Germanie

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Germanie

50° 54â€Č N 11° 06â€Č E / 50.9, 11.1

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La Germanie au milieu du Ier siĂšcle av. J.‑C.

La Germanie (Germania Magna) est le nom donné, dans l'Antiquité, à la région d'Europe centrale séparée du monde romain par le Rhin et le Danube et s'étendant approximativement, à l'est, jusqu'à la Vistule.

Sommaire

Germanie antique

Le territoire de la Germanie Ă©tait peuplĂ©e par les Celtes[rĂ©f. nĂ©cessaire] avant que divers peuples germaniques ne s'y installent au cours du Ier millĂ©naire av. J.‑C.

Références historiographiques

Article dĂ©taillĂ© : La Germanie.

La Germanie de Tacite est un ouvrage majeur de l'historiographie germanique. Ce paradigme s'est imposĂ© jusque au pangermanisme deux millĂ©naires plus tard
 L'auteur ne s'Ă©tant jamais rendu en Germanie, les informations dont il dispose sont au mieux de seconde main. L'historien Ronald Syme a Ă©mis l'hypothĂšse que Tacite aurait copiĂ© en grande partie l'ouvrage aujourd'hui disparu Bella Germaniae Ă©crit par Pline l'Ancien. Syme justifie son hypothĂšse par un passages quelque peu pĂ©rimĂ© oĂč Tacite prĂ©sente les tribus du Danube comme des alliĂ©s de l'Empire romain alors que leur dĂ©fection en 89 lors de la guerre contre les Daces avait fortement modifiĂ© la politique frontaliĂšre de l'Empire. Il existe aussi d'autres sources possibles pour Tacite : Jules CĂ©sar avec ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, Strabon, Diodore de Sicile, Poseidonios et Aufidius Bassus.

Les Germanies

La Germanie antique ne correspond pas Ă  l’Allemagne actuelle, mĂȘme si certains territoires importants des unes et des autres peuvent se superposer.

Le nom de Germanie est utilisĂ© par les Romains, avec diffĂ©rents qualificatifs, incluant des territoires qui ne sont pas aujourd’hui allemands d’une part, et des contrĂ©es actuellement allemandes sans aucune Ă©quivoque possible, qui n’étaient pas d’un point de vue administratif en Germanie romaine, d’autre part. Les anciens, depuis le IIe siĂšcle av. J.‑C. jusqu’à l’arrivĂ©e massive des peuples slaves au VIe siĂšcle, nommaient Germanie l’espace limitĂ© au nord par la mer Baltique et la mer du Nord, au sud par les Beskides occidentales et le nord des Alpes, Ă  l’est par la Vistule et Ă  l’ouest par le Rhin.

L’appellation Germania inferior (Germanie infĂ©rieure ou Basse Germanie) englobe la rive gauche allemande du Rhin au nord de Bonn ainsi que les Pays-Bas et la Belgique actuelle Ă  l’est d’une ligne allant de la source de l’Oise Ă  l'estuaire de l'Escaut ou se trouve Anvers.

Article dĂ©taillĂ© : Germanie infĂ©rieure.

La Germania superior (Germanie supĂ©rieure ou Haute Germanie) comprend les bords du Rhin, rive gauche, au sud de Bonn (ancien dĂ©partement de Rhin-et-Moselle), la plaine du Palatinat, l’Alsace, la Franche-ComtĂ© ainsi que, approximativement, la moitiĂ© occidentale de la Suisse et la moitiĂ© orientale de la Bourgogne.

Inversement, le reste de l’actuelle rive gauche allemande du Rhin (avec TrĂšves) se trouve dans la Belgica (Belgique romaine). Quoi qu’il en soit, Belgica et les deux Germaniae font partie administrativement de la Gaule romaine. Ainsi, la totalitĂ© de la rive gauche du Rhin se situe dans la Gaule dĂ©finie par CĂ©sar, et est sous autoritĂ© romaine pendant environ cinq cents ans (de 50 av. J.-C. Ă  450 ap. J.-C. environ).

