Guerre d'Espagne

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Guerre d'Espagne
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Guerre civile espagnole
The El Campesino directing Republican soldiers at Villanueva de la Canada.jpg
Valent√≠n Gonz√°lez menant les soldats r√©publicains de la 45e division dans les environs de Villanueva de la Ca√Īada, lors de la bataille de Brunete.
Informations générales
Date 18 juillet 1936 -
1er avril 1939
Lieu Espagne, Maroc espagnol, Sahara occidental, Guinée espagnole, Îles Canaries
Issue Victoire des nationalistes
Belligérants
Flag of the Second Spanish Republic.svg République espagnole

Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Union soviétique

Flag of Spain under Franco 1938 1945.svg Camp nationaliste

Merchant flag of Spanish Morocco.svg Protectorat espagnol du Maroc

Flag of Italy (1861-1946).svg Royaume d'Italie

Troisi√®me Reich Reich allemand

Volontaires étrangers

Commandants
‚ÄĘ Manuel Aza√Īa
‚ÄĘ Jos√© Giral
‚ÄĘ Francisco Largo Caballero
‚ÄĘ Juan Negr√≠n
‚ÄĘ Lluis Companys
‚ÄĘ Jos√© Antonio Aguirre
‚ÄĘ Belarmino Tom√°s
‚ÄĘ Buenaventura Durruti
‚ÄĘ Vicente Rojo Lluch
‚ÄĘ Jos√© Miaja
‚ÄĘ Juan Modesto
‚ÄĘ Juan Hern√°ndez Saravia
‚ÄĘ Francisco Franco
‚ÄĘ Gonzalo Queipo de Llano
‚ÄĘ Emilio Mola
‚ÄĘ Jos√© Antonio Primo de Rivera
‚ÄĘ Jos√© Sanjurjo
‚ÄĘ Juan Yag√ľe
‚ÄĘ Mario Roatta
‚ÄĘ Annibale Bergonzoli
‚ÄĘ Ettore Bastico
‚ÄĘ Mario Berti
‚ÄĘ Gastone Gambara
‚ÄĘ Hugo Sperrle
‚ÄĘ Wolfram von Richthofen
‚ÄĘ Eoin O'Duffy
Forces en présence
Flag of the Second Spanish Republic.svg
450 000 hommes
(1938)

Flag of the International Brigades.svg
35 000 hommes[2]

Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg
2 000 √† 3 000 hommes[3]
Flag of Spain under Franco 1938 1945.svg
600 000 hommes
(1938)

Flag of Italy (1861-1946).svg
75 000 hommes[4]

Flag of the NSDAP (1920‚Äď1945).svg
17 000 hommes[5]

volontaires français, irlandais et portugais
11 700 - 15 700 volontaires
Notes
~ 500 000 morts au total
Guerre d'Espagne
Batailles

La guerre d'Espagne (souvent √©galement d√©sign√©e sous le nom de guerre civile espagnole ou moins fr√©quemment de r√©volution espagnole[6]) est un conflit qui opposa, en Espagne, le camp des ¬ę nationalistes ¬Ľ √† celui des ¬ę r√©publicains ¬Ľ ces derniers r√©unissant, parfois avec de vives tensions, communistes, socialistes, r√©publicains et anarchistes. Elle se d√©roula de juillet 1936 √† avril 1939 et s'acheva par la d√©faite des r√©publicains et l'√©tablissement de la dictature de Francisco Franco, qui conserva le pouvoir absolu jusqu'√† sa mort en 1975.

Cette guerre fut la cons√©quence, sur le long terme, des malaises sociaux, √©conomiques, culturels et politiques qui accablaient l'Espagne depuis plusieurs g√©n√©rations. Apr√®s la proclamation de la IIe R√©publique en 1931, l'exacerbation croissante des tensions entre Espagnols culmina avec l'insurrection durement r√©prim√©e des Asturies (1934) et la r√©surgence de troubles civils et de violences r√©ciproques au printemps 1936, apr√®s la victoire √©lectorale du Frente Popular. Pr√©par√© de longue date, le soul√®vement militaire et civil du camp nationaliste √©clata le 18 juillet 1936, mais sa mise en √©chec partielle contraignit les deux camps √† se livrer une guerre totale impr√©vue, longue et meurtri√®re.

Le conflit prit aussi la forme, dans certains territoires sous contr√īle r√©publicain, d'une r√©volution sociale originale qui aboutit √† la collectivisation des terres et des usines, et exp√©rimenta diff√©rentes sortes d'organisation de type socialiste (soutenues notamment par des anarchistes de la CNT[7]).

Sommaire

Belligérants intérieurs

Le camp ¬ę nationaliste ¬Ľ se f√©d√©ra par l'union des conservateurs, des monarchistes et des phalanges nationalistes de Jos√© Antonio Primo de Rivera, plus proche du fascisme. Ces sensibilit√©s politiques divis√©es aux √©lections du 16 f√©vrier 1936 se rejoignirent pour s'opposer au Front Populaire (Frente Popular). Ils se d√©nommaient eux-m√™mes nacionales (¬ę nationaux ¬Ľ), tandis que leurs opposants les appelaient fascistas (fascistes) ou facciosos (¬ę factieux ¬Ľ) ; quand le g√©n√©ral Franco prit leur t√™te, on se mit √† les d√©signer √©galement sous le nom de ¬ę franquistes ¬Ľ. Le camp r√©publicain se composait quant √† lui de diff√©rentes forces unies contre le front nationaliste. De nombreux militants, issus de tendances diverses (r√©publicains la√Įcs et plut√īt socialement conservateurs, anarchistes, communistes, socialistes, etc.), surnomm√©s rojos (les ¬ę rouges ¬Ľ) par leurs ennemis, s'engag√®rent aux c√īt√©s des forces arm√©es loyales envers la R√©publique espagnole, certains pour d√©fendre la d√©mocratie parlementaire et d'autres pour tenter de constituer des formes alternatives de gouvernement.

√Čv√©nements militaires et politiques

Contexte politique

La proclamation de la Seconde République

Alphonse XIII d'Espagne en compagnie de Miguel Primo de Rivera, en mars 1930.
Couverture de la constitution de 1931.

Après avoir destitué Miguel Primo de Rivera du gouvernement espagnol en janvier 1930, le roi Alphonse XIII d'Espagne affiche une intention de revenir à un régime constitutionnel.

Cependant, apr√®s de nombreuses manifestations anti-monarchiques, la signature de l'accord de Saint-S√©bastien entre courants r√©publicains puis la victoire de nombreux candidats r√©publicains aux √©lections municipales du 12 avril 1931, Alphonse XIII d√©cide finalement de s'enfuir en exil ; la Seconde R√©publique espagnole est proclam√©e le 14 avril 1931.

Les débuts de la République (1931-1933)

Manifestation républicaine à Barcelone lors de la proclamation de la Seconde République.

Sous la pr√©sidence de Niceto Alcal√°-Zamora, les deux premiers gouvernements, dirig√©s successivement par Manuel Aza√Īa puis Alejandro Lerroux, b√©n√©ficient de la participation du PSOE, repr√©sent√© par trois ministres : Indalecio Prieto (Finances), Francisco Largo Caballero (Travail), Fernando de los Rios (es) (Justice) ; ils m√®nent une politique de r√©formes sociales, notamment par une loi de r√©forme agraire, appliqu√©e cependant de fa√ßon assez mod√©r√©e ; le gouvernement Aza√Īa y ajoute une politique de la√Įcisation et √©tablit un statut d'autonomie pour la Catalogne (r√©tablissement de la G√©n√©ralit√©).

Ils ont √©galement le souci de l'ordre public (loi de d√©fense de la R√©publique, octobre 1931 ; loi sur l'ordre public, juillet 1932) mais vont se heurter √† la fois √† la droite (tentative de putsch du g√©n√©ral Sanjurjo en 1932, dite ¬ę Sanjurjada ¬Ľ) et aux actions de formations de gauche plus radicales[8]. Ainsi, des groupes anarchistes organisent une gr√®ve √† S√©ville en juillet 1931, un soul√®vement dans le district minier du Haut-Llobregat (Catalogne), durant lequel des militants anarcho-syndicalistes (dont Buenaventura Durruti et Francisco Ascaso, qui seront d√©port√©s au Sahara) proclament le communisme libertaire, et les soul√®vements de janvier 1933 dans le Levant, la Rioja et en Andalousie ; dans cette r√©gion, les militants insurg√©s √† Casas Viejas (province de Cadix) subissent une r√©pression f√©roce de la Garde civile. Les tensions entre syndicalistes et garde civile causent plusieurs morts √† Castilblanco et Arnedo en janvier 1932.

Au cours de l'ann√©e 1933, le PSOE met fin √† la collaboration avec les r√©publicains, entra√ģnant la chute du gouvernement Aza√Īa ; Alejandro Lerroux, un radical, forme un gouvernement plus centriste.

Le bienio negro (les ¬ę deux ann√©es noires ¬Ľ, 1934 et 1935)

Drapeau du syndicat CNT-AIT.

Apr√®s les √©lections g√©n√©rales de novembre-d√©cembre 1933, la CEDA (Confederaci√≥n Espa√Īola de Derechas Aut√≥nomas), devient le premier parti des Cortes par le nombre d'√©lus. Disposant de cette majorit√© relative, le chef de la CEDA, Jos√© Mar√≠a Gil Robles s'attend √† √™tre appel√© pour former le nouveau gouvernement, mais le pr√©sident de la R√©publique, Niceto Alcal√° Zamora fait de nouveau appel √† Lerroux pour diriger une coalition centriste. La gauche refuse en effet que la CEDA acc√®de au gouvernement.

Le 8 d√©cembre 1933, la CNT d√©clenche une insurrection √† Saragosse.

Au printemps 1934, inqui√®te de l'entr√©e pr√©visible de la CEDA au gouvernement, la direction du PSOE, assur√©e par Francisco Largo Caballero, suivie par le syndicat proche du parti socialiste, l'UGT, s'oriente vers une strat√©gie r√©volutionnaire de prise du pouvoir[9]. S'ils se pr√©sentent encore aux √©lections, ils travaillent davantage dans les luttes sociales, avec les anarchistes notamment. Le contexte historique est important pour comprendre cette attitude : en 1933, Hitler a pris le pouvoir l√©galement en Allemagne ; or un grand nombre de sympathisants de l'extr√™me-gauche croient que Jos√© Maria Gil Robles d√©sire √©galement √©tablir une dictature fasciste. Socialistes et anarchistes multiplient les appels √† la gr√®ve g√©n√©rale.

