Georg Kaiser

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Georg Kaiser
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Georg Kaiser, de son vrai nom Friedrich Carl Georg Kaiser, est un écrivain allemand, à la fois auteur de drames et de comédies, essayiste et poète né à Magdebourg (Allemagne) en 1878 et mort à Ascona (Suisse) en 1945.

Cet po√®te et √©crivain prolixe de dialogues philosophiques et de drames historiques, de tragi-com√©die et de roman s'est fait conna√ģtre pendant la Grande Guerre. Auteur de plus de 74 pi√®ces modernes, dont la plupart furent parmi les plus jou√©es en Allemagne entre 1919 et 1933, il est commun√©ment consid√©r√© comme un des membres √©minents du courant litt√©raire expressionniste, surtout par les pi√®ces de th√©√Ętre n√©es de ses √©crits dialogu√©s, et jou√©es de 1917 √† 1922. Il a poursuivi sa carri√®re au d√©but des ann√©es 1920 en s'attachant au retour √† la sobri√©t√© et √† l'objectivit√© fonctionnelle pr√īn√©e par les avant-gardes dont il s'est pourtant m√©fi√© des irr√©ductibles adh√©sions id√©ologiques. La capacit√© de recul sur le monde litt√©raire l'a rendu imm√©diatement suspect au r√©gime nazi qui l'a vou√© √† la solitude de la cr√©ation, d'abord par la rel√©gation contrainte hors du monde de la culture officielle puis par un odieux rejet public de ses Ňďuvres. La clandestinit√© de la r√©sistance le m√®ne √† choisir l'exil individuel.

Sommaire

Biographie

Enfance et jeunesse d'un écrivain

Né en automne 1878 dans une famille de négociants à Magdebourg, Georg est le cinquième des six fils d'un homme de banque et d'assurance, Friedrich Kaiser et de son épouse légitime Antonie. Mettant à part ses souvenirs de jeux d'enfants protégés dans une famille bourgeoise aisée et protestante, enrichie depuis deux générations par le négoce et le commerce, l'auteur quinquagénaire affirme en 1930 que l'imposante tradition qui émane de la cathédrale et l'effet de puissance du fleuve Elbe n'y compensent aux yeux de l'adolescent nullement la désolation ambiante dans un paysage de plaine bien peu fantastique.

Le jeune √©l√®ve √©tudie √† l'√©cole puis entre au coll√®ge du clo√ģtre Notre Dame (Unserer Lieber Frau) de Magdebourg √† 10 ans. Il y reste de 1888 √† 1894. Ses meilleures occupations, assure-t-il a posteriori, √©taient de jouer au football. Mais son int√©gration au lyc√©e √† 16 ans est compromise. Apr√®s son brevet, il est plac√© comme apprenti dans une librairie. Il quitte l'univers scolaire, apr√®s avoir accumul√© un lourd scepticisme envers l'√©ducation et le savoir. Le rejet des √©tudes et de l'apprentissage d'un autre m√©tier le conduit √† la boutique √† dix-sept ans et il prend le chemin du n√©goce o√Ļ ses anc√™tres ont fait fortune.

De la boutique au négoce international

Se sauver du savoir scolaire, c'est d'abord s'extirper de l'accablement par les exigences insensées et les humiliations récurrentes. Le départ du curieux lieu d'étude, héritage de l'antique otium, le livre aux occupations du negotium orientées vers des choses simples et triviales. Avec ce repos de la pensée, je n'apprenais plus mais le monde était ouvert, affirme-t-il.

Dans une paisible boutique apr√®s 1895, l'apprenti n√©gociant s'exerce au remplissage des livres de comptes et de commerce dans un magasin d'import-export. A vingt ans, il r√™ve, jeune g√©ographe en chambre tournant un globe terrestre, de d√©couvrir en vrai la plan√®te et un avide besoin de partir le saisit, que ce soit pour les p√īles ou l'Am√©rique. La l√©gende peut-√™tre av√©r√©e indique qu'il travaille dans les cales du paquebot pour payer son voyage vers les terres lointaines en 1898. Il entre au service du groupe AEG ou Allgemeine Elektrisit√§ts Gesellschaft et tente l'aventure commerciale en Am√©rique du Sud en tant qu'employ√© de bureau (kontorist). Buenos-Aires est une des bases de n√©goce d'une filiale de la prestigieuse soci√©t√©. Il y r√©side comme simple employ√© de comptabilit√© de 1898 √† 1901.

Arrêt du négoce et retour au pays pour choisir une carrière littéraire

Le travail de bureau laisse à ce jeune homme hyperactif la possiblité d'étudier avec intensité la littérature antique, classique, contemporaine ainsi que la philosophie.

Georg Kaiser laissera penser que, début de fortune faite, un malaise ou une angoisse le saisit. A vingt-quatre ans, il met fin abruptement à l'exil. Il s'est décrit volontiers en riche gaspilleur de retour de l'Eldorado. De retour d'Amérique du Sud, il réside chez différents membres de sa grande famille.

Des études mieux avérées ont montré que l'employé de bureau est saisi de maladie fébrile, en particulier la malaria en 1901. Son retour sur les bords de l'Elbe s'impose pour des raisons sanitaires. D'autres informations moins divulguées rapportent un piteux état de malade, puis une longue dépression à son arrivée. Patient atteint d'une maladie nerveuse dérangeante et souvent sévère en 1902, il est soigné pendant plusieurs mois dans une clinique de soins, un sanatorium spécialisé à Berlin-Zehlenhoff. Ses bulletins de santé ont entravé tout appel raisonnable au service militaire.

Il serait aussi plausible qu'il s'en échappe momentanément par la fréquentation revigorante de la bohème artistique. Il soignerait aussi avec quelques amis fortunés sa mélancolie renaissante par de longs séjours en Italie, découvrant en lecteur assidu les philosophes antiques... à commencer par Platon. Mais à part l'intense plongée dans la lecture pendant ses moments de rémission, les escapades ne sont pas prouvées.

Avant trente ans, le jeune homme d√©sargent√© et sans emploi est prot√©g√© par sa famille apr√®s son retour et ses hospitalisations : il r√©side alternativement chez son fr√®re Albert, pasteur √† Trebitz et chez son autre fr√®re Bruno, recteur √† Schulpforta avant de revenir invariablement √† la maison magdebourgeoise de ses parents. Ces derniers se soucient de l'avenir de leur fils Georg et le pr√©sente sous son meilleur aspect aupr√®s des filles bourgeoises richement dot√©es. A trente ans, Georg se marie le 4 octobre 1908 avec Margarethe Habenicht, n√©e Dschenfzig, h√©riti√®re d'une riche famille de marchands de Magdebourg. Le couple √† l'abri des contingences et n√©cessit√©s ach√®te une villa sur la Bergstrasse √† l'or√©e d'un bois, √† Seeheim, commune actuelle de Seeheim-Jugenheim ainsi qu'une grande maison √† Horn, quartier de Weimar. Son discours sur la p√©riode d'intense activit√© cr√©atrice qui s'ouvre est simple : j'√©cris, je ne lis pas, j'√©coute ma femme. Et effectivement, il √©crit et compose des dialogues sur des th√®mes choisis de diverses natures. Mis √† part son √©pouse et un cercle restreint d'amis, il ne re√ßoit aucune reconnaissance du champ litt√©raire. Jusqu'en 1924, elles sont la riche mati√®re de plus de quarante pi√®ces jou√©es, mais aussi de po√®mes, d'aphorismes et d'essais.

