Grito De Lares

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Grito De Lares

Grito de Lares

El Grito de Lares (le cri de Lares) — ou d’autres termes Ă©quivalents : soulĂšvement de Lares, rĂ©volte de Lares, rĂ©bellion de Lares, voire rĂ©volution de Lares — dĂ©signe la rĂ©volte, dirigĂ©e contre la domination espagnole Ă  Porto Rico, qui eut lieu le 23 septembre 1868 dans la petite ville de Lares, dans l’ouest de l’üle, et lors de laquelle fut proclamĂ©e la trĂšs Ă©phĂ©mĂšre RĂ©publique de Porto Rico.

Les principaux instigateurs en Ă©taient Segundo Ruiz Belvis et RamĂłn Emeterio Betances, membres du ComitĂ© Revolucionario de Puerto Rico, qui disposait sur l’üle d’un important rĂ©seau de conjurĂ©s organisĂ©s en cellules (juntas). Le terreau en Ă©tait la politique rĂ©pressive menĂ©e par l’Espagne et la dĂ©tĂ©rioration de la situation Ă©conomique.

Pour un ensemble de raisons (dĂ©faillances logistiques, indiscrĂ©tions mettant les autoritĂ©s espagnoles en Ă©veil, cargaison d’armes ne parvenant pas aux insurgĂ©s, ...), la rĂ©volte fut un Ă©chec, ne dĂ©passant guĂšre les limites de la ville de Lares, et matĂ©e en peu de jours par les troupes espagnoles.

NĂ©anmoins, le Grito de lares fut un Ă©vĂ©nement considĂ©rable, d’abord par les rĂ©formes politiques qu’il contribua Ă  faire mettre en Ɠuvre, et par la place qu’il continue d’occuper, aujourd’hui encore, dans la mĂ©moire collective des Portoricains.

Sommaire

Germes de la révolte

Depuis plusieurs siĂšcles, les revendications Ă©conomiques et politiques des portoricains avaient Ă©tĂ© ignorĂ©es par la Couronne espagnole. Au cours de la premiĂšre moitiĂ© du XIXe siĂšcle, la colonie s’était vue privĂ©e de sa reprĂ©sentation aux Cortes, et le gouvernement espagnol de l’üle tendait vers une politique de plus en plus despotique et rĂ©pressive. De nombreux militants, qu’ils fussent partisans de l’indĂ©pendance d’avec l’Espagne ou qu’ils se bornassent Ă  rĂ©clamer des rĂ©formes dĂ©mocratiques, Ă©taient emprisonnĂ©s ou contraints Ă  l’exil. En outre, le commerce local s’était trouvĂ© grevĂ© de nouveaux impĂŽts, qui avaient pour effet, par ailleurs, de renforcer la mainmise des peninsulares (personnes d’origine espagnole) sur l’économie portoricaine.

D’autre part, en 1855, un Ă©pidĂ©mie de cholĂ©ra, frappant durement esclaves et journaliers, avait donnĂ© lieu Ă  une grave pĂ©nurie de main-d'Ɠuvre agricole. De surcroĂźt, en 1867, deux catastrophes naturelles avaient encore amenuisĂ© la capacitĂ© d’endurance des Portoricains: d’abord l’ouragan San Narciso, puis, peu aprĂšs, un violent tremblement de terre d’une intensitĂ© de 7,3 sur l’échelle de Richter, suivi d’un raz-de-marĂ©e qui accabla la partie sud-est de l’üle.

Ainsi, la faim, la pĂ©nurie et la pauvretĂ© avaient exacerbĂ© le mĂ©contentement du peuple Ă  l’endroit du gouvernement. Le malaise Ă©tait tellement gĂ©nĂ©ral Ă  travers toute l’üle, qu’en peu de temps se constituĂšrent pas moins de 73 organisations rĂ©volutionnaires.

