Al-Andalus

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Al-Andalus

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Al-Andalus ( ōßŔĄō£ŔÜōĮŔĄō≥ en arabe) est le terme qui d√©signe l'ensemble des terres de la p√©ninsule Ib√©rique et de la Septimanie qui furent sous domination musulmane au Moyen √āge (711-1492)[1],[2],[3],[4]. L'Andalousie actuelle, qui en tire son nom, n'en constitua longtemps qu'une petite partie.

La conquête et la colonisation du pays par les Maures fut aussi rapide qu'imprévue et correspondit à l'essor du monde musulman[5]. Al-Andalus devint alors un foyer de haute culture au sein de l'Europe médiévale, attirant un grand nombre de savants et ouvrant ainsi une période de riche épanouissement culturel[6],[7].

Jardins de la période islamique à Grenade (Espagne), Al-Andalus

Sommaire

√Čtymologie

Histoire

Histoire d'al-Andalus
Gazelle sur une poterie à l'Alhambra
La Conquête 711 - 756

Omeyyades de Cordoue 756 - 1031

Morcellement en ta√Įfas 1031-1086

Les Almoravides 1086-1147

Les Almohades 1147-1226

Royaume de Grenade 1238 - 1492

Voir aussi
Reconquista espagnole


La conquête de l'Hispanie et de la Septimanie

Article d√©taill√© : Conqu√™te musulmane de l'Hispanie.
Rocher de Gibraltar d'o√Ļ d√©buta la conqu√™te de l'Hispanie

Apr√®s avoir conquis la totalit√© de l'Afrique du Nord, le gouverneur Musa Ibn Nosseyr bute sur la ville de Ceuta qui lui r√©siste. Territoire byzantin, comme toute la c√īte africaine avant l'arriv√©e arabe, la ville est trop distante de Constantinople pour √™tre secourue efficacement. Pour se prot√©ger, Ceuta se tourne vers l'Espagne des Wisigoths[8]. Julien, le gouverneur de la cit√© envoie m√™me sa fille √† Tol√®de afin qu'elle puisse y parfaire son √©ducation. Le comportement du roi Rod√©ric qui viole la jeune femme fait pourtant basculer la situation; Julien en col√®re souhaite se venger et il conclut un pacte avantageux avec Musa en lui ouvrant les portes de sa ville, tout en lui vantant les m√©rites d'une conqu√™te de l'Hispanie. Pour prouver sa bonne volont√©, il met √† la disposition des troupes musulmanes ses vaisseaux[9] mais Musa pr√©f√®re toutefois demander l'autorisation au calife Walid qui lui r√©pond : ¬ę Faites explorer l'Espagne par des troupes l√©g√®res, mais gardez-vous pour le moment du moins d'exposer une grande arm√©e aux p√©rils d'une exp√©dition d'outre-mer[10] ¬Ľ.

La péninsule ibérique vers 711 - 714
Environs de Carmona : les serfs continuent d'exploiter les terres apr√®s l'arriv√©e des troupes musulmanes

Musa ob√©it au calife et envoie donc un d√©nomm√© Abou-Zora accompagn√© de quatre cents hommes et cent chevaux qui franchissent le d√©troit de Gibraltar √† bord de quatre navires affr√©t√©s par Julien, le gouverneur de Ceuta. Apr√®s avoir pill√© les c√ītes autour d'Alg√©siras, ils retournent en Afrique au mois de juillet 710. Satisfait du r√©sultat, Musa profite des troubles qui occupent le roi Rod√©ric au nord pour envoyer Tariq ibn Ziy√Ęd, g√©n√©ral de son avant-garde, avec 7 000 hommes. N'ayant que les quatre navires offerts par Julien, Tar√ģq r√©unit ses troupes sur la montagne qui porte aujourd'hui son nom, Gibraltar[11]. Imm√©diatement alert√©, Rod√©ric se met en marche contre Tar√ģq avec une grande arm√©e. Ne pouvant √©vacuer ses troupes avant l'arriv√©e des wisigoths, le g√©n√©ral musulman opte pour l'affrontement direct et demande m√™me √† Musa l'envoi de renforts qui lui offre 5 000 combattants berb√®res, si bien que les forces musulmanes s‚Äô√©l√®vent √† 12 000 hommes, tr√®s peu compar√© aux arm√©es de Rod√©ric dont on estime qu'elles √©taient au nombre de 40 000[11]. Malgr√© ce net d√©savantage num√©rique, c'est la trahison au sein du camp wisigoth qui aidera les arm√©es musulmanes.

Wittiza, le roi renversé par Rodéric

Rod√©ric avait contre lui un parti tr√®s puissant de nobles qui l'accusaient d'avoir usurp√© le tr√īne en assassinant son pr√©d√©cesseur, Wittiza. Oblig√©s de participer aux guerres de Rod√©ric, ces nobles n'en gardaient pas moins une haine envers leur roi. Pour l'an√©antir, ils se mettent d'accord afin de le trahir durant la bataille avec les musulmans[12]. Cette trahison n'avait pas pour but de livrer l'Hispanie aux musulmans, car ces nobles pensaient que le but de Tar√ģq √©tait uniquement de piller la r√©gion puis de repartir[13].

La bataille a lieu sur le rivage du Guadalete le 19 juillet 711. Les deux fils de Wittiza commandent les ailes de l'arm√©e espagnole et finissent par trahir Rod√©ric qui gouverne le centre. Durant la bataille, il est probable que Rod√©ric perde la vie, ce qui laisse le pays sans chef[14]. Tar√ģq profite de cette situation et contrairement √† ce que lui avait ordonn√© Mous√Ę mais aussi √† ce que pensaient les nobles wisigoths, il marche en avant. L'avancement des troupes musulmanes est renforc√© par le soutien qu'ils rencontrent au sein du petit peuple mais aussi des Juifs qui ont longtemps √©t√© opprim√©s[14],[15]. Apr√®s avoir conquis Ecija, Tar√ģq peut √† pr√©sent envisager la prise de Tol√®de, la capitale, mais aussi Cordoue, Archidona et Elvira[16]. Archidona, abandonn√©e par sa population, est prise sans peine, Elvira quant √† elle est confi√©e √† des troupes juives et musulmanes, Cordoue est livr√©e √† Tar√ģq par un berger qui lui indique une br√®che d'o√Ļ il peut facilement entrer avec ses troupes, et Tol√®de est conquise suite √† une trahison des Juifs de la cit√©. Le commandement de cette derni√®re est donn√© √† un fr√®re de Wittiza[17].

Les soldats berbères, fer de lance de la conquête de l’Espagne

En Afrique, Musa qui avait pourtant ordonn√© √† Tar√ģq d'y retourner apr√®s avoir pill√© les c√ītes ib√©riques est m√©content. La popularit√© de son g√©n√©ral l'agace et il d√©cide donc de prendre part √† la conqu√™te de la p√©ninsule. Au mois de juin 712, il passe donc le d√©troit de Gibraltar accompagn√© de 18 000 soldats arabes et prend Medina-Sidonia et Carmona[17] puis se met en route vers Tol√®de ou il rencontre Tar√ģq qui est fortement r√©primand√© pour sa conqu√™te solitaire de la p√©ninsule[18]. Le reste de l'Hispanie, sans chef √† sa t√™te, se soumet rapidement √† la conqu√™te arabe.

Cathédrale de Cordoue dont les chefs musulmans achèteront la moitié aux chrétiens

Les premi√®res ann√©es de la pr√©sence musulmane sont assez chaotiques mais tr√®s rapidement les dirigeants musulmans imposent l'ordre et la domination arabe est accept√©e par le peuple qui a le droit de conserver ses lois et ses juges, mais voit aussi la nomination de gouverneurs et de comtes locaux[19]. Les serfs qui connaissaient l'exploitation des terres conservent leur r√īle mais doivent reverser au propri√©taire du terrain les quatre cinqui√®me des r√©coltes et si les terres appartiennent √† l'√Čtat ce n‚Äôest que trois-cinqui√®me. La situation des chr√©tiens est tr√®s variable selon les villes et les conditions lors de la signature du trait√©[20] mais en g√©n√©ral ils conservent la plupart de leurs biens bien qu‚Äôils doivent payer √† l'√Čtat un imp√īt de 48 dirhams pour les riches, 24 pour la classe moyenne et de 12 dirhams pour ceux qui vivent d'un travail manuel. Les femmes, les enfants, les moines, les handicap√©s, les malades, les mendiants et les esclaves en sont toutefois exempt√©s[21]. Enfin, l'imp√īt est lev√© si la personne se convertit √† l'islam[21].

L'arriv√©e des Arabes est consid√©r√©e comme une source de libert√© pour de nombreuses couches de la soci√©t√©. Durant les rois Wisigoths le clerg√© et la noblesse disposaient de nombreux privil√®ges comme la possession de vastes √©tendues de terres en partie inexploit√©es[22]. Les Arabes divisent ces terrains et les r√©attribuent √† un grand nombre de personnes comme aux serfs, favorisant ainsi les petites propri√©t√©s. Ces derniers, opprim√©s durant le r√®gne des rois wisigoths, jouissent d'une certaine ind√©pendance dans l'exploitation de ces terres dans la mesure o√Ļ leurs nouveaux ma√ģtres sont de pi√®tres agriculteurs et donc laissaient leurs subordonn√©s cultiver comme ils le souhaitaient. Le morcellement des terres ayant appartenu aux nobles Wisigoths a pour cons√©quence d'am√©liorer la culture et le rendement des exploitations[22]. Quant aux esclaves, il leur √©tait extr√™mement facile de recouvrer la libert√© puisqu'il leur suffisait de se pr√©senter devant les autorit√©s et de prononcer la profession de foi musulmane, ils √©taient imm√©diatement affranchis selon la loi islamique. Ces nouvelles lois ont pour cons√©quence la conversion de nombreux serfs et esclaves[23],[22]. Pour les plus hautes couches de la soci√©t√©, la conversion permet de ne plus payer l'imp√īt pr√©vu pour les non-musulmans[24].

L'arriv√©e des musulmans apporte aussi son lot de difficult√©s et de maux. Bien que le culte chr√©tien soit libre, l'√Čglise est sous l'autorit√© musulmane et juive qui pr√©side les r√©unions. Les sultans nomment les √©v√™ques et les trait√©s sign√©s entre musulmans et chr√©tiens s'estompent au fil des d√©cennies. En 784, soit pr√®s de soixante-dix ans apr√®s l'arriv√©e des Arabes dans la p√©ninsule, Abd al-Rahman Ier impose aux chr√©tiens la vente de la moiti√© de la cath√©drale de Cordoue pour cent mille dinars, il viole aussi le trait√© qu'avaient sign√© ses pr√©d√©cesseurs en confisquant les terres d'Ardabast, descendent de Wittiza, uniquement parce qu‚Äôil trouve qu'un chr√©tien ne peut avoir de terres aussi vastes[25]. Enfin, afin d'acc√©l√©rer le processus de conversion, les imp√īts que doivent payer les non-musulmans augmentent[26].

En 714, T√Ęriq et Musa sont appel√©s √† Damas pour enqu√™te. Le nouvel √©mir al-Hurr poursuit de 716 √† 719 la conqu√™te et parvient jusqu'aux Pyr√©n√©es, d√©truisant Tarragone et occupant Barcelone. Ses successeurs iront m√™me au-del√† des Pyr√©n√©es, vers la Septimanie wisigothique, d'o√Ļ ils lanceront des exp√©ditions vers le nord.

En 719, la Septimanie est conquise et Narbonne devient sous le nom d'Arb√Ľna le si√®ge d'un w√Ęli pendant quarante ans, la capitale d'une des cinq provinces d'al-Andalus, aux c√īt√©s de Cordoue, Tol√®de, M√©rida et Saragosse. Les musulmans laiss√®rent aux anciens habitants, chr√©tiens et juifs, la libert√© de pratiquer leur religion moyennant tribut[27]. En 759, Narbonne est reprise par P√©pin le Bref et les musulmans chass√©s de la Gaule.

L'arr√™t de la conqu√™te musulmane en Occident s'explique certes par la contre-attaque des Francs[r√©f. n√©cessaire], mais surtout par l'insurrection berb√®re au Maghreb, appuy√©e sur le kharidjisme (740). Les Berb√®res d'Espagne se soul√®vent eux aussi, formant plusieurs colonnes qui menacent Cordoue et Tol√®de. Face √† ce p√©ril, les Arabes, peu nombreux, ne sont pas unis : une opposition traditionnelle existe entre Kaisites (b√©douins nomades de l'Arabie du nord et du centre) et Kalbites (cultivateurs s√©dentaires originaires du Y√©men). La r√©volte berb√®re est malgr√© tout mat√©e par le Kaisite Baldj, avec quelques milliers de Syriens qui avaient √©t√© √©vacu√©s de Ceuta assi√©g√©e, et qui rest√®rent finalement en Espagne.

Les troubles internes

√Ä partir de 720, les conflits internes s'aggravent alors que la tendance Kaisite l'emporte. Durant cette p√©riode de confusion le pays voit de 711 √† 726 la succession de 21 gouverneurs qui prennent de plus en plus d'ind√©pendance par rapport au califat de Damas[15]. Le premier gouverneur, Ayyub, d√©sign√© probablement par le camp berb√®re apr√®s de difficiles tractations avec les arabes, est un homme pieux et sans grande autorit√©. Le nouveau gouverneur prend la d√©cision de d√©placer la capitale du pays de S√©ville √† Cordoue afin de satisfaire les populations berb√®res nombreuses dans la ville[28]. Cette d√©cision est d'autant plus notable qu'il ne demande la permission ni √† Suleiman gouverneur d'Afrique ni encore moins au calife de Damas, signe de la volont√© d'√©mancipation de la p√©ninsule[28]. Les imp√īts et le tribut ne sont plus envoy√©s √† Damas, et bien que lent √† r√©agir, Suleiman gouverneur d'Afrique d√©cide d'envoyer de nouveaux gouverneurs dont l'un nomm√© Sahm parviendra partiellement √† r√©concilier les diff√©rents clans.

En 739, une grande révolte des Berbères éclate dans le Maghreb occidental et se répercute en Espagne. D'abord victorieux à Cordoue, ils seront vaincus et doivent quitter pour certains la péninsule. La guerre civile perdurera pendant une quinzaine d'années.

Le renversement des Omeyyades par les Abbassides a pour cons√©quence l'√©mancipation de l'Espagne : Abd al-Rahm√Ęn, petit-fils du dernier calife omeyyade, se r√©fugie en Afrique du Nord, parmi les tribus berb√®res dont sa m√®re est issue. Son affranchi Badr lui ayant obtenu le ralliement des Syriens et d'une partie des Kalbites d'Espagne, il passe dans ce pays et s'empare de Cordoue en 756, o√Ļ il se proclame √©mir.

La traversée des Pyrénées et la conquête de la Septimanie

Au VIIIe si√®cle les premiers musulmans arrivent en France et s'installent dans les environs de Toulouse. Narbonne, domin√©e par les wisigoths, population romanis√©e h√©riti√®re directe de l‚ÄôEmpire Romain d‚Äôoccident. La ville dispose toujours des murailles h√©rit√©es de l'√©poque romaine, chant√©es par l'√©v√™que Sidoine Apollinaire en 465 et dont des fragments sont toujours visibles dans la ville et au mus√©e lapidaire. Selon une histoire locale connue des narbonnais, les Sarrasins seraient entr√©s dans la ville par surprise, √† l'automne 719 ou 720, en profitant de l'ouverture des portes en cette p√©riode de vendanges. Cette hypoth√®se explique pourquoi la ville fut si facilement conquise, en d√©pit de ses ouvrages d√©fensifs, et fut si longue √† reprendre. L‚Äôincertitude quant √† la date exacte de la prise de la ville est un √©l√©ment de plus qui laisse √† penser √† une prise des fortifications de la ville plus que de la ville elle-m√™me, qui ne semble avoir √©t√© √©pargn√©e ; √† l‚Äôexception de ses d√©fenseurs. Le chef musulman, al-Samh, troisi√®me gouverneur d'Espagne fait mettre √† mort les hommes ayant tent√© de d√©fendre la cit√©, d√©porter leurs femmes et enfants en Espagne et installe une garnison. La ville est le si√®ge d'un w√Ęli Les musulmans imposent aux habitants, chr√©tiens et juifs, le statut de ¬ę dhimmi ¬Ľ qui les autorise √† pratiquer leur religion d‚Äôune mani√®re strictement encadr√©e et leur impose de payer un tribut[27].

En 721, les Arabes sont d√©faits par Eudes aux portes de Toulouse, Al-Samh trouvera la mort et l'arm√©e musulmane battra en retraite. Ambiza succ√®de √† Al-Samh. En 725, Carcassonne et N√ģmes sont prises, puis les Sarrasins commencent √† remonter le Rh√īne. Les arabes p√©n√®trent √† Avignon et arrivent aux portes de Lyon, Ambiza trouve la mort √† son tour. Ils traversent la Bourgogne o√Ļ ils assi√®gent Autun le 22 ao√Ľt 725 et pillent Luxeuil[29]. En 735 avec l'aide de Mauronte, duc de Marseille, Arles est conquise. Il est difficile d'appr√©cier l'importance du peuplement musulman au nord des Pyr√©n√©es. Les musulmans se sont-ils √©tablis comme en Andalus, avec un v√©ritable projet de peuplement ou bien leur pr√©sence s'est-elle limit√©e au stationnement de contingents militaires dans les principales villes ? L'historien Paul Diacre (VIIIe si√®cle) indique que les Sarrasins ¬ę ont p√©n√©tr√© dans la province Aquitaine de Gaule accompagn√©s de leurs femmes et de leurs enfants, comme pour l'habiter ¬Ľ, mais les villes prises n‚Äôont √©t√© occup√©es que quelques ann√©es et leurs environs ne semblent pas avoir connus de foyer de peuplement majeur. D‚Äôautre part, il n'existe aucun vestige arch√©ologique de pr√©sence musulmane durable et significative √† Narbonne, ni dans les environs, en d√©pit d'une discussion sur la pr√©sence √©ventuelle d'une mosqu√©e dans un atrium de la ville, ce qui serait un endroit bien singulier. De cette courte p√©riode, il ne reste aujourd'hui que peu de traces qui se r√©sument √† quelques pi√®ces de monnaie √©parses.

