Guerre Austro-Prussienne

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Guerre Austro-Prussienne

Guerre austro-prussienne

Guerre austro-prussienne
Battle of Koniggratz by Georg Bleibtreu.jpg
La bataille de Sadowa, huile sur toile de Georg Bleibtreu (1869)
Informations générales
Date 1866
Lieu Bohême, Allemagne, Italie et Mer Adriatique
Issue Victoire de la Prusse et de l'Italie
Belligérants
Autriche
Saxe
Bavière
Bade
Wurtemberg
Hanovre
Hesse
Hesse-Cassel
Reuss
Saxe-Meiningen
Schaumbourg
Francfort
Nassau
Prusse
Italie
Mecklembourg
Oldenbourg
Anhalt
Brunswick
Saxe-Altenbourg
Saxe-Cobourg et Gotha
Saxe-Lauenbourg
Lippe-Detmold
Schwarzburg-Sondershausen
Waldeck-Pyrmont
Brême
Hambourg
L√ľbeck
Forces en présence
600 000 Autrichiens et alli√©s allemands 500 000 Prussiens et alli√©s allemands
300 000 Italiens
Batailles
Custoza ‚ÄĒ H√ľhnerwasser ‚ÄĒ Podol ‚ÄĒ Trautenau ‚ÄĒ Nachod ‚ÄĒ Langensalza ‚ÄĒ Oswiecim ‚ÄĒ M√ľnchengr√§tz ‚ÄĒ Soor ‚ÄĒ Skalitz ‚ÄĒ Gitschin ‚ÄĒ Schweinschaedel ‚ÄĒ Sadowa (K√∂niggr√§tz) ‚ÄĒ Kissingen ‚ÄĒ Aschaffenburg ‚ÄĒ Cimego ‚ÄĒ Pieve di Ledro ‚ÄĒ Monte Nota ‚ÄĒ Lissa ‚ÄĒ √úttingen ‚ÄĒ Bezzecca ‚ÄĒ Primolano ‚ÄĒ Borgo ‚ÄĒ Levico ‚ÄĒ Blumenau ‚ÄĒ Versa

La guerre austro-prussienne de 1866 fut le point culminant de la lutte de pouvoir entre le Royaume de Prusse et l'Empire d'Autriche au sein du monde germanique. En allemand, elle est parfois appelée la Guerre allemande (Deutscher Krieg), la Guerre fratricide allemande (Deutscher Bruderkrieg), la guerre d’Unification (Einigungskrieg), la Guerre germano-allemande (Deutsch-deutscher Krieg) ou la guerre de Sept Semaines (Siebenwöchiger Krieg). Elle est liée à la troisième guerre d'Indépendance italienne.

L'Autriche des Habsbourg était historiquement la nation dominante de l'Ancien Empire, mais la puissance montante de la Prusse incitait cette dernière à prendre l'ascendant, aspirant à diriger une nouvelle Allemagne, unifiée sous son aile et excluant l'Autriche, empire catholique comprenant alors une majorité de peuples non-germaniques. Il s'agissait de la réalisation de la vision d'une Kleindeutschland (petite Allemagne) dominée par la Prusse, par opposition à l'idée de Grossdeutschland.

À l'issue de cette guerre, marquée par leur victoire à Sadowa, les Prussiens obtinrent d'exclure l'Autriche des frontières de l’entité succédant à la Confédération germanique, la Confédération de l'Allemagne du Nord, s'assurant de ce fait la domination de cette union, qui préfigure le futur Empire allemand.

Cette guerre a √©t√© pr√©par√©e par la guerre des Duch√©s de 1864, dont l'enjeu √©tait de d√©montrer que la Prusse √©tait le champion du nationalisme allemand et d'entra√ģner l'Autriche dans une guerre contre le Danemark pour conqu√©rir les duch√©s du Schleswig et du Holstein, majoritairement peupl√©s d'Allemands. La gestion commune de ces duch√©s permet √† la Prusse de trouver un pr√©texte menant √† la guerre contre l'Autriche. La Prusse est alors forte de l'appui de la bourgeoisie rh√©nane et des nationalistes, ainsi que des lib√©raux, int√©ress√©s par une r√©organisation des pouvoirs. L'Autriche a quant √† elle l'appui de la Conf√©d√©ration Germanique. La majorit√© des √Čtats allemands (notamment le royaume de Bavi√®re, le royaume de Wurtemberg, le grand-duch√© de Bade, le royaume de Hanovre, le royaume de Saxe et le Grand-duch√© de Hesse) soutiennent l'Autriche.

