Guerre De Crimée

ï»ż
Guerre De Crimée

Guerre de Crimée

Guerre de Crimée
CatonWoodvilleLightBrigade.jpeg
La charge de la brigade légére
Informations générales
Date 4 octobre 1853 au
30 mars 1856
Lieu Principalement autour de la mer Noire
Issue Victoire de l'alliance turco-franco-britannique
Belligérants
Empire Ottoman  Empire ottoman
Drapeau français Empire français
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
Royaume de Sardaigne Royaume de Sardaigne
Flag of Russia.svg Empire russe
Commandants
Armand de Saint-Arnaud
François Certain de Canrobert
FitzRoy Somerset
Aimable PĂ©lissier
Patrice de Mac-Mahon
Alexandre SergueĂŻevitch Menchikov
Batailles
Sinop â€” Petropavlovsk â€” Alma â€” Balaklava â€” Inkerman â€” SĂ©bastopol â€” Eupatoria â€” Taganrog â€” TchernaĂŻa â€” Kars  â€” Malakoff

La guerre de CrimĂ©e (1853-1856) fut une guerre entre la Russie impĂ©riale et une coalition comprenant l’Empire ottoman, le Royaume-Uni, la France et le royaume de Sardaigne.

Sommaire

Situation géographique de la Crimée

La presqu'Ăźle de CrimĂ©e est situĂ©e au sud du territoire ukrainien. Elle se trouve dans la mer Noire et est reliĂ©e au territoire par l’isthme de Perekop. La CrimĂ©e constitue aujourd'hui une rĂ©publique autonome et sa capitale est Simferopol. À l'Ă©poque, elle se trouvait dans la province de Nouvelle Russie.

Historique

La CrimĂ©e est occupĂ©e par plusieurs peuples dont les Huns, les Coumans, les Tatars, les GĂ©nois et finalement conquise par les Ottomans sur ces derniers, en 1475. En 1774, Catherine II de Russie oblige l'Empire ottoman Ă  reconnaĂźtre l’indĂ©pendance de la presqu’üle. Neuf ans plus tard, elle annexe le territoire qu’elle a rendu indĂ©pendant.

Causes

L'expansionnisme russe se manifeste d'abord avec Pierre le Grand. Dans la mĂȘme logique, le tsar Nicolas Ier, qui rĂšgne depuis 1825, souhaite s’installer Ă  Constantinople pour accĂ©der aux dĂ©troits du Bosphore et des Dardanelles. De plus, et c'est Ă©videmment important pour lĂ©gitimer ses visĂ©es, il entend protĂ©ger les communautĂ©s chrĂ©tienne et orthodoxe de l'Empire ottoman et occupe la Moldavie et la Valachie. En fĂ©vrier 1854, la France et la Grande-Bretagne demandent Ă  la Russie de quitter ces deux principautĂ©s. Le 27 mars 1854 sans rĂ©ponse de la Russie, les nations française et britannique lui dĂ©clarent la guerre. Loin du prĂ©texte religieux, la vĂ©ritable raison du conflit est d'empĂȘcher la Russie de profiter de la faiblesse de l'Empire ottoman pour s'assurer le contrĂŽle des dĂ©troits du Bosphore et des Dardanelles et de contrĂŽler ainsi le commerce maritime entre les mers Noire et MĂ©diterranĂ©e.

DĂ©roulement

Les Ă©vĂšnements qui affectent l’empire ottoman sont Ă  l’origine du premier conflit qui aboutit Ă  la guerre de CrimĂ©e. Le problĂšme se trouve posĂ© depuis le dĂ©but du siĂšcle par la dĂ©cadence de la puissance ottomane et par l’opposition radicale du Royaume-Uni et de la Russie quant Ă  l’avenir des territoires qui la composent. Afin de lĂ©gitimer cet expansionnisme de la Russie, et se dĂ©clarant protecteur des Slaves orthodoxes, le tsar Nicolas Ier souhaite Ă©tablir sa domination sur la plus grande partie de la pĂ©ninsule balkanique et s’assurer le contrĂŽle des dĂ©troits afin d’obtenir ce dĂ©bouchĂ© sur la MĂ©diterranĂ©e. Or cette ambition expansionniste se heurte aux intĂ©rĂȘts de la Grande-Bretagne, qui entend maintenir le contrĂŽle de la route des Indes par le Proche-Orient, et pour ce faire prĂ©server l’intĂ©gritĂ© de l’Empire ottoman. En 1853, tirant argument de la prĂ©fĂ©rence donnĂ©e par le sultan aux moines « latins Â» protĂ©gĂ©s par la France, sur les moines « grecs Â» soutenus par l’Empire des tsars, le gouvernement de Saint-PĂ©tersbourg adresse Ă  l'empire ottoman un ultimatum lui demandant d’accepter le protectorat russe. Le sultan AbdĂŒlmecit Ier ayant refusĂ© de se plier au diktat de Nicolas Ier, celui-ci donne l’ordre Ă  ses troupes, le 4 octobre 1853, d’envahir les provinces roumaines de l’Empire.

