Guerre en Asie et dans le Pacifique

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Guerre en Asie et dans le Pacifique
Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne la guerre men√©e par le Japon √† partir de 1941 en Extr√™me-Orient. Pour la guerre sud-am√©ricaine du XIXe si√®cle, voir Guerre du Pacifique (1879-1884). Pour les autres significations, voir Guerre du Pacifique (homonymie).
Guerre en Asie et dans le Pacifique
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Marines américains, un Zero japonais, reddition de soldats britanniques lors de la Bataille de Singapour, le cuirassé Iowa et le bombardement nucléaire de Nagasaki
Informations générales
Date 7 d√©cembre 1941 -
2 septembre 1945
Lieu Asie de l'Est, Asie du Sud-Est, Sous-continent indien, Océanie, Océan Pacifique, Océan Indien
Changements territoriaux Occupation du Japon

R√©trocession √† la Chine de la Mandchourie et de Ta√Įwan
R√©trocession √† la Birmanie et √† l'Indochine fran√ßaise des territoires annex√©s par la Tha√Įlande
Division de la Corée entre Corée du Nord et Corée du Sud
Annexion des Îles Kouriles et de Sakhaline par l'Union soviétique

Issue Victoire des Alliés

Effondrement de l'Empire du Japon
Affaiblissement des puissances coloniales, début de la décolonisation en Asie (dont guerre d'Indochine et révolution indonésienne)
Reprise de la guerre civile chinoise

Belligérants
Alliés[1]

√Čtats-Unis √Čtats-Unis √Čtats-Unis
Chine R√©publique de Chine
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
British Raj Red Ensign.svg Indes britanniques
Drapeau d'Australie Australie
Drapeau de Nouvelle-Z√©lande Nouvelle-Z√©lande
Drapeau : Pays-Bas Pays-Bas
Flag of the Philippines.svg Philippines
Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Union soviétique
Flag of the Chinese Communist Party.svg Parti communiste chinois

Axe[2]

Drapeau : Japon Empire du Japon
Drapeau de Tha√Įlande Tha√Įlande
Flag of Manchukuo.svg Mandchoukouo
Flag of the Republic of China-Nanjing (Peace, Anti-Communism, National Construction).svg Gouvernement collaborateur chinois

Commandants
√Čtats-Unis Franklin D. Roosevelt

√Čtats-Unis Harry Truman
√Čtats-Unis Chester W. Nimitz
√Čtats-Unis Douglas MacArthur
√Čtats-Unis Joseph Stilwell
√Čtats-UnisErnest King
Drapeau de la R√©publique de Chine Tchang Ka√Į-chek
Drapeau de la République de Chine He Yingqin
Drapeau de la République de Chine Sun Liren
Flag of the United Kingdom.svg Archibald Wavell
Drapeau du Royaume-Uni Louis Mountbatten
Drapeau de l'Australie Thomas Blamey
Drapeau des Pays-Bas Hein ter Poorten
Drapeau de l'URSS Alexandre Vassilievski

Drapeau : Japon Hirohito

Drapeau : Japon Hideki Tojo
Drapeau : Japon Hajime Sugiyama
Drapeau : Japon Osami Nagano
Drapeau : Japon Isoroku Yamamoto
Drapeau de Tha√Įlande Plaek Pibulsonggram

Pertes
env. 4 440 000 militaires
env. 24 000 000 civils
env. 3 340 000 militaires
env. 960 000 civils
Batailles
Batailles et opérations de la guerre en Asie et dans le Pacifique

Chine ¬∑ Invasion japonaise de l'Indochine ¬∑ Guerre franco‚ÄĎtha√Įlandaise ¬∑ Eaux australiennes ¬∑ Nauru ¬∑ Pearl Harbor ¬∑ Atoll de Wake ¬∑ Hong Kong ¬∑ Philippines (1) ¬∑ Invasion japonaise de la Tha√Įlande ¬∑ Malaisie ¬∑ Bataan ¬∑ Singapour ¬∑ Indes orientales n√©erlandaises ¬∑ Born√©o  ¬∑ Birmanie ¬∑ Nouvelle-Guin√©e ¬∑ Timor ¬∑ Java ¬∑ Mer de Java ¬∑ √éles Salomon ¬∑ Australie ¬∑ Taung√Ľ ¬∑ Yenangyaung ¬∑ Mer de Corail ¬∑ Corregidor ¬∑ Midway ¬∑ √éles Al√©outiennes ¬∑ Baie de Milne ¬∑ Komandorski ¬∑ Attu  ¬∑ Galvanic ¬∑ √éles de l'Amiraut√© ¬∑ U-Go ¬∑ Kohima  ¬∑ Imphal ¬∑ Peleliu ¬∑ Angaur ¬∑ Tinian ¬∑ Guam ¬∑ Op√©ration Forager ¬∑ Saipan ¬∑ Mer des Philippines ¬∑ Campagne des Philippines (2) ¬∑ Morotai  ¬∑ Leyte ¬∑ Golfe de Leyte (navale) ¬∑ Lu√ßon ¬∑ Manille ¬∑ Iwo-Jima ¬∑ Combats en Indochine (1945) ¬∑ Okinawa ¬∑ Born√©o ¬∑ Op√©ration Ten-GŇć ¬∑ Invasion sovi√©tique de la Mandchourie ¬∑ Invasion des Kouriles ¬∑ Bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki


Guerre sino-japonaise


Front d'Europe de l’Ouest


Front d'Europe de l’Est


Bataille de l'Atlantique


Campagnes de Méditerranée et d'Europe du Sud


Campagnes d'Afrique et du Moyen-Orient

La guerre en Asie et dans le Pacifique comprend les campagnes menées à partir de 1941 en Extrême-Orient et dans les pays bordant l’océan Pacifique, dans le cadre de l'affrontement entre les Alliés et l'Empire du Japon, dont la politique expansionniste visait l'ensemble de la région. Elle englobe l'ensemble des opérations militaires menées sur les fronts est-asiatique et océanien de la Seconde Guerre mondiale.

Le terme restrictif de guerre du Pacifique est √©galement employ√© en Occident pour d√©signer cette partie du conflit, bien que tous les pays concern√©s n'aient pas √©t√© bord√©s par l'oc√©an Pacifique et que les combats ne se soient pas limit√©s aux op√©rations navales. Du point de vue de l'Empire du Japon, cette extension de la guerre sino-japonaise fut officiellement appel√©e guerre de la Grande Asie orientale (Ś§ßśĚĪšļúśą¶šļČ, Dai tŇća sensŇć?). Apr√®s la guerre, le terme de guerre de Quinze Ans (ŚćĀšļĒŚĻīśą¶šļČ, JŇęgonen SensŇć?) est entr√© en usage au Japon, faisant remonter le conflit √† l'invasion de la Mandchourie en 1931.

L'extension du conflit √† partir de sa base continentale en Chine et en Indochine, d√©bute en d√©cembre 1941, √† partir de l'entr√©e en guerre officielle de l'Empire du Japon contre les √Čtats-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l'Australie. Les Japonais connaissent des succ√®s fulgurants au d√©but du conflit et s'emparent de vastes territoires mais sont lentement repouss√©s par la sup√©riorit√© industrielle am√©ricaine. Le th√©atre asiatique de la Seconde Guerre mondiale se distingue du th√©atre europ√©en par le r√īle capital jou√© par les marines de guerre dans le d√©nouement du conflit. En revanche, les Crimes de guerre du Japon ShŇćwa n'ont rien √† envier √† ceux de l'Allemagne. Ce conflit eu d'importantes cons√©quences en affaiblissant les puissances coloniales europ√©ennes qui connaittront toutes la phase de d√©colonisation apr√®s la guerre. La guerre se termine avec la capitulation sans conditions du Japon le 2 septembre 1945.

Sommaire

Prélude

Articles d√©taill√©s : Empire du Japon et Expansionnisme du Japon Showa.

Rivalité entre le Japon et la Chine

Les racines de la Seconde Guerre sino-japonaise remontent √† la fin du XIXe si√®cle avec une Chine en plein chaos politique et un Japon en voie de modernisation rapide. Ce dernier s'empare de Taiwan en 1895 puis de la Cor√©e en 1910 tout en √©tendant son influence √©conomique en Chine et plus particuli√®rement en Mandchourie. Dans le m√™me temps, la Chine se fragmente en factions autonomes du fait de la faiblesse du gouvernement central. Cette situation favorise l'expansion japonaise. Cependant, le g√©n√©ralissime Tchang Ka√Į-chek et son Kuomintang parvient √† rassembler tant bien que mal les diff√©rents gouvernements locaux. Ce renforcement inqui√®te les Japonais qui organisent l'incident de Mukden en 1931 pour justifier l'invasion de la Mandchourie et la mise en place d'un gouvernement fantoche, le Mandchoukuo dirig√© par Puyi, le dernier empereur de la dynastie Qing. Les agressions japonaises provoqu√®rent la col√®re des membres de la Soci√©t√© des Nations que le Japon quitta en 1933.