Le jeune auteur est publi√©. Une premi√®re Ňďuvre dialogu√©e bas√©e sur une transposition du personnage biblique de Judith meurtri√®re d'Holopherne a attir√© comme un aimant quelques professionnels de la sc√®ne : La Veuve juive (Die j√ľdische Witwe) publi√© par l'√©diteur Fischer est repr√©sent√©e en 1911. La mont√©e vers la reconnaissance litt√©raire s'amorce pour culminer avec Les bourgeois de Calais (Die B√ľrger von Calais) en 1914. Treize pi√®ces pourtant sans succ√®s jalonnent son premier et lent parcours d'auteur entre 1914 et 1916 bien avant d'obtenir la c√©l√©brit√© de dramaturge. Selon d'autres critiques allemands, la v√©ritable reconnaissance litt√©raire n'appara√ģt qu'avec sa premi√®re Ňďuvre vendue et critiqu√©e par la presse en 1912, Von morgens bis mitternachts, soit De l'aube √† minuit. Elle propose le voyage-fuite d√©lictuelle d'un caissier de petite banque de Weimar √† Berlin. La pi√®ce est mont√©e en 1916, mais c'est surtout en 1917 avec une mise en sc√®ne magistrale au Deutsches Theater sur un d√©cor de Ernst Stern, pastichant une toile de Piet Mondrian, que le succ√®s est g√©n√©ral. La mise en sc√®ne de Karl Heinz Martin en 1920, la plus connue aujourd'hui, donne suite √† un film la m√™me ann√©e, le caissier √©tant jou√© par l'acteur Ernst Deutsch.

1917 est, selon ces m√™mes critiques, le gros succ√®s de sc√®ne de l'autre drame "Die B√ľrger von Calais" ou Les Bourgeois de Calais, pr√©sent√© √† Francfort (Frankfurt-am-Main). Cette pi√®ce o√Ļ ils affirment trouver une interpr√©tation nietzsch√©enne, est jou√©e jusqu'en 1923. C'est en r√©alit√© une pi√®ce-programme expressionniste annon√ßant l'homme-nouveau, marqu√©e par de longs monologues, une langue dense et √©motive qui emprunte beaucoup au style t√©l√©graphique du po√®te August Stramm.

La famille Kaiser s'est entretemps form√©e et aggrandie avec deux fils, Dante Anselm, n√© en 1914 et Micha√ęl Laurent, n√© en 1918 et une fille, Eva Sibylle n√©e en 1919. Das Frauenopfer, pi√®ce des temps napol√©oniens jou√©e en 1918, exalte le pouvoir purifiant de l'amour sacrificiel.

Si la reconnaissance annon√ßant la c√©l√©brit√© de l'auteur est incontestable d√®s 1917, les ressources financi√®res du couple Kaiser fondent comme neige au soleil estival. D√®s 1918, √† cause de placements difficiles, les premi√®res difficult√©s financi√®res surviennent. Georg Kaiser confiant investit de plus sans compter dans la r√©alisation du film sur sa pi√®ce f√©tiche, Vom morgens bis mitternachts. Les difficult√©s financi√®res s'alourdissent. En 1919, il vend les biens de sa femme. En 1920, ses biens immobiliers sont confisqu√©s, en particulier les deux maisons du couple. Georg Kaiser est oblig√© co√Ľte que co√Ľte de prendre une activit√© r√©mun√©r√©e et part vivre avec sa famille tant√īt √† Munich tant√īt √† Tutzing.

Dans cette derni√®re localit√©, Georg Kaiser pris dans la spirale des dettes, hypoth√®que et place en gage le mobilier mitoyen de la villa lou√©e qu'il occupe temporairement. L'acte est asimil√© √† un vol et le chef de famille est emprisonn√© pr√©ventivement en octobre 1920 √† Berlin en attente d'un proc√®s pour dettes. L'auteur reconnu entend mener sa d√©fense devant le public curieux en invoquant la sacro-sainte immunit√© de l'artiste, √™tre au-dessus des ordres communs de la vie triviale. Bien que le maladroit avocat soit adepte de la noblesse, fervent animateur d'une humanit√© valeureuse et pleine de piti√©, et fasse la louange de sa femme, m√®re inqui√®te qui √©l√®ve leurs trois jeunes enfants, et brosse le tableau d'un mari emp√™tr√© dans son surendettement, ses tirades contre la respectabilt√© bourgeoise et son apologie autant autopromotionnelle qu'anti-conventionnelle de l'artiste libre sonnent √† vide dans l'enceinte de justice. Elles provoquent sa d√©ch√©ance aux yeux de la cour accroissant la peine inflig√©e. Il est condamn√© √† un an de prison aupr√®s du tribunal comp√©tent de Munich. Il est toutefois lib√©r√© en avril 1921 du centre p√©nitentiaire de Stadelheim o√Ļ il purge sa peine, attestant une bonne conduite. En 1921, les dettes accablent encore le m√©nage Kaiser insolvable qui doivent √©lever leurs enfants sans r√©sidences fixes. La caution pour un appartement √† Gr√ľnheide dans la commune de Mark, pr√®s de Berlin, est finalement assur√©e par l'entreprise d'√©dition qui utilise les services de l'√©crivain r√©guli√®rement, la Gustav-Kiepenheuer-Verlag.

L'appartement de Gr√ľnheide am Peetzsee lui permet de stabiliser sa vie familiale et de retrouver une intense concentration vers la litt√©rature. En 1923, durant la crise inflationniste, il vole une miche de pain pour nourrir sa famille, ce qui le conduit en prison plusieurs semaines du fait de ses ant√©c√©dents judiciaires. Cette anecdote sans mention de ses ant√©c√©dents a √©t√© narr√©e √† l'envi par l'√©crivain, soucieux de faire dispara√ģtre sa premi√®re captivit√©.

Georg Kaiser est de 1921 √† 1933 l'auteur moderne le plus jou√© d'Allemagne, parfois √† √©galit√© avec le grand auteur naturaliste de la Belle Epoque, Gerhart Hauptmann. Son √©diteur exclusif, Kiepenheuer et lui savent avec une habilit√© marchande atavique rendre attrayant textes et droits d'auteur. Pendant cette p√©riode prolixe, quelques pi√®ces ou spectacles connaissant un fort succ√®s sont adapt√©es √† New York, Moscou, Prague, Madrid, Tokyo, Londres et Rome. Sa r√©sidence berlinoise lui permet d'avoir d'intenses √©changes avec Ernst Toller, Kurt Weill, Lotte Lenya, Alfred Wollenstein, Ivan et Claire Goll de passage et parmi d'autres, un jeune auteur captiv√© par les myst√®res m√©di√©vaux, Bertold Brecht. Quarante premi√®res nationales de ses pi√®ces sont lanc√©es depuis ses d√©buts jusqu'en 1933, et parfois en simultan√©e. Gr√ľnheide est au centre n√©vralgique un point de rencontre litt√©raire.