Les origines de la guerre

Napoléon III avait besoin d'une guerre pour mieux asseoir son pouvoir en France. La défense de l'Empire Ottoman était une excellente occasion pour lui de tirer du prestige et de faire oublier les visées impérialistes de Napoléon Ier. Napoléon III fit pression sur la Grande-Bretagne pour qu'elle s'allie à la France contre la Russie. Celà aurait pour effet de briser l'isolement politique dans lequel se trouvait Napoléon III et la France depuis les guerres napoléonniennes de 1804-1815.

En Grande-Bretagne, l'opinion publique fût rapidement pour une guerre car ça faisait 40 ans que la Grande-Bretagne n'avait pas participé à une quelquonque guerre.

L'affaire des Lieux saints

La guerre de CrimĂ©e, semble avoir pour origine un conflit bien dĂ©risoire : la querelle des moines opposant Français et Russes pour la protection des Lieux saints. Ce n'est en fait que le prĂ©texte exploitĂ© par le tsar afin d’imposer sa domination sur un Empire ottoman qui semble Ă  sa merci.

Depuis l’indĂ©pendance grecque, Nicolas Ier ne cesse de penser au dĂ©mantĂšlement de l’Empire. AprĂšs leurs victoires dans la guerre russo-ottomane (1828-1829) et surtout aprĂšs le traitĂ© d'Unkiar-Skelessi (HĂŒnkar Ä°skilesi - 1833), les Russes veulent s’assurer le protectorat des peuples slaves et orthodoxes des Balkans, pour dominer la plus grande partie de la pĂ©ninsule. Le but est aussi et surtout de s’emparer des dĂ©troits (Bosphore, mer de Marmara, Dardanelles) pour obtenir un dĂ©bouchĂ© sur la MĂ©diterranĂ©e.

À cette vision impĂ©rialiste, mĂȘlant religion et volontĂ© de puissance, s’oppose celle du gouvernement de Londres. Pour les Britanniques, il s’agit de protĂ©ger la route des Indes par le Proche-Orient en interdisant au tsar de prendre pied dans les dĂ©troits et Ă  sa flotte de faire irruption en MĂ©diterranĂ©e orientale. En vertu des Capitulations, conclues en 1535 entre François Ier et Soliman le Magnifique, la France a obtenu que la garde des Lieux Saints (Ă©glise du Saint-SĂ©pulcre et le tombeau de la Vierge Ă  JĂ©rusalem, Ă©glise de la nativitĂ© Ă  BethlĂ©em) soit assurĂ©e par des moines latins. Or, depuis la fin du XVIIIe siĂšcle, les pĂšlerins et les moines orthodoxes sont de plus en plus nombreux Ă  venir en Terre sainte et Ă  s’y fixer afin d’en chasser les pĂšres franciscains.

À cette date, les relations entre Nicolas Ier et NapolĂ©on III sont courtoises, malgrĂ© un Ă©change de coup d’épingles Ă  la suite de la proclamation de l’Empire. Ni l’un ni l’autre n’ont pris l’échange de piques trĂšs au sĂ©rieux et ne songent Ă  dĂ©clencher une crise pour une simple « querelle de moines Â». La question des Lieux saints est donc rĂ©glĂ©e. L’accord conclu fin avril et rendu officiel le 5 mai 1853, Ă©tablit une nouvelle rĂ©partition des sanctuaires, plus favorable aux pĂšlerins de rite byzantin. NapolĂ©on III veut bien s’en contenter. GrĂące aux concessions françaises, l’affaire paraĂźt donc entendue. Et pourtant, c’est de cette bĂ©nigne querelle que va naitre le premier conflit armĂ© entre puissances de premiĂšre grandeur qu’ait connu l’Europe depuis 1815.

Conséquences directes

A la suite du refus des Ottomans, le tsar fait occuper les principautĂ©s roumaines de Moldavie et Valachie le 1er juillet 1853. En tant que suzerain de ces principautĂ©s chrĂ©tiennes, mais vassales de l'Empire ottoman, le Sultan ottoman dĂ©clare alors la guerre Ă  la Russie le 4 octobre.

