Hermann Hesse

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Hermann Hesse
Hermann Hesse
Hermann Hesse en 1927, photographié par Gret Widmann
Hermann Hesse en 1927, photographié par Gret Widmann

Activit√©s √Čcrivain
Naissance 2 juillet 1877
Calw, Drapeau d'Allemagne Allemagne
D√©c√®s 9 ao√Ľt 1962
Montagnola, Drapeau de Suisse Suisse
Distinctions prix Goethe
Prix Bauernfeld
Prix Nobel de littérature en 1946
Ňíuvres principales

Hermann Hesse (n√© le 2 juillet 1877 √† Calw, Allemagne; mort le 9 ao√Ľt 1962 √† Montagnola, Suisse) √©tait un romancier, po√®te, peintre et essayiste allemand puis suisse. Il a obtenu le prix Goethe, le prix Bauernfeld en 1905 et le Prix Nobel de litt√©rature en 1946.

Sommaire

Sa vie

Enfance et jeunesse

Maison natale de Hesse à Calw

Hermann Hesse est issu d'une famille de missionnaires chr√©tiens de confession protestante. Ses parents furent tous deux engag√©s pour la Mission protestante de B√Ęle en Inde, o√Ļ sa m√®re, Marie Gundert, √©tait n√©e en 1842. Son p√®re, Johannes Hesse, n√© en 1847 dans la famille d'un m√©decin, √©tait d'origine germano-balte o√Ļ la famille v√©cut √† Weissenstein (aujourd'hui Paide en Estonie). Dans la petite ville de Calw, en For√™t-Noire, la famille tint √† partir de 1873 une maison d'√©dition missionnaire sous la direction du grand-p√®re maternel de Hesse, Hermann Gundert. Il eut cinq fr√®res et sŇďurs, dont deux moururent pr√©matur√©ment.

Le monde dans lequel Hermann Hesse v√©cut ses premi√®res ann√©es √©tait totalement impr√©gn√© de l'esprit du pi√©tisme souabe. En 1881, la famille s'installa √† B√Ęle pour cinq ann√©es, mais revint ensuite √† Calw. Apr√®s avoir achev√© ses √©tudes latines avec succ√®s √† G√∂ppingen, Hesse rejoignit en 1891 le s√©minaire √©vang√©lique de Maulbronn (dont il fera le cadre de son roman L'Orni√®re). L√† se r√©v√©la en mars 1892 son caract√®re rebelle : Hesse s'√©chappa du s√©minaire et ne fut rattrap√© que le lendemain, en pleine nature.

D√®s lors commen√ßa, sur fond de violents conflits avec ses parents, une odyss√©e √† travers divers √©tablissements et √©coles. Hermann Hesse √©tait dans une phase d√©pressive de son trouble bipolaire, et il exprima dans une lettre du 20 mars 1892 des pens√©es suicidaires (¬ę je voudrais partir comme le coucher de soleil ¬Ľ). En mai 1892, dans l'√©tablissement de Bad Boll dirig√© par le th√©ologien et directeur de conscience Christoph Friedrich Blumhardt, il fit une tentative de suicide. √Ä la suite de cela, Hermann fut plac√© dans la maison de sant√© de Stetten im Remstal, et plus tard dans un √©tablissement pour enfants √† B√Ęle.

Fin 1892 il entra au lyc√©e de Bad Cannstatt, √† Stuttgart. En 1893, il y obtint son dipl√īme probatoire de premi√®re ann√©e, mais interrompit ses √©tudes.

Il commen√ßa un apprentissage de libraire √† Esslingen am Neckar, qu'il abandonna apr√®s trois jours, puis devint au d√©but de l'√©t√© 1894 apprenti m√©canicien pendant 14 mois, dans la fabrique d'horloges Perrot √† Calw. Le travail monotone de soudage et de limage renfor√ßa en Hermann Hesse le d√©sir de se tourner √† nouveau vers une activit√© spirituelle. En octobre 1895, il se sentit pr√™t √† entamer un nouvel apprentissage de libraire, √† T√ľbingen, et √† s'y consacrer s√©rieusement. Plus tard, il relata ces p√©rip√©ties de son enfance dans son roman L'Orni√®re (¬ę Unterm Rad ¬Ľ).