Les événements d'octobre 1934

Le 1er octobre 1934, Lerroux fait entrer trois repr√©sentants de la CEDA dans le gouvernement. L'UGT lance un ordre de gr√®ve g√©n√©rale (mais pas la CNT). Des insurrections d'origine socialiste ont lieu √† Madrid et en Catalogne, o√Ļ le pr√©sident de la Generalitat catalana, Lluis Companys, d√©clare que l'√Čtat catalan est d√©sormais une composante de la R√©publique F√©d√©rale Ib√©rique. Mais, dans ces deux cas, la CNT refusant de suivre le mouvement, l'ordre est facilement r√©tabli (en Catalogne, Companys est arr√™t√© et le statut d'autonomie suspendu).

En revanche, des soviets sont organis√©s dans la seule r√©gion qui y soit pr√™te, la r√©gion tr√®s ouvri√®re des Asturies o√Ļ les socialistes ont obtenu leurs meilleurs scores en 1933 et o√Ļ la CNT locale s'associe au mouvement. Cette insurrection est parfois appel√©e la ¬ę Commune espagnole ¬Ľ ou la ¬ę R√©volution d'octobre ¬Ľ puisqu'elle culmine en octobre 1934 lorsque les mineurs contr√īlent un territoire de quelque 1 000 km2 autour d'Oviedo et au sud de cette ville. L'insurrection est mat√©e dans le sang par les troupes d'Afrique command√©es par Franco. La r√©pression ordonn√©e par le gouvernement est terrible (1 000 morts, 20 000 arrestations). Les arrestations concernent m√™me plusieurs dirigeants : Francisco Largo Caballero, Manuel Aza√Īa et Lluis Companys parmi les plus importants. Le socialiste mod√©r√© Indalecio Prieto, pourtant oppos√© √† la ligne de Largo Caballero, pr√©f√®re s'exiler en France.

Désormais, un fossé de sang sépare le mouvement ouvrier du pouvoir en place.

La radicalisation (1935)

Drapeau de la Phalange espagnole.

Bien que le centre-droit au pouvoir s'attache √† revenir sur les r√©formes adopt√©es par la gauche entre 1931 et 1933, il ne rassure pas pleinement ses partisans. Les √©v√©nements des Asturies ont accru l'angoisse de voir en Espagne une r√©volution s'apparentant √† la r√©volution russe de 1917. La tentation de recours √† un coup de force s'√©tend, entretenue par l'activisme des mouvements royalistes (Carlistes) ou nouveaux (la Phalange). Les deux Espagnes sont d√©sormais hant√©es par deux grandes peurs : celle de la r√©volution bolchevique et celle du fascisme. La courte victoire d'un Front populaire groupant l'ensemble de la gauche aux √©lections l√©gislatives de f√©vrier 1936 est √† replacer dans ce contexte.

Au cours de l'ann√©e 1935, la participation de la CEDA au gouvernement est renforc√©e ; Jos√© Mar√≠a Gil Robles devient ministre de la Guerre et place √† des postes importants certains g√©n√©raux.

En janvier 1936, il demande au Président de la République de lui confier la responsabilité d'un nouveau gouvernement, mais Niceto Alcalá Zamora préfère dissoudre les Cortes.

Les élections et les débuts du Front populaire (février-juillet 1936)

Aux √©lections de f√©vrier 1936, le Front national domin√© par la CEDA remporte 33,2 % des suffrages et 191 si√®ges, auxquels on peut joindre ceux de 18 d√©put√©s centristes, mais est devanc√© par le Front populaire qui avec 34,3 % des voix remporte 254 si√®ges aux Cortes, gr√Ęce √† des arrangements[10] d√©nonc√©s par le pr√©sident Niceto Alcal√° Zamora et √† une abstention importante, qui bien qu'en baisse par rapport √† 1933 (90%), repr√©sente le tiers restant[11]. √Ä droite, on pense que cette coalition de gauche va faire une r√©volution, √† gauche, on consid√®re que la droite voulait √©tablir une dictature fasciste. Certains anarchistes ont appel√© √† voter pour le ¬ę Front populaire ¬Ľ, une des rares exceptions √† leur principe d'abstention aux √©lections. Dans la plupart des cas, cette attitude n'est pas due √† un vote d'adh√©sion ou √† un ¬ę vote utile ¬Ľ mais plut√īt √† un vote tactique. En effet, le Front populaire a promis la lib√©ration de tous les prisonniers politiques, parmi lesquels se trouvent 15 000 militants anarchistes et/ou anarcho-syndicalistes.

Le Front populaire tente de reprendre l'action du gouvernement de 1931, mais le climat est difficile. D'un c√īt√©, une partie du peuple, subissant souvent des situations de grande pauvret√©, met en Ňďuvre, de sa propre initiative, les r√©formes sociales promises par les partis du Frente popular, mais qui tardent √† venir. De l'autre, les notables, industriels ou paysans ais√©s, qui ont peu confiance dans le r√©gime r√©publicain ou dans le parlementarisme pour maintenir l'ordre, sont radicalement anticommunistes. Les crimes politiques se succ√®dent, commis par les milices ouvri√®res (nombreux massacres de pr√™tres) ou par les milices nationalistes et les repr√©sailles s'encha√ģnent. L'√Čtat ne maintient plus l'ordre.

Le groupe de g√©n√©raux responsables du putsch √©tait form√© depuis 1933-1934, et la d√©cision de passer √† l'acte intervient en mars 1936. Le chef en est Sanjurjo, en exil au Portugal depuis son putsch rat√© de 1932 ; l'organisateur est Mola, second√© par Cabanillas, Fanjul, Goded et Queipo de Llano. Franco, mis d√®s le d√©part au courant du projet, h√©site √† s'engager. C'est l'assassinat[12] par des membres des forces de s√©curit√© r√©publicaines d'un des chefs et d√©put√© de la droite monarchiste, Jos√© Calvo Sotelo le 13 juillet 1936, qui le d√©cide √† agir. Non sans mal, les militaires obtiennent l'appui des milices carlistes et de la Phalange.

Le complot militaire

Les généraux nationalistes Emilio Mola et Francisco Franco en 1936.

Dès le lendemain des élections de 1936, qui voient la victoire du Frente Popular, des complots se forment, notamment avec les généraux Sanjurjo, Mola, Goded, Fanjul, et, moins nettement, Franco.

Le gouvernement, inform√© de ces conspirations, a pour seule r√©action de d√©placer les hauts responsables soup√ßonn√©s loin de la capitale : Emilio Mola est mut√© √† Pampelune, Franco aux √ģles Canaries. La premi√®re r√©union des conjur√©s a lieu le 8 mars 1936 √† Madrid ; l'insurrection est pr√©vue pour le 19 ou le 20 avril, sous la direction de Sanjurjo, en exil au Portugal depuis sa tentative rat√©e de coup d'√Čtat de 1932.

Mais Mola reste en position de force : mut√© dans une r√©gion qui est probablement parmi les plus antir√©publicaines d'Espagne, il peut comploter √† loisir. Le 5 juin 1936, il √©labore un premier projet politique fond√© sur la disparition de la r√©publique et sur l'unit√© de l'Espagne. D√®s juin, les contacts se tissent entre conjur√©s. Le coup d'√Čtat doit √™tre retard√© car Mola a quelques difficult√©s pour obtenir le soutien des milices carlistes de Navarre, qui exigent un retour √† une monarchie conservatrice.

L'assassinat de Calvo Sotelo le 13 juillet 1936 met le feu aux poudres. Les militaires d√©cident de lancer l'offensive les 17 (au Maroc) et 18 juillet (p√©ninsule), sans objectif politique autre que le renversement du pouvoir de gauche ; la forme r√©publicaine de l'√Čtat n'est pas encore contest√©e.

L'épilogue annoncé, les préparatifs d'un putsch

L'√©chec √©lectoral de la CEDA aux √©lections de f√©vrier 1936 a discr√©dit√© Gil Robles au b√©n√©fice des partisans du coup d'√Čtat. Toutefois, les premiers gouvernements de Front populaire (gouvernement Aza√Īa puis Casar√©s Quiroga) sont plus mod√©r√©s que ceux du premier exercice biennal et n'incluent pas de ministres socialistes.

Le ministre de la Guerre, le général Carlos Masquelet, laisse ses collègues Villegas, Saliquet, Losada, Gonzalez Carrasco, Fanjul, Orgaz et Varela sans affectation et déplace Goded, Franco et Mola vers des postes moins importants.

La réaction ne se fait pas attendre. Le 8 mars, les généraux écartés se réunissent au domicile madrilène de Delgado Barreto, un ancien collaborateur de Primo de Rivera. Se sachant soutenus par une base civile solide, ils décident du jour du soulèvement, le 20 avril, et se séparent après avoir laissé la préparation entre les mains d'une junte présidée par Rodriguez del Barrio. Toutefois, le gouvernement découvre la conspiration et Rodriguez del Barrio, gravement malade, fait marche arrière.

Confronté à l'inefficacité de cette junte, Mola prend en charge la préparation du putsch, mais comme il n'est que général de brigade, il s'appuie sur l'autorité du chef de la conspiration, le lieutenant général Sanjurjo, alors exilé au Portugal.

Mola, sous le pseudonyme de Director, étend son réseau aux garnisons, avec l'aide de l'Union Militaire Espagnole (UME), une société militaire. Comme ses dirigeants ne sont que commandants ou capitaines, ils ne peuvent pas affilier des généraux, mais par contre, un grand nombre de membres de l'état-major.

Finalement, la conspiration r√©ussit √† rallier non seulement des militaires m√©contents et ennemis du r√©gime, mais aussi une paire de g√©n√©raux r√©publicains : Gonzalo Queipo de Llano, irrit√© parce que son ami Niceto Alcala Zamora vient d'√™tre destitu√© de la pr√©sidence de la R√©publique et Miguel Cabanellas, avec lequel il avait √©volu√© vers le lerrouxisme (politique d'Alejandro Lerroux) se rallient aux opposants au nouveau r√©gime.

En revanche, Mola ne parvient pas √† convaincre Franco. Quatre ans auparavant, pendant l'√©t√© 1932, lors du proc√®s de Sanjurjo pour r√©bellion militaire et alors qu'il encourait la peine de mort, Franco s'√©tait refus√© √† le d√©fendre avec une phrase cruelle : ¬ę G√©n√©ral, vous avez gagn√© le droit de mourir, non pas pour vous √™tre soulev√©, mais parce que vous avez √©chou√© ¬Ľ. Depuis lors, Sanjurjo le ha√Įssait. C'est pourquoi Franco se refuse √† prendre part √† ce complot.