Le déroulement de la guerre

Les russes occupent les principautĂ©s mais Nicolas 1er refuse de faire avancer ses troupes plus loin que le Danube au sud. Nicolas 1er craint les troupes autriciennes qui sont sur ses frontiĂšres, mĂȘme si l'Autriche proclame sa neutralitĂ© dans le conflit. Omar Pasha, le gĂ©nĂ©ral turc, va occuper le sud du Danube avec ses troupes et effectivement harceler les troupes russes avec des bons succĂšs. Omar Pasha, surprenamment, est un homme d'origine autrichienne qui s'est converti Ă  l'islam et qui est passĂ© en Turquie.

La guerre se déroule non seulement dans les principautés, mais aussi de l'autre coté de la Mer Noire, à l'est. Des troupes ottomanes originaires du Maghreb, les bashi-bouzouks vont prendre un avant-poste russe, et commettre nombre d'atrocités.

Quand les anglo-français entreront en guerre, le conflit s'Ă©largira Ă  la Mer Baltique et mĂȘme Ă  l'OcĂ©an Pacifique oĂč des navires britanniques attaqueront les ports russes avec peu de succĂšs.

L'entrée en guerre

Le Royaume-Uni, qui a poussĂ© le gouvernement ottoman Ă  la rĂ©sistance, ne peut rester les bras croisĂ©s devant une agression dont le but Ă©vident est d’assurer Ă  la flotte russe la clĂ© de la MĂ©diterranĂ©e orientale. Mais il souhaite ne pas agir seul et s’efforce d’entraĂźner la France dans l’aventure.

Celle-ci n’a aucun intĂ©rĂȘt immĂ©diat Ă  entrer en guerre contre la Russie. Mais NapolĂ©on III voit dans l’entreprise un triple avantage:

  • Elle lui offre la gloire militaire dont le nouveau rĂ©gime a besoin pour se consolider.
  • Elle lui permet de briser l’isolement diplomatique qui a suivi la proclamation de l’Empire, laquelle a rĂ©veillĂ© chez les souverains europĂ©ens les souvenirs des conquĂȘtes napolĂ©oniennes.
  • Elle constitue enfin un moyen d’affaiblir l’une des puissances qui garantissent l’ordre restaurĂ© en 1815.

Un arrangement paraĂźt nĂ©anmoins possible, lorsque l’on apprend, le 30 novembre 1853, la destruction par la flotte russe d’une escadre ottomane dans le port de Sinop, sur la mer Noire, qui soulĂšve une rĂ©clamation pleine de colĂšre au Royaume-Uni et en France. Pendant six mois les pourparlers se poursuivent entre Londres, Paris et Saint-PĂ©tersbourg, mais l’intransigeance du gouvernement russe fait capoter toutes les tentatives de compromis.

Le 29 janvier 1854, NapolĂ©on III adresse au tsar une lettre personnelle : « Les coups de canons de Sinope ont retenti douloureusement dans les cƓurs de tous ceux qui, en Angleterre et en France, ont un vif sentiment de la dignitĂ© nationale. Â» Il fait appel Ă  ses sentiments pacifiques et propose l’évacuation des principautĂ©s danubiennes en Ă©change du retrait des flottes occidentales. La rĂ©ponse de Nicolas Ier est sans appel : « Ma confiance est en Dieu et en mon droit ; et la Russie, j’en suis garant, saura se montrer en 1854 ce qu’elle fut en 1812. Â» Une semaine plus tard les ambassadeurs russes quittent Londres et Paris.

Le 12 mars 1854, la Grande-Bretagne et la France s’unissent Ă  l'Empire ottoman. Le 14, elles somment la Russie d'Ă©vacuer les principautĂ©s roumaines et, le 27, leur ultimatum Ă©tant restĂ© sans rĂ©ponse, elles lui dĂ©clarent la guerre.

PersuadĂ©s qu’il suffira de quelques opĂ©rations ponctuelles pour convaincre le tsar de leur dĂ©termination commune, Français et Britanniques ne se sont pas prĂ©parĂ©s Ă  une longue et dure campagne menĂ©e Ă  des milliers de kilomĂštres de leur base. C’est la raison pour laquelle l’empereur, NapolĂ©on III, ne prend pas personnellement le commandement de son armĂ©e, confiant celle-ci Ă  Armand de Saint-Arnaud.