La Raetia (RhĂ©tie) englobe le sud de la BaviĂšre Ă  l’ouest de l’Inn et du Bade-Wurtemberg au sud du Danube avec le Tyrol autrichien et l’est de la Suisse. Le Noricum (Norique) correspond au reste de la BaviĂšre situĂ©e au sud du Danube, et Ă  l’Autriche. Les Agri decumates (Champs DĂ©cumates) comprennent la partie entre Rhin et Danube allant grosso modo de Ratisbonne Ă  Bonn en englobant le cours du bas Main; entre le Jura souabe et le Danube ils sont rattachĂ©s Ă  la RhĂ©tie ; Ă  l’ouest du Jura souabe ils relĂšvent de la Germanie supĂ©rieure, donc de la Gaule romaine. Ces trois territoires sont sous autoritĂ© romaine pendant deux Ă  trois siĂšcles (des annĂ©es 80 ap. J.-C. Ă  235 pour les Champs DĂ©cumates, et des annĂ©es 50 ap. J.-C. Ă  406 pour la RhĂ©tie).

La Germania magna (grande Germanie) des Romains de l’AntiquitĂ©, correspond donc approximativement aux deux tiers Nord-Est de l’Allemagne actuelle, grosso modo l’ancienne Allemagne de l’Est, et l’ancienne Allemagne de l'Ouest Ă  l’est du Rhin et au nord du Danube et de la ligne Bonn-Ratisbonne ; s’y ajoutent la RĂ©publique tchĂšque et l’Ouest de la Pologne. Elle fut zone d’influence et sous surveillance de Rome pendant deux siĂšcles environ (du dĂ©but de l’ùre chrĂ©tienne au dĂ©but du IIIe siĂšcle), et pour la partie Ă  l’ouest de l’Elbe, sous contrĂŽle romain direct pendant environ deux gĂ©nĂ©rations (des annĂ©es vingt avant J.-C aux annĂ©es trente Ă  cinquante aprĂšs J.-C.).

Les peuples germaniques

Articles dĂ©taillĂ©s : Peuples germaniques et Migrations germaniques.

Les peuples germaniques occupant ces espaces sont d’autant plus difficiles Ă  cerner qu’ils sont en partie nomades, en particulier ceux installĂ©s dans la plaine nord europĂ©enne, et que les auteurs anciens confondent facilement les noms qui leur sont donnĂ©s. Le massif schisteux rhĂ©nan, le Harz et les monts du quadrilatĂšre de BohĂšme sont quasiment vides d’hommes. Le peuple frison, dans les Pays-Bas actuels, a Ă©tĂ© soumis en 28. Les Francs saliens ou rhĂ©nans (on disait naguĂšre ripuaires) ne sont citĂ©s qu’à partir du IIIe siĂšcle ; nous en reparlerons. Pour les autres peuples, les historiens s’accordent pour les situer, comme nous allons le voir, au dĂ©but de notre Ăšre ; cela dit avec toutes les rĂ©serves qui s’imposent car il y a bien des incertitudes tenant Ă  leur mobilitĂ©.

Certains de ces peuples sont assez bien connus soit du fait de leur nombre, soit pour leur proximitĂ© des frontiĂšres de l’Empire, soit pour les ravages qu’ils y ont commis au IIIe ou au Ve siĂšcle :