Toutefois, tous les conjur√©s esp√®rent le persuader de les rejoindre. Angel Herrera Oria convainc Juan March, un financier espagnol, de d√©poser 500 000 pesetas √† son nom dans une banque fran√ßaise, un montant similaire √† celui destin√© √† Mola. Il finance aussi la location d'un avion britannique (bimoteur biplan De Havilland Dragon Rapide) pilot√© par un mercenaire, le capitaine Bebb, que Luis Bol√≠n, correspondant d'ABC √† Londres, fait envoyer aux √ģles Canaries par ordre de l'√©diteur du journal ABC, Juan Ignacio Luca de Tena. Dans l'hypoth√®se du ralliement de Franco √† la conspiration, l'appareil devait servir √† le transporter au Maroc pour remplacer le g√©n√©ral Agust√≠n G√≥mez Morato, consid√©r√© comme loyal √† la R√©publique. Les conjur√©s feront escale √† Casablance sans √™tre inqui√®t√©s.

Le coup d'√Čtat rat√© et l'enlisement

L'insurrection militaire de juillet 1936 survient apr√®s plusieurs mois de gr√®ves, d'expropriation, de batailles entre paysans et gardes civils. Francisco Largo Caballero, chef de l'aile gauche du parti socialiste, avait demand√© en juin d'armer les ouvriers ; mais Manuel Aza√Īa avait repouss√© cette proposition.

Le soul√®vement d√©bute le 17 juillet au Maroc espagnol o√Ļ Franco prend le commandement des troupes, apr√®s √™tre arriv√© en avion des √ģles Canaries via le Maroc fran√ßais, mettant sa femme et sa fille en lieu s√Ľr √† Casablanca. Le putsch touche l'ensemble de la m√©tropole d√®s le lendemain.

Quand l'insurrection √©clate, le gouvernement r√©publicain se trouve paralys√©. Ses premiers communiqu√©s, au bout de 24 heures, se veulent rassurants, reconnaissant seulement qu'une partie de l'arm√©e s'est soulev√©e au Maroc. √Ä S√©ville, des travailleurs d√©sarm√©s tentent en vain de s'opposer au soul√®vement, dirig√© par Queipo de Llano ; le gouvernement refuse de donner des armes aux travailleurs qui en r√©clament, mena√ßant de faire fusiller ceux qui leur en fourniraient.

Le gouvernement r√©publicain tente une conciliation avec les militaires. Le pr√©sident Manuel Aza√Īa propose la mise en place d'un gouvernement de compromis √† la place du Frente popular : le 18 juillet, il nomme Diego Mart√≠nez Barrio chef du gouvernement, mais doit rapidement constater l'√©chec de ses efforts. Ni du c√īt√© nationaliste avec Mola, ni du c√īt√© r√©publicain avec le socialiste Francisco Largo Caballero, on ne veut de compromis. L'issue guerri√®re est in√©vitable, et d√®s le lendemain de sa nomination, Martinez Barrio d√©missionne, remplac√© par Jos√© Giral.

Le 17 juillet, √† Barcelone, les militants de la CNT commencent √† s'armer, dans les arsenaux et les chantiers navals. Leur d√©termination fait basculer de leur c√īt√© la Garde civile et la Garde d'Assaut, obligeant les militaires √† capituler dans cette ville qui est la deuxi√®me du pays. Quand le gouvernement d√©cide de donner des armes √† la population, celle-ci est, de fait, d√©j√† arm√©e.

À Madrid, des armes sont finalement distribuées, là aussi, aux ouvriers, mais dépourvues de culasses. La population lance cependant un assaut, le 20 juillet, contre la caserne de la Montana, et s'en empare.

Si certaines r√©gions tombent rapidement (Navarre, Castille-et-Le√≥n, Galice, Andalousie occidentale, grandes villes d'Aragon), le reste du pays reste fid√®le √† la R√©publique. Madrid, Valence et Barcelone, malgr√© le soul√®vement de la garnison locale, restent aux mains des r√©publicains, gr√Ęce notamment aux milices ouvri√®res tr√®s vite mobilis√©es.

Image d'une pièce de monnaie de 25 centimes datant de 1937 frappée par les Nationalistes.

Au bout d'une semaine, le pays est coup√© en deux zones √† peu pr√®s √©gales : d'un c√īt√© les nationalistes, de l'autre les r√©publicains qui conservent les r√©gions les plus riches et les plus industrielles.

La révolution

Image d'une pièce de monnaie de 5 centimes de 1937 frappée par les Républicains.

En tentant ce coup d'√Čtat, les militaires ont en fait d√©clench√© la r√©volution dans le pays. Voyant les travailleurs arm√©s, bien des patrons s'enfuient ou rejoignent le camp des nationalistes. En r√©action, la population ouvri√®re saisit les entreprises, 70 % d'entre elles en Catalogne, 50 % dans la r√©gion de Valence, et instaure un contr√īle sur les autres. Les paysans collectivisent les trois quarts des terres. L'ensemble des biens de l'Eglise est √©galement saisi, les couvents deviennent des r√©fectoires pour les miliciens, des √©coles, des salles de bal, etc.

Les autorités légales ont perdu tout pouvoir, ne disposent plus d'aucune force de police, d'armée ou de justice. À la place, la gauche met en place des organes d'un nouveau pouvoir, organise des milices pour combattre les nationalistes, réorganise les transports, l'approvisionnement des villes, transformant des usines pour les besoins de la guerre.

Cependant, les partis et organisations ouvri√®res, tels que le PCE, le PSOE, l'UGT, la CNT et le POUM laissent le gouvernement en place : d√©but septembre, Jos√© Giral c√®de la place √† Francisco Largo Caballero qui donne deux minist√®res aux communistes ; en novembre, ce sont des anarchistes qui entrent au gouvernement ; peu √† peu, celui-ci reconstitue une arm√©e qui va s'opposer aux milices et supprimer les comit√©s mis en place par les organisations ouvri√®res. En novembre 1936, tous les ministres (y compris les anarchistes) signent un d√©cret sur la dissolution des milices et leur incorporation dans les forces de l'arm√©e r√©guli√®re. Celles qui refusent de rentrer dans l'arm√©e du gouvernement ne re√ßoivent plus d'armes, ce qui a pu faciliter la victoire des nationalistes sur plusieurs fronts ; les tribunaux r√©volutionnaires sont remplac√©s par les tribunaux du r√©gime pr√©c√©dent. Ainsi, si l'√©nergie de la gauche r√©volutionnaire dans les premiers jours du soul√®vement avait tenu en √©chec les militaires, la r√©volution est peu √† peu d√©sarm√©e, sans qu'aucun parti ouvrier ne s'y oppose r√©ellement.

L'état de l'armée à la veille des combats

En principe, la loi de 1912 a √©tabli la conscription et fix√© le service militaire √† trois ans ; en 1924, il est fix√© √† deux ans, puis √† un an en 1930. Mais les cas d'exemptions sont innombrables et il est tr√®s in√©galitaire (par exemple, on peut tout √† fait l√©galement l'√©viter moyennant le paiement d'une cuota). Par ailleurs, le budget ne permet ni instruction, ni entra√ģnement, aussi les appel√©s sont fr√©quemment envoy√©s en permission de longue dur√©e.

De ce fait, en métropole, dans chaque division d'infanterie, trois régiments sur quatre sont en sommeil et le quatrième n'est pas aligné sur ses droits en effectifs.

D'apr√®s S. Balfour, en juillet 1936, il y aurait moins de 16 000 appel√©s pr√©sents sous les drapeaux et environ la moiti√© resteront fid√®les √† la R√©publique. Cependant, pendant la dur√©e du conflit, ce sont pr√®s de trois millions d'hommes qui sont mobilis√©s, parfois dans le camp oppos√© √† leurs id√©aux.

Le rapport de forces

Les forces en pr√©sence sont √©quilibr√©es au commencement du conflit. Il semble qu'au d√©but de 1937, chaque camp dispose d'environ 500 000 hommes. L'arm√©e espagnole, avant la guerre, est plut√īt m√©diocre, avec un mat√©riel hors d'√Ęge et des tactiques d'un autre temps.

La livraison d'armes allemandes et italiennes permet une nette am√©lioration de l'armement de l'arm√©e nationaliste. Les avions italiens se r√©v√®lent d√©cisifs lors des premiers jours du conflit, en permettant aux troupes franquistes de franchir le d√©troit de Gibraltar. Des firmes √©trang√®res telle que Ford et Texaco fourniront √©galement, √† cr√©dit, camions et carburant en quantit√©s importantes. De plus, les nationalistes disposent des troupes les plus aguerries : les Maures et les ¬ę Tercios ¬Ľ de la Band√©ra (L√©gion √©trang√®re espagnole). Stationn√©es au Maroc espagnol, elles sont command√©es par des officiers qui ont l'exp√©rience des guerres coloniales.

Les r√©publicains sont quant √† eux progressivement √©quip√©s d'armes sovi√©tiques, mais l'approvisionnement pose probl√®me en raison du blocus maritime des puissances europ√©ennes, plus rel√Ęch√© du c√īt√© nationaliste. Moscou enverra aussi des conseillers militaires, essentiellement utilis√©s pour faire fonctionner les avions et les chars, ainsi que des commissaires politiques du Komintern, essentiellement pour assurer la r√©pression au sein des forces communistes dissidentes, tels que les trotskistes et les militants du POUM.

Les probl√®mes majeurs, pour les r√©publicains, se posent du c√īt√© de l'organisation. En effet, il s'agit d'une arm√©e populaire cr√©√©e de toutes pi√®ces, et n'ob√©issant pas au gouvernement, car bas√©e sur l'id√©e d'une d√©fense populaire assur√©e par chaque citoyen, sans commandement centralis√©. Devant l'√©chec de cette organisation, le gouvernement a tent√© de cr√©er une arm√©e populaire sous la forme d'un corps national (en place au printemps 1937), avec une discipline et un commandement communs. Ces h√©sitations refl√®tent l'opposition entre communistes, tenants d'une arm√©e organis√©e, et anarchistes, partisans d'une d√©fense populaire.

En r√®gle g√©n√©rale, l'arm√©e r√©publicaine souffre d'une carence en officiers d'active qui ont pour beaucoup choisi de rejoindre le camp nationaliste. La plupart des b√Ętiments de la Marine sont rest√©s aux mains de la R√©publique, mais les marins, sans leurs officiers, ne sont pas capables d'en faire un bon usage.

