Fuite De Louis XVI Et Arrestation À Varennes

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Fuite De Louis XVI Et Arrestation À Varennes

Fuite de Louis XVI et arrestation Ă  Varennes

La fuite de Varennes.

La fuite manquée des 20 et 21 juin 1791 est un épisode à premiÚre vue mineur, mais en réalité déterminant dans le cours de la Révolution française. Suite à cet événement, l'idée d'instaurer une république en France est passée de farfelue à crédible.

Le dĂ©part de la famille royale de Paris est un projet rĂ©current depuis le 5 octobre 1789, date Ă  laquelle il a Ă©tĂ© pour la premiĂšre fois abordĂ© en conseil, mais cette fois, la situation dĂ©cide le Roi Louis XVI Ă  autoriser son entourage et celui de Marie-Antoinette d'Autriche, avec au premier rang Axel de Fersen, de lui soumettre un plan d'Ă©vasion minutieusement organisĂ© du palais des Tuileries, oĂč il se sent prisonnier, malgrĂ© la bienveillance de La Fayette.

L'objectif consiste Ă  rallier discrĂštement la place forte de MontmĂ©dy, pour y rejoindre le marquis de BouillĂ©, gĂ©nĂ©ral en chef des troupes de la Meuse, Sarre et Moselle, co-organisateur du plan d’évasion. Une sĂ©rie de mauvaises applications de ce plan transformera cette tentative de reprise en main de la RĂ©volution par le Roi en Ă©chec, qui sera particuliĂšrement bien exploitĂ© par les partisans de l'instauration d'une rĂ©publique.

Sommaire

Contexte

Cela fait de nombreux mois que Louis XVI songe Ă  quitter Paris. Le plan d'Ă©vasion Ă©tait dĂ©jĂ  validĂ© mais la crainte d'une guerre civile le retenait. Deux Ă©vĂ©nements vont dĂ©cider Louis XVI Ă  vouloir reprendre la main par la force[1] :

  1. La mort de Mirabeau (2 avril 1791) : « l'orateur du peuple Â» qui s'est tant battu pour la libertĂ©, pour restreindre les prĂ©rogatives royales au profit de l'AssemblĂ©e, a toujours prĂŽnĂ© une voie moyenne entre la rĂ©volution et la monarchie, or il sent, depuis les journĂ©es des 5 et 6 octobre 1789, que les choses lui Ă©chappent. Il appartient Ă  la catĂ©gorie des hommes publics qui tentent de freiner le cours comme les autres membres de la SociĂ©tĂ© des amis de la convention (comme son ami Talleyrand et son rival La Fayette ; c'est de ce club que sera prise la dĂ©cision de faire passer la fuite de Varennes pour un enlĂšvement. C'est la fuite de Varennes qui sera Ă  l'origine de la scission entre le club des feuillants opposĂ© au renversement du Roi et le club des jacobins rĂ©publicains, associĂ©s dĂ©sormais Ă  Robespierre). Cependant Mirabeau avait, depuis son installation dĂ©finitive Ă  Paris, installĂ© des relations secrĂštes avec la cour. « C'est une grande perte, Ă©crira Fersen, car il travaillait pour eux [la famille royale] Â».
  2. Les « PĂąques inconstitutionnelles Â» (18 avril 1791) : Le roi n'a jamais acceptĂ© la signature imposĂ©e du dĂ©cret relatif au serment des prĂȘtres Ă  la constitution civile du clergĂ©. Son testament rappelle d'ailleurs qu'il a eu ce regret toute sa vie. Aussi, durant la messe du dimanche des Rameaux cĂ©lĂ©brĂ©e par le cardinal assermentĂ© Montmorency, il s'abstient de communier. Cette rĂ©ticence fait l'objet d'une communication assez large (y a-t-il un lien avec le retour de Philippe EgalitĂ© de Londres ?). Toujours est-il que lorsque le lendemain, lundi 18 avril, Louis et sa famille s’apprĂȘtent Ă  quitter les Tuileries, comme l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, pour rejoindre Saint-Cloud afin d’y passer la semaine sainte, il en est empĂȘchĂ©. Une foule informĂ©e de ces intentions, « spontanĂ©ment Â» rassemblĂ©e place du carroussel, a immobilisĂ© le carrosse royal. Or la deuxiĂšme division de la garde nationale s'est jointe aux manifestants. Pendant deux heures la famille royale sera bloquĂ©e tandis que La Fayette, arrivĂ© entre temps avec Bailly, ne parvenait pas Ă  frayer un passage au Roi. C'est Ă  pied que Louis XVI est finalement retournĂ© au palais des Tuileries. Suite Ă  cette Ă©pisode, La Fayette dĂ©missionna le 21 avril avant de se rĂ©tracter aussitĂŽt devant l'insistance de ses officiers et une majoritĂ© des sections.