  • Les Burgondes sont peut-ĂȘtre encore sur l’üle de Bornholm (Ă  l’époque Burgunderholm), ou dĂ©jĂ  en PomĂ©ranie orientale ? Leurs pĂ©rĂ©grinations les mĂšneront en quatre siĂšcles dans l’actuelle Bourgogne qui leur doit son nom.
  • Les Goths, trĂšs nombreux, ne se sont pas encore scindĂ©s en deux groupes, et sont installĂ©s sur la basse vallĂ©e de la Vistule (voyez Culture de Wielbark) ; Wisigoths et Ostrogoths seront les premiers peuples barbares Ă  s’installer de façon pĂ©renne dans l’Empire Ă  la suite de la dĂ©faite de l’empereur Valens Ă  Andrinople en 378. Leurs dĂ©placements les mĂšneront au VIe siĂšcle en Hispanie et en Italie.
  • Les Vandales se situent entre la Vistule et la Warta ; eux aussi migreront jusqu’en Afrique du Nord au Ve siĂšcle, oĂč Justinien les vaincra en 535.
  • Les Lombards, campant entre les basses vallĂ©es de l’Elbe et de la Weser, ne s’introduiront dans l’Empire, en Italie, qu’au VIe siĂšcle, ruinant en partie la reconquĂȘte de Justinien.
  • Les SuĂšves installĂ©s entre le limes et le Main suivront la route ouverte par les Alamans et iront jusqu’en Galice.
  • Les Alamans quant Ă  eux, franchiront le Rhin gelĂ© le 31 dĂ©cembre 406, mais ils n’apparaissent qu’au dĂ©but du IIIe siĂšcle. Vraisemblablement Ă©taient-ils dans l’est de l’Europe Ă  l’époque d’Auguste ?
  • Les Angles dans le Schleswig, les Saxons dans le Holstein et les Jutes au Danemark semblent ĂȘtre assez sĂ©dentaires, effectuant des actes de piraterie en Mer du Nord et en Manche, avant d’aller s’établir au sud-est de la Bretagne au milieu du Ve siĂšcle.

Les autres peuples ou peuplades germaniques ont laissĂ© dans l’histoire une trace moins marquante :

  • Les Marcomans et les Quades sont installĂ©s dans l’actuelle TchĂ©quie ; Marc AurĂšle les combattra au cours de deux guerres (167-175 et 178-180) et leur causera, semble-t-il, suffisamment de pertes pour qu’ils ne soient plus un danger.
  • Les Chattes et les Mattiaques qui leur sont peut-ĂȘtre soumis ou alliĂ©s, sont trĂšs remuants Ă  la limite nord-ouest du limes, ce qui nĂ©cessitera l’intervention de Domitien.
  • Les ChĂ©rusques sont assez nombreux, dans la plaine du nord, entre la Weser et l’Elbe.
  • Nombreux aussi sont les Hermondures dans la Saxe et le Palatinat bavarois actuels.
  • Il en est de mĂȘme des Bastarnes, Ă  l’est dans la boucle de la Vistule d’oĂč ils partiront pour longer les Carpates et gagner le Danube.

D’autres peuples encore semblent moins nombreux ou moins remuants : tel est le cas des BructĂšres le long de la Lippe ; des Chauques de part et d’autre de l’estuaire de la Weser ; des HelvĂ©cones, en basse SilĂ©sie ; des Lugiens occupant la haute vallĂ©e de la Warta ; des Marses entre Ruhr et Lippe ; des Ruges Ă  l’est de la PomĂ©ranie orientale ; des Semnons dans l’actuel Brandebourg ; des Turons entre les sources de la Werra et de la Fulda.

Certains groupes sont encore moins nombreux : Les Angrivariens ou Ansibariens entre la basse Weser et l’Ems ; les Chamaves entre l’Ems et la Frise ; les Naristes au nord de Ratisbonne ; les Osiens dans les Carpates blanches.

Enfin l’existence ou la localisation de certains est tellement floue que leur prĂ©sence est controversĂ©e : Les Buriens qui seraient prĂšs des sources de la Vistule ou de l’Oder ; les LĂ©moviens en PomĂ©ranie orientale ; et les Varnes dans l’actuel Holstein ?

Ces peuples tous autant qu’ils sont, et la liste ne se prĂ©tend pas exhaustive, vivent de cueillette et de chasse, en entretenant nĂ©anmoins des troupeaux avec lesquels ils se dĂ©placent le cas Ă©chĂ©ant. Leurs parlers sont inconnus, leurs croyances trĂšs approximativement supposĂ©es proches de celles des Celtes. En rĂ©alitĂ© les Grecs et les Romains les ignorent et les mĂ©prisent mĂȘme s’ils les craignent. D’ailleurs, ils ne les appellent pas Germains, mais le plus souvent barbares (le mot Ă©tant une onomatopĂ©e pour signifier les sortes de borborygmes avec lesquels ils s’expriment).