Trois divisions sont envoyĂ©es Ă  Gallipoli, sur la rive nord des Dardanelles, oĂč elles attendent un matĂ©riel insuffisant qui arrive tardivement. Le corps expĂ©ditionnaire britannique, placĂ© sous les ordres de Lord Raglan, s’établit Ă  Malte, lui aussi en attente de moyens. Aucun objectif n’a encore Ă©tĂ© dĂ©fini. On se montre d’autant moins pressĂ© que l’Autriche, Ă  son tour, donne des signes d’impatience et qu’à Vienne, on songe Ă  entrer en guerre au cĂŽtĂ© des alliĂ©s occidentaux.

La menace autrichienne, conjuguĂ©e avec le dĂ©barquement Ă  Varna, le 29 avril 1854, de troupes franco-anglaises, amĂšne les Russes, qui ont mis le siĂšge devant Silistrie, Ă  Ă©vacuer sans combattre les provinces roumaines. En attendant que l’Autriche se joigne Ă  la coalition, les alliĂ©s adoptent durant l’étĂ© une attitude conciliante. On dĂ©cide finalement d’adopter le plan proposĂ© dĂšs le mois d’avril par NapolĂ©on III qui consiste Ă  avancer Ă  la rencontre des Russes ou d'attaquer la CrimĂ©e et s’emparer de SĂ©bastopol oĂč une puissante base navale s'est Ă©tablie.

Le siĂšge de SĂ©bastopol

Article dĂ©taillĂ© : SiĂšge de SĂ©bastopol (1854).
La chute de SĂ©bastopol

Pour dĂ©bloquer la situation, les alliĂ©s dĂ©cident finalement de dĂ©barquer en CrimĂ©e et d'attaquer SĂ©bastopol. Le 14 septembre 1854, ils arrivent dans la baie d’Eupatoria, Ă  une soixantaine de kilomĂštres au nord de SĂ©bastopol. Les Russes ont 51 000 hommes en CrimĂ©e, dont 40 000 Ă  l’ouest, sous les ordres du prince Menchikov. CampĂ©s sur les hauteurs qui dominent la riviĂšre de l’Alma, ils tentent de barrer la route de SĂ©bastopol. Ainsi de dĂ©roule la premiĂšre bataille en CrimĂ©e proprement dite. La bataille d'Alma est une bataille courte, les franco-britanniques, appuyĂ©s par leur flotte Ă  l'embouchure de l'Alma, mettent les russes rapidement en dĂ©route.

Lorsque les Anglais arrivent devant Sébastopol, la ville est mal défendue du cÎté de la terre par des fortifications inachevées. Elle ne résistera probablement pas à une attaque rapide et vigoureuse. Mais Saint-Arnaud, déjà affaibli par le choléra (il meurt le 29 septembre), doit céder le commandement à François de Canrobert.

Les semaines passent, laissant aux Russes le temps d’organiser la dĂ©fense. Sur ordre de Menchikov, sept bĂątiments de l’escadre sont coulĂ©s Ă  l’entrĂ©e de la rade bloquant l'accĂšs aux alliĂ©s. Ceux-ci sont obligĂ©s de s’enterrer Ă  leur tour pendant une annĂ©e entiĂšre, tantĂŽt repoussĂ©s par une dĂ©fense intraitable, tantĂŽt assaillis par les unitĂ©s envoyĂ©es en renfort par les Russes.

Le siĂšge et la chute de SĂ©bastopol constituent l'Ă©lĂ©ment les plus important de la guerre de CrimĂ©e et conduisent Ă  sa conclusion. Le blocus n’est cependant pas complet puisqu'Ă  plusieurs reprises les franco-britanniques doivent repousser les armĂ©es russes de secours (lors des batailles de Balaklava et d’Inkermann, en automne 1854). Avec le cholĂ©ra, le scorbut et la fiĂšvre, l’état sanitaire des armĂ©es devint dĂ©sastreux.

Pendant le siĂšge, les adversaires s’affrontent au sud de la ville, Ă  la bataille de Balaklava, le 25 octobre 1854. L’armĂ©e britannique s’impose face aux forces russes. Le mĂȘme Ă©pisode se reproduit le 5 novembre, sur le plateau d’Inkerman, tandis que les assiĂ©gĂ©s tentent une sortie.

L’arrivĂ©e de 140 000 hommes, cĂŽtĂ© alliĂ©s, ne suffit pas Ă  renverser la situation avant l’hiver. Ainsi le 14 novembre, une violente tornade balaie la rĂ©gion, coulant des navires, emportant les tentes et les Ă©quipements. À cela s'ajoutent les ravages des Ă©pidĂ©mies. Le cholĂ©ra, fait plusieurs dizaines de milliers de victimes, suivi en cela du typhus et de la dysenterie. Attaques et contre-attaques, tirs d’artillerie et corps-Ă -corps sauvages coĂ»tent d'innombrables vies humaines.