Le 17 septembre 1868, soit une semaine avant le Grito de Lares et sans qu’en aient eu connaissance les rebelles portoricains, la reine Isabelle II avait Ă©tĂ© renversĂ©e en Espagne par une rĂ©volte aristocratique, dite RĂ©volution glorieuse (RevoluciĂłn Gloriosa).

À Cuba, Ă  quelques semaines de distance seulement, le 10 octobre, Ă©clata Ă©galement le Grito de Yara, amorce de la guerre d’indĂ©pendance cubaine dite des Dix Ans. Ces Ă©vĂ©nements sont illustratifs du mĂ©contentement engendrĂ© par le gouvernement de la reine Isabelle II dans les territoires d’outre-mer espagnols.

DĂ©roulement

Planification

Le soulĂšvement de Lares, communĂ©ment dĂ©signĂ©e par «Grito de Lares», eut lieu le 23 septembre 1868, mais avait Ă©tĂ© planifiĂ© bien avant cette date par un groupe dirigĂ© par le docteur RamĂłn Emeterio Betances et par l’avocat Segundo Ruiz Belvis, lesquels avaient fondĂ©, le 6 janvier 1868, le ComitĂ© Revolucionario de Puerto Rico (ComitĂ© rĂ©volutionnaire de Porto Rico) pendant leur exil dans la RĂ©publique dominicaine (indĂ©pendante de l’Espagne, de maniĂšre effective, depuis 1844). Betances rĂ©digea plusieurs proclamations («Proclamas»), dans lesquelles il dĂ©nonçait l’exploitation des Portoricains par le systĂšme colonial espagnol et appelait Ă  l’insurrection immĂ©diate. Ces proclamations se propagĂšrent bientĂŽt Ă  travers toute l’üle, tandis que des groupes dissidents locaux commençaient Ă  s’organiser. Par les soins de Mathias Brugman, Mariana Bracetti et Manuel Rojas, des cellules secrĂštes (juntas) du ComitĂ© rĂ©volutionnaire furent constituĂ©es Ă  Porto Rico, rĂ©unissant des membres issus de tous les secteurs de la sociĂ©tĂ© — que ce soient des propriĂ©taires terriens, des commerçants, des personnes exerçant des professions libĂ©rales, des paysans, ou des esclaves —, et dont la plupart Ă©taient des «criollos» (c'est-Ă -dire nĂ©s sur l’üle). La situation critique de l’économie, ajoutĂ©e Ă  la rĂ©pression croissante conduite par les Espagnols, servait de catalyseur pour la rĂ©bellion. Les bastions du mouvement Ă©taient des villes situĂ©es dans les montagnes de la partie occidentale de l’üle.

Il Ă©tait prĂ©vu, selon le dessein initial, que l’insurrection fĂ»t dĂ©clenchĂ©e dans la ville de Camuy, Porto Rico, le 29 septembre ; en effet, compte tenu du fait que le 29 septembre Ă©tait un jour fĂ©riĂ© pour la plupart des travailleurs, il Ă©tait escomptĂ© que des soulĂšvements simultanĂ©s auraient lieu, commençant par la cellule de Camuy, puis suivie par d’autres en diffĂ©rents lieux. Des renforts devaient arriver Ă  bord d’un navire, «El TelĂ©grafo», et les cellules se verraient prĂȘter main-forte par plus de 3 000 mercenaires. Cependant, les autoritĂ©s espagnoles de l’üle ayant eu vent du projet, les rebelles furent contraints en Ă  avancer la date. En effet, suite Ă  une imprudence, des informations parvinrent aux oreilles d’un capitaine espagnol cantonnĂ© Ă  Quebradillas, Juan Castañón, qui alerta son supĂ©rieur Ă  Arecibo. Sur la base de ces informations, les chefs de la cellule «Lanzador del Norte» de Camuy furent bientĂŽt arrĂȘtĂ©s, et des documents compromettants saisis. Les autres dirigeants, craignant d’ĂȘtre arrĂȘtĂ©s Ă  leur tour, dĂ©cidĂšrent alors d’avancer la date de dĂ©clenchement de la rĂ©volution sans attendre Betances. Il fut alors convenu de frapper d’abord dans la ville de Lares, et ce dĂšs le 24 septembre.