Homme de lettres auteur de th√©√Ętre

D√®s 1924, il influence profond√©ment Ivan Goll, Ernst Toller et Bertold Brecht, et pas seulement en v√©ritable ma√ģtre de Lehrtheater. En cette m√™me ann√©e, il avoue ne s'int√©resser qu'aux jeux d'id√©es ou Denkspiel, laissant aux hommes de l'art th√©√Ętral le soin d'adapter librement ses dialogues et monter les spectacles √† l'aide de ses √©crits. Georg le cr√©ateur a eu besoin d√®s le d√©but et a toujours besoin de temps pour sa qu√™te. Les d√©couvertes s'imposent avec une foule d'id√©es. L'√©criture en retour exerce un contr√īle sur les id√©es. Elle est d'abord une r√©sistance, une entrave √† la libert√© de penser. Mais cette opposition √©tant pos√©e devant l'an√©antissement de l'√™tre humain, le labeur ext√©nuant d'√©criture engendre l'Ňďuvre po√©tique, cette production si particuli√®re, la plus haute du savoir-faire humain, s'enthousiasme Georg Kaiser, toujours profond√©ment vid√© et √©puis√© apr√®s avoir fini une exploration th√©matique par la mise en forme ultime d'un √©crit. La vie de l'esprit, surtout sa fonction cr√©atrice, est inqui√©tude de la mort.

Mais Georg Kaiser est loin de porter dans les nu√©es divines les hommes de th√©√Ętre et de spectacle. Il a plut√īt le regard froid d'un banquier aust√®re et pr√©cautionneux qui constate les errements de la folie √©conomique et politique. Le th√©√Ętre est, selon sa pr√©sentation de 1923 dans Formung von drama, en crise depuis quatre ann√©es. Une crise qui n'est pas du ressort de l'√©criture dramatique, de l'art et des Ňďuvres d'art de valeur qui subsistent, mais du th√©√Ętre devenu un Lunapark(sic) envahi par l'appel irr√©sistible des plaisirs superficiels, de la d√©tente et du d√©foulement, sans compter le maintien des petites sp√©cialit√©s de cuisine th√©√Ętrale, du monde du caf√© du commerce ou la r√©manence de conventions s√©niles. En ce sens, il souhaite proroger le coup de balai expressionniste. Il lui pla√ģt aussi √† se pr√©senter en artiste rimbaldien dont la trajectoire de vie serait retourn√©e √† l'envers, du n√©goce mercantile √† la po√©sie : je vis au jour le jour. Le Hugo Stinnes du th√©√Ętre allemand adore la nature, la solitude compl√®te et surtout la rapidit√© de l'homme moderne.

Le drame Gaz et son monstrueux d√©cor au Schiller Theater durant la saison 1927-28 atteste la reconnaissance de l'Ňďuvre de Kaiser, honorable membre de l'acad√©mie des Arts de Prusse depuis 1926. Le prolifique auteur a √©crit de 1910 √† 1930 plus de 45 pi√®ces.

En 1930, l'auteur dramaturge le plus jou√© dans le monde germanique habite toujours Gr√ľnheide face au lac Peetzsee. Le th√©√Ętre de Kaiser d√©riv√© de l'expressionnisme d√©voile les probl√®mes de l'homme que la richesse, la puissance et le machinisme de la vie moderne ne parviennent pas √† rendre heureux. Et c'est le contraire du meilleur des monde qui advient, l'homme sur Terre ne peut que rotir comme en Enfer. Farouchement hostile √† toutes expressions sentimentales, l'√©crivain s'il ne doit garder qu'un seul sentiment se doit d'avoir le d√©sir de justice : ces √©crits et dialogues doivent aider ceux qui vivent dans l'ombre ou sont victimes d'un injuste destin.

Georg Kaiser, parfois pr√©sent√© comme le productiviste, est surtout en prise dramatique avec le chaos d'apr√®s-guerre qui perdure. Il tente d'afficher sa neutralit√© politique et de refuser de suivre une ligne id√©ologique impos√©e par les multiples avant-gardes artistiques en lutte. Ce chercheur de v√©rit√© a-t-il per√ßu que la victoire d'une id√©ologie signe sa d√©ch√©ance personnelle ?

Relégation officielle, exil et vieillesse d'un créateur

Le 18 mars 1933, la pi√®ce Der Silbersee, pi√®ce sociale et romantique, v√©ritable conte musical, est retir√©e simultan√©ment des trois sc√®nes de Erfurt, Magdebourg et Leipzig, sous les provocations r√©p√©t√©es des SA et malgr√© les manifestations des √©quipes th√©√Ętrales. Bien que le 22 mars, l'auteur convoqu√© ait donn√© des signes de loyaut√© et d'all√©geance envers l'Acad√©mie prussienne des Arts, l'explication d'abord accept√©e ne satisfait nullement les autorit√©s du r√©gime allemand qui le font expulser de l'Acad√©mie le 5 mai, lui conf√©rant le statut d'auteur d√©g√©n√©r√©. Le 10 mai, ses Ňďuvres confisqu√©es aux biblioth√®ques sont br√Ľl√©es en place publique. Le message est clair : plus aucune de ses pi√®ces ne doit √™tre jou√©e et aucun de ses √©crits publi√©, faute de sanctions s√©v√®res.

L'impassible √©crivain est quasiment interdit d√®s 1933 parmi la foule des artistes d√©g√©n√©r√©s, mise √† l'index par le r√©gime national-socialiste. Kaiser essaie pourtant de rester en Allemagne malgr√© toutes les humiliations subies. Petit √† petit, ses convictions rejoignent une r√©sistance pacifique. Il pr√™te son talent de plume √† la r√©daction de feuilles volantes d√©non√ßant le parasitisme et la violence nihiliste du r√©gime autoritaire. Son action ne reste pas inconnue √† la Gestapo, et alors qu'elle lance le 25 juillet 1938 une perquisition parmi les milieux propagandistes suppos√©s terroristes qui concerne aussi son appartement, il √©chappe √† la rafle d'opposants en passant en clandestinit√© aux Pays-Bas. Kaiser rejoint en 1938 les 4000 personnalit√©s du monde du th√©√Ętre et de la cr√©ation artistique et litt√©raire li√©e √† la sc√®ne, contraintes √† l'√©migration √† la fin des ann√©es 1930.

Georg Kaiser h√©site √† gagner le monde anglo-saxon puis rebrousse sa fuite vers la Suisse tessinoise, autre lieu de vacances idylliques avec l'Italie. Il fait route avec sa compagne secr√®te et amie, Maria von Mulhfeld et leur fille commune Olivia n√©e en 1928. En Suisse, il partage ouvertement la vie de Maria, et curieusement, cette double vie est rest√©e longtemps inconnue de sa famille allemande. Ses motivations sont peut-√™tre de ne pas s'√©loigner trop loin de sa famille l√©gitime, sa femme et ses enfants √©tant demeur√©s √† Berlin. Il correspond √©pisodiquement avec eux, mais ne cherche pas √† les revoir. En tant qu'auteur germanophone reconnu, il n'a pas le statut discriminant d'√©migrant en Suisse. Contrairement √† sa compagne d'exil et √† son enfant, astreints √† une obligation de r√©sidence et √† contr√īle r√©gulier, il b√©n√©ficie d√®s 1938 d'une carte d'artiste h√īte de la conf√©d√©ration helv√©tique : il est libre de se d√©placer, de rejoindre d'autres amis d'exil, tels que Julius Marx, Caesar von Arx ou les von G√∂nnerinnen plus fortun√©s qui lui accordent des petites aides financi√®res occasionnelles √† l'h√ītel Aufenthal et de les accompagner ou les guider dans leurs p√©r√©grinations.