Plan d’évasion

Les premiĂšres traces de prĂ©paration de cette Ă©vasion datent de septembre 1790. Il semble que le plan initial ait Ă©tĂ© apportĂ© par l'Ă©vĂȘque de Pamiers : « Sortir de sa prison des Tuileries et se retirer dans une place frontiĂšre dĂ©pendant du commandement de M. de BouillĂ©. LĂ , le Roi rĂ©unirait des troupes « ainsi que ceux de ses sujets qui lui Ă©taient restĂ©s fidĂšles et chercherait Ă  ramener le reste de son peuple Ă©garĂ© par des factieux Â»[2]. Seulement si ce plan Ă©chouait, le recours aux « alliĂ©s Â», c'est-Ă -dire l'empereur d'Autriche, Ă©tait envisagĂ©.

Les protagonistes

En plus de l'Ă©vĂȘque de Pamiers susmentionnĂ© et du roi, qui reste le cerveau de son « voyage Ă  MontmĂ©dy Â» comme il nomme lui mĂȘme cette opĂ©ration), quatre personnages sont chargĂ©s de l'organisation :

DĂšs septembre, l'Ă©vĂȘque de Pamiers s'Ă©tait rendu Ă  Metz rencontrer BouillĂ©, commandant des troupes de l'Est. Ce dernier eut mĂȘme l'idĂ©e de demander Ă  l'empereur alliĂ© du Roi de faire avancer quelques troupes sur la frontiĂšre et ainsi demander du renfort des meilleurs rĂ©giments. Un courrier de Marie-Antoinette Ă  Mercy-Argenteau montre cette demande de mouvement des troupes "alliĂ©es" vers la frontiĂšre française.

Pour davantage illustrer dans quelle discrétion ce plan a été mis au point, il suffit de lire les mémoires du comte de Provence[3] (le futur roi Louis XVIII). Il y dit qu'il a été mis au courant de la destination finale de Louis XVI (Montmédy) le 19 juin. Il a lui aussi quitté Paris dans la nuit du 20 juin (il demeurait au Petit Luxembourg). Déguisé, muni d'un "passe-port" anglais, il rejoint ainsi les "Pays-Bas", via Avesnes-sur-Helpe et Maubeuge.

Les modalités de l'évasion

Le principe consistait à se faire passer pour l'équipage de la baronne de Korff, veuve d'un colonel russe qui se rend à Francfort avec deux enfants, une femme, un valet de chambre et trois domestiques. Une berline fut spécifiquement commandée (infra).

Le trajet, choisi par Louis pour se rendre Ă  MontmĂ©dy, empruntait la route de ChĂąlons-sur-Marne. A Pont-de-Somme-Vesle les hussards de Choiseul suivrait l'Ă©quipĂ©e jusqu'Ă  Sainte-Menehould oĂč des dragons escorteraient directement la berline. A la sortie de cette ville, les hussards bloqueraient durant vingt-heures les Ă©ventuels poursuivants. Le Roi pourrait regagner ainsi la place forte de MontmĂ©dy oĂč l'attend le marquis de BouillĂ©.

En rĂ©alitĂ©, rien ne va se passer ainsi. Selon de nombreux passionnĂ©s de cet Ă©vĂ©nement, comme NapolĂ©on Bonaparte (dont un courrier sur le sujet a Ă©tĂ© exhumĂ© des archives par l'historien AndrĂ© Castelot), le grand responsable de cet Ă©chec est Choiseul. Ce dernier n'a pas, d'une part, respectĂ© les directives de BouillĂ©, mais il s'est mĂȘme permis de dĂ©sorganiser le plan initial. Ainsi, il a autorisĂ© des officiers (qui attendaient un "trĂ©sor" Ă  escorter) Ă  quitter leur poste, en raison du retard du cortĂšge royal. Pour ce faire, il a confiĂ© ces instructions au coiffeur de la Reine, LĂ©onard, qui les appliqua avec trop de zĂšle. Sans cela, toujours selon le mot de NapolĂ©on, la face du monde aurait Ă©tĂ© changĂ©e.