Au mĂȘme moment, bien que le gouvernement dominicain eĂ»t donnĂ©, Ă  travers le gĂ©nĂ©ral LuperĂłn et le prĂ©sident Buenaventura BĂĄez, son appui Ă  Betances, lui permettant de recruter et d’armer une petite armĂ©e et lui procurant un navire armĂ©, le gouvernement espagnol obtint du prĂ©sident BĂĄez, alors que tout Ă©tait prĂȘt pour l’expĂ©dition contre l’üle, qu’il interdĂźt le dĂ©part des expĂ©ditionnaires du territoire dominicain, et que les autoritĂ©s de l’üle voisine de Saint-Thomas, oĂč Ă©tait amarrĂ© le navire, retinssent celui-ci.

Proclamation de la RĂ©publique de Porto Rico

Cependant, le jour dit, quelque 400 Ă  600 rebelles (le journaliste espagnol JosĂ© Perez MorĂ­s estime ce nombre plus prĂšs de 1000) se rassemblĂšrent dans l’hacienda de Manuel Rojas, situĂ©e Ă  proximitĂ© de Pezuela, dans les environs immĂ©diats de Lares. Mal entraĂźnĂ©s et mĂ©diocrement armĂ©s, les rebelles, se dĂ©plaçant Ă  pied et Ă  cheval, pĂ©nĂ©trĂšrent dans la ville aux alentours de minuit. Ils s’appliquĂšrent alors Ă  piller les magasins et bureaux appartenant aux «peninsulares» (Espagnols de naissance) et s’emparĂšrent de l’hĂŽtel de ville. Les commerçants espagnols et les reprĂ©sentants locaux de l’autoritĂ© gouvernementale, tenus par les insurgĂ©s pour des ennemis de la patrie, furent faits prisonniers. Les rĂ©volutionnaires exhortĂšrent les propriĂ©taires Ă  conduire leurs esclaves Ă  la mairie afin de les affranchir. Ils investirent ensuite l’église de la localitĂ© et dĂ©ployĂšrent le drapeau rĂ©volutionnaire — dessinĂ© et cousu par la militante Bracetti sur indications de Betances — sur le maĂźtre-autel, pour signifier que la rĂ©volution Ă©tait dĂ©clenchĂ©e. Enfin, Ă  2 heures du matin, fut proclamĂ©e la RĂ©publique de Porto Rico, sous la prĂ©sidence de Francisco RamĂ­rez Medina. Les rĂ©volutionnaires offrirent la libertĂ© aux esclaves qui les joignirent.

Affrontement Ă  San SebastiĂĄn

Les forces rebelles se remirent ensuite en route en vue de s’emparer de la localitĂ© suivante, San SebastiĂĄn del Pepino. Cependant, le groupe s’y heurta, de la part de la milice espagnole prĂ©sente, Ă  une rĂ©sistance inopinĂ©e. La grande confusion qui s’ensuivit dans les rangs des rebelles incita Manuel Rojas, qui avait le commandement, Ă  se replier sur Lares. Sur ordre du gouverneur JuliĂĄn PavĂ­a, la milice espagnole lança une offensive et eut tĂŽt fait, au bout de peu de jours, de venir Ă  bout des rebelles et de mettre un terme Ă  l’insurrection.

ProcĂšs et amnistie

Environ 475 insurgĂ©s furent incarcĂ©rĂ©s, parmi lesquels Manuel Rojas, mariana Bracetti et Juan Rius Rivera (ce dernier Ă©tant appelĂ© Ă  devenir ultĂ©rieurement le commandant en chef de l’armĂ©e de libĂ©ration cubaine).