√Ä partir de ce moment, l'influence du Parti communiste chinois augmente fortement et ce dernier s'empare de vastes territoires dans le sud-est du pays. Consid√©rant que ceux-ci repr√©sentent une plus grande menace que les Japonais, Tchang Ka√Į-chek lance une s√©rie d'offensives pour les d√©loger. Profitant du chaos grandissant, les Japonais interviennent √† Shanghai en 1932[3]

Au Japon, les r√©percussions de la Grande D√©pression et une s√©rie de coups d'√©tat entrainent la chute du gouvernement civil et la prise de contr√īle par les militaires. Cependant, le haut-commandement militaire n'exerce qu'un contr√īle limit√© sur les diff√©rents corps d'arm√©es qui agissent parfois en fonction de leurs propres int√©r√™ts aux d√©pens de l'int√©r√™t national. L'empereur Hirohito jouit d'un statu quasi-divin mais intervient peu dans les affaires militaires et se contente de donner les grandes lignes de la politique japonaise.

La Seconde Guerre sino-japonaise

Article principal : Seconde Guerre sino-japonaise.

En 1936, l'ancien seigneur de guerre Zhang Xueliang sequestre Tchang Ka√Į-chek pour le forcer √† n√©gocier avec les communistes en vue de former un front uni contre les Japonais. Peu apr√®s, le 7 juillet 1937, l'Incident du pont Marco Polo sert de pr√©texte √† l'attaque de la Chine par l'Empire du Japon. Les Nationalistes et les Communistes se regroupent au sein du Deuxi√®me front uni chinois mais continuent d'agir s√©par√©ment et ce rassemblement ne met pas fin aux escarmouches entre les deux camps. Les Japonais progressent rapidement mais s'ali√®nent les opinions publiques occidentales principalement apr√®s le Massacre de Nankin et l'Incident du Panay. Cependant, l'immensit√© du territoire, le manque de ressource et la violence de l'occupant qui emp√™che l'implantation de gouvernement locaux et l'exploitation des ressources font que la progression japonaise s'arr√™te √† partir de 1938 et la Bataille de Wuhan.

En 1939, les forces japonaises testent les d√©fenses sovi√©tiques dans l'Extr√™me-Orient russe √† partir de la Mandchourie mais sont violemment repouss√©s lors de la Bataille de Halhin Gol par les unit√©s sovi√©tiques et mongoles men√©es par Gueorgui Joukov. Cela dissuade le Japon de poursuivre son expansion vers le nord, et le pousse √† repousser plut√īt les limites de l'Empire vers les √ģles du Pacifique et l'Asie du Sud-Est. Une paix instable s'instaura entre les deux pays jusqu'en 1945.

En septembre 1940, le Japon profite de la d√©faite de la France en Europe pour envahir l'Indochine fran√ßaise. L'administration coloniale fran√ßaise, fid√®le au Gouvernement de Vichy, accepte de laisser transiter par l'Indochine les troupes japonaises, qui lui laisse en √©change la ma√ģtrise du territoire jusqu'au 9 mars 1945.

Le mois suivant, la Tha√Įlande attaque √† son tour les possessions fran√ßaises en Indochine, et d√©clenche une Guerre franco-tha√Įlandaise dans laquelle le Japon se pose alors en m√©diateur pour obtenir un cessez-le-feu, afin de m√©nager ses relations avec la Tha√Įlande et obtenir une alliance militaire avec ce pays. Le 27 septembre, le Japon entre dans le Pacte tripartite, l'acte fondateur de l'Axe Rome-Berlin-Tokyo.

En 1941, le conflit en Chine est completement bloqu√©. Bien que le Japon ne contr√īle une grande partie du nord et du centre de la Chine, le Kuomintang s'est retir√© vers l'int√©rieur du territoire et a implant√© sa capitale provisoire √† Chongqing. Cependant, le contr√īle japonais reste limit√© aux grandes villes et aux principales voies de transport. Ce qui permet l'intensification de la guerre de gu√©rilla men√©e par les communistes. Pour s'assurer le contr√īle du territoire, le Japon met en place plusieurs gouvernements de collaboration mais la violente politique d'occupation japonaise d√©cr√©dibilise ces administrations consid√©r√©es par la population comme des outils de propagande et rend leur autorit√© tr√®s limit√©e.

Tensions entre le Japon et les puissances occidentales

La d√©gradation des relations avec les puissances occidentales, plus particuli√®rement les √Čtats-Unis s'est poursuivie tout au long des ann√©es 1930. En 1941, la Chine re√ßoit le soutien am√©ricain par l'interm√©diaire de la loi Pret-Bail. Le 26 juillet 1941, les √Čtats-Unis et les Pays-Bas imposent un embargo total sur le p√©trole et l'acier √† destination du Japon. Ils entendent ainsi stopper les vell√©it√©s expansionnistes du Japon. Le gouvernement et les nationalistes japonais consid√®rent cette d√©cision comme une agression car le pays importe 80% de son p√©trole sans lequel il est impossible de faire la guerre.

Devant choisir entre abandonner les territoires chinois si durement acquis et s'emparer des ressources qui lui manque par la force, le quartier général impérial choisit la guerre.

L'objectif principal des Japonais est constitu√© par les colonies riches en p√©trole, en minerai et en caoutchouc des Pays-Bas et du Royaume-Uni en Asie du Sud-Est. N√©anmoins, les proches relations de ces deux pays avec les √Čtats-Unis et la certitude que ces derniers ne laisseront pas le Japon dominer l'Asie imposent de neutraliser sa flotte de guerre[4],[5]. On peut donc distinguer deux directions d'expansion :

Une offensive vers l'est avec :

Une offensive vers le sud avec

  • La conqu√™te de la Malaisie et de Singapour, et par ailleurs de Hong Kong
  • puis des attaques en direction de

Une fois ces conquêtes achevées, la stratégie deviendra défensive et le Japon espère pouvoir s'implanter solidement dans ses nouveaux territoires en attendant victorieusement la paix.

En novembre 1941, les plans d'attaque sont pratiquement achevés. Cependant, les négociations avec les Américains ne sont pas suspendues et le quartier général considère que si un accord acceptable est trouvé, les attaques seront annulées même si l'ordre avait déjà été donné.

Bien que marginales, les membres de l'Axe européens, le Troisième Reich et l'Italie fasciste menèrent des opérations en Asie par l'intermédiaire de sous-marins ou de croiseurs auxiliaires. On peut par exemple citer les attaques allemandes sur Nauru ou la bataille entre le Sydney et le Kormoran.

Opérations militaires

1941-1942

L'USS Arizona br√Ľla durant deux jours apr√®s avoir √©t√© touch√© par une bombe japonaise lors de l'attaque sur Pearl Harbor.

Au matin du 7[6] d√©cembre 1941, les Japonais d√©barquent en Malaisie, en Tha√Įlande. Simultan√©ment (√† une heure pr√®s), le Japon lance une attaque surprise sur la principale base navale am√©ricaine dans le Pacifique situ√©e √† Pearl Harbor dans l'archipel d'Hawaii. L'op√©ration est men√©e par six porte-avions japonais et met hors de combat huit cuirass√©s. Malgr√© ce brillant succ√®s, la victoire japonaise est √† relativiser, car, ni les porte-avions am√©ricains, ni les infrastructures maritimes (r√©servoirs de carburant et installations portuaires) ne sont endommag√©s. De plus, six cuirass√©s seront renflou√©s et renvoy√©s au combat avant la fin de la guerre. Mais, sur le moment, le rapport des forces est clairement en faveur du Japon, qui peut mener ses op√©rations a√©ronavales en Asie du Sud-Est sans craindre une intervention am√©ricaine.

Au moment de l'attaque, les √Čtats-Unis n'√©taient officiellement en guerre avec aucun pays dans le monde[7]. Les membres de l'America First manifestaient avec v√©h√©mence pour garder l'Am√©rique √† l'√©cart du conflit europ√©en. Malgr√© cela, le pr√©sident Roosevelt usait de son influence pour faire passer des lois visant √† s'opposer √† l'expansion de l'Allemagne comme la loi pret-bail. L'attaque japonaise mit fin √† toute opposition √† la guerre. Le 8 d√©cembre, les √Čtats-Unis d√©clarent la guerre au Japon bient√īt suivis par le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l'Australie. Le 11 d√©cembre 1941, l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste d√©clarent la guerre aux √Čtats-Unis.

Dans les jours qui suivent l'attaque de Pearl Harbor, le Japon attaque dans toutes les directions. Hong Kong tombe en moins de 17 jours et la bataille se d√©place aux Philippines. Dans le m√™me temps, les √ģles am√©ricaines de Guam et de Wake sont bombard√©es et prises.

