Graveur

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Graveur

Gravure

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Dans le domaine artistique, le terme gravure est un mot ambigu qui d√©signe : une technique, le fait de ¬ę graver ¬Ľ, c'est-√†-dire creuser ou inciser un mat√©riau ; par extension la gravure d√©signe aussi un ensemble de techniques utilis√©es en art ou en reprographie, ne n√©cessitant pas toujours de graver le mat√©riau. Enfin ¬ę une gravure ¬Ľ peut √™tre aussi l'Ňďuvre finale obtenue par l'utilisation de l'une des techniques de gravure. Cette Ňďuvre sera le mat√©riau grav√© lui-m√™me ou bien encore une transposition d'apr√®s celui-ci. Par abus de langage on confond souvent gravure et estampe, la d√©nomination d'estampe ou tirage √©tant r√©serv√©e √† ¬ę l'image imprim√©e ou dessin√©e sur un support quelconque ¬Ľ[1].

Sommaire

Les techniques

La technique de gravure.
Illustration de l'Encyclopédie.

Graver consiste √† dessiner sur un objet en creusant, ou en incisant sa surface. Dans la plupart des cas, la gravure est transpos√©e, apr√®s encrage, sur un support tel que le papier. Avec la gravure √©gyptienne, le sgraffite et la lithogravure, le mat√©riau grav√©e devient l'Ňďuvre elle-m√™me.

En gravure, il existe deux, voire trois, grands proc√©d√©s :

  • la gravure en relief. Les sp√©cialistes parlent de taille d'√©pargne[2]. C'est la technique employ√©e pour la gravure sur bois ou la linogravure.
  • la gravure en creux appel√©e aussi taille-douce, le plus souvent sur m√©tal, en particulier sur cuivre (on parle alors de chalcographie[3]), mais aussi sur d'autres m√©taux comme le zinc, le laiton, l'acier...
  • la gravure en √†-plat (ou impression √† plat), troisi√®me cat√©gorie ajout√©e par certains auteurs[4]. C'est le cas de la lithographie ou du monotype qui ne n√©cessitent pas de creux, et ne sont donc pas des ¬ę gravures ¬Ľ au sens strict du terme mais assimil√©es comme tels.

En affinant ces cat√©gories, nous trouvons :

  • la gravure m√©canique ou semi-m√©canique
    Le timbrage, le carborundum, le cliché verre

Histoire

La gravure sur bois est connue depuis fort longtemps en Chine : elle est utilis√©e en particulier pour la multiplication des livres de pri√®res. Mais rien ne prouve que cette technique a √©t√© introduite en Occident par la route de la soie. Les sp√©cialistes supposent que la technique de la xylographie a vu le jour soit dans la vall√©e du Rhin soit en Europe du Nord, la localiser plus finement est impossible. Le Bois Protat[6], la plus ancienne matrice en bois, est dat√©e autour de 1380 : plus pr√©cis√©ment, il s'agit du fragment d'une planche en bois de noyer (0,60 x 0.23 cm), qui fut ex√©cut√© √† Laives, canton de Sennecy (Sa√īne-et-Loire) en Bourgogne et qui repr√©sente sur une face ¬ę Le Centurion et les deux soldats ¬Ľ et sur l'autre, ¬ę L'Ange de l'Annonciation ¬Ľ[7]. Signalons aussi le Saint Christophe retrouv√© dans la biblioth√®que de Buxheim... coll√© sur un manuscrit de 1423[8].

La xylographie pr√©c√®de l'imprimerie. Les techniques de gravure sont tr√®s li√©es au support, car celui-ci doit √™tre peu on√©reux pour que l'utilisation d'un original recopiable soit int√©ressant, d'o√Ļ l'importance de l'introduction du papier. L'√©volution de la production xylographique va donc suivre le d√©veloppement de l'imprimerie.

