Guerre Du Kippour

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Guerre Du Kippour

Guerre du Kippour

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RĂ©solution 194, 1948
RĂ©solution 3236, 1974
RĂ©solutions 3376 et 3379, 1975
RĂ©solution 4686, 1991

La guerre du Kippour (en hĂ©breu : ŚžŚœŚ—ŚžŚȘ Ś™Ś•Ś Ś”Ś›Ś™Ś€Ś•ŚšŚ™Ś), aussi appelĂ©e guerre du Ramadan dans le monde arabe ou encore guerre d'octobre (en arabe ۭ۱ۚ ŰȘŰŽŰ±ÙŠÙ†) ou guerre israĂ©lo-arabe de 1973 opposa, du 6 octobre au 24 octobre 1973, IsraĂ«l Ă  une coalition menĂ©e par l’Égypte et la Syrie.

Le jour mĂȘme du jeĂ»ne de Yom Kippour - Grand Pardon - par les juifs, les Égyptiens et les Syriens attaquĂšrent par surprise simultanĂ©ment dans la pĂ©ninsule du SinaĂŻ et sur le plateau du Golan, territoires respectivement Ă©gyptien et syrien occupĂ©s par IsraĂ«l depuis la guerre des Six Jours. AprĂšs 24 Ă  48 heures d’avancĂ©e des armĂ©es arabes, la tendance s’inversa en faveur de l’armĂ©e israĂ©lienne qui finit par repousser les Syriens hors du plateau du Golan au bout de 2 semaines et marcha au-delĂ  du canal de Suez dans le territoire Ă©gyptien lorsque le cessez-le-feu demandĂ© par les Nations unies fut appliquĂ©. Ce spectaculaire renversement de situation fut notamment dĂ» aux aides militaires amĂ©ricaines. Washington Ă©tablit en fait un pont aĂ©rien d’acheminements d’armes Ă  IsraĂ«l le 14 octobre pour contrer le pont aĂ©rien et maritime soviĂ©tique en place le 9 octobre.

Le Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies en coopĂ©ration avec les deux superpuissances par l'intermĂ©diaire du Royaume-Uni demanda un cessez-le-feu pour laisser place aux nĂ©gociations. IsraĂ«l en profita pour se rĂ©armer et prendre le dessus. L’incapacitĂ© des services secrets israĂ©liens Ă  dĂ©tecter les signaux de la guerre et le recours israĂ©lien Ă  la ruse eut pour consĂ©quence un sĂ©isme politique et notamment la dĂ©mission du premier ministre Golda Meir.

Cet Ă©pisode du conflit israĂ©lo-arabe fit mentir la rĂ©putation d’invincibilitĂ© d’IsraĂ«l surtout que l’impact psychologique des premiers jours de la guerre Ă  l’avantage des pays arabes a amenĂ© Ă  la normalisation des relations entre IsraĂ«l et l’Égypte et Ă  l’ouverture des nĂ©gociations de paix qui aboutirent aux accords de Camp David en 1978 et Ă  la rĂ©cupĂ©ration par les Égyptiens de la pĂ©ninsule du SinaĂŻ, occupĂ©e par IsraĂ«l aprĂšs la guerre des Six jours de 1967. Une autre consĂ©quence de cette guerre fut le choc pĂ©trolier de 1973, quand l’OPEP dĂ©cida de l’augmentation de 70 % du prix du baril de pĂ©trole ainsi que de la rĂ©duction de sa production.

Sommaire

Contexte

Situation des belligérants avant la guerre

Plusieurs guerres avaient dĂ©jĂ  eu lieu entre IsraĂ«l et les pays arabes du Moyen-Orient depuis le plan de partage de la Palestine et la DĂ©claration d’IndĂ©pendance de l’État hĂ©breu par David Ben Gourion en 1948. À l’issue de la guerre de 1967, IsraĂ«l avait conquis des territoires importants Ă  ses voisins et construit des fortifications sur le Golan et dans le SinaĂŻ afin de se protĂ©ger militairement des attaques ponctuelles qui survenaient sur les nouvelles frontiĂšres. Notamment, 500 millions de dollars avaient Ă©tĂ© dĂ©pensĂ©s en 1971 dans la construction de la ligne Bar-Lev le long de la rive orientale du canal de Suez.

Cependant, aprĂšs la mort du prĂ©sident Ă©gyptien Gamal Abdel Nasser en septembre 1970, son successeur Anouar el-Sadate, bien que plus modĂ©rĂ©, dĂ©cida de restaurer la souverainetĂ© de l’Égypte sur l’ensemble de son territoire. Suite Ă  la proposition de l’intermĂ©diaire onusien Gunnar Jarring, Sadate se dĂ©clara « prĂȘt Ă  nĂ©gocier un traitĂ© de paix avec IsraĂ«l Â» contre un engagement israĂ©lien Ă  appliquer la rĂ©solution 242 (1967) des Nations unies. Mais les dirigeants israĂ©liens, mĂ©fiants, firent prĂ©valoir la sĂ©curitĂ© militaire que leur assurait le contrĂŽle du SinaĂŻ. Aussi, certains analystes expliquĂšrent qu’aprĂšs 3 ans de pouvoir, la situation Ă©conomique dĂ©sastreuse de l’Égypte obligeait Sadate Ă  prendre des mesures impopulaires et qu’une opĂ©ration militaire victorieuse contre IsraĂ«l, mĂȘme mineure, s’imposait donc comme une bonne option pour lui rendre une certaine popularitĂ© auprĂšs de son peuple minĂ© par l’humiliation de 1967.
De son cÎté, Hafez el-Assad avait renforcé prioritairement son armée en vue de rendre à la Syrie son rang de puissance militaire au sein des pays arabes. Il se préparait à reprendre le Golan par la force puis obtenir de plus grandes concessions israéliennes plus tard en appuyant les nouvelles revendications palestiniennes formulées par la jeune OLP.
Par ailleurs, le roi Hussein de Jordanie craignait d’entrer dans un Ă©ventuel nouveau conflit et surtout de nouvelles pertes pour son royaume (la Cisjordanie avait Ă©tĂ© perdue en 1967), d’autant que la crise du Septembre noir de 1970 et la tentative de coup d’État de l’OLP de Yasser Arafat en Jordanie avait crĂ©Ă© un froid entre Hussein et les positions syriennes et palestiniennes. L’Irak refusa Ă©galement de combattre au cĂŽtĂ© de la Syrie avec laquelle les relations Ă©taient tendues. Les armĂ©es libanaises quant Ă  elles Ă©taient trop faibles pour prendre part aux combats.