Revenons sur les Francs que nous avons Ă©voquĂ©s plus haut. Ce peuple occupe une place Ă  part, trĂšs diffĂ©rente de celle tenue par les autres peuples germaniques. Ils apparaissent tardivement, ce sont mĂȘme les derniers citĂ©s : quelques mots concernent des groupes de quelques centaines de guerriers qui suivent les Alamans aprĂšs 235 et jusqu’en 257 oĂč ils se font massacrer en Espagne. Ensuite on les retrouve au milieu du IVe siĂšcle, installĂ©s parmi d'autres Germains (germani cisrhenanie) par les autoritĂ©s romaines comme fĂ©dĂ©rĂ©s en Toxandrie (Germanie infĂ©rieure), soit entre autres l’ouest de la Belgique et le Nord-Pas-de-Calais actuels ; cette installation avait pour but de repeupler un territoire vide d’hommes et de protĂ©ger la frontiĂšre du Rhin. Les Francs saliens s’acquitteront de cette mission de protection de l’Empire avec une fidĂ©litĂ© sans faille. L’historien romain de langue grecque Procope, qui Ă©crit dans les annĂ©es 530-560, les nomme Francs ou Germains ; mais, lorsqu’il parle des autres peuples germaniques (Alamans, SuĂšves, Vandales, Burgondes, Ostrogoths, Wisigoths) il ne dit jamais les germains, mais les barbares ; pour lui, les Francs ne sont plus barbares, ils sont romanisĂ©s ; d’ailleurs, Clovis est consul et Patrice des Romains.

La tentative de conquĂȘte par Rome

Il ne sera ici question que de la grande Germanie, les autres étant déjà traitées dans les articles sur les provinces romaines.

En faisant la conquĂȘte de la Gaule, dans les limites qu’il a lui-mĂȘme dĂ©finies, CĂ©sar porte en occident les frontiĂšres de l’Empire sur le Rhin. Auguste envisage lui de les reporter sur l’Elbe.

CĂ©sar avait tout Ă  gagner Ă  conquĂ©rir la Gaule : rĂ©gion trĂšs riche et trĂšs fertile ; densĂ©ment peuplĂ©e et dĂ©jĂ  bien structurĂ©e dans l’assise de ses peuples et avec surtout une trame Ă©conomique extrĂȘmement bien organisĂ©e en Pagus (les actuels dĂ©partements pour l’essentiel) avec chacun leur capitale : lieu de culte, de commerce, de foire, d’échange, de symbiose druidique et donc de cohĂ©sion culturelle, cultuelle et sociale ; le gain Ă©conomique Ă©tait Ă©vident.

Sur le plan politique la rĂ©ussite permet Ă  CĂ©sar de renforcer son autoritĂ© face Ă  PompĂ©e, et ensuite de s’imposer comme seul maĂźtre Ă  Rome. Enfin, du fait mĂȘme de sa conquĂȘte et de ses incursions outre-Rhin et outre-Manche, CĂ©sar acquiert un prestige militaire qui l’aurĂ©ole de gloire et l’autorise Ă  demander au SĂ©nat le triomphe qu’on ne peut lui refuser.

En revanche, les raisons qui poussent Auguste à vouloir reculer les frontiùres de l’Empire romain sur l’Elbe sont difficiles à saisir.

