GESTAPO

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GESTAPO

Gestapo

Le siège de la Gestapo, Prinz-Albrecht-Straße à Berlin
Victimes de la Gestapo à Lager Nordhausen

La Gestapo, acronyme tir√© de l‚Äôallemand Geheime Staatspolizei signifiant ¬ę police secr√®te d'√Čtat ¬Ľ, √©tait la police politique du Troisi√®me Reich.

Fond√©e en Prusse par Hermann G√∂ring , son pouvoir s'√©tendit ensuite, sous l'impulsion d'Heinrich Himmler, √† l'ensemble du Reich, puis aux territoires envahis par l'Allemagne au cours de la Seconde Guerre mondiale. Int√©gr√©e au Reichssicherheitshauptamt de Reinhard Heydrich, elle fut dirig√©e par Heinrich M√ľller de 1934 √† 1945. Charg√©e de lutter contre les opposants internes ou externes, r√©els ou suppos√©s, puis contre les adversaires du r√©gime nazi ou les r√©sistants dans les pays occup√©s, elle fut synonyme de terreur et d'arbitraire en Allemagne, puis dans une grande partie de l'Europe. Elle joua un r√īle essentiel dans l'extermination des Juifs d'Europe, notamment via son Amt B4, dirig√© par Adolf Eichmann.

Active jusqu'aux derniers jours du régime nazi, elle fut condamnée en tant qu'organisation criminelle lors du procès de Nuremberg.

Sommaire

√Čvolution et structure

Le contexte

De l'insurrection spartakiste aux actions des corps francs, de l'assassinat de Walter Rathenau au putsch de la brasserie, la R√©publique de Weimar est marqu√©e par un profonde instabilit√© et de fr√©quentes violences politiques, au cours desquelles s'illustre notamment la Sturmabteilung du parti nazi. L'appareil d'√©tat allemand met en Ňďuvre une strat√©gie de lutte essentiellement dirig√©e contre les communistes et la nazis, ex√©cut√©e par la police r√©guli√®re, comme en Bavi√®re, ou par la police politique, comme en Prusse. De son c√īt√©, √† l'initiative d'Heinrich Himmler, le parti nazi se dote d'un service de s√©curit√© interne, le Sicherheitsdienst, confi√© √† Reinhard Heydrich.

Göring et la création de la Gestapo

Adolf Hitler et Hermann Göring en 1934
¬ę Pendant des semaines, j'ai travaill√© personnellement √† la r√©organisation pour arriver √† cr√©er, moi seul, de mon propre mouvement et de ma propre initiative, le service de la Gestapo. Cet instrument, qui inspire une profonde terreur aux ennemis de l'√Čtat, a puissamment contribu√© au fait qu'on ne peut plus parler aujourd'hui d'un danger communiste ou marxiste en Allemagne ou en Prusse ¬Ľ

‚ÄĒ Hermann G√∂ring, 1934[1].

Lors de l'arriv√©e au pouvoir des nazis en janvier 1933, ceux-ci mettent en place une politique de r√©pression suivant trois axes : l'√©cartement, l'internement et l'√©limination des opposants politiques en dehors de tout cadre l√©gal, men√©s par la SA et la SS, notamment avec l'ouverture des premiers camps de concentration ; la mise en place d'un cadre juridique permettant de donner √† la r√©pression un cadre l√©gal ; la cr√©ation d'un organe consacr√© √† la police politique, la future Gestapo.

D√©put√© au Reichstag et membre du Landstag de Prusse depuis mai 1928, pr√©sident du Reichstage en 1932, ministre sans portefeuille, commissaire √† l'aviation et ministre de l'Int√©rieur de Prusse[Note 1] dans le gouvernement d'Adolf Hitler, Hermann G√∂ring prend les r√™nes de la police prussienne, la plus importante d'Allemagne, le 12 f√©vrier 1933, dont il entreprend imm√©diatement la nazification. Dans cette op√©ration d'√©cartement des policiers aux sentiments r√©publicains, il dispose d'une aide pr√©cieuse, celle de Rudolf Diels. Chef de la section politique de la police prussienne, l' Amt IA, qui avait combattu communistes et nazis avec efficacit√© et √©nergie, Diels met ses fichiers au service du nouveau pouvoir. D√®s le 22 f√©vrier, G√∂ring accro√ģt ses forces, en nommant les membres de la SA et du Stahlhelm, policiers auxiliaires[2].