Les opérations

Carte des opérations militaires
     Zone nationaliste initiale en juillet 1936      Avanc√©e nationaliste en septembre 1936      Avanc√©e nationaliste en octobre 1937      Avanc√©e nationaliste en novembre 1938      Avanc√©e nationaliste en f√©vrier 1939      Derni√®re zone sous contr√īle r√©publicain Solid blue.png Principaux centres nationalistes
Red-square.gif Principaux centres républicains
Panzer aus Zusatzzeichen 1049-12.svg Champs de bataille
Vattenfall.svg Batailles navales
Icon vojn new.png Villes bombardées
City locator 4.svg Camps de concentration
Gatunek trujńÖcy.svg Massacres
Red dot.svg Camps de réfugiés

Sur le plan militaire, la guerre d'Espagne présente les caractéristiques suivantes. Il s'agit tout d'abord d'une guerre qui, sauf dans sa dernière phase, se déroule sur plusieurs fronts à la fois. La guerre comporte sur ces différents fronts une succession de phases de mouvement et de longues phases de guerre de position avec utilisation de tranchées. Les républicains, par tactique ou par obligation, sont souvent sur la défensive, en résistant d'ailleurs souvent bien. Leurs offensives sont presque toujours de faible ampleur, mal conçues, rapidement stoppées voire contrées, et se traduisent souvent par des pertes (humaines et matérielles) importantes. Cette situation contribue à affaiblir progressivement le camp républicain.

La guerre proprement dite commence fin juillet 1936 quand les troupes du Maroc (les plus comp√©tentes et les mieux entra√ģn√©es) emmen√©es par Franco traversent le d√©troit de Gibraltar le 5 ao√Ľt afin de rejoindre le reste de l'arm√©e, compos√© notamment de 15 000 requet√©s carlistes dirig√©s par Mola. Au total, 62 000 troupes du Maroc servirent dans les forces nationalistes dont 37 000 sont engag√©es au printemps 1937. Les troupes marocaines progressent vers le nord, en attaquant durement les villes et villages rencontr√©s. Simultan√©ment, dans le nord du pays, des combats opposent les r√©publicains aux requ√™tes carlistes, en particulier au Pays basque et √† proximit√© de la fronti√®re fran√ßaise. Dans les zones contr√īl√©es par la R√©publique, des mouvements de contre-offensive se lancent. Trois colonnes se forment pour essayer de reconqu√©rir du terrain sur les territoires nationalistes ; la plus c√©l√®bre est sans doute la ¬ę colonne Durruti ¬Ľ, du nom de son commandant, Buenaventura Durruti. Par ailleurs, les r√©publicains ont reconquis Minorque mais √©chou√© √† prendre le contr√īle du reste des Bal√©ares.

En octobre, Franco doit faire un choix strat√©gique : aux portes de la capitale, il pr√©f√®re d√©tourner ses troupes au sud, vers Tol√®de pour aller sauver les insurg√©s assi√©g√©s dans l'Alcazar. Ceci laisse le temps aux Madril√®nes d'organiser la d√©fense. Lorsque les nationalistes atteignent Madrid en novembre 1936, la d√©fense est acharn√©e : chaque rue est d√©fendue (avec le c√©l√®bre slogan de La Pasionaria, ¬ę ¬°No pasar√°n ! ¬Ľ). Autour de la capitale, plusieurs op√©rations ont lieu en f√©vrier et mars 1937, en particulier la bataille du Jarama et la bataille de Guadalajara. Malgr√© des pertes tr√®s lourdes, la ville tient bon et en mars 1937, les nationalistes doivent se rendre √† l'√©vidence : la prise de Madrid a √©chou√©.

Ils d√©cident donc de s'occuper d'abord des poches de r√©sistances r√©publicaines que sont le Pays basque et les Asturies. Une premi√®re campagne se d√©roule autour de Bilbao, que les r√©publicains ont entour√©e d'une ¬ę Ceinture de Fer ¬Ľ qui n'a gu√®re contribu√© √† ralentir les nationalistes, qui parviennent √† prendre la ville le 19 juin et √† contr√īler le reste de la province dans les jours suivants. En ao√Ľt, les combats se portent dans la r√©gion de Santander, qui tombe le 26 ao√Ľt. Les Asturies restent alors seules dans le nord de l'Espagne √† rester sous contr√īle de la R√©publique. Cette petite zone r√©siste longtemps mais doit capituler le 17 octobre, laissant ainsi les forces nationalistes enti√®rement ma√ģtresses de la c√īte atlantique.

Entre temps, les r√©publicains se lancent dans d'autres offensives difficiles, en particulier √† Brunete et √† Belchite, mais ces combats meurtriers ne leur permettent qu'une progression limit√©e. Dans les derniers jours de l'ann√©e 1937, les troupes r√©publicaines engagent le combat pour Teruel qu'elles parviennent √† prendre lors de combats qui se d√©roulent dans des conditions tr√®s rudes pour les deux camps, notamment en raison du grand froid qui r√®gne √† Teruel cet hiver-l√†. Cette op√©ration est toutefois contrecarr√©e et la ville est reprise par les nationalistes apr√®s moins d'un mois. Apr√®s la reprise de Teruel, l'arm√©e nationaliste poursuit l'offensive et parvient √† gagner la c√īte, le 6 avril, coupant ainsi en deux le territoire contr√īl√© par les r√©publicains. Ceux-ci essaient encore d'attaquer lors de la bataille de l'√ąbre (√† partir du 25 juillet 1938) mais c'est un nouvel √©chec : les r√©publicains sont contraints de repasser l'√ąbre au prix de pertes importantes.

D√®s lors, le sort du conflit est scell√© : la Catalogne est conquise sans grande r√©sistance en f√©vrier 1939. Madrid est tomb√© avec peu de combats. Le reste de l'Espagne est enlev√© dans le mois, les derniers combats ayant eu lieu √† Alicante. Le 1er avril 1939, Franco peut annoncer que ¬ę la guerre est finie ¬Ľ.

Violences et exécutions

Articles d√©taill√©s : Terreur rouge (Espagne) et Terreur blanche (Espagne).
Du Puente Nuevo, le pont reliant les deux parties de la ville de Ronda, des prisonniers ont été précipités dans le vide aussi bien par des forces armées nationalistes que républicaines[13].

La guerre d'Espagne a √©t√© particuli√®rement violente, surtout lors des grandes batailles (Teruel, mais surtout bataille de l'√ąbre). Mais la guerre a √©galement √©t√© marqu√©e par des tueries en dehors des combats √† proprement parler. Il y a eu des ex√©cutions, parfois sommaires, parfois organis√©es et m√™me pr√©c√©d√©es de jugements h√Ętifs.

Lors de cette ¬ę r√©volution ¬Ľ des atrocit√©s sont commises de part et d'autres. Bartolom√© Bennassar explique ainsi :

¬ę Il y eut bien, face √† face, deux volont√©s d'extermination, l'une plus organis√©e, c'est vrai, l'autre plus instinctive, l'une et l'autre exacerb√©es. [14] ¬Ľ

En zone nationaliste

Les militaires fid√®les au gouvernement sont les premi√®res victimes partout o√Ļ les rebelles prennent le pouvoir (hors de tout combat). Il s'ensuit le massacre des militants et sympathisants des syndicats et organisations de gauche √† partir de listes √©tablies √† l'avance. Au fur et √† mesure de la progression des troupes rebelles et de la prise des villes et villages au tout d√©but de la guerre, les militants et sympathisants de la R√©publique sont syst√©matiquement arr√™t√©s, emprisonn√©s ou fusill√©s. Ce seront ainsi des dizaines de milliers de victimes qui seront ex√©cut√©es sommairement[15].

Un des plus grands massacres collectifs a lieu les 14 et 15 ao√Ľt 1936 √† Badajoz, en Extremadure, o√Ļ de nombreux miliciens d√©sarm√©s sont sommairement fusill√©s, lorsque les nationalistes, principalement des unit√©s de la L√©gion, s'emparent de la ville. Ce massacre a √©t√© r√©v√©l√© pour la premi√®re fois par deux journalistes fran√ßais et un journaliste portugais. Le bilan est √† l'√©poque √©valu√© √† 2 000 victimes, mais il est, selon Hugh Thomas, plus proche de 200[16].

Au Pays Basque, la r√©pression frappe notamment le clerg√© catholique qui avait maintenu la pr√©sence de l'√Čglise en territoire r√©publicain alors que la hi√©rarchie avait choisi le camp nationaliste. Le 27 octobre 1936, 16 pr√™tres sont fusill√©s, d'autres sont emprisonn√©s ou expuls√©s de la r√©gion[17].

La fin de la guerre n'a pas signifié pour autant le retour à la paix. Les exécutions se poursuivront au cours des années suivantes, manifestant la soif de vengeance des vainqueurs caractérisant le régime dictatorial pendant de longues années et la misère et la terreur pour les vaincus[18]. Les lettres de dénonciation sont tellement nombreuses que la prescription des délits politiques non dénoncés est ramenée de quinze à deux ans dès janvier 1940[19].

En zone républicaine

Les massacres des opposants commencent dès le début de la rébellion. L'appartenance sociale ou politique suffit la plupart du temps dans l'acte d'accusation pour justifier une exécution[20]. Ce fut le cas par exemple pour les officiers de la garnison de Lérida, les officiers de la base navale de Minorque et ceux de Carthagène. Ce fut aussi le cas pour les députés de droite pourchassés en zone républicaine et dont 24 sont exécutés.

Les pr√™tres et les religieuses sont parmi les autres principales victimes de ces massacres, notamment en Catalogne. Selon les √©tudes consacr√©es √† la fureur qui a saisi l'Espagne en 1936[21], plus de 7 000 religieux dont 13 √©v√™ques, 4 184 pr√™tres, 2 365 moines et 283 religieuses ont √©t√© assassin√©s durant cette p√©riode[22]. Soit 88 % du clerg√© dans le seul dioc√®se de Barbastro (Aragon), dont l'√©v√™que, Mgr Asensio Barroso, √©mascul√© vivant avant d'√™tre assassin√© le 9 ao√Ľt 1936. Neuf dioc√®ses perdirent ainsi plus de la moiti√© de leur clerg√©, la seule appartenance √† ce dernier √©tant justiciable d'une ex√©cution sommaire. Ceux qui ont pu y √©chapper se trouvaient en zone nationaliste, ou avaient pu fuir, se cacher ou b√©n√©ficier de protections. √Ä ces tueries s'ajout√®rent les incendies d'√©glises et de couvents, les profanations d'autels et de s√©pultures[23]. En septembre 1936, devant des r√©fugi√©s espagnols, le pape Pie XI d√©non√ßait ce qu'il d√©signait comme une ¬ę haine de Dieu satanique profess√©e par les r√©publicains ¬Ľ.

√Ä partir du 23 ao√Ľt, des tribunaux populaires donnent un formalisme juridique aux ex√©cutions. Des commissions d'√©puration sont mises en place afin de recenser les suspects √† partir de leurs ant√©c√©dents sociopolitiques. En Asturies par exemple, elles dressent les listes des sympathisants des partis de droite dont les ¬ę plus chanceux ¬Ľ sont victimes d'expropriation[24].