Mais la petite famille clandestine reste dans un relatif d√©nuement et endure les privations. D√®s 1938, libre, fauch√© et malgr√© tout heureux, Georg Kaiser √©crit avec ardeur des drames, des textes lyriques et √©piques. Il essaie de partir en avion aux √Čtats-Unis, mais il n'a pas assez de moyens pour ce voyage.

Ses facilit√©s administratives lui permettent de fournir au Zurcher Schauspielhaus sous la r√©gie de Franz Schnyder son texte sur le soldat Tanaka, qui √©trille le militarisme japonais. La premi√®re a lieu le 9 novembre 1940 √† Z√ľrich : Karl Paryla dans le r√īle phare montre un soldat nippon √©cartel√© entre les valeurs traditionnelles du code d'honneur national et leur brutal baffouement que l'arm√©e du Soleil Levant auquel il doit ob√©issance absolue, orchestre avec une constance exemplaire. Mais le l'ambassadeur du Japon √† Berne, Yutaka Konagaya, fait aussit√īt pression sur le conseil f√©d√©ral. Ces pressions insistantes, susceptibles d'√™tre relay√©es par les pays de l'Axe, aboutissent √† l'annulation de la repr√©sentation le 9 novembre, puis anticip√©e de celles des 10 et 12 novembre 1940 jusqu'au retrait d√©finitif de la pi√®ce par la direction th√©√Ętrale zurichoise. Il faudra attendre le 13 f√©vrier 1946 pour qu'au Hebbel-Theater de Berlin, la pi√®ce soit enfin reprise, apportant une r√©habilitation posthume √† son auteur dans sa ville d'adoption d√©vast√©e et occup√©e.

Ses livres br√Ľl√©s, son th√©√Ętre interdit et le discr√©dit √©tatique en Allemagne, puis en Suisse, petit √Čtat menac√© d'encerclement, portent ses lents et nuisibles effets. Ses sources de revenus et son cr√©dit d'homme de lettres s'amenuisent lentement. L'√©crivain n'est plus qu'un exil√© parmi d'autres en Suisse, un artiste m√©lancolique rel√©gu√© √† sa solitude et vou√© √† sa d√©ch√©ance. Le radeau de la M√©duse, pi√®ce qu'il √©crit sans illusion dans une Europe foul√©e sous la botte nazie, pose une vision √† l'envers de l'utopie expressionniste de la pi√®ce sur Les Bourgeois de Calais. Douze grands enfants sur un radeau en perdition d√©cident d'√©liminer par noyade un treizi√®me, plus jeune et plus petit, encore d√©pendant, d'entre eux, afin, croient-ils entrevoir, de se sauver ou de diff√©rer une in√©vitable perte commune[1]

Les tensions latentes √©clatent entre Maria et lui apr√®s quelques ann√©es de vie commune : pour √©viter une rupture d√©finitive tout en continuant √† l'aider financi√®rement, il pr√©f√®re se consacrer √† ses √©crits, comme le roman Villa aurea et √† des expos√©s de films et part de longs mois vivre dans des h√ītels √† Engelberg, M√§nnedorf pr√®s de Zurich, Montana Vermala, Saint-Moritz, Ascona, Lugano, Morcote, Coppet, Genf, Locarno...

Mais l'homme fraternel est encore bien vivant. Il rend souvent de courtes visites √† l'improviste √† son ami Julius Marx, un √©migr√© d'Allemagne, qui r√©side √† l'h√ītel du Monte Verit√† √† Ascona. Les comp√®res, ardents critiques du machinisme, sont tous deux des √©crivains fils de n√©gociants allemands. Le 4 juin 1945, alors qu'il vient arriv√© dans la chambre de son ami, un √©tat d'√©puisement survient, l'oblige √† s'aliter avant qu'un dernier malaise l'emporte. Le m√©decin concluera √† une embolie.

Ainsi, √† 67 ans, Georg Kaiser d√©c√®de loin de sa famille et peu de temps apr√®s avoir mis le point final √† sa trilogie antique versifi√©e selon la tradition √Įambique grecque. Son corps est enterr√© au cimeti√®re de Morcote pr√®s de Lugano.

Un écrivain de la mouvance expressionniste et au-delà

Georg Kaiser, jeune auteur dont les dialogues mis en sc√®ne ont transform√© selon le regard commun en dramaturge, appartient ind√©niablement √† ses d√©buts au courant litt√©raire expressionniste dont la principale d√©finition serait l'opposition virulente √† la supr√©matie du monde industriel, √† l'h√©g√©monie urbaine et √† l'autorit√© du r√©gime wilhelminien. Mais de nombreux contemporains ont bien compris que son activit√© ne se limite pas √† ce milieu, et s'en d√©tache inexorablement, comme un gros hydravion Fokker d√©colle avec une v√©locit√© surprenante d'un plan d'eau o√Ļ sa grosse carcasse flotte sans gr√Ęce. Et ils rejoignent l'avis de Robert Cantarella, selon lequel ce ma√ģtre sans disciple sort des cadres de l'expressionnisme par sa libert√© d'invention et cette inimitable fa√ßon √† la fois r√©sistante d'agir et nomade de vivre l'√©criture.

Philippe Ivernel per√ßoit d√®s 1914 l'aisance et le profil d'un v√©ritable √©crivain de m√©tier, promis au grand r√©pertoire. Il figure isol√© avec le sculpteur et √©crivain Ernst Barlach parmi les vieux auteurs lucides et provoquant de ce courant qui conna√ģt l'engouement des g√©n√©rations allemandes n√©es apr√®s 1890. Et c'est aussi pourquoi Georg Kaiser de dix ans leur a√ģn√© connait un grand succ√®s avant 1933 en tant qu'auteur dramatique prolixe, ma√ģtrisant son art avec une grande diversit√© de moyens, mais aussi en ma√ģtre √† penser aupr√®s des jeunes √©crivains qui testent sans illusion les chances de l'homme. N'oublions pas non plus entre temps la lente disparition/d√©pr√©ciation de mouvement expressionniste d√®s les premi√®res ann√©es 1920, donnant naissance, influen√ßant ou laissant la place √† une foule d'avant-gardes structur√©es √† supports id√©ologiques. Kaiser s'affirme longtemps par fid√©lit√© expressionniste alors que toutes les acquis de ce courant, rejetant l'imitation servile et pr√īnant l'abstraction originale, appartiennent au pass√©.

Bertold Brecht a reconnu avec subtilit√© les apports de Kaiser au th√©√Ętre europ√©en, que ce soit √† la com√©die, la tragi-com√©die ou l'expression √©pique. Il s'est d√©marqu√© de son incontournable a√ģn√© en le posant d'embl√©e en repr√©sentant du drame de l'individualisme. Son portrait ainsi ficel√© montre avec ruse les grandeurs et les limites de l'Ňďuvre d'un auteur qu'il peut laisser qualifier sur le plan politique de bourgeois. Il est facile au critique Brecht, reconnu comme auteur international par trois pi√®ces au succ√®s inou√Į, de mettre en asp√©rit√© les aspects in√©gaux, d√©suets, traditionnels de son ancien rival de fa√ßon √† survaloriser sa propre grande modernit√©. Il reste qu'aucun v√©ritable effort de longue haleine n'a √©t√© engag√© en son temps pour traduire l'√©crivain et po√®te Kaiser en fran√ßais et en anglais. Le vieux fonds baroque de la culture magdebourgeoise, pour ne pas dire d'Europe centrale, y est aussi pour quelque chose, ainsi que l'hostilit√© et la m√©fiance des √Čtats totalitaires.

