Henri II d'Angleterre

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Henri II d'Angleterre
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Henri II
Henry II of England.jpg
Henri II PlantagenĂȘt

Titre
Roi des Anglais et seigneur d'Irlande
25 octobre 1154 – 6 juillet 1189
En tandem avec Henri le Jeune (1170-1183)
Couronnement 19 dĂ©cembre 1154 en l'Abbaye de Westminster
PrĂ©dĂ©cesseur Étienne
Successeur Richard Ier
Duc des Normands
7 septembre 1151 – 6 juillet 1189
PrĂ©dĂ©cesseur Geoffroy PlantagenĂȘt
Successeur Richard Ier
Biographie
Dynastie PlantagenĂȘt
Date de naissance 5 mars 1133
Lieu de naissance Le Mans, Maine (France)
Date de dĂ©cĂšs 6 juillet 1189 (Ă  56 ans)
Lieu de décÚs Chùteau de Chinon, Anjou (France)
PĂšre Geoffroy PlantagenĂȘt
MĂšre Mathilde l'Emperesse
Conjoint Aliénor d'Aquitaine
Enfants Guillaume d'Angleterre
Henri le Jeune Red crown.png
Mathilde d'Angleterre
Richard Ier Red crown.png
Geoffroy d'Angleterre
Aliénor d'Angleterre
Jeanne d'Angleterre
Jean Red crown.png
Guillaume de Longue-ÉpĂ©e
HĂ©ritier Guillaume d'Angleterre
(1154-1156)
Henri le Jeune
(1156-1183)
Richard d'Angleterre
(1183-1189)

Royal Arms of England (1154-1189).svg
Monarques de Grande-Bretagne

Henri II d'Angleterre (5 mars 1133 – 6 juillet 1189), comte d'Anjou, du Maine et de Touraine, duc de Normandie, roi d'Angleterre (1154-1189), dit parfois Henri Court-manteau Ă  cause du vĂȘtement court et pratique qu'il affectionnait. Il est le premier roi de la dynastie des PlantagenĂȘts et de leur empire.

D'une force peu commune, perpétuellement en mouvement et trÚs cultivé, Henri II passa sa vie à rétablir les droits acquis du temps de son grand-pÚre maternel Henri Ier d'Angleterre et à maintenir son héritage territorial.

Sommaire

Jeunesse

Enfance

Il naĂźt au Mans, dans le comtĂ© du Maine, le 5 mars 1133[1]. Son pĂšre est Geoffroy V le Bel dit PlantagenĂȘt[1], et sa mĂšre est Mathilde dite l'« Emperesse Â»[rĂ©f. nĂ©cessaire], fille du roi Henri Ier d'Angleterre et son hĂ©ritiĂšre dĂ©signĂ©e[2]. Une guerre civile Ă©clate en Angleterre entre Mathilde et son cousin, Étienne de Blois, comte de Boulogne, qui s'empare du trĂŽne d'Angleterre Ă  la mort du roi Henri Ier d'Angleterre en 1135, alors qu’il avait jurĂ© fidĂ©litĂ© Ă  Mathilde[2].

L’éducation d’Henri est confiĂ©e Ă  Pierre de Saintes[3], ou Ă  Guillaume de Conches[4], alors que ses parents sont en guerre. En 1142, Ă  neuf ans, il part chez Robert de Gloucester, son oncle, a priori pour s’approprier les traditions de son futur pays, et dĂ©velopper des relations avec les soutiens de sa mĂšre Mathilde. Il y apprend le latin, est formĂ© aux armes, et Ă  sa future fonction de roi[3]. De 1144 Ă  1146, il est de retour en Normandie sur demande son pĂšre Geoffroy[3]. Au dĂ©but de l’annĂ©e 1147, Henri revient en Angleterre Ă  la tĂȘte d’une armĂ©e de faible envergure pour soutenir sa mĂšre, mais cette tentative se rĂ©vĂšle un Ă©chec, et il fait retraite en Normandie[3]. Toutefois, il commence Ă  s’affirmer en tant que futur roi, en nĂ©gociant l’élection de l’évĂȘque de Hereford[3].

