Gaule

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Gaule

46° 30â€Č N 2° 54â€Č E / 46.5, 2.9

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La Gaule (ou les Gaules), en latin Gallia, est le nom donné par les Romains aux territoires peuplés par les peuples gaulois, territoires qui comprenaient la quasi-totalité de la France actuelle, la Belgique, le Luxembourg, le nord de l'Italie (Gaule cisalpine) et une partie de l'Allemagne.

Situation de la Gaule dans l'empire romain.

Les principales traces de la civilisation de la Gaule se trouvent dans les milliers de toponymes qui perpétuent le souvenir des Gaulois[1].

Sommaire

Une création romaine

Étymologie

Les auteurs latins utilisent dĂ©jĂ  le nom de Galli (« Gaulois Â»), pluriel de Gallus, habitants de la Gallia « Gaule Â», pour dĂ©signer les Celtes installĂ©s en Gaule et en Galatie.

Le nom de Gallia est attestĂ© pour la premiĂšre fois chez Porcius Caton au IIe siĂšcle avant J. C., vers 168 environ, mais il est fort probable que son emploi soit plus ancien. Cependant, c'est seulement avec la Guerre des Gaules, de Jules CĂ©sar, que ces concepts vont se diffuser largement.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

On ne connaĂźt pas avec certitude l'Ă©tymologie du terme latin, homonyme du « coq Â» en cette langue, mais il pourrait ĂȘtre lui-mĂȘme un emprunt au celtique. Peut-ĂȘtre s'agit-il du terme galiā, qui devait dĂ©signer la force, terme restituĂ© d'aprĂšs le vieil irlandais gal, « fureur guerriĂšre Â», gallois gallud « pouvoir Â», breton galloud, idem[2]. Les galli serait donc « les forts Â» ou « les furieux Â»[3]. Ce terme serait en outre Ă  l'origine des mots français jaillir et gaillard.

Ce n'est qu'Ă  la Renaissance que le nom latin de Galli est associĂ© Ă  son homonyme gallus, coq, devenu ainsi l'animal emblĂ©matique de la France lors de la redĂ©couverte de nos ancĂȘtres les Gaulois.

Les mots français Gaule et gaulois sont les traductions usuelles des mots latins Gallia, Gallus et Gallicus, mais ils n'en dérivent pas directement.

En effet, l'Ă©tymologie des mots français est probablement diffĂ©rente. La source la plus vraisemblable est le terme par lequel les Germains dĂ©signent des peuples non germaniques Ă  l'origine, c’est-Ă -dire des Celtes ou des locuteurs de langue latine : walha (cf. Walh et les noms anglais pour les territoires celtiques Wales et Cornwall)[4],[5]. D'ailleurs, les significations de « gallois Â», de « gaulois Â» et de « celte Â» en gĂ©nĂ©ral sont donnĂ©es par les mĂȘmes termes en ancien français. On trouve aussi le mot walois (avec le /w/ des dialectes septentrionaux) pour dĂ©signer la langue d'oĂŻl, mot Ă©quivalent de Welsche en dialecte alĂ©manique. Aussi, galois au sens restreint d'« habitant de la Gaule Â» n'est-il attestĂ© qu'Ă  la fin du XIVe siĂšcle et « gaulois Â» semble une rĂ©fection Ă  partir du terme Gaule, dĂ©jĂ  attestĂ© chez Wace.

Les termes latins Gallia, Gallus qui dĂ©signaient une rĂ©alitĂ© politique romaine, auront disparu lors de l'effondrement de l'Empire romain et de la constitution de nouvelles entitĂ©s politiques, notamment du royaume des Francs. Les habitants vont dĂšs lors se considĂ©rer comme Franci, vivant en Francia. Ce n'est que plus tard, avec la redĂ©couverte du passĂ© « gaulois Â», que les lettrĂ©s se serviront des termes Gaule et Gaulois pour traduire les mots latins en français, sans que cela n'implique une filiation Ă©tymologique entre eux. Dans ce cas, il ne s'agit que d'une simple ressemblance phonĂ©tique et sĂ©mantique.

La Gaule avant Jules CĂ©sar

Les Gaulois font leur apparition suite Ă  la dĂ©tĂ©rioration climatique de la fin de l'Ăąge du bronze danois vers le Ve siĂšcle av. J.‑C., provoquant alors des mouvements de population en provenance des rĂ©gions bordant la Germanie qui Ă©tait en pleine expansion et exerçait ainsi une pression sur les peuples voisins (civilisation de La TĂšne), dont les Belges qui se mĂȘlĂšrent alors aux populations celtiques jusqu'en Armorique et en (Grande) Bretagne.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

Jusqu'Ă  la conquĂȘte romaine, de -58 Ă  -51, le mot Gaules correspond Ă  une aire culturelle et militaire fondĂ©e sur une centralitĂ© religieuse[6] et des fĂ©dĂ©rations de peuples alliĂ©s ou tributaires qui se comprenaient et se donnaient une origine commune[7], ainsi que le montrent les commentaires de l'antiquitĂ© et du haut Moyen Âge ; en revanche, la Celtique dĂ©signe, pour les archĂ©ologues, l'ensemble des territoires peuplĂ©s par les Celtes historiques au deuxiĂšme Âge du fer dĂ©passant le cadre de la seule Gaule (le peuple gaulois Ă©tant l'un seulement des peuples de langue et de culture celtiques...).

Le nom « Gaulois Â» ne dĂ©signe pas les individus habitants de ce territoire, mais les diverses citĂ©s unies dans les principales confĂ©dĂ©rations (comme les Éduens ou les Arvernes) avec un statut d'alliĂ©, de tributaire ou d'invitĂ© (pour les peuples ou les Ă©lĂ©ments de peuples Ă©trangers formant une colonie ou bĂ©nĂ©ficiant d'un traitĂ© d'hospitalitĂ©). Lorsqu'elles ne les ont pas chassĂ©s ou massacrĂ©s, les citĂ©s gauloises ont recouvert ou absorbĂ© les peuples prĂ©existants qui n'ont plus de droit de citĂ©.