Suite Ă  cette dĂ©sorganisation et aux nombreux retards, les hommes de La Fayette, Ă  la poursuite du convoi, n'auraient pas rencontrĂ© Jean-Baptiste Drouet, maĂźtre de poste de Sainte-Menehould. Ce dernier s'est souvenu avoir vu, une heure avant, une berline correspondant Ă  la description. Il s'est souvenu qu'elle se dirigeait vers Varennes. AussitĂŽt, il prit l'initiative de s'y rendre afin de stopper le convoi, avec l'aide des autoritĂ©s locales qu'il avait convaincues de faire contrĂŽler scrupuleusement les passeports. BloquĂ© une partie de la nuit, le roi refusa que la force fĂ»t employĂ©e (des hussards et une partie de la population Ă©taient prĂȘts Ă  couvrir son dĂ©part. Louis XVI attendait, en vain, le renfort de BouillĂ©, qui aurait dĂ» arriver. Pendant ce temps, les habitants de Varennes et de nombreuses personnes, venues des environs, alertĂ©s par le tocsin, se sont massĂ©s Ă  Varennes pour voir le Roi.

GrĂące Ă  cette situation tendue, l'aide de camps de La Fayette, Romeuf (autre homme clef de cette arrestation) eut le temps d'arriver, muni d'un dĂ©cret de l'AssemblĂ©e ordonnant l'arrestation de la famille royale. PossĂ©dant la lĂ©gitimitĂ© de la garde nationale et de l'AssemblĂ©e, il prit l'ascendant. Seulement, voyant qu'il jouait la montre avec Louis XVI, au lieu d'organiser sans tarder le retour du Roi Ă  Paris, son adjoint "patriote", quelques autoritĂ©s locales ont alors forcĂ© la volontĂ© de Louis XVI. A ce moment, environ 10 000 personnes s'Ă©taient agglutinĂ©es Ă  Varennes. Certains scandĂšrent "À Paris ! À Paris !" "Vive la nation !", ce qui exacerba les tensions. Romeuf sera arrĂȘtĂ© le 23 juin suivant pour qu'il s'explique sur son rĂŽle. Il sera relĂąchĂ© et deviendra gĂ©nĂ©ral et baron d'Empire. Son nom est gravĂ© sur l'Arc de triomphe de l'Étoile.

Leurs passeports

Fersen, au nom de Mme de Korff, sollicita au ministre Montmorin un laisser-passer qu'il signa en ne soupçonnant rien. La signature du Roi fut moins difficile Ă  obtenir. Voici les identitĂ©s d’emprunt des membres de l'Ă©quipĂ©e :

  • Louis XVI  : M. Durand (intendant de la baronne de Korff).
  • Marie-Antoinette d’Autriche : Mme Rochet (gouvernante des enfants de Mme de Korff).
  • Marie-ThĂ©rĂšse de France : une des filles de Mme de Korff (elle reste habillĂ©e en fille).
  • Le Dauphin : autre fille de Mme de Korff (il est vĂȘtu en fille).
  • La marquise Louise-Elisabeth de CroĂż de Tourzel, gouvernante des enfants de France : la baronne de Korff.
  • Madame Elisabeth (sƓur de Louis XVI) : dame de compagnie de la baronne.
  • Les trois domestiques Ă©taient messieurs de Moustier, de Valory et de Malden, gentilshommes (anciens gardes du corps licenciĂ©s en 1789). Le roi leur avait demandĂ© de se couvrir de « livrĂ©e de courrier Â» (afin de devancer les changements de chevaux dans les relais). Or le choix de leur couleur, jaune, ne fut pas des plus judicieux, puisqu'elle Ă©tait celle de la maison du prince de CondĂ© parti Ă  l’étranger au dĂ©but de la RĂ©volution et ne pouvait qu’éveiller les soupçons dans l'Argonne oĂč elle Ă©tait fort connue.

