Grand Schisme d'Occident

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Grand Schisme d'Occident
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On appelle grand schisme d’Occident (ou Grand Schisme) la crise pontificale qui touche le catholicisme au tournant des XIVe et XVe siĂšcles (1378 - 1417), divisant pendant quarante ans la chrĂ©tientĂ© catholique en deux obĂ©diences.

Cette crise survient en Europe en pleine guerre de Cent Ans, Ă  la faveur des transformations d'un systĂšme fĂ©odal qui ne rĂ©pond plus aux besoins d'une sociĂ©tĂ© en pleine mutation. En effet l'Église n'a plus le rĂŽle culturel et social qui Ă©tait le sien au dĂ©but du Moyen Âge et qui l'avait rendue indispensable Ă  l'exercice du pouvoir. Au Moyen Âge tardif, les mutations Ă©conomiques induisent la crĂ©ation d'États modernes que l'Église n'a plus les moyens d'assujettir culturellement. Sur le terrain politique, cela se traduit par l'affrontement du roi de France Philippe le Bel et du pape Boniface VIII qui cherchent Ă  affirmer la primautĂ© absolue de leur pouvoir. En Italie, les luttes du Pape et de l'Empereur dĂ©bouchent sur l'affrontement entre Guelfes et Gibelins du XIIe siĂšcle au XIVe siĂšcle.

Ces tensions et conflits aboutissent dans un premier temps à l'installation de la papauté à Avignon puis en 1378, au Grand Schisme.

Celui-ci, inscrit dans une crise profonde du sentiment et de la pensĂ©e religieuse, est marquĂ© par deux successions pontificales simultanĂ©es, l'une Ă  Rome et l'autre Ă  Avignon (dont le tenant en titre est qualifiĂ© d'antipape). L'Église, dont une partie du rĂŽle social et culturel a Ă©tĂ© pris en charge par la bourgeoisie depuis le XIIIe siĂšcle, sort moralement et spirituellement affaiblie de cette crise : le gallicanisme se dĂ©veloppe, les particularismes nationaux s'exacerbent, le sentiment religieux se modifie, de nouvelles hĂ©rĂ©sies Ă©mergent[1].

Enluminures de Jean Froissart, XVe siĂšcle. En 1378, l'Église se scinde en deux obĂ©diences qui vont lutter l'une contre l'autre pendant 30 ans.
Vierge de MisĂ©ricorde, Enguerrand Quarton, retable Cadard, vers 1444, musĂ©e CondĂ©. Image d'une Église rĂ©conciliĂ©e avec elle-mĂȘme, Le schisme, qui prend fin lors du Concile de Constance, a considĂ©rablement affaibli l'Église, permettant Ă  des idĂ©es neuves de se propager et aux nations de s'affirmer[2].

Sommaire

Les sources du conflit

Mutation sociétale

Le mouvement de la paix de Dieu assoit par des décisions conciliaires le rÎle de chacun des trois ordres dans la société médiévale.

Depuis le Xe siĂšcle et le mouvement de la Paix de Dieu, l'Église impose l'image d'une sociĂ©tĂ© divisĂ©e en trois ordres[3]. Laissant le pouvoir temporel et militaire Ă  la noblesse, elle devient le garant moral de l'Ă©quilibre social. Concentrant toutes les connaissances depuis la fin de l'AntiquitĂ©, principal promoteur de l'enseignement et des progrĂšs scientifiques et techniques (principalement au sein des abbayes), le clergĂ© se positionne comme l'Ă©lĂ©ment central et indispensable de la sociĂ©tĂ© mĂ©diĂ©vale. Les clercs, sachant lire et compter, gĂšrent les institutions ; les religieux font fonctionner les Ɠuvres caritatives[4] et les Ă©coles[5] ; par le biais des fĂȘtes religieuses, le nombre des jours chĂŽmĂ©s atteint 140 par an[6]. MaĂźtrisant les Ă©changes culturels et bĂ©nĂ©ficiant des meilleures connaissances techniques, les abbayes se taillent vite la part du lion dans le tissu Ă©conomique encore majoritairement agricole. L'Église connaĂźt l'apogĂ©e de sa puissance Ă©conomique, culturelle, politique et mĂȘme militaire, du fait des ordres militaires qui permettent de pouvoir compter sur des forces armĂ©es permanentes sans avoir Ă  les solder, pendant les croisades.

Mais Ă  partir de la fin du XIIIe siĂšcle, l'Ă©quilibre entre les trois ordres se rompt. D'une part la bourgeoisie, dĂ©sormais bailleur de fonds des princes et des hauts dignitaires de l'Église, dĂ©tient une puissance Ă©conomique qui la rend progressivement politiquement indispensable[7]. D'autre part, pour les besoins du commerce, puis pour assurer sa propre ascension sociale, elle a pris en charge une partie de la culture, crĂ©ant des Ă©coles laĂŻques[8] et finançant un mĂ©cĂ©nat culturel[9] ainsi que nombre d'Ɠuvres sociales[10]. La plupart des innovations techniques sont alors le fait de laĂŻcs, ingĂ©nieurs, architectes (tels Villard de Honnecourt)[11], artisans (tels Jacopo et Giovanni Dondi, concepteurs de l'horloge Ă  Ă©chappement[12])... La place de choix accordĂ©e Ă  l'Église dans la sociĂ©tĂ© pour son rĂŽle culturel et social, se justifie de moins en moins.

Les travaux de Pierre de Maricourt sur le magnĂ©tisme permettent la mise au point de compas : Epistola de magnete (1269).

Alors que le clergĂ© Ă©tait Ă  la pointe du progrĂšs scientifique et philosophique avec des universitaires comme Roger Bacon, Robert GrossetĂȘte, Pierre de Maricourt, Pierre AbĂ©lard ou Thomas d'Aquin, certains de ses membres craignent d'ĂȘtre dĂ©passĂ©s par des Ă©volutions qui remettent en cause sa place. Un tournant est pris le 7 mars 1277, lorsque l'Ă©vĂȘque de Paris, Étienne Tempier, condamne les averroĂŻstes (Siger de Brabant) et certaines thĂšses de Thomas d'Aquin[13]. L'Église devient une force conservatrice tout en laissant dĂ©velopper des positions mystiques, laissant la bourgeoisie prendre un rĂŽle croissant dans le progrĂšs scientifique et philosophique[13].

ConfrontĂ©e Ă  sa perte d'influence spirituelle, elle tente d'accaparer le pouvoir temporel, ce Ă  quoi Philippe le Bel rĂ©agit trĂšs violemment, s'appuyant en particulier sur les universitaires et la bourgeoisie dont il renforce le pouvoir politique en crĂ©ant les États gĂ©nĂ©raux. Les XIVe et XVe siĂšcles sont marquĂ©s par la lutte entre deux conceptions de la sociĂ©tĂ© qui transparaĂźt en filigrane dans la guerre de Cent Ans oĂč l'ordre fĂ©odal est menacĂ© par la demande de reconnaissance politique des villes, avec pour exemple Étienne Marcel ou l'ordonnance cabochienne


Articles dĂ©taillĂ©s : Paix de Dieu, Croisades et Renaissance du XIIe siĂšcle.

L'affrontement entre Philippe le Bel et la papauté

Philippe le Bel.

Philippe le Bel a besoin de ressources pour entretenir une armĂ©e et une marine capables de maĂźtriser les vellĂ©itĂ©s d'autonomie des riches villes flamandes. Il dĂ©cide de lever, en 1295, un impĂŽt exceptionnel sur le clergĂ©, la « dĂ©cime Â». Le pape Boniface VIII, qui tire des revenus abondants de France, rĂ©pond par la bulle de 1296, Clericis laicos, Ă  l'intention des souverains, que le clergĂ© ne peut ĂȘtre soumis Ă  aucun impĂŽt sans l'accord du Saint-SiĂšge. Les Ă©vĂȘques sont tenus de suivre les recommandations du Saint-SiĂšge sous peine d'excommunication.

En rĂ©torsion, Philippe Le Bel interdit toute exportation de valeurs hors du royaume de France, ce qui a pour effet de priver le pape d'une part importante de ses ressources. Les rapports avec Rome se tendent et en 1302, par la bulle Unam Sanctam, Boniface VIII affirme la supĂ©rioritĂ© du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel et, de ce fait, la supĂ©rioritĂ© du pape sur les rois, ces derniers Ă©tant responsables devant le chef de l'Église[14]. C'en est trop pour Philippe le Bel, qui rĂ©unit un concile des Ă©vĂȘques de France pour condamner le pape, puis Ă©galement des assemblĂ©es de nobles et de bourgeois Ă  Paris. Le roi cherche l'appui de tous ses sujets, afin de lĂ©gitimer la lutte qu'il mĂšne contre le pape[15]. Ce dernier menace d'excommunier Philippe IV et de jeter l'interdit sur le royaume de France.

Tombe de Boniface VIII, grotte vaticane.

Fort du soutien de la population et des ecclĂ©siastiques, le roi envoie son Garde des Sceaux, le chevalier Guillaume de Nogaret, avec une petite escorte armĂ©e, vers l'Italie, afin d'arrĂȘter le pape et de le faire juger par un concile. Nogaret est bientĂŽt rejoint par un ennemi personnel de Boniface VIII, Sciarra Colonna, qui lui fait savoir que le pape s'est rĂ©fugiĂ© Ă  Anagni. Le 8 septembre 1303, lors d'un entretien tumultueux, le pape Boniface VIII est menacĂ© par Guillaume de Nogaret. Il meurt quelques semaines plus tard[15].

Article dĂ©taillĂ© : Attentat d'Anagni.

Son successeur, BenoĂźt XI, est Ă©lu le 22 octobre 1303 dans une atmosphĂšre dĂ©testable. Il annule la plupart des mesures de nature Ă  vexer le puissant roi de France avant de mourir lui-mĂȘme le 7 juillet 1304.

Pendant onze mois, de pĂ©nibles tractations se dĂ©roulent entre le parti français, conduit par la famille romaine des Colonna, et le parti du dĂ©funt Boniface VIII, emmenĂ© par les Caetani. On dĂ©cide finalement de choisir le pape Ă  l'extĂ©rieur du SacrĂ© CollĂšge des cardinaux, et l'unanimitĂ© ou presque se fait sur le nom de Bertrand de Got, prĂ©lat diplomate et juriste Ă©minent, restĂ© neutre dans la querelle entre le roi Philippe le Bel et le pape Boniface VIII. Le 5 juin 1305, les cardinaux, rĂ©unis en conclave Ă  PĂ©rouse, portent Ă  la tĂȘte de l'Église Bertrand de Got qui choisit le nom de ClĂ©ment V. C'est le premier pape français depuis l'Ă©lection de Sylvestre II en 999. Il monte sur le trĂŽne de Saint Pierre Ă  l'Ăąge de quarante ans alors que l'Église traverse une grave crise politique.