Au cours des mois prĂ©cĂ©dant le dĂ©clenchement de la guerre, Sadate tenta une offensive diplomatique pour obtenir le soutien des pays de la Ligue arabe, du Mouvement des non-alignĂ©s et de l’Organisation de l'unitĂ© africaine. Il obtint Ă©galement les aides britannique et française au Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU ainsi que l’approvisionnement en matĂ©riel par la RFA avant la guerre.

L’escalade vers la guerre

À partir de 1972, Sadate annonce ouvertement que son pays est prĂȘt Ă  partir en guerre contre IsraĂ«l, quitte Ă  « sacrifier un million de soldats Â»[1]. Son armĂ©e est renforcĂ©e par l’apport soviĂ©tique de Mig-23, missiles sol-air SA-6, roquettes antichars RPG-7 et de missiles guidĂ©s anti-tanks AT-3 Sagger. Sur le plan stratĂ©gique, les gĂ©nĂ©raux vaincus lors de la dĂ©route de 1967 sont remplacĂ©s. Les leçons de la prĂ©cĂ©dente guerre sur le plan de l’armement amenĂšrent Sadate Ă  menacer l’URSS de se tourner vers les amĂ©ricains si l’Égypte ne reçoit pas d’armes Ă  la pointe de la technologie. Les SoviĂ©tiques sont donc contraints d’équiper l’Égypte pour la rendre capable de concurrencer IsraĂ«l, elle-mĂȘme Ă©quipĂ©e par l’industrie militaire amĂ©ricaine.

L’Union soviĂ©tique cherche pourtant Ă  Ă©viter une nouvelle confrontation arabo-israĂ©lienne pour ne pas se trouver en conflit ouvert avec les États-Unis, alors que la DĂ©tente est enclenchĂ©e et qu’ils ont peu d’intĂ©rĂȘt Ă  voir une dĂ©stabilisation du Proche-Orient. Les deux super-puissances se rencontrent Ă  Oslo et s’accordent Ă  rechercher un statu quo. En apprenant cette information, les Égyptiens, qui se prĂ©parent Ă  passer le Canal de Suez, dĂ©cident d’expulser les Russes. En juillet 1972, 20 000 conseillers militaires soviĂ©tiques sont renvoyĂ©s d’Égypte et la politique extĂ©rieure Ă©gyptienne devient plus favorable aux AmĂ©ricains. Les SoviĂ©tiques estiment que les chances d’une victoire Ă©gyptienne sont faibles et qu’un assaut contre les fortifications de Suez pourrait ĂȘtre coĂ»teux en pertes humaines. À plusieurs reprises, le prĂ©sident Brejnev tente d’éviter l’affrontement en recommandant Ă  IsraĂ«l de revenir aux frontiĂšres d’avant-1967.

Mais l’Égypte continue Ă  menacer IsraĂ«l et Sadate se dit prĂȘt, le 24 octobre 1972, Ă  entrer en guerre mĂȘme sans le soutien de l’URSS. Des exercices militaires Ă  grande Ă©chelle y compris chez ses voisins arabes maintiennent le niveau d’alerte maximum en IsraĂ«l. Les commandements des armĂ©es arabes ont secrĂštement coordonnĂ© leur plan d’attaque. Le nom de code de l’opĂ©ration conjointe entre la Syrie et l’Égypte fut baptisĂ©e opĂ©ration Badr, qui signifie Pleine Lune en arabe (en rĂ©fĂ©rence Ă  la bataille de Badr, l’une des premiĂšres victoires militaires de Mahomet contre les habitants de La Mecque pourtant supĂ©rieurs en nombre).

Attaque surprise

Les services secrets israĂ©liens, dans leur Ă©valuation des risques d’une attaque, s’appuyaient sur plusieurs hypothĂšses de dĂ©part " La Conception":

  • La Syrie n’aurait pas pu entrer en guerre sans l’Égypte.
  • Un informateur Ă©gyptien, connu sous le nom de « La Source Â» (des rumeurs se portent sur le gendre de Nasser, Achraf Marwan), prĂ©cisa que l’Égypte souhaitait reconquĂ©rir l’ensemble du SinaĂŻ mais que l’armĂ©e Ă©gyptienne attendait l’apport soviĂ©tique de chasseurs-bombardiers pour neutraliser les forces aĂ©riennes israĂ©liennes et de missiles Scud dirigĂ©s vers les villes israĂ©liennes pour dissuader d’éventuelles attaques contre les infrastructures Ă©gyptiennes.
  • Les chasseurs-bombardiers devaient arriver Ă  la fin du mois d’aoĂ»t et nĂ©cessiter 4 mois de formation des militaires Ă©gyptiens. De plus, les observateurs signalaient que l’expulsion des conseillers soviĂ©tiques par les Égyptiens devait affaiblir l’armĂ©e Ă©gyptienne.

Ce sont ces hypothĂšses qui ont prĂ©valu contre toutes les alertes signalĂ©es aux services israĂ©liens. Les Égyptiens ont continuellement noyĂ© les observateurs militaires de fausses informations sur des problĂšmes imaginaires de maintenance ou de manque de personnel formĂ© sur les Ă©quipements avancĂ©s. En mai et aoĂ»t 1973, les exercices militaires effectuĂ©s par les troupes Ă©gyptiennes Ă  la frontiĂšre avaient mobilisĂ© l’armĂ©e israĂ©lienne avec un coĂ»t de 10 millions de dollars par deux fois.

