Georges Louis Leclerc, comte de Buffon

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Georges Louis Leclerc, comte de Buffon

Georges-Louis Leclerc de Buffon

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Portrait de Buffon par François-Hubert Drouais.

Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, nĂ© Ă  Montbard le 7 septembre 1707 et mort Ă  Paris le 16 avril 1788, est un naturaliste, mathĂ©maticien, biologiste, cosmologiste et Ă©crivain français. Ses thĂ©ories ont influencĂ© deux gĂ©nĂ©rations de naturalistes, parmi lesquels notamment Jean-Baptiste de Lamarck et Charles Darwin. La localitĂ© Ă©ponyme Buffon, dans la CĂŽte-d'Or, fut la seigneurie de la famille Leclerc.

Sommaire

Sa vie

Une jeunesse mouvementée

Son pĂšre se nomme Benjamin Leclerc, prĂ©sident du grenier Ă  sel de Montbard, et sa mĂšre Anne-Christine Marlin. Ils sont mariĂ©s depuis un an lorsque Georges-Louis vient au monde. Il se prĂ©nomme Georges en l’honneur de son parrain et grand-oncle Georges-Louis Blaisot (mort en 1714), collecteur des impĂŽts du duc de Savoie, et Louis en l’honneur de son grand-pĂšre, Louis Leclerc, procureur du roi et juge prĂ©vĂŽt. La famille habite prĂšs de la porte de la Boucherie qui commande l’une des portes de Montbard, sur la route de ChĂątillon et de Dijon. La famille s’agrandit, naissent ainsi Jean-Marc en 1708, Jeanne en 1710, Anne-Madeleine en 1711 et Claude-Benjamin en 1712.

Son pĂšre hĂ©ritant, en 1717, de la fortune accumulĂ©e par Georges-Louis Blaisot, achĂšte les propriĂ©tĂ©s de la seigneurie de Buffon, situĂ©e Ă  six kilomĂštres de Montbard, Ă  Jean Bouhier, prĂ©sident du parlement de Bourgogne et lettrĂ© notoire. Benjamin Leclerc acquiert Ă©galement une charge de commissaire gĂ©nĂ©ral des marĂ©chaussĂ©es qu’il revend trois ans plus tard pour une charge de conseiller au parlement de Dijon. La famille dĂ©mĂ©nage alors Ă  Dijon.

AprĂšs des Ă©tudes au collĂšge des jĂ©suites de Dijon, Buffon Ă©tudie le droit et obtient sa licence en 1726. PrĂ©fĂ©rant les sciences, et au grand mĂ©contentement de sa famille, il part Ă©tudier les mathĂ©matiques et la botanique Ă  Angers en 1728. LĂ , il se plonge dans les mathĂ©matiques, lit Newton, suit des cours de mĂ©decine, mais, ayant tuĂ© en duel un jeune officier croate, il se voit contraint de quitter l’universitĂ©. Il se rĂ©fugie Ă  Dijon ou Ă  Nantes, oĂč il rencontre le duc de Kingston, jeune aristocrate anglais qui parcourt l’Europe avec son prĂ©cepteur Nataniel Hickman, et avec lequel il se lie d’amitiĂ©. Il dĂ©cide de les suivre dans leur pĂ©riple, qui les mĂšne Ă  La Rochelle, Bordeaux, Toulouse, BĂ©ziers, Montpellier, puis en Italie, par Turin, Milan, GĂȘnes, Florence, Rome. Il ne s’intĂ©resse guĂšre aux monuments et sa correspondance ne parle que de ripailles et de fĂȘtes, parfois ponctuĂ©es de brillantes thĂ©ories mathĂ©matiques.

L’ambitieux à Paris

Son voyage est interrompu en 1731, au dĂ©cĂšs de sa mĂšre, et il s’installe Ă  Paris l’annĂ©e suivante, soucieux de s’éloigner de son pĂšre, remariĂ© Ă  sa grande fureur. À vingt-cinq ans, il est dĂ©cidĂ© Ă  rĂ©ussir, commençant Ă  signer Buffon. Il se loge au faubourg Saint-Germain, chez Gilles-François Boulduc, premier apothicaire du roi, professeur de chimie au Jardin Royal des Plantes et membre de l’AcadĂ©mie des Sciences. Ses premiers travaux portent sur les mathĂ©matiques, son domaine de prĂ©dilection, et il prĂ©sente en 1733 un mĂ©moire Ă  l’AcadĂ©mie des Sciences, dont Maupertuis et Clairaut en font un compte rendu Ă©logieux. Ce mĂ©moire Sur le jeu du franc-carreau introduit pour la premiĂšre fois le calcul diffĂ©rentiel et le calcul intĂ©gral en probabilitĂ©.

C’est Ă  cette Ă©poque qu’il correspond avec le mathĂ©maticien suisse Gabriel Cramer. Il traduit de l’anglais plusieurs ouvrages de gĂ©omĂ©trie d’Isaac Newton et de botanique de Stephen Hales. Il fait la connaissance de Voltaire et d’autres intellectuels, et entre Ă  l’AcadĂ©mie des Sciences, Ă  l’ñge de 26 ans. ProtĂ©gĂ© par de nombreux appuis, notamment le Comte de Maurepas, Louis XV le nomme au poste d’adjoint dans la section mĂ©canique.

Maurepas, Ministre de la Marine, demande en 1733 Ă  l’AcadĂ©mie une Ă©tude sur les bois utilisables pour la construction de navires. Faute de moyens, les commissaires nommĂ©s initialement se rĂ©cusent, mais Buffon, exploitant forestier Ă  Montbard, est lĂ . Il multiplie les expĂ©riences et rĂ©dige un compte rendu des plus complets, ce qui lui donne l’appui du duc de CondĂ© (en lui fournissant des Ă©chantillons de minĂ©raux bourguignons et en le recevant fastueusement Ă  Montbard). Maurepas lui propose la surintendance de toutes les forĂȘts de son domaine, mais il refuse.

En 1735, il traduit un ouvrage du biologiste Stephen Hales Vegetable Staticks, qu’il annote abondamment, oĂč il prend dĂ©libĂ©rĂ©ment parti contre la science cartĂ©sienne, partisane des systĂšmes et thĂ©ories raisonnĂ©es, purement intellectuelles, prenant parti pour l’observation et l’expĂ©rience, suivant en cela un courant de pensĂ©e de ce dĂ©but du siĂšcle. Anglophile, il correspond abondamment avec plusieurs savants, et sĂ©journe Ă  Londres en 1738, assez briĂšvement, mais se fera Ă©lire Ă  la Royal Society en 1739.

En 1738, lors d’une sĂ©ance, il montre Ă  l’AcadĂ©mie son ouvrage Moyen facile d’augmenter la soliditĂ©, la force et la durĂ©e du bois. Mais Henri Louis Duhamel du Monceau, agronome Ă©minent, y voit un plagiat de son mĂ©moire Ă  venir : Diverses tentatives pour parvenir Ă  augmenter la duretĂ© ou l’intensitĂ© du bois. Il s’est fait un ennemi de taille.