Le nouveau pape renonce à se rendre à Rome par crainte des intrigues locales et des risques liés au conflit des guelfes et des gibelins[16]. Il choisit en définitive de se faire couronner à Lyon, en terre d'Empire, le 1er novembre.

Façade du palais des Papes à Avignon

ClĂ©ment V fait son possible pour se concilier les bonnes grĂąces du puissant Philippe le Bel, mais repousse sa demande d'ouvrir un procĂšs posthume contre Boniface VIII, qui aurait pu justifier a posteriori l'attentat d'Anagni[16]. En 1307, il a un entretien avec le roi capĂ©tien oĂč il est question en particulier du sort des Templiers. Philippe le Bel veut supprimer cet influent et riche ordre de moines-chevaliers. C'est chose faite le vendredi 13 octobre 1307, sans que le pape ait pu s'y opposer.

Comme il n'est toujours pas en mesure de s'Ă©tablir Ă  Rome et veut suivre de prĂšs le procĂšs des Templiers, ClĂ©ment V dĂ©cide en 1309 de s'Ă©tablir « provisoirement Â» dans un couvent de dominicains Ă  Avignon, sur des terres d'Empire qui lui sont cĂ©dĂ©es par le roi de Sicile, par ailleurs comte de Provence.

MĂȘme « provisoire Â», cet Ă©tablissement aux frontiĂšres du royaume de France traduit l'abaissement de la papautĂ©, depuis l'Ă©poque oĂč Innocent III, un siĂšcle plus tĂŽt, prĂ©tendait soumettre les rois Ă  son autoritĂ©.

Article dĂ©taillĂ© : PapautĂ© d'Avignon.

À la veille du schisme : le contentieux franco-italien et la guerre des Visconti contre l'Église

Article dĂ©taillĂ© : Guerre des Huit Saints.

Cinq papes d'Avignon successifs et 80 % des cardinaux qui nomment lĂ©gats et gouverneurs des provinces ecclĂ©siastiques d’Italie, sont français[16] et gĂ©nĂ©ralement proches du roi de France. Ceci se fait au dĂ©triment des Italiens habituĂ©s Ă  recevoir les bĂ©nĂ©fices liĂ©s Ă  ces charges. Ce mĂ©contentement est amplifiĂ© par les soubresauts du conflit opposant les Guelfes - partisans de la papautĂ© et suivant le roi de Naples de la maison d'Anjou- au parti gibelin - dont les reprĂ©sentants de la puissante famille des Visconti sont les dirigeants dĂ©signĂ©s.

Grégoire XI.

De 1360 Ă  1375, en Haute-Italie, une succession d'affrontements oppose la ligue du pape aux Visconti[17]. Or, dans les annĂ©es 1370, GrĂ©goire XI exprime le souhait - souhait dĂ©jĂ  exprimĂ© par son prĂ©dĂ©cesseur - de ramener le siĂšge pontifical Ă  Rome. Pour cela, le souverain pontife doit s'assurer de l'accord des Visconti avant de regagner la Curie romaine. En 1371, les seigneurs de Milan, BernabĂČ et Galeazzo Visconti, en guerre contre le marquisat d'Este, menacent les possessions de l'Église. Une coalition attachĂ©e aux intĂ©rĂȘts pontificaux se forme contre les villes libres de Toscane, sous la conduite de Nicolas Roger de Beaufort et de Raymond de Turenne, dans laquelle s'illustra John Hawkwood, Ă  la tĂȘte de l'armĂ©e papale. La coalition des armĂ©es du pape, comprenant les princes de Montferrat, Este et Carrare, le royaume de Naples, la Maison de Savoie, les rĂ©publiques de GĂȘnes et de Florence, s'oppose alors Ă  Milan[18].

DĂ©faits en 1373, les deux princes de la famille de Visconti sont dĂ©clarĂ©s parjures et dĂ©chus de leur rang de chevalier par le pape, bien qu'une trĂȘve soit signĂ©e en juin 1375 Ă  Bologne[19].

La trĂȘve n'est que de courte durĂ©e. La grande famine qui touche Florence en 1374 met de nouveau le feu aux poudres en Italie centrale. En effet, la ville se voit refuser par l'abbĂ© de Marmoutier, vicaire gĂ©nĂ©ral, toute importation de grain. Florence prend alors la tĂȘte du parti des mĂ©contents en Toscane et se rĂ©volte au nom des libertas des villes italiennes et contre la « nouvelle captivitĂ© Ă  Babylone Â». Elle trouve dans la venue du condottiere Hawkwood sur le contado florentin, prĂ©texte Ă  une dĂ©claration de guerre[20]. Ces incidents cachent un problĂšme plus profond : inquiets des succĂšs de la papautĂ© et de son influence croissante dans ses États, les Florentins se rallient Ă  BernabĂČ Visconti en juillet 1375[21]. BernabĂČ et les Florentins tentent de faire Ă©clater des insurrections dans le territoire pontifical, spĂ©cialement chez ceux, nombreux, exaspĂ©rĂ©s par l’attitude et la rapacitĂ© des lĂ©gats du pape en Italie. Ainsi, en 1376, la plupart des citĂ©s d'Italie sont en rĂ©volte contre les lĂ©gats pontificaux. Ils rĂ©ussissent si bien qu’en peu de temps le pape est dĂ©possĂ©dĂ© de la totalitĂ© de son patrimoine.

Fortement irritĂ© par les dĂ©marches sĂ©ditieuses des Florentins, GrĂ©goire XI place la RĂ©publique sous interdit, excommuniant tous ses habitants, y compris femmes et enfants. De plus, pour faire bonne mesure, il les proscrit, eux et leurs possessions[22]. La perte financiĂšre des Florentins est inestimable. Ils sollicitent l'intervention de Catherine de Sienne auprĂšs de GrĂ©goire XI, mais, dans le mĂȘme temps, sabotent tous ses efforts en reprenant les hostilitĂ©s contre le pape.

Au milieu de ces graves troubles, GrĂ©goire XI, exauçant les priĂšres pressantes de Catherine[23], dĂ©cide de ramener le siĂšge pontifical Ă  Rome et de rejoindre la Curie. Si sa dĂ©cision est prise dĂšs fĂ©vrier 1374, le voyage est ajournĂ© en raison du conflit milanais[21]. En dĂ©pit des protestations du roi de France et de la majoritĂ© des cardinaux, il quitte Avignon le 13 septembre 1376 et embarque Ă  Marseille le 2 octobre pour l’Italie. Il parvient Ă  Corneto, via GĂȘnes, le 6 dĂ©cembre. Il y reste jusqu’à ce que les arrangements nĂ©cessaires aient Ă©tĂ© pris Ă  Rome au sujet de son gouvernement et de sa future installation. Le 13 janvier 1377, il quitte Corneto, dĂ©barque Ă  Ostie le jour suivant et remonte le Tibre vers le monastĂšre San Paolo, d’oĂč il effectue son entrĂ©e solennelle dans Rome le 17 janvier 1377.

Mais son retour Ă  Rome n’a pas mis un terme aux hostilitĂ©s. Le terrible massacre de CĂ©sĂšne, commanditĂ© par le cardinal Robert de GenĂšve, futur antipape ClĂ©ment VII), aliĂšne toute sympathie pour la papautĂ© dans le cƓur des Italiens[24]. Les incessantes Ă©meutes romaines conduisent GrĂ©goire XI Ă  se retirer Ă  Anagni vers la fin du mois de mai 1377.

S’étant peu Ă  peu remis de ses Ă©motions, il gagne le Saint-SiĂšge. Mais gravement malade, se sentant menacĂ© dans son palais mĂȘme, il finit cependant par prendre Rome en aversion et seule la mort l’empĂȘche de retourner Ă  Avignon. Fait extraordinaire, le souverain pontife, sentant les troubles qui allaient surgir, laisse au camĂ©riste une bulle mentionnant des recommandations sur sa succession. Il meurt en effet Ă  Rome le 27 mars 1378, alors que des nĂ©gociations en vue d’un processus de paix dĂ©butaient Ă  Sarzana, laissant l'Église dans une situation pĂ©rilleuse[25].

Le Schisme

L’évĂ©nement dĂ©clencheur de la grande crise papale est la scission du SacrĂ© CollĂšge Ă  la suite de l'Ă©lection d’Urbain VI (1378–1389), successeur Ă  Rome de GrĂ©goire XI.

La crise et le schisme qui s'ensuit est un Ă©vĂ©nement particuliĂšrement bien documentĂ© du fait du grand nombre de piĂšces que suscita la polĂ©mique. Dans cette querelle le rĂŽle du droit fut rĂ©affirmĂ©. Le schisme offrait le tableau d'une Europe divisĂ©e, d'une Église dĂ©chirĂ©e et d'une papautĂ© affaiblie, et exacerbait les manifestations de la conscience troublĂ©e de la chrĂ©tientĂ© occidentale.

La crise de 1378

Urbain VI.
Clément VII.

Soixante-dix ans aprĂšs le dĂ©part du souverain pontife pour Avignon, Rome accueille une partie des cardinaux du SacrĂ© CollĂšge dans une ambiance fiĂ©vreuse[26]. La foule romaine, secondĂ©e par les habitants du contado, soucieuse de garder un pape « romain ou au moins italien[27]», dĂ©clenche une Ă©meute le 8 avril, jour de l'Ă©lection. De ce fait, celle-ci n'est ni tout Ă  fait libre, ni tout Ă  fait valide. L'archevĂȘque de Bari, BarthĂ©lĂ©my Prignano reçoit la tiare et prend le nom d'Urbain VI le 18 avril 1378[28]. Si l'Ă©lection s'est faite en grande partie sous la pression du peuple romain en armes, les cardinaux ont optĂ©, dans la prĂ©cipitation, pour un homme peu puissant et connu pour sa modĂ©ration passĂ©e.

