Groß St. Martin

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Groß St. Martin

Église Saint-Martin de Cologne

50°56â€Č19″N 6°57â€Č42″E / 50.93861, 6.96167

Église Saint-Martin de Cologne
Vue de l'Ă©glise depuis le Fischmarkt
Vue de l'Ă©glise depuis le Fischmarkt

Nom local Groß St. Martin
Latitude
Longitude
Non renseigné
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Pays Allemagne
RĂ©gion Flag of North Rhine-Westphalia (state).svg RhĂ©nanie-du-Nord-Westphalie
DĂ©partement District de Cologne
Ville Cologne
Culte Catholique romain
Type Église
RattachĂ© Ă  ArchevĂȘchĂ© de Cologne
DĂ©but de la construction XIIe siĂšcle
Fin des travaux 1885
Style(s) dominant(s) Gothique
Vue prise depuis la galerie de l’abside occidentale : coup d’Ɠil vers l’est Ă  travers le chƓur et la nef principale.

L'Ă©glise Saint-Martin, en allemand Groß St. Martin (littĂ©ralement Ă©glise Saint-Martin-la-Grande ou Ă©glise Saint-Martin-Majeure, parfois traduit par Grand-Saint-Martin) est une des douze ― et la troisiĂšme par ses dimensions â€• Ă©glises romanes qui subsistent Ă  Cologne et dont la sauvegarde est appuyĂ©e par l’association Förderverein Romanische Kirchen Köln (litt. Association de promotion des Ă©glises romanes de Cologne). Elle se dresse au-dedans du pĂ©rimĂštre de la vieille ville, quoiqu’elle se trouve aujourd’hui Ă©troitement enserrĂ©e de maisons d’habitation et de commerce datant principalement des annĂ©es 1970 et 80. Cette basilique Ă  trois vaisseaux, au chevet en forme de trĂšfle, et au massif clocher de croisĂ©e dotĂ© de quatre clochetons d’angle, est parmi les monuments emblĂ©matiques les plus marquants de la ville de Cologne, contribuant Ă  façonner la silhouette de la citĂ© le long de la rive gauche du Rhin.

La basilique fut Ă©rigĂ©e au XIIe siĂšcle sur les vestiges d’une construction romaine sise dans le faubourg rhĂ©nan (Rheinvorstadt), qui s’étendait dans ce qui Ă©tait autrefois une Ăźle dans le fleuve. Au long de plusieurs siĂšcles, elle servit d’abbatiale d’une abbaye de bĂ©nĂ©dictins, jusqu’à ce qu’elle fut, suite Ă  la sĂ©cularisation au XIXe siĂšcle, changĂ©e en Ă©glise paroissiale. Les attaques aĂ©riennes durant la DeuxiĂšme Guerre mondiale causĂšrent Ă  l’édifice ― ainsi qu’à la ville de Cologne tout entiĂšre â€• des dommages considĂ©rables. Si la reconstruction du clocher fut achevĂ©e en 1965, les travaux de restauration dans leur ensemble se prolongĂšrent jusqu’en 1985 ; ce n’est que 40 ans aprĂšs la fin de la guerre que l’église put ĂȘtre consacrĂ©e Ă  nouveau.

Aujourd’hui, l’église St.-Martin est, en tant que lieu de priĂšre, ouvert aux croyants et aux visiteurs. Dans la crypte reconstituĂ©e peuvent se contempler des fouilles archĂ©ologiques de l’époque romaine.

L’appendice la Grande (allem. « Groߠ» St. Martin) dans la dĂ©signation de cette basilique permet de la distinguer de l’église paroissiale dite Ă©glise Saint-Martin-Mineure (allem. « Klein Â» St. Martin), dĂ©diĂ©e au mĂȘme saint Martin de Tours, mais plus petite, et peut-ĂȘtre plus ancienne, et dont seule subsiste une tour.

Sommaire

Histoire

L’histoire de l’église Saint-Martin de Cologne est Ă©troitement liĂ©e au destin de l’abbaye bĂ©nĂ©dictine dont elle faisait partie, et souvent, les dĂ©cisions prises par l’abbaye touchaient Ă©galement l’église. De l’époque oĂč furent fondĂ©s le monastĂšre et l’église ne sont parvenus jusqu’à nous que peu de documents et peu d’informations propres Ă  nous renseigner sur leur Ă©dification ; aussi nos connaissances concernant la genĂšse de l’édifice s’appuient-elles, en complĂ©ment, sur des indices archĂ©ologiques ainsi que sur des arguments apportĂ©s par l’histoire de l’art.

Renseignements archĂ©ologiques concernant le site Ă  l’époque romaine

Site Ă  l’époque romaine et complexe abbatial ultĂ©rieur, en regard de l’urbanisation actuelle. Traits noirs : Constructions romaines; en brun : complexe abbatial ; en orange : emplacement de la basilique ; en jaune pĂąle : urbanisation actuelle.
Plans Ă©tablis d’aprĂšs Gerta Wolff [1]

À l’origine, la zone autour de Groß St. Martin faisait partie d’un Ăźlot situĂ© autrefois dans le Rhin en face de la Cologne romaine, Ă  l’est du Praetorium. Des fouilles menĂ©es dans les annĂ©es 1965 et 1966, puis entre 1973 et 1979 ont permis d’établir que des constructions se trouvaient sur cet Ăźlot dĂšs le premier siĂšcle aprĂšs J.-C.

Une aire d’une longueur (dans le sens est-ouest) de 76 m au moins et d’une largeur de 71,5 m, ceinte d’une muraille, au-dedans de laquelle se trouvait une lĂ©gĂšre dĂ©pression de dimensions 55,7×43,8 m, ainsi qu’un bassin de 34×17,2 m de cĂŽtĂ©s et de 1,7 m de profondeur, a pu ĂȘtre identifiĂ©e comme constituant la premiĂšre construction amĂ©nagĂ©e sur l’üle. L’on a pas connaissance, Ă  ce jour, d’un autre site similaire, du moins situĂ© au nord des Alpes. Aucun renseignement n’étant parvenu jusqu’à nous quant Ă  l’usage qui Ă©tait fait de cette construction, l’on en est rĂ©duit Ă  formuler des conjectures ; peut-ĂȘtre faut-il voir dans la grande aire un terrain de sport (palaestra), et dans le bassin une piscine (natatio) ou alors un rĂ©servoir oĂč les pĂȘcheurs du fleuve entreposaient leurs captures ; selon une autre thĂ©orie, il s’agirait d’un pĂ©rimĂštre sacrĂ©, voire, quoique peu probable, du lieu oĂč, aux premiers temps de la Cologne romaine, se dressait l’Ara Ubiorum, autel servant de sanctuaire d’abord aux Ubiens, puis peut-ĂȘtre Ă  d’autres peuplades germaniques.

Reconstitution de la Cologne romaine, IIIe siĂšcle environ.

Au milieu du IIe siĂšcle, l’on entreprit de rehausser le terrain d’environ 1,5 Ă  2 m et d’y construire, au sud, Ă  l’est et Ă  l’ouest, quatre halles de trois vaisseaux chacune. Tant leur localisation, ― directement sur la berge du fleuve ―, que leur forme et leur agencement portent Ă  admettre qu’elles Ă©taient utilisĂ©es comme entrepĂŽts de marchandises (horrea). Cette aire, s’étendant sur quelque 7000 mÂČ, Ă©tait dĂ©limitĂ©e Ă  sa face nord par une muraille.

La quatriĂšme de ces halles au moins, celle du sud-est, continua d’ĂȘtre utilisĂ©e au-delĂ  de l’époque romaine. En effet, par trois fois, une nouvelle chape fut posĂ©e sur le sol, par dessus la prĂ©cĂ©dente. Les piliers de grĂšs, lisses jusque-lĂ , furent ultĂ©rieurement pourvus d’une base cannelĂ©e, dont il n’est pas Ă©tabli s’ils remontent encore Ă  l’époque romaine ou s’ils datent dĂ©jĂ  du haut Moyen Âge. Les dĂ©bris de cĂ©ramique de Pingsdorf (village au sud de Cologne oĂč une industrie cĂ©ramique existait du IXe au XIIIe siĂšcles) qui ont Ă©tĂ© pris dans la chape sont d’origine carolingienne.

En outre, dans les annĂ©es 1965 et 1966 fut rĂ©alisĂ©e, par une longue incision selon l’axe mĂ©dian de l’église, une Ă©tude stratigraphique (c’est-Ă -dire des couches du sous-sol), laquelle permit de dĂ©couvrir, jusqu’à une profondeur d’environ 2 m sous le dallage, un grand nombre de sĂ©pultures du Moyen Âge et des temps modernes.

HypothĂšses sur la fondation de l’église Saint-Martin et fausse chronique

Chapiteau sculpté de la colonne sud-ouest de la croisée du transept, représentant, selon la tradition, Pépin de Herstal et Plectrude.

Des tĂ©moignages directs attestant d’une fondation de l’église St.-Martin antĂ©rieure au Xe siĂšcle font dĂ©faut. L’historiographe colonais Aegidius Gelenius, dans son ouvrage « Ă‰loge de la ville de Cologne Â» (De admiranda sacra et civili magnitudine Colonia), paru en 1645, mentionne la possibilitĂ© d’une fondation Ă  l’époque prĂ©carolingienne ; selon cet ouvrage, les missionnaires Viro et Plechelmus, venus aux bords du Rhin en compagnie de Suitbert ― appelĂ© Ă  devenir plus tard l’abbĂ© de l’abbaye de Kaiserswerth ―, auraient fondĂ© l’abbaye et l’église et auraient Ă©tĂ© soutenus dans cette entreprise par PĂ©pin de Herstal et Plectrude, fondateurs de l’église colonaise de Sainte-Marie-du-Capitole.

C’est du reste aussi sur ces thĂ©ories que s’appuyait la Chronicon Sancti Martini Coloniensis, chronique remontant en apparence au XIIIe ou XIVe siĂšcle, qui jusqu’à la fin du XIXe siĂšcle passa pour une source importante relativement Ă  l’histoire de l’abbaye et de l’église. Ainsi, selon cette chronique, Saint-Martin aurait Ă©tĂ© d’abord fondĂ©e par l’Écossais Tilmon, qui aurait construit en 690 une chapelle, laquelle aurait Ă©tĂ© ultĂ©rieurement, en 708, transformĂ©e en abbaye par Viro, Plechelmus et Otger. Ladite chronique recense, sans en omettre aucun, les noms des abbĂ©s depuis les tout dĂ©buts de l’abbaye, et s’applique Ă  en dĂ©crire toutes les vicissitudes, telles que la destruction du couvent et de l’église par les Saxons en 778, alors que Charlemagne faisait la guerre en Espagne ; ensuite, toujours selon cette chronique, un des paladins de Charlemagne, le roi danois Olger, aurait, Ă  ses propres frais, et avec l’aide de Charlemagne, fait reconstruire l’édifice, et le pape LĂ©on III, Ă  l’occasion de sa deuxiĂšme visite Ă  Cologne en 805, y aurait consacrĂ© deux autels. Pour les annĂ©es 846 et 882, il est fait Ă©tat d’une destruction par les Normands, dont l’église et l’abbaye ne se seraient remis que pĂ©niblement. C’est en 1900 seulement qu’Otto Oppermann dĂ©masqua cette chronique dans sa totalitĂ© comme une falsification de 1730, de la main d’Oliver Legipont, moine bĂ©nĂ©dictin de l’abbaye.