Facettes du courant expressionniste (1905-1922)

Un th√©√Ętre engag√© dans la probl√©matique d'un h√©ros moderne, l'homme nouveau, en constant devenir, √† la fois excentrique et excentr√© sur les plans politique et religieux, caract√©rise l'expressionnisme. L'art des grands auteurs consiste √† soumettre ce h√©ros √† des exp√©riences limites, √† le placer en situation extr√™me pour r√©aliser un spectre des vibrations de son √Ęme, avec le recours de symboles, de visions et surtout d'abstractions[2]. On comprend que le domaine de libert√© du h√©ros r√©tr√©cit en peau de chagrin et se case entre deux √©tats antith√©tiques et fascinant : l'angoisse et l'extase. La corde de libert√© de l'√™tre est tendue √† l'extr√™me, √† l'instar d'une exaltation fanatique ou d'une crise panique.

Cet art expressionniste s'oppose √† l'aide de pi√®ces programmes vigoureuses, aux vertus d√©monstratives, √† l'impressionnisme allemand et √† ses derniers avatars s'assimilant aussi au courant naturaliste[3]. Si les h√©ros naturalistes se heurtent √† des obstacles relativement circonscrits, tels le monde du travail, les relations sociales et les sentiments, le h√©ros expressionniste d√©clare la guerre ouverte √† toute la basse humanit√© qu'il d√©couvre et engage un combat totalitaire, mettant en cause la maison ou la famille, la politique ou la guerre, l'entrepris et les rapports humains, la grande ville, le langage impos√©, bref tous les acteurs et champs de la domination qu'il peut juger abusive. L'abstraction violente du dialogue ou du drame refl√®te la panique naissant dans un monde pr√©sent√© tel qu'il est, mais non reconnu et incompris. L'inexpliqu√©, l'ignorance biais√©e, la falsification par int√©r√™t ou le d√©voilement trompeur et pervers, la l√Ęchet√© et l'√©go√Įsme peureux, l'autorit√© impuissante minent, corrompent, d√©gradent le monde humain, le rendent explosif, avant que blessures et scl√©roses conduisent √† l'agonie des d√©chus bien souvent pris au hasard et innocents. La lutte finale renvoie √† l'explication de l'homme avec tout ce qui est r√©ifi√© et animalis√©, autour de lui et en lui.

Le monologue expressionniste, engagement de l'un dans le conflit absolu, passe d'abord par le cri, la plainte au del√† de l'angoisse. Il est marqu√© par l'√©touffement des voix, mais aussi plus s√Ľrement par l'inexprim√© et l'inexprimable : il n'a plus de voix pour crier, il n'est plus que regard, faci√®s, rictus... La r√©volte, dernier d√©fi du h√©ros √©motif est aussi une ultime revanche symbolique des cr√©atures humili√©es et meurtries, parvenues dans les ultimes cercles de l'enfer. Le d√©voilement de l'acteur expressionniste, au contraire du revivre stanislavskien n'est compos√© que de tension, de torsion, de fixation crispation et d'immobilit√©. Yvan Goll, admirateur de la rare qualit√© d'une Ňďuvre √† la langue abrupte, froide et condens√©e, a d√©crit le cr√©pitement de parole, les rages d'amour et de haine, les actions fortes et brutales du th√©√Ętre de Kaiser comme puis√©s, sans transposition √† part un passage au RX de l'art, √† m√™me la vie vraie et journali√®re.

L'exigence spirituelle, la pr√©servation imaginaire ou m√©morielle d'un lieu cosmique est une sortie commune et √©vidente de l'Ňďuvre impressionniste et naturaliste. Le danger caus√© par les situations extr√™mes expressionnistes m√®ne √† oublier les responsabilit√©s humaines au risque pour le h√©ros r√©volt√© de tout briser ou de se d√©truire. Cette √©volution du dilemme de la modernit√© totalisante ou totalitaire est bien d√©crite par Georg Kaiser qui n'entrevoit que deux √©chappatoires extr√©mistes : soit cumuler la haine irr√©pressible avec le temps et tuer, soit choisir la fuite en renon√ßant √† l'affrontement et imposer la non-violence. Mais m√™me avant le paroxysme dramatique, l'irresponsabilit√© g√©n√©ralis√©e dans une soci√©t√© entra√ģne la peur, l'angoisse, l'accumulation des provocations exalt√©es et des anticipations violentes, que ce soit par les gestes ou les d√©rapages du langage. Ce qui par d√©foulement √©tait sens√© r√©soudre la crise peut entra√ģner un blocage absolu, un enfermement schizophr√©nique du h√©ros. Tout renforce au contraire la crise ultime qui g√©n√®re la violence gratuite, la d√©shumanisation impitoyable des perdants, l'arrogance des parasites massacreurs.

La litt√©rature, le th√©√Ętre, le cabaret et plus tardivement le cin√©ma expressionnistes en leur meilleure fortune ont r√©cup√©r√© la dramaturgie des conflits anciens : spectres, fant√īmes, orages, cimeti√®res, atmosph√®res inqui√©tantes ou mortif√®res. Ils l'ont ciment√©e aux utopies motrices et √† la mythologie active des th√®mes contemporains, renversant au besoin les contraires et les hi√©rarchies. A partir du drame √©pique √† stations, semblables √† des tableaux successifs d'un voyage ou d'une odyss√©e formalis√©e, d'un parcours initiatique s'imposent les techniques de montage cin√©matographique, de collage de s√©quences o√Ļ l'action et l'id√©e sont pouss√©es vers leurs ultimes cons√©quences. L'art de la logique en exc√®s, par la d√©rision et le grotesque qu'elle engendre, permet une autre forme d'absolutisation du tragique. Ce fonctionnalisme met √† jour une √©thique de v√©rit√© et √† nu les mensonges. Mais la vraisemblance et la biens√©ance permettent aussi de porter un regard f√©roce sur le mar√©cage humain, de fa√ßon √† d√©molir efficacement les conventions et les ali√©nations.

Il reste √† nommer les lieux de rencontre - parfois moins √©ph√©m√®res que le courant - entre √©tudiants, personnalit√©s et marginaux, artistes et animateurs de cette r√©volte latente contre la soci√©t√© √©tablie, g√©n√©rant une br√®ve fraternit√© par le partage d'une opposition violente et une qu√™te fanatique de moyens d'expression, un vague messianisme s√©cularis√©, une paradoxale attention rigoureuse aux mat√©riaux et aux techniques, mais aussi de mani√®re plus forte et visc√©rale, ironie, humour caustique, provocations et cynismes :

  • associations et mus√©es artistiques √† Dresde, Munich, Berlin, Vienne, Prague...
  • cabarets litt√©raires tel le caf√© des Westens √† Berlin...
  • th√©√Ętre o√Ļ op√®re la mise en sc√®ne moderne de pi√®ces dialogu√©es
  • salle de spectacle ou de danse des cabarets souvent √©rotiques
  • revues porte-√©tendard Der Sturm pour les milieux artistiques et litt√©raires, Die weissen Bl√§tter, Die Aktion pour l'engagement politique, syndical, sociale ou p√©dagogique...
  • colonie ou communaut√© d'artistes comme Berlin-Schlachtensen, Worpswede, Dachau...
  • lieu de refuge ou de vill√©giature d'essence communautaire, telle la communaut√© d'artistes v√©g√©tariens et(ou) th√©osophes √† la sexualit√© parfois lib√©r√©e sur le Monte Verit√†, pr√®s d'Ascona.