À peine Ă©lu, Urbain VI se brouille avec une partie des cardinaux restĂ©s Ă  Avignon et scandalise par sa volontĂ© rĂ©formatrice parfois brutale. Il cherche Ă  imposer au CollĂšge une vie conforme Ă  l'idĂ©al Ă©vangĂ©lique, demandant aux cardinaux de renoncer Ă  leurs pensions et d'investir dans la restauration de l'Église. C'est rapidement deux conceptions de l'Église, du fonctionnement de ses institutions et de l'aspect bĂ©nĂ©ficial, de sa fiscalitĂ© et du rĂŽle de ses princes - l'une avignonnaise, l'autre romaine - qui s'opposent[29]. Les cardinaux, en majoritĂ© français, habituĂ©s aux fastes et aux intrigues de couloirs grĂące auxquelles ils ont pu accĂ©der Ă  leurs charges si rĂ©munĂ©ratrices, voient d'un trĂšs mauvais Ɠil ce pape moralisateur et intransigeant[30].

Profitant de sa brouille avec la reine de Naples, Jeanne IĂšre, les cardinaux en dissidence s'y rĂ©unissent et, rappelant la non-canonicitĂ© de l'Ă©lection, le somment d'abdiquer le 2 aoĂ»t[31]. Le 18 septembre, Ă  Rome, Urbain VI nomme 29 nouveaux cardinaux dont vingt Italiens[31]. Les cardinaux français obtiennent le soutien de la Reine de Naples, opposĂ©e aux Visconti, puis font jouer leurs rĂ©seaux d'influence (le Saint-SiĂšge est l'Ă©picentre diplomatique de l'Occident)[32] et convainquent les conseillers de Charles V, puis le roi lui-mĂȘme, de la non validitĂ© de l'Ă©lection d'Urbain VI[33]. Le 20 septembre 1378, lors d'un conclave Ă  Fondi, dans la rĂ©gion de Rome, le SacrĂ© CollĂšge Ă©lit l'un des siens, le cardinal Robert de GenĂšve, qui prend le titre de ClĂ©ment VII (1378–1394). Le schisme est consommĂ©.

PremiĂšre phase du schisme : la voie de fait (1378 - 1394)

Carte historique du grand schisme d’Occident.     Ă‰tats reconnaĂźssant le pape de Rome     Ă‰tats reconnaissant le pape d'Avignon     Ă‰tats ayant changĂ© d'obĂ©dience durant le schisme
Note : cette carte pourrait contenir des inexactitudes historiques.

L'Occident chrĂ©tien se divise alors. Comme le remarque HĂ©lĂšne Millet, « du fait de la guerre de Cent Ans, le partage en deux camps Ă©tait pour ainsi dire dĂ©jĂ  effectif et la reconnaissance de tel ou tel pontife par les princes devint un Ă©lĂ©ment comme un autre du jeu politique Â»[34]. Dans le camp clĂ©mentiste, le royaume de Naples et la France sont rejoints par les alliĂ©s de Charles V : la Castille, l'Écosse et les duchĂ©s de Lorraine, d'Autriche et du Luxembourg. Rejoignent donc l'obĂ©dience romaine, les ennemis du royaume de Naples (l'Italie du Nord, les royaumes angevins de Hongrie et de Pologne) et ceux du royaume de France (l'Angleterre, les Flandres).

Le territoire de la Suisse actuelle est particuliĂšrement touchĂ© de par sa situation entre les camps, situation renforcĂ©e par son morcellement politique. Dans la plupart des diocĂšses suisses, il y a alors deux Ă©vĂȘques d'obĂ©dience opposĂ©e[35]. Les royaumes espagnols restent neutres jusqu'en 1381, puis se rangent dans le parti clĂ©mentin suite Ă  un dĂ©bat minutieux [31],[36]. Le « roi des Romains Â» monnaye son ralliement Ă  Urbain VI qui confirme le choix de son fils Wenceslas par les Ă©lecteurs[37] . L'adhĂ©sion de Charles IV du Saint-Empire Ă  l'obĂ©dience urbaniste fit se ranger la frange orientale de l’Empire derriĂšre le pape avignonnais. Reste que dans le dĂ©tail, Ă  l'Ă©chelle des rĂ©gions et des diocĂšses, la gĂ©ographie du schisme demeure bien souvent incertaine et les fidĂ©litĂ©s prĂ©caires : Pays-Bas, Brabant, Portugal furent des rĂ©gions particuliĂšrement dĂ©chirĂ©es[38].

En France, Charles V, le plus influent souverain d’Europe, apparaĂźt aux yeux des cardinaux clĂ©mentistes, comme l'arbitre de la ChrĂ©tientĂ©. L'attitude du Valois et du clergĂ© français demeura secrĂšte jusqu'au 16 novembre, date de l'assemblĂ©e de Vincennes oĂč le souverain reçut de la part de nobles et de prĂ©lats conquis, un assentiment Ă  sa diplomatie. Bien que le royaume de France eĂ»t acceptĂ© le nouveau pontife[39], Charles V adresse son accord aux cardinaux rebelles le 16 novembre 1378[33]. Ce pape français, attachĂ© par sa famille Ă  la famille royale, et mĂȘme cousin Ă©loignĂ© du roi, n'ayant pu s'imposer par les armes en Italie, gagne Avignon en 1379[31].

Combats et luttes d'influences pour le contrĂŽle de l'Italie

Pendant plus de quarante ans, l'Italie est le thĂ©Ăątre d'un conflit oĂč les grandes familles, les condottieres et les citĂ©s jouent le rĂŽle le plus actif. TiraillĂ©e entre l'influence angevine et le parti des Visconti, la pĂ©ninsule vit pendant une gĂ©nĂ©ration des hĂ©sitations et des troubles oĂč les choix sont guidĂ©s plus par la nĂ©cessitĂ© que par de vĂ©ritables convictions[40].

Le pape romain a dans ces conditions la plus grande difficultĂ© Ă  asseoir son autoritĂ© sur ses propres États, exception faite de l'Urbs, et les ressources fiscales des grands feudataires se tarissent. L'influence grandissante de Gian Galeazzo Visconti, se fait ressentir jusqu'Ă  Pise, Sienne et mĂȘme PĂ©rouse, qui se soumet en 1400. À la mort de Boniface IX, Ladislas de Duras dut jouer un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant pour dix ans au sein de l'État pontifical avant de laisser la place au condottiere Braccio da Montone[41].

Italie du Sud
Articles dĂ©taillĂ©s : Jeanne Ire de Naples et Louis Ier d'Anjou.

En 1378, ClĂ©ment VII remporte quelques succĂšs : il prend le chĂąteau Saint-Ange Ă  la tĂȘte de 2 000 Bretons et s'empare de Rome. Jeanne de Naples qui depuis 25 ans soutient le pape contre les Visconti et les autres reprĂ©sentants du parti gibelin, se prononce en sa faveur, lui avance 64 000 florins et fait arrĂȘter les reprĂ©sentants d'Urbain VI Ă  Naples. Ce dernier recrute des Tard-Venus, reprend la ville et fait juger Jeanne pour hĂ©rĂ©sie avant de l'excommunier. ClĂ©ment VII doit fuir l'Italie et se rĂ©fugier en Avignon[42].

Jeanne Ire de Naples (1326-1382), dite la reine Jeanne, reine de Naples et comtesse de Provence.

Urbain VI encourage alors les prĂ©tentions des grands oncles angevins de Jeanne[43] : le roi de Hongrie, le duc d'Andria et Charles III de Duras[44],[45]. Se retrouvant dans une situation critique, Jeanne fait appel Ă  ClĂ©ment VII qui lui conseille d'avoir recours aux services de Louis d'Anjou. En Ă©change de son aide, elle l'adopte le 29 juin1380 Ă  la place de Charles III de Duras. Cet accord concrĂ©tise les ambitions que le duc d'Anjou nourrissait depuis longtemps. Charles III n'hĂ©site alors plus et en novembre 1380 descend vers Naples Ă  la tĂȘte d'une armĂ©e composĂ©e majoritairement de troupes hongroises[45]. En juin 1381, Charles de Duras est investi roi de Naples, sous le nom de Charles III, par le pape Urbain VI.

Louis Ierd'Anjou n'intervient pas immĂ©diatement. Ne mesurant peut-ĂȘtre pas la gravitĂ© de la situation dans le royaume de Naples, il est prĂ©occupĂ© par la succession de son frĂšre Charles V mort alors que Charles VI n'a que 8 ans.

Othon de Brunswick, le mari de Jeanne de Naples, ne dispose que de maigres forces et ne peut arrĂȘter les troupes de Charles III qui franchissent les frontiĂšres du royaume le 28 juin 1381. Le 16 juillet, Charles de Duras pĂ©nĂštre dans Naples et assiĂšge la reine retirĂ©e dans le ChĂąteau-Neuf. Ne recevant aucun secours, elle capitule le 25 aoĂ»t 1381 et est placĂ©e en dĂ©tention au ChĂąteau de l'Oeuf, puis Ă  celui de Nocera. Le 27 juillet 1382, il fait Ă©touffer Jeanne dans sa prison[44]. En septembre 1382, Louis d'Anjou dĂ©barque enfin Ă  Aquila. Il est couronnĂ© roi de Naples par ClĂ©ment VII[46], sans pouvoir chasser Charles de Duras et meurt en 1384 laissant sa couronne Ă  son fils Louis II d'Anjou, ĂągĂ© de 7 ans. La rĂ©gence est assurĂ©e par sa veuve, Marie de Blois qui rallie une Ă  une les villes de Provence[47]. Charles de Duras est assassinĂ© Ă  Buda en 1386 pour s'ĂȘtre mĂȘlĂ© de la succession de Hongrie [48]

Le comtĂ© de Provence se retrouve alors coupĂ© en deux : Marseille et Avignon tiennent pour le pape d’Avignon, alors qu’Aix-en-Provence se range du cĂŽtĂ© romain. Les Ă©vĂȘques ne savent plus Ă  qui obĂ©ir et certains vendent leur siĂšge[46].

Jusqu’à la mort d’Urbain VI, l’influence de ClĂ©ment VII grandit dans tous les États. Ladislas, fils de Charles de Duras, luttant contre Louis II d'Anjou et essayant de rattacher les États pontificaux Ă  son royaume, s'empare deux fois de Rome. Les cardinaux italiens y Ă©lisent un nouveau pape, Boniface IX qui lui est favorable. Ainsi les chrĂ©tiens ont toujours deux papes et Naples et la Provence, deux souverains. Boniface rallie les Ă©tats italiens alors que la France apporte son soutien Ă  ClĂ©ment[46]. En 1414, le royaume de Naples sombre dans l'anarchie, laissant la voie libre Ă  la conquĂȘte aragonaise.