Tout au long de la semaine prĂ©cĂ©dant le Yom Kippour, les exercices Ă©gyptiens se multipliaient prĂšs du canal de Suez et des mouvements Ă©taient observĂ©s Ă  la frontiĂšre syrienne mais l’Intelligence israĂ©lienne ne jugea pas plausible une attaque sans l’armement soviĂ©tique.

MalgrĂ© le refus du roi Hussein de Jordanie de se joindre aux troupes syriennes et Ă©gyptiennes, il avait trĂšs probablement (d’aprĂšs Rabinovich) Ă©tĂ© informĂ© de l’attaque Ă  venir en des termes imprĂ©cis lors de la prĂ©paration entre les dirigeants arabes. Dans la nuit du 25 septembre, le roi Hussein prit secrĂštement l’avion pour prĂ©venir le Premier ministre israĂ©lien Golda Meir Ă  Tel Aviv de l’imminence d’une attaque syrienne[rĂ©f. nĂ©cessaire].

De façon assez surprenante, l’avertissement ne fut pas pris en compte. D’aprĂšs les rapports israĂ©liens, malgrĂ© des dizaines de signes alertants, le Mossad continuait Ă  estimer improbable l’option d’une guerre dĂ©clenchĂ©e par les pays arabes. Ce fut la rencontre du chef du Mossad, Zvi Zamir, avec « Babel Â» en Europe qui finit par faire rĂ©agir le haut commandement de Forces de dĂ©fense d'IsraĂ«l Ă  quelques heures de l’attaque. Des rĂ©servistes furent partiellement mobilisĂ©s. La mobilisation fut ironiquement facilitĂ©e par le fait que les troupes Ă©taient gĂ©nĂ©ralement Ă  la synagogue ou chez eux pour le jour du Yom Kippour.

Contrairement aux guerres précédentes, le facteur surprise a cette fois-ci été utilisé contre les Israéliens.

Absence d’attaque prĂ©ventive israĂ©lienne

En apprenant l’imminence de l’attaque arabe, Golda Meir prit la dĂ©cision controversĂ©e de ne pas dĂ©clencher d’attaque prĂ©ventive comme cela avait Ă©tĂ© le cas en 1967

La stratégie israélienne était de prévoir une attaque préventive si la guerre était imminente. Il était prévu que les services secrets donnent un préavis de 48 heures.

Pourtant, Golda Meir, Moshe Dayan et le gĂ©nĂ©ral David Elazar s’étaient rencontrĂ©s le matin du Yom Kippour, 6 heures avant l’attaque. Dayan doutait toujours de l’imminence de la guerre tandis que Elazar pensait Ă  une attaque planifiĂ©e en Syrie contre ses forces aĂ©riennes, puis ses missiles et ses forces au sol.

Mais l’argument qui joua fut le risque qu’IsraĂ«l puisse avoir besoin d’aide par la suite. Or une aide europĂ©enne allait ĂȘtre bloquĂ©e par des menaces arabes d’embargo sur le pĂ©trole comme cela s’était dĂ©jĂ  produit concernant des munitions. IsraĂ«l ne pouvait donc compter que sur l’aide amĂ©ricaine qui Ă©tait conditionnĂ©e par la premiĂšre attaque. Si IsraĂ«l avait attaquĂ© en premier (mĂȘme de façon prĂ©ventive), aucune aide ne serait venue des États-Unis. Cela fut confirmĂ© par Henry Kissinger plus tard.

DĂ©roulement de la guerre

Dans le SinaĂŻ

Des MiG Égyptiens attaquant un convoi IsraĂ©lien.

Contrairement Ă  1967, les unitĂ©s Ă©gyptiennes choisirent de ne pas avancer au-delĂ  de la couverture qu’assuraient leurs batteries de missiles SAM qu’ils avaient installĂ©es pour protĂ©ger les lignes de cessez-le-feu de 1967. Les forces aĂ©riennes sur lesquelles IsraĂ«l avait misĂ© l’essentiel de ses investissements militaires ne pouvaient ainsi rien tenter contre elles.

Les Égyptiens entamĂšrent des vastes bombardements aĂ©riens contre des radars, des batteries et trois aĂ©roports israĂ©liens. Durant ces bombardements, les Égyptiens perdirent onze avions dont celui pilotĂ© par le frĂšre du prĂ©sident Ă©gyptien, Atif Sadate. Durant leur traversĂ©e du canal de Suez, les Égyptiens perdirent 250[2] soldats sur les 8 000 qui constituaient la premiĂšre vague.

Anticipant une rapide contre-attaque de l’armĂ©e israĂ©lienne, les Ă©gyptiens rĂ©pliquĂšrent avec des armes capables de dĂ©truire des tanks et avec les missiles antichar Sagger. Un soldat Ă©gyptien sur trois Ă©tait armĂ© contre les blindĂ©s. Les positions Ă©gyptiennes sur le canal de Suez avaient Ă©tĂ© surĂ©levĂ©es de façon Ă  obtenir un avantage certain pour tirer sur les tanks israĂ©liens.

L’armĂ©e Ă©gyptienne surprit par son aisance Ă  crĂ©er une brĂšche dans les dĂ©fenses israĂ©liennes et par sa capacitĂ© Ă  traverser le canal malgrĂ© les forts Bar-Lev. Avec mĂ©thode, les forces Ă©gyptiennes pĂ©nĂ©trĂšrent sur 15 kilomĂštres dans le dĂ©sert du SinaĂŻ grĂące aux efforts combinĂ©s de deux brigades. L’avantage des positions dĂ©fensives des IsraĂ©liens, construites sur des replats sablonneux, fut rĂ©duit par d’ingĂ©nieuses attaques Ă©gyptiennes au canon Ă  eau qui facilitĂšrent les frappes contre ces postes exposĂ©s.

