Geographie

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Geographie

Géographie

Vermeer, Le Géographe, 1669, conservé au Städelsches Kunstinstitut, à Francfort-sur-le-Main

La géographie est l'étude de la surface de la Terre.

Le mot, invent√© par √Čratosth√®ne pour un ouvrage aujourd'hui perdu, provient du grec ancien "ő∑ ő≥ő∑" (h√™ g√™) la Terre et "ő≥ŌĀőĪŌÜőĶőĻőĹ" (graphein) graver. Pour les Grecs, c'est la description rationnelle de la Terre. Il s'agit d'une science qui r√©pond √† une curiosit√© nouvelle, et qui va d√©terminer la g√©opolitique en d√©finissant les territoires √† conqu√©rir et √† tenir. Pour Strabon, c'est la base de la formation de celui qui voulait d√©cider.

Aujourd'hui, la g√©ographie est une science sociale, comme la sociologie ou l'√©conomie. C'est la science qui √©tudie l'espace des soci√©t√©s, ou la dimension spatiale du social, c'est-√†-dire la fa√ßon dont les soci√©t√©s √©tablissent les distances qui s√©parent leur composants (individus, entreprises, √Čtats, ressources, etc).

Longtemps les g√©ographes se sont pos√© quatre questions majeures lorsqu'ils regardaient la Terre, s'inscrivant en cela dans une d√©marche descriptive et analytique :

  1. Qui : Les individus/les soci√©t√©s produisent leur espace avec leurs valeurs, leurs modes de vie. C'est la g√©ographie des aires culturelles, qui cherche √† montrer le particulier ;
  2. Quoi : L'impact de ces hommes, qu'il soit √©conomique, social, ou environnemental, produit de leurs institutions, de la recherche, des techniques, des √©changes ou encore de l'exploitation des ressources naturelles ;
  3. O√Ļ : Le lieu de ces activit√©s humaines ; plus g√©n√©ralement la raison des localisations ;
  4. Quand : La p√©riode historique o√Ļ les individus ou les soci√©t√©s produisent des espaces qui s'ajoutent ou concurrencent les pr√©c√©dents. Cette question traduisant du reste la situation de subordination de la g√©ographie vis-√†-vis de l'histoire, √† laquelle elle fournissait un d√©cor.

La g√©ographie du d√©but du XXe si√®cle a beaucoup chang√©, √† pr√©sent, c'est la science qui √©tudie les dimensions spatiales du social. Pour d√©passer cette approche analytique et essayer de saisir la mani√®re dont les soci√©t√©s jouent de l'espace pour s'organiser et se structurer. La question fondamentale de la g√©ographie contemporaine est la suivante : "Y a-t-il de la distance ?" Si, pour une probl√©matique donn√©e (emploi, logement, acc√®s aux ressources naturelles, tourisme‚Ķ), la r√©ponse est positive, alors cela signifie que l'approche g√©ographique est √† ce sujet pertinente. D√®s lors, il convient de s'interroger dans cette perspective que la place faite aux grandes forces qui travaillent la soci√©t√© : l'individu, les communaut√©s, les pouvoirs, la technique, la Nature.

Des questions complexes se font alors jour, combinant les dimensions de la soci√©t√© sous l'angle g√©ographique (pourquoi ? - Les objectifs des individus/des soci√©t√©s ; comment ? - Les relations du pouvoir dans l'espace ; Jusqu'o√Ļ ? - Les limites, les discontinuit√©s, les seuils...)

L'approche géographique d'un phénomène ne se limite pas uniquement à l'utilisation de la cartographie - l'étude des cartes. La grille de questionnement, associée à la cartographie, permet d'ajuster l'analyse de l'objet - l'espace - et d'expliquer pourquoi on trouve tel ou tel phénomène ici et pas ailleurs.

La g√©ographie s'applique donc √† d√©terminer les causes, aussi bien naturelles qu'humaines ; et lorsqu'ils observent des diff√©rences, leurs cons√©quences.

Sommaire

Principales branches

Il est difficile de dresser une arborescence des branches de la géographie tant celle-ci change selon les pays et selon les époques contemporaines (et donne même lieu à de nombreux débats épistémologiques).

