-mĂȘme qui en demande la prohibition. En 1923, un premier texte international rĂ©glemente l’usage d’hĂ©roĂŻne mĂȘme si dĂšs 1925 un sociologue amĂ©ricain Lawrence Kolb souligne que l’hĂ©roĂŻne n’est pas criminogĂšne en elle-mĂȘme mais est consommĂ©e majoritairement par des populations appartenant Ă  ces milieux[1].

L’Europe attendra 1931 pour reconnaĂźtre Ă  son tour que le peu d’intĂ©rĂȘt thĂ©rapeutique du produit ne compense pas son coĂ»t social[1].

En 1956, son usage mĂ©dical est totalement interdit aux États-Unis ce qui ouvrira la voie Ă  la Convention unique sur les stupĂ©fiants de 1961[1].

La Convention unique sur les stupĂ©fiants de 1961 porte principalement sur la coca, l’opium, le cannabis et leurs dĂ©rivĂ©s. L’hĂ©roĂŻne sera progressivement interdite dans la plupart des pays Ă  mesure qu’ils adaptent leur lĂ©gislation propre et classĂ©e comme stupĂ©fiant. Elle reste trĂšs exceptionnellement utilisĂ©e dans certains traitements de substitution, sous surveillance mĂ©dicale stricte[1].

Chimie

« HĂ©roĂŻne Â» est son nom usuel, son nom scientifique Ă©tant diamorphine ou encore diacĂ©tylmorphine.

Elle est liposoluble.

SynthĂšse

L’hĂ©roĂŻne (diacĂ©tylmorphine) est un opiacĂ© semi-synthĂ©tique obtenu Ă  partir de la morphine, elle-mĂȘme tirĂ©e du latex du pavot (Papaver somniferum). Elle est obtenue par acĂ©tylation de la morphine. L’équipement nĂ©cessaire Ă  la production est sommaire mĂȘme si un laboratoire et des compĂ©tences minimums sont requises pour obtenir un produit de qualitĂ©.

Nombre de laboratoires sont en fait des campements temporaires installés dans les endroits reculés des zones de production[3].

L’hĂ©roĂŻne pure est de couleur blanche, mais la drogue produite dans ces laboratoires est de couleur plus ou moins brunĂątre selon le degrĂ© de puretĂ©. Plusieurs Ă©tapes intermĂ©diaires, Ă©tapes de purification notamment, sont souvent omises par les chimistes, fautes de moyens et de temps[3]. La couleur du produit dĂ©pendra Ă©galement des produits de coupe ajoutĂ© ensuite par les diffĂ©rents intermĂ©diaires.

L’opium est dissous dans de l’eau chauffĂ©e. On y ajoute de la chaux aĂ©rienne qui convertit la morphine de l’opium en morphĂ©nate de calcium soluble dans l’eau, puis on y ajoute du chlorure d’ammonium afin d’obtenir la morphine base par prĂ©cipitation. Les produits chimiques nĂ©cessaires sont aisĂ©ment disponibles sous forme de fertilisants. La morphine-base est ensuite rĂ©cupĂ©rĂ©e par filtrage. À ce stade, la poudre est de couleur cafĂ©, d’un brun foncĂ© provenant des nombreuses impuretĂ©s prĂ©sentes.

La morphine base est dissoute dans de l’eau Ă  chaud, de l’acide chlorhydrique est ajoutĂ© afin de transformer la morphine base non-soluble en chlorhydrate de morphine soluble dans l’eau. On utilise enfin du charbon actif qui absorbe les impuretĂ©s prĂ©sentes. La morphine est rĂ©cupĂ©rĂ©e par prĂ©cipitation puis filtrĂ©e. L’opĂ©ration peut ĂȘtre rĂ©pĂ©tĂ©e jusqu’à obtention d’une poudre bien blanche.