Avec le printemps cependant, la situation des alliĂ©s s'amĂ©liore un peu. À dĂ©faut de l’Autriche, la coalition reçoit le renfort du royaume de Sardaigne qui ne semble pourtant avoir aucune raison de s’engager contre la Russie. Camillo Cavour, rĂ©cemment nommĂ© prĂ©sident du conseil, entend ainsi se mĂ©nager le soutien de la France et de l’Angleterre dans la perspective d’un conflit avec l’Autriche auquel il se prĂ©pare. L’alliance est conclue le 26 janvier 1855. 15 000 hommes sont envoyĂ©s en CrimĂ©e Ă  partir du mois d’avril. L’arrivĂ©e de ces renforts fait renaĂźtre l’espoir d’un dĂ©nouement rapide.

Le 16 mai, Canrobert est Ă  son tour remplacĂ© par Aimable PĂ©lissier, tandis que Simpson prend la place de Lord Raglan, atteint lui aussi du cholĂ©ra. Le 7 juin, les alliĂ©s s’emparĂšrent du mamelon vert, un ouvrage fortifiĂ© qui couvre Malakoff Ă  l’est. Le 18 juin l’assaut gĂ©nĂ©ral ordonnĂ© par PĂ©lissier se solde par un sanglant Ă©chec.

Le 7 septembre 1855, le gĂ©nĂ©ral Patrice de Mac Mahon attaque le fort de Malakoff, clĂ© de la dĂ©fense russe. Le lendemain, les Russes abandonnent la position aprĂšs y avoir mis le feu. La tour Malakoff tombe aux mains des Français et des Anglais. Pour cette victoire, Mac Mahon passe Ă  la postĂ©ritĂ©. C'est Ă  ce moment qu'il prononce son fameux « J’y suis ! J’y reste Â».

Le soir mĂȘme, aprĂšs avoir incendiĂ© leurs navires, et dĂ©truit les dĂ©fenses de la ville, les Russes Ă©vacuent SĂ©bastopol. En 332 jours de siĂšge, les alliĂ©s ont perdu 120 000 hommes, autant que l’adversaire : les Français ont perdu 95 000 hommes dont 75 000 de maladies, les Anglais en ont perdu environ 25 000 et les Sardes, entrĂ©s plus tard dans le conflit, environ 2 000.

Les Russes sont chassĂ©s de CrimĂ©e. Cette dĂ©faite marque la fin de leur progression vers la MĂ©diterranĂ©e et la ruine de la politique ambitieuse poursuivie depuis la fin du XVIIIe siĂšcle. Cette dĂ©faite fait prendre conscience Ă  Alexandre II de Russie (fils de Nicolas Ier mort en 1855) que son pays a beaucoup de retard sur les plans Ă©conomique et social.

Le CongrĂšs de Paris

Nicolas Ier meurt le 2 mars 1855. Son fils et successeur, Alexandre II, se dĂ©cide Ă  accepter les quatre points de Vienne du 4 aoĂ»t 1854 :

  • Substitution d’une tutelle collective de l’Europe au protectorat russe sur les principautĂ©s
  • LibertĂ© de navigation sur le Danube
  • RĂ©vision de la convention de 1841 sur les dĂ©troits
  • Abandon des prĂ©tentions russes Ă  un protectorat sur les chrĂ©tiens de rite grec de l’Empire ottoman

L’Autriche conclut un premier accord le 1er fĂ©vrier 1856. Le 26 fĂ©vrier un congrĂšs s’ouvre Ă  Paris sous la prĂ©sidence de Alexandre Colonna Walewski, ministre des Affaires Ă©trangĂšres. Les Anglais et les Français obligent la Russie Ă  reconnaĂźtre l’indĂ©pendance de l’empire ottoman. Les nĂ©gociations aboutissent le 30 mars, Ă  la signature du traitĂ© de Paris, dont les clauses principales reprennent les dispositions des quatre points de Vienne.

Le traitĂ© signĂ© Ă  l’issue de la rencontre prĂ©voit Ă©galement l’autonomie des deux principautĂ©s roumaines de Moldavie et de Valachie qui doivent chacune Ă©lire un hospodar (gouverneur). En fait, appuyĂ©es par NapolĂ©on III, elles choisissent le mĂȘme gouverneur en la personne d’Alexandre Cuza. Le congrĂšs s’achĂšve enfin sur un dĂ©bat de politique gĂ©nĂ©rale le 8 avril. Pour Cavour, c'est le moment de dĂ©noncer l’occupation autrichienne dans la pĂ©ninsule italienne.