Acad√©miquement en France, on distingue 4 paradigmes :

Ces disciplines de la "g√©ographie physique" ne peuvent √™tre qualifi√©es de "g√©ographiques" que si elles int√®grent dans les probl√©matiques √©tudi√©es une dimension humaine (la g√©ographie est aujourd'hui une science humaine) et spatiale. Aujourd'hui, plus que de ¬ę g√©ographie physique ¬Ľ, on parlera davantage de ¬ę g√©ographie environnementale ¬Ľ. En effet, d'une part les diff√©rentes composantes (g√©omorphologique, climatologique, hydrologique, biog√©ographique, etc.) sont de plus en plus consid√©r√©es comme formant un m√™me syst√®me (ou g√©osyst√®me), d'autre part l'√©tude d'un milieu donn√© ne se comprend qu'en interaction avec la soci√©t√© qui l'occupe et le produit.


Depuis les ann√©es 1970 et 1980, la g√©ographie a vu se d√©velopper de nouvelles branches de sa discipline en accord avec une approche pluridisciplinaire (notamment l'utilisation des outils en provenance des disciplines √©conomiques, math√©matiques, sciences politiques, sociologiques, et informatiques), inspir√©e par les g√©ographies scandinave, nord-am√©ricaine et anglaise, notamment √† travers les approches vari√©es de :

Relanc√©e √† la fin des ann√©es 1970 par Yves Lacoste, cr√©ateur et fondateur de la revue H√©rodote en 1976 (intitul√©e d'abord Strat√©gies g√©ographies id√©ologies, puis en 1983 Revue de g√©ographie et de g√©opolitique) et auteur de l'essai La G√©ographie, cela sert d'abord √† faire la guerre. Voir aussi les revues Limes, Espace g√©ographique fond√©e en 1973 par Roger Brunet, Espace-Temps fond√©e en 1975 par Jacques L√©vy et Christian Grataloup... Aujourd'hui, la g√©opolitique tend √† analyser les cons√©quences de la mondialisation (g√©o√©conomie) et la gestion des ressources naturelles (l'or ; l'or bleu - l'eau ; l'or noir - le p√©trole ; l'or vert - la for√™t)...

Un domaine aux confins de la g√©ographie √©conomique et de la micro√©conomie qui √©tudie les questions de localisation √©conomique, et les relations √©conomiques entre le mondial (mondialisation) et le local (am√©nagement du territoire, p√īle de comp√©tence, d√©localisation...)

D√©velopp√©e r√©cemment, cette branche de la g√©ographie se distingue des pr√©c√©dentes par le recours √† l'outil l'informatique, pour analyser le territoire. Elle compl√®te les syst√®mes d'information d√©velopp√©s par ailleurs dans d'autres disciplines par une r√©f√©rence spatiale : la localisation g√©ographique, couramment d√©finie par un syst√®me de coordonn√©es g√©ographiques (X, Y, Z). On distingue ainsi les syst√®mes d'information g√©ographiques (SIG) et la t√©l√©d√©tection satellite.

Recouvre un ensemble d'outils mais aussi de concepts permettant de modéliser les structures spatiales et d'analyser les dimensions spatiales de la vie en société.

H√©riti√®re du postmodernisme, la G√©ographie du Genre se d√©veloppe en France depuis la fin des ann√©es 1990. Elle souhaite nuancer la g√©ographie ¬ę masculine ¬Ľ en int√©grant la vision d'autres groupes appartenant √† la soci√©t√©, comme les minorit√©s sexuelles, mais aussi sociales et raciales.

Enfin, la notion d'√©chelle - ou approche multiscalaire - est essentielle en g√©ographie : suivant que le g√©ographe √©tudie toute la plan√®te (petite √©chelle) ou seulement une partie de celle-ci (grande √©chelle), on parle de g√©ographie g√©n√©rale ou de g√©ographie r√©gionale. De nos jours, on pr√©f√®re toutefois parler de g√©ographie th√©matique √† la place de g√©ographie g√©n√©rale et de g√©ographie des territoires √† la place de g√©ographie r√©gionale.