La naissance d'un écrivain

Hesse travailla √† partir du 17 octobre 1895 dans la librairie Heckenhauer √† T√ľbingen. L'essentiel du fond traitait de th√©ologie, de philologie et de droit. La t√Ęche de l'apprenti Hesse consistait √† collationner, emballer, classer et archiver les livres. Apr√®s sa journ√©e de travail de douze heures, il continuait √† enrichir sa culture en solitaire, et les livres compensaient encore son absence de contacts sociaux pendant les longs dimanches f√©ri√©s. Hesse lut des √©crits th√©ologiques, puis l'Ňďuvre de Goethe, et plus tard Lessing, Schiller et des textes de la Mythologie grecque. En 1896, son po√®me Madonna fut publi√© dans une revue viennoise.

En 1898, Hesse devint assistant libraire et disposa d'un revenu respectable, lui assurant une ind√©pendance financi√®re vis-√†-vis de ses parents. √Ä cette √©poque, il lisait surtout les Ňďuvres des romantiques allemands, et tout particuli√®rement de Clemens Brentano, Joseph von Eichendorff et Novalis. Dans une lettre √† ses parents, il exprima sa conviction que ¬ęla morale est chez les artistes remplac√©e par l'esth√©tique¬Ľ. Alors qu'il √©tait toujours libraire, Hesse publia √† l'automne 1898 son premier petit recueil de po√®mes, Romantische Lieder (Chants romantiques), et √† l'√©t√© 1899 le recueil en prose Eine Stunde hinter Mitternacht (Une heure apr√®s minuit). Les deux ouvrages furent des √©checs commerciaux. En l'espace de deux ans, seuls 54 des 600 exemplaires de Romantische Lieder furent vendus. Eine Stunde hinter Mitternacht fut √©galement tir√© √† seulement 600 exemplaires et ne se vendit que tr√®s lentement. L'√©diteur leipzigois Eugen Diederichs √©tait cependant convaincu de la valeur litt√©raire de l'Ňďuvre, et voyait ces publications d√®s le d√©part comme des encouragements pour le jeune auteur, plut√īt que comme une entreprise rentable.

√Ä partir de l'automne 1899, Hesse travailla dans une librairie d'occasion √† B√Ęle. Ses parents ayant d'√©troits contacts avec les familles b√Ęloises √©rudites, un royaume spirituel et artistique des plus stimulants s'ouvrit √† lui. En m√™me temps, le promeneur solitaire qu'√©tait Hesse trouva √† B√Ęle l'occasion de retraites gr√Ęce aux nombreuses possibilit√©s de voyages et promenades, ce qui servit sa qu√™te artistique personnelle, en d√©veloppant en lui l'aptitude √† transcrire litt√©rairement une observation sensorielle, aptitude sans cesse confront√©e √† une aventure nouvelle. En 1900, Hesse fut lib√©r√© du service militaire en raison de sa faible vue. Ses difficult√©s de vision dur√®rent toute sa vie, de m√™me que sa n√©vralgie et ses maux de t√™te.

En 1901, Hesse put r√©aliser l'un de ses grands r√™ves en voyageant pour la premi√®re fois en Italie. La m√™me ann√©e, Hesse entra chez un nouvel employeur, le libraire Wattenwyl, √† B√Ęle. √Ä la m√™me √©poque, les occasions de publier des po√®mes et de petits textes litt√©raires dans des revues se multipli√®rent. D√©sormais, les salaires de ces publications contribuaient √† ses revenus. Tr√®s vite, l'√©diteur Samuel Fischer s'int√©ressa √† Hesse, et le roman Peter Camenzind, pr√©-publi√© en 1903 et publi√© officiellement en 1904 chez Fischer, marqua la rupture : Hesse pouvait maintenant vivre de sa plume.

Entre le lac de Constance et l'Inde

Table de travail de Hermann Hesse au Musée Hermann Hesse de Gaienhofen-Höri

La cons√©cration litt√©raire permit √† Hesse d'√©pouser en 1904 Maria Bernoulli, de s'installer avec elle √† Gaienhofen au bord du lac de Constance, et d'y fonder une famille comptant trois fils, Bruno, Heiner et Martin. Il y √©crivit son deuxi√®me roman L'Orni√®re, paru en 1906. Par la suite, il r√©digea surtout des nouvelles et des po√®mes. Son roman suivant, Gertrude (1910), √©voque la crise de cr√©ativit√© de Hesse. Il acheva p√©niblement cette Ňďuvre, et la consid√©ra plus tard comme rat√©e. Les d√©saccords se multipliaient aussi dans son m√©nage, et pour prendre de la distance, Hesse fit en 1911, avec Hans Sturzenegger, un long voyage √† Ceylan et en Indon√©sie. Il n'y trouva pas l'inspiration spirituelle et religieuse esp√©r√©e, cependant ce voyage impr√©gna fortement ses Ňďuvres ult√©rieures, √† commencer par Carnets indiens (1913). Apr√®s le retour de Hesse, la famille d√©m√©nagea en 1912 √† Berne, mais ce d√©placement ne r√©solut pas les probl√®mes du couple, comme le d√©peignit Hesse en 1914 dans son roman Ro√ühalde.