Du point de vue du Califat de Bagdad, la province de Narbonne n'avait qu'une faible importance, la France et l'Europe en g√©n√©ral √©tant secondaires compar√©es aux richesses de l'Inde et de la Chine. Toutefois les historiens sont partag√©s sur le but r√©el de cette avanc√©e en territoire franc. Colonie de peuplement ou simple razzia hors d'Espagne ? Les raids, les pillages d'√©glises et de monast√®res pourraient laisser penser √† une entreprise de pillage sans aucun but que celui d'amasser le maximum de richesses. Mais d'un autre point de vue, cette technique de harc√®lement permettait d'affaiblir une r√©gion en vue de la conqu√©rir plus facilement par la suite.

Apr√®s la d√©faite de la Berre, la garnison arabe de Narbonne subsiste √† l‚Äôabri des importants ouvrages d√©fensifs de la ville mais son r√īle de relais pour les exp√©ditions et razzias n'est plus significatif. En 759, √† l‚Äôarriv√©e de P√©pin le Bref dans la r√©gion, les habitants se soul√®vent et les derniers mauresques √©vacuent la ville d√©finitivement[30]. Certainement, la r√©sistance de la r√©gion de Narbonne et la bataille de la Berre ont port√© le coup d‚Äôarr√™t √† l‚Äôexpansion musulmane en Europe occidentale, ainsi que le note le g√©ographe arabe Zuhr√ģ, au XIIe si√®cle, √† propos de sa visite de la ville : On y trouvait la statue sur laquelle √©tait inscrit : ¬ę Demi tour, enfants d'Isma√ęl, ici est votre terme ! Si vous me demandez pourquoi, je vous dirai ceci : si vous ne faites pas demi-tour, vous vous battrez les uns les autres jusqu'au jour de la R√©surrection ¬Ľ.

L'émirat de Cordoue

Règne d'Abd al-Rahman Ier, le fondateur de la dynastie

Article d√©taill√© : Abd_al-Rahman_Ier.
Statue de Abd al-Rahman Ier. Almu√Ī√©car, Espagne.
Al-Andalus en 750 à la chute du califat Omeyyade de Damas

En 750 le califat omeyyade s'√©teint avec la d√©faite de la bataille du Grand Zab et toute la famille est assassin√©e par les Abbassides, hormis Abd al-Rahman Ier. Apr√®s avoir franchi la Palestine, l'√Čgypte puis l'Afrique du Nord avec sans cesse la volont√© d'arracher une terre o√Ļ il peut gouverner, le dernier h√©ritier omeyyade comprend qu'il lui est impossible d'affirmer son autorit√© au milieu de ces vastes √©tendues compos√©es d'une grande multitude de populations et de tribus. Finalement, apr√®s maintes p√©rip√©ties, il r√©alise que son unique issue serait d'atteindre la p√©ninsule ib√©rique o√Ļ la famille omeyyade compte encore beaucoup de partisans[31].

Au mois de juin 754, Badr un homme de confiance d'Abd Al-Rahman franchit le d√©troit de Gibraltar avec dans ses mains une lettre indiquant la volont√© de ce dernier d'acc√©der au tr√īne si la population andalouse l'accepte. La lettre est favorablement accept√©e au sein de la noblesse andalouse qui y donne un avis positif mais pr√©f√®re demander toutefois la permission du gouverneur Yusuf al-Fikri et de son subordonn√© Al-Sumayl[32]. Les deux hommes se disputent imm√©diatement √† propos de cette lettre, Yusuf un homme faible de caract√®re accepte la proposition d'Abd Al-Rahman mais ce n'est pas le cas d'Al-Sumayl qui d√©cide de prendre les armes. Les envoy√©s d'Abd Al-Rahman d√©cident de se tourner vers les arabes d'origine y√©m√©nite adversaires d'Al-Sumayl. Fort du soutien de deux tribus arabes et dot√© d'une somme confortable Badr ach√®te un bateau qui part imm√©diatement vers l'Afrique o√Ļ l'attend le descendant omeyyade qui embarque pour Almu√Ī√©car (Al-Munakab) dans la province de Grenade √† l'est de M√°laga[32].

Roland jurant fidélité à Charlemagne

Pendant un moment, Abd al-Rahman se laissa conseiller par ses partisans, conscients des risques de son entreprise. Yusuf proposa √† Abd al-Rahman une de ses filles en mariage ainsi que des terres. Ceci repr√©sentait moins que ce qu'il esp√©rait obtenir mais il se serait r√©sign√© √† s‚Äôen contenter si l'insolence d'un des messagers de Yusuf, un ren√©gat espagnol, n'avait pas outr√© Obeidullah, un des chefs loyaux aux Omeyyades : il se gaussa de l'incapacit√© d'Obeidullah √† bien √©crire l'arabe. En r√©ponse √† la provocation, Obeidullah d√©gaina son √©p√©e.

D√©sormais appuy√© par les Kalbides, en 756, Abd al-Rahman mena une campagne dans la vall√©e du Guadalquivir qui se termina le 16 mai par la d√©route de Yusuf et sa fuite de Cordoue[33]. Les troupes d'Abd al-Rahman √©taient faibles (Abd al-Rahman aurait √©t√© le seul √† disposer d‚Äôun bon cheval de guerre) mais ayant lui-m√™me une m√®re berb√®re issu d'une tribu originaire du Maroc actuel[31] il s'int√®gre facilement et arrive √† enr√īler de nombreux soldats arabes et berb√®res au sein de son arm√©e. N'ayant pas de banni√®re, ils en improvis√®rent une avec un turban et une lance. Ce signe devait devenir le symbole des Omeyyades d'Espagne. En juillet, Abd al-Rahman officialisa son alliance avec les Kalbites. Un mois plus tard, il devint m√Ęlik (roi) et √©mir d'al-Andalus.

Le long r√®gne d'Abd al-Rahman fut principalement marqu√© par de nombreuses mises √† l'ordre des Arabes et des Berb√®res pour les rallier sous un m√™me mandat. En 759, il mata une r√©bellion foment√©e par l'ancien √Čmir qui se termina par l'ex√©cution de ce dernier. En 763, il dut affronter dans sa propre ville des partisans √† la solde des Abbassides. Apr√®s une vigoureuse attaque il parvient √† gagner la bataille Il fit couper la t√™te des meneurs, les fit saler et tremper dans la naphtaline avant de les faire envoyer au califat d'Orient en guise d'avertissement[34]. En 777, Ibn Arabi, gouverneur de Saragosse d√©sireux de prendre son ind√©pendance traverse les Pyr√©n√©es et demande l'aide de roi franc Charlemagne et d√®s 778 une grande arm√©e se met en route vers la Catalogne. La menace pour Abd Al-Rahman √©tait de taille mais une r√©volte des Saxons au nord qui sont parvenues au Rhin et mena√ßaient Cologne obligea Charlemagne √† retirer son arm√©e[35]. C'est durant le voyage du retour que Charlemagne et ses hommes sont attaqu√©s √† Roncevaux par les Vascons et o√Ļ Roland, h√©ros d'une des plus c√©l√®bres chansons de geste et duc de la marche de Bretagne meurt[36].

Dans ses derni√®res ann√©es, Abd al-Rahman dut √©galement d√©jouer et r√©primer brutalement une succession de complots dans son palais, permettant de poser solidement les bases de la dynastie qui assura le contr√īle de l'Espagne aux Omeyyades jusqu'en 1031. Il fit √©galement construire la mosqu√©e de Cordoue qui fut achev√©e peu avant sa mort. Le g√©nie d'Abd Al-Rahman est certainement d'avoir pos√© les bases d'un nouvel √©tat inspir√© du mod√®le de Damas, chose que ses pr√©d√©cesseurs n'avaient pens√©s faire. Se pla√ßant comme √©mir ou roi (malik), jamais Abd Al-Rahman ni ses descendants jusqu'√† Abd Al-Rahman III n'oseront prendre le titre de calife (khalifat Al-Rasul)[37]. L'√©mir gouverne le pays et nomme les chefs des arm√©es, les juges et les hauts-fonctionnaires. C'est √† lui que revient la charge de prendre les d√©cisions importantes et ordonne √† ses fils de mener les campagnes militaires. Durant la fin de sa vie il s‚Äôattellera √† construire √† Cordoue une mosqu√©e que ses descendants agrandiront et am√©lioreront sans cesse. Il divise le pays en province avec √† leur t√™te un wali et la province la plus importante √©tant celle de Cordoue[38].

Hicham Ier

À la fin de sa vie Abd Al-Rahman décide de mener une enquête discrète pour déterminer qui de ses deux fils, Suleiman ou Hicham pourra gouverner le pays[39]. Blond aux yeux bleus né après l'arrivée de son père dans la péninsule, Hicham est un homme pieux et cultivé qui s'entoure de savants et de poètes contrairement à son frère Suleiman qui préfère les plaisirs mondains[39].

A la mort d'Abd Al-Rahman c'est donc son fils Hicham Ier alors √Ęg√© de 30 ans qui monte sur le tr√īne[39]. Furieux, son fr√®re Suleiman d√©cide de prendre les armes et part de Tol√®de. La bataille entre les deux fr√®res a lieu √† Ja√©n o√Ļ Suleiman est battu, il sera chass√© du pays et expuls√© vers l'Afrique du Nord o√Ļ on n'entendra plus parler de lui[40].

Hicham Ier poursuivra l'Ňďuvre de son p√®re, et mis √† part des r√©voltes mineures dans la r√©gion de Tortosa et Saragosse le r√®gne du nouveau calife est paisible. Il se caract√©rise par sa pi√©t√©, s'habillant d'une extr√™me simplicit√©. Il parcourait les rues de Cordoue afin de rendre visite aux pauvres et aux malades, distribuait la monnaie aux voyageurs et demandait √† son peuple de faire de m√™me[41]. La p√©riode de stabilit√© que conna√ģt le pays permet √† Hicham de lancer des attaques contre les royaumes chr√©tiens qui mena√ßaient les fronti√®res de l'√©mirat. En 791 il attaque la Castille et les Asturies, en 793 il expulse les Francs de G√©rone et de Narbonne, en 795 il s'empare d'Astorga dans les Asturies[42].

√Ä la m√™me √©poque vivait de l'autre c√īt√© du monde musulman, √† M√©dine le juriste et fondateur de l'√©cole qui porte son nom l'imam M√Ęlik ibn Anas. Lorsqu'on rapporte √† ce dernier le comportement de l'√©mir omeyyade Hicham il ne tarit pas d'√©loges envers ce dirigeant, voyant en lui l'id√©al du gouverneur musulman face aux Abbassides qu'il consid√®re comme des usurpateurs[43]. Bien que cela puisse para√ģtre secondaire, de cette union entre les deux hommes va na√ģtre une lign√©e de juristes dont l'Espagne a grandement besoin. Hicham encourage vivement les √©changes avec l'imam M√Ęlik et le mal√©kisme devient la branche officielle de l'islam sunnite d'Al Andalus[44]. Au moment de la mort d'Hicham, d'illustres juristes comme le berb√®re Yahiya ibn Yahiya, un des plus brillants √©l√®ves de l'imam Malik enseignent le droit en Espagne[45].

Al-Hakam Ier, le temps des révoltes

C'est à Tolède en proie au désordre, qu'Al-Hakam donne un gouverneur latin.
Cordouans chass√©s d'Al-Andalus pour s'√™tre r√©volt√©s contre le sultan, en partance pour la conqu√™te de l'√ģle de Cr√™te

En 796, Hicham Ier meurt √† l'√Ęge de trente-neuf ans et c'est son fils Al-Hakam qui est choisi. Son r√®gne est marqu√© par une flamb√©e de violence int√©rieure et ext√©rieure. L'ann√©e de son arriv√©e au pouvoir, Alphonse II des Asturies, un oncle de Hakam ainsi que le gouverneur de Barcelone rencontrent Charlemagne et lui proposent d'entreprendre une action au-del√† des Pyr√©n√©es. Se souvenant du terrible √©chec qu'il avait subi au temps d'Abd Al-Rahman Ier, Charlemagne h√©site mais finalement en 798 son fils Louis le Pieux d√©cide d'entreprendre une guerre en Andalus. Moins de cinq ans apr√®s son arriv√©e sur le tr√īne Al-Hakam assiste impuissant √† la perte de Barcelone trop occup√© √† mater les r√©bellions internes[46] comme avec les Banu Qasi qui dominaient la vall√©e de l'√ąbre, mais aussi avec des bandits berb√®res habitant les montagnes et ne descendant que pour piller les villages des alentours. L'arm√©e d'Al-Hakam incapable de les arr√™ter car encore trop peu nombreuse √©tait constitu√©e de nombreux mamelouks (soldats esclaves), des √©l√©ments chr√©tiens et notamment Slave dont Al-Hakam en fait sa garde personnelle[47].

De plus des groupes religieux qui se permettaient de donner leurs avis et m√™me de critiquer le nouveau sultan Al-Hakam Ier qu'ils ne consid√©raient pas assez pieux, se forment en une v√©ritable caste au sein de l'√Čtat. Ils comploteront m√™me contre leur dirigeant en souhaitant le remplacer par son cousin Ibn-Ch√Ęmmas, mais ce dernier fid√®le au sultan l'avertit du complot et une partie des meneurs sont ex√©cut√©s[48]. Al-Hakam qui durant sa jeunesse √©tait connu pour sa gaiet√© et son souhait de continuer sur la voie trac√©e par son p√®re se transforme au fil des r√©voltes en personnage aigri, d√©√ßu par le comportement de ses sujets dont il n'h√©sitera pas √† d√©capiter les √©l√©ments les plus turbulents[49]. Afin de palier son manque de soldats, Al-Hakam s'engage dans la voie de la terreur.

C'est sous le r√®gne d'Al-Hakam Ier que les √éles Bal√©ares sont conquises et resteront musulmanes jusqu'au milieu du XIIIe si√®cle

Dans le même temps Al-Hakam jouera l'apaisement en donnant aux villes en majorité espagnoles, des gouverneurs issus de leur peuple, comme Amrous gouverneur de Tolède. Malgré tout, les notables de la ville trahiront l'émir. La réaction est immédiate, Al-Hakam envoie son fils Abd Al-Rahman exécuter les meneurs lors de la journée appelée Journée de la Fosse, la terreur de ce massacre calme toutes les rébellions dans le pays durant une décennie[50]. Le calme n'est toutefois qu'apparent car dans le secret les comploteurs continuent à vouloir la chute du sultan. Le nom d'Al-Hakam est insulté dans les rues et les mosquées de Cordoue, en réponse celui-ci n'hésite pas à exécuter les meneurs et à engager de plus en plus de soldats africains qu'on dénommait les muets car ils ne connaissaient pas la langue arabe et donc étaient d'autant plus redoutables. Toutes ces mesures au lieu d'effrayer la population la rend de plus en plus rebelle[51],[52].

Ziriab est un poète et musicien originaire de Bagdad qu'Al-Hakam invite à sa cour

Le pays est au bord de la guerre civile, et la tension atteint son paroxysme au mois de mai 814, lorsqu'un des soldats du sultan assassine un artisan de Cordoue qui ne voulait pas lui ob√©ir, spontan√©ment une foule en col√®re se regroupe autour du palais. Le sultan et ses hommes prennent conscience qu'ils n'ont aucune chance face √† la population et tout le monde s'appr√™te √† √™tre tu√© dans la journ√©e. Al-Hakam demande m√™me d'assassiner imm√©diatement les prisonniers qui avaient men√©s les r√©voltes pr√©c√©dentes afin qu'ils ne lui survivent pas[53]. Avant de s'avouer vaincu, Al-Hakam d√©cide de lancer une offensive de la derni√®re chance. Elle consiste √† envoyer quelques cavaliers qui doivent se frayer un chemin dans la foule et atteindre les faubourgs de la ville afin d'incendier les maisons qui s'y trouvent, le but de l'op√©ration est d'affoler la population qui en voyant ses demeures en feu abandonnera les armes pour aller √©teindre les incendies. C'est √† Obeid-Allah qu'incombe la t√Ęche qu'il accomplit avec succ√®s, il br√Ľle les biens de la population qui rompt les rangs et ainsi desserre l'√©tau qui p√®se sur Al-Hakam et son palais. L'arm√©e du sultan sort et massacre une partie des protestataires[54]. Les autres se divisent en deux groupes, le premier compos√© d'environ 10 000 personnes et dirig√© par Abu Hafs Omar ibn Suab partent pour l'√Čgypte puis pour l'√ģle de Cr√™te o√Ļ ils fondent leur propre dynastie[55],[56]. Le second groupe compos√© de 8 000 familles, s'installe en Afrique et plus pr√©cis√©ment √† F√®s o√Ļ le prince Idris Ier les accueille dans sa nouvelle capitale. Le sultan sort victorieux √† l'issue de cette journ√©e qu'on appelle la journ√©e de la R√©volte du Faubourg. Les religieux qui ont men√©s la r√©volte sont quant √† eux sont pour la plupart graci√©s mais contraints √† l'exil[57] bien que le sultan croit fermement √™tre dans son bon droit s'il condamne √† mort les meneurs de la r√©volte[58].

Le règne d'Al-Hakam consolide énormément le pouvoir de l'émir, et il laisse à son fils Abd al-Rahman II un état pacifié et stable, qui permet à ce dernier d'initier la civilisation andalouse. Lui-même n'était pas étranger aux arts, il invite à Cordoue le poète Ziriab, qui introduit en Al-Andalous de nombreuses pratiques orientales, dans les domaines des arts, des sciences et des cultures.