La voiture

Le 22 dĂ©cembre 1790, une voiture susceptible de tenir six personnes, robuste et confortable est commandĂ©e au carrossier Jean Louis, implantĂ© quai des Quatre-Nations (quai Malaquais, aujourd'hui hĂŽtel ParabĂšre). La caisse et les moulures de cette berline seront peintes en vert et le train et les roues en jaune citron. Elle comportera un attelage de six chevaux. Cette demande de « fourniture Â» Ă©mane de la baronne Anna de Korff et c'est Fersen qui joue les intermĂ©diaires. Durant tout l'hiver, il le fera presser son travail. La berline est terminĂ©e le 12 mars 1791, mais personne ne vient la chercher avant le... 2 juin.

Il convient Ă  cet Ă©gard d’écarter cette idĂ©e encore trĂšs prĂ©sente dans l’imagerie populaire : la berline de la famille royale n’était en aucun cas un « abrĂ©gĂ© du chĂąteau de Versailles Â», mais un vĂ©hicule de voyage tout Ă  fait conforme Ă  l’usage pour effectuer un long trajet (cette berline servit d’ailleurs de diligence, assurant le Paris-Dijon, jusqu’en 1795, date Ă  laquelle elle fut dĂ©truite dans un incendie). L'historienne spĂ©cialiste de Louis XVI, Pierrette Girault de Coursac ose la comparaison suivante : « on peut la qualifier de belle MercĂ©dĂšs mais certainement pas de Rolls-Royce Â».

La sortie des Tuileries

C'est Ă  Fersen que revenait l'organisation de la sortie des Tuileries. L'historien Castelot souligne la difficultĂ© de quitter secrĂštement un palais (qu'il qualifie de caravansĂ©rail) oĂč dormaient, sur des couches Ă  mĂȘme le sol, le nombreux personnel. Les hommes de La Fayette, qui s'Ă©tait engagĂ© sur sa tĂȘte Ă  ce que le roi ne tente pas de s'Ă©chapper, Ă©taient vigilants.

Pour quitter les Tuileries afin de rejoindre une « citadine Â» (petite voiture) garĂ©e rue des Échelles, il faut donc, aprĂšs avoir procĂ©dĂ© Ă  la cĂ©rĂ©monie du coucher (rĂ©duite mais toujours en vigueur en 91), connaĂźtre les mouvements des sentinelles. Vite dĂ©guisĂ©s, le roi, la reine, la gouvernante accompagnĂ©e du dauphin et de madame royale, la marquise et madame Elizabeth quittent le palais en direction de la citadine dont le cocher est Fersen. Ce dernier les emmĂšne ensuite, via la rue du Faubourg-Saint-Martin, Ă  la barriĂšre de la Villette. Il est 1h20. Celle-ci est passĂ©e sans problĂšme, Ă©tant donnĂ© que les responsables de la barriĂšre fĂȘtent le mariage de l'un d'eux. Une fois sorti de la capitale, tout le monde descend pour s'installer dans la berline qui les attend avec les trois valets en livrĂ©e. Fersen peut alors faire ses adieux.

DĂ©part de Paris - 20 juin 1791

22 heures 30

Deux femmes de chambre de Marie-Antoinette, madame Brunier et madame Neuville, les premiĂšres dames de Madame et du Dauphin, quittent les Tuileries pour Claye-Souilly oĂč elles doivent rejoindre la berline royale.

Dans le mĂȘme temps, dans l'Argonne (et dans la Marne), 180 dragons sous le commandement du colonel de Damas, cantonnent Ă  Clermont-en-Argonne et au village voisin d'AuzĂ©ville. 40 hussards, commandĂ©s par le lieutenant Boudet cantonnent Ă  Sainte-MĂ©nĂ©hould. Ils doivent rejoindre le lendemain Pont-de-Somme-Vesle, premier relais aprĂšs ChĂąlons.

22 heures 50

Axel de Fersen emmĂšne des Tuileries le dauphin (futur Louis XVII de France), sa sƓur, Marie-ThĂ©rĂšse de France et leur gouvernante, Louise Elisabeth de CroĂż de Tourzel.

23 heures 30

Louis XVI et Marie-Antoinette font semblant de se coucher selon le cérémonial habituel.