Le 17 novembre, une cour martiale prononça la peine capitale, pour trahison et sĂ©dition, Ă  l’encontre de tous les prisonniers. Toutefois, dans le souci d’apaiser l’atmosphĂšre dĂ©jĂ  fort tendue dans l’üle, le gouverneur nouvellement nommĂ©, JosĂ© Laureano Sanz, dĂ©crĂ©ta en janvier 1869 une amnistie gĂ©nĂ©rale, et tous les prisonniers furent relĂąchĂ©s. Entre-temps, 80 prisonniers avaient dĂ©jĂ  pĂ©ri pendant leur dĂ©tention.

Raisons de l’échec

Parmi ces raisons, il convient sans doute de signaler tout d’abord l’excĂšs de confiance qui caractĂ©risait les rĂ©volutionnaires, et qui les conduisit Ă  divulguer des informations au-delĂ  de la stricte rĂ©serve, permettant aux autoritĂ©s d’avoir connaissance de ce qui se tramait. Ce sont ces soupçons du gouvernement, renforcĂ©s par les dĂ©lations et les infiltrations, qui dĂ©terminĂšrent la nĂ©cessitĂ© d’avancer la date du soulĂšvement. En particulier, au milieu de l’annĂ©e 1868, le corrĂ©gidor don Antonio Balboa surprit Ă  MayagĂŒez l’agent Pedro GarcĂ­a au moment oĂč celui-ci Ă©tait occupĂ© Ă  collecter des fonds pour la cause, lui confisquant une liste de donateurs et de souscripteurs. Plus grave encore, un des conjurĂ©s, Hilario MartĂ­nez, s’oublia Ă  faire d’indiscrĂštes rĂ©vĂ©lations Ă  son cousin Carlos Antonio LĂłpez, lequel les communiqua ensuite au capitaine de milices de Quebradillas, don Juan Castañón ; ces indiscrĂ©tions dĂ©signaient la cellule «Lanzador del Norte» et dĂ©voilaient l’identitĂ© de son prĂ©sident, Manuel MarĂ­a GonzĂĄlez. Castañón Ă  son tour mit dans la confidence le commandant militaire d’Arecibo, don Manuel de Iturriaga, qui, le 19 septembre 1968 Ă  l’aube, perquisitionna au domicile de GonzĂĄlez Ă  Camuy, mettant la main sur des documents compromettants, puis faisant Ă©crouer GonzĂĄlez dans la prison d’Arecibo. De plus, Iturriaga mobilisa 50 miliciens d’Arecibo et dĂ©tacha vers Camuy une partie du Bataillon de CĂĄdiz sous le commandement du capitaine JosĂ© Pujols. La nouvelle de la dĂ©tention de GonzĂĄlez fut transmise au prĂ©sident de la cellule de Lares, et Ă  CapĂĄ Prieto de MayagĂŒez.

La nuit suivante (le 20 septembre 1868), la direction de la cellule CapĂĄ Prieto se rĂ©unit au domicile de MatĂ­as Brugman, et l’on se mit d’accord pour avancer la date du soulĂšvement au 23 septembre, au lieu du 30 septembre initialement prĂ©vu. Lares et San SebastiĂĄn seraient les premiĂšres cibles ; viendraient ensuite Moca, Quebradillas, Camuy et Arecibo. Le lieu de ralliement des forces rebelles serait la hacienda de Manuel Rojas, dans le hameau de Pezuela, situĂ© Ă  une lieue de Lares. Les autres cellules furent avisĂ©es de la dĂ©cision, et enjointes d’exĂ©cuter sans tarder les ordres qui leur seraient envoyĂ©s. L’on Ă©tait bien conscient, ce faisant, d’agir dans l’urgence, pressĂ© par la crainte que le gouvernement n’écrase l’insurrection avant mĂȘme son dĂ©clenchement.