La Renaissance

En Europe du Nord

La gravure sur bois se d√©veloppe parall√®lement √† l'utilisation du papier vers 1400. La gravure sur cuivre se g√©n√©ralise √† partir de 1430 dans la vall√©e du Rhin et profite des techniques de l'orf√®vrerie : Schongauer et D√ľrer sont orf√®vres de formation. La xylographie touche un public plus populaire alors que la taille-douce s'adresse √† des commanditaires plus cultiv√©s.

Il est difficile avant Schongauer d'attribuer les Ňďuvres : on d√©signe ces graveurs anonymes le plus souvent ¬ę par le nom de leur mani√®re ¬Ľ[8]. Ce sont :

  • le Ma√ģtre aux Banderoles.
  • Le Ma√ģtre de 1446, premi√®re gravure au burin en Allemagne ( Flagellation, Kulturforum , Berlin).
  • Le Ma√ģtre des Cartes √† jouer, peut-√™tre plus peintre qu'orf√®vre[9], d√©veloppe les ombres par des hachures parall√®les, soit une soixantaine d'Ňďuvres conserv√©es au Kupferstichkabinett (Dresde) et √† la Biblioth√®que Nationale de France (Paris).
  • Le Ma√ģtre E.S., actif entre 1450 et 1467 : 313 gravures sur divers th√®mes. Son alphabet sera souvent imit√© par d'autres graveurs.
  • Le Ma√ģtre du Livre de maison appel√© aussi Ma√ģtre du Cabinet d'Amsterdam est actif entre 1465 et 1505. Il semble inaugurer la pointe s√®che sur zinc ou √©tain : 80 gravures sont r√©pertori√©es avec des ¬ę effets picturaux et de clair-obscur ¬Ľ[8].
  • Martin Schongauer, actif entre 1471 et 1491, est le premier √† signer ses gravures en apposant un monogramme sur ses plaques. Il innove dans la technique du burin. Ses Ňďuvres sont remarquables pour la pr√©dominance de la ligne de contour et l'alternance des zones claires et sombres (la Mont√©e au Calvaire, Fondo Corsini,Rome).
  • Israhel van Meckenem (1450-1503) ¬ę ...figure parmi les burinistes les plus prolifiques de l'√©poque avec six cent gravures dont trois quarts sont des copies ¬Ľ[8]. (J√©sus et les docteurs de la foi, Pinacoteca Nazionale, Bologne)
  • Albrecht D√ľrer, form√© par Martin Schongauer, sera le plus innovant des graveurs rh√©nans.
Article d√©taill√© : Albrecht D√ľrer.
  • Hans Baldung grave sur bois Les Sorci√®res en 1510. Il se distingue par la nettet√© du trait et le ton dramatique de ses compositions. On lui doit un portrait de Martin Luther en 1521 (Chevaux sauvages, Fondo Corsini, Rome).
  • Urs Graf (1485-1528), originaire de Suisse, est l'un des premiers √† utiliser l'eau-forte dont le proc√©d√© est attribu√© √† Wenceslas d'Olm√ľtz ( 1496). ¬ę Avide d'exp√©rimentation, il reprend la "mani√®re cribl√©e", nouvelle appellation de l'opus interrasile ¬Ľ[8].
  • Albrecht Altdorfer (1480-1538), √©l√®ve le paysage au rang d'entit√© artistique autonome. Il est le premier √† utiliser l'eau-forte pour accentuer les variations de la lumi√®re.
  • Lucas Cranach l'Ancien (1472-1553) sera peintre et graveur : il invente la technique du cama√Įeu √† deux bois. Les bois grav√©s lui serviront pour la propagande luth√©rienne et pour les illustrations de livres (Repos pendant la fuite en √Čgypte, Fondo Corsini, Rome).
Article d√©taill√© : Lucas Cranach l'Ancien.
  • Lucas van Leyden(1494-1533) fait une synth√®se des √©l√©ments nordiques et italianisants (Saint Georges). Il est √©galement novateur dans la technique[10]
  • Pierre Bruegel l'Ancien (1525-1569) apprend la gravure dans l'atelier de Hieronymus Cock.
Article d√©taill√© : Pierre Bruegel l'Ancien.
L'Italie du Nord-Est