La mise en spectacle des id√©ologies, qui d√©vasteront l'Allemagne puis l'Europe, doivent beaucoup de leur vigueur sous-jacente √† ce courant artistique moribond d√®s 1920. Sous un aspect na√Įf, les dialogues dramatiques de Kaiser d√©crivent d√©j√† les enjeux et les dangers du si√®cle : catastrophes, masses cr√©dules, guides rus√©s...

Présentation de quelques écrits et pièces expressionnistes

De 1917 √† 1921, le th√©√Ętre expressionniste est florissant.

Les bourgeois de Calais d√©voilent l'histoire d'un chemin de croix vers la mort et la R√©surrection. La gen√®se de ce drame semble venir d'une sculpture d'Auguste Rodin, plac√© sous la louange de Rainer Maria Rilke. Le drame historique de la guerre de Cent ans, sorti d'un conte du chroniqueur Jean Froissart qui accable six bourgeois de la cit√© calaisienne, est reconstruit comme un Denkspiel : l'individu doit se sacrifier pour le bien de tous. Le nouvel homme programmatique ne peut √™tre qu'altruiste L'auteur pense-t-il au jeune soldat appel√© sur le front ? Ou l√®ve -t-il un voile sur la crise du monde pacifique ? Mont√©e surtout avec un immense succ√®s √† partir du 29 janvier 1917 √† Francfort-sur-le Main, la pi√®ce apporte la c√©l√©brit√© √† Georg Kaiser et assoit sa notori√©t√© d'√©crivain.

Du matin √† minuit, √©crit en 1916, engendre une pi√®ce de th√©√Ętre, un drame √† station montr√© au public le 28 avril 1917 √† Munich. Elle pr√©sente un drame sur le monde r√©ifi√© par l'argent, bas√© sur l'itin√©raire d'un caissier en fuite et en fi√®vre pendant six jours apr√®s avoir empoch√© ind√Ľment 60000 Marks. La pi√®ce explore les limites de la personne qui accomplit la loi de l'argent. Le h√©ros d'origine modeste est √©pris de remords sans fin et ne peut trouver la paix d'esprit au fil de sa fuite p√©r√©grination ni dans le sport, ni dans la romance, ni dans la religion. Une enqu√™te du Swenska Dagsbladet en 1926 aupr√®s de l'auteur √©lucide l'√©trange naissance de cette cr√©ation : Je voulais partir vivre quelque temps en Italie, aussi suis-je all√© √† ma banque pour √©tablir une lettre de cr√©dit. Un caissier fatigu√©, faisant songer par sa mine √† un pauvre, se charge avec assiduit√© de l'op√©ration et soudain, je pensai, cet homme trop modeste est stupide, ne m√©riterait-il pas bien plus que moi ce voyage de d√©lassement ?

La trilogie Corail, Gaz, Gaz II met en scène une vision futuriste de la grande industrie, soutien de la guerre mondiale qui conduit l'humanité vers un destin hasardeux et fou. La course productive accélérée s'apparente à une description moderniste de l'Apocalypse biblique.

De 1921 à 1923, le drame expressionniste est en crise alors que le courant d'art homonyme sous-jacent, dénigré et ridiculisé par les multiples avants-gardes nihilistes ou constructives apparues surtout après 1919, se maintient par diverses productions clownesques afin de conjurer ses derniers feux décadents.

Vers la sobri√©t√© du quotidien : abandon de l'Expressionismus d√©cadent pour la Neue Sachlichkeit

Les uns √† c√īt√© des autres, ou C√īte √† c√īte, paru en 1923 est une tragicom√©die programme de l'all√©gement du lourd pathos expressionniste √† un changement d'√©poque. Elle permet de rentrer dans le quotidien de l'entre-deux-guerre o√Ļ la catastrophe n'est que l'√©cartement de deux doigts ou le bruit d'une journ√©e. Le th√®me porte sur les d√©boires d'un pr√™teur sur gage id√©aliste en p√©riode aigu√ę de d'hyperinflation. Le h√©ros finit sa vie en pleine conscience qu'il a fait tout ce qu'il a pu pour aider ses semblables en souffrance. La veine comique avec des caract√®res camp√©s et saisis sur le vif, des dialogues et discours brefs, une histoire r√©elle calqu√©e sur le quotidien (parfois presque un reportage journalistique) affirme l'√©loignement d√©finitif du courant expressionniste : Le journal de la sc√®ne, le Weltb√ľhne, note : ¬ę Georg Kaiser a quitt√© les nuages et a atterri, (il pense dor√©navant) avec ses deux pieds sur le sol ¬Ľ. Kaiser n'est pas le seul √† √™tre attir√© par la com√©die et le vaudeville, ainsi Walter Hasenclever.

Cette Volksst√ľck 1923 ainsi sous-titr√©e, dirig√©e par Berthold Viertel montre des d√©cors du peintre George Grosz, elle est inaugur√©e le 3 novembre 1923 au Lustspielhaus de Berlin, deux semaines avant la fin de la terrible inflation. Elle affirme l'h√©g√©monie du courant dominant du Neue Sachlichkeit. L'art s'oriente vers une nouvelle objectivit√©, vers une qu√™te de sobri√©t√©. Il est temps de rel√©guer les grandes et d√©j√† anciennes Ňďuvres picturales, t√©moins des affres ou des avanc√©es expressionnistes dans les r√©serves mus√©ographiques.

Colportage joué en 1924 est une comédie d'intrigue à caractère satirique, née de la lecture de la rubrique des faits divers de la presse locale. La revendication exprimée de l'origine indique clairement la disparition définitive de la mouvance expressionniste depuis quelques années en déchéance.

Mentionnons aussi Alcibiade sauv√©, qui est en 1920 une pi√®ce construite en longs dialogues d√©non√ßant le conflit entre le monde intellectuel et la vie. La tentative est pouss√©e vers l'id√©al, point de d√©part et passages successifs afin d'atteindre le dialogue platonicien illustr√© par Ph√©don ou le Banquet. C'est la gen√®se, d√©clarait-t-il, de toute son Ňďuvre.