Durant l'√©t√© 1936[25], en plus des 7 000 √† 8 000 religieux, pr√®s de 2 000 phalangistes sont massacr√©s en zone r√©publicaine, hors de tout combat, sans que le gouvernement ne condamne un seul instant ces crimes commis par ses propres partisans des milices syndicales (¬ę les patrouilles de l'aube ¬Ľ) et sans que cela soit en repr√©sailles de fusillade du camp adverse. Des actes d'une grande violence frapperont notamment les religieuses ou les jeunes filles des organisations catholiques tomb√©es entre les mains des r√©publicains. La cons√©quence imm√©diate sera le ralliement de nombreux centristes catholiques aux militaires insurg√©s.

√Ä Madrid, entre 1936 et 1939, selon C√©sar Vidal, pr√®s de 15 000 personnes auraient √©t√© fusill√©es[26]. Des ex√©cutions sommaires massives ont lieu √† partir notamment du 22 ao√Ľt 1936, et co√Ľtent la vie √† plusieurs anciens ministres de la R√©publique comme Jos√© Mart√≠nez de Velasco, Manuel Rico, Ram√≥n √Ālvarez ainsi qu'√† Melqu√≠ades √Ālvarez, chef du parti lib√©ral-r√©publicain et Fernando Primo de Rivera, fr√®re du fondateur de la Phalange[27].

Les détenus politiques de Jaén transférés vers Madrid sont exécutés en chemin. À Malaga, le 30 septembre, 130 personnes sont fusillées[28],[29].

Du 2 au 6 novembre 1936, cinq mille personnes sont fusill√©es √† Paracuellos et Torrej√≥n de Ardoz, et enterr√©es dans des fosses communes. Les victimes sont √† la fois des d√©tenus madril√®nes √©vacu√©s de la ville, des √©tudiants d'un coll√®ge catholique et les membres de familles ais√©es de la ville[30]. Les responsables seraient, selon certains historiens, Margarita Nelken, une d√©put√©e socialiste, et Santiago Carrillo, qui continue de nier le r√īle qui lui est attribu√© dans ces massacres.

√Ä partir de mars 1937, les victimes des massacres des r√©publicains vont davantage concerner le camp r√©publicain lui-m√™me[31]. En effet, les tensions au sein m√™me de l'Espagne r√©publicaine conduiront √† des affrontements internes sanglants (d‚Äôun c√īt√© anarchistes et communistes h√©t√©rodoxes, de l‚Äôautre le PSUC - parti inf√©od√© √† l'URSS stalinienne), qui conduiront √† la chute de Barcelone. L'affrontement principal au sein du camp r√©publicain a lieu en mai 1937 et aboutit √† l'√©crasement par les armes du courant r√©volutionnaire. Ces conflits internes qui ont vu les partisans libertaires et ceux du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM) massacr√©s par des groupes d'intervention sovi√©tiques soutenus par le NKVD expliquent pour une large part la d√©gradation de l'assise r√©publicaine, incapable de reconqu√©rir le terrain perdu sur les nationalistes.

L'attitude des pays étrangers et les interventions

La non-intervention de la France et du Royaume-Uni

Article d√©taill√© : Non-intervention (guerre d'Espagne).

En France, L√©on Blum, de tout cŇďur avec les r√©publicains re√ßoit une demande d'assistance le 20 juillet 1936 √† laquelle il r√©pond positivement, mais il doit faire marche arri√®re devant l'opposition de la droite, des radicaux (√Čdouard Herriot), du pr√©sident mod√©r√© Albert Lebrun et du Royaume-Uni. Finalement, le choix est fait d'appliquer une politique de ¬ę non-intervention ¬Ľ, seule notion permettant d'associer les Britanniques au r√®glement du conflit.

C√īt√© britannique, le gouvernement de Neville Chamberlain et les √©lites britanniques voient l'Espagne comme un pays en pleine r√©volution ¬ę communiste ¬Ľ (les Anglais refusent de se battre pour des ¬ę communistes espagnols ¬Ľ). De plus, tout est fait pour √©viter un conflit avec les puissances totalitaires : on pense qu'en √©tant conciliants avec l'Allemagne, on peut arriver √† s'entendre avec Hitler sur ses ambitions expansionnistes.

C'est dans ce contexte que L√©on Blum propose le pacte de non-intervention, sign√© par la quasi-totalit√© des pays europ√©ens. Un comit√© est cr√©√© √† Londres pour en d√©finir les modalit√©s. Chaque pays se voit charg√© d'emp√™cher la livraison d'armes en Espagne : les Britanniques doivent assurer le respect d'un embargo sur les armes dans l'Atlantique, la France dans les Pyr√©n√©es, et l'Italie sur la c√īte m√©diterran√©enne.

La France et le Royaume-Uni (envoi d'arme illégalisé le 31 juillet[32]) envoient cependant des armes aux républicains mais secrètement.

La participation italienne

L'aide italienne au camp nationaliste, limit√©e au d√©but du conflit, devient massive d√®s la fin de l'ann√©e 1936. Elle se mat√©rialise par des livraisons importantes de mat√©riel (pr√®s de 700 avions et 950 chars) mais surtout par l'envoi de nombreux soldats. Le corps des volontaires italiens (CTV) atteint jusqu'√† 50 000 hommes. Contrairement aux troupes allemandes, les Italiens sont bien int√©gr√©s dans les combats apr√®s leur d√©faite √† la bataille de Guadalajara.

Mussolini semble envoyer ses troupes davantage dans le but de renforcer son rayonnement que par affinit√© id√©ologique avec Franco. M√™me si le fascisme partageait son inspiration socialiste avec le nationalisme espagnol, Franco √©tait un fervent catholique et un militaire de carri√®re conservateur, donc tout l'oppos√© d'un fasciste ath√©e et r√©volutionnaire. Pour Mussolini la guerre en Espagne est l'occasion d'effectuer une propagande d'ampleur internationale. Mussolini a aussi des int√©r√™ts √©conomiques (des armes italiennes sont vendues aux nationalistes) et strat√©giques (utopie d'une mainmise sur la M√©diterran√©e, qui passerait notamment par l'annexion des √ģles Bal√©ares espagnoles[r√©f. n√©cessaire]). Mussolini esp√©rait √©galement placer un r√©gent italien[r√©f. n√©cessaire] sur une partie de l'Espagne.

En mars 1938, les Italiens bombardent Barcelone, fief des r√©publicains espagnols. Les quelque 3 000 morts et nombreux bless√©s soul√®vent l'indignation de la communaut√© internationale. Le pape Pie XI va jusqu'√† protester aupr√®s de Mussolini.

La participation allemande

Serrano Suner, beau-frère de Franco, alors admirateur de Goering, demande de l'aide à l'Allemagne nazie pour que l'Italie n'ait pas la mainmise sur l'Espagne.

L'Allemagne nazie participe au conflit aux c√īt√©s des nationalistes en engageant 10 000 hommes au plus fort du conflit, mais ce sont essentiellement des techniciens et instructeurs, peu de soldats. Les rares forces de combat sont limit√©es √† quelques compagnies de chars et aux avions de la l√©gion Condor. Hitler se sert de cette guerre pour essayer le nouveau mat√©riel et y gagne aussi sur le plan √©conomique : en effet, il a n√©goci√© en √©change de son aide le contr√īle des soci√©t√©s mini√®res espagnoles. Parmi les faits marquants des envoy√©s allemands en Espagne, le bombardement de civils √† Guernica au Pays basque, le 26 avril 1937, pr√©figure les strat√©gies de la guerre totale √† venir. Apr√®s cet √©v√©nement, condamn√© par une bonne partie de la communaut√© internationale, l'aide allemande se r√©duit.

Les autres aides aux nationalistes

Les nationalistes ont √©galement obtenu l'aide du Portugal de Salazar qui enverra une l√©gion de 20 000 hommes (appel√©s Viriatos). Toutefois l'aide du Portugal s'arr√™tera l√†. Le g√©n√©ral Sanjurjo qui √©tait en exil au Portugal ne fut pas autoris√© √† partir d'un a√©roport officiel. Son avion dut d√©coller d'un terrain priv√© et s'√©crasa dans un bois en bout de piste. Sanjurjo trouva la mort dans cet accident. Les troupes franquistes n'√©tant pas autoris√©es √† rentrer en terrain portugais, trouv√®rent d'√©normes difficult√©s pour franchir les cols de Somosierra et Guadarrama durement d√©fendus par les r√©publicains. Ce passage fut facilit√© par la d√©sertion d'une compagnie de gardes civils enti√®re. On peut noter aussi le renfort plus anecdotique des 600 Irlandais de la L√©gion Saint-Patrick ou des fran√ßais de la ¬ę Bandera Jeanne d'Arc ¬Ľ.

L'arm√©e franquiste √©tait d√©pendante du p√©trole fourni par des compagnies p√©troli√®res am√©ricaines. Les √Čtats-Unis ont donc jou√© un r√īle indirect mais d√©cisif dans le d√©roulement du conflit.[r√©f. n√©cessaire]

La participation de l'Union soviétique

Affiche d'une exposition des placards de ¬ę l'Espagne r√©volutionnaire ¬Ľ au Mus√©e de l'Ermitage (Leningrad, URSS), 1936.

L'URSS intervient timidement en faveur des républicains, notamment par l'intermédiaire du Komintern, au nom de la lutte contre le fascisme.

Plusieurs g√©n√©raux r√©publicains, membres du PCE, comme Juan Modesto ou Enrique L√≠ster, ne sont pas sortis du rang, mais avaient √©t√© form√©s en URSS o√Ļ ils avaient trouv√© refuge au d√©but des ann√©es 1930.

Staline livre de nombreuses armes modernes (chars et avions) mais exige en contrepartie que les r√©serves d'or de l'Espagne d√©tenues par la R√©publique ¬ę soient mise en s√©curit√© ¬Ľ en URSS o√Ļ elles y resteront apr√®s la fin de la guerre et ne seront jamais rendues.

L'URSS envoie peu d'hommes (seulement 2 000, pour la plupart des conseillers) et de plus les livraisons d'armes sont irr√©guli√®res et l'acheminement difficile vers certaines r√©gions.

Apr√®s les accords de Munich, l'aide sovi√©tique d√©cro√ģt rapidement.

Les Soviétiques encouragent et soutiennent également les Brigades internationales et cherchent à éliminer les marxistes non staliniens (principalement en Catalogne) et les anarchistes.

La ti√©deur de l'engagement sovi√©tique peut s'expliquer par le pragmatisme de Staline : face √† la menace grandissante de l'Allemagne hitl√©rienne envers l'URSS, il cherche √† conclure des alliances militaires avec la France et le Royaume-Uni, cette pr√©occupation primant sur un soutien √† une r√©volution prol√©tarienne internationale qui risquerait de lui ali√©ner ces pays.