Si donc une fondation de l’abbaye et de l’église remontant Ă  l’époque franque (Ve au IXe siĂšcle) ne peut ĂȘtre documentĂ©e, le fait cependant que le patron en Ă©tait saint Martin de Tours a souvent portĂ© Ă  la considĂ©rer comme vraisemblable, attendu que saint Martin passait pour ĂȘtre le saint que les Francs affectionnaient le plus et que la plupart des Ă©glises dĂ©diĂ©es Ă  ce saint patron furent fondĂ©es du VIIe au IXe siĂšcle.

Fondation et Ă©dification de l’abbaye aux Xe et XIe siĂšcles

Statue de saint Élophe.

La fondation, citĂ©e dans le Code de Lorsch, par l’archevĂȘque de Cologne Brunon (953–965), d’un monastĂšre en l’honneur de Martin de Tours, en tant que communautĂ© de chanoines, est aujourd’hui bien Ă©tablie. Dans son testament, Brunon fit figurer l’église Saint-Martin parmi les Ă©glises Ă  favoriser et, au demeurant, de son vivant dĂ©jĂ , il l’avait gratifiĂ©e des reliques de saint Élophe, qui furent translatĂ©es de Toul vers le monastĂšre nouvellement fondĂ©, faisant de saint Édolphe le deuxiĂšme patron de Saint-Martin-la-Grande.

En 1499, la chronique de Johann Koelhoff le Jeune note que l’archevĂȘque Warin de Cologne (976–985) entreprit de faire rĂ©nover Groß St. Martin :

Also quam he widder zo Coellen vnd besserde dat Monster zo dem groissen sent Mertijn zo Coellen dat alt vnd veruallen was vnd begaffde dat rychlichen.

« Ainsi revint-il Ă  Cologne et fit-il rĂ©nover la collĂ©giale Saint-Martin de Cologne, laquelle Ă©tait devenue vĂ©tuste et dĂ©labrĂ©e, et la dota richement. Â»

Cet extrait indique qu’il devait s’agir d’un Ă©difice dĂ©jĂ  ancien. Warin aurait passĂ© les derniĂšres annĂ©es de sa vie au monastĂšre.

Il est un fait Ă©tabli qu’en 989, l’archevĂȘque Ebergar (985–999), Ă  l’aide de dons, transforma le monastĂšre en Schottenkloster, c’est-Ă -dire en un monastĂšre oĂč des bĂ©nĂ©dictins irlandais (« Ă‰cossais Â») pouvaient installer leurs quartiers. L’introduction de ces Écossais Ă  Groß St. Martin se situe entre les premiĂšres implantations irlandaises dans la pĂ©riode mĂ©rovingienne et carolingienne, et la crĂ©ation, au milieu du XIe siĂšcle, de la congrĂ©gation des Schottenklöster bĂ©nĂ©dictins, qui regroupait ceux-ci autour du monastĂšre de Ratisbonne.

Cependant, au XIe siĂšcle, les Écossais furent peu Ă  peu remplacĂ©s par des moines d’origine locale. L’archevĂȘque Pilgrim de Cologne (1021–1036), peu favorable, semble-t-il, aux moines Ă©trangers, aurait insistĂ© sur leur remplacement ; le dernier des abbĂ©s irlando-Ă©cossais fut Alvold, qui mourut en 1103. À partir de 1056, Marianus Scotus sĂ©journa pour quelque temps Ă  Groß St. Martin, ce qui laisse supposer qu’il y trouva encore un certain nombre de ses compatriotes.

Les historiens de l’art admettent que les vestiges de murs, que des fouilles ont permis de mettre au jour sous la paroi nord de la nef, et qui s’étendent jusqu’à la premiĂšre travĂ©e de l’édifice actuel, appartiennent Ă  une Ă©glise Ă©difiĂ©e sous Brunon. Le mur occidental de l’église se serait situĂ© quelque sept mĂštres plus au nord. Sa largeur aurait ainsi coĂŻncidĂ© avec la largeur de l’ancien entrepĂŽt romain ; peut-ĂȘtre mĂȘme l’église primitive Ă©tait-elle le rĂ©sultat d’une transformation de cet entrepĂŽt.

La Vita Annonis relate que l’archevĂȘque Anno II (1056–1075) eut une apparition de saint Élophe et qu’il fit alors Ă©riger deux clochers. Ils furent vraisemblablement construits de part et d’autre du chƓur oriental.

Le nouvel Ă©difice roman aux XIIe et XIIIe siĂšcles

Groß Sankt Martin sur une gravure de 1531. On aperçoit Ă  gauche le clocher de l'Ă©glise Sainte-Brigitte, dĂ©molie au XIXe siĂšcle.

En 1150, le faubourg rhĂ©nan fut dĂ©vastĂ© par un incendie, qui n’épargna pas l’église des BĂ©nĂ©dictins. Si l’étendue des dĂ©gĂąts n’est pas connue, il est supposĂ© cependant que la catastrophe servit de motif Ă  procĂ©der Ă  la dĂ©molition complĂšte de la construction endommagĂ©e. Dans la suite, en un premier temps, fut Ă©rigĂ© le triconque, seule partie de l’église Ă  s’ĂȘtre maintenue quasi inchangĂ©e jusqu’à nos jours ― le clocher de croisĂ©e, la nef et l’extrĂ©mitĂ© occidentale ayant Ă©tĂ© en effet plusieurs fois remaniĂ©s Ă  l’occasion d’interventions architecturales ultĂ©rieures.

L’archevĂȘque Philippe Ier (allem. Philipp von Heinsberg) (1130 – 1172) consacra le nouvel Ă©difice, lequel ne consistait alors qu’en un triconque, tandis que la nef Ă©tait dĂ©jĂ , peut-on supposer, en cours d’édification. À l’abside septentrionale avait Ă©tĂ© adjointe la chapelle Saint-BenoĂźt, construite sur deux niveaux, vers laquelle fut transfĂ©rĂ©e la dĂ©pouille de l’abbĂ© HĂ©lias, dĂ©cĂ©dĂ© en 1042.

Lorsqu’éclata un nouvel incendie en 1185, la travĂ©e orientale de la nef se trouvait achevĂ©e, de mĂȘme, ce semble, que les travĂ©es suivantes du collatĂ©ral sud. Celles-ci venant buter contre la paroi nord de l’église paroissiale Sainte-Brigitte, qui se dressait Ă  cet endroit depuis une date plus ancienne, les bĂątisseurs se virent sans doute contraints de s’écarter de l’alignement initial, ce qui expliquerait le renfoncement encore perceptible dans la paroi mĂ©ridionale de l’église.

Des renseignements sur le processus de construction nous sont aussi parvenus de l’époque de l’abbĂ© Simon (1206–1211). Le moine dĂ©cĂ©dĂ© Rudengerus lĂ©ga par testament entre autres 7 talents et 30 deniers destinĂ©s Ă  l’achat de pierres.

Au milieu du XIIIe siĂšcle enfin furent mĂ©nagĂ©es, dans les murs dĂ©jĂ  anciens au-dessus des collatĂ©raux, des galĂ©ries ainsi que les ouvertures du triforium, par quoi l’on souhaitait donner Ă  l’édifice une allure plus aĂ©rĂ©e. À la mĂȘme Ă©poque, la nef fut allongĂ©e de cinq mĂštres et le porche occidental, grand de deux travĂ©es, fut achevĂ©.

Évolution de l’édifice du XIVe au XVIIe siĂšcle

DĂ©tail montrant l’église St.-Martin d’un plan de Cologne de 1571, Ă©tabli par Arnold Mercator.

AprĂšs l’achĂšvement de la basilique au XIIIe siĂšcle, l’on entreprit plus guĂšre, jusqu’au XIXe siĂšcle, de modifications touchant Ă  la forme de l’édifice, hormis plusieurs travaux de rĂ©fection, rendus nĂ©cessaires dans les siĂšcles subsĂ©quents, en particulier Ă  la tour de croisĂ©e.

Ainsi, le comble de la tour de croisée, ayant été détruit par un incendie en 1378, fut-il reconstruit par la suite, grùce à des donations, mais de façon sommaire.

En 1434, une violente tempĂȘte fut Ă  l’origine de nouveaux dommages, emportant trois des quatre pignons du clocher. Tandis qu’un des pignons alla s’abattre sur les bĂątiments voisins situĂ©s place du Fischmarkt, les deux autres furent prĂ©cipitĂ©s directement sur les voĂ»tes abritant le maĂźtre autel. Les voĂ»tes furent promptement remises en Ă©tat et une cloche portant la date 1436 fut accrochĂ©e.

Les rĂ©formes successives menĂ©es sous les abbĂ©s Jakob von Wachendorp (1439–1454) et Adam Meyer (1454–1499) assurĂšrent Ă  l’abbaye bĂ©nĂ©dictine une situation financiĂšre plus stable, ce qui bĂ©nĂ©ficia aussi Ă  l’église, en particulier Ă  son mobilier. Parmi les piĂšces de valeur dont il s’enrichit alors ont Ă©tĂ© conservĂ©es notamment un ensemble de figures d’un autel de la croix de 1509.

Au lieu de nouveaux pignons, l’on donna pour couverture au clocher, entre 1450 et 1460, sa caractĂ©ristique flĂšche gothique en forme de pyramide brisĂ©e.

En 1527, en raison d’une instabilitĂ© de construction, le clocheton de l’angle sud-ouest du clocher s’effondra, allant s’abattre sur la chapelle Sainte-Madeleine sise du mĂȘme cĂŽtĂ©, laquelle chapelle fut entiĂšrement dĂ©molie par la suite. L’on renonça tout d’abord Ă  reconstruire le clocheton.

De nombreux autels ornaient l’intĂ©rieur de Groß St. Martin depuis le Moyen Âge ; il est possible que ces autels aient Ă©tĂ© sacrifiĂ©s Ă  un rĂ©amĂ©nagement du mobilier au dĂ©but du baroque, au XVIIe siĂšcle ; de ce mobilier baroque il ne subsiste toutefois plus rien aujourd’hui.