AprĂšs une admirable campagne de relations publiques auprĂšs de son prĂ©dĂ©cesseur mourant, Dufay, il devient intendant du Jardin du roi (aujourd’hui et depuis la rĂ©volution Jardin des Plantes) en 1739, supplantant une fois encore Duhamel du Monceau. Enfin Ă©tabli, il partagera dĂ©sormais son temps, jusqu’à la fin de sa vie, entre sa propriĂ©tĂ© de Montbard, vivant tranquillement et rĂ©digeant son Ɠuvre, et Paris, oĂč il administre le Jardin des Plantes et entretient son image Ă  la Cour.

Au Jardin des Plantes

De jardin d’apothicaire, il transforme le Jardin des Plantes en centre de recherche et en musĂ©e, faisant planter des arbres de toutes origines, qu’on lui fait parvenir du monde entier. DĂšs lors, il se consacre tout entier Ă  l’histoire naturelle. Profitant des ressources que lui offre le grand Ă©tablissement qu’il dirige et qu’il ne cesse d’enrichir, il entreprend de tracer le tableau de la nature entiĂšre. Excellent administrateur, propriĂ©taire terrien et juriste de formation, il agrandira considĂ©rablement le parc, d’environ un tiers, Ă  partir de 1771, vers l’ouest et vers la Seine, en faisant exproprier, parfois violemment, les anciens propriĂ©taires.

Buffon n’enseigne pas, et ne semble pas s’y intĂ©resser (il ne dĂ©finit pas lui-mĂȘme les programmes) mĂȘme s’il s’entoure de brillants pĂ©dagogues et d’excellents praticiens : Louis Guillaume Le Monnier, botaniste et futur premier mĂ©decin de Louis XVIII, Antoine Laurent de Jussieu, biologiste, Pierre Joseph Macquer et Fourcroy en chimie, Jacques-BĂ©nigne Winslow, Antoine Ferrein, Antoine Petit et Antoine Portal en anatomie. Buffon forme ainsi une cour de matiĂšre grise autour de lui, attirant savants des plus renommĂ©s, qui amĂšnent avec eux toutes leurs familles.

Buffon gĂšre en outre le Cabinet d’Histoire Naturelle du roi, dont il va faire la plus riche des collections d’Europe, un creuset scientifique, dont sortiront les galeries du MusĂ©um actuel. Il l’agrandit entre 1740 et 1780, les travaux Ă©tant conduits par l’architecte Latouche. Il profite de toutes les occasions pour enrichir le cabinet, ouvert au public : dons, retours de grands voyageurs exotiques, tels que Bougainville, Pierre Sonnerat ou Joseph Dombey, acquisitions de piĂšces d’intĂ©rĂȘt (il gĂšre admirablement les crĂ©dits du Jardin), obtentions de collections de dĂ©funts (ainsi celle de RĂ©aumur, que Louis XV lui accorde, alors que RĂ©aumur dĂ©sirait la cĂ©der Ă  l’AcadĂ©mie des Sciences). La renommĂ©e de Buffon et de son cabinet est telle qu’à la fin de sa vie les plus grands souverains, FrĂ©dĂ©ric II de Prusse, Catherine II, les rois de Danemark et de Pologne, lui font des dons prestigieux. (Louis XV lui fait porter une caille blanche qu’il a tuĂ©e Ă  la chasse). Et malgrĂ© les vives critiques sur l’organisation de la collection, elle remporte tous les mardi et jeudi un vif succĂšs auprĂšs des visiteurs, qui dĂ©couvrent des curiositĂ©s dans un capharnaĂŒm magique : de grands poissons naturalisĂ©s pendent au plafond, des reptiles sĂ©chĂ©s sont placĂ©s entre les pattes d’un immense zĂšbre.

Quand il monte Ă  Paris, Buffon a ses entrĂ©es Ă  la cour : Louis XV et Louis XVI l’ont toujours soutenu, la marquise de Pompadour l’apprĂ©ciait Ă©normĂ©ment (on lui prĂȘte ces mots « Vous ĂȘtes un joli garçon Monsieur de Buffon, on ne vous voit jamais ! Â» et elle lui envoya peu de temps avant sa mort ses animaux familiers pour enrichir le patrimoine de Montbard). Il bĂ©nĂ©ficie de nombreux soutiens politiques, tel celui d’Amelot de Chaillou, soutiens qui lui permettront d’ĂȘtre seul maĂźtre au Jardin du Roi pendant cinquante annĂ©es. Mais Buffon n’est pas un courtisan : il se frotte Ă  la politique avec prĂ©caution et ne rentre pas dans les intrigues de la Cour. Et s’il reste monarchiste toute sa vie (comme beaucoup Ă  cette Ă©poque, il ne conçoit pas d’autres rĂ©gimes possibles), il a toujours pris soin de mettre une certaine distance entre le pouvoir royal et lui.

Ses relations avec les savants de son Ă©poque sont bien plus difficiles et il s’oppose souvent Ă  eux, par exemple avec Carl von LinnĂ©, dont il conteste la mĂ©thode de classification[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Il accueille avec scepticisme les travaux de Lazzaro Spallanzani ou de Charles Bonnet[rĂ©f. nĂ©cessaire], car pour Buffon, les variations entre espĂšces sont dues Ă  des dĂ©gĂ©nĂ©rescences. En 1744 il est nommĂ© trĂ©sorier perpĂ©tuel de l’AcadĂ©mie des Sciences, dont il profite allĂšgrement des privilĂšges, mais ne tarde pas Ă  prendre ses distances avec le cĂ©nacle scientifique parisien. On le taxe en effet d’individualisme et de hauteur. Quelqu’un dira de lui : « M. de Buffon ne vient Ă  Paris que pour toucher ses pensions et prendre les idĂ©es de ses confrĂšres de l’AcadĂ©mie. Â»

L'Histoire naturelle, son Ɠuvre majeure, dont les premiers volumes paraissent en 1749, l’occupera toute sa vie. PlacĂ© par cet ouvrage au premier rang des Ă©crivains de son siĂšcle aussi bien que des savants, Buffon reçoit rĂ©compenses et honneurs en tout genre : il est Ă©lu membre de l’AcadĂ©mie française en 1753, oĂč il prononce le fameux Discours sur le style[1]. Il ne paraĂźtra que trĂšs rarement avec les Quarante, et plus jamais Ă  partir de 1782, Ă  l’élection de Condorcet, dĂ©testĂ© rival de son ami Jean Sylvain Bailly (1736-1793). Il dira d’ailleurs de lui : « Condorcet Ă©lu ! Mais Condorcet n’a jamais fait que des vers dans les ruelles de femmes ! Â»[rĂ©f. nĂ©cessaire] (on peut noter qu’ironiquement c’est Condorcet qui prononcera plus tard l’éloge funĂšbre de Buffon Ă  l’AcadĂ©mie des sciences, dans un style faussement Ă©logieux[rĂ©f. nĂ©cessaire]).