Forces navales des principaux protagonistes début 1942 dans le Pacifique (mai 1941 pour le Royaume-Uni et les Pays-Bas)
√Čquipement principaux Marine imp√©riale japonaise US Navy Royal Navy Marine royale n√©erlandaise
Navires de lignes 11 3 1
Porte-avions 11 4 1
Croiseurs 40 20 17 3
Destroyers 125 80 6 7
Sous-marin 75 55 15

Les Occidentaux sont incapables de r√©sister √† la pouss√©e japonaise. Les Britanniques disposent d'importantes forces √† Singapour et en Malaisie mais les meilleures unit√©s ont √©t√© envoy√©es en Europe ou en Afrique du Nord. En Malaisie, les Japonais progressent rapidement dans des zones jug√©es infranchissables par les Britanniques et ceux-ci doivent se replier √† Singapour. Le HMS Repulse et le fleuron de la Royal Navy, le HMS Prince of Wales sont coul√©s en moins de deux heures par les avions japonais le 10 d√©cembre, ce qui laisse Singapour sans cuirass√©s pour la prot√©ger. La ville est assi√©g√©e √† la fin du mois de janvier 1942 et doit se rendre le 15 f√©vrier : 130 000 soldats sont fait prisonniers[8].

Soldats japonais fêtant leur victoire à Bataan dans les Philippines en avril 1942.

√Ä la suite de la D√©claration des Nations unies (premi√®re utilisation officielle du terme de Nations unies) du 1er janvier 1942, les Alli√©s forment l'ABDA ou American-British-Dutch-Australian Command qui devient le commandement supr√™me des forces alli√©es en Asie du Sud-Est. Sa direction est confi√©e au britannique Archibald Wavell. La force ainsi cr√©√©e est importante mais les unit√©s sont dispers√©es depuis la Birmanie jusqu'au nord de l'Australie en passant par les Philippines. Elle ne parvient pas √† ralentir la progression fulgurante des Japonais qui attaquent Born√©o et ses riches champs p√©trolif√®res puis Sumatra et Java et leurs vastes ressources naturelles. Dans une tentative d√©sesp√©r√©e pour enrayer l'invasion de Java, l'ABDA subit une cuisante d√©faite lors de la bataille de la mer de Java √† la fin de f√©vrier 1942. √Ä la suite de ce d√©sastre, l'ABDA cesse d'exister. Profitant de la disparition de l'aviation alli√©e, le Japon lance une s√©rie de bombardements moralement d√©vastateurs (mais militairement insignifiants) sur le nord de l'Australie. De plus, les Japonais ont entam√© l'invasion des √ģles Salomon en vue d'isoler l'Australie des √Čtats-Unis. Fin mars, les Indes orientales n√©erlandaises sont tomb√©es aux mains des Japonais.

Les premiers d√©barquements aux Philippines, alors sous protection am√©ricaine, ont lieu d√®s le 8 d√©cembre. Manille tombe le 2 janvier et les 120 000 soldats philippins et am√©ricains se retranchent dans les fortifications de Corregidor et de Bataan. Sur ordre du pr√©sident Roosevelt, le g√©n√©ral Douglas MacArthur quitte Corregidor en direction de l'Australie pour y prendre le contr√īle des forces alli√©es dans la zone. Les derniers d√©fenseurs am√©ricains se rendent en mai.

Les assauts japonais en Birmanie forcent les Britanniques √† abandonner Rangoon et √† se replier jusqu'√† la fronti√®re avec l'Inde. Cette avanc√©e japonaise prive Tchang Ka√Į-chek du ravitaillement alli√© transitant par la Route de Birmanie. En mars et en avril, une puissante flotte japonaise p√©n√®tre dans l'oc√©an Indien et lance une s√©rie de raids a√©riens sur l'√ģle de Ceylan. La flotte britannique envoy√©e pour l'intercepter ne parvient pas √† prendre l'avantage et de nombreux cargos sont coul√©s ainsi que le porte-avion HMS Hermes. N√©anmoins, le d√©barquement craint par les Britanniques ne se r√©alise pas et les Japonais ne seront plus jamais en mesure de r√©√©diter une telle op√©ration.

Au printemps 1942, le Japon a achev√© la plus grande partie de ses objectifs initiaux. Il s'est empar√© de territoires immenses et de richesses consid√©rables au prix de pertes assez l√©g√®res. En revanche, le moral des Alli√©s est au plus bas du fait des d√©faites successives et des importantes pertes. Le haut-commandement japonais s'attend donc √† pouvoir entamer des n√©gociations de paix. Cependant, la r√©sistance des Australiens et des N√©erlandais au Timor et surtout l'audacieux raid de Doolittle qui le 18 avril parvient √† larguer quelques bombes sur le Japon montrent que les Alli√©s ne sont pas d√©cid√©s √† se rendre. Le raid de Doolittle, bien qu'insignifiant du point de vue militaire montre que le Japon n'est pas √† l'abri. Jusqu'alors, les strat√®ges h√©sitaient entre attaquer l'Australie au sud ou vers l'est en direction d'Hawa√Į. Le raid convainc les Japonais d'√©tendre leur zone de contr√īle vers l'est.

Explosion sur le Lexington lors de la Bataille de la mer de corail.
Le Hiryu peu avant son naufrage le 5 mai 1942.

Pour √©tendre leur zone de contr√īle, les Japonais continuent leurs op√©rations dans le sud. Depuis l'√ģle de Rabaul conquise d√©s janvier, ceux-ci planifient l'attaque de Port Moresby en Nouvelle-Guin√©e et des √éles Salomon pour en faire des base d'op√©rations avanc√©e en vue d'isoler l'Australie des √Čtats-Unis. Cependant, les cryptanalystes am√©ricains sont parvenus √† casser les codes secrets japonais et forment une flotte de combat men√©e par deux porte-avions, le Lexington et le Yorktown sous le commandement de l'amiral Frank J. Fletcher. En face, les Japonais alignent deux portes-avions lourds le Zuikaku et le Shokaku ainsi que le porte-avion l√©ger Shoho sous le commandement de l'amiral Takeo Takagi.

La Bataille de la mer de corail qui s'ensuit est la premi√®re bataille navale o√Ļ les deux flottes ne se sont jamais aper√ßues et o√Ļ seuls les avions furent utilis√©s pour attaquer les forces adverses. Les Am√©ricains perdent le Lexington et le Yorktown est gravement endommag√© tandis que les Japonais d√©plorent la perte du Shoho et du Shokaku endommag√©. Les pertes sont √©quivalentes et les deux camps revendiquent la victoire. Cependant, l'invasion de Port Moresby est repouss√©e et alors que le Yorktown sera rapidement r√©par√© et pourra participer √† la Bataille de Midway, les deux groupes a√©ronavals japonais ne seront pas reconstitu√©s √† temps. Cependant, les Japonais disposent de huit porte-avions contre seulement trois pour les Am√©ricains et les √©quipages et les pilotes de ceux-ci sont bien plus exp√©riment√©s.

Pour an√©antir la flotte am√©ricaine et en particulier ses porte-avions, l'amiral Isoroku Yamamoto planifie une op√©ration contre l'atoll de Midway. Une attaque de diversion sera men√©e en direction des √éles Al√©outiennes tandis que le gros de la flotte et ses quatre porte-avions lourds l'Akagi, le Soryu, le Kaga et le Hiryu approchera de Midway en vue d'y organiser un d√©barquement. L'√ģle abritera ensuite une importante base a√©rienne offrant au Japon, le contr√īle du Pacifique central. Mais encore une fois, les messages secrets japonais sont d√©cod√©s et l'amiral Chester Nimitz rassemble ses trois derniers porte-avions l'Enterprise, le Hornet et le Yorktown h√Ętivement r√©par√© des d√©g√Ęts subis lors de la Bataille de la mer de corail et les place en embuscade de la flotte japonaise.

Comme pr√©vu, la flotte japonaise arrive √† proximit√© de Midway au matin du 4 juin. L'amiral ChŇęichi Nagumo ordonne le bombardement a√©rien de l'√ģle. L'aviation am√©ricaine pr√©sente sur l'√ģle est d√©truite tandis que la flotte japonaise n'est pas touch√©e. En revanche, la flotte am√©ricaine est rep√©r√©e par les avions de reconnaissance et surprend Nagumo qui h√©site sur la marche √† suivre. Les premiers assauts am√©ricains sont facilement repouss√©s mais une escadrille de Dauntless surprend les Japonais au pire moment et en quelques minutes, l'Akagi, le Soryu et le Kaga sont mortellement touch√©s. Les appareils de l'Hiryu coulent le Yorktown mais le dernier porte-avion japonais est d√©truit √† son tour. La flotte japonaise est an√©antie et contrairement aux √Čtats-Unis, le Japon est incapable de remplacer ses unit√©s perdues. La Bataille de Midway est le tournant de la guerre dans le Pacifique car elle stoppe d√©finitivement l'expansion japonaise.