Une assemblée des Gaules (il s'agirait des trois circonscriptions territoriales galloromaines: Gaules aquitaine, celte et belge) est mentionnée tardivement.

Tacite dit que dans le temps qu'Auguste mourut, Germanicus se trouvoit occupé à faire le recensement des Gaules, ce qui suppose la tenue d'une assemblée de cette grande province. Nous trouvons encore une autre séance de l'assemblée des Gaules sous le rÚgne de Vespasien. L'histoire de Tacite nous apprend que sous cet empereur il se tint une assemblée des députés de toutes les Gaules, qui paraßt avoir été une assemblée représentative réglée[8],[9].

Le territoire

Vue générale des territoires de la civilisation de Hallstatt et de La TÚne. Le berceau du Hallstatt (- 800) est en jaune foncé, et les territoires sous son influence (- 500) sont en jaune clair. Le berceau de La TÚne (-450) est en vert foncé et les éventuels territoires sous son influence (- 50) sont en vert clair. Les territoires de quelques tribus celtes importantes sont nommés.

Vers -475 / -450, les territoires de la future Gaule au dĂ©but de la TĂšne (deuxiĂšme Ăąge du fer), Ă©taient englobĂ©s dans un vaste ensemble continental s'Ă©tendant de l'Atlantique jusqu'au Danube et Ă©taient nommĂ©s « celtiques Â» par les premiers tĂ©moignages Ă©crits dont nous disposons : ceux des Grecs (notamment Aristote).

Le nom « Gaulois Â» (latin galli) est attestĂ©, quant Ă  lui, pour la premiĂšre fois sous la plume de Caton l'Ancien vers -168, pour dĂ©signer les habitants de la Celtique qui avaient envahi la plaine du PĂŽ, c'est-Ă -dire les habitants de la Gaule cisalpine. On sait principalement grĂące Ă  l'Ă©tymologie qu'il s'agissait bien de peuples nord-alpins.

Au milieu du premier siĂšcle avant l'Ăšre chrĂ©tienne Jules CĂ©sar divise la Gaule transalpine en trois parties : la Gaule Lyonnaise, la Gaule Aquitaine et la Gaule belgique (cf. carte). Il est possible que ce dĂ©coupage schĂ©matique correspondait Ă  des considĂ©rations gĂ©opolitiques propres aux Romains, bien que CĂ©sar ayant parcouru le territoire gaulois pendant sept ans, et ayant prĂ©parĂ© toutes sortes de stratĂ©gies pour conquĂ©rir la Gaule soit assez prĂ©cis dans ses descriptions des diffĂ©rentes tribus dans ses commentaires sur la Guerre des Gaules. Si la Gaule proprement dite apparaĂźt sous la plume des Romains, elle trouve aussi sa dĂ©finition Ă  travers l'histoire de sa conquĂȘte par ces derniers.

SchĂ©matiquement, la conquĂȘte romaine de la Gaule fut rĂ©alisĂ©e en trois phases :

La Cisalpine, intĂ©grĂ©e Ă  l'Italie sous la RĂ©publique, devint une extension de Rome, tandis que la Narbonnaise constitua une « province Â» romaine situĂ©e hors d'Italie (le mot latin provincia, littĂ©ralement « vaincue prĂ©cĂ©demment Â», a donnĂ© le nom Provença en occitan, « Provence Â» en français).

Les noms « Gaule Â» et « Gaulois Â» restĂšrent quant Ă  eux en usage pour dĂ©signer les provinces romaines s'Ă©tendant sur le reste de ces territoires (France, Belgique et plateau suisse actuels) et leurs habitants de culture romaine (que l'archĂ©ologie et l'historiographie française dĂ©signent erronĂ©ment sous le nĂ©ologisme Gallo-romains).

En -12, Auguste instaura la premiĂšre « institution Â» supra-provinciale de l'Empire avec le « conseil des trois Gaules Â» (concilium trium Galliarum) rĂ©unissant chaque annĂ©e les reprĂ©sentants des citĂ©s de la Gaule lyonnaise, de la Gaule aquitaine et de la Gaule belgique Ă  Lugdunum pour cĂ©lĂ©brer le culte impĂ©rial. Il est probable que ce geste ne faisait que confirmer les liens anciens qui existaient entre les habitants de ces territoires. Ce sont ces liens, tissĂ©s de proche en proche, qui peuvent expliquer en dĂ©finitive le caractĂšre unitaire que laisse entrevoir, au-delĂ  des disparitĂ©s, la description de la Gaule par CĂ©sar prĂšs d'un demi-siĂšcle avant.

Les Gaulois

Les diffĂ©rents peuples gaulois avant la conquĂȘte romaine

À l’origine, les Celtes, ou encore leurs prĂ©dĂ©cesseurs ont pu peupler l’Europe centrale. Vers -500, ils auraient commencĂ© Ă  Ă©migrer vers le nord-ouest pour constituer, deux cents ans plus tard, une partie importante de la population des diffĂ©rentes rĂ©gions de la Gaule. Enfin, ils auraient commencĂ© d'importantes migrations vers l'Italie et vers l'est de l'Europe Ă  la fin du Ve siĂšcle av. J.‑C.. Mais il est aussi maintenant proposĂ©[Par qui ?] que ces populations celtiques ont pu, Ă©galement, ĂȘtre des communautĂ©s locales, reconnues et nommĂ©es celtes par les colons et commerçants mĂ©diterranĂ©ens (cf. l'exemple de la Celtique mĂ©diterranĂ©enne).