Il fraie en outre avec les grands esprits de son temps, et notamment les philosophes des LumiĂšres, avec qui il partage le scepticisme religieux, le matĂ©rialisme et l’amour de la raison contre le mysticisme. Mais il s’oppose Ă  eux sur le plan social et politique : Buffon est un conservateur et un monarchiste. On[rĂ©f. nĂ©cessaire] lui prĂȘtera d’ailleurs ce mot, vers la fin de sa vie, aux derniers temps de l’Ancien RĂ©gime : « Je vois venir un mouvement terrible, et personne pour le diriger. Â»{ Grand ami des encyclopĂ©distes (Diderot le compare Ă  LucrĂšce et Platon) auxquels il a promis de rĂ©diger l’article « Nature Â», qu’il ne fera jamais, il finit par se brouiller avec D'Alembert Ă  propos de Bailly et Condorcet[rĂ©f. nĂ©cessaire]. À ses premiers temps au Jardin du Roi on a pu le voir dans les salons parisiens, chez Marie-ThĂ©rĂšse Geoffrin ou Louise d’Épinay, chez Julie de Lespinasse ou chez le baron d'Holbach, oĂč il a pu converser avec Voltaire, Montesquieu, Fontenelle, Marivaux
 Mais il est devenu petit Ă  petit solitaire, a dĂ©laissĂ© les salons, puis Paris, pour sa vie tranquille Ă  Montbard.

L’homme de Montbard

À Montbard, Buffon habite la maison paternelle, qu’il agrandit pour en faire un hĂŽtel spacieux et confortable. De mĂȘme qu’à Paris, il agrandit son domaine par des annexions de droit seigneurial, prenant terres, ruines et chĂąteau, au grand dam des mairies de Buffon et de Montbard qui entreront en procĂ©dure. Il est cependant un seigneur bon et gĂ©nĂ©reux, n’hĂ©sitant pas Ă  offrir bien des dons et des aides Ă  sa commune. Certes il ne mĂ©nage pas ses crĂ©anciers, faisant valoir tous ses droits et privilĂšges de noble personne, faisant monter son patrimoine Ă  plus de 1 000 hectares et son revenu Ă  prĂšs de 80 000 livres par an, sans les recettes de son Ɠuvre littĂ©raire. Scrupuleux, il Ă©crira : « Depuis trente ans, j’ai mis un si grand ordre dans l’emploi de ma fortune et dans celui de mon temps, que j’ai toujours de l’argent en rĂ©serve et du temps Ă  donner Ă  mes amis. Â»

Il se marie en 1752, Ă  l’ñge de 45 ans, Ă  Marie-Françoise de Saint-Belin Malain, jeune femme de noblesse ruinĂ©e de 19 ans. Cette femme voue une grande affection Ă  son mari qui l’a arrachĂ©e au couvent, mĂȘme s’il n’est pas d’une extrĂȘme fidĂ©litĂ©. Elle meurt en 1769 Ă  la suite d’une mauvaise chute de cheval. Ils eurent une fille morte-nĂ©e et un fils, Georges Louis Marie, dit « le Buffonet Â», qui finira sur l’échafaud rĂ©volutionnaire en 1794, sans postĂ©ritĂ©. En outre, Buffon abrite, entre 1770 et 1775, son pĂšre, veuf pour la seconde fois et avec qui les rapports sont toujours aussi difficiles, et il accueille rĂ©guliĂšrement ses demi-frĂšres et sƓurs, Pierre, le « chevalier de Buffon Â», et Antoinette, Ă©pouse de Benjamin Edme Nadault, conseiller au Parlement de Bourgogne. Buffon reçoit rĂ©guliĂšrement familiers ou visiteurs, parmi lesquels Jean-Jacques Rousseau, Claude-Adrien HelvĂ©tius, Marie Jean HĂ©rault de SĂ©chelles, Georges Louis Daubenton, maire de Montbard, et Philippe GuĂ©neau.

L’hĂŽtel est gouvernĂ© par Marie Blesseau, paysanne ignare, qui fut probablement trĂšs proche du comte, Ă  la tĂȘte d’une dizaine de domestiques[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Buffon possĂšde en outre un secrĂ©taire particulier, d’abord TrĂ©court puis Humbert-Bazile, et un chapelain, le pĂšre Ignace Bougot, Buffon devenant peu Ă  peu dĂ©iste. Buffon a un emploi du temps bien rĂ©glĂ© : lever vers huit heures, rĂ©veillĂ© par son domestique Joseph (auquel Buffon avait promis un Ă©cu Ă  chaque fois qu’il le ferait lever Ă  l’heure, en gĂ©nĂ©ral cinq heures du matin, Ă©cu gagnĂ© une seule fois, Ă  coup de seau d’eau froide ; Buffon dĂ©clara : « Je dois Ă  Joseph trois ou quatre tomes de l’Histoire Naturelle Â»), travail et rĂ©daction quatre ou cinq heures avec son secrĂ©taire, dĂ©jeune de 14 Ă  16 heures le plantureux repas de son excellent cuisinier GuĂ©neau (ce qui lui devra de furieuses crises de gravelle), sieste puis promenade, travail de nouveau Ă  partir de 17 heures, en administration et gestion, pas de dĂźner, court passage au salon s’il y a des invitĂ©s, puis coucher vers 22 heures.

Mais Buffon reste avant tout un scientifique naturaliste : qu’il soit Ă  Paris ou Ă  Montbard, c’est son Histoire Naturelle qui lui prend tout son temps. Trente-cinq tomes paraĂźtront avant sa mort. À Montbard, il entretient des voliĂšres et Ă©lĂšve en semi-libertĂ© quelques animaux (loup, renard, blaireau), qui lui fourniront de la documentation pour son Ă©tude et seront parfois de malheureux sujets d’expĂ©riences. Il affectionne une magnifique pĂ©piniĂšre, sujet d’étude et prĂ©texte Ă  gĂ©nĂ©rositĂ© (sur ordre royal un quota de fruits doit ĂȘtre distribuĂ© aux pauvres). En outre, il observe la nature et, sans le savoir, pose les bases de l’écologie : il note l’importance de certaines espĂšces dans la chaĂźne alimentaire, ou remarque le rĂŽle des oiseaux dans la dispersion des graines d’arbres. En 1747, fascinĂ© par le rapport entre la lumiĂšre et la chaleur, il prouvera au chĂąteau de la Muette, en prĂ©sence du roi, lors d’une vĂ©ritable exhibition, la rĂ©alitĂ© des miroirs ardents d’ArchimĂšde) devant un public composĂ© de gens de qualitĂ©. En 1752, il vĂ©rifie les hypothĂšses de Benjamin Franklin sur la foudre et l’électricitĂ© en installant un paratonnerre sur sa demeure. Il gĂšre aussi une forge.