La V√©n√©tie, Dalmatie, √Čmilie, Lombardie) voient la xylographie et la gravure sur cuivre se d√©velopper dans la premi√®re moiti√© du XVe si√®cle : voir √† ce propos la collection d'images de d√©votion du notaire Jacopo Rubieri (n√© √† Parme en 1430). L'Italien Maso Finiguerra trouva, en 1452, le moyen de tirer une √©preuve d'une plaque qu'il avait grav√©e pour l'√©glise Saint-Jean √† Florence[11].¬ę Les premiers graveurs sur cuivre, √† la suite de Finiguera, sont des orf√®vres, nielleurs, damasquineurs(...). Ils sont localis√©s, d'une part, en Toscane (...), Padoue et la V√©n√©tie formant l'autre grande sph√®re. ¬Ľ[8]

  • Andrea Mantegna (1431-1506) renouvelle les sujets et la technique (Triomphe de C√©sar, Fondo Corsini, Rome ). Baccio Baldini (1436-1487) orf√®vre et nielleur (Dante, Virgile et la vision de B√©atrice, Fogg Art Museum, Cambridge-Mass-). Botticelli, Antonio del Pollaiuolo, nomm√© aussi Pollaiolo (1432-1498)[12], Francesco Francia.
  • Fran√ßois Mazzuoli utilisa pour la premi√®re fois la gravure sur cuivre en Italie vers 1530. Francesco Rosselli (1498-1513): repr√©sentant de la "mani√®re large" [13]. Nicoletto da Modena reconnaissable √† la duret√© du trait et √† ses formes rigides (All√©gorie de la Fortune, Fondo Corsini, Rome).
  • Girolamo Mocetta (1454-1531) travaille sur les effets chromatiques et dans un style monumental. Il se caract√©rise par un trait fin, quelquefois courbe. Benedetto Montagna travaille dans le style de D√ľrer : hachures crois√©es et lignes courbes. Il cherche √† traduire sur ses plaques le sfumato.
  • Titien (1490-1576) : ses xylographies sont monumentales (le passage de la Mer Rouge en 12 blocs, 1549) .¬ę Les Noces mystiques de Sainte Catherine pr√©sentent des hachures crois√©es faites par une incision profonde, d√©licate, plus proche de ce qui se fait √† la m√™me p√©riode pour les eaux-fortes¬Ľ[8]
Article d√©taill√© : Titien.
  • Marc-Antoine Raimondi (1470?-1534?). Les premi√®res gravures s'inspirent de la nielle, et son Ňďuvre va √©voluer vers une ma√ģtrise du clair-obscur (Le Songe de Rapha√ęl, 1507). Sa collaboration avec Rapha√ęl marque la naissance de l'estampe de traduction. ¬ę Techniquement, la fa√ßon d'utiliser le burin appara√ģt r√©volutionnaire, car les hachures simples s'accompagnent de hachures crois√©es, qui cr√©ent un clair-obscur bien plus r√©el avec ajouts d'incisions au burin et de pointill√©s[8]¬Ľ.
  • Ugo da Carpi ; peintre m√©diocre mais graveur de g√©nie. Il innove avec le cama√Įeu ou xylographie chromatique (Rapha√ęl et son amante, Albertina, Vienne). C'est au cours de ses ann√©es v√©nitiennes qu'il exp√©rimente divers proc√©d√©s : en 1516 il supplie le S√©nat et le Doge de prot√©ger son proc√©d√© contre les faussaires.
  • Parmesan (1503-1540) domine le proc√©d√© de l'eau-forte (Le Tombeau du Christ, Fondo Corsini, Rome). Les traits √©pais se croisent et donnent un aspect voil√©, le tout rehauss√© de quelques retouches √† la pointe s√®che.