Imm√©diatement apr√®s la proclamation des lois d'urgence du 28 f√©vrier 1933 pour la d√©fense du peuple et de l'√©tat, officiellement justifi√©s par l'incendie du Reichstag, la police prussienne prend part, aux c√īt√©s de la SA et de la SS √† la premi√®re grande rafle d'opposant organis√©e √† Berlin dans la nuit du 28 f√©vrier au 1er mars 1933. D√®s ce moment, la Gestapo[Note 2] ¬ę pouvait agir sans restriction et sans responsabilit√©, pratiquer l'arrestation secr√®te et la d√©tention √† perp√©tuit√© sans accusation, sans preuve, sans audience. Aucune juridiction ne pouvait s'y opposer, ni ordonner la mise en libert√© et r√©clamer un nouvel examen du dossier[3]¬Ľ.

Rudolf Diels en 1934

G√∂ring est nomm√© ministre-pr√©sident de Prusse le 5 mars 1933, tout en conservant son poste de pr√©sident du Reichstag ; c'est √† ce titre qu'il fait adopter, le 23 mars, lors de l'ouverture de la nouvelle session parlementaire une loi couvrant les crimes et d√©lits commis dans une intention patriotique, compl√©t√©e, le 23 juin, par l'amnistie des condamnations prononc√©es contre des nazis avant la prise du pouvoir[4].

La Gestapo est officiellement cr√©√©e le 26 avril 1933 ; elle est dirig√©e par G√∂ring lui-m√™me, avec Diels comme adjoint. Dans la foul√©e, la Gestapo, dont les activit√©s sont jusqu'alors officiellement limit√©es √† Berlin, ouvre un bureau dans chaque district prussien et met en place, d√®s le mois de juin, un r√©seau de surveillance de l'opinion publique et de d√©lation[5]. Elle d√©mant√®le l'organisation clandestine du parti communiste mais enqu√™te √©galement sur les activit√©s de la SA, per√ßue par G√∂ring comme une rivale, et dont elle fait fermer ou transf√©rer √† la SS, ses camps de concentration ¬ę priv√©s ¬Ľ[6].

Suite aux manŇďuvres de Wilhelm Frick, qui n'accepte pas que la Gestapo √©chappe √† son autorit√©, Diels est r√©voqu√© en septembre 1933, pour √™tre remplac√© par Paul Hinkler, alcoolique notoire ; son mandat dure moins d'un mois, avant le retour en fonction de Diels, qui fait aussit√īt arr√™ter son √©ph√©m√®re successeur. Afin d'√©viter la r√©p√©tition de tels soubresauts, la Gestapo est officiellement soustraite des attributions du minist√®re de l'Int√©rieur, le 30 novembre 1933 pour ne relever que du ministre-pr√©sident de Prusse, c'est-√†-dire, Hermann G√∂ring[7] ,[Note 3].
Le 1er avril 1934, Diels est √† nouveau limog√©, pour √™tre remplac√©, le 20 avril, par Heinrich Himmler, G√∂ring conservant toutefois officiellement la direction de la Gestapo[8].

La prise en main par la SS et l'intégration au RSHA

Heinrich Himmler et Reinhard Heydrich en 1938

Pendant que G√∂ring organise la Gestapo en Prusse, Heinrich Himmler prend petit √† petit le contr√īle des polices des autres √©tats allemands : en mars 1933, il est nomm√© pr√©fet de police de Munich, puis, un mois plus tard, pr√©sident de la police de Bavi√®re ; dans les mois qui suivent, il prend le contr√īle des polices de Hambourg, du Mecklenbourg, de L√ľbeck, de la Thuringe. Au printemps 1934, il dirige toutes les polices allemandes √† l'exception de la Prusse. Sorti vainqueur d'une lutte pour le pouvoir qui l'oppose √† Kurt Daluege, le prot√©g√© de Wilhelm Frick , Himmler unifie toutes les polices allemandes d√®s sa nomination √† Berlin et √©tend le champ d'action de la Gestapo √† toute l'Allemagne ; √† la t√™te du service central de la Gestapo, il nomme son plus proche adjoint, Reinhard Heydrich, d√©j√† responsable du SD[9]. Heydrich prend comme adjoint √† la direction de la Gestapo un ancien membre de la police criminelle de Munich sous la R√©publique de Weimar, Heinrich M√ľller, qui s'√©tait notamment illustr√© dans la lutte contre les communistes[10].