Mais la Prusse dispose d'une armée puissante, modernisée, bien équipée et rodée, comme l'armée autrichienne, par la guerre des Duchés. Elle met en déroute les alliés de l'Autriche à la bataille de Langensalza (27 et 28 juin 1866), puis défait l'Autriche à la bataille de Sadowa le 3 juillet 1866.

La Prusse peut alors cr√©er la Conf√©d√©ration de l'Allemagne du Nord et imposer son roi comme pr√©sident permanent. Prudemment elle n'englobe pas les √Čtats du Sud. L'int√©gration de ces derniers, qui ach√®vera l'unit√© allemande, sera atteinte apr√®s la guerre franco-allemande de 1870.

Sommaire

Contexte

Le dualisme allemand

Le conflit prend son origine dans l'opposition entre les couronnes d'Autriche (Maison de Habsbourg) et de Prusse (dynastie des Hohenzollern) que l'on qualifie généralement de dualisme allemand. Le succès de la Prusse s'explique non seulement par sa prospérité économique, fruit de l'unification douanière des principautés d'Allemagne (le Zollverein) à l'exclusion de l'Autriche, mais aussi dans sa forte tradition militaire cultivée par les milieux réactionnaires, lesquels militaient pour une décision militaire dans la solution de la question allemande. Le casus belli fut la contestation de l'administration prussienne des duchés de Schleswig et de Holstein à la suite de la guerre des duchés.

En ce d√©but d‚Äôann√©e 1866, les perspectives de victoire tournaient en faveur de la Prusse, car l'Autriche traversait une s√©v√®re crise √©conomique et se trouvait en d√©licatesse avec la Russie depuis ses prises de position dans la Guerre de Crim√©e, jug√©es inamicales √† la cour de Saint-Petersbourg. Cette derni√®re circonstance rendait peu probable une intervention russe, malgr√© les liens dynastiques entre de la maison du Tsar avec les familles r√©gnantes des √©tats pro-autrichiens de Darmstadt et de Stuttgart (et malgr√© les consid√©rations de stabilit√© int√©rieure des √Čtats allemands). Tandis que par la Convention d'Alvensleben de 1863, la Prusse se conciliait le Tsar[1], l'Autriche tendait encore un peu plus ses relations avec la Russie en critiquant l'oppression militaire de la Pologne. En outre, Saint-Petersbourg √©tait pr√©occup√© par des probl√®mes de politique int√©rieure et n'eut part, dans les mois pr√©c√©dant le conflit, qu'√† des tentatives avort√©es pour interrompre l'escalade des menaces.

La situation militaire de l'Autriche et de la Prusse

Selon l'historien britannique A.J.P. Taylor, Bismarck ren√Ęclait √† se lancer dans un conflit, dans la mesure o√Ļ cela l'am√®nerait √† partager le pouvoir avec des g√©n√©raux d'√©tat-major dont il estimait peu les comp√©tences. Les deux principales personnalit√©s du Haut Commandement prussien √©taient alors le g√©n√©ral en chef Helmuth von Moltke et le ministre de la Guerre, le baron Albrecht von Roon. En fait, les raisons qui ont amen√© la Prusse √† d√©clarer la guerre √† l'Autriche proc√®dent sans doute d'autres facteurs que de la seule politique de Bismarck.