Abd Al-Rahman II, les d√©buts de l'√Ęge d'or de l'√©mirat

Article d√©taill√© : Abd al-Rahman II.
√Čglise de Cordoue anciennement mosqu√©e au temps des Omeyyades.
Les attaques Viking obligent Abd Al-Rahman II à construire un ensemble de tours et de forteresses opérationnelles un siècle après sa mort

N√© √† Tol√®de Abd Al-Rahman II monte sur le tr√īne √† l'√Ęge de trente ans[59]. De sa vie priv√©e il n'existe que peu de traces, il eut pr√®s de quatre-vingt dix enfants issus de nombreuses concubines. R√©serv√© et de caract√®re facile, il sort peu de son palais hormis pour la chasse[60]. Son accession au tr√īne est d'autant plus accept√©e qu'il all√®ge les imp√īts, punit les hauts-fonctionnaires corrompus et lance un s√©rieux avertissement aux gouverneurs d√©sireux de prendre leur ind√©pendance que leur punition serait exemplaire. La population satisfaite du sentiment de justice ne se r√©voltera quasiment pas, hormis un soul√®vement mineur √† Tol√®de[61].

Pieux, Abd Al-Rahman II aime aussi les arts et les sciences, et se donne pour objectif de faire venir de Bagdad des artistes de la cour abbasside comme Ziryab, amenant son pays au premier rang europ√©en en la mati√®re. De nombreux chr√©tiens se hissent √† des rangs importants dans la soci√©t√© et fournissent des fonctionnaires tr√®s comp√©tents. S'assimilant rapidement et impressionn√©s par le raffinement andalous, les chr√©tiens se mettent √† utiliser exclusivement la langue arabe tandis l'usage du latin se perd, ce qui ne manque pas de causer une amertume au sein de l'√Čglise :

¬ę Mes coreligionnaires, dit-il, aiment √† lire les po√®mes et les romans des Arabes; ils √©tudient les √©crits des th√©ologiens et des philosophes musulmans, non pour les r√©futer, mais pour se former une diction arabe correcte et √©l√©gante. O√Ļ trouver aujourd'hui un la√Įque qui lise les commentaires latins sur les saintes √Čcritures? Qui d'entre eux √©tudie les √Čvangiles, les proph√®tes, les ap√ītres? H√©las! Tous les jeunes chr√©tiens qui se font remarquer par leurs talents, ne connaissent que la langue et la litt√©rature arabes ; ils lisent et √©tudient avec la plus grande ardeur les livres arabes; ils s'en forment √† grands frais d'immenses biblioth√®ques, et proclament partout que cette litt√©rature est admirable. Parlez leur, au contraire, de livres chr√©tiens : ils vous r√©pondront avec m√©pris que ces livres-l√† sont indignes de leur attention. Quelle douleur ! Les chr√©tiens ont oubli√© jusqu'√† leur langue, et sur mille d'entre nous vous en trouverez √† peine un seul qui sache √©crire convenablement une lettre latine √† un ami. Mais s'il s'agit d'√©crire en arabe, vous trouverez une foule de personnes qui s'expriment dans cette langue avec la plus grande √©l√©gance, et vous verrez qu'elles composent des po√®mes, pr√©f√©rables, sous le point de vue de l'art, √† ceux des Arabes eux-m√™mes[62] ¬Ľ

Cette amertume se transforme au sein de certains hommes d'√Čglise en propagande mensong√®re afin de placer l'islam au m√™me niveau qu'une religion pa√Įenne[63]. La haine que ressentent les pr√™tres n'est pas envers l'islam -dont ils ne connaissent que peu de choses malgr√© qu'ils vivent en permanence avec des musulmans- mais plut√īt envers les arabes et surtout le peuple qui les brimait continuellement, eux qui √† peine un si√®cle plus t√īt formaient l'√©lite du pays du temps des rois wisigoths[64]. Le sentiment d'agression que ressentait les chr√©tiens dans leur culture √©tait d'autant plus fort qu'un certain engouement pour l'Orient Abbasside et sa culture s'emparait du pays, l'Andalousie tourne d√©finitivement le dos √† sa culture latine et wisigoths pour s'ouvrir √† la pens√©e irakienne.

Abd Al-Rahman II quant √† lui, est √† la t√™te d'un pays riche et puissant. Lui m√™me est un monarque absolu dont le pouvoir est quasiment total sur l'Andalousie, hormis des questions religieuses qui √©taient toujours sous l'autorit√© du grand cadi et du mufti. Les longues luttes entre les diff√©rents √©l√©ments de la soci√©t√© se sont apais√©es et les gouverneurs autrefois si prompts √† d√©sob√©ir √† l'√©mir sont surveill√©s de pr√®s. On y cultive pour la premi√®re fois l'asperge import√©e d'Orient, la culture ol√©icole est intense, les nouveaux syst√®mes d'irrigation permettent la fertilisation artificielle de terres totalement inexploitables jusque l√†, la culture en terrasse fait son apparition. Les bonnes ann√©es il √©tait possible d'obtenir trois o√Ļ quatre r√©coltes par an[65]. Les longues luttes entre les diff√©rents √©l√©ments de la soci√©t√© se sont apais√©es et les gouverneurs autrefois si prompts √† d√©sob√©ir √† l'√©mir sont surveill√©s de pr√®s. Abd Al-Rahman continue √† r√©organiser l'arm√©e en suivant l'exemple de ses anc√™tres; Aux groupes indisciplin√©s issus des diff√©rentes tribus dont ils continuaient √† ob√©ir, il pr√©f√®re des soldats de m√©tier aux ordres d'un gouvernement central. Il ach√®te de nombreux esclaves √† l'√©tranger et surtout en Europe afin de les former aux m√©tiers des armes, en √©change de g√©n√©reuses r√©tributions il exigeait de ces soldats un d√©vouement total. Les principaux fournisseurs en esclaves √©taient les vikings. De partenaires commerciaux, ces hommes du Nord deviennent la plus grande menace que doit faire face Abd Al-Rahman II[66].

Apr√®s avoir ravag√© Nantes en 883 et Bordeaux, les drakkars vikings s'abattent sur Al-Andalus en longeant les c√ītes. Arriv√©s √† S√©ville ils pillent S√©ville durant sept jours, et tuent les hommes et capturent les femmes. Inform√© de la situation Abd Al-Rahman II envoie une importante arm√©e qui stoppe les Vikings et les oblige √† quitter l'Andalousie. Imm√©diatement l'√©mir lance un plan de construction d'un r√©seau de tours, de guets et de forteresses le long des c√ītes, et met aussi en place une v√©ritable flotte de guerre. Le r√©sultat r√©pond aux attentes. Quelques ann√©es plus tard, un nouveau raid Viking se solde par un √©chec. Toujours op√©rationnelles un si√®cle apr√®s sa mort, les d√©fenses construites par Abd Al-Rahman II emp√™cheront les Vikings de d√©barquer en Andalousie qui tentent toujours d√©sesp√©r√©ment d'y mettre un pied[67].

La fin de son r√®gne est troubl√©e par les intrigues √† propos de sa succession. Il avait eu quarante-cinq fils, et les deux factions principales soutenaient respectivement Muhammad le fils a√ģn√©, et Abd-Allah le fils de Tarub la favorite de l'√©mir. Les conflits all√®rent jusqu'√† une tentative d'empoisonnement de l'√©mir. Finalement en 852 √† la mort d'Abd Al-Rahman II ce fut Mohammed qui lui succ√©da.

Muhammad Ier

Badajoz ville fondée par Ibn Marwan
Ibn Marwan
C'est durant le règne de Muhammad Ier qu'est fondé Madrid, ici les vestiges de la muraille musulmane

Intronis√© le soir m√™me de la mort de son p√®re, le nouveau sultan ne ressemble pas √† son p√®re : d'une personnalit√© froide, il est, comme le craignaient les eunuques lors de son √©lection, un personnage plut√īt intol√©rant envers ses sujets chr√©tiens, dont il ordonnera la destruction de plusieurs √©glises.

Le nouvel √©mir Muhammed doit rapidement faire face √† une insurrection. Les royaumes chr√©tiens du nord de la p√©ninsule, apprenant la nouvelle de la mort d'Abd Al-Rahman II, d√©cident de prendre les armes √† Tol√®de. Muhammed, sentant que la menace est aux portes de la capitale, envoie toute son arm√©e afin de mater la r√©bellion. Les chr√©tiens, avec √† leur t√™te le comte Gaton de Bierzo, aid√©s par le roi Ordo√Īo Ier d'Oviedo, pr√©parent aussi leur arm√©e qui se retranche dans Tol√®de. Muhammad, comprenant qu'il ne peut prendre la ville par la force, d√©cide de la prendre par la ruse. Il ordonne √† une partie de ses hommes de se cacher derri√®re les rochers et avec une faible troupe, il s'avance lui-m√™me devant les remparts de la cit√©. Les Tol√©dans, √©tonn√©s par l'audace et ne se doutant de rien, tentent une sortie men√©e par Gaton qui d√©cide de poursuivre Muhammad et ses hommes qui simulent la fuite. Arriv√©s aupr√®s de son arm√©e qui est rest√©e cach√©e, l'√©mir ordonne le massacre de Gaton et de ses huit mille hommes qui sont cern√©s de toutes parts par les troupes musulmanes[68]. Malgr√© le fait qu'il n'ait pu reprendre Tol√®de, Muhammad est satisfait car Cordoue n'est plus menac√©e, mais ce n'est pas pour autant que les harc√®lements envers les chr√©tiens de Cordoue cessent dans la mesure o√Ļ le sultan augmente l'imp√īt auquel ils devaient s‚Äôacquitter[69]. Les tol√©dans d√©faits se pr√©cipitent √† Cordoue pour demander la cl√©mence de l'√©mir qui la leur accorde mais dix ans plus tard ils se r√©voltent de nouveau[70].

Un peu plus tard un d√©nomm√© Ibn Marwan, descendant d'une famille de wisigoths convertis √† l'islam, se r√©volte contre l'autorit√© arabe et berb√®re. Muhammed envoie son fils Al-Mundhir et un de ses ministres d√©nomm√© H√Ęshim[71]. Suite √† une erreur de strat√©gie, les hommes du sultan sont massacr√©s et H√Ęshim est fait prisonnier, ce qui permet √† Ibn Marwan de n√©gocier √† son avantage un trait√© humiliant pour le sultan. L'accord pr√©voit qu'Ibn Marwan fonde sa propre ville nomm√©e Badajoz[72] ayant une large autonomie vis-√†-vis du sultan. Cette marque de faiblesse discr√©dite encore plus le sultan face √† une population de plus en plus insoumise.

La derni√®re grande r√©volte √† laquelle le sultan sera confront√© est celle d'Omar Ben Hafsun, un descendent de chr√©tiens convertis √† l'islam. Il s'√©tablira dans sa forteresse de Bobastro d'o√Ļ il attaque la campagne environnante. Voyant qu'il est dans son int√©r√™t de se soumettre au sultan, il conclut un pacte et s'engagea m√™me dans l'arm√©e. Il la quitte cependant rapidement et retourne √† son √©tat de brigand. Omar survivra au sultan Muhammad et c'est √† son fils Al-Mundhir que revient la t√Ęche de l'arr√™ter[73]. Le nouveau sultan est plus prudent et plus √©nergique que son p√®re et en 888, il se lance avec son arm√©e dans la pacification du territoire et d√©cide d'attaquer Bobastro. Omar par une ruse se sauve de cette situation, quant √† Mundhir il meurt durant le si√®ge[74]. Le nouvel √©mir d√©sign√© est Abd Allah.

Abd Allah ben Muhammad

Article d√©taill√© : Abd Allah ben Muhammad.
Territoires contr√īl√©s par Omar Ibn Hafsun √† l‚Äôapog√©e de son pouvoir

Abd Allah ben Muhammed a quarante-huit ans lorsqu'il acc√®de au tr√īne de son fr√®re d√©funt[75]. Homme de taille moyenne aux yeux bleus et cheveux roux h√©rit√© de sa m√®re une princesse franque il est cultiv√© et pieux. Omar, apprenant la mort de son ennemi, souhaite attaquer le convoi fun√®bre mais Abd Allah ben Muhammad lui demande de ne pas agir. Au contraire, il lui propose la paix, ce qu'il accepte et se soumet au nouveau sultan. Peu de temps, apr√®s il rompt cette alliance de nouveau et se relance dans sa vie de pillage. Quant √† Abd Allah, son alliance avec les ennemis du pays lui vaut de nombreuses critiques au sein m√™me de la noblesse arabe[76]. Quelques ann√©es plus tard, Abd Allah a l'occasion de vaincre d√©finitivement son adversaire au pied de la forteresse de Polei. Disposant d'une arm√©e compos√©e de quatorze mille hommes, nettement moins nombreuse que celle d'Omar qui en avait deux fois plus, Abd Allah joue l'avenir de la dynastie omeyyade, car il est bien conscient qu'une d√©faite face √† Omar lui serait fatale. La bataille qui au d√©part semble confuse au sein du clan omeyyade finit par tourner √† leur avantage et Omar ainsi que ce qui reste de son arm√©e prend la fuite[77]. Omar conna√ģtra encore quelques succ√®s par la suite mais sa conversion au christianisme et sa d√©faite face √† Abd Allah lui sont d√©sastreuses. Il perd de nombreux √©l√©ments berb√®res de son arm√©e et le soutien d'autres chefs rebelles musulmans et finit par mourir de maladie en 917.

Durant la fin du r√®gne d'Abd Allah, le pouvoir du sultan est minime[78]. Le r√®gne d'Abd Allah est marqu√© par les rivalit√©s ethniques et de nombreuses r√©voltes qui l'obligent √† se montrer intransigeant, mais √©tant trop faible son autorit√© baisse au fil des ann√©es. Ainsi, le gouverneur arabe de S√©ville Ibrahim Banu Hadjabj prend le titre de roi et son ind√©pendance, qu‚ÄôAbd-Allah est contraint de reconna√ģtre bien qu'√† la fin de sa vie il se soit de nouveau soumis √† l'autorit√© de l'√©mir[79]. Cela permet √† Abd Allah de reprendre de la vigueur et d√®s lors les derni√®res ann√©es de son r√®gne connurent presque toutes des batailles victorieuses. En 903 son arm√©e prit Ja√©n ; en 905 elle gagna la bataille du Guadalbollon sur Ibn-Haf√ßoun et Ibn-Mastana ; en 906 elle enleva Cafiete aux Beni-al-Khal√ģ ; en 907 elle for√ßa Archidona √† payer tribut ; en 909 elle arracha Luque √† Ibn-Mastana ; en 910 elle prit Ba√ęza[80]. Abd Allah meurt le 15 octobre 912 √† l'√Ęge de soixante-huit ans, son successeur est son petit-fils Abd al-Rahman III.

Le califat omeyyade de Cordoue (929-1031)

Article d√©taill√© : Califat de Cordoue.

Abd Al-Rahman III, fondateur du califat de Cordoue

Article d√©taill√© : Abd al-Rahman III.
Abd al-Rahman III
La péninsule Ibérique de 925 à 929.

Orphelin d√®s sa jeunesse, Abd Al-Rahman qui est n√© en 891 est √©lev√© par son a√Įeul, jusqu'√† son accession au tr√īne √† l'√Ęge 22 ans. Blond aux yeux bleus et lui m√™me enfant√© par une m√®re franque il ne ressemblait pas √† un arabe. Intelligent, tol√©rant et ambitieux son intronisation est bien accept√©e et aucune contestation ne se fait entendre. Bien que poursuivant l'Ňďuvre de pacification de son grand-p√®re, il change radicalement de politique et souhaite se montrer plus ferme vis-√†-vis des gouverneurs rebelles[81]. Il s'entoure d'hommes de confiance et contrairement √† Abd Allah qui se satisfaisait d'un tribut annuel face aux gouverneurs de province dissidents, Abd Al-Rahman pr√©vient qu'√† pr√©sent, en cas de r√©bellion il n'h√©sitera pas reconqu√©rir les terres perdues et √† punir durement les meneurs. En contrepartie il annonce qu'il pardonnerait √† toute personne se soumettant √† son autorit√©[81]. Bien qu'en apparence terrifiante cette proposition est plut√īt bien accueillie ; les ann√©es de guerre durant le r√®gne d'Abd Allah ont √©puis√©s les Andalous, les antagonismes nationaux se sont √©teints avec la mort de leurs instigateurs et les nouvelles g√©n√©rations n'aspirent qu'√† retrouver la paix.

Madinat Al-Zahra qu'Abd Al-Rahman III construira en l'honneur de sa favorite

Depuis la chute des Omeyyades √† Damas, les √©mirs d'Al-Andalous ont laiss√©s aux Abbassides de Bagdad le titre de calife, se contentant jusque l√† de celui de sultan, d'√©mir ou de fils des califes[82]. Mais √† pr√©sent Abd Al-Rahman souhaite faire changer la situation. Les Abbassides, bien que souverains d'un gigantesque empire, ne dirigeaient pas plus loin que la r√©gion autour de Bagdad, les gouverneurs de province s'√©tant rendus quasiment ind√©pendants vis-√†-vis de leur calife. Plus aucune raison n'emp√™che les Omeyyades de reprendre la qualification qui √©tait la leur deux si√®cles auparavant, d'autant plus qu'avec le titre de calife, Abd Al-Rahman est conscient du respect qu'il allait acqu√©rir aupr√®s des peuplades africaines. C'est chose faite d√®s le 16 janvier 929 lorsqu'il ordonne qu'on lui attribue le titre de calife, de commandeur des croyants et de d√©fenseur de la foi an-n√Ęcir lid√ģni'll√Ęh[25].