Ňíuvres

  • Schellenk√∂nig, √©crit r√©dig√© entre 1895/96 puis revu en 1902/1903.
  • Die Dornfelds, √©crit de jeunesse peut-√™tre repris en 1905, compl√©t√© apr√®s 1914, pi√®ce jou√©e en 1972.
  • Die j√ľdische Witwe / La Veuve juive (dialogue √©crit en 1911 et pi√®ce de 1920).
  • K√∂nig Hahnrei, parodie de l'op√©ra Tristan et Isolde de Wagner, 1913.
  • Die B√ľrger von Calais / Les bourgeois de Calais (√©crit dialogu√© de 1913, publi√© en 1914, mont√© en pi√®ce dramaturgique en 1917)
  • Der Fall des Sch√ľlers Vehgesack, 1914.
  • Rektor Kleist, √©crit en 1905, publi√© en 1914, jou√© en 1918.
  • Europa / Europe, 1915.
  • Vom morgens bis mitternachts /Du matin √† minuit ou De l'aube √† minuit, (drame dialogu√© de 1912, pi√®ce mont√©e en 1916), pi√®ce √† succ√®s en 1917 au Deutsches Theater, base du film expressionniste de Karl Heinz Martin en 1920, pi√®ce mise en sc√®ne √† Berlin en 1921 par Viktor Barnovsky avec des d√©cors de C√©sar Klein.
  • Trilogie sur la description futuriste de l'industrie moderne (Le rassemblement des pi√®ces, tardif, provient de la critique).
    • Koralle /Corail (1917)
    • 1918)
    • 1920)
  • Vision und Figur, essai programme, 1918.
  • Das Frauenopfer, 1918.
  • Der gerettete Alkibiades/ Alcibiade sauv√©, pi√®ce √©crite en 1917 et jou√©e en 1919.
  • Der Zentaure, com√©die √©crite et jou√© en 1918, adapt√© et jou√© sous un nouveau titre, Konstantin Stroble en 1920.
  • Der Brand im Opernhaus / L'incendie de l'op√©ra[4], 1919.
  • H√∂lle, Weg, Herde, 1919, pi√®ce mise en sc√®ne √† Berlin en 1920 par Viktor Barnovsky avec des d√©cors de C√©sar Klein.
  • Der Protagonist, pi√®ce jou√©e en 1920. Elle est le libretto ou livret musical en 1926 de l'op√©ra en un acte de Kurt Weill.
  • David et Goliath, com√©die en trois actes de 1920.
  • Der gerettete Alkibiades, 1920.
  • Noli me tangere, drame pens√© en prison, 1921
  • Kanzlist Krehler, tragicom√©die en trois actes, publi√© en 1922 par G. Kiepenheuer (Potsdam)
  • Nebeneinander / C√īte √† c√īte (tragicom√©die d√©nomm√©e Volkst√ľck ou pi√®ce populaire, dirig√©e par Berthold Viertel, avec un d√©cor de Georges Grosz), 1923.
  • Die Flucht nach Venedig / La fuite √† Venise, 1923.
  • Papierm√ľhle, 1923.
  • Gilles et Jeanne, 1923.
  • Kolportage / Colportage (com√©die cynique d'intrigue √† caract√®re satirique, n√© d'un fait-divers dans la presse), 1924.
  • Gats, 1925.
  • Oktobertag, 1925, jou√© en 1928.
  • Zweimal Oliver, com√©die cynique dans la veine de Colportage, 1926.
  • Die Papierm√ľhle,com√©die cynique, 1927.
  • Der Pr√§sident, com√©die cynique, 1927.
  • Der Zar l√§sst sich photographieren, 1927. Libretto de l'op√©ra bouffe sur une musique de Kurt Weill jou√© en 1928.
  • L'amoureux fant√īme, 1928.
  • Die Lederk√∂pfe / les t√™tes de cuir, √©crit en 1929, jou√© en 1931.
  • Der Silbersee, 1933. Morceaux de musique de Kurt Weill compos√©e en 1932 et 1933.
  • Zwei Kravatten / Two Ties /Deux cravates, 1929, jou√© en 1930. Musique de Mischa Poliansky.
  • Rosamund Floris, pi√®ce sur le th√®me du besoin de sacrifice et d'amour (purifiant) √©crite en 1936/1937, publi√© en 1940.
  • Der G√§rtner von Toulouse/ Le jardinier de Toulouse, 1938. Livre publi√© par Querido Verlag √† Amsterdam.
  • Der Soldat Tanaka / Le soldat Tanaka, pi√®ce de th√©√Ętre mont√©e √† Z√ľrich le 9 novembre 1940, interdite apr√®s quelques repr√©sentations par la CH, mais publi√©e par Oprecht Verlag et jou√©e √† New-York la m√™me ann√©e.
  • Alain et Elise, 1940.
  • Dyptique de com√©die satirique sur le r√©gime nazi intitul√© NSDAP (initiales du parti national-socialiste au pouvoir en Allemagne entre 1933 et 1945) :
    • Klewitter, pi√®ce √©crite en 1939-1940, publi√© en 1949.
    • Der Englische Sender, pi√®ce ecrite en 1941, publi√© en 1947.
  • Die Spieldose, 1942.
  • Das Floss der Medusa / Le radeau de la M√©duse, √©crit de 1940 √† 1943. Pi√®ce jou√©e en hommage posthume dans l'Allemagne rh√©nane lib√©r√©e, 1945 puis publi√© en 1948.
  • Triologie grecque √©crite avant sa mort publi√©e en 1948 :
    • Zweimal Amphytrion / Amphytrion
    • Pygmalion
    • Bellerophon / Bell√©rophon
  • Napoleon in New-Orleans, pi√®ce sur le th√®me tragi-comique du dictateur jou√©e en 1950, mais √©crite de 1937 √† 1941.

Signalons deux romans :

  • Es is genug, 1932 (sur le th√®me de l'inceste).
  • Villa Aurea, 1940.

Sur l'ensemble de l'Ňďuvre :

  • St√ľcke, Erz√§hlungen, Aufs√§tze, Gedichte, √©crits rassembl√©s par Walter Huder, Kiepenheuer und Witsch Verlag , K√∂ln ou Cologne, 1966.
  • St√ľcke, Henschelverlag, Berlin, 1972.
  • Walder Huder (dir.), Werke, sechs Bande ou 6 volumes, Propyla√ęn Verlag, Vienne, Frankfort, Berlin, 1970-1972.
  • Klaus K√§ndler (dir.), Georg Kaiser Werke, drei Bande ou 3 volumes, 1979.
  • G.M. Walck (dir.), Briefe, Francfort, Berlin, Vienne, 1980 (volume 7).
  • G.M. Walck (dir.), Georg Kaiser in Sachen Georg Kaiser, Briefe 1911-1933, 1989.

R√©ception de l'Ňďuvre

Apr√®s la guerre, ses drames ne re√ßoivent nullement l'accueil enthousiaste des ann√©es 1920. Le dramaturge Georg Kaiser dispara√ģt, √©clips√© par d'autres talents. Ce sont les germanistes qui, attir√©s par une Ňďuvre par le moins √©nigmatique et souvent compliqu√©e par de multiples non-dits, contribuent √† maintenir, puis √† relancer l'int√©r√™t pour ses √©crits et son th√©√Ętre √† partir des ann√©es 1970. Les raisons reposent sur :

  • une esth√©tique singuli√®re de la langue allemande
  • les nombreuses citations biographiques
  • les √©l√©ments mythiques rep√©rables dans les dialogues et textes de prose et de po√©sie.

Walter Huder, infatigable collecteur de l'ensemble des Ňďuvres de Georg Kaiser, a jou√© pour les √©tudes savantes et le retour de Georg Kaiser sur la sc√®ne th√©√Ętrale un r√īle capital.