Italie du Nord
Portrait présumé de Jean Galéas Visconti par Giovanni Ambrogio de Predis

ClĂ©ment VII sait que le royaume de France est le seul soutien suffisamment puissant pour lui permettre de reconquĂ©rir Rome. En 1388 quand Charles VI prend le pouvoir des mains de ses oncles, il a besoin de l'affirmer. Il envisage donc une action de prestige : remettre ClĂ©ment VII sur le siĂšge pontifical et mettre ainsi fin au schisme[49]. On prĂ©pare une armĂ©e de 12 000 lances, mais, en Angleterre, Richard II, dĂ©jĂ  en mauvaise posture, doit lui aussi faire montre d'autoritĂ©. Il fait savoir au roi de France que s'il entrait en Italie, l'armĂ©e anglaise interviendrait en France. En mars 1391, ne pouvant risquer une guerre ruineuse sur deux fronts, Charles VI fait savoir Ă  ClĂ©ment VII qu'il renonce au projet[50].

Cependant, Jean-GalĂ©as Visconti, seigneur de Milan et les Florentins continuent leur lutte pour le contrĂŽle de l'Italie. Il joue la carte française (il est mariĂ© Ă  Isabelle de France). Sa fille Valentine Visconti (1368 † 1408) Ă©pouse en 1389 Louis d'OrlĂ©ans, le frĂšre de Charles VI. On fait miroiter au frĂšre du roi de France le don du royaume d'Adria prĂ©levĂ© sur les États pontificaux ce qui en fait le meilleur soutien de ClĂ©ment VII, de son successeur Benoit XIII et des Visconti[51]. Savone est prise en 1394 et GĂȘnes se livre Ă  Charles VI en 1392[51]. Les projets hĂ©gĂ©moniques des Visconti suscitent la crĂ©ation d'une ligue regroupant contre lui les Florentins, les maisons d' Este et Laurensi ainsi que le pape Boniface IX[52].

À sa mort, en 1402, la rĂ©gence est confiĂ©e Ă  sa veuve Catherine qui gouverne avec Francisco Barbavara son ancien chambellan[52]. Ils sont renversĂ©s, ce qui profite Ă  la ligue : le pape rĂ©cupĂšre Bologne, PĂ©rouse et d'autre villes d'Ombrie. De nombreuses citĂ©s du Nord recouvrent leur indĂ©pendance[52].

Projet de croisade en Castille

Jean de Gand, duc de Lancastre et rĂ©gent d'Angleterre, Ă©tant mariĂ© Ă  une fille de Pierre le Cruel, se verrait bien roi de Castille. Un accord est trouvĂ© avec le pape pour faire prĂȘcher une croisade contre les Castillans qui soutiennent ClĂ©ment VII[53]. En fin de compte, Rome ne finance pas cette croisade et Jean de Gand s'entend avec le Portugal. Le conflit dure 20 ans.

Croisades en Flandres

La situation financiĂšre de l'Église dĂ©jĂ  mauvaise sous les papes d'Avignon s'aggrave : il y a deux saints siĂšges, avec deux administrations pontificales[54]. Le contrĂŽle de Bruges est un enjeu Ă©conomique majeur pour les deux papes car le produit de la fiscalitĂ© pontificale en Europe du Nord y transite[55]. Depuis 1379, les Flandres, Gand en tĂȘte, sont rĂ©voltĂ©es contre Louis de Male sous la conduite de Philippe van Artevelde. Il se rapproche des Anglais car les importations de laine anglaise sont cruciales pour l’industrie drapiĂšre flamande. De ce fait, il passe sous l’obĂ©dience d’Urbain VI. Une croisade française soutenue par ClĂ©ment VII le vainc Ă  Roosebeke en 1382. DĂšs lors, Urbain VI rĂ©agit et fait prĂȘcher la croisade en Angleterre par Henri Despenser, Ă©vĂȘque de Norwich. Celle-ci est acceptĂ©e par le Parlement anglais le 23 fĂ©vrier 1393[56]. Les Anglais saccagent Gand et s’attirent l’inimitiĂ© des Flamands. Louis de Male rappelle les Français Ă  son secours et une trĂȘve est vite obtenue. À sa mort en 1385, le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, prend possession du comtĂ© ; il sait ĂȘtre conciliant, permettant Ă  chacun de choisir son obĂ©dience. Toute la Flandre lui fait allĂ©geance, ce qui rĂšgle le conflit[57].

Lutte diplomatique pour l'alignement du Saint Empire

Venceslas Ier succĂšde Ă  son pĂšre Charles IV Ă  la tĂȘte du Saint-Empire en 1378. Son pĂšre pour faciliter son Ă©lection a pris le parti d'Urbain VI, mais celui-ci ne l'a jamais couronnĂ©. Il obtient de l'empereur la promesse d'une intervention contre les clĂ©mentins en contrepartie du prĂ©lĂšvement d'une dĂ©cime en terre d'Empire[58]. Mais sous l'influence de son cousin Charles VI de France, il ne monte pas l'expĂ©dition. Il dĂ©veloppe une politique conciliante vis-Ă -vis des Hussites contre les exigences de l'Église romaine qui les juge hĂ©rĂ©tiques. AccusĂ© de consacrer plus de temps Ă  ses terres tchĂšques qu'Ă  ses devoirs impĂ©riaux et de cĂ©der aux exigences françaises en matiĂšre papale (d'autant qu'ils ont payĂ© pour renverser Clement VII), il est dĂ©posĂ© par les Princes-Électeurs germaniques en aoĂ»t 1400 en faveur de Robert Ier. Venceslas refuse cependant de reconnaĂźtre sa lĂ©gitimitĂ©.

Conséquences financiÚres

L'Ă©tat de guerre permanent occasionnĂ© par la voie de fait a Ă©videmment des consĂ©quences pour les finances des deux papes. Les ressources sont dĂšs le dĂ©part divisĂ©es par deux, mais la guerre a elle-mĂȘme un coĂ»t[59]. D'une part, il faut financer les « croisades Â» et autres expĂ©ditions contre les territoires tenus par l'obĂ©dience adverse. D'autre part, les ambitions locales libĂ©rĂ©es par le schisme font que l'Italie et la Provence sont en guerre de maniĂšre quasi-continue, ce qui gĂšne les Ă©changes. Les citĂ©s pontificales de Rome et d'Avignon ont moins d'argent Ă  rĂ©injecter et jouent moins leur rĂŽle de centres de consommation. RuinĂ©s, les deux papes recourent Ă  une augmentation vertigineuse de la pression fiscale. Évidemment, les religieux rechignent Ă  payer et prĂ©fĂšrent se tourner vers les États[60]. L'idĂ©e du gallicanisme fait son chemin et la voie est ouverte pour la soustraction d'obĂ©dience[61].

1394-1414, les tentatives de rĂšglement de la crise

Le schisme est vĂ©cu de plus en plus douloureusement par les fidĂšles, par les pouvoirs laĂŻcs et les prĂ©lats. Face Ă  la confusion, se dressent des voix dans toute l'Europe, savants, mystiques et prophĂštes[62], princes et autoritĂ©s ecclĂ©siales. Le Schisme a Ă©tĂ©, dĂšs l'annonce du bris du conclave, un objet de sollicitude de la part des membres de l'UniversitĂ© de Paris. À ce titre, Jean Gerson apparaĂźt comme une figure de premier ordre, artisan d'un appareillage intellectuel pour penser le Schisme et pour en venir Ă  bout. Dans son De jurisdictione spirituali et temporali de 1405 - oĂč lois humaines, naturelles et divines sont distinguĂ©es et sĂ©parĂ©es - la thĂ©orie de « soustraction d'obĂ©dience Â» prenait forme.

Tentatives de soustraction d'obédience

Les cardinaux de Saint-Martial et de NeufchĂątel couronnent BenoĂźt XIII
Chroniques de Froissart,
FR 2646, f° 190 v. BibliothÚque nationale
Article dĂ©taillĂ© : Soustraction d'obĂ©dience.

En 1394, il y a dĂ©jĂ  plus de 15 ans que deux papes rivaux se retrouvent Ă  la tĂȘte de la ChrĂ©tientĂ©. Boniface IX siĂšge Ă  Rome et reçoit l'appui de la VĂ©nĂ©tie, de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Pologne et de la Hongrie. Dans le camp de BenoĂźt XIII, pape d'Avignon, se rangent la France, la Castille, l'Aragon, le Portugal, l'Écosse, la Savoie et le royaume de Chypre.

Cette annĂ©e-lĂ , Philippe le Hardi, rĂ©gent de la France depuis la folie du roi Charles VI, demande Ă  l'UniversitĂ© de Paris de lui prĂ©senter une recommandation sur les moyens de mettre fin au schisme. En effet, avec une politique fiscale agressive qui prive le clergĂ© d'une grande part des bĂ©nĂ©fices issus de ses charges, BenoĂźt XIII s'est mis Ă  dos nombre de religieux[63]. Philippe le Hardi qui suit une politique conciliante vis-Ă -vis de la papautĂ© de Rome pour mĂ©nager les Flamands, a tout intĂ©rĂȘt Ă  mettre fin au Schisme. AprĂšs plusieurs mois de dĂ©libĂ©rations, l'UniversitĂ© prĂ©sente trois solutions : la voie de compromis (laisser aux pontifes le soin de mettre fin eux-mĂȘmes au schisme), la voie de cession (il faut les dĂ©mettre simultanĂ©ment et en Ă©lire un autre) ou la rĂ©union d'un concile qui aurait pour but de trancher le problĂšme.

Fresque en l'honneur de la visite de GrĂ©goire XII Ă  Sienne ; « Alexandre III recevant les ambassadeurs Â», Spinello, dĂ©tail du Cycle de la Vie d'Alexandre III, Sienne, Palais public, 1407.

En fĂ©vrier 1395, le Conseil du roi appuie le principe d'une dĂ©marche pour la voie de cession (Louis d'OrlĂ©ans, partisan de la voie de fait, qui sert ses intĂ©rĂȘts italiens a Ă©tĂ© Ă©vincĂ© par Philippe le Hardi)[63]. Cependant, ni BenoĂźt XIII, ni Boniface IX, n'acceptent de se dĂ©mettre. On dĂ©cide alors de les y obliger en ayant recours Ă  une soustraction d'obĂ©dience. Entre l'UniversitĂ© de Paris et le Saint-SiĂšge, les positions se raidissent. DĂšs lors, les Parisiens font valoir leurs vieux projets de rĂ©forme de l'Église et voient en Philippe le Hardi leur champion[63]. En 1398, un Conseil national des Ă©vĂȘques tenu Ă  Paris vote une ordonnance retirant au pape les bĂ©nĂ©fices et les taxes ecclĂ©siastiques au profit du roi de France. Autrement dit, l'Église de France se gouvernera elle-mĂȘme et c'est le roi qui lĂ©gifĂ©rera en matiĂšre religieuse. Seule l'autoritĂ© spirituelle est reconnue au pape d'Avignon. La France est bientĂŽt imitĂ©e par la Sicile, la Castille et la Navarre.