La Première Guerre mondiale

√Ä la d√©claration de la Premi√®re Guerre mondiale en 1914, Hesse se pr√©senta comme volontaire √† l'ambassade d'Allemagne, car il ne pouvait supporter de rester inactif, pendant que d'autres jeunes √©crivains mouraient au front. Il fut n√©anmoins d√©clar√© inapte au combat et affect√© √† Berne √† l'assistance aux prisonniers de guerre, aupr√®s de l'ambassade d'Allemagne. Dans sa nouvelle fonction, Hesse fut d√®s lors occup√© √† rassembler et exp√©dier des livres pour les prisonniers de guerre allemands. √Ä cette √©poque, il √©tait co√©diteur de la Deutsche Interniertenzeitung (Journal des intern√©s allemands, 1916-1917), √©diteur du Sonntagsbote f√ľr die deutschen Kriegsgefangenen (Courrier dominical des prisonniers de guerre allemands, 1916-1919), et responsable de la ¬ęLibrairie des prisonniers de guerre allemands¬Ľ.

Le 3 novembre 1914, il publia dans la Neue Z√ľrcher Zeitung l'article ¬ęO Freunde, nicht diese T√∂ne¬Ľ (¬ęMes fr√®res, cessons nos plaintes !¬Ľ, premier vers de l'Ode √† la joie), dans lequel il appelait les intellectuels allemands √† ne pas tomber dans les pol√©miques nationalistes. Il en r√©sulte ce que Hesse qualifia plus tard de grand tournant de sa vie : pour la premi√®re fois, il se retrouva au milieu d'une violente querelle politique, la presse allemande l'attaqua, il re√ßut des lettres de menace et de vieux amis se d√©solidaris√®rent de lui. Il fut soutenu par son ami Theodor Heuss, mais aussi par l'√©crivain fran√ßais Romain Rolland, √† qui Hesse rendit visite en ao√Ľt 1915.

Ces conflits avec le public allemand n'√©taient pas encore apais√©s, que Hesse subit une suite de coups du sort qui le plong√®rent dans une crise existentielle plus profonde encore : la mort de son p√®re le 8 mars 1916, la grave maladie de son fils Martin et la crise de schizophr√©nie de sa femme. Il dut interrompre son travail d'assistance aux prisonniers et commencer un traitement psychoth√©rapeutique. L'intense travail de psychanalyse qui s'ensuivit, au cours duquel Hesse fit la connaissance de Carl Gustav Jung, d√©boucha finalement sur un nouveau point culminant de sa cr√©ativit√© : en septembre-octobre 1917, Hesse r√©digea en trois semaines de travail fr√©n√©tique son roman Demian. Le livre fut publi√© apr√®s la guerre, en 1919, sous le pseudonyme d'Emil Sinclair.

La Casa Camuzzi

Hermann Hesse (1925)

Lorsque Hesse put reprendre sa vie civile, son couple √©tait d√©suni. Une grave psychose s'√©tait entre-temps d√©clar√©e chez sa femme et, m√™me apr√®s sa gu√©rison, Hesse ne put envisager aucun avenir commun avec Maria. La maison de Berne fut revendue, et Hesse emm√©nagea mi-avril dans le Tessin, o√Ļ il habita tout d'abord une petite maison paysanne √† l'entr√©e de Minusio pr√®s de Locarno. Puis il v√©cut du 25 avril au 11 mai √† Sorengo. Le 11 mai, il s'installa dans le village de Montagnola comme locataire de quatre petites pi√®ces dans un b√Ętiment ressemblant √† un ch√Ęteau, la ¬ęCasa Camuzzi¬Ľ. L√†, il ne reprit pas seulement son activit√© d'√©criture, mais commen√ßa aussi √† peindre, ce qui appara√ģt clairement en 1920 dans son grand r√©cit suivant, Le dernier √©t√© de Klingsor. En 1922 parut le roman indien Siddhartha. Dans celui-ci s'exprime son amour de la culture indienne et des sagesses orientales auxquelles il avait √©t√© familiaris√© d√©j√† dans la maison de ses parents. Hesse √©pousa en 1924 Ruth Wenger, fille de l'√©crivaine suisse Lisa Wenger et tante de Meret Oppenheim (apr√®s le mariage avec Hesse, elle eut comme fils l'acteur Ezard Hau√ümann). Hesse obtint cette ann√©e-l√† la nationalit√© suisse.