Sur le plan politique, cette conquĂȘte n’a rien Ă  apporter Ă  Auguste ; aprĂšs sa victoire navale d’Actium en 31 av. J.-C., qui lui permit d’évacuer les prĂ©tentions de Marc Antoine et de ClĂ©opĂątre, Octave (le futur Auguste) est le maĂźtre incontestĂ© du monde connu des Romains : c'est-Ă -dire qu’il est le maĂźtre du monde ; il n’a pas besoin de s’imposer, d’ajouter un titre de plus ; politiquement parlant il n’a aucun intĂ©rĂȘt Ă  conquĂ©rir quoi que ce soit, oĂč que ce soit. Inversement, la campagne militaire Ă  mener est difficile ; si la Gaule de la premiĂšre moitiĂ© du Ier siĂšcle av. J.‑C. est sillonnĂ©e de chemins plus ou moins empierrĂ©s ou renforcĂ©s de madriers qui relient les chefs lieux de tribus les uns aux autres (ce sera la trame des futures voies romaines) il n’en va pas de mĂȘme Ă  l’est du Rhin. Les tribus germaniques n’ont pas de centres urbains, et aucun axe organisĂ© ne traverse la grande Germanie. Les opĂ©rations militaires doivent se dĂ©rouler dans un environnement gĂ©ographique naturellement hostile. L’embuscade qui permet Ă  Arminius de massacrer les lĂ©gions de Varus en l’an 9, en est le triste exemple.

Enfin, d’un point de vue Ă©conomique la Germanie ne prĂ©sente absolument aucun intĂ©rĂȘt Ă  l’époque ; les tribus y sont inorganisĂ©es et improductives ; il n’y a aucun centre structurĂ© d’échange commercial comme il y en avait de nombreux en Gaule ; les zones de plaine au nord (actuels lĂ€nder de Basse-Saxe au nord de Hanovre, Mecklembourg-PomĂ©ranie-Occidentale, moitiĂ© nord de Saxe-Anhalt et Brandebourg en Allemagne ; PomĂ©ranie orientale en Pologne) sont souvent marĂ©cageuses et les terres y sont pauvres ; ce sont des sols siliceux, lessivĂ©s par les glaciations, des podzosols qui ne deviendront productifs qu’avec l’utilisation d’engrais chimiques ; ceux sont Ă  l’époque des terres couvertes de landes Ă  l’ouest dans la zone d’influence ocĂ©anique, de bosquets de bouleaux ou de steppe herbacĂ©e Ă  l’est dans les zones continentales. Les rĂ©gions du centre et du sud (actuels lĂ€nder de RhĂ©nanie-du-Nord-Westphalie Ă  l’est du Rhin, Hesse, Basse-Saxe au sud de Hanovre, Thuringe, moitiĂ© sud de Saxe-Anhalt, Saxe, Bade-Wurtemberg et BaviĂšre au nord du Danube ; auxquels il faut ajouter l’actuelle TchĂ©quie et la SilĂ©sie) sont constituĂ©es de massifs anciens (l’extrĂ©mitĂ© nord est du « V Â» hercynien : massif schisteux rhĂ©nan partie est, le Harz, les monts MĂ©tallifĂšres et des SudĂštes) ; de bassins sĂ©dimentaires disloquĂ©s (bassin souabe et bassin franconien, bassin de BohĂȘme) ; ou de monts et plateaux prĂ©alpins (Jura souabe, plateau bavarois). Toutes ces rĂ©gions sont difficiles de pĂ©nĂ©tration du fait du relief, et qui plus est couvertes d’un tissus forestier extrĂȘmement dense, sans aucun chemin pĂ©renne, infestĂ©es de bĂȘtes fauves, tout juste bonnes Ă  fournir le cirque en lynx, ours et aurochs. La mise en valeur de cet espace est, pour l’époque, impossible Ă  envisager.

Cependant, malgrĂ© toutes les incertitudes dues Ă  la mauvaise connaissance du relief, de la vĂ©gĂ©tation, du climat, de la mouvance des tribus, Auguste voulut conquĂ©rir la grande Germanie. Par consĂ©quent des camps fortifiĂ©s furent construits, lors de l’organisation de la conquĂȘte dans la dĂ©cennie suivant l’installation au pouvoir d’Auguste, allant de Castra Vetera Ă  Birten (Xanten) sur la rive gauche du Rhin jusqu’au coude de l’Elbe prĂšs de l’actuelle Magdebourg. Ce n’était pas de simples fortins, mais des camps romains abritant une lĂ©gion romaine. Ils ont Ă©tĂ© en activitĂ© de leur crĂ©ation entre 16 et 12 av. J.-C. jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 20, voire au milieu des annĂ©es 40 lorsque Claude, revenant de la [Grande] Bretagne (conquise en 43), gagne le Rhin, et avant de donner Ă  Cologne (Colonia Claudia Ara Agrippinensium) son nouveau nom en 50, interdit aux lĂ©gions toute action sur la rive droite du Rhin.