Les Brigades internationales

Volontaires polonais des Brigades internationales jurant loyauté et fidélité à la République.
Article d√©taill√© : Brigades internationales.

Aux c√īt√©s des r√©publicains, des volontaires venus du monde entier, souvent des communistes, des marxistes, des socialistes ou des anarchistes, mais aussi des anti-fascistes plus mod√©r√©s, se sont engag√©s dans des groupes qui ont pris le nom de Brigades internationales. Jusqu'√† 5000 Am√©ricains, r√©unis dans la Brigade Abraham Lincoln, participent aux brigades internationales[33].

Avant m√™me la constitution des Brigades internationales, des √©trangers particip√®rent √† la colonne Durruti ; Simone Weil en est un exemple.

Les autres aides aux républicains

Le Mexique, malgr√© les ressources limit√©es de ce pays, fournit ¬ę aux r√©publicains vingt mille fusils Mauser, vingt millions de cartouches et de la nourriture ¬Ľ[34].


Bilan de la guerre civile

Refuge contre les bombardements aériens dans la ville de Valence.

Particuli√®rement violente, et durablement traumatisante, la guerre d'Espagne est tristement c√©l√®bre comme th√©√Ętre de multiples exactions. Elle vit en particulier les premiers bombardements militaires sur les civils, perp√©tr√©s par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, alli√©s de Franco, l'√©limination du POUM et de ses responsables antistalinien par le NKVD et des anarchistes par le Parti communiste espagnol, des massacres spontan√©s de suspects, d'hommes d'√Čglise ou de membres des classes moyennes et dirigeantes par des anarchistes et des communistes dans les mois qui suivirent la s√©dition militaire, tandis que le nouvel √Čtat nationaliste se construisait √† travers la terreur et l'√©puration syst√©matiques. En particulier, les franquistes refus√®rent toutes les propositions adverses de compromis et poursuivirent, apr√®s leur victoire, une r√©pression incessante et de tr√®s grande ampleur[35].


Cette guerre civile fut √©galement le th√©√Ętre des pr√©mices de la Seconde Guerre mondiale, les futurs bellig√©rants europ√©ens commen√ßant √† s'y affronter plus ou moins directement : l'Allemagne d'Hitler et l'Italie de Mussolini apport√®rent leur soutien √† Franco, tandis que l'Union sovi√©tique de Staline vendit des armes aux r√©publicains (tout en cherchant la prise de pouvoir au sein de la R√©publique). La France et le Royaume-Uni choisirent la non-intervention et le blocus des exportations d'armes, mais laiss√®rent les Brigades internationales s'engager aux c√īt√©s des r√©publicains.

La guerre d'Espagne divisa et passionna les opinions publiques du monde entier. L'engagement de nombreux intellectuels et artistes auprès des combattants, en particulier dans les Brigades internationales, a contribué à lui faire acquérir très vite une dimension légendaire qui perdure encore.

Par ailleurs, pour certains historiens, la Seconde Guerre mondiale a d√©but√© avec la guerre civile qui oppose en effet de 1936 √† 1939 r√©publicains et nationalistes en Espagne et qui fait environ 400000 morts. D√®s 1936, les Europ√©ens y voient un conflit √† port√©e universelle : pour la gauche, elle marque l'expansion du fascisme, et pour la droite, elle r√©v√®le la menace du bolch√©visme.

Victimes

Le chiffre des victimes reste difficile √† quantifier. Les sources manquent parfois, soit qu'elles n'aient pas √©t√© constitu√©es, soient qu'elles aient disparu. Quand elles existent, elles sont souvent manipul√©es ou accus√©es de l'√™tre, et font donc encore parfois l'objet de controverse. Dans les deux camps, on a pu parler d'un million de morts (chiffre √©norme pour un pays de 26 millions d'habitants), mais ce chiffre est largement consid√©r√© comme exag√©r√©. Actuellement, les estimations les plus s√©rieuses varient entre 380 000 et 451 000 morts[r√©f. n√©cessaire] des cons√©quences directes de la guerre.

Les chiffres suivants[36] sont des estimations :

  • 100 000 √† 285 000 soldats morts au combat (pertes militaires directes)
  • 10 000 √† 150 000 civils morts des bombardements
  • 40 000 √† 200 000 ex√©cutions en zone nationaliste
  • 20 000 √† 86 000 ex√©cutions en zone r√©publicaine
  • 30 000 √† 200 000 ex√©cutions par le gouvernement franquiste entre 1939 et 1943

La seule bataille de l'√ąbre aurait fait pr√®s de 60 000 victimes.

Il faut ajouter √† ces chiffres la surmortalit√© due √† la famine ou aux √©pid√©mies mais le chiffre de ces victimes (estim√© √† 330 000[37]) est difficile √† √©tablir.

Réfugiés et exilés

La guerre a entra√ģn√© d'importants mouvements de population, souvent d√©cid√©s dans la pr√©cipitation sans projet pr√©cis pour les personnes d√©plac√©es. Si certains de ces d√©placements se sont faits √† l'int√©rieur de l'Espagne, la guerre a surtout conduit des Espagnols √† quitter leur pays, souvent de mani√®re provisoire, parfois de mani√®re d√©finitive.

Les premiers mois, voire les premiers jours de la guerre voient le d√©but de l'exode : depuis le Pays basque, des r√©publicains quittent le pays pour la France ; en Catalogne, ce sont des personnes m√©fiantes voire hostiles envers les r√©publicains qui partent, par bateau, vers Marseille ou vers l'Alg√©rie.

Par la suite, de nombreuses personnes, républicaines pour la plupart, ont quitté l'Espagne. Les destinations ont été variées, mais c'est la France qui a été la plus choisie, les trois autres grands pays d'exil ou de refuge étant le Royaume-Uni, le Mexique et l'URSS.

En France m√™me, ce sont les d√©partements du Sud-Ouest, √† proximit√© de l'Espagne, qui ont accueilli le plus de r√©fugi√©s, avec une forte immigration espagnole dans les villes de Bordeaux et de Toulouse, o√Ļ r√©sidaient d√©j√† des Espagnols. Les autres d√©partements de la c√īte Atlantique (Loire-Inf√©rieure notamment) ont √©galement √©t√© concern√©s, ainsi que le Massif central, les Bouches-du-Rh√īne et la r√©gion parisienne.

L'accueil des arrivants a √©t√© tr√®s diff√©rent d'un endroit √† l'autre : tant√īt ils √©taient bien re√ßus et faisaient m√™me l'objet d'actions de solidarit√©, tant√īt ils √©taient regard√©s avec m√©fiance voire hostilit√© dans une France en crise marqu√©e par certaines formes de x√©nophobie. Cette √©migration vers la France a connu un mouvement d'acc√©l√©ration important au cours de la bataille de l'√ąbre et dans les mois suivants, dans un mouvement appel√© la retirada (retraite). En mars 1939, le nombre de r√©fugi√©s espagnols en France a √©t√© estim√© √† 440 000 personnes (d'apr√®s l'information de Vali√®re au gouvernement fran√ßais, 9 mars 1939). Devant un tel afflux, les autorit√©s fran√ßaises se sont trouv√©es d√©bord√©es, et certains de ces r√©fugi√©s se sont trouv√© regroup√©s dans des ¬ę camps de concentration ¬Ľ, suivant le terme employ√© officiellement √† l'√©poque.

Cet épisode a eu un fort retentissement dans l'imaginaire des républicains espagnols, laissant le souvenir d'un pays peu ouvert aux républicains anti-fascistes.

Le départ d'Espagne de toutes ces personnes n'a pas toujours été définitif. Certains même, pendant la guerre, n'ont fait que passer par la France pour quitter le pays basque, occupé par les nationalistes, et rentrer par la Catalogne, encore tenue par les Républicains. Toutefois, la plupart de ceux qui ont quitté le pays n'y sont pas revenus avant la fin de la guerre civile. Certains réfugiés sont retournés dans l'Espagne franquiste, en particulier quand le régime s'est adouci, d'autres ont attendu la transition démocratique. En réalité, pour de nombreux républicains espagnols, l'installation à l'étranger est devenue définitive, mais ces familles gardent le souvenir de la guerre civile.

En 1939-1940, beaucoup de r√©publicains demandent √† s'engager dans les bataillons √©trangers de l'arm√©e fran√ßaise, malgr√© la m√©fiance des officiers fran√ßais envers ces ¬ę Rouges ¬Ľ. Par la suite, ils sont nombreux √† rejoindre la r√©sistance fran√ßaise, les maquis (on parle de 60 000 maquisards espagnols dans le Sud-Ouest en 1944) et les Forces fran√ßaises libres. Lors de la lib√©ration de Paris, le premier d√©tachement de l'arm√©e Leclerc √† entrer dans Paris est une section espagnole.

Parmi les figures de l'√©migration r√©publicaine, Jorge Sempr√ļn.

Chronologie

1936

Carte g√©n√©rale de la Guerre d'Espagne. En rose : zone r√©publicaine. En beige : zone nationaliste.
Situation en ao√Ľt/septembre 1936

1937

Situation en octobre 1937

1938

Situation en novembre 1938

1939

Situation militaire en f√©vrier 1939. En beige : zone nationaliste. En rose :zone r√©publicaine.