XVIIIe siĂšcle, influence du baroque et du classicisme

AprĂšs que les bĂątiments de l’abbaye, tombĂ©s en dĂ©crĂ©pitude, eurent Ă©tĂ© dĂ©molis en 1707, puis remplacĂ©s par des Ă©difices neufs, sous l’abbĂ© Heinrich Obladen, celui-ci fit ensuite repeindre Ă  neuf l’intĂ©rieur de l’église Saint-Martin et la dota d’un nouvel orgue plus grand. La nouvelle dĂ©coration s’inspirait rĂ©solument du style baroque ; ainsi p.ex. on fit apposer des bandes dorĂ©es sur les colonnes, les coupoles et les parois, et la dĂ©coration fut complĂ©tĂ©e de quatre lustres volumineux et d’une foule de bibelots et d’objets dĂ©coratifs.

La deuxiĂšme moitiĂ© du XVIIIe siĂšcle fut Ă©galement marquĂ©e par une sĂ©rie de modifications touchant aussi bien l’architecture intĂ©rieure que l’ornementation, interventions qui suscitĂšrent, dĂ©jĂ  chez les contemporains, d’ñpres critiques. L’abbĂ© Franz Spix, qui dirigea l’abbaye entre 1741 et 1759, fit rehausser de 2 Ă  3 pieds la table de l’autel de croisĂ©e et le fit dĂ©placer vers l’abside occidentale, dans le but, peut-on supposer, de donner aux messes une allure plus somptueuse. Le fait que les antiques pierres tombales des anciens abbĂ©s allaient ĂȘtre dĂ©truites par cette opĂ©ration, et que les colonnes et piliers se retrouveraient dĂ©pouillĂ©s de leur socle, dĂ©clencha certes des critiques, notamment de la part d’Olivier LĂ©gipont, mais ni ces critiques, ni les notes de protestation adressĂ©es au nonce apostolique Ă  Cologne, ne purent empĂȘcher que le projet ne fĂ»t mis Ă  exĂ©cution.

Coup d’Ɠil depuis le maütre autel vers le portail occidental et les orgues. Aquarelle de 1838–1841.

Quelque quarante ans plus tard, Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle, Ferdinand Franz Wallraf fut chargĂ© de renouveler la dĂ©coration de la basilique dans un sens contemporain. Le projet de Wallraf, s’il restait incontestablement marquĂ© par le baroque, subissait d’autre part aussi l’influence du classicisme naissant. Ainsi, les autels latĂ©raux et la chaire Ă©taient d’une conception extrĂȘmement simple, alors qu’au contraire le maĂźtre autel fut exĂ©cutĂ© avec une certaine opulence, avec de claires rĂ©fĂ©rences au panthĂ©on grec et romain. Peter Opladen, dans Geschichte einer stadtkölnischen Abtei, le dĂ©crit ainsi (1954):

« Sur lui (le maĂźtre autel) se trouvait reprĂ©sentĂ©e, Ă  grand renfort de symboles, la victoire de la Nouvelle Alliance sur l’ancienne : sur une grande vasque, la « mer d’airain Â», se trouvaient Ă©talĂ©s, parmi des nuages, des pains de proposition, tombant d’une table renversĂ©e, des crĂąnes d’animaux sacrificiels, des encensoirs, etc. Un ange tenait en main le chandelier Ă  sept branches brisĂ© ; par dessus l’arche d’alliance se dressait la Croix. Sur la face avant du tabernacle, un ange dĂ©chirait le rideau du temple, tandis qu’au-dedans du tabernacle Ă©tait figurĂ© le Sauveur lui-mĂȘme. Â»

Quoique violemment critiquĂ© par des reprĂ©sentants de l’historicisme et rejetĂ© comme « paien Â» par les tenants du mouvement de renouveau catholique du XIXe siĂšcle, le projet pictural de Wallraf tend cependant Ă  ĂȘtre jugĂ© aujourd’hui, du point de vue de l’histoire de l’art, comme une « rĂ©ussite extraordinaire Â».

Au remaniement intĂ©rieur s’ajouta en 1789 la dĂ©cision de jeter Ă  bas la tourelle Ă  l’angle nord-ouest du clocher ; c’est ainsi que jusqu’au milieu du XIXe siĂšcle, les vues de Groß St. Martin la montrent avec un clocher flanquĂ© de ses deux seuls clochetons orientaux. Il y eut d’autres interventions architecturales encore, touchant les absides principales, qui furent en partie percĂ©es de baies, et la chapelle Sainte-Madeleine, situĂ©e entre abside mĂ©ridionale et vaisseau collatĂ©ral, qui fut entiĂšrement dĂ©molie.

SĂ©cularisation et travaux de restauration au XIXe siĂšcle

Eau-forte, vers 1840

À partir de 1792, des guerres opposĂšrent la France rĂ©volutionnaire Ă  une coalition de gouvernements europĂ©ens, parmi lesquels l’Autriche et la Prusse. En octobre 1794, aprĂšs que les troupes rĂ©volutionnaires se furent emparĂ©es de Cologne, commença une pĂ©riode d’occupation de 20 annĂ©es, qui, fortement marquĂ©e par l’anticlĂ©ricalisme, allait dĂ©finitivement affranchir la ville de ses traditions et coutumes mĂ©diĂ©vales. L’archevĂȘchĂ© de Cologne cessa ainsi d’exister en 1801, et la cathĂ©drale de Cologne devint une Ă©glise paroissiale ordinaire. Par le dĂ©cret de sĂ©cularisation du 9 juin 1802, toutes les communautĂ©s spirituelles du DĂ©partement du Rhin furent supprimĂ©es. Suite Ă  cette directive, l’abbaye Saint-Martin dut se dissoudre le 21 septembre 1802, et les 21 moines restants durent trouver Ă  se loger en dehors des murs de l’abbaye ; 11 d’entre eux endossĂšrent alors des charges de curĂ© de paroisse Ă  Cologne. L’église Sainte-Brigitte fut vendue en 1805, Ă  l’exception de son clocher ; dans un compte rendu de vente publique de biens nationaux du 11 au 25 frimaire de l’an 14, il est spĂ©cifiĂ©:

18. La ci-devant église paroissiale Sainte-Brigitte à Cologne, attenant par un cÎté à la paroissiale Saint-Martin-la-Grande, et impropre au culte. Mise à prix 600 Fr. (adjugé pour 5075 Fr.).

L’église fut dĂ©molie et ses restes servirent Ă  construire l’estrade de l’orgue en 1812. L’église St.-Martin eut depuis lors le statut d’église paroissiale, l’ancien abbĂ© Felix Ohoven remplissant dĂ©sormais la nouvelle fonction de curĂ© de paroisse.

Dans les annĂ©es qui suivirent, les bĂątiments abandonnĂ©s de l’abbaye servirent de logis d’abord Ă  quelques-uns des anciens moines, puis, Ă  partir de 1808, Ă  d’anciens combattants français. La caducitĂ© croissante des bĂątiments fit dĂ©cider leur Ă©vacuation en 1821 et leur dĂ©molition partielle par la municipalitĂ© en 1822 ; le cloĂźtre se maintint jusqu’en 1839, avant d’ĂȘtre mis Ă  bas Ă  son tour. Victor Hugo, lors de sa visite de deux jours Ă  Cologne, faite dans le cadre de son voyage sur les bords du Rhin, fut tĂ©moin de l’ultime phase de cette dĂ©molition :

Le soir, comme les Ă©toiles s’allumaient, je me suis promenĂ© de l’autre cĂŽtĂ© du fleuve, sur la grĂšve opposĂ©e Ă  Cologne. J’avais devant moi toute la ville dont les pignons sans nombre et les clochers noirs se dĂ©coupaient avec tous leurs dĂ©tails sur le ciel blafard du couchant. À ma gauche se levait, comme la gĂ©ante de Cologne, la haute flĂšche de Saint-Martin avec ses deux tourelles percĂ©es Ă  jour. (
) De ce beau et sombre ensemble se dĂ©gageait dans ma pensĂ©e une mĂ©lancolique rĂȘverie. Je me disais : — La citĂ© germaine a disparu, la citĂ© d’Agrippa a disparu, la ville de Saint-Engelbert est encore debout. Mais combien de temps durera-t-elle ? (
) J’ai vu aujourd’hui tomber les derniĂšres briques sĂšches du cloĂźtre roman de Saint-Martin, on va y construire un cafĂ©-Tortoni; (
).
(|Victor Hugo, Le Rhin, Lettre dixiĂšme)
Vue de la face nord aprĂšs la dĂ©molition des bĂątiments de l’abbaye et avant la restauration; deux des quatre tourelles d’angle manquent. Lithographie de 1840.
Vue depuis l’ouest; la tourelle sud-ouest manque encore. Photographie, vers 1856.
Vue depuis le sud-est. Photographie, vers 1925.

Dans l’ensemble, Groß St. Martin offrait, vers le milieu du XIXe siĂšcle, un vĂ©ritable aspect de dĂ©solation : les deux clochetons occidentaux faisaient toujours dĂ©faut, et la face nord, que jouxtaient autrefois les bĂątiments de l’abbaye, n’était qu’une muraille dĂ©pouillĂ©e, percĂ©e de quasiment aucune fenĂȘtre.

À partir de 1843, la municipalitĂ© de Cologne s’engagea financiĂšrement dans la remise en Ă©tat de l’église. L’édification, contre l’abside septentrionale, d’une nouvelle sacristie, dans le respect des formes romanes, par Johann Peter Weyer, et la nouvelle paroi du vaisseau collatĂ©ral nord furent les premiers travaux effectuĂ©s ; ensuite, en 1847, le clocher fut complĂ©tĂ© de sa tourelle nord-ouest. Les projets de Heinrich Nagelschmidt, tendant Ă  restaurer fermement la basilique tout entiĂšre, furent mis en oeuvre Ă  partir de 1861. LĂ  Ă©galement, la ville de Cologne s’engagea dans l’entreprise, assumant la moitiĂ© des 32000 Taler environ auxquels s’élevaient les frais de restauration. En 1875, l’église Saint-Martin avait ainsi reçu une toiture neuve, vu son pignon occidental rĂ©novĂ©, la paroi de son collatĂ©ral sud percĂ©e de nouvelles baies, et sa tour recouvrer enfin son quatriĂšme clocheton. Le porche fut raccourci de moitiĂ©.

De mĂȘme, l’intĂ©rieur de l’église fut promis Ă  une complĂšte rĂ©novation. À cet effet, l’architecte August Essenwein, directeur du Germanisches Nationalmuseum (musĂ©e germanique national) Ă  Nuremberg, Ă  qui avait Ă©tĂ© confiĂ©e cette tĂąche, fit un sort Ă  l’ornementation classiciste de la fin du XVIIIe siĂšcle et s’évertua, dans l’esprit de l’historicisme, de reproduire une iconographie authentiquement mĂ©diĂ©vale dans la dĂ©coration des voĂ»tes, parois et sols.

Aussi celui qui de nos jours se propose de repenser l’habillage d’une Ă©glise mĂ©diĂ©vale ou d’orner une oeuvre d’art dans un sens mĂ©diĂ©val devra-t-il, Ă  partir de ce grand cercle, en composer un petit, et le parachever en un poĂšme spirituel. Il suffit de souligner qu’il y a lieu de prendre en considĂ©ration l’époque Ă  laquelle l’église a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e et de composer un cycle d’images dans l’esprit de ladite Ă©poque.