EntĂȘtĂ©, BenoĂźt XIII refuse de plier, mĂȘme si les fonds ne rentrent plus. AssiĂ©gĂ© dans sa citadelle pendant plusieurs mois par des ennemis locaux, il parvient Ă  s'enfuir en 1403 et se rĂ©fugie chez le comte de Provence, Louis II d'Anjou, qui s'opposait depuis le dĂ©but Ă  la soustraction d'obĂ©dience[64].

La soustraction d'obĂ©dience s'avĂšre vouĂ©e Ă  l'Ă©chec. Plusieurs Ă©vĂȘques commencent Ă  se plaindre, surtout lorsque le gouvernement français commence Ă  taxer les revenus des paroisses[64]. Le camp orlĂ©aniste a pris, dĂšs 1401, parti contre la soustraction d'obĂ©dience. Le 29 avril 1403, la Castille restitue son obĂ©dience au pape. La France suit le 28 mai. On en revient aux tractations diplomatiques qui ne donneront aucun rĂ©sultat, les pontifes de Rome et d'Avignon campant toujours sur leurs positions. Pour remercier Louis d'OrlĂ©ans de son soutien, le pape lui offre 50 000 francs (aux dĂ©pens de la fiscalitĂ© imposĂ©e aux clercs), ce qui a pour effet de dresser l'UniversitĂ© contre lui et de la faire basculer un peu plus en faveur du Parti bourguignon[65].

En 1407, l'UniversitĂ© de Paris, avec l'appui du duc de Bourgogne et du Parlement de Paris, dĂ©cide par elle-mĂȘme une nouvelle soustraction d'obĂ©dience qui ne donnera pas plus de rĂ©sultat que la premiĂšre fois.

Le Concile de Pise de 1409

L'Église se trouve dans l'impossibilitĂ© de rĂ©soudre la bicĂ©phalie, elle ne peut dĂ©mettre l'un des deux pontifes[54]. Certains cardinaux unionistes choisissent la voie du conciliarisme pour mettre fin au schisme. Ils font connaĂźtre par lettre leur volontĂ© de convoquer un concile pour le printemps 1409. Les cardinaux durent dĂ©ployer une grande Ă©nergie pour gagner Ă  leur projet un maximum de participants. L'appel se fit jusqu'Ă  l'empire byzantin. L'entreprise est couronnĂ©e de succĂšs puisque 500 reprĂ©sentants de deux obĂ©diences se rĂ©unissent au concile de Pise, du 25 mars au 7 aoĂ»t[66]. Ils y dĂ©cident de dĂ©poser les deux papes et d'en Ă©lire un nouveau. Le 5 juin, la condamnation des deux pontifes rivaux est prononcĂ©e et les cardinaux pisans Ă©lisent Alexandre V (1409–1410) le 26 juin. Mais les cardinaux sont excommuniĂ©s par les deux papes rivaux et la situation empire : il y a alors trois papes (dont deux antipapes)[54].

En 1410, la chrĂ©tientĂ© est alors partagĂ©e en trois obĂ©diences : celle de Jean XXIII, qui comprend la France, l'Angleterre, la Pologne, la Hongrie, le Portugal, les royaumes du Nord, avec une partie de l'Allemagne et de l'Italie ; celle de BenoĂźt XIII, composĂ©e des royaumes de Castille, d'Aragon, de Navarre, d'Écosse, du duchĂ© de Bretagne, des Ăźles de Corse et de Sardaigne, des comtĂ©s de Foix et d'Armagnac ; celle de GrĂ©goire XII, qui conserve en Italie plusieurs villes du royaume de Naples et toute la Romagne ; en Allemagne, la BaviĂšre, le palatinat du Rhin, les duchĂ©s de Brunswick et de Lunebourg, le landgraviat de Hesse, l'Ă©lectorat de TrĂšves, une partie des Ă©lectorats de Mayence et de Cologne, les Ă©vĂȘchĂ©s de Worms, de Spire et de Werden[67].

Le dénouement de la crise

Habemus Papam de Martin V en 1415, Ă  l'issue du Concile de Constance.

Jean XXIII, antipape Ă  Pise, chassĂ© de Rome en 1413 par Ladislas, roi de Naples et de Hongrie, se met sous la protection de l'empereur Sigismond. De concert avec ce prince, il convoque un concile gĂ©nĂ©ral Ă  Constance pour le premier novembre 1414. Les motifs allĂ©guĂ©s de la convocation sont l'extirpation du schisme et la rĂ©union des fidĂšles sous un seul et mĂȘme pasteur, la rĂ©forme de l'Église et la confirmation de la foi contre les erreurs de Wyclif, de Jean Hus et de JĂ©rĂŽme de Prague[67].

C’est lors de ce concile, prĂ©sidĂ© par le cardinal Jean Allarmet de Brogny que devait, entre 1414 et 1418 ĂȘtre rĂ©solu le problĂšme de la bicĂ©phalie (voire de tricĂ©phalie) de l’Église. Guide vigilant, l'empereur Sigismond devait y jouer un rĂŽle primordial : trois mois avant la bulle de convocation, il fit parvenir un Ă©dit universel annonçant la tenue d'une assemblĂ©e, le 1er octobre 1414, dans la ville impĂ©riale - assemblĂ©e oĂč tous les princes furent conviĂ©s ainsi que Manuel de Constantinople. « AvouĂ© de l'Église Â», il suivit avec zĂšle l'exĂ©cution des dĂ©cisions prises lors des assemblĂ©es.

Constance, durant quatre années d'activité, vit sa population plus que quadrupler et devint, pour un temps, la nouvelle capitale du monde chrétien[68].

Les membres du concile ont recours au conciliarisme pour mettre fin Ă  la crise. Fort du soutien impĂ©rial, le concile proclame sa supĂ©rioritĂ© sur le pape : « Ce synode, lĂ©gitimement assemblĂ© au nom du Saint-Esprit, formant un concile gĂ©nĂ©ral reprĂ©sentant l’Église catholique militante, tient immĂ©diatement de JĂ©sus-Christ son pouvoir, auquel toute personne de tout Ă©tat, de toute dignitĂ©, mĂȘme papale, est tenue d’obĂ©ir, en ce qui regarde l’extinction et l’extirpation du dit schisme (Obedire tenetur in his quae pertinent ad fidem et extirpationem dicti schismatis) Â»[69]. L'assemblĂ©e des Ă©vĂȘques se positionne au-dessus du pape et prĂ©voit ses prochaines convocations.

Vierge au manteau, 1417.

Jean XXIII, qui dĂ©jĂ  quittait Constance le 21 mars 1415, fut dĂ©posĂ© le 29 mai. Le pape romain GrĂ©goire XII fut lui poussĂ© Ă  abdiquer (ce que GrĂ©goire XII accepta par esprit de paix pour faire « table rase Â» de l’ensemble de la crise). Il reconvoqua le concile par la voix de son lĂ©gat et dĂ©missionna par procurateur le 4 juillet 1415. Ce qui mit fin, canoniquement, au Grand Schisme.

Martin V, fut Ă©lu Ă  la quasi-unanimitĂ© le 11 novembre 1417, fĂȘte de saint Martin, par un conclave Ă©largi pour la circonstance : le collĂšge des cardinaux de toutes obĂ©diences, renforcĂ© par six dĂ©putĂ©s de chaque nation du concile : France, Angleterre, Allemagne, Italie, Espagne.

Martin V aura eu la bonne idĂ©e d’annoncer au prĂ©alable qu’il ne remettrait pas en cause les nominations de cardinaux effectuĂ©es par les deux autres antipapes (qui, dĂšs lors, Ă©taient reconnus comme papes lĂ©gitimes dans leurs obĂ©diences respectives jusqu’à la date des prises de fonction de Martin V), ce qui aura probablement facilitĂ© le consensus Ă  son sujet.

Les derniers soubresauts

« La "chute" du pape Jean XXIII sur l’Arlberg Â», Chronik des Konzils von Konstanz d'Ulrich de Richental, XVIe siĂšcle[70].

Mais l’antipape d’Avignon, BenoĂźt XIII, retirĂ© Ă  Peñíscola, au Royaume d’Aragon (dernier État Ă  le reconnaĂźtre), refuse de s’incliner, quoique quasiment dĂ©pourvu de tout appui. Il meurt antipape en 1423. Trois de ses quatre derniers cardinaux Ă©lisent tout de mĂȘme, Ă  Peñíscola, l’antipape ClĂ©ment VIII, qui finit par renoncer quand le roi d’Aragon Alphonse V, lui-mĂȘme, se rallie au pape de Rome Martin V[71].

Jean Carrier, le quatriĂšme cardinal, jugeant l’élection de ClĂ©ment VIII en Aragon irrĂ©guliĂšre, forme un conclave Ă  lui seul et proclame BenoĂźt XIV « pape Â» de l’Église d’Avignon Ă  Rodez, menant Ă  un nouveau schisme minoritaire (et non reconnu) de l’ancienne Église d’Avignon (nĂ©anmoins non assimilĂ© au Grand Schisme, que l’élection rĂ©guliĂšre de Martin V par les cardinaux des trois anciennes obĂ©diences avait rĂ©solu), avant de reprendre lui-mĂȘme le titre sous le mĂȘme nom (titre qualifiĂ© d’antipape imaginaire dans les anciens textes, puisqu’aucune Ă©lection ni aucun conclave n’eut lieu). Aucun des clergĂ©s des Églises de Rome, Pise, Avignon et Aragon ne confĂšre d’ailleurs au successeur de ClĂ©ment VIII (qui lui s’était ralliĂ© Ă  Rome) le titre de pape ou mĂȘme celui d’antipape, car sa nomination ne relĂšve d’aucun cardinal reconnu. Ce schisme minoritaire perd vite tous ses appuis, et ses derniers soutiens dans le clergĂ© sont totalement rĂ©primĂ©s en 1467 ou se soumettent au pape de Rome.