Les réformes militaires en Prusse

D√®s 1862, le baron von Roon, qui avait √©t√© l'un des principaux partisans de la nomination de Bismarck √† la chancellerie, avait mis en application diverses r√©formes de l'arm√©e : il avait tout d'abord rendu la conscription obligatoire pour tous les sujets du roi de Prusse. Jusqu'alors, l'effectif de l'arm√©e √©tait fixe depuis des d√©cennies, alors que la population du pays s'√©tait tr√®s fortement accrue (de 10,3 millions d'habitants en 1816 √† 18,5 millions en 1861[2]), rendant l'ancien syst√®me de plus en plus impopulaire : tandis que les Prussiens servaient dans l'arm√©e de r√©serve jusqu'√† l'√Ęge de 40 ans, pr√®s d'un tiers de la population des provinces rh√©nanes (o√Ļ la population s'√©tait fortement accrue par suite de l'expansion des mines et de la sid√©rurgie) n'√©taient soumis qu'√† un bref passage dans la Landwehr, une milice civile soumise √† une discipline moins stricte. La conscription universelle, associ√©e √† une prolongation de la dur√©e du service (de deux √† trois ans), fit passer l'effectif de 211 000 √† 264 000 hommes. L'arm√©e de r√©serve comptait un effectif √† peu pr√®s comparable. La dur√©e du service permettait √©galement de mieux entra√ģner les recrues que ne le faisait l'Autriche, qui n'h√©sitait pas √† d√©mobiliser d√©finitivement les civils une fois le service accompli, l'arm√©e de m√©tier ne servant qu'aux d√©fil√©s militaires et aux missions ordinaires de maintien de l'ordre. Lorsque la guerre √©clata, il fallut reprendre √† z√©ro l'instruction des conscrits. Cependant la cavalerie et l'artillerie autrichienne √©taient au moins aussi bien entra√ģn√©es que leurs rivales prussiennes : l'Autriche disposait m√™me de deux remarquables divisions de cuirassiers. Le conflit avec la Prusse montra toutefois que cette arme ne faisait plus la d√©cision sur les champs de batailles modernes.

Vitesse de mobilisation

Une grande diff√©rence entre le dispositif de mobilisation des deux royaumes r√©sidait dans l'organisation territoriale : tandis que la Prusse √©tait organis√©e en Kreise (litt. ¬ę cercles ¬Ľ), les appel√©s se trouvant syst√©matiquement √† moins de 30 km d'un bureau de mobilisation, l'Autriche s'ing√©niait √† mobiliser les hommes loin de leur domicile, afin de les emp√™cher de prendre part √† des soul√®vements ind√©pendantistes. Ainsi, la Prusse pouvait organiser une lev√©e en masse beaucoup plus rapidement que son voisin autrichien.

En outre, les voies ferr√©es de Prusse √©taient bien plus √©tendues que celles de l'Autriche-Hongrie, permettant de reporter tr√®s vite des troupes d'un front √† l'autre. Il en r√©sultait une meilleure capacit√© de concentration des forces. Von Moltke, pr√©sentant ses plans au baron von Roon, d√©clara : ¬ę Nous disposons de l'inestimable avantage de pouvoir projeter les 285 000 hommes de notre infanterie par cinq lignes de chemin de fer, et de la concentrer, au moins en th√©orie, en l'espace de 25 jours ... L'Autriche ne dispose, elle, que d'une ligne de chemin de fer, de sorte qu'il lui faudrait 45 jours pour nous opposer seulement 200 000 hommes. ¬Ľ Il avait pr√©c√©demment affirm√© que la guerre avec l'Autriche tombait au meilleur moment.

L'arm√©e autrichienne de Boh√™me, command√©e par le g√©n√©ral Ludwig von Benedek disposait des avantages qu'offre ordinairement une position centrale, √† savoir de pouvoir battre successivement des troupes dispers√©es le long du front, n'e√Ľt √©t√© que la vitesse de projection des forces prussiennes annulait cet avantage : lorsque l'arm√©e autrichienne serait compl√®tement mobilis√©e, elle ne pourrait se porter sur une arm√©e prussienne sans risquer que les deux autres se portent, l'une sur une aile, l'autre sur ses arri√®res...

Armement et tactique

L'infanterie prussienne √©tait √©quip√©e du fusil Dreyse, un fusil √† chargement par la culasse permettant de tirer √† une meilleure cadence qu'un fusil √† chargement par le canon. Lors de la campagne d'Italie (1859), les Fran√ßais avaient pris l'avantage, entre autres parce que les fusils de l'√©poque tiraient √† longue distance au-dessus de l'objectif : leurs troupes purent arriver au corps-√†-corps sans pertes excessives. Tirant les conclusions de cette confrontation, les Autrichiens mirent au point une "Stosstaktik" (combat √† la ba√Įonnette). Quoiqu'ils eussent quelques informations sur les nouveaux fusils prussiens, ils firent de la "Stosstaktik" un principe essentiel. Concernant l'artillerie, c'√©taient les Autrichiens qui √©taient en avance : tous leurs canons √©taient √† chargement par la culasse. Les usines Krupp venaient de d√©velopper une arme similaire (qui causerait la surprise lors de la guerre franco-allemande de 1870), mais elles n'√©quipaient les r√©giments que tr√®s lentement. Comme on le verra, les g√©n√©raux prussiens, par une guerre de mouvement √©nergique, feront en sorte que l'artillerie autrichienne ne puisse se d√©ployer convenablement.