Essenwein Ă©tait conscient que son projet ne pourrait, ne fĂ»t-ce que pour des raisons matĂ©rielles, ĂȘtre rĂ©alisĂ© que pas Ă  pas ; c’est pourquoi, tout en restant dans le cadre d’un concept unitaire global, il conçut, pour chaque partie de l’église sĂ©parĂ©ment, un cycle d’images particulier pouvant ĂȘtre contemplĂ© Ă  part. Il Ă©tait prĂ©vu que le travail progresserait d’est en ouest, de « l’essentiel au moins essentiel Â», et que l’on s’occuperait du sol en dernier.

Les trois espaces principaux de la basilique ― porche, nef et triconque   ― devaient donner Ă  voir, d’ouest en est, avec beaucoup de fidĂ©litĂ© et de dĂ©tail, toute l’Histoire sainte. Traditionnellement, le porche, comprenant alors encore ses deux travĂ©es, devait reprĂ©senter le paradis ; huit motifs Ă©taient prĂ©vus, de la CrĂ©ation jusqu’à la Chute originelle et l’expulsion du jardin d’Éden. Au portail d’entrĂ©e, un agneau symboliserait la rĂ©demption.

Groß St. Martin telle que dĂ©corĂ©e par August Essenwein. Coup d’Ɠil Ă  travers la nef vers l’abside orientale.

Dans le nef, la vie humaine et le monde, ainsi que les rapports de l’homme envers Dieu et les Saints, devaient se trouver reprĂ©sentĂ©s dans toutes leurs facettes, y compris, chronologiquement, l’Ancienne Alliance, c’est-Ă -dire la pĂ©riode situĂ©e entre Chute originelle et RĂ©demption chrĂ©tienne. La premiĂšre travĂ©e devait contenir des allĂ©gories de la succession des temps, la deuxiĂšme ĂȘtre consacrĂ©e Ă  la sphĂšre terrestre et Ă  ses crĂ©atures : Ă©lements, conditions mĂ©tĂ©orologiques, les plantes, les animaux ; sur la troisiĂšme travĂ©e devait s’offrir Ă  l’observateur l’espace extraterrestre infini : soleil, astres, voĂ»te cĂ©leste, complĂ©tĂ© des signes zodiacaux et des phases de la lune. Les piliers devaient porter les effigies de ceux parmi les souverains temporels ayant eu un mĂ©rite particulier dans la diffusion de la foi chrĂ©tienne : Constantin le Grand, Charlemagne, Godefroid de Bouillon et Baudouin Ier de Constantinople. Tout au long des bas-cĂŽtĂ©s devaient s’enchaĂźner des motifs se rapportant Ă  la vie des saints particuliĂšrement vĂ©nĂ©rĂ©s dans cette Ă©glise.

La travĂ©e de croisĂ©e devait par sa dĂ©coration jouer un rĂŽle de transition entre les illustrations de la nef et celles du chevet : depuis la voĂ»te, la grĂące divine devait se dĂ©verser sur les hommes, tandis que le sol devait Ă©voquer les trois parties du monde telles qu’on les reconnaissait au Moyen Âge.

Enfin, dans le chevet, au niveau de la croisĂ©e et des absides, le cycle de fresques devait se clore par une Ă©vocation de toute la gloire divine, sous les aspects de la Sainte TrinitĂ©, de nuĂ©es d’anges et de la JĂ©rusalem cĂ©leste de la RĂ©vĂ©lation de Saint-Jean.

À partir de 1868, ce grand projet de dĂ©coration fut certes mis en oeuvre par le peintre colonais Alexius Kleinertz, mais sous une forme modifiĂ©e et simplifiĂ©e ; ainsi p.ex. les projets relatifs au porche ne furent pas exĂ©cutĂ©s. Le chƓur exhaussĂ© fut ramenĂ© Ă  son niveau d’origine, et l’on fit acquisition de nouvelles orgues et de mobilier neuf. En 1885, les travaux Ă©taient terminĂ©s.

Les derniers grands travaux entrepris au XIXe siĂšcle concernĂšrent les rangĂ©es de maisons autour de la face occidentale de la basilique, ― lesquelles maisons furent dĂ©molies en 1892, afin de dĂ©gager la vue sur le triconque, â€• et le comble du clocher, dotĂ© en 1894 d’une nouvelle pointe.

Destruction pendant la DeuxiĂšme Guerre mondiale

Cologne en 1945. On aperçoit, environ au milieu de la photo, le clocher, d'aspect clair, de l'Ă©glise Saint-Martin, se dessinant devant la premiĂšre arche du pont HohenzollernbrĂŒcke, affaissĂ© dans le Rhin.
Vue sur le cÎté occidental de l'église depuis le Alter Markt, 1946.

Abstraction faite de quelques travaux de consolidation effectuĂ©s dans les annĂ©es de 1909 Ă  1913, et que rappelle une plaque commĂ©morative apposĂ©e sur les murs du collatĂ©ral nord, Groß St. Martin Ă©tait, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, restĂ©e pour l’essentiel dans le mĂȘme Ă©tat de restauration qui Ă©tait le sien au XIXe siĂšcle, et qui a Ă©tĂ© dĂ©crit ci-haut.

Parmi les nombreuses attaques aĂ©riennes que subit Cologne entre 1940 et 1945, il s’en dĂ©tache cinq en particulier qui causĂšrent Ă  Groß St. Martin des dommages considĂ©rables.

Lors du premier raid aĂ©rien « Ă  mille bombardiers Â» de l’histoire de la guerre, attaque dite OpĂ©ration Millenium, qui eut lieu dans la nuit du 30 au 31 mai 1942, le comble du clocher et celui de la nef brĂ»lĂšrent intĂ©gralement, tandis que fut aussi dĂ©truite la sacristie, qui Ă©tait accotĂ©e Ă  l’abside nord et hĂ©bergeait de nombreux objets anciens. La basilique endommagĂ©e fut ensuite pourvue, dĂ©but 1943, d’une toiture de fortune, et la sacristie fut Ă©galement reconstruite.

Lors du bombardement par tapis de bombes du 29 juin 1943, connu sous le nom d’attaque Pierre et Paul, qui fut l’un des plus violents qu'eut Ă  subir Cologne, faisant 4377 morts dans la ville, de mĂȘme que lors d’un bombardement en octobre 1943, les dĂ©gĂąts occasionnĂ©s Ă  l’église St.-Martin furent relativement limitĂ©s ; cependant, la chapelle Saint-BenoĂźt, Ă  la conque nord, ainsi que les verriĂšres et le portail furent dĂ©truites.

Suite Ă  l’attaque du 6 janvier 1945, les galeries ajourĂ©es extĂ©rieures des absides croulĂšrent toutes les trois presque totalement. Les murs de la tour de croisĂ©e furent fortement endommagĂ©s par un impact direct, et des quatre clochetons d’angle seul celui situĂ© Ă  l’angle nord-est demeura intact. La nef et la voĂ»te du chƓur restaient Ă  ce moment-lĂ  largement prĂ©servĂ©es.

Mais le plus dĂ©vastateur pour l’église fut l’ultime grand raid aĂ©rien sur Cologne, le 2 mars 1945. En effet, lorsque les troupes amĂ©ricaines firent leur entrĂ©e dans la Cologne de la rive gauche quatre jours plus tard, ne se tenaient plus debout, au milieu des dĂ©combres de la vieille ville dĂ©truite Ă  95%, outre la tour de croisĂ©e, avec ses tourelles d’angle rĂ©duites Ă  l’état de moignons, que la partie infĂ©rieure du triconque et les flancs de la nef. Presque toutes les voĂ»tes se trouvaient soit dĂ©foncĂ©es, soit s’étaient Ă©croulĂ©es tout Ă  fait.

Quoique l’édifice le plus emblĂ©matique — Ă  cĂŽtĂ© de la cathĂ©drale — de la ville de Cologne offrĂźt alors un aspect gĂ©nĂ©ral de grande dĂ©solation, une analyse plus prĂ©cise des dommages causĂ©s livra un diagnostic plus favorable que prĂ©vu ; ainsi, en 1947, l’historien de l’art Franz Wolff, comte de Metternich, classa-t-il la basilique dans le groupe des Ă©glises colonaises seulement « moyennement endommagĂ©es Â». Un examen de l’édifice par des experts en 1946 aurait Ă©tabli qu’une reconstruction poserait beaucoup moins un problĂšme artistique que technique.

Reconstruction et Restauration

Le point de savoir s’il Ă©tait opportun ou non de reconstruire Groß St. Martin, et, dans l’affirmative, de quelle maniĂšre il convenait de le faire, fit l’objet de controverses dĂšs les premiĂšres annĂ©es d’aprĂšs-guerre. Fallait-il laisser la ruine telle quelle, comme mĂ©morial, ou crĂ©er Ă  la place quelque chose de tout Ă  fait neuf, ou encore restaurer l’état ancien? Cette derniĂšre possibilitĂ© Ă  son tour appelait une autre question: quel Ă©tat ancien devait ĂȘtre retenu comme le plus appropriĂ©, quel est celui « d’origine Â»? Cette question concernait plus particuliĂšrement la dĂ©coration intĂ©rieure de la basilique. Les ornementations dix-neuviĂ©mistes historicisantes d’August Essenwein, dont quelques parties avaient Ă©tĂ© prĂ©servĂ©es, apparaisaient alors Ă  certains comme un fourvoiement stylistique et artisanal.

Un cycle de confĂ©rences ayant pour thĂšme Was wird aus den Kölner Kirchen? (« Quel destin pour les Ă©glises de Cologne ?»), qui se tint pendant l’hiver 1946-1947, et auquel participĂšrent notamment des hommes politiques, des artistes, des conservateur de patrimoine et des architectes connus, fut le reflet du dĂ©bat alors en cours: Ă  l’argument selon lequel une reconstruction fidĂšle de l’état d’avant 1939 ne pourrait que dĂ©boucher sur une « Colonia Aggrippinensis Attrapolis Â» de pacotille, sur un « monde d’apparence Â» peuplĂ© de « fĂącheuses copies Â» (Carl Oskar Jatho), s’ajoutaient d’importantes rĂ©serves, concernant en particulier une reconstruction du clocher de Groß St. Martin. L’on cite souvent, Ă  ce sujet, les propos d’Otto Förster, alors directeur du musĂ©e Wallraf-Richartz :

Si nous sommes certes disposĂ©s, dans le cas de l’église St.-Martin, de refaire les voĂ»tes, nous voudrions nous garder de ressusciter le clocher trop hĂątivement. Il vaut beaucoup mieux qu’il se dresse encore quelque temps comme moignon et serve Ă  rappeler, pour la gouverne de ceux qui viendront aprĂšs nous, ce que nous possĂ©dions et pourquoi nous en fĂ»mes dĂ©possĂ©dĂ©s — jusqu’à ce que vienne, dans cent ans peut-ĂȘtre, le jour oĂč un grand maĂźtre concevra le clocher, qui serait aussi beau, voire plus beau encore, que celui qui a Ă©tĂ©.