L’Angleterre a obtenu ce qu’elle dĂ©sirait en faisant garantir par les puissances l’intĂ©gritĂ© de l’Empire ottoman, la fermeture des dĂ©troits, la neutralisation de la mer Noire, tandis que l’Autriche tire de son habile jeu diplomatique un avantage de taille : la libertĂ© de navigation sur les bouches du Danube. Pour la France, le congrĂšs de Paris apparait un peu comme la revanche du congrĂšs de Vienne et des humiliations subies en 1815, c’est le dĂ©but d’une nouvelle pĂ©riode de prĂ©pondĂ©rance.

Dépenses militaires pendant la guerre de Crimée (en millions de livres sterling)
1852 1853 1854 1855 1856
Russie 15,6 19,9 31,3 39,8 37,9
France 17,2 17,5 30,3 43,8 36,3
Royaume-Uni 10,1 9,1 76,3 36,5 32,3
Empire ottoman 2,8  ?  ? 3,0  ?
Sardaigne 1,4 1,4 1,4 2,2 2,5
Source : P. Kennedy, Naissance et dĂ©clin..., chap. 5

Conséquences et perspectives

La guerre de CrimĂ©e est considĂ©rĂ©e comme Ă©tant la « premiĂšre guerre moderne Â». On y voit apparaĂźtre de nouvelles armes et de nouvelles blessures. Les obus et les boulets explosifs font plus de ravages que les armes blanches. Au cours du conflit, le chemin de fer est pour la premiĂšre fois utilisĂ© de façon tactique et le tĂ©lĂ©graphe Ă©lectrique permet des communications plus rapides y compris avec le pouvoir politique.

Cette guerre est aussi restĂ©e cĂ©lĂšbre pour les manifestations d'incompĂ©tence militaire et logistique, dont on trouve un exemple dans la charge de la brigade lĂ©gĂšre immortalisĂ©e par le poĂšme de Alfred Tennyson. La plupart des soldats tombĂ©s au cours de cette guerre pĂ©rissent de maladies plutĂŽt que des combats. La mauvaise viande de mouton mal fumĂ©e en DobrogĂ©e (barbaque) Ă  dĂ©jĂ  provoquĂ© une violente dysenterie avant mĂȘme le dĂ©but des hostilitĂ©s. L'eau croupie et la mauvaise hygiĂšne provoquent le cholĂ©ra qui sape les prĂ©paratifs français du siĂšge de SĂ©bastopol. La tempĂȘte du 14 novembre 1854 incite le français Urbain Le Verrier Ă  mettre au point un rĂ©seau europĂ©en d'information mĂ©tĂ©orologique afin d'anticiper les variations climatiques et mĂ©tĂ©orologiques.

Dans l'hiver qui suit, les correspondants de presse écrite font état du traitement scandaleux des soldats blessés. Florence Nightingale propose l'organisation d'une prise en charge des blessés, introduisant des méthodes de soins modernes.

C'est au cours de cette guerre que pour la premiÚre fois un photographe fut engagé par un gouvernement pour faire un reportage photographique. C'est ainsi que Roger Fenton, photographe britannique, réalisa environ 360 photos entre mars et juin 1855. Bien que ne bénéficiant pas d'une mission officielle du gouvernement britannique, il fut suivi peu de temps aprÚs par d'autres photographes, comme James Robertson et Felice A. Beato. Les photographies de champs de bataille furent publiées dans la presse londonienne provoquant un certain émoi du public non sans effet sur le gouvernement britannique. La guerre de Crimée marque, à ce titre, la naissance balbutiante des opinions publiques.

Cette guerre marque aussi la naissance des cuirassĂ©s. En effet, les manƓuvres de l'infanterie appuyĂ©es par la marine dĂ©montrent l'utilitĂ© de navires de guerre fortement armĂ©s, Ă  coque renforcĂ©e et ligne de flottaison basse.

Avec la participation du royaume de Sardaigne à cette guerre, Victor-Emmanuel II débute sa progressive unification de l'Italie autour du Piémont.

Anecdotes

Les soldats des troupes occidentales virent leurs camarades ottomans rouler leurs cigarettes dans du papier, ce qui Ă©tait bien plus efficace que les feuilles de tabac qu'ils utilisaient jusqu'ici (parce que celles-ci s'Ă©miettaient).