À l'Ă©poque de la conquĂȘte par Rome de la Gaule chevelue, si les territoires des Celtes se sont considĂ©rablement rĂ©duits, ces derniers conservent nĂ©anmoins des liens entre eux de la Norique jusqu'Ă  l'Ăźle de Bretagne, comme l'indique la prĂ©sence de tĂ©moignages archĂ©ologiques danubiens parmi les guerriers de VercingĂ©torix ou encore, les liens importants entre les peuples belges du nord de la Gaule et ceux de la Tamise.

Ces liens peuvent s'expliquer, dans le cas de la Gaule, par l'existence d'un rĂ©seau de « clientĂšles Â» qui tient de proche en proche certaines tribus, certains peuples dans la dĂ©pendance d'autres, plus riches ou plus nombreux et disposant Ă©ventuellement d'un territoire plus Ă©tendu. L'existence de « fĂ©dĂ©rations Â» de peuples est attestĂ©e dans l'ensemble du domaine celtique : parmi les peuples transpadans de la Gaule cisalpine au IIIe siĂšcle avant l'Ăšre chrĂ©tienne, dans le midi de la Gaule au IIe siĂšcle avant l'Ăšre chrĂ©tienne (les Salyens) ou encore en Gaule chevelue avant la guerre des Gaules (Arvernes, Éduens, Bituriges et SĂ©quanes).

Pour expliquer l'aire gĂ©ographique de la culture matĂ©rielle latĂ©nienne dans son intĂ©gralitĂ©, mĂȘme Ă  l'Ă©chelle de la Gaule, ce schĂ©ma est toutefois insuffisant et il faut Ă©carter la question du peuplement.

La thĂšse d'une invasion celtique qui aurait placĂ© sous sa coupe les populations indigĂšnes, telles que les Ligures mentionnĂ©s par les premiĂšres sources grecques, n'a plus cours aujourd'hui. Il est en effet trĂšs difficile d'associer les changements sociaux et techniques qui caractĂ©risent la naissance de la civilisation celtique de La TĂšne Ă  des changements ethniques[rĂ©f. nĂ©cessaire].

Aussi, il est bien plus probable que le peuplement de la Gaule fĂ»t, pour la majoritĂ©, hĂ©ritĂ© des brassages millĂ©naires des peuples durant la PrĂ©histoire et que la culture latĂ©nienne se diffusa progressivement, par apports successifs depuis un berceau ou « complexe Â» nord-alpin (voir Civilisation de Hallstatt).

ParallÚlement, d'autres apports culturels ont pu se diffuser à partir des régions atlantiques.

Les cultures mégalithiques de la façade atlantique (Irlande, Pays de Galles, cÎte armoricaine), notamment, attestent l'existence de liens culturels et économiques entre ces régions depuis la préhistoire. Comme le relÚve B. Cunliffe (Les Celtes, Paris, 1996), des mégalithes furent d'ailleurs réemployés durant la période gauloise, comme en témoignent des motifs celtiques présents sur nombre d'entre eux. Enfin, d'autres mégalithes devaient avoir conservé un caractÚre sacré pendant la période chrétienne, comme en témoignent les croix dont ils furent alors surmontés.

Parmi ces apports Ă©ventuels Ă  la « civilisation Â» gauloise, Jules CĂ©sar, dans son commentaire sur la guerre des Gaules mentionne que le druidisme venait de Grande-Bretagne. Rien ne peut confirmer ou infirmer cette affirmation.

En dĂ©finitive, des nombreux peuples ou fĂ©dĂ©rations de peuples prĂ©sents en Gaule Ă  la veille de la conquĂȘte romaine, il reste des contours de « frontiĂšres Â», dont l'existence fait cependant dĂ©bat (les limites des terroirs du haut Moyen Âge, sans doute antĂ©rieures Ă  la pĂ©riode celtique pour la plupart) et un « substrat Â» linguistique longtemps sous-Ă©valuĂ©. L'Ă©tymologie, enfin, a conservĂ© le nom de populations gauloises, nom qui dĂ©signe encore les habitants de rĂ©gions et de villes françaises actuelles : par exemple, les Allobroges sont les habitants de Grenoble ou les Auvergnats, les habitants de l'Auvergne qui couvre le territoire arverne (sud est de l'Allier, le puy de DĂŽme, nord ouest de la Haute-Loire et le Cantal).

  • sur le peuplement protohistorique de l'Europe : voir Celtes.
  • Ă  l'Ă©poque gauloise : voir peuples gaulois.
  • durant la conquĂȘte romaine et Ă  l'Ă©poque romaine : voir Gaule romaine.

La langue

Article connexe : Gaulois (langue).

La majoritĂ© des habitants de la Gaule protohistorique parlent principalement 3 langues, dĂ©clinĂ©es en plusieurs dialectes. Jules CĂ©sar mentionne cependant qu'Ă  son Ă©poque les trois parties de la Gaule se distinguent par les coutumes, les mƓurs, mais aussi par la « langue Â». Cette affirmation est trĂšs dĂ©licate Ă  comprendre : Jules CĂ©sar veut-il parler de trois langues bien distinctes? Il semblerait alors qu'en Gaule celtique entre Seine et Garonne, comme en Gaule cisalpine avec le lĂ©pontique, que les Celtes utilisaient dĂ©jĂ  avant l'arrivĂ©e des Gaulois une langue du groupe celtique continental[10], tandis que les Aquitains au sud de la Garonne auraient parlĂ© une langue issue du proto-basque, et qu'enfin les Belges se seraient peut-ĂȘtre exprimĂ©s pour certains d'entre eux dans un dialecte du proto-germanique. Cependant, les indices toponymiques, les noms des tribus et les anthroponymes, ainsi que les rares inscriptions dĂ©couvertes (Arras, Bavai) montrent Ă  l'Ă©vidence l'origine celtique de la langue parlĂ©e, voire aussi d'un autre idiĂŽme indo-europĂ©en (voir Bloc du nord-ouest), il n'existe en revanche aucune trace, autre que les dires de CĂ©sar (germani cisrhĂ©nani), qui permettrait d'affirmer que le germanique ait Ă©tĂ© parlĂ© avant l'installation progressive et plus tardive des Germains en Gaule du nord. Quant au latin, il Ă©tait dĂ©jĂ  parlĂ© depuis au moins un siĂšcle en Gaule narbonnaise (et peut-ĂȘtre mĂȘme hors de la province, voir Corent) avant l'arrivĂ©e des troupes de CĂ©sar.