Par la suite, la morphine base est traitĂ©e avec de l’anhydride acĂ©tique pour obtenir l’hĂ©roĂŻne base. Dans les laboratoires artisanaux, on emploie de grandes marmites habituellement destinĂ©es Ă  la cuisson du riz[4]. La morphine est recouverte d’anhydride acĂ©tique et d’une faible quantitĂ© d’acide sulfurique qui agira comme catalyseur de la rĂ©action. Le pot est maintenu fermĂ© avec un couvercle serti de torchons humides sur les bords. Le mĂ©lange sera chauffĂ© pendant 4 Ă  5 heures Ă  une tempĂ©rature de 85 Â°C en Ă©vitant l’ébullition jusqu’à ce que la morphine soit complĂštement dissoute. AprĂšs cette opĂ©ration, il reste une mixture d’eau, d’acide acĂ©tique et de diacĂ©tylmorphine (hĂ©roĂŻne) dans le rĂ©cipient.

On ajoute ensuite trois fois le volume d’eau avec une petite quantitĂ© de chloroforme qui permettra de dissoudre les impuretĂ©s. Le chloroforme se concentre au fond du rĂ©cipient sous la forme d’une couche de liquide visqueux et rougeĂątre non miscible Ă  l’eau. La couche aqueuse contenant l’hĂ©roĂŻne est rĂ©cupĂ©rĂ©e pour ĂȘtre traitĂ©e avec du charbon actif qui permettra de purifier le produit. L’hĂ©roĂŻne base est enfin prĂ©cipitĂ©e avec du carbonate de sodium prĂ©alablement dissous dans de l’eau chaude, Ă  raison de 2,2 kg par kg de morphine. Le carbonate de sodium dissous est ajoutĂ© doucement Ă  la solution aqueuse contenant l’hĂ©roĂŻne, celle-ci est alors convertie en hĂ©roĂŻne base non soluble qui sera ainsi prĂ©cipitĂ©e, rĂ©cupĂ©rĂ©e par filtrage puis sĂ©chĂ©e. Des Ă©tapes supplĂ©mentaires de purification Ă  l’aide de charbon actif peuvent encore ĂȘtre pratiquĂ©es selon la qualitĂ© dĂ©sirĂ©e si l’hĂ©roĂŻne n’est pas bien blanche Ă  ce stade.

Un kilogramme de morphine permet d’obtenir 700 grammes d’hĂ©roĂŻne[4].

L’hĂ©roĂŻne base peut ĂȘtre vendue telle quelle pour ĂȘtre fumĂ©e, aprĂšs mĂ©lange avec divers produits de coupe pour en augmenter le volume. L’hĂ©roĂŻne base n’est pas directement soluble dans l’eau pour ĂȘtre injectĂ©e, l’ajout d’un acide (citron, vinaigre ou acide citrique) est alors nĂ©cessaire.

Celle-ci est parfois mĂ©langĂ©e avec un volume Ă©gal de cafĂ©ine[5] afin de rĂ©duire le point de fusion du produit, ce qui facilite sa consommation par inhalation (fumĂ©e)[rĂ©f. nĂ©cessaire]. C’est ce qui est nommĂ© HĂ©roĂŻne no 3.

Une Ă©tape supplĂ©mentaire nĂ©cessitant de l’alcool, de l’éther et de l’acide chlorhydrique permet de transformer l’hĂ©roĂŻne base en chlorhydrate d’hĂ©roĂŻne, ou HĂ©roĂŻne no 4, soluble dans l’eau. Certains chimistes passeront par plusieurs Ă©tapes de purification intermĂ©diaires entre chaque transformation afin d’obtenir un produit plus pur.

Pharmacologie

C’est un dĂ©presseur du systĂšme nerveux central[6]. Elle a une action analgĂ©sique et sĂ©dative comme les opiacĂ©s ainsi qu’une puissante action anxiolytique et antidĂ©pressive[1].

MĂ©tabolisme

Dans l’organisme, elle est mĂ©tabolisĂ©e en monoacĂ©tylmorphine puis en morphine par le foie[1].