Action diplomatique de Bismarck

La guerre affectait peu les int√©r√™ts britanniques. Pourtant Londres s'engagea massivement dans une initiative de paix regroupant les pays europ√©ens non-allemands ; toutefois, Berlin parvint √† tenir la France √† l'√©cart de cette coalition pacifique : le premier ministre de Prusse, Otto von Bismarck, sut mettre √† profit les pr√©occupations fran√ßaises du moment pour remettre en cause le statu quo territorial. Lors de l'entrevue de Biarritz avec l'empereur Napoleon III (3 septembre 1865), il avait laiss√© entendre une possibilit√© d'annexion territoriale en faveur de la France concernant la Belgique et le Luxembourg, sans pour autant prendre d'engagement ferme, car il n'√©voquait qu'une solution n√©goci√©e avec l'Autriche. Paris observa donc une neutralit√© aux conditions que Bismarck avait bien voulu dicter, et dut plus tard militer seule pour ses revendications territoriales, son ¬ę alli√© prussien ¬Ľ s'√©tant d√©sengag√©.

Bismarck sut en outre gagner √† ses vues la toute jeune Italie, amie de la France, dans la mesure o√Ļ celle-ci cherchait √† reconqu√©rir la V√©n√©tie, toujours sous occupation autrichienne. Une proposition autrichienne de cession de cette province, obtenue sous la pression de la France, parvint trop tard : depuis le 8 avril 1866, la Prusse et l'Italie avaient pass√© un trait√© secret d'attaque commune contre l'Autriche, m√Ľri depuis trois mois, en contravention des articles III et II de l'Acte conf√©d√©ral allemand.

Bataille de Sadowa : le prince Fr√©d√©ric Charles de Prusse exhorte les troupes prussiennes.

Avec son projet de réforme confédérale, consistant à remplacer le congrès des représentants présidé par l'Autriche par un parlement librement élu, le gouvernement prussien misait sur un mouvement nationaliste attisé par une propagande active[3]. Cette opposition constitutionnelle de la Prusse assombrit toutefois sérieusement les relations avec ses alliés du Deutscher Nationalverein, d'obédience luthérienne.

La réaction autrichienne

Afin de ramener le débat sur le terrain du droit constitutionnel et de reprendre de l'influence sur les parlements provinciaux, l'Autriche mit au vote devant le parlement de la Confédération germanique, le 1er juin 1866, la proposition d'un vote d'autodétermination populaire sur l'avenir du Duché de Holstein. Le duché, à vrai dire, était alors sous administration autrichienne, mais l'Autriche, sous la pression de la Prusse, tolérait le gouvernement parallèle du duc fantoche Frédéric VIII de Schleswig-Holstein et, en accord avec ce dernier, convint de mettre en place le scrutin. La Prusse considéra que ces menées contrevenaient au pacte de Gastein, par lequel Prusse et Autriche avaient en 1865 partagé leurs domaines réservés dans le condominium (co-gestion territoriale) du Schleswig-Holstein, et arrêté les principes de gouvernement.

Le 9 juin, les troupes prussiennes occup√®rent le Holstein, de sorte que l'Autriche fit sur le champ voter par le Bundestag de la conf√©d√©ration la mobilisation g√©n√©rale malgr√© le droit de la Prusse √† la l√©gitime d√©fense. Dans quelle mesure la Prusse √©tait-elle encore tenue aux lois de la Conf√©d√©ration ? La r√©ponse √† cette question √©tait peu claire. Toujours est-il que le 14 juin, le parlement de la Conf√©d√©ration vota la mobilisation par neuf voix contre six. La Prusse d√©non√ßa ce vote comme une infraction √† la constitution, et proclama la dissolution de la Conf√©d√©ration germanique.

Le jeu des alliances
Bleu nuit: Prusse
bleu clair: alliés de la Prusse
Rouge: Autriche
Rose: alliés de l'Autriche
vert: états neutres
jaune: Schleswig et Holstein

L'auto-dissolution de la Conf√©d√©ration devait intervenir finalement √† l'issue de la Paix de Prague le 23 ao√Ľt 1866 √† Augsburg.