Le gaulois Ă©tait une langue celtique de la famille des langues indo-europĂ©ennes, proche du brittonique antique comme en tĂ©moigne, entre autres l'inscription dĂ©couverte Ă  Bath (Grande-Bretagne), les nombreux anthroponymes et toponymes qui ont parfois une stricte Ă©quivalence en Gaule. Le breton, bien qu'il appartienne au groupe brittonique pour l'essentiel, a pu ĂȘtre influencĂ© par un substrat gaulois et la langue d'oĂŻl est la langue romane la plus imprĂ©gnĂ©e par un substrat celtique. L'hypothĂšse de dialectes gaulois a Ă©tĂ© reprise par John Rhys qui Ă©voque un dialecte "celtican" (conservation de -qu-, ex: Sequana, EQVOS) ou encore Joshua Whatmough, cependant que pour Pierre-Yves Lambert[11] mĂȘme si l'idĂ©e de dialectes diffĂ©rents en gaulois n'est pas irrationnelle en soi,..elle ne s'appuie pas sur des preuves solides Ă  l'heure actuelle.

L'Ă©conomie

L'agriculture et l'alimentation

La Gaule, contrairement Ă  l'idĂ©e prĂ©conçue qui veut qu'elle soit couverte de forĂȘts dans lesquelles les Gaulois pratiquent essentiellement la chasse, est largement dĂ©frichĂ©e pour constituer des terres agricoles trĂšs riches avec de nombreuses fermes. Au Ier siĂšcle av. J.‑C., l’exploitation de son sol Ă©tait activement poussĂ©e. En effet, pendant ses campagnes, CĂ©sar trouva toujours sur place le blĂ© nĂ©cessaire Ă  la nourriture de ses troupes, et pourtant, le soldat romain Ă©tait gros consommateur de froment. Les ports fluviaux situĂ©s Ă  proximitĂ© des rĂ©gions productrices jouaient le rĂŽle d’entrepĂŽts oĂč sont concentrĂ©es les rĂ©serves de blĂ©. Celles-ci pouvaient ĂȘtre ainsi acheminĂ©es par voie d’eau Ă  portĂ©e des armĂ©es: tel est le cas d’OrlĂ©ans, sur la Loire, d’oĂč l’on peut prĂ©sumer que la Beauce possĂ©dait, dĂšs cette Ă©poque, d’importantes emblavures. Tel est le cas aussi de Chalon-sur-SaĂŽne et de MĂącon, sur la SaĂŽne, et aussi d'Amiens qui servait Ă©galement de magasin dans le nord de la Gaule. Presque toutes les citĂ©s possĂ©daient leurs champs de blĂ© et pouvaient se suffire Ă  elles-mĂȘmes : jusqu’aux abords des PyrĂ©nĂ©es, le blĂ© Ă©tait rĂ©coltĂ©, la basse vallĂ©e de la Maurienne en offrit de grandes quantitĂ©s Ă  Hannibal, mĂȘme les terres peu fertiles des Flandres, alors couvertes de marĂ©cages, en produisaient. Le cas de l’Anjou, oĂč CĂ©sar mentionne expressĂ©ment le dĂ©faut de blĂ©, est isolĂ©. Peut-ĂȘtre cette absence Ă©tait-elle momentanĂ©e ou accidentelle. Parmi les terres Ă  blĂ© renommĂ©es de l’époque, il faut citer la rĂ©gion de Toulouse, chez les Volques, chez les Cavares et la basse vallĂ©e du RhĂŽne, la Bourgogne (surtout), ainsi que le pays des Bituriges et celui des Carnutes. Dans le nord et dans le nord-est, le Soissonnais et la Champagne Ă©taient Ă©galement assez riches.

Les Ă©tudes archĂ©obotaniques (notamment la carpologie) montrent que les Gaulois se nourrissaient surtout de cĂ©rĂ©ales (quatre sortes de blĂ© : engrain, amidonnier, Ă©peautre et froment ; orge, avoine et millet), de lĂ©gumes (navets, choux) et de lĂ©gumineuses (lentilles, haricots, fĂšves, pois
). Les cĂ©rĂ©ales, pauvres en gluten (donc peu panifiables), se consommaient sous forme de grains concassĂ©s, de bouillies, de soupes ou de galettes. Le beau pain blanc de froment faisait le rĂ©gal des nobles gaulois et la convoitise des autres peuples. Le blĂ© Ă©tait la principale nourriture du peuple[12].

L'archĂ©ozoologie montre que la viande provenait de l'Ă©levage car la chasse (liĂšvre, cerf, chevreuil ou sanglier), sport de noble, Ă©tait marginale (infĂ©rieure Ă  1 % de l'alimentation). Elle Ă©tait constituĂ©e principalement de cochon, mais aussi de bƓuf dans le centre de la Gaule, de chĂšvre et de mouton dans le Midi et de chevaux dans le Nord. Les salaisons et la charcuterie gauloise Ă©taient rĂ©putĂ©es Ă  Rome. Les volailles, pourtant elles aussi exploitĂ©es, Ă©taient peu consommĂ©es[13].