Lares apparaissait comme le meilleur site, ayant une bonne situation stratĂ©gique dans la rĂ©gion montagneuse du centre-ouest de l’üle, situĂ© loin de la capitale et difficile d’accĂšs. La zone comptait l’effectif de participants le plus important, et se trouvait Ă  proximitĂ© d’Arecibo, oĂč Manuel MarĂ­a GonzĂĄlez Ă©tait maintenu prisonnier. Lares Ă©tait reliĂ©e par route Ă  San SebastĂ­an, oĂč se trouvait une caserne de la milice, avec des armes et des munitions. Lares avait de bonnes communications avec Arecibo, San GermĂĄn, Yauco, Adjuntas et MayagĂŒez. Le moment choisi n’était pas le plus propice pour mettre le projet Ă  exĂ©cution. En effet, les circonstances obligĂšrent les rebelles Ă  passer subitement de la phase prĂ©paratoire Ă  la phase d’action. Les armes ayant Ă©tĂ© confisquĂ©es par le prĂ©sident dominicain BaĂ©z, et le navire affrĂ©tĂ© pour le transport ayant Ă©tĂ© saisi par les autoritĂ©s de Saint-Thomas, Ăźle alors sous tutelle danoise, ils ne pouvaient alors disposer ni de l’équipement militaire nĂ©cessaire, ni des hommes recrutĂ©s par Betances pour leur prĂȘter main-forte. Depuis avril 1868, BĂĄez tentait mĂȘme de faire arrĂȘter Betances pour l’envoyer Ă  Porto Rico (significativement, des annĂ©es plus tard, l’Espagne offrit l’asile politique Ă  BĂĄez aprĂšs qu’il eut Ă©tĂ© dĂ©posĂ© par un coup d’État rĂ©volutionnaire).

Certaines cellules ne reçurent pas Ă  temps le mot d’ordre de la junta de MayagĂŒez, et d’autres ne le reçurent pas du tout. Beaucoup de membres s’abstinrent de prendre part au mouvement, dĂ©couragĂ©s par l’arrestation de Manuel MarĂ­a GonzĂĄlez.

Retombées politiques

Quoique la rĂ©volte comme telle fĂ»t un Ă©chec, ses aboutissements peuvent ĂȘtre tenus, globalement, pour positifs, car l’Espagne, dans les annĂ©es qui suivirent, consentit Ă  accorder Ă  l’üle une plus grande autonomie politique.

Le journaliste espagnol JosĂ© PĂ©rez MorĂ­s Ă©crivit un important ouvrage contre le Grito et ses participants, lequel ouvrage, du fait mĂȘme qu’il est biaisĂ© par une si nette hostilitĂ© Ă  l’égard de ces derniers, a pu faire figure de compte rendu des Ă©vĂ©nements le plus fiable d’un point de vue historique. Au plan idĂ©ologique, les considĂ©rations personnelles de PĂ©rez continuent, encore Ă  l’heure actuelle, Ă  ĂȘtre largement exploitĂ©es par les opposants Ă  l’indĂ©pendance de Porto Rico pour dĂ©noncer ce qu’ils perçoivent comme une glorification outre mesure d’une rĂ©volte mineure. Cependant, des Ă©tudes publiĂ©es rĂ©cemment indiquent que le Grito comptait considĂ©rablement plus de sympathisants — et que sa logistique Ă©tait plus Ă©tendue Ă  l’intĂ©rieur de Porto Rico — que pourrait le laisser croire la durĂ©e de l’évĂ©nement. Au long des annĂ©es qui suivirent immĂ©diatement le Grito, il y eut des manifestations pro-indĂ©pendantistes mineures et des escarmouches avec les autoritĂ©s espagnoles Ă  Las Marias, Adjuntas, Utuado, Vieques, BayamĂłn, Ciales et Toa Baja. Les historiens mettent aussi en relief la symptomatique longueur des commentaires de PĂ©rez, en comparaison de la place rĂ©servĂ©e par lui dans son ouvrage Ă  la simple relation des faits: l’évĂ©nement eĂ»t-il Ă©tĂ© la rĂ©volte mineure qu’il assure qu’elle a Ă©tĂ©, il n’eĂ»t certes pas fait l’objet d’un traitement nĂ©gatif aussi insistant.