Au printemps 1149, Henri part Ă  nouveau pour l’Angleterre, pour se rapprocher de David, roi d’Écosse[5]. À Devizes le 13 avril, il rate les siĂšges de Cricklade et de Burton, puis se bat contre les partisans du roi Étienne Ă  Carlisle. David le fait chevalier, et Henri lui jure de jamais lui contester la suzerainetĂ© sur le Northumberland, le Cumberland, le Westmoreland et le Lancastre, des comtĂ©s du nord de l’Angleterre[5]. Le fait d’ĂȘtre chevalier confĂšre Ă  Henri sa majoritĂ©, et il peut dĂ©sormais prĂ©tendre de lui-mĂȘme au trĂŽne d’Angleterre. Étienne rĂ©pond en faisant de mĂȘme pour son fils Eustache[5].

En 1150, de retour en Normandie, il est probablement investi par son pĂšre du duchĂ© de Normandie, acte renouvelĂ© en automne[5]. Au mĂȘme moment, il adresse un ultimatum Ă  Étienne, et lui revendique toutes les terres usurpĂ©es[5]. Henri possĂšde dĂšs lors un fief, et doit donc rendre hommage au roi de France, Louis VII[6]. Mais cet acte officiel traĂźne, et dans le contexte de l’affaire de Montreuil-Bellay, Henri prĂȘte finalement serment en aoĂ»t 1151[7].

La succession Ă  Geoffroy

Geoffroy meurt le 7 septembre 1151[7]. Toutefois, il pressentait un dĂ©chirement entre ses fils, et surtout les fortes ambitions de son fils aĂźnĂ©, Henri. Il exige alors de ce dernier qu’il prĂȘte serment de cĂ©der Ă  son frĂšre Geoffroy Anjou et Maine dĂšs que l’Angleterre sera conquise (en attendant, Geoffroy reçoit les chĂąteaux de Chinon, Loudun et Mirebeau)[8]. Pour le contraindre Ă  accepter, les nobles et les Ă©vĂȘques ont pour ordre de ne pas lui Ă©lever de sĂ©pulture tant qu’Henri n’aura pas prĂȘtĂ© ce serment[9]. Henri accepte, Ă  contre-cƓur, convaincu par le clergĂ© et les fidĂšles de son dĂ©funt pĂšre, et aussi par dignitĂ©, l’état de conservation du corps de son pĂšre se dĂ©gradant rapidement[9]. Puis Henri part Ă  Angers, et y devient comte d'Anjou et du Maine[9].

Le 21 mars 1152, Louis VII et AliĂ©nor d’Aquitaine divorcent, aprĂšs le constat de nullitĂ© du mariage au concile de Beaugency[9]. Henri, comme d’autres prĂ©tendants (dont son propre frĂšre Geoffroy[9]) la demande en mariage[10]. Henri est alors l’un des hommes les plus puissants de l’Occident. Le mariage a lieu Ă  Poitiers[10][11], le 18 mai 1152[rĂ©f. nĂ©cessaire], alors qu’elle a trente ans, et lui dix-neuf. C’est le dĂ©but d’une guerre entre Henri et Louis VII, sous prĂ©texte que le roi de France veut garder l’Aquitaine, alors qu’Henri en est devenu le duc au moment de son mariage. Louis VII est soutenu par Geoffroy, frĂšre d’Henri, et Robert, comte de Dreux[10]. La guerre prend fin Ă  la fin de l’annĂ©e 1152, aprĂšs qu’Henri et Geoffroy se soient rĂ©conciliĂ©s, et que Louis VII ait proposĂ© la paix[12].

Quelques jours aprĂšs son mariage, il fait escale au sanctuaire de Rocamadour. SĂ©duit par la beautĂ© du lieu, il fera construire une chapelle portant le nom de Notre-Dame de Rocamadour lorsqu'il rentrera sur ses terres. Cette chapelle est aujourd'hui situĂ©e dans le port de Camaret-sur-Mer, en Bretagne.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

La conquĂȘte de l'Angleterre

Au dĂ©but de l’annĂ©e 1153, la conquĂȘte de l’Angleterre devient l’objectif principal d’Henri[12]. le roi Étienne connaĂźt une situation politique prĂ©caire : sa succession s’annonce difficile, car ses fils sont des incapables ; lui-mĂȘme se fait vieillissant ; la lassitude de la guerre gagne du terrain (aprĂšs prĂšs de vingt ans de combats) et l’autoritĂ© royale s’amoindrit, au point que certains barons sont devenus quasiment indĂ©pendants vis-Ă -vis du roi[12].