Citations

Sur le r√©cit de sa vie qu'il propose de raconter en sept jours et sept versions d√©crites selon l'ordre th√©matique du ridicule, du grandiose, de la repentance, du ha√Įssable, de l'amour avec restrictions, d'un tour autour de sa vie comme autour d'une table ronde ou de l'imp√©n√©trable.

  • La vie est l'affaire la plus imp√©n√©trable que l'on puisse penser.
  • Biographies ou autobiographies ne sont que po√©sies et mensonges, quelles que soient les m√©ditations incorpor√©es dans la prose.
  • Il faut √™tre travers√© par une curiosit√© inou√Įe pour supporter la vie en toute lucidit√© sans perdre l'√©quilibre de la s√©r√©nit√©. Sur le plan interne comme externe, le d√©s√©quilibre fait na√ģtre d'un c√īt√© l'ennui, d'un autre, les dangers et les soumissions menant aux conflits. Les dangers les plus violents sont surtout int√©rieurs.

Sur l'art d'√©crire un dialogue nourri d'id√©es :

  • Le talent est ob√©issance, soumission, humilit√© qui s'offrent activement √† la force de la pens√©e du monde vaste.

Sur la force de l'art :

  • L'art est l'√©ruption magnifique de la sensualit√©, mais d'une sensualit√© qui minimise la pi√®tre banalit√© d'Eros.
  • Trembler face √† la sensualit√© de la pens√©e, c'est la naissance de l'art.
  • L'artiste pense dans l'azur de Dieu. Et la clart√© triomphe sur la torpeur, le langage sur la baragouinage, l'√©ternit√© sur l'√©poque.

Sur la pens√©e :

  • Penser, c'est se manifester avec une vitalit√© extr√™me.
  • Vous aimez mal parce vous pensez mal.

Dénomination officielle honorant la mémoire de l'écrivain

Sa ville natale, Magdebourg, lui a offert une rue, la Georg-Kaiser-Strasse. En 1996, le Land de Saxe-Anhalt a créé un prix littéraire à son nom.

La commune de Seeheim-Jugenheim a choisi la place de la mairie, la Rathausplatz, dénommée selon son nom.

Une plaque berlinoise en son honneur rappelle une r√©sidence durant l'entre-deux-guerre de la famille Kaiser, et la derni√®re habitation de l'√©crivain en Allemagne de 1928 √† 1938 avant sa fuite pr√©cipit√©e : elle est appos√©e √† l'entr√©e de la maison du 3, Luisenplatz √† Berlin Charlottenburg.

Ňíuvres publi√©es en fran√ßais

  • De l'aube √† minuit, texte fran√ßais de Camille Demange, Th√©√Ętre et universit√© N¬į8, octobre-d√©cembre 1966.
  • Les bourgeois de Calais (extraits), texte fran√ßais de Camille Demange, Th√©√Ętre et universit√© N¬į16, avril 1969.
  • Th√©√Ętre 1912-1919 : Du matin √† minuit/Les Bourgeois de Calais/ Alcibiade sauv√©, texte fran√ßais de Ren√© Radrizzani, L'Arche √©diteur, Paris, 1994.
  • Th√©√Ętre 1917-1925 : Le corail/Gaz/Gaz seconde partie/Gats, texte fran√ßais de Huguette et Ren√© Radrizzani, √©dition Fourbis, Collection S.H., Paris, 1997.
  • Th√©√Ętre 1927-1929 : Octobre/les t√™tes de cuir/Mississipi/Proscription du guerrier, texte fran√ßais de Ren√© Radrizzani, L'Arche √©diteur, Paris, 1994.
  • Th√©√Ętre 1940-1943 : Le soldat Tanaka/Le radeau de la m√©duse/Napol√©on √† la Nouvelle-Orl√©ans, texte fran√ßais de Huguette et Ren√© Radrizzani, √©dition Fourbis, Collection S.H., Paris, 1997.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Le nombre fait allusion √† l'exclusion chr√©tienne du fourbe Juda de la C√®ne, et rappelle par inversion l'holocauste en cours des populations europ√©ennes de confession juda√Įque ou d'origine juive jouant le r√īle de bouc-√©missaire dans une quasi-indiff√©rence ou neutralit√© religieuse.
  2. ‚ÜĎ Sur l'importance de l'abstraction dans la gen√®se du courant, on peut citer un extrait de l'ouvrage de l'universitaire de Bonn, th√©oricien de l'art abstrait Wilhelm Worringer, Abstraktion und Einf√ľhlungparu en 1908 : ¬ę L'abstraction na√ģt de la grande inqui√©tude qu'√©prouve l'homme terroris√© par les ph√©nom√®nes qu'ils constatent autour de lui dont il est incapable de d√©chiffrer les rapports, les myst√©rieux contrepoints. Cette angoisse primordiale de l'homme en face d'un espace illimit√© suscite en lui d'arracher les objets du monde ext√©rieurs √† leur contexte naturel, ou mieux encore de d√©livrer l'objet de ses liens avec d'autres objets, bref de le rendre absolu ¬Ľ.
  3. ‚ÜĎ Citons par exemple Der Sohn de Walter Hansenclever, Die Wandlung d'Edward Teller. Au-del√† de la d√©cadence symboliste, le programme expressionniste transforme la culture en chaos et la civilisation en visions autant idylliques que d√©moniaques. Rejoignant ou s'adjoignant la poignante angoisse du primitif devant la nature, il la place aussi devant la soci√©t√©.
  4. ‚ÜĎ Il en existe une traduction-adaptation l'op√©ra sous la cendre par Claire Goll, r√©alis√©e au d√©but des ann√©es vingt. Le lien entre l'auteur et sa traductrice est suffisamment amical pour que Georg lui d√©dicace une photographie o√Ļ il se pr√©sente avec son fils. Il semble l'avoir connue √† Ascona en 1918. Fonds Claire Goll, Mus√©e Pierre No√ęl de Saint-Di√©-des-Vosges

Bibliographie

LEXI texte 3, in√©dits et commentaire, L'Arche - th√©√Ętre de la colline, Saison 1999/2000, 1999, 254 pages. ISBN 2 85181 441 9

Philippe Ivernel, article sur Georg Kaiser in Michel Corvin (dir), Dictionnaire encyclop√©dique du th√©√Ętre, Bordas, 1991, 942 pages. ISBN 2 04 018456 2

C. Demange, "La situation de G. Kaiser par rapport √† la g√©n√©ration expressionniste", in L'expressionnisme dans le th√©√Ętre europ√©en, √©dition du CNRS, Paris, 1971.

B.J. Kenworthy, Georges Kaiser, ouvrage biographique britannique de 1957.

Walter H. Sokel, The writer in extremis, 1959. Le premier chapitre aborde le cas Georg Kaiser.

Hugh F. Garten, Modern German Drama, 1959.

Richard Samuel, R. Hinton Thomas, Expressionism in German Life, litterature and the theater, 1910-1924, paru en 1939.

Gisela Zander, Magdeburger Biographisches Lexikon, Magdeburg 2002, ISBN 3-933046-49-1 Une courte présentation biographique est donnée en allemand


Fonds d'études kaiseriennes

La section de littérature germanique de l'université canadienne d'Alberta a constitué un fonds d'études spécialement dévolu à Georg Kaiser. Présentation de la collection Georg Kaiser


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