Face au nombre, les forts de la ligne Bar-Lev cĂ©dĂšrent tous sauf un (le plus au nord) aux Ă©gyptiens qui consolidĂšrent leurs positions initiales. Le 8 octobre, Shmuel Gonen (en) (qui avait remplacĂ© Ariel Sharon en tant que commandant du front sud seulement trois mois auparavant) ordonna une contre-attaque Ă  Hizayon alors que les tanks israĂ©liens y Ă©taient particuliĂšrement exposĂ©s aux tirs de Saggers. Le dĂ©sastre et la contre-attaque nocturne des Égyptiens qui s’ensuivirent ne furent stoppĂ©s que par la division d’Ariel Sharon qui imposa une accalmie relative. Les deux armĂ©es se postĂšrent alors dans une position dĂ©fensive. Des remaniements dans le commandement des troupes israĂ©liennes se firent alors : Gonen, remplacĂ© Ă  la tĂȘte par Elazar et Bar-Lev, de retour de sa retraite. Le 9 octobre, Golda Meir lance un appel « sauvez IsraĂ«l Â» et les États-Unis rĂ©pondent Ă  cet appel en envoyant des armes Ă  IsraĂ«l.

AprĂšs plusieurs jours d’attente, Sadate ordonna Ă  nouveau l’offensive afin de faciliter les pressions syriennes au nord d’IsraĂ«l. Ces nouvelles attaques furent lancĂ©es le 14 octobre et furent un Ă©chec. En effet, les attaques de front successives buttĂšrent sur les troupes israĂ©liennes repliĂ©es. Les pertes quotidiennes s’élevaient entre 150 et 250 chars par jour d’aprĂšs une source israĂ©lienne.
À partir du 15 octobre, les IsraĂ©liens changĂšrent de tactique et attaquĂšrent grĂące Ă  leur infanterie qui s’infiltra Ă  pied jusqu’aux batteries de missiles sol-air et antichars.

Une division commandĂ©e par le major gĂ©nĂ©ral Ariel Sharon attaqua la ligne Ă©gyptienne Ă  son point le plus faible, Ă  la limite entre les positions dĂ©fendues par la DeuxiĂšme ArmĂ©e Ă©gyptienne au nord et la TroisiĂšme ArmĂ©e au Sud. Elle ouvrit une faille dans la ligne Ă©gyptienne et atteignit le canal de Suez. Une plus petite troupe passa le canal et constitua un pont pour rallier d’autres troupes grĂące Ă  des canots pneumatiques sur le canal. Une fois les missiles anti-aĂ©riens et anti-tanks neutralisĂ©s grĂące aux missiles amĂ©ricains M72, l’infanterie put Ă  nouveau compter sur le support de ces corps de l’armĂ©e. GrĂące au ravitaillement amĂ©ricain en armes les plus modernes, la division de Avraham « Bren Â» Adan put mettre en place un pont flottant dans la nuit du 16 au 17 octobre et le traverser vers le sud afin de couper la route Ă  la TroisiĂšme ArmĂ©e Ă©gyptienne qui tentait de se replier Ă  l’ouest. En mĂȘme temps, les batteries de missiles SAM Ă  l’est furent dĂ©truites.

Avant que la guerre ne s’arrĂȘte, une division israĂ©lienne Ă©tait arrivĂ©e Ă  101 kilomĂštres de la capitale Ă©gyptienne Le Caire.

Sur le plateau du Golan

Offensive et contre-offensive sur le plateau du Golan

Sur le plateau du Golan en altitude, les Syriens attaquĂšrent les IsraĂ©liens. Ils envoyĂšrent cinq divisions et 188 batteries d’artillerie contre les deux brigades et les onze batteries de dĂ©fense des IsraĂ©liens. Au moment de l’assaut, seulement 180 chars d’assaut firent face aux quelques 1 400 tanks syriens Ă©quipĂ©s pour les combats nocturnes. Des commandos syriens parachutĂ©s par hĂ©licoptĂšre prirent immĂ©diatement le plus important bastion de surveillance israĂ©lien sur le mont Hermon.

Les affrontements sur le plateau du Golan devinrent trĂšs vite la prioritĂ© des Forces de dĂ©fense d'IsraĂ«l qui y envoyĂšrent le plus rapidement possible des rĂ©servistes mobilisĂ©s car la chute du Golan aurait permis aux Syriens de s’infiltrer facilement plus en avant dans le territoire israĂ©lien. Les rĂ©servistes furent envoyĂ©s directement dans des chars sur le front sans attendre mĂȘme le calibrage des canons.

Comme les Égyptiens dans le SinaĂŻ, les Syriens utilisĂšrent les armes anti-chars fournies par les SoviĂ©tiques et restĂšrent sous la protection de leurs batteries de missiles SAM. Toutefois, les tirs contre les chars furent moins efficaces sur ce terrain que dans le dĂ©sert.

Contrairement aux prĂ©visions syriennes qui avaient estimĂ© que les rĂ©servistes israĂ©liens n’arriveraient sur le front qu’au bout d’une journĂ©e, IsraĂ«l parvient Ă  mobiliser ses unitĂ©s et Ă  les envoyer au front aprĂšs seulement 15 heures de combats.

À l’issue du premier jour, les Syriens, pourtant beaucoup moins armĂ©s que leurs vis-Ă -vis israĂ©liens, obtinrent une victoire. Ils furent sur le point de contrĂŽler l’importante jonction de Nafekh (qui Ă©tait aussi le quartier gĂ©nĂ©ral israĂ©lien du plateau). Puis, pendant quatre jours, la septiĂšme brigade israĂ©lienne commandĂ©e par Yanush Ben Gal rĂ©sista pour conserver le flanc Nord du quartier gĂ©nĂ©ral de Nafekh. Au Sud, la brigade « Barak Â», non protĂ©gĂ©e par des obstacles naturels, essuya de lourdes pertes. Le Commandant Colonel Shoham mourut dans les premiers jours de combats alors que les Syriens tentaient dĂ©sespĂ©rĂ©ment d’avancer pour atteindre le lac de TibĂ©riade.