Marines américains se reposant lors de la Bataille de Guadalcanal, novembre 1942

Le triomphe de Midway modifie consid√©rablement la strat√©gie am√©ricaine. La priorit√© √©tant au th√©√Ętre d'op√©ration europ√©en, la tactique am√©ricaine dans le Pacifique √©tait de contenir le Japon, ainsi aucune offensive n'√©tait pr√©vue avant 1943. Plut√īt que d'attaquer Rabaul tr√®s bien d√©fendue, les Am√©ricains d√©cident de reprendre les √éles Salomon. Le 7 aout, ils d√©barquent sur l'√ģle de Guadalcanal mais la flotte am√©ricaine est mise en pi√®ces √† la Bataille de l'√ģle de Savo. Une v√©ritable guerre d'usure commence alors lorsque les Japonais d√©cident d'envoyer des renforts sur l'√ģle. La bataille sur terre se d√©roule dans des conditions √©pouvantables au cŇďur d'une jungle √©paisse. Sur mer, la confrontation est tout aussi violente, les batailles des Salomons orientales et des √ģles Santa Cruz entrainent de lourdes pertes dans les deux camps. Les Japonais d√©fendent l'√ģle avec acharnement mais leur logistique est incapable de les soutenir et ils doivent √©vacuer l'√ģle en janvier 1943. C'est durant cette bataille qu'apparait le Tokyo Express, surnom donn√© par les Am√©ricains aux destroyers japonais qui ravitaillaient les unit√©s japonaises durant la nuit.

Dans le m√™me temps, les Japonais, qui n'avaient pas r√©ussi √† d√©barquer √† Port Moresby tentent de prendre la ville en traversant l'√ģle le long de la piste Kokoda. La piste serpente dans des territoires presque inexplor√©s dans un climat et un relief extr√™me. L'offensive japonaise progresse difficilement au cours de l'√©t√© mais se r√©v√®le incapable d'atteindre la c√īte.

1943

√Čvolution de 1943 √† 1945

Au d√©but de l'ann√©e 1943, le Japon, bien que bless√©, dispose encore d'un vaste empire gorg√© de richesses. Cependant, les faiblesses japonaises deviennent de plus en plus patentes. L'industrie japonaise est incapable de remplacer les appareils, les porte-avions et surtout les pilotes perdus en 1942. Elle n'a d'autre choix que de reconvertir des coques de cuirass√©s, rendus obsol√®tes par l'aviation, en porte-avions avec tous les inconv√©nients que cela implique. Dans le m√™me temps, l'industrie am√©ricaine tourne √† plein r√©gime et m√™me si elle doit approvisionner deux th√©√Ętres d'op√©rations, elle fournit la classe de porte-avions Essex bien sup√©rieure √† ce que peuvent r√©aliser les japonais. De m√™me, les nouveaux chasseurs am√©ricains comme le Corsair ou le Hellcat utilis√©s avec les bonnes tactiques de combat a√©rien vont balayer l'aviation japonaise compos√©e d'appareils bien trop mal prot√©g√©s et arm√©s comme le Zero. Le 14 avril 1943, le commandant en chef de l'arm√©e japonaise, l'amiral Isoroku Yamamoto est tu√© lorsque son appareil est abattu par des chasseurs am√©ricains. Le Japon perd ainsi son meilleur officier sup√©rieur.

Pour d√©gager d√©finitivement l'Australie de la menace japonaise, l'amiral Nimitz planifie l'op√©ration Cartwheel dont l'objectif est la reconqu√™te des √éles Salomon pour isoler la puissante base de Rabaul. La progression am√©ricaine est tr√®s lente du fait de la r√©sistance fanatique des Japonais qui d√©fendent chaque √ģle jusqu'au dernier homme, de la rudesse du climat et du relief et de l'√©tirement des lignes de communication et de ravitaillement. L'√ģle de Nouvelle-G√©orgie tombe le 25 aout 1943 mais les combats sur Bougainville dureront jusqu'√† la capitulation japonaise. N√©anmoins, Rabaul est isol√© et la garnison de 100 000 hommes y restera jusqu'√† la fin de la guerre car les Am√©ricains n'ont aucune intention de prendre la ville d√©sormais inoffensive. Dans le m√™me temps, les √ģles Al√©outiennes occup√©es par les Japonais depuis avril 1942 sont lib√©r√©es durant l'√©t√© 1943.

Les Am√©ricains h√©sitent √† pr√©sent entre deux strat√©gies pour se rapprocher du Japon et le contraindre se rendre. L'amiral Chester Nimitz plaide pour une avanc√©e √† travers la Micron√©sie en capturant successivement les √ģles Gilbert, Marshall, Carolines, Mariannes et Bonin, derni√®re √©tape avant le Japon. De l'autre c√īt√©, le g√©n√©ral Douglas MacArthur veut passer par le nord de la Nouvelle-Guin√©e, les Moluques puis les Philippines. Les planificateurs am√©ricains se prononcent en faveur de Nimitz mais la puissance am√©ricaine est telle que les deux routes seront emprunt√©es simultan√©ment. En novembre, la reconqu√™te des √ģles Gilbert commence mais la r√©sistance japonaise est f√©roce. Pour prendre le minuscule atoll de Tarawa, 1 000 soldats am√©ricains sont tu√©s et seuls 16 soldats japonais sont faits prisonniers sur une garnison de 4 200 hommes. Ces pertes scandalisent l'opinion publique am√©ricaine mais la bataille permit de perfectionner les tactiques de d√©barquement.

Soldats australiens et américains débarquant en Nouvelle-Guinée, juillet 1943

Sur le Front de Birmanie, les Japonais sont arrivés aux portes de l'Inde mais sont bloqués sur les contreforts des Naga Hills. Le ravitaillement n'arrive que très lentement malgré la sanglante construction de la voie ferrée Siam-Birmanie. De plus, la destruction de la flotte japonaise à Midway rend impossible tout soutien aéronaval à l'avancée japonaise. La situation des Britanniques n'est pas pour autant favorable. Gandhi lance son mouvement Quit India et des émeutes paralysent les réseaux de transports et nécessitent une forte présence britannique. De plus, ce front est jugé secondaire par rapport à l'Europe et les unités indiennes sont envoyés en Afrique du Nord. Malgré tout, les Britanniques lancent des offensives de petite envergure dans le nord de la Birmanie avec peu de succès. Dans le même temps, ils mettent en place des unités de commandos parfaitement entrainés au combat dans la jungle, les Chindits, pour harceler les arrières japonais. Si les résultats militaires sont discutables, l'action a un effet considérable sur le moral des soldats. Finalement le retour de la mousson au milieu de l'été met fin aux opérations militaires. Une combinaison de facteurs militaires, administratifs et naturels provoquent une immense famine au Bengale qui fera plus de deux millions de morts.

Soldats chinois lors de la Bataille de Changde en novembre 1943

En Chine, le conflit est bloqué depuis 1938. Quelques affrontements majeurs ont lieu comme à Changsha, dans le Hubei et à Changde mais aucune n'est décisive. De manière générale, les hostilités sont rares du fait de nombreux accords tacites ou officieux entre les Japonais et les Chinois. Néanmoins l'occupation japonaise se traduit par de très nombreuses exactions comme lors de l'application de la Politique des Trois Tout en 1942. Pour ravitailler la Chine, le général américain Joseph Stilwell met en place un pont aérien entre l'Assam en Inde et Kunming en Chine. La route surnommée The Hump (la bosse) par les aviateurs franchit l'Himalaya et permit de transférer plus de 600 000 tonnes de matériel avant la fin de la guerre.

En novembre 1943, le Japon organise la la Conf√©rence de la Grande Asie orientale dont l'objectif est la r√©organisation de l'Asie avec la cr√©ation de gouvernements locaux alli√©s du Japon. Bien que cette conf√©rence avait avant tout un r√īle de propagande, elle montre √©galement une √©volution dans la pens√©e des dirigeants japonais. Voyant les d√©faites s'accumuler, ils consid√®rent que des relations bas√©es sur la coop√©ration plut√īt que sur l'asservissement seraient plus efficace pour f√©d√©rer les peuples asiatiques contre les colonisateurs europ√©ens. Cependant, cette conception entre en contradiction avec la volont√© du quartier g√©n√©ral imp√©rial[9]. De plus, cette √©volution arrive trop tard pour influer sur le cours de la guerre.

1944

L'un des paradoxes les plus flagrants dans la strat√©gie japonaise est la faiblesse de sa logistique. Le Japon est un √©tat insulaire avec peu de ressources naturelles qui d√©pend √©norm√©ment des importations en ce qui concerne le p√©trole ou les produits alimentaires. La doctrine japonaise purement offensive ne cadrait pas avec l'activit√© purement d√©fensive de l'escorte de convois. Ainsi, le Japon se lan√ßa dans la construction de monstres cuirass√©s comme le Yamato tout en n√©gligeant la construction d'escorteurs indispensables pour rapatrier en s√©curit√© les mati√®res premi√®res en m√©tropole. Le r√©sultat fut d√©sastreux, car les antiques destroyers japonais ne purent lutter contre les sous-marins am√©ricains qui coul√®rent 90% de la flotte de commerce japonaise. Les sous-marins am√©ricains ont r√©ussi l√† o√Ļ les U-Boote allemands ont √©chou√© : Asphyxier un pays. Au printemps 1944, la flotte japonaise est ainsi red√©ploy√©e √† Born√©o √† proximit√© des puits de p√©trole mais l'√ģle est d√©pourvue des infrastructures n√©cessaires √† l'entretien d'une telle marine de guerre.

