Harpastum


Harpastum

L'harpastum est un sport collectif antique pratiqué chez les Étrusques, puis dans l'empire romain.

Description

Mosaïque de la Villa romaine du Casale

Souvent présenté comme l'ancêtre du rugby, l'harpastum est une discipline mal connue avec peu de sources littéraires et iconographiques. L'étymologie grecque du terme harpastum suggère l'interception rapide (harpazen : arracher). Si l'on en croit Athénée[1], au début du IIIe siècle, la phéninde (phaininda) est l'ancien nom de l'harpastum et les deux sports ne formeraient donc qu'un. Il est également possible que le terme phéninde fût alors celui utilisé en langue grecque tandis que les Romains lui avaient substitué celui d'harpastum depuis au moins deux siècles. Il est d'ailleurs assez délicat de faire la part des choses entre tradition grecque et tradition latine pour ce sport, la plupart de la littérature étant en grec mais d'époque romaine. C'est la raison pour laquelle on doit souvent se contenter de description de phéninde et non d'harpastum.

Il ne nous reste aucune présentation de règles pour ce sport, ce qui pourrait faire penser qu'elles n'étaient pas fixes ou ont varié selon les époques et les régions. Les quelques passages le concernant s'attachent juste à montrer des tranches de vie de joueurs pratiquant l'harpastum ou d'autres jeux de balle, à en vanter les mérites ou à en discuter les étymologies.

Il semblerait que ce sport se pratiquait avec la pila, balle dure faite de bandes de cuir enroulées, et non avec le follis, ballon rempli d'air. On ne sait pas à combien de joueurs il se pratiquait. Concernant le terrain, Martial, qui appelle harpastum le jeu comme la balle, mentionne qu'il était un sol poudreux[2]. Julius Pollux précise que l'épiscyre, un jeu où le but était d'envoyer la balle au-delà de la ligne adverse, tire son nom des lignes du terrain qui étaient tracées avec de la poudre de débris de pierres taillées (scyros). Peut-être l'harpastum, sport qui semble être de la même famille, avait-il la même caractéristique ? Pour ce qui est du but du jeu, Suétone, repris ensuite par Julius Pollux, est abusé par une étymologie fautive : il tire phaininda de phenakizen : tromper. C'est à cause de cela qu'il insiste sur le fait que la phéninde est un sport où l'on trompe l'adversaire en faisant semblant d'envoyer la balle dans une direction alors qu'on l'envoie dans une autre. Mais il ne dit rien du but du jeu. Le témoignage que donne Athénée[3] suggère que la phéninde était faite de passes et d'évitements, sans qu'on en connaisse le but précis, tout en étant assez violent et fatigant pour la nuque.

Ces quelques éléments ont souvent poussé les historiens du sport de faire de l'harpastum, ou phéninde, l'équivalent antique du rugby moderne. Les deux sports ont pourtant indubitablement des différences (type de balle, type de terrain, à défaut de connaître encore plus d'éléments), mais il est vrai que l'esprit du jeu qui se dégage des textes, surtout celui d'Athénée, montre des similitudes avec celui du rugby moderne. On ne peut cependant pas parler d'"ancêtre" du rugby puisqu'il n'y a pas de filiation.

Sources

Au Ier siècle de notre ère, un petit traité Sur les jeux chez les Grecs, écrit en grec par Suétone, décrit en une ligne la phénindre au milieu de trois autres sports de ballon : l'ouranie, l'aporraxis et l'épiscyre.

À la fin du Ier siècle, Martial fait plusieurs fois allusion à l'harpastum, dont il est très friand. Il s'agit du seul texte latin y faisant référence, tous les autres étant en grec.

Au IIe siècle, le médecin Galien écrit un petit traité de quelques pages[4] où il conseille de pratiquer le jeu de balle car, entre autres, il est abordable financièrement, sollicite l'ensemble du corps contrairement à la lutte ou la course, possède une dimension stratégique ou comporte moins de risques de blessures que d'autres sports. Cependant, il prend le sport de balle dans son ensemble, sans distinguer entre toutes ses variantes et sans citer un seul nom précis de sport.

À la même époque, Julius Pollux[5], comme Suétone un siècle plus tôt, présente quatre sports pratiqués par les Grecs : l'épiscyre, la phéninde, l'aporraxis et l'ouranie.

Quelques années après, Clément d'Alexandrie[6] décrit brièvement la phéninde en disant qu'elle se joue avec une balle au soleil et qu'elle est bien adaptée pour les hommes.

