Françoise Giroud

Françoise Giroud
Françoise Giroud 1998.jpg
Naissance 21 septembre 1916
Lausanne
Décès 19 janvier 2003 (à 86 ans)
Paris
Media
Média principal Presse écrite
Journal L'Express, Le Nouvel Observateur

Françoise Giroud, née Lea France Gourdji, le 21 septembre 1916 à Lausanne en Suisse[1] et morte le 19 janvier 2003 à l'Hôpital américain de Paris, est une journaliste, écrivaine et femme politique française. Elle a pris officiellement le nom de « Giroud » par un décret du 12 juillet 1964.

Vice-présidente du Parti radical-socialiste et de l'UDF, elle a été ministre de la Culture, et fut une personnalité majeure de la presse politique en France.

Sommaire

Biographie

Fille de Salih Gourdji, directeur de l'Agence télégraphique ottomane à Genève (niant sa judéité, Françoise Giroud reste vague sur son passé, déclarant parfois que son père est devenu un réfugié politique à Paris pour avoir refusé de mettre son agence au service des Allemands, il y fonde alors un journal politique en 1908 et meurt en 1919), et de Elda Farragi, tous deux Ottomans et Juifs mizrahim. Son père, né à Bagdad, a fait des études de droit à Paris, puis il épouse Elda, de Salonique, fille d'un médecin-major, colonel dans l'armée turque.

Son père meurt précocement de la syphilis, ce qui met sa mère en difficulté financière, Françoise décide alors de travailler à quatorze ans et quitte l'école à seize ans (le lycée Molière, à Paris). Avec un diplôme de dactylo décroché à l'école Remington, elle est employée dans une librairie du boulevard Raspail. Grâce aux relations de son père, ami de Léon Blum, elle commence une carrière au cinéma à Paris. Dès 1935, sous le nom de France Gourdji elle apparaît comme "secrétaire" dans le générique du film Baccara d'Yves Mirande. Puis elle devient la première femme française scripte de cinéma en étant la script-girl de Marc Allégret (dont elle tombe amoureuse alors que celui-ci entretient une relation avec André Gide dont elle devient le secrétaire[2]) et Jean Renoir, assistante-metteur en scène à partir de 1937, puis co-scénariste et scénariste (scénarios souvent inspirés de ses propres livres) : ces différents métiers lui font découvrir son goût pour l’écriture.

Après l'exode de sa famille à Clermont-Ferrand lors de la seconde guerre mondiale, elle retourne travailler pour le cinéma. Elle obtient un droit de travail pendant l'Occupation sous le nom de son pseudonyme Françoise Giroud, comme beaucoup de juifs qui ont demandé à se faire inscrire comme aryens pour éviter la déportation[3]. En 1943, elle écrit dans Le Pont, périodique allemand édité en français, créé en 1940 par la propagandastaffel et destiné aux travailleurs français en Allemagne[4]. Elle écrit également dans Paris-Soir dont la rédaction principale est installée à Lyon.

Elle est selon ses propres dires[5] un modeste agent de liaison dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle sera arrêtée sur dénonciation par la Gestapo et incarcérée à Fresnes de mars à juin 1944, date à laquelle le collaborateur Joseph Joanovici la fait libérer[6].

Au sortir de la Guerre, ses convictions se sont affirmées, elles se révéleront dans ses prises de position contre la guerre d'Algérie, ce qui lui vaut le plasticage de son appartement, pour la cause des femmes ou pour le journalisme. Elle est engagée par Hélène Lazareff comme directrice de rédaction (1945-1953) pour la création de ELLE, alors magazine moderne et féministe. Elle écrit à l'époque aussi dans France Dimanche, l'Intransigeant et France-Soir. Elle fonde en 1953 avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, son amant, L'Express, qu'elle dirige jusqu'en 1974 en tant que directrice de la rédaction, puis de la publication, et comme présidente du groupe Express-Union, entre 1970 et 1974. Elle obtient légalement son nom de Françoise Giroud (quasi anagramme de Gourdji) par décret paru au Journal Officiel du 12 juillet 1964[7].

Elle publie en parallèle à sa carrière journalistique plusieurs essais, dont La Nouvelle Vague, portrait de la jeunesse en 1958, qui impose ce terme pour qualifier le style des nouveaux cinéastes issus des Cahiers du cinéma.