Henri arrive en Angleterre le 6 janvier 1153 avec son armĂ©e[12]. Il prend Malmesburg, puis part pour Wallingford, assiĂ©gĂ© par les troupes d’Étienne[12]. Ce dernier accourt avec une armĂ©e, mais ni lui, ni Henri n’osent s’engager dans une bataille incertaine[13]. Étienne rentre sur Londres, ce qui laisse le champ libre Ă  Henri pour dĂ©livrer Wallingford, et assiĂ©ger le chĂąteau de Crowmarsh[13]. A nouveau, Étienne le rejoint, mais Ă©vite la bataille, d’autant plus que ses conseillers (son frĂšre, Henri, Ă©vĂȘque de Winchester, et Thibaut du Bec, archevĂȘque de Canterbury) veulent traiter avec Henri. Une trĂȘve est alors conclue, sous condition que le chĂąteau de Crowmarsh soit dĂ©truit[13]. Eustache, fils aĂźnĂ© d’Étienne, se rĂ©volte alors contre Thibaut du Bec et Ă©cume ses terres, mais meurt de maladie Ă  peine quelques jours plus tard[14]. Or le second fils d’Étienne, Guillaume, ne peut succĂ©der Ă  son pĂšre, ayant trop peu de capacitĂ©s et Ă©tant bĂątard. À terme, Henri est maintenant assurĂ© de devenir roi d’Angleterre[14].

La trĂȘve terminĂ©e, Henri repart au combat et conquiert Stamford, Nottingham, Reading, Bornwell et Warwick, et entre en nĂ©gociations avec le comte de Leicester, qui possĂšde plus de trente places-fortes[14]. En rĂ©ponse, Louis VII attaque la Normandie, trop faiblement, et en manque de soutiens, Étienne finit par signer la paix le 6 novembre 1153, Ă  Wallingford[14]. Henri devient l’hĂ©ritier d’Étienne, et dirige le royaume, Ă  titre de justicier. L’assemblĂ©e des barons Ă  Winchester ratifie le traitĂ©[14]. Henri rentre dans Londres, accompagnĂ© d’Étienne, sous les acclamations de la foule[15], en dĂ©cembre[16].

À la tĂȘte de l'Empire Plantagenet

Le début du rÚgne

Sculpture d'Henri II d'Angleterre sur la cathédrale de Cantorbéry, en Angleterre

DĂšs le traitĂ© de Winchester, Henri cherche Ă  asseoir son autoritĂ© sur tous les territoires qu’il contrĂŽle. Si personne ne conteste sa souverainetĂ© sur la Normandie, le Maine et l’Anjou, il n’est toutefois duc d’Aquitaine que par le titre, pas dans les faits[17]. En Angleterre, Henri doit s’associer Ă  Étienne, encore roi, et il ne peut rien tenter contre la Maison de Blois. De plus, il doit mĂ©nager ses alliĂ©s pendant la conquĂȘte du trĂŽne, qu’ils soient barons anglais ou membres de l’Église[18]. Il doit aussi faire face Ă  David Ier d'Écosse, Ă  qui il a jurĂ© de ne pas revendiquer le nord de l’Angleterre, et Ă  Louis VII, qui veut toujours s’approprier le duchĂ© d’Aquitaine, et qui va chercher Ă  diminuer la puissance de son vassal[18].

Henri cherche Ă  rĂ©unir toute la sociĂ©tĂ© anglaise autour de lui. Il commence par expulser les flamands, pour profiter de la mĂ©sentente passĂ©e. Puis il proclame une amnistie pour tous les dĂ©lits qui ont eu lieu pendant la guerre civile[19]. Plusieurs villes obtiennent des avantages : Wallingford, Lincoln et Wilton[19]. L’acte le plus important du dĂ©but du rĂšgne est la destruction des chĂąteaux, pour empĂȘcher l’organisation de rĂ©voltes et autres banditismes[19]. Selon Raoul de Diceto, il y en avait 1115[20].