Il devient comte de Buffon en 1773. En 1776, Louis XVI commande une statue de lui au sculpteur Augustin Pajou, Ă©rigĂ©e Ă  l’entrĂ©e du MusĂ©um d’histoire naturelle avec l’inscription : Majestati NaturĂŠ par ingenium. Il meurt finalement en 1788, d’une ultime crise de gravelle, quelques mois avant le dĂ©but de la RĂ©volution française.

Son Ɠuvre

« C’est par des expĂ©riences fines, raisonnĂ©es et suivies, que l’on force la nature Ă  dĂ©couvrir son secret ; toutes les autres mĂ©thodes n’ont jamais rĂ©ussi... Les recueils d’expĂ©riences et d’observations sont donc les seuls livres qui puissent augmenter nos connaissances. Â»

— PrĂ©face de Buffon Ă  sa traduction de la Statique des vĂ©gĂ©taux de Stephen Hales[rĂ©f. nĂ©cessaire]

Buffon a traduit en outre la ThĂ©orie des fluxions de Isaac Newton et il a composĂ© des mĂ©moires. Dans son Discours sur le style, qu’il prononça pour sa rĂ©ception Ă  l’AcadĂ©mie française, il Ă©crit : « Le style est l’homme mĂȘme Â».

L'Histoire naturelle

Buffon est surtout cĂ©lĂšbre pour son Ɠuvre majeure, l'Histoire naturelle, gĂ©nĂ©rale et particuliĂšre, avec la description du Cabinet du Roy, en 36 volumes parus de 1749 Ă  1789, dont huit aprĂšs sa mort, grĂące Ă  Bernard LacĂ©pĂšde. Il y a inclus tout le savoir de l’époque dans le domaine des sciences naturelles. C’est dans cet ouvrage qu’il relĂšve les ressemblances entre l’homme et le singe et la possibilitĂ© d’une gĂ©nĂ©alogie commune. L’attention que Buffon accorde Ă  l’anatomie interne le place parmi les prĂ©curseurs de l’anatomie comparative. « L’intĂ©rieur, dans les ĂȘtres vivants, est le fond du dessin de la nature Â», Ă©crit-il dans les QuadrupĂšdes.

L’Histoire naturelle, qui devait embrasser tous les rĂšgnes de la nature, ne comprend que les minĂ©raux et une partie des animaux (quadrupĂšdes et oiseaux). Elle est accompagnĂ©e d’une ThĂ©orie de la Terre, de Discours en forme d’introduction, et de supplĂ©ments parmi lesquels se trouvent les Époques de la nature, un des plus beaux ouvrages de l’auteur.

Parmi ses collaborateurs, il faut citer, pour les quadrupĂšdes, Louis Jean-Marie Daubenton, qui se chargea de la partie des descriptions anatomiques, remplacĂ© plus tard, pour les oiseaux, par Philippe GuĂ©neau de Montbeillard, auquel s’adjoignent, Ă  partir de 1767, BarthĂ©lemy Faujas de Saint-Fond, l’abbĂ© Bexon et Charles-Nicolas-Sigisbert Sonnini de Manoncourt.

Buffon attachait beaucoup d’importance aux illustrations, qui furent assurĂ©es par Jacques de SĂšve pour les quadrupĂšdes et François-Nicolas Martinet pour les oiseaux. PrĂšs de 2000 planches parsĂšment en effet l’Ɠuvre, reprĂ©sentant les animaux avec un fort souci esthĂ©tique et anatomique, dans des dĂ©cors oniriques et mythologiques.

L’Histoire naturelle connut un succĂšs immense, presque aussi importante que l’EncyclopĂ©die de Diderot, qui parut Ă  la mĂȘme Ă©poque. Les deux premiers volumes, la ThĂ©orie de la terre et l’Histoire naturelle de l’homme, connurent trois rĂ©Ă©ditions successives en six semaines. L'ouvrage fut traduit rapidement en anglais, puis en allemand (1750-1754), en nĂ©erlandais (1775), en espagnol (1785-1791). On en fit quelques Ă©ditions abrĂ©gĂ©es Ă  partir de 1799, plus nombreuses, pour les enfants, au XIXe siĂšcle[2].

L’ouvrage connaĂźt bien des dĂ©tracteurs : on reproche Ă  Buffon son style ampoulĂ© et emphatique, qui n’est pas adaptĂ© Ă  un traitĂ© scientifique, et surtout un trop grand anthropomorphisme.

Cette encyclopĂ©die est dĂ©coupĂ©e en 36 volumes :

  • trois volumes en 1749 : De la maniĂšre d’étudier l’histoire naturelle suivi de la ThĂ©orie de la Terre, Histoire gĂ©nĂ©rale des animaux et Histoire naturelle de l’homme ;
  • douze volumes sur les quadrupĂšdes (de 1753 Ă  1767) ;
  • neuf volumes sur les oiseaux (de 1770 Ă  1783) ;
  • cinq volumes sur les minĂ©raux (de 1783 Ă  1788), le dernier contient le TraitĂ© de l’aimant, dernier ouvrage de Buffon ;
  • sept volumes de supplĂ©ments dont les Époques de la nature (Ă  partir de 1778).

L’Histoire naturelle est imprimĂ©e d’abord Ă  l’Imprimerie royale en 36 volumes 1749-1788. Buffon rachĂšte ensuite les droits de son Ɠuvre. Elle est continuĂ©e par LacĂ©pĂšde, qui dĂ©crit les ovipares, les serpents, les poissons, les cĂ©tacĂ©s 1786-1804. On a depuis rĂ©imprimĂ© bien des fois Buffon et ses Suites.

Rapport Ă  l’EncyclopĂ©die

Son Histoire naturelle est souvent comparĂ©e Ă  l’EncyclopĂ©die ou Dictionnaire raisonnĂ© des sciences, des arts et des mĂ©tiers, sur le principe de la diffusion du savoir liĂ© Ă  l’époque des LumiĂšres, mais surtout en termes de notoriĂ©tĂ© et de nombre d’exemplaires imprimĂ©s.

Pourtant, les deux ouvrages trĂšs dissemblables sont loin d’ĂȘtre en concurrence, et Buffon avait d’abord acceptĂ© de participer Ă  l’EncyclopĂ©die. Il finit par se retirer du projet comme plusieurs autres personnages illustres de l’époque tels que Jean-Jacques Rousseau, qui, lui, avait nĂ©anmoins rĂ©digĂ© de nombreux articles.

Il devait participer aux articles de sciences, et en particulier ceux concernant l’histoire naturelle qui ont finalement Ă©tĂ© attribuĂ©s Ă  Daubenton, un grand prĂ©curseur de l’anatomie comparĂ©e. L’influence rĂ©ciproque de ces deux scientifiques originaires de Montbard est grande, puisque, avant de se fĂącher, ils travaillĂšrent ensemble, notamment pendant dix ans Ă  la mise Ă  jour de l’Histoire naturelle des animaux.