Le vent tourna Ă  partir du 8 octobre, Ă  l’arrivĂ©e des nouveaux rĂ©servistes israĂ©liens et de nouvelles armes amĂ©ricaines qui parvinrent Ă  bloquer l’offensive syrienne puis, le 10 octobre, Ă  la repousser au-delĂ  de la Purple Line, la frontiĂšre d’avant la guerre.

Rabinovich raconte que le dĂ©bat fut alors intense sur la question de continuer la contre-attaque Ă  l’intĂ©rieur des frontiĂšres syriennes. La dĂ©faite de Shmuel Gonen dans le SinaĂŻ s’était passĂ©e deux jours plus tĂŽt et marquait encore les esprits. Certains considĂ©raient sage de rester sur la dĂ©fensive sur le plateau du Golan plutĂŽt que de s’engager sur les plaines syriennes mais, quatre jours auraient Ă©tĂ© nĂ©cessaires pour envoyer les troupes du Golan dans le SinaĂŻ et le bilan global israĂ©lien Ă©tait alors nĂ©gatif : perte de terrain dans le SinaĂŻ et statu quo dans le nord. La dĂ©cision fut donc prise de passer la Purple Line dĂšs le 11 octobre.

Du 11 au 14 octobre, la poussĂ©e israĂ©lienne les amena Ă  40 km des banlieues de Damas qui Ă©taient Ă  la portĂ©e de l’artillerie. Le roi Hussein de Jordanie dĂ©cida alors que la situation exigeait l’intervention de son armĂ©e. Certaines sources rapportent ainsi qu’il fit le nĂ©cessaire pour envoyer des troupes jordaniennes en soutien aux Syriens tout en Ă©vitant d’ĂȘtre attaquĂ© par les IsraĂ©liens Ă  ses propres frontiĂšres. Ces derniers ne souhaitaient pas non plus ouvrir un troisiĂšme front. Par ailleurs, l’Irak expĂ©dia quelque 30 000 hommes, 500 chars d’assaut et 700 APC. Les efforts combinĂ©s des armĂ©es arabes empĂȘchĂšrent IsraĂ«l d’avancer davantage.

Le 22 octobre, les brigades israĂ©liennes rĂ©cupĂ©rĂšrent la position du mont Hermon malgrĂ© de lourdes pertes dues aux franc-tireurs syriens. Les pertes des attaques contre cette position furent lourdes mais le sommet du mont fut occupĂ© par une brigade parachutiste israĂ©lienne suite Ă  une brĂšche percĂ©e par un bulldozer D9 de l’infanterie.

En mer

La bataille navale de Latakia entre Syriens et IsraĂ©liens s'est dĂ©roulĂ©e le 7 octobre, second jour du conflit. Ce fut une victoire israĂ©lienne retentissante qui dĂ©montra notamment l’efficacitĂ© des navires militaires Ă©quipĂ©s des moyens d’auto-dĂ©fense ECM. La marine israĂ©lienne devait acquĂ©rir dĂ©finitivement la supĂ©rioritĂ© navale en MĂ©diterranĂ©e avec une seconde victoire, remportĂ©e le 9 octobre Ă  Damiette sur la marine Ă©gyptienne.

Par ailleurs, tant la marine israélienne que son homologue égyptienne montÚrent plusieurs attaques et opérations commando (menées par des nageurs de combat) contre les bases navales adverses.

À l’issue du conflit, le bilan de la guerre navale fut trĂšs favorable Ă  IsraĂ«l qui s’imposa trĂšs nettement face Ă  ses adversaires, leur coulant ou endommageant gravement quinze bĂątiments pour la perte de deux patrouilleurs lĂ©gers (en mer Rouge, face aux Égyptiens).

Contribution d'autres pays

Les apports des autres pays du front anti-israĂ©lien sont peu prĂ©cis. L’Arabie saoudite et le KoweĂŻt ont surtout fourni une aide financiĂšre et, de façon symbolique, quelques militaires sur le front. Le Maroc a envoyĂ© des troupes (environ 5 450 hommes qui ont rĂ©alisĂ© une percĂ©e au cours du conflit et ont pu stopper les troupes israĂ©liennes au-delĂ  de Sassa) et un escadron de 12 mig 17 et 40 f-5 freedom fighter, le Pakistan a envoyĂ© seize pilotes et des troupes palestiniennes se joignirent aussi aux armĂ©es arabes. De 1971 Ă  1973, la Libye a envoyĂ© des Mirages et 1 milliard de dollars pour aider l’effort d’armement Ă©gyptien. L’AlgĂ©rie a envoyĂ© Ă©galement des chasseurs, des bombardiers et des chars. Elle fut la deuxiĂšme puissance militaire sur le front Ă©gyptien et sa force Ă©tait composĂ©e d’un escadron de bombardiers tactiques Su-7 escortĂ© par un escadron de chasse MiG-21. Un troisiĂšme escadron Ă©quipĂ© de MiG-17 fut envoyĂ© pour des missions de soutien. Les pilotes algĂ©riens Ă©taient cette fois plus prĂ©parĂ©s et mieux aguerris grĂące Ă  la guerre d’usure. Elle fut la seule force aĂ©rienne arabe Ă  ne pas avoir perdu d’appareils au combat, seul un MiG-17 fut touchĂ© par un Phantom israĂ©lien. MalgrĂ© la gravitĂ© du coup le pilote algĂ©rien rĂ©ussit Ă  faire Ă©craser le MiG prĂšs de sa base d’attache tout en s’éjectant et en Ă©vitant de se faire capturer. Les avions algĂ©riens avaient accompli toutes leurs missions qui consistaient Ă  attaquer les israĂ©liens dans le SinaĂŻ et Ă  protĂ©ger le Caire de toute contre-offensive israĂ©lienne; des chasseurs algĂ©riens ont mĂȘme atteint des cibles a Tel Aviv. La Tunisie a envoyĂ© un contingent de 1 000 soldats auprĂšs des forces Ă©gyptiennes dans le delta du Nil. Le Soudan a envoyĂ© 3 500 soldats. Des pilotes de la CorĂ©e du Nord et de l'Allemagne de l'Est ont participĂ© Ă©galement au conflit[3] et la radio ougandaise a fait Ă©galement mention de combattants ougandais.