Le philosophe grec stoĂŻcien Posidonios, dans son Histoire, dĂ©crit les boissons gauloises. Le peuple buvait surtout la cervoise, biĂšre Ă  base d'orge, tandis que l'Ă©lite consommait du vin. La culture de la vigne, au temps de la conquĂȘte, Ă©tait peu rĂ©pandue en Gaule et ne dĂ©passait guĂšre les abords de Marseille. Le vin, boisson rare, Ă©tait donc importĂ© de Rome et considĂ©rĂ© comme un luxe : on Ă©changeait un esclave contre une amphore de vin par exemple. Le commerce avec Rome s'intensifiant (l'archĂ©ologie sous-marine l'Ă©value Ă  un million d'amphores par an), le vin s'est progressivement dĂ©mocratisĂ©[14].

L’élevage du cheval

Le cheval a toujours tenu une grande place dans la vie des Gaulois, au point de figurer sur leurs piĂšces de monnaie. On dit que la cavalerie Ă©tait un Ă©lĂ©ment essentiel de leur puissance militaire. Lors de la guerre des Gaules, les effectifs engagĂ©s Ă©taient Ă©normes, ce qui supposait un Ă©levage de chevaux trĂšs actif. L’élevage du cheval contribuait pour beaucoup Ă  la rĂ©putation du paysan et on n’oublie pas qu’Epona, la seule dĂ©esse gauloise intĂ©grĂ©e dans le panthĂ©on romain, Ă©tait reprĂ©sentĂ©e en compagnie d’un cheval. Les aristocrates gaulois (les equites) servaient Ă  cheval dans la cavalerie et l’usage permanent des chariots exigeait un grand nombre de chevaux de trait. Pourtant, dĂšs le IVe siĂšcle av. J.‑C., les Gaulois qui combattent Ă  l’étranger dĂ©couvrent les grands chevaux mĂ©diterranĂ©ens, diffĂ©rents des chevaux indigĂšnes qui correspondent donc Ă  nos poneys ou doubles-poneys actuels, et s’en prennent de passion, et, nous dit CĂ©sar : « les acquiĂšrent Ă  n’importe quel prix. Â». Pourtant, il semble que l’élevage se soit dĂ©veloppĂ© davantage sous le pouvoir romain.

Le commerce

L’abondance de moyens fait soupçonner l’importance du rĂ©seau routier et des Ă©changes commerciaux. Dans ce domaine encore, les Gaulois bĂ©nĂ©ficiĂšrent de l’effort soutenu des populations antĂ©rieures. La diffusion des matiĂšres les plus recherchĂ©es, Ă  partir de leurs centres de production, avait entraĂźnĂ© la recherche des itinĂ©raires les plus aisĂ©s. Le commerce de l’étain, qui continue Ă  l’ñge du fer, eut, sur le dĂ©veloppement routier, les plus fortes rĂ©percussions. La localisation et la raretĂ© des gisements de ce mĂ©tal dĂ©terminĂšrent les directions du trafic. Le minerai importĂ© venait, surtout, du Guadalquivir (Tartessos) et de la pointe occidentale de la Bretagne, de Cornouailles et, de lĂ , le mĂ©tal Ă©tait apportĂ© sur la cĂŽte de la Manche et jusqu’à l’embouchure de la Loire, on suivait les grandes vallĂ©es pour pĂ©nĂ©trer Ă  l’intĂ©rieur du pays.

Au premier Ăąge du fer, les Ă©changes ne sont plus limitĂ©s aux matiĂšres premiĂšres. De l’Europe centrale, par le Danube, arrivent les modĂšles des Ă©pĂ©es de fer qui pĂ©nĂštrent en Gaule par la trouĂ©e entre Vosges et Jura et la vallĂ©e du Doubs. Parviennent aussi des objets importĂ©s d’Italie: seaux cylindriques appelĂ©s cistes, ou tronconiques appelĂ©s situles, les uns et les autres en bronze battu. Parfois des vases Ă©trusques et grecs les accompagnent dans les tumulus les plus rĂ©cents de la Gaule de l’Est. C’est par la mĂȘme voie du Danube que s’effectue ce trafic. Depuis la dĂ©couverte du cratĂšre de Vix, la question de savoir par oĂč cet Ă©norme vase avait pu ĂȘtre acheminĂ© a Ă©tĂ© longuement discutĂ©e. En plus des itinĂ©raires classiques, on a envisagĂ© le col du Grand Saint-Bernard et surtout, la vallĂ©e du RhĂŽne, mais rien de dĂ©cisif. Si le couloir rhodanien reste alors en dehors du grand mouvement commercial, c’est que le littoral, exceptĂ© Marseille, et la basse vallĂ©e du RhĂŽne est encore aux mains des Ligures, peu sociables. Ces tribus arriĂ©rĂ©es forment un Ă©cran entre le foyer de civilisation mĂ©diterranĂ©en et la Celtique, dont les limites mĂ©ridionales ne dĂ©passent guĂšre le confluent de Lyon. Par ailleurs, Vix se trouve admirablement placĂ© au point oĂč la voie protohistorique de la Loire infĂ©rieure et moyenne Ă  la trouĂ©e de Belfort coupait l’itinĂ©raire jalonnĂ© par la vallĂ©e de la Seine.