Citations

  • ¬ę Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous poss√©dez une surabondance de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader. Et pour persuader il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat. Il me semble inutile de vous exhorter √† penser √† l‚ÄôEspagne. J‚Äôai dit. ¬Ľ Miguel de Unamuno in Discours √† l'universit√© de Salamanque, 12 octobre 1936
  • ¬ę La trag√©die espagnole est un charnier. Toutes les erreurs dont l'Europe ach√®ve de mourir et qu'elle essaie de d√©gorger dans d'effroyables convulsions viennent y pourrir ensemble... Un tel cloaque, image de ce que sera demain le monde. ¬Ľ Georges Bernanos, Les Grands Cimeti√®res sous la lune, 1938, p. 151 ; cit√© in Jean Gu√©henno, Journal des ann√©es noires, 28 avril 1942, Gallimard, 1947.
  • ¬ę La falsification historique consiste √† attribuer la responsabilit√© de la d√©faite espagnole aux masses ouvri√®res, et non aux partis qui ont paralys√©, ou purement et simplement √©cras√©, le mouvement r√©volutionnaire des masses. Les avocats du POUM contestent tout simplement le fait que les dirigeants portent quelque responsabilit√© que ce soit, afin d'√©viter d'avoir √† assumer leur propre responsabilit√©. Cette philosophie de l'impuissance, qui cherche √† faire accepter les d√©faites comme de n√©cessaires anneaux dans la cha√ģne des d√©veloppements cosmiques, est parfaitement incapable de poser, et se refuse √† poser, la question du r√īle de facteurs aussi concrets que les programmes, les partis, les personnalit√©s qui furent les organisateurs de la d√©faite. Cette philosophie du fatalisme et de la prostration est diam√©tralement oppos√©e au marxisme, th√©orie de l'action r√©volutionnaire. ¬Ľ L√©on Trotsky in La r√©volution espagnole (1930-1940), textes pr√©sent√©s par Pierre Brou√©, Minuit, 1975.
  • ¬ę J'ai d√©crit notre armement ou plut√īt notre manque d'armement, sur le front d'Aragon. Il ne fait gu√®re de doute que les communistes retinrent d√©lib√©r√©ment les armes de crainte qu'il n'en all√Ęt trop aux mains des anarchistes qui ult√©rieurement, s'en serviraient pour atteindre un but r√©volutionnaire ; en cons√©quence la grande offensive d'Aragon qui e√Ľt oblig√© Franco √† se retirer de Bilbao et peut-√™tre de Madrid, ne fut jamais d√©clench√©e. ¬Ľ George Orwell, Hommage √† la Catalogne.
  • ¬ę Personne n'est mieux plac√© que moi pour savoir quels √©taient vos soucis pendant la guerre et ce que les r√©publicains espagnols vous doivent. Je n'ai jamais cess√© en priv√© de r√©tablir les faits quand la malice ou l'ignorance t√Ęchaient de d√©figurer la v√©rit√© ; je me demande si un jour je ne devrai pas le faire en public, de mon vivant, puisqu'un jour mes M√©moires se publieront apr√®s un voyage ultime. ¬Ľ Lettre de Juan Negr√≠n √† L√©on Blum, f√©vrier 1948, cit√©e dans L√©on Blum, chef de gouvernement, p. 372

Notes et références

  1. ‚ÜĎ http://www.flw.ugent.be/btng-rbhc/pdf/BTNG-RBHC,%2018,%201987,%201-2,%20pp%20039-080.pdf
  2. ‚ÜĎ Hugh Thomas, la Guerre d'Espagne, p.754
  3. ‚ÜĎ Hugh Thomas, la Guerre d'Espagne, p.755
  4. ‚ÜĎ Hugh Thomas, la Guerre d'Espagne, p.752
  5. ‚ÜĎ Hugh Thomas, la Guerre d'Espagne, p.751
  6. ‚ÜĎ Par m√©tonymie avec la r√©volution sociale d'extr√™me-gauche de 1936 qui s'est concr√©tis√©e pendant cette p√©riode par des collectivisations et des exp√©riences d'organisation sociale jusqu'alors in√©dites en Espagne, l'expression de ¬ę r√©volution espagnole ¬Ľ a √©t√© employ√©e par certains historiens d'extr√™me-gauche comme Gaston Leval dans Espagne libertaire, 36-39 : l'oeuvre constructive de la R√©volution espagnole ou encore Pierre Brou√© dans La r√©volution espagnole : (1936-1939) : Journ√©e d'√©tudes du 18 mai 1969.
  7. ‚ÜĎ Gaston Leval, Espagne libertaire - 36-39 (voir bibliographie ci-dessous).
  8. ‚ÜĎ Cf. Pierre Brou√©, La R√©volution espagnole, pages 32-33
  9. ‚ÜĎ Fernando Garc√≠a de Cort√°zar, Atlas de historia de Espa√Īa, editorial Planeta, 2005, pag. 477. ¬ę Desde la primavera de 1934, atenta al avance de la derecha, la directiva del PSOE se manifest√≥ resuelta a tomar el poder por la fuerza, rompiendo la legalidad republicana, y a practicar una pol√≠tica abiertamente revolucionaria. El √ļnico lugar donde los trabajadores estaban preparados para esa lucha era Asturias, y hacia all√≠ se dirigieron todas las miradas cuando estall√≥ la revoluci√≥n de octubre, aplastada por el general Franco, que dirigi√≥ las operaciones militares desde Madrid. ¬Ľ
  10. ‚ÜĎ A √©claircir : s'agit-il d'accords de d√©sistement ?
  11. ‚ÜĎ La notion de ¬ę tiers restant ¬Ľ m√©riterait un √©claircissement
  12. ‚ÜĎ en repr√©sailles pour l'assassinat d'un officier socialiste des Gardes d'assaut, le lieutenant Jos√© del Castillo
  13. ‚ÜĎ Hugh Thomas, The Spanish Civil War, (1961) p. 176
  14. ‚ÜĎ Bennassar, p. 110.
  15. ‚ÜĎ Emilio Silva et Santiago Mac√≠as, Les fosses du franquisme, Calmann-L√©vy, Paris, 2005 (ISBN 978-2-7021-3627-0).
  16. ‚ÜĎ Hugh Thomas, La guerre d'Espagne. Thomas se fonde sur l'enqu√™te qu'il a lui-m√™me men√©e sur place en 1959.
  17. ‚ÜĎ Mourir √† Madrid, transcription du film de Fr√©d√©ric Rossif, m√©diath√®que des Territoires de la M√©moire, Li√®ge
  18. ‚ÜĎ Emilio Silva et Santiago Mac√≠as, Les fosses du franquisme, Paris, Calmann-L√©vy, 2005. (ISBN 978-2-7021-3627-0)
  19. ‚ÜĎ Angel Palomino, Biographies crois√©es, Grancher, 2005, p. 264.
  20. ‚ÜĎ Bartolom√© Bennassar, ¬ę Franco ¬Ľ, Perrin, 1995, p 121.
  21. ‚ÜĎ Cf. Antonio Montero, Historia de la persecuci√≥n religiosa en Espa√Īa (1936-1939)
  22. ‚ÜĎ Stanley Payne et Javier Tusell, La Guerra civil. Una nueva vision del conflicto que dividio Espana, Madrid, 1996, p. 592-596.
  23. ‚ÜĎ ¬ę Le pape et son lugubre cort√®ge ¬Ľ, Le Monde, 10 octobre 2007.
  24. ‚ÜĎ Bartolom√© Bennassar, Franco, Perrin, 1995, p 121-122.
  25. ‚ÜĎ D'apr√®s l'historien Guy Hermet
  26. ‚ÜĎ C√©sar Vidal, ibid.
  27. ‚ÜĎ Bartolom√© Bennassar, Franco, Perrin, 1995, p. 120.
  28. ‚ÜĎ Bartolom√© Bennassar, Franco, Perrin, 1995, p. 120
  29. ‚ÜĎ Robert Brasillach, comme d'autres √©crivains ou journalistes en reportage du c√īt√© nationaliste en Espagne, publia plusieurs r√©cits d'atrocit√©s commises dans le camp r√©publicain, t√©moignant par exemple de l'extermination de familles enti√®res, p√®re, m√®re et enfants, et de l'exposition publique de leurs cadavres.
  30. ‚ÜĎ C√©sar Vidal, ¬ę Paracuellos, le Katyn espagnol ¬Ľ, La NRH, juillet-ao√Ľt 2006.
  31. ‚ÜĎ Guy Hermet, La trag√©die espagnole dans ¬ę les collections de l'Histoire ¬Ľ, avril-juin 2006.
  32. ‚ÜĎ Envoi d'armes
  33. ‚ÜĎ Andr√© Kaspi, Franklin Roosevelt, Paris, Fayard, 1988, (ISBN 978-2-213-02203-1), p.376
  34. ‚ÜĎ Antony Beevor, La Guerre d‚ÄôEspagne, √©dition Le Livre de poche 2008, page 261
  35. ‚ÜĎ Bartolom√© Bennassar, La guerre d'Espagne et ses lendemains, Perrin, 2004, en part. 3e partie, ch. 5 : "Une r√©pression scandaleuse par son ampleur et sa dur√©e"
  36. ‚ÜĎ Chiffres donn√©s par Guy Hermet (La guerre d'Espagne), qui lui m√™me se r√©f√®re √† Gabriel Jackson et Hugh Thomas.
  37. ‚ÜĎ David Martin Rubio, Ibid

Bibliographie

Répertoire bibliographique

  • Juan Garc√≠a-Dur√°n, La Guerra civil espa√Īola : fuentes, archivos, bibliograf√≠a y filmograf√≠a, Cr√≠tica, Barcelone, 1985. (ISBN 978-84-7423-266-0).

