Godefroy De Bouillon

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Godefroy De Bouillon

Godefroy de Bouillon

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Godefroy de Bouillon, illustration de 1882
Godefroy de Bouillon en tenue de Héraut

Godefroy de Bouillon (¬į vers 1058 ? - + 18 juillet 1100 √† J√©rusalem) est un chevalier franc et le premier souverain chr√©tien de J√©rusalem, mais qui refusa le titre du roi pour celui, plus humble, d'avou√© du Saint-S√©pulcre.

Sommaire

Premières années

Fils de sainte Ide d'Ardenne, héritière des ducs de Basse-Lotharingie et d'Eustache II, comte de Boulogne, du royaume de France, Godefroy de Bouillon est un descendant de Charlemagne et, comme son illustre ancêtre, un personnage de légende.

On ignore de mani√®re assur√©e le lieu de naissance de Godefroy de Bouillon et les th√®ses h√©sitent entre Boulogne-sur-Mer en France et Baisy en Belgique[1]. Son √©ducation de chevalier est faite par son oncle Godefroy III le Bossu √† Bouillon. √Ä la mort de ce dernier, il h√©rite de ses titres. Toutefois, si l'empereur d'Allemagne lui conc√®de l'office de marquis d'Anvers (1076), il lui interdit, en tant que roi de Germanie, le titre de duc de Basse-Lotharingie comme le souhaitait son oncle dans son testament. Godefroy se range n√©anmoins fid√®lement au c√īt√© d'Henri IV dans la Lutte d'Investiture qui oppose l'empereur germanique et le pape Gr√©goire VII, et entre dans Rome les armes √† la main. Pour le r√©compenser de ses fid√®les et loyaux services, l'empereur germanique le reconna√ģt finalement duc de Basse-Lotharingie en 1087.

Il r√®gne donc d√©sormais sur un duch√© s'√©tendant entre la France et le Rhin, qui couvrait le Brabant, le Hainaut, le Limbourg, le Namurois, le Luxembourg et une partie de la Flandre. Mais, ayant √©t√© gravement malade peu apr√®s cette exp√©dition sur Rome, il fit vŇďu, pour r√©parer ses torts, d'aller d√©fendre les Chr√©tiens en Orient.

La Première Croisade

Godefroy et les barons reçus par l'empereur Alexis

L'un des premiers √† r√©pondre √† l'appel d'Urbain II, en 1095, Godefroy de Bouillon devient aussi l'un des principaux chefs de la premi√®re croisade. En 1096, pour financer son d√©part, il vend le ch√Ęteau de Bouillon √† Otbert, prince-√©v√™que de Li√®ge et Stenay au prince-√©v√™que de Verdun. Parti de Bouillon le 15 ao√Ľt 1096 avec une suite nombreuse, il passe par Ratisbonne, Vienne, Belgrade et Sofia, arrive √† Constantinople, et se heurte aussit√īt √† Alexis Comn√®ne. Apr√®s avoir longuement n√©goci√© avec l'empereur de Constantinople sa travers√©e du Bosphore et s'√©tant engag√© √† lui restituer les territoires qu'il reprendrait aux Turcs, il p√©n√©tra en Asie. Il s'empara d'abord de Nic√©e, vainquit ensuite les Turcs √† Doryl√©e puis prit d'assaut Antioche.

Il est au premier rang lors de la prise de J√©rusalem en 1099 (les deux premiers sont Letold et Gilbert de Tournai, puis vient Godefroy suivi de son fr√®re Eustache). La couronne de roi de J√©rusalem lui est propos√©e apr√®s la prise de la ville, mais il la refuse, arguant qu'il ne pouvait pas porter une couronne d'or o√Ļ J√©sus Christ devait porter une couronne d'√©pines. Il acceptait le titre d'Avou√© du Saint-S√©pulcre et se contenta du titre de baron. Ce choix signifiait qu'il consid√©rait la Terre sainte, J√©rusalem avant tout, comme la propri√©t√© du Christ et donc, par extension, du Saint si√®ge. Il se positionnait ainsi en serviteur, en d√©fenseur de l'√Čglise. Il √©tait nominalement seigneur du Saint-S√©pulcre tout en se maintenant sous l'autorit√© eccl√©siastique. Son titre lui conf√©rait les responsabilit√©s suivantes : il devait d'abord avec ses vassaux garder J√©rusalem et le tombeau du Christ, puis il devait ensuite distribuer des terres aux chevaliers, conqu√©rir et pacifier les villes aux alentours, rendre la justice et p√©renniser l'√©conomie locale. Il donna √† ses nouveaux √Čtats un code de lois sages, connu sous le nom d' Assises de J√©rusalem.