Durant la défense de Sébastopol, l'armée a coulé des navires, d'une part pour encombrer l'accÚs à la rade, d'autre part pour éviter qu'ils ne tombent aux mains de l'ennemi. Une fois la paix signée, une vaste entreprise de renflouement est organisée pour récupérer les bùtiments et leurs équipements, dont une partie a été préparée à cet effet avant le sabordage.[1]

Dans ses Souvenirs d'un demi-siĂšcle, Maxime du Camp raconte que NapolĂ©on III, « rĂ©solu Ă  s'engager Ă  fond dans le conflit et dĂ©sirant un point d'appui pour les armĂ©es françaises, regarda vers Saint-PĂ©tersbourg, car il avait toujours penchĂ© du cĂŽtĂ© de l'alliance russe Â». Il envoya donc son cousin, le prince NapolĂ©on, en mission secrĂšte auprĂšs du prince Alexandre Gortchakov, en poste Ă  Baden-Baden. Celui-ci s'entremit avec Nicolas Ier de Russie. La rĂ©ponse fut lente Ă  venir mais concise : « Entre un Romanoff et un Bonaparte, il ne peut y avoir rien de commun. Â» Trois jours aprĂšs, la France et l'Angleterre se serraient la main.

Chronologie de la Guerre de Crimée

  • 1774 Catherine II de Russie oblige les Turcs Ă  reconnaĂźtre l’indĂ©pendance de la CrimĂ©e.
  • 1783 La Russie annexe la CrimĂ©e.
  • 1851 RivalitĂ© franco-russe Ă  propos des Lieux saints
  • 1853
    • janvier : Le Tsar Nicolas 1er propose officieusement Ă  l’Angleterre un plan de dĂ©membrement de l’Empire ottoman (rĂ©serve de Londres)
    • juillet : Nicolas Ier de Russie prĂ©tend vouloir protĂ©ger les orthodoxes et les chrĂ©tiens de l’Empire ottoman et occupe la Moldavie et la Valachie
    • 4 octobre : l’Empire ottoman attaque la Russie
    • 30 novembre : La flotte ottomane est anĂ©antie Ă  Sinop, en mer Noire
  • 1854
    • janvier : Anglais et Français entrent en mer Noire
    • fĂ©vrier : La Grande-Bretagne et la France demandent Ă  la Russie d’évacuer la Moldavie et la Valachie.
    • mars :
      • 25 : Les deux nations, n’obtenant pas de rĂ©ponse, dĂ©clarent la guerre Ă  la Russie
      • 27 : DĂ©but de la guerre de CrimĂ©e
    • septembre :
      • 14 : DĂ©barquement d’Eupatoria
      • 20 : Bataille de l’Alma
      • 26 : DĂ©but du siĂšge de SĂ©bastopol
    • 25 octobre : Bataille de Balaklava
    • 5 novembre : Bataille d’Inkermann
  • 1855
    • janvier : Le royaume du PiĂ©mont-Sardaigne apporte son aide aux Franco-britanniques
    • 8-9 septembre : Fin du siĂšge Ă  SĂ©bastopol par la prise de la tour Malakoff par Mac-Mahon.
  • 1856
    • 1er fĂ©vrier : Signature des prĂ©liminaires de Vienne pour la paix
    • 30 mars : CongrĂšs de Paris qui aboutit au traitĂ©

Dans la littérature moderne

Dans la sĂ©rie de romans uchroniques Thursday Next, de Jasper Fforde, la Guerre de CrimĂ©e est encore d'actualitĂ© en 1985 et n'est toujours pas terminĂ©e. Les armes et les Ă©quipements ont changĂ©, mais les vieux conflits et les vieilles haines sont toujours les mĂȘmes.

Références

  1. ↑ Fulgence Girard, « Sauvetage des navires coulĂ©s dans la rade de SĂ©bastopol Â», Le Monde illustrĂ©, 13/03/1858, n°48, p. 173 < lecture en ligne >

Bibliographie

  • CĂ©sar Lecat de Bazancourt, L'ExpĂ©dition de CrimĂ©e jusqu'Ă  la prise de SĂ©bastopol Paris Ed Amyot 1856
  • LĂ©on TolstoĂŻ, RĂ©cits de SĂ©bastopol,1856
  • Alain Gouttman, La Guerre de CrimĂ©e 1853-1856, Ă©d. Perrin, coll.tempus.
  • Paul Kennedy (trad. M.-A. Cochez, J.-L. Lebrave), Naissance et dĂ©clin des grandes puissances [« The Rise and Fall of the Great Powers Â»], Payot, coll. « Petite bibl. Payot n°P63 Â», 1988 (rĂ©impr. 1989, 1991) (ISBN 2-228-88401-4) 
  • Jean Tulard, Dictionnaire du Second Empire, Paris, Fayard, 1995.
  • S. Berstein et P. Milza, Histoire du XIXe siĂšcle, Hatier, Paris, 1996.
  • Pierre Milza, NapolĂ©on III, Perrin, Paris, 2004.
  • Jean-Claude Yon, Le Second Empire, A. Colin, Paris, 2004.