Sur le plan int√©rieur Abd Al-Rahman qui √† pr√©sent se fait appeler calife, est convaincu qu'en octroyant trop de pouvoirs envers la noblesse il encourage leur esprit de r√©volte. Par cons√©quent Abd Al-Rahmane concentre tous les pouvoirs (depuis 932 il n'a ni hadjib, ni premier ministre)[83] et tous les postes qu'il octroie sont attribu√©s √† des hommes de basse condition et notamment aux sujets Slaves dont le nombre multipli√© par cinq sous le r√®gne d'Abd Al-Rahman. Cette politique ne manque pas de provoquer la col√®re des grands du califat[83]. Il transforme et embellit Cordoue et fixe sa r√©sidence √† Madinat al-Zahra, ville cr√©√©e pour sa favorite Zahra √† huit kilom√®tres de Cordoue. Il entretient de bons rapports avec les Juifs et les chr√©tiens. Il a pour conseiller et ami Recemundo, √©v√™que de Cordoue, ¬ę Rabbi ben Za√Įd ¬Ľ. Le calife prend √† cŇďur de convoquer lui-m√™me les conciles. Son m√©decin est le Juif s√©farade Hasda√Į ben Shatprut, √† la fois philosophe et po√®te, puis diplomate du Calife.

Abd Al-Rahman III apporte de nombreuses modifications à la mosquée de Cordoue et notamment un minaret

En 932, il prend Tolède après un siège qui a infligé une terrible famine aux habitants. Le califat entre alors dans une période de paix et de prospérité.

√Ä partir de 950, il a autorit√© sur le Maghreb de Tanger √† Alger et se heurte aux attaques des Fatimides. En 955, son ambassadeur Hasda√Į ben Shatprut obtient un accord de paix avec le roi Ordo√Īo III des Asturies et le duc de Castille.

Sous son règne, la Grande Mosquée de Cordoue est à nouveau aménagée (reconstruction du minaret, notamment). Sa cour accueille des intellectuels, des poètes, des musiciens et des artistes Juifs, musulmans ou chrétiens.

√Ä sa mort en 961, le Califat de Cordoue est √† son apog√©e. De tous les gouverneurs d'Al-Andalus, Abd Al-Rahman est celui-ci qui a le plus contribu√© √† la puissance du pays. √Ä son arriv√©e sur le tr√īne, le pays est divis√©, en proie √† l'anarchie et aux mains des nobles. Sans cesse victime des attaques et des pillages des rois chr√©tiens au nord et menac√© au sud par les f√Ętimides, Abd Al-Rahman a su surmonter toutes ces difficult√©s et donner une puissance jusque l√† in√©gal√©e √† Al-Andalus. En 951, soit dix ans avant sa mort, le tr√©sor national comptait plus de 20 millions de pi√®ces d'or, soit trois fois plus que ses pr√©d√©cesseurs et beaucoup de narrateurs arabes n'h√©sitaient pas √† qualifier Abd Al-Rahman d'homme le plus riche du monde au c√īt√© du roi de M√©sopotamie[84]. Les rois chr√©tiens du nord totalement affaiblis viennent r√©gler leurs querelles √† Cordoue, comme Sanche le Gros accompagn√© de sa grand-m√®re.

Les sciences, l'art, le commerce, l'agriculture florissaient. Cordoue qui poss√©dait trois mille mosqu√©es, trois cent bains publics et vingt-huit faubourgs, comptait probablement pr√®s d'un millions d'habitants, soit une des plus grandes villes du monde au c√īt√© de Byzance et de Bagdad. La capitale andalouse avait une r√©putation solide jusqu'en Germanie o√Ļ la religieuse saxonne Hrotsvita de Gandersheim l'appelait "l'ornement du monde"[85]. Durant son r√®gne il fait construire le palais de Madinat al-Zahra qui durera seize ans et absorb√© pr√®s du tiers du budget de l'√Čtat. Ce palais qui deviendra une ville avec ses mosqu√©es, habitations, jardins et commerces sera b√Ęti par les meilleurs ouvriers en provenance de l'Orient et de Byzance et les marbres en provenance de Carthage[86].

En mer, le califat √©tait tout aussi victorieux en tenant toutes les routes en M√©diterran√©e. Son arm√©e nombreuse et disciplin√©e tenait t√™te sur les fronts nord et sud, et tous les souverains souhaitaient obtenir une alliance avec Al Andalus et ses pirates pillant les c√ītes allant jusqu'en Islande am√®nent les richesses et les esclaves que le nouveau califat a √©norm√©ment besoin[87],[88].

En 961, Abd Al-Rahman III meurt en laissant à son successeur un pays pacifié et prospère.

Al-Hakam II (915-976), le continuateur

Article d√©taill√© : Al-Hakam II.
Statue d'Al-Hakam II à Cordoue

Al-Hakam II (n√© le 13 janvier 915, mort le 16 octobre 976) est le second calife Omeyyade de Cordoue et le fils d'Abd Al-Rahman III succ√©dant au tr√īne √† la mort de ce dernier en 961. Il d√©veloppe l'agriculture en lan√ßant des travaux permettant l'irrigation des terres et favorise l'√©conomie en √©largissant les routes et construisant des march√©s.

Illustration du livre Kitab al-Aghani datant de 1216 qui contient une grande variété de chants et poèmes arabes

L'universit√© de Cordoue, attirait des savants de tous les coins du monde. Al-Hakam II a cr√©√© une biblioth√®que, symbole de cette culture andalouse, pluraliste, tol√©rante et universaliste, avec plus de 400.000 volumes[89] qui comprenaient toutes les branches du savoir. Elle avait en annexe un atelier de greffe avec des copistes, miniaturistes et des relieurs, et on conna√ģt les noms des deux copistes les plus importantes : Lubna, la secr√©taire Al-Hakam II, et Fatima. Selon des chroniqueurs, dans un seul faubourg de la ville, il pouvait y avoir quelque cent soixante-dix femmes consacr√©es √† la copie des livres, ce qui donne une id√©e du niveau culturel √† laquelle est arriv√©e la femme andalouse √† cette √©poque. Il avait aussi des agents pour chercher et acheter des livres au Caire, √† Bagdad, √† Damas et √† Alexandrie. Il subventionnait non seulement les auteurs et les √©tudiants d'Al-Andalus, mais ceux d‚Äôautres pays : quand il a su qu'Abu al-Faraj al-Isfahani avait commenc√© son recueil anthologique de po√©sie et chansons arabes Kitab al-Aghani ("Livre des chansons"), il lui envoya mille monnaies d'or pour en avoir une copie. L'Isfahani lui a envoy√© un exemplaire sp√©cial, avec la g√©n√©alogie des omeyyades, car Al-Hakam II, qui a lu et annot√© beaucoup de des milliers de livres de sa biblioth√®que, √©tait un g√©n√©alogiste renomm√©, le plus important qui a eu dans cette discipline, qui fait encore aujourd'hui l'autorit√© en la mati√®re. Il s‚Äôest pass√© des si√®cles avant qu'une biblioth√®que semblable √† la sienne voit le jour en Espagne. Il √©tait l‚Äô√©crivain, le m√©c√®ne et le protecteur des philosophes et des po√®tes, m√™me ceux les plus pol√©miques.

Tandis que la gestion des affaires int√©rieures est laiss√©e √† la charge du berb√®re Al-Mushafi, c'est au g√©n√©ral Gh√Ęlib qu'incombe la t√Ęche de d√©fendre le pays. Gh√Ęlib m√®ne les batailles et remporte de nombreuses batailles dont la victoire contre les attaques normandes (966-971) mais aussi contre les fatimides en Afrique du Nord. La d√©faite de ces derniers en 974 permet √† Al-Hakam II d'√©tendre son influence sur l'Afrique et de s√©curiser les routes commerciales d'Afrique centrale et d'Asie.

De ce calife, intelligent, √©rudit, sensible et extr√™mement pieux, il n‚Äôy a √† regretter que son r√®gne ne dure √† peine 15 ann√©es, et qu'il commette la grande erreur de ne pas nommer un successeur form√© et efficace. Sentant peut-√™tre l‚Äôapproche de son d√©c√®s, suite √† l'attaque c√©r√©brale qui l'a subi en 975, le rendant h√©mipl√©gique, il s‚Äôest d√©p√™ch√© de nommer son fils, Hicham II comme successeur. Ce dernier, √©tant mineur quand il acc√®de au tr√īne, s'est transform√© en une marionnette utilis√©e par Al-Mansur et ses partisans.

Almanzor et la dictature amiride

Article d√©taill√© : Almanzor.
Statue d'Almanzor √† Calata√Īazor

Bien que le successeur d'Al-Hakam II soit Hicham II, c'est un autre personnage qui va prendre le pouvoir; Almanzor. Ibn `√āmir Al-Mans√Ľr o√Ļ Almanzor est n√© √† Alg√©siras vers 937-938. Il est issu du c√īt√© paternel d'une famille arabe y√©m√©nite de juristes. Il est berb√®re de son c√īt√© maternel. Un de ses anc√™tres a d'ailleurs particip√© en 711 √† la conqu√™te de l'Espagne sous les ordres de Tariq ibn Ziyad. Son grand-p√®re maternel a √©t√© m√©decin et vizir. Il suit donc des √©tudes soign√©es et commence sa carri√®re comme √©crivain public puis aide d'un greffier de justice.

Le 22 f√©vrier 967 commence r√©ellement son ascension politique : il est recommand√© par son employeur au vizir al-Mushaf√ģ pour un poste d'intendant et choisi par Subh, la favorite basque du calife, pour g√©rer ses biens et ceux d'un gar√ßon que lui a fait al-Hakam II. Soutenu par Subh, Muhammad va rapidement gravir les √©chelons du pouvoir. Au bout de dix ann√©es, il sera devenu l'homme de confiance du calife. En 973-974 il conduit une mission au Maghreb occidental, ce qui lui permet d'√©tablir des liens avec les populations berb√®res. En f√©vrier 976, al-Hakam II, tr√®s malade, d√©signe officiellement son fils Hicham comme successeur. Il n'a qu'une dizaine d'ann√©es quand son p√®re meurt le 1er octobre.

Saint Jacques de Compostelle la ville qu'Almanzor capturent en 997

Encore alli√© √† al-Mushaf√ģ, Muhammad d√©joue imm√©diatement un complot esclavon contre Hicham qu'il fait introniser le 3 octobre. Mais bient√īt, de concert avec son beau-p√®re Gh√Ęlib dont il vient d'√©pouser la fille Asma, il organise la chute de al-Mushafi qui est arr√™t√© le 26 mars 978 et devient h√Ędjib, c'est-√†-dire chef du gouvernement. Il a d√©sormais les pleins pouvoirs, sauf celui d'√™tre calife √† la place du calife. Il parvient ensuite √† vaincre les Arabes qui s‚Äô√©taient rebell√©s apr√®s son coup de force en s‚Äôappuyant sur de nouveaux arrivants berb√®res. En 981, il se d√©barrasse de son beau-p√®re √† la bataille de San Vicente.

De 977, date de son premier exploit guerrier, √† sa mort, Al Mans√Ľr m√®nera une bonne cinquantaine d'exp√©ditions militaires victorieuses au nom d'Allah. Il relance la guerre sainte (980) et est victorieux de son beau-p√®re Gh√Ęlib et des chr√©tiens coalis√©s Ramire III de Le√≥n, Garc√≠a Ier de Castille et Sanche II de Navarre) en 981. Rentr√© √† Cordoue, il prend le titre d'al-Mansur ([le victorieux). Il lance des raids contre la Catalogne (Barcelone est d√©truite en 985) et contre les Asturies (987) o√Ļ il prend Saint-Jacques-de-Compostelle dont le sanctuaire est ras√© (997). Cette intol√©rance religieuse va avoir des cons√©quences funestes pour le califat de Cordoue: les r√©fugi√©s emm√®nent avec eux les connaissances techniques du califat et vont d√©clencher le rattrapage technologique de l'Occident chr√©tien. Les anciens √©tats de la marche espagnole vont se muer en puissances pouvant rivaliser en tout point avec le califat. Profitant des d√©sordres r√©gnants en Andalousie ils vont mener la Reconquista.

√Ä sa mort (1002) dans la ville de Madinat-al-Salim (aujourd'hui Medinaceli), au retour d'une exp√©dition √† Calat-en-Nossor (aujourd'hui Calata√Īazor), ses fils Abd al-Malik et Sanchuelo lui succ√®dent jusqu'en 1009, quand commence la guerre civile qui aboutira √† la disparition du califat en 1031.

La guerre civile

Les causes

Jusqu'√† la mort d'Al-Hakam II, en 976, le califat de Cordoue, fut un √©tat puissant, respect√© et craint des royaumes chr√©tiens. Son fils Hicham II √©tait encore enfant, et le vizir Al-Mans√Ľr prit le pouvoir et le conserva, faisant d'Hicham un prince fantoche. La force de l'√Čtat omeyyade reposait sur la cohabitation des diff√©rentes ethnies islamique. Pour asseoir et conserver son pouvoir, Almanzor favorisa les Berb√®res, au d√©triment des autres. Il sut conserver son pouvoir et le transmettre √† son fils Abd-el-Malik, mais le gouvernement de ce dernier fut secou√© par de nombreux complots. Abd-el-Malik mourut en 1008, laissant le pouvoir √† son fr√®re Abd al-Rahman Sanjul, ou Abderram√°n Sanchuelo. Ce dernier persuada le calife Hicham II de le d√©signer comme h√©ritier du califat.

La fin du califat de Cordoue

Article d√©taill√© : Guerre civile en al-Andalus.

Profitant de l'absence de Sanchuelo, parti combattre le roi Alphonse V de Le√≥n, l'omeyyade Muhammad II d√©tr√īna son cousin le calife Hicham II et se proclama calife (1009). Sanchuelo revint en h√Ęte √† Cordoue, mais le moral de son arm√©e √©tait au plus bas, et la plupart de ses soldats d√©sert√®rent, si bien qu'il fut facilement fait prisonnier √† son arriv√©e √† Cordoue et ex√©cut√©.

Muhammad se rendit rapidement impopulaire, et une opposition se forma autour d'un autre omeyyade, Sulayman. Soutenu par les Berb√®res, il se r√©volta, chassa Muhammad et devint lui-m√™me calife (1009). Ces luttes incit√®rent les Hammudites, une famille poss√©dant Malaga et Alg√©siras, √† se proclamer, puis √† marcher sur Cordoue, o√Ļ ils d√©tr√īn√®rent Sulayman pour se proclamer calife. Mais ils ne tard√®rent pas √† se d√©chirer entre eux, et perdirent le pouvoir en 1023. Les luttes sont essentiellement entre berb√®res (amen√©s dans le pays par Almanzor) et les slaves (amen√©s par Abd Al-Rahman III).

L'Omeyyade Abd al-Rahman V devint alors calife (1023), mais, pour remplir les caisses de l'√Čtat qui √©taient vides, eut recours √† l'imp√īt, qui pesa lourdement sur la population. Il fut renvers√© par une autre r√©volution (1024). Trois autres califes, deux omeyyades et un hammudite se succ√©d√®rent jusqu'en 1031, date o√Ļ la bourgeoisie de Cordoue chassa le dernier omeyyade et abolit le califat.

L'√©poque des ta√Įfas (1031-1086)

Article d√©taill√© : √Čpoque des taifas.
Carte historique de la p√©ninsule Ib√©rique pr√©sentant l'√©poque des ta√Įfas et les petits royaumes chr√©tiens √©mergents.

Durant tout le temps de la guerre civile, essentiellement concentrée à Cordoue, le reste de la péninsule est totalement abandonnée aux mains de chefs locaux. Au sud les berbères et à l'est les slaves étaient les principaux dirigeants et enfin quelques nobles arabes qui sont parvenus à se préserver malgré les règnes de Abd Al-Rahman III et d'Almanzor[90]. Parmi toutes ces régions deux villes sortent du lot, c'est Cordoue et Séville qui avaient à leur tête un collège de notables.

Les hommes les plus puissants de l'√©poque sont alors les Hammudites qui pr√©tendaient √™tre √† la t√™te du parti berb√®re mais qui en r√©alit√© ne contr√īlaient que la ville de Malaga. √Ä Badajoz, Carmona, Moron et Ronda r√©gnaient d'autres chefs berb√®res. √Ä l'est on trouve les chefs slaves dont Kha√ģran prince d'Almeria et Modj√©hid prince des Bal√©ares et pirate[91].

À Cordoue c'est Ibn Djahwar, un chef slave qui prend le pouvoir et permet à la ville d'atteindre la stabilité en empêchant les exactions berbères sur la ville. Il se caractérise par sa modestie de caractère et son refus d'acquérir plus de pouvoir que le sénat ne lui avait attribué. Il s'efforce aussi d'entretenir des relations amicales avec les autres états voisins si bien que la ville se repeupla et le commerce devint très florissant. Malgré tous les efforts, Cordoue ne parvient pas à atteindre le premier rang, titre raflé par Séville qui devient la ville la plus puissante de la péninsule.

Séville, nouvelle capitale

Les murailles de Séville permettent à la ville de se préserver de la période trouble de la chute du califat

Alors que Cordoue s'enfon√ßait dans la guerre civile et les pillages, S√©ville, proche d'√† peine une centaine de kilom√®tres parvient √† se pr√©server des malheurs de la guerre. La population de la ville chasse les berb√®res et le pouvoir revient au s√©nat qui nomme un c√Ędi, Abou al Kasim Mohammed[92]. Ce dernier, immens√©ment riche mais nouvellement hiss√© au rang de noble sait qu'√† la moindre erreur de sa part les autres notables de la ville le contesteront. Il entreprend plusieurs exp√©ditions au sein des royaumes chr√©tiens du nord et parvient √† conqu√©rir plusieurs forteresses. Malgr√© sa puissance qui lui permet d'attaquer les royaumes voisins, Abou Al-Kasim sait pertinemment qu'il ne pourra jamais faire face √† une attaque d'envergure et en 1027 ses doutes se confirment. Cette ann√©e, le calife Hammudite, √† la t√™te d'une principaut√© berb√®re ainsi que Mohammed ibn-Abdallah, un autre chef berb√®re, assi√®gent S√©ville. Effray√©s, les s√©villans entrent en n√©gociation avec Yahya et acceptent de le reconna√ģtre comme souverain √† moins que ses soldats n'entrent pas dans la ville. Yahya accepte mais demande en √©change que les nobles de la ville lui donnent en otage leurs fils qui seraient ex√©cut√©s √† la moindre tromperie. Cette exigence consterne les notables, alors Abou al-Kasim Mohammed demande √† Yahya de prendre en otage uniquement son fils. Gr√Ęce √† cet acte, la popularit√© du c√Ędi augmente et il peut √† pr√©sent diriger la ville seul. Il parvient √† prendre B√©ja, ville ravag√©e par la guerre entre arabes et rebelles puis par les berb√®res.