Les sceptiques quant Ă  la reconstruction cependant ne parvinrent pas Ă  faire aboutir leurs vues; sous la direction de l’architecte Herbert Molis et de l’ingĂ©nieur en stabilitĂ© des constructions Wilhelm Schorn, de premiers travaux de reconstruction et de stabilisation furent entreprises dĂšs 1948. Jusqu’en 1954 l’on travailla Ă  restituer aux conques leurs galeries naines (allem. Zwerggalerien) – arcatures Ă  claire-voie situĂ©es directement sous la corniche, qui toutefois demeurĂšrent provisoirement murĂ©es Ă  l’aide de briques. En 1955 fut entreprise la reconstruction de la nef, laquelle se trouva pourvue de nouveau en 1971 d’une paroi occidentale et d’un comble. À partir de 1961, c’est l’architecte colonais Joachim SchĂŒrmann qui assuma la responsabilitĂ© de la suite des travaux de rĂ©novation de l’édifice et de son amĂ©nagement intĂ©rieur; son concept a Ă©tĂ© dĂ©terminant de l’état actuel de l’église. En 1965, la tour de croisĂ©e retrouvait sa silhouette d’autrefois, la ville de Cologne recupĂ©rant du coup un de ses grands emblĂšmes.

Restants des fresques historicisantes réalisées au XIXe siÚcle (arc dans la partie orientale du collatéral sud).

C’est sans doute au fait que la reconstruction s’est Ă©tirĂ©e sur une quarantaine d’annĂ©es que Groß St. Martin est redevable de la prĂ©servation de ses fresques intĂ©rieures dix-neuviĂ©mistes. En effet, si au milieu du XXe siĂšcle l’époque historicisante n’avait en gĂ©nĂ©ral pas bonne presse chez les conservateurs de patrimoine et chez les historiens de l’art, il se produisit dans la dĂ©cennie 1970 et 1980 un changement de perception et de jugement de cette Ă©poque. Les artistes et restaurateurs du XIXe siĂšcle n’avaient en dĂ©finitive que sollicitĂ© les reliquats du moyen Ăąge encore prĂ©sents afin de façonner l’espace selon ce qu’ils considĂ©raient ĂȘtre « le plus pur esprit mĂ©diĂ©val Â». De nos jours, l’église Saint-Martin est la seule parmi les Ă©glises romanes de Cologne Ă  avoir gardĂ© des fragments peints originaires du XIXe siĂšcle. Cependant, quant Ă  restituer, en la complĂ©tant, toute la dĂ©coration intĂ©rieure peinte, l’on ne put ni ne voulut s’y rĂ©soudre.

AprĂšs que le nouveau dallage eut Ă©tĂ© achevĂ© Ă  son tour entre 1982 et 1984 — pareillement aux fresques, les mosaĂŻques d’Essenwein garnissant le sol avaient Ă©tĂ© en partie prĂ©servĂ©es â€” et que dans la foulĂ©e l’amĂ©nagement intĂ©rieur eut Ă©galement Ă©tĂ© restaurĂ©, Groß St. Martin fut de nouveau, pour la premiĂšre fois depuis 40 ans, ouverte au public, le 13 janvier 1985. Le 22 juin, l’archevĂȘque de Cologne Joseph Höffner procĂ©da Ă  la consĂ©cration de l’autel ; Ă  cette occasion, il dĂ©posa dans le reliquaire de l’autel les reliques de sainte Brigitte de SuĂšde, de saint SĂ©bastien et d’Engelbert Ier de Cologne.

Utilisation actuelle et vie religieuse

Le fait qu’il n’y avait plus, aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, de communautĂ© paroissiale distincte attachĂ©e Ă  l’église Saint-Martin est donnĂ©e comme une des raisons de la trĂšs longue durĂ©e des travaux de restauration; la paroisse fut en effet dissoute Ă  l’issue de la guerre et ce qui en restait de membres fut invitĂ© Ă  rejoindre la paroisse de la cathĂ©drale. Ainsi n’y avait-il pas ici, comme dans les autres Ă©glises de Cologne, de forte pression pour hĂąter les travaux et remettre en Ă©tat ce lieu de culte le plus rapidement possible, et l’accent pouvait-il ĂȘtre mis avant tout sur la restauration du clocher, eu Ă©gard Ă  l’importance de celui-ci pour l’image gĂ©nĂ©rale de la ville.

Depuis la reconsĂ©cration de l’édifice, les offices religieux Ă©taient cĂ©lĂ©brĂ©s uniquement Ă  l’intention de communautĂ©s paroissiales catholiques, en langues espagnole, portugaise et filipino. Le 19 avril 2009, l'Ă©glise Saint-Martin est redevenue une Ă©glise monastique avec l'installation d'une communautĂ© des fraternitĂ©s monastiques de JĂ©rusalem composĂ©e de 12 frĂšres et sƓur.[2] Les offices des Laudes aux vĂȘpres sont cĂ©lĂ©brĂ©s du mardi au dimanche.[3]

Par ailleurs, l’église est ouverte, Ă  certaines heures, aux croyants et aux visiteurs. Le Förderverein Romanische Kirchen Köln e. V. [4] organise rĂ©guliĂšrement des visites guidĂ©es dans Groß St. Martin.

Le 11 novembre, jour de la saint Martin, la traditionnelle marche aux flambeaux s’achĂšve par un feu de la saint Martin sur le parvis de l’église, puis, Ă  l’intĂ©rieur de celle-ci, la manifestation est clĂŽturĂ©e par une priĂšre du soir encadrĂ©e d’un programme musical.

Description de l'Ă©difice

Groß St. Martin est une basilique Ă  trois vaisseaux, Ă  piliers, s’étirant sur trois travĂ©es et demie, et dont le chƓur, de forme carrĂ©e, est entourĂ© sur trois cĂŽtĂ©s de vastes absides semi-circulaires composant ensemble une forme trĂ©flĂ©e, la triconque. Sa longueur, dans le sens est-ouest, est d’environ 50 mĂštres ; le vaisseau central a une largeur de dix mĂštres, le transept de plus de 27 mĂštres. Au-dessus du chƓur quadrangulaire se dresse un clocher de 75 mĂštres de haut, flanquĂ© de quatre clochetons d’angle.

Extérieur

Dessin de Sulpiz BoisserĂ©e, XIXe siĂšcle. Le plan en Ă©lĂ©vation correspond en grande partie Ă  l’aspect actuel.
DĂ©tail de la galerie naine et de la frise sur la conque sud.

L’aspect extĂ©rieur est une claire illustration d’un des grands principes d’ordonnance de l’architecture romane Ă  l’ùre des Hohenstaufen, savoir : le fait, pour les formes et les structures, de gagner en complexitĂ© Ă  mesure que l’on va, sur le plan horizontal, d’ouest en est, et, sur le plan vertical, du socle aux Ă©tages supĂ©rieurs du clocher.

Triconque et tour de croisée

Clocher et chevet triconque, quand on les aperçoit depuis l’ouest, c'est-Ă -dire depuis la rive du Rhin et du Fischmarkt, se prĂ©sentent comme une unitĂ© architecturale. Les trois conques, que les murs pignons droits qui ferment le chƓur et le transept sectionnent en demi-cylindres coiffĂ©s de combles semi-coniques, ont Ă©tĂ© accotĂ©es contre les faces sud, nord et est du chƓur. Du reste, ce sont, les formes rondes qui dominent les deux Ă©tages infĂ©rieurs : les surfaces des conques et les angles du clocher sont scandĂ©s au rez-de-chaussĂ©e par une couronne de pilastres de faible saillie reliĂ©es entre elles par des arcatures aveugles en plein cintre (dites bandes lombardes ou lĂ©sĂšnes). Contre la conque nord s’appuie par ailleurs une sacristie de faible hauteur, et cette mĂȘme conque s’ouvre vers le nord-est par un portail. Le premier Ă©tage est semblable Ă  l’étage infĂ©rieur, sauf que, d’une part, les arcs en plein cintre sont ici en saillie plus marquĂ©e ― au lieu des lĂ©sĂšnes plates, les arcs viennent s’appuyer sur des colonnes dont les fĂ»ts sont dĂ©gagĂ©s aux trois-quarts ―, et que, d’autre part, dans chacune des conques, trois des arcades sont percĂ©es d’une baie. La transition des deux niveaux (rez-de-chaussĂ©e et Ă©tage) vers le comble se fait Ă  la fois par une frise simple et, au-dessus de celle-ci, par une arcature Ă  plein cintre et Ă  claire-voie, dite galerie naine (allem. Zwerggalerie) ; visuellement, ces deux Ă©lĂ©ments forment un bandeau horizontal cerclant d'un bout Ă  l'autre l’ensemble architectural que composent le clocher et les conques. Le mouvement d’approfondissement progressif de la structure, au fur et Ă  mesure de son Ă©lĂ©vation, trouve ainsi, aprĂšs les lĂ©sĂšnes plates des bandes lombardes, puis les baies vitrĂ©es de l’étage, son achĂšvement dans une succession d’ouvertures complĂštes sous la forme d’une galerie.

Plus haut, au-delĂ  des combles des absides, les formes droites tendent Ă  prendre le pas sur les rotonditĂ©s. Les pignons des trois façades qui ferment la nef centrale et le transept sont ornĂ©s d’une rosace, tandis qu’à droite et Ă  gauche de chacune de celles-ci s’ouvre une petite fenĂȘtre quadrilobĂ©e.

De part et d’autre desdites façades, contre leurs bords verticaux, prennent racine les quatre tours d’angle octogonales, dont le premier Ă©tage s’élĂšve jusqu’à la naissance des pignons. C’est Ă  ce niveau aussi que commence Ă  Ă©merger hors de la masse de l’édifice la puissante tour de croisĂ©e, faisant presque figure de corps de bĂątiment distinct. Les formes rencontrĂ©es auparavant – lĂ©sĂšnes, baies Ă  arcs plein cintre sĂ©parĂ©s par des colonnes engagĂ©es, et galeries ajourĂ©es Ă  colonnes – se retrouvent plusieurs fois dans la suite de la construction : un peu au-dessus du sommet des pignons, une frise, semblable Ă  celle dĂ©jĂ  rencontrĂ©e, ainsi qu’une arcature plein cintre aveugle rappelant la galerie naine, embrassent simultanĂ©ment les cinq tours, de telle sorte qu’elles apparaissent, Ă  l’Ɠil, comme enserrĂ©es par un mĂȘme bandeau. Les arcs du clocher central sont d’un dessin plus Ă©lancĂ© que ceux amĂ©nagĂ©s sur les faces des tourelles octogonales. La moulure en saillie situĂ©e un peu plus haut ceinture Ă©galement l’ensemble des cinq tours et marque la transition vers les deux derniers Ă©tages du clocher de croisĂ©e, dont les façades viennent dorĂ©navant, au-delĂ  de cette moulure, se poser lĂ©gĂšrement en retrait.