Cessez-le-feu et lendemain de guerre

Le Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies adopte le 22 octobre 1973 la RĂ©solution 338 (1973), nĂ©gociĂ©e par les États-Unis et l’Union soviĂ©tique, qui rĂ©affirme la validitĂ© de la rĂ©solution 242 (1967), adoptĂ©e pendant la guerre des Six Jours et appelle toutes les parties au conflit (l’Égypte, la Syrie, IsraĂ«l, la Jordanie) Ă  un cessez-le-feu immĂ©diat et Ă  des nĂ©gociations en vue « d’instaurer une paix juste et durable au Moyen-Orient Â». Le cessez-le-feu devient effectif douze heures plus tard Ă  19 heures sur le terrain, Ă  la tombĂ©e de la nuit.

Situation de la troisiÚme armée égyptienne encerclée

À cet instant, les forces israĂ©liennes Ă©taient Ă  quelques centaines de mĂštres de la route du Caire. Elazar et Dayan s’accordĂšrent pour prendre la route qui part vers le sud et encerclĂšrent ainsi la TroisiĂšme ArmĂ©e Ă©gyptienne Ă  l’ouest du canal de Suez. Au matin, les vols de reconnaissance soviĂ©tiques observĂšrent l’avancĂ©e que l’armĂ©e israĂ©lienne avait effectuĂ© pendant la nuit et l’URSS accusa IsraĂ«l de traĂźtrise. Surtout, cette situation offrit aux États-Unis une opportunitĂ© stratĂ©gique : obtenir de l’Égypte qu’elle sorte dĂ©finitivement de l’influence soviĂ©tique en Ă©change de la TroisiĂšme ArmĂ©e qui Ă©tait encerclĂ©e sans ravitaillement par les troupes israĂ©liennes cependant beaucoup moins nombreuses. L’issue de cette bataille Ă©tait donc incertaine.

Menace nucléaire soviético-américaine

Brejnev envoya une lettre Ă  Nixon dans la nuit du 23 au 24 octobre afin qu’AmĂ©ricains et SoviĂ©tiques assurassent le respect du cessez-le-feu sur le terrain. Il menaça mĂȘme les États-Unis d’intervenir aux cĂŽtĂ©s de l’Égypte comme l’avaient fait les États-Unis s’ils n’agissaient pas dans ce sens. Nixon, affaibli par le scandale du Watergate ne fut pas consultĂ© par ses conseillers qui prirent des mesures d’apaisement pour mettre un terme Ă  la crise avec l’URSS. Nikolai Podgorny confia plus tard qu’il avait Ă©tĂ© surpris par la peur des AmĂ©ricains. Les SoviĂ©tiques n’auraient probablement pas dĂ©clenchĂ© la TroisiĂšme Guerre mondiale Ă  cause de cette guerre au Proche-Orient. La rĂ©ponse des États-Unis fut de baisser le niveau d’alerte du DEFCON et de suggĂ©rer Ă  Sadate d’abandonner sa demande d’assistance aux SoviĂ©tiques, ce qu’il accepta le lendemain matin.

Accalmie sur le front nord

Sur le front Nord, les Syriens avaient planifié une contre-attaque massive pour le 23 octobre. Les cinq bataillons syriens furent aidés par deux bataillons irakiens et quelques troupes des autres pays arabes dont la Jordanie. Les Soviétiques avaient remplacé tous les tanks perdus par les syriens dans les premiÚres semaines de combat.

Toutefois, la veille de l’attaque prĂ©vue, les Nations unies imposĂšrent le cessez-le-feu qui avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© acceptĂ© par l’Égypte et IsraĂ«l sur le front sud. Hafez el-Assad dĂ©cida d’abandonner l’offensive et accepta le cessez-le-feu le 23 octobre. L’Irak rappela ses troupes.

Rabinovich raconte que la Syrie aurait pu continuer le combat sans l’Égypte et que certains gĂ©nĂ©raux syriens y Ă©taient favorables mais cela aurait pu signifier la destruction de la TroisiĂšme ArmĂ©e Ă©gyptienne et la Syrie n’aurait plus pu compter sur une Ă©ventuelle aide Ă©gyptienne si IsraĂ«l avait fini par menacer Damas.

NĂ©gociations d’aprĂšs-guerre

Les combats organisĂ©s prirent fin sur tous les fronts aux alentours du 26 octobre. Cela n’empĂȘcha pas des tirs sporadiques ni ne dissipa les tensions militaires liĂ©es Ă  la TroisiĂšme ArmĂ©e Ă©gyptienne toujours prisonniĂšre et isolĂ©e sans ravitaillement.

IsraĂ«l reçut la menace de Kissinger de soutenir un retrait auprĂšs de l’ONU, mais une proposition de Sadate auprĂšs des États-Unis de nĂ©gocier directement avec IsraĂ«l le ravitaillement du contingent encerclĂ© aboutit plus vite au cessez-le-feu dĂ©finitif.

Les discussions eurent lieu le 28 octobre entre les majors gĂ©nĂ©raux Aharon Yariv (israĂ©lien) et Muhammad al-Ghani al-Gamasy (Ă©gyptien). Ils s’accordĂšrent sur l’échange des prisonniers de guerre et les checkpoints israĂ©liens ; un accord de paix fut trouvĂ© au sommet qui suivit Ă  GenĂšve. Le 18 janvier, IsraĂ«l signa un accord de retrait de la partie ouest du canal de Suez et retira ses troupes le 5 mars.