Elle attend un enfant de son amant Jean-Jacques Servan-Schreiber mais doit avorter car elle développe une grossesse extra-utérine. Françoise Giroud pense que c'est la stérilité contractée suite à cette opération qui fait que Jean-Jacques se sépare d'elle pour épouser Sabine Becq de Fouquières, ce qui provoque chez elle une tentative de suicide aux barbituriques en 1960 et l'envoi de lettres antisémites au nouveau couple marié et à leurs parents[2].

Malgré un appel à voter François Mitterrand en 1974, elle milite au sein du Parti radical pour la modernisation sociale promise par Valéry Giscard d'Estaing et devient secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé de la Condition féminine, entre juillet 1974 et août 1976, où elle lance « cent une mesures » en faveur des femmes (mise en place de droits propres pour les femmes, lutte contre les discriminations, ouverture des métiers dits masculins, etc). Comme secrétaire d'État à la Culture jusqu'en mars 1977, elle ne marque pas le ministère, entérinant les décisions prises avant elle comme la loi sur l'architecture du 31 janvier 1977 et la création des DRAC. Candidate aux élections municipales de 1977 à la demande de Giscard d'Estaing et Michel d'Ornano, dans le XVe arrondissement de Paris, elle est au cœur d'un scandale : le sénateur Maurice Bayrou, Compagnon de la Libération, porte plainte pour port illégal de la médaille de la Résistance[8]. Djenane, sœur de Françoise, qui a créé et animé un des premiers mouvements de résistance à Clermont-Ferrand dès 1941, a reçu cette distinction après avoir été internée au camp de Ravensbrück. Selon Christine Ockrent et Laure Adler, une lettre reçue par leur mère prouverait que cette médaille aurait été attribuée aux deux sœurs mais que Françoise, qui avait rejoint le mouvement de sa sœur en 1944, n'était pas allée la chercher[9],[10]. Ce scandale entraîne son retrait des élections parisiennes et sa non-reconduite au sein du nouveau gouvernement Barre. Sa bonne foi sera finalement reconnue et le procureur classe l'affaire en 1979[8].

Elle quitte la politique en 1979 et, inspirée par sa fréquentation des ors du pouvoir, elle écrit La Comédie du pouvoir puis Le Bon plaisir (1983), adapté au cinéma. Ce dernier livre, publié en 1983 aux éditions Mazarine, raconte l'histoire d'un président de la république qui cache l'existence d'un enfant adultérin[11]. Associée à un groupe d'intellectuels français dont Bernard-Henri Lévy, Jacques Attali, Philippe Mahrer, Marek Halter, Alfred Kastler (Prix Nobel de physique), Guy Sorman et Robert Sebbag ainsi qu'à des médecins, journalistes et écrivains, elle fonda en 1979 l'association Action Contre la Faim (ACF).

À sa sortie du gouvernement, l'Express vient d'être vendu à James Goldsmith, et Raymond Aron, éditorialiste du magazine, s'oppose à sa réintégration[12]. Elle signe des chroniques dans le JDD, en est licenciée pour avoir critiqué Paris Match qui trahissait le secret de François Mitterrand et Mazarine Pingeot. En 1983, Jean Daniel lui propose d'être éditorialiste au Nouvel observateur, où elle écrit durant vingt ans. Elle produit également plusieurs émissions de télévision et publie essais, biographies et romans à succès. Elle est alors appelée comme membre du jury du Prix Femina en 1992.

Elle a également été membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.

Niant toute sa vie sa judéité (une promesse faite à sa mère) alors qu'elle est catholique par circonstance et athée par conviction, elle révèle sa confession dans un livre posthume Les taches du léopard sous l'impulsion de son premier petit-fils Aaron Eliacheff, baptisé qui devient rabbin et à qui elle avait raconté ses origines quelques années plus tôt[13],[14].

En janvier 2003, à la sortie d'une première à l'Opéra-Comique, au bras de Florence Malraux, elle glisse dans le grand escalier et se fracture le crâne contre un pilier. Elle meurt quelques jours plus tard à l'hôpital.

Ses cendres reposent au columbarium du Père-Lachaise.

Famille

Françoise Giroud fut la mère de deux enfants, Caroline Eliacheff, fille du producteur de cinéma Anatole Eliacheff et Alain-Pierre Danis[15] (né à Clermont-Ferrand en 1941, mort tragiquement en 1972 à Val d'Isère, cette mort prématurée lui occasionnera une dépression nerveuse) d'une précédente union. La mort de son dernier compagnon, l'éditeur Alex Grall qu'elle aide à mourir dignement, la fait replonger dans une nouvelle dépression[16].