Usage détourné et récréatif

Formes

L’hĂ©roĂŻne pharmaceutique se prĂ©sente sous la forme d’une poudre blanche trĂšs fine, mais dans la rue, elle peut se prĂ©senter sous la forme de poudres brunes, beiges ou blanches, plus ou moins fines. Il arrive que le produit soit compressĂ© sous forme de « cailloux Â» lors de son conditionnement. On trouve Ă©galement une forme solide ou pĂąteuse, trĂšs impure, produite au Mexique et importĂ©e aux USA, le black tar ; son importation en Europe est anecdotique[7]. La couleur et l’apparence du produit dĂ©pendent de sa puretĂ© (certaines Ă©tapes de la production permettant d’obtenir un produit plus pur et blanc Ă©tant omises) mais Ă©galement des produits de coupe utilisĂ©s. La couleur n’est cependant pas une indication fiable pour juger de la qualitĂ©, pas plus que la prĂ©sentation sous forme de « cailloux Â» : il est trĂšs facile de recompresser la poudre aprĂšs coupage[rĂ©f. nĂ©cessaire].

Il existe des appellations sous forme de numĂ©ros. Celles-ci dĂ©finissent des prĂ©parations diffĂ©rentes :

HĂ©roĂŻne no 3[8]

Aussi dĂ©signĂ©e sous les termes hĂ©roĂŻne brune, brown-sugar, brown, golden brown, cassonade ; il s’agit d’hĂ©roĂŻne-base, contrairement aux sels (chlorhydrates et sulfates) celle-ci est traditionnellement produite — afin d’ĂȘtre fumĂ©e — et consommĂ©e en Asie du sud-est car elle n’est pas soluble dans l’eau bien que certains consommateurs ajoutent du vinaigre ou du citron pour la transformer en sels (acĂ©tates et citrates) afin de la rendre soluble et injectable. Celle-ci est occasionnellement mĂ©langĂ©e Ă  des produits de coupe (cafĂ©ine) prĂ©sentant un point de fusion plus bas facilitant son inhalation lorsqu’elle est fumĂ©e. Elle se prĂ©sente comme une poudre granuleuse de couleur brune Ă  grise. Elle est obtenue Ă  partir de l’hĂ©roĂŻne acĂ©tylĂ©e.

HĂ©roĂŻne no 4[8]

Aussi dĂ©signĂ©e sous le terme d’« hĂ©roĂŻne blanche Â», il s’agit du produit sous forme de sel soluble dans l’eau, en gĂ©nĂ©ral du chlorhydrate d’hĂ©roĂŻne. Elle se prĂ©sente comme une poudre blanche Ă  beige trĂšs fine et lĂ©gĂšre. Elle est obtenue en poussant plus loin le raffinage de la morphine. Elle est traditionnellement produite dans le Triangle d’or mais aussi au Liban, en Syrie, au Pakistan.

HĂ©roĂŻne no 1 et no 2

Ces appellations ne sont pas utilisĂ©es. Elles correspondent thĂ©oriquement aux produits intermĂ©diaires de la fabrication, l’hĂ©roĂŻne no 2 correspondant Ă  la morphine-base.

HĂ©roĂŻne « Black tar Â».

HĂ©roĂŻne « Black tar Â»

Une troisiĂšme sorte d’hĂ©roĂŻne produite au Mexique existe bien que celle-ci ne soit exportĂ©e qu’aux États-Unis : le black tar (goudron noir)[7] C’est une hĂ©roĂŻne impure se prĂ©sentant sous la forme d’une pĂąte, plus ou moins solide de couleur noire ou brunĂątre, Ă  l’aspect plus proche de l’opium que d’une poudre ; ses caractĂ©ristiques en font une substance particuliĂšrement utilisĂ©e par les fumeurs d’hĂ©roine. C’est une forme impure de la drogue, celle-ci est produite par les paysans mexicains qui n’ont qu’une faible expĂ©rience dans la culture du pavot et la production d’hĂ©roĂŻne. Ceux-ci omettent nombre d’étapes dans le procĂ©dĂ© de fabrication en transformant directement la morphine contenue dans l’opium en hĂ©roĂŻne, sans passer par les Ă©tapes intermĂ©diaires[7].

