François Eudes de Mézeray

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François Eudes de Mézeray
Mézeray par Louis-Joseph Daumas, cour Napoléon du palais du Louvre
Mézeray, frontispice de l'Abrégé chronologique de l'Histoire de France, Amsterdam, tome 4, 1701.

François Eudes, sieur de MĂ©zeray nĂ© en 1610 Ă  Ri et mort le 10 juillet 1683 Ă  Paris, est un historien et historiographe français.

Sommaire

Biographie

AprĂšs avoir fait ses Ă©tudes Ă  Caen, MĂ©zeray vint Ă  Paris, oĂč son compatriote Des Yvetaux fut son protecteur et lui obtint un emploi de commissaire des guerres. Il se trouva en cette qualitĂ© aux deux campagnes de Flandre en 1635 et 1636. L’annĂ©e suivante, il se livra Ă  l’étude de l’histoire et, enfermĂ© au collĂšge Sainte-Barbe, travailla avec une si grande ardeur qu’il en tomba malade. Le cardinal de Richelieu s’intĂ©ressa Ă  ce travailleur encore obscur et lui fit tenir une bourse contenant cinq cents Ă©cus d’or.

En 1643, il publia le premier volume de son Histoire de France et en 1648, il entra Ă  l’AcadĂ©mie française, en remplacement de Voiture. Durant la Fronde, il Ă©crivit des pamphlets contre Mazarin ; les mazarinades qui parurent sous le pseudonyme de Saudricourt lui sont attribuĂ©es. Il fut nĂ©anmoins nommĂ© historiographe du roi. La pension qu’il touchait Ă  ce titre montait Ă  quatre mille livres. Elle fut diminuĂ©e, puis supprimĂ©e par Colbert, Ă  cause de la libertĂ© avec laquelle MĂ©zeray, dans son AbrĂ©gĂ© chronologique, avait parlĂ© des finances, des impĂŽts et des traitants. Quoiqu’il touchĂąt d’autres pensions de divers personnages, MĂ©zeray, poussĂ© par l’avarice, supplia le ministre, dans plusieurs lettres, de ne pas le priver de ses appointements, lui promettant de modifier les passages incriminĂ©s. Quand il vit ses dĂ©marches inutiles, plaçant dans une cassette le dernier terme de sa pension, il y joignit ce billet : « Voici le dernier argent que j’ai reçu du roi ; il a cessĂ© de me payer et moi de parler de lui, soit en bien, soit en mal. Â»

Anecdotes concernant son caractĂšre original

Il passait aux yeux de ses contemporains pour un « original Â», ainsi l’on rapportait que « MĂ©zeray ne travaillait jamais qu’à la chandelle mĂȘme en plein midi et au milieu de l’étĂ© et chaque fois que quelqu’un venait le visiter il le reconduisait le flambeau Ă  la main jusqu’à la porte de la rue Â».

Sa conduite Ă  l’AcadĂ©mie française, dont il devint secrĂ©taire perpĂ©tuel en 1675, aprĂšs Conrart, fut marquĂ©e par plusieurs traits d’originalitĂ©. Connu pour ĂȘtre l’ennemi de toute Ă©tiquette, il avait pris l’habitude de toujours donner une boule noire Ă  ceux qui se prĂ©sentaient pour reprĂ©senter Ă  la postĂ©ritĂ© la libertĂ© dont jouissait l’AcadĂ©mie dans ses Ă©lections. Dans le Dictionnaire, il ajouta comme explication au mot Comptable cette phrase : « Tout comptable est pendable. Â» ForcĂ© par ses collĂšgues de la supprimer, il mit en marge : « RayĂ©, quoique vĂ©ritable. Â» Lors de la visite que fit Ă  la Compagnie la reine Christine, il Ă©tait secrĂ©taire et, pour lui donner une idĂ©e du Dictionnaire, il lui lut l’article sur le mot Jeu, dans lequel se trouvait cet exemple : « Jeux de princes, qui ne plaisent qu’à ceux qui les font. Â»