Le 17 juin 1936, Himmler est nomm√© chef de toutes les polices allemandes (Chef der Deutschen Polizei) ; il contr√īle l'Ordnungspolizei de Kurt Dalueget et la Sicherheitspolizei, qui regroupe la Gestapo et la Kriminalpolizei(KRIPO) , dirig√©e par Arthur Nebe. La SIPO est charg√©e de lutter contre les ennemis de l'√Čtat : la KRIPO poursuit ¬ę les individus qui par la suite de d√©g√©n√©rescence physique ou morale sont s√©par√©s de la communaut√© populaire et qui violent, dans leur int√©r√™t particulier, les dispositions prises pour pr√©server l'int√©r√™t g√©n√©ral ¬Ľ, la Gestapo s'occupant ¬ę des individus qui, comme mandataires des ennemis du peuple allemand national-socialiste, veulent d√©truire l'unit√© nationale et an√©antir la puissance de l'√Čtat[11]. ¬Ľ

Le 22 septembre 1939, la SIPO est incorpor√©e, avec le SD, au Reichssicherheitshauptamt, plac√© sous la direction de Heydrich, puis de Ernst Kaltenbrunner.

Missions et pouvoirs

¬ę La Gestapo a la t√Ęche de rechercher toutes les intentions qui mettent l'√Čtat en danger, et de lutter contre elles, de rassembler et d'exploiter le r√©sultat des enqu√™tes, d'informer le gouvernement, de tenir les autorit√©s au courant des constations importantes pour elles et de leur fournir des impulsions ¬Ľ

‚ÄĒ D√©cret d'Hermann G√∂ring du 10 f√©vrier 1936[12].

L'absence de tout cadre l√©gal, avant le d√©cret de G√∂ring, n'emp√™che pas la Gestapo d'agir d√®s 1933. Sur la base des d√©crets des 28 f√©vrier 1933 et8 mars 1934, qui mettent en place la d√©tention de protection (Shutzhaft), elle peut emprisonner ou interner en camp de concentration qui bon lui semble, sans limite de dur√©e, sans chef d'accusation et sans proc√®s. L'absence de tout contr√īle juridictionnel sur les agissements de la Gestapo est officiellement confirm√© le 10 f√©vrier 1936, par une loi qui indique notamment que ¬ę les ordres et les affaires de la police secr√®te ne sont pas sujets √† l'examen des tribunaux administratifs ¬Ľ, loi qui ne fait que confirmer un avis de la Cour administrative de Prusse de 1935, selon lequel une mise en d√©tention de protection ne peut √™tre contest√©e devant un tribunal[13].

L'organisation interne

De gauche √† droite : Huber, Nebe, Himmler, Heydrich et M√ľller

Dirig√©e de 1935 √† 1945 par Heinrich M√ľller, la Gestapo est organis√©e en 6 d√©partements (en allemand Amt, au singulier), qui comportent plusieurs sections. La plus connue d'entre elles, la section B4, dirig√©e par Adolf Eichmann, sera le principal organisateur de l'extermination des Juifs d'Europe.

  • Amt A : adversaires du nazisme
  1. Communistes, marxistes et organisations apparentées, propagande illégale ou hostile
  2. Contre-Sabotage et mesures de sécurité générale
  3. Réactionnaires, libéraux, légitimistes, émigrés
  4. Service de sécurité, prévention des attentats
  • Amt B : √©glises, sectes religieuses, Juifs et francs-ma√ßons
  1. Catholicisme politique
  2. Protestantisme et sectes
  3. Autres églises et francs-maçons
  4. Juifs
  • Amt C
  1. Fichier central, gestion du personnel, surveillance des étrangers
  2. Internements de protection
  3. Presse et publications
  4. Affaires du parti
  • Amt D : territoires occup√©s et travailleurs √©trangers en Allemagne
  1. Protectorat et Tchécoslovaques résidant dans le Reich
  2. Gouvernement général et Polonais résidant dans le Reich
  3. Ennemis de l'état étrangers
  4. Territoires de l'Ouest : Pays-Bas, Belgique, France, Luxembourg, Alsace, Lorraine, Norv√®ge, Danemark
  • Amt E : Contre-espionnage
  1. Problèmes généraux et contre-espionnage dans les usines du Reich
  2. Problèmes économiques généraux
  3. Pays de l'Ouest
  4. Pays nordiques
  5. Pays de l'Est
  6. Pays du Sud
  • Amt F
  1. Police des frontières
  2. Passeports
  3. Cartes d'identité
  4. Police des étrangers
  • Amt P : Relations avec les polices √©trang√®res
  • Referat N (1941) : centralisation des renseignements