Article d√©taill√© : Campagne des √ģles de l'Amiraut√©.

Contournant Rabaul, les Am√©ricains prennent les √éles de l'Amiraut√©. Parall√®lement, les troupes de MacArthur remontent lentement la c√īte nord de la Nouvelle-Guin√©e et entrent dans les anciennes colonies hollandaises en d√©barquant √† Aitape et √† Hollandia en avril 1944. La reconqu√™te des √éles Marshall montre que les le√ßons de Tarawa ont √©t√© tir√©es car les pertes sont bien plus faibles malgr√© la plus forte garnison japonaise. De leur c√īt√©, les japonais r√©alisent que les d√©fenses plac√©es imm√©diatement sur le littoral sont trop vuln√©rables aux bombardements c√ītiers et lors des batailles suivantes, la d√©fense en profondeur sera bien plus difficile √† percer. Dans les Marshall, les Am√©ricains appliquent la strat√©gie du saute-mouton. Les √ģles principales sont captur√©es pour y installer une base a√©rienne qui interdit la zone aux Japonais et condamne les garnisons situ√©es sur les √ģles alentours √† pourrir sur place.

Débarquement à Saipan

Une fois, les Mariannes et les Carolines prises, l'attention am√©ricaine se tourne vers les √éles Mariannes. Celles-ci se trouvent √† moins de 2500 km des c√ītes japonaises, ce qui en fait une base parfaite pour les bombardiers lourds B-29 venant tout juste d'entrer en service. Saipan est la premi√®re √ģle √† tomber le 9 juillet 1944 apr√®s un mois de combat. La chute de Saipan entraine la d√©mission du gouvernement de Hideki TŇćjŇć et affaiblit la position des militaires. Suite √† la perte de Saipan, la marine japonaise organise une op√©ration navale avec une importante flotte compos√©e de neuf porte-avions et des plus puissants cuirass√©s au monde, le Yamato et le Musashi. Cependant, la flotte am√©ricaine poss√®de 15 porte-avions dont l'aviation embarqu√©e est largement sup√©rieure √† celle des Japonais. Avant m√™me le d√©but de la Bataille de la mer des Philippines, deux porte-avions japonais sont envoy√©s par le fond par des sous-marins am√©ricains. Le sort des armes fut tellement √† sens unique que les pilotes am√©ricains surnomm√®rent cette bataille The Great Marianas Turkey Shoot (le grand tir aux pigeons des Mariannes). Les pertes ne pourront jamais √™tre remplac√©es et par la suite les porte-avions japonais ne seront plus utilis√©s que comme app√Ęt ou pour faire diversion. Lib√©r√©s de la menace japonaise, les am√©ricains envahissent Tinian et y implantent la plus grande base a√©rienne au monde ; √Ä la fin de la guerre, elle accueille pr√®s de mille bombardiers et 50 000 personnels au sol. Guam est √©galement lib√©r√© en aout. En septembre, les marines d√©barquent √† Peleliu. Les Japonais y appliquent la nouvelle tactique de d√©fense en profondeur ce qui entraine plus de deux mois de combats acharn√©s. Le tiers des soldats am√©ricains est mis hors de combat (mort ou bless√©) tandis que la garnison japonaise est annihil√©e.

Le Bunker Hill vient d'être touché par deux kamikazes le 11 mai 1945

Au sud, apr√®s une √©tape dans les Moluques, MacArthur approche des Philippines. Leur prise couperait le Japon de ses conqu√™tes les plus importantes en Indon√©sie et en Malaisie. N√©anmoins, Nimitz milite pour une attaque de Formose qui permettrait √©galement de couper les voies maritimes entre le Japon et ses possessions mais en ferait une base avanc√©e √† moins de trois heures du Japon et de la Chine. Mais le bouillant MacArthur fait appel √† des consid√©rations politiques, Les Philippines √©taient un protectorat am√©ricain et MacArthur veut respecter la promesse qu'il s'√©tait faite de revenir en quittant pr√©cipitamment l'archipel deux ans plus t√īt. L'√Čtat-major am√©ricain d√©cide frapper au cŇďur des Philippines et organise un immense d√©barquement sur l'√ģle de Leyte dont l'envergure d√©passe celle du d√©barquement de Normandie. Pour contrer cette attaque, les Japonais tentent d'√©loigner le gros de la flotte am√©ricaine en l'app√Ętant avec ses derniers porte-avions d√©pourvus du moindre appareil pour qu'une seconde flotte de cuirass√©s d√©truise la flottille de d√©barquement laiss√©e sans protection. Le commandant am√©ricain William F. Halsey tombe dans le pi√®ge mais les Japonais ne parviennent pas √† exploiter leur sup√©riorit√© et doivent se replier. La Bataille du golfe de Leyte, la plus grande bataille navale de l'histoire, se solde par la destruction de la moiti√© du tonnage engag√© du c√īt√© japonais et la perte des derniers porte-avions. La premi√®re attaque suicide des kamikazes a lieu lors de cette bataille. Les pertes caus√©es par les 2500 kamikazes qui s'abattront sur les navires alli√©s jusqu'√† la fin de la guerre seront tr√®s rapidement remplac√©es par la puissante industrie am√©ricaine, d'autant plus que, l'effet de surprise pass√©, les attaques r√©ussies sur les grands navires se font plus rares. D'un point de vue strictement militaire, les r√©sultats sont meilleurs que si le pilote avait la moindre chance de s'en sortir mais les attaques horrifient les marins am√©ricains qui commencent √† se demander quel sera le prix de la conqu√™te du Japon.

L'équipage du Zuikaku salue le drapeau avant de quitter le navire, 25 octobre 1944

En novembre, le pr√©sident Roosevelt est r√©√©lu pour un quatri√®me mandat sans grande surprise compte-tenu de la guerre. Apr√®s la prise de Leyte, les am√©ricains d√©barquent √† Mindoro et sur l'√ģle principale de Lu√ßon et approchent de la capitale Manille.

Sur le front birman, les Japonais déclenchent une vaste offensive en janvier 1944. L'attaque s'épuise rapidement du fait de l'étirement excessif des lignes de ravitaillement. Lors des batailles d'Imphal et de Kohima, les unités japonaises épuisées sont violemment repoussées et doivent retraiter au début de l'été. À la fin de l'année, le nord de la Birmanie est libéré dont la ville stratégique de Myitkyina. La route de Birmanie est rouverte au début de l'année 1945.

En Chine, l'ann√©e est marqu√©e par l'Op√©ration Ichi-Go qui permet aux Japonais de s'emparer de vastes portions de territoires en Chine centrale et m√©ridionale. Les forces chinoises s'effondrent face √† la plus grande offensive en Chine depuis plusieurs ann√©es. L'un des objectifs japonais √©tait la destruction des bases a√©riennes qui, au d√©but de l'ann√©e, √©taient les seules suffisamment proches du Japon. Cependant, les Am√©ricains abandonnent leurs bases en Chine trop difficiles √† approvisionner et se red√©ploient dans les √ģles Mariannes tout juste conquises et encore plus proches du Japon.

1945

Au début de l'année, les possessions japonaises restaient impressionnantes et les riches régions de Malaisie et d'Indonésie lui appartiennent toujours. Cependant, le pays est à genoux, sa marine de guerre est à l'agonie après la perte de ses porte-avions. L'aviation japonaise invincible au début de la guerre n'est plus que l'ombre d'elle-même, ses appareils dépassés emmenés par des pilotes inexpérimentés n'ont d'autre utilité que comme kamikazes. Les bombardiers américains B-29 basés aux Mariannes commencent à anéantir les villes et les industries japonaises sans rencontrer de véritable opposition.

B-29 larguant leurs bombes au dessus de Tokyo au début de l'année 1945

Aux Philippines, le g√©n√©ral Tomoyuki Yamashita veut abandonner Manille qu'il juge ind√©fendable mais le contre-amiral Iwabuchi Sanji refuse et se retranche dans la ville avec 15 000 hommes. La Bataille de Manille dure tout le mois de f√©vrier et cause la mort de pr√®s de 100 000 civils, la plupart massacr√©s par les Japonais. Les d√©bris des unit√©s japonaises se dispersent dans les jungles o√Ļ ils m√®nent une guerre de gu√©rilla contre les Am√©ricains et les Philippins. La reconqu√™te des Philippines ne s'ach√®vera qu'avec la capitulation japonaise. 96% des 350 000 soldats japonais dans l'archipel sont tu√©s.

La lib√©ration de Born√©o est la derni√®re campagne d'envergure sur le th√©√Ętre du Pacifique. Les forces, principalement australiennes, d√©barquent au nord et √† l'est de l'√ģle en mai. Critiqu√©e apr√®s la guerre car consid√©r√©e comme inutile, la prise de Born√©o prive le Japon d'importantes ressources en p√©trole et isole un peu plus ses possessions en Indon√©sie et en Malaisie.