Le ministre Colbert fit supprimer sa pension de quatre mille livres parce qu’il avait fait imprimer que sous les rois de la premiĂšre race le peuple avait le droit de s’imposer lui-mĂȘme. MĂ©zeray cessa dĂšs lors d’écrire et afin qu’on n’ignorĂąt pas le motif de son silence il mit Ă  part dans une cassette les derniers appointements qu’il avait reçu en qualitĂ© d’historiographe et y joignit un billet sur lequel il Ă©crivit de sa main ces paroles : « Voici le dernier argent que j’ai reçu du roi, il a cessĂ© de me payer et moi de parler de lui soit en bien soit en mal. Â» Peut-ĂȘtre aussi, pour avoir clairement Ă©crit dans son Histoire des Francs, que Hugues Capet Ă©tait un descendant illĂ©gitime de Charlemagne. Ce qui n'Ă©tait pas habile vis-Ă -vis de Louis XIV et entachait la mĂ©moire de sa mĂšre, ainsi que celle de Mazarin... Mais aussi pour Colbert; avoir systĂ©matiquement dĂ©niĂ©, sur la base d'affirmations invĂ©rifiables, l'appartenance de cette famille Ă  celle de Charlemagne... On peut supposer qu'il se faisait l'Ă©gal du Roi, et prĂ©tendait descendre de Robert le Fort par la nature, plus que par la lĂ©gitimitĂ©, pour ĂȘtre issu d'un pays de son apanage ancien. C'Ă©tait un homme intĂšgre et qui a su rester propre envers lui-mĂȘme et la postĂ©ritĂ© pour n'avoir pas menti et s'ĂȘtre rĂ©vĂ©lĂ© exact mĂȘme si l'on peut estimer que la vĂ©ritĂ© manque. Il a servi Ă  venger toute une noblesse de l'aviditĂ© de Louis XIV et de Colbert qui rĂ©clamait qu'elle paie des droits d'enregistrement si elle ne pouvait prouver trois ou quatre quartiers de noblesse. La plupart n'avait aucun document Ă©crit pour le justifier et pourtant Ă©tait au moins aussi ancienne que Louis XIV pouvait l'ĂȘtre, et n'Ă©tait pas nĂ©cessairement aussi pauvre que le Roi, ni aussi riche qu'elle aurait pu se racheter. Mais aprĂšs tout Louis XIV aurait dĂ» le lire pour s'apercevoir qu'il lui offrait plus qu'il ne le mĂ©ritait.

De tous les travers oĂč MĂ©zeray donna, aucun ne lui fit plus de tort que l’attachement qu’il prit pour un cabaretier, surnommĂ© Le Faucheur, habitant La Chapelle, petit village sur le chemin de Saint-Denis, chez lequel quelques-uns de ses amis le menĂšrent un jour. Il prit tant goĂ»t Ă  la franchise de cet homme et Ă  ses discours que malgrĂ© tout ce qu’on put lui dire il passait les journĂ©es entiĂšres chez lui, il le fit mĂȘme Ă  sa mort son lĂ©gataire universel exceptĂ© pour les biens patrimoniaux qui Ă©taient peu de choses et qu’il laissa Ă  sa famille, dĂ©sappointĂ©e...

Ses publications

C’est Ă©galement lui qui eut, le premier, l’idĂ©e du premier journal littĂ©raire et scientifique, qui fut reprise par les fondateurs du Journal des savants de Denis de Sallo et Jean Gallois. Il faisait partie du comitĂ© directeur de La Gazette.

On a conclu de ces marques d’indĂ©pendance et de quelques paroles prises Ă  la lettre, ainsi que de sa conduite licencieuse, qu’il Ă©tait un libre penseur et un sceptique.

L’ouvrage auquel est attachĂ© le nom de MĂ©zeray, fut intitulĂ© ainsi par lui : Histoire de France, depuis Faramond jusqu’à maintenant, Ɠuvre enrichie de plusieurs belles et rares antiquitĂ©s et d’un abrĂ©gĂ© de la vie de chaque rĂšgne, dont il n’était presque point parlĂ© ci-devant, avec les portraits au naturel des rois, rĂ©gents et dauphins (Paris, 1643-1646-1651, 3 vol. in-fol.). Cette Ă©dition, rare, est fort belle. Le premier volume offre au frontispice le portrait Ă©questre de Louis XIII ; Ă  la suite vient une dĂ©dicace Ă  la reine Anne d'Autriche. L’ouvrage est accompagnĂ© de portraits tirĂ©s de la France mĂ©tallique du graveur Rie, auxquels sont joints des quatrains composĂ©s par G. Baudoin. Une seconde Ă©dition, avec des corrections de l’auteur, fut donnĂ©e en 1685. Elle a Ă©tĂ© rĂ©imprimĂ©e, mais sans gravures, en 1830. Cette histoire contient jusqu’au rĂšgne de Louis IX bien des erreurs, aujourd’hui faciles Ă  rectifier ; mais, de Louis IX jusqu’à Louis XIII, elle est gĂ©nĂ©ralement exacte et fort remarquable par les documents comme par la composition. Le stylo naturel, et en mĂȘme temps pittoresque et animĂ©, paraĂźt vieilli, comme la langue du temps de la Fronde ; mais il n’en est pas moins plein d’agrĂ©ment et d’originalitĂ©. Sainte-Beuve a louĂ© l’ouvrage comme « une lecture des plus fertiles et des plus nourrissantes pour l’esprit Â».