Le r√īle de la Gestapo

Dans le Reich

L'élimination des opposants (1933-1939)

Au travers de l'appareil du parti nazi, du Gauleiter au Blockleiter, la Gestapo dispose en Allemagne, ¬ę de dizaines de milliers d'oreilles et d'yeux attentifs[14]. ¬Ľ

Si le r√īle r√©el de la Gestapo dans l'incendie du Reichstag est controvers√©, elle est bien au centre la la pr√©paration de la nuit des longs couteaux. Elle contribue √† monter le dossier du faux complot de Ernst R√∂hm contre Adolf Hitler[15] et √† r√©diger la liste des personnes √† assassiner[16] ; elle participe √©galement aux meurtres et commet notamment ceux de Herbert von Bose, de Kurt von Schleicher et de son √©pouse et de Erich Klausener[17].

D√©sormais ind√©pendante, la SS peut mener √† bien sa besogne. Le parti nazi √©tant reconnu parti unique, la Gestapo continue √† traquer sans rel√Ęche les opposants politiques, en particulier les membres du KPD. De m√™me, ceux qui n'entrent pas dans l'id√©al du parti que les nazis appellent la Volksgemeinschaft (la communaut√© du peuple), sont rapidement rep√©r√©s et intercept√©s. On commence alors √† s'int√©resser aux minorit√©s en particulier aux Juifs. Le parti va mettre √† la disposition de la Gestapo une base l√©gale pour multiplier les arrestations : le 19 septembre 1935, sont vot√©es les lois de Nuremberg dans lesquelles il est dispos√© que tout mariage entre juifs et allemands est strictement interdit. Un climat g√©n√©ral de terreur s'est install√© en Allemagne. Alors que la police appara√ģt lors des films de propagande comme proche du peuple, les d√©nonciations se multiplient. Durant l'√©t√© 1936, Himmler est nomm√© Chef der Deutschen Polizei (chef de toutes les polices d'Allemagne) mais c'est Heydrich, son bras droit qui la dirige v√©ritablement. En outre, le minist√®re de l'Int√©rieur poss√®de encore un contr√īle important. Les intellectuels SS ont un r√īle de plus en plus d√©terminant au sein de la machine nazie √† partir de la fin des ann√©es 1930. Werner Best, juriste et technocrate SS, est l'un d'eux. Il assiste Heydrich √† la t√™te de la Gestapo jusqu'en 1940. Franz Six est quant √† lui le concepteur du Gegnerforschung (section de la Gestapo qui traque les ennemis du Reich) et recrut√© par Heydrich au sein du SD.

En 1938, suite à l'Anschluss, les dirigeants de la gauche autrichienne sont arrêtés. L'année suivante, la Gestapo établit une liste des opposants tchèques à supprimer.

La poursuite de la répression

Les oppositions grandissent contre la brutalité du régime policier. L'association de la Rose blanche, dirigée par Sophie et Hans Scholl, critique la boucherie de Stalingrad ainsi que les déportations. Dénoncés, ils sont arrêtés par la Gestapo puis décapités le 22 février 1943 près de Munich.

La police secr√®te traque les auditeurs des radios √©trang√®res, dont l'usage est strictement interdit, reconnu comme un acte de trahison. Les amateurs de musique am√©ricaine (jazz et swing) sont √©galement pourchass√©s puisque le r√©gime n'autorise pas l'√©coute de la "musique n√®gre". Enfin, les mariages mixtes sont analys√©s au peigne fin. √Ä Francfort, Heinrich Baab ordonne l'arrestation des Juifs mari√©s avec des Aryens : la ville va conna√ģtre des dizaines de milliers d'arrestations (1941-1943). Au mois d'ao√Ľt 1943, Himmler est nomm√© Reichs-und Preussischer Minister des Innern (Ministre de l'Int√©rieur) : il est d√©sormais le ma√ģtre incontest√© du r√©gime policier allemand.