Un va-et-vient diplomatique de Henry Kissinger aboutit Ă  un accord de dĂ©sengagement le 31 mai 1974, basĂ© sur l’échange de prisonniers, le retrait israĂ©lien jusqu’à la Purple Line et l’établissement d’une zone tampon contrĂŽlĂ©e par l’ONU. Une troupe d’observateurs des Nations unies fut aussi Ă©tablie dans le Golan pour garantir la paix.

Bilan de la guerre

Bilan humain

CĂŽtĂ© israĂ©lien :

  • 3 020 morts
  • 8 135 blessĂ©s

CĂŽtĂ© coalition arabe (Égypte, Syrie, Jordanie, Irak) :

  • 9 500 morts
  • 19 850 blessĂ©s

Source : www.net4war.com/e-revue/dossiers/kippour73/kippour16.htm

Conséquences à long terme de la guerre

Les discussions de paix qui se déroulÚrent à la fin de la Guerre du Kippour furent les premiÚres menées directement entre des dirigeants arabes et israéliens.

Pour les Arabes (Égyptiens en particulier), le traumatisme de la dĂ©faite de la guerre des Six Jours fut guĂ©ri et cela leur permit d’une certaine façon de nĂ©gocier avec les IsraĂ©liens sur un pied d’égalitĂ©. Toutefois, si le plan arabe pendant la guerre avait commencĂ© exactement comme prĂ©vu, il avait finalement abouti Ă  dĂ©montrer qu’IsraĂ«l ne pouvait ĂȘtre vaincu militairement. La conviction largement partagĂ©e fut alors que des nĂ©gociations de paix pourraient permettre d’obtenir ce qui n’avait pas pu ĂȘtre gagnĂ© sur le terrain.

La population israĂ©lienne, quant Ă  elle, avait Ă©tĂ© choquĂ©e par le dĂ©but difficile de la guerre et le manque de vigilance de ses militaires trop sĂ»rs d’eux.

En rĂ©action au soutien amĂ©ricain Ă  IsraĂ«l, les pays arabes dĂ©cidĂšrent, le 17 octobre 1973, d’un embargo sur le pĂ©trole Ă  destination des États occidentaux. Cela amena le choc pĂ©trolier de 1973.

Crise politique en Israël

En IsraĂ«l, cette guerre a constituĂ© un vĂ©ritable Ă©lectrochoc. De nombreux mythes de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne se sont effondrĂ©s : invincibilitĂ© de l’armĂ©e, infaillibilitĂ© des services de renseignement. La population israĂ©lienne n’avait jamais connu jusqu’alors de crise morale aussi grave. Il fallut attendre le miasme du conflit libanais, l’Intifada puis l’assassinat du Premier ministre Ytzhak Rabin pour assister Ă  une remise en cause d’une telle importance. L’image de marque d’IsraĂ«l s’est en outre dĂ©gradĂ©e Ă  travers le monde, renforçant un peu plus l’isolement diplomatique de l’État hĂ©breu. Ses relations privilĂ©giĂ©es avec l’alliĂ© amĂ©ricain ont connu de rĂ©els soubresauts

Quatre mois aprĂšs la fin de la guerre, des protestations de colĂšre ont commencĂ© Ă  s’élever contre le gouvernement israĂ©lien et contre Dayan en particulier. Une enquĂȘte sur les Ă©vĂ©nements des premiers jours de la guerre et ceux l’ayant prĂ©cĂ©dĂ©e fut demandĂ©e : la commission Shimon Agranat.

Les rĂ©sultats furent publiĂ©s le 2 avril 1974 et dĂ©signĂšrent six personnes ayant des responsabilitĂ©s dans les erreurs ayant fragilisĂ© IsraĂ«l.

  • Le gĂ©nĂ©ral David Elazar fut poussĂ© Ă  la dĂ©mission par rapport aux hypothĂšses erronĂ©es de la situation et la prĂ©paration de la guerre.
  • Eli Zeira du Renseignement et le dĂ©putĂ© Aryeh Shalev furent Ă©galement poussĂ©s Ă  la dĂ©mission.
  • Les lieutenants-colonels Bandman et Gedelia quittĂšrent les services secrets.
  • Le commandant du front sud, Shmuel Gonen, fut dĂ©mis de ses fonctions dans l’ArmĂ©e pour avoir mis des troupes dans une situation dangereuse ayant amenĂ© leur capture, aprĂšs le rapport final de la commission, remis le 30 janvier 1975.

Les responsabilitĂ©s de Dayan et Meir ne furent pas reconnues, ce qui continua Ă  mĂ©contenter l’opinion publique israĂ©lienne qui rĂ©clamait leur dĂ©mission (surtout celle de Moshe Dayan).

Finalement, Golda Meir dĂ©missionna le 11 avril 1974, entraĂźnant la fin de son gouvernement. Meir avait auparavant refusĂ© la dĂ©mission de Dayan par deux fois. Yitzhak Rabin, qui avait Ă©tĂ© le conseiller de Elazar, prit la tĂȘte du nouveau gouvernement en juin.

Option nuclĂ©aire israĂ©lienne ?

Selon certains, le gouvernement IsraĂ©lien aurait menacĂ© d’utiliser l’arme nuclĂ©aire quand il se trouva en difficultĂ© face Ă  l’attaque Ă©gypto-syrienne. La dĂ©cision aurait Ă©tait prise secrĂštement le 8 octobre par le Premier ministre Golda Meir et par le ministre de la dĂ©fense Moshe Dayan : 13 tĂȘtes nuclĂ©aires de 20 kilotonnes furent dĂ©ployĂ©es pour ĂȘtre lancĂ©es sur l’Égypte et la Syrie par des missiles Jericho 1 (construits par IsraĂ«l sur projet français) et par des chasseurs-bombardiers fournis par les États-Unis [rĂ©f. nĂ©cessaire].