Il s’agit, d’ouest en est sur la rive droite (nord) de la Lippe de Holsterhausen, de Haltern, puis sur la rive gauche (sud) de Oberaden (entre Dortmund et Hamm), du camp mythique d'Aliso et enfin de Kneblinghausen (à vingt kilomùtres au sud sud-est de Lippstadt) à mi chemin de la Lippe et de la Ruhr.

En 16 av. J.-C., Drusus commence les opĂ©rations et atteint l’Elbe en 9 av. J.-C.. AprĂšs ces dĂ©buts prometteurs, du fait sans doute d’un excĂšs de confiance de Varus, et surtout de la trahison d’Arminius (ou Hermann), ancien officier romain d’origine germanique, trois lĂ©gions sont massacrĂ©es dans la forĂȘt de Teutobourg prĂšs de Minden en 9. Germanicus, fils de Drusus, neveu de TibĂšre et frĂšre de Claude venge Varus Ă  Idistaviso, victoire romaine en 16. Idistaviso est une localitĂ© situĂ©e Ă  la Porta Westfalica, au sud de Minden dans le coude de la Weser. Arminius fuit lĂąchement trahissant cette fois les siens. Il sera poursuivi jusque dans la haute vallĂ©e de l’Elbe oĂč il finira massacrĂ© en 20 ou 21 par ses alliĂ©s, peut-ĂȘtre les Marcomans, qu’il s’apprĂȘtait de nouveau Ă  renier. AprĂšs Idistaviso, TibĂšre dĂ©cide d’évacuer la grande Germanie, rĂ©gion forestiĂšre ou marĂ©cageuse naturellement inhospitaliĂšre et sans mise en valeur possible Ă  terme avec les moyens et les besoins du moment.

AprĂšs la dĂ©cision de TibĂšre de limiter les actions en Germanie, l’interdiction est renouvelĂ©e par Claude. NĂ©anmoins, Domitien intervient dans le Taunus au nord de la Hesse actuelle contre les Chattes et les Mattiaques en 83 ; en 89, il prend la dĂ©cision d’occuper militairement les Champs DĂ©cumates qui seront progressivement organisĂ©s et renforcĂ©s jusqu’au rĂšgne de Marc AurĂšle. Celui-ci sera le dernier empereur Ă  intervenir en Germanie lors des deux guerres contre les Marcomans.

La Germanie et Rome

IndĂ©pendamment de cette prĂ©sence romaine Ă©pisodique, les grandes voies commerciales mises en place Ă  la fin du Ier siĂšcle av. J.‑C. sont restĂ©es en activitĂ© sans problĂšmes majeurs au cours des deux premiers siĂšcles aprĂšs J.-C. Il s’agit bien de voies commerciales et non de voies romaines dallĂ©es, drainĂ©es, entretenues. Pour l’essentiel, ces voies suivent les axes hydrographiques, soit longeant les fleuves, soit en suivant un tracĂ© sur une ligne de crĂȘte Ă©vitant les terrains marĂ©cageux des rives elles-mĂȘmes. On va ainsi de l’embouchure de l’Ems, de la Weser, de l’Elbe, de l’Oder et de la Vistule, jusqu’au Danube, en contournant le Harz, en traversant le massif de BohĂšme et les Beskides. Les nĂ©gociants romains vont y chercher de l’ambre, des fourrures, des plumes et du duvet, des peaux, du cuir, des cheveux de femme pour les perruques des riches romaines Ă  la mode, des chevaux, des esclaves, des oies, des porcs, du poisson sĂ©chĂ© ou salĂ©, un peu de fer dans les Beskides et du cuivre en Thuringe. Les marchands vendaient, ou plus exactement troquaient ces produits contre du vin, de l’huile, du verre, des cĂ©ramiques sigillĂ©es, des ustensiles en mĂ©tal, des objets manufacturĂ©s.