Les principales Ňďuvres qui suivirent, Le Curiste en 1925 et le Voyage √† N√ľremberg en 1927, sont des r√©cits autobiographiques teint√©s d'ironie, dans lesquels s'annonce d√©j√† le plus c√©l√®bre roman de Hesse, Le Loup des steppes (1927). Pour son cinquanti√®me anniversaire, qu'il f√™ta cette ann√©e-l√†, parut √©galement sa premi√®re biographie, publi√©e par son ami Hugo Ball. Peu apr√®s le succ√®s de son roman, la vie du solitaire loup des steppes Hesse prit un nouveau tour par sa relation avec Ninon Dolbin, originaire de Czernowitz en Bukovine, et qui devint plus tard sa troisi√®me femme. Le r√©sultat de cette conversion √† la vie de couple fut le roman Narcisse et Goldmund (1930).

Hesse quitta en 1931 l'appartement de la Casa Camuzzi et s'installa avec sa compagne Ninon dans une plus grande maison (la Casa Hesse, parfois aussi appelée Casa Rossa) dans les hauteurs de Montagnola, qui avait été construite selon ses souhaits et mise à sa disposition par son ami Hans C. Bodmer. Cette maison est actuellement un bien privé et ne peut être visitée.

Le Jeu des perles de verre

Monument Hermann Hesse à Calw

En 1931, il commen√ßa √† composer sa derni√®re grande Ňďuvre, intitul√©e Le Jeu des perles de verre. Il publia en 1932 un r√©cit pr√©paratoire, Le Voyage en Orient. Hesse observa avec beaucoup d'inqui√©tude la prise de pouvoir des nazis en Allemagne. En 1933, Bertolt Brecht et Thomas Mann s'arr√™t√®rent tout deux chez Hesse dans leurs voyages vers l'exil. Hesse essaya √† sa mani√®re de contrer l'√©volution de l'Allemagne : il publiait d√©j√† depuis des d√©cennies des comptes-rendus de lecture dans la presse allemande, d√©sormais il s'y exprima plus fortement pour les auteurs (juifs ou non) pourchass√©s par les nazis. √Ä partir du milieu des ann√©es 1930, aucun journal allemand ne publia des articles de Hesse. Le refuge spirituel de Hesse contre les querelles politiques et plus tard contre les nouvelles terribles de la Seconde Guerre mondiale √©tait le travail sur son roman Le Jeu des perles de verre, imprim√© en 1943 en Suisse. C'est en grande partie pour cette Ňďuvre tardive que lui fut d√©cern√© en 1946 le Prix Nobel de litt√©rature.

Apr√®s la Seconde Guerre mondiale, la cr√©ativit√© de Hesse d√©clina : il √©crivit encore des nouvelles et des po√®mes, mais plus aucun roman. Il √©tait par ailleurs sollicit√© par un flot intarissable de lettres, ce qui √©tait le prix de sa gloire renouvel√©e aupr√®s d'une nouvelle g√©n√©ration de lecteurs allemands, qui cherchaient aide et conseil aupr√®s du ¬ę vieux sage ¬Ľ de Montagnola. Hermann Hesse mourut le 9 ao√Ľt 1962 et fut enterr√© au cimeti√®re de Sant‚ÄôAbbondio pr√®s de Montagnola, o√Ļ Hugo Ball repose √©galement.

Importance de l'Ňďuvre

Les premi√®res Ňďuvres de Hesse restent dans la tradition du XIXe si√®cle : son lyrisme doit tout au Romantisme, et il en est de m√™me de la langue et du style de Peter Camenzind, un livre que son auteur pr√©sentait comme un roman initiatique dans la lign√©e du Henri le vert de Gottfried Keller. Sur le fond, Hesse s'opposa √† l'industrialisation croissante et √† l'urbanisation, ce par quoi il rejoignit une tendance des mouvements de jeunesse allemands. Hesse abandonna plus tard cette tradition n√©o-romantique de la forme et du fond. En revanche, la structure antith√©tique de Peter Camenzind, avec le contraste entre ville et campagne et l'opposition masculin-f√©minin, est encore pr√©sente plus tard dans les chefs-d'Ňďuvre de Hesse (par ex. Demian et Le Loup des steppes).