Il faut attendre la descente des Gaulois sur la cĂŽte de Provence pour qu’enfin des relations directes pussent s’établir entre Marseille et la Celtique. DĂšs lors, un avenir brillant s’ouvre pour la voie la plus expressive que la nature avait inscrit sur le sol de la Gaule. Cette voie emprunte le couloir rhodanien jusqu’au coude de la SaĂŽne Ă  ChĂąlon, par les passages de Bourgogne, elle atteint le bassin de la Seine et le carrefour parisien. De lĂ , on peut suivre le fleuve jusqu’à son embouchure ou gagner le Pas-de-Calais. L’essor subi du port fluvial de Chalon-sur-SaĂŽne, au IIIe siĂšcle av. J.‑C., fixe la date Ă  partir de laquelle cette voie fut rĂ©guliĂšrement suivie. Elle servit au trafic de l’étain, Diodore nous transmit, d’aprĂšs la relation d’un auteur plus ancien, des dĂ©tails prĂ©cis sur son utilisation: les marchands achetaient le mĂ©tal aux indigĂšnes de Bretagne, le transportaient sur le continent, puis, cheminant par terre Ă  travers la Gaule pendant trente jours environ, ils conduisaient leur chargement jusqu’à l’embouchure du RhĂŽne. Un autre gĂ©ographe grec, Strabon, Ă©voque une communication essentiellement fluviale utilisĂ©e pour le transport de toutes denrĂ©es. On remontait le RhĂŽne et la SaĂŽne et aprĂšs avoir quittĂ© cette riviĂšre, ce qu’on ne pouvait faire qu’à Chalon, il fallait gagner la Seine par voie de terre et, de lĂ , on pouvait atteindre l’ocĂ©an.

Un témoignage pour connaßtre ces peuples: leurs monnaies

Chaque peuple gaulois était indépendant du point de vue du monnayage, certains plus productifs que d'autres, mais il y a tout lieu de supposer que les piÚces en métaux précieux circulaient entre peuples voisins.

La monnaie fait son apparition en Gaule au VIe siĂšcle av. J.‑C. par la colonie grecque Ă©tablie Ă  Marseille qui frappe des oboles. Progressivement, elle se rĂ©pand parmi les peuples limitrophes (trĂ©sor d'Auriol). Au IIe siĂšcle av. J.‑C., le monnayage en argent se dĂ©veloppe en moyenne vallĂ©e du RhĂŽne, et les peuples ayant des mines d'or, comme les Arvernes, frappent des statĂšres qui sont aussi un moyen d'affirmer leur souverainetĂ© et leur puissance. Au Ier siĂšcle av. J.‑C., les Parisii produisent leur cĂ©lĂšbre et magnifique statĂšre d'or au cheval.

Organisation politique et sociale

Les peuples de la Gaule Ă©taient dirigĂ©s auparavant par une noblesse de type archaĂŻque avec les diffĂ©rentes strates de sa hiĂ©rarchie. Cette noblesse s'Ă©tait constituĂ©e tout au long des temps « hĂ©roĂŻques Â» lors de diffĂ©rentes guerres ou d'expĂ©ditions lointaines. La noblesse gauloise, de type fĂ©odal, avait sous ses ordres une foule de vassaux et de clients dont la fidĂ©litĂ© Ă©tait absolue. Au bas de la pyramide sociale se trouvait les esclaves. Ce sont ces nouvelles bourgeoisies commerçantes gauloises qui en diffĂ©rents lieux de la Gaule ont choisi de collaborer avec le conquĂ©rant romain pour prĂ©server leurs affaires et leur rang social. Ces vellĂ©itĂ©s de trahison, de « collaboration Â» avec l'occupant romain ne se passĂšrent pas toujours trĂšs bien pour les nouveaux oligarques celtes puisque tous les membres des sĂ©nats des Aulerques, des Lexoviens et des Éburovices furent massacrĂ©s jusqu'au dernier par les princes et les nobles de leurs peuples. Il semblerait que la bourgeoisie vĂ©nĂšte n'a pas suivi la mĂȘme dĂ©marche car elle avait compris que les Romains voulaient s'emparer de ses marchĂ©s et qu'elle avait tout Ă  perdre avec la conquĂȘte romaine.

La religion

Article connexe : Religion des Celtes.

Les Gaulois avaient des druides, que Diodore De Sicile appelait des « philosophes Â» qui Ă©taient en quelque sorte leurs prĂȘtres.

L'art gaulois

Torque gaulois en bronze avec entrelacs et motifs animaliers

L'art Gaulois est trÚs différent des critÚres esthétique de la culture romaine.

L'art architectural est malheureusement difficile à appréhender car il n'a pas survécu aux années, les Gaulois construisant essentiellement en bois et torchis.

Un art du décor

Les Gaulois ne cherchaient pas Ă  reprĂ©senter le rĂ©el. En tĂ©moignent les visages succincts et l’absence de dĂ©tail[15].

Matériaux utilisés

L'art gaulois s'exprime essentiellement par le travail des métaux (bronze, fer et or). Les Gaulois savaient manipuler avec précision ces métaux, et étaient d'excellents orfÚvres[15]. Certaines créations ont pu aussi se faire sur de la céramique.

Citations

« A la question « les Gaulois sont-ils nos ancĂȘtres? Â», la rĂ©ponse qui peut ĂȘtre donnĂ©e porte donc moins sur la rĂ©alitĂ© d'une ascendance toute relative que sur celle du possessif qui, depuis maintenant deux siĂšcles, fait l'objet d'un choix dĂ©libĂ©rĂ© des Français. [...] Les Gaulois figurent seulement parmi d'autres dans la multitude de couches de peuplement fort divers (Ligures, IbĂšres, Latins, Francs et Alamans, Wisigoths, Nordiques, Sarrasins...) qui aboutissent Ă  la population du pays Ă  un moment donnĂ©. Le sont-ils dans une plus ou moins grande proportion ? La seule certitude est que les Français se sont appropriĂ©s ces ancĂȘtres-lĂ  dont ils attendent aujourd'hui bien autre chose que ce que les historiens nationalistes leur demandaient. Ils ne se voient pas leurs hĂ©ritiers, comme les nobles voulaient l'ĂȘtre des Francs. Ils ne revendiquent pas une sorte de bagage spirituel qu'il faudrait transmettre Ă  leur tour. Ils reconnaissent seulement en eux une origine qui n'est pas si mythique qu'on a voulu le dire, puisque c'est celle d'un pays et d'une vie en sociĂ©tĂ© qu'il a vue naĂźtre. Â»

— Jean-Louis Brunaux, Nos AncĂȘtres les Gaulois, idĂ©es reçues sur la Gaule, Ă©ditions du Seuil, 2008, p. 261

La civilisation romaine en Gaule

Les différentes parties de la Gaule ( 58 avant J.-C.)