Le peuple quant √† lui √©tait nostalgique de la monarchie et regrettait le califat qui avait assur√© la stabilit√© au pays. Bien que personne ne connaisse le sort du calife Hicham II, toute l'Andalousie continuait √† esp√©rer son retour. Selon certains, il se serait √©chapp√© de sa prison durant le r√®gne de Soleiman et tenta de rejoindre la Mecque mais durant son voyage des pillards lui prirent toutes ses richesses, puis par la suite il devint potier et s'installa en Palestine o√Ļ il exer√ßa divers petits m√©tiers. Selon d'autres, apr√®s plusieurs ann√©es √† parcourir l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, il revint en Ib√©rie. Bien que la probabilit√© de v√©racit√© de ces histoires soit quasiment nulle, le peuple andalou aimait les raconter et esp√©rer son retour.

Un homme du peuple, appel√© Khalaf, habitant Calatrava et ayant une forte ressemblance avec l'ex-calife tente d'utiliser cette histoire pour sortir de sa mis√®re. Il se fait passer pour Hicham II et tr√®s rapidement il parvient √† constituer un groupe d'hommes pr√™ts √† le croire[93]. Il tente d'attaquer Tol√®de et malgr√© un terrible √©chec, son nom se fait conna√ģtre dans tout le pays et surtout √† S√©ville ou le c√Ędi comprend tout de suite l'int√©r√™t √† faire venir cet homme afin de chasser les berb√®res, peu importe qu'il soit le vrai calife ou un usurpateur. Il invite Khalaf et annonce imm√©diatement aux autres princes le retour du calife et leur exige qu'on le reconnaisse comme souverain. Le succ√®s est au rendez-vous et hormis les berb√®res de tout le pays (y compris dans le camp slave), les princes reconnaissaient l'autorit√© du calife[94]. Finalement en novembre 1035, Khalaf ou Hicham III comme il se faisait appeler est couronn√©. Yahya le chef du parti berb√®re furieux d√©cide d'attaquer S√©ville en guise de vengeance, mais trahis par ses hommes il est tu√© au cours d'une attaque nocturne men√©e par le fils du cadi de S√©ville. La nouvelle de la mort de Yahya est accueillie avec une grande joie √† S√©ville et √† Cordoue o√Ļ le c√Ędi souhaite √† pr√©sent s'installer aupr√®s du faux calife Hicham II, mais ce dernier ayant √©t√© d√©masqu√© par les cordouans il fut d√©tr√īn√©[95].

Dans chaque ta√Įfa, les rois encouragent l'administration, l'√©conomie et la culture. C'est une p√©riode de concurrence et d'entra√ģnement mutuel. Au fur et √† mesure, les ta√Įfas les plus faibles sont absorb√©s par les autres. Les troubles facilitent la Reconquista par les rois chr√©tiens et les Berb√®res sont de nouveau appel√©s. Ils d√©barquent en 1086, dirig√©s par les Almoravides.

Les Almoravides

Articles d√©taill√©s : Conqu√™te almoravide et Conqu√™te des Almohades.
Expansion des Almoravides au Maghreb et al-Andalus.
Carte du monde d'Al Idrissi réalisée durant la domination Almoravide

Les Almoravides (en arabe Murabitun) sont une dynastie berb√®re originaire de l'embouchure du fleuve S√©n√©gal et qui ont conquis le Maghreb au cours du XIe si√®cle sous l'autorit√© de Youssef Ibn Tachfin. D'ob√©dience sunnite, ils sont plus rigoureux dans l'application des r√®gles islamiques et suivent le rite Mal√©kite.

Totalement d√©chir√©e, en proie √† la guerre entre ta√Įfas, le pays ne ressemblait plus du tout √† celui qu'avait l√©gu√© Abd Al-Rahman III √† son fils Al-Hakam II. Apr√®s la perte de Tol√®de en 1085, les conqu√™tes du Cid, la perte des villes de Huesca et de L√©rida obligent les rois de certaines ta√Įfas √† faire appel aux Almoravides d'Afrique du Nord[96]. Yusuf Tachrin accepte et va m√™me aller au-del√† des demandes puisque il demande la r√©daction d'une fatwa l'autorisant √† annexer l'Andalousie et √† combattre les √©mirs qui se sont alli√©s avec les princes chr√©tiens[97]. En 1086, l'arm√©e Almoravide passe le d√©troit et arrive sur la p√©ninsule et conqui√®rent rapidement le pays en d√©tr√īnant les petits √©mirs dont les ta√Įfas finissent par dispara√ģtre une √† une. L'arriv√©e des Almoravides est acclam√©e par la foule qui est fatigu√©e de l'√©tat de guerre permanent entre ta√Įfas et furieuse de la fragilit√© d'Andalus face aux rois chr√©tiens[98].

Youssef Ibn Tachfin est √† pr√©sent le nouveau ma√ģtre du pays. Son caract√®re profond√©ment pieux et intransigeant √† pour cons√©quence une stricte application de la loi islamique dans le pays, le vin est par exemple banni, mais c'est au niveau des relations avec les autres religions que le nouvel √©tat est le plus dur. Les √©glises sont d√©truites et les juifs condamn√©s √† payer de lourdes amandes. Rapidement pourtant les Almoravides sont ha√Įs par la population[99] √† cause des hausses d'imp√īts mais aussi du comportement de leurs soldats qui n'h√©sitaient √† piller et √† saccager ce que bon leur semble. La corruption de l'√Čtat prend des proportions alarmantes. Pire, non seulement les Almoravides n'avaient remport√©s aucune bataille d√©cisive mais en plus ils ne parvenaient pas √† r√©cup√©rer des villes phares telles que Tol√®de, tout au mieux ils ont frein√©s la Reconquista[100]. En 1121, le pays est en proie √† la famine et une r√©volte √©clate dans plusieurs villes mais elle √©cras√©e dans le sang notamment √† Cordoue malgr√© tout cela sonne la fin de la pr√©sente Almoravide sur la p√©ninsule. Des chefs rebelles font appel aux Almohades d'Afrique du Nord qui venaient de conqu√©rir le Maroc.

Les Almohades

Article d√©taill√© : Almohades.
La Giralda de Séville
Les royaumes chrétiens face à la conquête almohade (1210).

Les Almohades sont une dynastie berb√®re qui avait √©t√© fond√©e par Ibn Toumert. Son fils Abd Al-Mumin prend la rel√®ve et profite du chaos en Andalousie pour attaquer les terres Almoravides en Afrique du Nord. Ali, √©mir Almoravide, d√©cide de riposter mais meurt d'une chute de cheval lors d'une bataille pr√®s de Tlemcen, les Almohades encourag√©s par cette victoire prennent les villes une √† une jusqu'√† la chute de Marrakech au mois d'avril 1147. C'est le fils d'Abd Al-Mumin, Yakub Yusuf, qui prend la rel√®ve et d√©cide de conqu√©rir la p√©ninsule[101]. Install√©s √† S√©ville, ils lancent des attaques tous azimut, reprenant Valence aux Almoravides. Sous le r√®gne de Yakub Yusuf on construit des ponts, des bains, des mosqu√©es, la Giralda de S√©ville encore visible aujourd'hui est b√Ętie[102].

En 1176, des agitations au Maghreb obligent Yakub Yusuf √† aller en personne les r√©gler. Il y restera huit ans, ann√©es durant lesquels en Andalousie les gouverneurs d√©cideront de reprendre leur ind√©pendance et les rois chr√©tiens √† attaquer le pays. De retour au pays, Yakub assi√®ge Santarem mais meurt durant le combat et les musulmans sont d√©faits. Le choc est grand en Andalousie. Le fils de Yakub Yusuf, Abou Yusuf Yacub prend le pouvoir apr√®s avoir √©t√© proclam√© calife √† Marrakech. Il a comme son p√®re, la lourde t√Ęche de d√©fendre l'Andalousie et l'Afrique du Nord[103]. Il inflige de lourdes pertes aux rois chr√©tiens, Salamanque et Guadalajara sont reprises de m√™me que Trujillo o√Ļ Santa-Cruz, la bataille d'Al-Arak en 1195 est une totale d√©faite du camp chr√©tien, de plus Yakub se rapproche dangereusement de Tol√®de. La Reconquista entreprise quatre si√®cles plus t√īt est √† l'agonie mais c'est gr√Ęce √† ces d√©faites que les rois chr√©tiens r√©alisent que leur unit√© est essentielle pour poursuivre leur reconqu√™te du pays. Abou Yusuf Yacub est un administrateur de talent et sa cour est riche et il laisse √† son fils Muhammad an-Nasir un pays d√©barrass√© de la menace chr√©tienne. Les m√©diocres qualit√©s de guerrier de Muhammad an-Nasir et l'appel √† la croisade lanc√© dans le monde chr√©tien auront raison d'Al Andalus.

La bataille de Las Navas de Tolosa et la Reconquista

Articles d√©taill√©s : Bataille de Las Navas de Tolosa et Reconquista.
La grande victoire chrétienne lors de la bataille de Las Navas de Tolosa marque le déclin de la domination musulmane sur la péninsule

Les guerres entre Almoravides et Almohades sont une √©poque propice aux rois chr√©tiens pour entreprendre leur r√™ve de reconqu√™te totale du pays mais leurs d√©sunions ne leurs permettent pas de remporter de victoires significatives. Des r√©voltes en Afrique du Nord mais aussi dans les √ģles Bal√©ares o√Ļ un descendant de la dynastie Almoravide appelle √† la guerre contre les Almohades permettront aux chr√©tiens de retourner la situation. Le souverain Almohade qui ne r√©alise pas √† temps qu'une exp√©dition chr√©tienne se pr√©pare d√©cide d'aller m√Ęter les rebellions. Du c√īt√© chr√©tien, la Reconquista prend m√™me une ampleur europ√©enne puisque m√™me le pape appelle √† la croisade et de nombreux chevaliers fran√ßais, italiens ou encore anglais y r√©pondent. Comprenant le danger, Muhammad an-Nasir parvient lui aussi √† recruter pr√®s de 300 000 hommes dans toute l'Afrique du Nord et esp√®re r√©it√©rer l'exploit de son p√®re √† Al-Arak une vingtaine d'ann√©es plus t√īt[104].

Les deux arm√©es se rencontrent √† Las Navas de Tolosa au nord de l'actuelle ville de Linares le 14 juillet 1212 bien qu'au d√©part la situation semble favorable aux Almohades tr√®s rapidement la situation se retourne. La panique gagne le camp musulman et les soldats fuient le champ face aux puissantes attaques chr√©tiennes, le sort de la bataille est d√©finitivement scell√© lorsque Muhammad an-Nassir lui-m√™me s'√©chappe. La victoire du camp chr√©tien men√© par Alphonse VIII de Castille est √©clatante, les sources racontent que malgr√© 60 000 hommes et 2 000 chevaux, il n'y eut pas assez de bras pour transporter le butin et armes r√©colt√©es sur le champ de bataille. On d√©nombre pr√®s de 100 000 morts dans le camp musulman contre √† peine quelques milliers du c√īt√© chr√©tien. Trois jours plus tard Alphonse fait massacrer toute la population de Baeza soit pr√®s de 60 000 personnes. Aux massacres s'ajoutent la fuite de dizaines de milliers de musulmans vers le Maroc actuel ce qui a pour cons√©quence l'abandon de vastes √©tendues de terres. Muhammad an-Nassir s'√©chappe √† Marrakech o√Ļ il abdique en faveur de son fils. La puissance Almohade bris√©e, des chefs locaux d√©clarent leur ind√©pendance ce qui permet aux rois chr√©tiens de continuer √† favoriser tant√īt un camp, tant√īt l'autre. En 1236 Cordoue, l'ancienne capitale, tombe aux mains chr√©tiennes, Ja√©n et Valence suivent en 1238, puis c'est au tour de la puissante S√©ville d'√™tre prise en 1248, Cadix en 1262, Carthag√®ne en 1274[105].

Bien qu'au d√©part les trait√©s conclus avec les nouveaux vainqueurs permettent aux musulmans de continuer √† pratiquer leur religion ils sont tr√®s rapidement oubli√©s. Dans les villes nouvellement conquises des colons venus de toute l'Europe s'installent et exproprient les biens des musulmans qui sont oblig√©s de vivre dans des ghettos √† l'ext√©rieur des villes. L'√©loignement progressif de la menace musulmane change l'aspect des villes qui rasent les lourdes murailles pour faire place √† des march√©s et √† la construction de nouveaux b√Ętiments, c'est le cas de Madrid qui pendant longtemps n'√©tait qu'une forteresse cens√©e prot√©ger Tol√®de se d√©veloppe rapidement pour devenir la capitale d'un pays neuf[106].

Le royaume de Grenade (1238-1492)

Article d√©taill√© : Royaume de Grenade.
L'Alhambra de Grenade, vue depuis le Mirador de San Nicolas, en haut du quartier de l'Albaicín
La reddition de Grenade par F. Pradilla y Ortiz, 1882. Muhammed XII de Grenade fait face aux rois catholiques Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille

Les gigantesques √©tendues de terres conquises posent de grands probl√®mes aux rois chr√©tiens qui doivent faire face √† de graves troubles, internes. Le d√©peuplement musulman de ces r√©gions laisse un vide qui ne peut √™tre combl√© facilement. En 1228, un noble nomm√© Ibn Hud arrache un bout de terre sur la c√īte Est autour de Grenade, mais son incomp√©tence et sa tyrannie le rendement impopulaire jusqu'√† ce qu'un autre noble, Mohammed ben Nazar se fait proclamer sultan en 1232 et se soumet √† Ferdinand de Castille en devant son vassal. Rapidement tous les musulmans du pays qui n'avaient pas √©migr√©s en Afrique du Nord voient en lui le dernier espoir de pouvoir rester sur la p√©ninsule et Grenade devient le refuge des musulmans du pays.

L'architecture de la ville s'adapte √† cette arriv√©e subite de populations. L'Albaic√≠n de Grenade est construite, quand √† Mohammed il se fait construire un palais qui deviendra par la suite l'Alhambra. Conscient du soutien que le peuple lui accorde, Mohammed sait aussi que les rois chr√©tiens r√™vent de rayer de la carte ce dernier pays musulman dans la p√©ninsule. Bien que vassal d'Alphonse X, il entrera souvent en conflit ce dernier car Mohammed r√™ve d'√™tre l'instigateur d'une nouvelle Reconquista mais musulmane cette fois-ci, mais les richesses amass√©es dans le camp chr√©tien an√©antissent tout projet de victoire. Conscient de cela, les descendants de Mohammed se r√©signeront √† lutter uniquement pour d√©fendre leur royaume. Le petit pays parvient m√™me de temps √† autres √† capturer une o√Ļ deux villes gr√Ęce √† des batailles courageuses mais qui ne sont jamais concluantes sur la dur√©e. Finalement apr√®s deux si√®cles et demi le royaume de Grenade tombe le 2 janvier 1492.

Révolte et expulsion des Morisques


Géographie

La g√©ographie d'Al-Andalus est tr√®s variable selon les √©poques. A l'arriv√©e arabo-berb√®re le pays qui appartient aux Omeyyades de Damas s'√©tend sur les deux c√īt√©s des Pyr√©n√©es, jusque dans les environs de Narbonne et m√™me au cours du IXe si√®cle au Fraxinet. La fin du califat au XIe si√®cle et la p√©riode des Ta√Įfas permet √† la Reconquista de reprendre rapidement du terrain que seuls les Almoravides puis les Almohades arriveront √† ralentir un certain temps, mais la bataille de Las Navas de Tolosa permet aux rois catholiques de r√©duire la pays √† la seule r√©gion de Grenade avant sa chute aux XVe si√®cle.

Les villes

Contrairement au reste de l'Europe, la société andalouse était nettement plus urbaine, c'est ce qui permet à des villes comme Cordoue de compter un demi-million d'habitants à son apogée. Ces mêmes villes dont les noms sont la plupart du temps romains comme Valence (Valentia) qui s’appellera Balansiyya, Caesar Augusta qui donnera Saragosse, Malaga qui s'appellera Malaka, Emerida en Marida. D'autres encore portent le nom de leur fondateur arabe comme Benicàssim qui prend son nom de Banu-Kasim, Benicarló de Banu-Karlo ou encore Calatrava provenant de Kalat-Rabah[107].

Hormis les une architecture orientale, la structure des villes andalouses √©tait semblable aux autres villes europ√©ennes en territoire chr√©tien. Une muraille entoure les b√Ętiments important de la ville. A l'ext√©rieur de la ville, mais tout de m√™me proche, se trouvent, les march√©s, les cimeti√®res ou les oratoires. Encore plus loin se trouvaient les maisons des notables mais aussi celle du gouverneur[108].