Étienne mĂšne Ă  bien cette lourde tĂąche. Cela permet Ă  Henri de repartir pour la Normandie en mars 1154[21]. De mars Ă  novembre 1154, Henri parcourt l’Aquitaine, le Vexin et d’autres rĂ©gions pour mater les rĂ©voltes naissantes[21]. Il signe au mois d’aoĂ»t un nĂ©cessaire traitĂ© avec Louis VII de France, pour apaiser le climat diplomatique. Louis VII lui abandonne les forteresses de Vernon et de Neuf-MarchĂ©, et Henri lui verse 2000 marcs d’argent en Ă©change[21].

Le 25 octobre 1154[rĂ©f. nĂ©cessaire], Étienne meurt. La question de la succession ne provoque pas les dĂ©bordements escomptĂ©s, et Henri, revenu en Angleterre en dĂ©cembre, est acclamĂ© comme roi lĂ©gitime[22]. Le dimanche 19 dĂ©cembre[22], il devient roi Ă  l'abbaye de Westminster[23]. À cette occasion, Henri II proclame une charte, qui est dĂ©favorable aux barons anglais, en faisant un trait sur les actes passĂ©s du rĂšgne d’Étienne[23]. Cette charte est toutefois acceptĂ©e, car l’archevĂȘque Thibaut, trĂšs influent, promeut la soumission au souverain[23]. De plus, beaucoup de barons ralliĂ©s Ă  Henri pendant la guerre possĂšdent des fiefs en Normandie, dont Henri II est le maĂźtre incontestĂ©. Si Henri II ne devenait pas roi d’Angleterre, ils risqueraient de perdre ces terres[24].

Plusieurs personnes vont entourer Henri II dĂšs son couronnement. Thomas Becket est nommĂ© chancelier, sur conseil de Thibaut du Bec[24]. Richard de Lucy, chevalier mĂ©diocre mais loyal, et Robert de Leicester, exercent la fonction de justicier d’Angleterre[25].

Le 29 dĂ©cembre, entourĂ© de ses vassaux, Henri II dĂ©clare vouloir poursuivre la destruction des chĂąteaux et l’expulsion des flamands. Il rattache aussi au domaine royal des villes et chĂąteaux[prĂ©cision nĂ©cessaire], et dĂ©choit les comtes qui ont reçu leurs titres d’Étienne[25]. Enfin, Hugues Bigot, comte de Norfolk, est nommĂ© sĂ©nĂ©chal[26]. A la suite de ces actes, seuls trois rĂ©bellions surviennent : Guillaume d’Aumale, Roger de Hereford et Hugues (II) de Mortemer, qui se soumettent tour Ă  tour, soit diplomatiquement, soit par la force[26].

Le 29 septembre 1155, au cours d’une rĂ©union Ă  Winchester, il dit vouloir conquĂ©rir l’Irlande[26]. Mais l’état financier du royaume n’est guĂšre reluisant, et un impĂŽt est levĂ© pour l’annĂ©e 1155-1156[27].

En dĂ©finitive, le dĂ©but du rĂšgne est rĂ©ussi, car les barons anglais ont acceptĂ© l’autoritĂ© d’Henri II, et le climat est redevenu apaisĂ© sur le continent[28]. Cela est dĂ» en partie Ă  ses dĂ©placements incessants, dans tous ses territoires, qui perdureront tout au long de son rĂšgne.

RĂ©organiser l'empire PlantagenĂȘt

Cependant, son frĂšre Geoffroy entend bien rĂ©cupĂ©rer le comtĂ© d’Anjou selon la promesse faite par Henri Ă  son pĂšre, maintenant qu’il est roi d’Angleterre[28]. Henri II n’a aucune raison d’accepter, car ce faisant, la Normandie serait sĂ©parĂ©e de l’Aquitaine[28]. De plus, le pape l’a libĂ©rĂ© de ce serment[28]. Louis VII rĂ©unit lors de pourparlers Henri II et Geoffroy du 3 au 9 fĂ©vrier 1156[28]. Le roi de France se range du cĂŽtĂ© d’Henri II, dĂšs que celui-ci lui propose un hommage pour l’ensemble des domaines continentaux (mais rien du tout dans le cas contraire)[28]. Geoffroy refuse cette dĂ©cision et rentre en guerre contre son frĂšre[29], guerre vite perdue en juillet 1156[29].