Fuite de la famille royale : 21 juin 1791

  • Minuit dix

Louis XVI, dĂ©guisĂ© en valet de chambre, monte dans une "citadine" (voiture de ville) stationnĂ©e prĂšs des Tuileries, rue de l’Échelle. Il y trouve sa sƓur, Élisabeth de France, et Marie-Antoinette qui le rejoint Ă  0 heure 35.

  • 1 heure 50

La famille royale atteint la berline avec une heure et demie de retard sur l’horaire prĂ©vu : Marie-Antoinette s’était perdue dans les mĂ©andres des rues entourant le Louvre.

  • 2 heures 30

Premier relais Ă  Bondy : Axel de Fersen qui avait accompagnĂ© la famille royale la quitte.

  • 4 heures

Un cabriolet avec les deux femmes de chambre rejoint la berline royale Ă  Claye-Souilly.

  • 7 heures

Le valet de chambre s’aperçoit que Louis XVI n’est pas dans la chambre aux Tuileries. Le comte de Provence (futur Louis XVIII de France) quitte Paris au petit matin avec son ami d’Avaray et arrive sans la moindre difficultĂ© par Maubeuge et Avesnes-sur-Helpe, Ă  Mons, en Belgique. De lĂ  il gagne Marche oĂč il apprend l’arrestation de son frĂšre Louis XVI.

  • 8 heures

La nouvelle du dĂ©part de Louis XVI se rĂ©pand dans Paris. L’AssemblĂ©e constituante, aprĂšs avoir hĂ©sitĂ© entre la fuite ou l’enlĂšvement, dĂ©clare qu’il a Ă©tĂ© "enlevĂ©".

  • 10 heures

60 hussards arrivent Ă  Varennes-en-Argonne.

  • 11 heures

Les voitures royales s’arrĂȘtent Ă  Montmirail. Elles ont trois heures de retard sur l’horaire prĂ©vu. À Paris, La Fayette envoie des courriers dans toutes les directions pour arrĂȘter la famille royale. À Sainte-MĂ©nehould et Clermont-en-Argonne, la population s’inquiĂšte de l’arrivĂ©e des cavaliers; la garde nationale prend les armes.

  • 16 heures

La berline royale arrive Ă  ChĂąlons-en-Champagne par l'avenue de Paris, ils traversent la Marne et prennent la rue de Marne. Avec quatre heures de retard, ils relaient chez le maĂźtre de poste Viet rue Saint Jacques (actuellement rue LĂ©on Bourgeois). Puis reprennent la direction de Sainte-Menhould. Les cavaliers dĂ©tachĂ©s Ă  Pont-de-Somme-Vesle, las d’attendre le passage des voitures royales et menacĂ©s par les paysans, reçoivent l’ordre de leur jeune chef, le duc de Choiseul, de se replier Ă  travers champs et de gagner Varennes en Argonne en Ă©vitant les routes.

  • 19 heures 55

Le cabriolet, suivi de la berline royale, s’arrĂȘte devant le relais de Sainte-Menehould. Le maĂźtre de poste, Jean-Baptiste Drouet, qui a sĂ©journĂ© Ă  Versailles et qui, selon la lĂ©gende, compare le visage du "valet de chambre" Ă  l’effigie royale d’un Ă©cu, reconnaĂźt le roi mais ne rĂ©agit pas. Il ne se lance Ă  la poursuite de la berline royale que lorsque la municipalitĂ© le mandate aprĂšs dĂ©libĂ©ration.

  • 20 heures 10

Les deux voitures quittent le relais en direction de Clermont-en-Argonne oĂč les attend un dĂ©tachement de dragons commandĂ© par le colonel Damas. Ceux-ci, pactisant avec la population, refusent les ordres et laisseront passer la berline.

  • 21 heures

Jean-Baptiste Drouet et son ami Jean-Chrisosthome Guillaume[4] montent Ă  cheval. Ils se dirigent par la forĂȘt d’Argonne vers le village des Islettes pour rejoindre Varennes-en-Argonne, oĂč ils pensent que se dirigent les voitures royales. À Sainte-MĂ©nehould, les dragons sont dĂ©sarmĂ©s sans rĂ©sistance par la population.