La connaissance des arch√©types d√©crits par le psychologue Carl Gustav Jung eut une influence d√©terminante sur l'Ňďuvre de Hesse, visible √† partir du roman Demian : le chemin d'une jeune personne vers soi-m√™me devint l'un de ses th√®mes de pr√©dilection. La tradition des romans initiatiques se poursuit √©galement avec Demian, mais dans cet ouvrage (comme dans Le Loup des steppes), l'histoire ne se d√©roule plus sur un plan r√©el, mais dans un ¬ę paysage spirituel ¬Ľ int√©rieur.

Un autre aspect essentiel de l'Ňďuvre de Hesse est la spiritualit√©, particuli√®rement pr√©sente dans le roman Siddhartha. La th√®se principale de Siddharta avance que la pl√©nitude spirituelle ne peut √™tre trouv√©e ni dans le renoncement aux r√©alit√©s du monde ni dans la doctrine de Bouddha, mais dans l'exp√©rience des sens[1]. Les syncr√©tismes religieux (christianisme, bouddhisme) et intellectuels (Nietzsche, Jung) qui s'y expriment sont la profession de foi de Hesse, fond√©e sur l'ouverture au monde, sur la d√©couverte d'une transcendance o√Ļ s'unissent la vie et l'esprit[2]. L'auteur reprendra ces √©l√©ments dans une √©bauche de th√©ologie (Ein St√ľckchen Theologie) et dans le texte Mein Glaube (Ce que je crois).

Tous les ouvrages de Hesse comportent une part autobiographique, particuli√®rement visible dans Le Loup des steppes, qui est pr√©cis√©ment un mod√®le de ¬ę roman de crise existentielle ¬Ľ. Cette caract√©ristique ne dispara√ģt que dans ses Ňďuvres tardives. Dans les romans apparent√©s, Le Voyage en Orient et Le Jeu des perles de verre, Hesse traita un th√®me qu'il avait d√©j√† abord√© dans Peter Camenzind : l'opposition entre vie active et vie contemplative. En partant du contexte de son √©poque, Hesse con√ßut dans Le Jeu des perles de verre une utopie pour l'humanit√© et pour l'√Ęme, les deux √©l√©ments s'√©quilibrant dans un jeu d'√©changes dialectiques. Bien qu'√©crivant encore un roman initiatique ¬ę classique ¬Ľ, il le fait de fa√ßon moderne, inversant les termes de la probl√©matique ma√ģtre/esclave h√©g√©lienne et nietzsch√©enne (dont il √©tait un lecteur fervent) et r√©pondant √† distance au roman de Goethe, Les Ann√©es d'apprentissage de Wilhelm Meister, qu'il consid√©rait comme le chef d'Ňďuvre de la litt√©rature allemande[3]. En effet, le h√©ros de Goethe s'appelle "Meister" (le "ma√ģtre"), tandis que celui de Hesse se nomme "Joseph Valet", ceci de fa√ßon d√©lib√©r√©e, Hesse consid√©rant que seuls l'humilit√© et le "l√Ęcher prise" √©taient des ¬ę solutions ¬Ľ pour l'√Ęme humaine, et l'esprit allemand en particulier (ce en quoi il s'oppose √† Thomas Mann).

Réception critique

La qualit√© litt√©raire et l'importance de l'Ňďuvre de Hermann Hesse √©taient d√©j√† controvers√©s de son vivant, et le d√©bat continue aujourd'hui. Des coll√®gues comme Thomas Mann ou Hugo Ball le tenaient en haute estime, cependant qu'√† l'oppos√© Kurt Tucholsky disait : ¬ę Je tiens Hesse pour un √©crivain au don d'essayiste bien sup√©rieur √† ses qualit√©s lyriques ¬Ľ. Alfred D√∂blin parla m√™me d'une ¬ę ennuyeuse limonade ¬Ľ. Les premi√®res Ňďuvres de Hesse furent cependant en majorit√© jug√©es positivement par les critiques litt√©raires contemporains.