Le long de ces axes commerciaux, on note un certain nombre de centres romains qui n’ont donc aucune fonction militaire, mais qui jalonnent les grands trajets, mettant en relation l’Empire avec le monde nordique. Ce commerce avec et Ă  travers la grande Germanie restait malgrĂ© tout d’importance modeste, et n’atteignit jamais l’intensitĂ© du trafic Ă  travers la Gaule, pour se cantonner au seul Occident.

Ces centres remarquables sont :

  • Amisia Ă  l’embouchure de l’Ems, au dĂ©bouchĂ© d’une voie venant de Coblence (Confluentes)
  • Feddersen Wierde, Ă  l’embouchure de la Weser, sur la rive droite face Ă  la mer ; en remontant le fleuve et la Fulda, on gagne la Main et Mayence (Mogontiacum).
  • Laciburgium Ă  l’ouest de bouches de l’Oder permet de rejoindre les Beskides et Vienne (Vindobona) ou Carnuntum un peu plus Ă  l’est ; le long de cet axe se trouve Viritium sur l’Oder prĂšs de l’actuelle jonction avec le Mittelandkanal ; et Stragona en SilĂ©sie (entre Legnica et Wroclaw).
  • Rugium en PomĂ©ranie orientale, actuellement polonaise, sur la mer Baltique, Ă  mi-chemin de l’embouchure de l’Oder et de celle de la Vistule, est en contact commercial maritime soit en contournant le Danemark, soit avec une rupture de charge Ă  Laciburgium.
  • Calisia (actuelle Kalisz) sur la Prosna affluent de la Warta, hors des territoires traditionnellement allemands, mais habitĂ©s Ă  l’époque de peuples germaniques : les Burgondes. Ce centre se situe au milieu de la voie menant de Carnuntum Ă  l’embouchure de la Vistule.
  • Menosgada prĂšs de Lichtenfels Ă  trente kilomĂštres au nord nord-est de Bamberg, prĂšs de la source du Main, est sur la voie allant de Ratisbonne Ă  la Weser en longeant la Werra.

Ainsi, les axes majeurs de l’activitĂ© commerciale se sont maintenus correctement du Ier siĂšcle av. J.‑C. jusqu’au dĂ©but du IIIe siĂšcle voire un peu plus.

On peut dire que sans faire partie de l’Empire en terme politique administratif, la grande Germanie faisait partie de l’Empire en terme Ă©conomique ; elle n’était pas exclue, elle Ă©tait une sorte de zone d’influence romaine ; l’autoritĂ© locale Ă©tait la seule ayant cours selon son usage comme bon lui semblait, mais Ă  la condition tacite que les marchands et marchandises romains puissent circuler librement ; si des abus se manifestaient, les lĂ©gions se manifestaient aussi ; c’est le sens des interventions de Domitien et de Marc-AurĂšle. Seules les migrations des peuples qui dĂ©ferleront une premiĂšre fois sur l’Empire aprĂšs 235, perturberont durablement ces axes. Les tribus germaniques qui vivaient en grande Germanie aux Ier et IIe siĂšcles de notre Ăšre ont Ă©tĂ© les premiĂšres victimes des grandes invasions.

La Germanie durant l'Antiquité tardive

Articles dĂ©taillĂ©s : Germanie franque et Allemagne du Haut Moyen Âge.

DĂšs VIe-VIIIe siĂšcle les Francs imposent peu Ă  peu leur domination aux autres peuples germains. Cette pĂ©riode de Germanie franque prendra fin au dĂ©but du Moyen Âge, lors du dĂ©mantĂšlement de l'Empire carolingien. La Francie orientale nĂ©e de ce scission sera souvent appelĂ©e Royaume de Germanie.

Épitaphe de Cheldofrida, retrouvĂ©e sur les terres de Germanie

La Germanie durant le Moyen Âge

Rois de Germanie

Sources (liste non exhaustive)

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