Les théories scientifiques de Buffon

Buffon est un penseur qui a embrassĂ© tous les domaines de l’histoire naturelle. Tous ses Ă©crits y sont rattachĂ©s, mĂȘme le Discours sur le style dans les SupplĂ©ments. Ses thĂ©ories, parfois erronĂ©es, sont fondĂ©es sur l’observation et l’expĂ©rience, souvent opposĂ©es aux idĂ©es gĂ©nĂ©rales de son temps. En outre, il Ă©tale ses rĂ©flexions sur prĂšs de cinquante ans, ce qui l’amĂšne, de temps Ă  autre, Ă  se contredire lui-mĂȘme, bien que sa ligne de pensĂ©e reste inchangĂ©e.

  • L’étude de l’histoire naturelle : pour Buffon, il ne s’agit ni de raisonner purement dans l’abstrait, ni d’accumuler les faits sans raisonner. Il faut accumuler observations et expĂ©riences, et en tirer des conclusions qui permettent de « s’élever Ă  quelque chose de plus grand et plus digne Â». Il est nĂ©cessaire, pour un naturaliste, non seulement d'ĂȘtre d'un esprit minutieux attachant de l’importance Ă  chaque dĂ©tail, mais aussi de pouvoir embrasser une vue d’ensemble. Il rĂ©cuse en outre l’intervention de vues religieuses (il sĂ©pare la recherche de la croyance, bien qu’évoluant lui-mĂȘme vers une foi plus profonde), des rĂ©flexions mĂ©taphysiques et des mathĂ©matiques, inaptes Ă  traduire le concret, bien qu’il fĂ»t lui-mĂȘme un mathĂ©maticien parmi les plus douĂ©s.
  • Histoire de la Terre : depuis Descartes, Buffon est le seul Ă  oser Ă©voquer la naissance de l’Univers et de la Terre, et ce Ă  l'encontre les dogmes de l’Église. En effet, ses observations sur des couches de calcaire de plusieurs kilomĂštres lui firent comprendre qu'elles Ă©taient le rĂ©sultat de la sĂ©dimentation du fond des mers: il recule alors, l’ñge de six mille ans Ă©tabli par les textes bibliques pour la crĂ©ation de la Terre, Ă  plus de cent mille ans. Il va mĂȘme jusqu’à l'Ă©tablir Ă  trois millions d’annĂ©es, avant de revenir Ă  un Ăąge plus raisonnable. Il distingue ensuite plusieurs pĂ©riodes, selon une Ă©volution linĂ©aire contre le « catastrophisme Â» de Cuvier, considĂ©rant le temps comme « grand ouvrier de la Nature Â» : la planĂšte est d’abord un globe en fusion (premiĂšre pĂ©riode), qui en se refroidissant forme des rides, le relief (deuxiĂšme pĂ©riode), puis les eaux recouvrent la quasi-totalitĂ© des terres (troisiĂšme pĂ©riode), et dans cet ocĂ©an primitif, se forment les premiers animaux (quatriĂšme pĂ©riode), d'aprĂšs les coquillages retrouvĂ©s dans les montagnes des Alpes ; les volcans fissurent ensuite l’écorce terrestre, oĂč s’engloutissent les eaux, et la vie se dĂ©veloppe ainsi sur les terres Ă©mergĂ©es, partant du nord vers le sud (cinquiĂšme pĂ©riode); les continents se disloquent et deviennent tels qu’on les connaĂźt aujourd’hui (sixiĂšme pĂ©riode); et enfin, l’homme apparaĂźt (septiĂšme pĂ©riode). Buffon connaĂźt l’existence d’espĂšces disparues : les mammouths, les rhinocĂ©ros d’Europe. Et si sa cosmogonie comporte bien des erreurs, il reste un des fondateurs de la gĂ©ologie moderne, et certaines de ses suppositions ont inspirĂ©s des modĂšles actuels, comme la dĂ©rive des continents.
  • L’homme : encore une fois Buffon va contre la religion : il place dĂ©libĂ©rĂ©ment l’homme au cƓur du rĂšgne animal, et mĂȘme s’il convient qu’il ne faut pas s’arrĂȘter Ă  l’aspect extĂ©rieur, l’homme ayant une Ăąme douĂ©e de raison qui le place au sommet de la crĂ©ation, il affirme que l’homme est semblable aux animaux par sa physiologie. Par son Ă©rudition il fracasse bien des prĂ©jugĂ©s : il existe autant de variĂ©tĂ©s d’hommes noirs que d’hommes blancs ; aprĂšs plusieurs gĂ©nĂ©rations, un groupe d’hommes blancs dans un environnement particulier deviendrait noir ; il n’existe qu’une seule espĂšce humaine, et non plusieurs. Il en conclut que les variĂ©tĂ©s humaines sont issues d’une souche initiale qui s’est adaptĂ©e, selon les milieux qu'elles habitent.
  • Les animaux : c’est la plus grande partie de son Ɠuvre, face aux quelques livres sur les minĂ©raux et sur les vĂ©gĂ©taux qu’il n’a pas eu le temps de rĂ©diger. Certes, il n’a pas pu voir toutes les espĂšces dont il parle, mais il dispose de comptes rendus de zoologistes et de voyageurs. Il dĂ©veloppe pour chaque animal une fiche dĂ©taillĂ©e : description gĂ©nĂ©rale, illustration, description anatomique. Il lie en outre les espĂšces entre elles et remarque le lien entre organes et fonction : les carnivores ont des griffes et des dents tranchantes, les herbivores des sabots et des dents plates... Il use rĂ©guliĂšrement de l’anatomie comparĂ©e, comparant le sabot d’un cheval et la main humaine. Il Ă©tablit une hiĂ©rarchie dans les caractĂšres qui rapprochent les animaux : le systĂšme nerveux prime sur le tube digestif. Il rapproche les espĂšces de diffĂ©rents continents, qui ont variĂ©s diffĂ©remment. Bref il adopte une nouvelle maniĂšre de voir et d’étudier la zoologie. Et si sa volontĂ© de ne pas classer les animaux selon leurs diffĂ©rents critĂšres biologiques, mais selon une suite logique qui part de l’homme, entraĂźne un anthropomorphisme ombrageux, il reste un des prĂ©curseurs du transformisme, avec sa thĂ©orie pessimiste de la dĂ©gĂ©nĂ©ration, Ă©loignĂ©e de l’évolution de Darwin : il pense que toutes les espĂšces actuelles sont issues du lot initial, et certaines ont ensuite dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©: par exemple le cheval serait devenu Ăąne. La dĂ©gĂ©nĂ©ration n’est pas exactement identique Ă  la dĂ©gĂ©nĂ©rescence en ceci qu’elle est rĂ©versible : si on replaçait l’animal dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© dans un environnement favorable, il reprendrait, au fil de plusieurs gĂ©nĂ©rations, son aspect normal. La dĂ©gĂ©nĂ©ration n’atteindrait donc pas l’essence mĂȘme de l’ĂȘtre vivant en question.