Il mourut le 18 juillet 1100 en revenant d'une exp√©dition contre le sultan de Damas, qu'il avait battu devant Ascalon; on soup√ßonna qu'il avait √©t√© empoisonn√© apr√®s avoir mang√© une pomme de c√®dre que lui avait offert l'√©mir de C√©sar√©e. Son fr√®re Baudouin, qui avait aussi particip√© √† la croisade, devient roi de J√©rusalem. Apr√®s avoir abandonn√© √Čdesse, il se fait couronner le 25 d√©cembre.

Statue en bronze de Godefroy de Bouillon à Innsbruck

Albert d'Aix, chroniqueur allemand, reconstitua vers 1100-1110 l'histoire et les hauts faits du duc. Guillaume de Tyr contribua au XIIIe si√®cle √† la l√©gende de Godefroy de Bouillon dans son ouvrage intitul√©e l'Histoire d'Eracl√®s. On raconte de lui des exploits extraordinaires, et g√©n√©ralement fabuleux ; il joignait au courage la prudence, la mod√©ration et la pi√©t√© la plus vive. Le seigneur de Bouillon devint le chevalier au cygne que l'on retrouve dans Lohengrin. Le Tasse l'a choisi pour le h√©ros de son po√®me. Sa statue √©questre orne la place Royale de Bruxelles.

Albert d'Aix √©crivait ceci peu apr√®s 1100 √† propos de Godefroy de Bouillon lors de la prise de J√©rusalem en juin 1099 : ¬ę tandis que tout le peuple chr√©tien [‚Ķ] faisait un affreux ravage des Sarrasins, le duc Godefroy, s'abstenant de tout massacre, [‚Ķ] d√©pouilla sa cuirasse et, s'enveloppant d'un v√™tement de laine, sortit pieds nus hors des murailles et, suivant l'enceinte ext√©rieure de la ville en toute humilit√©, rentrant ensuite par la porte qui fait face √† la montagne des Oliviers, il alla se pr√©senter devant le s√©pulcre de notre seigneur J√©sus-Christ, fils de Dieu vivant, versant des larmes, pronon√ßant des pri√®res, chantant des louanges de Dieu et lui rendant gr√Ęces pour avoir √©t√© jug√© digne de voir ce qu'il avait toujours si ardemment d√©sir√© ¬Ľ.

On peut également vanter la simplicité de Godefroy. Durant le siège d'Arsouf, les cheiks arabes vinrent déposer des offrandes auprès de Godefroy, et il trouvèrent celui-ci assis à même le sol dans sa tente, non pas entouré de soieries mais accroupi sur de la paille. Les cheiks s'émerveillèrent alors de la modestie du plus grand des princes francs. Godefroy, mis au courant de leurs commentaires, leur répondit que "l'homme doit se souvenir qu'il n'est que poussière et qu'il retournera en poussière".

Les chroniqueurs de l'époque contribuent également à établir le mythe guerrier du grand seigneur de Brabant. Sa force prodigieuse fut par exemple mise à l'épreuve par les cheiks, ceux-ci le mettant au défi de trancher d'un seul coup la tête d'un chameau au collet. Godefroy s'exécuta et la tête roula à terre. De même, aimant la chasse et les défis, il manquera en Cilicie de se faire tuer par un ours énorme qu'il affronta corps à corps. Enfin, lors du siège d'Antioche, Godefroy est resté célèbre pour avoir tranché en deux, et cela d'un seul coup d'épée, un ennemi par la taille. "Le buste tomba à terre, tandis que le bassin et les jambes restaient accrochés au cheval qui s'éloignait au galop".

Godefroy de Bouillon, mythe national

Belgique

Statue de Godefroy de Bouillon sur la Place Royale à Bruxelles. Contrairement à ce qui est indiqué sur le socle de la statue, le lieu de naissance de Godefroy n'est pas certain.

En 1830, la Belgique se cherchait ardemment des racines, c‚Äôest ainsi que l‚Äô√Čtat nouvellement cr√©√© fut saisi par la fr√©n√©sie d‚Äôexalter ¬ę ses ¬Ľ gloires pass√©es[2]. Ainsi les historiographes du Royaume de Belgique s‚Äôaccapar√®rent les princes, ducs ou empereurs qui r√©gn√®rent sur les divers territoires belges (Charlemagne, Charles Quint,...) pour en faire des souverains nationaux ; alors que ces personnages ignoraient la notion m√™me de l‚Äôentit√© Belgique.