Habitudes de consommation

L’hĂ©roĂŻne se prĂ©sente sous forme de poudre brune, rarement blanche. Elle est coupĂ©e de maniĂšre variable (souvent 90 % Ă  95 %[1]) parfois avec d’autres produits psychoactifs (cocaĂŻne par exemple) ou non, voire toxiques (cafĂ©ine pour 86 % des Ă©chantillons, paracĂ©tamol pour 79 %[9]). La composition comme le degrĂ© de puretĂ© sont trĂšs variables.

L’hĂ©roĂŻne peut se consommer par :

  • injection intraveineuse, l’effet apparaĂźt en moins d’une minute et s’estompe au bout de 3 Ă  5 heures[10] ;
  • inhalation (fumĂ©e ou prisĂ©e), l’effet analgĂ©sique est alors dominant[10] lors des premiĂšres prises. Rapidement l’effet psycho actif « apaisant Â» reste seul recherchĂ©.
  • « chasser le dragon Â» ou « alu Â» : mĂ©thode consistant Ă  inhaler les vapeurs d’hĂ©roĂŻne, chauffĂ©e la plupart du temps sur une feuille d’aluminium par le dessous.

L’injection prĂ©sente des risques accrus de surdose ou d’infections locales ou systĂ©miques graves. L’hĂ©roĂŻne a longtemps Ă©tĂ© associĂ©e Ă  l’injection intraveineuse du fait des ravages sanitaires qu’avait provoquĂ© ce mode de consommation dans les annĂ©es 1970. Mais les campagnes de prĂ©vention et d’information sur cet usage qui permettait la transmission d’un certain nombre d’infections via les Ă©changes de seringues (sida, hĂ©patites B et C) ont fait considĂ©rablement baisser ce mode de consommation, au point qu’il est considĂ©rĂ© comme minoritaire dans les pays occidentaux[11].

Si les risques de transmission infectieuse sont considĂ©rablement rĂ©duits par la consommation en inhalation prisĂ©e, ils restent prĂ©sents du fait de l’échange des pailles qui transportent le mĂȘme type d’infection, dont la tuberculose en plus.

L’hĂ©roĂŻne peut ĂȘtre consommĂ©e en « descente Â» de la cocaĂŻne (c’est-Ă -dire aprĂšs) pour attĂ©nuer les effets angoissants de la diminution de ce produit dans l’organisme ; et parfois en « speed-ball Â» (cocaĂŻne avec hĂ©roĂŻne) afin de compenser les effets dĂ©presseurs de l’hĂ©roĂŻne par les effets stimulants de la cocaĂŻne[12].

Effets et conséquences

Du fait de leur structure molĂ©culaire relativement proche des endorphines produites par l’organisme, les mĂ©tabolites de la substance vont se lier au rĂ©cepteur opiacĂ©-”. Par ressemblance, les opiacĂ©s vont donc se substituer aux endorphines dans les rĂ©cepteurs, entraĂźnant une euphorie, une analgĂ©sie et des effets anxiolytiques.

L’utilisation rĂ©pĂ©tĂ©e de la diacĂ©tylmorphine aboutit Ă  un certain nombre de changements physiologiques, y compris une diminution des rĂ©cepteurs opiacĂ©s disponibles.