RĂŽle et portĂ©e de son Ɠuvre

Surtout depuis son discours d’acadĂ©micien, on s’accorde universellement Ă  regarder les Ă©crits de Buffon comme un modĂšle de style ; on reconnaĂźt aussi qu’il a fidĂšlement dĂ©crit les mƓurs et les traits caractĂ©ristiques des animaux, qu’il a fait faire Ă  l’histoire naturelle des progrĂšs, tant par son point de vue novateur que par la multitude de ses recherches, et qu’il a rendu d’immenses services en rassemblant une foule de matĂ©riaux Ă©pars, et en propageant en France le goĂ»t pour l’étude de la nature.

Buffon est un des premiers vulgarisateurs scientifiques et un vrai patron d’entreprise Ă©ditoriale Ă  succĂšs. Il Ă©crit pour les femmes, ne veut jamais dĂ©plaire, prĂ©fĂšre souvent le style et l’anecdote Ă  la contribution scientifique solide : son entrain ? Son modĂšle ? Peut-ĂȘtre les discussions Ă  bĂątons rompus qu’il avait en se promenant dans ses forĂȘts Ă  Montbard, avec Jean Nadault, fin connaisseur de la nature et de ses « histoires Â». Un grand amateur de Buffon, Sainte-Beuve, est sensible Ă  cet art de la mise en scĂšne : « OĂč Ă©tiez-vous, disait Dieu Ă  Job, lorsque je jetais les fondements de la terre ? M. de Buffon semble nous dire sans s’émouvoir : J’étais lĂ  ! Â»[3] Â».

Grand admirateur de Buffon, HonorĂ© de Balzac le cite comme « un des plus beaux gĂ©nies en histoire naturelle Â»[4]. Et il se rĂ©clame de lui pour illustrer le systĂšme scientifique qu'il a appliquĂ© dans la ComĂ©die humaine, Ă  savoir la sociologie conçue sur le modĂšle de la zoologie : « Si Buffon a fait un magnifique ouvrage en essayant de reprĂ©senter dans un livre l’ensemble de la zoologie, n’y avait-il pas une Ɠuvre de ce genre Ă  faire pour la sociĂ©tĂ©?[4] Â»

Mais, malgrĂ© son retentissement, et le rĂŽle qu’elle joue dans la diffusion des connaissances scientifiques, l’Ɠuvre souffre de plusieurs lacunes. Tout d’abord, Buffon n’est pas un systĂ©maticien, ce qui le conduit Ă  prĂ©senter les groupes de façon rudimentaire. Il s’attarde notamment sur les espĂšces les plus connues, et ne mentionne guĂšre les autres qu’au passage. On[rĂ©f. nĂ©cessaire] lui reproche d’avoir dĂ©daignĂ©, ou mĂȘme proscrit, les classifications scientifiques, sans lesquelles il n’y a pourtant ni ordre ni clartĂ©. Il n’est pas un observateur trĂšs fiable, ce qui le conduit Ă  de nombreuses erreurs comme de confondre l’engoulevent et l'hirondelle, ou prĂ©tendre que les martinets sont « eux aussi, de vĂ©ritables hirondelles, et Ă  bien des Ă©gards, plus hirondelles que les hirondelles elles-mĂȘmes Â»[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Buffon et ses collaborateurs pillent les Ɠuvres de leurs prĂ©dĂ©cesseurs, d’Aristote Ă  Pline, de Belon Ă  Gessner[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Certes, des informations nouvelles, venant souvent de correspondants lointains, leur fournissent des observations souvent inĂ©dites. Enfin, les auteurs privilĂ©gient des formulations propres Ă  attirer un public de nĂ©ophytes. Toujours afin de plaire, les espĂšces peu chĂ©ries sont ignorĂ©es et les sujets les plus propres Ă  plaire sont prĂ©fĂ©rĂ©s, comme par exemple les amours chez les oiseaux, dont le public Ă©tait toujours friand[rĂ©f. nĂ©cessaire].

On[rĂ©f. nĂ©cessaire] lui reproche aussi d’avoir avancĂ© des hypothĂšses personnelles hasardeuses, et vite nĂ©buleuses, notamment dans ses Époques de la nature : c’est ainsi qu’il suppose que la Terre a Ă©tĂ© dĂ©tachĂ©e du Soleil par le choc d’une comĂšte, qu’il explique la gĂ©nĂ©ration des ĂȘtres vivants par la superposition de molĂ©cules organiques et de moules intĂ©rieurs ; qu’il attribue aux animaux un sens intĂ©rieur matĂ©riel, hypothĂšse plus inintelligible encore que le mĂ©canisme auquel Descartes avait recouru.

En dĂ©finitive, sa principale qualitĂ© a Ă©tĂ© de rendre populaire l’étude scientifique, un peu comme l’a fait, Ă  la mĂȘme Ă©poque, le Spectacle de la nature de l’abbĂ© Pluche. Georges Cuvier, pour ne citer que lui, se passionnera pour l’histoire naturelle suite Ă  la lecture de Buffon[rĂ©f. nĂ©cessaire].

Son Histoire naturelle fut aussi une source d’inspiration pour les peintres de la manufacture de SĂšvres, donnant naissance Ă  des services de porcelaine dits « Buffon Â». Le nom des diffĂ©rentes espĂšces, fidĂšlement reproduites, est inscrit au revers de chaque piĂšce. Plusieurs « services Buffon Â» furent produits sous le rĂšgne de Louis XVI, le premier fut destinĂ© au comte d'Artois, en 1782.

Ses dĂ©mĂȘlĂ©s avec l’Église

Pour ses thĂ©ories sur la formation de l’Univers et sur l’évolution de la Terre et du vivant, Buffon a failli ĂȘtre condamnĂ© au nom de l’Église catholique, mais, feignant la naĂŻvetĂ© et protestant de sa foi intacte, la Sorbonne finit par abandonner les poursuites en avril 1781, en contrepartie d’une vague promesse de contrition.

Prudent, et ayant trop Ă  perdre pour un homme toujours si bien en cour, Buffon prĂ©fĂšre se rĂ©tracter plutĂŽt que de solliciter l'appui de ses protecteurs dans un conflit qui aurait pu tourner en sa dĂ©faveur, et dans lequel ils auraient pu l’abandonner. Il s'inspira plutĂŽt de sa formule, paraphrasant Ovide, puis Montaigne: la spĂ©cificitĂ© de l’homme est qu’il marche « la tĂȘte haute levĂ©e vers le ciel Â».