Histoire

Diego Velázquez, Le Géographe (1627-1630)

L'Antiquité

Les Grecs sont la premi√®re civilisation connue pour avoir √©tudi√© la g√©ographie, √† la fois comme science et comme philosophie. Thal√®s de Milet, H√©rodote (auteur de la premi√®re chorographie), √Čratosth√®ne (premi√®re carte du monde connu ‚Äď l'√©coum√®ne ‚Äď, calcul de la circonf√©rence terrestre), Hipparque, Aristote, Ptol√©m√©e ont apport√© des contributions majeures √† la discipline.

Les Romains ont apporté de nouvelles techniques alors qu'ils cartographiaient de nouvelles régions.

Ces premiers ¬ę g√©ographes ¬Ľ d√©veloppent quatre branches de la g√©ographie qui vont perdurer jusqu'√† la Renaissance :

  • d√©couvrir et explorer les continents ;
  • mesurer l'espace terrestre (g√©od√©sie) ;
  • situer la Terre dans les syst√®mes astronomiques (cosmographie) ;
  • repr√©senter l'espace terrestre (cartographie).

Le Moyen √āge

Au cours du Moyen √āge, juste apr√®s les invasions barbares au VIe si√®cle, l'int√©r√™t pour la g√©ographie diminua en Occident.

Dans le haut Moyen √āge, cette discipline fut le parent pauvre de l'√©ducation, qui se d√©clinait √† travers les arts lib√©raux. Le quadrivium incluait bien l'astronomie, mais pas la g√©ographie.

Isidore de S√©ville contribua √† conserver un certain patrimoine de connaissances. N√©anmoins, la repr√©sentation du monde √©tait tr√®s sommaire : on imaginait la terre plate, et les continents √©taient plac√©s √† l'int√©rieur d'un rond et autour un T renvers√© vers la droite, l'Europe √©tant au-dessus de la barre horizontale, l'Afrique en-dessous, et l'Asie √† droite (l'Am√©rique et l'Oc√©anie √©tant bien entendu inconnues). La barre horizontale repr√©sentait la M√©diterran√©e, la barre verticale s√©parant l'Asie (√† l'est), de l'Europe et de l'Afrique (√† l'ouest) √©tait constitu√©e par le Danube et le Nil, que l'on supposait reli√©s (repr√©sentation O/T). Au centre, point d'intersection des deux barres, J√©rusalem, la ville religieuse, consid√©r√©e comme le centre du monde.

N√©anmoins, le capital d'informations g√©ographiques et scientifiques de l'Antiquit√© (Euclide, Aristote, Ptol√©m√©e, ...) fut recueilli dans les centres intellectuels de la civilisation arabo-musulmane. Le monde musulman √©tait en effet mieux plac√© g√©ographiquement, au carrefour des civilisations grecque, m√©sopotamienne, indienne, √©gyptienne, pour recueillir le savoir de l'Antiquit√©. Bagdad fut cr√©√©e sur un emplacement proche du lieu o√Ļ mourut Alexandre le Grand (Babylone). D'autre part, les exigences de la pri√®re musulmane (cinq pri√®res par jour, le fid√®le √©tant orient√© vers la Mecque), n√©cessitaient des connaissances g√©ographiques dont l'Occident n'avait pas besoin.

Les géographes arabes, tels qu'Idrisi (auquel on doit la première grande géographie de l'Occident, vers 1150), Ibn Battuta (1304-1370), et Ibn Khaldun ont donc conservé et enrichi l'héritage gréco-romain.

En Occident, l'encyclop√©die de Vincent de Beauvais (speculum naturale, somme des connaissances de l'Occident au XIIIe si√®cle) contenait des informations g√©ographiques connues en 1250.

Il y eut au XIIIe si√®cle plusieurs voyages de missionnaires franciscains en Asie :

  • Jean de Plan Carpin en Mongolie (1245-1247)
  • Guillaume de Rubrouck alla dans l'empire mongol (1253-1257), et consigna son r√©cit de voyage dans une Ňďuvre en latin qui √©tait une mine d'informations g√©ographiques, historiques et ethnographiques sur l'empire mongol,

Ces informations furent très utiles pour la préparation du voyage de Marco Polo entre 1271 et 1295. Ce voyage permit lui-même de préciser les informations géographiques sur l'Asie (Devisement du monde).