4 Ă  24 h aprĂšs la derniĂšre prise de diacĂ©tylmorphine les rĂ©cepteurs sont toujours occupĂ©s par les opiacĂ©s, mais les effets de la substance perdent en intensitĂ©. Les rĂ©cepteurs ne sont alors plus disponibles pour lier les endorphines, ce qui entraĂźne des consĂ©quences graves et des effets inverses de ceux recherchĂ©s. C’est ce processus qui est responsable de l’accoutumance et de la dĂ©pendance physique, oĂč le corps ayant rĂ©duit sa production d’endorphines prĂ©sente des symptĂŽmes physiques de manque de cette substance, appelĂ© le syndrome de sevrage aux opiacĂ©s. Ce syndrome entraĂźne des symptĂŽmes extrĂȘmement inconfortables, comme la douleur, l’anxiĂ©tĂ©, l’insomnie et des spasmes musculaires.

Du fait, de son fort caractÚre analgésique, elle peut masquer les douleurs dues aux infections.

En cas d’overdose, l’hĂ©roĂŻne peut entraĂźner la mort par dĂ©pression respiratoire. Le surdosage Ă©tant gĂ©nĂ©ralement accidentel et imputĂ© Ă  une dose trop concentrĂ©e[6].

Effets recherchés

  • Flash, relaxation, apaisement[10] ;
  • euphorie[10] ;
  • extase ;
  • aide Ă  la redescente des utilisateurs de substances Ă  base de MDMA (ecstasy)[1].

Ces effets sont suivis d’un Ă©tat de somnolence.

Effets Ă  court terme

  • problĂšmes gastro-intestinaux[10] ;
  • ralentissement du rythme cardiaque ;
  • baisse de l’amplitude respiratoire[10] ;
  • contractions importantes de la pupille (myosis)[6] ;
  • action antitussive[6] ;
  • hypothermie ;
  • dĂ©mangeaisons.

Effets Ă  moyen terme

  • Baisse de l’appĂ©tit pouvant entraĂźner des carences alimentaires voire des problĂšmes buccodentaires[10] ;
  • constipation[10] et difficultĂ©s Ă  uriner ;
  • insomnies ;
  • interruption des menstruations chez la femme.

Effets Ă  long terme

  • Forte dĂ©pendance physique et psychique[10] ;
  • accoutumance acquise aux opiacĂ©s ;
  • infections opportunistes du fait de l’état d’affaiblissement gĂ©nĂ©ral[10] ;
  • troubles de l’humeur ;
  • troubles anxieux ;
  • apathie ;
  • problĂšmes cutanĂ©s.

DĂ©pendance

L’hĂ©roĂŻne entraĂźne une forte accoutumance.

L’arrĂȘt brutal d’hĂ©roĂŻne peut provoquer un syndrome de sevrage autrement appelĂ© manque.

La dĂ©pendance Ă  l’hĂ©roĂŻne peut, de nos jours, ĂȘtre traitĂ©e par des mĂ©dicaments de substitution : mĂ©thadone ou buprĂ©norphine (Subutex). Ces substituts sont des opiacĂ©s synthĂ©tiques. Ils ralentissent l’apparition des symptĂŽmes de sevrage, les repoussant sans pour autant les supprimer. Les effets euphoriques de ces substances sont moindres et leur demi-vie (durĂ©e d’action) est plus grande que celle de l’hĂ©roĂŻne, permettant ainsi une prise quotidienne unique. La substitution permet Ă©galement de couper les patients toxicomanes du milieu de la drogue.

La finalitĂ© Ă©tant le sevrage dĂ©finitif Ă  court ou long terme en baissant les doses afin d’attĂ©nuer graduellement les symptĂŽmes de manque.

La prise d’hĂ©roĂŻne par voie intraveineuse est considĂ©rĂ©e comme un mode d’administration addictogĂšne : cela induit une alternance cyclique entre un effet euphorisant rapide et intense, et un Ă©tat de manque.