En Birmanie, les Britanniques poursuivent leur progression le long de l'Irrawaddy et Mandalay tombe le 27 mars. Le leader de l'état fantoche de Birmanie, Ba Maw, se soulève contre les Japonais dont les lignes craquent de partout. Rangoon est finalement prise en mai 1945. Une opération est envisagée pour reprendre la Malaisie mais la capitulation japonaise arrive avant sa mise en application.

Soldats Britanniques près de Mandalay en Birmanie, janvier 1945

Pendant que MacArthur reconquiert les Philippines, la marine am√©ricaine poursuit sa route des atolls. La prise d'Iwo Jima √† mi-chemin entre les Mariannes et le Japon permettrait de recueillir les appareils endommag√©s et de doter les escadrilles de bombardement d'une escorte qui leur fait d√©faut. La Bataille d'Iwo Jima commence le 19 f√©vrier, mais il faut plus d'un mois aux Am√©ricains pour nettoyer l'√ģle de 21km¬≤ de sa garnison de 21 000 hommes. Apr√®s la prise d'Iwo Jima, le chemin du Japon passe obligatoirement par Okinawa qui pourra servir de base de d√©part pour un d√©barquement amphibie sur les √ģles principales.

L'invasion d'Okinawa, le 1er avril (dimanche de P√Ęques), surpasse toutes les op√©rations ant√©rieures dans le Pacifique. La flotte am√©ricaine de 17 porte-avions re√ßoit le renfort des quatre porte-avions britanniques que la destruction de la flotte allemande a permit de lib√©rer. Les Japonais envoient pr√®s d'un millier de kamikazes tout au long de la bataille. Plusieurs porte-avions sont endommag√©s et quelques navires plus petits sont coul√©s mais la flotte am√©ricaine reste intacte. L'op√©ration Ten-GŇć lanc√©e le 7 avril est une op√©ration suicide qui entraine la perte du Yamato, le plus grand cuirass√© de l'histoire, qui succombe sous les coups de l'a√©ronavale am√©ricaine. Apr√®s cette bataille la flotte japonaise a purement cess√© d'exister tout comme l'aviation qui perd 7 800 appareils lors de la prise des √éles RyŇękyŇę. Dans le m√™me temps, la conqu√™te d'Okinawa se poursuit dans un bain de sang. Le 21 juin 1945, 200 000 japonais dont une moiti√© de civils sont morts.

L'usage du lance-flammes était souvent nécessaire pour venir à bout de derniers défenseurs japonais, Okinawa, juin 1945

La prise d'Okinawa et d'Iwo Jima a cout√© la vie √† plus de 25 000 Am√©ricains et le Japon ne semble toujours pas pr√™t √† se rendre. Les strat√®ges sont donc forc√©s de planifier l'invasion des √ģles principales de l'archipel japonais. L'Op√©ration Downfall comportera deux d√©barquements d'une ampleur jamais vue, l'un en octobre sur KyŇęshŇę et l'autre au printemps 1946 sur HonshŇę avec des pertes estim√©es, selon l'√©valuation la plus pessimiste, √† pr√®s de 800 000 morts chez les Am√©ricains et plus de 10 millions chez les Japonais ???[r√©f. n√©cessaire]. Le nouveau pr√©sident Harry Truman (Roosevelt est mort le 15 avril) refuse de sacrifier autant de soldats pour une guerre virtuellement gagn√©e.

En effet, la prise des Mariannes et l'installation d'une immense base a√©rienne √† Tinian puis la prise d'Iwo Jima permettent aux Am√©ricains de mener des op√©rations de bombardement strat√©gique particuli√®rement destructrices. √Ä partir du printemps 1945, l'usage √† grande √©chelle des B-29 et des bombes incendiaires font des ravages dans les villes japonaises √† forte densit√© de population et aux habitations de bois. De plus, √† la diff√©rence de l'Allemagne, le Japon n'√©tait pas pr√©par√© √† √™tre bombard√©. Les abris sont rares et la d√©fense anti-a√©rienne et les chasseurs japonais sont incapables de prot√©ger les villes. Le r√©sultat est d√©sastreux, dans la nuit du 9 au 10 mars, le Bombardement de TŇćkyŇć tue 100 000 personnes. √Ä la fin de la guerre, 500 000 Japonais ont √©t√© tu√©s et 5 millions sont sans logements √† cause des bombardements qui ont d√©truit 40% des zones urbaines du pays. De plus, la flotte √©tant d√©truite, les cuirass√©s am√©ricains participent √† la destruction des villes c√īti√®res. Lors de l'Op√©ration Famine, les voies navigables et les c√ītes sont min√©es emp√™chant le transport de fret provoquant un d√©but de famine. Pour aggraver la situation, l'URSS a d√©nonc√© le 2 avril le pacte de neutralit√© entre les deux pays pr√©sageant d'une prochaine entr√©e en guerre.

Champignon nucléaire au dessus de Nagasaki, 9 aout 1945
MacArthur signe les Actes de capitulation du Japon le 2 septembre 1945

Lors de la conf√©rence de Potsdam en juillet 1945, les Alli√©s demandent la capitulation sans conditions du Japon qui devra abandonner toutes ses conqu√™tes depuis 1895, d√©sarmer ses unit√©s militaires et accepter une occupation miliaire. La r√©ception de cette d√©claration divise le gouvernement japonais entre les civils pr√™ts √† l'accepter et les militaires qui pensent que l'Am√©rique offrira des conditions plus favorables pour √©viter un sanglant d√©barquement au Japon. Le 28 juillet, le premier ministre KantarŇć Suzuki utilise le terme ambigu de mokusatsu pour qualifier l'ultimatum et cherche une voie diplomatique avec les Sovi√©tiques. Les Am√©ricains consid√®rent cette r√©ponse comme un refus. Le pr√©sident Truman d√©cide alors d'utiliser une arme r√©volutionnaire dont le test vient de r√©ussir au Nouveau-Mexique. Les 6 et 9 aout, les villes d'Hiroshima et de Nagasaki subissent les premiers bombardements nucl√©aires qui font 150 000 morts. Le 8 aout, l'URSS d√©clare la guerre au Japon et pulv√©rise les unit√©s japonaises de Mandchourie. Malgr√© le double choc des bombardements atomiques et de l'attaque sovi√©tique, une partie des militaires continue de refuser la capitulation. L'empereur Hirohito demande la tenue d'une conf√©rence dans la nuit du 9 au 10 aout dans laquelle il accepte les conditions impos√©es par les Alli√©s √† condition que la monarchie soit maintenue. Les Am√©ricains acceptent et le 14 aout, l'empereur s'adresse √† la nation pour signifier la fin de la guerre. La c√©r√©monie officielle a lieu sur le pont du cuirass√© Missouri dans la Baie de TŇćkyŇć le 2 septembre 1945.

Les actes de capitulation furent officiellement signés le 2 septembre.

√Ä cette date, les forces arm√©es japonaises comptabilisaient 6 983 000 militaires dont 5 525 000 dans l'arm√©e de terre sans compter les milices et le personnel civil tandis que les pertes militaires furent estim√©es √† 1 402 153 militaires signal√©s morts ou disparus en action; en ao√Ľt 1948, 76 960 militaires √©taient encore signal√©s comme disparus et, √† quelques exceptions pr√®s, pr√©sum√©s morts[10].

Conséquences

Parade militaire américaine à proximité du palais impérial, 9 mars 1946

La guerre dans le Pacifique eut des cons√©quences importantes et durables. La premi√®re est la destruction de la puissance militaire et √©conomique du Japon. Ce dernier perd toutes ses conqu√™tes depuis 1895 et ne conserve que les √ģles de l'archipel japonais. Le pays est militairement occup√© et mis sous tutelle et Douglas MacArthur devient gouverneur militaire du Japon. Il doit assurer la direction d'un pays exsangue apr√®s 8 ans de guerre, relancer l'√©conomie, rapatrier les millions de Japonais d'Asie ainsi que d√©mocratiser et d√©militariser la soci√©t√©. L'Arm√©e imp√©riale japonaise est dissoute et la constitution de 1947 pr√©cise que le pays renonce d√©finitivement √† la guerre. Cependant, la guerre froide et la guerre de Cor√©e poussera le Japon √† se doter d'une force d'autod√©fense. Le Tribunal militaire international pour l'Extr√™me-Orient, √©quivalent du Tribunal de Nuremberg pour l'Europe est charg√© de juger les crimes de guerre du Japon ShŇćwa mais plusieurs personnalit√©s dont l'empereur Hirohito ou les scientifiques de la sinistre unit√© 731 ne seront pas inqui√©t√©s. Le complexe militaro-industriel japonais est d√©mantel√© et les Am√©ricains lib√©ralisent l'√©conomie en r√©formant les Zaibatsu autrefois contr√īl√©s par l'√©tat. Une r√©forme agraire est lanc√©e mais elle ne peut emp√™cher la malnutrition qui s√©vit en 1945-1946.