Le Baroque

Au cours de cette p√©riode la gravure oscille entre la reproduction et le genre autonome qui puise l'essentiel de son inspiration dans le libertinage, et les f√™tes. Deux pr√©curseurs du mouvement baroque :

  • Cornelis Cort (1533-1578), n√© en Hollande, s'installe d√©finitivement √† Rome en 1572. Il r√©volutionne la technique du burin en obtenant des modulations tonales (Noces de Cana, Biblioth√®que Nationale, Paris), gr√Ęce aux variations de forme et √† l'√©paisseur des traits.
  • Hendrick Goltzius (1558-1617) connu pour son Ňďuvre grav√© ; environ cinq cents estampes grav√©es au burin (Icare, Fondo Corsini, Rome).
Article d√©taill√© : Hendrick Goltzius.
En Italie

Avec les artistes suivants le baroque s'affirme tant dans les sujets que dans la technique :

  • Federico Barocci dit le Baroche (1528?-1612) associe eau-forte et burin (L'Annonciation, Fondo Corsini, Rome). ¬ę Le Baroche applique un vernis √† la cire, apr√®s la premi√®re morsure, sur la partie de paysage form√©e de traits fins, presque calligraphiques. Il renonce ainsi √† plusieurs passages √† l'acide qui creuseraient les sillons dans la matrice. Le r√©sultat, appel√© proc√©d√© √† morsures multiples, est totalement r√©volutionnaire. √Ä cela s'ajoute une fa√ßon particuli√®re de graver : les parall√®les croisent les transversales dans plusieurs directions, avec des ajouts de pointill√©s, pour obtenir des effets de lumi√®re vibrante ¬Ľ[8]
  • Augustin Carrache (1557-1602) est consid√©r√© comme l'un des plus grands graveurs du XVIIe si√®cle italien (L'Adoration des Mages en sept gravures sur cuivre, 1579). Le travail du burin n'est pas sans rappeler Cort et Goltzius. √Ä partir de 1590, il entreprend des eaux-fortes : les Intermezzi en l'honneur des noces de Ferdinand de M√©dicis et Christine de Lorraine.
  • Jusepe de Ribera est consid√©r√© comme un grand ma√ģtre de la gravure du XVIIe si√®cle ; cependant sa production s'√©tale sur un laps de temps tr√®s court (11616-1630). Son domaine de pr√©dilection est l'eau-forte avec une pr√©dominance du trait irr√©gulier (Le Po√®te, 1620, Rome, ING).
  • Stefano della Bella (1610-1644) a une production impressionnante : plus de mille gravures, dont la majeure partie sont des eaux-fortes rehauss√©es au burin et √† la pointe s√®che (Les Caprices de la mort, c.1648).
  • Giovanni Benedetto Castiglione (1609-1665) a toujours √©t√© consid√©r√© comme un autodidacte. ¬ę Sa technique de graveur est ax√©e sur la ligne... Il serait l'inventeur de la technique du monotype peut-√™tre li√©e √† ses essais pour cr√©er des effets de lumi√®re ¬Ľ[8]. Castiglione utilisait non le monotype sur fond noir mais le monotype sur fond blanc (l'All√©gorie de l'eucharistie)[14].
En Europe du nord

Anvers et les Flandres sont de v√©ritables p√©pini√®res d'artistes ; ceux-ci feront presque tous le voyage en Italie afin de parfaire leur technique. Parmi eux, retenons :