D'autres missionnaires franciscains partirent vers l'Asie :

L'ensemble de ces voyages avait déjà beaucoup enrichi les informations sur l'Asie avant les voyages de Marco Polo.

L'intérêt pour la géographie s'est considérablement accru en Occident à partir de cette époque, et la représentation du monde a fortement évolué, engendrant un renouvellement de la cartographie.

En 1410, le cardinal Pierre d'Ailly écrivit l'Imago mundi, qui sera imprimé en 1478. Christophe Colomb en avait un exemplaire.

La Renaissance

Aux XVe si√®cle et XVIe si√®cle, de grandes exp√©ditions maritimes ont immens√©ment accru la connaissance de la plan√®te. Ces exp√©ditions ont √©t√© accompagn√© d'une activit√© scrupuleuse d'observation astronomique et g√©ographique. Le portulan est la carte type de cette √©poque. On peut citer, parmi beaucoup d'autres, les exp√©ditions de Vasco de Gama (Afrique et Inde), Christophe Colomb (Am√©rique centrale et espace cara√Įbe), Magellan (Am√©rique du sud et oc√©an pacifique), Jacques Cartier (Canada, 1534). Au milieu du XVIe si√®cle, Fran√ßois Xavier entame le d√©but de l'√©vang√©lisation du Japon.

La cartographie progresse, √† la fois par la quantit√© de nouvelles connaissances apport√©es par les explorations, la diffusion des documents par l'imprimerie, et par de nouvelles m√©thodes et des fondations th√©oriques solides (projection de Mercator au XVIe si√®cle). Les cartes du monde de la Geographica Generalis de Bernard Varenius et celles de Gerardus Mercator en t√©moignent.

En Italie, Giovanni Botero publie √† Rome, de 1591 √† 1592, les trois volumes des Relazioni Universali qui marquent la naissance de la statistique ou science descriptive de l'√Čtat. Il s'agit d'une g√©ographie appliqu√©e aux besoins des nouvelles administrations.

XVIIIe et XIXe siècles

Au XVIIIe si√®cle, James Cook et La P√©rouse explorent la zone du Pacifique.

Au XVIIIe si√®cle, la g√©ographie commence √† √©merger en tant que discipline scientifique. Mais il faut attendre le XIXe si√®cle pour qu'elle prenne une place r√©elle dans l'enseignement en France. Suite √† la d√©faite de la France en 1870 contre la Prusse, elle est enseign√©e dans le primaire, en particulier √† travers un livre de lecture, Le Tour de France par deux enfants. Son enseignement dans le sup√©rieur est initi√© √† l'√Čcole normale sup√©rieure de la rue d'Ulm, par Vidal de la Blache, le g√©ographe fran√ßais marquant de la fin du XIXe si√®cle.

Période contemporaine

Entre le XIXe et le XXe si√®cle, la g√©ographie s'est impos√©e difficilement comme une discipline √† part enti√®re dans le domaine scientifique.

Plusieurs courants se sont d√©velopp√©s tentant de d√©montrer l'interaction entre l'homme et la nature, avec plus ou moins de succ√®s et de rigueur d'approche :

  • le courant d√©terministe, emmen√© par le g√©ographe allemand Carl Ritter. Le d√©terminisme consid√®re qu'une cause naturelle produit une cons√©quence sociale.
  • le courant environnementaliste, d√©velopp√© par le g√©ographe allemand Friedrich Ratzel. Tout √™tre vivant est le produit du milieu dans lequel il vit.
  • le courant possibiliste de Vidal de La Blache qui cherche √† nuancer les approches pr√©c√©dentes, per√ßues comme peu objectives. Il n'y a pas de d√©terminants g√©ographiques, mais des possibilit√©s que l'homme choisit, ou non, d'utiliser. La nature propose, l'homme dispose.
  • l'√Čcole fran√ßaise de g√©ographie, cr√©e par Paul Vidal de La Blache, d√©veloppe aussi une sp√©cificit√© : la g√©ographie r√©gionale. Il s'agit de traiter de l'unique, de la r√©gion (¬ę idiographie ¬Ľ ou travail sur les sp√©cificit√©s), √©vitant ainsi les d√©rives nomoth√©tiques, mais tombant dans une connaissance encyclop√©dique.