L’addiction Ă  l’hĂ©roĂŻne est dĂ©crite par un processus en trois Ă©tapes[13] :

  • La lune de miel : L’usager consomme pour le plaisir. Sa consommation est considĂ©rĂ©e comme contrĂŽlĂ©e. Une tolĂ©rance s’installe ainsi qu’une dĂ©pendance psychique.
  • La gestion du manque : La dĂ©pendance physique apparaĂźt. L’usager consomme pour Ă©viter l’état de manque. Il dĂ©veloppe souvent une polyconsommation de gestion du manque (consommation de benzodiazĂ©pines, alcool, etc.).
  • La galĂšre : Le manque est omniprĂ©sent. La dĂ©pendance est majeure avec des comportements de perte de contrĂŽle. L’hĂ©roĂŻnomane sera alors capable de tout pour financer sa consommation.

Traitements de l’hĂ©roĂŻnomanie

Articles dĂ©taillĂ©s : addiction, toxicomanie et sevrage (toxicologie).

Le traitement de la dĂ©pendance Ă  l’hĂ©roĂŻne est long et vise Ă  obtenir l’abstinence. Il nĂ©cessite souvent une aide extĂ©rieure[13].

La premiĂšre phase de ce traitement passe par un sevrage oĂč un traitement mĂ©dical aide l’usager Ă  supporter les symptĂŽmes du manque.

Cette aide extĂ©rieure peut se manifester de diffĂ©rentes façons obligation de soins, dĂ©but de prise en charge sanitaire via une structure de premier plan type site d’injection supervisĂ©e, mise en place d’un traitement de substitution, hospitalisation en cure de dĂ©sintoxication voire post-cure.

Statistiques

En 2002, en France, on estime le nombre d’expĂ©rimentateurs d’hĂ©roĂŻne parmi les 18-75 ans Ă  0,7 %[14]. En France, en 2005, on comptait 160 000 hĂ©roĂŻnomanes dont la moitiĂ© suivait un traitement substitutif aux opiacĂ©s (buprĂ©norphine, mĂ©thadone, etc.).

Selon le rapport de l’OICS du 1er mars 2006 :

  • L’abus d’hĂ©roĂŻne est peu rĂ©pandu en Afrique avec un taux annuel de prĂ©valence de l’abus d’opiacĂ©s de 0,2 % (pour la pĂ©riode 2002-2004, chez les individus ĂągĂ©s de 15 Ă  64 ans), chiffre infĂ©rieur Ă  la moyenne mondiale de 0,3 %.
  • En Europe, la prĂ©valence annuelle de l’abus d’opiacĂ©s est de 0,8 % (et atteint mĂȘme 1,7 % en Lettonie).
  • Aux États-Unis, les hĂ©roĂŻnomanes reprĂ©senteraient 0,1 % de la population.
  • L’abus d’hĂ©roĂŻne ne pose pas de problĂšme majeur en AmĂ©rique du Sud ou en OcĂ©anie.
  • En Asie de l’est et en Asie du sud-est, les opiacĂ©s restent les principales drogues consommĂ©es.
  • Dans les pays d’Asie centrale, la principale drogue donnant lieu Ă  des abus est dĂ©sormais l’hĂ©roĂŻne.