  • Pierre Paul Rubens (1577-1640). ¬ę Il a le grand m√©rite d'avoir fond√© l'√©cole des burinistes d'Anvers... Pour lui, l'estampe est un moyen de diffusion et de connaissance... Il utilise essentiellement la gravure comme moyen de traduction ¬Ľ[8]. Deux estampes ont l'inscription de P.Paul Rubens fecit (Vieille femme √† la chandelle, Rome, Fondo Corsini).
  • Cristoffel Jegher (1596-1652) est le seul sp√©cialiste de la gravure sur bois au XVIIe si√®cle (le Jardin d'amour, Waddesdon Manor, Buckinghamshire).
  • Pieter Claesz Soutman (1580-1657) d√©veloppe la technique du pointill√© au burin ce qui permet de cr√©er des clairs-obscurs.
  • Hercules Seghers (c.1590-1638) invente l'eau-forte color√©e et l'aquatinte √† vernis noir.
  • Rembrandt Van Rijn (1631-1669) utilise d'abord l'eau-forte puis la pointe s√®che. Dans un dernier temps il m√©lange les deux techniques et joue avec les effets de papier ( papier Japon ou parchemin).
Article d√©taill√© : Rembrandt.
En France
  • Le Lorrain Jacques Callot (1592?-1635), form√© √† Florence, d√©veloppe l'eau-forte dans d'importantes s√©ries (Les Foires, Les Supplices, Les Mis√®res de la Guerre).Il veut exploiter le maximum de possibilit√©s de la technique et ¬ę il d√©cide de remplacer par le vernis dur des ma√ģtres √©b√©nistes florentins, le traditionnel vernis mou des aquafortistes. La surface se dilate, les d√©tails apparaissent au sein de grandes perspectives qui cr√©ent l'illusion d'un espace √† trois dimensions. ¬Ľ[8]
  • Abraham Bosse (1604-1676), th√©oricien de la gravure, est l'arch√©type du graveur baroque fran√ßais. Son livre est une somme des techniques de gravure de l'√©poque : tout est d√©crit minutieusement depuis ¬ę la mani√®re de faire le vernis mol ¬Ľ, en passant par ¬ę la mani√®re de manier les √©choppes ¬Ľ et de ¬ę se servir de l'eau-forte ¬Ľ, avec pour finir ¬ę la mani√®re d'imprimer les planches en taille-douce ensemble du moyen d'en construire la presse ¬Ľ[15].

Le Néoclassicisme

L'engouement des collectionneurs du XVIIIe si√®cle pour les vues de paysages italiens oriente la production des graveurs tels Vanvitelli (1653-1736), Giuseppe Vasi (1710-1782), Luca Carlevarijs (1663-1730), Marco Ricci (1617-1730). Ce dernier dans ses eaux-fortes introduira les traits minuscules et dentel√©s afin de traduire les effets de lumi√®re et le mouvement des frondaisons.

  • Giovanni Antonio Canal dit Canaletto (1697-1768) essaie de traduire dans ses eaux-fortes les vibrations de la lumi√®re (Caprice avec balcon et galerie sur la lagune, 1763, Windsor Castle, Royal Collection).
  • Les Tiepolo', Giambattista (1696-1770) et son fils Giandomenico (1727-1804), sont de fabuleux techniciens : hachures, contre-taille, courbes aux ondulations parall√®les, pointillisme, lignes parall√®les.
  • L'atelier de Giuseppe Wagner(1706-1786) est important tant au niveau des artistes qui le fr√©quenteront (Brustolon, Baratti, Zucchi...), que des nouvelles techniques qui y seront mises au point : en particulier la belle mani√®re de graver au burin avec une pointe douce capable de produire un trait net et profond.
  • Giovanni Battista Piranesi dit Piranese (1720-1778).

Les illustrations de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert montrent combien cet art contribua à populariser la culture.

Au XVIIIe si√®cle, la gravure sur cuivre sous ses diverses formes (taille-douce, eau-forte, etc) pr√©domine. La gravure sur bois se cantonne √† l'imagerie populaire.

L'√Čpoque contemporaine

¬ę La grande p√©riode de traduction des Ňďuvres des artistes les plus fameux prend fin avec le n√©oclassicisme ¬Ľ[8]. Deux r√©volutions vont survenir √† la fin de ce si√®cle, qui auront un grand retentissement sur tout le XIXe si√®cle.

D'une part, l'invention de la lithographie par Aloys Senefelder. La lithographie, basée sur un principe totalement nouveau (l'antagonisme eau-encre grasse, et non plus le relief), permet de dessiner directement, sans avoir à apprendre une technique de gravure ardue. De nombreux peintres et illustrateurs vont ainsi accéder à l'estampe, largement diffusée en Allemagne, en Italie, en France et en Angleterre.