Le d√©veloppement du centre ville n'√©tait jamais planifi√© √† l'avance si bien que chaque propri√©taire de terrain √©tait libre de fixer lui m√™me la largeur des rues ou la hauteur des b√Ętiments. Un voyageur dira au XVe si√®cle √† propos de Grenade que les toits des maisons se touchent et que deux √Ęnes qui iraient en sens inverse n'auraient pas suffisamment de place pour se croiser. Le muhtasib √©tait la personne charg√©e de surveiller l'ensemble, mais la plupart du temps il limitait son action √† √©viter que les maisons en ruine ne tombent sur les passants. Ce n'est que dans les grandes et moyennes villes qu'on peut croiser de larges voies comme c'est le cas √† Cordoue ou √† Grenade, S√©ville, Tol√®de ou Valence[109].

Cordoue, la capitale

Ville importante d√®s l'√©poque romaine, Cordoue est avantag√©e par sa position g√©ographique. Proche du Guadalquivir et situ√© au milieu de vastes champs tr√®s fertiles elle est une des premi√®res cit√©es √† √™tre conquises par les arm√©es arabo-berb√®res, qui en confieront la d√©fense √† des juifs en 711. En 716, elle se retrouve au centre de pays lorsqu'il est d√©cid√© qu'il serait judicieux d'en faire la capitale du pays au d√©triment de S√©ville. Le vieux pont romain en ruine est reconstruit de m√™me que la muraille. On y vient de toute la p√©ninsule et d'Afrique du Nord. D√®s l'arriv√©e du premier √©mir, Abd Al-Rahman Ier on y construit une grande mosqu√©e faisant face au fleuve mais aussi un palais, l'Alcazar, o√Ļ ont lieu toutes les c√©r√©monies officielles, les r√©ceptions. A l'ext√©rieur de la ville Abd Al-Rahman Ier construit la Rusafa en souvenir des palais syriens de son enfance. Deux si√®cles plus tard, le centre-ville de Cordoue qui compte pr√®s de quarante-sept mosqu√©es s'enrichira du palais d'Abd al-Rahman III, Madinat Al-Zahra, chef d'Ňďuvre ayant co√Ľt√© des sommes faramineuses mais qui permettait au nouveau calife d'affirmer son pouvoir et montrer aux autres puissances europ√©ennes sa puissance. La ville, qui du temps d'Al-Hakam II comptait dans ses biblioth√®ques plus de 400 000 ouvrages recueillis √† travers toute la M√©diterran√©e, est aussi un grand centre culturel mais aussi th√©ologique gr√Ęce aux th√©ologiens venus s'y installer.

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Le nombre d'habitants que compte la ville √† son apog√©e au Xe si√®cle est tr√®s difficile √† estimer, les historiens espagnols comme R. Carande estiment √† plus de 500 000 habitants. La taille la ville qui faisait pr√®s de 14 kilom√®tres de p√©rim√®tre √©tait elle aussi gigantesque pour son √©poque. La madinah ou la kasbah, qui constituait le centre de la ville, √©tait entour√©e d'une grande muraille b√Ętie sur le trac√© d'un ancien rempart romain. Le centre ville √©tait coup√© de deux grandes voies qui menaient vers les diff√©rents quartiers de la ville. Le centre ville, o√Ļ √©taient essentiellement regroup√©s les familles juives mais aussi les autres artisans et commer√ßants est devenu rapidement trop petit pour accueillir les nouveaux arrivants. Hormis les berb√®res et les arabes, la capitale cordouane comptait de nombreux esclavons venus d'Europe du Nord mais aussi des noirs d'Afrique ou encore des mozarabes ces chr√©tiens ayant adopt√©s le style de vie islamique et o√Ļ ils poss√®dent de nombreux couvents et √©glises[110].

La ville qui amorce un lent d√©clin avec la guerre civile au XIe si√®cle au profit de S√©ville, est d√©finitivement perdue en 1236 lorsque les arm√©es de Ferdinand III de Castille la capturent.

Séville

Capitale de 713 √† 718, S√©ville, compos√©e essentiellement d'arabes originaires du Y√©men, est une cit√© en perp√©tuelle r√©bellion contre l'autorit√© des √©mirs de Cordoue. Ce n'est qu'avec Abd Al-Rahman III que la ville prend son envol avec la culture des olives, du coton et de l'agriculture en g√©n√©ral. Entour√©e de murailles construites sous Abd Al-Rahman II et de tours la ville est r√©put√©e imprenable. C'est ce m√™me Abd Al-Rahman II qui y construira la mosqu√©e, agrandie par les Almohades avec la Giralda. La ville conna√ģt son apog√©e au XIe si√®cle au temps des royaumes de ta√Įfas avec l'annexion de Cordoue. S√©ville deviendra m√™me par la suite la capitale du royaume Almohade. Sa proximit√© avec la mer en fait un des plus grands ports du pays, c'est de l√† que partent les marchandises vers Alexandrie essentiellement ce qui permet √† de nombreuses familles d'amasser de grandes richesses si bien que les t√©moins de l'√©poque rapportent qu'il n'y a pas dans tout le pays de familles plus riches et plus adonn√©es au commerce et √† l'industrie qu'√† S√©ville.


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Tolède et Valence

Vue sur Tolède, la ville est à l'époque d'Al-Andalus la plus importante ville mozarabe
Entrée de Jacques Ier d'Aragon à Valence en 1238

Capitale du royaume Wisigoth jusqu'en 708, Tol√®de est la ville qui a le mieux gard√©e son h√©ritage romain. C'est elle aussi qui m√™me longtemps apr√®s la Reconquista a su garder son esprit de tol√©rance. Durant l'√©poque du califat la ville qui compte une tr√®s importante communaut√© mozarabe et juive est un exemple de La Convivencia.C'est une cit√© prosp√®re gr√Ęce √† son march√© mais aussi avec ses riches terres fertiles et de plus, sa situation sur le Tage √† la rencontre de trois collines lui conf√®re une importance militaire de premier ordre, malgr√© tout c'est la premi√®re ville de cette envergure qui sera prise lors de la reconqu√™te. A sa plus grande extension la ville compte 30 000 habitants. Le 25 mai 1085 la ville tombe sous les coups d'Alphonse VI de Le√≥n qui perp√©tue l'esprit de tol√©rance et soutient les arts et les sciences avec la traduction de nombreux ouvrages arabes.

En ce qui concerne Valence, la ville n'acquiert son importance que tardivement. Fondée par les Romains, c'est une des premières cités à tomber aux mains des armées de Tariq ibn Ziyad qui l'arabisent et devient un centre de la culture arabe dans la péninsule. Ce n'est qu'avec la chute du califat que la ville commence son rayonnement avec l'arrivée massive de familles d'Afrique du Nord qui contribuent à sa prospérité.

La culture et les sciences

Article d√©taill√© : Civilisation islamique en al-Andalus.

La société andalouse

Il est extr√™mement difficile de d√©terminer le nombre de personnes vivant en Andalus tant les fronti√®res mobiles et les guerres ont fa√ßonn√©es la d√©mographie du pays. A son √Ęge d'or, il est avanc√© le chiffre de dix millions de r√©sidents, musulmans et non-musulmans compris. On y trouvait des Celtes et des Wisigoths ant√©rieurs √† l'arriv√©e des Arabes, des Berb√®res, des Slaves, des Francs entre autres[111].

Composition ethnique à l'arrivée musulmane

La soci√©t√© Andalouse √©tait fragment√©e en fonction de la religion mais aussi de l‚Äôethnie. Dans la seconde partie du VIIIe si√®cle, on recensait :

  • Des chr√©tiens: essentiellement des latins pr√©sents sur ces terres avant l'arriv√©e des musulmans.
  • Des juifs : comme les chr√©tiens ils sont ant√©rieurs √† l'arriv√©e musulmane mais sont pers√©cut√©s durant les derni√®res d√©cennies par les rois Wisigoths (conversions forc√©es, interdictions des synagogues)[112]
  • Des musulmans, essentiellement des commer√ßants install√©s dans le pays.

Parmi les chrétiens on pouvait distinguer ceux qui avaient conservés leurs traditions et les Mozarabes qui avaient adoptés les coutumes arabes tout en maintenant leur religion.

Au sein des musulmans il y avait :

  • Les Kaisites arabes du Nord de la p√©ninsule arabique
  • Les Y√©m√©nites traditionnellement oppos√©s aux Kaisites.
  • Les Berb√®res, convertis moins d'un si√®cle plus t√īt et malgr√© leur investissement dans la conqu√™te de la p√©ninsule ib√©rique, ils font l'objet de discriminations de la part des Arabes.

Parmi les autres peuples pr√©sents √† l'arriv√©e Arabe on peut citer :

Les principales ethnies du VIIIe au XIVe

  • Les Arabes, √©tablis dans le Sud et le Sud-est, sont solidaires entre eux et ont un fort sentiment ethnique. Ces caract√©ristiques compliqueront le travail des premiers √©mirs pour pacifier le pays[22]. A leur arriv√©e dans la p√©ninsule, leur nombre ne d√©passe certainement pas les 10 000 familles comprises ce qui les place en nombre inf√©rieur par rapport aux berb√®res. Par la suite, arrivant d'√Čgypte, du Hedjaz et tout le monde arabe en g√©n√©ral, ils se regroupent au sein des villes en fonction de leur origine, les arabes de Homs s'installent autour de S√©ville, ceux de Damas √† Grenade (Espagne), ceux de Palestine √† Malaga. Bien qu'une rivalit√© ancestrale existe entre les arabes du Nord de la p√©ninsule arabique et les Y√©m√©nites celle-ci va dispara√ģtre √† partir du IXe si√®cle. Bien qu'en majorit√© citadins et ax√©s sur le commerce ou occupant de hauts postes dans l'administration les Arabes sont aussi de grands propri√©taires terriens. Pi√®tres agriculteurs ils pr√©f√®rent rel√©guer ces t√Ęches aux latins qui contre toute attente trouvent une source de lib√©ration face √† l'incomp√©tence arabe √† exploiter les terrains. Au fil des si√®cles et des m√©langes avec les wisigoths la population arabe s'accro√ģt mais son pouvoir diminue au profit d'une civilisation arabo-hispanique qui perdurera jusqu'√† la chute de Grenade[113]. D'autre part, selon l'historien Pierre Guichard, tous les princes omeyyades qui se succ√®dent au pouvoir √† Cordoue sont des fils d'esclaves concubines dont la majorit√© √©tait d'origine indig√®ne, des "Galiciennes", provenant des zones rest√©es chr√©tiennes de l'Espagne du Nord et du Nord-Ouest. Ainsi, selon l'auteur, "√† chaque g√©n√©ration, la proportion de sang arabe coulant dans les veines du souverain r√©gnant diminuait de moiti√©, si bien que la dernier de la lign√©e, Hicham II (976-1013) qui, au vu de la seule g√©n√©alogie en ligne masculine est de pure souche arabe, n'a en r√©alit√© que 0.09% de sang arabe"[114].
T√Ęriq ibn Ziyad, esclave berb√®re qui √† la t√™te d'une arm√©e conquiert une grande partie de la p√©ninsule ib√©rique
  • Les Berb√®res, souvent originaires des montagnes de l'Atlas ils habitent les montagnes du centre et du Nord du pays qui ressemblent le plus √† l'Afrique o√Ļ ils m√®nent une existence de cultivateurs et de pasteurs. Plus nombreux que les Arabes et tout aussi solidaires entre eux ils poseront tout autant de probl√®mes aux diff√©rents √©mirs[22].
  • Les esclavons, appel√©s sakalibas en arabe, sont un groupe important dans la soci√©t√© andalouse. Captur√©s et achet√©s en Europe, les Esclavons sont essentiellement des Slaves et des Germains provenant d'Europe centrale ou orientale convertis √† l'islam. Favoris√©s sous Abd Al-Rahman II, ils sont ramen√©s en grand nombre en Andalousie o√Ļ certains d'entre eux re√ßoivent une √©ducation pouss√©e qui leur permet d'obtenir de hauts postes dans l'administration. Devenant pour certains Grand Fauconnier, Grand Orf√®vre ou encore Commandant de la Garde ils finissent par former un groupe √† part, se favorisant mutuellement les uns les autres. Ils jouent un r√īle important dans l'√©clatement du pays au XIe si√®cle lors de leurs luttes contre les berb√®res. A l'√©poque de ta√Įfas, plusieurs esclavons parviennent √† arracher un royaume comme √† Valence ou Tortosa et √† en faire des r√©gions puissantes[115].
  • Les latins convertis √† l'islam o√Ļ muwallads sont le groupe le plus important du pays. Convertis rapidement apr√®s l'arriv√©e arabe ils assimilent la culture et le mode de vie arabe tout en oubliant leurs origines wisigoths ce qui leur permet de s'int√©grer rapidement dans √† la soci√©t√©. Tol√®de est une des villes les plus peupl√©e en muwallads et qui donnera de nombreux religieux musulmans de hauts-rangs. De leurs origines latines il ne reste pour beaucoup que le nom comme les Banu Angelino ou les Banu Martin par exemple. Au IXe si√®cle un mouvement de conversion massif √† l'islam s'op√®re au sein des wisigoths ce qui modifie le rapport des religions puisque les musulmans finissent par repr√©senter pr√®s de 80% de la population et permet aux muwallads de r√©clamer plus de droits. C'est la communaut√© la plus pacifique et la plus fiable aux yeux des √©mirs et des califes[116].
Localisation des Ňďuvres mozarabes √† travers la p√©ninsule
  • Les mozarabes sont des latins non-convertis √† l'islam mais ayant adopt√© le style de vie arabe. Repr√©sent√© par un comes ou comte mozarabe lui-m√™me, ils conservent leurs si√®ges √©piscopaux, couvents et √©glises. Certains parmi eux atteignent de hauts rangs dans la soci√©t√© ce qui leur permet d'acqu√©rir toutes les sciences et cultures de l'Orient et qu'ils retransmettaient √† leurs coreligionnaires chr√©tiens du Nord de la p√©ninsule au fur et √† mesure de la reconqu√™te.
  • Les juifs, habitant essentiellement dans les villes, travaillaient principalement dans les m√©tiers de la finance, du commerce ou comme ambassadeurs[117]. √Ä la fin du XVe si√®cle, on compte plus de 50 000 juifs √† Grenade et environ 100 000 dans toute la p√©ninsule islamique.

Les non-musulmans dans l'√Čtat

Illustration représentant des soldats juifs combattant dans les forces de Muhammed IX, sultan de Grenade, 1431.

Les non-musulmans avaient le statut de dhimmi et hormis les vieillards, les femmes, les enfants et les handicapés, ils payaient la Jizya qui s'élevait à un dinar par an.

Les conditions de vie des non-musulmans ont fait l'objet de nombreux débats. Maria Rosa Menocal, spécialiste de la littérature ibérique, considère que la tolérance faisait partie intégrante de la société andalouse. Selon elle, les dhimmis bien qu'ayant moins de droits que les musulmans avaient une meilleure condition que les autres minorités présentes en pays chrétiens.

Les juifs constituaient plus de 5 % de la population andalouse et le pays √©tait le centre de la culture juive du Moyen √āge, produisant une quantit√© importante de penseurs. Les juifs constituaient m√™me la communaut√© la plus stable et la plus riche du pays, bien que des historiens comme Bernard Lewis soient en d√©saccord avec ce point de vue.

L'id√©e la plus commun√©ment admise aujourd'hui est que le sort des minorit√©s d√©pendait des autorit√©s qui r√©gnaient. Durant l'√©mirat et le califat, la situation √©tait bonne mais elle s'est d√©grad√©e √† partir du XIIe si√®cle avec l'arriv√©e des Almohades pour se d√©tendre par la suite avec le royaume de Grenade.

Islam

L'islam sunnite a √©t√© la religion officielle de l'Espagne musulmane de la conqu√™te en 711 jusqu'√† la chute du royaume de Grenade en 1492. Le courant th√©ologique officiel √©tait l'Acharisme. La jurisprudence y √©tait exerc√©e dans un premier temps selon l'√©cole juridique awz√Ę'ite pour ensuite √™tre appliqu√©e selon l'√©cole mal√©kite. La jurisprudence z√Ęhirite fut parfois appliqu√©e mais son influence fut minime et ponctuelle[118]. Les autres ¬ę religions du Livre ¬Ľ furent accept√©es avec, toutefois, des p√©riodes de r√©pression. Au XIe si√®cle, l'islam √©tait devenu la religion majoritaire et les musulmans constituaient plus de 80 % des habitants d'Al-Andalus[119].

Christianisme

La situation des chrétiens à l'arrivée musulmane était différente selon les villes et les traités que les autorités locales avaient établies à l'arrivée musulmane. Dans la région de Mérida ils peuvent garder leurs propriétés à l'exception des ornements des églises. Dans les provinces d'Alicante et de Lorca ils versent un tribut. Dans d'autres cas il arrivait aussi que la situation ne leur soit pas aussi favorable comme pour certains grands propriétaires chrétiens qui voient leurs terres en partie spoliées[22].

Avant les années 1200, l'al-Andalus était essentiellement sous domination musulmane. Lorsque les chrétiens commencèrent à s'unir pour repousser les musulmans installés depuis les années 720, la région était dirigée par un calife, le calife de Cordoue. Plus tard, la Reconquista, reconquête chrétienne, commença, et finit après la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, victoire catholique, aux portes de Grenade.

En 1237, en pleine d√©route, un chef musulman nasride prend possession de Grenade et fonde le royaume de Grenade, reconnu vassal par la Castille en 1246 et qui devait ainsi lui payer un tribut. De temps en temps, √©clataient des conflits par le refus de payer et qui se terminaient par un nouvel √©quilibre entre l'√©mirat maure et le royaume chr√©tien. En 1483, Muhammad XII devient √©mir, d√©poss√©dant son p√®re, √©v√©nement qui d√©clencha les guerres de Grenade. Un nouvel accord avec la Castille provoqua une r√©bellion dans la famille de l'√©mir et la r√©gion de M√°laga se s√©para de l'√©mirat. M√°laga fut prise par la Castille et ses 15 000 habitants furent faits prisonniers, ce qui effraya Muhammad.