C’est Ă  ce moment que les barons d’Aquitaine rendent hommage Ă  Henri II[29], soit un an aprĂšs que Louis VII ait abandonnĂ© le titre de duc d’Aquitaine[29]. DĂ©sormais, Henri II n’est plus contestĂ©, et Louis VII se satisfait de l’hommage rendu[29].

Le voyage en Angleterre, au printemps 1157, commence par le rĂšglement des questions en suspens : le roi d’Écosse est sommĂ© de donner Ă  Henri II des chĂąteaux du Northumberland, contre le comtĂ© de Huntingdon[30], Guillaume de Mortain livre Pevensey, Norwich et autres forteresses[31], et Hugues Bigot doit faire de mĂȘme[31]. Malcolm IV d'Écosse rend hommage Ă  Henri II Ă  Chester, peu de temps aprĂšs, pour tous les territoires anglais, mais pas pour le titre de roi d’Écosse[31]. Au mois de juin 1157, il lance un assaut contre le peuple gallois, assaut bien plus victorieux qu’en 1155, car mieux prĂ©parĂ©. Ainsi, au bout de trois ans, aucun baron anglais ne lui rĂ©siste, son frĂšre Geoffroy ne revendique plus rien, et son influence s’étend sur l’Écosse, les Galles, et la Bretagne[32].

En effet, en 1156, Nantes s’est rĂ©voltĂ©e contre le comte HoĂ«l[33], et Geoffroy est appelĂ© par les Bretons (et non pas Conan IV de Bretagne[34]) pour devenir comte de Nantes[33]. A sa mort, le 26 juillet 1158[35], Henri II repasse en France et fait d’une pierre deux coups. Il scelle avec Louis VII un projet de mariage entre son fils Henri et Marguerite, fille du roi de France, avec le Vexin comme dot[35]. Puis Louis VII lui donne son accord, en tant que sĂ©nĂ©chal de France, pour rĂ©gler la question dynastique en Bretagne[35] : Conan de Bretagne cĂšde devant Henri II, et livre Nantes et le pays de la MĂ©e[35]. Louis VII n’avait pas vraiment le choix, Ă©tant sĂ©parĂ© gĂ©ographiquement de la Bretagne[36]. Peu aprĂšs, Henri II s’empare de la forteresse de Thouars[36]. Henri II maĂźtrise ainsi les communications entre le nord-ouest et le sud-ouest de la France.

En dĂ©cembre 1158, Louis VII parvient Ă  un accord entre Henri II et la maison de Blois[38]. Thibaut de Blois rend Amboise et FrĂ©teval, et Rotrou IV du Perche restitue Moulins-la-Marche et Bonsmoulins, contre le chĂąteau de BellĂȘme[38]. Les frontiĂšres stabilisĂ©es, Henri se tourne dĂšs lors vers un projet d’envergure : la conquĂȘte du comtĂ© de Toulouse, qui ouvre la voie du Languedoc et de la mer MĂ©diterranĂ©e[38], et revendiquĂ© de longue date par les prĂ©cĂ©dents ducs d’Aquitaine[38].

Henri II prĂ©pare alors la guerre : il lĂšve un Ă©cuage Ă©levĂ©[39], il nĂ©gocie la neutralitĂ© du roi de France[39] (mais n’y parvient pas, car Constance, sa sƓur, est mariĂ©e au Raymond V de Toulouse, comte de Toulouse[40]), il rencontre Raimond-BĂ©renger IV, comte de Barcelone et prince d'Aragon pour s’allier ensemble[39].

Le 22 mars 1159[40], tous les osts disponibles sont appelĂ©s Ă  Poitiers, ainsi que de nombreux mercenaires[40]. MalgrĂ© les premiers succĂšs, Ă  partir de la fin du mois de juin[40], Henri II se retrouve bloquĂ© devant Toulouse, Ă  nĂ©gocier avec Louis VII[41]. Il doit finalement se retirer, Ă  cause de problĂšmes d’approvisionnements, et d’une Ă©pidĂ©mie qui se dĂ©clare dans son armĂ©e[41]. En partant, il annexe une partie du Quercy[37] et Cahors. A ce moment, Louis VII entre en Normandie, mais le jeu des alliances fait intervenir Thibaut de Blois contre le roi de France[41]. A la fin du mois de septembre 1159[41], Henri II est remontĂ© au nord, solidifie ÉtrĂ©pagny, et part dĂ©truire la forteresse de Gerberoy[41]. Puis il reçoit l’hommage du comte d’Évreux[41], qui lui donne les chĂąteaux de Rochefort, Montfort et Épernon[41].