MĂȘme Voltaire qui le respectait hautement ne partageait pas toutes ses opinions scientifiques sur ces sujets et avait fini par se chamailler avec lui. Condorcet eut Ă  tourner l’éloge de Buffon, il le fit de façon telle que « sans se dĂ©shonorer aux yeux des gens instruits Â», il rĂ©ussisse « Ă  ne pas trop dĂ©plaire aux admirateurs Â».

Par aprĂšs, il se mĂ©fiera toujours de l’Église, et Ă©vitera de l’affronter directement, car cela aurait Ă©tĂ©, selon lui, une erreur tactique. Il se contentait donc de donner le change. Ainsi par exemple, il se choisira un confesseur bien caricatural et peu regardant, qu’il traitera en domestique, moyennant quelque largesse.

L’aiguille de Buffon

L’aiguille de Buffon est son principe mathĂ©matique le plus connu: il permet de dĂ©terminer expĂ©rimentalement la valeur de π, Ă  l’aide d’une aiguille sur un parquet. Son Ă©noncĂ© en est le suivant : on dispose d’un rĂ©seau de lignes parallĂšles, sĂ©parĂ©es par une unitĂ© de longueur, et d’une aiguille dont la longueur est k < 1; si on laisse tomber l’aiguille sur le rĂ©seau, la probabilitĂ© qu’elle chevauche une ligne est \frac{2k}{\pi}; en rĂ©pĂ©tant l’expĂ©rience un grand nombre de fois, le rapport entre le nombre de fois oĂč l’aiguille chevauche une ligne et le nombre total de lancers se rapprocherait de ce quotient, et on peut en tirer une valeur approximative de π. La mĂ©thode de Monte-Carlo est une gĂ©nĂ©ralisation de la mĂ©thode de Buffon Ă  n’importe quel procĂ©dĂ© alĂ©atoire.

Liste des Ɠuvres

  • Histoire naturelle, gĂ©nĂ©rale et particuliĂšre, avec la description du Cabinet du Roy, comprenant :
    • De la maniĂšre d’étudier l’histoire naturelle, suivi de la ThĂ©orie de la Terre, 1749 ;
    • Histoire gĂ©nĂ©rale des animaux, 1749 ;
    • Histoire naturelle de l’homme, 1749 ;
    • Les quadrupĂšdes, 1753 - 1767 ;
    • Histoire naturelle des oiseaux, 1770 - 1783 ;
    • Histoire naturelle des minĂ©raux, 1783 - 1788, contenant le TraitĂ© de l’aimant et de ses usages ;
    • Les supplĂ©ments, dont les Époques de la nature, Ă  partir de 1778.
  • Discours sur le style, discours prononcĂ© Ă  l'AcadĂ©mie française le jour de sa rĂ©ception, le 25 aoĂ»t 1753
  • MĂ©moires de mathĂ©matique et de physique, tirĂ©s des registres de l’AcadĂ©mie Royale des Sciences :
    • De la cause de l’excentricitĂ© des couches ligneuses qu’on apperçoit quand on coupe horizontalement le Tronc d’un Arbre ; de l’inĂ©galitĂ© d’épaisseur, & du diffĂ©rent nombre de ces couches, tant dans le bois formĂ© que dans l’aubier, 1737
    • Des diffĂ©rents effets que produisent sur les VĂ©gĂ©taux, les grandes gelĂ©es d’Hiver & les petites gelĂ©es du Printemp, 1737.
    • Moyen facile d’augmenter la soliditĂ©, la force et la durĂ©e du bois, 1738
    • MĂ©moire sur la conservation et le rĂ©tablissement des forests, 1739.
    • ExpĂ©riences sur la force du bois, 1740
    • ExpĂ©riences sur la force du bois, 1741.
    • Dissertation sur les couleurs accidentelles, 1743
    • MĂ©moire sur la culture des forests, 1745
    • RĂ©flexions sur la loi de l’attraction, 1745
    • Addition au mĂ©moire qui a pour titre : RĂ©flexions sur la Loi de l’Attraction, 1745.
    • Seconde Addition au MĂ©moire qui a pour titre : RĂ©flexions sur la Loi de l’Attraction, 1745
    • Invention des miroirs ardens, pour brusler Ă  une grande distance, 1747
    • DĂ©couverte de la liqueur sĂ©minale dans les femelles vivipares et du rĂ©servoir qui la contient, 1748
    • Nouvelle invention de miroirs ardens, 1748.
  • Traductions
    • Stephan Hales, Statique des vĂ©gĂ©taux, s. d.
    • Isaac Newton, La MĂ©thode des fluxions et des suites infinies, 1740

Buffon industriel

Article dĂ©taillĂ© : Forges de Buffon.
Entrée des forges

ParallĂšlement Ă  son Ɠuvre scientifique, Buffon construit, en bordure du canal de Bourgogne, Ă  quelques kilomĂštres de Montbard, des forges qui subsistent, et sont encore visitĂ©es aujourd'hui. AprĂšs avoir effectuĂ© de nombreuses expĂ©riences dans la forge d’Aisy-sur-Armançon, il Ă©difie sur ses terres, entre 1768 et 1772, ses propres forges, conseillĂ© par des maĂźtres de forge parmi les plus rĂ©putĂ©s. Elles lui permettent de mettre en valeur les ressources en bois et en minerais de ses terres.

Ce site peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une des premiĂšres usines intĂ©grĂ©es: les lieux sont amĂ©nagĂ©s pour optimiser les Ă©tapes de la fabrication. Par ailleurs, des ouvriers sont logĂ©s sur le site, et ont accĂšs Ă  un potager, Ă  une boulangerie et Ă  une chapelle. L’accĂšs au haut-fourneau se fait par un escalier monumental, qui permettait aux invitĂ©s de marque d’admirer les coulĂ©es de mĂ©tal en fusion.

AnimĂ©es par l’Armançon, des roues Ă  aubes apportent la force hydraulique nĂ©cessaire aux machines, comme les soufflets, les marteaux, le bocard et le patouillet. C’est dans ces forges qu’il aurait souhaitĂ© fabriquer les nouvelles grilles du Jardin des Plantes, alors qu'il en est l'intendant. Son expĂ©rience en sylviculture et en mĂ©tallurgie l'aident dans la rĂ©daction des SupplĂ©ments de l’Histoire naturelle.

La forge produisait des ferronneries et des rampes d’escaliers, et elle Ă©tait avant tout son laboratoire, oĂč il Ă©tudiait, pour la Marine, l’amĂ©lioration des canons, et, pour lui-mĂȘme, les effets de la chaleur obscure, les phĂ©nomĂšnes de refroidissement, et, les rĂ©sultats de ses recherches alimenteront son Ɠuvre scientifique, notamment au sujet de la crĂ©ation de la terre.

AccaparĂ© par son travail personnel, il en confie la gestion Ă  Chesneau de LauberdiĂšres, en 1777: celui-ci pille alors les forĂȘts environnantes et s'enfuit avec les finances, en 1785. Buffon doit alors reprendre la forge, bien mal en point, et elle sera finalement vendue, en 1791.