La toute puissance et la chute

La répression dans les territoires occupés

À l'Est

Au cours de l'ann√©e 1939, les dirigeants de la Gestapo forment leurs hommes √† une prochaine entr√©e en guerre. M√ľller coordonne l'op√©ration Tannenberg qui sera un pr√©texte pour attaquer sans scrupule la Pologne en septembre.

Le 4 juin 1942, Heydrich décède suite à un attentat à Prague. Cet événement intensifie la violence et les arrestations. Himmler reprend provisoirement la direction du RSHA jusqu'en janvier 1943, période à laquelle Ernst Kaltenbrunner lui succède. En représailles à la mort, près de la capitale tchèque, les SS et la Gestapo rasent de la carte le village de Lidice en fusillant tous les hommes et en déportant les femmes et les enfants.

En Pologne, par exemple à Lublin, le chef de la Gestapo, Oswald Gudenlach fait assassiner des dizaines de milliers d'innocents et organise une gigantesque rafle antijuive entre le 3 et le 4 novembre 1943, plus de 43.000 personnes sont assassinées.

À l'Ouest

Siège de la Gestapo durant la Seconde Guerre mondiale à Nice
Jean Moulin - assassiné par les Allemands en 1943
Agents de la Gestapo arrêtés à Liège, 1944

√Ä Paris, c'est l'Obersturmbannf√ľhrer Kurt Lischka qui dirige la Gestapo √† partir de l'automne 1940 en s'installant rue des Saussaies (8e arrondissement). Le pr√©sident du Conseil fran√ßais, Pierre Laval, se met d'accord avec les nazis pour mener efficacement l'arrestation des Juifs par la police fran√ßaise : au total 80 000 Juifs fran√ßais sont d√©port√©s.

En France, elle a aussi la charge de parfois contr√īler et censurer le courrier (travail g√©n√©ralement assur√© par la Wehrmacht)  : elle appose sur les plis contr√īl√©s un cachet rond o√Ļ figure la l√©gende "Geheime Staatspolizei" avec au centre l'aigle allemand √† croix gam√©e.

La déportation et l'extermination des Juifs d'Europe

Entre l'automne 1939 et le printemps 1940, Hitler veut gagner la guerre au plus vite. Il ordonne l'√©limination de 70 000 personnes par les Einsatzgruppen (commandos SS) en Europe de l'Est en particulier en Ukraine et en Bi√©lorussie. Les unit√©s SS et la Gestapo pr√™tent main forte √† ces unit√©s mobiles pour exterminer les hommes en √Ęge de combattre.

Avec la réquisition des moyens de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), c'est notamment au sein de la Gestapo dans le service IV.B.4 dirigé par Adolf Eichmann, que sont organisés tous les transports de prisonniers vers les camps de concentration. C'est également elle qui procède aux arrestations des Juifs - qui, désormais doivent porter l'étoile jaune - et des opposants politiques en Allemagne et dans les territoires conquis.

Le 31 juillet 1941, Heydrich √©tablit un plan pour l'√©limination des Juifs √† "grande √©chelle" : l'op√©ration Reinhard. L'objectif est de planifier l'extermination de 2 millions de Juifs polonais. Durant l'automne, Himmler ordonne sa mise en place. Le 20 janvier 1942, M√ľller est pr√©sent √† la conf√©rence de Wannsee, durant laquelle on coordonne la Endl√∂sung (Solution finale). Le projet est diffus√© au sein de la Gestapo, auxiliaire incontournable de sa mise en place. Heydrich veut faire de ses policiers non plus les mod√®les de la Volksgemeinschaft, mais "des policiers politiques", v√©ritables acteurs de la Solution finale.