Toutefois, la situation financiĂšre d’Henri II devenant compliquĂ©e, et la situation militaire de Louis VII Ă©tant affaiblie, une trĂȘve est conclue en dĂ©cembre 1159 jusqu’au 22 mai 1160[42]. Au final, cette guerre est un Ă©chec cuisant pour Henri II[42]. La paix est signĂ©e en avril 1160, Ă  la PentecĂŽte[43], avec retour avant la situation en 1159[43]. Pour retrouver un peu plus de calme, Henri le Jeune rend hommage Ă  Louis VII[44].

Toutefois, Louis VII se remarie Ă  AdĂšle de Champagne, pour avoir un fils hĂ©ritier[44], ce qui pousse Henri II Ă  cĂ©lĂ©brer le mariage de son fils Henri avec Marguerite[44], le 2 novembre 1160[45]. Dans son droit, le roi d’Angleterre rĂ©clame la dot, le Vexin[46]. Une nouvelle guerre se dĂ©clenche, jusqu’en juin 1161[46], oĂč la paix est signĂ©e : Henri II peut conserver ce nouveau territoire[46].

Bilan du rĂšgne

Les gisants d'Aliénor d'Aquitaine et Henri II dans l'abbaye de Fontevraud

Deux affaires vont considĂ©rablement ternir son rĂšgne :

Son prestige devient considĂ©rable en Europe. Le nouveau roi de France, Philippe Auguste, est en revanche bien dĂ©cidĂ© Ă  combattre Henri II dont l'immense territoire menace le royaume capĂ©tien. Le roi de France obtient dans son combat l'appui des deux fils de Henri II, Richard CƓur de Lion et Jean sans Terre. Par le traitĂ© d'Azay-le-Rideau du 4 juillet 1189, Henri II doit reconnaĂźtre son fils Richard comme seul hĂ©ritier. Il meurt seul quelques jours plus tard dans son chĂąteau de Chinon. Il est inhumĂ© Ă  l'abbaye de Fontevrault.

Personnalité

L'enfance d'Henri II se dĂ©roule dans une atmosphĂšre de guerre civile en raison de la lutte de ses parents pour rĂ©cupĂ©rer leur hĂ©ritage usurpĂ© par Étienne de Blois. D'une force physique considĂ©rable, ses colĂšres sont redoutables, et il adore la chasse. TrĂšs impulsif, il ne se soumet Ă  aucun emploi du temps. Il s'habille simplement, souvent en chasseur avec un faucon au poignet. Étonnamment, Henri II est un homme trĂšs cultivĂ©. Il parle plusieurs langues, aime se retirer pour lire, prend plaisir Ă  des discussions intellectuelles. Il n'en reste pas moins trĂšs abordable.

HĂ©ritage

Henri II perfectionne l’administration de son royaume. Il s’entoure de conseillers flamands, normands, poitevins, anglais. Son pouvoir est renforcĂ© par l’onction de l’Église. Au sommet de l’État, se distinguent la Cour (Curia Regis), composĂ©e des grands vassaux laĂŻques et ecclĂ©siastiques, et les grands offices aux fonctions prĂ©cises (Chancellerie, Échiquier et TrĂ©sorerie). La Chancellerie a la responsabilitĂ© de la rĂ©daction de tous les diplĂŽmes royaux (Act). L’Échiquier, devant lequel les shĂ©rifs viennent dĂ©poser leurs comptes, se scinde sous Henri II en un Bas-Echiquier, ou TrĂ©sorerie, chargĂ© de l’administration courante, et un Haut-Echiquier, faisant office de chambre des Comptes. Enfin, le Banc du Roi, bientĂŽt secondĂ© de la Cour des Plaids Communs, rend la justice au nom du souverain. À sa tĂȘte, le Grand Justicier remplace le roi pendant ses absences. Un droit anglais, unique et centralisĂ©, s’affirme sur les coutumes locales (common law).