Jargon

Vocabulaire

  • Accrocher, ĂȘtre accro : le fait d’ĂȘtre dĂ©pendant.
  • Alu, taper un alu : voir Chasser le dragon : mĂ©thode consistant Ă  inhaler les vapeurs d’hĂ©roĂŻne chauffĂ©e, la plupart du temps, sur une feuille d’aluminium (d’oĂč le nom) par le dessous.
  • Fixer, shooter, se faire (ou se mettre) un taquet, se faire un trou, caler : synonyme d’injecter.
  • Flash : sentiment d’euphorie intense immĂ©diatement provoquĂ© par la prise d’hĂ©roĂŻne et plus ou moins intense en fonction du mode de consommation.
  • HĂ©roĂŻnomane, camĂ© : usager d’hĂ©roĂŻne.
  • Paille : petit tube creux permettant l’inhalation de la substance.
  • Pompe, shooteuse, fix, flute, stylo : seringue.
  • Rails, traces, lignes, gouttes, tracks, trait, poutre : disposition en petits tas filiformes en vue d’inhalation Ă  l’aide d’une paille.
  • Nourrir le singe : sentiment d’avoir une autre personne Ă  nourrir en hĂ©roĂŻne, effet du manque.
  • Kepa, kep’s, bonbonne, meug, bille : petits paquets dans lesquels sont conditionnĂ©es les doses destinĂ©es au commerce au dĂ©tail. Ces termes ne sont pas spĂ©cifiques Ă  l’hĂ©roĂŻne.
  • Shoot, fix, flush, caler : injection.
  • Came, HĂ©lĂšne, keuch, cheval - horse, smack, brune, brown, meumeu, rabla, schnouf, poudre, peuf : termes d’argot dĂ©signant l’hĂ©roĂŻne.
  • Piquer du blaze, piquer du zen, plonger : piquer du nez. On somnole, l’hĂ©roĂŻne fait piquer du nez, on plane.
  • Taper : priser (ou plus simplement « sniffer Â»).

Termes apparentés

  • HĂ©roĂŻnomanie : terme composĂ© de hĂ©roĂŻne et de manie, du grec mania pour « folie, passion Â». Il dĂ©signe une toxicomanie Ă  l’hĂ©roĂŻne, une consommation rĂ©guliĂšre et non-contrĂŽlĂ©e d’hĂ©roĂŻne, amenant un Ă©tat de dĂ©pendance.
  • HĂ©roĂŻnomane : dĂ©rivĂ© du prĂ©cĂ©dent, dĂ©signe les personnes atteintes d’hĂ©roĂŻnomanie.

Production et trafic

Article dĂ©taillĂ© : Trafic de stupĂ©fiant.
Principaux pays producteurs d’hĂ©roĂŻne.

Jusqu’au milieu des annĂ©es 1970, les filiĂšres d’acheminement d’hĂ©roĂŻne sont tenues par les Français de la « French Connection Â» qui s’approvisionne en Turquie[15] et la mafia amĂ©ricaine hĂ©ritiĂšre de Lucky Luciano.

AprĂšs l’élimination de la « French connection Â» c’est la filiĂšre asiatique qui reprend le marchĂ© avec la Turquie ou l’Albanie comme pays de transit[15].

En France, elle est remplacée dans les années 1980 par la filiÚre nigériane changeant ainsi de pays de transit mais pas de pays producteurs[16].

L’annĂ©e 2000 vit le commandeur des talibans, le mollah Mohammad Omar, dĂ©crĂ©ter que la culture du pavot, Ă©tant anti-islamique, devait cesser, alors que le pays Ă©tait considĂ©rĂ© comme premier producteur mondial de pavot Ă  cette date[17].

D’aprĂšs, l’organe international de contrĂŽle des stupĂ©fiants dans son rapport du 1er mars 2006, l’Afghanistan est redevenu le premier producteur mondial de pavot Ă  opium (87 % de la production mondiale), 60 % du produit transite par l’Asie occidentale et 20 % par l’Asie centrale pour rejoindre ensuite essentiellement l’Europe mais aussi l’AmĂ©rique du Nord.

Mais c’est en AmĂ©rique du Sud notamment en Colombie qu’est produite et transformĂ©e prĂšs de 60 % de l’hĂ©roĂŻne disponible sur le marchĂ© amĂ©ricain oĂč elle entrerait en passant par le Mexique.

Une partie de la production licite de pavot à opium des indes[Quoi ?] est détournée pour le marché clandestin et transformée et consommée sur place.