Le mécanisme des alliances

Les alli√©s de la Prusse sont (outre l'Italie) les grands duch√©s d'Oldenbourg, de Mecklembourg-Schwerin, de Mecklembourg-Strelitz, le duch√© de Brunswick, les villes hans√©atiques de Hambourg, Br√™me et L√ľbeck et d'autres √©tats de moindre importance (dont ceux de Thuringe).

Du c√īt√© de l'Autriche (ou plus pr√©cis√©ment du c√īt√© de la Conf√©d√©ration germanique) on compte les √©tats d'Allemagne centrale Saxe, Royaume de Bavi√®re, Bade, Wurtemberg, Royaume de Hanovre, Hessen-Darmstadt, Hesse-Cassel, Nassau et d'autres √©tats de moindre importance.

Mais la principale caractéristique du conflit, et dans laquelle il faut voir l'un de plus grands succès du chancelier Bismarck, est l'abstention des grandes puissances européennes.

Déroulement du conflit

Apr√®s une invasion sans combat du royaume de Saxe par la coalition prussienne, la Premi√®re arm√©e prussienne se porte le 23 juin sur Seidenberg et Zittau et l'Arm√©e de l'Elbe sur Waltersdorf et Schluckenau dans le royaume Habsbourg de Boh√™me. C'est le 26 juin qu'ont lieu les premiers engagements significatifs avec la Bataille de H√ľhnerwasser (auj. KuŇôivody), les combats de Sichrow, Turnau (auj. Turnov) et la bataille de Podol : ils opposent diff√©rentes divisions de la Premi√®re arm√©e prussienne command√©e par le prince Fr√©d√©ric-Charles et de l'Arm√©e de l'Elbe sous les ordres du g√©n√©ral von Bittenfeld, aux unit√©s de la Premi√®re arm√©e autrichienne et du corps exp√©ditionnaire saxon.

Le lendemain 27 juin, la Deuxi√®me arm√©e prussienne, command√©e par le prince h√©ritier Fr√©d√©ric parvient √† franchir les Monts des G√©ants en empruntant plusieurs routes de col, et se heurte √† l'ennemi lors des batailles de Nachod et de Trautenau. Cette derni√®re bataille est l'une des rares victoire autrichienne de ce conflit : d√®s le lendemain, les Prussiens les d√©font simultan√©ment √† Skalitz, √† Soor-Burkersdorf et √† M√ľnchengr√§tz.

Le 29 juin, le corps d'armée de Frédéric-Charles de Prusse intercepta la Première armée autrichienne et les Saxons qui se repliaient, tandis que sur le front Est, on combattait à Königinhof et Schweinschädel (auj. Svinistany). Puis les Prussiens perdirent le contact avec l'ennemi, et ne parvinrent à le localiser de nouveau (au nord-ouest de Sadowa) que le 2 juillet.

Les contingents prussiens stationn√©s √† Minden et Hambourg avaient √©t√© d√©faits le 27 juin 1866 par l'arm√©e du Hanovre √† la bataille de Langensalza ; toutefois les Hanovriens, qui y avaient essuy√©s de lourdes pertes, durent capituler faute de renforts le 29 juin devant la sup√©riorit√© num√©rique √©crasante des Prussiens. Un monument comm√©more toujours cette victoire des Hanovriens au centre-ville de Minden. Les alli√©s des Prussiens attaqu√®rent alors Cassel et Francfort, tandis que l'aile droite de l'Arm√©e de l'Elbe se portait sans attendre aux portes de Nuremberg.

Anton Romako: l'amiral Tegetthoff à la bataille navale de Lissa (tableau de 1878-1880, huile sur bois)

Au sud, entretemps, l'arm√©e autrichienne avait battu l'arm√©e italienne du g√©n√©ral Alfonso La Marmora √† la bataille de Custozza le 24 juin 1866 ; la Marine austro-hongroise, command√©e par Wilhelm von Tegetthoff, vainquit le 20 juillet au combat naval de Lissa (auj. Vis) une flotte italienne en inf√©riorit√© num√©rique. Ce fut d'ailleurs l'un des derniers combats navals o√Ļ l'on employa la tactique de l'√©peronnage. Toutefois, la d√©faite de l'Autriche et, formellement, de la Conf√©d√©ration allemande, s'explique principalement par l'obligation de diviser l'arm√©e entre deux fronts, et l'inad√©quation de l'armement pour contrer la tactique prussienne du combat d'artillerie. Les contingents prussiens sont √©galement √©quip√©s d'une arme moderne, le fusil Dreyse.