La soci√©t√© japonaise est boulevers√©e par l'occupation. Elle doit absorber les centaines de milliers de rapatri√©s des anciennes colonies. Le droit de vote est accord√© aux femmes, la libert√© de la presse est instaur√©e, la police politique (TokkŇć) et la noblesse japonaise (√† l'exception de la famille imp√©riale) sont abolies. L'arriv√©e de la culture occidentale dans un pays autrefois ferm√© et aux traditions bien ancr√©es provoque un profond choc culturel qui se traduit par des changements dans l'habillement, l'alimentation ou la musique. L'occupation prend fin en 1952 et le pays entame une p√©riode de croissance spectaculaire connue sous le nom de miracle √©conomique japonais.

L'autre cons√©quence majeure de la guerre dans le Pacifique est l'affaiblissement des puissances coloniales. En 1939, toute l'Asie, √† l'exception de la Chine, de la Tha√Įlande et bien s√Ľr du Japon est colonis√©e. Les victoires japonaises mettent √† mal l'image d'invincibilit√© des puissances europ√©ennes. De plus, les Japonais s'√©taient appuy√©s sur les mouvements nationalistes en Inde ou en Birmanie pour mieux contr√īler l'exploitation des richesses des territoires conquis. D'un autre c√īt√©, les mouvements ind√©pendantistes comme le ViŠĽát Minh en Indochine firent leurs premi√®res armes, politiquement parlant, contre l'occupant japonais (il n'y eut pas de combats et les Japonais tent√®rent une derni√®re manoeuvre en octroyant l'ind√©pendance au Viet Minh). Les id√©es r√©volutionnaires et ind√©pendantistes rendirent impossible la reprise en main des anciennes colonies par les europ√©ens √† la fin de la guerre. Si la transition vers l'ind√©pendance se fit sans grande violence en Malaisie et en Inde, elle se transforma en guerre en Indochine et en Indon√©sie.

En Chine, la fin de la guerre et de la menace japonaise met fin √† la fragile tr√™ve entre les nationalistes et les communistes. Ces derniers ont consid√©rablement accru leur force durant la guerre et contr√īlent maintenant une grande partie du nord-est de la Chine. Soutenus par l'Union Sovi√©tique et profitant de l'importante quantit√© de mat√©riels abandonn√©s par les Japonais, les communistes reprennent l'offensive en mars 1946. Les tactiques de gu√©rilla √©puisent les nationalistes approvisionn√©s par les √Čtats-Unis. Tchang Ka√Į-chek remporte plusieurs succ√®s mais les d√©fections se multiplient et la corruption galopante d√©courage les alli√©s am√©ricains. √Ä la suite de plusieurs d√©faites en 1948, les communistes s'emparent de P√©kin et progressent rapidement dans le centre du pays. Le 1er octobre 1949, Mao Zedong proclame la R√©publique populaire de Chine tandis que les nationalistes se r√©fugient sur l'√ģle de Taiwan.

L'Invasion soviétique de la Mandchourie entraine la division de la Corée, colonie japonaise depuis 1910, en deux zones d'influence, soviétique au nord et américaine au sud. La montée des tensions entre les deux superpuissances entraine la création de deux états idéologiquement opposés. La Guerre de Corée qui s'ensuit provoque la mort de 3 millions de personnes et la partition définitive de la péninsule entre la Corée du Sud et la Corée du Nord.

Le statut des Îles Kouriles occupées par l'Union Soviétique en 1945 reste un sujet de friction entre le Japon et la Russie.

Crimes de guerre

En raison du grand degr√© de souffrance caus√© par l‚Äôarm√©e japonaise au cours des ann√©es 1930 et 40, elle est souvent compar√©e √† l‚Äôarm√©e du troisi√®me Reich au cours de la p√©riode 1933-1945. L‚Äôhistorien Chalmers Johnson a √©crit que :

¬ę Etablir lequel des deux agresseurs de l‚ÄôAxe, l‚ÄôAllemagne ou le Japon, fut au cours de la Seconde Guerre mondiale le plus brutal √† l‚Äô√©gard des peuples qu‚Äôils martyris√®rent est d√©nu√© de sens. Les Allemands ont tu√© six millions de Juifs et 20 millions de Russes (c √† d de citoyens sovi√©tiques); les Japonais ont massacr√© pas moins de 30 millions de Philippins, Malais, Vietnamiens, Cambodgiens, Indon√©siens et Birmans, dont au moins 23 millions √©taient ethniquement chinois. Ces deux pays ont pill√© les pays qu‚Äôils ont conquis √† une √©chelle monumentale, encore que le Japon a vol√© plus, et sur une plus longue p√©riode, que les Nazis. Les deux conqu√©rants ont r√©duit en esclavage des millions de personnes et les ont exploit√©s comme main d‚ÄôŇďuvre forc√©e ‚Äď et, dans le cas des Japonais, comme prostitu√©es (de force) pour les troupes du front. Si vous √©tiez un prisonnier de guerre Nazi aux mains du Royaume-Uni, des √Čtats-Unis, de l‚ÄôAustralie, de la Nouvelle-Z√©lande ou du Canada (mais pas de la Russie), vos chances de ne pas survivre √† la guerre s‚Äô√©levaient √† 4 % ; en comparaison, le taux de mortalit√© pour les prisonniers de guerre aux mains des Japonais approchait les 30 %[11]. ¬Ľ

Soldat japonais s'exer√ßant √† la ba√Įonnette sur le cadavre d'un soldat chinois.

Les raisons d'une telle violence sont √† chercher dans l'histoire et dans la culture japonaise. √Ä partir du tournant du XXe si√®cle, le nationalisme japonais s'est durci. Selon la doctrine du hakkŇć ichi'u, la race japonaise est sup√©rieure aux autres et par cons√©quent le Japon a le droit de dominer l'Asie. L'adoption du Shinto√Įsme comme religion d'√©tat selon lequel l'empereur du Japon est d'ascendance divine permet d'asseoir la sup√©riorit√© de la nation sur les autres. La militarisation de la soci√©t√© commence avec le Rescrit imp√©rial aux soldats et aux marins r√©dig√© en 1882 appelant les militaires √† une fid√©lit√© absolue envers l'empereur.

Les premi√®res victimes de cette id√©ologie sont les cor√©ens dont le pays devient une colonie japonaise en 1910. Les japonais tentent de d√©truire la culture cor√©enne et d√©portent plus de 400 000 cor√©ens au Japon comme main d'Ňďuvre forc√©e. Le Mandchoukuo connait le m√™me sort et doit subir une occupation brutale. Pr√®s de 10 millions de chinois sont exploit√©s dans les diff√©rentes industries du pays dans des conditions souvent dramatiques[12]. La haine des chinois √©tait particuli√®rement vive chez les japonais, la propagande les pr√©sentait comme des "√™tres inf√©rieurs" ou des b√™tes. La guerre sino-japonaise fut par cons√©quent particuli√®rement atroce et le massacre de Nankin en est certainement l'exemple le plus connu. Apr√®s la rude Bataille de Shanghai, les japonais entrent dans Nankin alors capitale de la Chine. Les massacres vont durer trois mois au cours desquels 300 000 chinois sont tu√©s dans des conditions particuli√®rement choquantes sans que le commandement n'intervienne. De m√™me, lors de l'application de la Politique des Trois Tout (Tue tout, br√Ľle tout, pille tout), 2,7 millions de civils perdent la vie. Afin de limiter les nombreux viols commis par les soldats japonais et r√©duire la propagation des maladies v√©n√©riennes, plus de 200 000 femmes, d√©sign√©es par l'euph√©misme femmes de r√©confort sont contraintes de se prostituer.

L'australien Leonard Siffleet, capturé en Nouvelle-Guinée, est photographié quelques secondes avant son exécution par décapitation.

Pour tenter de vaincre la r√©sistance chinoise, le Japon eut recours √† des armes chimiques et bact√©riologiques comme lors de la Bataille de Changde. On estime que 500 000 chinois sont morts de maladies comme la peste bubonique ou le chol√©ra d√©lib√©r√©ment utilis√©es par les japonais[13]. Les recherches sur ces armes biologiques √©taient r√©alis√©e au sein de l'Unit√© 731 dirig√©e par ShirŇć Ishii. Semblables √† celles effectu√©es par les nazis, les exp√©rimentations exposaient les cobayes humains souvent chinois √† des souffrances indicibles pour des r√©sultats scientifiques contestables. L'unit√© 731 et les autres centres de recherches sont responsables de plusieurs milliers de morts dont des prisonniers de guerre am√©ricains[14] pourtant ShirŇć Ishii parviendra √† monnayer les r√©sultats de ses recherches avec les √Čtats-Unis en √©change d'une totale impunit√©.