Importance mémorielle: le Grito comme jour férié

CommĂ©morer le Grito de Lares est restĂ© longtemps interdit Ă  Porto Rico, tant par les autoritĂ©s espagnoles qu’amĂ©ricaines. En particulier, toute commĂ©moration Ă©tant prohibĂ©e jusqu’à la fin formelle de la domination espagnole sur Porto Rico en 1899, le Grito Ă©tait presque totalement oubliĂ© par la plupart des Portoricains, et seule la population de Lares organisait des manifestations annuelles de faible ampleur pour cĂ©lĂ©brer l’évĂ©nement. Cependant, des militants indĂ©pendantistes, JosĂ© de Diego et Luis LlorĂ©ns Torres notamment, s’efforcĂšrent de faire accepter l’idĂ©e de commĂ©morer l’évĂ©nement sous la forme d’un jour fĂ©riĂ©. De Diego, par exemple, demanda que la fondation de l’universitĂ© de Porto Rico Ă  MayagĂŒez, proposĂ©e par lui devant l’assemblĂ©e lĂ©gislative de Porto Rico, eĂ»t lieu le 23 septembre 1911, de façon qu’elle coĂŻncidĂąt avec la date anniversaire du Grito.

À la fin des annĂ©es 1920, des membres du Partido nacionalista de Puerto Rico organisaient des cĂ©rĂ©monies peu importantes dans la ville de Lares, tant dans un but de commĂ©moration historique qu’en vue de collecter des fonds. Lorsque Pedro Albizu Campos prit la direction du parti, il fut mis un terme aux activitĂ©s «frivoles» liĂ©es au Grito (telle que la danse annuelle destinĂ©e Ă  lever des fonds), et un ensemble de rituels fut mis au point pour commĂ©morer l’évĂ©nement avec dignitĂ©. Une des citations les plus connues d’Albizu proclame: «Lares est une terre sainte, et Ă  ce titre, l’on ne doit entrer en elle qu’à genoux» (Lares es Tierra Santa, y como tal, debe entrarse a ella de rodillas).

L’élĂ©ment clef des rituels associĂ©s au Grito est le don, fait Ă  la famille d’Albizu par l’écrivaine chilienne Gabriela Mistral, d’un tamarinier provenant de la propriĂ©tĂ© de SimĂłn Bolivar au VĂ©nĂ©zuĂ©la. L’arbre fut plantĂ© sur la Plaza de la RevoluciĂłn avec de la terre prĂ©levĂ©e dans dix-huit autres pays hispaniques d’AmĂ©rique latine. Le propos d’Albizu Ă©tait de doter cette place d’un symbole vivant de solidaritĂ© dans la lutte pour la libertĂ© et l’indĂ©pendance engagĂ©e par Bolivar (lequel, lors de sa visite de l’üle portoricaine de Vieques, promit d’assister le mouvement indĂ©pendantiste portoricain, mais ne put tenir cette promesse en raison des luttes de pouvoir autour de lui), de mĂȘme que d’un symbole des Ă©preuves douces-amĂšres (Ă  l’image du fruit de l’arbre) Ă  subir avant de rĂ©aliser l’indĂ©pendance de Porto Rico. Ainsi, le «Tamarindo de Don Pedro» se voulait-il ĂȘtre le pendant du Gernikako Arbola, l’Arbre de la LibertĂ© de la ville de Guernica, au Pays basque espagnol.

En 1969, Luis A. FerrĂ©, pourtant partisan, pour Porto Rico, du statut d’État associĂ© aux États-Unis, mais dĂ©sireux de se donner une posture diffĂ©rente, dĂ©clara le 23 septembre fĂȘte nationale. Lares fut classĂ© Site historique par l’Instituto de cultura Puertorriqueña, et est connu comme le berceau du nationalisme portoricain.

Voir aussi

Références

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