La Nouvelle Géographie

La nouvelle g√©ographie se d√©veloppe √† partir des ann√©es 1960 aux √Čtats-Unis et gagne la France, la Suisse et surtout l'Allemagne dans les ann√©es 1970. Elle est directement influenc√©e par les g√©ographies anglo-saxonnes, plus pr√©cis√©ment scandinaves et am√©ricaines.

Inspir√©e par les math√©matiques (statistiques) et les r√®gles de l'√©conomie, cette g√©ographie tente d'√©tablir des ¬ę lois ¬Ľ universelles (science nomoth√©tique).

La g√©ographie devient la discipline visant √† mettre en lumi√®re les r√©gularit√©s, les ressemblances entre les espaces, afin d‚Äô√©noncer les lois g√©n√©rales explicatives. On passe donc du particulier au g√©n√©ral, du descriptif √† l‚Äôexplicatif et de l‚Äôinductif √† l‚Äôhypoth√©tico-d√©ductif. La d√©marche classique (description de chaque industrie r√©gionale, typologie, cartographie, explications de la pr√©sence sp√©cifique de certaines industries dans certains lieux privil√©giant les facteurs naturels, les particularit√©s locales et la dimension historique) est remplac√©e par une d√©marche ¬ę nouvelle ¬Ľ.

Celle-ci simplifie la r√©alit√© en partant d‚Äôhypoth√®ses de base, pose des hypoth√®ses de recherche et un m√©canisme √† tester. Une collecte de donn√©es, une analyse statistique et la production d‚Äôune carte ¬ę th√©orique ¬Ľ permet ensuite d‚Äôaccepter ou de rejeter l‚Äôhypoth√®se, qui peut par la suite √©ventuellement √™tre modifi√©e. A la fin du processus, on dispose d‚Äôune s√©rie de propositions, dont on peut rendre compte par un mod√®le (repr√©sentation simplifi√©e et symbolique). Le mod√®le peut √™tre une relation math√©matique, une s√©rie de propositions ou une repr√©sentation cartographique. On change ainsi de m√©thodes et d‚Äô√©chelle de travail, on s‚Äôallie √† d‚Äôautres sciences, et on pose d‚Äôautres hypoth√®ses sous-jacentes.

La Nouvelle G√©ographie √©merge dans un contexte sp√©cifique : le prestige de la science, les besoins de la croissance, la situation de la g√©ographie traditionnelle, les probl√®mes sociaux et ceux des minorit√©s ainsi que le nouveau r√īle de l‚Äô√Čtat modifie les attentes quant √† la g√©ographie, tout comme les besoins de la reconstruction en Europe. C‚Äôest √† cette √©poque que se d√©veloppe la production de masse (fordisme, etc.). Les probl√®mes sociaux de l‚Äô√©poque concernent surtout la transformation de l‚Äô√©conomie (de la guerre √† la paix) et les emplois et logements. Les petits agriculteurs vivent mal, on affronte des probl√®mes syndicaux et des difficult√©s avec les minorit√©s. Pour les jeunes g√©ographes, ce renouveau de la g√©ographie est un d√©fi et une question de survie. On assiste donc √† une modification du r√īle de la g√©ographie, qui doit permettre aux gouvernements de comprendre, pr√©dire e diriger les ph√©nom√®nes sociaux dans l‚Äôespace. Ses cons√©quences sont la double alliance de la g√©ographie avec les sciences et la planification, son renouveau orient√© vers l‚Äô√©conomie (localisations, croissance r√©gionale, urbanisation, flux et interactions), l‚Äôobtention de fonds, la reconnaissance symbolique et l‚Äôessor de la g√©ographie appliqu√©e.

Les mod√®les de localisation sont typiques de ce paradigme. Ils se basent sur deux grands principes d‚Äôexplications : l‚Äôh√©t√©rog√©n√©it√© de l‚Äôespace, qui renvoie au fait que l‚Äôespace est diff√©renci√© et que certains lieux sont plus favorables √† certaines activit√©s, et son opacit√©, qui renvoie au fait qu‚Äôil est difficile √† franchir en raison de la friction de la distance (l‚Äô√©loignement ayant donc un co√Ľt). Voir les th√©ories de localisation agricole (Von Th√ľnen), industrielles (Launhardt et Weber) et tertiaire (places centrales) de G. Fisher.