Les façades de la partie supĂ©rieure du clocher offrent de nouvelles variations des mĂȘmes Ă©lĂ©ments structurants dĂ©jĂ  prĂ©sents aux Ă©tages de dessous : des lĂ©sĂšnes, que relient trois cintres, divisent les quatre surfaces rectangulaires de ces façades en trois grandes arcades, percĂ©es chacune de fenĂȘtres gĂ©minĂ©es ; elles sont ornĂ©es prĂšs de leur bord supĂ©rieur de petites arcatures aveugles. Ces mĂȘmes Ă©lĂ©ments se rĂ©percutent, sous une forme simplifiĂ©e, sur les surfaces des tourelles d’angle.

Au-dessus du niveau oĂč, sur le haut, les façades se terminent par une corniche et oĂč vient s’articuler la haute flĂšche du clocher, les tourelles d’angle, dĂ©sormais isolĂ©es, continuent de s’élever en hauteur sur encore deux petits Ă©tages et s’achĂšvent par une flĂšche pyramidale plissĂ©e. Les motifs antĂ©rieurs ― frise, arcades aveugles et galerie Ă  jour ― se retrouvent Ă©galement dans ces deux Ă©tages, Ă  Ă©chelle plus rĂ©duite.

Nef

Tourelle d’angle sud-ouest.

D’une longueur relativement faible, la nef, qui se double de part et d’autre d’un Ă©troit vaisseau collatĂ©ral, s’étire Ă  partir du chƓur en direction de l’ouest.

Sa structuration en quatre travĂ©es (ou trois travĂ©es et demie, celle la plus proche du chƓur n’étant que moitiĂ© aussi longue que les trois autres) est reflĂ©tĂ©e dans l’aspect que prennent, sur sa face extĂ©rieure nord, les parois du collatĂ©ral et du clair-Ă©tage : en effet, des lĂ©sĂšnes amĂ©nagĂ©es ici en Ă©cho des quatre travĂ©es, et reliĂ©es par une frise d’arceaux, dĂ©terminent dans ces parois quatre surfaces hautes et Ă©troites. Des quatre pans ainsi dĂ©limitĂ©s dans la paroi du collatĂ©ral gauche, trois sont percĂ©s de grandes roses, tandis que, parallĂšlement Ă  ceux-ci, les pans du clair-Ă©tage situĂ©s en contre-haut s’ouvrent de baies Ă©lancĂ©es, Ă  arc plein cintre, Ă©galement au nombre de trois.

La façade mĂ©ridionale de la nef est, aux roses prĂšs, dĂ©nuĂ© d’ornement, puisque c’est ici que se dressait autrefois, cĂŽte Ă  cĂŽte avec Groß St. Martin, l’église paroissiale Sainte-Brigitte. Le double retrait de la paroi du collatĂ©ral et son tracĂ© lĂ©gĂšrement de biais, dĂ©terminĂ© par la clocher de Sainte-Brigitte, sont les traces les plus visibles rappelant l’existence jadis d’un complexe de bĂątiments incluant l’ancienne Ă©glise paroissiale ; par ailleurs, le dessin des pavĂ©s devant et Ă  cĂŽtĂ© de Groß St. Martin marquent l’emplacement des fondations de Sainte-Brigitte. À l’heure actuelle, la face sud de la nef est en majeure partie soustraite au regard de l’observateur par des constructions, nommĂ©ment le Centre international Groß St. Martin, dont le portail ne donne accĂšs qu’à une petite cour intĂ©rieure et Ă  l’entrĂ©e sud de la basilique.

Regard à travers le vaisseau central en direction de l’autel et de l’abside orientale.

À l’ouest, la face frontale de la nef prĂ©sente un aspect lĂ©gĂšrement asymĂ©trique. Si en effet, Ă  gauche, la frise d’arceaux du collatĂ©ral nord, dĂ©jĂ  signalĂ©e, aprĂšs avoir contournĂ© l’angle, se prolonge sur la façade occidentale en s’élevant parallĂšlement Ă  la ligne inclinĂ©e du demi-pignon qui clĂŽt ledit collatĂ©ral, le semi-pignon du collatĂ©ral opposĂ© (sud) en revanche apparaĂźt dĂ©pouillĂ© et sans ornement ; de mĂȘme, alors que dans le mur qui ferme le collatĂ©ral nord a Ă©tĂ© pratiquĂ©e une fenĂȘtre haute et Ă©lancĂ©e, en gothique tardif, ornĂ©e d’entrelacs, et se terminant par une ogive, le mur du collatĂ©ral sud n’est quant Ă  lui percĂ© que d’une petite ouverture Ă  arc plein-cintre.

Un portail richement ornementĂ© donne entrĂ©e au vaisseau central : une arcade Ă  ogive gothique s’appuie de part et d’autre sur deux pieds-droits constituĂ©s chacun de quatre colonnes engagĂ©es, dont celle situĂ©e cĂŽtĂ© droit le plus Ă  l’extĂ©rieur se dresse Ă  une distance plus grande du portail, crĂ©ant une lĂ©gĂšre asymĂ©trie. Trois de ces colonnes se prolongent vers le haut en une ogive, formant archivolte ; deux d’entre elles sont ouvragĂ©es avec une extrĂȘme finesse, et deux autres sont ornĂ©es, Ă  la base de la voussure, d’une petite figure de lion. L’asymĂ©trie de la façade occidentale s’explique par la prĂ©sence autrefois d’un porche Ă  cet endroit, lequel porche ne fut pas reconstruit aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, mais dont les lignes de fondation sont marquĂ©es sur le sol.

Intérieur

Quoique la basilique prĂ©sente Ă  l’intĂ©rieur l’empreinte des diffĂ©rentes phases de sa construction (ainsi, certains tronçons de la nef laissent voir, au contraire de la tour de croisĂ©e purement romane, de nettes influences gothiques), les diverses parties qui composent l’édifice se fondent harmonieusement l’une dans l’autre sans discontinuitĂ©.

Vaisseau central

Coupe longitudinale de la basilique, selon un dessin du XIXe siĂšcle ; le porche autrefois accolĂ© Ă  la façade occidentale (Ă  gauche sur l’image) n’a pas Ă©tĂ© reconstruit aprĂšs la Seconde Guerre mondiale.

Ce qui, en premier lieu, donne corps au vaisseau central sont deux rangĂ©es de trois amples arcades romanes appuyĂ©es sur des piliers, qui ouvrent la nef vers les collatĂ©raux. Une moulure courant au-dessus de ces arcades et ceinturant toutes les trois parois de la nef centrale marque la base du triforium amĂ©nagĂ© Ă  l’étage: lĂ  en effet, derriĂšre des arcs d’ogive gothiques, reposant sur des colonnettes de coupe ronde, et au nombre de trois par travĂ©e, se trouve une Ă©troite galerie.

Les arcades du triforium forment la transition vers le clair-Ă©tage, dont les six pans (trois de chaque cĂŽtĂ©) sont percĂ©s chacun d’une grande fenĂȘtre Ă  arc plein-cintre.

Cette mĂȘme structuration en trois parties superposĂ©es est poursuivie sur la paroi qui clĂŽt la nef Ă  l’ouest : l’étage infĂ©rieur est rythmĂ© par un alignement de trois arcs en plein-cintre, dont celui situĂ© au centre accueille le portail d’entrĂ©e, tandis que les deux arcs latĂ©raux, de dimension lĂ©gĂšrement moindre, renferment de hautes et Ă©troites niches rondes. La quasi totalitĂ© de la surface s’étendant au-dessus du portail et de la moulure susmentionnĂ©e est occupĂ©e par un ensemble de trois vastes baies vitrĂ©es Ă  arc plein-cintre.

Les trois portions de voĂ»te de la nef, de forme approximativement carrĂ©e, retombent sur des colonnes Ă  section ronde, lesquelles se prolongent vers le haut jusqu’aux sommets des travĂ©es sous forme de minces arcs-doubleaux Ă©pousant le profil ogival de la voĂ»te.

Plan Ă©tabli vers 1872 ; y sont encore visibles le porche occidental et quelques vestiges de murs de l’église Ste-Brigitte contre le flanc sud. Les grandes roses de la paroi sud n’y ont pas encore Ă©tĂ© amĂ©nagĂ©es.

A l’ouest, la transition entre nef et chƓur est assurĂ©e par une travĂ©e intermĂ©diaire, qui se distingue nettement des trois travĂ©es occidentales : barlongue (c.-Ă -d. de forme rectangulaire, dont le cĂŽtĂ© le plus long est perpendiculaire Ă  l'axe de la nef), cette travĂ©e est supportĂ©e par de vigoureux faisceaux de colonnes rondes, qui du sol s’élĂšvent directement et sans interruption jusqu’au sommet de la voĂ»te. Une moulure, similaire Ă  celles des travĂ©es occidentales, se dĂ©roule Ă  une hauteur nettement moindre que dans les trois premiĂšres travĂ©es. Si, Ă  l’étage, la transition vers le clair-Ă©tage se fait pareillement au moyen d’un ensemble de trois arcades, celles-ci sont, au contraire de la nef, encore rĂ©solument romanes ; de ces trois arcs plein-cintre, celui du milieu dĂ©passe en hauteur les deux latĂ©raux. Une particularitĂ© de cette travĂ©e de jonction est sa colonne sud-ouest, qui porte l’unique chapiteau sculptĂ© que compte la basilique. Celui-ci reprĂ©sente la tĂȘte d’un homme et celle, ornĂ©e de tresses, d’une femme, dans lesquels on a voulu voir les effigies du lĂ©gendaire fondateur PĂ©pin et de son Ă©pouse Plectrude.

Collatéraux

Comme cela est dĂ©celable Ă  l’extĂ©rieur (voir ci-dessus), le collatĂ©ral nord et le collatĂ©ral sud diffĂšrent sensiblement l’un de l’autre, cette asymĂ©trie Ă©tant liĂ©e Ă  la circonstance que contre le flanc mĂ©ridional de la basilique se dressait autrefois l’ancienne Ă©glise Sainte-Brigitte, ce qui eut une certaine incidence sur la structure de la basilique. Les nefs latĂ©rales s’ouvrent chacune par trois grandes roses vers l’extĂ©rieur. Des deux entrĂ©es latĂ©rales, seule la mĂ©ridionale est encore utilisĂ©e aujourd’hui. Dans le collatĂ©ral nord se trouve un escalier conduisant Ă  la crypte ainsi qu’à des vestiges romains mis au jour sous l’église.