Témoignages et sources

  • Eduardo de Guzman, La Mort de l'Espoir, √©ditions No Pasaran, 2008. T√©moignage des premiers et derniers jours de la Guerre Civile Espagnole √† Madrid jusqu'aux quais du port d‚ÄôAlicante et sa sinistre fin.
  • Victor Alba, Histoire du POUM, √©ditions Champ Libre, 1975.
  • Miguel Amoros, Durruti dans le labyrinthe, √Čditions de l'Encyclop√©die des Nuisances, 2007.
  • Protestation devant les libertaires du pr√©sent et du futur sur les capitulations de 1937 par un ¬ę Incontr√īl√© ¬Ľ de la Colonne de fer, traduit de l'espagnol par Guy Debord et Alice Becker-Ho, √©dition bilingue, Champ Libre, 1979. [lire en ligne]
  • Georges Bernanos, Les Grands Cimeti√®res sous la Lune, 1938.
  • Burnett Bolloten, La R√©volution espagnole. La Gauche et la lutte pour le pouvoir (en anglais The Grand Camouflage, 1961). Editions Ruedo ib√©rico, Paris, 1977.
    Un livre qui fit sensation à sa parution en 1961. Capital pour comprendre les conflits qui déchirèrent le camp républicain
  • Franz Borkenau, Spanish Cockpit. Rapport sur les conflits sociaux et politiques en Espagne (1936-1937), 1937. √Čditions Champ Libre, 1979. (ISBN 978-2-85184-108-7).
  • Gerald Brenan, Le Labyrinthe espagnol. Origines sociales et politiques de la Guerre civile, √©ditions Champ Libre, 1984.
  • Robert Brasillach (en collaboration avec Maurice Bard√®che), Histoire de la Guerre d'Espagne, Plon, 1939. C'est √† la suite du d√©but du conflit (auquel Brasillach avait assist√©) qu'ils se revendiqu√®rent ouvertement du fascisme.
  • Juan Bre√° et Mary Low, Carnets de la guerre d'Espagne (Red Spanish notebook), Londres, 1937. √Čd. fran√ßaise, Verticales, 1997. (ISBN 978-2-84335-071-9). Un t√©moignage de deux artistes surr√©alistes engag√©s dans le POUM.
  • Henry Chaz√©, Chronique de la R√©volution espagnole, Union communiste (1933-1939), √©ditions Spartacus, Paris, 1979.
  • Marcelino Ferrer (en collaboration avec Michel Vali√®re, ethnologue et Sylvie Coindeau), Camino: itin√©raire d'un r√©fugi√© politique r√©publicain espagnol, Limoges, CIPA, 1994. diffusion ARPE. Ce t√©moignage est celui d'un ouvrier barcelonais d√©plac√© jusqu'√† la fronti√®re fran√ßaise et (ac)cueilli en 1939, puis comme tous les rojos enferm√© dans un camp √† Argel√®s etc...
  • (en)Ronald Fraser, Blood of Spain, trad. espagnole Recuerdalo tu y recuerdalo a otros, 1979.
    Un chef d'Ňďuvre de l'histoire orale compos√© de t√©moignages de combattants, de militants ou de victimes inconnus de la guerre civile
  • Antoine Gimenez & Les Gim√©nologues, Les Fils de la Nuit - Souvenirs de la guerre d'Espagne, √©ditions L'Insomniaque & Les Gim√©nologues 2006. [lire en ligne]
  • H. E. Kaminski, Ceux de Barcelone, 1937. √Čditions Allia, 1986. Kaminski se trouvait √† Barcelone, aux c√īt√©s des anarchistes, pendant les mois d√©cisifs de la R√©volution espagnole.
  • Arthur Koestler, Le Testament espagnol, 1938. R√©cit de la prise de Malaga et de son emprisonnement √† S√©ville.
  • Katia Landau, Le Stalinisme en Espagne, √©ditions Spartacus, 1938.
  • Joaquin Maurin, R√©volution et contre-r√©volution en Espagne, √©ditions Rieder, 1937 Pr√©face de Victor Serge.
  • Pablo Neruda, ¬ę J'avoue que j'ai v√©cu ¬Ľ dans L'Espagne au cŇďur, Deno√ęl, 1978, (ISBN 978-2-07-037822-7).
  • George Orwell, Hommage √† la Catalogne, 1938. √Čditions Champ Libre, 1982. R√©cit de sa participation √† la Guerre d'Espagne dans les rangs du POUM.
  • L√©o Palacio, 1936 : La Maldonne espagnole ou la guerre d'Espagne comme r√©p√©tition g√©n√©rale du deuxi√®me conflit mondial, pr√©face d'Andr√© Fontaine, √Čditions Privat, 1986
  • Abel Paz, Barcelone 1936, (ISBN 978-2-903383-66-4). R√©cit autobiographique d'un anarchiste dans Barcelone et les collectivit√©s catalanes, et points de vue critique sur les collaborations et le mouvement anarchiste espagnol de l'√©poque.
  • Abel Paz, Chronique passionn√©e de la Colonne de Fer, Paris, Nautilus, 2002.
  • Nestor Romero, Los Incontrolados, chronique de la Columna de hierro, √©ditions Acratie, 1997, (ISBN 978-2-909899-08-4). L'histoire de la c√©l√®bre Colonne de fer, minutieusement retrac√©e au moyen d‚Äôinterviews de certains survivants et de nombreux documents publi√©s √† l‚Äô√©poque.
  • Antoine de Saint-Exup√©ry, ¬ę √Čcrits de circonstances : L'Espagne ensanglant√©e ¬Ľ in l'Intransigeant, ao√Ľt 1936 et ¬ę Madrid ¬Ľ in Paris Soir, juillet 1937.
  • Joan Sans Sicart, Commissaire de choc - L‚Äôengagement d‚Äôun jeune militant anarchiste dans la Guerre civile espagnole, √©ditions Atelier de cr√©ation libertaire 2007.
  • Simone Weil, ¬ę Journal d‚ÄôEspagne ¬Ľ et ¬ę Non-intervention g√©n√©ralis√©e ¬Ľ in √Čcrits historiques et politiques, Coll. Espoir, Paris, Gallimard, 1960.

√Čtudes g√©n√©rales

√Čtudes sur des aspects particuliers

  • Martha A. Ackelsberg, La vie sera mille fois plus belle - Les Mujeres Libres, les anarchistes espagnols et l‚Äô√©mancipation des femmes, √©ditions Atelier de cr√©ation libertaire 2010, sur le r√īle des femmes libertaires dans la guerre d'Espagne.
  • Miguel Amoros, Durruti dans le labyrinthe, √©ditions de l'Encyclop√©die des Nuisances, 2007 (ISBN 978-2-910386-25-2)
  • (es) Miguel Amoros, Maroto, el h√©roe, una biograf√≠a del anarquismo andaluz, Virus editorial, 2011. (ISBN 978-84-92559312)
  • Antonio T√©llez Sola, Sabat√©, Gu√©rilla urbaine en Espagne (1945-1960), Ruedo ib√©rico, Paris, 1977. (ISBN 978-2-907966-01-6)
  • Carlos Sempr√ļn Maura, R√©volution et contre-r√©volution en Catalogne, Les nuits rouges, 2002. (ISBN 978-2-913112-17-9)
  • G√©n√©ral Walter G. Krivitsky, J'√©tais un agent de Staline, Champ Libre, Paris, 1979.
    Récit des exactions et de la stratégie des services secrets soviétiques durant la guerre par un ancien agent passé à l'Ouest.
  • Gordon Thomas & Max Morgan-Witts, Les derni√®res heures de Guernica (traduit de l'anglais), Nouveau Monde, 2007.
  • Gaston Leval, Espagne libertaire - 36-39, publi√© en 1971, repris en 1983 par les √Čditions du monde libertaire. R√©√©d. 2002 (ISBN 978-2-912339-21-8) Textes et illustrations disponibles aussi en ligne sur Description des exp√©riences des collectivit√©s en Espagne.
  • Vernon Richards, Enseignement de la r√©volution espagnole, Acratie, La Bussi√®re, 1997. (ISBN 978-2-909899-09-1). Point de vue critique et politique sur le mouvement anarchiste espagnol de l'√©poque.
  • Jean-Fran√ßois Berdah, √Čpuration et r√©pression politique en Espagne pendant la guerre d‚ÄôEspagne et la post-guerre (1936-1945) (2003).
  • Pierre Renouvin et Ren√© R√©mond (dir.), L√©on Blum, chef de gouvernement. 1936-1937, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, coll. ¬ę R√©f√©rences ¬Ľ, 1981 [1re √©d. 1967]
  • Revue Bilan, Contre-r√©volution en Espagne, 10/18.
  • Pierre et V√©ronique Salou Olivares Les r√©publicains espagnols au camp nazi de Mauthausen, Le devoir collectif de survivre, √©ditions Tir√©sias, 2005.
  • F√©lix Carrasquer, Les Collectivit√©s d‚ÄôAragon Espagne 36-39, 2003 Description des exp√©riences des collectivit√©s en Espagne.
  • Anne-Aurore Inquimbert, Un officier fran√ßais dans la guerre d'Espagne. Carri√®re et √©crits d'Henri Morel (1919-1944), Presses universitaires de Rennes, 2009, 304 pages.
  • Frank Mintz, L'autogestion dans l'Espagne r√©volutionnaire, 1970 (republi√© en 1976), Paris, Maspero
  • La CGT-SR et la r√©volution espagnole - De l‚Äôespoir √† la d√©sillusion - Juillet 1936-d√©cembre 1937 de J√©r√©mie Berthuin, √Čd. CNT-RP Probl√®mes et critiques politiques, notamment la non-intervention fran√ßaise.
  • C√©dric Dupont, Ils ont os√© !, Espagne 1936-1939 : chroniques, t√©moignages, reportages‚Ķ de l‚Äô√©poque, juin 2002, (ISSN 0184-1513) - (ISBN 978-2-903013-83-7)
  • Bravo Morata, Madrid pendant la Guerre civile, 32 mois de si√®ge, Paris, Hachette, 1973.
  • Herbert Southworth, La Destruction de Guernika, Paris, Ruedo Ib√©rico, 1975.
  • George Orwell, Hommage √† la Catalogne, 1938 (annexes descriptives des √©v√®nements politiques durant la guerre)

Ňíuvres √©crites de fiction

Ňíuvres de fiction cin√©matographiques

Documentaires

  • Un autre futur (en 2 volumes vid√©o) : ¬ę L'Espagne rouge et noir ¬Ľ et ¬ę Contre vents et mar√©es ¬Ľ de Richard Prost, Les films du village.
  • Caudillo 1975-1977. Film documentaire de Basilio Mart√≠n Patino.
  • Diego (vid√©o) : documentaire/interview d'un militant anarchiste (Abel Paz) ayant v√©cu l'insurrection r√©volutionnaire espagnole
  • Franco et la guerre civile en Espagne, Production SAGRADA TV, ARTE, Espagne 2005.
  • J'en garde la trace, (la Bataille de l'Ebre) novembre 2004. Film documentaire de Neus Viala, en version fran√ßaise et en version catalane DVCAM. Existe en DVD et VHS. Production et diffusion : Cultures et Communication ([1])
  • Journal de Rivesaltes 1941-1942 de Jacqueline Veuve, 1997.
  • No Pasar√°n, Album Souvenir 2003. Film documentaire d'Henri-Fran√ßois Imbert.
  • Spanien! (Espagne!) 1973. Film documentaire de Peter Nestler.
  • Unvers√∂hnliche Erinnerungen 1979. Film documentaire de Klaus Volkenborn, Johann Feindt et Karl Siebig.
  • Victoire de la vie 1937. Film documentaire de Henri Cartier-Bresson. Produit par la centrale sanitaire internationale. 112 min. Noir et blanc. Film sur l'entraide m√©dicale au service de l'Espagne r√©publicaine assaillie par les troupes du G√©n√©ral Franco. (Mk2 √Čditions, 2006)
  • L'Espagne vivra 1938. Film documentaire d'Henri Cartier-Bresson. Produit par le Secours populaire de France et des Colonies. 43 min. Noir et blanc. Second documentaire de l‚Äôauteur sur la Guerre d'Espagne. (Mk2 √Čditions, 2006)
  • Mourir √† Madrid de Fr√©d√©ric Rossif, produit par Nicole St√©phane, 1963.
  • Un 14 juillet 1939 d'Ir√®ne Ten√®ze produit par son auteur avec Les Films d'Ici (1983-1985)
  • Le Mur des Oubli√©s de Joseph Gordillo (2008) [2]
  • La Suisse et la guerre d'Espagne 1936-1939 La solidarit√© r√©alis√© par Daniel K√ľnzi (2002)
  • Les tombes perdues des Brigades internationales, documentaire t√©l√©vis√© par l'historien militaire canadien Norm Christie, Breakthrought Films & The History Channel, 2007.

Chansons

Photographies

Ňíuvres d'art

Voir aussi

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