La Gestapo fonctionne sans aucun tribunal et d√©cide elle-m√™me des sanctions √† appliquer. Elle s'est rendue c√©l√®bre, en Allemagne d'abord, puis dans toute l'Europe occup√©e, par la terreur implacable qu'engendrent ses proc√©d√©s. Elle incarne l'arbitraire et l'horreur des forces nazies. La Gestapo est une police des esprits, ayant des informateurs dans toutes les couches sociales de la population. Aux policiers allemands ou aux 1 500 policiers pr√©sents sur le territoire fran√ßais, s'ajoutent 40 000 auxiliaires d'origines diverses, y compris le grand banditisme.

En avril 1942, Himmler obtient d'Hitler que les pouvoirs de police soient transférés des militaires au général de police SS Karl Oberg. La Gestapo peut alors appliquer à la France les méthodes employées en Allemagne et dans les autres territoires occupés. Dès le 10 juin, le pouvoir central nazi lui recommanda d'utiliser la torture lors des interrogatoires pour arracher des aveux et des informations aux prisonniers récalcitrants. C'est le cas notamment du chef de la Gestapo à Lyon, Klaus Barbie qui sera le bourreau de Jean Moulin.

Principaux agents et officiers de la Gestapo


Bibliographie

  • Philippe Aziz, Au service de l'ennemi. La Gestapo fran√ßaise en province, √©d. Fayard, 1972
  • Jacques Delarue, Histoire de la Gestapo, √©d. Fayard, 1996 [1re √©d. 1963], (ISBN 2213020213)
  • √Čdouard Husson, "La vraie histoire des Bienveillantes", L'Histoire, n¬į320, mai 2007, p. 6-19.
  • √Čric A. Johnson, La terreur nazie : la Gestapo, les Juifs et les Allemands ordinaires, Albin Michel, 2001.
  • Schultheis, Herbert / Wahler, Isaac E.: Bilder und Akten der Gestapo Wuerzburg ueber die Judendeportationen 1941 - 1943. Bad Neustadt a. d. Saale 1988. ISBN 978-3-9800482-7-9 (German-English Edition)
  • Jean-Louis Loubet del Bayle, Police et politique. Une approche sociologique, Paris, L'Harmattan, 2006.
  • Roger Manvel et Heinrich Fraenkel, Heinrich Himmler : The SS, Gestapo, His Life and Career, Skyhorse Publishing, 2007.

Filmographie

  • Holger Hillesheim et Wolfgang Schoen, Die Gestapo (1) : Hitlers sch√§rfste Waffe, Dokumentation der ARD/SWR, 2005.
  • Holger Hillesheim et Wolfgang Schoen, Die Gestapo (2) : Terror ohne Grenzen, Dokumentation der ARD/SWR, 2005.
  • Holger Hillesheim et Wolfgang Schoen, Die Gestapo (3) : Henker an der Heimatfront, Dokumentation der ARD/SWR, 2005.

Liens externes

Notes et références

Notes

  1. ‚ÜĎ Il d√©pend donc officiellement de Franz von Papen, Ministre-Pr√©sident de Prusse
  2. ‚ÜĎ Dans les faits, elle √©chappe d√®s ce moment tant √† la tutelle du ministre de l'Int√©rieur Wilhelm Frick, qu'√† celle du ministre de la justice, Franz G√ľrtner
  3. ‚ÜĎ Comme le souligne Jacques Delarue (op. cit., p.80-81) l'imbroglio administratif, typique du troisi√®me Reich est total :en tant que ministre de l'Int√©rieur de Prusse Frick est le subordonn√© de G√∂ring, mais il est aussi son sup√©rieur en tant que ministre de l'Int√©rieur du Reich.

Références

  1. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit., p. 80
  2. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit., p. 50
  3. ‚ÜĎ Jacques Delarue, Histoire de la Gestapo, p. 32
  4. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit., p. 54
  5. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit., p. 55
  6. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit., p. 56-58
  7. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit., p. 62
  8. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit., p. 81
  9. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit., p. 81-82
  10. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit., p. 175
  11. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit., p. 182-183
  12. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit., p. 180
  13. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit, p. 131
  14. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit., p. 115
  15. ‚ÜĎ J. Delarue, op. cit., p.147
  16. ‚ÜĎ Heinz H√∂ne, L'ordre noir, Histoire de la SS, Casterman, Tournai, 1972, p. 71
  17. ‚ÜĎ J. delarue, op. cit., p. 156-157
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