Aux trois travĂ©es occidentales quasi carrĂ©es de la nef rĂ©pondent, au niveau des collatĂ©raux, tant au nord qu’au sud, trois travĂ©es rectangulaires Ă  croisĂ©e d’ogives ; la travĂ©e de jonction, en revanche, est jouxtĂ©e de part et d’autre d’une travĂ©e collatĂ©rale carrĂ©e. Celui qui, se tenant dans la nef, porterait le regard seulement sur les parois latĂ©rales pourrait en un premier temps ne pas s’aviser que le collatĂ©ral sud est plus exigu ; cependant, la diffĂ©rence de largeur devient Ă©vidente lorsque l’on examine les parois respectives fermant Ă  l’ouest les deux collatĂ©raux : alors que la paroi nord, plus large, comporte une vaste niche ronde, semblable Ă  celles ornant la nef centrale, la paroi ouest du collatĂ©ral sud ne prĂ©sente qu’une Ă©troite niche ― c’est en effet ici que se dressait autrefois le clocher de l’église Sainte-Brigitte.

ChƓur

Le chƓur, se prĂ©sentant au sol comme une surface carrĂ©e d’environ 10 mĂštres de cĂŽtĂ©, est encadrĂ© sur ses cĂŽtĂ©s nord, est et sud par trois paires d’arcs plein-cintre monumentaux, dont la taille approche la hauteur totale de la travĂ©e intermĂ©diaire et celle des trois Ă©tages du vaisseau central. Ces arcs font la jonction entre le chƓur et les trois conques, voĂ»tĂ©es en cul-de-four, et toutes trois d’une hauteur Ă©gale au chƓur.

La voĂ»te en forme de baldaquin et les arcs sont supportĂ©s par de hauts et vigoureux faisceaux de colonnes. Une moulure Ă  mi-hauteur ― un peu moins Ă©levĂ©e que dans la travĂ©e intermĂ©diaire ― court tout autour des parois de la triconque et paraĂźt donner appui Ă  une rangĂ©e d’arcades plein-cintre prenant naissance juste au-dessus. Cette rangĂ©e fait alterner des arcs plus Ă©troits et d’autres ― au nombre de trois par abside ― plus larges et destinĂ©s Ă  accueillir chacun une embrasure. Entre les colonnettes du premier Ă©tage et la paroi percĂ©e de fenĂȘtres s’étire, Ă  l’instar de la nef, une Ă©troite galerie, laquelle conduit, dans l’espace compris entre les paires de grands arcs, Ă  des petites cages d’escalier donnant accĂšs Ă  la galerie sise au-dessus des nefs latĂ©rales ainsi qu’à la galerie naine.

Le sol de l’abside orientale est plus Ă©levĂ© d’environ neuf marches que le reste du chƓur. Dans l’abside nord s’ouvre, au nord-ouest, le grand portail septentrional, tandis qu’une porte grillagĂ©e communique, par une Ă©troite rampe d’escalier, avec la ci-devant sacristie, laquelle fait aujourd’hui office de trĂ©sor et demeure d’ordinaire inaccessible au public. Tout le long des parois du rez-de-chaussĂ©e, dans chacune des trois absides, ont Ă©tĂ© amĂ©nagĂ©es des niches rondes, encadrĂ©es de colonnettes ; dans celles de l’abside mĂ©ridionale sont disposĂ©es des figures d’anges, les niches des conques est et nord restant en revanche inoccupĂ©es.

DĂ©coration et mobilier

Emplacement des principales piĂšces dĂ©coratives (les chiffres renvoient aux chiffres placĂ©s dans le texte Ă  la fin de chaque description) ;
Figure d’Ève, dĂ©tail d’une arcade aveugle gothique.
Groupe de la crucifixion. Vue d’ensemble, avec l’arcade aveugle.
Détail du crucifié.

Alors que, dĂšs le XIXe siĂšcle, il ne subsistait dĂ©jĂ  plus que peu de chose de la dĂ©coration ancienne de l’église, la majeure partie des autels, sculptures et objets d’art d’origine encore en place au milieu du XXe siĂšcle fut, de surcroĂźt, perdue dans les destructions de la Seconde Guerre mondiale. La dĂ©coration intĂ©rieure actuelle se compose des quelques rares objets du XIIe au XVIe siĂšcles qui ont Ă©tĂ© prĂ©servĂ©s, d’une sĂ©rie de piĂšces acquises par achat ou donation et datant de diverses Ă©poques, ainsi que de quelques Ɠuvres d’art modernes datant des annĂ©es 1980. Dans le texte qui suit, les objets d’importance seront dĂ©crits avec quelque dĂ©tail, et les autres Ă©voquĂ©s briĂšvement (les chiffres entre parenthĂšses indiquent l’emplacement de l’objet concernĂ© sur le plan ci-contre Ă  gauche).

Vestiges d’un autel du Christ en croix

Il s’agit d’un autel de la croix crĂ©Ă© en 1509 Ă  l’instigation du maire de Cologne d’alors, Johann von Aich. L’autel changea plusieurs fois d’emplacement : sur les cartons dessinĂ©s par Essenwein au XIXe siĂšcle, il se dresse encore contre le mur nord de l’église, mais sans qu’y soit visible l’arcade de pierre qui l’encadrait autrefois, et qui avait probablement Ă©tĂ© recouverte d’une couche de crĂ©pi ; toutefois, au dĂ©but du XXe siĂšcle, il est dĂ©crit comme se trouvant contre le pilier mĂ©dian nord de la nef. En tout Ă©tat de cause, le groupe de la Crucifixion ornait le haut de l’autel, alors que le groupe de la Mise au tombeau formait le dessous de la table d’autel.

Aujourd’hui, l’ensemble de la Crucifixion se trouve de nouveau Ă  l’emplacement que l’on suppose ĂȘtre celui d’origine, Ă  savoir contre la partie occidentale de la paroi nord, oĂč, du reste, a Ă©tĂ© redĂ©couverte, Ă  l’occasion des travaux de restauration entrepris aprĂšs la guerre, l’ancienne arcade de pierre ; le groupe de la Mise au tombeau a Ă©tĂ© installĂ© quelques mĂštres plus Ă  droite de cet emplacement, dans une niche mise au jour Ă©galement aux alentours de la mĂȘme date. (1)

Groupe de la crucifixion

Les sculptures du groupe de la crucifixion comprennent le Christ crucifiĂ©, sa mĂšre la Vierge Marie et l’[[Jean (apĂŽtre) |apĂŽtre Jean]]. Des figures qui autrefois dĂ©coraient l’arcade gothique encadrant le groupe, n’ont Ă©tĂ© conservĂ©es que trois petites statuettes reprĂ©sentant Adam et Ève ainsi que, suppose-t-on, un prophĂšte ; pour le reste, l’arcade a Ă©tĂ© entiĂšrement Ă©rodĂ©e par le temps.

Tilman van der Burch, un des rares sculpteurs sur pierre et sur bois de la fin du XVe siĂšcle dont le nom soit attestĂ© sur un document, passe pour ĂȘtre le crĂ©ateur de ces sculptures. Pour sa figure du Christ en croix, Ă©laborĂ©e avec une grande prĂ©cision anatomique, il usa de dĂ©tails rĂ©alistes : les yeux sont clos, Ă  une mince fente prĂšs, et les marques de la douleur sont inscrites sur son visage ; les cĂŽtes sont proĂ©minentes et la blessure sur le cĂŽtĂ© est ample et bien visible. Si les figures de Marie Ă  gauche et de Jean Ă  droite de la croix semblent s’opposer par leur attitude, les deux personnages nĂ©anmoins sont bien accordĂ©s l’un Ă  l’autre : tandis que Marie baisse le regard dans une tranquille affliction, Jean se tourne vers le crucifiĂ© avec un regard et des gestes pathĂ©tiques. (1)

Groupe de la mise au tombeau

Groupe de la mise au tombeau. Autour du Christ gisant se tiennent, de gauche Ă  droite : NicodĂšme, une pleureuse inconnue, Marie-Madeleine, la Vierge Marie, Jean, et Joseph d’ArimathĂ©e.

Est considĂ©rĂ© Ă©galement comme appartenant au mĂȘme autel de la croix le groupe sculptĂ© dit de la mise au tombeau, lequel comprenait Ă  l’origine, outre le Christ dĂ©funt, sept personnages, tous reprĂ©sentĂ©s aux trois quarts ; une des figures de femme n’a plus Ă©tĂ© retrouvĂ©e aprĂšs la DeuxiĂšme Guerre mondiale. Les effigies de Jean et de Marie ressemblant fortement, pour l’exĂ©cution et la physionomie, Ă  celles du groupe de la crucifixion, l’on admet qu’ils proviennent de l’atelier du mĂȘme artiste, Tilman van der Burch.

De la mĂȘme façon que dans le calvaire de l’autel, le Christ dĂ©funt est figurĂ© ici avec un certain nombre de dĂ©tails anatomiques, tels que des veines proĂ©minentes et des piqĂ»res sur le front, identifiables comme stigmates de la couronne d’épines ; il est Ă©tendu, la tĂȘte penchĂ©e lĂ©gĂšrement sur la gauche, au centre d’un linceul que tiennent par les deux bouts NicodĂšme et Joseph d’Arimathie. La Vierge Marie, reconnaissable Ă  sa sobre cape bleue, soulĂšve lĂ©gĂšrement le bras du dĂ©funt, exhibant ainsi au regard le stigmate de la main droite. À la droite de Marie se tient Jean, troisiĂšme figure masculine de l’ensemble, en l’occurrence d’un aspect tres juvĂ©nile. Alors que le Christ et les personnages aux deux extrĂ©mitĂ©s du linceul sont presque en grandeur nature, les bustes des femmes et de Jean apparaissent nettement plus petits, ce qui les situe, par un effet de perspective, plus Ă  l’arriĂšre-plan. Dans la littĂ©rature spĂ©cialisĂ©e, l’on a voulu voir dans la pleureuse la plus proche de la Vierge Marie le personnage de Marie-Madeleine.

Les autres figures de femme se tenant Ă  la droite de Marie, primitivement au nombre de trois et dont seules deux ont Ă©tĂ© conservĂ©es, se signalent, ainsi que les deux figures masculines aux extrĂ©mitĂ©s du linceul, par une vĂȘture assez somptueuse, exĂ©cutĂ©e avec grand dĂ©tail, et contemporaine de l’artiste. (2)

Fonts baptismaux

Fonts baptismaux de l’époque des Hohenstaufen. La cuve, de forme prismatique, haute d’environ 80cm, repose sur un nouveau socle de bĂ©ton.

Les fonts baptismaux, taillĂ©s dans du grĂšs clair, et disposĂ©s devant le groupe de la crucifixion, datent de l’époque des Hohenstaufen. En raison de leur forme et de leur dĂ©coration, ces fonts sont rangĂ©s parmi les oeuvres de pierre les plus intĂ©ressantes de la premiĂšre moitiĂ© du XIIIe siĂšcle.