Toujours Ă  court d’argent pour financer ses projets industriels et scientifiques, il a de nombreux dĂ©mĂȘlĂ©s avec ses bailleurs de fonds, en particulier avec la famille Baboin, soyeux de Lyon, qui lui intentent un procĂšs pour obtenir le remboursement de leurs crĂ©ances. Il se plaint Ă  ce sujet de son banquier dans une lettre du 15 Juillet 1781. Il se venge d'eux dans la rĂ©daction de l'Histoire naturelle, en jouant sur la ressemblance du mot de vieux français « babine Â» avec le nom de ses adversaires, et donne au singe cynocĂ©phale le nom de « Babouin Â» qu’on lui connaĂźt encore aujourd’hui[5]. Il fait d’ailleurs dans son ouvrage une description abominable de cet animal.

Notes

  1. ↑ Lire le Discours prononcĂ© Ă  l'AcadĂ©mie Françoise, par M. de Buffon, le jour de sa rĂ©ception.
  2. ↑ Florian Reynaud, Les bĂȘtes Ă  cornes (ou l'Ă©levage bovin) dans la littĂ©rature agronomique de 1700 Ă  1850, Caen, thĂšse de doctorat en histoire, 2009, annexe 2 (11. 1749) et catalogue BN-Opale Plus de la BnF
  3. ↑ Sainte-Beuve
  4. ↑ a  et b  Avant-propos de la ComĂ©die humaine, BibliothĂšque de la PlĂ©iade, 1976, t.I p.7 (ISBN 2070108511)
  5. ↑ Source "[Cours de l'Histoire Naturelle des Mammifùres" par Geoffroy de Saint Hilaire 1829, page 23]Lien vers Google Books

Bibliographies

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Ouvrages cités dans le texte
  • Sainte-Beuve, Causeries sur Buffon .
Éditions rĂ©centes de Buffon
  • OEuvres complĂštes:
  1. Volume 1. Histoire naturelle, gĂ©nĂ©rale et particuliĂšre, avec la description du Cabinet du Roy. Tome I (1749). Texte Ă©tabli, introduit et annotĂ© par StĂ©phane Schmitt avec la collaboration de CĂ©dric CrĂ©miĂšre. Éditions HonorĂ© Champion, 2007. 1376 p., rel. ISBN 978-2-7453-1601-1
  2. Volume 2. Histoire naturelle, gĂ©nĂ©rale et particuliĂšre avec la participation du Cabinet du Roy. Tome II. Texte Ă©tabli, introduit et annotĂ© par StĂ©phane Schmitt, avec la collaboration de CĂ©dric CrĂ©miĂšre. Éditions HonorĂ© Champion, 2008. ISBN 978-2-7453-1729-2
  3. Volume 3. Histoire naturelle, gĂ©nĂ©rale et particuliĂšre, avec la description du Cabinet du Roy. Texte Ă©tabli, introduit et annotĂ© par StĂ©phane Schmitt avec la collaboration de CĂ©dric CrĂ©miĂšre. Tome III (1749). Éditions HonorĂ© Champion, 2009. 1 vol., 776 p., reliĂ©, 14 x 22 cm. ISBN 978-2-7453-1730-8


  • ƒuvres prĂ©face de Michel Delon, choix des textes, introduction et notes de StĂ©phane Schmitt, Ă©ditions Gallimard, La PlĂ©iade, 2007 ;
  • ƒuvres philosophiques texte Ă©tabli et prĂ©sentĂ© par Jean Piveteau, PUF, 1954 ;
  • Histoire naturelle textes choisis et commentĂ©s par Jean Varloot, Gallimard, Folio Classiques, 1984 ;
Biographies
  • Pierre Gascar, Buffon, Gallimard, Paris, 1983, 267 p. (ISBN 2-07-070007-0)  ;
  • Ouvrage collectif, Buffon : 1788-1988, introduction de Jean Dorst avec des textes de Paul-Marie Grinevald, Yves Laissus, Bernard Rignault, Serge BenoĂźt, et al., Imprimerie nationale, Paris, 1988 : 293 p. (ISBN 2-11-080933-7) ;
  • Jacques Roger, Buffon : un philosophe au Jardin du Roi, Fayard, Paris, 1989, 645 p. (ISBN 2-213-02265-8)  ;
  • Yann Gaillard, Buffon, biographie imaginaire, Hermann, 1977  ;
  • Yves Lassius, Buffon, la nature en majestĂ©, DĂ©couvertes Gallimard, 2007  ;
  • Des manuscrits de Buffon, avec des facsimile de Buffon et de ses collaborateurs [1] de Pierre Flourens, Georges Louis Leclerc Buffon, Garnier, 1860 ;
  • Correspondance, publiĂ©e par son arriĂšre petit-neveu Henri Nadault de Buffon, 1860 ;
  • FĂ©lix Vicq d'Azyr, Nicolas de Condorcet, Georges Cuvier ont Ă©crit son Éloge ; Flourens a donnĂ© L’Histoire de sa vie et de ses ouvrages ;
  • Henri Nadault de Buffon, Buffon, sa famille et ses collaborateurs, 1863  ;
Critiques
  • Michel Foucault, Les Mots et les choses, vol. I, II, IV, Gallimard, Paris, 1966, p. 54-55.
    et I, V (« Classer Â»), p. 137-176
     
  • Thierry Hoquet, Buffon illustrĂ© : les gravures de l'Histoire naturelle (1749-1767), MusĂ©um national d'Histoire naturelle, Paris, 2007, 816 p. (ISBN 978-2-85653-601-8)  ;
  • Les Époques de la nature, introduction et commentaires de Jacques Roger, Ă©ditions du MusĂ©um National d'Histoire Naturelle (1984).

Liens internes

  • Projet pour l'organisation de la commĂ©moration du tricentenaire de la naissance de Buffon :
    • PrĂ©sentation d'un colloque sur l'hĂ©ritage de Buffon (du 3 au 9 septembre 2007), organisĂ© par l'universitĂ© de Bourgogne ;
  • Rue Buffon dans le cinquiĂšme arrondissement de Paris ;
  • LycĂ©e Buffon dans le quinziĂšme arrondissement de Paris.

Liens externes

Sources partielles

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  • « Georges-Louis Leclerc de Buffon Â», dans Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang [sous la dir. de], Dictionnaire universel d’histoire et de gĂ©ographie, 1878 [dĂ©tail des Ă©ditions]  (Wikisource)
  • Roger (Jacques), Buffon : un philosophe au Jardin du Roi.
  • Laissus (Yves), Buffon, la nature en majestĂ©, DĂ©couvertes Gallimard, Paris, 2007.


Précédé par
Jean-Joseph Languet de Gergy
Fauteuil 1 de l’AcadĂ©mie française
1753-1788
Suivi par
FĂ©lix Vicq d'Azir


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