Si les peuples asiatiques furent les principales victimes des exactions japonaises, les prisonniers de guerre occidentaux connurent des traitements similaires. Selon le code du Bushido, la reddition est le déshonneur suprême. Par conséquent les prisonniers de guerre perdaient tout droit à un traitement convenable. Plus de 10 000 américains moururent lors de la marche de la mort de Bataan de même que 100 000 hommes dont 16 000 soldats du Commonwealth lors de la construction de la voie ferrée de la mort en Birmanie. Les Hell ships (navires de l'enfer) utilisés par les japonais pour déplacer les prisonniers dans des conditions épouvantables n'avaient aucun signalement et étaient attaqués par les sous-marins ou l'aviation alliée, sans qu'on puisse deviner leur réelle fonction. On rapporte également des cas d'anthropophagie, étape ultime de la déshumanisation de l'adversaire, sur des prisonniers ou des civils sans que l'on puisse accuser la faim d'en être responsable.

Bien que non comparables avec ceux des japonais, les alliés ont commis des crimes de guerre lors de la guerre. Les prisonniers de guerre japonais étaient souvent maltraités en représailles des actions de l'armée japonaise, particulièrement en Chine. De même, la propagande américaine rappelait les traitements inhumains infligés aux soldats alliés qui se rendaient. Sachant que les japonais seraient sans pitié avec eux, les soldats américains hésitaient à faire quartier aux troupes qui se rendaient. D'autant plus qu'ils craignaient toujours une reddition feinte qui se transformerait en attaque suicide. Le sentiment antijaponais exacerbé par la propagande fit que la mutilation des cadavres japonais devint une chose courante parmi les unités combattantes. Pour l'historien Niall Ferguson, "Les troupes alliés voyaient souvent les japonais de la même manière que les allemands considéraient les russes, comme des untermensch"[15]. Les autres accusations contre les américains concernent le bombardement à grande échelle de zones urbaines au Japon et en particulier les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki.

Historiographie

Article principal : R√©visionnisme au Japon.

De la m√™me mani√®re qu'en Europe o√Ļ les crimes de guerre nazis en Union sovi√©tique furent oubli√©s avec la mont√©e en puissance de la Guerre froide, les crimes japonais furent occult√©s du fait de la prise de pouvoir par les communistes en Chine. Le tribunal militaire international pour l'Extr√™me-Orient cens√© juger les crimes de guerre japonais fut critiqu√© pour l'absence d'un certain nombre de responsables en particulier celle de l'empereur du Japon et de la famille imp√©riale, l'impunit√© offerte permettant de faciliter l'occupation du pays par les am√©ricains ; L'empereur devenant un spectateur impuissant marginalis√© par les militaires. De m√™me, certains sujets sensibles comme l'Unit√© 731 ou les femmes de r√©confort ne furent pas abord√©s. Par la suite, plusieurs accus√©s purent mener une carri√®re politique comme Nobusuke Kishi ou Mamoru Shigemitsu sans que leurs actes pass√©s ne soient un probl√®me. Ces d√©cisions firent que le peuple japonais ne put pas prendre la pleine mesure des crimes commis en son nom par l'Empire du Japon. Ainsi, √† la diff√©rence de l'Europe o√Ļ la n√©gation de la Shoah est un acte r√©pr√©hensible, le r√©visionnisme devint la norme au Japon o√Ļ les manuels d'histoire furent purg√©s de toute r√©f√©rences aux crimes de guerre. Le terme d'invasion de la Chine est remplac√© par le mot avance et le massacre de Nankin est trait√© comme une anecdote. Le maire de Nagasaki fut par exemple victime d'une tentative d'assassinat apr√®s avoir √©voqu√© la responsabilit√© personnelle de l'empereur dans la conduite de la guerre.

La question du r√©visionnisme japonais continue d'empoisonner les relations entre le Japon et ses voisins. En effet, le Japon n'a jamais pr√©sent√© ses excuses pour des actes pr√©cis et s'est content√© d'√©mettre "son sentiment de profond remords" pour les crimes japonais[16] . Ainsi, aucun homme politique japonais n'a r√©alis√© de geste √©quivalent √† celui de Willy Brandt √† Varsovie et les d√©rapages sont nombreux comme les visites officielles au Sanctuaire Yasukuni o√Ļ sont honor√©s les √Ęmes des soldats morts dont celles des criminels de guerre ou lorsque le premier ministre ShinzŇć Abe avance que l'esclavage sexuel n'a jamais exist√©[17]. Ce refus de reconnaitre ses crimes est certainement li√©e √† la peur de devoir r√©aliser de nouvelles indemnisations et de devoir porter le fardeau d'une culpabilit√© √©ternelle √† la mani√®re de l'Allemagne et de son pass√© nazi. Parall√®lement le Japon a r√©ussi √† apparait en Occident comme une victime de la guerre du fait des Bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki. Ainsi, le bombardement d'Hiroshima est comm√©mor√© chaque ann√©e tandis que les crimes japonais restent encore tr√®s largement m√©connus dans les opinions publiques occidentales.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Liste compl√®te des nations ayant combattu du c√īt√© alli√© lors de le guerre en Asie et dans le Pacifique : La R√©publique de Chine, les √Čtats-Unis, le Royaume-Uni et ses colonies asiatiques, l'Australie dont le Territoire de Nouvelle-Guin√©e, le Commonwealth des Philippines (sous protection am√©ricaine), les Pays-Bas et leurs colonies asiatiques, l'Union Sovi√©tique, la Nouvelle-Z√©lande, le Canada, le Mexique et la R√©publique populaire mongole. La France libre fournit aux Alli√©s des bases navales, et le renfort des quelques Forces navales fran√ßaises libres dans le Pacifique. Les troupes du gouvernement de Vichy combattirent bri√®vement en 1940 les Tha√Įlandais en 1940 (soutenus par les Japonais). N√©anmoins, l'administration locale resta en place et collabora avec l'occupant japonais entre 1940 et 1945. Des combats oppos√®rent le 9 mars 1945 les Japonais et les troupes fran√ßaises qui avaient reconnu l'autorit√© du GPRF. On peut √©galement citer les nombreux mouvements de r√©sistance qui s'oppos√®rent au Japonais dans les territoires occup√©s comme l'Arm√©e rouge chinoise en Chine, le Hukbalahap aux Philippines ou le ViŠĽát Minh en Indochine.
  2. ‚ÜĎ Liste compl√®te des nations ayant combattu du c√īt√© de l'Axe lors de le guerre en Asie et dans le Pacifique : L'Empire du Japon, la Tha√Įlande, le Mandchoukuo, le Mengjiang, les nombreux administrations japonaises en Chine dont la R√©publique de Nankin et les autres √©tats fantoches de la Sph√®re de coprosp√©rit√© de la grande Asie orientale.
  3. ‚ÜĎ World War II: 1930‚Äď1937. Consult√© le 2007-03-05
  4. ‚ÜĎ Peattie & Evans, Kaigun
  5. ‚ÜĎ Willmott, Barrier and the Javelin (Annapolis: Naval Institute Press, 1983).
  6. ‚ÜĎ Bien que d√©clench√©es √† des dates diff√©rentes, les attaques sont simultan√©es (√† une heure pr√®s) car elles ont lieu de part et d'autre de la ligne de changement de date
  7. ‚ÜĎ Le soutien am√©ricain √† la Grande-Bretagne se traduit par la mise en place de convois pour prot√©ger le ravitaillement avec le Royaume-Uni. Des accrochages ont alors lieu entre les destroyers am√©ricains et les sous-marins allemands.
  8. ‚ÜĎ Remembering 1942, The fall of Singapore, 15 February 1942, Awm.gov.au. Consult√© le 2010-10-31
  9. ‚ÜĎ Smith, Changing Visions of East Asia, pp. 19-24
  10. ‚ÜĎ General Staff, ¬ę Reports of General MacArthur - CHAPTER V Chapter V Demobilization and disarmament of the japonese armed forces ¬Ľ sur http://www.history.army.mil/, Biblioth√®que du Congr√®s, √Čdition originale : 1950, r√©√©dition de janvier 1966. Consult√© le 22 ao√Ľt 2010
  11. ‚ÜĎ Johnson, Looting of Asia, LRB ¬∑ Chalmers Johnson ¬∑ The Looting of Asia
  12. ‚ÜĎ Zhifen Ju, Japan's atrocities of conscripting and abusing north China draftees after the outbreak of the Pacific war, 2002.
  13. ‚ÜĎ Daniel Barenblatt, A Plague upon Humanity, 2004, p.xii, 173.
  14. ‚ÜĎ Franck Brunner, ¬ę L‚Äôunit√© 731 japonaise de guerre biologique ¬Ľ, Int√©r√™t-g√©n√©ral.info
  15. ‚ÜĎ Niall Ferguson, "Prisoner Taking and Prisoner Killing in the Age of Total War: Towards a Political Economy of Military Defeat", War in History, 2004, 11 (2): p.182
  16. ‚ÜĎ Minist√®re des affaires √©trang√®res du Japon (cit√© dans le Taiwan Documents Project : (en) Joint Communiqu√© of the Government of Japan and the Government of the People's Republic of China - 29 septembre 1972)
  17. ‚ÜĎ (en) Japan's Abe: no proof of WW II sex war slaves http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/03/01/AR2007030100578.html

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