La cuve, rĂ©pondant Ă  un plan octogonal allongĂ©, a ses parois extĂ©rieures ornĂ©es d’une frise de huit grandes rosettes, lesquelles, chevauchant les arĂȘtes verticales, se distribuent de maniĂšre uniforme sur les huit pans d’inĂ©gale largeur de la cuve. À quatre des huit angles, des tĂȘtes de lion ont Ă©tĂ© taillĂ©es ; hors de leurs gueules se dĂ©roule une mince frise de feuilles d’acanthe qui vient cerner le bord supĂ©rieur de la cuvette.

Jusqu’à la destruction de l’église pendant la guerre, les fonts baptismaux avaient un couvercle en cuivre ; la couverture actuelle, en bronze, est l’oeuvre du sculpteur Karl MatthĂ€us Winter, originaire de Limburg an der Lahn, qui y grava des scĂšnes de l’Ancien et du Nouveau Testament, qu’il articula en une sĂ©quence continue d’images.

Il y a des raisons de supposer que ces fonts ont Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©s de l’ancienne Ă©glise Sainte-Brigitte ; celle-ci reçut en 1510 de nouveaux fonts en laiton. (3)

Triptyque des Rois mages

Triptyque des Rois mages (vers 1530).

Le triptyque actuellement exposĂ© contre le pilier nord-est de la nef, fut rĂ©alisĂ© aux alentours de 1530 et provient vraisemblablement d’un atelier situĂ© en RhĂ©nanie infĂ©rieure. S’y trouvent reprĂ©sentĂ©es deux scĂšnes de l’enfance de JĂ©sus, peintes dans le langage pictural de la Renaissance nĂ©erlandaise : au centre, l’adoration des mages, Ă  gauche, Marie et Joseph dans la contemplation silencieuse de leur fils, et, sur le volet droit, la circoncision de l’enfant JĂ©sus.

Le tableau, qui fait, tout ensemble, 72 cm de large et 102 cm de haut, a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© Ă  l’huile sur panneau de bois et faisait partie du mobilier primitif de Groß St. Martin Ă  l’époque oĂč elle Ă©tait Ă©glise abbatiale. (5)

Autres éléments de mobilier

Christ souffrant, XVIe siĂšcle. (9)
Statue de Brigitte de Kildare ; (11)
  • Christ souffrant : la figure en bois, presque en grandeur nature, date du XVIe siĂšcle et est peut-ĂȘtre originaire du mĂȘme atelier que les groupes de la crucifixion et de la mise au tombeau. (9)
  • Statue de Saint Élophe : cette sculpture de bois, de date incertaine, mais dont on sait qu’elle ne remonte pas au-delĂ  du XIIe siĂšcle, montre le geste miraculeux du deuxiĂšme patron de l’église (aprĂšs saint Martin), qui aurait, aprĂšs sa dĂ©capitation, tenant sa tĂȘte dans la main, choisi l’emplacement de sa propre sĂ©pulture. La statue fut acquise en 1986 sur le marchĂ© de l’art. (8)
  • Autel dĂ©diĂ© Ă  Marie avec icĂŽne : l’icĂŽne, en provenance de Russie centrale, est supposĂ©e remonter au XVIIe siĂšcle ; Ă©galement achetĂ©e sur le marchĂ© de l’art, elle est un don des travailleurs occupĂ©s Ă  la reconstruction de l’église. (4)
  • Chemin de croix : les 14 tableaux composant ce chemin de croix, qui datent du dĂ©but du XXe siĂšcle, sont issus d’une collection privĂ©e ; ils ont Ă©tĂ© apposĂ©s le long de la paroi du collatĂ©ral sud. Non numĂ©rotĂ©
  • Autel du Saint-Sacrement avec tabernacle : le tabernacle moderne de l’autel secondaire nord fut crĂ©Ă© ― comme le couvercle des fonts baptismaux ― par l’artiste contemporain Karl MatthĂ€us Winter en 1984. (6)
  • Autel de croisĂ©e avec lustre en cerceau : la sobre table d’autel en pierre, dotĂ© d’un sĂ©pulcre (c’est-Ă -dire d’une cavitĂ© oĂč se conservent des reliques de saint), fait Ă©galement partie de l’ameublement moderne de l’église. Le lustre en cerceau suspendu au-dessus de lui, en acier inoxydable, coĂŻncide par son diamĂštre de 4,20 mĂštres avec la diagonale de la table d’autel. Ces deux objets ont Ă©tĂ© conçus par Joachim SchĂŒrmann, un des architectes chargĂ©s de la reconstruction de l’aprĂšs-guerre. (7)
  • Orgue : un orgue-armoire d’Italie mĂ©ridionale datant du XIXe siĂšcle, de facture assez simple, est venu remplacer les grandes orgues disposĂ©es autrefois sur une tribune au fond de la nef. (10)
  • Chapelle Sainte-Brigitte : la niche Ă©troite amĂ©nagĂ©e dans la partie sud de la paroi occidentale, autrefois contiguĂ« Ă  l’église Sainte-Brigitte, abrite aujourd’hui une statue de l’abbesse irlandaise Brigitte de Kildare, qui passa sa jeunesse dans un milieu paysan. Les « sept vaches grasses Â» bibliques, qu’évoquent les restes d’une mosaĂŻque incorporĂ©s dans le sol au bas de la niche, peuvent ĂȘtre vues comme une allusion Ă  ce dĂ©tail biographique. (11)
  • Statues des apĂŽtres Pierre et Paul : disposĂ©es dans les niches du fond, deux statues grandeur nature du sculpteur Peter Josef Imhoff flanquent la grande porte occidentale de part et d’autre. Leur provenance n’a pu ĂȘtre Ă©lucidĂ©e ; il semblerait que le cycle sculptural complet ait comptĂ© quatre figures. (12)
  • Croix moderne en bois : devant le portail occidental est Ă©tendue sur le sol, Ă  l’endroit oĂč s’amorce l’allĂ©e centrale de la nef, la monumentale et trĂšs abstraite croix de bois crĂ©Ă©e par Franz Gutmann ; conçue Ă  l’origine pour orner une salle de mĂ©ditation Ă  l’abbaye de Siegburg, mais rĂ©pudiĂ©e par celle-ci, elle trouva Ă  s’hĂ©berger dans Groß St. Martin. (13)
  • Cycle de vitraux : le nouveau cycle de verriĂšres, que l’artiste Hermann Gottfried, dans le cadre de la restauration de l’église, dessina pour Groß St. Martin dans les annĂ©es 1980, n’a pas encore Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© complĂštement. Les absides, avec les trois fenĂȘtres qu’elles comportent chacune, seront ainsi tour Ă  tour consacrĂ©es Ă  un des trois saints patrons de l’église : saint Éloph au nord, sainte Brigitte au sud et saint Martin dans l’abside orientale. À ce jour, seules les trois fenĂȘtres orientales sont achevĂ©es : elles se composent de vitraux reprĂ©sentant des Ă©pisodes de la vie de saint Martin. Au contraire des verriĂšres de la nef et des baies occidentales, les fenĂȘtres orientales se signalent par leurs vives couleurs contrastĂ©es Ă  dominante rouge. La thĂ©matique des six fenĂȘtres de la nef se rapporte aux six jours de la CrĂ©ation ; les trois fenĂȘtres de la façade ouest ont pour thĂšme la Vierge Marie.

Cloches

Les cloches 'Sainte-Marie (en bas Ă  l'avant-plan), Saint-Martin ( second plan en bas Ă  gauche) et Sainte-Ursule (haut).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les quatre cloches, qui, conformĂ©ment Ă  la coutume ancienne, sonnaient en des1–es1–f1–ges1 , furent toutes dĂ©truites. La sonnerie actuelle se compose de cinq cloches de volĂ©e en bronze, coulĂ©es dans les annĂ©es 1984/85 par Florence HĂŒesker dans la ville de Gescher (non loin de MĂŒnster, Westphalie) et financĂ©es par des fondations. Par leur construction lourde (paroi de forte Ă©paisseur) et de leur suspension Ă  un beffroi en bois, les cloches gagnent en rĂ©sonance et en tempĂ©rament. Pour l’angĂ©lus, c’est la cloche 3 qui est sonnĂ©e, pour les messes du dimanche, l’on fait rĂ©sonner les cinq cloches tout ensemble et sans distinction.

N° Nom DiamÚtre
(mm)
Poids
(kg)
Nominal
(16tel)
Inscription
1 Marie 1580 2600 c1 ±0 Sancta Maria – uni deo et Sanctae Mariae
omins honor et gloria
2 Martin 1150 1140 f1 +1 Sanctus Martinus – per intercessionem
Sancti Martini da pacem Domini diebus nostris
3 Elophe 1070 820 g1 +1 Sanctus Eliphius – sum campana pii
qui nos defendit Sancti Eliphii
4 Brigitte 940 570 a1 +1 Sancta Brigida – ut in omnibus deus
glorificetur
5 Ursula 750 307 c2 +2 Sancta Ursula – protege civitatem tuam ubi
cam sodalibus tuis gloriosum sanguinem refundisti

Les douze grandes basiliques romanes de Cologne

Cologne possĂšde une remarquable sĂ©rie de douze grandes basiliques romanes de style rhĂ©nan, situĂ©es pour la plupart Ă  l'extĂ©rieur de l'enceinte romaine (construite au Ier siĂšcle ap. J.-C.), mais Ă  l'intĂ©rieur de la plus grande enceinte mĂ©diĂ©vale (le Ring):

  • St. Andreas, situĂ©e Komödienstr.
  • St. Aposteln, situĂ©e Place Neumarkt
  • , situĂ©e Caelienstr. et devenue le musĂ©e SchnĂŒtgen-Museum
  • , situĂ©e Georgplatz
  • , situĂ©e Gereonsdriesch
  • , situĂ©e Kunibertsklosterg.
  • St. Maria im Kapitol, situĂ©e Marienplatz
  • , situĂ©e An Lyskirchen
  • Gross St. Martin, situĂ©e An Gross St. Martin
  • St. Pantaleon, situĂ©e Am Pantaleonsberg, consacrĂ©e en 980 et agrandie en 1160
  • , situĂ©e Im Ferkulum
  • , situĂ©e Ursulakloster

Dans le vocabulaire architectural, "basilique" dĂ©signe une Ă©glise sans transept. La basilique est la forme primitive et fondamentale du temple chrĂ©tien. À la diffĂ©rence de la basilique civile romaine, on y pĂ©nĂštre par le pignon (le petit cĂŽtĂ©).

Notes et références

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  1. ↑ Gerta Wolff: Das römisch-germanische Köln, 5e Ă©dition, pages 242–245, J. P. Bachem.
  2. ↑ Bienvenue sur le site des futures FraternitĂ©s de Cologne
  3. ↑ Horaires des offices
  4. ↑ 'Association de promotion des Ă©glises de Cologne'

Source

  • (de) Cet article est partiellement ou en totalitĂ© issu d’une traduction de l’article de WikipĂ©dia en allemand intitulĂ© « Groß St. Martin Â».
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