D'autre part, l'Anglais Thomas Bewick remet au go√Ľt du jour la gravure sur bois, en mettant au point la gravure sur bois de bout (ou debout)[16]. Le bois est alors grav√© au burin, comme le cuivre, ce qui permet toutes les finesses, et qui pr√©sente l'avantage d'√™tre une technique en relief : on peut donc imprimer les gravures sur une presse typographique, en m√™me temps que le texte. Introduite en France par Charles Thompson vers 1818, cette technique est utilis√©e de mani√®re universelle par l'√©dition et la presse. Des centaines de graveurs, desquels se d√©tachent de grands noms, comme H√©liodore Pisan, Fran√ßois Pannemaker et fils, Hippolyte Lavoignat, travaillent quotidiennement pour interpr√©ter les Ňďuvres des grands illustrateurs comme Honor√© Daumier, Gustave Dor√©, Grandville, entre autres. Avec la croissance de la presse, la gravure sur bois tend √† devenir une industrie de reproduction, servie par des techniciens virtuoses, mais souvent d√©pourvue de cr√©ativit√©.

Les tentatives de retour √† une gravure sur bois originale, avec des graveurs comme Auguste Lep√®re, arrive trop tard √† la fin du XIXe si√®cle, la gravure √©tant supplant√©e par les techniques bas√©es sur la photographie (similigravure).

La cr√©ation de soci√©t√©s regroupant les graveurs est un des √©v√©nements importants de la seconde moiti√© du XIXe si√®cle : Soci√©t√© des aquafortistes en 1862, Soci√©t√© des peintres-graveurs en 1889. Le mod√®le en est la Society of Engravers fond√©e √† Londres en 1802.

L'√©cole de Barbizon est √† l'initiative de la revue Eau-Forte, et exp√©rimente de nouvelles techniques comme le clich√©-verre[17].Millet et Corot vont adopter cette nouvelle technique (Le Petit Berger, Corot, Milano, 1855, A.Bertarelli). Antonio Fontanesi red√©couvre l'eau-forte d'invention : il a recours √† la morsure √† r√©p√©tition (effets de lumi√®re). Il utilise aussi le clich√©-verre.

Giovanni Fattori (1825-1908) est un des grands ma√ģtres de l'eau-forte, ce qui fera dire √† Baudelaire : ¬ę parmi les expressions de l'art plastique, l'eau-forte est celle qui se rapproche le plus de l'expression litt√©raire et qui est la mieux faite pour l'homme spontan√© ¬Ľ[18].

Whistler (1834-1903) est initi√© √† la gravure avec Fantin-Latour, Courbet, et Legros. Il d√©butera par l'eau-forte pour ensuite travailler la pointe s√®che en 1871 (Portrait de la famille Leyland). Francis Hayden (1818-1910), mixera les techniques pour traduire les effets d'atmosph√®re : pointe s√®che, brunissoir, morsure, aquatinte.

Les impressionnistes, comme Manet vont utiliser gravure et lithographie afin de traduire une atmosphère (la danseuse Lola de Valence, Paris, Bibliothèque Nationale). Degas fera de même en y ajoutant le monotype (Femme à sa toilette, 1885, Paris, bibliothèque d'Art et d'Archéologie). Pissaro est plus amateur de gravure sur bois (Femmes faisant de l'herbe, 1895). Il ne faut pas oublier Pierre Renoir, Paul Cézanne, Vincent van Gogh.

Paul Gauguin (1848-1903) a une prédilection pour la gravure sur bois (Te Faruru, 1893, Chicago, Art Institute).

D√©barrass√©e de ses contraintes utilitaires, la gravure revient √† un pur domaine artistique, retrouvant et modernisant les techniques traditionnelles. Le XXe si√®cle red√©couvre le bois de fil, sa simplicit√© et sa valeur expressive, avec des artistes comme F√©lix Vallotton (La Manifestation, Lausanne, galerie Vallotton ) et Edvard Munch.

Les artistes des mouvements Die Br√ľcke et du Blaue Reiter seront attir√©s par la gravure sur bois o√Ļ ils pourront jouer avec la simplification des formes.