Ce dernier, pressé par la population affamée et devant la suprématie des Rois Catholiques, qui avaient même de l'artillerie, capitule le 2 janvier 1492, terminant ainsi onze ans d'hostilité pour Grenade et sept siècles de présence du pouvoir islamique en Espagne. La présence de populations musulmanes ne prit fin qu'en 1609, lorsqu'elles furent totalement expulsées d'Espagne par Philippe III.

Juda√Įsme

Article d√©taill√© : S√©farade.

L'état andalous

√Čconomie et commerce

Aynadamar, canal construit au XIe si√®cle et class√© monument national permet encore aujourd'hui l'irrigation d'un quartier de Grenade

Les vastes √©tendues de terres, notamment au Xe si√®cle lorsque le califat √©tait √† son apog√©e permettait √† Andalus d'avoir une agriculture vari√©e. La culture des c√©r√©ales √©tait principalement situ√©e sur les terres s√®ches au Sud de Ja√©n ou de Cordoue. Les r√©gions √† l'ouest de S√©ville quant √† elles √©taient de grandes productrices d'huile d'olive et de raisin. Le bananier, le riz, les palmiers ou encore la canne √† sucre √©taient cultiv√©s dans le Sud et le Sud-est. Les fruits et l√©gumes comme l'asperge, l'amandier, cerisier ou orangers par exemple, ont √©t√© introduits tr√®s tard dans le pays. Le coton √©tait essentiellement produit dans la r√©gion de Valence ou de Murcie enfin le ver √† soie et le lin l'√©taient dans la r√©gion de Grenade. Les vastes √©tendues bois√©es autour de Cadix, Cordoue, Malaga ou Ronda permettaient au pays de lancer de grands projets co√Ľteux en bois, comme les chantiers navals. En cas de mauvaises r√©coltes comme au d√©but du Xe si√®cle, les c√©r√©ales √©taient import√©es d'Afrique du Nord des ports d'Oran ou de Tunisie[120].

L'industrie textile

Arriv√©e de Chine par la Perse, la soie est cultiv√©e essentiellement dans la r√©gion du haut Guadalquivir aux pieds des sommets de la Sierra Nevada (B√©tique) et de la Sierra Morena[121] enrichissant les villes proches comme Baza o√Ļ m√™me Cadix. Mais c'est √† Almeria et ses environs que se sp√©cialisent les artisans qui y fabriquent les √©toffes, rideaux ou costumes avant qu'au IXe si√®cle S√©ville et Cordoue ne poss√®dent leurs propres ateliers de tissage [122]. Le commerce de la soie √©tait une grande source de richesse pour le pays qui la vendait dans tout le bassin m√©diterran√©en, au Y√©men, en Inde mais aussi en Europe du Nord jusqu'en Angleterre. Roger de Hoveden voyageur anglais au XIIIe si√®cle ou encore dans la la Chanson de Roland on y parle de la soie d'Almeria, des tapis de soie. Cependant c'est aussi √† partir du XIIe si√®cle que cette industrie voit sa production chuter. Les Europ√©ens et en particulier les italiens s'ouvrent √† ce commerce et leurs marchands s'aventurent de plus en plus sur la route de la soie, de plus la vogue de la laine d'Angleterre ou de Flandres supplante la soie. Malgr√© tout, la soie andalouse sera export√©e jusqu'√† la chute de Grenade au XVe si√®cle[123].

La laine quant √† elle, exploit√©e depuis l'Antiquit√© est essentiellement produite autour du fleuve Guadiana et dans toute l'Estr√©madure. Sous la domination musulmane elle est intens√©ment produite et export√©e, notamment avec les √©levages de moutons de race dite M√©rinos dont le nom vient des M√©rinides une dynastie berb√®re d'Afrique du Nord. C'est du Maghreb que les musulmans de la p√©ninsule apprendront les techniques d'√©levage, d'organisation des transhumances entre les diff√©rentes saisons, les r√®gles juridiques en termes de droits d'exploitation des sols. Alphonse X de Castille lui m√™me reprendra ces techniques et juridictions pour les imposer sur ses terres. Bocairente pr√®s de Valence (Espagne) est alors un des grands centres de fabrication de tissus dans la p√©ninsule. Les marchands andalous exportent jusqu'en √Čgypte √† la cour des califes f√Ętimides o√Ļ en Perse[124].

Les métaux, le bois et le papier

Astrolabe andalous en bronze du XIe si√®cle

Comme dans tout le monde musulman en général les terres andalouses sont pauvres en fer et on est obligés de l'importer d'Inde. Les lames de Tolède sont aussi connues que celles de Damas et se vendent à prix d'or dans tout le bassin méditerranéen ou en Europe. Le métal le plus exploité dans le pays est le cuivre, extrait essentiellement dans la région de Séville qui l'exporte sous forme de lingots ou d'objets manufacturés, décoratifs ou usuels[124].

Tout aussi rare que le fer, le bois, mati√®re indispensable pour l'industrie ou la construction navale, manquait cruellement √† travers le monde musulman qui √©tait oblig√© de lancer des exp√©ditions jusqu'en Dalmatie pour trouver des bois de qualit√©. L'avantage certain que poss√©dait Al-Andalus gr√Ęce √† ses grandes √©tendues bois√©es (surtout autour de D√©nia ou Tortosa) lui permettait d'exporter en grande quantit√©, mais au fur et √† mesure que la Reconquista progressait, les for√™ts se rar√©fiaient[125].

Introduit en Orient quelques ann√©es apr√®s la bataille de Talas en 711, le papier est une mati√®re essentielle dans l'√©conomie andalouse. Fabriqu√© dans la r√©gion de X√†tiva pr√®s de Valence_(Espagne), il acquiert une grande renomm√©e gr√Ęce √† sa qualit√© de fabrication m√™lant le chiffon et le lin. Tr√®s demand√© dans tout l'Orient et en Europe il est nomm√©ment cit√© dans la Guenizah du Caire[126].

Les esclaves

La grande majorit√© des esclaves venaient du pays nomm√© bilad as-Sakalibas c'est-√†-dire pays des esclaves et qui englobait toute l'Europe orientale et centrale. Les autres provenaient des steppes d'Asie (bilad Al-Attrak) ou de l'actuel Soudan (bilad as-Sudan). Les esclaves provenant d'Europe √©taient essentiellement des slaves captur√©s autour de la r√©gion autour de L'Elbe, la Dalmatie ou encore les Balkans. Les Scandinaves sont les principaux vendeurs d'esclaves, ils les acheminent jusqu'aux abords du Rhin o√Ļ des marchands, essentiellement juifs, ach√®tent les esclaves puis les revendent dans toute l'Europe comme √† Verdun qui est le principal centre de castrations des esclaves, mais aussi √† Prague mais aussi en Orient ou en Andalousie. Toutefois avec l'arriv√©e des Almoravides, le commerce d'esclave europ√©en diminuera au profit de celui d'Afrique[127].

Les grands axes commerciaux

Bien avant l'arrivée arabe, la péninsule ibérique possède de solides infrastructures routières mises en place par les romains mais laissée à l'abandon avec l'arrivée des Wisigoths. Durant la domination arabe, les principaux axes routiers internes partaient tous de Cordoue, la capitale et rejoignaient les grandes villes du pays comme Séville, Tolède, Almeria, Valence, Saragosse ou encore Malaga.

En ce qui concerne le commerce ext√©rieur, le principal axe √©tait celui qui joignait l'Andalousie √† l'actuel Languedoc-Roussillon (qui durant un demi-si√®cle √©tait une province arabe) avec des villes comme Arles ou Narbonne d'o√Ļ partaient les marchandises vers toute l'Europe ou l'Orient. Les marchands andalous y ach√®tent essentiellement des armes ou des draps des Flandres et y vendent des soieries et des √©pices. Les ports andalous √©taient essentiellement tourn√©s vers le commerce avec l'Afrique du Nord, la Syrie ou le Y√©men. C'est par voie maritime qu'√©taient transport√©s les produits pond√©reux comme le bois, la laine, le bl√© mais aussi les p√®lerins en direction de la Mecque[128]

Institutions

Gouvernement et bureaucratie

Le souverain dans l'√Čtat

Le souverain domine le peuple et poss√®de tous les pouvoirs, n'ob√©issant qu'√† sa seule conscience et aux r√®gles islamiques. Il est le personnage central du pays et plus encore depuis que Abd Al-Rahman III s'est fait couronn√© calife, commandeur des croyants. Le souverain a l'autorit√© absolue sur les fonctionnaires et l'arm√©e. Il nomme qui il souhaite aux hauts postes de l'√Čtat. Le souverain appara√ģt rarement en public[129], surtout apr√®s la construction du palais de Madinat Al-Zahra par Abd Al-Rahman III o√Ļ les r√©ceptions sont r√©gies par un protocole strict et complexe, ce qui ne manque pas d'√©blouir les ambassadeurs occidentaux marqu√©s par la crainte respectueuse qu'inspirait le calife √† ses sujets. Le souverain garde aupr√®s de lui dans son palais sa famille.

La plus grande cérémonie dans la vie d'un souverain est la baya, hommage qui marque l'avènement d'un nouveau dirigeant. Sont présents sa famille proche et éloignée, les hauts dignitaires de la cour, juges, militaires etc. Toutes ces personnes jurent fidélité au nouveau souverain selon un ordre hiérarchique importé du califat Abbasside par Zyriab. Ensuite viennent les fêtes de la rupture du jeune du mois de Ramadan puis la fête du Sacrifice qui sont célébrées avec faste[129].

Les marches et les K√Ľras

Pièce en or datant du règne Almoravide, Séville, Espagne, 1116. British Museum.

Situ√©s entre les royaumes chr√©tiens et l'√©mirat, les marches font office de fronti√®re et de zone tampon. Inspir√©es des tughur que les abbassides avaient plac√©s sur leur fronti√®re avec Byzance, ces marches √©taient d√©fendues par des forteresses plus o√Ļ moins grandes en fonction de l'int√©r√™t strat√©gique des lieux. Gouvern√©es par des militaires aux pouvoirs √©tendus, les populations y vivant bien qu'√©tant en √©tat de guerre y menaient une existence dans une paix relative d√Ľ aux forces que le gouvernement central y pla√ßait[130].

Dans le reste du pays, des garnisons form√©es de soldats arabes mais aussi des mercenaires garantissent la s√©curit√© du territoire. L'administration quant √† elle n'est pas aux mains d'un militaire mais d'un wali qui est nomm√© et surveill√© par le pouvoir central. Le wali gouverne une circonscription provinciale (k√Ľra). Chaque k√Ľra poss√®de donc un chef-lieu, un gouverneur et une garnison. Le gouverneur habite dans un b√Ętiment fortifi√© (k√Ęsba) du chef-lieu. Le nombre de k√Ľras sont assez fluctuants; al-Muqaddas√ģ nous rapporte une liste de 18 noms. Y√Ęq√Ľt en d√©nombre au total 41 et Al-R√Ęz√ģ, quant √† lui donne le chiffre de 37. Apparue d√®s les d√©buts de la pr√©sence arabe dans la p√©ninsule, ce mode de division administrative, lui-m√™me h√©rit√© du mod√®le des Abaassides de Bagdad ou des Omeyyades de Damas, subsistera jusqu'√† la fin de la pr√©sence musulmane en Espagne[131].

Administration et finances

Le souverain est entouré de conseillers, les vizirs, le premier vizir qui est aussi à la tête de l'administration est le hadjib. Ce dernier est la seconde personne en importance après le souverain et il peut entrer à tout moment en contact avec celui-ci et doit l'en tenir informé du bon fonctionnement des affaires du pays. Le hadjib est aussi après le souverain, la personne la mieux payée et il est objet de tous les honneurs mais en contrepartie il est responsable d'une Administration lourde et complexe. Il vit dans l'Alcazar puis à Madinat Al-Zahra après la construction de celle-ci[132].

Ensuite viennent les "bureaux" ou diwans qui sont au nombre de trois et dont chacune est dirig√©e par un vizir. Le premier diwan est la Chancellerie ou le katib al-diwan ou diwan al-rasail. Il a la responsabilit√© des dipl√īmes et brevets, des nominations et des correspondances officielles. Ce diwan a aussi la responsabilit√© de la Poste ou barid, syst√®me de communication h√©rit√© de Abbassides. Enfin le premier diwan g√®re les Services de Renseignements[133].

Sous l'autorit√© de mozarabes ou de juifs, la gestion des finances ou le khizanat al-mal est organis√© de mani√®re complexe. On y comptabilise les revenus de l'√Čtat ainsi que les revenus du souverain. En Andalus, les imp√īts sont la premi√®re entr√©e d'argent, √† cela s'ajoute les tributs des vassaux et les recettes extraordinaires. Au cours des si√®cles ces entr√©es varient consid√©rablement, de 250 000 dinars aux d√©buts de la pr√©sence arabe ce montant va s'√©lever √† un million sous Abd Al-Rahman II puis jusqu'√† cinq millions sous Abd Al-Rahman III et ses successeurs. Parmi les imp√īts on retrouve la z√Ękat pour les musulmans, la djiziya pour les non-musulmans mais aussi d'autres imp√īts que le gouverneur l√®ve en cas de besoins. La cour royale repr√©sente un poste de d√©pense important. Sous Abd Al-Rahman III, l'entretien de son palais de Madinat Al-Zahra mais aussi le harem et ses 6 000 femmes, personnel domestique, famille du souverain englouti des sommes consid√©rables[134].

La justice

Le calife, lieutenant de Dieu sur Terre est aussi juge de tous les croyants. Il peut exercer cette fonction s'il le souhaite mais en général il la délègue à des subordonnés investis du pouvoir de juridiction c'est le cadi. Le cadi de Cordoue est le seul à être directement nommé par le calife, les autres étant en général nommés par les vizirs ou des gouverneurs de province.

Lors d'un jugement, le cadi est seul et il est assist√© d'un conseil remplissant un r√īle uniquement consultatif. Le cadi est choisi en fonction de ses comp√©tences en mati√®re de droit islamique, mais aussi pour ses qualit√©s morales. Ses jugements sont sans appels bien qu'il soit possible dans certains cas de demander √† √™tre jug√© de nouveau par le m√™me cadi ou un autre cadi ou par un conseil r√©uni √† cet effet. Les sentences les plus graves sont ex√©cut√©es par les autorit√©s civiles ou militaires. Outre les jugements, le cadi g√®re les biens de mainmortes, entretient les mosqu√©es, les orphelinats et tout b√Ętiment destin√© aux plus d√©favoris√©s. Enfin il lui est permis de pr√©sider la pri√®re du vendredi, ou des autres f√™tes religieuses.

La justice est gratuite, aussi, le cadi qui se doit d'√™tre d'un caract√®re pieux et doit rendre justice √©quitablement est mal pay√© mais reste un personnage consid√©rable au sein de l'√Čtat. Il n'y a aucun b√Ętiment con√ßu pour les audiences de justice, les jugements se faisant dans une pi√®ce attenante √† la mosqu√©e. Le cadi peut juger entre deux musulmans ou entre un musulman et un chr√©tien. En cas de litige entre chr√©tiens c'est un magistrat sp√©cial qui est affect√© et qui juge selon l'ancien droit wisigoth, entre juifs c'est un juge juif[135].

La loi

Au temps d'Al-Andalus, la loi √©tait issue de la charia. Un fonctionnaire est sp√©cialement affect√© pour maintenir l'ordre public, c'est le sahib al-suk qui aujourd'hui pour √©quivalent l'officier de police. Il s'assure que la population accomplit les devoirs religieux, du bon comportement de la population dans la rue, de l'application des r√®gles discriminatoires envers les dhimmis. Toutefois sa fonction principale est de traquer les contrefa√ßons et les tromperies dans les march√©s en v√©rifiant les poids et mesures, s'assurant de la qualit√© des produits vendus etc. Les r√®gles auxquelles il doit se conformer sont consign√©es dans des trait√©s qui indiquent les mesures √† prendre pour chaque cas qui se pr√©sente. Lorsque le sahib al-suk attrape une personne il la remet au cadi pour le jugement. Dans les villes de province c'est au gouverneur que revient la t√Ęche d'arr√™ter mais aussi d'ex√©cuter les peines des malfaiteurs[136].

Diplomatie

Les difficult√©s de communication et la lenteur des moyens de transport ne permettaient pas d'avoir une r√©elle diplomatie hormis avec les voisins proches d'Andalous. Au Xe si√®cle, l'√©mirat est encore un jeune √©tat √† peine d√©barrass√© des r√©voltes et des troubles qui l'agitaient √† peine un si√®cle plus t√īt. √Čtant √† la fronti√®re de deux grands espaces (latin et oriental), le pays entretenait des relations tr√®s riches mais aussi tumultueuses avec eux.