Jean-Baptiste Drouet
  • 22 heures 50

La berline royale s’arrĂȘte Ă  l’entrĂ©e de Varennes pendant qu’un postillon cherche le relais. Les voyageurs sont Ă©tonnĂ©s de ne trouver aucun des cavaliers qui devaient les escorter. Ils frappent Ă  la maison de Monsieur de PrĂ©fontaines qui dit tout ignorer d’un relais. En effet, ne voyant rien venir, le relais a Ă©tĂ© dĂ©placĂ© dans la ville basse, de l’autre cĂŽtĂ© du pont enjambant la riviĂšre l’Aire.

  • 22 heures 55

Jean-Baptiste Drouet et Jean-Chrisosthome Guillaume arrivent Ă  Varennes, passent devant la berline arrĂȘtĂ©e et avertissent le procureur-syndic, l’épicier Jean-Baptiste Sauce, que les voitures de la famille royale en fuite sont arrĂȘtĂ©es en haut de la ville. Ils dĂ©cident de barricader le pont de l’Aire, par lequel doit passer la berline royale. La garde nationale de Varennes se mobilise et son commandant, le futur gĂ©nĂ©ral Radet, fait mettre deux canons en batterie prĂšs du pont.

  • 23 heures 10

Les deux voitures de la famille royale sont immobilisĂ©es bien avant la barricade, sous la voĂ»te de l’église Saint-GĂ©goult qui enjambe la rue. Jean-Baptiste Sauce, sous la pression des patriotes qui se trouvaient Ă  l’estaminet du "Bras d’or", oblige les voyageurs Ă  descendre et les fait entrer dans sa maison qui est Ă  quelques pas. Le tocsin sonne, la garde nationale est mise en alerte.

La Nuit Ă  Varennes

minuit et demi - 22 juin 1791

Le juge Destez qui a vĂ©cu assez longtemps Ă  Versailles, et que Jean-Baptiste Sauce est allĂ© chercher, reconnaĂźt formellement le roi. Les hussards, qui n’ont pas Ă©tĂ© rassemblĂ©s par leurs officiers (dont le lieutenant BouillĂ©, fils du marquis de BouillĂ©), pactisent avec la foule. Le chirurgien Mangin monte Ă  cheval pour porter la nouvelle Ă  Paris.

Le tocsin sonne et de plus en plus de paysans et de gardes nationaux arrivent Ă  Varennes.

7 heures 45

Les patriotes de Varennes, avec les envoyĂ©s de l’AssemblĂ©e lĂ©gislative, Bayon et Romeuf, officiers de la Garde Nationale de Paris, arrivĂ©s vers 7 heures, dĂ©cident de renvoyer la famille royale Ă  Paris. AlertĂ©e par le tocsin qui sonne partout une foule Ă©norme vient border la route suivie par le cortĂšge des "prisonniers", encadrĂ© par la Garde Nationale varennoise et les dragons ralliĂ©s aux patriotes.

Retour de la famille royale Ă  Paris

22 juin 1791 - 22 heures

À Paris, l’AssemblĂ©e constituante prĂ©venue par Mangin de l’arrestation de la famille royale nomme trois commissaires, Antoine Barnave, JĂ©rĂŽme PĂ©tion de Villeneuve et Charles CĂ©sar de Fay de La Tour-Maubourg, pour ramener la famille royale Ă  Paris.

23 heures

La famille arrive Ă  ChĂąlons-en-Champagne, par la porte Sainte Croix, qui avait Ă©tĂ© dĂ©diĂ©e Ă  la Dauphine lors de son arrivĂ©e en France le 11 mai 1770, oĂč elle passe la nuit Ă  l'HĂŽtel de l'Intendance.

23 juin 1791 - 12 heures

Le cortÚge royal quitte Chùlons-en-Champagne, aprÚs avoir reçu une délégation du directoire de la ville conduit par Louis Joseph Charlier à 10 heures et assisté à la messe qui sera interrompue.

16 heures

Le cortĂšge arrive Ă  Epernay, oĂč la famille royale dĂźne.

17 heures 30

Plaque commémorative de la rencontre du 23 juin 1791 à Boursault

Les trois dĂ©putĂ©s de l’AssemblĂ©e constituante, accompagnĂ©s du colonel Mathieu Dumas rejoignent la famille royale Ă  Boursault, entre Épernay et Dormans. Ils couchent Ă  Dormans. À Paris, le club des Cordeliers demande l’établissement de la RĂ©publique.