Les changements apportĂ©s par le conquĂ©rant ont longtemps Ă©clipsĂ© toute idĂ©e d'une permanence de certains traits : d'abord, le syncrĂ©tisme religieux romain et l'interdiction du druidisme entraĂźnent assurĂ©ment la disparition d'une religion celtique dont on peut deviner seulement quelques contours, grĂące Ă  l'archĂ©ologie, d'une part, et par comparaison avec quelques survivances romaines, d'autre part et surtout par la confrontation avec les sources littĂ©raires insulaires (voir par exemple mythologie celtique irlandaise et littĂ©rature celtique galloise).

Les cadres du pouvoir – l'administration romaine –, l'Ă©conomie, l'art, notamment monumental, et la culture littĂ©raire latine, aussi, s'imposent, peut-ĂȘtre d'autant plus facilement que rien de prĂ©existant ne peut les concurrencer.

AprĂšs la conquĂȘte romaine de la Gaule, achevĂ©e en -51, la romanisation est rapide chez les Ă©lites. On ignore cependant quelle est sa progression exacte et sa profondeur en ce qui concerne le peuple. Elle doit en tout cas demeurer inĂ©gale, voire limitĂ©e dans nombre de domaines ayant trait Ă  la vie quotidienne, comme l'indiquent plusieurs exemples.

Le réemploi du site du sanctuaire celtique de Gournay-sur-Aronde, en Belgique, ou encore les ex-voto des sources de la Seine, montrent comme nombre d'autres lieux sacrés pour les Gaulois de la période de l'indépendance que les lieux de culte romains prolongÚrent des usages anciens (voir nemeton).

Lorsqu'une certaine « barbarisation Â» de l'Empire a lieu au IIIe siĂšcle, des traits de civilisation qui sont demeurĂ©s en vigueur depuis la pĂ©riode de l'indĂ©pendance s'introduisent Ă  leur tour dans la culture impĂ©riale : le manteau gaulois qui donne son surnom Ă  l'Empereur Caracalla n'a pu ĂȘtre remplacĂ© par le mode de vie du conquĂ©rant romain. Dans nombre de domaines ayant trait Ă  l'artisanat, oĂč les Gaulois excellent, leurs inventions s'imposent : c'est le cas, notamment, du tonneau qui s'impose face Ă  l'amphore plus fragile et de moindre contenance. La cotte de mailles est adoptĂ©e par les Romains dĂšs les premiers siĂšcles de la RĂ©publique, jugĂ©e plus pratique que les cuirasses grecques, tandis que le casque impĂ©rial gaulois est adoptĂ© par les lĂ©gionnaires au Ier siĂšcle av. J.‑C., tout comme les braies pour les travaux dans les champs en pĂ©riodes froides ou les braies courtes pour les soldats d'Occident.

La Gaule dans l'Antiquité tardive

Certains traits caractéristiques de la Gaule antique perdurent aprÚs l'Empire romain.

Lorsque l'administration impĂ©riale romaine s'effondre, la Gaule se « germanise Â» lentement et partiellement. La prĂ©sence de toponymes germaniques est d'abord attestĂ©e sur ses franges, due au repeuplement, souvent Ă  but dĂ©fensif et organisĂ© assez tĂŽt par Rome, de rĂ©gions sinistrĂ©es par les crises et par les Ă©pidĂ©mies. De tels Ă©tablissements durables de colons « barbares Â» (les lĂštes) ont d'ailleurs lieu dans l'Empire romain tout au long du IVe siĂšcle et du Ve siĂšcle. Ainsi des contingents Francs sont installĂ©s en Belgique, des Alamans en Alsace et en Suisse, des Burgondes en Savoie.

La date symbolique de la disparition de l'Empire romain d'occident en 476 et celle du baptĂȘme du roi des Francs Clovis, vers 496, ne marquent pas non plus, Ă  cet Ă©gard, de rupture : ces Ă©vĂ©nements ont lieu Ă  une Ă©poque oĂč Francs, Burgondes et Wisigoths ont fait « souche Â» et dĂ©tiennent depuis longtemps dĂ©jĂ  le monopole des affaires militaires.

Aussi, les familles de l'aristocratie romaine continuent longtemps Ă  concentrer l'essentiel du vĂ©ritable pouvoir politique dans les citĂ©s Ă©piscopales : les « patrices Â», comme le marseillais Mauronitus, ou les Ă©vĂȘques, comme l'auvergnat GrĂ©goire de Tours, sont les vĂ©ritables reprĂ©sentants des populations. Ainsi, la culture nouvelle qui se dĂ©veloppe en Gaule, aprĂšs la pĂ©riode impĂ©riale, est avant tout chrĂ©tienne, et Ă  plusieurs Ă©gards augustinienne.

Plus gĂ©nĂ©ralement, les permanences observables dans le cadre de vie de l'AntiquitĂ© tardive jusqu'au VIIe siĂšcle sont nombreuses en Gaule : c'est surtout Ă  partir du milieu du VIIe siĂšcle, temps de crise, que les patronymes germaniques se multiplient au sein des Ă©lites, indiquant par lĂ  que le centre de gravitĂ© de l'Europe s'est dĂ©placĂ© vers le nord et que les Ă©quilibres du monde antique se sont rompus.

En définitive, si la culture latine classique recule, le latin continue à constituer la langue de la culture et surtout, celle exclusive de l'écrit (le premier document écrit en langue vernaculaire étant les serments de Strasbourg, datés de 842).