Descendance

Avec Aliénor d'Aquitaine

Le 18 mai 1152 Ă  Poitiers, il Ă©pouse AliĂ©nor d'Aquitaine qui lui donne huit enfants :

Enfants illégitimes

Henri eut aussi des enfants illĂ©gitimes. Il eut une liaison notoire avec Rosemonde Clifford, la belle Rosemonde, qui dĂ©buta probablement vers 1165, durant une de ses campagnes galloises, et continua jusqu'Ă  la mort de celle-ci en 1176. Henri ne la reconnut pas comme maĂźtresse avant 1174, c'est-Ă -dire au moment oĂč il emprisonna sa femme. C'est Ă  cette Ă©poque qu'il nĂ©gocia pour faire annuler son mariage afin d'Ă©pouser AdĂšle, fille de Louis VII, qui Ă©tait dĂ©jĂ  promise Ă  son fils Richard. AdĂšle aurait donnĂ© naissance Ă  un fils illĂ©gitime d'Henri[rĂ©f. nĂ©cessaire][49], au contraire de Rosemonde

Il eut aussi quelques enfants illĂ©gitimes de diverses maĂźtresses, et sa femme Ă©leva plusieurs de ces enfants dans la nurserie royale, en compagnie de ses propres enfants. Certains restĂšrent dans la proximitĂ© de la famille royale Ă  l'Ăąge adulte. Parmi eux :

  • Geoffroy (1151-1212), Ă©vĂȘque de Lincoln (1173-1181), chancelier d'Angleterre (1181-1189), puis archevĂȘque d'York (1189-1212), probablement fils d'Ikenai[50] ;
  • Guillaume de Longue-ÉpĂ©e (1176-1226), 3e comte de Salisbury en droit de sa femme. Fils d'Ida[50]  ;
  • Morgan (aprĂšs 1180 – aprĂšs 1213), Ă©lu Ă©vĂȘque de Durham en 1213, mais le pape Innocent III refusa de le consacrer Ă  cause de son illĂ©gitimitĂ©. Fils de Nesta.
  • Mathilde († aprĂšs 1198), nonne puis abbesse de abbaye de Barking (en) en 1175[51].

Henri II au cinéma

  • Becket, film britannique de Peter Glenville, 1964, avec Peter O'Toole dans le rĂŽle d'Henri II.
  • Le Lion en hiver (The Lion in Winter), film britannique de Anthony Harvey, 1968, oĂč Peter O'Toole reprend le rĂŽle d'Henri II.
  • Un Lion en hiver (The Lion in Winter), film amĂ©ricain de Andrei Konchalovsky, 2003, oĂč Patrick Stewart reprend le rĂŽle d'Henri II.