Les points forts de l‚Äôanalyse spatiale sont son cadre th√©orique coh√©rent et sa d√©marche rigoureuse, le processus cumulatif de connaissances qu‚Äôelle met en place, mais aussi les succ√®s tangibles qu‚Äôelle remporte et le fait qu‚Äôelle s‚Äôaccommode de ph√©nom√®nes complexes. Cependant, on peut lui adresser plusieurs critiques : l‚Äôoubli du contenu, la disparition de l‚Äôhomme, la simplification de la r√©alit√©, le manque d‚Äôesprit critique, l‚Äôoubli des rapports de pouvoir, et le c√īt√© faussement objectif de sa d√©marche. Le paradigme s‚Äôessouffle : les troubles sociaux persistent, la Guerre du Vietnam et la contestation sociale bouleversent la soci√©t√©, le prestige de la science diminue.‚ÄÉ

La géographie comportementale

La g√©ographie comportementale s‚Äôattache √† analyser les individus, leurs comportements individuels et collectifs √† travers le rapport qu‚Äôils entretiennent avec leur territoire. Les comportementalistes se penchent donc aussi sur la psychologie de l‚Äô√™tre humain, son rapport au groupe et √† l‚Äôespace, son fonctionnement mental. Il s'agit avant tout de se poser la question ¬ę qui fait quoi ? ¬Ľ et ¬ę pourquoi ? ¬Ľ (ou : ¬ę qui dit quoi ? ¬Ľ et ¬ę pourquoi ? ¬Ľ)

La géographie radicale

Appel√©e aussi g√©ographie marxiste ou critique, cette g√©ographie est fortement influenc√©e par les autres sciences sociales. Antoine Bailly d√©finit ainsi la probl√©matique radicale : ¬ę Une vision de la g√©ographie qui privil√©gie la probl√©matique du mat√©rialisme historique et la d√©marche dialectique dans l'analyse socio-√©conomique des pratiques sociales ¬Ľ (2001)

Elle s'inscrit dans un contexte de troubles sociaux et de contestation sociale durant la guerre du Vietnam au moment o√Ļ le prestige de la science est en baisse.

On retrouve des géographes comme Yves Lacoste et l'équipe de la revue Hérodote, Guy Di Méo (L'Homme, la société, l'espace, 1991) ou l'anglais David Harvey (Directions in Geography, 1973 et Social justice and The City, 1977)

Outils

La g√©ographie n√©cessite d'√™tre capable de situer les diff√©rentes parties de la Terre les unes par rapport aux autres. Pour ce faire, de nombreuses techniques ont √©t√© d√©velopp√©es √† travers l'histoire :

L'introduction de l'informatique en g√©ographie a permis aux g√©ographes de d√©velopper une discipline √† part enti√®re : la g√©omatique. La g√©omatique est un ensemble de m√©thodes et d'outils permettant l'acquisition, le stockage, la gestion ainsi que la diffusion de donn√©es √† r√©f√©rence spatiale. Ce sont des outils comme les syst√®mes d'information g√©ographique (SIG), qui sont utilis√©s pour croiser des informations g√©olocalis√©es et r√©aliser des analyses spatiales multicrit√®res. Les SIG les plus connus et les plus utilis√©s sont :

Plusieurs autres systèmes d'information géographique sont conçus par des informaticiens et géographes indépendants. Ceux-ci réussissent souvent à combler les failles ou les oublis surgissant des imposants logiciels cités ci-haut. Cependant, le rayonnement de ces logiciels tierces est faible et ne permet pas à une large population de les utiliser.

Par ailleurs, certains considèrent, erronément, le logiciel Google Earth comme un SIG. Ce logiciel n’est qu’un outil de visualisation dynamique de la Terre en 3D. Un autre logiciel, World Wind, similaire à Google Earth, est également distribué par la NASA. Dans les deux cas, l'objectif annoncé par Google et la NASA est d'intégrer le plus grand nombre de composantes des SIG dans leur logiciel. Mais les outils réalisés jusqu'à maintenant ne peuvent être utilisés que par des géographes connaissant suffisamment la programmation pour y réaliser de bien maigres résultats (d'un point de vue géomatique).