Voir aussi

Bibliographie

Sur le trafic de l’hĂ©roĂŻne et les services spĂ©ciaux
  • (en) Edward J. Epstein, Agency of fear: opiates and political power in America, G.P. Putman and sons, New York, 1977.
  • (en) Alfred W. McCoy, The politics of heroin in southeast Asia, The Washington Monthly Company, 1972. (ISBN 0061319422)
  • (en) Henrik KrĂŒger, The Great Heroin Coup: Drugs, Intelligence, and International Fascism, Boston: South End Press, 1980. 240 pages (d’abord publiĂ© au Danemark sous le titre Smukke Serge og Heroinen en 1976) (ISBN 0896080315)
Sur la consommation dans le milieu rock

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Notes et références

  1. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i , j  et k  Denis Richard, Jean-Louis Senon, Marc Valleur, Dictionnaire des drogues et des dĂ©pendances, Larousse, 2004 (ISBN 2-03-505431-1) .
  2. ↑ (fr) L’aspirine : propriĂ©tĂ©s gĂ©nĂ©rales, applications. La somatose. L’hĂ©roĂŻne, plaquette publicitaire de l’entreprise Bayer du dĂ©but des annĂ©es 1900 ventant les mĂ©ritĂ©s de l’hĂ©roĂŻne.
  3. ↑ a  et b  (en)Feasibility Study on Opium Licensing in Afghanistan.
  4. ↑ a  et b  (en)Drugs Forum.
  5. ↑ Analyses chimiques d’échantillons de cocaĂŻne et d’hĂ©roĂŻne consommĂ©s dans les rues de GenĂšve entre 1999 et 2003 [pdf].
  6. ↑ a , b , c  et d  Yasmina Salmandjee, Les drogues, Tout savoir sur leurs effets, leurs risques et la lĂ©gislation, Eyrolles, coll. « Eyrolles Pratique Â», 2003 (ISBN 2-7081-3532-5) .
  7. ↑ a , b  et c  (en)Interpol "Drug Sub-Directorate - Heroin".
  8. ↑ a  et b  Michel Hautefeuille, Dan VĂ©lĂ©a, Les drogues de synthĂšse, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? Â», 2002 (ISBN 2-13-052059-6) 
  9. ↑ CinquiĂšme rapport national du dispositif TREND, PhĂ©nomĂšnes Ă©mergents liĂ©s aux drogues depuis 2003 ([pdf] tĂ©lĂ©chargeable).
  10. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i  et j  Amine Benyamina, Le cannabis et les autres drogues, Solar, 2005 (ISBN 2-263-03904-X) .
  11. ↑ Drogues, savoir plus risquer moins, comitĂ© français d’éducation pour la santĂ© et de la mildt, juillet 2000 (ISBN 2-908444-65-8) .
  12. ↑ Michel Hautefeuille, Dan VĂ©lĂ©a, Les drogues de synthĂšse, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? Â», 2002 (ISBN 2-13-052059-6) .
  13. ↑ a  et b  Marie-JosĂ© Auderset, Jean-Blaise Held, Jean-François Bloch-LainĂ©, HĂ©roĂŻne, cocaĂŻne
 voyage interdit, De La MartiniĂšre, coll. « HydrogĂšne Â», 2004 (ISBN 2-7324-2712-8) .
  14. ↑ « Les adultes et les drogues en France : niveaux d’usage et Ă©volutions rĂ©centes Â» [pdf], OFDT, Tendances no 30, juin 2003.
  15. ↑ a  et b  Alain Labrousse, GĂ©opolitique des drogues, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? Â», 2004 (ISBN 2-13-054186-0) .
  16. ↑ MichĂšle Diaz, Marc-Eden Afework, La Drogue, Hachette, coll. « qui, quand, oĂč ? Â», 1995 (ISBN 2-01-291469-1) .
  17. ↑ Collectif LibertĂ© Afghanistan.
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  • HeroÄ«ne — HeroÄ«ne, weiblicher Heros, Heldenweib 
   Meyers Großes Konversations-Lexikon

  • Heroine — HeroÄ«ne, weiblicher Heros, Heldin 
   Kleines Konversations-Lexikon


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