L'accueil de son Ňďuvre dans l'Allemagne des deux Guerres mondiales fut marqu√© par les campagnes de presse contre l'auteur, en raison de ses prises de position contre la guerre et le nationalisme. √Ä partir de 1937, les ouvrages de Hesse ne pouvaient √™tre vendus que pr√©cautionneusement. De ce fait, une grande partie de la jeune g√©n√©ration ne ¬ę d√©couvrit ¬Ľ Hesse qu'apr√®s 1945.

Plus de dix ans apr√®s que Hesse eut re√ßu le Prix Nobel de litt√©rature, Karlheinz Deschner √©crivit en 1957 dans son pamphlet Kitsch, Konvention und Kunst (Kitsch, convention et art) : ¬ę Le fait que Hesse publia une √©crasante quantit√© de vers absolument nuls est un d√©plorable manque de discipline, une barbarie litt√©raire ¬Ľ et n'√©mit pas non plus un jugement favorable sur sa prose. Une partie de la critique litt√©raire allemande adopta ce jugement pendant les d√©cennies qui suivirent, et Hesse fut qualifi√© par certains de ¬ę fabricant de litt√©rature d√©cadente et kitsch ¬Ľ. C'est ainsi que l'accueil fait √† Hesse poursuivit son mouvement cyclique : √† peine avait-il sombr√© au plus profond dans les ann√©es 1960 en Allemagne, qu'√©clata aux √Čtats-Unis un ¬ę Hesse boom ¬Ľ qui atteignit jusqu'√† l'Allemagne. Le Loup des steppes en particulier devint un livre √† succ√®s international (au point qu'un groupe de rock 'n 'roll lui emprunta son nom), et Hesse devint l'un des auteurs allemands les plus traduits et lus dans le monde: plus de 100 millions de ses livres furent vendus. Dans les ann√©es 1970, les √©ditions Suhrkamp commercialis√®rent des disques o√Ļ Hesse r√©citait √† la fin de sa vie des extraits de ses Ňďuvres. En effet, d√®s le d√©but de sa carri√®re, Hesse se voua √† la lecture publique, et il transcrivit cette exp√©rience particuli√®re dans un texte inhabituellement joyeux, Autorenabend (Soir√©e d'auteur).

Ňíuvre

Romans

Nouvelles et textes divers

  • Berthold, nouvelles
  • Br√®ves nouvelles de mon jardin
  • Carnets indiens (1913)
  • Description d'un paysage
  • √Čloge de la vieillesse
  • Feuillets d'album
  • Fian√ßailles, nouvelles
  • Guerre et paix - Consid√©rations politiques
  • Histoires d'amour, nouvelles
  • Histoires m√©di√©vales
  • La Biblioth√®que universelle
  • La Conversion de Casanova, nouvelles
  • La Le√ßon interrompue, nouvelles
  • L'Art de l'oisivet√© (1899-1962)
  • Le loup
  • Le mendiant
  • Lecture-minute
  • L'Enfance d'un magicien
  • Les Contes merveilleux
  • Les Fr√®res du soleil
  • Lettres (1900-1962), √©d. Calmann-L√©vy - ISBN 978-2-7021-0411-8 -
  • L'homme qui voulait changer le monde
  • Magie du livre
  • Musique
  • Robert Aghion
  • Si la guerre durait encore deux ans
  • Souvenirs d'un Europ√©en
  • Tessin
  • Une ville touristique du Midi
  • Voyages en Italie

Poèmes

Correspondance

  • Hermann Hesse et Romain Rolland : D'une rive √† l'autre : Correspondance, Albin Michel, 1972.
  • Hermann Hesse, Thomas Mann : Correspondance, Jos√© Corti, 1997

Bibliographie critique

  • Jad Hatem, Hermann Hesse et la qu√™te de soi, Paris, Cariscript, 1988
  • Hermann Hesse - Sa vie, son Ňďuvre de Hugo Ball, Dijon, Les presses du r√©el, 2000

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Horst Hombourg, Siddharta, Hermann Hesse, Romans et Nouvelles, Le Livre de Poche, p.771 (ISBN 978-2-253-13267-7)
  2. ‚ÜĎ Hermann Hesse. √Ä la recherche du moi perdu, jean-Louis Bandet, Hermann Hesse, Romans et Nouvelles, Le Livre de Poche, p.17 (ISBN 978-2-253-13267-7)
  3. ‚ÜĎ In Lettres (1900-1962), √©d. Calmann-L√©vy

Voir aussi

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Liens externes



Pr√©c√©d√© de :
Gabriela Mistral
Prix Nobel de littérature
1946
Suivi de :
André Gide



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