De la m√™me mani√®re, les historiens belges du XIXe si√®cle vont s‚Äôapproprier Godefroy (n√© probablement √† Boulogne-sur-Mer[3]) en exaltant sa naissance incertaine[4] √† Baisy, village qui se situe actuellement dans le Brabant belge.

Les hagiographes belges vont glorifier ce suppos√© ¬ę anc√™tre ¬Ľ pour ses qualit√©s martiales et sa foi envers Dieu ; mais aussi parce que, n√© aux confins des mondes latin et germanique, il pr√©figurait la ¬ę civilisation belge ¬Ľ[5] suppos√©e √™tre un m√©lange √©quilibr√© entre l‚Äô√Ęme latine et les qualit√©s germaniques propres au peuple belge[6]. Godefroy devint le mod√®le id√©al du Belge pieux et brave[7].

Il s‚Äôagissait alors pour les historiographes du Royaume, de faire accroire aux citoyens belges que leur peuple √©tait √† l‚ÄôŇďuvre depuis l‚Äôaube de l‚Äôhumanit√© et qu‚Äôune Nation belge existait en germe √† l‚Äô√©poque de Godefroy. Cette vision tronqu√©e de l‚Äôhistoire laissera des s√©quelles jusqu‚Äôau XXe et parfois jusqu‚Äôau XXIe si√®cle[8].

Cette phrase de Jo G√©rard, datant de 1988, est un exemple contemporain de cette r√©cup√©ration nationaliste du pass√© : ¬ę D‚Äôavoir v√©cu en commun l‚Äôaventure des croisades, d‚Äôavoir vu mourir Godefroy de Bouillon et leur comte Philippe au pays des infid√®les, les Belges ont puis√© dans cet √©v√©nements grandiose une nouvelle unit√© de sentiment, d‚Äôaspiration et de foi ¬Ľ[9].

Consid√©r√© comme un mod√®le ¬ę bilingue ¬Ľ pour la Belgique unitaire, il fut plus tard r√©cup√©r√© par le rexisme qui d√©sirait produire un parall√®le entre Godefroy et L√©on Degrelle ; car tous deux, pouss√©s par un id√©al de ¬ę civilisation ¬Ľ, partaient en guerre vers l‚ÄôOrient avec des troupes h√©t√©roclites compos√©es de guerriers venus de tous les pays d‚ÄôEurope (les crois√©s dans un cas, les S.S. dans l‚Äôautre)[10].

France

En France, un √©crivain tel que Fran√ßois-Ren√© de Chateaubriand √©crivait dans ses Carnets de voyage, apr√®s avoir √©t√© nomm√© chevalier du Saint-S√©pulcre :

¬ę Cette c√©r√©monie ne pouvait √™tre tout √† fait vaine, j'√©tais Fran√ßais, Godefroid √©tait Fran√ßais ; ses vieilles armes en me touchant, m'avaient communiqu√© un nouvel amour pour la gloire et l'honneur de ma patrie.[11] ¬Ľ

Source partielle

  • ¬ę Godefroy de Bouillon ¬Ľ, dans Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang [sous la dir. de], Dictionnaire universel d‚Äôhistoire et de g√©ographie, 1878 [d√©tail des √©ditions]  (Wikisource)
  • Ren√© Grousset, dans L'√©pop√©e des croisades

Notes

  1. ‚ÜĎ Voir page de discussion.
  2. ‚ÜĎ Anne Morelli, Les grands mythes de l‚Äôhistoire de Belgique, de Flandre et de Wallonie, Evo-histoire, 1995, Bruxelles, p.50.
  3. ‚ÜĎ Anne Morelli, Op. Cit., p.49.
  4. ‚ÜĎ Anne Morelli, Op. Cit., p.49.
  5. ‚ÜĎ Henri Pirenne, La nation belge, Gand, 1900, pp.8-9.
  6. ‚ÜĎ Anne Morelli, Op. Cit., p.35.
  7. ‚ÜĎ Anne Morelli, Op. Cit., p.52.
  8. ‚ÜĎ Anne Morelli, Op. Cit., p.23 et p.52.
  9. ‚ÜĎ Jo G√©rard, oui la Belgique existe, je l‚Äôai rencontr√©e, Bruxelles, 1988, pp.17-18
  10. ‚ÜĎ 175 ans de la Belgique vus par Anne Morelli (ULB)
  11. ‚ÜĎ Cit√© dans Marie-Jos√®phe Daxhelet, Sacr√© Godefroy de Bouillon, Didier Hatier, Bruxelles, 1992.

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1089-1096
Henri
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avoué du Saint-Sépulcre
1099-1100
Baudouin Ier
roi de J√©rusalem 
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