24 juin 1791 - 6 heures

Le cortĂšge part pour Paris et s’arrĂȘte pour la nuit Ă  Meaux. À Paris, une pĂ©tition, signĂ©e de 30 000 noms, rĂ©clame la RĂ©publique.

25 juin 1791 - 7 heures

La famille royale quitte Meaux. À Paris, dĂšs l’aube, une foule immense prend la direction de Meaux. La ville est inondĂ©e de pamphlets violents, injurieux pour le Roi et la Reine.

14 heures

Les premiers Parisiens rencontrent la famille Ă  Villeparisis. L’AssemblĂ©e nationale dĂ©crĂšte la suspension de Louis XVI.

18 heures

Le cortĂšge royal arrive sur les "nouveaux boulevards" (actuels boulevards de La Chapelle, Rochechouart, Clichy, etc.). Pour Ă©viter de trop violentes manifestations, la municipalitĂ© a dĂ©cidĂ© que les fugitifs feraient le tour de Paris et rentreraient aux Tuileries par les Champs-ÉlysĂ©es et la place de la Concorde. La Garde nationale forme la haie, mais la crosse en l’air, comme pour un enterrement. Le silence a Ă©tĂ© ordonnĂ© : "Quiconque applaudira le roi sera bĂątonnĂ©, quiconque l’insultera sera pendu". Il est 22 heures.

19 heures

Retour de Varennes. ArrivĂ©e de Louis XVI Ă  Paris, le 25 juin 1791 (Duplessi-Bertaux d’aprĂšs un dessin de J-L Prieur).

Au passage de la berline royale et de sa double haie de gardes nationaux prĂ©cĂ©dĂ©s par La Fayette, on se montrait sur les siĂšges les trois gardes du corps (Malden, Moustier et Valory) qui arrivaient les mains liĂ©es derriĂšre le dos. La foule Ă©tait immense, mais silencieuse, ou presque : on entendait quelques cris de "Vive Drouet ! Vive la Nation ! Vive la brave garde nationale !" En effet, La Fayette avait interdit toute manifestation de soutien ou de haine.

22 heures

Lorsque la voiture royale arriva aux Tuileries, la fureur de la foule Ă©clata. Il s’en fallut de peu que Marie-Antoinette ne fut Ă©charpĂ©e. Le duc d’Aiguillon et Louis-Marie de Noailles la sauvĂšrent de justesse.

Le retour aux Tuileries allait, dans les faits, sceller le destin tragique de la famille royale. Le ralliement de Louis XVI à la Constitution, et son serment de fidélité le 14 septembre, auront peu de poids face à de supposées trahisons, dont la tentative de fuite constituait un symbole éclatant.

Conséquences

Au-delĂ  mĂȘme des erreurs d’organisation de cette Ă©quipĂ©e, l’arrestation du Roi marque vĂ©ritablement un tournant dans la RĂ©volution. La confiance entre le souverain et son peuple est dĂ©finitivement rompue et surtout ce dĂ©part fait partie des chefs d’accusation dĂ©veloppĂ©s par la Convention en dĂ©cembre 1792[5]. Or, il convient de souligner que le Roi ne quittait pas le Royaume mais souhaitait gagner une place-forte Ă  la frontiĂšre (le projet de constitution de 1791 lui en laissait le droit). Quinze mois aprĂšs la fin « tragique Â» de l’équipĂ©e le 21 juin 1791, le roi Ă©tait dĂ©chu de son titre royal avec la proclamation de la RĂ©publique (21 septembre 1792), puis jugĂ© devant la Convention nationale, condamnĂ© Ă  mort et guillotinĂ© le 21 janvier 1793, sort partagĂ© ultĂ©rieurement par Marie-Antoinette le 16 octobre 1793, et par Madame Élisabeth le 10 mai 1794, sƓur du roi, tandis que le jeune dauphin, « Louis XVII Â», mourait de maladie dans des conditions particuliĂšrement atroces, dans sa prison du Temple le 8 juin 1795. Madame Royale quant Ă  elle survivra et mourra en exil Ă  Frohsdorf en Autriche le 19 octobre 1851.