Honneurs

Œuvres

Ouvrages

  • Le Tout-Paris, Gallimard
  • Nouveaux Portraits. Première édition : éditions Gallimard, Paris, 1953. Deuxième édition : éditions Gallimard, coll. « L'Air du temps » no 35, Paris, 1954, 287 p., (notice BNF no FRBNF321706525).
  • La Nouvelle Vague, portraits de la jeunesse, Gallimard
  • Si je mens, Stock" Translated as "I give you my word" (in US)1975?
  • Une Poignée d'eau, Robert Laffont
  • La Comédie du Pouvoir, Fayard, 1977
  • Ce que je crois, Grasset, 1978
  • Une Femme honorable, Fayard, 1982 ; biographie de Marie Curie[17].
  • Le Bon Plaisir, Mazarine, 1983
  • Dior, Éditions du Regard
  • Mon très cher amour, Grasset
  • Alma Mahler, ou l'art d'être aimée, Robert Laffont, 1988
  • Leçons particulières, Fayard, 1990
  • Jenny Marx ou la Femme du diable, 1992, Prix Gabrielle d'Estrées
  • Journal d'une Parisienne, 1994
  • Parlez-moi d'amour, avec Bernard-Henri Lévy, 1994
  • Cœur de tigre, 1994
  • Arthur ou le bonheur de vivre, 1997
  • Deux et deux font trois, 1998
  • Les Françaises, de la Gauloise à la pilule, 1999
  • C’est arrivé hier. Journal 1999, 2000
  • On ne peut pas être heureux tout le temps", Fayard, 2001
  • Les taches du léopard, 2003
  • Lou, histoire d'une femme libre, 2002

Textes de chanson

Sur des musiques de Louis Gasté :

  • Le Petit Chaperon Rouge, créée par Lisette Jambel (1944);
  • Un par un vont les Indiens, chantée par Lisette Jambel, Josette Daydé, les Sœurs Étienne (1944) ;
  • Quand Betty fait Boop (paroles écrites en collaboration avec Louis Gasté pour le film Le Roi des resquilleurs), créée par Josette Daydé (1945) ;
  • Ce n'était pas original, chantée par Jacqueline François (1945).

Sur une musique de Georges van Parys, 1944 :

  • Il avait le charme slave, chantée par Andrex.

Françoise Giroud a aussi composé des chansons pour Danielle Darrieux et Tino Rossi.

Carrière au cinéma

Précédé par Françoise Giroud Suivi par
Michel Guy
Secrétaire d'État à la Culture
1976-1977
Michel d'Ornano

Notes et références

  1. selon le Cercle vaudois de généalogie, dans sa lettre n° 49 de juin 2003, tandis que la plupart des biographies mentionnent Genève
  2. a et b Françoise Giroud la journaliste amoureuse Interview de Laure Adler dans Paris Match, 9 janvier 2011
  3. Françoise Giroud, ombres et lumière sur Nord Eclair, 12 février 2011
  4. L'Idiot international, 17 octobre 1984
  5. Interview de Françoise Giroud dans L'Express, 11 avril 1977
  6. Colonel Rémy, Mémoires d’un agent secret de la France Libre, éditions France-Empire, Paris, 1998
  7. Fiche des ministres
  8. a et b Jacqueline Remy, « Le roman d'une Parisienne », L'Express, 23 janvier 2003.
  9. Christine Ockrent, Françoise Giroud, une ambition française, Fayard, 2003.
  10. Laure Adler, Françoise, Grasset, 2011. Laure Adler, interviewée par Laurent Ruquier lors de l'émission "On n'est pas couché" du 15 janvier 2011.
  11. DSK : pourquoi ils n'ont rien dit, Le Figaro, 27 mai 2011
  12. Selon elle-même, dans son discours de réception de la cravate de commandeur de la Légion d’honneur. Lire en ligne
  13. Marie-Laure Delorme, « Ma mère, Françoise Giroud » sur Le Journal du Dimanche, 8 janvier 2011
  14. Jean Paul Guetny, « Bloc-Notes » sur LeMonde des Religions, 1er septembre 2003
  15. Fils d'Elie Nahmias, juif pratiquant, elle tente d’avorter. En vain : elle accouche pendant la guerre de ce garçon auquel elle donne un nom français.
  16. Valérie Grall, Latour-Maubourg, éd. Grasset, 2008
  17. Le téléfilm qui en a été tiré

Sources

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Lien externe


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