Conséquences

La division de l'Église ouvre un espace aux critiques et aux remises en cause. Des thĂ©ories nouvelles telles que celles de John Wyclif peuvent se rĂ©pandre, alors que les ecclĂ©siastiques se dĂ©chirent entre partisans du pape et de l’antipape qui se discrĂ©ditent mutuellement. Le terrain est prĂ©parĂ© pour la rĂ©forme dont Wyclif est l’un des prĂ©curseurs[72].

Nouvelle ecclésiologie et remises en cause

Les deux papes s'excommuniant rĂ©ciproquement comme schismatiques, le doute s'installe quant Ă  la validitĂ© des sacrements prodiguĂ©s par les deux obĂ©diences[54]. Au-delĂ  du discrĂ©dit jetĂ© sur les deux Églises, le Pape et l'Antipape voulant s'assurer le soutien des ecclĂ©siastiques, des universitaires et des princes envoient de nombreux ambassadeurs dans toute l'Europe, prĂȘts Ă  faire des concessions et notamment en matiĂšre de nominations ecclĂ©siastiques. L'autoritĂ© du Saint SiĂšge s'en trouve inĂ©vitablement affaiblie. Les courants de pensĂ©e rĂ©formateurs ou hĂ©tĂ©rodoxes sont donc peu combattus durant cette pĂ©riode.

John Wyclif donnant sa version de sa bible aux lollards.

En particulier, les thĂšses de John Wyclif (1320-1384) qui cherchent Ă  rĂ©gler les dĂ©sordres existants dans l'Église, se propagent en Angleterre. Elles prĂŽnent un retour Ă  l'intĂ©gralitĂ© de la Bible ainsi qu'Ă  l'augustinisme. Il remet en cause l'autoritĂ© et la juridiction pontificale et prĂ©conise la dĂ©signation du pape par voie conciliaire[73]. Il dĂ©nie aux prĂȘtres en Ă©tat de pĂ©chĂ© mortel la possibilitĂ© de remettre les fautes. Wyclif laisse clairement entendre que l'Église d'Angleterre est pĂ©cheresse et coupable de corruption[74]. Ses ouvrages reflĂštent ces prĂ©occupations : le De civili domino e De domino divino (1375) refuse aux prĂȘtres et Ă  la communautĂ© ecclĂ©siale tout pouvoir temporel, le De officio regis soutient le pouvoir rĂ©galien qui l'a chargĂ© de rĂ©affirmer ses droits dans la tradition anglo-normande, le De veritate ScripturĂŠ SanctĂŠ sanctionne ses prĂ©cĂ©dentes thĂšses par l'appui des Écritures (1378). Cette mĂȘme annĂ©e, cependant, une rĂ©conciliation se tient entre GrĂ©goire XI et le roi. Mais le thĂ©ologien poursuit son entreprise avec le De potestate papĂŠ (1379), soutenu par l'influent duc de Lancastre - Jean de Gand[75] alors rĂ©gent du royaume et par le duc de Northumbrie. Il gagne ainsi les faveurs d'une partie de la noblesse. Sa volontĂ© de redistribuer les richesses de l'Église permet Ă  ses thĂšses religieuses de trouver une plus large audience. En 1378, le thĂ©ologien Wyclif se fait pasteur. La population londonienne et, pendant un certain temps, les ordres mendiants s'intĂ©ressent Ă  ses idĂ©es nouvelles[76] qui sont propagĂ©es en Angleterre par des prĂ©dicateurs itinĂ©rants appelĂ©s les « pauvres prĂȘcheurs Â» ou Lollards. Trois synodes viennent condamner ses idĂ©es qui ne cessent de se rĂ©pandre.

Jean Hus au concile de Constance par VĂĄclav BroĆŸĂ­k

Il fait des adeptes Ă  l'Ă©tranger tels Jean Hus qui prĂȘche dans une BohĂšme dĂ©chirĂ©e par les luttes intestines. Jean Hus est frappĂ© d'excommunication, les Ɠuvres de Wyclif, qui est chassĂ© de la ville, sont brĂ»lĂ©es. Il poursuit dans les campagnes sa prĂ©dication Ă©vangĂ©lique, prĂ©dication qui entraĂźne un soulĂšvement populaire. Alors que l'Église divisĂ©e essaie de se rassembler au concile de Constance pour mettre fin Ă  la crise, il est conviĂ© pour faire valoir ses opinions. Il y met en difficultĂ© les intellectuels de l'UniversitĂ© de Paris et les plus grands canonistes romains. EmprisonnĂ©, il est brĂ»lĂ© vif pour hĂ©rĂ©sie[77]. Mais cette pĂ©riode a permis aux idĂ©es de Wyclif de se diffuser : elles peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme prĂ©curseurs de la RĂ©forme[78].

Affirmations des particularismes nationaux

L'usage d'attribuer les bĂ©nĂ©fices anglais vacants Ă  des favoris de la Curie est mal perçu par les alliĂ©s britanniques de Boniface IX. Le pape introduit en effet une nouvelle forme de revenu, l'annates perpetuĂŠ, qui attribuait au pape la moitiĂ© du revenu engrangĂ© lors de la premiĂšre annĂ©e de tout bĂ©nĂ©fice attribuĂ© au sein de la curie. Ce qui favorise l'Ă©cho des griefs prononcĂ©s par Wycliff contre l'Église. Afin de s'opposer Ă  cette pratique, le Parlement anglais confirme et Ă©tend les droits du roi, lui donnant un droit de vĂ©to sur ses nominations en Angleterre. Boniface IX doit cĂ©der face Ă  l'unitĂ© anglaise et satisfaire aux exigences du roi.

Aux XIVe et XVe siĂšcles, l'Ă©volution se fait vers la structuration d'États modernes avec instauration d'impĂŽts permanents. Ceux-ci sont difficilement acceptĂ©s par la population ; cependant les monarques, et en particulier Charles V et Charles VII, ont fait admettre l'idĂ©e que l'impĂŽt permettait Ă  l'État de restaurer la sĂ©curitĂ© nĂ©cessaire aux Ă©changes[79]. Charles V a mĂȘme suivi une politique de grands travaux visant Ă  relancer l'Ă©conomie en rĂ©injectant des liquiditĂ©s et Ă  assurer la paix sociale par l'emploi (en Ă©vitant que les vagabonds n'aillent grossir les rangs des compagnies)[80]. Les Papes, confrontĂ©s Ă  la chute de leurs recettes et Ă  la nĂ©cessitĂ© de financer le conflit contre l'obĂ©dience adverse, ont augmentĂ© considĂ©rablement dĂ©cimes et annates sans pouvoir les justifier par un bĂ©nĂ©fice palpable pour leurs contribuables. DĂšs lors, les clercs se rebellent contre cette fiscalitĂ© et se tournent vers les États[60]. Cela se traduit par les tentatives de soustractions d'obĂ©diences menĂ©es par Philippe le Hardi soutenu par l'UniversitĂ© de Paris, lesquelles aboutissent Ă  une indĂ©pendance de fait de l'Église de France entre 1398 et 1403[64]. Un grand pas est alors fait vers le gallicanisme.

EvĂȘques dĂ©battant avec le Pape au Concile de Constance.

AprĂšs l'Ă©preuve du Grand Schisme d'Occident, l'Église catholique peine Ă  retrouver de l'autoritĂ©, et doit affronter la crise conciliaire. Le concile de Constance de 1418 a bien pris quelques mesures pour restaurer un semblant de discipline, mais, Ă  Rome, le souverain pontife n'arrive pas Ă  rĂ©tablir son influence. Aussi Martin V —élu Ă  Constance— convoque un nouveau concile, mais il meurt avant qu'il ne se tienne : EugĂšne IV le rĂ©unit, d'abord Ă  Sienne, puis Ă  BĂąle, en 1431[81].

Mais, loin de retrouver son autoritĂ©, le pape se heurte Ă  une violente opposition de l'assemblĂ©e conciliaire : elle proclame sa prĂ©Ă©minence sur le pape qui lui, brandit la menace de la dissolution. L'empereur Sigismond et le roi Charles VII proposent une mĂ©diation pour Ă©viter un nouveau schisme. Elle permet de trouver un accord transitoire ; le concile peut se poursuivre. Il dĂ©cide en particulier la suppression d'une redevance, importante source de revenus pour Rome, les annates. Pour contrer ces initiatives, le pape convoque un autre concile Ă  Ferrare, en janvier 1438. EugĂšne IV ayant rĂ©ussi Ă  faire pression sur les autoritĂ©s politiques, seul un petit groupe demeure Ă  BĂąle qui Ă©lit un antipape[81]. On dĂ©fait Ă  Ferrare les dĂ©cisions prises Ă  BĂąle.

Charles VII représenté en roi mage par Jean Fouquet

Au vu des dĂ©sordres gĂ©nĂ©rĂ©s par le conciliarisme, Charles VII dĂ©cide d'organiser l'Église de France Ă  sa maniĂšre, en se rĂ©fĂ©rant aux rĂ©formes entĂ©rinĂ©es au concile de BĂąle. Le 7 juillet 1438, le roi promulgue la Pragmatique Sanction de Bourges qui reprend, avec quelques modifications, une vingtaine de dĂ©crets pris par le concile dans l'esprit duquel elle s'inscrit et donne un statut particulier Ă  l'Église de France. Elle constitue en quelque sorte une alliance entre le souverain et le clergĂ©[81], limite les prĂ©rogatives du pape en rĂ©affirmant la suprĂ©matie des conciles qui ont clairement dĂ©fini les pouvoirs du Saint SiĂšge[82].

Dans son prĂ©ambule, la Pragmatique Sanction de Bourges dĂ©nonce les abus de la papautĂ©. Le premier article dĂ©clare la suprĂ©matie des conciles gĂ©nĂ©raux sur le Saint-SiĂšge et limite les pouvoirs du pape. Ainsi la libre Ă©lection des Ă©vĂȘques et des abbĂ©s par les chapitres et les monastĂšres est rĂ©tablie: elle supprime les nominations par le Saint-SiĂšge et son droit de rĂ©serve. La royautĂ© obtient de pouvoir « recommander Â» ses candidats aux Ă©lections Ă©piscopales et abbatiales auprĂšs des chapitres. L'ordonnance de Bourges Ă©tablit aussi des juridictions permettant de limiter les appels (souvent onĂ©reux) faits Ă  Rome. Enfin, elle fixe un Ăąge minimum pour devenir cardinal, rĂ©duit la possibilitĂ© du pontife de lever un certain nombre d'impĂŽts (suppression des annates) et restreint les effets de l'excommunication et de l'interdit.