Cette arrestation d’un roi en fuite suivie de sa dĂ©capitation rappelle Ă©trangement ce qui a Ă©tĂ© connu par l’Angleterre 140 ans plus tĂŽt avec Charles Ier.

D'autre part, la fuite de Louis XVI fut dans tous les esprits lors des débats à l'Assemblée nationale, en 1792, sur le rétablissement des passeports et l'alourdissement des contrÎles requis.

Les sources

Plusieurs participants directs ou indirects ont écrit leurs mémoires. On peut citer celles de François Claude de Bouillé, du marquis de Choiseul, qui aidÚrent à la fuite et celles du Comte de Moustier, Valory ainsi que celle de la marquise de Tourzel qui participÚrent à la fuite les premiers en tant que garde du corps et Mme de Tourzel en tant que baronne de Korff.

Plusieurs historiens, contemporains ou de peu, de l’évĂšnement, ont Ă©galement relatĂ© ce dernier dont les plus connus restent Charles de Lacretelle et Jules Michelet.

Alexandre Dumas s’est intĂ©ressĂ© Ă  la fuite de Varennes lors de l’écriture de son roman La Comtesse de Charny. Il s’est alors abondamment documentĂ© sur le sujet et a refait lui-mĂȘme le trajet, plus d’un demi-siĂšcle plus tard, reconstituant les lieux, recherchant des tĂ©moins visuels et pointant ainsi les imprĂ©cisions des historiens. Il relate sa quĂȘte dans La Route de Varenne, publiĂ© en 1860.

Notes

  1. ↑ Hans-Axel de Fersen , Françoise Kermina , Perrin, 1985.
  2. ↑ AndrĂ© Castelot, Le rendez-vous de Varennes, 1971, librairie acadĂ©mique Perrin (p.47)
  3. ↑ Louis XVIII, MĂ©moires, 6 vol. in-8°, Mame-Delaunay, 1832 - en ligne sur le site de la BNF : www.gallica.fr
  4. ↑ Jean-Chrisosthome comme l'Ă©crit le curĂ© de Sainte-Menehould (Arch. dĂ©pt. Marne 2 E 563/6), et tous les actes d'archives. Jean-Paul Barbier Jean-Chrisosthome Guillaume le deuxiĂšme homme de Varennes, Ă  paraĂźtre dans Études Marnaises de la SACSAM
  5. ↑ Louis XVI lui-mĂȘme fera la remarque Ă  son arrivĂ©e Ă  Paris : « Il n’y a plus de roi en France. Â»

Voir aussi

Filmographie

Bibliographie

  • La route de Varennes d’Alexandre Dumas, Les Mille et une nuits, 2005 (ouvrage de vulgarisation historique);
  • Le drame de Varennes, juin 1791, d'aprĂšs des documents inĂ©dits et les relations des tĂ©moins oculaires. Portraits, plans, dessins inĂ©dits de GĂ©rardin de G. Lenotre, Librairie AcadĂ©mique Perrin et Cie, 1905 (ouvrage de rĂ©fĂ©rence ; grĂące Ă  ses dĂ©couvertes, en 1902, aux archives de la Marne, de la Meuse et archives communales de ChĂąlons, Sainte-Menehould, Clermont, Varennes... et une enquĂȘte de plusieurs annĂ©es, il a pu enrichir ce faits de nombreux dĂ©tails inconnus);
  • Sur la route de Varennes de Paul et Pierrette Girault de Coursac, La Table Ronde, 1984 ; F. X. de Guibert, 2000, 2007 (vĂ©ritable Ă©tude universitaire, sans contexte la plus documentĂ©e) ;
  • Le rendez-vous de Varennes ou les occasions manquĂ©es d’AndrĂ© Castelot, Librairie AcadĂ©mique Perrin, 1971 (ouvrage de vulgarisation historique);
  • Le roi s’enfuit - Varennes et l’origine de la Terreur de Timothy Tackett, La DĂ©couverte, 2004 (traduction de When the King Took Flight, Harvard University Press, 2003);
  • Varennes: la mort de la royautĂ© de Mona Ozouf, Gallimard, 2005 (paru dans la collection "Les journĂ©es qui ont fait la France") ;
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