Les arm√©es prussiennes regroup√©es remportent finalement une bataille d√©cisive le 3 juillet 1866 pr√®s de K√∂niggr√§tz en Boh√™me (auj. Hradec Kr√°lov√©), sous le commandement de Guillaume Ier en personne (bataille connue en France sous le nom de Sadowa). Le chef d'√©tat-major prussien est Helmuth von Moltke, le p√®re spirituel de la strat√©gie prussienne de l'attaque en masse (cf. route strat√©gique). Dans le camp autrichien, les espoirs reposent pour l'essentiel sur le g√©nie militaire du commandant en chef Ludwig von Benedek : dans le combat qui s'annonce, la Prusse a le dessous, non seulement num√©riquement (160 000 hommes contre 250 000 hommes) mais aussi techniquement. Benedek avait d'abord d√©clin√© le commandement de l'arm√©e du nord, car il n'avait aucune exp√©rience de ce th√©√Ętre d'op√©ration et il avait trouv√© cette arm√©e mal √©quip√©e, ce que la bataille allait d'ailleurs effectivement montrer. Apr√®s la d√©faite de Sadowa, il fut d√©mis de son commandement et comparut devant le conseil de guerre. Le jugement fut toutefois annul√© √† la demande du gouvernement : on ordonna √† Benedek de garder √† jamais le silence sur cette bataille, ordre auquel il obtemp√©ra.

Helmuth von Moltke avait divis√© l'arm√©e prussienne en trois corps distincts. Le combat s'engagea d'abord √† l'initiative de l'Arm√©e de l'Elbe command√©e par Herwath von Bittenfeld et le Premier corps d'arm√©e command√© par le prince Fr√©d√©ric Charles de Prusse, sur l'arm√©e autrichienne, qui avait pris position au nord de la place-forte de K√∂niggr√§tz. En d√©pit de lourdes pertes, l'arm√©e prussienne n'obtint d'abord aucun r√©sultat tangible. Il devait revenir au Deuxi√®me corps d'arm√©e, qui gagnait le front √† marche forc√©e sous le commandement du prince h√©ritier Fr√©d√©ric, de faire l'ouverture d√©cisive. Le prince Fr√©d√©ric entreprit une attaque de flanc pour faire diversion et soulager les deux premiers corps d'arm√©e. Au cours de cette manŇďuvre, il parvint √† s'emparer des hauteurs de Chlum, d'o√Ļ il put mettre en batterie son artillerie et balayer l'ennemi par un tir d'enfilade. Sadowa devint ainsi le symbole du triomphe de la solution petite-allemande.

Les combats d'Üttingen, ultimes engagements de cette guerre, terminent la campagne du Main, le 26 juillet 1866, avec une victoire prussienne sur l'armée bavaroise. Le combat de Blumenau, le dernier jour du conflit, permit encore aux Autrichiens d'empêcher les Prussiens de s'emparer de Pressburg (auj. Bratislava)

De gauche √† droite : Otto von Bismarck, Albrecht von Roon, Helmuth von Moltke

Au total, 600 000 hommes avaient combattu dans les rangs de la Conf√©d√©ration, 500 000 hommes pour la Prusse et ses alli√©s, et 300 000 pour l'Italie. Gr√Ęce √† l'institution du service militaire, la Prusse compensait approximativement une population deux fois inf√©rieure √† celle des territoires de la coalition des Habsbourg. D'apr√®s les statistiques, les pertes sur les seuls th√©√Ętres d'op√©ration de Boh√™me, de Basse-Autriche et de Slovaquie se montaient √† :

  • Autriche : 1 313 officiers, dont 330 tu√©s, ainsi que 41 499 soldats, dont 5328 tu√©s
  • Saxe : 55 officiers, dont 15 tu√©s, ainsi que 1446 soldats, dont 120 tu√©s
  • Prusse : 359 officiers, dont 99 tu√©s, ainsi que 8794 soldats, dont 1830 tu√©s

Les r√©giments prussiens, italiens et leurs alli√©s enregistraient au total 37 000 morts et bless√©s, soit beaucoup moins que leurs ennemis.

√Čpilogue et cons√©quences

Francfort-sur-le-Main doit payer 25 millions de florins à la Prusse comme réparations de guerre sous 24 heures (ultimatum du 20 juillet 1866 signé du général prussien Edwin von Manteuffel).