MĂ©zeray donna Ă©galement son Ɠuvre abrĂ©gĂ©e, sous le titre d’AbrĂ©gĂ© chronologique ou Extrait de l’histoire de France (Paris, 1668, 3 vol. in-4, souvent rĂ©impr). Il publia aussi un TraitĂ© de l’origine des Français, Histoire de France avant Clovis (Amsterdam, 1682, in-12). On a en outre de lui les VanitĂ©s de la Cour, traduction du Polycraticus, de Jean de Salisbury (1640, in-4°) ; Histoire des Turcs, depuis 1612 jusqu’à 1649 (1650, in-fol.), ouvrage mĂ©diocre, tirĂ© de VigenĂšre et de Chalcondyle. On lui a attribuĂ© un Dictionnaire de France, publiĂ© dans les MĂ©moires historiques et critiques de Camusat (1732, in-12) ; l’Histoire de la mĂšre et du fils et la Vie de Henri IV, publiĂ©e sous le nom de PĂ©rĂ©fixe.

L'histoire de France de Mézeray, tout comme celle de l'abbé Claude Le Ragois, eut un immense succÚs d'édition.

La postĂ©ritĂ© de son Ɠuvre

Jamais aucun historien de son Ă©poque n’eut autant de succĂšs, ce qui se concrĂ©tisa par d’innombrables rĂ©Ă©ditions, jusqu’en 1839.

Toutefois les progrĂšs du rationalisme historique ont aux XIXe et XXe siĂšcles rejetĂ© son Ɠuvre dans l’ombre. Voltaire le trouvait dĂ©jĂ  « plus hardi qu’exact Â», et bien sĂ»r il n’a pas su rĂ©sister Ă  l’école historique du XIXe.

Et pourtant actuellement c’est ce manque total d’esprit critique (« mythe Â» des origines troyennes, combat de Roland sur le gĂ©ant Ferragut. etc.) qui le rend intĂ©ressant aux historiens comparatistes, aux ethnologues, aux disciples de l’école de DumĂ©zil auxquels il livre, Ă  la maniĂšre d’un HĂ©rodote français, une matiĂšre brute qu’on commence Ă  faire parler et comprendre.

Sa famille

Il Ă©tait le frĂšre du fondateur de l’ordre des Eudistes, Jean Eudes.

Source

  • Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littĂ©ratures, Paris, Hachette, 1876, p. 1392
  • Voltaire, Le siĂšcle de Louis XIV, Ă©d. de Berlin, 1751.
  • Bernard Grosperrin, « MĂ©zeray (François Eudes, sieur de) Â», dans, Dictionnaire du Grand SiĂšcle, sous la direction de François Bluche, Paris, Fayard, 1990, p. 1026.
  • Guy Verron, "François Eudes de MĂ©zeray - Histoire et pouvoir en France au XVIIe siĂšcle", coll. Ecrivains & Normandie, Ed. H&D, 2011, p.444, ISBN 978-2-9142-6621-5.

Liens externes

Notes et références

  1. ↑ La notice biographique, sur le site de l'AcadĂ©mie française, est mal rangĂ©e et porte un titre erronĂ© dans la liste des titulaires successifs du 33e fauteuil : « MÉZERAY (François-Eudes de) Â». Le trait d'union entre le prĂ©nom et le nom de famille est incorrect, et ce alors mĂȘme que la notice dit clairement que « Eudes Â» Ă©tait son nom, ce qui est confirmĂ© par la notice « MĂ©zeray, François Eudes de (1610-1683) Â», dans le catalogue BN-Opale Plus de la BibliothĂšque nationale de France, qui rapporte les diffĂ©rentes variantes commençant par le nom de famille « Eudes Â».


Précédé par
Vincent Voiture
Fauteuil 33 de l’AcadĂ©mie française
1648-1683
Suivi par
Jean Barbier d'Aucour

Wikimedia Foundation. 2010.

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