Matisse exp√©rimente toutes les techniques : xylogravure, eau-forte, pointe s√®che (Henri Matisse gravant, 1900), lithographie (Grande odalisque avec pantalon √† bayad√®re, 1925, Berne, E.W.K. collection), aquatinte et linogravure.

Giorgio Morandi (1890-1964) ¬ę parvient √† fusionner une lumi√®re g√©n√©ratrice de la forme, un volume qui la construit plastiquement et une couleur qui permet de la distinguer en se pla√ßant comme ton ou "couleur position" ¬Ľ[8] .Ma√ģtrise du trait, morsure unique gr√Ęce au mordant hollandais lui permettent de transcrire les flots de lumi√®re.

Picasso (1881-1973) va √©norm√©ment graver : pas moins de deux mille Ňďuvres connues. Initi√© par Roger Lacouri√®re en 1933 au burin et √† l'aquatinte avec du sucre, il cr√©era la Suite Vollard. Il essaie tous les proc√©d√©s et les renouvelle : les diff√©rents √©tats nous montrent un artiste perfectionniste.

L'utilisation de nouveaux mat√©riaux et de nouveaux proc√©d√©s[10], notamment dans les Ňďuvres de Jean Fautrier, Raoul Ubac, Johnny Friedlaender, Stanley Hayter, Henri-Georges Adam, Roger Vieillard, Marcel Fiorini, Louttre.B ou Pierre Courtin, lib√®re la gravure de toute subordination au dessin ou √† la peinture et, l'engageant dans la reconnaissance de ses moyens sp√©cifiques, assure l'enti√®re autonomie de son expression. Les ateliers de gravure comme celui d'Hayter (atelier 17), de Jo√ęlle Serve (atelier 63), de tirage comme l'atelier Lacouri√®re-Fr√©laut vont participer au renouveau de la gravure. Mohlitz remet √† l'honneur le burin, Avati la mani√®re noire, Andr√© B√©guin la pointe s√®che et de nombreux artistes jeunes et moins jeunes s'int√©ressent √† la gravure pour la vari√©t√© des techniques et leurs multiples combinaisons.

La gravure est considérée, avec l'architecture, la peinture, la sculpture, la musique et la danse, comme l'un des beaux-arts.

Bibliographie

  • J.Adh√©mar, La Gravure des origines √† nos jours, Paris, Somogy, 1979
  • A. B√©guin, Dictionnaire technique de l'estampe, t.A-F,G-l, M-Z, Bruxelles, 1977
  • J-E. Bersier, La Gravure, Paris, Berger-Levrault, 1976
  • A. Bosse, Trait√© des mani√®res de graver en taille-douce, Paris, 1645
  • Diderot et d'Alembert, Encyclop√©die, article "Imprimerie en taille-douce", 1751-1780
  • A.M. Hind, A History of Engraving and Echting, Londres, 1923
  • A.Krejca, Les Techniques de la gravure, Gr√ľnd, 1983
  • M. Melot, A. Griffiths, R.S Field, A. B√©guin, L'estampe, Skira,1981
  • G. Mariani, La tecniche calcografiche di incisione diretta, Rome, 2001
  • M. C. Paoluzzi, La gravure, Solar, 2004
  • J. Lieure, L'√Čcole fran√ßaise de gravure, XVIIe si√®cle, Paris, La Renaissance du livre, sd.
  • Heinrich Rumpel, La gravure sur bois, Gen√®ve, √Čditions de Bonvent, 1972
  • R√©mi Blachon, La Gravure sur bois au XIXe si√®cle, l'√Ęge du bois debout, Paris, Les √©ditions de l'Amateur, 2001 (ISBN 2-85917-332-3)