Fin politique, Charles VII rĂ©ussit ce que Philippe le Bel a vainement tentĂ© de rĂ©aliser. Bien que se rĂ©fĂ©rant Ă  Rome, l'Église de France acquiert une grande autonomie. Le roi s'assure la loyautĂ© du clergĂ© français.

Cependant, La Pragmatique Sanction est inacceptable pour le pape, malgré le soutien apporté par Charles VII à EugÚne IV contre l'antipape élu par les irréductibles de Bùle. Le premier article sur la prééminence des conciles est, à ses yeux, rédhibitoire. Privé de précieux revenus, le Saint-SiÚge demande l'abrogation de la Pragmatique Sanction, ou du moins que celle-ci soit sérieusement amendée.

On entame des discussions interminables. La Pragmatique Sanction est acceptée par le clergé français et par la plupart des parlements, à l'exception de ceux de Bretagne et de Bourgogne.

Les prĂȘches des lollards, aux idĂ©es Ă©galitaristes (dont on voit ici une reprĂ©sentation) tels John Ball, dĂ©clenchent la rĂ©volte des paysans anglais.

Accélération de la dissolution de l'ordre féodal

Les fondements de la sociĂ©tĂ© mĂ©diĂ©vale Ă  trois ordres sont Ă©branlĂ©s par la crise de la fĂ©odalitĂ© qui sĂ©vit depuis la fin du XIIIe siĂšcle. Le poids de la fiscalitĂ© augmente avec la modernisation de l’État et devient insupportable avec les dĂ©penses dues Ă  la guerre de Cent Ans, Charles V obligeant les Anglais Ă  entretenir des garnisons en permanence en Aquitaine et dans les places qu’ils tiennent en Normandie, en Bretagne et en Picardie. Entre 1377 et 1380 l’impĂŽt par capitation est multipliĂ© par trois[83].

Les contribuables anglais biaisent (en particulier en ne comptant pas les femmes) et l’administration rĂ©agit en Ă©tablissant des listes prĂ©cises en 1381[83]. Les prĂȘches enflammĂ©s des Lollards, aux accents Ă©galitaristes, sont bien accueillis par cette population au bord de la rĂ©volte. Les idĂ©es de John Wyclif vont en grande partie dans le sens des Franciscains, aussi bĂ©nĂ©ficient-elles au dĂ©part de puissants appuis politiques (Jean de Gand en tĂȘte), et prennent des accents farouchement Ă©galitaristes. Quand se dĂ©clenche la rĂ©volte des paysans anglais, ils sont entre 20 000 et 50 000 Ă  marcher sur Londres qui leur ouvre spontanĂ©ment ses portes[84]: ils demandent l’abolition du servage, l’abolition du systĂšme contraignant de rĂšglementation du travail et redistribution des terres d’église aux paysans. Les fondements de la sociĂ©tĂ© mĂ©diĂ©vale sont menacĂ©s[85]. Richard II temporise en nĂ©gociant avec leur chef Wat Tyler, pendant que Robert Knolles monte une armĂ©e. Quand celle-ci est prĂȘte, Tyler est assassinĂ© en pleins pourparlers, comme le fut Guillaume Carle. DĂ©capitĂ©, le mouvement s’effondre[85].

Le grand schisme correspond Ă  une crise religieuse qui s’inscrit dans la crise plus large de la sociĂ©tĂ© fĂ©odale. John Wycliff est l’une des voix qui s’élĂšvent pour rĂ©soudre cette crise morale, ses idĂ©es sont annonciatrices de la RĂ©forme, qui constituera une vĂ©ritable tentative d’adaptation de la religion chrĂ©tienne Ă  la sociĂ©tĂ© de la Renaissance.

Annexes

Sources anciennes

  • D. di Niem, De schismate omnium perniciosissimoque, quod in ecclesia Romana, Nuremberg, 1532.
  • L. Bonnement, MĂ©moires de Bertrand Boysset. Contenant ce qui est arrivĂ© de plus remarquable particuliĂšrement Ă  Arles et en Provence depuis 1372 jusqu’en 1414, Le MusĂ©e. Revue arlĂ©sienne, historique et littĂ©raire, 1876-1877.
  • P. Durrieu, Les Gascons en Italie. Études historiques, Auch, 1885.
  • J. Le FĂšvre, Journal de Jean Le FĂšvre, Ă©vĂȘque de Chartres, chancelier des rois de Sicile Louis 1er et Louis II d’Anjou, T. I, Éd. MoranvillĂ©, Paris, 1887.
  • M. Bruchet, Robert de GenĂšve, ClĂ©ment VII, pape d’Avignon, Revue Savoisienne, 1er trimestre, 1897.
  • Louis Gayet, Le grand schisme d'Occident : d'aprĂšs les documents contemporains dĂ©posĂ©s aux archives secrĂštes du Vatican, Florence-Paris-Berlin, 1889. disponible sur Gallica
  • NoĂ«l Valois, La France et le grand schisme d'Occident, Picard, 1896. disponible sur Gallica
  • P. Pansier, La chronique avignonnaise de Guillaume Garet, d’Etienne de Governe et de BarthĂ©lemy Novarin (1392 – 1519), Annales d’Avignon et du Comtat Venaissin, 1913.
  • F. C. Carreri, Cronicon parvum Avignonense de schismate et beilo (1397 – 1416), Annales d’Avignon et du Comtat Venaissin, 1916.
  • P. Pansier, Les siĂšges du Palais d’Avignon sous le pontificat de BenoĂźt XIII, Annales d’Avignon et du Comtat Venaissin, 1923.
  • R. Brun, Annales avignonnaises de 1382 Ă  1410 extraites des Archives Datini, MĂ©moires de l’Institut historique de Provence, 1935 Ă  1938.
  • M. de Bouard, Les Origines des guerres d’Italie. La France et l’Italie au temps du Grand Schisme d’Occident, Paris, 1936.

Bibliographie

  • E. Delaruelle, E. Labande et P. Ourliac, L’Église au temps du Grand Schisme et de la crise conciliaire (1378 – 1449), T. XIV, Paris, 1962-1964.
  • F. Favier, Les finances pontificales Ă  l’époque du Grand Schisme d’Occident (1378 -1409), BibliothĂšque des Écoles françaises d’AthĂšnes et de Rome, 1966.
  • L. Binz, Vie religieuse et rĂ©forme ecclĂ©siastique dans le diocĂšse de GenĂšve pendant le Grand Schisme et la crise conciliaire (1378 – 1450), MĂ©moires et documents publiĂ©s par la SociĂ©tĂ© d’histoire et d’archĂ©ologie de GenĂšve, XLVI, T. I, 1977.
  • Collectif, GenĂšse et dĂ©but du Grand Schisme d’Occident (Colloque d’Avignon 1978), Paris, 1980.
  • Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980.
  • A. Marini, Periodo avignonese e scisma d’Occidente alla luce di due convegni, Rivista di historia della Chiesa in Italia, XXXV, 1982.
  • Jean ChĂ©lini, L’Église au temps des schismes (1294 – 1449), Paris, 1982.
  • Mollat du Jourdain, M. et A. Vauchez (sous la direction de), Histoire du christianisme : Un temps d’épreuve (1274 – 1449), T. VI, Paris, 1990.
  • Anonyme, Journal d’un bourgeois de Paris (1405-1449), texte et notes de Colette Beaune, Paris, 1990.
  • Jean ChĂ©lini, Histoire religieuse de l'Occident, chapitre VI, « Le temps des schismes Â», Hachette, 1991.
  • HĂ©lĂšne Millet (sous la direction de), Le Midi et le Grand Schisme d'Occident, Cahiers de Fanjeaux 39, Privat, 2004.
  • Jean Favier, Les Papes d'Avignon, Fayard septembre 2006.(ISBN 2-213-62524-7)
  • (en) Walter Ullmann, Origins of the Great Schism: A Study in fourteenth-century Ecclesiastical History , Burns Oates & Washbourne Ltd., 1948.
  • (en) Marzieh Gail, The Three Popes : An Account of the Great Schism, Simon and Schuster, 1969.(ISBN 0-671-20174-3)
  • (en) John Holland Smith, The Great Schism: 1378, Robin & Russ Handweavers, 1970.(ISBN 0-8231-5003-8)