Liens internes

Liens externes

  • Portail de la Russie Portail de la Russie
  • Portail de l’histoire militaire Portail de l’histoire militaire

Ce document provient de « Guerre de Crim%C3%A9e ».

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Guerre De Crimée de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Guerre de Crimee — Guerre de CrimĂ©e Guerre de CrimĂ©e La charge de la brigade lĂ©gĂ©re Informations gĂ©nĂ©rales Date 4 octobre 1853 au 30  
   WikipĂ©dia en Français

  • Guerre de CrimĂ©e — La charge de la brigade lĂ©gĂšre Informations gĂ©nĂ©rales Date 4 octobre 1853 au 30 mars  
   WikipĂ©dia en Français

  • Guerre de crimĂ©e — La charge de la brigade lĂ©gĂ©re Informations gĂ©nĂ©rales Date 4 octobre 1853 au 30  
   WikipĂ©dia en Français

  • Participation sarde a la guerre de Crimee — Participation sarde Ă  la guerre de CrimĂ©e En 1855, des soldats sardes furent envoyĂ©s en CrimĂ©e (empire russe) pour combattre aux cĂŽtĂ©s des Britanniques, des Français et des ottomans qui attaquaient les Russes (guerre de CrimĂ©e). Sommaire 1… 
   WikipĂ©dia en Français

  • Participation sarde Ă  la guerre de crimĂ©e — En 1855, des soldats sardes furent envoyĂ©s en CrimĂ©e (empire russe) pour combattre aux cĂŽtĂ©s des Britanniques, des Français et des ottomans qui attaquaient les Russes (guerre de CrimĂ©e). Sommaire 1 Raisons de cet engagement 2 Contexte 
   WikipĂ©dia en Français

  • Participation sarde Ă  la guerre de CrimĂ©e — En 1855, des soldats sardes furent envoyĂ©s en CrimĂ©e (empire russe) pour combattre aux cĂŽtĂ©s des Britanniques, des Français et des ottomans qui attaquaient les Russes (guerre de CrimĂ©e). Sommaire 1 Raisons de cet engagement 2 Contexte 3 
   WikipĂ©dia en Français

  • Crimee — CrimĂ©e Pour les articles homonymes, voir CrimĂ©e (homonymie). RĂ©publique autonome de CrimĂ©e АĐČŃ‚ĐŸĐœĐŸĐŒĐœĐ° Đ Đ”ŃĐżŃƒĐ±Đ»Ń–ĐșĐ° ĐšŃ€ĐžĐŒ (uk) АĐČŃ‚ĐŸĐœĐŸĐŒĐœĐ°Ń РДспублОĐșĐ° ĐšŃ€Ń‹ĐŒ (ru) 
   WikipĂ©dia en Français

  • CRIMÉE (GUERRE DE) — CRIMÉE GUERRE DE (1853 1856) ConsĂ©quence de la politique menĂ©e par NapolĂ©on III pour essayer de rompre la coalition europĂ©enne qui, depuis 1815, rĂ©duit le rĂŽle de la politique Ă©trangĂšre de la France. Envisageant certains remaniements de… 
   EncyclopĂ©die Universelle

  • Guerre Russo-Turque —     Cette page d’homonymie contient une liste de diffĂ©rentes batailles, siĂšges ou guerres partageant le mĂȘme nom. Si un lien interne vous a conduit sur cette page alors qu il existe un article dĂ©taillĂ©, merci de le mettre Ă  jour pour qu 
   WikipĂ©dia en Français

  • Crimee (homonymie) — CrimĂ©e (homonymie) Cette page d’homonymie rĂ©pertorie les diffĂ©rents sujets et articles partageant un mĂȘme nom. La CrimĂ©e, presqu Ăźle et rĂ©publique autonome du sud de l Ukraine CrimĂ©e, station du mĂ©tro de Paris La Guerre de CrimĂ©e est une guerre… 
   WikipĂ©dia en Français


Share the article and excerpts

Direct link

 Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.