Notes

  1. ‚ÜĎ MSN Encarta
  2. ‚ÜĎ ¬ęla planche est creus√©e partout o√Ļ l'impression ne doit pas avoir d'effet ; le dessin seul est conserv√© au niveau initial de la surface de la planche, il est √©pargn√© ¬Ľ. Andr√© B√©guin : Dictionnaire technique de l'estampe , Bruxelles, 1977.
  3. ‚ÜĎ le mot vient de khalkos = cuivre et graphein = √©crire : au d√©part cela caract√©rise la gravure sur cuivre et par extension la gravure sur m√©tal. C'est presque un synonyme de taille-douce. En 1797, est cr√©√© le d√©partement de la Chalcographie au Louvre, rattach√© aujourd'hui aux Arts graphiques
  4. ‚ÜĎ Paoluzzi, Encyclopaedia Universalis...
  5. ‚ÜĎ Le terme pose probl√®me √† deux niveaux :
    • ce n'est pas une ¬ę gravure ¬Ľ au sens premier, dans la mesure o√Ļ on n'intervient pas sur le relief du support en creusant avec des outils appropri√©s, mais on dessine directement sur le support, la pr√©sence de l'encre d'impression √©tant d√©termin√©e par un principe physique simple. Toutefois, on utilise couramment le terme g√©n√©rique de ¬ę gravure ¬Ľ.
    • on trouve le terme gravure en √†-plat dans l'Encyclopaedia Universalis, dans le livre de M.C. Paoluzzi (p.23) ; par contre A.B√©guin et MSN Encarta parlent d'impression √† plat, et de gravure √† plat pour MSN Encarta (qui inclut la s√©rigraphie) ainsi que la majorit√© des sites sur Google. Sur ces derniers, le terme est utilis√© sans r√©f√©rences.
  6. ‚ÜĎ du nom de l' imprimeur Jules Protat, collectionneur, habitant M√Ęcon au XIXe s. (F. Courboin, 1923); cette oeuvre se trouve d√©sormais conserv√©e √† la BNF, Cabinet des estampes
  7. ‚ÜĎ in L. Lieure : L'Ecole fran√ßaise de gravure, La renaissance du Livre, Paris, 1928
  8. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ, d‚ÄČ, e‚ÄČ, f‚ÄČ, g‚ÄČ, h‚ÄČ, i‚ÄČ, j‚ÄČ, k‚ÄČ, l‚ÄČ, m‚ÄČ et n‚ÄČ Maria Cristina Paoluzzi : La Gravure, Solar, 2004
  9. ‚ÜĎ cf. Max Lehrs, Geschichte und kritischer Katalog des deutschen, niederl√§ndischen und franz√∂sischen Kupferstiches im 15 Jahrhundert, 1910 et Max Geisberg
  10. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ √† pr√©ciser
  11. ‚ÜĎ selon Vasari dans ses Vies
  12. ‚ÜĎ habile dessinateur et orf√®vre r√©put√©, est le premier √† graver ses propres dessins.
  13. ‚ÜĎ terme employ√© par E.Kollof dans son essai sur B. Baldini
  14. ‚ÜĎ Selon R.Kisch, le premier usager du monotype serait le flamand A.Sallaert (c.1590-1650). ¬ę Le monotype sur fond noir est obtenu en encrant une plaque non grav√©e, puis en tra√ßant le dessin avec un instrument pointu ou une plume dure avant le passage sous presse. le monotype sur fond blanc est cr√©√© en inversant le processus. ¬Ľ M.C.Paoluzzi
  15. ‚ÜĎ A. Bosse : Trait√© des mani√®res de graver en taille-douce sur l'airain par le moyen des eaues fortes et des vernix durs et mols, Paris, 1644, avec privil√®ge du roy
  16. ‚ÜĎ au lieu de graver le bois dans le sens habituel, en devant donc lutter contre le fil du bois, on travaille sur du bois dur (buis, fruitiers) coup√© perpendiculairement au sens des fibres
  17. ‚ÜĎ ¬ę sur une plaque de verre recouverte d'un vernis noir, l'artiste grave √† l'aide d'un instrument pointu avant de placer la plaque contre une feuille de papier sensibilis√© (de type papier photographique) ; la lumi√®re filtre l√† o√Ļ le graveur a creus√© avec la pointe formant ainsi une image en n√©gatif. ¬Ľ M.C.Paoluzzi
  18. ‚ÜĎ Charles Baudelaire : L'eau-forte est √† la mode, 1860

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