Un conflit riche en enseignements militaires

La guerre du Kippour apparaĂźt en dĂ©finitive comme un conflit plus Ă©quilibrĂ© et plus disputĂ© que l’image qui en a souvent Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e. Le rapport des forces en prĂ©sence s’est avĂ©rĂ© moins dĂ©sĂ©quilibrĂ© que ce que les autoritĂ©s arabes et israĂ©liennes ont longtemps laissĂ© entendre. L’impact rĂ©el de l’aide matĂ©rielle fournie par les deux grandes puissances Ă  leurs alliĂ©s respectifs ne fut pas aussi dĂ©cisif que ce que les AmĂ©ricains et les SoviĂ©tiques ont longtemps prĂ©tendu.

Cette guerre a constituĂ© le premier conflit mĂ©canisĂ© de haute intensitĂ© depuis la fin de la Seconde guerre Mondiale. Elle a dĂ©montrĂ© l’importance du renseignement pour contrer l’effet de surprise. Elle a permis de valider, de nuancer ou de rejeter certains concepts opĂ©rationnels. Elle a servi de banc d’essai Ă  de nombreuses armes rĂ©centes qui n’avaient pas eu l’occasion de subir l’épreuve rĂ©elle du feu. Elle a dĂ©montrĂ© une nouvelle fois que le facteur humain jouait toujours un rĂŽle essentiel dans la conduite de la bataille.

La haute technologie a eu un impact considĂ©rable sur le dĂ©roulement des combats. La notion de C3I s’est imposĂ©e comme une donnĂ©e fondamentale du combat moderne. L’efficacitĂ© des missiles, bien que rĂ©elle, a cependant Ă©tĂ© exagĂ©rĂ©e. Le char et l’avion ont dĂ©montrĂ© qu’ils restaient les vecteurs essentiels du combat mĂ©canisĂ© Ă  condition de s’intĂ©grer dans un environnement interarmes leur assurant soutien et protection. Si l’aviation militaire a jouĂ© un rĂŽle important pendant le conflit, celui-ci n’a pas Ă©tĂ© aussi dĂ©cisif qu’en juin 1967. À l’inverse de la guerre des Six Jours, ce sont en effet les chars qui ont cette fois-ci ouvert la voie aux avions. La puissance et l’efficacitĂ© de l’arme aĂ©rienne ont donc Ă©tĂ© surestimĂ©es, comme peu de temps auparavant lors de la guerre du Vietnam, puis dix-huit ans plus tard lors de la guerre du Golfe[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Une fois de plus, les Ă©vĂ©nements ont dĂ©montrĂ© que la guerre se perdait ou se gagnait au sol. De maniĂšre plus globale, la nĂ©cessitĂ© d’une approche interarmĂ©es voire interalliĂ©e s’est imposĂ©e comme l’un des enjeux majeurs pour la conduite efficace d’un conflit d’envergure.

Accords de Camp David

Article dĂ©taillĂ© : Accords de Camp David.

Le gouvernement Rabin, mis en difficulté par des scandales, fut obligé de provoquer des élections anticipées en 1977. Le parti du Likoud remporta alors ces élections et forma un gouvernement avec pour premier ministre Menahem Begin.

Sadate, qui Ă©tait entrĂ© en guerre pour rĂ©cupĂ©rer le SinaĂŻ, Ă©tait contrariĂ© par le rythme lent des nĂ©gociations de paix. En novembre 1977, il fit un pas inattendu en faisant un voyage officiel en IsraĂ«l, devenant ainsi le premier leader arabe Ă  reconnaĂźtre de facto l’existence d’IsraĂ«l.

Ce geste eut l’effet d’accĂ©lĂ©rer le processus de paix. Le prĂ©sident amĂ©ricain Jimmy Carter invita alors ensemble Sadate et Begin Ă  un sommet Ă  Camp David pour nĂ©gocier une paix dĂ©finitive. Les discussions se dĂ©roulĂšrent du 5 au 17 septembre 1978 et aboutirent au traitĂ© de paix israĂ©lo-Ă©gyptien de 1979. IsraĂ«l retira ses troupes et ses implantations de toute la pĂ©ninsule du SinaĂŻ en Ă©change de relations normales avec l’Égypte et d’une paix durable.

Beaucoup dans la communautĂ© arabe furent scandalisĂ©s par ce traitĂ© de paix signĂ© par l’Égypte avec IsraĂ«l. L’Égypte fut exclue de la Ligue arabe. Deux ans plus tard, Sadate fut assassinĂ© le 6 octobre 1981 alors qu’il assistait Ă  un dĂ©filĂ© commĂ©morant le huitiĂšme anniversaire du dĂ©but de la guerre. Ses assassins Ă©taient des Ă©lĂ©ments de l’ArmĂ©e qui dĂ©sapprouvaient les nĂ©gociations qu’il avait osĂ© mener avec IsraĂ«l.

Références

  1. ↑ Righteous victims : a history of the Zionist-Arab conflict, 1881-1999, Benny Morris, AgnĂšs Dufour http://books.google.fr/books?id=6d26-u2goHkC&printsec=frontcover#PPA426,M1
  2. ↑ MĂ©moires du gĂ©nĂ©ral Saad Eddine Chadli
  3. ↑ Le fanatique de l'aviation, no 447, janvier 2007

Sources

  • Sur l’aspect naval du conflit
    • magazine Guerres et conflit d’aujourd’hui, no 2 : IsraĂ«l-Syrie-Égypte, 1984
    • Pierre Razoux, la marine Ă©cartelĂ©e entre projection et dissuasion, magazine Raid, hors-sĂ©rie 24, juillet 2007
    • Pierre Razoux, la marine israĂ©lienne d’hier Ă  aujourd’hui, magazine Marines et Forces navales, numĂ©ro 105, octobre-novembre 2006
    • FrĂ©dĂ©ric Stahl, la marine israĂ©lienne 1948-2006, magazine Navires et Histoire numĂ©ro 38, octobre-novembre 2006
    • MĂ©moires du gĂ©nĂ©ral Saad Eddine Chadli, « Guerre d'octobre 73 Â» tome 1.

Roman inspiré de la Guerre du Kippour

  • Robert Chavanac, Kippour au canal, Ă©ditĂ© par Fleuve noir collection Feu - Paru en 1975

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