Afin de prendre de vitesse une possible intervention fran√ßaise ou russe, Bismarck invite le roi de Prusse √† ne pas pousser √† fond sa victoire, mais plut√īt √† conclure une paix tr√®s rapidement. Il doit pour cela d√©ployer toute sa force de persuasion, car Guillaume Ier de Prusse, en d√©pit de son opposition initiale √† la politique d'agression, que l'√©tat-major n'√©tait parvenu qu'√† grand-peine √† surmonter, entend √† pr√©sent dicter √† l'Autriche des conditions d'armistice tr√®s dures et pour cela est pr√™t √† faire marcher ses arm√©es sur Vienne. Pass√© un diff√©rend momentan√©, il se rallie finalement aux vues de son gouvernement.

Les pourparlers de Nikolsburg, men√©s le 26 juillet 1866 avec Napol√©on III, constituent l'√©tape d√©cisive vers la r√©solution du conflit : au terme de ces accords pr√©liminaires, l'Autriche, r√©duite √† un combat d√©sesp√©r√©, c√®de sur l'essentiel, √† savoir l'abandon de sa politique allemande. Ces pourparlers sont sanctionn√©s par la Paix de Prague (1866) sign√©e avec la Prusse, et la Paix de Vienne (1866) sign√©e avec le royaume d'Italie.

L'Italie y gagne la V√©n√©tie, mais de fa√ßon indirecte : formellement, l'Autriche avait remis cette province √† la France, √† charge pour elle de la remettre au vainqueur. La Prusse, de son c√īt√©, annexe le Schleswig-Holstein, et place les anciens √©tats-souverains de Hanovre (avec la d√©position de Georges V de Hanovre), le duch√© de Nassau, la Hesse-Cassel, et la ville libre de Francfort (suicide du bourgmestre Karl Konstanz Viktor Fellner) sous administration militaire. Ainsi, le royaume de Prusse r√©alise la continuit√© territoriale entre ses provinces occidentales de Rh√©nanie et de Westphalie, et son berceau originel du Brandebourg √† l'est de l'Elbe. D'autres membres de l'alliance comme le Duch√© de Saxe-Cobourg et Gotha tombent sous la d√©pendance de la Prusse.

Annexions donnant suite à l'issue du conflit.
bleu nuit: Prusse royale
bleu clair: Schleswig-Holstein, Hannovre et Hesse-Cassel, annexés.
vert: Thuringe
rose: royaume de Bavière.

La Conf√©d√©ration allemande est dissoute et une Conf√©d√©ration de l'Allemagne du Nord, dirig√©e par la Prusse, est proclam√©e le 18 ao√Ľt 1866 en application de la solution petite-allemande, l√©gitimant et affirmant l'h√©g√©monie de la Prusse en Allemagne. Les √©tats d'Allemagne m√©ridionale, √† savoir le royaume de Bavi√®re, le royaume de Wurtemberg, le Grand-duch√© de Bade (dont l'ind√©pendance est reconnue sous la pression de la France), et une partie du Grand-duch√© de Hesse (qui survit moyennant quelques concessions territoriales gr√Ęce √† l'intercession de la Russie) conservent leur ind√©pendance. La r√©gion de Haute-Hesse, comme le Duch√© de Saxe-Cobourg et Gotha est int√©gr√©e √† la Conf√©d√©ration de l'Allemagne du Nord, et √©vite ainsi l'annexion pure et simple. La reconstitution d'une conf√©d√©ration d'Allemagne m√©ridionale s'√©tendant du Main au lac de Constance, stipul√©e par les articles de la Paix de Prague (1866) √©chouera gr√Ęce aux men√©es de Bismarck : les duch√©s du sud-ouest se rallieront finalement autour de la Bavi√®re. L'exclusion de l'Autriche de la politique allemande appara√ģt avec le recul comme totale, m√™me si l'empereur Fran√ßois-Joseph ne le reconnut pas d'embl√©e.

Avec l'euphorie populaire qui s'ensuit, Otto von Bismarck remporte un succès éclatant au plan de la politique intérieure, d'autant qu'il obtient des parlementaires son amnistie pour avoir, hors de tout cadre légal, levé un budget de guerre (adoption de la loi d'immunité). Les débats autour de cette question diviseront longtemps le Parti progressiste allemand, membre de l'opposition.