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. ↑ Pour une synthĂšse sur la vie spirituelle et politique lors du Grand Schisme, on consultera utilement Jean ChĂ©lini, Histoire religieuse de l'Occident, chapitre VI, « Le temps des schismes Â», Hachette, 1991.
  2. ↑ Virginie Clùve, Retable Cadard, Enguerrand Quarton Online
  3. ↑ Christian Lauranzon-Rosaz, « Paix de Dieu Â» Site de l'universitĂ© de droit et de science politique de Clermont-Ferrand et StĂ©phane Pouyllau, La Paix et la TrĂȘve de Dieu.
  4. ↑ Marie-ThĂ©rĂšse Lorcin,Des Restos du cƓur avant la lettre Historia ThĂ©matique N°65 : Un Moyen Age inattendu pages 48 Ă  51
  5. ↑ Colette Beaune, « Petite Ă©cole, grand ascenseur social Â», Historia ThĂ©matique n°65 : Un Moyen Age inattendu pages 42 Ă  47
  6. ↑ Jean-Michel Mehl,PrĂšs de cent quarante jours chĂŽmĂ©s par an Historia thĂ©matique N°65 : Un Moyen Age inattendu pages 58 Ă  64
  7. ↑ Jacques Le Goff, Marchands et banquiers du Moyen Âge, Que sais-je ?, PUF, 2006, p.60-62
  8. ↑ Jacques Le Goff, Marchands et banquiers du Moyen Âge, Que sais-je ? PUF, 2006, p.97-98
  9. ↑ Jacques Le Goff, Marchands et banquiers du Moyen Âge, Que sais-je ? PUF, 2006, p.104-108
  10. ↑ Marie-ThĂ©rĂšse Lorcin, « Des Restos du cƓur avant la lettre Â», Historia ThĂ©matique N°65 : Un Moyen Âge inattendu pages 48 Ă  51
  11. ↑ Jean Gimpel, La rĂ©volution industrielle du Moyen Âge, Éditions seuil 1975 p. 113-140
  12. ↑ Jean Gimpel, La RĂ©volution industrielle du Moyen Âge, Éditions seuil 1975 p. 149-157
  13. ↑ a et b Jean Gimpel, La RĂ©volution industrielle du Moyen Âge, Éditions Seuil, 1975, p. 188-190
  14. ↑ (en) John Wyclif's Political Philosophy, Stanford Encyclopedia of Philosophy
  15. ↑ a et b Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, Perrin 1992, p. 240-241
  16. ↑ a, b et c Le Moyen Âge en Occident, Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Hachette 2003, page 285
  17. ↑ Il s'agit en rĂ©alitĂ© d'un contentieux dĂ©jĂ  ancien, le pape Ă©tant en conflit depuis 1317 avec les Visconti. Voir Bruno Galland, « Le rĂŽle du comte de Savoie dans la ligue de GrĂ©goire XI contre les Visconti (1372-1375) Â», MĂ©langes de l'École française de Rome. Moyen Âge, 1993, vol. 105,n° 105-2, p. 765.
  18. ↑ (en) Guillio Maffii, article « Hawkwood, Sir John Â», in Christopher Kleinhenz (sous la direction de), Medieval Italy, An Encyclopedia, Routledge, 2004.
  19. ↑ Anne-Marie Hayez, article « GrĂ©goire XI Â», in Philippe Levillain, (sous la direction de), Dictionnaire historique de la papautĂ©, 1994.
  20. ↑ Chantal de Tourtier, Un ambassadeur de Louis de Gonzague, seigneur de Mantoue : Bertolino Capilupi Â», MĂ©langes d'archĂ©ologie et d'histoire, 1957, 69, p. 321-344
  21. ↑ a et b Anne-Marie Hayez, article citĂ©.
  22. ↑ Richard C. Trexler, The Spiritual Power - Republican Florence Under Interdict, Brill, 1974, p. 170 - 172
  23. ↑ Les lettres et la visite de la sainte Ă  Avignon en 1376 ont sĂ»rement pour beaucoup renforcĂ©s le souverain pontife dans son choix ; voir Anne-Marie Hayez, article citĂ©.
  24. ↑ Philippe Contamine, La Guerre au Moyen Âge, Presses universitaires de France, 1992, p. 288.
  25. ↑ Voir sur la fin du pontificat de GrĂ©goire XI et le dĂ©tail de la succession l'article de Marc Dykmans, « La bulle de GrĂ©goire XI Ă  la veille du Grand Schisme. DĂ©pouillement des Revues italiennes d'histoire Â», MĂ©langes de l'École française de Rome. Moyen Âge, Temps modernes, 1977, Volume 89, n°1.
  26. ↑ Seize cardinaux Ă©taient prĂ©sents dont Pierre de Luna, Guy de Malesset. Trois factions semblent s'ĂȘtre dessinĂ©es :
  27. ↑ NoĂ«l Valois, La France et le grand schisme d'Occident, t. I, p. 9, 11 et 12.
  28. ↑ HĂ©lĂšne Milliet, « Grand Schisme d’Occident (1378-1417) Â», in Philippe Levillain, op. cit., pp. 729-735.
  29. ↑ Robert-Henri Bautier, « Aspects politiques du Grand Schisme Â», in GenĂšse et dĂ©but du Grand Schisme d'Occident, 1362-1394, Colloques internationaux du CNRS, Paris, 1980, pp. 458 - 459.
  30. ↑ Françoise Autrand, Charles V, p. 831, Fayard, 1994.
  31. ↑ a, b, c et d Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 829 ;
  32. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 830-831
  33. ↑ a et b Françoise Autrand, Charles V, p. 831, Fayard, 1994 ; l'arrivĂ©e Ă  Paris de Jean de Guignicourt, Ă©missaire du « parti Â» français initia un premier changement d'attitude du roi en aoĂ»t 1378, date Ă  laquelle il semble soutenir financiĂšrement et diplomatiquement les cardinaux, in La France et le grand schisme d'Occident, op. cit., pp. 96 - 97
  34. ↑ HĂ©lĂšne Millet, « Le Grand Schisme d'Occident (1378 - 1417) Â», in Le Midi et le Grand Schisme d'Occident, Cahiers de Fanjeaux n° 39, p. 23.
  35. ↑ Kathrin Utz Tremp, « Grand Schisme d'Occident Â», Historisches lexikon der Schweiz
  36. ↑ HĂ©lĂšne Millet, article citĂ©, p. 23.
  37. ↑ Comte de SĂ©gur,Histoire de France, Lacrosse, Bruxelles, 1829, tome 7, p. 360.
  38. ↑ HĂ©lĂšne Millet, article citĂ©, p. 24.
  39. ↑ NoĂ«l Valois, La France et le grand schisme d'Occident, op. cit., pp. 94-96
  40. ↑ Jean-Pierre Delumeau et Isabelle Heullant-Donat, L'Italie au Moyen Âge, Ve ‑ XVe siĂšcle, Hachette supĂ©rieur, 2002, p. 196 - 197.
  41. ↑ Jean-Pierre Delumeau et Isabelle Heullant-Donat, op. cit., p. 198.
  42. ↑ Comte de SĂ©gur, Histoire de France, Lacrosse, Bruxelles, 1829, tome 7, p. 361.
  43. ↑ Ces derniers contestent son autoritĂ© depuis son couronnement en 1343. Elle n'avait que 17 ans quand la majoritĂ© Ă©tait fixĂ©e Ă  25 ans. De plus, elle n'est que petite fille de Robert d'Anjou dont les frĂšres se considĂšrent comme lĂ©gitimes successeurs ; voir Pierre Milza, Histoire de l'Italie, Fayard, 2005, p. 303.
  44. ↑ a et b Pierre Milza, Histoire de l'Italie, Fayard 2005, p. 303
  45. ↑ a et b Comte de SĂ©gur, Histoire de France, Lacrosse, Bruxelles, 1829, Tome 7, p.357
  46. ↑ a, b et c Jean Gallian, Schisme et guerre civile en Provence, Histoire de Bellino
  47. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard septembre 2006, p. 604
  48. ↑ Pierre Milza, Histoire de l'Italie, Fayard, 2005, p. 304
  49. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard septembre 2006, p. 608
  50. ↑ Jean Favier, Les Papes d'Avignon, Fayard septembre 2006, p. 609
  51. ↑ a et b Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p.404
  52. ↑ a, b et c Pierre Milza, Histoire de l'Italie, Fayard, 2005, p. 336-337
  53. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard septembre 2006, p. 605
  54. ↑ a, b, c et d (en) Lynn H. Nelson, The Great Schism ORB
  55. ↑ Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 396.
  56. ↑ Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p.395
  57. ↑ Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 400.
  58. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard septembre 2006, p. 611
  59. ↑ Jean Favier, Les Papes d'Avignon, Fayard septembre 2006, p. 621
  60. ↑ a et b Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard septembre 2006, p. 622
  61. ↑ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard septembre 2006, p. 623
  62. ↑ Sur le sujet, voir Renate Blumenfeld-Kosinski, Poets, Saints, and Visionaries of the Great Schism, 1378-1417, Penne State Press, 2006.
  63. ↑ a, b et c Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 410.
  64. ↑ a, b et c Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 412.
  65. ↑ Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 413.
  66. ↑ HĂ©lĂšne Millet, « Le Grand schisme d'Occident Â», article citĂ© p. 32 - 34
  67. ↑ a et b Adolphe-Charles Peltier,Concile de Constance - 1414 - 1418 - seiziĂšme concile ƓcumĂ©nique tirĂ© du Dictionnaire universel et complet des conciles tomes 13 et 14 de l'EncyclopĂ©die thĂ©ologique sous la direction l'abbĂ© Jacques-Paul Migne, 1847. Salve Regina.
  68. ↑ Jean ChĂ©lini, op. cit., p. 529.
  69. ↑ Concile de Constance, 4e session, 30 mars 1414
  70. ↑ Uwe A. Oster, « Accident pontifical sur l’Arlberg Â», « L'image du mois Â», Arte Histoire, 29/12/2005.
  71. ↑ Patricia Briel, L'histoire du christianisme-XVe siĂšcle: la crise conciliaire Le Temps
  72. ↑ Le Moyen Âge en Occident, Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Hachette 2003, page 294.
  73. ↑ Pierre Chaunu (dir), L'aventure de la RĂ©forme : le monde de Jean Calvin, Ă©dictions Complexe, 1991, p. 89-90.
  74. ↑ Lilian CrĂ©tĂ© ,John Wyclif, Historia ThĂ©matique, « Les protestants. Une communautĂ© en pleine expansion. Leur histoire, leurs valeurs, leur influence Â», n°109, septembre-octobre 2007, p.22 ; Pierre Chaunu, op. cit., p. 89 - 90.
  75. ↑ Stephen E. Lahey, Philosophy and politics in the thought of John Wyclif, Cambridge University Press, 2003, p. 1 - 2.
  76. ↑ Jacques Paul, Histoire intellectuelle de l'Occident mĂ©diĂ©val, Armand Collin, 1973, p. 429.
  77. ↑ Lilian CrĂ©tĂ©, article citĂ©, p. 22-23
  78. ↑ Pierre Chaunu rappelle ainsi que s'il est dĂ©licat de qualifier Wyclif et Hus de prĂ©luthĂ©riens, on peut Ă©voquer dans ce sens la formule de Luther : « Nous sommes tous hussites. Â», op. cit., p. 91.
  79. ↑ Thierry PĂ©cout, Charles V donne naissance au franc, Historia thĂ©matique n°107: Mai-Juin 2007: Ces rois qui ont tout changĂ©, page 35
  80. ↑ Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.753
  81. ↑ a, b et c La Pragmatique Sanction de Bourges chrisagde
  82. ↑ La Pragmatique Sanction de Bourges, limite les prĂ©rogatives papales et affirme la supĂ©rioritĂ© des dĂ©cisions des conciles de BĂąle et de Constance sur celles du pape : voir la page de Marc Girot, L'affirmation du pouvoir royal (XIIe ‑ XVe siĂšcles), site de l'IUFM de CrĂ©teil. L'Église de France elle-mĂȘme s'affranchissait de la tutelle du Saint-SiĂšge et le souverain pouvait intervenir directement en son royaume en matiĂšre ecclĂ©siale. Voir Olivier Guillot, Albert RigaudiĂšre et Yves Sassier, Pouvoirs et institutions dans la France mĂ©diĂ©vale, t. II, p. 106, Armand Colin, 2003.
  83. ↑ a et b Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p.375.
  84. ↑ Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p.376
  85. ↑ a et b Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p.377
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