Au début du IIIe siècle, Athénée[3] prétend que l'harpastum était auparavant appelé phéninde. Il décrit ensuite la phéninde, dont il est grand amateur ; il précise que ce sport cause une grande (mais saine) fatigue et sollicite beaucoup le cou. Puis, citant Antiphane, il lui fait dire : "prenant la balle, il s'amuse en la donnant à l'un, évite en même temps un autre, en repousse un troisième et en surmonte encore un autre en poussant des cris aigus : 'Dehors ! Trop loin ! À côté de lui ! Au-dessus de lui ! en bas ! En haut ! Trop court ! Passe en arrière dans la mêlée ! ' "

Vers la fin du Ve siècle, Sidoine Apollinaire[7] mentionne, sans jamais lui donner de nom, une activité où les joueurs formaient un cercle autour d'un joueur dont le but était d'intercepter le ballon que se passaient ceux du cercle, ou encore d'éviter le ballon que ceux-ci lui lançaient. Une forme de toro, comme on appelle aujourd'hui ce type d'exercice pratiqué à l'entraînement dans de nombreux sports collectifs. Peu de ressemblance avec l'harpastum cité par ses prédécesseurs.

Notes

  1. Athénée, Les Dipnosophistes, I, 14
  2. Martial, Epigrammes, XIV, 48
  3. a et b Athénée, Les Dipnosophistes, I, 14-15
  4. Galien, Sur le sport avec une petite balle
  5. Julius Pollux, Onomastikon, IX, 104-106
  6. Clément d'Alexandrie, Le Pédagogue, X
  7. Sidoine Apollinaire, Lettres, V, 17, 6-7


Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Harpastum de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Harpastum — Harpastum, also known as Harpustum, was a form of football played in the Roman Empire. The Romans also referred to it as the small ball game. The ball used was small (not as large as a follis, paganica (ball game), or football sized ball) and… …   Wikipedia

  • HARPASTUM — Gr. Α῾ρπαςτὸν, et ἁρπάζω, rapio, quod plures proiectum conentur arripere extraqueve ludi limites eicere: Pilae genus grande ac durum, ut Folle aliquanto minus, sic Paganica maius; ex corio vel etiam ligno, intus lanâ, pilis, aut lino stipatum.… …   Hofmann J. Lexicon universale

  • harpastum — harpàstum m DEFINICIJA pov. sport starorimska igra loptom, prenijeta iz Grčke; svojevrsna preteča nogometa ETIMOLOGIJA lat. ← grč. harpastón ≃ harpázein: grabiti …   Hrvatski jezični portal

  • Harpastum — Mosaik in der Villa Romana del Casale Harpaston (gr. ἁρπαστόν, dt. „rauben“, „schnell wegnehmen“[1]) war ein Ballspiel der griechischen und römischen Antike. Es diente zur Kö …   Deutsch Wikipedia

  • Hallenhandball — Angriffsszene beim Handballspiel Handball ist ein körperbetontes Spiel. Szene aus einem Bundesligaspiel Handball ist eine Sportart, bei der zwei …   Deutsch Wikipedia

  • Handballspieler — Angriffsszene beim Handballspiel Handball ist ein körperbetontes Spiel. Szene aus einem Bundesligaspiel Handball ist eine Sportart, bei der zwei …   Deutsch Wikipedia

  • Calcio Florentin — Un match de calcio florentin joué en 1688 sur la piazza Santa Croce. Le calcio florentin (appelé calcio in costume, calcio in livrea ou calcio storico fiorentino en italien) est un sport florentin de la Renaissance qui est parfois considéré par… …   Wikipédia en Français

  • Calcio Storico — Calcio florentin Un match de calcio florentin joué en 1688 sur la piazza Santa Croce. Le calcio florentin (appelé calcio in costume, calcio in livrea ou calcio storico fiorentino en italien) est un sport florentin de la Renaissance qui est… …   Wikipédia en Français

  • Calcio florentin — 43° 46′ 08″ N 11° 15′ 42″ E / 43.7688, 11.2616 …   Wikipédia en Français

  • Giuoco del calcio — Calcio florentin Un match de calcio florentin joué en 1688 sur la piazza Santa Croce. Le calcio florentin (appelé calcio in costume, calcio in livrea ou calcio storico fiorentino en italien) est un sport florentin de la Renaissance qui est… …   Wikipédia en Français


Share the article and excerpts

Direct link
Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.