Avec les califes Abbassides

Chrétien et musulman jouant au jeu d'échecs. Introduis à la cour andalouse par Zyriab il est joué depuis plusieurs siècles en Perse

Les rapports ex√©crables qu'avaient connus les Omeyyades avec les Abbassides de Bagdad suite √† l'assassinat de toute la famille r√©gnante hormis Abd Al-Rahman Ier se sont estomp√©s avec le temps. Les Omeyyades qui s'√©taient √©tablis depuis pr√®s de deux si√®cles avaient perdus leurs traditions orientales, de Damas leur ancienne capitale il ne reste plus rien du prestige pass√© hormis quelques b√Ętiments en ruines, √† pr√©sent tout le monde arabe se tournait vers Bagdad, Andalous y compris[137]. Le rayonnement de la cit√© irakienne inspire Andalous et Ziryab est un des √©l√©ments les plus remarquables de la p√©n√©tration de la culture abbasside en Andalousie. D'origine Kurde il quitte Bagdad et demande √† Al-Hakam la permission de s'√©tablir aupr√®s de sa cour mais au moment de son d√©barquement sur la p√©ninsule, Al-Hakam meurt et c'est Abd Al-Rahman II qui √† l'occasion de le recevoir. Ils deviennent rapidement de proches amis, l'√©mir appr√©ciant la grande culture de Zyriab. Ce dernier fonde √† Cordoue une √©cole, un conservatoire et introduit le chant m√©dinois qui inspirera par la suite le canto jondo. Son arriv√©e bouleverse totalement la cour andalouse qui d√©couvre un nouveau mode de vie, l'habillement, les r√®gles de la table import√©es de Bagdad, les jeux (il importe le jeu d'√©checs connu en Perse depuis le IVe si√®cle) et jusqu'√† la fa√ßon de s'exprimer ou de se comporter en soci√©t√©, Zyriab apporte un vent nouveau en Andalousie. L'influence de cet homme ne doit pas faire oublier que son succ√®s est principalement d√Ľ au terrain favorable qu'offrait alors le pays pour l'essor de la culture et des sciences. La personnalit√© de l'√©mir Abd Al-Rahman II lui m√™me passionn√© de po√©sie et qui s'est entour√© d'autres personne tout aussi brillantes que Zyriab comme Al-Ghazal ou Ibn Firmas[138] y contribuent. Le pays conna√ģt une p√©riode de prosp√©rit√© √©conomique et agraire gr√Ęce √† ces √©changes avec l'Orient. Les hommes comme Zyriab permettent √† Abd Al-Rahman de donner √† l'Andalousie un nouveau chemin ax√© sur Bagdad, se d√©tachant d√©finitivement de la culture romaine, wisigothe ou syrienne d'o√Ļ sont issus les premiers √©mirs.

L'influence irakienne se fait sentir aussi au niveau des institutions. L'émir devient monarque absolu dont le pouvoir est quasiment total sur l'Andalousie, hormis des questions religieuses qui étaient toujours sous l'autorité du grand cadi et du mufti. Les gouverneurs autrefois si prompts à désobéir à l'émir sont surveillés de près et ne rendement des comptes qu'à lui. Là encore l'influence de Bagdad se fait sentir puisque cette organisation de la société en est totalement inspirée. Abd Al-Rahman continue à réorganiser l'armée en suivant l'exemple de ses ancêtres; Aux groupes indisciplinés issus des différentes tribus dont ils continuaient à obéir, il préfère des soldats de métier aux ordres d'un gouvernement central. Il se constitue une armée d'esclaves (mamelouks) d'origine slave, imitant ainsi les souverains abbassides qui avaient sous leurs ordres des soldats esclaves turcs encore largement non-musulmans. Ces esclaves sont achetés à l'étranger et surtout en Europe puis formés aux métiers des armes.

Avec l'Afrique du Nord

L'Afrique du Nord durant les premiers si√®cles de l'√©mirat est une vaste terre o√Ļ se m√®nent des luttes entre tribus, gouverneurs abbassides s'√©tant affranchis de l'autorit√© du lointain calife de Bagdad et certains religieux chiites qui souhaitaient s'√©tablir sur ces contr√©es[139].

Durant le r√®gne d'Abd Al-Rahman III, le califat n'a que peu de contacts avec ces pays se limitant uniquement √† acheter des c√©r√©ales en cas de mauvaises r√©coltes. Le plus grand danger venait certainement du califat chiite F√Ętimide encore √©tabli dans l'actuelle Tunisie et qui lorgnait sur les terres du Maroc. Le calife suit avec attention les victoires et les d√©faites de cette dynastie rivale et s'allie avec les berb√®res dans sa lutte. Il annexe Melilla et 929 c'est Ceuta et m√™me Alger en 951[140].

Byzance

Byzance est avec Bagdad une des plus grandes et plus riches villes du Moyen-Orient. H√©ritier de l'empire romain dans la partie orientale, l'empire byzantin a eu √† lutter contre les arm√©es des Omeyyades de Damas au cours du VIIIe si√®cle. L'Afrique du Nord autrefois possession byzantine avait √©t√© perdue et m√™me la capitale byzantine avait √©t√© menac√©e. La haine entre les deux pays avait par la suite fait place √† une indiff√©rence jusqu'au r√®gne d'Abd al-Rahman II. En 839-840, Th√©ophile empereur de Byzance envoie un ambassadeur √† Cordoue proposer un trait√© d'amiti√©[141]. De plus l'empereur byzantin, menac√© par les avanc√©es des arm√©es musulmanes d'Afrique du Nord en Sicile et vex√© de la perte de l'√ģle de Cr√™te, colonis√©e par des Andalous chass√©s par l'√©mir Al-Hakam en 818 lors de la R√©volte du Faubourg. Th√©ophile est sans doute mal renseign√© sur la situation et Abd al-Rahman II r√©pond prudemment mais fermement que Cr√™te et ses habitants ne d√©pendent plus d'eux depuis qu'ils ont √©t√© chass√© du pays et par politesse envoie √† Byzance divers cadeaux ainsi qu'un po√®te.

Cet épisode bien que secondaire ravit au plus haut point Abd al-Rahman II et marque l'entrée du pays dans l'arène des grands pays du monde méditerranéen. C'est la première fois qu'un empire aussi puissant que celui de Byzance se tourne vers l'Andalousie et lui demande son aide[141].

Les relations sont quasiment inexistantes durant pr√®s d'un si√®cle jusqu'au r√®gne d'Abd al-Rahman III. En ce milieu du Xe si√®cle, les pirates andalous causaient de grands dommages en m√©diterran√©e et l'empire Byzantin en √©tait la premi√®re victime. L'empereur byzantin envoie des cadeaux somptueux au calife ainsi qu'une lettre lui demandant d'arr√™ter ces pillages[88].

Avec l'Europe du Nord

Cathédrale Notre-Dame du Puy et ses arches en forme de fer à cheval ressemblant à celle de la mosquée de Cordoue

Les √©changes avec la Chine et l'Inde, mais aussi la prise d'Alexandrie ou de Damas, qui √©taient des anciennes cit√©s romaines poss√©dant de vastes biblioth√®ques dont beaucoup de livres en grec sont le point de d√©part des sciences dites arabes. Tout en traduisant ces textes, les penseurs musulmans s'efforcent de les am√©liorer. Ce courant ne tarde pas √† arriver en Europe, timidement au d√©part, il prend toute sa place √† la fin du Moyen √āge, contribuant en partie √† la Renaissance en Europe.

Les premiers √† traduire les textes arabes sont les Espagnols et les Italiens, ces documents p√©n√®trent lentement en France. Paris est au XIIIe si√®cle le centre le plus important d'√©tudes philosophiques et th√©ologiques du monde latin, les cours dispens√©s dans son universit√© sont r√©put√©s dans toute l'Europe. Malgr√© son prestige, ce n'est que deux si√®cles apr√®s la mort d'Avicenne que l'universit√© de Paris reconna√ģt totalement ses Ňďuvres. Les premiers √† s'int√©resser √† la pens√©e arabe ne sont autres que les th√©ologiens et hommes d‚Äô√Čglise fran√ßais. Guillaume d'Auvergne, √©v√™que de Paris au XIIIe si√®cle montre un grand int√©r√™t pour les philosophies arabe et grecque m√™me s‚Äôil n'h√©site pas √† critiquer et d√©nigrer les travaux d‚ÄôAvicenne sur ses r√©flexions pro-islamiques. Plus tard Thomas d'Aquin a la m√™me r√©action vis-√†-vis des textes du penseur arabe[142].

Sur le plan scientifique, l'Europe qui est rest√©e jusqu'au XIe si√®cle √† l'√©cart des sciences grecques a l√† aussi l'occasion de les red√©couvrir par l'interm√©diaire des savants arabes. Gerbert d'Aurillac, apr√®s avoir parcouru la Catalogne et fr√©quent√© les savants musulmans et espagnols, est un des premiers √† rapporter en France les sciences arabes[143]. √Ä travers l'Europe un vaste mouvement de traduction est lanc√©. Bien qu'imparfaites ces traductions introduisent de nombreuses notions en math√©matiques, m√©decine, chimie, etc.

Dans le domaine des arts, l'influence arabe se fait sentir en Europe. Plusieurs √©glises romanes du sud de la France entre le XIIe si√®cle et XIIIe si√®cle empruntent gr√Ęce aux ouvriers et artisans arabes qui participent √† leur √©dification, mais aussi des crois√©s revenant de Terre Sainte, une architecture semblable aux mosqu√©es et palais d'Al Andalous comme les arches en forme de fer √† cheval ou bien des inscriptions bibliques grav√©es dans la pierre et directement inspir√©es des arabesques qui ornent les mosqu√©es de l'√©poque. L'exemple le plus frappant est certainement la cath√©drale du Puy-en-Velay et dont √Čmile M√Ęle remarque la ressemblance frappante avec la mosqu√©e de Cordoue[144].

Héritage

Génétique

D'apr√®s une √©tude d'Adams et al. en 2008 les habitants de la p√©ninsule Ib√©rique ont en moyenne environ 11 % d'anc√™tres nord-africains avec des variations g√©ographiques importantes allant de 2 % en Catalogne √† pr√®s de 22 % en Castille du Nord-Ouest[145]. Selon une autre √©tude de Capelli et al. en 2009, 7-8% des lign√©es paternelles actuelles (chromosome Y) des Espagnols et des Portugais sont d'Afrique du Nord-Ouest et ont √©t√© introduites par les Maures au Moyen √āge[146].

Notes

  1. ‚ÜĎ "Los arabes y musulmanes de la Edad Media aplicaron el nombre de al-andalus a todas aquellas tierras que habian formado parte del reino visigodo : la Peninsula Ib√©rica y la Septimania ultrapirenaica."("Les Arabes et les musulmans du Moyen √āge ont appliqu√© le nom de al-Andalus √† toutes les terres qui faisaient auparavant partie du royaume wisigoth : la p√©ninsule ib√©rique et la Septimanie"), Eloy Benito Ruano (es), T√≥picos y realidades de la Edad Media, Real Academia de la Historia, 2000, p.79
  2. ‚ÜĎ "Para los autores √°rabes medievales, el t√©rmino al-Andalus designa la totalidad de las zonas conquistadas - siquiera temporalmente - por tropas arabo-musulmanas en territorios actualmente pertenecientes a Portugal, Espana y Francia" ("Pour les auteurs arabes du Moyen √āge le terme al-Andalus sert √† d√©signer toutes les zones conquises - m√™me temporairement - par les troupes arabo-musulmanes dans des territoires appartenant aujourd'hui au Portugal, √† l'Espagne et √† la France"), Jos√© √Āngel Garc√≠a de Cort√°zar (es), V Semana de Estudios Medievales: N√°jera, 1 al 5 de agosto de 1994, Gobierno de La Rioja, Instituto de Estudios Riojanos, 1995, p.52
  3. ‚ÜĎ "la Narbonnaise (ou Septimanie) fut consid√©r√©e comme incluse dans les limites d'al-Andalus", Fran√ßois Cl√©ment, ¬ę La province arabe de Narbonne au VIIIe si√®cle ¬Ľ in Histoire de l'islam et des musulmans en France, Albin Michel, 2006, p.18
  4. ‚ÜĎ "Narbonne continuera d'occuper une place importante chez les auteurs arabes du Moyen √āge qui y voient l'une des limites de la P√©ninsule ib√©rique : ainsi Ahmad al-R√Ęz√ģ √©crit-il qu'al-Andalus a la forme d'un triangle et que le second de ses angles se trouve dans la partie orientale d'al-Andalus, entre la ville de Narbonne et celle de Barcelone", Philippe S√©nac, Les Carolingiens et al-Andalus, Maisonneuve et Larose, 2002, p.40
  5. ‚ÜĎ "La rapidit√© des progr√®s de l'Islam dans les sciences, les arts, l'industrie, le commerce et tous les raffinements de la soci√©t√© polic√©e, est presque aussi √©tonnante que la rapidit√© de ses conqu√™tes", Henri Pirenne, Histoire de l'Europe des invasions au XVIe si√®cle, Nouvelle societe d'editions, 1936, p.49
  6. ‚ÜĎ "Le m√©c√©nat des califes, √©mirs et gouverneurs est un des facteurs qui expliquent une civilisation aussi brillante. Il en r√©sulte une valorisation des travaux de l'esprit et l'un des plus riches √©panouissements culturels qu'ait connus l'histoire des civilisations. Un v√©ritable enthousiasme intellectuel fait que l'on poursuit toutes les formes du savoir : l'histoire, la g√©ographie, la philosophie, la m√©decine, les math√©matiques", Anne-Marie Delcambre, L'Islam, La D√©couverte, 2004, p.48
  7. ‚ÜĎ "La plupart des chr√©tiens qui cherchaient √† s'instruire, surtout en m√©decine, se rendaient dans leurs √©cole. Gerbert, archev√™que de Reims, l'un des grands hommes du si√®cle, et qui devint pape sous le nom de Sylvestre II, avait fait ses √©tudes √† Cordoue", Georges Cuvier, Histoire des sciences naturelles, Fortin, Masson et cie, 1841, t. 1, p. 396
  8. ‚ÜĎ Histoire des Musulmans d‚ÄôEspagne : jusqu‚Äô√† la conqu√™te de l‚ÄôAndalousie par les Almoravides (711-1110) volume 2, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.31
  9. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.31
  10. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.32
  11. ‚ÜĎ a et b Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.33
  12. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.34
  13. ‚ÜĎ p.34
  14. ‚ÜĎ a et b Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.35
  15. ‚ÜĎ a et b L'Espagne musulmane, Andr√© Clot, p.27
  16. ‚ÜĎ p.35
  17. ‚ÜĎ a et b Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.37
  18. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.38
  19. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.39
  20. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.40
  21. ‚ÜĎ a et b Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.41
  22. ‚ÜĎ a, b, c, d, e et f Andr√© Clot op. cit. p.55
  23. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.44
  24. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.46
  25. ‚ÜĎ a et b Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.49
  26. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.52
  27. ‚ÜĎ a et b Philippe S√©nac, ¬ę Pr√©sence musulmane en Languedoc ¬Ľ in Islam et chr√©tiens du Midi, Cahier de Fanjeaux, n¬į18, 2000, p.50-51
  28. ‚ÜĎ a et b Andr√© Clot op. cit. p.29
  29. ‚ÜĎ Jean-Paul Roux, op. cit., p72
  30. ‚ÜĎ Mohammed Arkoun, op. cit., p. 20/21
  31. ‚ÜĎ a et b Andr√© Clot op. cit. p.40
  32. ‚ÜĎ a et b Andr√© Clot op. cit. p.41
  33. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.44
  34. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.45
  35. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.47
  36. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.48
  37. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.51
  38. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.52
  39. ‚ÜĎ a, b et c Andr√© Clot op. cit. p.57
  40. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.58
  41. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.56
  42. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.60
  43. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anneop. cit. p.57
  44. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.59
  45. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.58
  46. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.61
  47. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.62
  48. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.60
  49. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.62
  50. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.65
  51. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.69
  52. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.63
  53. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.73
  54. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.74
  55. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.76
  56. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.65
  57. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.84
  58. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.86
  59. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.69
  60. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.70
  61. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.71
  62. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.103
  63. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.108
  64. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.110
  65. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.84
  66. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.86
  67. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.88
  68. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.164
  69. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.165
  70. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.96
  71. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.185
  72. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.187
  73. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.200
  74. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.204
  75. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.99
  76. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.208
  77. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.383
  78. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anneop. cit.p.259
  79. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.314
  80. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.318
  81. ‚ÜĎ a et b Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.321
  82. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.48 volume III
  83. ‚ÜĎ a et b Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.59 volume III
  84. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.90 volume III
  85. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.9& volume III
  86. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.116
  87. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.93 volume III
  88. ‚ÜĎ a et b Andr√© Clot op. cit. p.125
  89. ‚ÜĎ EL RENACIMIENTO EMPIEZA EN C√ďRDOBA par Identidad Andaluza identidadandaluza.wordpress.com
  90. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.3 volume IV
  91. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.4 volume IV
  92. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.7 volume IV
  93. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.20 volume IV
  94. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.22 volume IV
  95. ‚ÜĎ Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.26 volume IV
  96. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.195
  97. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.197
  98. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.198
  99. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.199
  100. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.200
  101. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.202
  102. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.204
  103. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.209
  104. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.285
  105. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.290
  106. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.294
  107. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.328
  108. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.327
  109. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.326
  110. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.334
  111. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.228
  112. ‚ÜĎ a, b, c et d Andr√© Clot op. cit. p.17
  113. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.231
  114. ‚ÜĎ Pierre Guichard, Structures sociales "orientales" et "occidentales" dans l'Espagne musulmane, √©d. Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociale, 1977, p. 124
  115. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.233
  116. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.235
  117. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.56
  118. ‚ÜĎ Voir Al Muqaddimah de l'Im√Ęm Ibn Khald√Ľn aux √©ditions Seuil.
  119. ‚ÜĎ Adeline Rucquoi, Histoire m√©di√©vale de la P√©ninsule ib√©rique, Seuil, 1993, p.132
  120. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.227
  121. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.373
  122. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.374
  123. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.376
  124. ‚ÜĎ a et b Andr√© Clot op. cit. p.380
  125. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.382
  126. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.384
  127. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.386
  128. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.389
  129. ‚ÜĎ a et b Andr√© Clot op. cit. p.214
  130. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.210
  131. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.212
  132. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.216
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  134. ‚ÜĎ Andr√© Clot op. cit. p.219
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Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

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  • L√©vi-Proven√ßal, √Čvariste. Histoire de l'Espagne musulmane, 3 vol., Maisonneuve et Larose, Paris, 1967.
  • Mar√≠n, Manuela. Al-Andalus et les Andalousiens, Encyclop√©die de la M√©diterran√©e, Alif/√Čdisud/Toubkal, Tunis/Aix-en-Provence/Casablanca, 2000, 101p., (ISBN 978-2-7449-0188-1) (√Čdisud) (ISBN 978-9973-22-153-7) (Alif)
  • Olag√ľe, Ignacio. Les Arabes n'ont jamais envahi l'Espagne, Flammarion, Paris, 1969

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