Notes et références

  1. ↑ a et b Boussard 1956, p. 1
  2. ↑ a et b Boussard 1956, p. 2
  3. ↑ a, b, c, d et e Boussard 1956, p. 4
  4. ↑ Favier 2004, p. 204
  5. ↑ a, b, c, d et e Boussard 1956, p. 5
  6. ↑ Boussard 1956, p. 6
  7. ↑ a et b Boussard 1956, p. 7
  8. ↑ Boussard 1956, p. 8
  9. ↑ a, b, c, d et e Boussard 1956, p. 9
  10. ↑ a, b et c Boussard 1956, p. 10
  11. ↑ Jane Martindale, « Eleanor , suo jure duchess of Aquitaine (c.1122–1204) Â», Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, Sept 2004; online edn, May 2006.
  12. ↑ a, b, c, d et e Boussard 1956, p. 11
  13. ↑ a, b et c Boussard 1956, p. 12
  14. ↑ a, b, c, d et e Boussard 1956, p. 13
  15. ↑ Boussard 1956, p. 14
  16. ↑ Favier 2004, p. 223
  17. ↑ Boussard 1956, p. 397
  18. ↑ a et b Boussard 1956, p. 398
  19. ↑ a, b et c Boussard 1956, p. 399
  20. ↑ Raoul de Diceto, The historical works, volume 1, Rolls Series, Londres, p.297
  21. ↑ a, b et c Boussard 1956, p. 400
  22. ↑ a et b Boussard 1956, p. 401
  23. ↑ a, b et c Boussard 1956, p. 402
  24. ↑ a et b Boussard 1956, p. 403
  25. ↑ a et b Boussard 1956, p. 404
  26. ↑ a, b et c Boussard 1956, p. 405
  27. ↑ Boussard 1956, p. 407
  28. ↑ a, b, c, d, e et f Boussard 1956, p. 408
  29. ↑ a, b, c, d et e Boussard 1956, p. 409
  30. ↑ Boussard 1956, p. 411
  31. ↑ a, b et c Boussard 1956, p. 412
  32. ↑ Boussard 1956, p. 413
  33. ↑ a et b Boussard 1956, p. 410
  34. ↑ Favier 2004, p. 235
  35. ↑ a, b, c et d Boussard 1956, p. 415
  36. ↑ a et b Boussard 1956, p. 416
  37. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Aurell 2004, p. 351
  38. ↑ a, b, c et d Boussard 1956, p. 417
  39. ↑ a, b et c Boussard 1956, p. 418
  40. ↑ a, b, c et d Boussard 1956, p. 419
  41. ↑ a, b, c, d, e, f et g Boussard 1956, p. 420
  42. ↑ a et b Boussard 1956, p. 421
  43. ↑ a et b Boussard 1956, p. 422
  44. ↑ a, b et c Boussard 1956, p. 423
  45. ↑ Favier 2004, p. 238
  46. ↑ a, b et c Boussard 1956, p. 424
  47. ↑ a, b et c Aurell 2004, p. 352
  48. ↑ Elizabeth Hallam, « Henry (1155–1183) Â», Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, Ă©dition en ligne, mai 2006.
  49. ↑ « elle allait lui donnĂ© un fils et une fille qui ne survĂ©curent pas Â» page 288 du livre « AliĂ©nor d’Aquitaine reine de cƓur et de colĂšre Â» d’Alison Weir, traduit de l’anglais par Aline Weill.
  50. ↑ a et b Paul C. Reed, « Countess Ida, Mother of William LongespĂ©e, Illegitimate Son of Henry II Â», dans The American Genealogist, n°77 (2002), p. 137.
  51. ↑ Douglas Richardson, Plantagenet ancestry: a study in colonial and medieval families, Genealogical Pub. Co., Baltimore, 2004, 945 p., p. 8.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Raymonde Foreville, L'Église et la RoyautĂ© en Angleterre sous Henri II PlantagenĂȘt (1154-1189), Bloud et Gay, 1943 .
  • Jacques Boussard, Le gouvernement d'Henri II PlantagenĂȘt, Paris, Librairie d'Argences, coll. Â« BibliothĂšque elzĂ©virienne Â», 1956 .
  • W.L. Warren : Henry II, Berkeley - Los Angeles : University of California Press, 1973. RĂ©Ă©d. : Yale University Press, 2000.
  • Egbert TĂŒrk, Le rĂšgne d'Henri II PlantagenĂȘt (1145-1189) et l'Ă©thique politique, GenĂšve, Librairie Droz, coll. Â« Hautes Ă©tudes mĂ©diĂ©vales et modernes Â», 1977 .
  • Jean Favier, Les PlantagenĂȘts : origines et destin d'un empire, Paris, Fayard, 2004 (ISBN 2-213-62136-5) .
  • Martin Aurell, L'Empire des PlantagenĂȘt, Paris, Éditions Perrin, 2004 (ISBN 2-262-02282-8) .

Liens externes

Voir aussi

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Roi d'Angleterre
1154-1189
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Duc de Normandie
1150-1189
Comte d'Anjou
1151-1189
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Comte du Maine
1151-1189
Blason Geoffroy Plantagenet.svg Chronologie de la PremiĂšre maison d'Anjou de 930 Ă  1204 Blason Geoffroy Plantagenet.svg
930 942 958 987 1040 1060 1068
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1068 1109 1129 1151 1189 1199 1204
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911 927 943 996 1026 1027 1035 1087
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1087 1106 1135 1144 1150 1189 1199 1204
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