Les relations diplomatiques avec la France, jusque-l√† cordiales, se d√©t√©riorent nettement apr√®s la victoire de la Prusse. L'empereur Napol√©on III, en effet, attendait en contrepartie de son attitude bienveillante des compensations territoriales sur la rive gauche du Rhin : d√©pass√© par la bri√©vet√© du conflit, ses revendications tombent √† plat. En France, des voix s'√©l√®vent contre l'imp√©rialisme prussien avec le slogan ¬ę Vengeance pour Sadowa! ¬Ľ. La politique √©trang√®re de Napol√©on III, comme celle de Bismarck, √©tant fond√©e sur l'imp√©rialisme, l'√©chec de nouvelles annexions au nord-est de la France (plut√īt contre-productives pour l'image de la France en terre allemande) devait t√īt ou tard se traduire par la formation d'un nouvel axe diplomatique Paris-Vienne. L'ancien premier ministre de Saxe, Friedrich Ferdinand von Beust, devenu ministre des Affaires √©trang√®res et chancelier de la monarchie d'Autriche-Hongrie, artisan d'une politique pro-fran√ßaise, ne sera toutefois pas en mesure de s'opposer aux calculs politiques de Bismarck.

Napoléon III, portrait en pied de Franz Xaver Winterhalter, 1852

Dans le cadre des pourparlers de paix, la Bavi√®re, la Bade et le Wurtemberg (la Hesse-Darmstadt, au sud de la ligne frontali√®re du Main restera ind√©pendante jusqu'√† la Crise luxembourgeoise) concluent avec la Prusse un ¬ę trait√© de protection mutuelle ¬Ľ qui ouvre la voie √† la Guerre de 1870. La Prusse √©largit son domaine d'influence en r√©veillant par toute l'Allemagne le sentiment national, en se proclamant le bouclier contre la Russie et en appelant les √©tats d'Allemagne m√©ridionale √† l'union √©conomique par le biais du Zollverein, tant et si bien qu'elle parvient √† faire proclamer l'Empire allemand le 18 janvier 1871 dans la Galerie des glaces du ch√Ęteau de Versailles. Menac√© par la Russie et la Hongrie d'une attaque militaire de la France, l'Empereur d'Autriche, quant √† lui, se r√©signe √† se comporter en simple prince allemand, politique conciliante d'o√Ļ na√ģtra peu √† peu une certaine neutralit√©, puis m√™me un rapprochement avec le Deuxi√®me Reich, pr√©mice √† la Duplice.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Alan P. Taylor, p. 114.
  2. ‚ÜĎ Cf. Kurt Hinze, Die Bev√∂lkerung Preu√üens im 17. und 18. Jahrhundert (‚Ķ), in: Otto B√ľsch, Wolfgang Neugebauer (√©d.): Moderne Preu√üische Geschichte, vol. I, pp. 182 ff., et Wolfgang K√∂llmann, Demographische ¬ę Konsequenzen ¬Ľ der Industrialisierung in Preu√üen, op. cit., pp. 447 ff.
  3. ‚ÜĎ Alan P. Taylor, p. 117.
  • (de) Cet article est partiellement ou en totalit√© issu d‚Äôune traduction de l‚Äôarticle de Wikip√©dia en allemand intitul√© ¬ę Deutscher Krieg ¬Ľ.
  • (en) Alan J. P. Taylor, The Course of German history: a Survey of the Development of Germany since 1815, Routledge, 1945 (r√©impr. 2001), 288 p. (ISBN 0415255589), chap. 6 (¬ę The conquest of Germany by Prussia ¬Ľ), p. 110-129 
  • Jacques Droz, L'Allemagne, vol. 1 : La formation de l'unit√© allemande, Hatier, coll. ¬ę Collection d'histoire contemporaine / Hatier universit√© ¬Ľ, Paris, 1970, 15,5√ó23,5 cm broch√©, 224 p. 
  • (de) Theodor Fontane, Der deutsche Krieg von 1866, vol. 1 : Der Feldzug in B√∂hmen und M√§hren, Rockstuhl, Bad Langensalza, 1871, 2 vol. (ISBN 3-936030-65-0) 
  • (de) Theodor Fontane, Der deutsche Krieg von 1866, vol. 2 : Der Feldzug in West- und Mitteldeutschland, Rockstuhl, Bad Langensalza, 1871, 2 vol. (ISBN 3-936030-66-9) 
  • (en) Alan J. P. Taylor, The Habsburg Monarchy 1809‚Äď1918 (1941, r√©√©d. 1948).

Voir aussi

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