Aussi, l'usage des noms « Gaule Â» et « Gaulois Â» se conserve jusqu'Ă  la fin de la pĂ©riode mĂ©rovingienne, du moins Ă  l'Ă©crit. Lentement, durant la pĂ©riode carolingienne, le nom de « Francie Â» (Francia, puis francia occidentalis) se rĂ©pand pour dĂ©signer la rĂ©alitĂ© politique majeure qu'est devenu le royaume des Francs (regnum francorum). Mais ce nom ne dĂ©signe qu'incidemment les territoires correspondant Ă  l'ancienne Gaule romaine, dĂ©sormais rattachĂ©s Ă  un ensemble plus vaste.

C'est Ă©galement la renaissance carolingienne qui pose les fondations d'une culture vĂ©ritablement nouvelle. Cette « renaissance Â» veut pourtant, Ă  l'origine, restaurer la culture romaine antique et impĂ©riale.

Notes et références

  1. ↑ Henriette Walter, L'aventure des mots français venus d'ailleurs, pages 37 à 49
  2. ↑ Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, Ă©ditions Errance, 1994, p. 194.
  3. ↑ Christian Goudineau, Étude philologique et archĂ©ologique sur l'emploi des.., AntiquitĂ©s nationales.
  4. ↑ Jean Dubois, Henri Mitterand, Albert Dauzat, Nouveau dictionnaire Ă©tymologique et historique (Larousse 1990), p. 336, ISBN 2-03-340329-7
  5. ↑ L'occlusive /g/ (notĂ©e < g > ou < gu > ) Ă  l'initiale des mots du français « central Â». On nommait jadis « francien Â», l'ancĂȘtre de la langue française qu'on supposait ĂȘtre le dialecte de Paris. l'expression « français central Â» correspond Ă  une zone limitĂ©e par un certain nombre d'isoglosses, comme par exemple celui de < g // v (ou w ) >, le /g/ initial (notĂ© < g > ou < gu > Ă©tant caractĂ©ristique d'une zone dialectale s'Ă©tendant de l'ouest au sud de la Normandie et de l'Ile-de-France jusqu'au Poitou et au Berry. Les dialectes au nord de cette isoglosse conservant /w/ qui dans certains endroits est passĂ© Ă  /v/ procĂšdent de l'Ă©volution en /gw/ du /w/ germanique qui parfois mĂȘme « germanise Â» des termes d'origine latine avec /v/ initial (ex: italien vespa — français guĂȘpe; italien volpe — français goupil ). L'ancienne diphtongue /aʊ/ (notĂ©e par le digramme < au >) est un dĂ©veloppement rĂ©gulier de /al/ devant une consonne (cf. cheval ~ chevaux et latin alter > autre ), c'est une Ă©volution analogue Ă  celle de « saule Â» issu du germanique salha. De toute maniĂšre, « Gaule Â» ne peut pas ĂȘtre la continuation rĂ©guliĂšre du mot latin parce que /g/ latin Ă  l'initiale devient /ʒ/ en français devant /a/ (cf. gallus (coq) > ancien français jal / jau « coq Â»), et il ne peut pas ĂȘtre un emprunt Ă©rudit parce que dans ce cas la diphtongaison en /aʊ/ serait sans explication. Par exemple: le latin alter a donnĂ© les mots populaires « autre Â» et savants « altĂ©ritĂ© Â» ou encore le latin altus a donnĂ© le terme populaire germanisĂ© « haut Â» et savants « altitude, altimĂštre Â». De mĂȘme, le suffixe -ois de « gaulois Â» procĂšde du germanique -isk.
  6. ↑ CĂ©sar mentionne que tous les druides des Gaules tiennent une assemblĂ©e commune dans un lieu boisĂ© qui est situĂ© dans la citĂ© des Carnutes. Ce n'est pas diffĂ©rent du rĂŽle que jouait le sanctuaire (international) de Delphes pour les citĂ©s grecques.
  7. ↑ Henri Hubert, dans Les Celtes, a partiellement reconstituĂ© la distance et la proximitĂ© gĂ©nĂ©alogique des diffĂ©rentes citĂ©s des Gaules Ă  partir de tous les textes antiques
  8. ↑ Histoire critique de l'Ă©tablissement de la monarchie françoise dans les Gaules - LIVRE 1 CHAPITRE 4 (intitulĂ© des assemblĂ©es generales que tenoient les citĂ©s des Gaules.
  9. ↑ Une assemblĂ©e des Gaules est aussi mentionnĂ©e dans le sommaire du cent trente-quatriĂšme livre de l’histoire de Tite-Live Histoire critique de l'Ă©tablissement de la monarchie françoise dans les Gaules - LIVRE 1 CHAPITRE 1, rappelle Jean-Baptiste Dubos (1734)
  10. ↑ Bernard Sergent, Les Indo-EuropĂ©ens : Histoire, langues, mythes, BibliothĂšques scientifiques Payot, Paris, 1995.
  11. ↑ Op. citĂ©., p. 19
  12. ↑ VĂ©ronique Matterne, Agriculture et alimentation vĂ©gĂ©tale durant l’ñge du Fer et l’époque gallo-romaine en France septentrionale, Ă©ditions M. Mergoil, 2001
  13. ↑ Patrice MĂ©niel, Les Gaulois et les animaux, Ă©ditions Errance, 2001
  14. ↑ Émission France Culture ConfĂ©rence du 8 aoĂ»t 2010 de Christian Goudineau, professeur au CollĂšge de France, titulaire de la chaire des AntiquitĂ©s nationales
  15. ↑ a et b http://jfbradu.free.fr/celtes/les-celtes/cadre-art-celtes.htm

Annexes

Bibliographie

  • Camille Jullian, Histoire de la Gaule, en huit volumes parus entre 1907 et 1921.

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