Notes et références


Voir aussi

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Articles connexes

Listes

Articles


Bibliographie

Dictionnaires

  • C√©drick Allmang, Petites le√ßons de g√©ographie, Presses universitaires de France, 2001, Paris, collection Major
  • Antoine Bailly, Robert Ferras, Denise Pumain (dir.), Encyclop√©die de G√©ographie, Economica, Paris, 1992
  • Antoine Bailly & al., Les Concepts de la g√©ographie, A. Colin, Paris, 1998
  • Roger Brunet & al., Les Mots de la g√©ographie. Dictionnaire critique, 5e √©d., Reclus-Doc. fran√ßaise, 2001 (ISBN 2-11-005943-5)
  • Jean-Paul Charvet & al., Dictionnaire de g√©ographie humaine, Paris, Liris, 2000
  • Pierre George, Dictionnaire de g√©ographie, Presses Universitaires de France, Paris, 1990
  • Jacques L√©vy, Michel Lussault, Dictionnaire de la g√©ographie et de l'espace des soci√©t√©s, Belin, 2003
  • Yves Lacoste, De la g√©opolitique aux paysages. Dictionnaire de la g√©ographie, Collin, 2003
  • Antonio Da Cunha "Objet, d√©marches et m√©thodes: les paradigmes de la g√©ographie", universit√© de Lausanne, octobre 2006, avec la collaboration d'Olivier Schmid.

Histoire

  • Philippe Pinchemel, Marie-Claire Robic, Jean-Louis Tissier (sous la direction de), Deux si√®cles de g√©ographie fran√ßaise, Paris, Comit√© des travaux historiques et scientifiques, 1984, 380 p.
  • Paul Claval, Histoire de la g√©ographie, Paris, PUF, Que-sais-je ? n¬į65, 1995, 126 p.
  • Marie-Claire Robic, Anne-Marie Briend, Mechtild R√∂ssler (sous la direction de), G√©ographes face au monde. L‚ÄôUnion g√©ographique internationale et les Congr√®s internationaux de g√©ographie, Paris, L'Harmattan, 1996, 464 p.
  • Paul Claval, Histoire de la G√©ographie fran√ßaise de 1870 √† nos jours, Paris, Fernand Nathan, 1998, 544 p.
  • Jean-Fran√ßois Deneux, Histoire de la pens√©e g√©ographique, Belin, 2006. (ISBN 2-7011-3767-5)
  • Marie-Claire Robic (coordinatrice), Cyril Gosme, Didier Mendibil, Olivier Orain, Jean-Louis Tissier, Couvrir le monde. Un grand XXe si√®cle de g√©ographie fran√ßaise, Paris, ADPF (Association pour la diffusion de la pens√©e fran√ßaise) - Minist√®re des Affaires √©trang√®res, 2006, 232 p.
  • Pierre Singarav√©lou (dir.), L'Empire des g√©ographes. G√©ographie, exploration et colonisation (XIXe-XXe s.), Paris, Belin, 2008

Epistémologie

  • Jacques Scheibling, Qu'est-ce que la g√©ographie ?, Paris, Hachette, 1994, 200 p.
  • Anne-Marie G√©rin-Grataloup, Pr√©cis de g√©ographie, Paris, Fernand Nathan, 1995 (r√©√©dit√©).
  • Robert Marconis, Introduction √† la g√©ographie, Paris, Armand Colin, 1996, 222 p.
  • Paul Claval, Epist√©mologie de la g√©ographie, Paris, Fernand Nathan, 2001, 266 p.
  • Jean-Jacques Bavoux, La g√©ographie : Objets, m√©thodes, d√©bats, Paris, Armand Colin, 2002, 240 p.
  • Armand Fr√©mont, Aimez-vous la g√©ographie ?, Paris, Flammarion, 2005, 358 p.

Liens externes

Sites et revues scientifiques consacr√©s √† la g√©ographie de fa√ßon globale :

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